BROCHURES

L’Université (dés)intégrée
Recherche-industrie-armée

Depuis deux siècles Grenoble mène le tempo dans le domaine des techniques et des technologies de pointe. Grâce à la Houille Blanche, à l’implantation de l’armée, à la bourgeoisie industrielle locale et à l’apport de scientifiques redoutables, elle prit très tôt une longueur d’avance dans l’acquisition d’infrastructures modernes dans les domaines du nucléaire, du magnétisme, de l’électronique et de l’informatique. Le campus de Grenoble s’inscrit dans cette « tradition » où les secteurs de l’industrie des matériaux, de la défense et de la recherche en informatique sont étroitement imbriqués depuis bien longtemps. C’est le fameux « modèle grenoblois » tant vanté par les élites locales. La nouveauté, l’ « innovation » comme ils disent, fût bien réelle concernant les méthodes de maximisation des profits à partir de connaissances nouvelles : transdisciplinarité, brevetabilité et création de start-up arrivèrent dans la cuvette directement importé du modèle de la Silicon Valley.

Louis Néel, Louis Weil, Félix Esclangon et leur clique sont la première génération de cette nouvelle classe d’ingénieurs ondulaires, à la fois scientifiques, militaires et politiciens. Ils ont développé Grenoble dans le sens de l’expansion technologique comme jamais.

La tradition s’est bien maintenue jusqu’à nos jours, elle s’est même renforcée, on parle maintenant d’ « éco-système » . Et c’est avec les noms de Destot, de Piolle, de Fioraso et maintenant de Lévy que nous abordons la deuxième décennie du XXIe siècle.

Dans tout ce fatras de start-up, de pôles d’excellence, de clusters, ces encravatés complexifient nos vies dans le sens d’encore plus de nuisances invisibles, une gestion accrue de nos quotidiens digitalisés, une centralisation des pouvoirs, une dépossession de nos futurs. Ils espèrent faire de nos cerveaux d’étudiant.e.s, de la chair à labo.

Patrick Lévy, le Cohn-Bendit grenoblois, ancien gauchiste fougueux, est ce que Michel Clouscard avait bien vu dans cette jeunesse blanche et rebelle des années 70, la future élite du pays. Non plus les bébés de Normal Sup et de l’ENA, mais les rejetons des écoles d’ingénieurs et des facs de sciences. Car voyez-vous, il ne suffit plus de gouverner les masses, il faut maintenant ingénier le monde (et le vendre pardi !) et l’on apprend cela à « Gre ».

Ils sont comme des poissons dans l’eau dans cette complexité des flux et des structures capitalistes. Ce sont eux cette classe qui s’enrichit en capital cognitif et financier avec l’aval de l’État et l’injection de ses deniers. On peut dire qu’il n’y a pas vraiment « d’interventionnisme » ou de « laisser-faire » mais simplement un État qui joue son rôle de guide et d’assise pour le développement de la croissance du profit et l’expansion de la puissance de calcul (contrôle). Son règne est à ce prix.

Ce texte est une enquête sur les structures de base qui déterminent les directives en matière de recherche et d’enseignement à Grenoble, elle n’est pas exhaustive. Elle se focalise sur quelques personnages intelligents (adaptés) qui ont tout fait, par idéal scientifique ou goût du pouvoir, pour développer et accélérer l’accroissement de la Bête à trois pattes : recherche-industrie-armée.



« La liaison Université-Industrie, dont le principe doit être maintenu et développé pour le bien de l’une et de l’autre, a confirmé le caractère de primauté de Grenoble, ville pilote appelée à parrainer ou lancer des idées nouvelles et généreuses. » Paul-Louis Merlin, un grand industriel de Grenoble, pour la création de l’Association des Amis de l’Université de Grenoble en Novembre 1963.

« L’université intégrée naîtra au 1er janvier 2020 » Patrick Lévy, Président de l’Université Grenoble Alpes, lors d’une interview au magazine l’Essor du 5 mars 2018.

Avertissement à l’édition en livre

Ce petit livre était à la base une brochure écrite en 2018 pendant le mouvement social contre la sélection à l’entré des universités (loi ORE). Le propos entendait dépasser les sempiternelles lamentations des syndicats et partis étudiants visant l’abrogation de telle loi, ou telle réforme. Elle se donnait pour axe, une critique du système universitaire moderne, dans ses fonctions principales économiques et politiques en prenant l’exemple de Grenoble, campus mortifère par excellence, que les auteurs connaissent bien pour y avoir étudié, habité et lutté.

Le versant militarisation du campus, même s’il était déjà constaté et référencé depuis longtemps, nous est apparu clairement, comme un choc, une baffe, pendant le colloque de FRONTEX à FRONTEX [1] dans le bâtiment PILSI le 22 Mars 2017. D’abord parce qu’un colloque avec pour participants des instituts policiers et militaires [2] dans une université, aux vues et aux sus de tout le monde, nous paraissait pas anodin quand au message envoyé par la fac de Grenoble. Message assez novateur et décomplexé, sur l’esprit de « transversalité » entre recherche civile et militaire. Ensuite, parce le rassemblement puis l’« invitation » des opposants et opposantes à Frontex dans le bâtiment, donna lieu à une charge répressive policière assez brutale [3]. Cette violence, nous avait fait prendre conscience alors, qu’on ne pouvait pas rentrer impunément dans un bâtiment abritant des laboratoires protégés et classés où des recherches pour l’armée et pour les boîtes françaises d’armement se déroulent (on verra les détails dans le corps du texte). L’intensité de la réaction étatique montre que l’opposition avait vu juste à l’époque en allant perturber leur petite sauterie.

Dans un capitalisme aux cycles dit « rétrécis », la R&D et les technologies numériques permettent aux pays moteurs de la dynamique économique mondiale, d’engranger pouvoir et capitaux. Dans ce contexte, les universités jouent un rôle clé d’amorçage et de redémarrage des cycles. La recherche, le renouvellement des moyens de production (« l’innovation ») et la formation d’une main-d’œuvre hautement qualifiée étant les moyens efficaces d’être compétitif et de le rester pour les États et les entreprises stratégiques affiliés.

Le secteur de l’État a qui bénéficie majoritairement les recherches universitaires est le secteur militaire [4]. Il a la primauté dans les trouvailles scientifiques en maintenant un flux d’argent, de pouvoir, de loi et de relations dans tout le secteur de la recherche. On en a un exemple avec la dynamique de collaboration entre les grandes écoles militaires (L’Institut de recherches stratégiques de l’école militaire, École Polytechnique, l’Institut des Hautes études de défense nationale) et les universités. Cette collaboration se renforce depuis une dizaine d’années. Le point culminant se situe pour l’instant en 2016 où un nouveau partenariat est signé entre les différents organismes publics [5]. Il intervient dans un contexte où la force militaire des pays du Nord capitaliste est demandée dans des champs d’actions de plus en plus divers (renseignement, humanitaire, cyber-sécurité, lutte contre le « terrorisme »...) et où il devient primordial de détenir des technologies toujours à la pointe. C’est un espèce d’échange de bons procédés dans lequel autant l’armée que les universités-entreprises en profitent : d’un côté la pluri-disciplinarité des enseignements universitaires permet aux cadres militaires d’élargir leurs compétences et leur vision. De l’autre, instaurer une « pensée de défense » dans l’Enseignement Supérieur [6], permet de rétablir l’idéologie étatique et de restaurer les fonctions régaliennes dans des facs où, depuis 1968, les pensées progressistes de gauches, souvent anti-militaristes et anti-capitalistes accompagnent de nombreux mouvements sociaux d’ampleur.

À Grenoble les relations entre l’armée, l’industrie et l’université sont étroites, elles sont mêmes fondamentales [7]. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est cette « symbiose » qui a donné ce que les politiciens appellent le « modèle grenoblois ». Historiquement bastion de la recherche ingéneuriale avec la Houille Blanche, Grenoble, après l’armistice de 1940 est situé en zone "libre" sous le contrôle de l’administration de Vichy. Elle accueillit alors bon nombre de chercheurs et de matériels qui ne devaient pas tomber aux mains de l’ennemi. À la libération, sous l’impulsion des hauts cadres de l’armée cette ville fut retenue pour la création du CEN-G, qui deviendra par la suite le CEA Grenoble [8].

Dans ce texte, on essayera de croiser les informations pour dénouer les liens entre les structures militaires et l’université de Grenoble. La thèse que nous soutenons en filigrane est que l’université de Grenoble est un pur produit de l’alliance militaire-industrie, qu’elle n’aurait jamais atteint sa puissance actuelle sans des personnes et des décisions politiques venant du secteur militaire de l’État et des capitaux frais des industriels bien implantés comme Merlin-Gérin. Ainsi capitaux-pouvoirs-armée (et main d’œuvre italienne et portugaise), tout était réuni à Grenoble pour en faire un haut lieu du techno-capitalisme à la française. Rien d’étonnant aujourd’hui si le président de l’UGA, Patrick Lévy, signe à tout bout de champs des accords avec l’armée de terre ou le CEA.

Nous en sommes donc venus à la conclusion, et nous ne nous en cachons pas, qu’il ne faut pas sauver l’Université, ni la recherche française. Toute pensée réellement anti-capitaliste ne peut envisager de conserver l’Université et la recherche même réformées. Depuis l’avènement après guerre de la pensée siliconienne des universités (Standford et MIT surtout), ce sont les bases même des universités, vues comme des pôles de la compétition mondiale pour le savoir (savoir capitalisable, il va s’en dire) qui sont devenus des moteurs du capitalisme. Dans ce contexte, il faut extirper, dans les combats de la gauche anti-capitaliste, la vision romantique des universités à la Érasme d’« élever l’âme et l’esprit » et de participation à la vie philosophico-politique de la cité [9].

Si tel est encore le cas, c’est à la marge. Parce qu’un pouvoir hégémonique sait aménager quelques niches pour prouver qu’il ne l’est pas (les quelques sections de littérature comparée et de grec ancien maintiennent inconsciemment cette illusion). D’un autre côté, les mouvements de démilitarisation des campus aux USA et au Canada sont motivant et intéressant. Il y a des personnes sérieuses qui trouvent des infos et mettent réellement la pression sur les administrations des campus mais, il faut le dire, il y a une certaine forme de naïveté et un parti pris démocratique-réformiste [10]. En France, le campus grenoblois a été depuis sa création dans les années 60, un modèle de ce nouvel esprit universitaire, il ne peut être réformé car se sont ses bases (qui ont aussi inspiré les autres grands pôles universitaires français) qui sont à revoir. Seul un changement de paradigme mené par des luttes révolutionnaires, une lame de fond massive et globale, peut espérer démolir cette édifice. Quand à la construction d’autre chose, c’est une autre histoire dépassant le propos de ce livre.

Septembre 2019.

Introduction - Grenoble est magique (pour les industriels)

« Ce que montrent la plupart des études, c’est qu’un véritable complexe de recherche développement existe alors dans le pays, que la période gaullienne est celle de l’enchantement pour une science fondamentale devant féconder directement l’économie nationale, qu’elle est celle des grands programmes pilotés par l’État et qui visent à combler le « fossé scientifique et technologique » qui sépare l’Europe des États-Unis. L’idée est d’investir les domaines essentiels à l’affirmation de la puissance (nucléaire, espace, électronique, informatique) car ils sont ceux de la modernité, et, car les « retombées » seront de toute façon bonnes pour l’industrie civile dans son ensemble. Le financement public est donc très concentré et destiné à des secteurs à marché protégé dans lesquels le poids des commandes militaires est essentiel. »

Cahier pour l’histoire de CNRS. 1990-8, Louis Neil, le magnétisme et Grenoble. Récit de la création d’un empire physicien dans la province française. 1940-1965. D. Pestre, édition de CNRS, 1990.

L’année universitaire prochaine, l’université de Grenoble dénommée UGA (Université Grenoble Alpes) devient l’ « Université intégrée ». Après la fusion des universités Stendhal, Joseph Fourier et Pierre Mendès-France en 2016, après l’argent de l’IDEX en 2017 (800 Millions d’euros de dotation d’État), une nouvelle étape sera franchie dans ce modèle de l’Université comme entreprise compétitive d’ici 2020. C’est un capitalisme effréné où ce qui compte ce sont les classements mondiaux, l’écrasement des autres campus pour attirer le plus de clients-étudiants et le transfert de la matière grise vers l’industrie et les laboratoires de l’armée. Pour les étudiantes et les étudiants qui fréquentent le campus de Grenoble, les phénomènes visibles de ce massacre organisé sont bien sûr la disparition programmée des livres et des petites bibliothèques dites « de composantes », la destruction de bâtiments puis leurs reconstructions en partenariat public-privé, la bétonisation du campus et sa digitalisation à foison. Ce sont les vigiles qui se multiplient comme des petits pains, la présence policière systématique, la venue d’industriel dans le CA de la fac, des laboratoires travaillant sans vergogne pour la fabrication d’armes et de drones. Ce sont les caméras, les bornes de payement, les contrôles dans les résidences qui d’ailleurs se privatisent. Bref des phénomènes disparates mais qui procèdent d’une même logique à l’œuvre.

On vous propose ici d’y voir un peu plus clair sur les forces politico-industrielles du campus et les choix fait par la présidence. Pour ce faire, on replacera la fac de Grenoble dans le contexte historique local.

Grenoble, cible privilégiée des politiques publiques en matière de recherche, a su tirer avantages des ressources naturelles, de l’apport de hauts-ingénieurs tels que Louis Néel, Félix Esclangon, ou Louis Weil et d’une bourgeoisie industrielle bien implantée. C’est le triangle : écoles d’ingénieurs - recherches - industries qui permit le développement des moyens de production (matières grises, machines, brevets…) et de l’« écosystème » politique et financier autour des hautes technologies dans, ce que l’on nommera plus tard, le modèle grenoblois. Ce modèle prit réellement son essor avec la création du campus dans les années 60. La stratégie consistait à recruter des enseignants-chercheurs pointus et de renom (Soutif, Kuntzmann) dont les enseignements étaient tournés vers des applications industrielles et militaires bénéfiques (« valorisables ») pour le bassin capitalo grenoblois. L’exemple de la création du département d’informatique et mathématiques appliqués (le premier en France), tout entier voué à l’industrie des barrages, est flagrant. Cette stratégie est ce qui se cache derrière le mot qu’ils ont tout le temps à la bouche, le mot « innovation » : un transfert de l’intelligence collective au profit du renouvellement des moyens de production capitaliste.

On essayera ensuite d’établir une cartographie des instances et des groupes d’influence actuels du campus grenoblois.

Enfin, on gardera une large place au nouveau mandarin de la fac, Patrick Lévy, son réseau, son œuvre, sa stratégie. Celui-ci s’inscrit dans une tradition politique grenobloise depuis les années 60 : faire un campus de prestige, subordonné à la demande en main-d’œuvre qualifiée de l’industrie locale.

Attention, ce long texte part du présupposé (parti pris subjectif) qu’on ne peut pas combattre les structures du pouvoir et les systèmes de domination sans connaître avec précision les rouages et les acteurs principaux de ses structures. Aucune naturalisation derrière la violence et la coercition, seulement des Hommes (surtout des hommes), aux manettes et des imaginaires-colons broyant nos pouvoirs d’agir. La complexité de la méga-machine et le spectacle partout présent font qu’on n’y comprend pas grand-chose à tout ce qui arrive aujourd’hui. Les contre-feux et les captations des énergies révoltées vers d’épuisantes routines et des impasses de l’esprit nous détournent souvent des enjeux globaux et nous auto-affaiblissent. Les questions, qui commande ? Avec quels moyens ? Dans quels buts ? Et avec quels soutiens ? ont jalonné l’écriture de ce texte.

I - Louis Néel, artisan du modèle grenoblois

« Je ne désirais pas rester à Grenoble pour en faire le marchepied d’une carrière parisienne mais bien avec l’intention de créer un centre de recherche suffisamment important pour en retenir les cadres »

Louis Néel, Un siècle de physique, éditions Odile Jacob, 1991. [11]

« Il a su attirer les industriels par le dialogue ou le transfert des connaissances, valorisant ainsi les travaux scientifiques de son équipe par des applications, tout en communiquant aux chercheurs et professeurs le goût d’innover et d’entreprendre. Basée sur la pluridisciplinarité et l’ouverture, la stratégie de Louis Néel : Université- Recherche- Industrie s’est révélée remarquablement féconde. »

Louis Néel, un prix Nobel de Physique exceptionnel, Nguyen Khac Nhan, mai 2011 [12]

Après la Seconde Guerre mondiale, Grenoble est déjà bien installée comme un centre scientifique majeur de la France. Historiquement, son « attraction » vient de l’industrie de la « Houille Blanche », la force hydro-électrique produite grâce aux nombreux torrents et rivières de la région. C’est Aristide Bergès qui a forgé ce terme, en 1889, lui pour qui « le moindre filet d’eau dans les grandes hauteurs n’est plus de l’eau, mais de la houille noire, qui sourdit automatiquement du sol » [13]. L’énergie quasi-illimité qui sort des turbines permet l’implantation d’infrastructures industrielles et étatiques énergivores : papeterie, chimie, électrolyse de l’aluminium, tissage, métallurgie, puis synchrotron, puce à silicium, champs électromagnétique et nanotechnologie. Comme le souligne le géographe Armand Frémont au sortir de la guerre :

« De cette époque, [les années 50] date la mise en place d’un système triangulaire typiquement grenoblois, associant fortement l’université, la recherche et l’industrie. » [14]

Ce système favorise également l’émergence des premiers grands établissements scientifiques grenoblois, comme l’Institut électrotechnique en 1901 (devenu Institut Polytechnique de Grenoble, IPG) et l’École de papeterie. Mais laissons à Louis Néel le soin d’exposer la tradition grenobloise liaison industrie-recherche :

« Bien sûr, cette tradition remontait d’ailleurs fort loin. Le premier comité d’accueil pour les étudiants étrangers avait été fondé dès 1895 par des industriels grenoblois. C’était également eux qui avaient cédé les terrains pour construire l’Institut polytechnique. Leurs mobiles n’étaient d’ailleurs pas désintéressés. (…) On sait que c’est à Grenoble qu’a été créée la première école d’électricité à la suite du développement de la houille blanche. L’initiateur en fut Paul Janet qui avait fondé l’Institut électrotechnique de Grenoble avant de faire l’École supérieure d’électricité de Paris (Sup’élec). C’est l’hydro-électricité qui a assuré le développement d’industries comme la papeterie, grosse consommatrice d’énergie, ou l’électrochimie avec Ugine (Société d’électrochimie, d’électrométallurgie et des Aciéries électriques d’Ugine), une firme dirigée par des gens comme George Painvin, un type brillant qui avait d’excellentes relations avec l’Université. » [15]

Après la guerre tout est déjà bien en place à Grenoble pour lancer la machine de l’innovation : l’université de Grenoble, les Écoles d’Ingénieurs (Institut Polytechnique de Grenoble), les industries locales (Merlin-Gérin, Neyrpic, Sogreah, Bouchayer-Viallet, Ugine etc.). Tout ce petit monde est en lien. Grâces à des hommes d’un nouveau type, émergeant dans une période où la science et ses applications commencent à prendre le pas sur l’idéologie pure. Ils sont tout à la fois chercheurs, hommes d’affaires et politiciens. Louis Néel est l’archétype en la matière. Chercheur-ingénieur-militaire brillant, expert en physique magnétique pour les sous-marins de la Marine, il est envoyé pendant la Seconde guerre mondiale à Grenoble en « zone libre » pour développer les recherches militaires et industrielles avec son assistant Louis Weil. Il sera le pilier du lien après guerre entre industriels, militaires et Université. D’un tempérament pragmatique, ses interlocuteurs industriels ne verront que des avantages à ce qu’il prenne en compte les questions de rentabilité et de débouché dans la recherche scientifique. Il empochera des brevets de l’usine Ugine et aura comme ami les gros industriels du coin.

C’est Félix Esclangon, remplaçant à la tête de l’Institut Polytechnique de Grenoble de M. Gosse pendant le régime de Vichy, qui permet à Louis Néel de rencontrer les industriels. En 1942, Esclangon confie à Néel le réputé Laboratoire d’Essais et Mécanique (LEM) fondé en 1919 sous l’impulsion du plus gros industriel grenoblois, Aimé Bouchayer (dont l’histoire illustre les relations privilégiées qui ont toujours existé entre les milieux industriels grenoblois et l’université). Louis Néel profite de ce poste privilégié pour nouer des contacts intéressants avec les industriels de la région. Ces liens sont renforcés grâce à la « Société des Amis du LEM », créée en 1929 et qui rassemble des cimentiers (Vicat), des métallurgistes, des chimistes (Kuntzmann, Progyl), des entreprises de mécanique et d’hydraulique, des papetiers. Cette société a permis à Louis Néel d’approfondir ses relations avec un allié d’envergure pour le développement économique de Grenoble, Paul-Louis Merlin (PDG de Merlin-Gérin) :

« P.L. Merlin, le créateur de la plus grosse entreprise d’équipement électrique de la région […] C’est ainsi que peu de temps après mon arrivée, j’étais déjà bien introduit auprès des universitaires, des industriels et des professions libérales. » [16]

Louis Néel crée en effet en 1949 à Grenoble le Laboratoire de Magnétisme du Navire (LMN) sous la demande et l’impulsion de l’armée afin d’aider les constructions navales. C’est lui qui le dirige jusqu’en 1956. C’est ainsi que furent étudiés à Grenoble, sur le plan du magnétisme, la plupart des navires français conçus à partir des années 1950. En 1954, Louis Néel devient le directeur de l’IPG en remplacement de Félix Esclangon, nommé Professeur à la Sorbonne et obtient la création en 1970 des trois Instituts Nationaux Polytechniques de Grenoble, Toulouse et Nancy. Louis Néel crée aussi en 1956 le Centre d’Etudes Nucléaires de Grenoble (CEN-G, branche provinciale du CEA, dénommé « le singe » par les travaileurs), dont il devient le président, avec le soutien de Francis Perrin. Pour la construction du CEN-G, Louis Néel fait appel à des officiers et ingénieurs de la Marine en raison de leurs compétences techniques. Il s’agit de Bernard Delapalme (un polytechnicien devenu son adjoint), Paul Roussillon, Guy Denielou, Michel Cordelle, Robert Gerbier, Henri Mondin et Hubert Dubedout (élu plus tard comme Maire de Grenoble). Dans les années qui suivent, le CEN-G se développe rapidement, notamment avec la création d’unités mixtes université-CEA Grenoble. L’extension des activités de recherches se poursuit encore à Grenoble, avec la création du Service National des Champs Intenses (SNCI) à la fin des années 50 par Louis Néel et René Pauthenet (qui a travaillé en 1958 au laboratoire d’IBM à Poughkeepsie).

C’est au sein de ce laboratoire que sera découvert l’Effet Hall. Ce laboratoire est l’héritier aujourd’hui du Laboratoire National des Champs Magnétiques Intenses (LNCMI). En 1967, grâce aux progrès réalisés en techniques neutroniques, Louis Néel propose et obtient la création de l’Institut Laue Langevin (l’ILL). Ce réacteur nucléaire à haut flux, financé par 11 pays dont les trois partenaires Allemagne, France et Royaume-Uni, exploite la source de neutrons la plus intense au monde. C’est le gros dôme bleu sur la Presqu’île scientifique que tout les grenoblois et grenobloises connaissent. La dernière grande contribution de Louis Néel à l’expansion de la recherche à Grenoble est certainement la création de l’European Synchrotron Radiation Facility (ESRF). Le fameux « anneau » que l’on peut observer du haut de la bastille. Il recevra le prix Nobel en 1970 et sa double casquette de militaire et de scientifique lui permettra d’être le représentant de la France au Comité Scientifique de L’OTAN entre 1956 et 1980 (interruption entre 1957 et 1960).

II - Louis Weil imagine un campus à l’américaine

L’Essor : « Justement, le programme de la future UGA, c’est « l’université intégrée », avec un fort poids à l’international. C’est une sorte de grand campus à l’américaine ? »

Patrick Levy : « C’est un établissement géant qui n’inclue pas que les trois anciennes universités, mais aussi les structures comme Grenoble-INP. On gomme les frontières pour plus de simplification, mais les instituts qui le souhaitent peuvent garder une indépendance en conservant une personne morale à leur tête. Ce ne sera pas une fusion, mais une intégration ! » [17]

Le 2 décembre 1961, afin d’accueillir un nombre croissant d’étudiantes et d’étudiants, et de disposer de constructions modernes favorables au développement des laboratoires de recherche, la première pierre du campus à l’américaine est posée. Le « domaine universitaire » se développe alors sur une zone de culture maraîchère de 186 hectares, à cheval sur les communes de Saint-Martin-d’Hères et de Gières. Louis Néel en collaboration avec Louis Weil prennent une part essentielle à la création de ce campus.

La décision d’ouvrir l’université hors la ville est annoncée le 14 octobre 1960 par le recteur Robert Trehin. Le 2 décembre 1961, la première pierre du futur campus à l’américaine est posée (en présence du ministre Lucien Paye). Cette première pierre toute symbolique est destinée au bâtiment de l’Institut des Mathématiques Appliquées (IMAG) [18] mais se pose en réalité à l’extrémité de la rue Barnave afin d’éviter aux officiels d’avoir à marcher dans la boue des champs (tout cette zone est infestée de marécages). Elle disparaît très vite par la construction de la rue des Résidences sur son emplacement. Première pierre destiné non à un bâtiment dispensant connaissances et savoirs désintéressés, mais pour un lieu qui servira à la formation d’ingénieurs et d’informaticiens facilement corvéables chez Merlin-Gérin et les autres grosses boîtes de l’agglo. Schéma typique des études à la grenobloise dans les années 70-80.

Dès les premières années, les résidences étudiantes sont construites grâce à une avance de la société Merlin-Gérin gérée par l’Alliance universitaire de Grenoble. Les chantiers se suivent, la bibliothèque Droit-Lettres comportant 500 places assises est ouverte en 1966. Celle des Sciences en 1967, sur une surface de 13 218 m2 et compte 2 100 places assises. La dynamique d’expansion illimité de la structure universitaire est bien lancée.

Louis Weil prend une part essentielle à la création de ce campus. Il est élu doyen de la faculté des sciences en 1961. Souhaitant associer le plus possible l’industrie locale des travaux publics à cet immense chantier, il parvient à convaincre l’administration centrale de faire travailler des architectes de la région. La mise en service du bâtiment de l’Institut des mathématiques appliquées a lieu en octobre 1963, et se voit équipée pour l’occasion d’un ordinateur dernier cri de deuxième génération, l’IBM 7044. Louis Bolliet, élève de Jean Kuntzmann est le premier chercheur à l’utiliser.

« Au tournant des années 1950-60, Weil est en fait devenu un personnage essentiel de la scène grenobloise. (…) Il est en 1957 l’organisateur du grand colloque de Grenoble sur les relations Université-Industrie(…) ; il conçoit l’année suivante, l’association pour le développement des recherches de Grenoble, un organisme regroupant les industriels et des universitaires, et permettant la passation de toutes sortes de contrats à destination des laboratoires de l’Université. (…) Il est aussi celui qui prend en charge localement, la question de la nouvelle Faculté des Sciences à construire en dehors de la ville, celui qui négocie l’achat des terrains, et qui réalise le premier plan de masse(…). La ville scientifique « appartient » donc maintenant à Néel au nord-ouest, là où se trouvent l’Institut polytechnique, le LEPM du CNRS et le CENG en construction – toutes institutions qu’il dirige – et Weil à l’est, là où s’édifient les locaux de la nouvelle Faculté – et où Soutif nommé professeur de physique générale lors du départ en retraite de Fortrat décide de déménager. » [19]

L’informatique (on disait « télématique » à l’époque) conjuguée aux mathématiques arriva à point nommée : ce fût la création des « mathématiques appliqués ». Les industriels de la région grenobloise s’en servir pour la modélisation complexe des forces s’exerçant sur les chutes d’eau et les barrages hydroélectriques, abondamment présent dans la région.

Jean Kuntzmann, à peine arrivé à Grenoble, est sollicité par Félix Esclangon, professeur de physique à la Faculté des Sciences et directeur de l’Institut Polytechnique, pour développer un enseignement de mathématiques à l’usage des ingénieurs. Cet enseignement démarre dès l’année universitaire 1945-46 et sera le premier enseignement d’analyse appliquée dans une université française, avec des travaux pratiques sur « machines à calculer de bureau » (de la taille d’une grosse armoire tout de même). Son cours aura un immense succès. Grâce au relation d’Esclangon, Kuntzmann signe un contrat avec le Service Technique des Armées (STAE), qui permet à son laboratoire de survivre aux premières années difficiles. C’est le lancement de l’informatique militaire en France. Au sortir de la guerre, en 1946, un autre laboratoire est à la pointe de l’innovation. C’est le LEPM, le Laboratoire d’électrostatique et de physique du métal, porté encore une fois par Louis Néel et un scientifique-ingénieur très doué pour la construction de bobine électrostatique, Noël Felici.

Sa création est appuyé à la fois par Frédéric Joillot-Curie, le boss du CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) pour leurs applications dans le nucléaire, et à la fois par les industriels de la région qui y voit des nouvelles machines pour produire à moindre coût de l’électricité. C’est le premier laboratoire du CNRS en province et, nouveauté supplémentaire, il est logé par l’université, et doté par elle de sept collaborateurs, tandis que le CNRS fournit ses budgets ainsi que nombre de chercheurs, boursiers et techniciens. Ce laboratoire construira des nouveaux prototypes puissants de bobines. Et c’est tout bénef pour Néel qui en profite avec son ami Felici pour créer la SAMES (Société Anonyme des Machines Électrostatique). Au début, cette « start-up » avant l’heure s’installe dans les locaux même de l’IPG pour profiter de son atelier central :

« A la suite d’un accord passé avec l’Université de Grenoble et une prise de brevet, Felici et moi avons créé la Sames, une affaire absolument magnifique pour le LEPM, surtout qu’après s’est développé le Centre d’étude nucléaire de Grenoble (CENG) pour lequel elle a construit beaucoup de générateurs électrostatiques. » [20]

EDF et le CNRS comptent parmi les clients célèbres de la Sames. Georges Truffaut, PDG des Établissements et Laboratoires Truffaut demande aussi à Louis Néel et Felici de lui fournir des machines électrostatiques capables d’alimenter des poudreuses agricoles. C’est en collaboration avec la Sames que Louis Weil, dirigeant des ingénieurs allemands prisonniers travaillant à l’IPG, signe un contrat avec la Marine pour l’étude et le développement de peintures électrostatiques sous-marinier anti-radar. Le LEPM et le Laboratoire des Essais Mécaniques de l’IPG recevrons 500 000Frs en 1947, un million par an de 1948 à 1951 et deux millions par an par la suite en subsides militaires.

Louis Weil, adjoint et ami de Néel, signe un contrat avec Air Liquide au début de 1956 puis crée la Société d’Études et de Construction d’Appareillages pour Très Basses Températures (TBT) [21]. Les liquéfacteurs se vendent bien et TBT produit également des instruments de mesure à très basses températures. L’Air Liquide rachète TBT et en 1961 prend la décision de créer à Sassenage, banlieue de Grenoble., un Centre Technique des Applications des Basses Températures (CTABT). Des centaines d’ingénieurs et techniciens travaillent ici sur les supraconducteurs, la propulsion des fusées, la congélation des tissus vivants etc.

En 1957, Néel et Weil crée une section électronique au sein du CEN-G, à partir d’un détachement du laboratoire de radio-radar de la Marine, avec les mêmes qui travaillaient sur les peintures (notamment l’ingénieur Delapalme). Cette section est dirigée par Michel Cordelle, cadre dans la Marine, ingénieur Sup’élec. En 1960 cette section compte une quarantaine de personnes, la plupart issues de la Marine. C’est l’embryon du futur CEA-LETI (Laboratoire d’électronique et de technologie informatique ou instrumentation) créait en 1967, dont la devise actuelle est « servir l’industrie dans la préparation de l’avenir ». Ce laboratoire utilisera les compétences de la Marine et des ingénieurs en électronique pour créer une électronique de pointe capable de supporter la radioactivité à l’intérieur des centrales nucléaires. Aujourd’hui le LETI développe entre autre la nano-électronique notamment pour les fantassins du futur. On peut citer aussi l’entreprise SOITEC, tout droit sortie du LETI, leader dans la fabrication des puces à silicium hautement résistantes notamment pour l’armée et le nucléaire.

En 1947, l’Association des Amis de l’Université de Grenoble est créée et deviendra en 2001 l’Alliance Université-Entreprise de Grenoble (AUEG). Présidée à son commencement par l’industriel Paul-Louis Merlin, son but été de favoriser les liens entre l’université, l’industrie et les grands organismes de recherche qui s’implanteront à Grenoble dès l’année 1955 (CEA puis CNRS notamment). Michel Soutif, (laboratoire de spectrométrie physique) son président d’honneur, ancien nucléocrate grenoblois arrivé en 1953 dans la Cuvette, s’y connaît en « modèle grenoblois » :

« Grenoble est une ville qui fabrique des ingénieurs.(…) Le génie de Weil, je peux dire, est d’avoir convaincu les paysans d’accepter d’être expropriés. » en parlant de l’implantation du campus et il poursuit « Je vous rappelle, que le CEA a conquis la mairie. Ça n’a pas été innocent. » [22]

L’AUEG [23] est un lobby politique (on dit maintenant un « think tank ») qui c’est donné pour mission de « contribuer au développement des échanges entre le milieu universitaire et l’environnement économique et culturel, dans le cadre de la vie régionale, nationale et internationale. » En gros, c’est une courroie de transmission pour influencer et mettre la pression au milieu universitaire afin d’orienter les recherches et les formations. Ces partenaires sont entre autres : CNRS, Orange, Pfizer, Montbonnot Saint-Martin, le département, Schneider, BioMérieux, etc. Malek Bouhaouala, maître de conférences à l’UGA est le président actuel.

En 1958, la Société des Amis du LEM s’est ouverte à tous les laboratoires de l’université. Et sous la présidence de Paul-Louis Merlin, l’Association pour le Développement de la Recherche (ADR) auprès de l’université de Grenoble fut créée avec mission de fournir à l’université une infrastructure pour la gestion et l’exécution des contrats avec les industriels. La plupart des universités françaises ont progressivement suivi l’exemple de Grenoble.

L’ADR existe toujours et s’est renommée l’« Association pour le Développement des Recherches auprès des Établissements d’Enseignement Supérieur et de Recherche (de l’académie de Grenoble) ». C’est un organisme « de liaison entre industriels et universitaires qui gère des contrats ». Où comment faire transiter de l’argent des industriels vers l’université sans penser à mal. Le Conseil d’Administration est composé pour moitié à l’époque de membre de l’Association des Producteurs des Alpes Françaises, le syndicat patronal local. En revanche les adhérents à l’association sont les laboratoires de l’université qui le demandent. L’enjeu consiste pour la recherche publique à capter des financements privés, et pour l’entreprise privée à asservir la recherche publique.

Il y a une sorte de « symbiose » dans cet « écosystème » entre le complexe militaire et les organismes d’État. Ces partenariats font partie d’une lame de fond, un processus long et coûteux au départ (les années 50-60). Ils demandent l’initiative de personnages intelligents et aux carnets d’adresses bien rempli. Ces partenariats portent aujourd’hui leurs fruits et sont bien sûr toujours actifs. Par exemple le Leti-CEA fait partie de ces gros laboratoires qui ont toujours su profiter des deniers publics pour enrichir les industriels et être un partenaire actif d’un complexe militaro-industriel maintenant en place.

Après avoir fait un tour d’horizon de la genèse du Triangle Recherche – Industrie – Armée, on traitera maintenant de ses ramifications actuelles sur le campus de Grenoble.

III - Aujourd’hui tout est possible à Grenoble

Aujourd’hui les liens entre le campus, les industriels et l’armée sont d’autant plus forts qu’à Grenoble domine la recherche sur les technologies de pointe et nano- / micro-électronique embarquée. Recherches dont l’armée raffole.

Une nuée de laboratoire retient particulièrement notre attention, ils sont tous regroupés sous le Labex Persyval-Lab (laboratoire LIG, Verimag, LJK, G.Scop). Ils ont reçu de l’argent de l’IDEX. Par exemple Verimag a comme partenaire Air Bus Defense and Space et Air Bus Helicopters, Ellidiss. Les articles et les thèses effectuées dans ce laboratoire sont des recherches en physique des matériaux associées à des débouchées militaires ou des recherche en informatique. Si vous désirez rencontrer ces morgues personnages pourvoyeurs de technologies de la mort, vous pouvez aller prendre un petit dèj avec eux :

« Petits-Déjeuners Persyval-Minalogic mieux comprendre les problématiques de R&D : Le LabEx PERSYVAL-Lab et Minalogic lancent des rencontres régulières entre académiques et industriels sur des thématiques à fort impact sociétal dans le champ de compétences de PERSYVAL-Lab . » [24]


2017, Patrick Lévy, président de la Communauté Université Grenoble Alpes en compagnie du Prof. Lam Khin Yongvice-président de NTU Singapour dédié à la recherche

D’autres laboratoires sont tendancieux et flirt allègrement avec les recherches pour l’armée ou le contrôle des populations. Le Gipsa-Lab, qui proposait des thèses comme : « ACCROSH - Acceptabilité de la Robotique Sociale Humanoïde », « Localisation de cible en sonar actif. » ou encore « Extraction et fusion d’informations pour la mesure de déplacement en Imagerie Radar. » [25] »

Le Persyval-lab est en partie financé par les « Institut Carnot » qui ne sont pas du tout des instituts comme on pourrait l’imaginer mais seulement des enveloppes d’argent mixte public-privé, dédiées spécifiquement à des domaines de la recherche qui auront potentiellement des débouchées à court-terme.

Les financements des industriels de l’armement et de la DAM (Direction des Applications Militaire) du CEA transitent spécifiquement par les Instituts Carnot. « Le dispositif Carnot s’inscrit dans le Pacte pour la recherche, dont l’un des objectifs est de favoriser le transfert de technologie, le partenariat entre laboratoires publics et entreprises et le développement de l’innovation. » [26]

En 2017, 57 M€ sont consacrés au dispositif Carnot. Dans les partenaires privés nous trouvons Dassault System et Airbus Air Space and Defense, et d’autres constructeurs d’armes et d’engins de guerre. Il y a 38 Instituts Carnot dont 4 à Grenoble :

— Institut Carnot Énergie du futur qui se trouve dans le bâtiment GreEN-er [27] sur la Presqu’île scientifique.

— Institut Carnot Leti (Laboratoire d’électronique et des technologies de l’information) dépendant du CEA et se trouvant dans le bâtiment Minatec Campus dédié aux nanotechnologies (vers la Presqu’île).

— Institut Carnot LSI. L’institut Carnot LSI regroupe 10 laboratoires et équipes universitaires de l’académie de Grenoble, dans le secteur du numérique.

« L’institut coopère étroitement avec les acteurs locaux ; il possède une interface recherche-industrie et un pôle de développement permettant de répondre efficacement aux attentes des PME et ETI. Centre des Technologies du Logiciel (CTL). » [28]

Le Président de Carnot-LSI est Farid Ouabdesselam ancien président de l’université Grenoble I.

« L’institut Carnot LSI participe au développement de la filière numérique en s’impliquant dans les dispositifs Ambition Logicielle et French Tech et via des partenariats forts avec les pôles de compétitivité mondial Minalogic et Imaginove, le Clust’R Numérique en Auvergne Rhône-Alpes et Bpifrance. LSI participe au programme EasyTech de l’IRT NanoElec. » [29]

Le LSI se trouve dans le bâtiment PILSI renommé « IMAG » sur le campus universitaire. Lieu où s’est déroulé la conférence « de FRONTEX à FRONTEX » dont on a déjà parlé. Ce bâtiment abrite des laboratoires et des recherches protégés de type ZRR (Zone de recherche restrictive) dont certaines sont de type militaire et affiliéeC’est une zone (souvent un laboratoire) à accès réglementé dans le cadre de la protection du potentiel scientifique et technique national (PPRST), lequel comporte cinq niveaux de protection imbriqués. Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) valide tout projet de création de ZRR. et un data-center de 200m2 au sous-sol, Les entrées y sont hautement surveillées (bornes, sas, caméras). [30]

Contrairement aux années d’après guerre, il ne fait pas bonne presse de s’afficher en tant que laboratoire travaillant pour les militaires ou en collaboration pour eux à la fac, ça fait tâche avec tous les morts des armées françaises en Syrie, au Mali, au Sahel et des armes de l’industrie française notamment en ce moment au Yémen. C’est pourquoi aujourd’hui à Grenoble, il est très difficile de savoir qui fait quoi et pour qui. Tout est caché et seulement une infime partie des informations sont publiées. D’ailleurs le président de l’UGA, Patrick Lévy nie les implications de son campus dans la conception d’armes et préfère afficher sa fondation UGA et les deniers qu’elle donne pour que des jeunes réfugiés syrien et syrienne puissent venir étudier :

« À partir de la rentrée 2015, la fondation « Université Grenoble-Alpes » épaulée par un financement participatif donne la possibilité à des étudiants réfugiés de la guerre civile syrienne de suivre des cours pour apprendre le français et poursuivre leurs études. » [31]

L’hypocrisie n’a pas de limite. On sait qu’il y a à Grenoble une longue tradition d’implantation des militaires depuis la première guerre mondiale (notamment un centre de conception et de fabrication d’arme et de gaz de combat sur le polygone scientifique et un autre sur le site pétrochimique de Jarry dans la banlieue de Grenoble). Autant l’université que l’INPG travaillent avec l’armée sans compter le CEA qui abrite des laboratoires en lien direct avec la Direction Générale de l’Armement (DGA). Prenons trois exemples parmi tant d’autres :

« Dix mois plus tard [en 2002] était signé l’accord CEA / Délégation générale à l’armement (DGA) qui permet notamment "d’optimiser les moyens nécessaires à la Défense en associant la DGA aux orientations de MINATEC. Ainsi, la DGA participera au choix des sujets de thèses, aux groupes de réflexion sur l’élaboration des programmes du CEA-LETI et cofinancera certains des programmes de recherche retenus (…) L’étude CEA/Alcimed le note avec satisfaction : dans les domaines prioritaires pour l’armée (textile, capteurs, énergie), la France "possède un savoir-faire important", et occupe "une position de leader reconnue au niveau international A titre d’exemples, le CEA-Grenoble est aujourd’hui un acteur majeur des domaines des mini et micro-sources d’énergie et de la nanoélectronique." Autres exemples de "l’excellence" grenobloise : Sofradir, Apibio, Tronics, Thales (catégorie "capteurs chimiques/biologiques") et Paxitech (catégorie "micro-batteries et piles à combustible").

Notons que les quatre premiers font partie du pôle de compétitivité"mondial" de Grenoble-Isère, Minalogic [32], pour lequel la propagande locale avait omis de mentionner les débouchés militaires. » [33].

Encore un autre exemple plus convainquant en 2005 :

« Témoins ces élèves-ingénieurs de l’Enserg, l’une des écoles de l’INPG, concepteurs d’un micro-drone fort apprécié des militaires lors de sa présentation en octobre 2005 au concours de la Délégation générale à l’armement. "Nous avons détecté plus de 600 applications civiles et militaires", se félicite Pascal Zunino, jeune diplômé qui a monté sa boîte (Novadem) pour vendre son invention. » [34]

Et un dernier pour la route :
« Les chercheurs de l’Equipe de Recherche Technologique sur les Champs Magnétiques Faibles du G2Elab tentent de rendre les navires invisibles aux détecteurs de champs magnétiques des avions et des mines. La discrétion est l’une des qualités premières d’un bâtiment militaire. Bien que la discrétion acoustique soit la plus étudiée, la discrétion magnétique fait également l’objet de recherches, au sein du G2Elab* notamment. Ces recherches sont menées sur la plateforme du LMMCF (Laboratoire de Métrologie Magnétique en Champs Faibles), située sur les hauteurs de Herbeys [près de Grenoble]. […]

Louis Néel avait eu l’idée de compenser cette anomalie magnétique par une aimantation permanente artificielle en sens inverse, et l’avait mise en œuvre pour protéger les navires de la Marine. Aujourd’hui, les chercheurs de l’Equipe de Recherche Technologique sur les Champs Magnétiques Faibles travaillent sur un système d’immunisation en boucle fermée. Ces travaux, menés pour la plupart en partenariat avec la Direction Générale de l’Armement (DGA) et/ou Naval Group (ex-DCNS), font appel à des compétences fines en métrologie. En collaboration avec le LEPMI [Laboratoire d’Electrochimie et de Physicochimie des Matériaux et des Interfaces (Grenoble INP, CNRS, UGA, USMB)], les chercheurs du G2Elab ont entamé des recherches pour la DGA dans le but de caractériser et réduire ces champs électriques. » [35]

Le laboratoire LIG (Laboratoire d’Informatique de Grenoble) dans le bâtiment PILSI abrite l’Association Française pour l’Intelligence Artificiel (AFIA) [36] fondée en 1989 et dont le but est de « promouvoir et de favoriser le développement de l’Intelligence Artificielle (IA) sous ses différentes formes, de regrouper et de faire croître la communauté française en IA, et d’en assurer la visibilité. » On en parle notamment parce que l’armée est très friande des systèmes « d’intelligence artificielle » notamment Thales-IA [37] ou le projet « Man Machine Teaming » dont on reparlera tout à l’heure.

Croyez-vous vraiment que Patrick Lévy ne sait pas ce qui se trame dans les laboratoires de son campus ?

Il serait intéressant de regarder de plus près les activités de la DGA, organe central de l’armée. Elle s’occupe d’« équiper les forces armées : piloter la réalisation des matériels militaires, les concevoir, les acquérir, les évaluer et les tester et préparer l’avenir : imaginer les futurs possibles, garantir la disponibilité des technologies et des savoir-faire ». Une sorte d’institut militaire de prospective à la française, le pendant de la Darpa américaine. Elle envoie 12,5 milliards d’euros de commandes à l’industrie en 2018 et 765 millions d’euros dans la « recherche de défense » la même année [38]. C’est le deuxième investisseur de l’État en R&D. La loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 va porter les crédits de défense à 2% du PIB à l’horizon 2025. Et comme on s’y attendait, Usine Nouvelle organe de propagande des trusts industriels de l’État nous dit que : 

« La DGA va abriter la nouvelle agence de l’innovation de défense. Son rôle : anticiper les technologies de rupture afin d’assurer la supériorité technologique des troupes. Cela passe par le décloisonnement de la recherche de défense et l’accès à l’innovation issue des acteurs du secteur civil : start-up et acteurs du numérique, PME innovantes, laboratoires de recherche... L’agence pilotera l’ensemble des financements de soutien à l’innovation (crédits des études amont, subvention RAPID, DefINvest…), soit environ 1 milliard d’euros par an41. »

L’Agence de l’Innovation de Défense (AID) sous la direction de la DGA a été créée le 1er septembre 2018 par Florence Parly, qui souhaite plus de « tranversalité » et d’ « inter-disciplinarité ». Emmanuel Chiva, « un entrepreneur multirécidiviste à succès », un homme qui n’est pas issu du sérail de la DGA, en tient la direction. La mouvance Macron et l’esprit entrepreneurial à la tête de l’État induit une espèce d’ouverture des institutions, même au sein de l’Armée. Les restrictions budgétaires, touchent ces organismes, et les dirigeants ont tout intérêt à fusionner les agences et à trouver de l’innovation en allant s’allier avec l’Enseignement Supérieur et les entreprises innovantes. Il y a un glissement vers un capitalisme « siliconnien » même au sein des organismes assurant les fonctions régaliennes de l’État.

À Grenoble la DGA est bien présente. Mathilde Le Paire est la coordinatrice développement industriel de la DGA en Auvergne-Rhône-Alpes [39].

Le ministère des Armées a notifié fin décembre le premier lot d’études du projet « Man Machine Teaming » (MMT) consacré à l’intelligence artificielle et l’aviation de chasse. En avril et mai 2018, les sujets d’études ont été sélectionnés par les armées, la DGA, Dassault et Thales. Ces sujets sont répartis en six thèmes principaux : assistant virtuel & cockpit intelligent, interactions homme-machine, gestion de mission, capteurs intelligents, services capteurs, soutien & maintenance robotisés. Pour le thème « intéraction homme-machine » c’est Floralis-UGA Filliale (Université Grenoble Alpes) qui s’en occupe. Et c’est encore le LIG (situé dans PILSI) et son équipe Ingénierie de l’Interaction Homme-Machine (IIHM) avec le projet HUMID (Head-Up Multimodal Interactive Display) qui se charge du projet.

On image que Clinatech (centre de recherche et clinique à côté de Minatech) où est étudiée et promut l’interface Homme-Machine [40], sera de la partie.


L’équipe IIHM du projet HUMID

Pour terminer ce panorama, il nous fallait citer le regretté Centre de Recherche du Service de Santé de l’Armée (CRSSA) situé près du campus à la Tronche, transféré en 2013 à Brétigny-sur-Orge, dans l’Essonne. Le site d’information Ici-grenoble nous en parle en ces termes :

« En face du CHU de Grenoble, le Centre de recherches du service de santé des armées (CRSSA) effectuait des expérimentations, des analyses et des formations pour l’armée française sur les effets sanitaires des armes nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques (NRBC). Réunissant plus de 250 chercheurs, ingénieurs et techniciens, un laboratoire P3 et une animalerie, le CRSSA disposait d’un budget de plusieurs millions d’euros par an. Classé secret-défense, il travaillait en liens étroits avec la Direction générale de l’armement (DGA) et le laboratoire P4 Biomérieux de Lyon. » [41]

IV - Patrick Lévy, nouveau mandarin de l’UGA

« Univ. Grenoble Alpes, université de l’innovation Univ. Grenoble Alpes, l’université intégrée rassemblant les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche de Grenoble, est un des principaux sites scientifiques français de renommée mondiale : 60 000 étudiants dont 9000 internationaux, 5 500 enseignants-chercheurs et chercheurs, 3700 doctorants, plus de 8000 chercheurs accueillis chaque année, issus de tous les horizons »  [42]

Né le 16 juillet 1954 à Grenoble, étudiant gauchiste à la fac de médecine, il arrêta très tôt de militer pour se consacrer à sa carrière de médecin.

Dans la droite ligne d’un Michel Destot ou d’un Éric Piolle, Patrick Lévy fait partie de la nouvelle caste des dirigeants grenoblois issus du monde des grands laboratoires et de l’industrie innovante. Formés à coup de brainstormings, de déjeuners avec les patrons de l’agglo, ils sont cette nouvelle génération d’ingénieurs-politiciens, les connaissances du pouvoir acquis sur le terrain, avec un fort esprit critique et stratégique issu de leurs longues études et de leurs recherches scientifiques. Ils se prétendent de gauche, progressistes et pour le Progrès technique. C’est-à-dire qu’il se sentent bien dans cette démocratie libérale d’économie capitaliste, le verni humaniste leur suffit amplement. Ils la comprennent et manient ses rouages : créations d’entreprise, d’association, de start-up, de commission. Ils sont de partout et ont de multiple casquettes. Mais comment font-ils pour dormir ?

Bien sûr ils ne font rien. Maintenant aux commandes, ils délèguent, donnent des ordres, signent des missives et des rapports et empochent le pactole des salaires, des gratifications et autres émoluments durement mérité.

En 2012, Patrick Lévy succède à Farid Ouabdesselam à la présidence de l’université Joseph Fourier.

Patrick Lévy est également depuis le 7 novembre 2012, le président de l’Université Numérique Francophone des Sciences de la Santé et du Sport (UNF3S). Il a pris la responsabilité du portage du projet IDEX2 des établissements universitaires et de recherche de Grenoble. Avec 77 projets sélectionnés représentant plus d’un milliard d’euros en financement direct, Grenoble a été le site le plus doté après Paris lors du premier Programme Investissements d’Avenir (sorte de plan Marshall pour la recherche-qui-rapporte).

Patrick Lévy a été élu président de l’Université Grenoble Alpes le 11 janvier 2018 pour une durée de deux ans. Il a « switché » avec Lise Dumasy qui préside maintenant à son ancien poste à la ComUE (Communauté d’Universités et d’Établissements) Université Grenoble-Alpes, anciennement « PRES » à l’époque de Geneviève Fioraso.

Il a commencé comme professeur des universités et praticien hospitalier (PU-PH). Il dirige, depuis 1988, l’exploration fonctionnelle respiratoire et le laboratoire du sommeil du CHU de Grenoble (Laboratoire Hypoxie Physiopathologie).

Il a été président de la Société Française de Recherche de Médecine du Sommeil, fondateur et président de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance. Il occupe, de 2009 à 2012, le poste de vice-président de l’European Sleep Research Society. Il a également été professeur invité notamment à Harvard, et dans les universités de Pennsylvanie, Sydney, Melbourne et Hong Kong.

Passons à ses implications dans le monde de l’entreprise :
D’abord sa fondation UGA. C’est du « donnant-donnant », l’université empoche quelques deniers pour des enseignements hors-cadres, les étudiants ont un biscuit à manger et les grosses boîtes du coin se fond redorer le blason à peu de frais. Patrick Lévy exporte le concept des USA, c’est du caritatif universitaire. Ohlman Anne-Catherine est la directrice générale de la fondation UGA et Patrick Lévy est le président. On ne résiste pas à vous donner quelques noms de la liste des mécènes : BioMerieux, EDF, Findus, Fondation BNP Paribas, Fondation d’entreprise Air Liquide, Fondation Petzl, Fondation Prince Albert II de Monaco, GMM, IRIS Instruments, Pfizer, Pressario, Restalliance, Sofradir, STMicroelectronics, Teledyne e2v, ThermoFisher, Scientific, Tupack Groupe, Saint-Gobain, Fondation Didier et Martine Primat,ResMed, Air Liquide, etc.

Voici un bon exemple du lien étroit entre l’UGA et les industriels :
« Jeudi 7 septembre 2017, une dizaine d’étudiants du Master international "Health for life engineering" de l’Université Grenoble Alpes se sont vu remettre des bourses d’excellence de la Fondation Université Grenoble Alpes par la société bioMerieux. » [43]


Membre de la fondation UGA, de BioMerieux et des étudiants et étudiantes boursiers.

Au total 24 bourses de 4000 euros chacune, autant dire des clopinettes pour BioMerieux. Ce master en nanotechnologie et génomique à pour ambition de développer les connaissances afin de faire des diagnostiques et des traitements moléculaires personnalisés. On comprend en quoi BioMerieux, leaders en pharmaceutique et en diagnostique investi dans cette matière grise fraîche. C’est de la R&D à peu de frais avec des étudiants et étudiantes en master et en doctorat qui finiront pour les meilleurs, a n’en pas douter, dans les laboratoires de BioMerieux. Patrick Lévy est mandataire (administrateur) de la société Satt Linksium Grenoble Alpes

« Nous sommes spécialisés dans l’accompagnement de projets innovants issus de la recherche publique [44] ».

Les SATT sont les « sociétés d’accélération du transfert de technologies » créées dans le cadre des Investissements d’Avenir (encore eux) par appel à projets en 2010. Elles font partie de toute la constellation des entreprises parasites pompant la matière grise (des laboratoires publics) pour la convertir en capital. Une SATT, c’est la lubrification de la marchandisation du savoir. Il y en a une par région et pas plus. Linksium s’occupe de Rhône-Alpes. Ce sont des sociétés par actions simplifiées dont voici la liste des actionnaires pour Linksium : Université Grenoble-Alpes, CNRS, CEA Grenoble, INRIA Rhône-Alpes, Institut polytechnique de Grenoble, Université de Savoie Mont Blanc et L’État via la Caisse des Dépôts.

Et oui désolé de vous l’apprendre, mais des établissements publics et des centres de recherches peuvent prendre des actions, miser et empocher des dividendes et les réinjecter par la suite. Bien sûr tout ce système est très opaque et il est à parier que quelques administrateurs en profitent pour s’octroyer quelques devises au passage. 200 M€ directement investis, 1 800 demandes de brevets déposées, 450 licences concédées à des entreprises, 150 start-up créées.

Patrick Lévy est aussi le président de l’entreprise UGA Filiale (autrement nommée Floralis) créée en 2004. Le chiffre d’affaires de cette société en 2016 s’élève à 10 millions d’euros. C’est un peu une SATT avant l’heure made in Grenoble ! Avec la création de Linksium une partie des activités de Floralis (création de start-up issues de recherches publiques) lui a été retiré. C’est une S.A.S. au capital de 1.5 M€. Floralis est la filiale de droit privé de l’Université Grenoble Alpes. Mariana Tsymbrovska, est la directrice générale.

« L’objectif de Floralis est d’augmenter le volume de cette recherche partenariale directe au profit des laboratoires et de favoriser le transfert de résultats de recherche vers le monde socio-économique et culturel, tout en assurant son équilibre financier. Les résultats de Floralis (60 000 € en 2016) sont intégralement réinvestis dans l’activité de valorisation et développement de partenariats (…) En étroite collaboration avec l’IDEX "Université Grenoble Alpes : université de l’innovation", dans le cadre de ses six pôles scientifiques, Floralis porte un intérêt particulier à la valorisation des résultats issus des sciences humaines et sociales et reste très attentive à la création de synergies entre différentes disciplines scientifiques. De nouvelles formes de valorisation sont appliquées à de nombreux projets dans les domaines aussi variés tel que l’éducation, les langues, la sociologie, la psychologie. » [45]

Comme on a put le voir pour le projet « Man Teaming Machine », Floralis travail surtout pour de la recherche en technologie de pointe.

V Diriger (piloter) le campus grenoblois ?

Les établissements grenoblois sont gérés par deux instances :
La ComUE (Communauté d’Universités et d’Établissements) est la structure qui fédère les établissements d’enseignement supérieur et les organismes de recherche de l’académie de Grenoble dont le périmètre s’étend sur l’ensemble du « sillon alpin », de Valence à Annecy.

Ils mettent leur budget en commun pour la gestion des services sur le campus, la construction de nouveaux bâtiments. Elle a le rôle aussi de « pilotage stratégique » (ce qu’on appelait avant le « plan ») pour les Investissements d’Avenir, afin de rester à la pointe du progrès. La comUE porte l’IDEX (label qui donne droit à beaucoup d’argent public.) pour « produire une université de l’Innovation de rang mondial ». La ComUE est l’organisme qui porte les directives politiques de l’État et du processus néo-libéral de Bologne. Celle-ci vise une transition des universités vu comme lieu de savoir, d’apprentissage et de qualification élevée à un lieu strictement tourné vers la production rapide de main-d’œuvre pour l’industrie et la recherche.

Et il y a l’UGA, l’Université Grenoble Alpes qui est la fusion de l’université Joseph Fourier (Grenoble I), l’université Pierre Mendès-France (Grenoble II), l’université Stendhal (Grenoble III) l’université de Valence et l’université de Savoie. Elle gère le patrimoine et les bâtiments du campus. Depuis la loi LRU, elle lui appartiennent, avec un patrimoine de plus de 500 000 m2 répartis sur une douzaine de sites implantés dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Avec le Plan Campus lancé en 2008 par le gouvernement Fillon, d’autres édifices voient le jour sur le domaine universitaire, comme le pôle d’innovation des logiciels et des systèmes intelligents (PILSI) maintenant renommé IMAG ouvert en mars 2016 sur une surface de 15 240 2 ou l’institut de formation des professionnels de santé et le nouveau bâtiment de la la faculté de droit. Tous ces projets mortifères sont en partenariat public-privé et donc co-gérés avec Eiffage ou d’autres boîtes de BTP.

Patrick Lévy ne veut pas s’arrêter là, la concentration des organismes va sûrement continuer.

« Cette "aventure", il [Patrick] compte bien la poursuivre en continuant à agréger les établissements d’enseignement supérieur en un grand ensemble. "Il faut faire une université intégrée. Mettre dans un même ensemble l’UGA, Grenoble INP, Sciences Po, peut-être également l’école d’architecture et les organismes de recherche » [46]

La concentration des organismes de recherche et d’enseignement provient de la même logique que la métropolisation des communes autour de Grenoble : créer des méga-structures fonctionnant par « compétences », dont la gestion est entrepreneuriale et managériale. Ces structures agrègent un nombre faramineux de satellites (start-up, filiales, fondations, associations…) qui profitent de la manne financière et de la « visibilité » pour se développer. Patrick espère la fusion totale avant la fin de son mandat, c’est-à-dire avant janvier 2020.

« On aura besoin que l’ordonnance avant la fin de l’année [2018]. Les décrets de création sont soumis à une modification du code de l’éducation. Nous devrons passer devant nos conseils en mars 2019 au plus tard, et les décrets de création seront pris en fin d’année 2019 pour une naissance de l’université intégrée normalement au 1er janvier 2020. » [47]

Il y a aussi là-dessous une logique d’économie d’échelle, où ce que l’on appelait avant les « services publics » deviennent petit à petit des entreprises de service et doivent dorénavant rendre des comptes, dans un souci de rentabilité indéniable. D’ailleurs dans la même interview Patrick Lévy le dit très bien :

« les objectifs sont multiples. Il y a d’abord les contraintes financières auxquelles on est confrontées et qu’il faudra assumer via notre plan de retour à l’équilibre. La cause de cette difficulté persiste : c’est la masse salariale. C’est la pyramide des âges qui crée cette masse salariale et elle ne s’inversera qu’en 2025. Il faut donc rester dans notre dynamique de contrôle jusqu’au retour à l’équilibre. » [48]

Cette masse salariale vue comme quelque chose d’informe représente en réalité des personnes, des salariées et des vacataires, souvent mal payées ou pas payées du tout, qui enchaînent les heures et reçoivent une pression de fou. La fac leur doit un salaire et ça lui coûte, quoi de plus normal. On comprend alors que les centaines de millions d’euros de l’IDEX n’iront pas dans les salaires des profs et des employées. C’est ce que l’on peut comprendre à demi-mot dans les propos de M. Lévy : pendant les deux ans de son mandat, il gardera une poigne de fer pour continuer la pression et ne pas remplacer certains départs à la retraite. [49]

Il y a aussi une logique de prestance et de compétition, ce que les encravatés nomment « l’ excellence ». Celle-ci est par nature toute néo-libérale : en « libéralisant », depuis la loi LRU et la loi Fioraso, le marché des diplômes, ils nous font croire qu’il y a une « émulation entre les facs », qu’elles deviennent « autonomes » alors que l’on sait pertinemment que c’est plutôt une façon pour l’État de ne financer que les facs qui tiennent déjà la route pour en faire des « pôles » et faire mourir les autres par manque de moyens et mauvais « résultats ». L’IDEX en est la preuve ultime. Mais qu’est-ce exactement que cet IDEX ?

Ce sont des enveloppes publiques issues des Investissements d’Avenir (autrement nommé Grand Emprunt). Quand une fac remporte l’IDEX (sur appel à projet), l’État lui ouvre un compte en banque d’État où est placé l’argent. Une petite partie est utilisable tout de suite. Pour le reste, l’université ne peut utiliser que les intérêts. Ainsi l’État prête de l’argent plus qu’il en donne :

Cet argent servira au « développement de l’interdisciplinarité autour de 4 enjeux socio-économiques, au croisement des forces déjà présentes à Grenoble (planète et société durables, santé, bien-être et technologie, comprendre et soutenir l’innovation, numérique) et qui reflètent la volonté d’aborder des défis socio-économiques, en facilitant l’interdisciplinarité et en encourageant la responsabilité sociale. » [50]

On peut citer aussi les LabEx (Laboratoires d’Excellence) déjà évoqués, qui ont pour objectif « de doter de moyens significatifs les unités de recherche ayant une visibilité internationale, pour leur permettre de faire jeu égal avec leurs homologues étrangers, d’attirer des chercheurs et des enseignants-chercheurs de renommée internationale et de construire une politique intégrée de recherche, de formation et de valorisation de haut niveau. » [51]

Ces laboratoires sont la crème de la recherche, avec des équipes internationales et transdisciplinaires, travaillant sur des sujets « porteurs ». Les autres, les petites équipes de camarades, affiliées à des laboratoires méconnus, toujours a trimer pour trouver de l’argent, seront balayées, leurs financements diminués, aucunes gratifications ni reconnaissances. C’est ça l’innovation !

Les campus de formation et de recherche doivent attirer le chaland à haut revenu et pour ce faire, mirer les classements mondiaux. Comme on peut le lire sur le Wikipédia de la fac de Grenoble : 

« Grâce à son domaine universitaire, le journal Times Higher Education la classe en 2018 au huitième rang des plus belles universités en Europe. »

Ce plan global d’expansion de la centralité, d’administration totale, doit s’étendre sur toutes les Alpes le long de ce que les politiciens nomment le « Sillon Alpin ». Cette ligne géographique de la croissance, partant de Valence et allant jusqu’à Annecy et Genève. Une sorte de mégalo-technopole (« Métropole du Sillon alpin  [52] ») des trente prochaines années où les flux de marchandises, de mains-d’œuvres qualifiées et d’argent doivent être le plus fluide et rapide possible entre les pôles spécialisés : par exemple, Grenoble sera le pôle des études et des recherches en nanotechnologie, Valence le pôle informatique, la Savoie le pôle énergie renouvelable, Genève un centre de recherche sub-atomique, Lyon un centre de santé et un pôle pour les maladies infectieuses etc.

Mais Patrick a d’autre ambition, il brigue plus haut :
« Je suis le candidat de la France au conseil d’administration de l’EUA (l’association européenne des universités). Je présenterai donc ma candidature, et si je suis élu, j’intégrerai ce bureau en mars 2019. C’est intéressant que la France y soit représentée, et peut-être même intéressant que Grenoble soit représentée. [53] » 

D’après Wikipédia cette association des universités « joue un rôle majeur dans le processus de Bologne et dans la définition des politiques de l’Union européenne en matière d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation. Grâce à ses relations avec un grand nombre d’autres organisations européennes et internationales, l’EUA garantit que la voix indépendante des universités européennes est entendue, chaque fois que sont prises des décisions ayant un impact sur leurs activités. »

On l’aura compris, c’est un lobby de présidents de facultés en faveur des politiques néo-libérales de l’Union Européenne et nous nous étonnons point que M. Lévy, fort de son expérience dans le MIT à la française[Pub des communicants pour parler du modèle grenoblois.]], ai envie d’y aller.

« Dans tous les gouvernements du monde, il y a des universitaires, alors qu’en France c’est très rare. » [54]

VI - CONCLUSION Collapse universitaire V.s. révolutions prolétariennes

L’année 2016 aura était marqué par une mobilisation étudiante contre le projet de Loi ORE (Orientation et Réussites Étudiants) et contre la plateforme ParcourSup [55] dont Patrick Lévy n’en parle qu’en bien. Laissons-le une dernière fois parler :

« L’autre point, c’est le plan étudiant récemment présenté par le gouvernement qui vise principalement à réformer le premier cycle avec une nouvelle plateforme d’inscriptions (…) Pour en revenir à ParcourSup, l’interface "élèves” indique pour chaque filière, le taux de réussite sur la totalité de la licence et sur la première année. Et il y a des avertissements, par exemple si on vient d’un bac professionnel, pour prévenir que le taux de réussite est faible dans cette voie. Les outils d’orientation sont indispensables pour la réussite des élèves. Mais il faut aussi développer les filières professionnelles courtes.(…) Je me suis engagé en revanche à ne pas identifier de prérequis spécifiques. Les attendus que nous indiquons sont les acquis attendus au niveau national.  [56] »

On ne vous refait pas l’argumentaire en quoi ces réformes visent à restreindre l’accès à l’Université pour renforcer les élites et les classements mondiaux et surtout faire des économies sur le dos des parcours étudiants les moins prestigieux. D’autres articles en parle très bien [57].

S’en est suivit à Paris, Toulouse, Rennes et aussi Grenoble un rapport de force tendu où les Présidences ont fait jouer la stratégie médiatique, la contre-information et la coercition (vigiles et flics en nombre), afin de calmer les ardeurs d’une jeunesse qui pense pouvoir stopper la fuite en avant des universités vers l’usine à gaz annoncée (intégrée). Malheureusement le mouvement, basait uniquement contre une loi à l’application variable selon les facs [58], ne pouvait se réaliser pleinement parce qu’il lui manquait, contrairement au mai de l’année 68, les bases pour expliquer l’intuition du Refus global de cette société dont la fac est le pur produit.

Pire, la fonction même de l’Université moderne était niée, l’imaginaire congelé en grande partie véhiculé par les professeurs à base de franchise universitaire, de Lumières, d’émancipation et d’humanisme, n’a jamais été à l’œuvre dans l’édification du modèle universitaire moderne. Celle-ci, de base gaulliste (grande infrastructure universitaire et militaro-industrielle financée par des plans d’État avec l’aide de la bourgeoisie industrielle), n’a eu aucun mal, dans un second temps, à passer le cap néo-libéral (financement public-privé, classe moyenne entrepreneuse, nébuleuse de start-up, lobbys, groupes d’intérêt et concentration accrue des pouvoirs) qui n’est que la continuation de la capitalisation du savoir à l’heure où le general intellect est le moteur principal.

A travers l’esquisse d’une généalogie critique de l’université de Grenoble, nous avons voulu retrouver les traces de ce qui nous mène aujourd’hui à un tel niveau de gestion de « ressources », de réification et de manœuvres entrepreneuriales, dans ce lieu dit du Savoir.

Les forces politiques et industrielles du bassin grenoblois se sont très tôt intéressées à créer les écoles d’ingénieurs et les laboratoires correspondant (surtout en électronique, magnétisme et simulation informatique) tout en influençant le devenir entreprise du système universitaire national. En parallèle, les grandes familles bourgeoises ont su faire confiance à cette nouvelle classe d’ingénieur-cadre voulant prendre le pouvoir à Grenoble. Arbitrairement on peut distinguer deux groupes : les ingénieurs-cadres à haute responsabilités scientifiques et les ingénieurs-entrepreneurs portés vers le pouvoir politique (municipalité grenobloise ou la Communauté de Commune).

Dans la première catégorie on pourrait classer Louis Néel, Louis Weil, Michel Soutif, Joseph Sifakis etc. Dans le second groupe on mettrait bien volontier Hubert Dubedout, Geneviève Fioraso, Patrick Lévy, Éric Piolle et pourquoi pas Aurélien Barrau, la recrue montante en écolo-politisme etc.

Mais s’il ne fallait citer qu’un exemple de la personnification du modèle grenoblois, ce serait la carrière de Geneviève Fioraso. Elle est chargée d’information et responsable de la documentation-presse au cabinet du maire de Grenoble, Hubert Dubedout, avant de devenir en 1983 son assistante parlementaire. De 1989 à 1995, elle participe à l’équipe de direction d’une start-up du CEA, Corys, chargé de modéliser des pièces pour centrale nucléaire (mais que vient faire une prof d’anglais là dedans ? [59]). Corys est créée et dirigée par le député-maire de Grenoble d’alors Michel Destot. De 1999 à 2001, elle fonde et dirige l’Agence régionale du numérique, mise en place par le réseau des villes de la région Rhône-Alpes. De 2001 à 2004, elle entre à mi-temps chez France Télécom où elle est chargée des marchés émergents dans le secteur « Social et santé ». Elle fut également présidente entre 2003 et 2010 de l’IAE de Grenoble et membre du conseil d’administration de Grenoble INP. En 2010, elle est nommée au conseil d’administration de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologique etc.

Jusqu’à la consécration en 2012 où elle est nommée ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. C’est elle qui propose le projet de loi d’orientation pour l’enseignement supérieur et la recherche (Loi LRU de mise en concurrence des universités-entreprises). Elle est soupçonnée de conflit d’intérêt pour l’allocation du financement « nano 2017 » à la société STMicroelectronics et le CEA-Leti (274 millions d’euros sur trois ans) dans un contexte de difficulté budgétaire des universités (son mari n’étant qu’autre que Stéphane Siebert : un directeur délégué du CEA). Mais elle n’est pas inquiété par la justice.

Toutes ces histoires ne sont pourtant pas bien connues à Grenoble, le journal le Postillon essaie pourtant de faire émerger un récit cohérent de toutes ces forces qui sont beaucoup plus influentes que n’importe quels bulletins de vote. Cependant, pendant les derniers mouvements sociaux, aucuns tracts d’organisations étudiantes n’expliquaient en quoi Patrick Lévy était co-responsable de cette merde, en quoi la fac est poussée sur le terrain de l’entreprise par des forces capitalistes très puissantes dans la Cuvette, et d’où vient cette ambiance d’ingénieur si particulière à Grenoble.

L’intention de ce texte, d’une forme proche de l’enquête critique [60], était de vous faire voir de manière un peu plus claire, les jeux d’influence, les intrications politico-scientifiques. Elle a essayé de vous montrer l’ampleur des énergies, des moyens et des financements employés à Grenoble (mais aussi dans tous les autres pôles de recherche) pour développer une vision siliconienne de l’Université [61]. Celle-ci est un mélange d’une posture libérale avec les concepts de « tranversalité », « horizontalité », propulsée par de gros apports financiers étatiques et militaires au départ. Ce modèle permettant aux puissances mondiales d’avoir des infrastructures souples et efficaces.

Ces pôles (« clusters ») mixtes université/entreprise représentent la tendance mondiale des grandes enseignes universitaires. Par exemple au MIT et dans la Silicon Valley, ce modèle existe depuis les années 60, les liens étroit recherche-industrie-armée sont affichés sans scrupules, eux qui ont permit la puissance inégalée de cette région dans la course économique. D’ailleurs, l’Europe et la France prennent cette stratégie pour modèle :

« Cela nous permettrait non seulement de renforcer la sécurité du programme Galileo [=programme européen de satellite pour guidage GPS, NDLR], que notre gouvernement a eu le mérite d’appuyer fortement, mais aussi de développer ce qui a fait la force de l’Amérique. On ne sait pas assez en effet que, pour la Silicon Valley comme pour la région de Boston, tout est parti de contrats avec le Département de la défense : ce sont ces contrats militaires qui ont permis de relancer la machine économique et stratégique.

Après tout, l’Europe est aussi puissante que les États-Unis sur le plan économique, et nous devrions tirer parti de cet état de fait. [62] »

À Grenoble le lien entre la recherche civile et militaire est plus que proche, on pourrait dire qu’il est « symbiotique ». Et cela essentiellement pour des raisons historiques et géographiques. Des personnages clés ont certes servi de courroie d’accélération et de primauté de Grenoble dans la recherche sur les technologies de pointes ainsi que de force de transfert entre les deux « secteurs ». Mais la logique à l’œuvre est plus globale que cela, la position géographique de Grenoble entre la France, l’Italie et la Suisse, sa place dans le « sillon alpin », le fait qu’elle se soit située en « zone libre » pendant la guerre et qu’il existait depuis la moitié du XIXe une tradition d’ingénieur en hydro-électricité, a permit une implantation forte du secteur militaire de recherche et des bureaux de R&D des grands groupes industriels. Cela fait qu’aujourd’hui le bassin Grenoblois et plus particulièrement son université et sa « Presqu’île Scientifique » soient les centres de tant d’enjeux économiques et politiques nationaux, voire internationaux.

Nous avons eu beaucoup de mal à faire la part des choses entre recherche civile et recherche militaire, sinon à voir par le petit bout de la lorgnette des investissements [63]. Mais cela nous intéressaient moins. Ce qu’il était important ici de démontrer, est que de la recherche servant aux militaires de manière directe était effectuée sous le joug de l’UGA ou en partenariat avec des instituts de l’UGA. Inversement, les fonds de financement militaire notamment via le CEA ou les Institut Carnot, inondent abondement le campus pour des recherches qui de prime à bord intéresse avant tout les secteurs civils. Il devient pratiquement incorrect de faire encore cette séparation. Les dernières déclarations de la DGA, notamment devant le Medef [64], vont dans ce sens de décloisonnement des « recherches pour la Défense ». C’est une sorte de « démilitarisation » de façade des centres militaires qui se produit, avec notamment les thèses universitaires co-financées et les conférences avec Minalogc mixte civil-armée [65].

Pour terminer, en guise de preuve à cette conclusion, on ne résiste pas à vous proposer un dernière exemple, arrivé après la rédaction de la première mouture de ce texte.

Nouvelle note pour l’édition en livre Patrick Lévy joue aux petits soldats

On retrouve notre Patrick Lévy, ce 12 mars 2019, pour la signature d’une nouvelle convention avec les gendarmes et les militaires : « Pour une meilleure reconnaissance académique des étudiants et personnels engagés dans la Réserve militaire ou dans la Garde nationale et un renforcement des liens UGA – 27e BIM. » Faisons le point sur le communiqué [66].


Patrick Lévy entouré d’un haut responsable de la gendarmerie ainsi qu’un haut gradé de l’armée.

Il avoue Patrick que « en ce qui concerne l’UGA, ses liens avec les armées ne sont pas nouveaux, mais tendent à s’enrichir et se densifier ces dernières années. ». Patrick nous parle d’une structure énigmatique appelé Trinôme dont l’université fait partie depuis une dizaine d’années. « qui réunit l’Education nationale (rectorat), les armées et l’université et dont l’objectif est de promouvoir la connaissance du monde de la défense auprès des enseignants et des élèves de l’enseignement secondaire. » en gros, les militaires ont leurs mots à dire sur les programmes scolaires, surtout en éducation civique, ils organisent des visites et des débats dans les bahuts. Cela permet de maintenir un bon niveau de propagande chez les collégiens et les lycéens.

Cette convention entre l’UGA et les militaires regroupe trois axes :
- La formation avec notamment le Master 2 Sécurité International et Défense,
- L’acquisition d’ECTS (de points pour les diplômes) si un étudiant rentre dans la Réserve de l’armée, « L’UGA compte à ce jour 9 personnels et 68 étudiants réservistes. »
- Et c’est surtout le dernier point qui nous intéresses ici. Patrick lâche le morceau :

« La recherche, avec des liens particuliers créés entre certains de nos laboratoires en sciences exactes ainsi qu’en sciences sociales : pré-labellisation du Centre d’études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes (CESICE) en tant que potentiel centre d’excellence par le Ministère des Armées en novembre 2018. »

Ce CESICE est un centre de recherche mixte (UGA-Science Po) qui travail sur la sécurité et le « terrorisme » international (notamment la section (« Cyber/ Data/ Nano-Bio/ AI ») et permet d’apporter des réflexions et analyses à l’armée [67].

Ainsi Patrick Lévy joue sur les deux tableaux : on aura pu le voir en photos avec des réfugiées de guerre syriens maintenant étudiants et étudiantes. Cela est surtout une bonne pub pour sa fondation UGA qui, dans sa grande magnanimité, les a accueilli généreusement à Grenoble et a financé leurs études ; En parallèle on peut le voir serrer les paluches de hauts commandants de l’armée, on peut l’entendre même glorifier la recherche militaire grenobloise. Parce que plus personne est responsable dans cette Nef des Fous, Patrick ne se sent pas le moins du monde en contradiction. La dissonance cognitive serait un sentiment bien trop humain pour toucher l’homme d’affaire en Marchandise Universitaire. La schizophrénie ambiante à la fac, chez les profs, les étudiants aussi bien que chez les technos n’est que le résultat de la non adéquation entre la logique globale des universités-entreprises et les idées parcellaires, individuelles de l’ordre de l’éthique qui touchent ses « usagers ». Le choix politique n’existe plus, c’est même un gros mot. Espérons seulement que ces nouveaux étudiants et étudiantes ne finiront pas dans les laboratoires élaborant les prochaines bombes pour la Syrie !

anonymes

P.S.

L’Université (dés)intégrée, recherche-industrie-armée.
Bienvenue dans la technopiolle.
Brochure écrite et édité en mai 2018. Réédition en septembre 2019.
À reproduire et modifier à volonté !

Dans la brochure se trouve les annexes suivantes :
Annuaire Mortifère
Personne morale du CA de l’AUEG
Liste des labex grenoblois


[1] Description du rassemblement contre le colloque et explication sur ce qu’est FRONTEX sur le média d’information Place grenet : https://www.placegrenet.fr/2018/03/23/rassemblement-contre-frontex-disperse-police-campus-de-grenoble/183160 et pour aller plus loin sur FRONTEX,voir sur le site du Centre d’Information Inter-Peuple (CIIP) https://www.ciip.fr/spip.php?evenement1708

[2] Lors de ce colloque on pouvait trouver le Centre d’étude sur la sécurité internationale (Cesice), Euromed Police et FRONTEX.

[3] Une personne étant partie à l’hôpital. Voir l’article sur Lundi Matin : https://lundi.am/Lettre-ouverte-aux-organisateurs-du-colloque-de-Frontex-a-Frontex

[4] Par exemple il n’est pas anodin que l’École Polytechnique au statut militaire, dont la devise est « Pour la Patrie, les Sciences et la Gloire », soit rattachée depuis 2008 à l’université Paris-Saclay.

[5] « À propos du partenariat Enseignement Supérieur-Défense » (http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid20743/formations-defense.html#partenariat) « Il prolonge les expériences menées en commun depuis 2007, notamment le développement progressif des « Unités d’enseignement libre défense et sécurité » dans le cadre de la nouvelle licence, celui du référentiel national « Intelligence économique et nouveaux risques du 21ième siècle » et la mise en place du réseau des « Référents enseignement de défense et sécurité nationale […] Ces actions sont particulièrement nécessaires dans un contexte où la puissance économique, la capacité d’action politique et militaire, l’excellence technologique et industrielle s’interpénètrent et déterminent la capacité des Nations à définir et gérer leur avenir. Les attentats qui ont frappé notre pays ne rendent que plus nécessaire un engagement éclairé des citoyens, dans le respect de l’éthique militaire et des valeurs démocratiques. »

[6] Notamment grâce aux « Trinôme Académique » : « Les trinômes académiques Education-Défense-IHEDN mis en place dans chaque académie se tiennent à la disposition des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation pour leur apporter soutien et interventions. » dans « À propos du partenariat Enseignement Supérieur-Défense » déjà cité. On en reparlera dans la note supplémentaire après la conclusion.

[7] Voir tract distribué pendant les « Fondamentales » du CNRS sur le campus de Grenoble en octobre 2014. Disponible sur : (http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/FONDAMENTALES.pdf)

[8] Le CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) n’est pas un centre de recherche comme les autres. Il dépend de l’armée même si les recherches en son sein peuvent être civiles. Ses missions principal sont « de concevoir, fabriquer, maintenir en condition opérationnelle, puis démanteler les têtes nucléaires qui équipent les forces nucléaires aéroportée et océanique françaises. Le CEA est aussi chargé de la conception et de la réalisation des réacteurs et de cœurs nucléaires équipant les bâtiments de la Marine nationale, sous-marins et porte-avions. Il apporte son soutien à la Marine nationale pour le suivi en service et le maintien en condition opérationnelle de ces réacteurs. Le CEA est également responsable de l’approvisionnement des matières nucléaires stratégiques pour les besoins de la dissuasion. Le CEA, principalement sur le centre de Gramat, apporte une assistance à maîtrise d’ouvrage à la DGA sur des activités de défense conventionnelle. »

[9] Voir par exemple le livre de Christophe Granger, La destruction de l’Université française, au édition La Fabrique (2015) où l’auteur fait une dichotomie entre la bonne vielle Université dispendieuse des savoirs émancipateurs, celle qu’il faudrait retrouver, et l’Université actuelle en proie au processus de Bologne. Certes, cette critique réformiste à le mérite de décrire avec justesse le prolétariat universitaire.

[10] Par exemple le mouvement de démilitarisation de l’université canadienne McGill sur : https://www.facebook.com/demilitarizemcgill/ et le texte d’Alexandre Vidal, « Recherche militaire dans les universités. Quelle est la place de l’éthique ? Le développement de technologies de l’armement à l’université McGill », disponible sur openedition.com

[11] Toutes les informations récoltées dans ce texte sont public et disponible dans la presse et sur internet. La première partie est tirée en grande partie du bouquin de Pièces et main d’œuvre, Sous le soleil de l’innovation rien que du nouveau ! black-star (s)éditions 2012.

[12] Disponible sur http://vietsciences.free.fr/biograp...

[13] « Mythe noir de la houille blanche, une petite histoire de mythe industriels à Grenoble », Pierrette Rigaud, Grenoble 2011.

[14] André Frémont était géographe et recteur de l’académie de Grenoble (1985-1989).

[15] Entretien avec Louis Néel. J.F. Picard, E. Pradoura, 4 juin 1986. Archives orales du CNRS. Site

[16] Un siècle de physique. L. Néel ed Odile Jacob, 1991, op. cit.

[17] Interview de Patrick Lévy à l’Essor en date du 5 Mars 2018 (dispo sur www.lessor38.fr/patrick-levy-il-n-y-a-qu-en-france-que-l-universite-est-si-peu-valorisee-21363.html)

[18] Bâtiment qui sera associé au départ au CNRS avec le numéro 7 (LA7), puis s’appellera Laboratoire d’Informatique et de Mathématiques Appliquées de Grenoble (Laboratoire IMAG) et enfin Institut IMAG).

[19] Cahier pour le CNRS, 1990-8, cité par PMO dans Sous le soleil de l’innovation rien de nouveau !, op. cit

[20] Sous le soleil...ibid.

[21] Voir la page de l’ARILL (Association des Retraités de l’Institut Laue-Langevin) http://www.arill.fr/documents/2015-environnement-echantillon/cryogenie/terrain-favorable/

[22] Contes et légende de la technopole, O. Serre, 8 juin 2010. Texte disponible sur le site de Pièces et Main d’œuvre.

[23] Voir leur site : https://aueg.org/

[24] Le prochain c’est le 15 mai 2018 sur le campus dans le bâtiment F de l’UFR IM2AG, 60 rue de la chimie . Voir site de Minalogic (https://www.minalogic.com/)

[25] N’hésitez pas à aller fouiller sur leur site pour découvrir des sujets de thèses liberticides aux financements militaires et étatiques : www.gipsa-lab.grenoble-inp.f...

[26] agence-nationale-recherche.fr/carnot

[27] Green-Er nommé pompeusement « l’Université de l’énergie » est un bâtiment construit et géré en partenariat public-privé avec Eiffage. Cette structure dépend de l’ENSE3 (École Nationale Supérieur de l’Énergie, l’Eau, l’Environnement) au sein de l’INP de Grenoble. Elle propose des masters et enseignements sur les énergies renouvelables et le nucléaire en lien avec la micro et nano-technologie.

[28] Site internet des Instituts Carnot (https://www.instituts-carnot.eu/fr)

[29] Ibid.

[30] Liste des sept laboratoires dans PILSI : Agence pour les Mathématiques en Interaction avec les Entreprises et la Société (AMIES), Grenoble Alpes Recherche Infrastructure de CAlcul Intensif et de Données (GRICAD), Laboratoire d’Informatique de Grenoble (LIG), Laboratoire Jean Kuntzmann (LJK), MI2S et VERIMAG.

[31] « Une formation sur financement participatif pour aider à l’intégration des étudiants réfugiés » sur le site de la fondation UGA. https://fondation.univ-grenoble-alpes.fr/menu-principal/actualites/a-la-une/une-formation-sur-financement-participatif-pour-aider-a-l-integration-des-etudiants-refugies-44265.kjsp. Sur ce site de pure propagande cynique de l’UGA on peut trouver des phrases du genre : « L’Université ne peut pas rester insensible à tous ces témoignages d’avenir et souhaite pleinement assumer son rôle d’aide à la réinsertion académique de ces étudiants parce qu’elle croit à la jeunesse, qui, dans toute sa diversité, constituera les forces vives de demain pour la reconstruction de la paix. »

[32] Les pôles de compétitivité de la région sont : Minalogic (micro- nanotechnologies, intelligence logicielle embarquée), Tenerrdis (technologies énergies nouvelles et renouvelables), Lyonbiopôle (centre d’excellence Lyon Grenoble en diagnostic et vaccin), et nanoBio (nano-biotechnologie). Grenoble obtient le label "Pôle de compétitivité". Le bâtiment Minatec Campus vers la Presqu’île abrite le pôle de compétitivité Minalogic. Parmi les partenaires de Minalogic on retrouve beaucoup d’entreprises du secteur de la Défense comme Thales, Tronics, PolySpace Technologies ou Sofradir. (voir http://www.minalogic.com/)

[33] Aujourd’hui le nanomonde, janvier 2006 sur le site de PMO

[34] Ibid.

[35] Où l’on voit que la tradition sousmarinière grenobloise s’est bien maintenue ! (http://www.grenoble-inp.fr/fr/recherche-valorisation/quand-les-navires-se-font-invisibles-1)

[36] https://afia.asso.fr/

[37] Allez voir sur le site Usine Nouvelle : https://www.usinenouvelle.com/article/transferer-de-la-confiance-david-sadek-vice-president-recherche-technologie-et-innovation-dethales.N648338

[38] Voir site https://www.defense.gouv.fr/dga/la-dga2/missions/presentation-de-la-direction-generale-de-l-armement

[39] mathilde.le-paire@direccte.gouv.fr (https://cejm.univ-grenoble-alpes.fr/node/96).

[40] Voir « Clinatech, le laboratoire de la contrainte » sur le site de Pièces et main d’œuvre http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=329

[41] « Rip Centre de Recherche du Service de Santé de l’Armée (CRSSA) » sur http://ici-grenoble.org/infospratiq... ?

[42] Site de la ComUE Grenoble Alpes https://www.communaute-univ-grenoble-alpes.fr

[43] Site de l’UGA.

[44] Site de la SATT Linksium.

[45] site de l’UGA.

[46] Interview à France Bleu Isère de Janvier 2018.

[47] Précise M. Lévy dans une interview à l’Essor en date du 5 Mars 2018.

[48] L’Essor..., Ibid.

[49] Sur ce thème de l’Université pressurisée on vous conseille la lecture de La destruction de l’Université française (Op. cit) même si l’auteur a une vision magnifiée de l’Université et de ses bases.

[50] Site de l’UGA.

[51] Voir Annexes 3 : Listes des Labex grenoblois.

[52] Voir Wikipedia « Sillon Alpin »

[53] Interview dans l’Essor, op. cit.

[54] Interview dans l’Essor, op. cit.

[55] Pour celles et ceux qui cherchent des infos voir : http://solidairesetudiantesp8.over-blog.com/2018/04/le-plan-etudiants-axes-de-reforme-de-la-loi-ore.html

[56] Interview dans l’Essor op. cit.

[57] Notamment sur Paris-Luttes.info :https://paris-luttes.info/pour-un-mouvement-de-la-jeunesse-8818?lang=fr. [Ceci est confirmé en 2019 avec une hausse des frais d’inscription pour les étudiants étranger].

[58] Depuis la loi LRU, les universités sont autonomes (dans la compétition entre elles). C’est du bon vieux diviser pour mieux régner.

[59] Elle ne possède qu’une maîtrise d’anglais.

[60] Pour l’enquête critique, sur le site de Pièces et Main d’Oeuvre : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=164

[61] Éric Sadin, La siliconisation du monde, L’irrésistible expansion du libéralisme numérique. L’échappée, 2016.

[62] Question au Sénat de M. Pierre Lafitte, publiée dans le JO Sénat du 08/11/2002.

[63] Le budget militaire de la France est maintenant le 5eme mondial (c’était le deuxième en 2000) avec 57 Milliard d’euros (source wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_d%C3%A9penses_militaires pour l’année 2016).

[64] « Discours de Florence Parly à l’université d’été du Medef, le 28 Août 2018 » (https://www.defense.gouv.fr/salle-de-presse/discours/discours-de-florence-parly/discours-de-florence-parly-a-l-universite-d-ete-du-medef-le-28-aout-2018)

[65] « La DGA soutient les PME à l’export et à l’innovation » (https://www.minalogic.com/fr/evenement/la-dga-soutient-les-pme-lexport-et-linnovation)

[66] Voir le communiqué sur le site de l’UGA : https://www.univ-grenoble-alpes.fr/actualites/par-types/articles/articles-universite/signature-de-deux-conventions-entre-l-universite-grenoble-alpes-et-l-armee-pour-une-meilleure-reconnaissance-des-etudiants-et-personnels-engages-465312.kjsp

[67] Voir le site de présentation https://droit.univ-grenoble-alpes.fr/recherche/cesice/centre-d-etudes-sur-la-securite-internationale-et-les-cooperations-europeennes-122162.kjsp