BROCHURES

Le milieu est pavé de bonnes intentions
Quelques textes qui viennent déterrer les rôles d’intermédiaires sur (feu) la zad de Notre-Dame-des-Landes (et plus largement) - octobre 2019

Le milieu est pavé de bonnes intentions

anonymes (première parution : octobre 2019)

Mis en ligne le 5 novembre 2019

Thèmes : Mouvance autonome (48 brochures)
Squat, logement (29 brochures)

Formats : (HTML) (portfolio) (PDF,1.5 Mo) (PDF,1.3 Mo)

Version papier disponible chez : Craquelure (un peu partout)

Cette brochure est une compilation de trois textes écrits à la première personne pour parler des mécanismes de normalisation qui se sont joués sur la zad de NDDL dans cette fin de la lutte contre l’aéroport.

Il y a beaucoup à dire sur la stratégie de l’État pour faire rentrer dans les clous cette grosse épine qu’il avait dans le pied. Il y a beaucoup à dire sur la collaboration de quelques ex-zadistes pour se régulariser.

Leurs tentatives répétées à grands tirages servent à maquiller un retour sur investissement matériel en victoire politique. Pour qui accepte de le voir, cela montre suffisamment leur opportunisme, leurs choix et leurs alliances.

En pleine expulsion de la partie en non-négociation de la zad, un des occupants aspirant-exploitant agricole de la ferme de St-Jean-du-Tertre déclarait en conférence de presse : « Nous, on veut un retour à l’État de droit ». On ne peut être plus clair, et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Beaucoup de choses ont été et seront écrites la-dessus. Ici, nous avons choisi de nous concentrer sur ce qui a permis ce lent pourrissement du rapport de force interne au mouvement de lutte contre l’aéroport.
Comment les conflits politiques sur zone n’ont-ils pas éclatés en rupture frontale ?
Quels rôles ont fabriqué et entretenu cette pacification ?
Quelles leçons en tirer, ici et ailleurs ?




SOMMAIRE :

- L’arnaque des deux clans
- Lettre ouverte aux intermédiaires
- Bye bye ! Ciao ! Me voy


L’ARNAQUE DES DEUX CLANS

Un texte écrit un an et quelques après l’abandon de l’aéroport et retravaillé depuis. Qui vient de ce que j’ai capté en vivant à la zad de NDDL les deux années précédent les expulsions et la période des expulsions elle-même (printemps 2018). J’utilise le terme « ex-zad » pour parler de ce qui reste après les expulsions de 2018 car il faut bien assumer la fin de ce que cet endroit a été [1].

C’est pas simple de faire le tri entre ce qui a existé et ce qui est toujours vrai à l’heure actuelle. Je suis loin de cette zone depuis juin 2018 et j’ai du coup une vision partielle de ce qui s’y passe actuellement. Ça ne m’empêche pas de vouloir continuer à démêler ce qui s’est joué là, que ça serve pour qui veut détruire l’autorité sous toutes ses formes, démasquer les crevures politiciennes et se méfier de la tendance à la pacification face à ça.

J’essaie d’expliquer dans les détails, ça demande un certain effort vu la dose de colère et d’amertume qui m’habite à ce sujet. J’écris ça parce que j’ai envie de voir dans quels rôles chacun.e a pu se retrouver et en tirer de la compréhension, de la critique au-delà des enjeux inter-personnels. Et si je dis au-delà c’est pas pour minimiser ou dénigrer la colère qui s’exprime contre des individu.e.s mais c’est pour ne pas en rester là et regarder un peu plus largement des dynamiques qui se répètent à plein d’échelles.

Ça va parler du groupe qui est devenu dominant les dernières années (le CMDO et ses potes) mais aussi des personnes du « milieu » comme on dit, celleux qui ont pris des rôles de tampons, de médiation. J’ai besoin de parler de ça aujourd’hui pour péter la vision de deux clans, montrer la complexité des enjeux et des stratégies [2].

« Non mais tu sais, moi j’ai des liens des deux côtés... »

Les discussions que j’ai autour de moi au sujet de ce qu’il s’est passé et continue encore sur l’ex-zad de NDDL tournent parfois court quand la personne avec qui je parle me dit cette phrase. Alors j’me suis dit que ça valait le coup de dire pourquoi c’est très réducteur et carrément distordu de résumer la situation à un conflit entre deux clans, avec au milieu celleux qui feraient les intermédiaires. Cette vision qui tend vers le binaire et le symétrique est aussi nourrie par des personnes habitantes de l’ex-zad ou ex-occupantes.

Je vais tenter d’éclaircir tout ça… mettre un peu de complexité là-dedans, essayer de visibiliser les rapports de force en place.

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La vision des deux clans : pour moi, c’est une manière de voir ce qu’il s’est passé sur la zad comme un conflit entre deux parties plus ou moins égales. Comme dans un conflit entre deux personnes, chacun.e.s auraient (éventuellement) des torts partagés et il s’agirait de les démêler. L’affect, les amitiés pourraient aussi s’en mêler. Et des « personnes extérieures » pourraient décider de ne pas s’en occuper parce que c’est trop compliqué, que c’est des désaccords entre personnes qui ont partagé le fait d’occuper ce lieu et que des personnes dites « extérieures » pourraient se considérer comme pas légitimes à prendre parti.

Le souci là-dedans, ce qui me fait rager quand j’entends ça, c’est qu’il n’y a pas eu deux « clans » à la zad et que c’est soit naïf, soit malhonnête, soit pas conséquent de calquer une situation de conflit entre deux parties distinctes à cet endroit. C’est une manière de simplifier les choses sans chercher à comprendre ce qu’il s’est passé ces dernières années sur zone. Une manière de dépolitiser en mettant tout le monde sur un même plan, sans prendre en compte le rapport aux normes, aux oppressions systémiques [3]. Comme un déni de l’asymétrie des forces en présence et de l’opportunisme du groupe dominant [4]. C’est une manière de passer sous silence les perspectives / enjeux / stratégies / ressources de chacun.e.s. Ça permet ainsi de ne pas se positionner, de ne pas se mouiller de trop dans l’affaire. De ne pas analyser ce qu’il s’y passe en termes politiques voir de se suffire de ce qu’en dit le groupe dominant, à savoir que ce sont des « embrouilles entretenues par des personnes qui ont une certaine passion pour la défaite ». En bref, c’est tout sauf une base correcte pour se positionner, se solidariser ou attaquer.

Et oui, tristement mais tellement banal dans ce monde, il y a bien un groupe qu’on peut définir comme dominant. Et les autres c’est qui alors ? Et bah l’ensemble des personnes qui n’en font pas partie. Qui ne se sont pas choisies et qui s’en sortent plus ou moins bien selon leurs stratégies diverses.

LES FORCES EN PRÉSENCE : un groupe qui centralise, celleux qui ne font pas partie du groupe et des intermédiaires.

Là je vais parler essentiellement des dynamiques entre occupant.e.s de la zad, les deux années avant les expulsions de 2018. Pour pas trop m’emmêler les pinceaux, je vais décrire ces dynamiques en utilisant le présent, comme une photo de ce que j’ai vu. Je ne sais pas précisément ce qu’il en reste aujourd’hui. Ce que je vois de loin c’est que ces dynamiques-là ont pris (quasi) toute la place, le groupe centralisateur (le CMDO & Co) étant devenu majoritaire et sa stratégie se déployant sans trop de limites, ni de honte d’ailleurs. Peut-être un léger sentiment de gène les anime-t-ils ? L’histoire ne le dit pas. L’argent récolté en ce moment sur le dos de cette lutte doit aider à se sentir légitime, droit.e.s dans ses bottes de nouvel exploitant.e agricole… (ceci est du cynisme).

Je mets plus loin deux dessins qui tentent de visualiser les forces en présence, peut être ça aide pour comprendre.

Alors que la lutte de la zad avait clairement des perspectives anti-autoritaires de ses débuts jusqu’aux expulsions, on a eu affaire les dernières années a une centralisation grandissante de la lutte contre l’aéroport autour du CMDO (définition à la fin).

Une description rapide s’impose  : Ses membres véhiculent une image de « jeune agriculteur / trice travailleur / travailleuse », comme dirait quelqu’un.e [5]. Sa perspective première : tenter d’arracher une victoire par la mobilisation de masse, la lutte symbolique et juridique. Ce groupe a ainsi poussé à l’abandon du projet tout en préparant dans un même mouvement une stratégie de légalisation pour rester sur zone après la « victoire » [6]. Pour ça, il compose et se situe comme interface à l’intérieur de la zad pour les orgas citoyennistes et COPAIN. Il communique dans les médias, cherche à montrer une image polie de la zad, acceptable par la « société civile » [7]. Il monte des évènements et des projets sur zone allant dans ce sens. C’est un groupe hiérarchique, qui s’appuie sur les normes de ce monde pour être efficace, captant la gauche classique, les réseaux écologistes - alternatifs mais aussi des réseaux militants attirés par sa capacité logistique, sa capacité à mobiliser et à communiquer dans les médias. Par un romantisme militant qui plaît , qui parle à la classe moyenne voir bourgeoise. C’est un groupe qui apparaît sérieux dans le sens où un de ses crédos c’est un certain réalisme politique, réalisme qui balaie les éthiques révolutionnaires d’autres, réalisme qui met en avant l’efficacité, la productivité, le nombre. Il se veut aussi « sexy », par une prose révolutionaro-romantique émeutière. Des membres du CMDO peuvent ainsi appeler à foutre le zbeul en ville le samedi et le lundi être dans le bureau de la préfète (et d’y trouver de la cohérence politique). Qu’importe les moyens, la fin est de gagner en puissssaaaannnce (musique de film d’action en arrière plan). C’est un groupe autoritaire. Si des critiques apparaissent, il les disqualifie en parlant de « purisme ».

Ce groupe, je le vois comme un noyau fait de différentes couches hiérarchiques. Il est soutenu et renforcé par tout un réseau d’associations citoyennes, d’agriculteurs, de militant.e.s. Qui elleux-mêmes sont soutenu.e.s pour certain.e.s par des partis politiques ou d’autres grosses orgas. Le 2ème dessin (la coupe transversale) essaie de montrer ça. C’est pas à l’échelle, y aurait sûrement d’autres acteurs à ajouter. C’est une manière de montrer ce que j’ai dans la tête quand je parle de réseau qui soutient.

C’est un noyau qui est en mouvement perpétuel pour arriver à ses fins. Au sein de la zad, il entraîne dans son sillage des personnes qui sont attirées par lui, par son organisation, sa vitrine de « celleux qui se bougent » vs « celleux qui réflechissent tout le temps et ne font rien ». Il y a aussi des personnes ou des groupes qui ne voient pas vraiment le souci, qui acceptent du coup de participer à certain.e.s de leurs initiatives comme faire la cantine, accueillir des réunions, héberger des personnes. Comme ielles le feraient pour toute proposition venant d’occupant.e.s sans marquer de rupture avec ce groupe-là [8].

En-dehors il y a les personnes qui veulent amoindrir l’impact de ce groupe dominant, en allant dans les AG ou réus des habitant.e.s pour pas leur laisser toute la place, en prenant une position critique. En participant quand même à leurs évènements ou décisions en espérant faire entendre une voix différente. Dans ce cas là on entre dans un espace où la remise en question des régles du jeu n’a pas sa place, où on a zéro prise, où on est contre ce qui est en train de se passer. (Je dis « on » car je me reconnais dans cette tentative-là, jusqu’à ne plus trouver de sens à faire ça). On va se mettre dans une position de courir derrière en criant (plus ou moins) fort. Ou en faisant entendre une analyse perspicace de la situation pour celleux qui arrivent à ne pas se faire balader les neurones pendant une AG ou en réu. En espérant que ça suffise à faire que le groupe dominant se remette en question. Petit à petit certain.e.s vont se fatiguer d’être dans la réaction permanente. Ou s’énerver plus. Ou partir. D’autres vont devenir des intermédiaires reconnus entre ce noyau et le reste des occupant.e.s. J’en cause plus loin dans la partie « le travail de médiation ».

Comme dans tout club de dominant.e.s, ça demande un certain « passing » pour y être accueilli. A l’extérieur du noyau et de celleux qui gravitent autour, on trouve toutes les personnes sur zone qui choisissent de se tenir à distance et / ou qui sont de fait exclu.e.s. Ça devient possible de rejoindre le club, quand, en temps de « crise », le groupe central recrute des personnes qui peuvent lui être utile d’une manière ou d’une autre, soit pour ses compétences, soit pour servir de caution et flouter les contours du noyau.

Le CMDO a été confronté par des occupant.e.s de la zad au printemps 2017 à son autoritarisme et au fait que c’était un groupe qui utilisaient les normes de ce monde pour prendre de la force. Il a intégré par la suite cette critique en mettant en avant (en réunion par exemple) des personnes qui rentraient moins dans la case « personne cis – classe moyenne et plus - en majorité blanche – travailleur – ayant fait la fac - en couple hétéro » tout en gardant une structure hiérarchique où les chefs restent les mêmes. En pratique ça donne des personnes qui étaient clairement du côté des « pas organisé.e.s » qu’on a vu prendre au moment de la crise des expulsions les places de porte-parole des décisions du groupe dominant et de médiateurs / médiatrices avec les pas organisé.e.s.

Par effet miroir, celleux qui ne font pas partie du noyau sont désigné.e.s comme l’« autre clan ». En réalité, cet « autre clan » est constitué de collectifs et d’individu.e.s qui ont plus ou moins de liens, qui ne s’entendent pas sur différents sujets. Iels n’ont pas UNE stratégie commune, UNE organisation avec ses cheff.e.s, et surtout des SOUTIENS [9] se concentrant sur ce noyau car se reconnaissant dans sa normalité finalement (par effet miroir avec les zadistes foutraques et sur qui on pourrait pas compter) [10].

Zonard.e.s, hippies, écolos radicaux, exilé.e.s, féministes, punks, anti-spécistes, anarchistes, matérialistes et plein d’autres. C’est un ensemble d’individu.e.s qui potentiellement peuvent se retrouver sur le fait d’être anti-autoritaires, bien que ce mot puisse prendre pas mal de sens différents... Ce sont des personnes qui, pour certaines raisons (lieux de vie sur zone, appartenance à différentes classes sociales, différents réseaux affinitaires extérieurs, différentes perspectives politiques…), ont eu dû mal à communiquer entre elleux. A créer des brèches pour se rencontrer, à se poser pour discuter, voir où sont les conflits et où sont les affinités.

Y avait une tendance à la zad d’être dans l’activité permanente au dépend de la réflexion. Comme si on courrait de chantiers en jardins pour ne pas se poser la question du sens. Pour faire du lien, être dans l’hyper-sociabilité, l’hyper-disponibilité aussi. Pris dans la vitesse, ça empêche de prendre le recul pour voir où on est en train de s’embarquer. Ça permet de tenir ensemble par le mouvement en reléguant les désaccords de fond en arrière. Pris dans l’activité frénétique, avec chaque semaine de nouvelles urgences, priorités…

Ça a été difficile de se trouver aussi car on a été pris dans la bourrasque du noyau qui, lui, « avance ». Car ce noyau impose aux autres occupant.e.s sa temporalité à lui, liée à ses efforts de composition avec les organisations citoyennes et agricoles. Comment réussir à s’organiser sans reproduire ce monde de merde quand le petit train autoritaire avance et donne le rythme ?

On s’est retrouvé.e.s à faire face au rouleau compresseur réformiste, à son urgence. A courir de réus en réus, à écrire des textes ou à faire les petites mains lors des grands évènements organisés par le CMDO & Co : cantine, accueil, médics ... Tenter de faire à notre manière dans ce bazar. Tout ça, ça nous a pris pas mal de notre temps et de notre tête, plutôt que de creuser nos propres perspectives et pratiques. Ce qui aurait été une base minimale pour s’organiser contre les expulsions hors des stratégies de normalisation / légalisation.

En ce qui concerne les gentes qui m’étaient proches, plutôt la classe moyenne (à l’échelle de la zad) anti-autoritaire, je pense que c’est la réaction qui a pris le dessus à défaut d’une rupture nette et claire, rupture qui aurait permis, peut être, de (re)trouver son souffle et ses idées. Et ça pendant que d’autres, dégouté.e.s, s’en allaient physiquement de la zad ou se barraient des espaces de réus après avoir tenter d’enrayer le mécanisme et s’être pris la paix sociale dans la gueule.

Certain.e.s ont tenté de faire des choses à côté, sans vouloir être spectaculaires et en partant de soi avec un peu d’humilité. Tenter de faire vivre des brèches libertaires. A faire beaucoup niveau soins. A questionner les privilèges, se remettre en question. A faire autre chose que de l’agricole. Des discussions, des ateliers, des rencontres pour se donner de la force, partager notre rage. Y a plein de choses chouettes à retenir de ça. D’un autre côté j’me demande comment on fait pour que tout ce bouillonement ne puisse pas de être récupéré pour servir de caution anti-autoritaire et radicale pour l’image de la Zad© comme zone subversive MAIS aussi constructive [11], image véhiculée par le groupe presse. Le mirage de l’unité qui fait croire, depuis un regard extérieur, à un tout homogène sans montrer les désaccords profonds, notamment sur la question des privilèges.

Tu veux que j’te fasse un dessin ?

Alors ouais ça donne envie de dessiner pour montrer ce que j’entends par noyau et sa périphérie à l’opposé de la vision binaire (et linéaire) des deux clans. Les points ou les cercles sont censés représenter les individus. C’est pas parce que les points sont plus petits que je considère les individus comme moins important. C’est plutôt un zoom sur le noyau qui est fait. Le noyau (CMDO & Co) n’a pas des points mais est fait de couches pour montrer la hiérarchie au sein de ce groupe.

L’idée c’est pas de représenter un truc aussi foutraque que la zad de manière scientifique, à l’échelle tout ça. Mais de donner une vision des dynamiques à l’œuvre. J’ai mis aussi d’autres groupes que ceux cités dans le texte (la zone non-motorisée, Radio Klaxon, la Wardine, la Taslu, le groupe presse). Il pourrait y en avoir d’autres mais c’est ceux qui me sont venus en tête, pour montrer d’autres groupes et leur (non-)relations avec le noyau.

Aussi, y a des groupes qui géographiquement sont plus éloignés et n’apparaissent pas. Je pense au CNCA (voir définition à la fin) qui était hyper investi dans cette lutte et que j’ai pas réussi à représenter sur ce dessin. Y a aussi la notion de temps qui apparaît pas ici. Depuis combien de temps chacun.e vit sur zone. Qui est là tout le temps, qui fait des aller-retours. D’autres dimensions qui ont grave leur importance.

Et puis une fois que j’ai fait celui-là ça m’a donné envie de chercher ce que je mettrais derrière le « & Co » de « CMDO & Co ». Parce que le « CMDO » n’est que la partie émergée de l’iceberg, la partie visible (enfin quand ielles ont fini par être poussé.e.s à se visibiliser). Ce groupe est le relais d’un réseau qui vient en retour appuyer sa position dominante sur zone. Pareil c’est pas exhaustif, c’est à quelques un.e.s ce qu’on a en tête si on essayait de faire le tour des acteurs du bazar. On pourrait résumer ça à « la gauche » finalement. Ça donne une espèce de coupe transversale du dessin précédent :

LE TRAVAIL DE MÉDIATION

S’il n’y pas (eu) deux clans à la zad, qu’est-ce que fout le soi-disant « milieu » alors ?

De par son mouvement, le noyau cherche à tirer la lutte vers lui. Certain.e.s tentent alors de le contre-carrer, d’éviter la rupture d’avec le reste des occupant.e.s. Empêcher que le noyau ne fasse trop de merde. Suivre le noyau, ne pas lui laisser la place tout en continuant à discuter avec lui. Les rôles d’interfaces, de modérateur.e.s se figent, les personnes qui font « ce taf là » sont reconnues, par les pas organisé.e.s mais aussi par le noyau. Comme une enveloppe, un liant entre le noyau autoritaire et les « autres ». En communication avec les deux côtés, à travers l’AG et la réunion des habitant.e.s. Râlant contre les autoritaires mais aussi contre les ardeurs des énervé.e.s, disant que « c’est pas malin » de faire-ci ou faire-ça quand les personnes cherchent à renverser l’échiquier, zbeulifier l’AG, régler les conflits de manière directe. Tenter d’empêcher la bagarre générale en prenant une position qui se voudrait neutre. D’empêcher la réaction des gentes qui ne veulent pas se faire dicter leurs vies par les normes. Parce qu’alors ça ferait péter ce joli ordre établi, ça remettrait en question le contrôle de la situation que possède le noyau mais aussi celleux qui se positionnent « au-milieu ».

Ces rôles d’intermédiaires sont valorisants, les personnes sont vues comme raisonnables, capables de mettre de côté leurs enjeux personnels pour le bien du collectif [12]. Moi je dirais qu’un des enjeux justement c’était de continuer à habiter cette zone, même si ça voulait dire que tout le monde ne pouvait pas y rester. De ne pas perdre ce qui avait été construit en terme matériel : des projets, des ateliers et des habitats plutôt confortables. J’comprends qu’on flippe de perdre sa maison, mais c’est malhonnête de faire comme-ci c’était pas ça qui guidait ses choix personnels et d’emmener les autres avec soi là-dedans selon l’argument de « on a pas le choix ». Certain.e.s ont accepté le chantage à l’unité du mouvement de peur qu’il ne reste plus rien de la zad, que les « soutiens » nous lâchent. L’appel à l’unité ou comment donner un nom joli au fait de protéger l’ordre social en place dans la communauté. A posteriori j’aurais préféré qu’il ne reste rien de la zad plutôt qu’un hameau alternatif, propriété en devenir de celleux qui ont su profiter de la stratégie de l’état.

Dans ces intermédiaires, les « gens du milieu » soi-disant, y a des individu.e.s qui se sont organisées en groupe. Je pense au POMPS et au CHIPS (voir les définitions à la fin). Je voudrais pas faire croire que ces groupes sont homogènes, les personnes ne sont sûrement pas d’accord sur tout, ni se situent à la même place vis-à-vis du noyau. Je ne veux pas dire que les personnes qui ont fait ce travail de médiation sont d’horribles personnes, c’est plus subtil que ça. Ce que je veux c’est pointer ce que ces rôles ont permis dans la pacification à la zad.

Les intermédiaires ont, a plusieurs occasions, pris le rôle de tampon des décisions du haut (du noyau), en essayant de faire de la médiation pour que l’unité soit préservée. Pour que la zad reste vivable (selon leurs critères en tout cas), ou reste tout court, même si ce ne serait qu’un bout partiel.

Je vais parler de deux situations que j’ai vécu :

- Je pense à l’expulsion et au nettoyage forcé de la route des chicanes  [13] où des personnes « du milieu » ont joué un rôle de pacification, que ce soit au moment de l’AG quelques jours avant ou sur la route le jour du nettoyage. Elles ont participé à amoindrir le passage en force du groupe dominant (CMDO & Co), en allant discuter avec celleux qui voulaient résister, leur demandant ce dont elles avaient besoin pour négocier. Plutôt que de riposter contre ce passage en force apelé négociation, elles y ont participé en faisant accepter la pilule, en faisant baisser la garde aux gentes de l’est. J’imagine que les gentes qui voulaient défendre la route avaient confiance dans ces personnes du « milieu » ou leur donnaient assez de crédit pour ne pas remettre en question leur analyse de la situation. Ça a participé à désamorcer la colère qui montait en chacun.e de nous, ça a enterré vif le courage pour réagir..

- Suite au nettoyage de la route, le lendemain il y a une réunion des habitant.e.s pour décider si oui ou non on répond à la demande de la préfecture qui veut qu’on détruise la cabane de Lama fâché (qui avait été la seule cabane épargnée lors du nettoyage). Je me rappelle que c’était une réu hyper forte. Plein de désaccords sont exprimés sur ce qu’il est en train de se passer, ça dépasse la question de la cabane. On sent qu’il peut y avoir une réaction contre le rouleau compresseur. La réunion dure, il est minuit, on sent la tension d’un moment où on discute pour de vrai, sans les manageurs de lutte. (Y a quand même une personne liée au CMDO qui tente de mettre fin à la réunion en arguant que c’est « trop abusé, que seules les personnes qui prennent de la drogue peuvent avoir l’énergie pour continuer cette réu »).

Mais l’énergie est là car le moment est important, que la parole se libère. Pour « avancer » face à une situation qui à l’air bloquée, quelqu’un.e du POMPS propose que les personnes se placent dans la pièce à une extrémité ou à l’autre selon qu’elles sont pour ou contre le fait de démonter la cabane ou si au contraire elles veulent résister à ça. Entre les deux extrémités, les personnes qui sont plus ou moins « pour », plus ou moins « contre ». Les personnes du côté « pour » demandent aux personnes du côté « contre » ce qui les feraient changer d’avis. Les personnes du côté « contre » se voient moins nombreuses (pas mal de personnes de ce côté se sont barrées au fur et mesure du processus, dégoutées peut être par la gueule que la réu prennait ?) et se retrouvent obligées de trouver des solutions à une négociation dont elles ne veulent pas. Le fond du conflit n’est pas discuté : comment on en est arrivé là ? Qui est en train d’écraser qui ? Quels sont les enjeux des personnes qui sont prêtes à détruire la cabane ? Est-ce qu’on accepte ou pas ce chantage ? Mais seules les solutions pratiques pour sortir du conflit sont demandées. Alors qu’il n’y avait absolument pas un accord collectif pour négocier quoi que ce soit (plutôt il y avait un blocage qui arrivait enfin à s’exprimer), on se retrouve avec une liste de conditions issues de la réu des habitant.e.s qu’on amène aux orgas et CMDO pour négocier le démontage de la cabane.

En utilisant un outil formel, la pacification a lieu, tranquilou. La pente glissante de la négociation est cette fois-ci aussi amenée par le « milieu ». Et les énervé.e.s se font berner, jusqu’à être poussées à démonter elleux-même la cabane quelques jours plus tard… L’outil proposé a permis de « sortir du blocage », à aller en « douceur » vers des négociations sans que cela soit annoncé comme tel. Ça a été une manière de faire passer les prises de pouvoir du haut vers le « bas » (ou plutôt du centre vers la périphérie selon notre histoire de noyau), où on sort avec l’illusion qu’il y a un dialogue, avec des conditions, qui ne seront, bien sûr, pas respectées, ni même écoutées. Les conditions des récalcitrant.e.s seront simplement lues le lendemain en début d’AG avec les autres composantes qui ne s’embêteront même pas à les commenter. Circulez y a rien à voir. Alors qu’un refus net de dialogue aurait amené à des difficultés pour le pouvoir en place, à forcer à tomber le masque. Et qui aurait peut-être amené à résister dans les actes et pas seulement dans les mots.

Cette tendance à la pacification elle est aussi bien intégrée en chacun.e de nous et je pense que ce soir-là on s’est bien embourbé ensemble dedans en ne réagissant pas à comment les choses tournaient. C’est un exemple d’une situation mais ces mécanismes-là se sont présentés à différentes échelles de temps sur la zad. C’est comme si l’espoir porté par les gentes du « milieu » qu’on peut encore « faire ensemble » prend le dessus dans les têtes sur un constat plus réaliste de la situation : il y a une partie de la zad qui joue sa partition contre pas mal du reste des occupant.e.s. Accepter un semblant de négociation avec elle veut dire lui donner carte blanche pour continuer.

Ici ça parle aussi de comment l’urgence a été continuellement utilisée pour foutre la pression et empêcher de penser hors du cadre, empêcher de poser un temps de réflexion pour dire non. De se trouver pour foutre le zbeul, au moins un peu. Se placer hors de la temporalité du productivisme et de l’efficacité immédiate ! J’aurais aimé que du côté des anti-autoritaires on soit capable de refuser l’urgence perpétuelle, de laisser les autoritaires se débrouiller pour faire le sale boulot. De faire gaffe aux paroles minorisées allant contre les normes et l’autorité, de miner les logiques démocratiques où c’est la majorité qui a raison, où c’est ok d’élire des délégués pour aller parler à l’État.

Refuser le dialogue face à l’autorité, au chantage, au mépris, au paternalisme du reste du « mouvement ».
Refuser que ce soit le réalisme politique qui prenne le dessus sur nos désirs, nos folies.
Refuser que l’autorité soit légitimée parce que plus « efficace » et que ça vienne palier notre sentiment d’impuissance.

Je crois bien que c’est au moment où la crise se profile (l’abandon possible du projet d’aéroport puis les expulsions) que le noyau a pris toute sa légitimité, qu’il a été reconnu (implicitement) par les occupant.e.s. Ceci parcequ’il a offert une solution, ses représentants avaient l’air si sûr d’eux. Comme un chef de parti qui attire les électeurs autour de sa vérité à lui, celle-ci étant très bienvenue car rassurante dans un environnement des plus confus. C’est devenu encore plus difficile de s’extraire du noyau à ce moment-là, de prendre des initiatives allant dans un sens inverse. (Et là je ne parle même pas des stratégies d’intimidations et des violences faites sur des récalcitrant.e.s par le CMDO qui ont participées à saper la motivation à aller contre...) J’me dit que c’est une des raisons qui ont fait qu’autant de lieux ont rempli les fiches en vue de signer des COPs1. Les lobbyistes du CMDO & Co ont su profiter de la confusion et de la peur pour arriver à leurs fins : quelque chose qui ressemble à une tentative « collective » de légalisation alors que c’est une stratégie qui les servait eux, stratégie qu’ils ont réussit à étendre à la zad. Et ceci, en partie, faute d’être au clair parmi les « autres » de ce qu’on tente ou pas, de quelles sont les limites vis-à-vis de la « négociation ».

L’argument de « c’était un choix collectif » vient valider des décisions de merde dans ce contexte autoritaire. Certain.e.s du côté des anti-autoritaires ont continué à mettre en avant les « décisions collectives » alors que v’la les prises de pouvoir du noyau, de plus en plus assumées d’ailleurs. Ça a été le mot magique pour ne pas questionner les dynamiques. Pour moi, les personnes qui ont continué à légitimer une décision parce que « collective » avaient leurs propres enjeux là-dedans. L’envie de rester sur cette zone, de ne pas lâcher ce qui s’y était construit. Et pour servir cet enjeu-là, rien de mieux que le mirage du collectif pour faire croire qu’il y a toujours de l’anti-autorité dans l’air, ne pas acter dans quelle situation on est réellement en termes d’écrasement. Ne pas acter quel rôle joue chaque individu.e.. Un peu comme la communauté des dominant.e.s qui s’ignore : parler de collectif là où en fait ce sont les enjeux des personnes parmi les mieux loties ou les plus en place qui prennent le dessus, ne pas accepter de se voir soi-même dans cette position-là.

Il faut aussi y trouver sa place dans ce « collectif ». Plein de gentes étaient depuis longtemps dégoûté.e.s des réu et cherchaient d’autres manières pour se capter. Le « milieu » par contre y a toute sa place dans ce semblant de collectif, il y est central, son rôle étant de faire la médiation entre le haut et le bas. L’espace « collectif » est devenu au fur-et-à-mesure un espace où étaient discutées / critiquées / mises en pratique / détournées / adoptées / digérées les décisions venues du noyau. Ce n’était plus un espace où c’est possible de réfléchir à comment se détacher du noyau. Je pense à la réunion des habitant.e.s où des personnes du POMPS et d’autres personnes du « milieu » ont été centrales pendant la période des expulsions : en faisant la facilitation, en prenant beaucoup la parole, en se répondant les un.e.s les autres, en occupan,t l’espace de parole et de réflexion quoi. Où leur place en tant que groupe affinitaire / politique était tout sauf anodin. Notamment en se sentant la responsabilité de faire le lien avec l’AG des usages alors que c’était un terrain miné d’avance.

En voulant faire « collectivement », c’est du contrôle social qui s’est appliqué. Faire confiance à d’autres pour décider de ce qui est bien ou pas, pour prendre l’initiative  [14].

Enfin, dans ce mythe du collectif, y a aussi l’injonction à être nombreux.ses plutôt que de savoir ce qu’on veut et pourquoi on se met ensemble. Je me rappelle entendre des réflexions du genre « Vous tiendrez pas une zone à 200 anars ». Encore ce sacré réalisme. Les perspectives de certain.e.s passent ainsi pour réalistes (« être nombreux.ses ») quand celles des autres passent pour utopiques ou puristes. Quand les désaccords de certain.e.s, le fait qu’on ait pas les mêmes perspectives, ne s’assument pas et prennent l’argument de l’efficacité, du pratico-pratique pour masquer ça.

Bon faudrait pas faire croire que les personnes se mettent dans ces rôles d’intermédiaires toutes seules. Car tout ça parle au final de la question de la délégation. Je pense que face à la situation de centralisation, on a accepté que quelques personnes soient mises dans le rôle de celles qui gardent une attention permanente à la situation, celles qui savent l’analyser et la contre-carrer si besoin s’en fait. Ça a donné beaucoup de crédit et d’importance à quelques personnes, ça a fait que beaucoup d’autres ne se sentent pas responsables, délèguent à d’autres le fait de comprendre la situation et prendre position. Je dis pas qu’on aurait dû faire ce taf là de manière plus horizontale. Je pense qu’une rupture claire avec le noyau aurait empêché que ce genre de rôles se créent, puisque s’il y a rupture il n’y a plus communication, il n’y a plus de rôles de médiateurs / médiatrices ou de « personne qui comprend les enjeux ». Sans rupture claire, on a donné à ces personnes la légitimité de savoir ce qui est le mieux à faire, et du coup d’écouter et de suivre sans critiques ce qui leur semble le plus approprié comme stratégie, surtout dans un moment de « crise » comme les expulsions.

Parmi les personnes du « milieu », certain.e.s ont accepté de faire partie du groupe qui devait « négocier » avec la préfecture. Ça a semblé (et semble toujours de ce que je capte) très laborieux de remettre en question ce que les personnes ont joué comme rôle là-dedans. Ielles se sentaient responsables envers le « collectif » qui les avait choisies. Si il y avait eu un refus clair de la délégation, il n’y aurait pas eu une telle confiance mise dans ces personnes en particulier, personne ne se serait senti indispensable. Ça aurait coupé l’herbe sous le pied de tels mécanismes. On aurait peut être pris le temps de partager l’analyse de la situation et de confronter les points de vue. L’attention ce serait peut-être tournée vers les gentes qui allaient se faire dégager de la route, de l’est. On aurait peut être entendu celleux qui voulaient ne rien avoir à faire avec les négociations. Plutôt que de se faire bercer par les injonctions à l’unité, notamment avec le noyau qui lui, depuis longtemps, avait fait rupture avec le reste des occupant.e.s.

Et en bonus une analyse de l’AG comme une représentation de cette centralisation autour du noyau et du rôle des soutiens non-assumés :

La farce de l’AG : les rapports de pouvoir sur zone condensés en quelques heures !

Dans les faits ce sont bien des individu.e.s qui font face à d’autres lors des AG ou sur la route des chicanes le jour de son expulsion. Mais derrière le CMDO & Co c’est tout un réseau qui se déploie, réseau qui se veut invisible, non assumé dans sa quasi entièreté. Réseau stratégique de personnes qui ont intérêt à se mettre ensemble pour gagner en puissance matérielle et symbolique..

La farce de l’AG est de faire croire que c’est un endroit horizontal où chacun.e est légitime à parler et être écoutée. C’est une mise en scène de l’horizontalité mené par des mains devenues expertes en terme de facilitation qui sont en réalité un managament de l’AG pour aller vers une décision portée par le groupe dominant (et discutée en amont de l’AG). Les rôles sont bien définis, ils reproduisent les normes de ce monde : rôles genrés, complicité masculine, complicité de classe et de blanchité, validisme. Celle qui « veut bien faire la facilitation », celui qui apparaît comme un chef, celui qui trouve que l’idée de son pote est vraiment trop bien, celle qui fait du drama quand il y a une opposition qui apparaît (« vous allez briser ma vie pour des ronces ! » à la réu des zhabitant.e.s qui ne voulaient pas lâcher lama-fâché), celui qui intervient à la toute fin de l’AG en prenant le dernier tour de parole pour être sûr de peser bien comme il faut dans la discussion… Ni vu ni connu j’t’embrouille ! Face à ça des personnes avec leur propre individualité, pas organisées en bloc comme en face, pas organisées pour contre-carrer le rouleau compresseur et fatiguée d’être dans la position de prendre les coups et tenter de riposter sur un terrain qui n’est pas le sien, celui de la politique politicienne. Des personnes qui ne vont plus en AG ou qui sortent dehors pour râler et trouver des complices avec qui partager un peu de rage et de dégoût.

« Pour faire court, et au risque de perdre en nuances pour gagner en clarté, des stratèges de la lutte détiennent et déploient davantage de moyens de faire de la politique. En gravitante (nom donné à l’AG dans le contexte de la lutte à Bure), on assiste et on participe aux prises de pouvoir par ce qui ressemble à une délégation dans une mise en scène de l’horizontalité » (extrait de la brochure « Comme un loup-garou en quarantaine un soir de pleine lune »).


LETTRE OUVERTE AUX INTERMÉDIAIRES

Alors voilà, au printemps dernier, on a pu sentir comme une ambiance anniversaire dans l’air ! C’était la mode des articles sur « la zad, un an après les expulsions ? ». On pouvait voir chacun tenter d’exploiter encore un peu le capital audimat de la zad, des flics aux journalistes, du monde alterno à la nouvelle zad . On a eu droit au bilan policier des expulsions, aux louanges de la normalisation alternative en cours, en passant par un appel à dons pour racheter à l’État une partie des terres de la zad, ainsi que par un appel de la nouvelle zad contre le G7 comme un zeste de peinture subversive.
Un an après les expulsions, c’était aussi un an après un exode massif d’expulsé-es de la zad, sans aucun soutien du « mouvement » pour les tentatives de réoccupation, et une désertion, massive elle aussi, de personnes solidaires dégoûté-es des choix stratégiques pour un « avenir dans le bocage ». Un an après, il y avait aussi un rdv de « retrouvailles » d’ex-zadistes, diffusé en interne d’une liste mail créée in extremis quelques mois plus tôt, pour « garder le lien » en pleine dispersion.
Un an après, à part quelques « invendu-es » [15], il ne reste sur place que celleux qui avaient su fêter la « victoire » et agir pour ne pas subir la défaite qui allait avec. On pourrait alors garder une image simple de la fin du mouvement d’occupation, qui opposerait des victorieux collabos intégré-es à de malheureux résistantes. Mais on peut aussi choisir de ne pas oublier certains « détails » de cette histoire, pour se donner un peu de chances d’en tirer quelques enseignements. Il y a déjà eu beaucoup de choses écrites pour révéler, analyser, critiquer, laisser des traces [16]. Ici, je vais me concentrer sur la partie plus proche politiquement, notamment celle qui se dit « anti-autoritaire ».

Ce texte est le fruit difficile de nombreuses discussions et de quelques nuits blanches passées à écrire. C’est principalement l’idée de ces « retrouvailles » qui m’a débloqué à distance. J’avais trop de trucs à dire coincés dans la gorge. Pas le courage jusque là. Pas la confiance que ça serait entendu. Alors ça prend la forme d’une lettre adressée à des gens qui iraient à ces retrouvailles, pour m’aider à trouver les mots.

Des « retrouvailles »…
Eh bien, moi, elle me parle pas cette évidence d’être ensemble dans un même camp de la « zad résistante », sur cette base minimale « hors du CMDO ». Pourtant je sais que j’aurais plaisir à y voir certaines gueules, d’autres pas du tout, d’autres encore avec gêne et non-dits accumulés. Et c’est probablement réciproque, voire généralisé.
Ici, j’écris à celleux qui ont fait l’effort d’aller à ce rdv pour tenter d’y amener du conflit et qui se sont probablement cogné-es à ce mur moelleux qu’iels connaissaient déjà bien. A celleux qui iront quand même au prochain rdv, je veux les encourager à rester méfiant-es que ça pourrait changer. A celleux qui feront l’effort de me lire jusqu’au bout parce que c’est un peu long. A celleux qui ont la gorge serrée et l’envie sincère de faire exister un questionnement auto-critique (chiche !). A celleux qui y reconnaîtront quelques-unes de leurs réflexions et positions, liées à cette lutte ou pas (bon courage !).
Parmi mes séquelles de la zad, j’ai ce doute chronique sur ce qui pourrait sortir d’un tel moment collectif. Qu’est ce que certain-es y cherchent. Qu’est ce qu’il serait possible d’y trouver d’autre qu’un réconfort de la « communauté de lutte en exil », avec en fond un bon vieux consensus pacifié d’ancien-nes combattant-es. De mon côté, j’ai aussi ce besoin de faire le deuil de la zad, qui a marqué nos nombreux parcours, et de pouvoir se reconnaître par du vécu dans cette expérience longue et terminée, riche et douloureuse. Mais j’ai trop d’amertume pour croire qu’une réunion large de gens de la zad peut permettre de faire le vrai bilan dont y aurait besoin. Et j’ai pas confiance dans la volonté de certain-es de se mettre en jeu réellement dans une analyse critique de ce qui s’y est passé.
Aussi j’ai ni l’envie, ni le besoin de maintenir vivante une identité ou une unité de la zad pour me sentir lié à des personnes qui l’ont traversé.

Peut être c’est encore trop tôt, peut être c’est déjà trop tard...
Pour regarder en face les rôles qui ont été pris et leurs conséquences.
Pour analyser le long processus de normalisation, et toutes ses justifications bancales pour garder quand même le confortable costume subversif.
Le réflexe est si facile de se focaliser sur le CMDO, comme le groupe dominant contre lequel « on » aurait résisté ensemble. Ça permet de créer un consensus de l’ennemi commun et de ne pas voir sa propre position là dedans. Ça permet de continuer de se placer comme l’allié-e sauveur-euse des « dominés », en même temps que personne-clé, médiatrice avec les « dominant-es ».

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...Un « milieu » aussi...

Les rôles d’intermédiaires sont nombreux, et systématiques. On les trouve souvent cachés derrière la devise « pour le moins pire ! » Cette lutte en a révélé beaucoup par sa longévité et sa complexité [17]
Pour beaucoup de personnes, je ne doute pas de leur sincérité de vouloir bien faire. Et c’est pas parce qu’y a sincérité, qu’y a pas problème, au contraire ! De même, il ne suffit pas d’être de bonne intention dans ses actes pour éviter d’avoir ensuite à en assumer les conséquences.

Là, pour avoir plus de chances d’être compris, je vais lister à l’arrache quelques exemples des rôles intermédiaires sur zone, ils sont cumulables à volonté. Ça va piquer, mais après on saura peut être un peu mieux de quoi on parle... [18] Les « organisé-es », les POMPS, les CHIPS, les habitant-es de la salle polyvalente neutralisée, les ça-fait-chier-mais-on-aurait-qu’à-participer-quand-même-au-moins-pour-y-mettre-notre-grain-de-sel.
Les « entre-deux », ou culs-entre-deux-chaises, les qui-regardent-autour-pour-être-sûr-es-d’être-bien-au-milieu, les qui-disent-pas-ce-qu’illes-pensent-mais-seulement-ce-qui-peut-être-entendu, les qui-finissent-par-ne-penser-que-ce-qui-peut-être-entendu.
Les relais démocratiques de l’autorité, les rédacteurices de compte-rendus bureaucratiques pour informer la populace des décisions des réus, les aménageurs de colère, les éducs du « quartier Est » et leur stagiaires en promotion.
Les petites mains facilitatrices des AG qui te sortent pour discuter, te neutralisent pour ne pas perturber le « vrai débat », les médiatreur-ices d’avec la Conf’, COPAIN, la Coord, le CMDO.
Les pacificateurs de crises, par exemple face à celleux qui refusent d’enlever leur cuisine-chicane ce jour de « nettoyage » de la D281 : « C’est trop fort en face, vous vous rendez pas compte, vous devez reculer, croyez moi, dites moi ce que vous avez besoin, vos limites, je leur transmettrai... ».
Les représentant-es autoproclamé-es, les porte-paroles à l’AG des gens qui tentaient envers et contre tout de s’organiser hors de l’AG, mais qui se sont donc encore retrouvé-es à perdre leurs temps et énergie pour définir comment aller le dire à l’AG.
Les « délégué-es » pour aller négocier au nom des occupant-es qui ne veulent pas négocier avec l’État, les interlocuteurs des flics, de la DDE, des médias, etc.
Tout ça « pour le moins pire »…
Ces rôles ne sont jamais isolés. Ils participent à un empilement d’intermédiaires, comme des relais dans une chaîne, où chacun-e pourrait se rassurer qu’iel est du côté d’en bas. Ces chaînes se recomposent sans arrêt, selon les besoins et les habitudes. Les places vides d’entre-deux trouvent spontanément des personnes pour les prendre en charge. La pacification est tellement intégrée en profondeur dans nos manières sociales qu’elle s’impose vite, comme pour soulager un stress collectif. Ces rôles sont donc valorisés et peuvent être des ascenseurs sociaux parfois spectaculaires. Ils demandent de la concentration et du dévouement, mais sont souvent basés sur des codes déjà bien institués et des comportements assez automatiques à reproduire. Aussi, le changement régulier des personnes qui incarnent ces rôles permet de donner une image anti-autoritaire du fonctionnement général sans questionner les rôles en eux-mêmes et à qui ils profitent.

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Ça fait plus d’un an que j’attends que ma colère se tasse un peu, pour y voir plus clair, me sentir plus précis, comme tant d’autres écœurées. Ça fait plus d’un an que je me retiens de cracher ma bile dans une critique publique de ces positions du milieu, qui ont miné cette lutte comme toutes les autres.
Je ne veux pas viser des personnes, mais les rôles qui ont été joués, et qu’on retrouve dans toutes les luttes, conflits, oppressions, à toutes les échelles. De même, je ne veux pas laisser des conflits politiques être réduits à des « embrouilles inter-individuelles », avec l’image trop facile de la personne chieuse qui invente des problèmes.
En réalité, j’attends parce que moi aussi, j’ai estimé des personnes qui ont pris ces rôles, ponctuellement ou durablement. J’attends… que le mirage disparaisse dans les yeux de ces personnes qui se persuadent de faire ce qu’il faut, et d’être en accord avec elles-mêmes. Et je sais que j’ai aussi déjà tenu ces rôles sur mon parcours. Il faut du temps pour les rejeter, de l’intransigeance pour les reconnaître quand me revient immanquablement la main tendue d’une nouvelle chaîne, de la détermination pour la maintenir à distance, de l’humilité pour accepter la critique et enfin une dose d’auto-dérision pour la sensation d’impuissance.
Au fond, on dirait que ce que j’attends encore de certain-es, c’est une rupture claire et une autocritique puissante et publique pour enfin assumer ses choix et les nommer erreurs. Je crois qu’il faudra au moins ça pour nourrir à nouveau des imaginaires de lutte riches d’être tâtonnants, plutôt que leurs faux semblants publicitaires et victorieux, et le silence gêné et confus qui va avec.
A force de refuser le voile critique sur l’expérience de la zad, on se retrouve avec un total qui ressemble à un cauchemar. Je vois bien comment a pu jouer l’envie d’y croire (oui, mais à quoi ?) comme pour se rassurer que tout ça va quelque part (oui, mais où ?), et l’évidence d’entretenir l’Espoir, pour soi et « pour les autres », en brassant du flou à défaut de réelles perspectives contre ce qui nous écrase.
J’attends… parce que je sais que certaines personnes ont les outils et l’analyse politiques pour faire ce travail critique, et aussi les ressources matérielles et affectives pour prendre le risque de rompre.
Et merde, qu’est ce que c’est long à venir, et plus ça va, moins je me permets d’y croire bien-sûr. Je sais que certain-es qui sont restées sur zone réussissent encore malgré tout à se raconter qu’iels ont fait ce qu’il fallait faire, qu’il fallait en passer par là. D’autres qui sont finalement parti-es ailleurs tentent de rebondir dans le déni de ce qu’iels ont porté dans cette longue fin de lutte. J’imagine d’autres manières, d’autres intentions, d’autres temporalités, mais quelles traces vont-elles laisser ?

« Faire ce qu’il fallait faire ! » Et se le répéter sans cesse pour se rassurer mutuellement. Et se reconnaître complices à partir de ça, par la nécessité réciproque du regard bienveillant de l’autre qui dit « tu as raison » et qui rendort les doutes. Et se sentir en groupe dans la tempête, et se soutenir face aux quelques regards critiques qui fragilisent, et les éviter en leur collant vite-vite l’étiquette disponible, « simpliste », « radicale » ou « entre-soi ». Et s’aider à maintenir au silence nos propres rapports individuels éthiques et critiques. Et plus le temps passe avec la merde qui s’accumule, plus il est en même temps difficile et urgent d’arrêter de faire ou de justifier ce qui a été fait, de peur de ne plus jamais réussir à croiser un regard-miroir. Par exemple, le nettoyage-expulsion de la route des chicanes de la semaine de l’abandon s’est joué par un consensus spectaculaire qui validait toutes ces compromissions individuelles [19]. Ça m’a fait tristement penser à des mécanismes de bizutage, où une sorte d’initiation scelle l’appartenance au groupe, soudé par la merde commise et subie ensemble.

Bon, rien d’original hein, je suis moi aussi écœuré de ce que j’ai vu et vécu sur zone. Il y a bien sûr les choix dégueulasses, mais tellement prévisibles, de celleux qui récupèrent et pilotent les luttes avec leurs perspectives politiciennes de puissance [20]. Mais au final, plus le temps passe, plus le silence gêné pèse derrière les tentatives de justification [21], et ma colère se précise sur les choix et les rôles que beaucoup ont pris sous prétexte de « sauver ce qui peut être sauvé ».

Sauver ce qui peut être sauvé, comme un mantra minimaliste pour positiver comme on peut une fuite en avant.
Sauver sa place d’entre-deux, avec paternalisme envers ceux qui sont « en bas » ?
Sauver sa place de « gentils », en réorientant les rébellions dans le jeu démocratique par tous les moyens, pour éviter la rupture « par le bas ». Ça se verrait alors qu’on est peut être finalement plutôt « d’en haut », du côté des « méchants » ?
Sauver quels intérêts individuels et particuliers cachés derrière le grand « intérêt commun » ?
Maintenir sa propre possibilité de rester sur zone en la déguisant avec le mythe du collectif ?
Répondre à ses propres enjeux individuels non-dits en créant l’illusion du don de soi, qui sert ensuite de bouclier face à la critique ?
Bref, sauver quelle unité, quelle paix, et pour quel profit ?

Un conflit est un affrontement entre deux parties avec des intérêts contradictoires. Il est commun de prétendre que les parties sont à égalité pour éviter d’avoir à se positionner. Mais si on prend le temps de le regarder avec un peu d’honnêteté, on peut rarement dire qu’il est horizontal. Le rapport de force entre les deux parties ressemble en fait souvent à ça : peser et obtenir le maximum pour celle qui pense gagner, résister et sortir la moins humiliée possible pour celle qui pense perdre.
La partie la plus forte a aussi souvent plus de temps et de ressources pour anticiper et mener le conflit. En fait, on peut même dire qu’elle va là où elle veut aller, et que le conflit se déclare à cause des obstacles qui apparaissent sur son chemin. Elle peut alors focaliser son énergie pour obtenir ce qui l’arrange, avec notamment ses alliances, l’urgence, le chantage et la menace comme moyens de pression. Tandis que la partie la plus faible est obligée de se concentrer principalement à faire obstacle, tenir sa position pour ne pas se faire écraser, ne pas reculer pour ne pas perdre trop d’estime d’elle-même dans la défaite. Mais beaucoup de l’énergie passe dans faire face aux galères du quotidien d’obstacles et sans autre horizon de rebond (eh oui, c’est souvent plutôt par défaut qu’on se retrouve dans la position d’obstacle à la bonne marche des choses, et dans plusieurs dimensions cumulées en même temps, parce qu’on a aussi pas mal d’autres galères dans la vie).
Voilà le tableau, assez basique finalement. Mais, discrètement et systématiquement, une 3e partie vient y tirer son épingle du jeu. Ce n’est pas nécessairement un bloc, elle n’a pas besoin d’en être un. Elle est une somme diffuse de stratégies individuelles qui se ressemblent et d’intérêts qui coïncident. En dialoguant et s’organisant avec les plus forts, en se prétendant du côté des plus faibles tout en ne partageant pas leurs galères, l’idée est de rester toujours subtilement dans l’entre-deux,. C’est plus facile pour intervenir ponctuellement et peser selon ses propres intérêts laissés invisibles. C’est aussi plus confortable avec le bon rôle et la bonne conscience en prime. Tiens, on dirait un descriptif de la gauche, non ?

Pour ma part, avant d’intervenir dans un conflit avec la prétention d’y chercher une 3e voie, je veux être clair sur mes propres intérêts dans l’issue du conflit. La fausse neutralité est le luxe que seul-es les intermédiaires peuvent s’offrir. C’est ce mensonge qui nivelle le conflit, pour le réduire à deux opinions égales, ce qui finit évidemment par profiter aux plus fort-es.
Je ne veux pas fermer l’espace à chacun-e d’évaluer ses chances d’obtenir ce qu’iel veut. Que chacun-e puisse définir ses propres limites et refus face à la paix des vainqueurs qui viendra toujours sceller la sortie du conflit en écrasant les vaincus. Et j’en profite pour me demander à moi aussi : Sur l’issue, quels sont mes espoirs, mes illusions, mes priorités ? Sur l’humiliation, à quelle pacification je suis prêt, à quelle révolte, à quels risques ?
« T’es trop con, t’aurais qu’à plier un peu et t’adapter. Mais là, tu vas juste morfler et tout perdre en plus ! » Cette phrase pue l’habitude profonde de s’en sortir plutôt bien dans la vie finalement, et donc la facilité à accepter de perdre un peu, de-ci de-là, sans se sentir trop atteint. Elle montre le mépris derrière le « vous êtes pas stratégiques ! », et l’ignorance de ce que c’est que des défaites courues d’avance et l’insoumission comme seul rempart à l’humiliation quasi permanente.
Si quelqu’une résiste d’une manière qui me semble absurde, je veux prendre le temps de mettre mon regard de côté pour me demander ce qu’elle pourrait effectivement gagner dans une paix, à part fermer sa gueule tout en se la faisant écraser. Puis voir ce qu’elle gagne dans la bataille, son estime d’elle-même peut être, et ouais rien que ça… Parfois, on se sent mieux de recevoir des coups que de baisser la tête. Et partir avec la sensation d’avoir fait chier au maximum devient souvent le seul objectif à portée de main.

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Un trou dans la route...

« En refusant l’ouverture, vous vous enfermez dans votre petit entre-soi radical stérile ». L’ouverture ? Ah ouais, après la « composition », ça pète comme concept dis donc ! Et c’est nouveau aussi ce truc ? Bon, mais s’ouvrir à qui ? A quoi ? Parce qu’ici, tout ça ressemble quand même beaucoup à une ouverture vers la classe bourgeoise et ses valeurs, non ? Et d’autant plus quand la plupart de ces rebelles qui prétendent innover par leur ouverture viennent justement de cette classe, on dirait plutôt un banal retour vers la normalité dominante, qui les accueille comme des enfants prodigues. Alors que le choix de l’ouverture vers l’oppresseur vient parfois d’un besoin d’affirmer sa fierté d’opprimé-e, ici cette quête de reconnaissance et de validation est surtout tournée vers des pairs. En effet, qui peut avoir la sensation de gagner tout en faisant tant de compromis avec ce qui est sensé l’écraser ? Qui peut se permettre d’appeler ça une ouverture ? Cette ouverture est racontée comme une stratégie de subversion de l’intérieur. Elle est plutôt une couverture par solidarité de classe. Les puissant-es défendent les normes sur lesquelles leur puissance s’appuie, et tolèrent l’excentricité quand elle les divertit, ou leur donne une caution d’ouverture progressiste. Alors s’ouvrir à eux peut permettre des alliances, mais pas pour n’importe qui, et ça implique surtout d’accepter ces normes, de s’y (ré)adapter et donc de participer à les renforcer. Contre qui ? J’te l’donne en mille... Alors oui, l’entre-soi « radical » paraît en effet bien petit face au large entre-soi de l’ouverture.
Et si jamais il reste quand même quelques doutes sur le choix de l’ouverture, il suffit de se persuader de la stérilité du petit entre-soi radical. Le moyen le plus simple est de minimiser les critiques politiques en les appelant « embrouilles de milieu ». Le mot milieu suggère une appartenance à un réseau élargi de relations, avec une base commune politique floue prétendument révolutionnaire, sur une identité de classe et d’âge principalement construite dans les amphis et couloirs des facs, comme un environnement comprenant des « bandes » qui seraient mi-sœurs mi-rivales. Le mot milieu sert ici à enfermer et diluer dans une sorte de grande soupe identitaire des conflits politiques vieux comme les luttes sociales. On y sent aussi l’évidence que ce milieu est déjà petit et fragile, d’où le discours de l’unité contre des « embrouilles internes ». Il faudrait le préserver face au vaste monde extérieur, auquel il faudrait paradoxalement quand même s’ouvrir pour mieux s’y sentir caché.
J’ai surtout l’impression que ce « milieu fermé à dépasser » n’a d’existence réelle que dans la tête de ces gens précis qui le font exister, en s’agitant justement toujours en plein milieu pour maintenir autour d’eux l’apparence d’un ensemble qui les rassure en leur donnant cette place centrale. Cet ensemble est comme une médaille avec ses deux faces, elle sent le rance, son soi-disant « dedans » pue le réconfort de l’activisme militant de classe moyenne, et son « dehors » auquel s’ouvrir pue la gauche éternelle parasite des luttes.
Je ne me sens pas plus d’affinités politiques et de complicités potentielles avec un « dedans » de ces alternatifs auto-entrepreneurs, ces insurrectionnalistes autoritaires, ces « autonomes » médiatiques, ces démocrates anti-autoritaires qu’avec un « dehors » des éco-citoyens responsables, des consom-acteurs ravies et exploitantes radieux de l’agriculture biologique, des républicains convaincues « insoumises » ou « cégétistes »… Je cherche les gens qui veulent mordre ce qui les écrase, qui se rencontrent par cette colère face à la pacification, et pas par une alternative à « construire ensemble ».
Avec beaucoup de ce milieu, j’ai pas de contact, et je sais donc pas comment les un-es les autres se remettent en question. Je me trompe peut-être en imaginant que c’est pas le cas. J’en serais désolé... et rassuré. Si j’écris sur le mode lettre, c’est peut être parce que j’y crois encore que certain-es sont sur cette voie là, et en feront quelque chose qui donnera de la force pour lutter contre ces mécanismes de normalisation et pacification. Parce que finalement, comment être en lutte autrement ?
Je peux entendre d’ici la réponse « Halala, c’est facile de parler quand on fait rien ! » Eh ben, j’ai envie de te dire, vas-y, essaie pour voir, affronte le vide de ta vie sans ton agenda de toto blindé. Tu feras peut être moins de merde juste histoire de faire-quelque-chose, et ça fera un peu plus de place à d’autres pour faire autrement.
Voilà, j’imagine bien les grosses réticences individuelles et collectives face à ces questionnements. A vrai dire, je veux surtout participer à ma manière et à distance pour soutenir celleux qui les ont déjà fort en tête et leur donner du courage pour les mettre sur la table, que ce soit lors de ces retrouvailles s’iels y voient du sens, mais j’espère surtout partout ailleurs.
Je ne doute pas qu’on me collera aussi la bonne vieille étiquette du plus-radical-que-moi-tu-meurs, qui marche toujours pour éviter le fond. Je ne m’y reconnais pas, et ne prétends pas être moi-même à l’abri de véhiculer la norme et du rôle de pacificateur. Mais j’affirme vouloir lutter contre tout ce qui relaie les mains tendues de l’ordre dominant pour endormir les révoltes. Je souhaite partager et soutenir ces révoltes, mais je veux surtout être toujours aux aguets. Je veux me méfier des places de dominant ou d’intermédiaire que me donne systématiquement la structure de ce monde. Je veux être intransigeant pour identifier et mordre chaque prochaine main tendue qui se présentera.
Je suis loin d’être infaillible, je m’attends à être confronté quand je prends ces places, et je veux être capable de l’entendre et d’en tenir compte. On se croisera ici ou là, j’en suis sûr.

un maillon faible
entre juin et septembre 2019


BYE BYE ! CIAO ! ME VOY

[Texte écrit en décembre 2017.]

Occupante de la zad pendant quelques années et partie depuis quelques temps, voilà que j’y repasse quelques jours. Je sens la pression et les tensions palpables, l’angoisse qui monte au fur et à mesure que je remets les pieds dans tout ça. Les informations qui submergent mon cerveau, l’impression qu’il va falloir être efficace pour comprendre, se positionner et agir. Tout se mélange, pleins d’infos se balancent et s’avalent dans un même mouvement, toutes se retrouvent sur un même niveau dans la mayonnaise de l’urgence. Les interactions multiples. Les « salut ça va ? » qui s’enchaînent sans écouter la réponse, sans l’espace de dire non. Les sourires qui me disent qu’on essaie de se rassurer, qu’on doit tenir ensemble. Les attentes non-dites. La pression à en être, de la soirée, de la réunion, de la manifestation. De prendre position dans toutes les histoires. Me v’là fatiguée de devoir et/ou chercher à répondre à des attentes essentiellement extérieures à moi. Et bien envie de démêler ce qui créé ce contexte là.

D’abord j’ai envie de partir d’une analyse matérialiste. Ça veut dire regarder les interactions entre les individu.e.s depuis le prisme des oppressions systémiques qui structurent cette société et qui assignent les individu.e.s à des catégories de race, de classe, de genre, de sexualité, d’âge etc. Je vais partir de mon vécu pour en tirer quelques bouts d’analyse. Parfois en vrac, parfois pas clair, un essai. Je suis une meuf cis (c’est-à-dire assignée fille à la naissance et sans être dans un parcours de transition aujourd’hui). Sur la zad, ça veut dire être particulièrement sollicitée et répondre (de façon consciente ou non) à un tas d’attentes non-dites. Les « meufs » sont par exemple beaucoup moins nombreuses sur zone (il suffit de se pointer à un concert pour le voir) et pourtant présentes à part égale dans quasiment tous les groupes organisés de la zad. Voir en majorité quand il s’agit d’activités genrées comme le soin ou l’accueil. Idem dans les réunions, les « meufs » sont présentes quasi à part égales et essaient bien souvent de faire avancer et de faciliter les discussions, de prendre les notes etc. Au-delà de ça, y a tout un travail invisible et non reconnu de gestion des embrouilles, de soin, de pédagogie, de lien dans le collectif. Y a clairement des attentes sur nos corps et nos têtes. Répondre à ces attentes ou non va jouer dans le fait d’être reconnue, de pouvoir faire sa place. Être dans ce fonctionnement genré là peut être une stratégie pour se sentir « bien » sur cette zone. (Mais s’il appartient à chacun.e de trouver sa propre façon de dealer avec tout ça, certaines stratégies vont contre les structures d’oppressions quand d’autres les renforcent.)

L’assignation au genre féminin restreint ainsi l’individu.e à agir dans un cercle proche. L’énergie et l’attention sont portées vers le fonctionnement du collectif, du mouvement de lutte. Agir vers l’extérieur depuis sa propre projectualité est beaucoup moins une évidence quand on est assigné « meuf ». Par « agir vers l’extérieur » j’entends plein de choses qui vont du fait de prendre la parole en assemblée et être écoutée, participer aux décisions clés, avoir un discours offensif contre l’état et contre ce monde, proposer des actions directes etc.

Et puis ça vient se croiser avec les exclusions du fait de la classe d’où on vient, de la non-blanchité, de dévier de l’hétéronorme, de dévier de la « normalité » etc., exclusions qui sont bien présentes sur la zad. Ça demanderait plein d’autres textes à ces sujets-là.

C’est sur qu’on ne s’extraie pas de ce monde basé sur les dominations d’un claquement de doigts. Que ça peut être périlleux avec des remises en question qui sont douloureuses / pas simples de part et d’autres. Que y a de l’inconnu là-dedans et que ça demande à certain.e.s de sortir de leur zone de confort et de leurs certitudes. Et surtout ça demande de requestionner les rapports de pouvoir. De prendre le temps pour comprendre les dynamiques qui font que certain.e.s se sentent écrasées / utilisées / pas reconnues comme interlocuteurs/ interlocutrices valables quand d’autres foncent droit devant. Pas grave si ces autres ont le sentiment de se faire marcher sur la gueule… Et l’on sent bien que ces luttes-là sont secondaires, que c’est joli tout ça mais que, là, y a pas le temps, c’est l’urgence, il faute être fort.e.s, il faut être uni.e.s et bla et bla et bla.

Ces oppressions imprègnent tout fonctionnement de groupe, à la zad comme ailleurs. Et leur bouleversement viendrait de fait enrayer le ‘bon’ déroulement des choses. Car pendant qu’on [22] s’affaire dans la sphère privée ou interne au mouvement d’occupation, d’autres font des plans sur la comète, imaginent la zad sans nous et nous la présentent ensuite en AG. Ça donne davantage l’impression que certain.e.s font les petites mains pour les grands projets d’autres, ces autres qui se sentent sûrement très légitimes et tout à fait dans leur bon droit d’imposer leurs visées politiques avec le label « zad » en prime (oui là c’est le moment où je parle du CMDO mais pas que).

Alors on peut essayer d’autre choses, tenter de créer des moments qui nous parle hors des structures hiérarchiques, dans des espaces qui se veulent anti-autoritaires et remettent en question le patriarcat, la suprématie blanche.. Ça à l’air petit, laborieux, lent à côté des grands moyens déployés, du tohubohu médiatique et de l’hyperactivité militante d’autres. Mais pour ma part y a trop de doutes et pas assez de confiance pour ne pas penser que ce dans quoi je m’investis à la zad ne sera pas récupéré par la suite. Par exemple faire des chantiers collectifs pour ensuite voir que d’autres vantent « la Commune à Notre-Dame-des-Landes » comme on peut le lire sur le site internet lundi matin [23]. Ou pour être un alinéa de ce qui se fait de trop subversif / engagé sur la zad dans un communiqué du groupe presse (groupe dont l’existence même n’est pas questionnable, groupe qui échappe aux critiques de façon plus autoritaire que habile depuis maintenant une année).

Et puis un mélange de rancœur et de colère étouffée, parce que quand même il faut pas faire trop de remous dans la piscine collective qu’est la zad, il faut maintenir la paix sociale coûte que coûte.

Plutôt ce dont j’ai envie c’est d’avoir prise sur ce que je fais, pense et ne pas être confinée dans le rôle social de « meuf » à faire tenir et fonctionner un ensemble qui me dépasse, sur lequel je n’ai pas prise.Avoir des espaces et du temps pour affiner mes réflexions, mon analyse du monde et chercher des perspectives de lutte vers lesquelles aller. Nouer des amitiés en-dehors de la complicité de classe moyenne, de blanchité, de validisme (d’où je viens). Attaquer les constructions genrées, autoritaires, patriarcales, racistes etc. ici et maintenant, en moi et dans les autres. Et savoir que les personnes autour de moi ont cette envie là aussi et qu’elles sont disponibles à ça. Qu’on est pas dans une activité frénétique, dans de l’hyperactivité militante qui étouffe les désirs d‘émancipation et la capacité à inventer autre chose. Qu’on a du recul sur ce que l’on fait, qu’on n’est pas dans l’urgence permanente. Donner de l’ampleur à nos idées et pratiques et ne pas les réduire à quelques interstices grappillés ça et là. Que le conflit puisse exister. Et casser cette unité de façade qui nous rends muet.te.s sur ce qui nous fous la rage.

A l’inverse, les stratégies politiciennes que je vois sur la zone (à l’intérieur desquelles le CMDO joue sa partition) impliquent d’être dans un rapport constant avec la stratégie de l’état. Ça demande de s’inscrire dans la temporalité du pouvoir en cherchant à répondre coup pour coup, que ce soit par communiqués de presse ou bien par des manif-spectacles qui cherche à se donner un air subversif. Comme la manif des bâtons à l’automne 2016, qui a été un grand moment de passage en force. Et plus récemment en participant à la négociation avec l’état en tentant d’arborer une image convenable pour obtenir un statut légal.

Le pouvoir veut nous foutre la pression, pas de doute là-dessus. Mais il faut décider de la manière dont on veux y répondre. Décider si l’on veut courir dans la direction qu’il voudrait nous voir prendre. Car c’est bien commode si certain.e.s décident de répondre à cette pression et de jouer dans cette cour là en argumentant qu’il n’y a que cette possibilité qui soit « stratégique » (et sans avouer que ça sert leurs propres perspectives / enjeux, celui de rester sur zone). Pourtant, au lieu de chercher à se libérer de cette pression, répondre à l’injonction de l’urgence sert au contraire de courroie de transmission au pouvoir pour la diffuser à tou.te.s sur la zone. Ça donne un sentiment d’urgence permanente, ça retranche nos envies à de la réaction à court terme, ça relègue d’autres questions à un niveau secondaire. Et ça sert d’argument d’autorité pour faire taire et éviter la remise en question.

Être dans un « rapport frontal » avec l’état c’est à mon avis au contraire refuser sa temporalité. C’est vouloir détruire les normes d’efficacité, de productivité, de domination des un.e.s sur les autres. Et ça ne se fait pas à coup de plaquettes publicitaires sur papier glacé avec des textes empreints de romantisme militant bourgeois. Ni de commissions à tout va qui sont une mauvaise réplique de la démocratie qu’on peine à critiquer. Ça ne se fait pas en créant une distinction entre les « bons » et les « mauvais » zadistes, catégories qui sont celles de l’état pour réprimer celleux qui sont du mauvais coté, par choix ou par nécessité.


DÉFINITIONS :

Pour resituer certains trucs qui prennent beaucoup de place dans cette lutte :

CMDO : « Comité pour le Maintien De l’Occupation » est un regroupement d’occupant-es de divers lieux, dont les initiatives sont principalement axées sur l’organisation avec les « composantes du mouvement » pour des évènements spectaculaires contre l’aéroport et pour imaginer un « avenir sans aéroport ». Ce groupe au départ secret, puis poussé par les autres occupant.e.s à se visibiliser, s’est peu à peu « autonomisé » du reste de l’occupation, n’acceptant pas les critiques qui pouvaient, une fois son existence connue, lui être faites sur ses méthodes qui privatisaient avec les autres « composantes » les décisions du mouvement.

POMPS : « Pas Ouvert Mais Pas Secret », se créé après le CMDO, une sorte de contre-pouvoir du CMDO au sein de l’AG, assez central dans la réunion des habitant.e.s, et à tendance anti-autoritaitre.

CHIPS : Le groupe du CHIPS s’est créé l’année avant les expulsions. En font partie les personnes se disant ni du CMDO, ni du POMPS… Mais qui sont tout près, voire dans le « noyau ». Ce groupe a tenté de mettre en place une « assemblée stratégie » pour avoir un espace en plus de la réunion des habitant.e.s pour parler de « fond ». Ça a surtout ressemblé à une tentative d’enlever des mains de la réu des habitant.e.s des décisions importantes.

AG DES USAGES : AG créée en plus de l’AG du mouvement pendant l’année précédant les expulsions, elle s’autoproclame d’emblée « embryon de cette entité collective du mouvement qui a vocation à déterminer l’usage collectif des terres de la zone ». Une de ses commissions, « hypothèses pour l’avenir », donnera dès le début une idée de son but : préparer l’abandon du projet de l’aéroport entre personnes « usant » des terres, c’est-à-dire ayant des projets (agricoles ?) sur zone. Elle sera l’endroit central de décision dans le processus de négociation avec la préfecture.

Coord : « Coordination d’opposant.e.s à l’aéroport » regroupant une cinquantaine d’assos, partis, syndicats et orgas citoyennes (dont l’ACIPA principale asso citoyenne contre l’aéroport , l’ADECA asso des exploitants agricole de la zone, Europe-Ecologie-Les-Verts, le parti de gauche, ATTAC, le Modem, Solidaires, la Confédération Paysanne, etc)

COPAIN : collectif regroupant une soixantaine d’agriculteurs des environs contre l’aéroport, où la confédération paysanne prend beaucoup de place.

CNCA : Comité Nantais Contre l’Aéroport crée en 2010 sur des bases autonomes avec des perspectives de luttes en ville et des analyses contre la métropole, la gentrification. Par sa critique de la centralité du rural et de la zad, il est devenu trop gênant et a été petit à petit écarté des AG de la lutte.


BIBLIOGRAPHIE :

- Texte « Quand Lama fâché, lama cracher » (avril 2018), Indymedia-Nantes

- « Zadissidences 1, 2 et 3 » (janvier-juin 2018)
trois brochures de compilation des voix off de la zad, Infokiosques.net (1 / 2 / 3)

- « Le mouvement est mort… Vive la réforme !  » (mars 2018), Infokiosques.net
une brochure d’analyse critique de la composition et de ses élites

- « Des dynamiques inhérentes aux mouvements de contestation » (juillet 2018), Infokiosques.net
une brochure d’analyse des mécanismes de bureaucratisation et normalisation de la zad

- «  Reflections on the Zad : Another History  » (avril 2019), Crimethinc
un texte écrit pour le contexte nord-américain

- « De la bile sur le feu » (printemps 2017), Indymedia-Nantes
brochure sortie au sein de la zad pour mettre en mots et sur la table les prises de pouvoir du CMDO

- Invitation aux « rencontres inter-terreauristes » (avril 2019), Indymedia-Nantes
par les invendues de la zad

- « Le nettoyage de la D281 » en audio, avec le texte sur Indymedia-Nantes

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à copier et diffuser à volonté
pour des retours : des-gruaux@@@riseup.net

anonymes


[1] Je ne veux pas par là nier la présence des personnes qui habitent toujours là-bas hors des sentiers de la légalisation, je leur envoie du courage si iels en veulent.

[2] C’est bien complexe le sujet de la zad, y a pas mal de choses qui ont été écrites depuis l’abandon du projet d’aéroport (janvier 2018). Y a une bibliographie à la fin avec des textes qui expliquent plus en détail et chronologiquement ce dont il est question ici.

[3] Comme c’est le cas bien souvent dans un conflit entre deux personnes d’ailleurs...

[4] Parler de groupe dominant renvoie à une position de pouvoir au sein d’un groupe plus large. Les individu.e.s nourrissent le groupe par leurs privilèges de classe (ressources matérielles, réseau, moyens de production...) et/ou de blanchité et/ou de genre et/ou de sexualité et/ou de rapport normé à la société (validisme entre autres). En retour, le groupe donne de la force aux individu.e.s qui le composent.

[5] « reflections on the zad looking back a year after the evictions » (voir en biblio)

[6] https://www.vice.com/fr/article/nex... un exemple magnifique de leur stratégie médiatique autour du / de la « jeune agriculteur/trice travailleur/se ».

[7] Pour une analyse approfondie : l’article « reflections on the zad » et la brochure « Le mouvement est mort, vive... la réforme ! »

[8] Chacun.e a pu prendre vis-à-vis du noyau un positionnement fixe ou changer au fil du temps.

[9] Plutôt de la classe moyenne de gauche, organisés, en lien eux-mêmes avec des institutions, qui ont des ressources, du réseau, des moyens.

[10] Voir « le mouvement est mort… vive la réforme » qui explique bien ça.

[11] Une image qui vend du rêve : celle de chercher d’autres manières de vivre, tout en ne mettant pas sur la table une critique trop acerbe du monde qui risquerait de froisser les soutiens potentiels venant de la gauche et de limiter les moyens d’actions pour parvenir aux fins.

[12] Parmi les personnes du « milieu », certain.e.s ont été « élues » pour faire partie du groupe chargé d’aller aux négociations à la préfecture (soit en allant dans les bureaux, soit en étant soutiens ou remplaçant.e.s).

[13] Voir article https://www.nantes.indymedia.org/ar... pour un récit de la normalisation de la route.

[14] Je reprend cette idée de « qui prend l’initiative ou pas » dans un contexte de lutte dans la brochure « Comme un loup-garou en quarantaine » citée dans la biblio.

[15] irréductiblesLes « invendu-es de la zad » ont organisé des « rencontres inter-terreauristes » à la Grée en avril et en septembre 2019. (voir le lien en biblio en fin de brochure)

[16] Tu peux en trouver dans la biblio.

[17] Pour des éléments d’analyse plus spécifiques à la lutte de NDDL, voir notamment « Des dynamiques inhérentes aux mouvements de contestation » et « Le mouvement est mort, Vive… la réforme ! » (en biblio).

[18] Si tu galères à comprendre les sigles et allusions, tu peux aller voir le glossaire et lire d’autres textes de la biblio. Tu peux aussi tenter de les projeter dans tes propres expériences de lutte, j’imagine que tu y trouveras de nombreuses ressemblances.

[19] Voir un inventaire à la Prévert dans « Tentative de description de jours des fêtes sur la D281 » Zadissidences1, aussi à écouter en musique (voir biblio).

[20] Il s’agit ici des radicaux-réformistes, autonomes-autoritaires, « appelos » et compatibles (particulièrement visibles ici car rassemblé-es autour du CMDO) qui pourrissent les espaces de luttes en s’alliant systématiquement avec les plus intégrables (voir des critiques, analyses et récits dans la biblio).

[21] Voir la 1° publication du POMPS avec « La fin de la zad, le début de quoi ? » 06/18, ou un autre texte qui lui ressemble fort : « Un an après les expulsions, qu’est-ce qu’on fait encore sur la ZAD ? » par un petit groupe d’occupant-es 07/19

[22] Dans le « on » je n’entends pas que les « meufs » mais j’imagine tout plein de personnes qui pourraient se retrouver dans ce que je décris. Dépassées, pas intéressées ou opposées aux stratégies politiciennes.

[23] Site qui reprend les idées et écrits du « parti imaginaire », appelé aussi « appellistes », propos tiré de l’article « D’un printemps à l’autre, faire mouvement ! » daté du 9 mai 2017.