BROCHURES

De la nécessité d’une lutte autonome
Pour en finir avec les comités Femmes
et autres textes

Pour en finir avec les comités Femmes

feministesCVM at yahoogroups.ca (première parution : août 2005)

Mis en ligne le 18 octobre 2005

Thèmes : Féminisme, (questions de) genre (116 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,146.3 ko)

Version papier disponible chez : Infokiosque fantôme (partout)

De la nécessité d’une lutte autonome
Pour en finir avec les comités Femmes

« Et c’est finalement le sexe, sujet tabou par excellence, qui divise les femmes. Celles qui n’ont pas d’ami soupçonnent celles qui en ont un de se compromettre pour « garder » leur homme. Celles qui ont un homme dans leur vie craignent les « indépendantes », mais puisque la libération sexuelle fait partie de l’idéologie de la gauche, elles n’ont aucun moyen d’exprimer leur crainte. Elles répugnent à reconnaître leur oppression, de peur de voir menacées leurs relations avec leur homme. » (Revue Partisans, spécial "Libération des femmes année zéro", page 43, numéro 54-55, juillet-octobre 1970.)

Supposons une organisation de gauche, composée de divers comités (anti-raciste, femmes, bouffe, logement, queer, etc.), tenus ensemble par un comité exécutif.

Dans les postes importants (comité exécutif), l’on retrouvera les hommes-blancs. Ceux-ci peuvent avoir la peau non-blanche et/ou pas-de-phallus. Par contre, leur façon d’être sera celle de l’homme-blanc (autoritaire, patriarcal, etc.). Celleux qui sont des non-hommes et des non-blancs ont trois choix : soit illes sont l’amiE des gens importants, soit illes s’impliquent dans le comité « identitaire », soit illes deviennent des hommes-blancs et s’impliquent dans les postes importants. D’une façon ou d’une autre, illes s’intégreront à une structure qui n’est pas faite ni par ni pour eux-elles, tentant, au mieux, de la réformer. Les non-hommes et les non-blancs restent, dans tous les cas, subordonnéEs au fonctionnement de l’organisation.

D’où vient la colère ?

Nous sommes enragéEs de voir ce qui se passe, quotidiennement, dans nos vies et dans celles des autres : la misère, l’ennui, l’impuissance, la discrimination, l’exploitation se lisent sur les visages des gens dans la rue, dans nos miroirs, dans nos journaux.

Les organisations qui revendiquent, qui militent ne font qu’imposer un autre intermédiaire, un autre mur, empêchant la communication directe de nos joies, de nos rages, de nos désirs.

Tout en voulant émanciper et élever le niveau de vie des oppriméEs, ces organisations ne font qu’augmenter leur dépendance, face à l’État ou au patron en premier, face à l’organisation militante en deuxième lieu. Pour lutter contre mon exploitation (l’esclavage salarié), je dois m’impliquer dans mon organisation (le syndicat). Il arrive toujours un certain point où nous ne voyons plus comment lutter sans cet intermédiaire. À ce moment, nous commençons à travailler autant pour nuire au patron par le biais du syndicat que pour la simple survie du syndicat. Or, pas de syndicat sans patron. C’est ainsi que, dans cette histoire, il n’y aura pas d’abolition des rôles d’exploitation.

Dans le cas des comités Femmes, c’est pire. Ces comités sont, le plus souvent, de petits ministères de la condition féminine, et ce que le comité fait au sein de l’organisation ne doit jamais dépasser celle-ci, sinon ce serait la mort de l’organisation. Ainsi, on s’y contente, la plupart du temps, d’apporter des revendications, des ajustements, des campagnes Femmes comme un simple ajout à ce qui existe déjà, et non comme un dépassement. Et dans la lutte, cela devient complexe : pour lutter contre le patron, je dois m’organiser en syndicat, et pour amener des points femmes soit dans le syndicat soit contre le patron, je dois créer un comité Femmes, qui sera encore subordonné à tout le reste, au lieu d’avoir une vie propre et autonome. Ça devient lourd.

De la difficulté de partir de soi

Je regarde l’état du mouvement des femmes, en 2005, au Québec, et je suis triste.

Bien que nous ayons affirmé, depuis longtemps, que le privé est politique, nous avons toujours autant de difficultés à nous réunir, entre femmes, pour simplement parler de nos existences. Le privé ayant déjà été théorisé, nous nous contentons, trop souvent, d’appliquer ces théories à nos vies, en espérant s’en sortir de façon individuelle, en prouvant que nous aussi, on peut faire tel ou tel truc masculin, ou confronter tel ou tel homme sur ses attitudes patriarcales. Nous voulons à tout prix investir les structures masculines (de la bureaucratie où nous sommes plus souvent secrétaires que présidente, jusqu’aux manifestations où nous tenons les banderoles au lieu de faire les discours, jusqu’aux discussions musclées où nous écoutons plus que nous parlons) pour ne pas être exclues de ce monde patriarcal qui nous exclue.

La « libération sexuelle », supposée libérer la femme, ne nous fait que multiplier les complexes. Nous accumulons les relations car nous sommes contre le couple, nous prenons la pilule pour ne pas être enceintes sans remettre en question notre sexualité centrée sur la pénétration, nous refoulons les jalousies et les amours pour ne pas avoir l’air d’une femme qui veut enfermer son homme. Et surtout, nous ne nous parlons jamais de tout ça. Ce serait cracher sur les luttes du passé...

L’homme trouve avantage à cette situation.
Nous sommes redevenues silencieuses.

Moi, je dis moi

J’ai longtemps été répugnée, dégoûtée par les mouvements, multiples et divers, des femmes.

Dans ma vie, aucune fierté d’être une femme. La femme, en tant que genre, m’énerve. Elle veut être belle à faire peur, intelligente mais pas plus que son homme, elle veut des enfants mais rester mince, se raser ou pas non pas dans la mesure où ça lui plaît ou non, mais dans la mesure où ça plaira ou pas à son homme, se faire exploiter par un patron, par un prof, parce que d’autres femmes se sont battues pour le droit au travail, parce qu’avant elle ne le pouvait pas et donc que c’est nécessairement une libération, elle veut magasiner mais ne veut pas suivre la mode car elle est unique et différente, libérée sexuellement elle lit des magazines féminins remplis de trucs pour mieux faire des pipes, elle veut être forte tout en restant sexy. D’une certaine façon, c’est le pire de la féminité ET le pire de la masculinité. Pourquoi des gens voudraient se regrouper autour de ce statut, sans vouloir l’abolir ?

Il va falloir apprendre à dire Moi, je dis moi. Il va falloir se raconter en tant que femme, pour exister en tant qu’individue, ne serait-ce qu’à nos propres yeux. Tout, dans ce monde, nous enlève la possibilité d’exister en tant qu’individue, toujours étant attachée à un autre être. Il va falloir se raconter nos vies de femmes, nos paroles de chairs qui n’entrent pas dans les statistiques, dans les procédures, dans les calculs, pour seulement commencer à se sentir vivre.

Pour la création d’un mouvement autonome des femmes

Un monde qui nous exclue ne nous inclura que s’il en tire un plus grand avantage. En légalisant l’avortement et la contraception, le patriarcat dispose de plus de femmes accessibles en tout temps. En faisant travailler les femmes, le capitalisme a augmenté, d’une part, la production, de l’autre, la consommation.

Pour des victoires permanentes, nous devons nous opposer au système. Notre seule revendication sera son abolition. Nous devons nous constituer en machine de guerre autonome.

L’individuE véritablement libre et autonome ne naît qu’au sein d’une collectivité véritablement libre et autonome, et vice-versa.

« Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui. Rien dans cette société ne concerne les femmes. » (Valerie Solanas, SCUM Manifesto, 1967.) Ce monde est un monde d’hommes. Nous voulons abolir toute domination, pour se découvrir et se créer en tant que sujets libres.

Pour y parvenir, nous utiliserons les moyens qui ont déjà fait leurs preuves : la non-mixité, les lieux autogérés. Nous créerons notre propre monde, qui sera déjà la fin de l’ancien, dont nous n’avons plus rien à attendre, pour, au dernier moment, le détruire.

C’est une invitation.


La pilule me fait chier

La pilule contraceptive, grande victoire féministe ?
Loin de moi l’idée de renier en bloc ce que mes consoeurs ont eu comme gains dans le passé. Sur plusieurs plans, que j’espère bien connus de toutEs, l’accès à l’avortement et à la contraception ont été de grandes victoires.

Par contre, j’aimerais regarder la pilule contraceptive (et les autres anovulants) sous un autre angle : l’uniformisation des femmes et le pénétrocentrisme.

La division des zones érogènes

Je ne crois pas choquer quiconque si j’affirme que l’acte de la pénétration est représenté et pensé comme le summum de la sexualité. Il n’y a qu’à regarder n’importe quel film porno, qu’à considérer l’importance, dans notre éducation sexuelle, de la « première fois », ou à porter son attention aux termes utilisés pour parler de sexe (les « préliminaires » pour tout ce qui n’est pas mettre un pénis dans un vagin ou un anus, lorsqu’unE amiE nous demande si l’on a été jusqu’au bout, etc.). Tout, ou presque, est axé sur la pénétration. Le reste, c’est du « touche-pipi », comme des enfants.

Ainsi, de la même façon qu’il y a une place pour chaque chose, il y a une partie du corps pour chaque degré de caresse, et il est admis qu’il n’y a rien de plus intense que la pénétration. Imaginez le contraire : on serait au travail et on pourrait avoir du plaisir sexuel, par exemple, en se touchant l’épaule ! Non ! Quel « désordre » !

De plus, cette division permet de gérer plus efficacement les désirs sexuels. Caresser l’autre peut durer des heures... Alors qu’une fois qu’on a éjaculé, top chrono c’est souvent une demi-heure en tout ! Une belle économie de temps.

La pénétration comme domination

Moi qui ai des envies de tendresse, de douceur, de partage, de sensualité, de sexualité intense, pleine de désirs, de jeux, on m’impose le modèle patriarcal de voir les choses : la rapidité, l’efficacité, la performance, l’accomplissement de soi dans le fait de laisser une œuvre après son passage (ici, les enfants), de ne pas être oublié car on est nécessairement ce qu’il y a de meilleur (et l’on tient à le prouver).

Voilà où je n’aime pas les anovulants. Ayant écarté le risque d’être enceinte, ils ont donné libre cours à l’emprise de la pénétration sur la sexualité. Femmes, vous êtes libres ! Libres de quoi ? Libres de se faire posséder n’importe où, n’importe quand, par n’importe qui, sans aucune prise de responsabilité ?

Quoi, c’est pas ce que tu veux ? Non, pas exactement...

Et quand on s’élève contre celle-ci, l’évitant, la contournant, la refusant, quelle réaction nous réserve-t-on ? On nous dit que nous sommes des « agaces »...

La pilule comme uniformisation

Ayant réussi à vendre à toutes la pilule comme moyen de libération ultime, on a oublié de faire part de son côté contrôlant.

Tous les anovulants que je connais nous laissent deux choix : ne pas avoir de règles du tout (Depo-Provera, tricheries avec la pilule) ou les avoir à tous les 28 jours. Toutes les femmes pareilles ! Quelle égalité ! C’est vrai que les règles sont quelque chose de bien mystérieux pour ceux qui n’en auront jamais... Alors que sans la pilule, on se doit d’apprendre à connaître son corps pour savoir ses « disponibilités », et que l’autre se doit de respecter ces temps où il n’y aura pas de pénétration, et apprendre une sexualité autre que la pénétration, avec la pilule nous sommes disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept !

Une grande partie de la connaissance de soi, de son corps, ne s’est ainsi jamais transmise. Aux techniques naturelles (celles de nos sorcières de grand-mères) de compréhension de son corps, de ses cycles et de contrôle sur celui-ci grâce aux plantes médicinales et à notre alimentation, nous avons préféré les anovulants issus du complexe technoscientifique parce que c’est plus rapide, plus efficace, plus performant, plus simple. Dehors la notion de prendre du temps pour soi, pour se comprendre, se guérir !

Nous n’avons plus le temps pour ces chimères, le féminisme nous a libérées du travail domestique pour nous envoyer à l’esclavage salarié...


Axe Tampax

C’est un truc
Qui arrive
Une fois de temps en temps
C’est un truc
Qui se passe
En dedans d’mon ventre
Et qu’aucun garçon n’y comprend jamais rien

Axe ! Tampax !
Axe ! Rouge !

On m’a dit
Petite,
T’es maintenant une femme
On m’a dit
Enceinte
Maintenant tu peux l’être
Et qu’aucun garçon n’y comprend jamais rien

Axe ! Tampax !
Axe ! Rouge !

Y paraît
Qu’certains
Trouvent ça dégueulasse
Y paraît qu’certaines
En sont plutôt fières
Et qu’aucun garçon n’y comprend jamais rien !

feministesCVM at yahoogroups.ca

P.S.

Écrit à Montréal en 2005.

Contact : feministesCVM at yahoogroups point ca

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