A

L’autogestion c’est pas de la tarte
Quelques réflexions sur la pratique de l’autogestion, et sur le fonctionnement collectif...

Les réflexions qui suivent sont nées de pratiques de divers collectifs et lieux autogérés dont nous avons fait partie ou que nous avons rencontrés. Elles sont nées de discussions et de confrontations, c’est-à-dire toujours de manière collective. Elles aboutissent ici choses – la nôtre – qui aspire à être totale, qui fait semblant de tout comprendre, sa subjectivité.

S’il est beaucoup question de squats, c’est que cette pratique nous est familière et a pour nous une dimension politique forte. Nous espérons toutefois que ces quelques réflexions dépassent ce cadre et puissent alimenter celles d’autres types de collectifs.

Nous avons construit ces textes de manière thématique et synthétique, pour une meilleure lisibilité, et si nous pouvons paraître pédagos, c’est que nous le sommes simplement avec nous- mêmes, ça nous aide, on est des gens totalitairement méthodiques. Les citations proviennent de personnes avec qui nous avons discuté, ou bien d’autres textes que nous avons nous-mêmes écrits (nous avons une tendance à l’auto-référence proche de l’auto-congratulation béate, c’est bon
pour le moral).

Nos écrits n’apportent rien de nouveau. Ils ne font que poser sur du papier les réflexions vagues et flottantes que nous échangeons sans arrêt entre gens qui vivons des expériences d’autogestion. Nous avons l’impression qu’en agissant ainsi, nous pouvons faire le point sur tous ces questionnements, pour ensuite mieux les approfondir. Et cette deuxième étape, partant de situations concrètes, est sans doute la plus importante : de nouveaux raisonnements, des récits d’aventures, des expérimentations...

Nous lançons un appel à contribution... Nos textes sont inachevés, ils ne sont que des supports à dialogues et à théorisations intergalactiques, nous comptons les alimenter au fil de nos découvertes et discussions. N’hésitez surtout pas à les alimenter vous aussi, et ils seront encore plus collectifs.

Enfin, nous essayons de recenser les écrits qui existent et détaillent les différents thèmes abordés dans cette brochure, et d’en donner les références à la fin de chaque chapitre. Cette bibliographie est encore peu fournie mais elle le sera davantage avec votre aide... En attendant, les textes ainsi répertoriés sont disponibles dans beaucoup d’infokiosques, s’ils ne le sont pas dans celui de votre ville, ils le sont en tout cas à Grenoble : n’hésitez pas à les demander. L’adresse est en péril, comme celle de tout squat : 10 traverse des 400 Couverts, 38000 Grenoble. Il est plus sûr d’écrire à iosk@inventati.org.

Comment articuler réflexion, action et ressenti ?

Où il est question de ne plus être bancal-e du cerveau

Cette question d’articulation peut sembler un peu schématique, mais elle nous paraît centrale et trop souvent laissée de côté.

Elle est le sens même de notre démarche et apparaît en filigrane derrière tous les domaines de notre quotidien, derrière tous nos positionnements (concernant par exemple la spontanéité, la spécialisation, la communication...).

C’est la raison pour laquelle nous avons choisi d’entamer nos écrits par cette idée.

(La dimension du ressenti nous semble présente dans notre cheminement mais moins dans nos textes : nous n’avons pas encore pris le temps de la poser vraiment par écrit... et c’est peut-être révélateur)

Dans certains lieux/collectifs :

  • La réflexion est dévalorisée.
    “Nous on n’est pas des universitaires, on ne théorise pas la politique, on la vit, on la met en actes”
    “ Réflexion = branlette intellectuelle ”
  • La réflexion n’est pas prioritaire : elle est bouffée par un quotidien surchargé (actions, événements dans le lieu), on oublie de lui accorder de la place et du temps. Souvent, par exemple, on zappe les bilans de nos actions, de nos projets...
  • L’effort collectif se concentre sur l’action. Par exemple, les réunions (le moment collectif de discussion et de décision) sont consacrées aux actions, et beaucoup moins aux réflexions. La réflexion est parfois très poussée, mais toujours reléguée au niveau individuel, ou inter-individuel : un statut inférieur.
    “ Le gros problème dans notre squat, c’est un problème de pouvoir [et beaucoup en sont conscient-e-s]. Et le monstrueux problème, c’est que ce gros problème, on le pose jamais collectivement. ”

La réflexion collective est un regard, un retour, sur ce qu’on vit et fait ensemble. Elle permet d’en prendre conscience, de le remettre en cause, et de le changer collectivement.

“ Merde on est pas que des bras, des ventres et des sexes, on est pas que des cerveaux non plus, on est des êtres complets et on veut l’être toujours plus. On aime pas la réflexion sans action. On aime pas l’action sans réflexion. On veut pas oublier nos ressentis, nos émotions. Notre démarche politique, c’est justement l’articulation entre tout ça. On a pas l’impression de se branler la cervelle quand notre pensée naît d’une pratique quotidienne et revient l’alimenter, quand y’a un contact, un aller-retour, entre théorie, pratique et émotions. ”

Comment articuler individualité et collectif ?

Où il est question de nos peurs d’être enchainé-e-s

Dimension individuelle = liberté ?

  • “ Je me suis longtemps battu contre les lignes collectives, pour les envies et les désirs, contre les contraintes ”

Dimension collective = force ?

  • Une position collective, un désir collectif, sur des projets d’un squat, décuple les avancées...

En quoi le collectif peut-il être oppressant pour l’individu ? Est-ce une sensation d’être noyé dans la masse, de ne plus exister par soi-même ? Est-ce le sentiment de manquer d’espace (d’expression, d’action, de réflexion...), de ne plus avoir de temps pour soi ? Est-ce une fatigue ?

En quoi le collectif implique-t-il une envie de consacrer des efforts à la communication, aux échanges de savoir ?...

  • Par exemple, le dialogue implique une certaine bonne volonté : vouloir creuser nos relations, nos positions individuelles, nos désaccords, nos confrontations, pour chercher ce qu’on a en commun. Changer l’objectif de la discussion : non plus vaincre/convaincre l’interlocutriceur, mais lae comprendre/lae rejoindre là où on peut... Chercher ce qui nous rapproche au moins autant que ce qui nous oppose...

Un squat est un lieu collectif. Quand on squatte, est-on motivé-e par le lieu, par l’espace qu’on y trouve, ou par le collectif, et le projet qu’il porte ?

  • “ Un squat en ville n’est pas un collectif, c’est juste un outil, un espace dont plusieurs gens ont besoin ”.
  • Considérer l’espace comme plus important, est-ce considérer le collectif comme un simple moyen pour l’occuper, est-ce avoir une démarche individualiste ?

Comment lier la force du collectif et la liberté de l’individu, comment laisser la place à l’une et à l’autre ?
Est-il possible de construire des collectifs moins oppressants pour l’individu, qui ne reproduisent ni normes, ni clan, ni famille ?
Jusqu’où le collectif enrichit-il l’individu ? A partir d’où l’oppresse-t-il ?
Qu’est-ce que l’individualisme ?
Est-ce le seul moyen de construire l’autonomie de l’individu au sein du collectif ?

Quel degré d’investissement dans un projet collectif ?

Où il est question des attentes et des rancunes entre membres d’un collectif

“ Se sent-on abandonné-e-s par ceux/celles qui se bougent moins dans un squat ?

Est-ce que quelqu’un-e de très actif-ve peut se permettre de juger un-e autre “j’m’en foutiste ” et l’inviter à changer de comportement ou à se barrer ?

Est-ce que l’inégalité des tâches accomplies est un respect de la formule “ à chacun-e selon ses capacités, à chacun-e selon ses besoins ” ou une porte ouverte à la présence de glandeureuses professionnel-le-s ?

Dans un lieu, organise-t-on les roulements de manière programmée ? Ou au fil des craquements nerveux de ceux/celles qui brassent le plus ?

Il semble y avoir des attentes entre membres d’un collectif à partir du moment où :

  • on vise un objectif, même tout petit
  • on a envie/besoin d’agir ensemble, à plusieurs, on coordonne nos efforts, pour atteindre cet
    objectif
  • on n’a pas tou-te-s le même degré d’investissement (ce qui paraît inévitable : on n’a pas tou-te-s les mêmes priorités/motivations à la base). Par exemple, certain-e-s, occupé-e-s par leurs études, boulots... disent manquer de temps pour s’investir dans le collectif/projet
    On n’attend rien des autres, semble-t-il, quand on n’a pas d’objectif (quand on fait les choses juste pour le plaisir) ou quand l’objectif qu’on a, on peut l’atteindre seul, ou on estime le pouvoir.

On pourrait appeler les plus motivé-e-s “ les moteurices ” (ce qui implique qu’il y ait des suiveuseurs, avec elleux aussi leurs caractéristiques et oppressions propres) :

  • les moteurices donnent les impulsions (essayent de motiver les autres, leur téléphonent pour
    leur rappeler les réunions/actions...)
  • Illes s’impliquent beaucoup (sont à l’heure aux AG, parlent beaucoup en AG, “ travaillent ”
    tard...)
  • Illes ont une vision globale du projet (alors que souvent les suiveuseurs ne s’impliquent que sur
    une partie).
    “ Un projet collectif peut être découpé en tâches. Les gens moins impliqués sont peut-être ceux/
    celles qui assument simplement leur tâche. Les gens plus impliqués sont ceux/celles qui assument
    leur tâche, tout en gardant une préoccupation et une vision globales du projet, donc en assumant
    seul-e-s les imprévus, les interstices entre les tâches. Outre un partage équitable des tâches, faut-il
    un partage de la vision globale du projet ? ”
  • Quand l’objectif commun n’est pas clair, illes font pression pour qu’il soit élevé, et se font traiter
    de perfectionnistes.
  • Illes sont vite frustré-e-s (sentiments d’ingratitude, de trahison, d’abandon, de solitude).
    “ Les coups durs viennent parfois quand on s’aperçoit que l’engagement des autres sur un projet ne
    correspond pas avec ce qui était annoncé. Quand on s’aperçoit qu’on se retrouve seul-e-s dans un
    travail dont le poids aurait dû être partagé, et qu’il est trop tard pour abandonner. Les coups durs
    viennent aussi quand on a le sentiment de s’engager sur un boulot pour les autres, pour le collectif,
    et que les autres ne reconnaissent pas ce boulot. ”
  • Illes ont une sorte d’autorité morale. Difficile de leur dire qu’on est moins motivé-e qu’elleux.
    Leurs rancunes, suivant la manière dont elles sont exprimées, peuvent devenir des formes de
    pression sur les autres.
  • Illes s’épuisent. Illes finissent par s’orienter vers des projets où illes peuvent fonctionner soit
    seul-e-s, soit avec d’autres personnes qu’illes savent être aussi motrices.

Ces rôles seraient-ils inévitables, vu qu’ils reposent sur des différences de motivation à la base ? Ils
sont sans doute au moins limitables, et sans doute peuvent-ils tourner.
Une manière de les limiter serait peut-être de s’accorder plus de temps, au début d’un projet, pour
prévoir individuellement, et clarifier collectivement, les forces et le temps qu’on pourra lui dédier.

Dans les collectifs, on pourrait imaginer 3 styles de projets (ou plus...) :

Le projet clair

  • Dès le début on se met au clair sur l’investissement que chacun-e est prêt-e à mettre dans le
    projet, et sur les objectifs communs qu’on peut dresser à partir de là.
  • Ainsi l’objectif de départ est mesuré ; il prend en compte les besoins et disponibilités de chacun-
    e.
  • Une telle méthode demande des efforts sur la conscience de soi, sur l’écoute des autres
    (communication) ; implique un brin d’expérience...
  • Le respect des autres s’exprime en tenant ses engagements ; il est plus facile de tenir ses
    engagements quand ils sont clairement formulés dès le départ...

Le projet flexible

  • On part du principe que les motivations, envies, disponibilités individuelles, sont fluctuantes,
    imprévisibles.
  • Donc on est prêt-e-s à ce que les objectifs du projet changent en cours de route, on y est
    psychologiquement préparé-e-s et on ne s’en offusquera pas. On est prêt-e-s à rompre ou
    transformer le contrat moral de départ (dur pour l’ego...) qu’on passe avec soi, les autres
    membres du collectif, et l’extérieur (à qui on avait annoncé monts et merveilles).
  • Cette méthode-ci implique des efforts, elle, sur la souplesse, la capacité d’adaptation, de
    détachement...
  • Le respect des autres se situe dans la prise en compte de leurs envies et évolutions, dans
    l’absence de culpabilisation...

Une synthèse des deux projets précédents

  • On part du principe que les efforts et les formes de respect des deux projets sont intéressants et
    importants.
  • Le point commun aux deux projets, c’est la capacité à communiquer. Communiquer au départ
    du projet pour définir ensemble les objectifs, communiquer ensuite régulièrement pour redéfinir
    les objectifs au fil des changements.
  • L’idée est de trouver un équilibre entre le respect du collectif (tenir ses engagements) (ne pas
    sacrifier le groupe à soi) et le respect de soi (s’écouter) ( ne pas se sacrifier au groupe).
    (voir aussi le tableau des chef-fe-s)

Quel degré de présence sur le lieu ?

Où il est question de “non-permanence”

“ L’excès du pouvoir de la présence physique, c’est quand une seule personne (ou une minorité) est
toujours présente. Elle est la seule à voir et à vivre tous les moments de l’aventure collective
(réunions, actions...) : elle en connaît et maîtrise tous les détails. Elle fait partie du collectif plus que
quiconque. ”

Questionnement :

  • Quels sont les enjeux de ce pouvoir ?
    Signifie-t-il que certaines personnes s’approprient le lieu ? qu’elles gagnent des responsabilités
    face au collectif ?
  • Comment éviter ce pouvoir ?
    Sa remise en question va-t-elle de pair avec celle de la permanence, c’est-à-dire de la présence
    continue de personnes sur le lieu ?

Différentes attitudes face à la question du pouvoir de la présence :

  • pour certains collectifs, il va des soi qu’il y ait des disparités au niveau de la présence, et que les
    personnes les plus présentes aient davantage leur mot à dire
  • d’autres collectifs préfèrent limiter les disparités de présence (par exemple, en n’élargissant pas
    le collectif et son fonctionnement au-delà de la sphère des habitant-e-s, dont la présence est
    plutôt homogène et constante.)

D’autres collectifs encore remettent en cause ce pouvoir en rejetant la permanence, une notion qui
pour eux est également liée aux logiques de sédentarité, de repli sur soi et de fermeture.

Voici certaines des pistes qu’ils expérimentent autour de la non-permanence :

  • instaurer un roulement des habitant-e-s, même s’ils peuvent revenir régulièrement
  • inciter le collectif et les personnes investies sur le lieu à participer à d’autres projets et à différentes
    formes de réseaux
  • n’attribuer aucune pièce aux habitant-e-s de manière personnelle et fixe -> possibilité d’installation
    sur le lieu quand même, à condition de se construire un habitat autonome
  • instaurer un mode de décision qui accorde un espace aussi important à chacun-e, quelle que soit la
    régularité de sa présence.
  • garder une vigilance collective par rapport à ces principes : les formuler clairement et fréquemment.

Écueils quant à ces pistes :

  • la non-permanence ne risque-t-elle pas de procurer un sentiment d’instabilité ? -> on ne sait pas
    qui sera disponible à moyen terme sur le projet : faut-il avoir une organisation béton avec des
    roulements pour savoir plus clairement sur qui on peut compter à quel moment et pour quoi ?
  • cette non-permanence risque-t-elle d’amener à une certaine déresponsabilisation ?
     “ je ne vis là que par intermittence, je ne suis pas très concerné-e ”
     “ j’ai participé à la décision, celles/ceux de l’intérieur se démerdent pour l’appliquer ”
  • les modes de décision peuvent-ils conduire à une forme de contrôle de celles/ceux qui ne vivent
    pas sur le lieu par rapport à ce qui s’y vit ?

Squatter, est-ce un travail ?

Où l’on réalise que personne n’est à l’abri d’un certain productivisme (surtout pas nons)

Le productivisme, en gros, ça voudrait dire faire une activité non pas pour elle-même, pour le
plaisir de la faire, mais pour son résultat, son produit, son utilité.

  • Avant tout il y a une notion d’accumulation. La quantité prime sur la qualité, on veut produire
    beaucoup avant de produire bien ou différemment (avec des rythmes ou des relations plus
    humaines...).
  • Il y a ensuite un sentiment d’urgence, un rythme effréné. Ce qui compte c’est le faire, le
    produire, mais on ne prend jamais le temps de se poser la question du sens de ce qu’on fait.
  • Il semble y avoir aussi une manière de retarder le bonheur : on oublie la satisfaction immédiate
    pour préparer celle qui est à l’aboutissement de l’activité. Sans doute un vieux reste de notre
    culture judéo-chrétienne du sacrifice (sacrifions nous aujourd’hui pour être plus heureux-se
    demain ; souffrons pour accéder au paradis...). Avec ce schéma-là, ne risque-t-on pas de ne
    jamais être heureux (on repousse toujours le bonheur à plus tard, style à la fin de mes études,
    puis à ma promotion, puis à ma retraite... et on s’épuise) ?
  • Le temps “ perdu ” (où l’on traîne, sans but précis) serait-il celui de l’inventivité et du rire ?
  • L’excès de productivisme fait-il de nous des êtres sérieux, sévères, frustrés, chiants, chiés ?
  • L’extrême inverse nous mène-t-il à l’inactivité, la non-résistance, la mort rapide, l’attitude
    spectatrice ?

Si certain-e-s d’entre nous squattent, c’est pour échapper au travail, à la logique du
productivisme absolu
. Pour savourer nos vies davantage. Pour tenter des prémisses de nos
sociétés rêvées.

  • Aurait-ce du sens que de se comporter dans nos squats de manière aussi sombre qu’au boulot ?
  • Et n’avons-nous pas justement tendance à reproduire la logique productiviste dans plusieurs
    domaines : l’activisme par exemple, où le résultat (rameuter des nouveaux/elles, accroître le
    nombre de convaincu-e-s et de militant-e-s) prime parfois sur le plaisir (faire une action drôle,
    passionnante, prendre son pied en militant...) ?
  • Un deuxième exemple c’est la vie publique d’un squat : préfère-t-on multiplier à tout prix les
    activités (pour montrer que le lieu est super vivant) ou les limiter et en choisir les meilleures (les
    plus jouissives, les plus belles) ?
  • Un dernier exemple c’est la survie du squat : préfère-t-on se battre pour que le squat dure (on
    cherche l’efficacité) ou en profiter (en faire un lieu de vie intense et sublime) ?
  • Dans nos luttes, nous nous fixons 1000 échéances que nous enchaînons à toute allure... En
    voulant tout faire, ne faisons-nous tout qu’à moitié ? N’oublions-nous pas de réfléchir pourquoi
    et comment nous faisons ce que nous faisons ? N’est-ce pas une manière de faire qui nous
    frustre, nous vide, plus qu’elle ne nous construit ? N’ajoutons-nous pas de l’urgence à celle dont
    l’Etat se sert pour nous réprimer (procès, expulsions...) ?

Pourquoi cherchons-nous à être productifves ? Par éducation ? Par sentiment d’urgence ? Par
perfectionnisme ? Par peur de ne pas trouver notre place, d’être inutiles ?
Faut-il être “ utile ” pour trouver sa place ? Qu’est-ce qu’être utile ?
Pouvons-nous mélanger plaisir et productivité ?
Le plaisir procuré par une action, une réflexion, est-il aussi une forme de productivité ?
Une activité réalisée avec plaisir est-elle productive sur d’autres plans ou par d’autres biais ?

Autres textes à ce sujet :

  • Brochure “ Abandonnez l’activisme ”, 1999

La spontanéité : un choix ? Un poids ? Une chimère ?

Où l’on se fait plaisir avec un joli tableau

Autres textes sur le sujet :

  • “ La tyrannie de l’absence de structure ” Jo Freeman

Quelle répartition des tâches ?

Où justement on fait l’apologie des jolis tableaux

Comment répartir les tâches quotidiennes dans le collectif, en respectant les envies et disponibilités
de chacun-e (partage égalitaire des tâches chiantes...), en évitant les spécialisations (les filles à la
cuisine, les mecs au bricolage...) ?
La répartition des tâches n’est-elle pas un domaine concret où se jouent les différentes visions d’une
vie en collectif, les tensions entre individus, les luttes de pouvoir, etc. ? Le nombre de projets
collectifs qui se sont cassés la figure sur des histoires de vaisselle, et sur les rancunes qui ont suivi,
n’est-il pas surprenant ? (quand on nous demande “ pourquoi ça s’est terminé ”, on a presque honte
de le raconter tellement ça paraît un détail : peut-être que ce n’en est pas un...)
N’y a-t-il pas des tâches plus valorisantes que d’autres ? Suffit-il de se répartir équitablement leur
somme ?

Différents lieux, différentes personnes, différents systèmes de gestion des tâches :

  • Un tableau répartit les tâches. Les gens s’inscrivent en début de semaine sur les tâches qu’illes
    s’engagent à faire ou sur les espaces collectifs dont illes prennent la responsabilité.
  • Un tableau rappelle les tâches à faire mais on ne s’y inscrit pas : on ne s’en sert que comme
    aide-mémoire.
  • Un tableau répartit les tâches, mais seulement à certaines périodes. Il disparaît quand chacun-e
    participe spontanément, et quand personne ne se sent lésé. Il réapparaît quand il y a des
    problèmes (crasse, vaisselle qui s’entasse,...)
  • Aucun tableau des tâches : investissement spontané, chacun s’investit selon ses envies et ses
    disponibilités

L’intérêt d’un tableau qui répartit les tâches :

  • Sa création implique des discussions collectives sur la fréquence des tâches, sur les degrés
    limites de saleté, etc. On sort du non-dit à ce sujet-là
  • Il donne une vision d’ensemble des tâches à faire : il permet la prise de conscience, par chacun-
    e, des besoins de la vie collective
  • Il rend le fonctionnement interne compréhensible, facile d’accès : les gens de passage ou les
    nouvelleaux arrivant-e-s peuvent s’y intégrer plus rapidement
  • Il rend le fonctionnement interne explicite, donc plus facilement changeable
  • Il n’assure pas seulement la réalisation des tâches, mais aussi son roulement égalitaire entre les
    différentes personnes
  • Il évite la culpabilisation : l’investissement de chacun-e dans les tâches quotidiennes est clair et
    décidé en accord avec le collectif.
     on sait quand on a fait sa part
     on ne peut faire de reproches déplacés aux autres.

Dans quel système de répartition des tâches ressent-on une plus grande liberté ?

  • “ je me sens plus libre dans un fonctionnement spontané : il respecte davantage mes états
    d’esprit ou de fatigue momentanés... Je ne peux pas prévoir une semaine à l’avance à quel
    moment j’aurai envie de nettoyer la pièce commune. Par contre, dans un bon jour, je peux
    réaliser beaucoup plus de tâches que ce que j’aurais fait si je m’étais inscrit quelque part. ”
  • “ je me sens plus libre si je me suis inscrite sur un planning : cela me permet de gérer mon
    temps, d’être au clair avec d’éventuelles attentes collectives, d’être plus à l’aise dans un
    quotidien sans suspicion mutuelle. Et si je déborde d’énergie, rien ne m’empêche d’en faire plus
    que prévu. ”

Pourquoi reproduisons-nous des normes ?

Où il est question des squats qui pourraient constituer un certain guetto

Que signifie établir une norme ?
En quoi ces normes sont-elles un moyen de pression du collectif sur l’individu ?
En quoi sont-elles une traduction de notre besoin de reconnaissance, de notre recherche d’identité ?
En quoi sont-elles excluantes ?
Nous affranchissons-nous vraiment des normes de la société que nous critiquons ou ne faisons-nous
que les reproduire ?
Comment rester vraiment ouvert dans une réflexion politique critique et non plus
normée ?

Pour nous, une norme c’est un comportement, un schéma, reproduit sans conscience,
sans réflexion et sans choix.

  • Dans les squats aussi, nous reproduisons des normes, y compris celles de notre société :
     look vestimentaire, esthétique, “ folklore punk ”... à la place du tailleur/costume ou jeans/
    baskets
     attitude dure, forte, virile, insensible, “ on est des warrior-e-s ”, rejet de la fragilité... comme
    l’attitude “ masculine ” imposée au quotidien par le système patriarcal
     attitude de spécialiste “ je sais tout faire, j’ai tout réfléchi, je me suis totalement déconstruit, toi
    t’es qu’un p’tit jeunot ”... comme l’ attitude compétitive et rentable exigée par le système
    capitaliste
  • Avons-nous besoin de normes pour nous protéger et nous rassurer face à la société ? N’est-ce
    pas créer une sorte de ghetto ? Ce modèle correspond-il à nos aspirations ?
  • Ce ghetto, avec ses normes, implique-t-il une forme de sélection, de fermeture, de préjugés ? Il faut montrer qu’on intègre ces normes. Si l’on n’y correspond pas au premier coup d’œil,
    on ne suscite qu’indifférence, voire rejet. Il faut gagner sa place. Il faut être infaillible.
  • N’est-ce pas une manière de nous isoler nous-mêmes, de nous marginaliser et de rester
    minoritaires ?
  • N’est-ce pas faire le jeu du système tant dénoncé que de garder en nous-mêmes certaines de
    ses normes, que de reproduire des comportements normés, que de rester crispé dessus, en
    défense ?

Il semble difficile de se libérer de normes quand :

  • on est persuadé de ne pas en avoir
  • on ne tente pas d’observer nos comportements, d’en comprendre le sens, de les choisir
    consciemment.

Autres textes à ce sujet :

  • “ Guia practica para la clonacion de “ enrolla=s ” (Manual del hombre/mujer-pegatina. La
    pseudorrevolucion al alcance de tod=s)”, 2000, brochure en castillan, manuel satyrique pour
    s’intégrer dans les milieux alternatifs.

Quelle ouverture sur l’extérieur ?

Où il est question d’en sortir, de ce guetto - squat

En quoi l’ouverture est-elle une nécessité pour qu’un collectif respire, se renouvelle, conserve sa
dynamique ? En quoi la cohésion d’un collectif sur des bases politiques ou affinitaires claires constitue-t-
elle également une dynamique ? En quoi cette cohésion peut-elle être une sorte de fermeture sur
l’extérieur ? Y a-t-il incompatibilité entre ces formes de dynamique ?

En parlant d’ “ ouverture ”, nous voulons parler d’ouverture sur l’extérieur, sur d’autres milieux, d’autres
collectifs, de rupture du ghetto-squat.

Au niveau des activités dans un squat, voici différents exemples de différents lieux :

  • squat peu ouvert au public, car les habitant-e-s sont préoccupé-e-s surtout d’y construire
    une vie collective
  • activités publiques surtout menées par les non-habitant-e-s
  • pas d’espace spécifique pour la participation de non-habitant-e-s
     Quelle attention accordons-nous à l’organisation de l’espace dans un lieu ? Sommes-nous
    conscient-e-s de ce qu’elle amène ? Comment la concevoir et se donner les moyens de
    l’appliquer ? Permet-elle l’implication de personnes extérieures dans le lieu ? Le rend-elle
    accessible au “ public ” ?
     Le risque des activités publiques n’est-il pas de se situer dans une nouvelle forme de
    consommation : le squat fournit des biens de consommation (culturels, contestataires,...), le public
    reste dans une attitude consommatrice...
     A-t-on envie de chercher la reconnaissance d’un public qui viendrait mater comment les
    squatteureuses vivent ?

Au niveau des rapports avec le voisinage, différents exemples de différents lieux :

  • très bons contacts avec le quartier -> bouffes de quartier, friperie... -> ces contacts peuvent
    être facilités par des coups de mains aux voisin-e-s, par exemple -> nouveaux rapports,
    les squatteureuses ne sont plus perçu-e-s comme des parasites
  • les squatteureuses ont un bon contact avec le quartier parce qu’ils y étaient locataires avant
    d’y squatter, et qu’ils en connaissent bien les habitant-e-s.
  • peu de contacts avec le quartier -> celui-ci conserve une image du squat très négative et
    peut même aller jusqu’à faire signer des pétitions contre le lieu -> les squatteureuses
    conservent une attitude lucide, pessimiste, voire défiante face aux voisin-e-s
     Souhaite-t-on tisser des liens avec les voisin-e-s qui vont au-delà de simples civilités ?
     Est-ce intéressant de s’ouvrir à un quartier hostile lorsqu’on se revendique en contestation ? Est-il
    plus facile et plus agréable de nouer des contacts avec le voisinage dans des quartiers populaires ?
    Faut-il arrêter de squatter dans les quartiers riches ?
     En quoi est-ce intéressant d’arriver à entrer en interaction avec un quartier ? Comment le faire ?
     Comment arriver à dépasser les stéréotypes et les incompréhensions, de part et d’autre ?
     Le problème central n’est-il pas un problème de communication ? Peut-être faut-il développer des
    outils pour arriver à communiquer avec des gens qui vivent des réalités différentes...

Au niveau des liens avec les luttes locales, différents exemples de différents lieux :

  • le squat est un lieu de réunion pour des collectifs extérieurs -> problème de la disponibilité
    des habitant-e-s pour les accueillir, pour discuter. Ces collectifs consomment alors un peu le
    lieu comme une maison des assos
  • les squatteureuses ont été appelé-e-s par les habitant-e-s en lutte d’un quartier en danger de
    démolition à venir les soutenir. Illes s’installent dans les premières maisons expropriées ->
    problème de cohabitation et de coopération entre deux conceptions et formes de lutte
    finalement différentes
  • peu de contacts avec le milieu militant local car pas de compréhension de leur part du projet de squat
     Est-il important de faire se rencontrer les autres luttes locales et la nôtre ? Si oui, comment le
    faire ? En nourrissant une vision globale de nos luttes ? En faisant du lieu une base arrière dont
    d’autres collectifs peuvent se servir ? Un outil commun ? Un lieu de rencontre “ politique ” ?
     Comment garder du temps et de la disponibilité pour le dialogue avec différents collectifs politiques
    locaux, tout en faisant passer notre propre démarche politique, où la mise en pratique a autant de
    place que le discours théorique ?
     Faut-il continuer à accueillir les réunions de ces collectifs quand il y a peu d’intérêt réciproque ?

Au niveau de l’accueil, différents exemples de différents lieux :

  • dire aux arrivant-e-s qu’illes peuvent rester soit moins de 48 heures soit plus de 3 semaines -> pouvoir dépanner les gens de passage, et permettre à d’autres de connaître la communauté
    en profondeur -> se protéger en même temps des visites à la fois trop lourdes et trop
    superficielles.
  • les gens de passage peuvent rester 48h, ensuite il y a rediscussion collective avec elles/eux
    pour savoir s’illes veulent/peuvent rester plus. L’important est de se fixer des échéances
    claires par respect pour tou-t-e-s
  • les personnes de passage sont “ parrainées ” par un-e membre du collectif, qui a envie de
    l’accueillir, lui explique le fonctionnement du lieu, se porte garant-e pour elle face au collectif,
    s’occupe de lui demander son départ si le collectif l’a décidé (évitant ainsi les situations de
    procès en assemblée).
  • par principe, le lieu est totalement ouvert au passage.
     N’oublie-t-on pas parfois que tout le monde ne peut pas, n’a pas envie de vivre, de réfléchir et
    d’agir avec tout le monde ?
     D’un autre côté laisse-t-on vraiment aux arrivant-e-s la possibilité de s’intégrer au collectif ?
     Les collectifs peuvent-ils/doivent-ils fixer des limites à leur composition : nombre à ne pas
    dépasser, minimum d’affinité entre les personnes, etc. ?
     A force de nouvelleaux arrivant-e-s, le collectif parvient-il à se retrouver, à garder une cohérence ?
    Jusqu’où les arrivant-e-s peuvent remettre en question le projet initial ?
     Le passage excessif peut-il bouffer le collectif ? Il procure une grande fatigue et empêche les
    habitant-e-s de trouver le temps et l’espace pour se retrouver, mieux se connaître et savoir où illes
    vont ensemble. Mais il est également une richesse -> brassage, multiplicité et variété des
    rencontres et échanges...
     Un lieu ouvert laisse-t-il la place aux “ profiteurs/teuses ”, qui manquent de respect pour la vie
    collective ? Comment dire "non" ou "virer" des gens ? Quand ce problème n’est pas prévu/réfléchi
    collectivement, on en vient parfois à traiter les gens de manière arbitraire...

Au niveau des personnes “ fragiles ”

  • par leur santé (maladies, handicaps...) ; par leur âge (enfants ou personnes âgées) ; par leur
    psychologie (gens “ paumés ”...) ...
     Beaucoup de gens paumés trouvent dans le squat un collectif/une tolérance/une liberté et s’y
    accrochent sans l’alimenter -> poids
     On ne veut pas reproduire les mêmes schémas excluants que notre société, mais a-t-on la
    capacité/volonté d’aider collectivement les gens à se trouver, à s’impliquer, sans tomber dans
    l’assistanat ?
     parfois on accueille des gens paumés par relents d’humanisme ; il est plus difficile que prévu de les
    supporter et de les accompagner ; on finit par les virer ; nous on culpabilise ; elles/eux restent
    aussi paumés qu’avant...
     une idée utopique (on en a besoin) : créer des lieux squattés un peu partout avec une priorité sur
    cette dimension d’accueil, même si cette préoccupation devrait rester valable ailleurs.
    • les accueillant-e-s pourraient tourner et sauraient que leur présence implique un gros travail
      d’accompagnement.
    • il s’agirait de fournir des outils aux gens pour qu’ils accèdent à leur propre autonomie, et pas de leur imposer un modèle et de les en rendre dépendants.

Comment s’éloigner de la spécialisation ?

Où il est question de super wo-men plein de pouvoirs

Dialogue de sourd-e-s (fictif mais très réaliste) :

  • “ Si j’ai plus le droit de me spécialiser, ça veut dire que je dois réprimer mes envies ?
  • Non, mais tu dois être conscient que tu exerces un pouvoir sur les autres, que tu les
    rends dépendant-e-s de toi.
  • Oui mais moi j’ai mes goûts, j’ai envie d’approfondir certains domaines...
  • Mais peut-être que de nouvelles envies dans de nouveaux domaines pourraient te venir
    si on t’y initie.
  • Oui mais, j’ai pas envie de sauter d’un truc à l’autre sans rien approfondir. ”

Et pour les entendant-e-s :
La question de la spécialisation pose des problèmes moraux autant que pratiques...

  • ce qu’on entend par non-spécialisation, ce n’est pas s’empêcher d’approfondir des
    domaines, c’est s’empêcher de se réduire à un rôle, une fonction, un métier, une
    spécialité <-> se permettre de découvrir ses multiples compétences ->
    épanouissement
  • c’est sortir du conditionnement qui fait que les femmes se spécialisent dans la cuisine et
    les hommes dans la mécanique
  • c’est sortir de la hiérarchisation des tâches. Les différentes tâches spécialisées n’ont pas
    la même portée au niveau social, intellectuel... Si elles sont vraiment réalisées par tou-
    t-e-s, elles ne constituent plus une valorisation ou une dévalorisation de chacun-e
  • c’est un garde-fou contre les prises de pouvoir d’un individu sur le collectif (le collectif
    devient fragile car dépendant d’une personne pour telle ou telle compétence).
  • plus les tâches sont collectives, plus l’autogestion peut fonctionner.

Reste la mise en pratique :

  • prendre conscience du pouvoir que peut conférer la spécialisation et le formuler
    collectivement
  • rendre son savoir accessible aux autres -> développer les échanges de savoirs internes
    au collectif -> développer le plaisir de transmettre son savoir en même temps que
    celui de l’exercer.
    “ Par exemple, faire en sorte que pour chaque tâche, il y ait 2 “exécutant-e-s” : l’un-e
    compétent-e, et l’autre qui a envie d’apprendre. ”
  • développer des ponts entre tous les domaines qu’on peut appréhender -> aborder un
    domaine avec la logique d’un autre domaine peut être très riche
  • les spécialistes sont utiles voire indispensables en cas d’urgence -> peut-on se libérer
    de certaines situations d’urgence, par exemple en anticipant ? On laisserait ainsi du
    temps aux échanges de savoir.

Quelle communication interne des informations ?

Où il est toujours question de pouvoir

“ L’organisation collective doit servir à limiter la centralisation du pouvoir, à accroître le pouvoir
collectif.
La détention d’information est un pouvoir : l’organisation peut éviter la rétention d’information et,
ainsi, répartir le pouvoir sur l’ensemble du collectif. ”

Une communication interne organisée peut être précieuse pour :

  • L’efficacité, la rapidité, la commodité (par exemple, on sait ce qu’il y a à faire, on sait qui le fait,
    on a les moyens de le faire, on s’organise et on gaspille moins de forces).
  • On s’éloigne du pouvoir en diffusant les infos dans tout le groupe. Ainsi tout le monde a les clés
    en main pour agir. On s’éloigne du système de spécialisation, où certain-e-s détiennent les
    compétences et les infos dans un domaine, et donc deviennent indispensables.
  • On élargit le groupe d’acteurices. Difficile de s’investir dans un nouveau projet quand on se sent
    impuissant-e, beaucoup moins efficace que le noyau d’activistes très informé-e-s...

Il est évident que la première étape, pour améliorer la communication interne des informations,
est d’être tou-te-s motivé-e pour s’y atteler.

  • D’abord parce que pour qu’une communication fonctionne, il faut que tou-te-s les communicant-e-s,
    sans exception, fassent un effort : les émettriceurs autant que les récepteurices, l’expression autant
    que l’écoute. Sinon, adieu dialogue. Par exemple, il suffit ne serait-ce que d’une personne, non
    motivé-e par la communication dans le groupe, pour bloquer, par sa seule force d’inertie, le circuit
    interne d’information. L’obstacle qu’elle pose à la communication ne découle pas de son action, mais
    de sa simple passivité : l’information s’arrête quand elle passe par des canaux qui ne coopèrent pas.
  • Ensuite, le seul fait de comprendre intimement la nécessité et l’intérêt de partager ce pouvoir qu’est
    l’information, suffit souvent à améliorer grandement la communication. Les personnes convaincues
    (et donc motivées) par l’importance du processus de circulation des infos ont peut-être déjà acquis
    une subjectivité, une spontanéité, qui leur permet d’inventer leurs propres modes de communication
    interne, et de les modifier à loisir, sans jamais en perdre de vue l’esprit.

Les informations qu’on veut diffuser dans le groupe : comment faire en sorte qu’elles arrivent
à tout le monde ?

  • L’oral peut être un système marquant car il est très humain. On retiendra facilement l’info dont
    on a un minimum discuté avec une personne. En revanche, dans les “ grands ” groupes (au-
    delà de 6, 7 personnes ?...), il devient long et rébarbatif de répéter la même chose à chaque
    individu, et on finit vite par en oublier certain-e-s...
  • Les avantages de l’écrit (par exemple, un panneau d’information) sont le gain de temps (on
    consigne l’info une seule fois pour tou-te-s) et la permanence (l’info reste continuellement
    disponible).
    Mais il n’est pas toujours évident qu’un panneau fonctionne... :
    • il doit être archi-visible : à hauteur d’yeux, dans un lieu de passage (le hall...) ou de glande
      (la machine à café...) (non c’est une blague, le téléphone...).
    • il doit être régulièrement “ nettoyé ”, des infos dépassées par exemple, il ne doit pas être
      surchargé, sinon il ne donne pas envie de le lire.
    • il doit y avoir du papier et des stylos à disposition et à proximité immédiate, sinon ça
      représente un effort que de consigner l’info, on le fait pas si on est pressé-e...
      Le panneau peut aussi être le cahier du téléphone, où l’on note à la fois les messages
      personnels, à la fois les infos pour le collectif (les messages persos servant d’appât ! héhéhé...).

L’information qu’on recherche : l’important est que tout le monde sache où la trouver, qu’en cas
d’urgence elle soit facile et rapide d’accès. Par exemple :

  • dossiers/casiers avec les infos juridiques concernant le squat...
  • agenda avec le détail des prochains événements prévus...
     
    carnet d’adresses, avec dedans une “ liste d’urgence ” d’ami-e-s, les coordonnées de diverses
    institutions impliquées dans l’histoire du squat, une liste de soutiens (assos, syndicats...), des
    adresses de plans récup, etc...

Les débats de fond

  • On oublie trop souvent de prendre des moments pour remettre en question ensemble ce qu’on fait
    ou vit et la façon dont on le fait ou vit... Pour se dire ce qui ne va pas dans le fonctionnement ... Pour
    faire des bilans à mi-chemin et préciser ce qu’on recherche ensemble au fur et à mesure.
    Le problème c’est que certain-e-s sont déjà surchargé-e-s de réunions, et que le rajout de réunions,
    même pour les débats de fond, est rarement accueilli par des exclamations de joie...

Une idée peut être de faire des “ sondages ”.

  • Par exemple, sur un débat de fond : on identifie des questions (et on en rajoute en cours de route si
    besoin est). On discute de ces questions par deux. On prend des notes. A la fin de toutes les
    discussions en petits groupes, on rassemble les notes pour résumer les différents points de vue. On
    affiche ces résumés (par exemple sur le panneau...).
  • Les avantages de ce mode de discussion :
    • On est libre de discuter dans des moments improvisés (il est souvent difficile de trouver et de
      prévoir une heure de discussion qui convienne à 6 ou 7 personnes, alors qu’à 2 on peut s’y
      mettre ici ou là, quand on le sent).
    • Il est plus facile et plus agréable de converser à deux plutôt qu’en assemblée, surtout pour des
      sujets chauds. En effet, la confrontation (pour les sujets chauds en question) se fait au
      travers des résumés sur le mur plutôt qu’en assemblée, ce qui est souvent plus constructif :
      “ l’affrontement ” ne dépend plus de l’habileté des grandes gueules à parler plus fort. Et sur le
      mur on lit le point de vue de “ l’adversaire ” de bout en bout : on ne peut ni le couper ni
      omettre de l’écouter.
    • En utilisant les “ sondages ” pour préparer des questions délicates, qui soulèvent habituellement
      des heures de débat en réunions, on peut raccourcir amplement ces réunions : tout le monde
      a déjà un peu réfléchi à la question, connaît les autres avis, le débat ira plus vite à l’essentiel.
  • Le problème des “ sondages ”, par contre, c’est que c’est long... Il vaut mieux qu’il n’y ait pas qu’un-e
    seul-e sondeur-euse, sinon lae pauvre s’épuise. L’idéal bien sûr c’est que plusieurs soient motivé-e-s
    pour impulser les discussions par paire, prendre les notes, les résumer.

Quels moments de discussions/décisions collectives ?

Où il est question de notre amour des réunions

Faut-il faire des réunions ?

  • Certains lieux collectifs disent ne pas avoir besoin de réunions : ils sont tournés uniquement vers l’habitation,
    ils sont petits (moins de 5 personnes...), les gens se croisent sans arrêt, tout le monde semble ouvert
    aux discussions, et du coup le débat paraît spontané et permanent.
  • D’autres lieux sont plus gros (20 personnes...), ils autogèrent des activités publiques, il y a des déséquilibres
    entre leurs participant-e-s (certain-e-s personnes sont prépondérantes, plus expérimentées, plus
    souvent présentes...). Souvent le besoin de réunions y paraît plus évident.

Les réunions sont des discussions à plein, nous n’y sommes pas toujours habitué-e-s et la communication n’y
est pas facile. Des règles sont parfois mises en place pour faciliter cette communication collective simultanée,
pour faire en sorte qu’elle soit une vraie communication, égalitaire, équilibrée, et non des tribunes où les
grandes gueules monopolisent la parole, ni des tripots où la discussion part dans tous les sens.

Règles pour de meilleures réunions
La réunion pourrait être vue comme un jeu collectif qui, comme tout jeu, a ses règles (oh le mot tabou). Le
but du jeu est d’atteindre un objectif (une réflexion collective, une prise de décision sur tel ou tel sujet...) en
étant attentifs-ves à ce que tou-te-s celleux qui le souhaitent puissent s’exprimer, et soient écouté-e-s. Voici
différentes idées de règles, qui sont appliquées dans différents lieux :

  • Afficher l’ordre du jour de la prochaine réu plusieurs jours à l’avance, pour que chacun-e puisse le
    compléter, et mûrir son avis sur les différents points.
  • Celleux qui proposent des points à l’ordre du jour devraient le faire sous forme de questions claires et
    précises, et pas juste sous celle de “ points dont il faudrait parler ” style “ le prochain concert ”. Sinon le
    débat part parfois trop dans toutes les directions.
  • Faire circuler des écrits (argumentaires, schémas techniques...) avant la réunion pour que tout le monde
    ait le même niveau d’information et puisse se faire sa propre idée sur tel ou tel point.
  • Lire l’ordre du jour au début de la réunion, éventuellement le compléter à ce moment-là.
  • Décider d’un ordre d’abordage des différents points, en commençant par les questions les plus
    importantes. Comme ça on les aborde avec l’esprit frais. Les points relégués en fin de réu sont souvent
    bâclés, voire zappés. C’est pas grave s’ils sont peu urgents, ils peuvent sans doute être repoussés ou
    discutés sur le mode informel.
  • Limiter au maximum les interventions purement informatives, pour gagner du temps. Si l’on veut
    informer le collectif, pourquoi ne pas préférer les infos écrites, par exemple sur un panneau.
  • Pour alléger les réunions, déplacer autant que possible les thèmes qui ne regardent pas tout le monde,
    en programmant des réunions spécifiques à ces thèmes, où viendront celleux qui voudront.
  • Se fixer une heure de fin. Par exemple l’heure du dîner.
  • A la fin de la réu, réserver un moment pour ranger et nettoyer ensemble la pièce : on s’autogère
    jusqu’au bout.
  • Fixer une date régulière pour les réunions (tous les lundis, etc...). Il est souvent long et infructueux de
    changer la date à chaque fois, selon les disponibilités des un-e-s et des autres... Et une date régulière
    constitue un repère qui prend plus en compte les personnes moins présentes.

Pour chaque prise de décision, respecter différents temps du débat. Par exemple :

  • Commencer par noter ensemble les différentes possibilités de réponse à la question (les propositions),
    entre lesquelles il faudra choisir.
  • Débattre.
  • Pour marquer une étape dans le débat, visibiliser les avis. Formuler clairement la proposition qui semble
    la plus sollicitée, et tout le monde exprime son approbation ou sa désapprobation, par exemple, si l’on
    est nombreuxses, par un système de gestes (pouce vers le haut ou vers le bas, mains agitées en l’air...).
  • Si la proposition ne remporte pas l’unanimité, demander aux réfractaires d’expliquer leurs réticences.
    Débattre encore.
  • Si le débat devient chaud, instaurer des tours de paroles, ou des bâtons de parole (qui empêchent de se
    couper la parole), voire des limitations de temps de parole...
  • Si vraiment aucun compromis ne semble pouvoir être atteint, voter ?... (Le problème c’est de savoir
    comment on détermine le moment où il faut voter...)
  • Demander qui a la force et la motivation d’assumer les efforts qu’impliquent la proposition adoptée, pour
    éviter les ambiguïtés et les rancunes... Plutôt que de se dire vaguement “ on le fera ” et qu’au bout du
    compte on le fasse à l’arrache parce qu’on pensait tou-te-s que les autres s’en chargeaient.

Au sujet des prises de parole

  • pour ceux qui parlent moins :
    • Se dire que chaque parole est riche dans le sens où elle reflète une autre perception des
      choses. Il y a autant de perceptions qu’il y a d’individus.
    • Ne pas hésiter au départ à prendre la parole même pour simplement reformuler une
      intervention, ou pour la compléter légèrement. Petit à petit, la parole se fera plus claire et
      l’intervention plus facile.
    • Ne pas hésiter à exprimer son ressenti. Même si tous les arguments semblent avoir été
      donnés, reste la dimension du ressenti qu’on a trop tendance a oublier et qui enrichit souvent
      la réflexion et les actes.
    • Prendre des notes au préalable sur ce qu’on a envie de dire. En prenant la parole, on se sent
      plus à l’aise lorsque notre discours est construit et qu’on est sûr-e de ne rien oublier en route.
  • pour ceux qui parlent plus, c’est presque le contraire (p’t être que comme on se sent plus concernés,
    on a plus développé) :
    • Se poser la question de l’utilité de prendre la parole, à chaque fois qu’on en est tenté.
      Certaines prises de parole n’apportent rien au débat, et ne font que le rallonger. Il est peut-
      être aussi intéressant de s’attacher à la substance d’une intervention plutôt que de s’arrêter et
      réagir sur des détails. Mieux vaut souvent le faire en tête-à-tête, après la réunion.
    • Tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de prendre la parole. Penser aux mots qui
      exprimeront notre avis de la manière la plus claire (pour bien se faire comprendre) et
      synthétique (pour ne pas appesantir la réunion).
    • Laisser toujours un silence avant de prendre la parole, le temps que se manifestent les
      différentes personnes qui ont envie de parler. Le climat où, quand quelqu’un-e a fini de parler,
      tout le monde essaye d’enchaîner plus vite, peut être dur, oppressant et épuisant.
    • Dans le débat, ne pas mettre en jeu des histoires d’ego, mais des arguments détachés de
      nous. Ca arrive de dire une bêtise devant tout le monde en réunion, et de s’en rendre compte
      à l’intervention suivante, qui démolit nos arguments. Il n’y a pas lieu d’être blessé ! Ce qui est
      contesté, c’est nos arguments, pas notre personne, pas notre intelligence : cela pourrait être
      clair pour tout le monde, pour la personne “ contestée ” comme pour celle “ contestatrice ”.
      L’important c’est que le débat avance, pas que le groupe nous apporte sa reconnaissance.
      Reprendre la parole, dans des situations comme ça, ne doit pas servir à se rattraper, se
      justifier ou se défendre, mais à préciser son argument si l’on sent qu’il n’a pas été bien
      compris.

L’arbitre (ou président-e de séance, ou maître-sse de cérémonie, ou médiateurice, ou modérateurice...) :

  • C’est la personne qui “ cadre ” la réunion, en s’assurant que les différentes règles sont bel et bien appliquées.
  • Elle annonce et clôt les différents points à l’ordre du jour, elle surveille l’heure, elle recentre les débats s’il le
    faut... C’est un pouvoir relatif puisqu’il sert à limiter les prises de pouvoir dans les réunions, à donner du
    pouvoir aux plus faibles et à renforcer le processus collectif de réunion. Mais c’est un pouvoir quand même,
    qui ressemble à l’autorité morale du “ sage ”, du prof ou du chef charismatique...
  • C’est donc un rôle à faire
    tourner ; s’il n’est pas prévu et formalisé, il est souvent assumé implicitement par une ou deux personnes du
    collectif, et ne tourne pas.
  • Une autre raison de le faire tourner, c’est qu’il peut constituer un bon apprentissage : au bout d’un certain
    temps, peut-être que tou-te-s celleux qui l’auront assumé auront acquis des habitudes et des attentions qui le
    rendront obsolète. Chaque participant-e à la réunion saura prendre la parole et respecter celle des autres
    notamment des plus faibles, des moins expérimenté-e-s), garder les objectifs de la réunion en tête et parler à
    l’essentiel, et enfin, proposer, introduire ou conclure les différents points à l’ordre du jour, c’est-à-dire prendre
    des responsabilités et des initiatives dans le déroulement de la discussion.

Quelle communication des sentiments ?

Où il est question de ne plus être dur de la feuille et noue de la langue

Malheureusement ce thème-là est accaparé par les manuels spiritualisants et par les cravatteux du
management... Pas de raison de le leur laisser ! Certains collectifs libertaires ont parmi leurs objectifs
de chercher et d’expérimenter des modes de relations conscients et non-oppressants. Ils connaissent
et souffrent eux aussi des non-dits, implicites, malentendus, tensions, rancunes, pressions,
“ explosions ”, violences verbales, etc. : explorer des formes attentives de communication peut leur
être précieux.

Pour commencer, plusieurs interrogations :

  • pourquoi les problèmes de relation et de communication ne sont-ils pas plus pris en
    compte dans les lieux autogérés ? N’en sommes-nous pas conscient-e-s ? En sommes-
    nous conscient-e-s mais préférons-nous nous fixer d’autres priorités ?
  • ces problèmes relationnels internes ne sont-ils pas une cause d’échec de projets
    collectifs, autant que les oppressions de l’extérieur ?
  • ne sont-ils pas politiques ( rapports de pouvoir, manque d’attention, de respect ...) ?
  • ne sont-ils pas importants à résoudre pour mieux construire collectivement et
    s’exprimer vis à vis de l’extérieur ?
  • l’une des bases de nos projets collectifs ne devrait-elle pas être le travail sur nos
    manières de communiquer ?

Deux exemples ... qui contiennent leurs propres questionnements :

  • malgré un mode de communication spontané et posé, avec un effort sur l’écoute, les
    gens ont constaté que des non-dits s’accumulaient : ils ont mis en place un vide-sac
    hebdomadaire (moment collectif consacré à l’expression et à l’écoute du ressenti de
    chacun-e).
     formaliser un tel moment dispense-t-il de faire des efforts de communication au quotidien
    (désamorcer les problèmes dès qu’ils se posent ?) ?
     à l’inverse, le vide-sac peut-il être un outil pour apprendre à dialoguer, pour construire une
    nouvelle spontanéité ?
    • un mode de communication très direct, parfois véhément, avec peu d’écoute et
      beaucoup d’interruptions, en réunion par exemple -> l’idée pour certain-e-s est de
      pousser les personnes à bout, pour qu’elles expriment le fond d’elles-mêmes
       Les dialogues tempérés rendent-ils les relations lisses voire hypocrites ?
       Mais un mode de communication brusque tient-il vraiment compte de la diversité de nos
      fonctionnements ? N’est-il pas blessant pour certaines personnes ?
       Y’a-t-il contradiction entre communiquer de manière attentive et s’exprimer sincèrement ?
       Faut-il accepter les moments de colère comme des moments chargés de sens (dans la forme
      plus que dans le fond : on communique une douleur) ? Pourquoi pas, si lae grondeureuse
      comme lae grondé-e savent les relativiser pour ensuite pouvoir dialoguer (être attentifves et
      poser ses arguments).
       Tous nos modes de communications sont-ils acceptables si les autres membres du collectif en
      sont prévenus, les comprennent ?

Quelques conseils quant à la communication de ressentiments (piochés dans divers textes) :

  • Etre clair-e avec soi-même. Savoir ce qu’on sent, pourquoi on le sent, ce qu’on veut, le
    formuler pour soi, pourquoi pas en l’écrivant, avant de le dire. Sinon difficile d’avoir
    une communication constructive.
  • Arriver à s’exprimer. Pas toujours facile de dire les malaises en face au lieu de les
    garder pour soi. S’exprimer régulièrement, pour ne pas accumuler/emmêler trop
    d’attentes/de rancunes envers quelqu’un-e... Accepter de prendre du temps et des
    forces régulièrement pour se dire les choses.
  • Arriver à bien s’exprimer. Être clair-e, précis-e, compréhensible.
  • Dans sa tête et dans ses mots, arriver à détacher la cause précise du malaise (un
    geste, une action de l’autre...) de l’identité globale de cellui à qui on fait le reproche
    (par exemple, plutôt que dire “ tu es un-e facho-e ”, dire “ ton comportement à tel
    moment m’a blessé pour telle raison ”)
  • Arriver à écouter l’autre, sans l’interrompre, en cherchant vraiment à comprendre son
    raisonnement. Ne pas partir du principe que l’autre a tort et qu’ille ne va dire que des
    conneries. Arriver à se détacher momentanément de son propre point de vue, et à se
    mettre à la place de l’autre.

Texte à ce sujet :

  • Brochure castillanophone “ Curarse un@ mism@ sin los peligros de los medicamientos ”, de
    Sumendi (“ association pour l’autogestion de la santé ”), et sa traduction française, disponible
    chez Iosk auto-éditions.

Quelle communication vers l’extérieur ?

Où il est question de faire de la réclame et de se passer ou pas des médias

Pourquoi nos lieux autogérés choisissent-ils de communiquer vers l’extérieur ?
Un grand nombre d’inconnu-e-s participeraient-illes à la vie de ces lieux si on les informait de ce qui s’y
passe ? Devons-nous développer nos propres outils et stratégies de communication ?

Quelles relations avec les médias ? Faut–il :

  • Jouer avec eux, apprendre à s’en servir comme des armes, pour faire pression sur les
    autorités par exemple ?
  • Jouer avec eux d’une manière jouissive et cohérente, mais pas forcément efficace ? (Par
    exemple, écrire des communiqués de presse complètement loufoques...)
  • Ne les solliciter que dans certains cas d’urgence définis à l’avance, et ne pas répondre
    aux sollicitations de leur part (avec le risque qu’ils ne viennent jamais, faute de réels
    contacts au préalable) ?
  • Ne pas du tout entrer dans leur jeu et développer nos propres moyens de
    communication ?

D’autres modes de communication externe :

  • Le bouche à oreille (un mode très humain et marquant, mais long et réduit)
  • L’affichage, la diffusion de tracts et de programmes (dans le quartier, auprès des médias
    alternatifs, dans certains lieux : publics, culturels, associatifs, syndicaux...)
  • D’autres encore à inventer (interventions dans la rue...)

Le problème c’est d’arriver à se faire entendre au milieu du magma d’informations et de
communications qui se déverse tous les jours dans la ville... Si l’on ne peut rivaliser avec les médias et
la pub sur l’aspect quantitatif de la diffusion (parce qu’il faut des sous), peut-être le peut-on sur l’aspect
qualitatif (originalité, humour...) ?

Spontanéité ou stratégie ? :

  • Les alternatives que nous vivons et développons doivent-elles se propager
    spontanément, grâce aux contacts personnels (qui sont parfois plus forts) ? A travers nos
    ami-e-s, puis les leurs, à l’occasion des discussions impromptues ?
  • Ou bien devons-nous opter pour la stratégie, penser et prévoir la communication, pour
    faire connaître au maximum de monde ce que nous créons dans notre squat ? Et ne pas
    enfermer la vie du lieu dans une sphère privée ?
  • Penser une stratégie, cela implique-t-il de choisir une “ cible ”, c’est à dire savoir à qui on
    s’adresse, pour quelles raisons ... ?
  • Est-il possible et bon que ces deux visions de la communication cohabitent (voire
    coopèrent) dans un même lieu ? Quel équilibre trouver entre les deux ?
  • La communication stratégique peut-elle servir de tremplin à la communication spontanée,
    en attirant des nouvelles/eaux venu-e-s chez nous, et en permettant ainsi le contact
    personnel, le tissage de liens, avec des gens qui ne font pas partie de notre milieu et de
    nos clans ? Ou ruine-t-elle au contraire la communication spontanée, en rameutant trop
    de gens pour que nous puissions être personnellement disponibles pour chacun-e d’entre
    elleux ?

Autres textes à ce sujet :

  • article “ Exploit the media before they exploit you : fun with press releases ”, George
    Monbiot, http://www.carbusters.ecn.cz /skillsharing.html

Comment sortir de la consommation ?

Où il est question d’arrêter d’engraisser le système capitaliste

Comment se libérer du système marchand ? Comment l’alimenter le moins possible, maîtriser ses
pulsions consommatrices ? Est-ce plus facile à la campagne ?
Pourrait-on rassembler entre nous des astuces d’anti-consommation ?

Par exemple, voici déjà quelques pratiques rencontrées dans certains lieux :

  • Bouffe : récups au marché, récups de pain dans les boulangeries, poubelles des
    supermarchés, jardin potager, ...
  • Semences : garder des graines de la dernière récolte peut permettre de constituer une
    banque de semences à mettre en commun avec d’autres lieux.
  • Chauffage : l’Allemagne de l’Est jette ses vieux chauffe-eaux à bois -> certain-e-s ont
    des camions, les récupèrent et les ramènent. Ces chauffe-eaux réchauffent à la fois
    l’eau et la pièce.
  • Lessive : eau de cendre -> recueillir la cendre d’un foyer alimenté avec du bon bois, la
    tamiser, la brasser dans un double volume d’eau, laisser reposer. La cendre tombe au
    fond, il ne reste plus qu’à recueillir l’eau de surface qui constitue une excellente lessive.
  • Chiottes : se torcher à l’eau plutôt qu’au PQ, histoire de laisser les arbres tranquilles...

Les espaces de gratuité

  • Ce sont des espaces où les gens peuvent transmettre des fringues, des objets, etc., gratuitement. Ils
    servent aussi bien aux habitant-e-s, à leurs ami-e-s de passage, et au “ public ”, qui peut y accéder
    aux heures d’ouvertures.
  • On y dépose ce dont on veut se débarrasser, pour que ça puisse servir à d’autres plutôt que de finir à
    la décharge. Et on y prend tout ce qu’on veut : on y désapprend à payer.
  • Le seul risque est que des gens du public se servent et revendent ensuite les biens pour leur profit...
    “ Les objets qui sont ici sont sortis du marché, ils n’ont pas à y retourner. ”

Autres textes sur le sujet :

  • Article “ l’autonomie conviviale ”, dans la revue Silence de mai 2001
  • Guide de l’anti-consommateur, D. Koechlin-Schwartz et M. Grapas, Poche, 1975
  • Petit article sur la zone de gratuité, dans la “ feuille de soins n°2 ”, Iosk auto-éditions, 2001

Comment atteindre l’autonomie alimentaire ?

Où nous ne parlons que d’une forme d’autonomie, en regrettant de ne pas parler des autres

L’autonomie est un concept libertaire dans la mesure où pour vivre sa propre liberté, il faut pouvoir se
défaire de l’assujettissement, de la dépendance (à un système, à autrui ...). L’idée est d’entrer en relation
avec les autres ou avec la société, par choix, de manière consciente, et pas par habitude ni par
dépendance.

L’autonomie concerne donc tous les domaines de la vie, aussi bien alimentaires qu’énergétiques ou
affectifs. Nous traitons ici de l’autonomie alimentaire car c’est une préoccupation qui nous semble très
présente dans des collectifs, surtout en milieu rural. Mais il peut être intéressant de lire cette page en
gardant à l’esprit les autres formes d’autonomie.

Pourquoi rechercher l’autonomie alimentaire ? Peut-elle être un moyen de se passer du travail, des
allocations chômage, du RMI ? Peut-elle être un moyen de savoir et de choisir tout ce qu’on mange ?
Comment l’atteindre ? Comporte-t-elle des limites ?

Certains collectifs, plutôt végétariens, ont réussi à quasiment atteindre cette autonomie, qui se traduit
par :

  • une grande volonté et un projet collectif clairement porté sur ce point
  • une production de légumes suffisante pour nourrir les habitant-e-s, sauf périodes d’afflux de
    personnes extérieures
  • des surplus sur certaines cultures -> envoyés en ville -> échanges -> recherche d’autonomie, pas
    d’autarcie
  • des expérimentations de différents types de cultures -> permaculture, biodynamie ...

Mais cette autonomie alimentaire ne comporte-t-elle pas certaines limites ? :

  • au niveau de la quantité de travail que cela représente -> moins de temps partagé, moins de
    convivialité... -> remplace-t-on alors le travail salarié par un autre ?
  • au niveau de la spécialisation que cela peut impliquer
  • au niveau des autres aspects du projet collectif -> par exemple, pourquoi privilégier une forme
    d’autonomie (alimentaire), face à d’autres (énergétique, affective...) ? Est-ce une question de
    choix stratégique, d’envie ou de capacité ?

En ville, l’autonomie alimentaire paraît impossible, mais il y a d’autres possibilités :

  • récups sur les marchés -> jouer sur le gaspillage de notre société
  • solidarité avec les lieux à la campagne -> échanges de légumes, de céréales, contre d’autres services
    (participation à chantiers,...)
  • jardinage -> exemple de compétences et modes de production qu’on peut se réapproprier . Ex :
    jardin collectif squatté
  • caritatif -> inscription au Secours Populaire, Restos du Cœur ...

Là aussi y’a des limites :

  • ne reste-t-on pas dépendant du système en se contentant de ses miettes ?
  • ne favorise-t-on pas le contrôle social qu’il peut exercer sur nous ?
  • problème de la disponibilité des terres en ville
  • si on cultive à la périphérie des villes, doit-on polluer avec sa bagnole pour aller jardiner bio ?
  • Peut-on jardiner bio au milieu des usines et des gaz d’échappements ?

Autres textes à ce sujet :

  • Ceux de l’Université d’Ecologie Appliquée et Solidaire, au sujet de l’autonomie énergétique.
  • Brochure “ Voyage au cœur des normes relationnelles ”, printemps 2002, au sujet de l’autonomie

Quels liens ville-campagne ?

Où il est question de peu de choses malheureusement

Formes de liens existant entre lieux en ville et lieux à la campagne :

  • liens forts entretenus par les amitiés, les zines...
  • circulation des personnes
     les ruralaux ont un pied-à-terre dans les lieux en ville pour les périodes où illes veulent s’y
    rendre pour un petit boulot / une récup / des cours / d’autres activités en ville...
     Les urbain-e-s ont un pied-à-terre dans les lieux à la campagne pour pouvoir y respirer, y
    plonger les mains dans la terre...
     Les un-e-s et les autres participent mutuellement à leurs activités : chantiers collectifs,
    évènements dans les squats d’activités...
  • dons/échanges d’objets ou d’aliments :
     les ruralaux profitent des récups de matériaux en ville...
     les urbain-e-s profitent des légumes cultivés à la campagne, du bois de chauffage ramassé dans
    la forêt, des chataîgnes et autres cueillettes sauvages...

Faut-il envisager la légalisation de nos squats ?

Où il est question d’un seuil entre compromis et compromission

D’un côté

  • Légalisation = un peu de stabilité dans un monde des squats très ephémère, fragile ? Un cadre
    propice à des projets à plus long terme ?
  • Légalisation = une gestion de nos forces ?
    Rester dans l’illégalité bouffe nos forces -> combat permanent, intense. Les gens sont tellement
    crevés qu’au bout d’un moment ils abandonnent et se rangent.
  • Légalisation = + d’accessibilité et + de lieux ?
    Viennent alors des gens qui dans un contexte de clandestinité ne les auraient jamais connus.
  • Légalisation = une base arrière sûre pour soutenir les squats et en ouvrir de nouveaux, lancer de
    nouveaux projets ?

D’un autre

  • Légalisation = changement de comportement par rapport au lieu ?
    On devient "responsable" devant les autorités. On se rapproche de la condition de locataire, qui doit
    faire gaffe à :
    • respecter la loi -> les autorités ont un droit de regard sur ce qu’on fait
    • respecter les normes -> ça représente autant de boulot que se battre contre les
      expulsions
    • faire de grosses dépenses (pour la mise aux normes...) -> ça implique des rentrées d’argent,
      donc une plus grande dépendance au système marchand
  • Légalisation = division ? Les collectifs sont en concurrence (monter un dossier) et les autorités en
    position de généreux donateur-arbitre-roi (octroyer des baux gratuits).
    * Légalisation = assoupissement ?
    Avec le confort, le mouvement s’endort et résiste moins quand les autorités décident d’expulser.

D’un troisième :

  • comment se battre dans l’illégalité tout en se ménageant des forces ? comment un mouvement
    fragile, dont les acteurices s’épuisent, peut ne pas mourir ? faut-il penser et assurer une
    “ relève ” ? se préoccuper de la transmission ?
  • peut-on préserver une dimension politique et contestataire dans la légalisation ?
  • quelle interaction entre lieux légaux et illégaux ? peuvent-ils se soutenir mutuellement ? par
    exemple en se faisant profiter les uns autres des avantages de leur situation particulière ?
     les lieux légaux peuvent affirmer publiquement leur soutien aux lieux illégaux, informer
    constamment leurs visiteureuses de ce qui s’y passe...
     les lieux illégaux peuvent rappeler et réinsuffler une dynamique de lutte aux lieux légaux qui
    risquent de s’endormir, en les sollicitant régulièrement...

Autres textes sur le sujet :

  • “ La Monseigneur ”, nov.2001, dossier sur la légalisation des squats
  • “ Cette semaine ”, mai-juin 2000, article “ squats : lutter ou se légaliser ? ”, également repris
    dans “ Squat-textes ”.
  • Réponse à cet article de squatteureuses du Saumaise, été 2000
  • “ Table ronde 4 1⁄2 ”, février 2002, à propos du colloque “ Nouveaux territoires de l’art ” et des
    tendances récupératrices de l’Etat-providence

Pourquoi féminiser le texte ?

Par “ féminiser ” le langage, on entend bousculer cette bonne vieille grammaire, qui voudrait faire
primer le masculin sur le féminin. Cet état de fait n’est pas anodin. Le langage est un reflet de notre
société patriarcale : il entretient la domination d’un genre sur l’autre. Parce qu’il est notre premier
mode d’expression, il a une fonction fondamentale, et peut être utilisé à bien des fins. S’il est
structuré, le langage est également structurant : il conditionne notre pensée, la formate, il guide
notre vision du monde. Remodeler le langage c’est refuser une domination, construire d’autres
inconscients collectifs.

Pourquoi un prix libre ?

Nous diffuserons cette brochure gratuitement tant que nous en aurons les moyens, parce que
l’argent dans nos poches ça empeste et ça troue nos bas de laine. D’autres peuvent la diffuser à prix
libre, “ dans la mesure où peut l’être un prix ”, pour cajoler les besoins de la diffuseuse et les moyens
du lecteur. On n’aime pas l’échange minutieux, comptabilisé, craintif, on préfère les cadeaux, on
n’aime pas les rapports marchands, on aime les passions, les dons et le vol des hypermarchés. Le
profit qu’on attend de cette brochure est le plaisir de la voir alimenter des vies et des pensées.

Nous refusons toute subvention financière de l’État et du
patronat pour garder notre indépendance.

Avis : on recherche des textes, des récits, des
mémoires de pratiques quotidiennes de l’autogestion, on en trouve pas tant,
et on se dit qu’il peut être précieux d’avoir des exemples de ce qui se fait ou
s’est fait ou ailleurs... de comment d’autres groupes ont résolu les
obstacles auxquels on se heurte sur ce terrain... Peut-être devrions-nous
déjà noter puis mettre en commun, entre squats et autres lieux autogérés,
nos propres expériences et questionnements et problèmes et solutions ?

Cette brochure n’est pas une production du GARAS mais
nous trouvons intéressant de diffuser les réflexions qu’elle
contient. Nous avons pris quelques libertés dans sa
présentation.

Notamment, le titre d’origine était « Pour des collectifs
totalitaires », mais nous avons pensé qu’il pouvait prêter à
confusion [1].

Groupe GARAS de Tours

Groupement d’Action et de Réflexion AnarchoSyndicaliste

Photocopiez et diffusez cette brochure autant que vous le voulez : pas de copyright

Comment nous contacter ?

Groupe syndical GARAS de Tours :

  • Pour nous rencontrer ou recevoir gratuitement et sans
    engagement 3 numéros de notre Lettre de liaison, écrivez à :
    STSET, BP 31303, 37013 TOURS cedex 1
  • ou envoyez un e-mail à : garas_tours@hotmail.com
    Sur le plan national :
  • par e-mail : garas@altern.org
  • Par la poste : écrivez à Tours, qui transmettra (adresse ci-dessus)
  • Site internet du GARAS : http://garas.over-blog.org