BROCHURES

Consentement[s]
Des témoignages qui questionnent

Consentement[s]

anonymes (première parution : juillet 2020)

Mis en ligne le 25 février 2021

Thèmes : Sexualités, relations affectives (37 brochures)
Violences patriarcales, autodéfense féministe (32 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,2.6 Mo) (PDF,2.6 Mo)

Version papier disponible chez : Infokiosque fantôme (partout)

Sommaire

- Edito
- T’inquiète pas, c’est normal
- Le placard
- Disko
- Pourquoi, moi, féministe, bien à la page du consentement, j’ai fermé ma gueule ?
- Touche pas à mes cheveux !
- Consommer avec modération
- Trois fois rien
- Comme une voleuse
- Et mon corps a regretté
- Comme si de rien n’était
- Dix sept
- Contretemps
- Et maintenant ?
- Ressources

Edito

C’est quoi ?

Ceci n’est pas un rapport scientifique ni une étude sociologique.
Ce n’est pas non plus un manuel avec des bonnes réponses.

Ceci est un recueil de témoignages : des histoires personnelles qui sont venues nous questionner sur notre rapport au consentement corporel. Aussi, les ressentis et prises de positions (claires ou pas), internes aux textes, ne représentent pas la vérité, mais la vérité de la personne qui écrit au moment où elle écrit.

Ce recueil est le fruit d’expériences qui nous ont questionnées : ces expériences parfois dures à partager, ces expériences longtemps gardées pour nous, ces expériences que nous ne sommes pas seul·e·s à vivre.

Nous pensons que le sujet est encore trop absent dans nos vies.

Nous voulons que ces témoignages nous aident à nous poser des questions sur nos expériences passées mais aussi sur nos rapports à l’autre, aux autres, à notre corps et aux corps. Que ces témoignages nous permettent d’aborder le sujet avec nous-même (conscientiser des situations non-consenties, réfléchir à nos envies et nos limites), dans nos relations affectives et nos cercles d’ami·e·s.

Ce recueil, c’est aussi une ouverture vers d’autres ressources liées à cette notion. Celles que nous connaissions, celles que nous avons découvertes, celles que nous avons envie de partager.

Pour qui et pour quoi ?

Pour tout le monde. Et pour en faire ce que vous voulez.

• Pour vous questionner sur vous : vos limites, vos envies
• Pour partager ces questionnements dans vos cercles, dans vos relations
affectives, sexuelles
• Pour écrire à votre tour, le partager, à nous, à d’autres ou le garder pour vous.
• Pour avoir des ressources (voir la fin du recueil)

Par qui ?

Le recueil est le fruit d’un travail collectif : 1, puis 3, 4, 5 personnes pour l’introduction, l’édito, les ressources, les premiers textes, la mise en page, la mobilisation autour du projet, la diffusion et moins d’une dizaine pour les témoignages à ce jour.

Les auteurs·trices rassemblé·e·s ici, autour de ce thème, sont des personnes diplômées, trentenaires, de couleur dite “blanche”, dites “valides”, des femmes en majorité (malgré les sollicitations mixtes), plutôt cisgenres [1] et plutôt hétérosexuelles. Nous avons anonymisé les auteurs·trices et les personnes citées dans leurs témoignages, aussi lorsque vous voyez des prénoms, ce sont des prénoms modifiés.

Nous souhaitons préciser que le regroupement de ces témoignages s’est fait par bouche-à-oreille et que nous serions heureux·ses et curieux·ses d’accueillir dans une suite potentielle des témoignages variés par leurs contenus et leurs formes.

Nous souhaitons remercier les personnes qui ont participé au projet de nous avoir fait confiance en nous livrant leurs témoignages ou illustrations.

Peut-être vous ? L’idée de ce projet est aussi de favoriser la parole autour du sujet. D’autres livrets pourraient être amenés à voir le jour. Si vous souhaitez participer, rendez-vous en fin de livret pour plus d’infos.

Attention, nous souhaitons vous mettre en garde que la lecture de certains textes peut être difficile. Ecoutez-vous, prenez-soin de vous et autorisez-vous à remettre la lecture à plus tard si vous n’êtes pas dans de bonnes conditions.

*****

Pendant longtemps ça n’a pas été un sujet pour moi. C’était simple : d’un côté il y avait le sexe pour s’amuser et de l’autre les agressions sexuelles, les viols... Blanc ou noir. Oui ou non. Et puis sont venues les expériences entre deux, où les limites du consentement me sont apparues de plus en plus difficiles à définir.

Entre récits d’ami·e·s, lectures, podcasts, je m’interroge sur la définition du consentement et sur mes propres expériences du consentement. Comment j’en ai souffert et comment j’en ai abusé.

Aujourd’hui j’ai envie d’accorder au consentement une place particulière dans mes relations, d’aborder le sujet avec mes partenaires et de poser un cadre. J’ai aussi envie de mettre le sujet sur la table et d’en parler avec mes proches et même au-delà de mes cercles d’ami·e·s.

Il y a quelques mois, je propose à mon colocataire d’aller voir un documentaire sur le consentement. Il me répond que «  ça ne le concerne pas  ». Puis finalement, faute de mieux, il me suit. De ce documentaire émergent des débats dans la bande de potes. Alors que les propos de certain·e·s me choquent «  non mais parfois les filles abusent, elles nous chauffent et ensuite rien  ». Mon coloc reconnaît «  Merci, j’ai appris des choses, c’était intéressant  ».

Ces questions sont encore trop absentes de nos discussions. Taboues pour certain·e·s, un non-sujet pour d’autres et pourtant chacun·e d’entre nous est concerné·e. Je reste persuadée que plus nous en parlerons, plus nous nous sensibiliserons les un·e·s et autres à l’importance du consentement, plus nous éviterons les abus.

Voilà quelques histoires qui me sont arrivées à moi, à d’autres et qui nous questionnent sur notre rapport au consentement.

T’inquiète pas, c’est normal

Adolescente. Je suis encore vierge. Avec mon ex-copain, nous avions commencé à explorer nos corps avec douceur mais je ne lui ai pas offert «  ma première fois  ». Cette année, un mec de ma classe me plaît. Une copine va lui dire. On se donne rendez-vous après les cours, on s’embrasse. Le lendemain, au lycée, on se cache pour se dire bonjour et s’ignore le reste de la journée. Deux jours après, il veut me parler  : en fait on va arrêter.

Quelques jours plus tard, on fête l’anniversaire d’un ami. Il est là. On boit. L’alcool aidant, on se rapproche à nouveau. On s’embrasse. Cette fois-ci, on s’éloigne dans les champs. On commence à se toucher. J’ai pas le temps d’être excitée qu’il me pénètre avec ses doigts.
Moi : «  ça me fait mal  ».
Lui, sachant que je suis vierge  : «  t’inquiète pas, c’est normal  ».
La suite je ne m’en souviens pas mais ce qui est certain c’est que pour rien au monde je lui aurais donné ma première fois.

A l’époque, j’étais peu sûre de moi et surtout pas dans le domaine de la sexualité. Depuis, j’y repense et voilà ce que j’aurais aimé lui dire  : «  Le sexe c’est se donner mutuellement du plaisir, on est d’accord ? Alors mec, d’où tu sors que "ça fait mal", "c’est normal" ? »

PS : Retiens que quand je te dis « ça me fait mal », en fait je voulais dire « non, pas comme ça mais tu peux essayer autre chose ».

Le placard

Adolescence. Une fête. L’alcool, les flirts. Le placard. Non mais vraiment. Comment on en est arrivé.e.s à rentrer là-dedans ? Alors ça. Y avait quoi dedans ? Je saurais pas bien dire, du matos de ménage ? On tenait à peine toustes les deux debout là-dedans. A vrai dire, on lui a pas demandé son consentement, au placard, pour le pénétrer comme ça à deux et y rester.

BREF. Moi je voulais des câlins, des bisous, des caresses, du lien, pas spécialement plus. Je me souviens pas avoir de plan en fait. Je sais que lui, et je l’ai vite su une fois entré·e·s, il voulait que je le suce. Je sais que je disais soit rien, un peu gênée, soit non. Des « non » avec mon corps : je ne bouge pas, je me tends, ou des «  non  » avec ma voix : je dis « non ». A un moment, je mets mes mains dans les siennes. Il en dirige une pour la mettre sur son pénis. « BAH ! D’où il sort celui-là, comment ça se fait qu’il n’est pas rangé ? Ca s’est passé quand ça ??? euh ça a l’air doux. » Est-ce que c’était la première fois que j’en touchais un ? Bah merde alors... ça se pourrait bien. Dans ma tête c’était pas vraiment ça le processus, ce serait plutôt du type : 1. s’embrasser 2. s’enlacer et ensuite... J’avais pas spécialement prévu de suite en fait je crois.

Bon, je ne saisis pas. Enfin, si, je saisis ce qu’il veut. Je ne saisis pas la façon de le faire, et je ne « saisis » pas la proposition... enfin si on peut appeler ça une proposition. Bon j’ai pas vraiment ce que je cherche (des embrassades), et je suis pas très à l’aise avec ce qui se présente. De l’autre côté du placard, ça s’agite. Certains essaient d’entrer, spéculent, ou crient entre encouragements, rires, curiosités et envie de voir, savoir. Du coup, bah... j’ai pas spécialement envie qu’on me voit là, comme ça. L’idée c’était que ce soit un moment d’intimité j’imagine, si on est venus se blottir ici. J’ai pas tellement envie, non plus, de l’image que j’imagine  : lui avec son pénis à l’air et moi là « les bras ballants ». J’ai pas non plus tellement envie de sortir maintenant avec l’animation derrière la porte. Bon en tout cas, il veut toujours que je le suce. Et moi, je ne suis toujours pas chaude.

On n’avance pas tellement entre moi qui veut des embrassades que je n’obtiens pas, et lui qui veut que je le suce. A un moment, me demandez pas comment, je me retrouve plus ou moins assise sur un tas de trucs. Et il cherche ma bouche avec son pénis. Je le sens sur ma joue. Bon. Je crois qu’il veut que je le suce. C’est fou que ça soit aussi clair dans ce noir complet.

On finit par sortir. Le prochain souvenir que j’ai, c’est une amie qui me dit «  tu veux pas ?  » «  tu sais c’est facile tu ouvres la bouche, tu fais attention aux dents c’est tout  ». Et moi qui ai un appareil dentaire. Bon je ne sais plus pourquoi j’ai honte. Parce que je ne suce pas, parce que je suis quelqu’une qui se retrouve enfermée avec un gars fraîchement arrivé (mais pas tout à fait frais quand même) dans un placard en soirée, d’être quelqu’une qui se retrouve dans un placard ET POURTANT qui ne suce pas ? De pas être sûre de moi ? D’avoir peur de pas savoir faire bien, voire pire de faire mal, et qu’il le raconte ? Ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que si la question s’est posée de faire ce qu’il me demandait c’était plus par soucis de convention sociale je crois. ça avait l’air attendu et normal de toute part.

En tout cas, le lendemain après avoir nettoyé les vomis dont celui de ce cher partenaire, je trouve sa photo d’identité que je garderai quelques temps...

Un trophée ?

A ranger dans un placard alors ?

Disko

Allemagne. Voyage scolaire. On va en “Disko”.
Moi c’est la première fois de ma vie. Je suis en 3ème. J’ai un pantalon orange bouffant, un pull fluo. Pas trop miss sexy style. Je me sens pas une cible, j’observe les délires, je crois pas en faire réellement partie.
Ca me fait marrer cette ambiance. Je vais sur la piste de danse je bouge un peu, je délire avec mes copines, pas plus, comme ça quoi. Et puis, je sens un truc qui se colle à mes fesses. Je me retourne, un mec vient de me coller son bassin au cul. J’hallucine tellement, ça me paraît tellement incongru, ça me fait marrer-outrer.

Pourquoi, moi, féministe, bien à la page du consentement, j’ai fermé ma gueule ?

Ce soir, je sors avec Sara.
Je ne sais pas pourquoi mais ça nous est tombé dessus toutes les deux le jour de nos 27 ans  : notre libido est montée en flèche. Depuis, c’est la fête dans nos slips et sur Messenger où l’on partage toutes nos folles aventures.

Ce soir, on ne dérogera pas à la règle. En plus, on a une envie folle de faire la fête. Je dois avouer que ça me prend rarement. Habituellement, je fais plutôt partie du clan tisane/dodo, mais ce soir c’est différent.

On s’est donné rendez-vous en centre-ville. On se rejoint à la terrasse d’un café, il ne fait pas si froid pour un mois d’octobre alors on s’y installe.
Il fait nuit, je commande notre première tournée de pintes. On a le sourire jusqu’aux oreilles, on rit beaucoup et on se raconte nos aventures.
What’s next ?
Sur les événements facebook, on voit qu’il y a une grosse fête dans un bar qu’on adore. C’est juste parfait. On finit nos bières, on file délivrer nos vélos qu’on enfourche pour aller bouger nos bodys.

Là-bas, on croise plein de filles qu’on connaît. C’est assez drôle, on est toutes en repérage ce soir. C’est ambiance jungle dans le bar : on guette nos proies potentielles. On nous prête des déguisements et j’enfile la tenue de choppe parfaite  : une combinaison une pièce à paillettes, avec un dos nu digne du film “Le grand blond avec une chaussure noire”.
Je t’aperçois au loin. Toi que je croise souvent et sur qui je fantasme depuis près de deux ans. Toi que j’essaye de séduire et qui m’ignore toujours.
Tu n’es pas très grand, tu es brun, tu sembles assez timide, « dans ton truc », mais je dois avouer que t’es vraiment canon. Tu danses avec tes amis. Je ne trouve pas que tu danses très bien, mais on pardonne tout pour celui sur qui on fantasme depuis si longtemps pas vrai ?

J’ai su il y a quelque temps que tu étais en couple. J’ai donc arrêté de te regarder à chaque soirée, de te faire ces petites blagues que tu ne remarquais même pas, de baver sur toi.
Mais ce soir, un copain me dit dans l’oreillette que c’est fini avec elle. Que tu es seul maintenant. Je te guette donc à nouveau, et je danse en te regardant, ma tenue à paillettes archi-moulante aidant à te faire ouvrir les yeux et à diriger ton regard vers mes hanches.

Je suis soutenue psychologiquement, j’ai toute la foule de connaissances qui me disent « allez Anna, vas-y fonce ! ». Je prends mon courage à deux mains, j’ai le coeur qui bat mais je t’intercepte lorsque tu passes près de moi. Tu t’arrêtes, tu me regardes, je dois probablement te baragouiner un truc du genre :
Salut Lucas, ça fait longtemps que je t’ai repéré ici. Je sais que tu avais une copine mais on vient de me dire que c’est fini, alors je voulais te dire que tu me plais bien.”

Ni une, ni deux, tu poses ta main sur ma taille et tu m’embrasses. Si j’avais su que ce serait si facile. Mais ta main est molle et me répugne, et ton bisou est petit, un peu dur, un peu forcé. Puis tu me dis quelque chose, mais j’ai du mal à saisir. Je comprends surtout que tu es bourré, et qu’on n’a pas grand chose à se dire je crois. Je commence à regretter de t’avoir alpagué.
Heureusement, tu es un habitué ici, et tout le monde te connaît. Les gens viennent te parler, et à chaque fois j’en profite pour m’éclipser. Tu t’excuses et reviens me voir à plusieurs moments de la soirée.
J’essaye de lancer la discussion, mais en vain. C’est comme ça, le deuil est à faire  : nous n’avons rien à partager. L’alchimie n’opère pas. Tu es une belle proie mais peu savoureuse.

***

Il est une heure du matin et le bar ferme. Je suis dehors avec Sara, nous sommes prêtes à repartir. Tu es toujours dans le bar, et j’ai l’impression de partir comme une voleuse. Je ne me vois pas partir sans te prévenir, même si je ne veux rien entre toi et moi.
Je passe te dire que je pars, ciao bello, mais tu me demandes où on va, et sans même me demander mon avis tu dis « je viens avec vous ». J’ai l’impression de trainer un boulet. Je n’ai pas envie de t’avoir avec moi, Sara non plus. On a envie de s’amuser, de danser, et toi, toi tu ne nous inspires rien. Mais ta formulation ne laisse pas de place au libre arbitre et je dis « okay » bêtement.
Si j’avais su dire non.

Tu montes sur mon porte bagage, j’ai peur que mon vieux vélo ne tienne pas la route, mais je n’ai aucune envie de passer 15 minutes à marcher à tes côtés. Tu me prends par la taille pendant que je pédale, et ce n’est pas désagréable.
On arrive dans ce club, les gens dansent, mon amie part aux toilettes et je me retrouve seule avec toi. Tu danses mal, collé à moi.
Ma gêne augmente à mesure que la chanson défile.
« Je suis fatiguée, je vais partir Anna  », elle me dit.
Je me retrouve seule avec toi, je détache mon vélo. Je joue la carte de l’honnêteté et de la transparence. Je te dis clairement que je te trouve très beau mais que je ne sens aucun courant passer entre nous, que nos conversations sont vides, que je n’aime pas nos baisers. Je vais rentrer seule, je suis fatiguée, je n’ai pas envie de toi chez moi.

Tu fais ton petit air penaud, “ah bon, ah bah moi je trouve pas. C’est qu’on n’a pas vraiment eu le temps de discuter entre le bar, le club, le vélo. Mais moi, j’ai envie de venir chez toi. Tu me plais.
À mesure que tu insistes, c’est la guerre entre ma tête et mon corps : mon corps n’a aucune envie, et ma tête se dit que “putain Anna, depuis le temps que tu fantasmes sur ce gars, ce serait con de refuser”. C’est comme si tous les efforts investis depuis ces deux ans à te séduire obstruaient mon jugement. Biais cognitif de merde.
Et toi aussi tu insistes. Ça dure au moins 10 minutes. Et je continue à te dire que non, je n’ai pas envie. Mais mes yeux bavent toujours sur ta belle gueule. Puis tu finis par me dire, “t’inquiète on va chez toi et si jamais tu le sens pas tu me le dis”.
Alors, bon, ok, d’accord.

On marche, mes pieds sont fatigués d’avoir dansé toute la soirée. Il est tard. Tu es soûl, et non nos conversations ne deviennent pas plus intéressantes à mesure que l’on avance. J’ai l’impression que tu es l’archétype du mec que je ne peux pas supporter  : soûl, arrogant et suffisant.

Je ne te veux pas chez moi, et je sens que ce que je veux ou ne veux pas, n’est clairement pas important pour toi. Tu as déjà gagné la bataille.

***

On arrive chez moi, on enlève nos manteaux. Je veux te servir un verre d’eau, histoire que tu désoûles et qu’on prenne notre temps. À peine je me penche pour attraper un verre d’eau que tu me retournes et commences déjà à m’embrasser.
J’essaye de me mettre « dans le bain », en vain. Tu me mets sur mon canapé, baisse le haut de ma combinaison à paillettes et tu commences à me sucer les seins. J’ai l’impression que ce moment dure une éternité. Tu es comme absorbé par ma poitrine, et moi je ne ressens rien, sauf le dégoût de te savoir entre mes seins.
Je suis sous le choc de voir à quel point tu ne remarques rien. Je suis presque immobile, je suis un pantin qui fait semblant, je n’émets aucun son. Je vais jouer le pantin pour me libérer de toi le plus vite possible.

Freeze, fight, or flight.
Ce sont les trois stratégies face à un moment comme celui-ci. La règle des trois F, que je connais très bien. Bats-toi, casse-toi ou immobilise-toi. Et F***, ce que j’aurais aimé prendre la fuite, ou te croquer la bite. Mais je reste là. J’obéis. Je joue la marionnette. Je n’ose pas dire non.

On se met nu.e.s. Tu as beau être petit mais ta bite, elle, est grande et je pense déjà à la douleur qu’elle va me faire. Tu me masturbes, je suis si sèche, ça m’irrite, me fait mal. Je grimace, et tente de trouver une issue.
Je me dis que si je te branle bien, jusqu’à te faire venir, je n’aurai pas à subir plus. Alors je me mets au dessus de toi et je m’applique. Silencieuse et consciencieuse, je te branle mécaniquement pour te faire éjaculer.
Mais tu veux plus, tu essayes de me pénétrer sans capote et enfin j’ose prendre la parole. Je dis non. Non. Je ne prends pas de contraception. Tout en priant (pourvu) que tu n’en aies pas. Bien sûr que j’en ai des préservatifs, mais quelle belle stratégie de l’omettre pour stopper ce massacre.
Mais tu tends la main, et sors l’objet de la poche de ton manteau. Tu le déroules sur ton long sexe dur et je capitule.
« Non » c’est pourtant facile à prononcer, mais je reste silencieuse et me soumets. Je n’ose pas. J’ai l’impression de m’abandonner moi-même. De me regarder couler mais de ne pas intervenir. De ne pas venir à ma propre défense.
Puis, tu me pénètres. C’est fou comme une chose que l’on adore peut se transformer en pire cauchemar lorsqu’une règle est omise : le consentement.
Tu ne remarques rien, et tu me prends, en levrette. Tu y vas fort et tu touches le fond de mon vagin. Une immense douleur se réveille dans mon utérus. Je crie “AÏE doucement tu me fais mal”. Rien ne te perturbe, tu t’en fous, tu continues sur ta lancée. Tu es comme absent, ton regard est vide, tu es happé par ton désir et tu continues.

Tu mériterais un seau d’eau et une série de coups de poings dans la gueule. Mais je ne dis rien. Je suis tétanisée par la douleur. Je me demande quand est-ce que tout ça va finir.
Je me mets dessus, pour retrouver un peu de contrôle et faire attention à ne pas me faire trop mal. Tu es hypnotisé par mon corps et le tien me dégoûte. J’ai l’impression que ton corps est celui d’un enfant de 12 ans. Tu es chétif.
À un moment, tu viens enfin. La délivrance.
Je file dans la salle de bain. J’ai mal, j’urine, je m’essuie et je me rends compte que pour la première fois de ma vie, je saigne après une pénétration. Mon cerveau peine à comprendre ce qui m’arrive.
J’ai besoin de me nettoyer, de retrouver le contrôle sur mon corps. Je fais couler l’eau brûlante sur mon corps. Je me sens mal.
Quand je sors de la salle de bain, tu es toujours là, tu te rhabilles. J’ai l’impression que tu retrouves un peu la raison. Tu me dis « j’aurais pas dû », tu me dis « y’a du sang sur le canapé » et tu fais ton petit air penaud à nouveau. « Je dors pas ici hein c’est ça ? »
Bien sûr que tu n’aurais pas dû. Tu crois quoi ? Je te l’avais dit pourtant.

Non, ça veut dire non.
Je n’ai pas envie, c’est non.
Je veux rentrer seule, c’est non.
Je le sens pas, c’est non.
Tu ne m’attires pas, c’est non.
Je veux rentrer dormir tranquille, c’est non.
Je n’aime pas comment on s’embrasse, c’est non.
Ok... si tu veux, c’est non.
Peut-être, c’est toujours non.
Le consentement, c’est seulement quand on a dit oui.
Pas peut-être, pas on verra, pas le silence, pas quand on dit rien. Et même quand on dit oui, à tout moment, le non est permis.

Et ta bonne petite gueule toute désolée. Et moi, qui fais quoi ? Moi qui ne t’enfonce même pas, qui ne te traite même pas de tous les noms. Moi qui te rassure, qui te dis que je vais nettoyer le sang sur le canap, que demain ça ira mieux et que ce n’est pas si grave. Comme si je voulais m’en persuader moi-même.
Merde alors, c’est comme un nouveau viol. Je le valide avec mes paroles. Tu récupères le rôle de la victime. Puis tu pars. Il est 4 heures du matin quand la porte claque et que mes larmes coulent.

***

Le lendemain, je me réveille une première fois vers 8 heures du matin. Je n’ai dormi que 4 heures. Mon corps se sent seul, la douleur résonne toujours au fond de mon utérus, et je ne cesse de pleurer jusqu’à ce que je me rendorme.
Je me rendors et lorsque je me réveille, il est 15 heures.
15H00. Ça doit bien faire dix ans que je ne me suis pas réveillée si tard.
Mon corps avait bien besoin d’un reset.

On fait comment maintenant ?
J’appelle ça comment ?
Est-ce un viol ou juste une mauvaise soirée ?
Est-ce une agression sexuelle ou une mauvaise baise ?
Es-tu mal intentionné ou juste complètement con ?
Tu n’as rien remarqué ou t’as fait semblant ?
Pourquoi je ne t’ai pas foutu dehors ? Pourquoi je n’ai pas sauté sur mon vélo et filé chez moi avant qu’il ne soit trop tard ?
Trop tard pour quoi ? Il est jamais trop tard pour dire stop.
Pourquoi moi, féministe, bien à la page du consentement, j’ai fermé ma gueule ?
Ça tourne dans ma tête, et j’ai du mal à y voir clair. Mais que s’est-il passé ? Et comment ai-je laissé ça arriver ? Je m’en veux, et le sang coule toujours lorsque je vais aux toilettes. Je n’arrive pas à penser à autre chose, et la douleur dans mon utérus me le rappelle à chaque pas.

Je dédie les prochains jours à me faire du bien, à ma guérison. Je me câline, je reprends contact avec mon corps, je touche mes bras, mes jambes, mon ventre avec amour et respect. Je m’enlace dans le lit. Ce corps n’appartient qu’à moi. Je me douche, beaucoup. J’imagine tes empreintes peu à peu disparaître de mon corps, qui se nettoie de toi.
Je dessine les images qui tournent en boucle dans ma tête, ta bite, toi sur moi, et des NON tout autour de nous. Je dessine ma vulve aussi, entourée de fleurs, je la dessine renaître et fleurir.
J’en parle à ma meilleure amie, à quelqu’un qui me supporte, me comprend, me soutient et ne réfute pas ce que je peux penser ou dire.
Je fais une méditation allongée les jambes écartées, les pieds joints, une main sur mon bas ventre et l’autre sur ma poitrine. Je visualise de la belle lumière qui jaillit de mon utérus. Je ne suis pas sale, je ferme la blessure que tu m’as faite.

Je reste presque toujours seule ce week-end là. J’écoute un podcast et je regarde des vidéos Youtube sur le consentement. Des femmes qui elles aussi sont restées immobiles, et partagent des ressentis communs. Je me sens soutenue par la sororité. Je me fais plaisir, je cuisine, je lis sur mon balcon. Je laisse mes larmes couler lorsqu’elles en ont envie, j’accueille ma tristesse.

Je nettoie mon appartement, j’aère, je me débarrasse des preuves de ton passage. Je brûle de la sauge dans mon appartement, la fumée emporte ta connerie, et s’échappe peu à peu par la fenêtre.

Je m’aime et me pardonne. Je pleure le sort de trop de femmes. Je les porte toutes dans mon coeur. Je m’enlace et m’embrasse.

Touche pas à mes cheveux  !

Au cours de ma formation, je me retrouve, cette fois-ci, à l’hôpital, au service des urgences. Là bas, ça court partout, chacun a une place dans cette fourmilière géante, mais il est parfois difficile de savoir où se mettre quand on arrive. La personne qui m’encadre m’explique rapidement ce que je dois faire, et me propose donc de commencer à aller voir des patients dans les box, de les interroger, les examiner, et rédiger une observation à la suite. Puis, on refera le point ensemble.
J’en suis donc à mon deuxième jour, les équipes changent très souvent, et je ne connais personne hormis les quelques étudiants de ma promotion qui sont en stage avec moi.
Je suis allée voir un patient, et je commence à taper mon observation sur l’ordinateur. Je suis assise sur un tabouret, face à un mur, dans un espèce de grand couloir. Mes cheveux sont attachés en queue de cheval. J’ai toujours eu les cheveux longs, ondulés, ils font partie de moi, de ma personne.

Les soignants font des allers-retours derrière moi, allant d’une pièce à l’autre, de la pharmacie à la salle des ordinateurs, d’une chambre à l’autre.
Et soudain, je sens les mains de quelqu’un dans mes cheveux. Qui est-il ? Je ne connais pas cet homme. Il commence à les toucher, quelques secondes sans doute, mais qui m’ont parues très longues. Et je l’entends s’esclaffer très fort «  J’aimerais vraiment que ma future femme ait des cheveux comme toi  ». Tout le monde rigole autour. Je deviens rouge pivoine. J’esquisse sans doute un sourire bête, totalement prise de court par cet homme. Je me sens dans l’incapacité de répondre, je viens d’arriver ici, ce sont des personnes qui pourront m’aider plus tard, m’épauler. Je ne veux me mettre personne à dos… Et puis, de toute façon, aucun mot ne sort de ma bouche. Personne autour n’a semblé choqué de cet évènement. L’homme s’en va, je n’ai jamais su son nom, je ne lui ai jamais reparlé.
A posteriori je m’en veux de ne pas lui avoir répondu. Quelle idiote ! Et pourtant, sur le moment, c’est moi qui me suis sentie bête, je me suis même dit «  mais pourquoi n’as-tu pas fait un chignon ce matin ?  ». Je ne comprends toujours pas que personne n’ait réagi.

Le soir, j’ai fait 2 shampoings et un soin pour laver mes cheveux de ses gros doigts dégueulasses.

Consommer avec modération

Ca faisait déjà tout un temps que mon amie Emma m’avait lancé sur le sujet   «  Non mais t’imagines pas comme ça arrive tellement vite. C’est hyper fréquent qu’on se retrouve à faire des choses qu’on voulait pas du tout. Et c’est vraiment pas facile de savoir dire non ».

Moi ça m’étonnait vachement.
De un, parce que je pense être un gentleman. Je ne pourrais jamais insister pour obtenir d’une fille qui me plait ce qu’elle ne souhaite pas. Bon, gentleman ça peut aussi être le synonyme de timide. Qui peut même devenir le synonyme de “j’ose pas aborder les filles qui me plaisent” mais c’est un autre sujet j’en conviens.
De deux, parce que j’avais l’impression que c’était pas compliqué de dire qu’on a pas envie lorsqu’on a… pas envie.
Et puis j’arrivais pas trop à visualiser toutes les formes que pouvaient prendre les abus de consentement.
Je pensais aussi que c’était comme le viol ou les agressions sexuelles, des situations qui ne s’appliquent qu’aux femmes et même si je me montrais solidaire sur ces dérives scandaleuses, je ne me sentais pas vraiment concerné.

Mais il y a quelques mois, je suis à une soirée chez des copains et on boit des bières. Plein de bières. Trop de bières. Puis arrive ce moment alors que la nuit était déjà bien avancée où je me retrouve seul avec cette fille. Et rapidement, on se rapproche et on s’embrasse. Moi, en bon gentleman que je suis, je me dis (et je lui dis) que les bisous me suffiront pour ce soir. J’ai encore cette vision très catholique (archaïque me dirait mon amie Emma) où le sexe est relié à l’amour. C’est encore un autre sujet j’en conviens mais toujours est-il que je ne veux pas aller plus loin. Je suis ivre mais assez clair dans mes propos pour lui dire que je compte dormir cette nuit là et rien de plus. Sur le coup, elle semble accepter ma volonté mais insiste tout de même pour dormir à côté de moi. Je trouvais déjà que ça sentait le roussi cette histoire mais j’accepte cette proposition mi-naïf, mi-conciliant.

On se retrouve alors dans un dortoir commun à se caler sur deux matelas de camping malheureusement aussi grands que ma détermination du moment. Elle est très vite entreprenante et sa main “dérape” dans mon caleçon en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Je la retire une première fois avant qu’elle ne revienne et ainsi de suite. A ce petit jeu, on n’est pas rendu. Et pour le coup je me retrouve bloqué, autour de nous dormait une dizaine de personnes et je n’ose pas hausser la voix ou la repousser de manière trop agressive. J’ai du mal à dire combien de temps dure cette scène absurde de ses avances face à mes refus. Il arrive un moment où je ne vois plus d’autres options que d’accepter cette relation sexuelle qu’elle attendait avec ardeur. Nous sortons du dortoir et faisons l’amour dans la salle de bain tout en essayant de ne pas réveiller nos amis. Pendant l’acte, je suis ailleurs : à la fois stressé de faire du bruit et déçu de de ne pas avoir su imposer mes envies plus clairement.

Le lendemain matin, on se parle à peine et depuis, nous avons chacun repris le fil de nos vies sans plus jamais se croiser.

J’ai eu l’occasion d’en reparler quelques fois avec des proches. Notamment avec mon amie Emma qui m’a dit “ben tu t’es fait violer !”. Après en avoir d’abord rigolé, on a réfléchi à la question et si on accepte le terme dans sa définition stricte de “rapport sexuel imposé à une personne sans son consentement”, je dois reconnaître qu’on en est plus très loin. Un autre ami me disait que c’était malhonnête de ma part de dire ça car il aurait été simple de partir ou de m’éloigner d’elle. Il entend par là simple physiquement. Probablement. Néanmoins tout ça amène donc la question de la violence ou au moins de la domination psychologique portée par une personne sur l’autre. Les postures que l’on prend dans chaque situation spécifique varient et j’ai tendance à croire qu’une personne pourra très facilement passer du côté du dominant à celui de dominé en fonction du partenaire et du moment.

Et d’un autre côté, on parle aussi beaucoup des séquelles laissées par un viol. Si on revient sur mon expérience, je ne pense pas avoir de trace et j’en rigole plus volontiers que je ne m’en offusque. On pourrait donc dire que l’affaire est close mais si j’ai voulu écrire ce texte et plus globalement partager mon expérience, c’est que j’ai le sentiment que nos comportements sont par nature fondamentalement égoïstes. On considère souvent à tort que si l’autre ne réagit pas de manière brutale ou même si il hésite c’est qu’il doit bien avoir envie aussi.

Entre temps, j’ai appris à regarder de manière plus exigeante les rapports de séduction qui se déroulent en soirée. Et ce qui me semblait être une innocente tentative d’intimidation m’apparaît aujourd’hui comme un potentiel abus. Je ne dis pas qu’il est interdit de jouer de ses charmes pour impressionner l’autre et obtenir ce que l’on attend. La relation sexuelle peut être prémisse à une relation de couple tout à fait formidable. Mais je suis convaincu que nos rapports gagneraient à se construire sur une écoute plus approfondie des besoins et des envies des deux protagonistes. Quand un “non” est lâché, il est temps de lâcher l’affaire (et ça n’est pas le nom que je donne à mon organe génital) !

Trois fois rien

Rentrée à l’université. Tour de table. On dit d’où on vient. Ce qu’on a fait avant. Une fille parle d’innovation. Ça me plait. C’est la seule qui a prévu sa lunchbox pour le midi. Je me dis qu’elle aime cuisiner. Alors je vais lui parler. Elle deviendra ma super-copine, ma confidente, celle avec qui je teste les restos vegans et avec qui je passe mes week-ends.

Week-end à la mer. On cherche quelqu’un chez qui squatter sur couchsurfing.
Un mec propose de nous héberger sur son bateau. Bingo, on prend ! Avec son bateau il organise des sorties pour touristes : tour des îles du coin avec alcool à volonté toute l’après-midi. Allez, on y va. Les paysages sont magnifiques. On se baigne. On plonge. On fait des photos. On rigole. Et on boit. Un verre. Deux verres. Puis trois. J’arrête de compter.

17h, retour au port. Il nous propose de nous amener sur une plage un peu spéciale. Une plage d’argile. Allez go, on y va. Au passage, on achète une bouteille d’alcool fort. On est déjà bien bien bourré.e.s mais on continue. Sur la plage, personne. On se sert un verre chacun et on va se baigner, nos verres à la main. L’eau est chaude et nous aussi. On joue avec l’argile. Lui. Elle. Et moi. Chacun son tour on sort pour aller remplir les verres. Lorsque c’est son tour à lui, j’en profite pour vérifier qu’elle comprend la même chose que moi : il est en train de se passer un truc. Oui et c’est ok pour toutes les deux. On en rigole.

Il revient, on continue à se masser avec l’argile. Et nos mains dérapent dans nos maillots. Et nos langues font connaissance. C’est lui et elle puis lui et moi. Trou noir. Puis je comprends qu’on doit se dépêcher. Il doit aller bosser. Sa copine ne doit se douter de rien.

Minuit, je me réveille dans un lit dans un dortoir. Comment je suis arrivée là ? Qui m’a ôté mes vêtements ? Où est-elle ? Où est-il ? Toujours un peu bourrée, je reprends conscience doucement et je pars en exploration. Elle est là. Dans le dortoir. Ouf. Je descends les escaliers et je le trouve là. Il est à la réception de l’auberge – au travail. Il m’explique  : il bosse ici et il nous a ramené ici pour qu’on puisse dormir tranquillement. Il me rassure : vous ne payerez rien. Mais ce qui m’inquiète le plus c’est mon trou noir. Alors je lui demande : « Est-ce qu’il y a eu pénétration ?  » «  Est-ce qu’on s’est protégé  ?  ». Il m’affirmera qu’on n’a pas pris de danger. Je n’ai aucune confiance en lui, je ne le crois pas. Le jour d’après, angoissée, je prendrai la pilule du lendemain. Au cas où.

Maintenant je suis réveillée et bien plus en forme qu’il y a quelques heures. Le gars me plait. Il me chauffe à nouveau et me propose de s’isoler. On va dans la cuisine. Je lui dis que j’ai pas envie qu’on nous surprenne. Je ne veux pas qu’on puisse nous voir. Il me rassure et ferme la porte. Il m’allonge sur la table, on échange quelques caresses. Cette fois-ci il n’y aura pas de pénétration et j’en suis sûre. En remontant me coucher, je repère l’écran dans le couloir de l’accueil, sur lequel il y a la vidéo-surveillance. Alors oui, la porte était bien fermée mais pendant ce temps là, les touristes rentrant de soirée auraient / ont pu profiter du spectacle à la télé.

Le lendemain. Rires. Honte. Peur. Mélange subtil entre fierté de pouvoir cocher une nouvelle ligne sur la liste des choses à expérimenter et regrets. Retour à la vie normale.

Comme une voleuse

Je dois avoir 10 ans. Ce jour là, je suis dans un supermarché/bric-à-brac, en centre ville avec ma mère. Une après-midi shopping entre filles, un moment que j’apprécie particulièrement.

Nous sortons du magasin et voilà que l’alarme se met à sonner. Rougissant facilement, et n’aimant pas me faire remarquer, je vous laisse imaginer la couleur écarlate de mes joues. Bien sûr que non, je n’ai rien volé, mais le fait que les vendeurs puissent me prendre pour une voleuse me rend très mal à l’aise. Je regarde Maman, qui sait que je n’ai rien pris. On attend juste que la vendeuse vérifie nos achats et nous laisse ressortir. Mais cela ne se passe pas du tout comme prévu. La vendeuse appelle un de ses collègues. Je vois un « homme-de-sécu » arriver, il doit faire 3 fois ma taille et 5 fois ma largeur. Dans mes souvenirs, un monsieur très grand, très impressionnant et au regard très méchant. Il me demande ce que j’ai volé, je lui dis « rien ».

Il nous demande de le suivre. Maman est avec moi. Nous nous retrouvons dans un tout petit cagibi dans le magasin. Je n’ai qu’une petite robe sans poche sur moi. Il me demande de me mettre en sous-vêtements. C’est l’été et je suis en maillot de bain sous ma robe, nous allons à la plage ensuite.

Je regarde Maman qui acquiesce, et j’ôte ma robe. J’ai l’impression de me retrouver « à poil », face à lui, en maillot de bain. Il me regarde de loin mais ne me touchera pas. Effectivement, je n’ai rien caché dans les recoins de mon maillot. Il me demande de me rhabiller.

Nous retournons finalement à la caisse. Il s’avère que ce sont les nouvelles chaussures que j’ai aux pieds, qui ont toujours leur antivol.

Cet évènement m’a vraiment perturbé, dans ma petite tête de gamine de 10 ans. Pendant des années, je n’ai plus voulu retourner dans ce supermarché. Au point même que j’attendais devant l’entrée du magasin quand les gens que j’accompagnais y allaient.

A l’aube de mes 20 ans, j’ai enfin réussi à retourner dans ce magasin, même si j’ai toujours le « palpitant » en passant les portes de sortie.

Pourquoi ce monsieur s’est-il permis de me demander ça ? Avait-il le droit ? Comment moi, petite fille de 10 ans aurais-je pu refuser de retirer ma robe devant lui ? Comment se pose la question du consentement quand il y a un rapport de force  ? L’adulte, l’autorité, face à l’enfant ?

Et mon corps a regretté

C’est l’hiver et comme chaque hiver depuis maintenant 3 ans, je télécharge Tinder pour combler le vide affectif hivernal. A peine téléchargé, je match avec Xavier. Grand voyageur et bénévole dans une association de vélo... il me plaît. Quelques points communs plus tard, il me propose d’aller boire un verre dans la semaine. J’habite à la campagne, il habite à Lyon et n’a pas de voiture. Il viendra donc en stop. La campagne nous offre peu d’options. Le verre se transformera donc en repas à la maison. Le deal est clair, si ça ne match pas, la chambre d’amis est pour lui.

A son arrivée, c’est confirmé : il m’attire. Mais après quelques discussions cordiales, son côté introverti, sa manière de parler sans s’arrêter et son fort accent suisse me laissent dubitative. Une fois de plus, ce n’est pas la personne fantasmée. Ses paroles me fatiguent. J’ai envie d’aller me coucher. Mon cerveau fait des bonds dans tous les sens. C’est oui, c’est non, c’est peut-être. Alors je décide de “laisser faire le destin” et de voir ce qu’il en pense. Il me dit qu’il a envie de passer la nuit avec moi, je lui partage mes doutes et il me suit dans ma chambre. Ça ne m’aide pas, je ne sais toujours pas ce que je veux. On finira par coucher ensemble.

Au réveil, je n’ai qu’une hâte : qu’il s’en aille. Je n’ai plus envie de le voir. Son odeur mêlée à celle de son joint me dégoute. Je m’en veux, je n’aurais pas dû. J’ai l’impression de m’être salie, de m’être manquée de respect. J’ai confondu son lui-physique, référence au lui-virtuel fantasmé et son lui-personnalité bien réel. C’est avec sa photo et son pseudo que j’avais envie de passer la nuit, pas avec la personne que j’avais en face de moi. Ma tête s’est bataillée avec mon corps, elle a perdu. Et mon corps a regretté.

On grimpe dans la voiture. Sur la route, pas un geste, pas un regard, je lui fais comprendre que je ne veux plus le voir. Je suis en colère contre moi, il n’y est pour rien. Je le dépose à l’arrêt de bus le plus proche. Je rentre et je passe de longue minutes sous la douche, j’aère ma chambre pour me débarrasser de son odeur comme incrustée dans mes draps.

Comme si de rien n’était

La fille des amis de mes parents

J’avais 13 ans. Une fête chez des amis de mes parents. La fille de ces amis a environ le même âge que moi. Sur le canapé elle commence à vouloir appuyer sa tête sur mon épaule. Moi, prenant peur, j’ai un geste de recul et je marque la séparation avec un oreiller que je place entre nous deux. Je m’en suis voulu d’avoir été aussi froid et catégorique. Je crois que le fait qu’il y ait beaucoup de monde, mes parents y compris, ajoutait à ma gêne. Le regard de ma mère qui ne me lâche jamais, elle se serait sans doute moqué de moi ou aurait au moins eu une remarque montrant qu’elle me voyait.

Plus tard dans la soirée, avant qu’on s’en aille, la fille m’a proposé «  qu’on sorte ensemble  ». Je crois que mon cœur est parti en vrille et que je me suis senti complètement désemparé. Je ne sais même plus si j’ai répondu quelque chose. Que répondre à ça ? Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Je crois qu’ensuite elle m’a suggéré que je réfléchisse à sa proposition. De mon côté je n’ai jamais su formuler une réponse pour lui en faire part. Je pense que ma vie était presque incompatible avec le fait «  qu’on sorte ensemble  ». On habitait trop loin et j’aurais dû faire face à énormément d’obstacles : le regard de mes parents, de ses parents, l’appeler au téléphone (ma phobie  !). Assez vite j’en suis venu à douter qu’elle m’ait réellement fait cette proposition, que cette demande ait réellement eu lieu.
Trop incroyable.

J’aurais trop eu la honte de lui avouer qu’elle me plaisait. Et par là de l’avouer à tout mon entourage.
Mon esprit l’a refoulé.

Cet événement en deux moments m’a beaucoup marqué, tourmenté. J’y ai toujours repensé avec de la gêne et sans avoir l’idée d’en parler à quiconque. Beaucoup de culpabilité et de frustration de n’avoir pas su exprimer quoi que ce soit d’autre que de la négation par blocage, peur irrationnelle. L’impression d’avoir été snob malgré moi. Regret d’avoir été paralysé. Je précise que le sexe et les relations amoureuses ont toujours été quelque chose de très tabou dans ma famille.

La famille amie de mes parents par contre était beaucoup plus décomplexée sur ces questions. Moi j’étais timide et ils me faisaient peur, ils m’impressionnaient et la fille en particulier.

Avec mon regard d’aujourd’hui, éclairé par des lectures sur le consentement et la prise de conscience de la culture du viol dans laquelle on baigne, je suis plus indulgent avec moi-même, je suis moins bloqué dans un sentiment d’infériorité. J’ai quelques questions auxquelles je ne sais pas répondre : N’y avait-t’il pas dans son attitude un petit quelque chose d’une volonté de me provoquer, de se moquer de ma timidité ? Qui ferait du coup que sa demande n’était pas totalement sincère. C’est peut-être ma parano d’ancien timide pas tout-à-fait guéri qui parle. Ne s’est-elle pas faite l’agente, même très jeune, d’une norme sociale des relations amoureuses ? Au contraire ne m’a-t’elle pas mis face à une peur, qui aurait déjà été présente en moi à cet âge, du désir féminin ?

La queue du collège

Au collège, j’avais autour de 14 ans. Je faisais la queue avec mon ami pour manger à la cantine. Derrière nous deux meufs rigolent, se moquent de nous. L’une d’elle nous met la main entre les jambes à chacun de nous. Attouchements sexuels. De mon côté j’ai honte et je suis excité à la fois. Honte parce qu’elles semblent nous trouver ridicules et qu’à l’époque je suis timide et complexé par mon image d’intello coincé. J’ai le souvenir qu’on se regarde avec le pote de manière interrogative. Lui est plutôt en colère, moi intrigué. Il me dit un truc du genre « fais pas gaffe à elles ». Je crois que je tente timidement d’entrer dans une discussion avec notre attoucheuse. On est plutôt isolés, socialement rejetés avec mon pote, et moi qui souffre beaucoup de ça, je suis plutôt heureux d’exister pour elles, qu’une fille entre en contact, même si c’est de cette manière-là. Je cherche donc à prolonger la connexion établie. Au final ça n’a débouché sur rien. Je crois qu’on en n’a même pas reparlé ensuite avec le pote.

Plus tard à 20 ans c’est moi qui commettrai un attouchement sexuel non-consenti sur une amie.

Maladresse dans le hamac

J’avais autour de 15 ans. Dans un jardin avec cousins et cousines. Ma cousine du même âge est dans un hamac avec quelqu’un d’autre. Il n’y a plus de place !

Je m’installe derrière elle, jambes écartées, elle se retrouve entre mes jambes.

Elle ne bouge pas mais me dit quelque chose comme : « Mon cousin est un pervers. ». Je sais plus ce que j’ai répondu, je crois que j’ai ri mais sans réagir tout de suite. J’ai du changer de position ou m’en aller au bout de 2 minutes. Ce souvenir qui est resté dans ma mémoire me questionne sur mon intention à l’époque. Qu’il n’y ait plus de place était-il un prétexte pour me coller à elle de cette manière ? Je crois que j’aurais préféré que la place en face d’elle soit vide pour simplement partager de la tendresse de manière moins ambiguë. Moments de tendresse qui étaient plutôt de son initiative d’habitude. C’est le genre d’événement qui met en évidence ma construction masculine à l’époque.

Égoïsme masculin : Il n’y a plus de place dans le hamac ? Je m’immisce quitte à ce que ça soit inconfortable pour tout le monde.
Incapacité (maladresse ?) à faire preuve de tendresse sans y mettre une dimension sexuelle.

Dix-Sept

Je suis à un week-end teuf avec une amie dans un coin de France où je n’avais encore mis aucun pied. Grosse bande de potes (que je ne connais pas), fumette, picole, jeux, piscine, été. J’ai pas trop envie de boire. Je connais à peu près personne, et finalement même cette amie je la connais depuis peu. Et je ne saurais même pas dire où je suis sur une carte de France. On est dans la forêt ou en tous cas, un endroit verdoyant. On m’a emmené en voiture. Je ne sais pas où est le prochain habitat habité.

Y a un gars qui est avenant avec moi, il me sourit. Bon un faisceau d’indices fait que je dirais qu’il me drague. J’ai pas vraiment envie, mais en même temps (attention, là arrivent les excuses à mon comportement pas assez NON) c’est une opportunité dans un milieu inconnu quand quelqu’un vient vers toi. Alors je joue un peu du jeu. Jeu. Un bon moyen de sympathiser. Je vais assister au jeu en cours  : le touché-coulé alcoolique. Je fais l’arbitre, comme ça je m’intègre aux activités sans vraiment prendre part et boire. Lui il vient aussi, il veut jouer en équipe avec moi. Je dis non. 1 fois, 2 fois, peut-être 3. Et puis je veux pas non plus être la meuf qui veut pas boire, qui veut pas draguer, qui veut pas jouer ? Je sais pas. Je joue.
Touché coulé avec des shooters sur les bateaux. On a perdu, vite fait bien fait. Donc en 10min j’ai bu des shooters de vin rouge, whisky, rhum ou je ne sais plus quoi… Et oui on trouvait ça judicieux les mélanges…

22h. C’est le début du concert. Je danse 5 min. Je vomis. 1 fois. Le lendemain ma pote me racontera que le mec m’emballait... avant que je vomisse ? Entre deux vomis ? Je ne sais plus, je ne sais pas. Je n’aurais pas su en fait si elle me l’avait pas dit.

Ma pote et d’autres dont lui vont me coucher. Alors voilà, direction camping. Là-bas, je sais pas. Je suis allongée sur mon tapis de sol devant ma tente. Il reste avec moi. En fait il m’embrasse je crois. A un moment je suis rappelée dans le présent, dans mon corps. Pour dire Non. Qu’il m’enlace et me tienne chaud quand je suis dans le mal me va bien, qu’il me tripote alors que je comate plus ou moins passe encore, mais sentir son pénis au contact de mon pubis. Non. Mon esprit revient pour arrêter ça. Après je ne sais pas, je ne sais plus. Peut-être qu’il a rejoint la soirée. Peut-être qu’il est resté.

Je me souviens du lendemain. J’ai compté. J’ai vomi 17 fois. Je suis restée allongée dans l’herbe toute la journée, m’accrochant à la surface du sol. Avec quelques tentatives d’assises, quelques tentatives d’ingurgiter... pour mieux régurgiter. Bon 17 vomis, vomis est un bien grand mot quand l’estomac est vide. 17 rejets ? En tous cas moi j’étais dans le mal, et j’étais presque désolée pour lui, avec qui j’avais partagé de la salive, de ne pas être disponible. J’acceptais ses bras, ses étreintes, les sensations physiques présentes autres que l’acidité intérieure. J’étais éreintée. Ensuite, pendant 1 semaine, j’étais à l’envers. Je n’arrivais pas à manger sans remontée acide. Que nul ne rentre. 1 ou 2 ans plus tard, avec metoo, j’ai capté. J’ai capté ce qu’il avait fait. J’ai capté que c’était pas ok d’entamer une relation sexuelle avec quelqu’une qui ne tient pas debout, qui vient de vomir sa life. J’ai capté ce que personne n’a remarqué pendant la soirée, même pas moi. J’étais dégoûtée d’avoir été si gentille avec lui le lendemain. Y a pas longtemps, j’ai réalisé que j’ai peur des états de conscience qui m’empêcheraient de pouvoir bouger, de dire non rapidement. Une anesthésie générale ? Une séance profonde de méditation ? …

Contretemps

C’était après la soirée de mariage d’un couple de copains. J’y étais allée avec Tom, un ami qui m’y avait emmenée.
Tom me propose de monter pour boire un dernier verre. C’est vrai que la journée est passée vite et qu’on n’a pas pris le temps de vraiment discuter comme on le fait souvent.
Tout en sirotant un gin citron-romarin, on refait le monde, on parle des copains et puis de nous. Je lui raconte ma vie sentimentale, peu glorieuse à ce moment là. J’étais en couple mais j’avais l’intention de mettre fin à cette relation assez néfaste pour moi.
On passe un bon moment, il y a même un fond de musique. Encore un peu fous et très joyeux de cette belle fête, on s’est mis à danser en faisant de grandes enjambées, et des “sauts de biches”, l’espace nous le permettait. Habillés en costume pour l’un et en robe à fleurs pour l’autre, on avait les cheveux défaits. La situation devait sembler cocasse de l’extérieur.

Vers 4 heures, j’évoque finalement l’idée de rentrer chez moi. Tom, semble déçu que la fête s’arrête pour de bon, il me propose de rester et de dormir dans la chambre d’amis qu’il vient d’aménager. Je réponds que je préfère rentrer chez moi. Il réitère sa proposition en y ajoutant un soupçon de pathos : «  Demain c’est mon anniversaire, je suis attendu chez mes parents, à tous les coups ma mère n’aura même pas fait de gâteau. Tu veux pas passer un bout de dimanche avec moi ? ça sera plus chouette !  ».
Amusée et attendrie par sa franchise, j’accepte de passer la nuit là. Après tout, c’est sympa et ça n’était pas très raisonnable de rentrer chez moi en pleine nuit.
Je me sens super bien accueillie. Un grand lit est bordé et trône au milieu de la jolie chambre d’amis. Dans la salle de bain, il y a tout ce qu’il faut pour me rafraîchir et être à l’aise. C’est royal.

De la main, j’envoie un bisou à Tom avant d’aller me glisser sous l’épaisse couette de la chambre et m’endormir ! Tom part se coucher dans sa chambre. Quelques minutes plus tard, sur un ton blagueur et en projetant sa voix de manière à ce que je l’entende depuis ma chambre, il me demande de venir lui faire un bisou. Je crie sur le même ton qu’il n’est plus l’heure. Bonne nuit !
Mais le bougre ne lâche rien. Désespéré, il m’envoie un texto pour me demander si je dors, je réponds que oui. Je l’entends venir en marmonnant je ne sais quoi. Il frappe à ma porte et me demande s’il peut s’allonger un peu à côté de moi.

La situation m’amuse, j’ai passé une bonne soirée avec Tom et je ne suis pas contre l’idée de dormir avec lui. Une chose est sûre, je n’ai pas mis de point final à ma relation actuelle, il ne se passera rien ce soir. J’espère que c’est clair pour lui aussi.
Tom s’infiltre dans le lit, penaud. On discute en chuchotant en se faisant des papouilles dans le dos et dans cheveux, ça n’est pas désagréable. Je suis à deux doigts de m’endormir, mais bientôt, ses caresses descendent sur le ventre et les bisous de Tom se multiplient. Un bisou dans le cou, un autre sur le coin de la bouche. Je dois être forte et dire “Stop”. Il ne m’aide pas, il argumente, il tente. Il sait y faire ce Tom, il est doux et me fait rire. Je suis attirée pourtant je ne suis pas tranquille, je n’ai pas le coeur en paix. La légèreté ne suffit plus, je finis par mettre le holà. On se tourne le dos et on s’endort dos à dos.

Après une courte nuit, je l’entends s’extraire du lit. Je me demande bien ce qu’il est parti faire et comment la journée va se passer, une fois qu’on aura désaoulé. Finalement je me rendors pour quelques heures. A mon réveil, ça sentait le café, Tom avait été chercher des croissants et des pains au chocolat, il m’attendait pour le déjeuner. S’en voulait-il ? On n’a pas reparlé de cette nuit là.

Et maintenant ?

Les risques d’écrire et de partager

Lors de nos échanges, nous avons remarqué que ces expériences sont parfois partagées sur un ton plus ou moins léger (stratégie de banalisation bien ancrée ? gêne ?)... Pour autant, nous avons aussi pu observer nos difficultés émotionnelles à les écrire, à se les remémorer, à les faire lire, à se les faire corriger ou commenter, à imaginer les voir circuler.

Ici nous souhaitons vous partager quelques réflexions que nous avons eu lors de ce travail d’écriture… enfin surtout, nous, les femmes qui avont participé à ce travail d’écriture :

« Si j’écris ça, que c’est lu, imagine si c’est une personne impliquée dans le récit ? Imagine ça ne correspond pas aux souvenirs de cette personne ? Les miens étant parfois si flous... Imagine ça la blesse ? Imagine qu’elle se sente mal, accusée, ça l’énerve ? Imagine qu’elle t’attaque en retour ? »

En commençant à travailler sur le projet, nous nous sommes questionné·e·s sur l’anonymat de la démarche et notamment les réactions potentielles de notre entourage à la lecture des témoignages.
« Imagine ta mère, ta soeur, ta tata, ton papa lit ça. Imagine ielles captent que c’est toi. Imagine ielles te disent "t’avais qu’à boire moins", "t’aurais pas dû sortir à cette heure là", "fallait pas rester toute seule" et... "tu vas où demain ?" »

En parler c’est le « risque » de se faire infantiliser. On en a marre d’entendre qu’une femme ne devrait pas voyager seule, qu’elle ne devrait pas faire de stop seule, qu’elle ne devrait pas rentrer chez elle seule tard le soir, qu’elle ne devrait pas ci, pas ça et plutôt ci, plutôt ça. On n’a pas envie d’entendre « t’aurais dû... ».

Alors si on en parle, la dernière chose dont on a envie c’est que nos mères, nos pères, nos grand-mères, nos potes, nos connaissances, nos ex·e·s, nous disent « tu vois, tu devrais faire plus attention / faire ceci / penser cela ».
Non, nous n’avons pas envie d’être plus encore bridé.e.s dans nos libertés.

Ce n’est pas en contraignant les libertés des femmes que nous allons résoudre le problème. C’est en parlant, en s’éduquant toustes sur le sujet.

Nous nous sommes aussi attardé·e·s sur nos propres ressentis, nos émotions vis à vis du partage de ces textes.
«  Non mais ça, je ne peux vraiment pas en parler, c’est vraiment gênant.  »
«  Je me sens trop nul·le d’avoir fait ça, ça craint !  »
En parler c’est aussi avoir peur de se sentir jugé·e. Malgré l’anonymat. Peur d’entendre des personnes parler de nos propres textes, nos comportements, devant nous.
Avoir honte parfois. Honte de ne pas avoir réussi à exprimer son consentement. Honte de ne pas avoir réussi à écouter ce que l’autre désirait vraiment. Honte de ne pas avoir réussi à être soi, le “soi” qu’on aimerait être.
Alors ce recueil nous aide aussi à apprendre à accepter, à s’accepter. A faire le deuil de certaines situations. Accepter qu’on est humain et vulnérable. Pour certain·e·s, ce travail d’écriture est aussi une thérapie, une façon de “déposer son sac”, de passer à autre chose. Se remettre en question, accepter la personne que l’on est, et apprendre à découvrir celle que l’on veut devenir. Se découvrir en écrivant et apprendre à savoir ce que l’on veut vraiment. Apprendre à se poser les bonnes questions. A appréhender certaines situations. Se mettre à nu. Accepter ses faiblesses. Et en sortir grandi.

Témoignage d’une participante au projet :
« En écrivant, en racontant à l’oral ensuite (j’ai raconté une de mes histoires, non publiées pour la première fois suite à l’écriture, devant un groupe mixte, en moment informel) je me suis rendue compte de certaines distorsions de ma mémoire, de ma perception. Et ça m’aide à remettre certaines choses en place, à reprendre mon pouvoir, à discerner à quel moment je me dis maintenant que je ferais / serais différemment et comment, à discerner mon rôle dans l’histoire et ainsi pouvoir contacter ma scénariste interne pour lui demander des ajustements. J’aurais presque envie de faire un process : 1. écrire 2. raconter 3. questionner 4.revoir 5 réécrire » en mode théâtre-forum de l’écriture.  »

Et toi ?

Toi aussi tu as une(des) histoire(s) qui t’ont initiées au questionnement sur la notion de consentement ?
Tu peux nous les partager par mail à consentements@@@protonmail.com.

Le texte doit  :

• Etre sur le consentement corporel
• Se baser sur une expérience personnelle, et potentiellement son analyse avec le recul
• Respecter ton anonymat et celui des des personnes citées (changement ou disparition des lieux, dates, prénoms et autres caractéristiques facilitant l’identification,...)
• Avoir un titre
• Comporter une mention, lors de l’envoi, précisant si tu veux ou si tu ne veux pas qu’il soit partagé par Facebook, Instagram, livret (bref, partagé).

Il peut être illustré si tu le souhaites.

Et après ?

Nous avons bien aimé travailler sur ce sujet, ça nous intéresse et dans l’idéal, nous aimerions bien continuer.
Par exemple, faire d’autres livrets : un pour parler de situations où on a été témoin de moments qui nous ont posé question en terme de consentement dans l’idée de se questionner sur le rôle du témoin et de comment intervenir.
Ou encore, parler de situations super chouettes, où on a beaucoup aimé les modalités de consentement.

Si toi aussi c’est un projet qui te parle, que tu as du temps, de l’énergie à y consacrer, tu peux nous contacter.

Ressources

Ici nous te proposons des vidéos, des lectures et quelques d’outils pour aller plus loin, disponibles sur le web. Sur le livret numérique, tu peux cliquer sur les ressources pour accéder directement aux liens.

À REGARDER

- Comprendre le consentement, analogie avec une tasse de thé (Youtube)
- La roue du consentement (Youtube)
- Body Sovereignty and kids : how we can cultivate a culture of consent (en anglais, Youtube)

À ÉCOUTER

- Série OK/Pas OK, série des jeunes qui parlent aux jeunes de consentement

À LIRE

- Non c’est non - Petit manuel à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire - infokiosques.net et en librairie
- Le consentement : 100 questions sur les interactions sexuelles - infokiosques.net
- Apprendre le consentement en 3 semaines - infokiosques.net
- Fascicule sur le consentement - Je suis Indestructible
- La règle du «  fuck yes  » - Les fesses de la crémière
- Soutenir un·e survivant·e d’agression sexuelle - infokiosques.net
- The consent Check-list (en anglais) - Rewriting the rules

anonymes

P.S.

Recueil édité en France en juillet 2020.


[1] Être cis est le fait que son assignation de genre à la naissance correspond à son identité de genre.