Brochures
Quitter son mec
Petit traité à l’usage des meufs en couple
mis en ligne le 28 février 2026 - Anonyme
Ceci est une brochure qui parle d’amour,
du couple,
de tableau des tâches ménagères,
de société patriarcale,
de nos mecs,
de ceux de nos ami·es et de toutes les personnes qui se conduisent comme eux,
de leurs comportements pourris, relous, toxiques, immatures ou consternants,
de notre charge mentale qui déborde,
de notre soutien psy qui nous épuise, du manque d’encouragement qui nous plombe, du sexe conjugual qui nous fait autant d’effet qu’un discours de Darmanin,
d’entraide et de révolution féministe, des outils qu’on a testé pour être mieux dans nos relations,
des bonnes raisons de quitter son mec,
et de comment quitter son mec.
Nous avons écrit cette brochure en nous disant qu’on aurait aimé trouver quelque chose de la sorte à un moment de notre vie.
Nous avons écrit cette brochure pour nos potes et leurs potes qui galèrent dans leur couple
Pour toutes celles et ceux qui nous confié les grincements, les incompréhensions, la souffrance étouffée voire la violence ordinaire dans leur relation... Pour toutes ces personnes à qui on n’a pas su quoi dire, ou maladroitement.
SOMMAIRE :
UN PEU DE CONTEXTE
I - AVANT DE QUITTER SON MEC
- BESOINS ET COMMUNICATION
- SEXUALITÉ
- CONTRAT DE RELATION
- GESTION DES CONFLITS
- RABAISSEMENT DES MEUFS PAR LEURS MECS
- PARTAGE DES TÂCHES ET CHARGE MENTALE
- ÉCOUTE ET SOUTIEN
- « PERVERS NARCISSIQUES » (ET AUTRES MANIPULATEURS...)
II - QUITTER SON MEC
- POURQUOI QUITTER SON MEC ?
- COMMENT QUITTER SON MEC ?
- COMMENT PARLER À UN·E AMI·E / FAMILLE QUI VIT UNE RELATION TOXIQUE / POURRIE ?
CONCLUSION
REMERCIEMENTS
LEXIQUE
BIBLIOGRAPHIE / RESSOURCES
UN PEU DE CONTEXTE
QUI SOMMES-NOUS ?
Nous sommes 4 meufs cisgenres*, entre 23 et 38 ans, blanches, hétéros ou bisexuelles, salariées, en free-lances ou chômeuses. Nous n’avons pas d’enfant. Nous n’avons jamais été mariées. Nous avons en commun d’avoir vécu des relations hétéros qui, sous certains aspects ou en grande majorité, étaient toxiques, violentes et/ou vampirisantes.
POURQUOI CETTE BROCHURE ?
Parce qu’on a toutes, dans nos vies passées ou actuelles, dans notre entourage, des récits d’histoires « d’amour » qu’on commence par définir comme foireuses, dérangeantes, galères... Et, qu’on finit parfois, en grattant un peu, par appeler malsaines, toxiques, abusives…
Parce qu’on aurait aimé avoir du partage d’expérience et des outils (des armes ?) pour identifier ce qui était puant dans nos relations et tâcher d’y remédier. De s’en débarrasser. De s’en protéger.
Des outils d’analyse, nous en avons réunis et créés ici. Ils sont le résultat de nos expériences, de nos lectures, de nos discussions collectives. Ils sont donc subjectifs, expérimentaux, mouvants.
Des expériences, nous en avons aussi collectées et transmises ici. Elles reflètent des vécus individuels qui s’inscrivent dans un système social commun.
Nous avons écrit cette brochure en nous disant qu’on aurait aimé trouver quelque chose de la sorte à un moment de notre vie.
Nous avons écrit cette brochure pour nos potes et leurs potes qui galèrent dans leur couple.
Pour toutes les meufs qui nous ont confié les grincements, les incompréhensions, la souffrance étouffée voire la violence ordinaire dans leur relation... Pour toutes celles à qui on n’a pas su quoi dire, ou maladroitement.
Nous avons écrit cette brochure comme une nécessité, une arme, un outil, un cri contre tous ces comportements et attitudes tristement ordinaires, définitivement inacceptables.
Nous avons l’espoir qu’elle soit une piste, une graine, un tremplin vers la prise de conscience, la discussion et l’émancipation. Pour toutes les personnes qui ont souffert et souffrent dans leur couple. Pour nous aussi, peut-être plus tard.
POURQUOI « QUITTER SON MEC » ? MOI, JE CONNAIS UNE MEUF / UNE PERSONNE TRANS* QUI FAIT DE LA MERDE AUSSI…
OUI, il y a des comportements et attitudes toxiques de la part de femmes dans des couples hétéros.
OUI, il y a des comportements et attitudes toxiques dans les relations LGBTQI+*.
Nous ne souhaitons pas nier ces réalités à travers ce fanzine.
Nos expériences et nos lectures nous ont appris que le couple et la vision romantique de l’amour communément admise dans notre société se sont construits sur de solides bases patriarcales. En effet, ce sont très majoritairement des hommes qui, depuis des siècles, écrivent, scénarisent, débattent et construisent une vision de l’amour.
Nous avons aussi constaté dans nos vécus et dans les récits que nous avons collectés que ce sont majoritairement des meufs cisgenre* et des personnes trans* qui se débattent et galèrent dans des histoires d’amour foireuses (voire violentes) et ce, majoritairement face à des mecs cis* qui ne semblent dérangés que par les tentatives de leurs partenaires d’améliorer leur situation dans la relation.
Aux sceptiques qui douteraient de cette affirmation, nous vous invitons à constater les chiffres des violences conjugales et leurs auteurs. Les comportements que nous décrivons ici sont sur le même spectre. Il n’est question que de degré.
Nous avons fait le choix de visibiliser cette réalité par l’utilisation, en italique, des mots mec et meuf. En effet, bien qu’ils puissent être adoptés par des femmes / personnes trans, nous considérons que la plupart des comportements et attitudes toxiques décrits ici sont des conséquences de la culture viriliste. Dans cette même logique, nous avons choisi de genrer les personnes victimes de ces comportements au féminin. Et puis des fois, on change sans trop de raison parce que… on ne sait pas trop, c’est long comme brochure, on oublie ou on trouve que ça sonne mieux ou merde et vive le gender-fluid.
Nous aimerions toutefois que ce choix de vocabulaire ne soit pas un frein à l’auto-critique et à l’analyse de situations complexes. Nos identités sont multiples et nous sommes construit·es par un nombre indéfinissable de facteurs extérieurs. Parfois, on subit de la merde, parfois on en fait. La vie est un joyeux bordel. Ne l’oublions pas, continuons de réfléchir et faisons de notre mieux.
« Petit traité de lutte à l’usage des meufs en couple » est donc une brochure féministe contre les relations et comportements pourris, quels qu’en soient leurs auteur-ices. Bien que les témoignages présents dans cette brochure ne concernent que des situations de relations hétérosexuelles et cisgenres*, tu peux la lire et te retrouver dans certains passages, que tu sois une meuf ou un mec, cis ou trans, une personne non-binaire, en relation non-hétéro, etc....
HÉ, J’AI RIEN VU SUR LES PROBLÉMATIQUES LIÉES À LA PARENTALITÉ ! POURTANT, C’EST UN SACRÉ MORCEAU ÇA AUSSI…
On est bien d’accord et on constate qu’il manque aussi beaucoup de ressources sur ce sujet.
Pour autant, nous avons choisi de faire l’impasse sur cette thématique car nous sommes quatre meufs sans enfant, que le temps et l’énergie que nous pouvions investir dans ce projet étaient limités et qu’on souhaitait faire paraître cette brochure le plus rapidement possible. Mais ce serait le top de pouvoir un jour rajouter un chapitre (ou une brochure à part entière ?) sur ces questions ! Si tu as des ressources, des envies ou un témoignage sur le sujet, n’hésite pas à nous contacter via notre adresse mail : quittersonmec@riseup.net
EST-CE QUE C’EST UNE BROCHURE SUR LES VIOLENCES CONJUGALES ?
NON.
OUI.
Non, car nous n’aborderons pas les trois indicateurs les plus largement admis des « violences conjugales »* : violences physiques, insultes frontales, violences sexuelles (nous aborderons toutefois les relations sexuelles obtenues par chantage affectif, que certaines d’entre nous considèrent aussi comme des viols* ou des agressions sexuelles*).
En rédigeant cette brochure, nous souhaitions principalement aborder ce que nous avons appelé entre nous la « zone grise » des comportements malsains et dont on ne trouvait presque aucune documentation à ce sujet : cet espace flou et vicieux entre la relation saine et épanouissante et la situation de violence conjugale communément admise. Nous voulions visibiliser et dénoncer ces comportements pourris souvent minimisés, dédramatisés voire encouragés (!) par la société - jalousie, inégales répartitions des tâches ménagères, etc. Nous avons donc fait le choix de ne pas aborder les violences conjugales « classiques », considérant qu’il existe déjà un peu (mais toujours pas assez) de ressources à ces sujets et qu’il nous fallait faire des choix pour éviter de passer de la brochure à l’anthologie (Et crois-nous, ces choix nous coûtent ! On te propose quelques ouvrages sur ce sujet là dans la bibliographie).
Oui, car nous considérons que certains comportements présentés ici sont des cas de violence conjugale « invisible » ou « ordinaire ». Certains (tous ?) d’entre eux le deviennent s’ils sont répétés et/ou niés malgré les tentatives de les désamorcer avec leur auteur.
EN CAS DE VIOLENCES CONJUGALES SUPPOSÉES OU AVÉRÉES :
EN CAS D’URGENCE
• 17 - Police Secours
En cas d’urgence et de besoin d’intervention. Il est également possible d’écrire un SMS au 114, s’il ne t’est pas possible de parler.
• 3919 - Violences Femmes Info
Écoute, informe et oriente les femmes victimes de violences, ainsi que les témoins de violences faites à des femmes. Cet organisme traite les violences physiques, verbales ou psychologiques, à la maison ou au travail, et de toute nature (dont les harcèlements sexuels, les coups et blessures et les viols), mais ne traite pas les situations d’urgence - ce n’est pas un service de police ou de gendarmerie.
• noustoutes.org
rubrique « Trouver de l’aide »
Pratique pour trouver des contacts de dispositifs locaux.
• Enfin, le site du gouvernement arretonslesviolences.gouv.fr peut également être une source d’informations et d’aide.
PPP (PETIT POINT POLICE)
Tu l’as peut-être déjà entendu mais certain·es policier·ères ne sont pas suffisamment ou correctement formé·es pour gérer pertinemment les affaires de violences conjugales. _ Nous, on pense qu’ils sont principalement utiles pour les interventions d’urgence (mise en danger immédiate de ta vie ou de ta santé physique et morale) et le commissariat est une étape obligatoire si tu souhaites porter plainte.
Si tu n’es pas en danger immédiat et que tu souhaites éviter (temporairement ou non) les interactions avec la police, nous t’invitons à te rapprocher d’organismes et d’associations – comme celles citées juste avant - formées spécifiquement aux problématiques des violences conjugales.
Si tu es concernée par des violences physiques, sexuelles, des insultes ou d’autres pratiques que tu juges violentes de la part de ton partenaire, si le dialogue est déjà impossible, si tu as peur de lui et/ou que tu as le moindre doute sur le fait de vivre une situation de « violences conjugales », des dispositifs et des associations existent et peuvent te conseiller et t’accompagner :
ET MAINTENANT, ENTRONS DANS LE VIF DU SUJET… ENJOY !
I. AVANT DE QUITTER SON MEC
BESOINS & COMMUNICATION
COMME TU POURRAS LE CONSTATER DANS CETTE BROCHURE, LA COMMUNICATION C’EST PRI-MOR-DIAL. PAS D’ÉVOLUTION POSSIBLE SANS COMMUNICATION.
En écrivant ce fanzine, on s’est dit qu’il fallait donner des petits tips pour cela.
Voici quelques conseils venant de nos expériences et lectures
Donc tout d’abord :
1. IDENTIFIE TES BESOINS
C’est un travail à faire seule ou avec une personne relativement neutre vis-à-vis de la situation. Cela peut passer par des questions telles que :
• Qu’est-ce qui te convient et ne te convient pas dans ta relation ?
• Dans les choses qui ne te conviennent pas, quelles émotions / sensations te traversent quand tu y penses ? Tristesse, frustration, colère, solitude, injustice, agacement…
• Qu’est-ce que tu pourrais demander à l’autre pour t’aider à arranger ça ? Ici, garde en tête que l’autre peut toujours refuser ta demande.
• Qu’est-ce qui est en ton pouvoir pour arranger ça ? Autrement dit, qu’est-ce que tu peux mettre en place, indépendamment de l’autre ?
Ce moment introspectif nous semble être la base nécessaire pour identifier tes besoins et te préparer à les formuler. Toutefois, on sait que mettre des sujets difficiles sur la table et argumenter, ça n’est pas facile pour tout le monde
Alors ensuite :
2. PRÉPARE LA DISCUSSION
Tu peux :
• Préparer en avance ce que tu veux dire (avec l’aide d’un·e ami·e, en écrivant, sous ta douche…)
• Choisir d’engager (voire de mener entièrement) la discussion par écrit (lettre, mail, chat, etc.)
• Commencer la discussion en prévenant ton mec que c’est compliqué pour toi et que tu n’as pas l’habitude. Ce genre de choses peut aider à lancer la discussion, te donner de la confiance et du courage, voire favoriser l’écoute chez ton mec.
• Convenir ensemble et à l’avance d’un moment et d’un lieu pour la discussion : ça permet de se mettre en condition au préalable, de préparer ce qu’on a à dire, d’aborder le sujet la tête froide et de prévenir d’éventuelles tentatives de fuite (physique ou rhétorique).
• Définir des règles préalables à la discussion comme : s’écouter, ne pas couper l’autre, ne pas remettre en cause ou ne pas présumer des ressentis de l’autre, s’attacher aux faits, etc...
3. COMMUNIQUE / FORMULE TES BESOINS
Pour commencer, on te propose un très rapide détour par la :
LA COMMUNICATION NON VIOLENTE (OU CNV) :
Pour une discussion sereine, on peut y piocher certaines idées.
• Observer la situation objectivement, sans porter de jugement. S’en tenir aux faits, à ce qui s’est passé : « On avait convenu que c’était ton tour de vaisselle, tu es parti trois jours sans l’avoir fait ». Si c’est suffisamment objectif, il n’y a pas de contestation possible.
• Ressentir et exprimer son ressenti personnel, sans chercher à accuser ou interpréter un comportement. Utiliser le « je » plutôt qu’impliquer l’autre avec des « tu devrais ». Dire « Je ne me sens pas en sécurité quand tu vas vite au volant » plutôt que « C’est n’importe quoi, il faut que tu roules moins vite ! ». En formulant ainsi, l’autre ne peut pas contester notre affirmation puisqu’elle est de l’ordre d’une émotion intérieure.
• Exprimer son ou ses besoins : L’idée, c’est d’expliquer à l’autre pourquoi on réagit comme cela dans cette situation : « j’ai besoin d’être rassurée », « j’ai besoin d’être dans un environnement propre »...
• Faire une demande concrète à l’autre pour répondre à son besoin et éviter une prochaine incompréhension ou dispute. Chacun·e peut exprimer ses besoins et ses attentes afin de trouver (dans l’idéal) des solutions ensemble pour améliorer la situation.
L’idée, en préparant la discussion et en ayant en tête des techniques de CNV, c’est de s’outiller pour tâcher de garder la tête froide : on se fait souvent mieux comprendre et entendre lorsqu’on discute relativement sereinement.
Mais entendons-nous bien : la colère, l’agacement ou encore la tristesse sont des sentiments légitimes qui viennent dire quelque chose de sincère sur notre état actuel. Si l’expression de ces sentiments ne vient pas attaquer l’autre dans son intégrité physique et morale, il doit apprendre à les recevoir, les prendre en compte et les entendre.
Et enfin, ne pas se couper la parole. Même si on n’est pas d’accord, on serre les dents très fort et on attend son tour. Ça, c’est surtout un défaut qu’on a constaté chez les mecs. Alors toi mec qui lis cette brochure, retiens vraiment ça : LAISSE PARLER L’AUTRE et ÉCOUTE - plutôt que de réfléchir à l’avance à ce que tu vas rétorquer.
ATTENTION : dans la CNV (et d’autres techniques de développement personnel), il y a des outils réflexifs qui sont cools. Mais politiquement, il y aussi des trucs qu’on n’aime pas : pas de prise en compte des oppressions systémiques, idée que « le secret réside en nous » et pas en détruisant cette société pourrie... Bof bof, quoi. Donc, si tu as beau faire de la CNV avec ton mec pour qu’il fasse plus la vaisselle, mais que concrètement, ça ne marche pas, bah tu lui dis merde et tu te casses bébé !
SEXUALITÉ
« IL Y A PAS DE SEXE SYMPA SANS PLAISIR NI CONSENTEMENT. »
ANONYME ÉCLAIRÉE
ATTENTION : Ce chapitre contient certains témoignages relatant des expériences sexuelles toutes pourries, voire violentes.
CONSENTEMENT
Le consentement, comment ça se fait qu’on n’en parle pas avant ? Qu’on ne nous l’apprend pas plus tôt, dès qu’on est môme ? « Vas faire un bisou à la dame. Mais si, vas-y, allez », alors que y’a pas à tortiller du cul : quand tu n’as pas envie, que ce soit avant ou pendant, que ce soit pour un baiser sur la joue, une caresse ou une pénétration, tout doit s’arrêter immédiatement et il n’y pas d’autres possibilités pour l’autre que d’accepter ce NON. Pas de jugement, pas de culpabilisation, pas de chantage, pas de victimisation, pas d’insistance possible.
Le consentement est non-négociable dans le sexe et dans la vie en général ! La petite vidéo du « tea consent » (que tu peux trouver sur YouTube en français) montre très bien qu’on ne force jamais une personne à boire du thé si elle n’en veut pas, qu’on ne lui donne pas non plus de thé si elle est inconsciente ou si elle dort, que si elle t’a dit « oui » il y a dix minutes mais maintenant n’en veut plus, tu n’insistes pas pour lui en donner... Et que c’est pareil avec le sexe !
Alors, bien sûr, on n’a pas tou·tes grandi·es avec cette notion de consentement, ni à l’école, ni dans les livres, ni ailleurs. Ce n’est que maintenant qu’on découvre ça, qu‘un « non », c’est non, qu’on peut le dire à n’importe quel moment et qu’il doit être entendu et respecté.
On ne dit pas ici que c’est facile. Bien au contraire. Mais il faut s’y mettre, en parler et apprendre.
ATTENTION / !\ Si tu as déjà vécu des expériences où ton mec t’a forcé à faire du sexe, t’a fait du chantage ou a été violent pour en avoir, c’est grave. Rien ne justifie ce genre de comportements. Si ton mec ne l’entend pas, protège-toi rapidement. Il existe des collectifs et associations qui peuvent t’aider (voir le passage « en cas de violences »)
« Le mal que tous ces mecs m’ont fait.
Ils n’ont pas été nombreux, ceux qui n’ont jamais cherché à nier mon absence de désir. Toutes ces fois où ils ont insisté comme des porcs jusqu’à ce que je craque pour qu’ils me fichent la paix et que je puisse enfin dormir. Toutes ces fois où ils m’ont fait culpabiliser à coup de « tu ne m’aimes plus », « je ne t’attire plus », « c’est mon cadeau d’anniversaire », ou pire : le « mec » qui fait la gueule parce que « ouin ouin » il n’a pas eu ce qu’il voulait pour que je cède à ce qui ne devrait jamais être négocié. La gerbe qu’on me dise cette phrase « l’appétit vient en mangeant ». Toutes ces fois où le « non » est devenu l’occasion d’un débat, d’un argumentaire pour me faire changer d’avis.
Combien de fois je n’ai pas osé dire « non » ou dire que je n’avais pas envie ? Et combien de fois, quand je l’ai fait, ça n’a pas été entendu ? Combien de fois j’ai eu mal, combien de fois mon corps a été blessé, forcé à faire ce qu’il ne voulait pas, combien de fois je n’ai pas été entendue, respectée ? Le mal que ça m’a fait.
Il y a eu aussi cette fois où mon mec, en pleine pénétration, a décidé sans me consulter d’enlever le préservatif. Je m’en suis aperçue seulement quand il s’est retiré pour jouir. Non seulement il a brisé le cadre qu’on avait fixé tous les deux pour avoir des rapports sexuels sains et sereins, mais en plus il m’a imposé le risque de tomber enceinte, ou d’avoir une MST/IST. Mais le mec, il ne s’est pas démonté hein, c’est moi qui exagérais d’être autant en colère. Le culot, l’abus de confiance en soi, l’arrogance...
Encore aujourd’hui, dans des relations consentantes, ces relations forcées ont un impact. Mon corps en a gardé la trace, et me le rappelle régulièrement. Je peine à reconnaître que certaines de ces relations non-consenties ont un mot qui les désigne et que ce mot, quand il est transformé en acte, est puni par la loi. Et j’en parle encore en culpabilisant. Je me rends responsable de ce que mon corps et ma tête ont enduré. Comme si c’était moi qui m’étais imposé ces relations forcées. Il m’a fallu me relire, digérer et modifier mon témoignage parce que j’avais écris « je me suis fait du mal, je me suis blessée, je ne me suis pas écoutée.
La seule personne responsable, c’est celle qui n’a pas respecté ma décision. »
ET LE PLAISIR DANS TOUT ÇA ?
Pour être en capacité d’exprimer ses envies et son plaisir, il faut d’abord se connaître.
Et ça, ce n’est pas facile car la norme, dans les relations sexuelles, réside dans la prédominance du plaisir « masculin », visible, accepté et libéré. Le plaisir « féminin » est encore trop laissé pour compte. Et pour cause : absence de connaissance sur le clitoris (découvert il y a des siècles, oublié pendant des siècles, absent des manuels scolaires), idée que le vrai sexe, c’est un pénis pénétrant un vagin (le reste n’est que « préliminaire »), imaginaires pourris autour de la vulve qui serait sale, sentirait mauvais, etc.
Il faut par ailleurs bien avoir en tête que le plaisir est définitivement très différent d’un·e individu·e à un.e autre, quel que soit son genre et sexe biologique. C’est pour ça qu’il faut COMMUNIQUER. C’est la clef pour avoir du plaisir en faisant du sexe à plusieurs. Cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas avoir nos jardins secrets, nos fantasmes inavoués. L’important, c’est d’avoir du sexe cool avec son·ses partenaire·s et de se sentir en CONFIANCE.
Alors, qu’est-ce qu’on peut faire pour avoir du sexe consenti et plein de kiff ?
HORS MOMENT DE SEXE :
Se connaître soi-même
Commencer par se demander à soi-même ce qui est ok ou pas pour nous dans les relations sexuelles, ce qu’on ne sait pas trop mais qu’on veut bien tester, etc. En effet, c’est parfois plus facile de confier notre intimité à une feuille blanche (ou un microphone, ou simplement l’intérieur de notre tête), de clarifier nos envies et nos besoins sans jugement d’autrui afin d’apprendre à les connaître avec toi et toi-même. Quand tu te sentiras plus à l’aise avec eux, tu pourras plus facilement les partager et les affirmer.
S’explorer. Toucher, caresser, pincer, griffer des endroits de son corps et être vigilant·e à ce que ça nous fait ressentir : est-ce que ça nous plaît ? Un peu, ça dépend, « oh wah », « ha non, là pas du tout »... Tester des sex-toys sur soi (ou n’importe quel objet qui nous inspire) et des supports érotiques – lectures, podcasts, vidéos… (On t’a mis quelques ressources dans la Bibliographie, à la fin de cette brochure.)
« Se masturber pour une fille, non, c’est les garçons, nous on ne peut pas, on n’a pas le droit...
C’est sûr que si je commençais avec ça dans la tête, j’allais en mettre du temps à me connaître, à apprendre à aimer mon corps, savoir ce qui me fait du bien. »
Déconstruire les normes des relations sexuelles
Il n’y a pas de « préliminaires » suivis du « vrai acte sexuel », soit la pénétration avec pénis. Tout ce qui est fait pendant une relation sexuelle est important et la pénétration n’est en aucun cas l’unique finalité possible. Une relation sexuelle peut être intense et jouissive sans. Cela dépend de chacun·e et il est nécessaire de redonner à toutes ces autres pratiques (cunnilingus, masturbation, caresses, fellation, etc...) leur juste valeur !
Causer avec son partenaire de ce qu’on aime ou pas dans le sexe
Ça, ça peut être l’étape difficile. Si tu sais que parler de certains sujets, ce n’est pas un exercice facile pour toi, tu peux commencer tout simplement par exprimer cette difficulté. Cela peut permettre de débuter une discussion.
Certains supports peuvent aussi aider à lancer des discussions sur le sujet : regarder ensemble des vidéos ou des séries (comme Sex Education, super pour papoter après un épisode ! ) ou lire des ouvrages en commun sur le sujet (Tu connais « Petit traité de lutte à l’usage des meufs en couple ? » Super brochure !)
Si le dialogue « en direct » est trop compliqué, ça peut aussi se faire par écrit.
On peut également convenir à l’avance de petits gestes ou de codes pendant le sexe si l’on a du mal à parler. Par exemple, serrer le coude de son partenaire si ça ne va pas, dire non de la tête quand ce n’est pas ok ou passer la main dans ses cheveux quand ça te plaît. Certaines personnes utilisent des codes couleurs aussi : dire « vert » si tout va bien, « orange » si on ne sait pas trop où on va, « violet » si on kiffe grave. À vous de trouver des moyens de communication qui vous conviennent !
PENDANT LE SEXE :
En tant que meufs, on est souvent éduquées pour être bien plus sensibles au langage non-verbal que nos homologues masculins. Le comité de rédaction de cette brochure juge donc que c’est en priorité aux mecs de faire un travail d’écoute et de vérification, car c’est souvent dans ce sens que ça foire ! Mais c’est aussi à nous d’apprendre à verbaliser. C’est un travail qui se fait à deux, en prenant en compte nos facilités ou difficultés liées à notre genre.
Checker régulièrement si tout va bien.
Demander des choses comme « ça va ? », « est-ce que ça te dit ? », « Tu as envie de ça ? ».
Et mieux vaut le faire un peu trop au début puis diminuer petit à petit quand on commence à mieux connaître l’autre.
Passer du bon temps.
Le sexe, ça doit être fun, ou tendre, ou jouissif, ou apaisant (ou tout ça en même temps). Si tu ne ressens rien de tout ça, ce n’est pas bon. Faites une pause, causez-en ou allez jouer à un jeu, ça reprendra peut-être plus tard. Ou pas !
S’arrêter quand on veut
Tu es légitime d’arrêter à n’importe quel moment. Si ton mec s’en offusque, c’est très problématique. Parlez-en ou file lui vite des brochures ou des vidéos sur le consentement. Et s’il ne comprend pas après ça, bah...casse-toi !
Mais attention hein ! Les solutions ne doivent pas être apportées que par toi -parce que purée, c’est du taf quoi ! Donc, faut aussi que ton mec s’y mette de lui-même, en parle autour de lui (avec ses potes), se documente, etc.
Et si ça ne marche pas ? Devine !
Ton mec rechigne, s’offusque, fait du « ouin ouin » face à toutes tes propositions pour que tu puisses, à ton tour, trouver du plaisir (voire avoir des orgasmes !) ? Dis lui qu’il peut reprendre le sexe avec sa vieille chaussette et bye-bye bébé ! La vie est courte, le sexe, c’est cool (pour la plupart des gens), ne perd pas ton temps avec un boulet pareil.
« Un jour j’ai fait du sexe avec un garçon et quand on a arrêté il m’a dit « Tu as joui ? ». J’étais sur le cul. Je crois que c’était la première fois qu’on me posait vraiment cette question. Il voulait vraiment savoir, je lui ai répondu que non, il m’a demandé si ça m’arrivait souvent, « non plus ».
Peut être que j’avais déjà eu un ou deux petits orgasmes déjà mais que je ne savais pas vraiment ce que c’était.
-« Même quand tu te masturbes ?
-Je ne me masturbe pas ».
Il était interrogé, surpris peut-être et il m’a dit qu’il fallait faire quelque chose que ce n’était pas cool si je ne prenais pas de plaisir qu’il fallait qu’on travaille dessus si je le voulais.
-« Wahou attends tu veux prendre soin de moi ? Houla, je n’ai pas l’habitude, ça ne va pas être facile, tu es sûr que tu veux m’aider ? Nan mais parce que...
-Oui je suis sûr.
-Ok. Essayons alors »...
À la fois reconnaissante et désarçonnée par cette proposition. »
CONTRAT DE RELATION :CONFIANCE, JALOUSIE, INFIDÉLITÉ...
C’EST QUOI UN CONTRAT DE RELATION ?
Dans notre société, la relation romantico-hétéro par défaut est sexuelle et exclusive. C’est la norme, l’habitude, l’impensé. Se mettre en couple, c’est avoir du sexe avec l’autre et ne plus en avoir qu’avec elle·lui. Alors, dans la plupart des relations, ce sont plein de questions importantes qui ne sont pas abordées : Quelle est la place du sexe et de la tendresse dans notre relation ? Est-ce qu’on veut être exclusif·ve ou pas ? Mais d’ailleurs, c’est quoi être exclusif·ve pour moi / toi ? Est-ce que c’est ok si je/tu fais un câlin à quelqu’un·e d’autre ? Un baiser ? Des vacances avec d’autres que moi/toi ? Du sexe ? Du bal folk ? Un projet de maison en pots de yaourt qui va te/me prendre de manière intensive les 2 prochaines années de ta/ma vie ? Est-ce qu’on se raconte tout ? Est-ce qu’on garde des jardins secrets ? À propos de quoi ?
Alors certes, on ne peut pas tout anticiper, contrôler et contractualiser. Et on n’est pas obligé de remplir un questionnaire ou de signer un document officiel spécifiant nos clauses relationnelles (mais ça existe ! En général, ça s’appelle un mariage ou un pacs). Mais causer avec l’autre de ce qui nous convient et ne nous convient pas dans une relation sexuelle et/ou amoureuse lorsqu’elle commence nous semble super important pour éviter les frustrations, les malentendus et les déceptions.
« Moi, j’ai su dès mes premiers amours, au collège, que je n’étais pas trop adepte de l’exclusivité sentimentale et sexuelle. À l’époque, j’avais ni les mots, ni l’expérience pour causer de ça, alors j’ai enchaîné des relations plus ou moins complexes. Parfois, j’arrivais à en parler, parfois non, ou pas assez clairement pour l’autre… Depuis, j’ai découvert les notions de polyamour et d’anarchie relationnelle. Ça m’a permis de conceptualiser des sensations que j’avais et de mettre plus facilement des mots sur mes besoins et mes envies. Quand je rencontre quelqu’un qui me plaît, avec qui j’ai envie d’avoir de la tendresse, du sexe et/ou de construire une relation privilégiée, je m’arrange pour glisser dans la conversation que je vis des relations polyamoureuses. Si par la suite, une intimité physique et psychologique se crée avec la personne, je tâche assez rapidement de mettre sur la table nos besoins respectifs dans une relation, ce qui est de l’ordre du négociable et du non-négociable. »
« Pour ma part, quand je suis en couple, le contrat de relation passe par une relation exclusive, c’est à dire que mon partenaire et moi, on ne souhaite pas que l’autre ait des relations sentimentales ou sexuelles avec d’autres personnes. C’est dans ce type de relation que je me sens bien et que je suis en confiance. C’est le seul fonctionnement que j’ai expérimenté jusque là et pour l’instant, c’est le seul que j’ai envie de vivre et de partager. Peut-être que ça changera, peut-être pas. Et c’est ok ! Jusque là, c’était pour moi plutôt quelque chose d’évident, d’implicite. Ce n’était pas franchement nécessaire d’en parler puisque ça correspondait à la « norme » sociale. En participant à ce projet, je me suis rendue compte que même pour une relation exclusive, c’est hyper important d’en discuter, de fixer le cadre du contrat ensemble. Le choix de l’exclusivité ne m’empêche pas de questionner et de (dé) construire ma définition du couple, de la faire évoluer. Ça ne m’empêche pas non plus de questionner cette exclusivité qui me tient à coeur, de lui fixer des limites qui évoluent en accord avec mon partenaire et nos expériences communes ou personnelles. Le principal est qu’on soit d’accord sur le contrat et pour ça, il faut en parler ! »
UN CONTRAT DE RELATION…
• NÉCESSITE DE SAVOIR CE QU’ON VEUT :
Première étape : l’introspection. Qu’est-ce qui me convient ? Quels sont mes besoins pour être bien dans une relation ? (Cf chapitre Besoins et Communication)
• PEUT ÉVOLUER OU NÉCESSITER DES AJUSTEMENTS :
Il y a parfois des sujets pour lesquels on ne sait pas se positionner, parce qu’on n’y a jamais réfléchi ou qu’on n’a jamais vécu ce genre de chose. Ou bien des trucs qui nous attirent mais qu’on appréhende en même temps. On peut aussi se rendre compte qu’il y a un point avec lequel on était d’accord au début et que ce n’est plus le cas. C’est ok. On peut expliquer ça à l’autre, chercher des solutions et faire évoluer le contrat au fur et à mesure.
• EST CONSENTI PAR LES DEUX PARTIES :
Un contrat obtenu sous la pression, le chantage, la menace est caduque. (C’est joli hein ? Ça veut dire qu’il ne compte pas.)
• REPRÉSENTE SOUVENT DES COMPROMIS :
Mais chacun·e doit quand même y trouver son compte. Entre nous, si tu veux vivre des relations polyamoureuses et que ton mec y est farouchement opposé, ça risque d’être tendu de trouver un accord complètement satisfaisant pour tout le monde.
• DOIT ÊTRE CLAIR :
Mieux vaut appeler un chat un chat que de se perdre en euphémismes, allégories et autres figures de style alambiquées pour se rendre compte plus tard qu’on n’est pas du tout sur la même longueur d’onde.
• NE DOIT PAS TOMBER DANS DES PROMESSES NAÏVES OU IMPOSSIBLES À TENIR :
« rester ensemble pour toujours », « ne jamais être attiré.e ou tomber amoureux.ses de quelqu’un.e d’autre », etc.
• NE JUSTIFIE JAMAIS LA VIOLENCE, QUELLE QU’ELLE SOIT, S’IL N’EST PAS RESPECTÉ.
JAMAIS. NADA. NO WAY. NEVER EVER EVER.
« Je l’ai rencontré quand j’étais en plein boum de mes 20 ans, le feu, je nageais dans un bonheur certain, je vivais d’amitiés, de projets associatifs militants, et j’explorais le polyamour avec une sécurité et un bien-être rayonnant. Je l’ai senti venir très vite, té-ka-té mon gars, suis pas dispo, ma vie est magique, je ne la quitte pour rien au monde. Bon forcément la suite est facile à deviner, j’ai cédé, je me suis laissée tenter par ses avances.
Et pour finir, je comprends que mon modèle de polyamour va avoir du mal à persister, je tente, il souffre, je m’attache, il m’aime mais souffre de mon choix de vie, mon choix délibéré d’avoir envie de vivre plusieurs relations affectives. Je finis par lâcher, je lui dit que je peux essayer pour lui.
J’ai quitté mon schéma polyamoureux pour lui, j’ai essayé, ré-essayé l’exclusivité.
Ce n’était pas une bonne idée. »
C’EST QUOI L’INFIDÉLITÉ ?
Pour nous, être infidèle, c’est quand le contrat établi n’est pas respecté (officiellement ou à l’insu de l’autre). Ça n’existe pas que dans des relations exclusives ! On peut par exemple décider d’une relation polyamoureuse et trahir le contrat en couchant avec le·la meilleur·e ami·e de l’autre alors que vous aviez convenu de ne pas faire ça.
« J’ai jamais été une grande adepte des relations exclusives. Au lycée, je suis sortie un an avec un garçon qui n’avait aucun souci avec ça. On avait parfois des relations sexuelles avec d’autres gens (parfois des ami·es commun·es) et on n’éprouvait aucune jalousie vis-à-vis de cela. On s’est quitté pour d’autres raisons. À la rentrée suivante, j’ai commencé à fréquenter Paul, un gars qui me faisait beaucoup d’effets depuis qu’il était arrivé au lycée, l’an passé.
Très vite, il me dit qu’il connaît mon fonctionnement assez libre mais que ça ne le fera pas pour lui. Il me dit qu’il sent qu’il va tomber très amoureux de moi et que c’est trop dur de m’imaginer avec d’autres mecs. Je trouve ça cute. Et je suis déjà bien attachée. Alors j’accepte assez sereinement. Quelques mois plus tard, on se retrouve après un week-end, et je sens qu’il est mal. Il finit par m’avouer qu’il a couché avec une autre fille, une amie d’ami que je ne connais pas et qui ne vit pas dans la même ville que nous. Je ne me rappelle pas m’être énervée ou avoir ressenti de la jalousie. Je suis plutôt perplexe. Je me demande (un peu naïvement) pourquoi il me demande l’exclusivité alors qu’il n’arrive pas à la respecter lui-même. Il est super-mal, se répand en excuses, me dit que ça n’arrivera plus jamais alors je dis « ok », sans plus de drama.
Encore quelques mois plus tard, juste après le bac. Il est à nouveau mal et m’annonce que la personne avec qui il a couché il y a plusieurs mois, en réalité, c’est Marion, une de mes meilleures copines de lycée. Il ne me l’avoue qu’après des mois, parce qu’ils avaient décidé de me l’annoncer qu’après les examens, pour ne pas « perturber » mes révisions et me rajouter du stress. Sur le moment, je me rappelle avoir ris « Ha ouais ? Mais vous êtes cons ou quoi ? Pourquoi vous ne me l’avez pas dit ? ». Je me rappelle que ma réaction le déstabilise, voire l’agace. Il est nettement plus mal que moi. Moi, j’ai l’impression que ça va le faire. Mais peu à peu, des pensées me traversent : ça veut dire que ça fait des mois qu’ils me cachent ça, qu’ils se voient en cachette pour en causer (et recoucher ensemble ?), qu’à l’époque, quand j’ai dit à Marion que Paul m’avait trompée avec une inconnue, elle m’avait répondu sans sourciller « Ah ouais ? Putain ça craint ! »… Je prends l’ampleur de la tromperie. Et la colère me submerge alors. À l’époque, je me dis que je suis finalement jalouse moi aussi. Aujourd’hui, je sais que c’était le goût écœurant de la trahison. »
ET LA JALOUSIE ?
Ici, on va causer jalousie relationnelle : celle qui peut se jouer entre des gens dans des relations affectives, romantiques et/ou sexuelles.
QUAND C’EST TOI QUI LA RESSENS :
Tu sais, cette sensation désagréable qui te prend au bide, te remplit la tête et embrouille tes pensées, te fait vivre tantôt de la culpabilité (« Non mais c’est ma faute, je l’ai cherché »), de la colère (« C’est vraiment un connard ») ou encore de la dévalorisation (« Je suis nulle, il ne m’aime pas »), bref, te ronge le corps et le cerveau sans savoir qu’en faire (« Est-ce que je part vivre en Alaska pleurer jusqu’à la fin de mes jours ou est-ce que je lui plonge la tête dans cette poubelle pleine de vomi ? »). Bon, peut-être que ce n’est pas tout à fait la même pour toi mais tu vois l’idée ?
Si le contrat n’est pas respecté, ça nous semble assez logique de ressentir de la jalousie (et/ou de la colère, de la tristesse etc.).
Si le contrat est (a priori) respecté et que tu ressens quand même de la jalousie, cela peut-être dû à de nombreuses causes : sentiment d’insécurité dans la relation, manque de confiance en soi, conflits non résolus, suspicion de mensonges, etc.
« Il y a aussi la jalousie qui ne résulte pas d’une trahison du contrat.
Tout au long de ma relation avec X, j’ai été jalouse d’une femme, une seule. C’était une femme avec qui il avait eu une relation pendant quelques mois, avant qu’on se mette ensemble. Et dès le début, j’ai ressenti une jalousie que je ne ressentais pas du tout pour ses autres ex, qu’il voyait régulièrement. Les voir tous les deux, ça me dérangeait. Même quand on était en groupe, ils finissaient par papoter et je n’étais pas sereine quand ça arrivait. Manque de confiance en moi ? Oui, sûrement un peu. Jeu inconscient avec les limites du contrat ? Sûrement un peu aussi : il l’a reconnu, une fois. Mais il y avait plus que ça : j’étais jalouse de ce qu’ils partageaient. J’étais jalouse de leur complicité, de leurs rires, de leurs discussions interminables. J’étais jalouse de tous ces sourires/rires auxquels elle avait droit quand à moi, il donnait des regards froids, sans émotion. J’étais jalouse de la bonne humeur dans laquelle il était avec elle quand notre quotidien était rythmé par ses humeurs en dents de scie. »
QUELQUES PISTES :
• TU PEUX TE RÉFÉRER AU CHAPITRE BESOINS ET COMMUNICATION pour prendre le temps de comprendre quelles émotions te traversent et quels sont tes besoins.
• ESSAYE D’IDENTIFIER LA OU LES CAUSES / LES MÉCANISMES QUI LA DÉCLENCHENT.
Est-ce une sensation latente, régulière ou ponctuelle ? Est-ce que tu en identifies clairement la/les cause(s) ? Est-ce dirigé vers une personne en particulier ? Cela arrive-t-il dans des contextes précis ? As-tu l’impression qu’elle s’empare de toi sans que l’autre ne s’en rende compte ou as-tu l’impression qu’il la déclenche ?
• DEMANDE-TOI SI LE CONTRAT ACTUEL TE CONVIENT TOUJOURS.
L’as-tu accepté en toute connaissance de cause ? Souhaites-tu renégocier ou reparler de certains points ?
• PARLES-EN (DE PRÉFÉRENCE À TÊTE REPOSÉE) AVEC TON MEC.
Si tu identifies des comportements chez lui qui la déclenchent, tu peux lui en faire part. Vous pouvez ainsi décider ensemble de la marche à suivre pour que tu sois plus sereine.
ATTENTION TOUTEFOIS :
Même si on identifie des comportements chez l’autre qui peuvent déclencher notre jalousie et que c’est ok d’en parler ensemble, la solution la plus saine n’est pas forcément que l’autre change son comportement. Il peut y avoir des arrangements, des entre-deux (« Je ne suis pas à l’aise quand je te vois avec cette personne, je préfère que vous vous voyiez sans moi ») mais c’est aussi un travail à faire sur soi. Ça ne doit pas devenir un moyen de pression, ni que cela restreigne l’autre dans ses besoins et ses envies. Il faut tâcher de trouver le difficile équilibre entre faire parfois des concessions pour sécuriser l’autre et poser ses limites et ses points non-négociables.
QUITTE TON MEC.
Bah oui, parfois, on a beau essayer plein de trucs, avoir l’espace pour en causer (ou pas), lire plein de brochures, prendre sur soi autant qu’on peut, on n’arrive pas à se débarrasser de ce sentiment. Qu’il vienne principalement de toi et de tes insécurités ou qu’il soit alimenté de façon plus ou moins consciente par ton mec. Et l’une des solutions pour y voir plus clair, c’est de sortir la tête de ça.
QUAND C’EST TON MEC QUI LA RESSENT…
Comme d’habitude en fait :
• OUVRIR DES ESPACES DE DIALOGUE SEREIN là-dessus, tâcher d’y trouver des solutions (voir les exemples cités au-dessus). Sa jalousie te semble-t-elle fondée (parfois, souvent, jamais) ? Pourquoi ?
• Si cela est lié à la façon dont tu as envie de relationner avec les autres, TU PEUX TE DEMANDER SI VOTRE CONTRAT DE RELATION EST VRAIMENT ADAPTÉ. Ça peut être l’occasion d’en recauser ensemble.
• Si tu penses que tu cherches à la déclencher chez lui, DEMANDE-TOI POURQUOI. Est-ce que tu veux l’énerver ? Lui prouver quelque chose ? Qu’il te remarque davantage ? Peut-être que ça traduit la présence de non-dits ou de conflits non résolus au sein de ton couple (Voir chapitre Culpabilité et Rancoeur).
ATTENTION TOUT PAREIL :
si ton mec est jaloux, vous pouvez trouver des arrangements mais tu ne dois pas céder systématiquement à ses demandes, surtout si elles viennent restreindre certaines libertés (ne plus pouvoir voir certaines personnes par exemple).
Si tu as l’impression d’avoir cherché toutes les solutions possibles et fais des efforts pour le sécuriser mais que rien à faire, ça tourne en boucle, rien n’évolue, il souffre, tu souffres, alors QUITTER SON MEC, c’est parfois la meilleure chose à faire. Pour toi et pour lui.
WARNING : Parfois, la jalousie s’étend à plus que les sentiments, elle se met à englober les fréquentations de l’autre, son travail, ses activités.
« Quand il est jaloux de tes potes
Quand il est jaloux de ton taff
Quand il est jaloux de tes activités
Quand il n’aime pas que tu voies tes potes
Quand il critique ton taff
Quand il dit que tes activités prennent trop de place
Quand il préfère que tu restes avec lui quand tu avais prévu d’aller voir tes potes
Quand il te propose de t’occuper de la maison plutôt que de travailler
Quand il dit que tu ne le vois pas assez parce que tu fais trop de choses
Quand tu n’envoies plus de nouvelles à tes potes
Quand tu décides d’arrêter ton super taff pour en trouver un plus proche
Quand tu arrêtes les cours de théâtre pour préparer à manger le vendredi soir… »
CE N’EST PAS OK DE NÉGOCIER AVEC CE GENRE DE JALOUSIE.
Il faut que ton mec en prenne conscience, se remette en question et change son comportement rapidement. Ce genre de « caprices » (parfois « mignons » au début) peuvent vite mener à des situations d’emprise et d’isolement. Cela fait partie des critères des violences conjugales.
VIVE LA CONFIANCE !
Pour terminer sur une touche plus chouette : nous, on pense que le ciment d’une relation, quelle qu’elle soit (amitié, amour, « c’est compliqué »...), c’est la confiance. Ça nous semble difficile de vivre une relation chouette et saine lorsque l’une des deux personnes ne fait globalement pas confiance à l’autre.
Et la confiance dans une relation, ça se construit ! Par le dialogue, l’honnêteté, la capacité à rassurer l’autre et à reconnaître ses erreurs, par le soutien et l’écoute réciproque, par les encouragements, les compliments, les attentions, la transparence, la complicité, etc.
GESTION DES CONFLITS
« Avec A., c’est simple et fun. On s’aime beaucoup, on rigole bien, on s’accorde sur beaucoup de choses.
Mais lorsqu’il s’agit d’aborder des sujets tendus, des frustrations, vexations ou désaccords, ça se complique. A. se renferme, devient lointain et peu bavard. Si c’est un sujet qui arrive sans prévenir dans l’une de nos discussions ou que je mets sur la table, il lui arrive de s’arranger pour écourter la discussion et s’en aller. Lorsque c’est quelque chose qui le chiffonne, je le sens tendu mais il me dit que tout va bien. C’est rare que quelque chose sorte sans que j’aie à insister plusieurs fois.
Par exemple, un jour, on a une conversation compliquée sur les risques qu’on est prêt à prendre l’un et l’autre (et donc l’un vis-à-vis de l’autre) par rapport au Covid. On se rend compte qu’on n’est pas du tout synchro.
C’est assez vertigineux. Je vois qu’il ne sait plus quoi dire et que cela l’angoisse. Je lui propose d’arrêter la discussion maintenant alors que je n’en ai pas envie. Il accepte aussitôt. J’ajoute qu’il faudra qu’on la reprenne, et qu’on pourrait même définir le moment maintenant. Il me dit que ça ne sert à rien. Ça me plonge dans l’angoisse.
Je suis toujours celle qui (re)met les sujets sensibles sur la table. Qui insiste pour qu’on en recause, pour qu’on démêle la situation, qu’on apaise les tensions.
Et parfois, des choses sortent d’un coup de lui. Des vexations et des non-dits accumulés qui ont macéré assez longtemps pour flirter avec la rancœur. Ça surgit soudain, les agacements et les reproches s’enchaînent sans toujours beaucoup de logique. Je ne m’y attends pas, ça me met mal et je trouve ça injuste. »
Prendre en charge la gestion des conflits et des difficultés internes à notre relation, c’est du taf. C’est du temps et de l’énergie émotionnelle. Et c’est très majoritairement nous, les meufs, qui nous en chargeons. D’ailleurs, si tu lis ce fanzine et que tu es une meuf, c’est que tu es sans doute en train de chercher des solutions aux problèmes que tu vis dans ton couple (ne t’inquiète pas, notre prochaine brochure s’appellera « Soutiens ta meuf »).
Notre formatage social (femme = douceur, compassion et émotivité) fait que nous sommes souvent celles qui prenons soin de nos relations, qu’elles soient amoureuses ou amicales : on entretient le contact, on procure de petites attentions, on organise les vacances en commun, on anticipe les besoins, etc. Ça s’appelle la charge émotionnelle.
La double peine, c’est qu’en plus de s’investir (voire de s’épuiser) dans le bien-être de notre couple, on passe souvent pour les reloues de service : celles qui veulent « discuter », (re)mettre sur le tapis les sujets difficiles, tenter des trouver des solutions et des issues aux crispations et aux incompréhensions. Nos mecs, au mieux, sont comme des cons quand on leur demande de se confronter à ça. Et au pire, ça les saoule. Peut-être parce que les difficultés qu’on vit en tant que meuf sont souvent des conforts pour eux… ?
En tout cas, on sort souvent des discussions tendues avec un arrière-goût rance : on n’a pas avancé, ça nous a épuisé et on se demande si on n’exagère pas, si on ne devrait pas juste prendre sur nous (encore un peu plus).
On culpabilise et on finit parfois par lâcher l’affaire.
BINGO DES TECHNIQUES DE MECS POUR COURT-CIRCUITER OU ÉCHAPPER À UNE DISCUSSION :
– Attaquer la forme : « T’es trop agressive, j’ai pas envie de discuter avec toi pour l’instant. »
– Retourner les accusations : « C’est pas moi le problème au lit, c’est toi qui est frigide. »
– S’autoflageller : « Je suis qu’une merde, je suis trop nul, tu devrais me quitter, etc. » #OuinOuin
– Jouer au philosophe à deux balles : « Mais qu’est-ce que tu entends par "équité" ? "Transparence" ? "Respect" ? "Nettoyer ma merde" ? »
– Fuir physiquement : se cacher sous la couette, sortir faire autre chose.
– Fuir rhétoriquement : « C’est pas le moment, là, on verra ça plus tard. » sans proposer un autre moment ni relancer le sujet de lui-même plus tard.
– Attaquer la personnalité / Culpabiliser : « Pff, faut toujours que tout soit compliqué avec toi... »
– Détourner la conversation : « Je suis peut-être pas très sympa quand je bois mais toi, tu promènes jamais le chien ! Tu trouves ça normal que ce soit toujours moi qui le fasse ? »
– Se victimiser : « Tu n’es jamais satisfaite : Moi, je fais plein d’efforts, c’est pas facile pour moi non plus » #OuinOuinbis
– Jouer la fatalité : « Je suis comme ça, c’est à prendre ou à laisser »
– Manifester une fausse bonne volonté : « Oui, tu as raison, je vais faire des efforts » et pourtant, aucun changement perceptible.
– Jouer la comparaison : « Il y a des mecs bien pires que moi tu sais... »
– Embrasser la société patriarcale /être idiot : Mon père qui me dit « Oui, je fais moins le ménage que ta mère mais c’est parce que je n’aime pas ça. »
– Jouer la carte « moi ça ne me dérangerait pas à ta place » : « Pourquoi tu le prends mal quand je ne te réponds pas quand tu me parles ? Moi ça ne me ferait rien si tu me le faisais. »
– Être dans le déni : « C’est faux, tu exagères tout. »
COMMENT SE RENDRE COMPTE QU’ON S’EST FAIT AVOIR ?
La discussion se termine et :
• Il n’y a pas eu de reconnaissance / prise de conscience du problème par ton mec.
• Tu n’identifies aucune prise de décision concrète et consentie pour tâcher d’améliorer la situation.
On peut aussi s’être fait avoir quand on a obtenu sur le moment des excuses et des promesses de s’améliorer, et puis se rendre compte 3 semaines plus tard que rien n’a bougé.
« Moi : « Je t’aime, mais si on ne se parle pas, on va dans le mur. Je suis super chiante, je suis désolée, mais j’ai besoin qu’on parle des problèmes, qu’on y réfléchisse ensemble.
– Tu n’es pas chiante.
– Si, bien sûr que je suis chiante. Peut-être que ça te convient, ou bien que tu t’en fous. Mais cette femme-là, colérique et acide, ça n’est pas moi, je ne suis pas comme ça. Je suis malheureuse comme ça.
– …
– Dis-moi quelque chose.
– C’est dur de te voir pleurer. »
SI TU RECONNAIS CERTAINS COMPORTEMENTS DE TON MEC DANS LE BINGO, TU PEUX :
• AVOIR UNE DISCUSSION AVEC LUI sur ces stratégies/comportements qui bloquent la conversation (#MétaDiscussion).
• APPRENDRE À IDENTIFIER SES STRATÉGIES D’ÉVITEMENT pour les nommer quand il les utilise et/ou les contourner pour rester focus sur le sujet initial.
• Et si c’est toujours toi qui mets les sujets difficiles sur la table, n’hésite pas à lui SIGNIFIER QUE TU EN AS MARRE et qu’il va falloir qu’il s’y mette aussi (en lui offrant cette brochure par exemple ! Salut mec, chouette que tu lises ça ! Au boulot maintenant ! )
• ET BIEN SÛR, TU PEUX AUSSI... QUITTER TON MEC ! On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Si malgré tes efforts et tes tentatives pour communiquer et aborder les conflits de façon constructive, ton mec traîne des quatre fers, ne t’écoute pas ou refuse de reconnaître sa part de responsabilité, n’attends pas la Saint Glin-Glin et va mettre ta super énergie ailleurs !
RABAISSEMENT DES MEUFS PAR LEURS MECS
« Je crois que j’ai envie de parler de la difficulté pour certains mecs d’assumer en public le fait qu’ils sont engagés dans une relation. Ça peut aller des mots employés à la façon de se comporter physiquement. Le côté Docteur Jekyll et Mister Hyde que j’ai expérimenté plusieurs fois. Les « Je t’aime » enflammés en privé, les « Je ne te connais pas » en public.
En 2010, je suis en couple depuis 3 ans avec P. C’est une histoire compliquée avec beaucoup de drames et de réconciliations explosives. Au bout de trois ans pourtant, je me dis que oui, il a raison, on peut habiter ensemble. J’appréhende un peu mais j’en ai envie. J’habite dans Paris, dans un 30m2 que je loue 660€/mois. Il habite à Neuilly- Plaisance, à 20 minutes à pied du RER, dans un HLM de 60m2 qu’il loue 300€/mois. Il est fauché, je ne suis pas bien riche, on ne trouvera pas d’autre appart dans nos moyens : la logique veut donc que j’emménage chez lui. Chaque cm2 est rempli par plus de 10 ans d’occupation des lieux.
J’ai peur de me sentir toujours chez lui, de ne pas arriver à faire ma place, de ne pas arriver à me sentir chez moi. Je me dis que faire des travaux aidera. Il est d’accord. On se lance donc dans la réfection de la cuisine. J’ai des outils, je suis plus bricoleuse que lui, je prends un peu la direction des opérations. Je me fade notamment les trous à la perceuse dans des murs en béton vibré des années 70 : c’est long, fatigant, ça fait beaucoup de bruit, des vibrations dans les bras qui provoquent des démangeaisons dans les mains. Mais je suis contente, c’est quelque chose que je fais pour qu’on habite ensemble, qu’on construise quelque chose.
Le téléphone sonne pendant que je perce, P. part en discussion avec un ami à lui : « Ouais, c’est cool, je suis pas mal occupé en ce moment, je refais ma cuisine ». Puis rien d’autre. Dans cette phrase, je n’existe pas, ni moi, ni ce que je suis en train de faire, ni notre relation.
Rien.
Ça m’a tuée. Et c’est tellement symptomatique de comment il traitait notre histoire. Me disant « Je t’aime » à tout bout de champ et me tournant ostensiblement le dos en public. Littéralement. Tout son corps me niait. Dans les moments de groupe, je réalise qu’il trouvait toujours une position qui compliquait mon insertion physique dans le groupe. Je n’ai pas vraiment de solution à ça. J’ai l‘impression que c’est compliqué à exprimer sans passer pour une reloue qui coupe les cheveux en quatre. Difficile de dire : « Tu m’as tourné le dos toute la soirée, c’était difficile pour moi de m’insérer. »
En tout cas, c’est ce qui m’a toujours été renvoyé. Le fameux « T’es chiante ». »
« A. attend avec impatience que j’ai terminé mes études, et que j’entre dans le monde du travail pour qu’enfin je "comprenne la vie". Pour finalement ne pas s’intéresser à mon travail.
Je ne fais pas le sport qu’il faut. En tout cas pas celui que B. considère comme du vrai sport, celui qui fait travailler les zones de mon corps qu’il faut travailler. Parce qu’il aimerait que mon corps soit plus ferme et parce que « c’est bon pour la santé ».
C. n’apprécie pas ma personnalité quand je suis avec mes ami·es . Il n’a pas envie de passer du temps avec elleux parce qu’il n’aime pas qui je suis en leur présence.
Je n’ai pas les bonnes références culturelles. Je ne connais pas ses classiques du cinéma. Je n’ai pas la référence de la réplique que D. vient de dire. On ne regarde pas souvent les films que je propose, ça ne lui fait jamais envie.
C’est ridicule de jouer aux Sims, je devrais plutôt jouer à Earth Stone. Ça, au moins, c’est un vrai jeu qui fait réfléchir.
E. me dit quasiment systématiquement "Sympa ton manteau" de façon ironique ou "Tu es sûre que c’est ça que tu veux mettre ?" quand je porte un vêtement qu’il n’aime pas.
D. me demande si je ne veux pas aller me moucher alors que je suis en train de parler à quelqu’un et que je n’en ai absolument pas besoin.
F. me fait une crise parce que je ne l’ai pas consulté pour héberger ma sœur dans mon appartement.
G. me reproche d’avoir accepté un boulot étudiant sans le consulter avant.
H. m’a un jour agrippé la cuisse avec sa main, a secoué ma cuisse et dit « hm, il y a du gras là-dedans ».
I. se moque de mes fringues avec ses potes quand je vais le rejoindre à son lycée. Et il le fait en ma présence.
Meilleur pote de J. qui fait une vieille blague salace. Tout le monde est mort de rire. Moi qui fais une blague salace, J. qui me répond, sans rire : « Ah mais c’est dégueulasse, t’es grave ».
L’impression d’une liste très longue de cases que je ne coche pas pour correspondre à celle qu’ils veulent avoir comme meuf. L’impression d’une emprise et d’un jugement sur mes moindre faits et gestes. »
LE RABAISSEMENT,
ce sont ces petites phrases anodines mais assassines que ton mec balance l’air de rien, en public ou en privé. C’est aussi l’indifférence devant tes sentiments et tes souffrances, l’absence de reconnaissance de votre relation en public ou de ton rôle et des tes efforts dans votre couple. Ça ne semble peut-être pas grand chose, ça peut paraître anecdotique mais c’est blessant, dévalorisant et humiliant. Ça tape là où ça fait mal, ça remet en question tes choix, tes goûts, tes décisions, ta place dans ton couple, ta valeur en tant qu’être humain. Ça peut détruire ton estime de soi.
Attention, il y a pour nous une différence entre donner son avis et rabaisser l’autre. Il est tout à fait possible d’exprimer sainement son avis : quand il est sollicité par l’autre, quand c’est argumenté et respectueux, quand il est exprimé dans le cadre privé, quand il n’est pas exprimé à répétition par exemple. Rabaisser l’autre, c’est lui donner son avis en le dénigrant ou en l’humiliant.
ON S’EST DEMANDÉ, PLUS CONCRÈTEMENT, QUEL ÉTAIT L’INTÉRÊT POUR LES MECS DE DÉNIGRER LEURS MEUFS. QU’EST-CE QU’ILS CHERCHENT, SCIEMMENT OU INCONSCIEMMENT, AVEC CE GENRE DE PHRASES BLESSANTES ?
• SE RASSURER ?
« Je suis aussi bien qu’elle, si ce n’est plus ». Ça renvoie à un problème d’estime personnelle, de manque de confiance en soi.
• GARDER LA FACE EN PUBLIC ?
Il a besoin de montrer qu’il n’est pas en accord avec les choix de sa meuf, ses fringues, etc. et pour ne pas se taper la honte devant ses copains, il préfère la rabaisser plutôt que d’assumer leurs points de vue divergents.
• PROUVER SON INDÉPENDANCE ?
Liv Stromquist, dans sa bande dessinée Les sentiments du Prince Charles parle de cette dualité entre l’injonction à l’indépendance (financière, professionnelle, sentimentale) faites aux hommes et les avantages concrets à être en couple pour eux. « Je veux être indépendant » MAIS « j’ai besoin d’être en couple pour assurer cette indépendance » #PatriarcatMonAmour
• ÊTRE DRÔLE ?
Ha. ha. ha. Qu’est-ce qu’on rigole.
• Ou peut-être (et surtout !) AVOIR LE SENTIMENT D’AVOIR LE CONTRÔLE DANS LA RELATION, de garder le pouvoir en imposant sa vision des choses ?
Quoi qu’il en soit, il n’y a aucune justification valable pour rabaisser quelqu’un.
Le rabaissement attaque l’estime de soi, altère le jugement et affaiblit considérablement la confiance en soi. Qu’il soit pratiqué de manière régulière ou ponctuelle, il peut créer une forme d’emprise psychologique : on adapte son comportement pour faire plaisir à son mec, on se persuade que notre avis vaut moins que le sien, etc. On est en plein dans un rapport de domination bien dégueu, encouragé ou banalisé par tout ce que nous renvoie constamment notre société patriarcale (Il faut être belle, discrète, gracieuse, intelligente mais pas trop, docile, etc.). À long terme, cela peut être qualifié de violences conjugales.
ALORS, COMMENT SORTIR DE CETTE SITUATION ?
• COMMENCER PAR IDENTIFIER CE QUI TE BLESSE ET POURQUOI. Il y a peut-être des thèmes récurrents, des situations particulières dans lesquelles le rabaissement est systématique, etc. Ce sera ensuite plus facile de le verbaliser parce que oui, surprise, la première étape, c’est d’en causer avec ton mec. N’oublie pas de partir de ton ressenti, puisqu’il ne peut pas être contesté. Exemple : « ça me blesse quand tu me dis ça ».
• EN PARLER À DES PROCHES OU ÊTRE VIGILANTE À LEURS REMARQUES SUR CE SUJET. Iels pourront t’apporter un regard extérieur et t’aider à prendre conscience du problème.
• NE PAS LUI CHERCHER DES EXCUSES. Il n’y a rien qui puisse justifier qu’on rabaisse l’autre. Même un parcours de vie chaotique, même une grande souffrance. Si ton mec ne va pas bien, il peut se faire aider par des professionnel·les, mais il ne peut en aucun cas t’utiliser comme défouloir. C’est OK de ressentir ce genre de chose (on a tous·tes nos névroses) mais ce n’est PAS DU TOUT OK de combler un mal-être par la dévalorisation d’autrui.
• NE PAS RENTRER DANS SON JEU EN REPRODUISANT SON COMPORTEMENT ET EN LE RABAISSANT À TON TOUR. Ça peut être un jeu dangereux qui aura sûrement tendance à envenimer la situation.
• QUITTER TON MEC. Ton mec ne t’entend pas ? Te dit que tu prends tout mal ? Que c’était de l’humour ? Il refuse d’entendre que ses propos sont rabaissants, bref, il est dans le déni ? Plus qu’une solution : quitter ton mec.
PARTAGE DES TÂCHES ET CHARGE MENTALE
« Un jour, je suis chez nous. Il y a pas mal de champignons au frigo qui risquent de se gâter. L. est dans la chambre, sur son ordinateur, à écouter de la musique et surfer sur Facebook. Je lui demande de m’aider à préparer et cuire les champignons. Il me dit « non ». J’explose intérieurement. Mon cerveau se met à boucler, j’ai du mal à respirer, je tourne dans l’appart comme une bête en cage. J’en veux à L. et j’en culpabilise en même temps. J’ai envie de me frapper. Je finis sous une douche tiède pour essayer de me calmer, en larmes et en panique. Il me dit que j’ai un problème, qu’il ne sait pas quoi faire pour moi. Il se prépare pour un rendez-vous amical pendant que je pleure encore, assise dans la baignoire. Je dois lui demander de rester, car j’ai peur de me faire du mal si je reste seule.
Pendant un moment, j’ai minimisé cet épisode. Je m’en suis attribuée l’entière responsabilité. Je disais aux gens, l’air sincèrement étonnée : « je ne sais pas ce qui m’est arrivé, tout ça pour des champignons, c’est fou quand même, non ? ». J’ai fini par l’oublier, le ranger dans un coin de mon cerveau. Et puis un jour, pour préparer cette brochure avec les meufs, on cause partage des tâches et charge mentale. Cet événement me revient en mémoire. Je me mets à le raconter. Je prends conscience de l’ampleur de la chose, de la violence intériorisée qu’exprime mon corps. Je pose le mot « crise d’angoisse » sans m’y attendre. Je me rends compte qu’il n’était pas question de champignons ici, mais d’un problème bien plus vaste.
Alors voici le contexte :
Je déborde de charge mentale. Mon cerveau est constamment en train de penser à ce qu’il y a à faire. Ça concerne la gestion de la vie quotidienne (ménage, petits travaux, paperasse, etc.) mais aussi mon taf, mes projets persos, mes relations sociales (« Ha, il faut que j’aille boire un verre avec Unetelle, que j’envoie une lettre à Untel »...).
J’ai vécu 2 ans et demi avec L. Il s’est rapidement avéré que les tâches ménagères n’étaient pas instinctivement bien réparties. Je faisais nettement plus la cuisine que lui, nettoyait plus souvent les sols et les surfaces, laissais moins longtemps la vaisselle s’entasser (la mienne, la nôtre, la sienne…).
L. avait bien conscience que j’en faisais plus. Il disait avoir moins d’exigences que moi en termes de propreté mais qu’il voyait bien que cela me tenait plus à coeur qu’à lui et qu’il était donc d’accord pour se caler sur mes besoins (quel bon prince). Il « suffisait » donc que je lui demande les choses pour qu’il les fasse.
Mais ce raisonnement et ce fonctionnement n’avaient rien d’apaisant car :
• Je passais pour la maniaque et l’exigeante (= culpabilité, peur de trop lui en demander).
• Il pouvait mettre 3 jours à faire quelque chose que je lui avais demandé.
• Il faisait certaines choses mal (j’ai découvert au bout d’un an et demi de vie commune qu’il ne rinçait pas la vaisselle par exemple).
• C’était à moi seule de trouver et d’établir les règles du « jeu ménager » (mais il fallait qu’elles lui conviennent).
• C’était à moi de les rappeler régulièrement car il les oubliait.
Résultat, je pensais à la fois à ce qu’il y avait à faire et à ce que je devais demander/rappeler à L. de faire. Je savais qu’en demandant, la tâche ne serait probablement pas faite (ou bien mal) quand j’en aurais besoin. C’était littéralement épuisant, crispant et insatisfaisant. Il me semblait finalement plus simple et moins fatigant de faire des choses en plus, sans demander.
J’ai essayé à de nombreuses reprises de mettre cette problématique sur la table. C’était toujours une épreuve. L. rechignait à en parler, se vexait et s’agaçait. Je proposais des outils d’organisation pour contourner ce problème de charge mentale mal répartie. Il les refusait tous : tableau des tâches, post-its « pense-bêtes »… À ce sujet, un jour, il m’avait dit : « Je ne veux pas que ma maison ressemble à une colonie de vacances ».
Parfois, il retournait le problème en me disant qu’il voyait bien que c’était inégal et que j’en souffrais, qu’il faisait tout ce qu’il pouvait (mais pas de tableau des tâches hein, ça non !) mais que ça ne suffisait pas (ce qui me renvoyait l’impression que j’étais trop exigeante) et qu’il en culpabilisait, qu’il se sentait à la fois nul et démuni. Je me mettais à redouter ces conversations et les évitais au maximum. J’accumulais alors de la rancoeur et de l’agacement et finissais par mettre ça sur la table de façon colérique, abrupte, accusatrice ou cynique -ce qu’il ne manquait pas de me reprocher par la suite.
L’épisode des champignons n’a été que la goutte de trop, le symbole de cet échec à trouver une solution ensemble, de cette violence d’une conversation bloquée et d’une situation qui n’allait presque que dans son sens. On a arrêté de vivre ensemble peu après ça. Mais la colère et la rancoeur ont mis bien plus de temps à s’atténuer. »
LA QUESTION DE LA RÉPARTITION ÉQUITABLE DES TÂCHES MÉNAGÈRES ET DE LA CHARGE MENTALE EST ÉMINEMMENT POLITIQUE ET RÉELLEMENT IMPORTANTE DANS LE QUOTIDIEN D’UN COUPLE.
Beaucoup de personnes et de couples minimisent ce sujet, en le mettant en perspective avec d’autres problématiques féministes plus « impressionnantes » : la violence conjugale, le consentement, etc.
Or, un refus de prendre en charge cette question peut accentuer les rapports de domination patriarcale, rabaisser l’estime de soi de la personne la plus en charge, créer du surmenage, bref, générer de la violence et de la souffrance.
La dédramatisation (voire le déni) de ce problème par la société et par beaucoup d’hommes empêche de nombreuses femmes de se sentir légitimes à s’élever contre cette inégalité. On nous renvoie quasi-systématiquement, comme L. l’a fait, à notre « maniaquerie », notre trop grande exigence, notre agressivité (comment ne pas l’être ?!)… On doutera de la pertinence d’un tel combat, on s’arrangera avec la réalité.
Alors, une bonne fois pour toute :
Nous avons le droit d’exiger une répartition équitable du temps de travail ménager.
Nous avons le droit d’exiger, par tous les moyens possibles, l’apprentissage de la charge mentale par les hommes.
QUELLES SOLUTIONS ?
La charge mentale n’est pas un processus cognitif inné. Il est lié à l’éducation genrée des enfants (où on demande aux petites filles d’être sages, organisées, réfléchies, à l’écoute d’autrui, là où on encourage les petits garçons à être téméraires, fonceurs, ambitieux, déterminés). Nous pensons donc que c’est une réelle difficulté pour la plupart des hommes de comprendre de quoi on parle, ou tout du moins de la place que cette charge mentale peut prendre dans nos vies de personnes socialisées femmes. Pour autant, cela reste un puissant facteur d’inégalités de genres qu’il faut tenter de court-circuiter par tous les moyens.
En prendre conscience (pour les hommes comme pour les femmes), se renseigner sur le sujet et en causer avec son partenaire est bien évidemment la première étape. Mais savoir qu’elle existe est loin de pouvoir soudainement la faire exister un peu plus chez les hommes et un peu moins chez nous.
C’est là que, selon nous, on peut utiliser des outils de substitution à la charge mentale et de meilleure répartition des tâches : tableaux d’organisation du ménage, pense-bête, alarmes sur les téléphones…
Le but étant d’extraire un petit bout de ce qu’il y a dans nos têtes (étendre le tapis de douche, payer le loyer le 5 du mois, racheter du PQ, etc.) et que les moyens mnémotechniques pour nos mecs ne soient plus nous, leur meuf, mais différents supports écrits ou numériques (qu’ils pourraient d’ailleurs être invités à enrichir et à créer eux-mêmes hein, histoire de ne pas nous rajouter ça non plus).
Pour résumer, ce qui est nécessaire ici c’est :
1 La prise de conscience du problème par ton mec : on sort du déni !
2 Une réelle volonté à travailler là-dessus : exit les excuses pourries !
3 Des moyens concrets mis en oeuvre pour y arriver : bonjour les outils !
LA PROBLÉMATIQUE DU « IL FAIT MAL / IL NE SAIT PAS FAIRE LE MÉNAGE » :
Si toi aussi, t’as un mec qui ne rince pas la vaisselle, laisse des traces d’eau dégueulasse sur les surfaces, étend super mal tes t-shirts (qui finissent donc par puer le mal-séché), tout d’abord… tu as tout notre soutien. Ça, c’est un combat difficile.
Bon, déjà, garde en tête que tu as appris ces choses (hé oui, grande nouvelle, faire le ménage, et le faire correctement, ça s’apprend, ce n’est pas dans nos gènes) et sans doute lui non, ou mal. Il ne se rend peut-être sincèrement pas compte qu’il le fait mal. Donc première étape, lui en causer, à tête apaisée : si t’es véner, il risque de se braquer. C’est nul mais c’est souvent ça. Dis-toi que ce n’est pas un problème personnel et qu’en effet, s’il n’a jamais appris (en théorie et/ou en pratique) à bien étendre le linge… bah il le fait mal quoi !
Là c’est le moment où tu choisis de lui expliquer comment faire ou tu l’invites à aller regarder un tuto sur YouTube (Tiens, celui-ci il est cadeau : « Comment étendre son linge » en 0:20 https://www.youtube.com/watch?v=UNe8AWnyORY )
Il faut aussi accepter de « lâcher un peu ». On apprend en pratiquant. Si tu fais toujours tout à la place de ton mec ou que tu repasses derrière lui tout le temps, il n’aura pas le temps de voir les trucs à ranger (Oui, ils mettent souvent plus de temps que nous. Oui, c’est chiant d’attendre par pédagogie - force et courage), ou il se dira que ça ne sert à rien de le faire, de toute façon, ce n’est jamais assez bien pour toi.
La clé dans tout ça, c’est que ton mec y mette de la réelle bonne volonté. Si c’est le cas, c’est cool, serre les dents un peu au début, ça devrait finir par payer !
Mais s’il y a déni, mauvaise foi, refus de communiquer… t’es mal barrée. Tu peux passer au paragraphe suivant.
ET SI LE DIALOGUE ET LES OUTILS, ÇA NE MARCHE PAS ?
Pas de bol, tu as, comme moi, un mec qui refuse que sa maison « ressemble à une colonie de vacances » ?
Plusieurs options s’offrent à toi :
• LE LAISSER PATAUGER DANS SON CACA.
Ne plus lui dire quoi faire. Ne plus rien nettoyer/ranger de ce qui lui appartient. Ne plus lui rappeler qu’il a rendez-vous chez le médecin, ou que vous dînez avec sa mère ce soir.
Cette stratégie est difficile. C’est une guerre qui s’engage et qui n’aura rien de pacifique. Et tu perdras probablement des batailles : il peut réellement avoir une tolérance à la crasse bien plus élevée que toi et ne pas voir (ou feinter de ne pas voir) la différence. Il se peut aussi que certaines stratégies te retombe dessus : si vous payez le loyer en commun, que tu attends qu’il s’en charge et qu’il oublie, cela risque d’avoir des conséquences sur votre relation avec le·la propriétaire, voire sur tes propres dépenses. Sois plus maligne que lui. À titre personnel, cette tactique nous semble bancale et peu prometteuse mais, soyons honnêtes, potentiellement jouissive.
• QUESTIONNER LA PERTINENCE DE LA VIE COMMUNE.
Parfois, on se bat contre une hydre dont les têtes repoussent sans cesse. Lorsque vous pensez avoir épuisé toutes les solutions possibles, la question de cesser de vivre ensemble peut se poser. Et, contrairement à ce que le schéma relationnel classique peut nous faire croire, il est possible de mettre un terme à un habitat et donc un quotidien commun sans mettre un terme à la relation. Attention, cette solution peut résoudre au quotidien le conflit de la répartition des tâches et de la charge mentale mais elle ne règle pas le problème en profondeur (sortie du déni, reconnaissance, etc.).
• LE QUITTER.
Oui, on peut quitter son mec parce qu’on en peut plus de faire sa vaisselle, de passer derrière lui pour étendre le tapis de douche, de retrouver toujours la table pleine de miettes. Parce qu’après tous nos efforts, son déni, sa victimisation, sa minimisation nous sortent par les yeux et les oreilles, et qu’on a envie de lui mettre la tête dans le four une bonne fois pour toute - histoire qu’il découvre enfin comment ça marche. Et s’il comprend bien qu’on peut se faire larguer parce qu’on ne fait pas assez la vaisselle et qu’on refuse d’utiliser un tableau des tâches, vous rendrez peut-être service à sa prochaine meuf, qui sait ?
ÉCOUTE ET SOUTIEN
« Je me souviens que ce qui m’avait frappé quand j’ai rencontré P. et qu’on a commencé à sortir ensemble, c’est qu’il ne me demandait jamais « quoi de neuf ? ». Quand on se retrouvait ou qu’on se parlait au téléphone, il me racontait ce qu’il avait fait depuis la dernière fois - parce que je lui demandais, ou spontanément. Il pouvait parfois passer du temps à me détailler des situations précises qu’il avait eu au boulot. J’écoutais, j’étais contente qu’il me partage tout ça. Mais, à l’inverse, il me demandait très rarement « Et toi ? ». Plusieurs fois, j’ai décidé d’attendre qu’il me le demande pour lui raconter ma journée à mon tour. Parfois, ça arrivait au bout d’un certain temps, quand un blanc s’installait car j’arrêtais de le relancer. On a eu comme ça quelques conversations téléphoniques gênantes où je me taisais délibérément pour qu’il soit obligé de me demander des nouvelles. Les silences pouvaient être longs, il meublait avec des « Mmh... voilà, voilà... ». Et parfois, ça n’arrivait jamais, il passait à autre chose, on embrayait sur un autre sujet, une autre activité.
Je suis sûre qu’il ne s’en rendait même pas compte. Ça me blessait.
J’ai essayé d’aborder le sujet avec lui quelques fois. Sa réaction était toujours la même, en substance : « Non, mais vas-y, raconte moi, ça m’intéresse. C’est juste que je n’ai pas le réflexe de demander. Faut pas te prendre la tête comme ça, juste raconte, ce n’est pas parce que je ne demande pas que je m’en fiche ».
Ce qui est intéressant, c’est que P., pour avoir fait l’expérience, n’était pas tellement dérouté par le fait que je ne lui pose pas de question sur sa journée. Il appliquait ce qu’il me conseillait : il me racontait spontanément. Le souci de savoir si j’étais disponible pour l’écouter, si cela m’intéressait, ne le traversait pas. Il ne comprenait donc sincèrement pas pourquoi j’avais besoin d’une question pour raconter.
Résultat des courses : je culpabilisais que cela me blesse, je me disais que j’exagérais, que ce n’était simplement pas sa façon de fonctionner. »
IMPORTANCE DE L’ÉCOUTE
En fait, cette petite attention qui ne paye pas de mine, cette curiosité pour ce que fait l’autre est primordiale. Ce n’est qu’une petite phrase « Alors, quoi de neuf ? », « Et toi, ta journée ? » qui a un fort pouvoir de lien et de confiance en soi. Elle nous conforte et nous rassure dans l’intérêt que nous porte l’autre. Ce n’est pas suffisant de dire « Mais vas-y, raconte spontanément » car montrer qu’on s’intéresse à l’autre ne réside pas qu’en l’écouter (bien que cela soit, bien évidemment, l’autre point central dans la démarche) mais aussi demander à l’écouter. C’est une perche primordiale pour nous sentir légitime à raconter, ne pas avoir l’impression d’agacer l’autre avec ses histoires.
De la même manière, si l’on s’intéresse vraiment au récit de l’autre, c’est important de le montrer par des signes non-verbaux ou de petits mots (« Ha oui ? », « ok »..), des relances, des demandes de précisions, etc.
Alors, qu’est-ce qu’on peut faire ? Voici une proposition en trois étapes et demie.
ÉTAPE 1 :
Mettre le sujet sur la table, car ce besoin de se sentir écouté·e est légitime.
ÉTAPE 2 :
Expliquer pourquoi on a besoin de cette attention - pour les raisons citées plus haut par exemple, ou pour d’autres. Il a compris ? Il applique ? Youpi !
SI TON MEC N’EN VOIT TOUJOURS PAS L’INTÉRÊT, ON PASSE À
L’ÉTAPE 3 :
Se poser la difficile question (à soi-même et/ou à lui) : « Est-ce qu’il s’intéresse vraiment à ce que je fais, à qui je suis » ?
• Si la réponse est « oui », alors reviens à l’étape 2. Et boucle autant que nécessaire. Enfin, pas à l’infini non plus. À un moment, si cela est vraiment important pour toi, il va falloir qu’il bouge son cul. Sinon, c’est que tu es en train de te faire entuber.
• Si la réponse est « non » ou « j’en sais rien », alors peut-être qu’il faut remettre les cartes à plat : Qu’est-ce qui vous plaît chez l’autre ? Pourquoi êtes-vous ensemble ? Est-ce que cette relation vous convient à tous les deux ?
Et si jamais tu te retrouves à l’étape « il ne veut rien entendre, c’est un boulet » : tu peux aller directement à la fin de cette brochure et quitter ton mec !
« Mon univers ne semblait pas l’intéresser outre mesure. Bien que je lui dise avec insistance que ça me ferait plaisir qu’il vienne me voir sur mon lieu de travail, j’ai dû batailler longtemps pour qu’il se décide à venir 2 fois, 5 minutes, pour repartir sceptique. Lui qui avait attendu avec impatience que je termine mes études et que j’entre dans le monde (merveilleux) du travail pour que l’on « soit enfin dans les mêmes réalités » ne voyait pas l’intérêt de s’intéresser à ce qui occupait mes journées.
Il n’a jamais vraiment accepté de partager des moments avec mes ami·es et les retrouvailles avec ma famille étaient une bonne occasion de faire une sieste.
J’ai eu jusqu’au bout le sentiment que quoi que je fasse ou dise, rien de ce qui me concernait n’était finalement intéressant à ses yeux. J’ai aussi eu l’impression que je demandais trop de soutien et d’encouragements et que donc, j’étais fragile d’avoir ce besoin.
Inutile de préciser que, de mon côté, je l’écoutais parler avec plaisir de son boulot pendant des heures, j’ai participé, testé, soutenu... J’ai passé des supers moments avec ses amis et sa famille.
J’ai essayé d’en parler, de dire que ça me blessait. J’ai même essayé de le blesser en retour (et je n’en suis pas fière) pour le faire réagir. J’ai tenté la technique de « mets-toi à ma place », en lui demandant comment il réagirait dans la même situation si je lui répondais ce qu’il me répondait. « Tu peux le faire, ça ne me dérange pas. Moi je m’en fous ». Cette phrase dédramatisait la situation et me faisait culpabiliser parce qu’elle me renvoyait l’idée que j’étais chiante à tout prendre à coeur. Elle permettait aussi de nier complètement ce que je ressentais, de mettre de côté mon avis, ma perception des choses, comme si mon sentiment était moins important que le sien. J’ai mis du temps à mettre des mots sur ce qui me dérangeait dans cette phrase, et j’ai surtout mis du temps à m’affirmer et à réussir à dire qu’il ne s’agissait pas de lui, mais de moi et qu’il était temps qu’il écoute, entende mon avis et qu’il le respecte. »
POSER LES LIMITES DES BESOINS DE SOUTIEN DE NOS MECS
« J’ai eu un amoureux à tendance dépressive. Il pouvait parfois se mettre à broyer du noir pendant de longues heures. Dans ces moments-là, je me rendais souvent disponible pour en causer avec lui. Je prenais le temps de comprendre ce qui avait déclenché ça, ce qu’il avait dans la tête, de quelles manières je pouvais le réconforter, le rassurer, l’encourager. C’était intense, long, épuisant. Je ressortais de ces discussions vidée et avec souvent un sentiment d’impuissance car les effets positifs de mes mots arrivaient toujours en décalage, jamais sur le moment.
Au bout d’un moment, ces échanges sont devenus de plus en plus fréquents, ça devenait difficile pour moi d’y répondre avec autant d’énergie et d’envie de l’aider. Je sentais qu’il fallait que je me protège de ce mal-être. Mais je culpabilisais de le laisser seul avec ses pensées sombres. Et lorsque j’arrivais à m’y tenir, sa seule présence dans le même appartement que moi dégageait tellement de négativité et de tristesse que je me sentais mal à l’aise.
Il se trouve que j’étais la seule à qui il se confiait réellement. J’endossais donc la responsabilité d’unique interlocuteur·ice pour l’écoute et le soutien moral. Je lui ai demandé de voir un psy (ou n’importe quel·le professionnel·le pouvant l’aider). J’avais besoin qu’une personne spécialisée prenne le relai (tout du moins en partie) sur ces discussions qui m’épuisaient moralement et physiquement. Mais j’avais aussi besoin de sentir qu’il avait, au mieux la volonté de s’en sortir, au moins celle de me protéger de sa souffrance.
Ça a été le parcours du combattant. Il n’était pas contre cette demande mais n’engageait aucune démarche dans ce sens. C’est finalement moi qui lui ai trouvé le contact d’une psy. Et à plusieurs reprises, j’ai failli prendre le rendez-vous à sa place. Mais j’ai résisté (en serrant les dents) car je me disais que j’en avais fait déjà beaucoup et qu’il fallait absolument que la démarche vienne de lui. »
NOUS NE SOMMES PAS LES INFIRMIÈRES OU LES PSYCHOLOGUES DE NOS MECS.
Se mettre en relation avec quelqu’un n’engage, à aucun moment, à être un substitut à une thérapie médicalisée. Bien sûr qu’on peut être un soutien moral important pour l’autre, mais à condition que cela soit toujours consenti et ne mette pas en danger notre propre santé psychologique et physique. Il est donc important d’apprendre à identifier puis poser ses limites quant aux demandes d’écoute et de soutien de nos partenaires et que l’autre les entende et les respecte. La culpabilité n’a pas sa place dans ce processus - mais nous savons que c’est plus facile à dire qu’à faire ! Toutefois, le garder en tête et se le répéter régulièrement peut aider.
Comme pour tout le reste, il faut prendre le temps d’en parler avec ton partenaire (plutôt dans des moments où il est « en forme ») et de chercher ensemble des solutions possibles : comment cadrer les moments où tu lui apportes aide et écoute ? Quels sont les autres espaces de soutien qu’il peut avoir ? Ami·es, famille, groupes de parole, professionnel·les...
IMPORTANT :
Quand nous parlons de professionnel·les, nous ne pensons pas qu’aux psy (-chologues, -chiatres, -chanalystes, -chotérapeutes, -kokwak...). Sache toutefois que ces différent·es professionnel·les ont des façons de fonctionner bien distinctes et qu’il peut être intéressant de se renseigner sur chacun·e d’entre elleux. Peut-être qu’une méthode sera plus inspirante qu’une autre pour ton partenaire.
Il existe aussi des médecines plus ou moins « alternatives » qui peuvent être de véritables espaces de remise en route, soutien psy, bien-être : énergéticien·nes, « coachs de vie », personnes formées
en écoute active, masseur·euses, etc... Il ne s’agit pas ici de tergiverser sur leur efficacité réelle ou leur effet placebo mais simplement de montrer qu’il existe un panel immense de professionnel·les pouvant aider les personnes en souffrance psychologique. _ L’important est de trouver une ou des méthodes qui nous conviennent et nous font du bien.
EN CAS DE DÉPRESSION RÉELLE (OU SUPPOSÉE) DE TON MEC :
Garde en tête que les personnes dépressives / en souffrance psy peuvent rencontrer des difficultés énormes à se lancer dans une démarche de soin. La plupart des maladies psychologiques affectant la volonté, il nous semble déplacé de leur en tenir rigueur (« allez, bouge toi, ça ne dépend que de toi » = bull-shit). Toutefois, et comme nous le disions plus haut, nous ne pouvons pas endosser à nous seules le soutien d’une personne en mal-être régulier ou en dépression - au risque de sombrer, à notre tour, dans des états de souffrance psychologique. La priorité est donc de se protéger soi-même. Cela peut passer par prendre de la distance avec l’autre, de cadrer dans l’espace et le temps les moments où vous vous rencontrez, voire, si vous vivez ensemble et que cela est possible, que l’un·e d’entre vous parte ailleurs quelque temps.
Enfin, si l’on juge qu’on a donné ce qu’on pouvait donner en terme de soin et/ou que nous ne sommes pas (ou plus) en mesure de répondre au besoin de soutien de cette personne, on peut choisir de mettre un terme à la relation. Pour se protéger soi-même. Pour protéger l’autre. C’est une décision difficile, qui peut sembler égoïste mais toi seule est en mesure de juger tes propres limites à ce niveau. Les dépasser trop longtemps et trop souvent, c’est s’oublier et se faire violence. Il n’en ressort jamais rien de bon.
LÉGITIMER NOS BESOINS DE SOUTIEN :
« L’exemple le plus frappant a été la fois où j’ai du faire euthanasier le chat de ma famille qui avait 14 ans. C’était douloureux et triste. Et quand je suis revenue à la maison, j’ai retrouvé mon mec qui dormait. J’avais besoin de réconfort. J’ai eu droit à un câlin pénible pour lui (c’était apparemment un effort), accompagné de la phrase suivante : « T’aimes bien être triste, toi ».
Je ne me souviens pas de ce que j’ai répondu, si j’ai répondu. Je suis partie avec le sentiment d’être bien seule.
Il y a aussi eu quelques moments où j’avais besoin de partager une baisse de moral. Ces moments-là se terminaient souvent en « dispute » car c’étaient des moments où j’avais besoin de soutien et de vider mon sac et où, la plupart du temps, la conversation se transformait en débat (qui pour moi n’avait pas lieu d’être et me dérangeait car je venais chercher du soutien et non pas un argumentaire sur qui a raison et qui a tort) ou une remise en question sur le pourquoi est-ce que je m’inquiétais tout le temps comme ça. La plupart du temps, on coupait court à la discussion et je repartais énervée, blessée et pas soulagée du tout. Au point que je lui disais ouvertement que je ne savais pas pourquoi je persistais à vouloir échanger avec lui sur ces sujets. Et finalement, j’ai arrêté de partager les moments où ça n’allait vraiment pas, par peur de ne pas recevoir ce dont j’avais besoin, par peur d’être déçue, par peur du jugement.
Ce sentiment de déséquilibre était particulièrement fort dans les soins. Quand mon « mec » était malade, il faisait l’enfant, se plaignait, chouinait et demandait à ce que je m’occupe de lui. Ce que je faisais. En tout cas les premières fois. J’anticipais même (fatal error) : je lui faisais des infusions, lui proposais de prendre des médocs, j’ai même appelé le médecin à sa place un jour, parce qu’il refusait de le faire alors que ça faisait 3 jours que ça n’allait pas et qu’il se plaignait que son état ne s’améliorait pas. Et quand c’est moi qui suis tombée malade (et ce n’est pas arrivé souvent), j’ai eu la surprise de voir que ce n’était pas réciproque. Fallait que je me débrouille. Zéro compassion. Zéro empathie. Zéro affection. »
« C’est mauvais de sentir son « mec » comme son enfant, mais comment abandonner un enfant ? Bah voilà tu comprends maintenant pourquoi je ne le quitte pas ? J’attends qu’il grandisse, qu’il soit prêt pour le faire de lui-même.
Et puis, un garçon, ça ne doit pas pleurer, ça ne doit pas être faible, ça ne doit pas avoir peur... Forcément s’ils grandissent comme ça, ils nient et après c’est à nous, les compagnes attentionnées, celles avec qui ils peuvent se lâcher, de faire descendre cette pression sociale (et parfois familiale) omniprésente. Voilà on prend tout sur le dos. Et parfois ils nient que ça va mal, « c’est de la fatigue c’est tout ». Et toi t’es là à faire l’infirmière avec quelqu’un qui sait moins que toi pourquoi ça ne va pas. »
Des histoires de meufs qui se sont épuisées à soutenir moralement et physiquement leur mec pendant des mois voire des années et qui, lorsqu’elles ont besoin de soutien à leur tour, se prennent un mur dans la figure, on en a à la pelle. Et sérieux, on en a marre. Vraiment marre.
Alors soyons claires : on l’a dit et redit, l’empathie et le « prendre soin », ça s’apprend. En tant que personne socialisée meuf, ça a commencé très tôt. Les mecs sont globalement très en retard sur la question. Voire complètement largués. Alors, c’est sûr, ça ne va pas arriver du jour au lendemain : on n’apprend pas la mécanique en une après-midi, la capacité à soutenir non plus. Mais si nos mecs commencent par entendre qu’il faut qu’ils travaillent là-dessus, c’est déjà bon signe. S’ils se mettent à chercher des moyens pour acquérir des réflexes de soin, c’est un sacré pas en avant. S’ils testent et appliquent différentes méthodes dans ce sens, le train est en marche, c’est parti !
LISTE (NON EXHAUSTIVE) DE TRUCS POSSIBLES POUR AIDER SON MEC À NOUS AIDER :
• Lui expliquer les signes physiques et psychologiques chez nous qui viennent traduire un mal-être.
• Lui dire ce qui nous fait du bien quand on va mal (et si on ne le sait pas soi-même, c’est le moment de se poser la question !).
• L’inviter à se renseigner sur l’internet mondial (YouTube et Wikihow1 sont nos amis !) ou auprès de ses ami·es.
• L’encourager à nous demander sincèrement et régulièrement « comment ça va » et de rester à l’écoute de la réponse…
EN RÉSUMÉ :
Si t’as un mec doué en soutien moral, trop cool pour toi.
Si t’as un mec pas doué en soutien moral mais qu’il a envie d’apprendre, trop cool pour toi (même si ça va te demander un peu de taf, soyons lucides !).
Si t’as un mec pas doué en soutien moral et qui ne veut rien entendre, casse-toi ! Vraiment. On vit dans un monde globalement de merde, si on ne trouve pas au moins du réconfort auprès des gens qu’on aime, c’est qu’il est temps d’aller chercher ailleurs.
Parce que OUI BORDEL, tu mérites du soutien et du réconfort
« PERVERS NARCISSIQUES » ET AUTRES MANIPULATEURS...
« La culpabilité s’est emparée de moi parce que je ne remplissais pas les attentes de mon mec.
Ce qui m’a enfermé dans ce sentiment, c’est qu’il me disait qu’il m’aimait mais que je le faisais souffrir. J’ai tenté de me racheter, de faire comme il voulait, de changer pour lui, pour arrêter sa souffrance. Ça a été les montagnes russes. Je voyais autant d’amour que de tristesse et de haine dans ses yeux. Essayer de regagner sa confiance. Le yo-yo de son humeur me remplissait de bonheur puis d’un coup de culpabilité et d’angoisse, d’avoir l’impression de tout détruire et de devoir tout reconstruire.
Je suis arrivée à des stades tels, que je ne pensais plus à : « est-ce que j’en ai envie » mais à : « est-ce que ça plairait à Z. que je fasse ça ou que j’aille là ? ». Pire même : « est-ce qu’il serait d’accord que je fasse ça ? ».
Là, on a passé un cap en effet, on a atteint une emprise certaine qui te ronge de la tête au bide. Ça n’est pas drôle, t’es à côté de ton corps. Tu te vois, la petite marionnette qui regarde son créateur. Ce n’est pas facile de s’en sortir.
C’est son envie de me posséder qui m’a noyée et la culpabilité qui me gardait la tête sous l’eau. »
Tu as sans doute déjà entendu ce terme dans la bouche de proches : « C’est un vrai pervers narcissique ! ». En nous documentant et en discutant avec d’autres sur cette brochure, le terme nous est revenu à plusieurs reprises. Est-ce qu’on faisait une brochure là-dessus ? Quelle est sa définition précise ? Comment savoir si on sort avec un·e pervers·se narcissique ?
Alors, non, on ne fait pas une brochure sur les pervers·ses narcissiques.
On a fait quelques recherches sur internet et auprès d’une amie psychologue et c’est un joyeux bordel (on t’invite à consulter la page wikipédia y correspondant, si tu veux le constater par toi-même). Le milieu psy ne s’accorde pas sur la définition de ce mot, voire remet en question son fondement scientifique. Ce qu’on en a retenu, c’est que la « perversion narcissique » est une expression floue et galvaudée, qu’elle n’existe pas en tant que diagnostic et n’a aucun fondement juridique.
Ce qu’elle vient mettre en lumière toutefois (et qui explique sans doute son détournement et sa popularisation), c’est l’existence de manipulations psychologiques extrêmes et répétées de la part d’individu·es, dans un but purement personnel (obtenir ce qu’on veut, soigner son ego au détriment de l’autre, etc.).
Ici, on ne te propose pas un guide pour identifier et gérer une relation avec un·e manipulateur·ice. Dans les différents chapitres, il y a des comportements décrits qui peuvent être de l’ordre de la manipulation psychologique, d’autres seulement selon les contextes et d’autres pas du tout. On n’a pas besoin que son mec soit un manipulateur en puissance pour le quitter. Par contre, si tu penses être dans une relation de manipulation, n’hésite pas à en parler autour de toi (proches et/ou professionnel·les) et à t’en protéger autant que possible.
Histoire de te donner une idée des comportements possibles de manipulation, Sophie Lambda dans sa BD Tant pis pour l’amour (Super, à lire !) présente une liste de 30 critères pour identifier un manipulateur, établis par la thérapeute Isabelle Nazare-Aga.
Cette liste est genrée au masculin. Société patriarcale et socialisation genrée aidant, il semble que ce soient majoritairement des hommes cisgenre qui correspondent à ce genre de comportements. Nous savons toutefois qu’ils n’ont pas l’exclusivité de ces pratiques. Nous avons néanmoins décidé de retranscrire la liste telle quelle.
Si tu reconnais la personne dans plus de 14 critères, tu as ou as eu probablement affaire à un·e manipulateur·ice.
1. Il culpabilise les autres, au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour…
2. Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, ne doivent pas changer d’avis, doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et aux questions.
3. Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins (courtoisie, humanisme, féminisme, anti-racisme, générosité, solidarité…).
4. Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il critique, dévalorise et juge.
5. Il peut être jaloux.
6. Il utilise les flatteries pour nous plaire, fait des cadeaux ou se met soudain aux petits soins pour nous.
7. Il joue un rôle de victime pour qu’on le plaigne (maladie exagérée, entourage « difficile », surcharge de travail…).
8. Il se démet de ses responsabilités en les reportant sur les autres.
9. Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et ses opinions.
10. Il répond très souvent de façon floue.
11. Il change carrément de sujet au cours d’une conversation.
12. Il évite ou s’échappe de conversations, entretiens, réunions.
13. Il fait passer ses messages par autrui ou par des intermédiaires.
14. Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses demandes.
15. Il prêche le faux pour savoir le vrai, ou il déforme, interprète.
16. Il ne supporte pas la critique et nie les évidences.
17. Il menace de façon déguisée ou fait un chantage ouvert.
18. Il sème la zizanie et crée la suspicion, divise pour mieux régner. Il peut provoquer la rupture d’un couple.
19. Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes et les situations.
20. Il ment.
21. Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire à sa supériorité.
22. Il est égocentrique.
23. Son discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes, ses actes ou son mode de vie répondent au schéma opposé.
24. Il utilise très souvent le dernier moment pour demander, ordonner ou faire agir autrui.
25. Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres.
26. Il ignore les demandes (même s’il dit s’en occuper).
27. Il produit un état de malaise ou un sentiment de non-liberté.
28. Il nous fait faire des choses que n’aurions probablement pas faites de notre plein gré.
29. Il est efficace pour atteindre ses propres buts mais au dépend d’autrui.
30. Il est constamment l’objet de discussions, même s’il n’est pas là.
ATTENTION : certains points, pris individuellement, peuvent n’avoir rien à voir avec des comportements de manipulation. C’est l’accumulation des critères qui vient tirer la sonnette d’alarme ici.
Saches que la thématique est bien plus développée dans la BD Tant pis pour l’amour de Sophie Lambda. Cet ouvrage est un témoignage fort et nous semble être un outil de prise de conscience et d’émancipation pertinent et accessible.
N’hésite pas à en parler à des proches, te faire aider par un·e professionnel·le, contacter le 119 pour avoir des conseils et bien sur quitter ton mec, si tu t’en sens capable dès maintenant.
Ici aussi, pas de culpabilité, on sait que réaliser la présence de comportements (très) craignos dans notre relation, c’est pas une étape facile du tout. Prends le temps qu’il te faudra et soit indulgente avec toi-même. Mais n’oublie pas que ta priorité, c’est de te protéger toi.
II /QUITTER SON MEC
POURQUOI QUITTER SON MEC ?
Pour répondre à cette question, nous vous proposons de nous poser une autre question (#philomagueule) :
POURQUOI EST-ON AVEC SON MEC ?
Si tu es avec ton mec parce que cela t’apporte sensiblement plus de plaisir et de bien-être que de difficultés, que tu trouves votre relation saine, respectueuse voire complice, alors c’est plutôt cool.
Si tu es avec ton mec parce qu’il est à l’écoute de tes besoins et de tes limites et que les compromis (présents dans TOUTES les relations humaines) sont assez bien répartis, c’est super chouette.
Si tu es avec ton mec parce qu’en plus de tout ça, il t’encourage dans tes projets, qu’il s’inquiète de ton état moral régulièrement, te soutient dans les moments durs et check régulièrement ton consentement lorsque vous êtes au lit, bingo meuf, sache que tu as trouvé une perle rare.
Pour nous, le minimum syndical à une relation humaine épanouie, c’est qu’elle nous apporte, la majeure partie du temps, plus de bien que de mal. Il peut arriver de traverser des périodes plus compliquées. Cela ne doit toutefois pas durer indéfiniment et il faut sentir que cela s’améliore grâce aux efforts fournis par tout le monde. Si tu te sens mal depuis longtemps dans ta relation et que tu ne vois pas d’amélioration concrète arriver malgré ton travail en ce sens, alors oui, il est sans doute temps d’envisager sérieusement de quitter ton mec.
Et puis des fois, on est bien (voire très bien), mais pour plein d’autres raisons qui nous appartiennent (ou qu’on n’arrive pas trop à expliquer), on n’a plus envie d’une relation amoureuse et/ou sexuelle avec cette personne. Et c’est ok. C’est la vie. Ça ne sert à rien de se forcer (à part accumuler mal-être et rancoeur).
Par contre, on a remarqué qu’entre nos expériences et les récits de nos copines, ON EST BEAUCOUP À AVOIR EU OU À AVOIR TOUJOURS DE SUPER MAUVAISES RAISONS DE RESTER AVEC SON MEC.
En voici un panorama non exhaustif, accompagné de quelques arguments succincts.
Il va souffrir / être triste / seul / isolé :
On ne doit pas sacrifier son bien-être pour celui de quelqu’un d’autre. Pelletées de sociologues, psycho-trucs, féministes (et nous-même) ont démontré depuis belle lurette qu’oublier ses besoins personnels pour ceux d’un autre est une super recette vers l’épuisement, la dépréciation de soi, voire la dépression…
On a peur qu’il déprime / se fasse du mal / fasse « une bêtise » :
En substance, c’est à peu-près la même réponse que le paragraphe précédent. Sauf que, lorsqu’on a peur que notre départ pousse notre partenaire à se faire du mal, c’est une autre paire de manches pour se sortir de là. Si jamais il y a des signes chez ton partenaire qui t’indiquent un comportement de ce genre possible de sa part, ou bien qu’il recourt au chantage au suicide (sous-entendu ou explicite), parles-en à des proches (les tiens et pourquoi pas les siens) dans un premier temps si cela te semble possible. Nous te conseillons très fortement de prendre contact avec un·e professionnel·le (médecin, psy, etc.) pour qu’iel te propose des solutions adaptées à ta situation. Dans tous les cas, sache que la solution saine ne sera jamais : « rester avec lui pour le protéger de lui-même ».
C’est bientôt son anniversaire :
Ton honnêteté est le plus beau cadeau que tu peux lui faire (haha, ok, c’est nul). Mais dis-toi que tu trouveras toujours une bonne excuse pour repousser ce moment pas fun.
On aime bien son chien / sa mère / ses ami·es :
Quitter son mec, cela inclut souvent de quitter d’autres êtres qu’on aime. Ce n’est pas drôle et on aimerait bien que ce soit différent mais cela nous semble important de l’accepter et de s’y préparer. On peut signifier à ces êtres qu’on souhaiterait garder contact (bon, soyons honnête, avec un chien, c’est plus compliqué) mais il appartient à ces personnes d’accepter ou non.
Ses / tes proches vont être déçu·es :
On ne vit pas une relation amoureuse et sexuelle pour les autres. Ce n’est pas leur bien-être profond qui est en jeu ici, c’est le tien.
On a des projets en communs en cours :
Les projets communs sont viables lorsqu’ils incluent des personnes qui s’entendent bien et ont envie de faire ça ensemble. Si tu ne te sens pas bien avec ton mec, votre projet commun sera foireux, quel qu’il soit.
On se dit qu’il va changer :
As-tu déjà essayé de discuter avec lui de ce qui ne te convient pas dans votre relation ? As-tu remarqué de nettes améliorations dans son comportement suite à ça ? Trouves-tu que votre histoire évolue dans le bon sens ? Si non, ça veut très probablement dire qu’il n’est pas prêt / capable de se remettre en question. Et quelqu’un qui ne se remet pas en question (ou seulement dans les mots, pas dans les actes) ne peut pas changer, car au fond, il n’en a probablement pas envie. Ne t’épuise pas à ce jeu là, il y a tellement d’autres choses chouettes et épanouissantes dans lesquelles mettre ton énergie.
On a peur d’être seule :
Oui, la solitude affective, ça peut être effrayant. Et dur. Et dans cette société pourrie où l’on n’a souvent de l’affection qu’avec notre partenaire romantico-sexuel, rompre avec notre mec, c’est aussi rompre avec nos besoins affectifs. Il n’y a pas de remède miracle mais, si c’est vraiment une souffrance pour toi, il y a des alternatives possibles : demander des câlins et de la tendresse à ses ami·es, retrouver ses vieilles peluches pour dormir avec (testé et approuvé), avoir une relation sexo-affective avec quelqu’un·e (sans forcément se relancer dans une histoire amoureuse et en étant claire avec l’autre sur ta disponibilité et tes besoins)…
On préfère attendre qu’il le fasse :
Oui, c’est dur de quitter quelqu’un. De passer potentiellement pour la méchante, la briseuse de coeur, la traîtresse. On se dit parfois que ce serait tellement plus simple si on se faisait quitter. La décision viendrait de lui et évacuerait donc la culpabilité d’être la cause de ses souffrances. Certaines d’entre nous ont déjà adopté cette stratégie. D’autres trouvent que ça pue.
Parce qu’on peut se faire bien plus de mal (à nous comme à l’autre) à attendre que ça vienne de lui : voir la relation se dégrader sans fin, le faire longtemps souffrir de nos crasses sans qu’il ne nous quitte, pousser la technique jusqu’à l’irrespect et l’humiliation… Nous, on imagine un mec faire ça et ça nous met vénères direct.
On a peur qu’il ne s’en remette pas financièrement (tunes, logement…) :
Quitter quelqu’un qui vit à nos dépens financièrement, on l’entend, c’est compliqué. Mais ce n’est pas pour autant une bonne raison pour rester avec lui. On peut évaluer s’il a des proches qui pourront l’aider après la rupture. On peut aussi, si cela nous aide à le quitter, chercher et lui transmettre des associations et services publics pouvant l’aider. Et tâcher, pour nos prochaines relations, de ne pas se retrouver dans une situation de dépendance financière similaire.
On est financièrement dépendante de lui :
Gros morceau ça aussi... Et pas de solution miracle. La dépendance de tunes, on le sait, c’est la galère. Fais le tour des ressources possibles autour de toi : proches qui pourraient t’aider pendant un temps, plan(s) pour du taf qui t’apporterait assez d’argent pour te casser, aides financières d’associations ou de services publics... Si tu n’as ni salaire, ni chômage mais que tu as plus de 25 ans, sache que tu as le droit au RSA par exemple. Ce n’est pas énorme (environ 500€ pour une personne seule) mais ça peut aider. Selon les régions et les villes, il existe des aides locales, et des services, des associations qui peuvent t’aiguiller sur toutes les aides possibles et t’accompagner dans ces démarches. N’hésite pas à aller faire un tour sur internet pour toper ces infos.
On a un / des enfant(s) avec lui :
Sur ce sujet, on préfère être honnête, on sèche un peu. Parce qu’on est 4 meufs sans enfants et qu’étant parties de nos vécus pour écrire cette brochure, la dimension de la parentalité en est quasi-absente (comme tu l’as peut-être déjà constaté, lecteur·ice parent). À ce sujet donc, on ne peut que te conseiller de :
1 te rapprocher d’associations pour « mères isolées » pour les conseils et le soutien moral (voire matériel parfois).
2 te rapprocher des services publics proposant des aides financières (CAF principalement).
ON SAIT QUE CE N’EST PAS FACILE DE QUITTER SON MEC, POUR PLEIN DE RAISONS.
ON NE VEUT PAS RENTRER DANS LE JEU TROP FRÉQUENT DE LA CULPABILISATION :
ÇA PRENDRA LE TEMPS QU’IL FAUDRA ET ÇA PASSERA PAR DES DOUTES, DES RATÉS, DES RETOURS EN ARRIÈRE ET DES MALADRESSES.
ON A TOUTES VÉCU ÇA ET ON LE REVIVRA TOUTES SANS DOUTE.
MAIS ATTENDRE QU’IL NOUS QUITTE, QUI PLUS EST EN ADOPTANT UN COMPORTEMENT PAS COOL, ÇA N’ABOUTIRA PROBABLEMENT QU’À UNE SOUFFRANCE SUPPLÉMENTAIRE ET UNE BAISSE DE L’ESTIME DE SOI.
YOU CAN DO IT !
COMMENT QUITTER SON MEC ?
QUELQUES PRÉCISIONS AVANT D’ENTRER DANS LE VIF DU SUJET
Ce chapitre est une synthèse de nos expériences personnelles, de nos discussions entre nous et avec d’autres ami·es et de nos recherches sur le sujet. Il n’a pas prétention à être exhaustif ou à donner LA méthode miracle pour quitter son mec vite fait, bien fait, sans souffrances ni galères. C’est rarement une partie de plaisir, et chaque relation a ses spécificités qu’il faut prendre en compte.
Ici, on parle de comment rompre avec son mec et s’en remettre, pas de se servir de la rupture ou du chantage à la rupture pour tenter de lui faire prendre conscience de son comportement. Même si on peut causer « rupture éventuelle » dans les discussions qu’on a avec lui, en faire un moyen de pression, régulier qui plus est, nous semble une mauvaise idée, et le meilleur moyen pour s’embourber dans une relation encore plus foireuse.
Au mieux, il changera son comportement un temps par peur de se faire larguer (et pas parce qu’il se rendra réellement compte qu’il fait du caca), au pire il comprendra que ce sont des menaces en l’air et ne te prendra pas au sérieux. Et le plus important : Lâcher la culpabilité.
Quitter son mec, c’est dur. Peut-être qu’il va se passer des semaines ou des mois, entre la lecture de ce chapitre, ta prise de décision et le moment où tu le feras. Et cela ne fait pas de toi une faible ou une lâche. Dans cette société patriarcale, capitaliste et froide, on a mille raisons complexes et légitimes de ne pas réussir à quitter son mec. Sois conciliante et bienveillante avec toi-même. N’épuise pas tes forces dans de la culpabilisation peu productive.
ÉTAPE 1 : PRÉVENIR ET S’ORGANISER
Prévenir ses proches
N’hésite pas à prévenir des personnes de confiance que tu vas quitter ton mec. Si tu le sais déjà, tu peux leur donner quelques informations supplémentaires : quand et où tu vas le faire, ce que tu penses avoir besoin après (une pyjama party entre potes, un week-end à la mer, être seule…).
Tu peux demander qu’une ou plusieurs personnes soient présentes pas loin du lieu de la rupture afin de pouvoir les retrouver rapidement, les appeler s’il y a un souci ou même se donner du courage en sachant que des gens qui t’aiment ne sont pas loin et veillent sur toi.
Savoir où aller (si tu vis avec lui ou que tu as besoin de changer d’air).
Anticiper les jours qui vont suivre : te trouver un endroit où dormir quelques jours ou semaines (famille, ami·es…).
Tu peux aussi te trouver un nouveau lieu où vivre avant de le quitter, si tu penses que tu as besoin de ça pour te donner la force de partir.
Anticiper la gestion des affaires personnelles.
Si tu appréhendes cette étape (qui se fait généralement après la rupture), tu peux t’en occuper en amont et récupérer tes affaires avant de lui annoncer que tu le quittes. Bien sûr, cela est nettement plus simple de faire ça discrètement quand vous ne vivez pas ensemble et que cela ne représente qu’un sac de fringues et d’affaires de toilettes. Si cela représente beaucoup d’affaires, tu peux demander à un·e ou plusieurs ami·es de t’aider à un moment où il n’est pas là.
ÉTAPE 2 : CHOISIR LE MOMENT
Parfois, la coupe – que dis-je, la piscine – est tellement pleine qu’il faut l’annoncer le plus vite possible. Et si c’est le cas, c’est qu’il était grand temps, alors fonce ! Ça peut toutefois être cool de se retrouver plus tard (si tu te le sens) pour officialiser la rupture à tête reposée. Les décisions prises sous la colère, la tristesse ou l’angoisse ne sont pas toujours de mauvaises décisions mais elles sont davantage entendues si elles sont réaffirmées dans un état plus serein.
Et parfois, on peut anticiper cela. Dans ce cas, l’important est de choisir un moment qui nous semble propice à l’annonce d’une telle nouvelle : une après-midi libre ? En soirée ? Il peut être pertinent d’éviter de l’annoncer juste avant que l’un·e de vous aille au travail ou en cours. Cela peut aussi être pratique de faire ça avant une période où vous pourrez facilement prendre du temps chacun·e de votre côté (avant un week-end ou des congés par exemple).
On parle toutefois d’une fourchette de quelques jours à une ou deux semaines maximum. Ne tombe pas dans une logique du genre « Oh bah non, c’est bientôt son anniv’ là. ». Garde en tête que ce n’est jamais le bon moment pour une rupture.
ÉTAPE 3 : CHOISIR LA MÉTHODE
On peut quitter son mec :
• en face à face,
• par courrier ou mail,
• par coup de fil,
• par l’intermédiaire de quelqu’un
• par texto (oui, tout à fait),
• par pigeon voyageur (c’est classe, mais c’est un sacré taf).
Nous, on pense que dans une relation saine où le dialogue et le respect sont là, rien ne vaut un bon face à face pour causer de tout ça. Mais parfois – trop souvent à notre goût – on se casse parce que la relation n’est pas ou plus saine du tout. Et dans ce cas, la priorité, c’est ta sécurité ! Alors oui, si on a peur d’annoncer en face à son mec qu’on le quitte, si on est tellement écoeurée qu’on ne veut plus jamais voir sa tête ou si ça a lieu sur un coup-de-tête de ras-le-bol, c’est OK de le quitter à distance, par texto, Messenger ou copaines.
Et il sera toujours temps, si finalement tu le sens, d’avoir un face-à-face un peu plus tard. Ou pas. C’est toi qui vois. Avant tout, protège toi.
ÉTAPE 4 : CHOISIR LE LIEU
Si l’option du face-à-face te semble la meilleure, le choix du lieu est important.
Comme pour le reste, il n’y a que toi qui peux juger du meilleur endroit où faire ça. Aies en tête que chaque lieu à ses avantages et ses inconvénients.
Tu peux préférer que ça se passe chez toi parce que tu es en terrain connu, que tu préfères que vous soyez seuls et que vous ayez tout votre temps pour discuter. Mais c’est aussi un coup à ce qu’il ne parte pas au moment où tu voudrais clore la discussion et être tranquille.
Tu peux aussi faire ça chez lui, pour les avantages cités plus hauts et parce que tu peux partir quand TU le souhaites. Mais tu seras dans son espace, et cela est loin d’être neutre et facilitant pour une discussion de la sorte.
Si vous vivez ensemble, tu peux choisir de lui annoncer chez vous. Tu pourras partir dormir ailleurs. Mais encore plus que les deux options précédentes, c’est un lieu chargé émotionnellement, puisque témoin matériel de votre histoire.
Enfin, tu peux choisir de lui annoncer dans un endroit public : café, parc, place publique, etc. Ce sera moins intime mais si tu appréhendes sa réaction, tu seras plus en sécurité dans un endroit passant que dans un espace privé. Cela facilitera aussi le départ de l’un ou de l’autre. Et, à moins que tu tiennes absolument à faire ça dans le café où vous vous êtes rencontrés – mais c’est un peu mélo, tu ne trouves pas ? - ce sera un endroit neutre, bien moins chargé émotionnellement que là où vous vivez. Cela peut donc faciliter et l’annonce et la discussion qui suivra.
ÉTAPE 5 : CHOISIR LES MOTS
Il nous semble pertinent de préparer ce qu’on va dire à son mec, les mots qu’on veut utiliser et ceux qu’on veut éviter, la façon dont on veut amener le sujet, etc… On peut aussi anticiper quelques réponses / réactions possibles de l’autre.
Ce genre de préparation aide à maintenir le cap pendant une discussion de rupture qui brasse beaucoup émotionnellement et entraîne la confusion. On peut faire ça devant notre miroir, avec un·e ami·e ou même écrire, si on est plus à l’aise avec ça.
Garde toutefois en tête que malgré la meilleure préparation possible, tout ne se passera pas comme prévu. Il y a plein de facteurs qui ne dépendent pas de toi et le principal d’entre eux est qu’une rupture inclus au moins deux personnes.
ÉTAPE 6 : GÉRER LA DISCUSSION
Sois aussi claire que possible pour éviter les ambiguïtés (qui pourraient donner de faux espoirs à ton mec). Même si tu n’es pas totalement opposée à l’idée que la relation reprenne un jour, évite de le dire au moment où tu le quittes. Tu pourrais lâcher ça sous le coup de l’émotion et de la tristesse, et le regretter ensuite.
Ne tourne pas autour du pot et va vite au but : « Je veux qu’on se sépare ».
Garde le cap, même si des doutes te prennent soudainement ! C’est normal, c’est rarement un moment agréable.
Essaye, autant que possible, de ne pas te laisser submerger par les émotions : respire un coup, prends le temps pour dire ce que tu as à dire, accueille les réactions de ton mec avec bienveillance (sauf s’il devient violent, là, tu te casses et tu te mets en sécurité) et avec du recul (il est sans doute surpris, triste, en colère, etc.). Donnez-vous le temps de comprendre ce que vous ressentez.
Tu n’es pas obligée d’être honnête sur toute la ligne (pourquoi tu le quittes, si tu as rencontré quelqu’un d’autre, etc.) si tu ne le sens pas ou que tu as peur de la réaction de ton partenaire. Quand ça te semble possible ou souhaitable, tu peux le faire. Ça peut notamment aider l’autre à faire le deuil de votre relation. Mais rien ne t’oblige de justifier à ta décision.
QUELQUES VIGILANCES SUR SA RÉACTION :
Une fois que tu lui as annoncé la rupture, tu peux le laisser parler, écouter ses ressentis (si cela reste respectueux) et vous pouvez discuter plus en détails de certains points. Mais si cela tourne :
• aux tentatives de te « récupérer » : « J’ai compris maintenant, je vais changer »,
• au chantage affectif et/ou à la culpabilisation : « Tu es la meilleure chose qui est arrivée dans ma vie, tu ne peux pas me faire ça... », « Tu voudrais renoncer à tout ce qu’on a construit ensemble ? », « Tu es égoïste », etc. :
Alors cela nous semble assez inutile de poursuivre ou d’argumenter. Il refuse d’entendre la décision que tu as prise. Cela viendra peut-être plus tard.
En cas de chantage à la dépression, à l’auto-violence et/ou au suicide :
(il sous-entend - ou explicite très clairement - qu’il pourrait « faire une bêtise » si tu pars, que sans toi, sa vie « n’en vaut plus la peine », etc. ) :
Cette méthode est très pernicieuse : on ne peut pas savoir à quel point la personne en face est sincère ou souhaite nous effrayer. Mais le résultat est le même : nous forcer à ne pas le quitter pour son « bien-être mental ». Nous entendons très bien que cette menace est effrayante et potentiellement très efficace. Toutefois, une relation est malsaine si elle ne continue d’exister qu’à cause de notre peur que l’autre se fasse du mal en cas de rupture.
• Tu peux te rassurer en prévenant ses proches que tu vas ou l’as quitté.
• S’il a déjà réussi à te convaincre de rester avec lui par ces méthodes, nous réitérons l’importance de préparer l’entrevue et de prévenir des ami·es autour de toi en amont.
EN CAS DE VIOLENCES :
S’il commence à être violent – verbalement, physiquement -, pars (ou, si cela n’est pas possible, demande de l’aide autour de toi ou par téléphone). Il n’y pas de discussion constructive possible sous la violence. N’hésite pas à appeler / retrouver rapidement un·e ami·e et lui raconter ce qu’il s’est passé.
ÉTAPE 7 : GÉRER L’APRÈS-RUPTURE
Ses affaires :
Si tu as besoin de couper les ponts pendant un temps (ou pour toujours) avec ton mec, tu peux te « débarrasser » de ses affaires rapidement. Cela permet d’éviter qu’il utilise cela comme prétexte pour te revoir. Les solutions les plus simples sont de lui rendre au moment de la rupture ou de les mettre chez quelqu’un·e d’autre : un·e ami·e proche de lui ou quelqu’un·e de ton entourage ok pour s’occuper de ça. Si vous vivez ensemble et que c’est lui qui s’en va, tu peux lui donner un créneau où tu ne seras pas là.
Les espaces communs (bars, loisirs, engagement commun, etc.) :
Vous pouvez en causer tous les deux et négocier ça : est-ce que c’est ok de se croiser ? Qu’est-ce qu’on fait si ça arrive ? Et si ce n’est pas ok, comment évite-t-on cela ?
Mais peut-être que vous n’allez pas être d’accord, qu’il ne voudra pas négocier ça ou ne respectera pas les accords. À ça, pas de solution miracle…
• Préviens tes potes qu’il y a des lieux où tu risques de ne pas vouloir aller, ou de vérifier s’il est là avant.
• Tu peux aussi en profiter pour découvrir et investir d’autres espaces collectifs.
Les ami·es en commun :
Pas toujours simple de gérer les ami·es commun·es, surtout quand tu ne veux plus croiser ton ex.
• Tu peux dire à vos ami·es en commun ce dont tu as besoin vis à vis de ton ex : par exemple qu’ils te préviennent s’il est aussi invité à un événement, qu’ils ne parlent pas de lui devant toi, etc.
• Les gens réagissent parfois de manière inattendue aux ruptures autour d’eux : prépare-toi à l’éventualité de perdre certain·es ami·es commun·es ou de ne plus pouvoir fréquenter des ami·es de ton ex que tu appréciais.
• Cela peut aussi être l’occasion de construire des relations amicales avec de nouvelles personnes et/ou de prendre soin de certaines amitiés (que nos relations de couple ont parfois tendance à éloigner).
La famille :
• De ton mec :Très souvent (mais pas toujours !), quand on quitte son mec, on « quitte » la famille de son mec. Parfois, on en est contente et parfois non. Mais garde en tête que tu ne leur dois rien, rien du tout. Ça peut arriver qu’iels se mêlent de ta décision de rupture, tentent de t’en dissuader, etc. Ce n’est pas cool. Si c’est le cas, protège-toi de ce genre de comportements en évitant les contacts, au moins un temps.
• La tienne :Ta famille, parfois, c’est du méga soutien trop cool et parfois, y’a mamie Ginette, tonton Gérard voire Papa / Maman qui vont s’inquiéter que tu sois célibataire, te dire qu’iels le trouvaient mignon quand même, etc. On n’est pas obligé d’en parler à sa famille tout de suite (ou de lui annoncer officiellement et solennellement). Ça, c’est toi qui vois.
Se remettre avec quelqu’un ?
On a plein de raisons de se remettre rapidement en couple (ou en relation affective / sexuelle) après une rupture et c’est certainement pas nous qui allons te faire culpabiliser pour ça.
C’est aussi une chouette façon de remonter la pente, de penser à autre chose, de reprendre confiance, d’avoir des moments privilégiés / de qualité avec quelqu’un d’autre, d’avoir du réconfort affectif, etc.
Juste, petits points de vigilance :
C’est cool d’être honnête avec cette personne sur ta situation amoureuse et tes besoins actuels - ou ta totale confusion. Dire qu’on est perdu et qu’on ne sait pas ce qu’on veut, c’est aussi de l’honnêteté.
C’est cool de se demander pourquoi on se remet aussi rapidement avec quelqu’un : est-ce que cette nouvelle personne te fait du bien ? Par exemple, si cela est lié à une peur de la solitude au point de préférer être « mal accompagnée » que seule, ça peut être l’occasion de se confronter à cette difficulté, d’en questionner les origines, voire de la surmonter un peu ou beaucoup.
C’est cool de prendre du recul et d’analyser ce qui n’a pas fonctionné dans la relation précédente : Est-ce que ça s’était déjà produit dans d’autres relations ? Est-ce que tu es attirée par des profil-types de mecs ? Pourquoi ? Qu’est ce que tu peux faire pour ne pas retomber dans une situation similaire ?
Il y a plein de moyens de réfléchir à toutes ces questions : en regardant son plafond, en lisant des livres, en écoutant des podcasts, en regardant des films (on t’a mis une super liste à la fin !), en en discutant avec des personnes de confiances ou des inconnu·es qui ont des vécus similaires... On peut aussi faire appel à des associations ou des professionnel·les qui travaillent sur ces questions-là.
Affronter le vide
Quitter son mec, surtout si l’on est en couple depuis longtemps et/ou installé ensemble, ça peut laisser un vide affectif, mais aussi un vide de planning et d’espace. Soudain, nos soirées et nos week-ends se libèrent plus ou moins. Que faire de tout ce temps ?
Eh ben, ce que TU veux ! Ça peut être l’occasion de découvrir de nouvelles activités (tricot, jardinage, mécanique poids-lourds, peinture sur cailloux…), de nouveaux réseaux associatifs et/ou de nouvelles personnes. On peut dédier davantage de notre temps à nos ami·es ou à nos passions. Mais on peut aussi avoir envie de plonger dans ce vide sans le combler. De ralentir son rythme de vie, d’observer son plafond pendant de longs moments, de regarder – voire apprivoiser – sa solitude…
Il n’y a pas de bonnes recettes pour l’après-rupture. L’important est de trouver quelque chose que te convienne et te fasse du bien.
Et vous deux ?
Il y a des ruptures amoureuses qui laissent tout de suite la place à une relation amicale, d’autres qui entraînent une période de « pause » ou de flou sur les envies et les besoins de l’un·e et de l’autre. Une amitié peut revenir plus tard. Et il y a aussi des ruptures qui sont totales : plus de contact, plus aucune interaction. Pour toujours ou pour un temps.
Ce qui est important, c’est d’exprimer clairement ses envies et ses besoins (quand on les connaît) mais d’entendre aussi ceux de l’autre. Si tu souhaites garder un contact voire une relation amicale tout de suite mais que ton ex-copain a besoin de couper les ponts pour l’instant, il faut respecter cette demande. Même si cela rend la rupture beaucoup plus douloureuse pour toi.
Si c’est toi qui a besoin d’une rupture franche mais que ton ex ne l’entend pas, tu peux te référer à la page suivante.
EN CAS DE HARCÈLEMENT POST-RUPTURE
Si, malgré ta demande explicite (et parfois répétée) de réduire / couper le contact pendant un temps, ton ancien mec t’inonde de messages, d’appels, de sollicitations sur les réseaux sociaux, essaye de s’approcher de toi à travers tes ami·es, fréquente assidûment les lieux où tu as l’habitude d’aller, passe chez toi ou à ton travail sans prévenir, etc, saches que tu es victime de harcèlement.
Ce harcèlement peut parfois être très frontal (« Tu me manques », « Je t’aime trop », « J’ai besoin qu’on se voit », « Réponds stp », jusqu’aux insultes, menaces…), plus pernicieux (il saisit n’importe quel prétexte pour te voir et/ou te parler, il feigne la surprise lorsque tu le croises dans un lieu où tu vas souvent et pas lui, etc.) ou varie selon les moments. Dans tous les cas, s’il continue d’essayer d’entrer en contact avec toi malgré ton refus explicite, c’est qu’il outrepasse ton consentement et se trouve en posture de harcèlement.
VOICI QUELQUES TIPS POUR ESSAYER DE T’EN PROTÉGER :
Sur internet, la grande majorité des réseaux sociaux ont une option dans les paramètres pour bloquer certains contacts (et parfois décider du « degré »de blocage : ne plus voir ses actualités, ne plus pouvoir entrer en contact, etc.).
Certains téléphones portables permettent aussi de bloquer un contact téléphonique ou mail : ses appels et messages ne te seront ainsi plus envoyés.
Tu peux prévenir tes ami·es/ta famille/tes proches afin de recevoir du soutien mais aussi pour t’aider à te protéger et trouver des solutions (hébergement temporaire par exemple, accompagnement sur certains lieu, accompagnement dans des démarches spécifiques, etc.)
Tu peux aussi en parler avec des professionnels (psychologue, médecin, etc.) qui pourront t’apporter de l’aide ou au moins du soutien moral.
Sache que le harcèlement est puni par la loi, quelque soit sa forme. Tu peux donc porter plainte si tu le souhaites. Pense pour cela à garder le maximum de preuves de harcèlement si tu en as : courriers, appels, sms, témoignages, etc.
Tu peux te référer aux différents sites du Service Public. Sur la page « Que faire en cas de Harcèlement », tu trouveras par exemple des recours, des explications sur ce que prévois la loi, etc. Tu pourras également trouver de l’aide sur les types de harcèlement spécifiques : téléphonique, sur internet, etc.
Enfin, des associations existent pour écouter et accompagner les victimes. Tu peux par exemple appeler le 3919 « Violence Femme Info », qui est le numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences et qui s’occupe aussi des problématiques de harcèlement post-rupture.
ATTENTION, tu peux être victime de violences après la rupture aussi. Les violences conjugales concernent également les personnes qui ne sont plus en couple. Si c’est ton cas, nous t’invitons à (re)lire l’encadré sur les violences conjugales dans l’introduction de cette brochure.
COMMENT PARLER À UN·E AMI·E / FAMILLE QUI VIT UNE RELATION TOXIQUE / POURRIE ?
ATTENTION :
cette liste propose des suggestions/idées pour aider un·e proche. Elles ne sont pas une vérité absolue et doivent être adaptées à chacun·e.
ÉTAPE 1 : REPÉRER LES SIGNES
Avant toute chose, et si la personne ne vient pas t’en parler d’elle-même, il est possible de réussir à identifier des indices concrets. Qu’est-ce qu’on voit chez la personne et qu’est-ce qu’on voit chez son mec qui pourrait être significatif d’une situation puante, ou d’un mal-être ?
Exemples :
• Si la personne s’isole. Tu la vois moins, elle sort moins, tu as du mal à la voir sans son mec.
• Si tu assistes à une dispute ou si des disputes se produisent en public. Ce genre de situation peut être une bonne perche pour aborder le sujet avec la personne.
• La prise de paroles entre chacun·e quand vous êtes en groupe. Est-ce que cette personne est plus effacée que d’habitude ? Ça marche également avec le comportement de la personne : si elle est moins joviale, moins énergique, moins agréable. La source de son mal-être peut être tout autre mais dans tous les cas, ça vaut le coup de s’en inquiéter.
• Son mec est possessif : jalousie explicite et disproportionnée envers d’autres mecs ou envers des ami·es
• Son mec lui coupe la parole et ne la laisse pas parler.
• S’ils vivent ensemble, il ne participe pas aux tâches quand tu es invitée chez eux par exemple.
• Son mec la rabaisse, l’humilie, se moque d’elle.
Par ailleurs, certains signes extrêmes peuvent être vraiment alarmants : perte ou prise de poids rapide et forte, abus répétés d’alcool, drogues, cigarettes (début d’une addiction), dissimulation de traces physiques (par du maquillage, des vêtements)...
ÉTAPE 2 : ABORDER LE SUJET
Si la personne dit que c’est compliqué/ tendu dans sa relation, c’est probablement un premier pas. C’est sûrement qu’elle a besoin d’en parler et qu’elle est prête à le faire.
Créer un espace de sécurité et d’écoute pour la personne :
« est-ce que ça te va de discuter de ça maintenant ? » « Je suis prête à t’écouter si tu as besoin, sans jugement ». Il ne faut pas forcer la discussion MAIS montrer qu’on a compris et qu’on se rend compte que la relation ne se passe pas toujours bien. Cela permet d’enclencher le processus, et de laisser la personne décider si elle souhaite en parler ou non. Le plus important, c’est de lui montrer que c’est possible si elle le souhaite.
Exprimer son ressenti et donner son avis avec l’accord de la personne et en prenant soin de choisir ses mots, de ne pas la culpabiliser. Parfois, on raconte des choses pas cool qui se passe dans sa relation mais on est encore très attachée à l’autre et cela peut être difficile d’entendre un point de vue extérieur et des critiques trop frontales à son égard. Néanmoins, on pense que c’est important, en tant que proche, de mettre des mots sur des comportements ou situations problématiques. Si tu te sens que tu vexes ou que tu blesses ton ami·es, n’insiste pas : tes paroles auront peut-être un impact plus tard et tu pourras toujours réaborder le sujet d’autres manières et en d’autres temps.
Accepter que la personne ne soit pas prête à faire bouger les choses car cela demande du temps et de l’énergie. Il faut mettre sa frustration de côté et accompagner la personne dans la démarche sans forcer les choses. Tu peux lui dire que tu seras là quand elle sera prête et lui laisser le temps. Fais attention à ne surtout pas culpabiliser la personne car cela ne fera pas évoluer la situation, voire la détériorera. N’oublie pas que vous êtes deux personnes différentes et que vous avez des réactions différentes.
Lui parler de cette brochure (ou d’autres ouvrages qui te semble pertinents), lui montrer, lui prêter, lui dire que cette brochure est à sa disposition chez vous si elle ne se sent pas de la prendre chez elle.
La croire. Autant sur les faits que sur ce qu’elle ressent.
« Quand j’étais avec mon mec, ça faisait un petit bout de temps que ça n’allait pas. De plus en plus de situations désagréables voire toxiques s’accumulaient. J’en parlais beaucoup avec certains de mes proches parce que j’avais besoin d’évacuer mais je n’étais pas prête à agir. Mes proches ont été adorables, bienveillants, patients. Ils ne m’ont pas jugée ni bousculée pour me dire que ce que je vivais n’était pas normal. Ils m’ont écoutée, ont trouvé des chemins détournés pour me dire que cette situation ne pouvait pas durer indéfiniment sans jamais rien presser. C’est grâce à ça que j’ai pu prendre conscience de ce qui ne me convenait pas, pourquoi ça ne me convenait pas et déculpabiliser . »
Si tu es aussi ami·e avec le mec en question, il vaut peut-être mieux éviter le sujet avec lui directement, sauf si c’est une demande explicite de la personne en souffrance et que tu es d’accord.
Et parfois, aider c’est aussi ne rien faire. Il appartient à la personne concernée de prendre ses propres décisions. Tu peux lui proposer toute ton aide mais il lui appartient de la saisir ou non. D’autres moyens peuvent être trouvés alors pour accompagner la démarche et la prise de conscience.
ÉTAPE 3 : ÊTRE UNE ALLIÉE DE RUPTURE
Être une alliée de rupture, cela peut s’envisager avant, pendant, après la rupture. Tu peux apporter ton aide de multiples façons. À toi de mettre en place ce qui convient le mieux à la personne que tu souhaites soutenir, tout en restant à l’aise également. Là encore, de nombreuses actions sont possibles. En voici une liste non exhaustive :
• Proposer à la personne des sorties, des moments sans son mec (aller boire un verre, etc.).
• Proposer ouvertement son aide à la personne : « Je suis dispo si besoin ». « De quoi as-tu besoin ? ».
• L’aider à récupérer ses affaires, l’accompagner chez son mec, avant ou après la rupture.
• Lui proposer de l’héberger et/ou lui proposer de garder ses affaires.
• Lui faire rencontrer d’autres gens, lui proposer d’autres activités.
• Légitimer la personne dans son ressenti et dans son choix : c’est OK de décider de rompre quelles qu’en soient les raisons et la façon dont elle veut rompre.
• Déculpabiliser, soutenir : dire à la personne qu’elle a le droit de ne pas avoir envie de rompre en face (et donc de le faire par écrit, par téléphone, etc) car la sécurité (physique et psychologique) est prioritaire.
• Pendant la rupture : être disponible physiquement et/ou psychologiquement. Ne pas être loin au moment de la rupture pour intervenir si ça ne se passe pas bien, pour accompagner la personne juste après ou être disponible mentalement par téléphone par exemple.
• Lui demander si elle souhaite qu’il y ait une autre personne ressource, pour ne pas rester seule. Dans l’idéal, il est préférable d’être plusieurs au courant pour pouvoir accompagner la personne.
Mais avant tout, prendre soin de soi !
Oui, toi, ami·e qui es là en soutien, n’oublie pas : tu fais ce que tu peux, tu n’as pas la main sur tout ce qui se passe/passera. Ton aide est précieuse mais tout ne va peut-être pas se dérouler comme prévu. Et ce n’est pas grave. Le principal est de montrer à l’autre que tu es disponible pour l’aider si elle en a besoin.
Conclusion :
Ça fait quatre ans que ce projet est en cours, qu’il nous tient à coeur et aux tripes : sessions de travail en commun, réflexion personnelle et en groupe, écriture, lectures, soutien, et partage d’expériences de vie. le tout en poursuivant chacune nos bonhommes de chemin. et sans mentir, ça nous a pas mal bousculées !
Tout d’abord, ça nous a fait réfléchir sur nos propres relations (#balayedevanttaporte) : certaines d’entre-nous se sont rendu compte que leur relation était gangrénée par nombre des situations décrites plus tôt, que les tentatives pour y remédier n’apporterai pas le soulagement espéré et que la seule solution qu’il restait constituait le titre de cette brochure. Pour d’autres, ce projet a été l’occasion de faire un point, de voir le positif, de se questionner et chercher des solutions pour repartir sur des bases plus saines. Certaines relations se sont arrêtées, d’autres ont évolué. Dans tous les cas, écrire cette brochure a eu un effet libérateur sur nous. On a pu extérioriser nos vécus, verbaliser le malaise, la gêne, la tristesse, lâcher la colère, faire des blagues misandre, s’encourager et se soutenir, s’envoyer plein d’amour, bref, ça nous a fait beaucoup de bien.
Alors oui, là comme ça, après lecture, tout ça peut paraître un peu démoralisant. Ça ne donne pas tellement une chouette image des relations de couple avec des mecs. Et cette société pourrie (#PatriarcatcCestPourToi) qui créé, facilite et même valorise ce genre de déséquilibres, c’est désespérant. Le combat est quotidien, épuisant et les choses bougent très lentement.
Mais nous, on pense qu’il y a quand même plein d’espoirs et de belles choses possibles. Que des relations saines et chouettes peuvent exister malgré les embûches et les formatages sociaux. Car nous sommes des êtres complexes, doués de parole et d’analyse et que nos comportements genrés ne sont pas irrémédiables. Aussi parce que des relations vraiment cools avec des mecs, on en a vu et on en a vécu : c’est pas toujours parfait, c’est pas toujours simple, parfois, ça coince, ça grince, ça agace mais aussi ça cause, ça s’écoute, ça se questionne, ça reconnaît ses erreurs, ça fait des compromis. Ça s’aime et ça se respecte.
Mais surtout, notre espoir le plus fort, il est en toi. En nous. En toutes les meufs du monde qui galèrent et qui se battent comme elles peuvent pour une société plus juste et pour des relations moins dégueux. En toutes les meufs qui s’épaulent, se soutiennent, se rassurent, s’aident à avancer ou à se relever. En toutes les meufs qui s’écoutent, s’estiment et s’encouragent. La solidarité est notre meilleure arme contre les boulets.
ALORS, QUE TU AIES DÉCIDÉ DE QUITTER TON MEC OU DE TENTER D’AMÉLIORER VOTRE RELATION, QUE TU TROUVES ÇA TROP DUR POUR LE MOMENT OU QUE TU AIES DÉJÀ UN PLAN PARFAITEMENT DÉTAILLÉ POUR Y ARRIVER, N’OUBLIE PAS : TU N’ES PAS SEUL·E. IL Y A DES AMI·ES, DE LA FAMILLE, PLEIN DE GROUPES DE SOUTIEN EN LIGNE, DES PROFESSIONNEL·LES SOCIAUX ET DES INCONNU·ES QUI ÉCRIVENT DES BROCHURES ET QUI CROIENT EN TOI.
Remerciements
Tout un tas de jolies personnes se sont investies pour que cette brochure existe, et ça nous tenait à coeur de les remercier ici.
Tout d’abord, merci à toutes celles qui ont bien voulu témoigner et partager avec nous leurs expériences. Merci pour votre confiance. On sait que déballer votre sac et accepter de vous replonger dans des histoires douloureuses n’a pas toujours été simple. Affronter la réalité de certaines situations nauséabondes non plus. Vos témoignages précieux nous ont donné matière à réfléchir et d’autant plus convaincues de l’importance de cette brochure.
Merci à celleux qui ont suivi ce projet et son évolution de près et qui nous ont encouragées. Merci à tous·tes les colocs qui nous ont accueillies, nourries, logées à l’occasion de résidences d’écritures et de réflexion.
Merci à toutes les personnes qui ont participé au financement participatif pour que cette brochure voie le jour.
Un gros merci à nos relectrices pour l’énorme travail qu’elles ont fait : correction pointilleuse, propositions de modifications ou commentaires généraux, vous avez grandement participé à la superbe de cette brochure, oui, oui !
Merci tout particulièrement à Rougecarole pour le travail de mise en page incroyable qui rend cette brochure si beautiful.
Merci à celleux qui nous soutiennent dans nos relations, qui nous ouvrent les yeux avec bienveillance, qui nous incitent à prendre soin de nous, à nous écouter et à nous faire confiance. À celleux qui s’inquiètent pour nous, qui nous aident à avancer, qui nous entourent de leur amour. Mille coeurs sur vous.
Merci à toi, mec qui te comporte de façon malsaine sans jamais te remettre en question. Grâce à toi, nous avons une source inépuisable de contenu pour alimenter cette brochure et les éventuelles prochaines. HA.HA. HA. NON, on déconne. TOI, tu fais du caca, on t’aime pas.
Merci à toutes celles qui ont déjà écrit sur ces sujets, sur le féminisme, la société patriarcale, la charge mentale et d’autres. Merci à vous d’avoir déjà fait bouger les choses et d’avoir éveillé nos consciences.
Et enfin, merci aux personnes qui nous ont lu, qui nous liront, qui nous feront des retours (quittersonmec@riseup.net), qui partageront cette brochure et qui, ainsi, participeront à nous libérer un peu plus du joug patriarcal !
LEXIQUE
– Agression Sexuelle
En France, l’agression sexuelle est un acte à caractère sexuel sans pénétration (auquel cas, cela rentre dans la catégorie du viol) commis sur une personne par violence, contrainte, menace, ou surprise. On évoque de la sorte les caresses ou les attouchements à caractère sexuel.
– Anarchie relationnelle
L’anarchie relationnelle est la pratique ou la conviction que les relations ne doivent pas être liées par des règles autres que celles sur lesquelles les personnes impliquées se sont mises d’accord. Si une personne anarchiste relationnelle a de multiples partenaires intimes, cela peut être considéré comme une forme de polyamour, mais le concept d’anarchie relationnelle se distingue du polyamour en postulant qu’il n’est pas nécessaire de faire de distinction formelle entre relations sexuelles, romantiques, intimes, ou amicales. (Merci wikipédia, t’es trop fort·e !)
– Charge émotionnelle
La charge émotionnelle désigne l’aptitude à se soucier d’autrui et à offrir des signes d’affection ou d’attention. De par leur éducation, elle est particulièrement développée chez les femmes, dans leur vie professionnelle et dans leur sphère privée.
– Cisgenre (ou cis)
Se dit d’une personne dont le genre ressenti correspond à celui qu’on lui a assigné à la naissance. Par exemple,un homme cisgenre est une personne assignée garçon à la naissance (en lien avec ses attributs sexuels) et qui se perçoit en tant que tel. A l’inverse, « transgenre » désigne une personne dont le genre ressenti ne correspond pas à celui attribué à la naissance (voir Transgenre).
– LGBTQI+
Acronyme correspondant à « Lesbienne, Gay, Bisexuel·le, Transgenre, Queer et Intersexe ». Le « + » désigne d’autres variantes d’orientations sexuelles, romantiques et / ou d’identités de genre. Si tu es curieux·se de mieux comprendre certains de ces mots ou de découvrir l’univers formidable qui se cache derrière ce « + », on t’invite à te rendre sur l’une des meilleures encyclopédies du moment : l’internet mondial !
– Polyamour
Orientation relationnelle où l’on peut vivre plusieurs relations amoureuses en même temps avec le consentement de toutes les personnes concernées.
– Transgenre (ou trans)
Se dit d’une personne dont le genre ressenti ne correspond pas à celui qu’on lui a assigné à la naissance. Par exemple, une femme transgenre peut être une personne assignée garçon à la naissance (en lien avec ses attributs sexuels) mais qui ne se perçoit pas en tant que tel. A l’inverse, « cisgenre » désigne une personne dont le genre ressenti correspond à celui attribué à la naissance (voir Cisgenre ).
– Viol
En France, le viol est défini par le Code pénal comme tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. On distingue le viol des autres agressions sexuelles à travers l’existence d’un acte de pénétration qui peut être vaginale, anale ou buccale. Cet acte peut être réalisé aussi bien avec une partie du corps (sexe, doigt...) qu’avec un objet.
– Violences conjugales
D’après Amnesty International, le terme de violence conjugale désigne une violence qui a lieu au sein d’un couple actuel ou passé. Cette violence peut être exercée de plusieurs manières : physique, verbale, psychologique, sexuelle, administrative (privation des papiers d’identité par exemple), financière ou encore matérielle. Il peut également s’agir d’avoir le contrôle sur quelqu’un concernant ses fréquentations, ses déplacements, etc. Mais il y a également un bon nombre de violences qui ne sont pas caractérisables, plus difficiles à définir et à démontrer.
BIBLIOGRAPHIE / RESSOURCES
Ici, on vous propose une sélection d’ouvrages, de vidéos et de podcasts qui nous ont fait du bien à un moment de notre vie ou accompagnés pendant l’écriture de cette brochure.
• TRANSVERSAL
◦ Les Brutes par Lili Boisvert et Judith Lussier, 2016, Télé-Québéc [WEB-SÉRIE]
Web-série qui aborde plein de sujets politiques actuels, notamment les questions de
genre et de féminisme.
◦ Martin Sexe faible par Juliette Tresanini et Paul Lapierre, 2015, France-TV Slash, [WEB-SÉRIE]
Web-série où les rapports de genre sont inversés : « Un monde où ce sont les femmes qui ont le pouvoir » . Permet de capter le « B.A-BA » du système patriarcal et des rapports de genre.
◦ Les sentiments du Prince Charles de Liv Stromquist, 2012, Editions Rackham [BD ]
Notre bible n°1.
▪ Paillettes toxiques et sérum phy, Anonyme, 2022, [LIVRE]
Aborde notamment les questions de pouvoir et de comportements problématiques plus spécifiquement au sein des relations queer (pas cisgenre* et/ou pas hétéro*). Une référence intéressante pour les personnes concernées qui souhaitent creuser d’avantage le sujet par ce prisme. Texte disponible ici : https://archive.org/details/paillettes-toxiques-et-serum-phy/Paillettes%20toxiques%20et%20s%C3%A9rum%20phy/
• BESOINS ET COMMUNICATION
◦ Émotions, enquête et mode d’emploi (T. 1, 2 et 3) de Art Mella, 2020[BD]
On trouve qu’il y a plein d’outils pratiques dans ces BD pour comprendre ses émotions, écouter ses besoins et les communiquer à d’autres. On trouve par compte dommage que l’autrice ne prend absolument pas en compte les rapports d’oppression et de pouvoir qui peuvent exister entre les individu·es et qui, selon nous, influent notre capacité à nous sentir légitime à nous exprimer et à être écouté.
• SEXUALITÉ : CONSENTEMENT & PLAISIR
◦ Jouissance Club de Jüne Plã, 2020, Editions Marabout [ LIVRE ILLUSTRE]
◦ B.A.BA du Sexe entre meufs et personnes queer de Allison Moon et KD Diamond, 2014, Éditions Goater [LIVRE ILLUSTRE]
◦ Les joies du Sex-toy et autres pratiques sexuelles par Erika Moen et Matthew Nolan, 2018, Editions Porn’Pop [BD]
◦ Sex Education, créée par Laurie Nunn, 2019, Netflix [SÉRIE]
Accessible sur Netflix (ou de plein d’autres manières moins légales <3 ) : série qu’on peut regarder à deux et qui peut aider à causer de choses dont on aurait du mal à aborder autrement (plaisir, fantasme, sex-toys, absence de libido, etc.)
◦ Sexe sans consentement de Delphine Dhilly, 2020, FRANCE TV [DOCUMENTAIRE]
disponible périodiquement sur France TV
◦ Le consentement avec un thé (tea consent, version française) par Télé Millevaches, 2017 [VIDEO] https://www.youtube.com/watch?v=yj5NcMew6qc
◦ Le consentement, anonyme, 2009 [BROCHURE]https://infokiosques.net/spip.php?article659
◦ Apprendre le consentement en trois semaines, cahier de vacances de Proute, 2016 [BROCHURE] https://infokiosques.net/spip.php?article1315
• CONTRAT DE RELATION
Ici, on vous propose des ouvrages et des podcasts qui causent principalement de formes de relations possibles rarement représentées dans nos médias.
◦ Le Cœur sur la table par Victoire Tuaillon, 2020, Binge Audio [PODCAST]
◦ Révoltes Affectives, collectif, 2020 [PODCAST]
◦ Contre l’amour, collectif, 2003 [BROCHURE]https://infokiosques.net/spip.php?article158
◦ La fabrique artisanal des conforts affectifs par DégenréE, 2013 [BROCHURE]
https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1042
• GESTION DES CONFLITS, ÉCOUTE ET SOUTIEN
◦ La charge émotionnelle et autres trucs invisibles d’Emma, 2018, Éditions J’ai lu [BD]
▪ La partie sur le travail émotionnel est accessible ici : https://emmaclit.com/2020/03/22/le-pouvoir-de-lamour/
Articles en anglais sur la charge émotionnelle :
◦ Emotional Labor : What It Is and How To Do It - Brute Reason https://the-orbit.net/brutereason/2015/07/27/emotional-labor-what-it-is-and-how-to-do-it/
◦ 4 Ways Men Can Take On More Emotional Labor In Relationships (And Why They Should Do It) https://thebodyisnotanapology.com/magazine/7-ways-men-must-learn-to-do-emotional-labor-in-their-relationships/
◦ La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation par Corinne Monnet, 1998 [BROCHURE] https://infokiosques.net/spip.php?article239
PARTAGE DES TÂCHES ET CHARGE MENTALE
◦ Un autre regard 2 d’Emma, 2017, Éditions J’ai lu [BD]
▪ La partie sur la charge mentale est aussi accessible ici : https://emmaclit.com/2017/05/09/repartition-des-taches-hommes-femmes/
◦ « La Gestion ordinaire de la vie en deux » de Monique Haicault, 1984 [ARTICLE]
Texte qui a inspiré la BD d’Emma, si on veut aller plus loin. Accessible en ligne : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01503920/file/LaGestionOrdinairedelaVieenDeux.pdf
◦ Libérée ; le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale de Titiou LECOQ, 2017, Éditions Fayard [LIVRE]
• « PERVERS NARCISSIQUE » ET AUTRES MANIPULATEURS
◦ Tant pis pour l’amour (ou comment j’ai survécu à un manipulateur) de Sophie Lambda, 2019, Éditions Delcourt [BD]
Notre bible n°2. BD qui décrit très bien des mécanismes de manipulation psychologique qu’on a retrouvé, à des échelles variables, dans beaucoup trop de relations amoureuses (certaines nôtres et autour de nous)
• VIOLENCES CONJUGALES
◦ Sauriez-vous reconnaître des violences conjugales ? (probablement pas) par Marinette Femmes et Féminisme, 2019 [VIDÉO]
▪ https://www.youtube.com/watch?v=Ts3Qumj2U5c&feature=share
◦ Fred et Marie. Pour un couple sur huit, ceci n’est pas une fiction par la Fédération Wallonie / Bruxelles, 2012 [VIDÉO]
▪ https://www.youtube.com/watch?v=wokOgLqdtf4
• MASCULINITÉ TOXIQUE
◦ The Mask you live in de Jennifer Siebel Newsom, 2015, Netflix
[DOCUMENTAIRE]
◦ La domination masculine de Patric Jean, 2007 [DOCUMENTAIRE]
◦ Qui sont les joueurs de jeux vidéos ? de Game Spectrum, 2020
[DOCUMENTAIRE YOUTUBE]
Vidéo très complète qui aborde de façon claire la théorie du genre et les impacts concrets des représentations actuelles de la masculinité, au travers des jeux et des joueurs de jeux vidéos.
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