BROCHURES

Pour un antispécisme débarrassé de Peter Singer
Développons un antispécisme intersectionnel

Pour un antispécisme débarrassé de Peter Singer

souslaplage (première parution : novembre 2019)

Mis en ligne le 25 novembre 2019

Thèmes : Antinaturalisme (10 brochures)
Antispécisme, végétarisme (20 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,937.6 ko) (PDF,1 Mo)

Version papier disponible chez : Infokiosque fantôme (partout)

Table des matières :

- Des thèses naturalistes anti-marxistes
- L’altruisme efficace : Un justificateur des finances des milliardaires
- Bill & Melinda Gates foundation : Créer un organisme pour exonérer un maximum d’impôts
- Quand les sphères d’influence deviennent des dons
- Un altruisme au service de la finance, de l’impérialisme et de l’armement
- Un altruisme pour le bien du capital
- Un philosophe qui défend sa classe sociale
- Classisme : chiffrer la valeur d’une vie humaine
- Rubrique "fais ce que je théorise, pas ce que je fais"
- Un philosophe du néocolonialisme
- Un déni du racisme structurel
- Un philosophe du racisme
- Anthropocentrisme, suprématisme et capacitisme chez Peter Singer
- Ignorer et dénigrer l’apport des femmes
- Dénigrer les autres animaux
- Dévalorisation des personnes en situation de handicap
- Psychophobie dans le milieu antispéciste
- Pour un antispécisme intersectionnel : Ne plus mettre en avant Peter Singer



Peter Singer est souvent présenté avec l’aide de superlatifs pompeux comme :
« le philosophe le plus influent au monde »
« le “père” du mouvement moderne de la cause animale »
« l’inventeur de l’antispécisme »

Dans le milieu antispéciste français, il est incontournable. A titre d’exemple, dans les Cahiers antispécistes, une revue spécialisée sur la cause animale depuis 1991, on obtient 99 résultats de la recherche Peter Singer. Celui-ci a de multiples défenseur·euses, dont certaines défenses vont parfois en opposition avec les idées défendues par Peter Singer lui-même.

J’ai pendant un certain temps imprimé et diffusé le livre de Peter Singer traduit en français « L’égalité animale expliquée aux humain·es ». Jusqu’au jour où je suis tombé sur un article de Philosophie Magazine titré avec éloquence « On ne peut pas accueillir tout le monde », dans lequel Peter Singer affirme que l’extrême droite se développe parce qu’il y a trop de migrant·es, et qu’il faut donc leur fermer les frontières. [1]

Plus on approfondit sur le personnage, plus il nous apparaît affreux. Son analyse politique est claire : « Que cela nous plaise ou non, il nous faut donc pour l’instant faire avec le capitalisme, sous une forme ou une autre, et donc avec des marchés de biens, d’actions et d’obligations. ». [2]

Des thèses naturalistes anti-marxistes

Notre philosophe développe tout au long de ses écrits des thèses anti-marxistes et pour un « darwinisme de gauche », défendant que les comportements humains proviennent d’une nature humaine bien plus que de construits sociaux [3].

Ainsi Grégoire Quevreux construit le tableau à partir du livre de Peter Singer "Une gauche darwinienne (évolution, coopération et politique)" [4] :

Le niveau de catégorie correspond au niveau de ce qui est dans la "nature humaine", plus c’est à une catégorie élevée, moins on peut le changer / influencer dessus socialement. Il utilise ce naturalisme comme un biais d’analyse pour justifier les structures sociales.

« La quasi-totalité des sociétés ont un système de mariage qui restreint les relations sexuelles hors mariage. [...] Quelles que soient les règles du mariage, et aussi sévères soient les sanctions, l’infidélité et la jalousie sexuelles semblent également être des éléments universels du comportement sexuel humain » [5]

Des comportements qui sont socialement construits sont déplacés vers une problématique d’ordre naturel. Le quasi-totalité, les éléments universels se posent ainsi, biaisés par un œil socialement centré et occidental, alors que d’autres rapports sociaux existent à ce sujet. Cette justification naturelle permet de poser cela comme immuable, ce qui pose problème. [6]

L’altruisme efficace : Un justificateur des finances des milliardaires

Son outil philosophique favori, qu’il a lui-même construit, est « l’altruisme efficace ». « Les altruistes efficaces calculent le montant maximal qu’ils peuvent donner sans que cela affecte leur style de vie [...] cette démarche maîtrisée et non subie permet aux altruistes efficaces d’augmenter leur puissance d’agir grâce à la satisfaction qu’ils ont de rendre le monde meilleur. Ils sont non seulement utiles pour les autres mais aussi pour eux-mêmes. » [7]

Il réinvente la charité mais de manière non religieuse, et se fait ainsi pourfendeur des milliardaires de service. Et c’est probablement pour cette raison qu’il est autant cité : Philosophe, homme, blanc, cis [8], proche des puissants... Un de ses livres est d’ailleurs préfacé par Melinda et Bill Gates (Famine, Affluence, and Morality). C’est probablement la base du "donnant-donnant" : Melinda et Bill Gates le citent régulièrement [9] dans leurs œuvres ou sur leurs réseaux sociaux pour qu’il soit diffusé à très grosse échelle dans les médias dominants, en contrepartie Peter Singer sert de caution philosophique pour dédouaner les exactions de ces milliardaires. La fondation Bill & Melinda Gates finance une partie des organes auxquels participe Peter Singer, comme le Project Syndicate ou l’université de Princeton.

En parlant de Bill Gates (2ème fortune mondiale) et Warren Buffett (3ème fortune mondiale connu pour avoir dit « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner »), leur complicité avec Peter Singer ne fait aucun doute. Ce dernier dit haut et fort et régulièrement : « ils sont devenus, eu égard aux sommes données, les plus grands altruistes efficaces de l’histoire de l’humanité. » [10]

Peter Singer essaye de nous dire qu’il ne faut faire confiance qu’à la raison, mais ses argumentaires simplistes essayent toujours de nous retrancher derrière nos sentiments : il est moralement bon de donner de l’argent aux associations caritatives, et plus tu es riche, plus ta vie est importante pour changer le monde, et ce quelle que soit la façon dont tu es devenu riche. [11]

Le site internet, dont il est co-fondateur avec Charlie Bresler (ancien président d’une grande industrie de vêtements), The life you can save, donne des conseils pour placer efficacement son argent. Un des organismes qui y est mentionné régulièrement est GiveDirectly qui prétend « donner sans contrepartie un revenu universel au Kenya ». Dans la réalité, c’est une plateforme d’investissement qui s’implante en Afrique avec l’argent des milliardaires occidentaux [12] .

Le site utilise des évaluateurs tel que Givewell, monté par des anciens traders, groupe en partenariat avec Good Venture monté par Cari Tuna et Dustin Moskovitz, co-fondateur de Facebook, 124ème milliardaire mondial. Ces groupes font du lobbying démocrate américain, ils ont d’ailleurs financé directement les campagnes de Barack Obama et Hillary Clinton. « Dustin Moskovitz [...] avait versé 35 millions de dollars à des organisations soutenant la campagne électorale d’Hillary Clinton en 2016 ». [13] Parmi les 3 critères de The life you can save (Preuve, Efficacité, Exécution) d’aide à l’orientation pour choisir une structure caritative, il y a « Efficacité : Dans quelle mesure les programmes de l’organisme de bienfaisance sont-ils rentables ? Nous voulons trouver des organismes de bienfaisance offrant le meilleur rapport qualité-prix. » [14]

Un organisme souvent mis en avant, opportunisme oblige, est la Bill & Melinda Gates foundation qui aurait soi-disant énormément donné de sa fortune contre la pauvreté dans le monde. [15]

Bill & Melinda Gates foundation : Créer un organisme pour exonérer un maximum d’impôts

Depuis que cette fondation a été montée, les fortunes de ces deux protagonistes n’ont cessé d’augmenter de manière considérable, tout en se faisant passer pour des philanthropes. « Ses 27 milliards d’euros de capital sont placés dans des fonds d’investissement qui lui assurent une certaine pérennité. » [16]. Ainsi, cet organisme "d’aide aux pauvres" possède des actions de plusieurs milliards de dollars dans la plupart des pires multinationales existantes : Microsoft, McDonald’s, Pepsico, Burger King, KFC, Cargill, Unilever, Nestlé, Monsanto, Coca Cola, Airbus, BAE Systems, United Technologies, Cascade Investment, Wal-Mart, Freeport McMoran, Caterpillar, Sanofi, BP, Shell, Total, BASF, Novartis, Dow chemicals… [17]

Côté « humanitaire » elle finance l’éducation, les soins, l’agriculture, etc. On peut voir sur le site de belles photos de Bill Gates au milieu d’une école en Afrique. Cependant, la fondation a surtout été dénoncée :
• D’influencer socialement, politiquement, et commercialement les populations vers le libéralisme économique, en poussant à l’augmentation de la présence des multinationales dans les décisions publiques.
• D’influencer pour le brevetage du vivant et des médicaments.
• D’œuvrer pour le développement de technologies mortifères (armement, OGM, nouvelles/nanotechnologies, industrie nucléaire bioéthanol, smart city, intelligence artificielle), de s’implanter pour faire des opérations d’extraction des ressources (cobalt : Kobold Metals, pétrole,...).
• D’implanter des technologies de surveillance et de contrôle (Bill Gates préconise une caméra dans toutes les classes), de vol et d’analyse de données personnelles à grande échelle.
• D’essayer d’imposer la « révolution verte africaine », tristement connue en Inde pour avoir forcé l’implantation de plantes hybrides et des OGM, pour avoir œuvré à l’accaparement et à la destruction des terres agricoles. « La fondation figure à la cinquième place des plus gros financements pour l’agriculture dans les pays en développement. » [18]
• De scandales sanitaires ; de contribuer au développement de la malbouffe. Derrière un discours pour sauver l’humanité des maladies mortelles, de faire en réalité des choix qui vont à l’encontre des populations.
• De contribuer à l’augmentation de l’endettement des pays pauvres et des individus. De participer à la dépossession des populations de leur bien : La « fondation soutient diverses actions sociales aux États-Unis qui sont en partie financées par les dividendes d’Ameriquest Mortgage - un courtier spécialisé dans les prêts immobiliers et réservé à un public réputé insolvable » [19], les fameuses subprimes.
• De détruire de manière directe, politique et financière les aides sociales et l’environnement.
• De faire des communications mensongères.

L’argent dépensé leur revient forcément, d’autant plus qu’elle finance des produits dans lesquels la fondation possède des actions. En parlant d’un projet de lutte contre la maladie du sida de la fondation Gates : « le projet ne prévoit aucune action de prévention du sida, la seule manière véritable d’enrayer la pandémie. Pour Michelle Bertho-Huidal, « la Fondation à fait reculer la mortalité, mais pas la maladie ». Ni même sa dépendance aux médicaments. Mais est-ce vraiment étonnant ? La Fondation Gates détient des actions dans les neuf plus grandes sociétés pharmaceutiques du monde et recrute parmi elles certains de ses cadres. Ainsi le directeur de la branche Santé publique de la Fondation vient de Novartis (Suisse) et son prédécesseur du géant britannique GlaxoSmithKline. » [20]

On est bien loin de l’affirmation de Peter Singer : « Les dons de Gates et de Buffett seront désormais utilisés principalement pour réduire la pauvreté, les maladies et les décès prématurés dans les pays en développement », article dans lequel Peter Singer fait apparaître Gates et Buffett comme complètement désintéressés dans leur finance ! [21]

Quand les sphères d’influence deviennent des dons

Comme expert dans le domaine, Peter Singer se doit de faire un commentaire, lorsque le magazine Forbes a créé un classement des plus grand.es philanthropes du monde. Ce magazine a mis Michael Bloomberg « 3ème plus grand philanthrope derrière Gates et Buffett » pour avoir donné 5,5 milliards de dollars pour que les « pauvres » puissent étudier dans l’université privée dans laquelle il a commencé ses études. Pour Peter Singer c’est vraiment bien qu’il donne, mais il ne mérite pas cette place car il n’a pas été efficace dans l’objet du don.

« Tout en faisant le plus de bien, qui doit primer sur les sentiments personnels comme la gratitude, nous n’avons pas à mettre entièrement de côté nos sentiments personnels. La gratitude aurait pu amener Bloomberg à donner, disons, un million de dollars à l’Université Johns Hopkins sur la base de ces sentiments. Cela aurait plus que satisfait à toutes les dettes morales qu’il aurait pu avoir envers son alma mater et aurait laissé 1 799 millions de dollars destinés à faire le plus grand bien. » [22]. Précisant que « Depuis 2014, la richesse de Bloomberg a bondi de 50% pour atteindre 48 milliards de dollars. » Ce qui ne le choque pas plus que ça. Dans ce même texte il fait l’éloge de George Soros, et « ma préférence va à Hank Rowan qui, en 1992, avait donné 100 millions de dollars au Glassboro State College, une université publique du New Jersey ».

Les jolis dons qui sont là. Revenons un peu sur les personnages :
• Bloomberg, onzième fortune mondiale, a failli se présenter aux élections présidentielles des États-Unis, soutient Macron dans sa politique en France, s’est fortuné dans la finance informatique de Wall Street et le capitalisme sauvage.
• Soros est surnommé « l’homme qui a brisé la Banque d’Angleterre » en raison de sa vente à découvert de l’équivalent de 10 milliards de dollars américains en livres sterling , ce qui lui a permis de réaliser un bénéfice de 1 milliard de dollars en 1992. Théoricien de l’ultra-libéralisme, il donne systématiquement plusieurs millions de dollars pour les campagnes électorales des démocrates, est très attaché à maintenir une influence politique forte en Europe. Il est connu pour conflits d’intérêts, délits d’initiés, fait ses fortunes dans des fonds d’investissement. Anecdote parmi d’autres : « L’Europe doit surmonter ses contradictions pour privilégier un effort de guerre au détriment de l’austérité » a-t-il accordé dans Paris Match, dans une interview intitulée George Soros : "L’Europe doit se réveiller et s’armer" alors que lui-même a des finances dans l’armement.
• Quant à Hank Rowan, son don était tellement "désintéressé" que l’université a pris son nom après (Université Rowan). « Le don stipulait que le collège ouvrait un collège d’ingénieurs et lui permettait d’élargir son offre de cours et de programmes au point de devenir une université à part entière, obtenant ce statut en 1997 », sachant que l’empire qu’il montait en parallèle nécessitait des ingénieur.es et avait tout intérêt d’influencer les programmes d’enseignement…

Peter Singer pense que le seul terrain important est celui de l’investissement et de l’argent. Il abandonne complètement l’analyse d’une éthique non financière, et des conséquences socio-politiques de la contribution au système capitaliste. Il n’en est plus à la question de « faire avec le capitalisme » : il faut rentrer complètement dedans, spéculer, exploiter pour pouvoir accéder à de l’argent pour ensuite participer à l’altruisme efficacement.

Pour Peter Singer :
• Soit tu es assez haut pour modifier le système : tu fais participer des décideurs mais dans ce cas tu es confronté aux réalités de la nature humaine et dois composer avec.
• Soit tu ne fais qu’appliquer les fonctionnements propres du système, dans ce cas il n’y a pas de mauvais métier. Il en arrive à se vanter d’avoir orienté un de ses étudiants vers le monde de la finance [23].

Rien d’étonnant, vu sa proximité aux grandes entreprise que Peter Singer apporte son soutien à la firme McDonalds dans sa quête du bien-être animal. [24]

Un altruisme au service de la finance, de l’impérialisme et de l’armement

Quelle douce tentation de se laisser porter par l’argent facile. Mais la question se pose : à partir de quand l’indépendance de nos structures sont compromises ? En novembre 2017, L214 obtient 1,14 millions d’euros en don par l’Open Philanthropy Project (fameux regroupement de Givewell et Good Venture vu précédemment). L214 cite régulièrement Peter Singer comme référence, et participe fièrement à la promotion de la création de l’association Altruisme Efficace France. Olivier Bertrand, cofondateur et président d’Altruisme Efficace France, vient du monde du business et de la finance. Il est lobbyiste professionnel pour Air France – KLM auprès des institutions européennes, multinationale particulièrement destructrice de l’environnement et des oiseaux, n’hésitant pas à aider l’État français à expulser les personnes sans papiers.

Un article sur le site internet de cette dernière structure, Comment utiliser sa carrière ?, nous explique que dans ta vie tu vas consacrer 80 000 heures au système travail, autant la consacrer à l’altruisme efficace. On peut être efficace dans l’altruisme au sein de son travail de manière directe, par l’influence du poste (le potentiel d’influence), par le salaire généré, par la satisfaction personnelle. Le site renvoie ensuite sur un espèce de Pôle Emploi de l’altruisme efficace, le site 80000hours.org, qui nous propose des métiers où faire carrière.

Capture d’écran de la page job board du site 80000hours.org, juin 2019

La plupart de ces métiers sont liés à l’armée, l’armement, le développement de la technologie de pointe, le monde de la finance [25]. A l’heure où j’écris la première édition (juillet 2019), la 5ème annonce (voir précédemment : Science And Technologie Advisor) proposée sur le site propose un poste de : « Conseiller scientifique et technologique du chef d’état-major adjoint, G-2, quartier général, département de l’Armée de terre, dans tous les domaines liés à l’application de nouvelles technologies ou approches techniques visant à renforcer les capacités opérationnelles du renseignement de l’Armée de terre. ». On peut retrouver le même type de métiers sur le Facebook et le compte Linkedin proposés par Altruisme Efficace France. Dépolitiser d’un côté et insister de l’autre sur l’efficacité renvoie au fait d’être plus compétitif sur le marché économique.

Cette dépolitisation est construite : La façon dont il parle permet d’oublier toutes les autres problématiques sociétales, l’urgence est là, claire et nette. Donner de l’argent c’est sauver des vies, donc « chaque jour que nous n’aidons pas les autres, dit-il, c’est comme laisser cette fille infirme dans la ruelle [gisante en train de mourir sous vos yeux]. » [26]

Plus tu écrases les autres, plus tu es altruiste.

En fouillant un peu plus sur le site de 80 000 hours, on peut trouver des métiers de manager pour Google, pour Amazon, travailler pour la NSA, dans le nucléaire, dans l’analyse sur l’armement et les armes de destructions massives, pour le « Council of economic Avisers » (le CEA, littéralement « Conseil des conseillers économiques », est un groupe de trois économistes réputés chargés de conseiller le président des États-Unis en matière de politique économique. Il fait partie du Bureau exécutif du président et a la charge de la plupart des décisions économiques de la Maison-Blanche), US Office of the Secretary of Defense, US Air Force Research Laboratory,….

Ces types d’annonces s’y retrouvent à foison : « Vous travaillerez directement avec l’équipe Technologie et sécurité nationale, qui examine les opportunités et les défis pour la sécurité nationale des États-Unis présentés par le rythme rapide des changements technologiques et la prolifération des technologies de pointe. » Travailler pour l’armée la plus impérialiste au monde semble de l’altruisme hautement développé.

Au milieu de ça, on retrouve des emplois pour Givewell, Open Philanthropy, Givedirectly, World Economic forum, ou encore pour des boulots welfaristes.

Qu’en dit Peter Singer de ce Pôle Emploi de l’impérialisme ? « Faites la connaissance de Will Crouch, un étudiant diplômé en philosophie qui a commencé 80 000 heures (environ le nombre d’heures que vous passez dans votre carrière), ce qui aide les gens à trouver des carrières qui font toute la différence possible au monde. Étonnamment, il encourage les gens à se lancer dans la finance et la banque, car plus vous gagnez, plus vous pouvez donner. Si vous gagnez un gros salaire plutôt que de devenir un travailleur humanitaire, vous pourriez payer les salaires de cinq travailleurs humanitaires dans les pays en développement. » [27] Centre for Effective Altruism incorpore 80 000 hours avec Giving What We Can, 2ème structure dont le fondateur fut « inspiré par Peter Singer » dans laquelle Peter Singer est membre depuis son origine, en 2009.

En réalité toutes ces structures que Peter Singer arrive à faire monter sont seulement des agences de communication qui renvoient vers des outils pensés par et pour les traders et les milliardaires :

« L’objet de l’organisme de bienfaisance [the life you can save] n’est pas vraiment d’évaluer les organismes de bienfaisance ; ils sous-traitent principalement ce travail à GiveWell et à ImpactMatters. L’idée est plutôt de communiquer efficacement l’idée que certains organismes de bienfaisance sont les meilleurs endroits pour donner et d’essayer de transférer de l’argent vers ces organismes. GiveWell mobilise des dizaines de millions de dollars chaque année auprès de ces personnes, par exemple, ce qui est formidable - mais la majeure partie de cet argent provient d’une seule source, Good Ventures » [28]

Un altruisme pour le bien du capital

Le don monétaire pensé par Peter Singer n’a pas de politique. Il n’est pas là pour s’opposer à l’exploitation des travailleur·euses mais à conseiller les hommes d’affaires pour les prévenir de mouvements de contestation :

« Question : Quel est le rôle des hommes d’affaires ? Singer : […] Sur les formulaires [non obligatoire] présentés aux nouveaux employés, les entreprises peuvent indiquer que leur politique consiste à donner un pourcentage des salaires de leurs employés [...] Si les entreprises égalent alors tous les dons, je pense que cela donnerait un excellent exemple. Cela inciterait les employés à réfléchir davantage à la pauvreté mondiale. Cela contribuerait également à créer le sentiment que la société est une entreprise éthique qui contribue à résoudre les problèmes mondiaux, ce qui a eu des effets bénéfiques sur le moral du personnel et sur des éléments tels que la rétention du personnel. » [29]

Il se met clairement du côté des destructeur·ices de ce monde pour qu’ielles puissent continuer leurs activités. L’altruisme efficace a notamment pour objet de générer du sens dans le monde de la finance, où l’objectif premier c’est l’argent. Lui essaye de créer artificiellement un sens philosophique au modèle ultra-libéral : « Donner aide à lever le poids immense d’une vie sisyphéenne. Le style de vie du consommateur est le suivant : travailler dur, gagner de l’argent, dépenser de l’argent en biens, être à court d’argent, recommencer pour maintenir le bonheur. C’est un tapis roulant hédonique que vous ne pouvez jamais descendre. L’altruisme efficace vous permet de contribuer de façon démontrable à la vie des autres tout en ajoutant sens et épanouissement à votre vie. » [30]

Un philosophe qui défend sa classe sociale

Il est à la fois enseignant d’universités ultra prestigieuses : l’université de Melbourne (1,3 milliards de dotation – 52 000 étudiant·es – frais pour y étudier entre 30 et 40 000 dollars par an) et de l’université privée Princeton, dans le New Jersey, aux USA (paye ton bilan carbone). A titre de comparaison, l’université de Paris 8 (22 000 étudiant·es) a une dotation de 113 millions d’euros.

« Avec une dotation de 22,15 milliards de dollars, l’Université de Princeton [8,273 étudiant·es] est parmi les universités les plus riches du monde. Classée en 2010 comme la troisième plus grande dotation aux États-Unis, l’université avait la plus grande dotation par étudiant au monde (plus de 2 millions de dollars pour les étudiants de premier cycle) en 2011. Une dotation aussi importante est maintenue grâce aux dons continus de ses anciens élèves et est maintenue par les conseillers en investissement. » [31], dont le prix pour étudier est de 73 000 dollars par an.

Il n’avait pas le choix de démonter Marx. Une analyse de classe sociale porterait préjudice à ses analyses. Selon glassdoor.com, « Le salaire type d’un professeur d’université à Princeton est de 215 813 $ [contre 114 000 dollars en 1999]. Les salaires de Professor à Princeton University peuvent aller de $ 152 985 à 296 559 $. », selon la même source le salaire moyen à l’université de Melbourne est de 175 000 dollars. Son salaire a probablement grandement augmenté depuis ses premières théories, sans parler d’autres sources de financement (ventes de ses livres, cadeaux divers,...). Peter Singer ne milite pas pour fixer un salaire maximum ou minimum et réduire les inégalités, il fait endetter des étudiant·es pour venir l’écouter, il est pour que ça soit les riches qui apportent aux pauvres selon leur bon vouloir. Il a choisi de défendre et légitimer sa classe sociale.

Classisme : chiffrer la valeur d’une vie humaine

En 2009, il publie un article pour soutenir le fait qu’aux États-Unis, un organisme privé puisse rationner la sécurité sociale. Il est pour que toute la population ait accès à une sécurité sociale au rabais (ce qui n’est pas le cas aux États-Unis actuellement). Pour lui la vie humaine à déjà un prix chiffrable dans de nombreux domaines, pourquoi ne pas l’étendre à la santé. Cette sécurité sociale respectera un taux fixe, respectant un indicateur QALY qui est un indicateur économique visant à estimer la valeur de la vie, pour déterminer la valeur pécuniaire d’une intervention ou d’un traitement.

« Nous pouvons faire face à cette différence en calculant le nombre d’années de vie sauvées, plutôt que simplement le nombre de vies sauvées. Si on peut s’attendre à ce qu’une personne adolescente vive encore 70 ans, sauver sa vie équivaudra à un gain de 70 années de vie, alors que […] sauver celle d’une personne de 85 ans comptera comme un gain de seulement 5 années de vie. Cela suggère que sauver un adolescent équivaut à sauver 14 personnes de 85 ans. » [32] Évidement il sera possible de souscrire à une assurance privée complémentaire, les riches n’ont donc pas la même valeur financière : « Les médecins choisis recommandent, quel que soit le coût, de pouvoir se retirer de Medicare for All dans la mesure où ils peuvent démontrer qu’ils disposent d’une assurance-maladie privée suffisante pour éviter de devenir un fardeau pour la communauté en cas de maladie. »

Rubrique "fais ce que je théorise, pas ce que je fais"

« Sa mère, Cora, est maintenant au stade avancé de la maladie d’Alzheimer. Elle a perdu les attributs de sa personnalité. Singer paie pour ses soins infirmiers privés onéreux d’une manière qui va manifestement à l’encontre de ses prétentions concernant l’égalité des intérêts. La même somme d’argent pourrait nourrir quelques centaines de Soudanais affamés - tous des "personnes". Cela devrait normalement être une affaire privée. Mais la position de Singer en matière de pratique de la prédication a fait de la maladie dégénérative de sa mère un sujet légitime de discussion philosophique.

Comment peut-il justifier de gaspiller tout cet argent au profit d’une personne qui se trouve être sa mère ? Bien sûr, Singer fait la bonne chose. Nous pensons à peine qu’il serait une meilleure personne s’il abandonnait sa mère. Mais des critiques philosophiques, tels que Bernard Williams, professeur de philosophie à l’Université d’Oxford, affirment que le choix personnel de Singer expose les limites fragiles de sa philosophie. Il est facile de dire qu’un pauvre étranger au Soudan a le même statut moral que votre plus proche parent, mais en réalité, il n’en a pas. » [33]

Un philosophe du néocolonialisme

La communication de Peter Singer et des fondations de milliardaires d’une soi-disante lutte contre la pauvreté reste des discours pour cacher leurs politiques colonialistes. Ainsi, d’après ces discours, tout investissement en Afrique devient positif parce qu’il y a des pauvres là-bas [34] . Peu importe si ces investissements ont pour missions principales de déposséder des paysan·nes de leurs terres ou encore d’inonder le marché africain de nourriture occidentale subventionnée à très bas coût contribuant à l’appauvrissement et la mise en dépendance des populations, et dans un même temps l’enrichissement des investisseur·ses.

« Très peu de personnes dans le besoin se soucient de la couleur de la peau des personnes qui dirigent les organisations qui les aident. Si l’objectif est d’aider ceux qui vivent dans l’extrême pauvreté, nous avons besoin de tous les sauveurs que nous pouvons trouver. » [35]

"L’altruisme efficace" est un autre mot dans la lignée de "l’aide au développement" qui cache en réalité "investissement à haute plus-value dans des pays pauvres". Cela reste de la langue de bois pour inverser les intentions réelles de nos investisseur·ses qui n’hésitent pas à parler de philanthropie, quand ce qui les intéresse réellement c’est de gonfler leur compte bancaire et leur emprise politique. [36]

Notre utilitariste garde cette idée en tête qu’investir à l’étranger est forcément bénéfique. Il fait souvent des comparaisons, par exemple entre "le coût d’une journée de bonheur d’un·e orphelin·e en occident" qui pourrait avec la même somme "sauver 10 Somalien·nes". Pour les pays occidentaux, il forge une théorie tout autre. Le problème n’est pas de donner de l’argent pour réduire la pauvreté, mais de payer des psychothérapeutes afin que les gens soient plus aptes au travail [37].

Si dans ses textes il développe les questions morales contre la pauvreté, j’interprète la différence de ses visions entre les pays riches et les pays pauvres ainsi :
• Lorsqu’il parle des pays pauvres, il ne parle jamais de problématiques sociales, mais juste de manque d’argent, comme si la pauvreté était naturelle. Dans ces pays là, il manquerait de sauveurs charitables, son intention est d’attirer des investisseurs pour développer un capitalisme ultra libéral. L’enjeu est de taille, s’intéresser à la pauvreté va rapporter gros aux riches [38].
• Pour les pays riches : le manque d’argent est minime par rapport à la misère sociale, et il y a trop de problèmes de santé mentale. Là, ses intentions sont d’une autre nature : économiquement et socialement il prône un conservatisme complet en préconisant tout de même plus d’accompagnement psychiatrique pour pouvoir prolonger le fonctionnement du capitalisme.

Un déni du racisme structurel

L’argumentaire de Peter Singer sur le spécisme compare fréquemment au racisme et au sexisme. Pour lui ces deux dernières discriminations sont une histoire passée. Il reste du racisme chez certaines individus mais il ne s’exprime plus à une échelle systémique.

« George Yancy : Plus haut, vous avez parlé d’impulsions émotionnelles, mais ne croyez-vous pas que le racisme des Blancs repose également sur des structures institutionnelles ? Les pratiques racistes s’expriment systématiquement par le biais des banques, de l’éducation, du complexe industriel pénitentiaire, des soins de santé, etc., qui doivent simplement continuer à fonctionner pour continuer à privilégier et à autonomiser certains (Blancs) et à opprimer et à dégrader d’autres (Noirs). [...]

Peter Singer : Ce que vous appelez ici « le système institutionnel » inclut des secteurs distincts de la société, chacun de ces secteurs ayant ses propres divisions et subdivisions. Leur degré de racisme variera et il faudrait des preuves et une analyse détaillées pour démontrer que chacun de ces secteurs, chacune de ses divisions et subdivisions, implique ou exprime des pratiques racistes. » [39]

A ce sujet, une analyse a déjà été portée en août 2015 par Sarah Grey et Joe Cleffie dans l’article Peter Singer’s Race Problem. Je reprends dans la suite que des extraits de leur texte.

« Singer pense que la conscience humaine a progressé en ce qui concerne le racisme, affirmant que si le racisme existe toujours, il est largement condamné et que, s’il persiste, il peut être expliqué par les attitudes individuelles. Après avoir été vivement encouragé par Yancy, Singer admet que certaines institutions de la société renforcent souvent ces attitudes, mais refuse de préciser lesquelles. Au lieu de cela, il suppose qu’il « faudrait des preuves et une analyse détaillées pour démontrer que chacun de ces secteurs, ainsi que chacune de ses divisions et subdivisions, implique ou exprime des pratiques racistes ».

En effet, l’idée même du racisme structurel en tant que partie intégrante du capitalisme semble perdue pour Singer. Il semble penser que, même si le processus est lent, le racisme n’est généralement pas accepté et est donc en train de disparaître. Le spécisme, en revanche, est plus enraciné - et donc plus insidieux. [...]

En fin de compte, c’est l’individualisme de Singer - son insistance à voir dans le racisme un échec moral et intellectuel individuel plutôt qu’un système social dans une société inégalitaire - qui l’empêche de comprendre le problème de l’équivalence du spécisme et du racisme. Singer affirme que "nous devrions traiter les êtres comme des individus plutôt que comme des membres d’une espèce" parce qu’il croit, de la manière libérale classique, que considérer chaque être comme une entité autonome doit être évalué selon ses propres mérites, sans aucun lien avec un contexte plus large. »

Malheureusement, cette méthode d’analyse ne prend absolument pas en compte les facteurs sociaux, systémiques et même liés à l’espèce. C’est assez similaire à l’argument libéral selon lequel le racisme peut être combattu par le simple « daltonisme ». De plus, les seules solutions qu’il propose sont basées sur l’individu en tant que principale unité de l’organisme. Vous pouvez notamment devenir végétarien ou végétalien, éviter les produits où l’expérimentation animale est utilisée, etc., et vous disputer avec d’autres pour faire de même.

Ces actions ont été inefficaces pour réellement changer le système alimentaire actuel. Si vous appliquiez cette logique à la lutte contre le racisme, vous pourriez éviter les comportements racistes, éviter d’acheter des choses à des entreprises ayant des pratiques ou des politiques racistes, ou refuser de donner à votre touriste dollars dans des États ou des pays où les pratiques racistes sont mauvaises. Cependant, ces solutions individuelles sont inefficaces si l’objectif est de lutter contre le racisme à un niveau systémique. Le racisme fait partie intégrante du capitalisme américain. Les boycotts ne sont efficaces que lorsqu’ils font partie de la stratégie d’un mouvement de masse qui défie directement la nature systémique du racisme.

Comme le dit Butler : Nous ne pouvons pas avoir une approche aveugle de la race aux questions : quelles vies comptent ? Ou, quelles vies méritent d’être valorisées ? Si nous passons trop rapidement à la formulation universelle, « toutes les vies comptent », nous oublions le fait que les Noirs ne sont pas encore inclus dans l’idée de « toutes les vies ». Pour concrétiser cette formulation universelle, qui s’étend véritablement à tous les peuples, nous devons mettre en avant ces vies qui ne comptent plus maintenant, marquer cette exclusion et militer contre elle.

Dans le même ordre d’idées, faire valoir des arguments purement utilitaires concernant la valeur de la vie des personnes handicapées et des personnes de couleur sans tenir compte du contexte historique dans lequel de telles vies ont été et sont toujours traitées de manière moins utile – prétendre que le jeu est au même niveau - quelle que soit l’intention des conclusions de ces arguments, c’est en tant que telle, une forme de violence morale.

Un philosophe du racisme

Ses théories sur l’investissement dans les pays bon marché se retrouvent dans ses théories anti-exilé·es. C’est dans un argumentaire purement économique qu’il justifie que les réfugié·es soient "géré·es" dans des camps au sein des pays pauvres. J’utilise le mot "géré" car c’est bien ainsi qu’il pense la chose. Pour lui ce ne sont pas des êtres humains qui ont un libre arbitre et ont le droit de s’exprimer et de se déplacer. Non, ce ne sont que des pions que les États peuvent décider librement de placer sur un échiquier planétaire en fonction du coût économique.

« Le soutien international aux pays qui supportent le plus grand nombre de réfugiés est également logique sur le plan économique : cela coûte à la Jordanie environ 3 000 € (3 350 $) pour soutenir un réfugié pendant un an ; en Allemagne, le coût est d’au moins 12 000 €. » [40]

Quand Philosophie Magazine lui demande qu’est-ce qui diffère entre ses idéaux et ceux de Marine Le Pen, Peter Singer répond qu’il souhaite accueillir une quantité réfléchie de réfugiés qui sont dans les camps, pas comme Le Pen [41].

Comme vu au début de ce texte, pour lui c’est à cause des migrant·es que l’extrême droite se développe. Son texte The Migration Dilemma (juillet 2016) est écrit pour critiquer la décision de l’Allemagne de régulariser beaucoup d’exilé·es (trop pour Singer), après il fait un état des lieux de l’augmentation de l’extrême droite en concluant : « La migration a joué un rôle - éventuellement décisif - dans chacun de ces résultats [politiques]. »

« Le nombre d’immigrants arrivant en Europe sans autorisation est maintenant retombé au niveau d’avant 2015, de sorte que nous pourrions aussi espérer un retour à la vie politique d’avant 2015. Mais, en politique, la perception est primordiale et les récentes élections hongroise et italienne suggèrent que la baisse du nombre d’immigrés n’a encore eu aucun impact. Les dirigeants politiques qui veulent agir avec humanité à l’égard des demandeurs d’asile et des autres immigrants en herbe font maintenant face à un terrible dilemme moral. Soit ils vont assez loin vers un contrôle plus strict des frontières pour saper le soutien public envers les partis d’extrême droite, soit ils risquent de perdre non seulement cette bataille, mais également toutes les autres valeurs menacées par les gouvernements anti-immigration. »

Pour lui le lien entre nombre d’exilé·es et développement de l’extrême droite est direct. Même lorsque la vérité ne correspond pas à son analyse il fait la pirouette de « la perception ». Et cette « perception » ne serait-ce pas justement la propagande médiatique et politique anti-migrante à laquelle il contribue ? Se servir des exilé·es comme boucs émissaires pour tous les maux de la société, comme il le fait lui même, est un facteur important du populisme.

Sa façon d’argumenter reprend un langage qui se veut "apolitique", car il ne fait jamais d’analyse structurelle et infra-structurelle des conséquences de ses positions. Par exemple, il n’explique jamais les conséquences de ce que signifie sa vision anti-exilé·es. Il ne dit pas ouvertement que les conséquences logiques de ses opinions sont la traque et le contrôle systématique d’individus sur leur faciès les conduisant dans une situation d’anxiété et de précarité. Il ne parle pas non plus de ces armées aux frontières qui mettent en danger et maltraitent des exilé·es en passage, favorisant le développement de mafias. Lui, avec sa condition sociale, traverse les frontières à travers le monde entier en avion pour diffuser ses idées racistes, se permet de conseiller tour à tour ce que devrait faire la France, l’Angleterre, l’Australie, les États-Unis, l’Allemagne. Par contre, il aimerait que ça soit plus simple de distinguer le migrant qui a une raison valable d’être là, de celui à expulser. « Avec l’augmentation du nombre de demandeurs d’asile, il est devenu difficile pour les tribunaux de déterminer qui est un réfugié au sens de la Convention et qui est un migrant bien encadré à la recherche d’une vie meilleure dans un pays plus riche. » [42]

Pour lui, le problème ici est l’étranger en provenance de pays pauvre, mais il ne questionne évidemment pas la liberté de circulation des occidentaux. Il construit ainsi la base philosophique de la préférence nationale :

« L’idée éthique abstraite selon laquelle tous les êtres humains ont droit à une égale considération ne peut régir les devoirs d’un dirigeant politique. [...] Il n’y a pas de communauté politique mondiale et, tant que cette situation prévaut, nous devons avoir des États-nations, et les dirigeants de ces États-nations doivent privilégier les intérêts de leurs citoyens. » [43]

Comme on l’a vu au chapitre précédent, il faut distinguer ses théories selon que le pays soit occidental ou pauvre. Dans son article Who Needs More White Saviors ?, il ne donne pas cette possibilité d’une libre décision des choix sociétaux des pays pauvres.

Enfin, Singer pousse l’instrumentalisation jusqu’à considérer qu’il ne faut pas accepter les exilé·es... pour le bien être des exilé·es elleux mêmes !
« Je ne pense pas que la Grande-Bretagne ait une obligation particulière d’accepter ceux qui parviennent à mettre le pied sur les côtes britanniques », a-t-il déclaré. « Je pense qu’il faut repenser l’idée du droit d’asile tel qu’il est actuellement appliqué. » Il en va de même pour son pays, l’Australie, ajoute-t-il, où le gouvernement est souvent critiqué pour ne pas accueillir davantage de réfugiés rohingyas fuyant la persécution en Birmanie. « Emmener ceux qui réussissent à monter sur des bateaux en Australie incite à faire ces dangereux voyages au cours desquels certains se noient. [Les réfugié·es] dans les camps de l’UNHCR au Liban ou ailleurs ont tout autant besoin d’un endroit où aller que les personnes qui débarquent en Australie ou en Grèce. » [44]

Selon lui, c’est pour leur bien être qu’il ne faut pas accepter les exilé·es, pour elleux « les droits doivent avoir une limite » [45]. Mais qu’est-ce que concrètement signifie ne pas emmener ceux qui réussissent à monter sur des bateaux ? Les laisser se noyer dans la mer pour qu’ielles servent d’exemple afin de dissuader les autres de passer ? Justifier le développement d’agence type Frontex (Frontières extérieures en Europe), qui est à la fois une armée et à la fois une agence qui a des pouvoirs extraparlementaires ? Accepter que cette agence peut renvoyer des personnes, trouver dans les eaux internationales, sans aucune vérification de leur situation, dans des pays où elles vont probablement être torturées ou mises en esclavage (comme en Lybie) ?

Notre utilitariste pousse donc son développement : pour maximiser le bonheur planétaire, on peut donc renvoyer des personnes vers une mort certaine ? Et ainsi se résigner que ces personnes soient les perdant·es de la société capitaliste - lui même se situant parmi les biens placés.

* * * * *

Anthropocentrisme, suprématisme et capacitisme chez Peter Singer

Mais revenons-en à ses textes plus centrés sur l’antispécisme. Ceux-ci restent tout autant problématiques. Un travail a déjà été effectué par Christiane Bailey dans « Anthropocentrisme, suprématisme et capacitisme chez Peter Singer », en 2015 [46].

Elle dénonce 3 éléments : _ • Ignorer et dénigrer l’apport des femmes _ • Dénigrer les autres animaux _ • Dévalorisation des personnes en situation de handicap

Singer dénigre les émotions mais en fait usage en même temps dans ses discours lorsqu’il décrit les élevages. Son rationalisme sert, selon Christiane Bailey, de base à son dénigrement.

Ignorer et dénigrer l’apport des femmes

« Lorsqu’il retrace l’histoire du mouvement, Singer ignore souvent, voire même dénigre, l’apport des femmes et des perspectives non-occidentales. Dans son article célébrant les 30 ans de la parution de Animal Liberation, Singer prétend qu’avant le milieu des années 70, « personne ou presque ne pensait que la façon dont on traitait les animaux était un problème moral qui méritait d’être pris au sérieux » (AL 30 ans après, 105-106). »

Dans son article, Christiane Bailey retrace des luttes pour la cause animale portées par des femmes, dénigrées par Peter Singer, et comment il a pu voler les perspectives principales de son livre à une femme, Roslind Godlovich [47].

« Non seulement, il dénigre l’apport de ces femmes qui se sont battues des décennies avant lui, mais il va même jusqu’à soutenir qu’elles ont en quelque sorte nuit à la cause animale :

« La description de ceux qui protestent contre la cruauté envers les animaux en tant qu’« amoureux des animaux » d’un point de vue sentimental et émotionnel [revenait à] exclure un débat politique et moral sérieux. » (Singer, AL)
« On a l’impression que si le mouvement de libération des animaux n’a pas vraiment évolué avant Singer (selon lui), c’est parce que c’était des femmes qui le menaient et non pas des philosophes académiques crédibles. »

Peter Singer organise la construction de ses discours autour de schémas qui se retrouvent : il se veut être le père d’un nouveau concept qui n’existait pas avant. Cela signifierait que tout ce qui a été fait avant ou différemment de sa théorie serait problématique. Cela lui sert d’un côté à se mettre en avant. La construction de sa pensée s’ancre sur un positivisme du présent : aujourd’hui nous sommes forcément sur une pente positive [48], autrement ce serait nier que sa façon de faire n’ait eu un impact mondial. D’un autre côté, les groupes qui ont des méthodes différentes seraient forcément contre-productifs.

Dénigrer les autres animaux

Dans l’Égalité Animale expliquée aux humain·es, si Peter Singer introduit le concept d’égalité de considération pour les êtres qui sont capables de souffrir et / ou ressentir du plaisir, il dénigre complètement les animaux non-humains qui sont incapables d’anticiper des situations, de ressentir de la peur. Il n’exprime aucun doute sur le fait que ceux-ci ont des capacités cognitives inférieures à l’être humain "adulte-normal".

Pour les 2 prochaines parties, je cite de nouveau le travail de Christiane Bailey (syntaxe légèrement modifiée, citations de Peter Singer traduites en français)

Singer reconnaît que plusieurs autres animaux sont des individus sensibles et que cela compte moralement. Il reconnaît qu’ils ont intérêt à ne pas souffrir, mais il ne leur reconnaît pas d’intérêt à être libres, à ne pas être soumis à des procédures invasives et non-thérapeutiques sans leur consentement et il ne leur reconnaît pas d’intérêt à rester en vie et à ne pas être tués.

Au cœur du débat est sa distinction entre les personnes et les non-personnes, c’est-à-dire entre les individus conscients ou sensibles (qui peuvent souffrir et ressentir des expériences plaisantes) et les individus qui ont, en plus, conscience d’eux-mêmes dans le temps, qui sont capables de raisonnements (ou de réflexions rationnelles) et qui sont capables de faire des projets de vie à long terme. Selon la thèse du remplacement, on peut tuer ces individus « simplement conscients » ou non-rationnels sans douleur si on les remplace par d’autres sans qu’il n’y ait de question morale à se poser. En fait, on n’a même pas à dire que c’est pour des intérêts importants, cela peut être pour des raisons totalement triviales. Si certains individus sont par principe remplaçables, on n’a en fait même pas à fournir de justifications.

Singer ne voit rien de mal à tuer un individu vulnérable qui ressent des émotions et des expériences vécues, qui vit dans un monde de sens qui lui importe, qui a une vie sociale et qui tisse des relations interpersonnelles avec les autres, pourvu que cela soit fait sans douleur, qu’il soit remplacé par un autre qui aura une vie qui ne sera pas plus misérable et que cela n’affecte pas trop les survivant·es. Surtout que Peter Singer ne cesse de changer d’idées.

En 1994, dans son livre Rethinking Life and Death, il indique que seuls les humains adultes « mentalement compétents » et les grands singes sont des personnes qu’on ne peut pas tuer pour augmenter le bien-être général. Il dit qu’on montrera peut-être un jour que les dauphins, les baleines, les éléphants, les chiens, les singes et les cochons sont conscients d’eux-mêmes et capables de raisonnement, alors ils seront des personnes (PE, p. 182).

En 1999, il affirme qu’il est possible que les chiens pensent au futur, mais probablement pas les oiseaux et les poissons. Au fil des éditions de Practical Ethics, il changera la liste des animaux-personnes en raison des études en psychologie et en éthologie sur la vie mentale, émotionnelle et sociale des autres animaux.

Le fait qu’on soit constamment surpris·es par les capacités des autres animaux devrait nous amener à reconnaître que nos hypothèses de départ sur la vie subjective et intersubjective des autres animaux devraient être fondamentalement remises en question. Il finira enfin par reconnaître que les oiseaux et les poissons sont probablement des animaux-personnes avec une conscience d’eux-mêmes qui s’étend dans le temps.

Mais, assez curieusement, cela ne l’amène pas à dire qu’ils sont tous des personnes avec un droit à ne pas être tuées, mais plutôt à intégrer une troisième catégorie : celle des presque-personnes. Il soutient dans la dernière version de Practical Ethics que la distinction entre les personnes et les non-personnes est en fait une question de degrés : on peut plus ou moins être une personne. Plus on est une personne, plus on devrait avoir droit à une forte protection de notre intérêt à vivre. Moins on est une personne, moins cet intérêt mérite d’être protégé. On a vraiment l’impression de revenir à l’échelle naturellement hiérarchique des êtres.

En 2011, il expliquait que si la mort d’une vache n’est pas grave, c’est en fait parce que peu importe que les vaches vivent 1 an ou 10 ans, elles n’espèrent rien réaliser :
« La mort prématurée d’un être humain est une tragédie, car il espérait peut-être accomplir certaines choses qu’il ne pourrait pas accomplir maintenant. La mort prématurée d’une vache n’est pas une tragédie en ce sens, car, que les vaches vivent un an ou dix ans, elles n’espèrent rien obtenir. » [49]

Mais si on peut avoir cette impression, c’est parce qu’on les prive de la possibilité de mener une vie qui fasse sens pour elles.

On les prive de toute possibilité de développer leur agentivité, de faire des choix par elles-mêmes, de se mouvoir librement dans un environnement significatif, de la possibilité de choisir ses amies et ses partenaires sexuels et de prendre soin de leurs petits.

Après avoir dit que les vaches n’ont aucun but et aucun désir de rien accomplir, il renchérit avec les grands singes :

« Même les grands singes qui peuvent utiliser la langue des signes ne nous parlent pas de leurs projets pour l’avenir lointain. Les geais maussades cachent de la nourriture pour le lendemain, mais à notre connaissance, ils ne se lancent pas dans des projets à long terme qui porteront leurs fruits dans les années à venir. (S’il pouvait être démontré que les écureuils et autres animaux qui cachent de la nourriture pour l’hiver le font avec une prévoyance consciente de leurs besoins futurs, ce serait un contre-exemple impressionnant, mais ce comportement doit probablement être instinctif.) » [50]

Instinctif ! Enfin, on y arrive : la distinction classique entre la rationalité humaine et l’instinct animal ! Que le geai cache ses noix pour l’hiver par instinct ou non, comment peut-on le savoir ? Et surtout, qu’est-ce que cela change ? Si les comportements d’un oiseau indiquent qu’il se soucie de l’avenir, pourquoi prétendre qu’il ne s’en soucie pas vraiment ?

Dans Ethics and Disability (et un article-réponse sur le sujet), il juge que : « Ce qui s’est passé le 11 septembre est une plus grande tragédie que ce qui se passe chaque jour dans les élevages et les abattoirs. Mais pourquoi ? Pas simplement parce qu’ils sont humains (cela serait du pur spécisme). Cela doit avoir à faire avec le type d’être (the kind of beings) que sont les humains typiques. Et je pense que cela a à voir avec les plus grandes capacités mentales que les humains ont et dont les animaux non-humains sont dépourvus. Ce ne peut pas être simplement la sensibilité, parce que les animaux comme les oiseaux et les poulets l’ont aussi. Ça doit être des capacités qui vont au-delà de ça. Lesquelles ? Je pense que cela inclut non seulement la conscience, mais la conscience de soi et la possibilité de faire des plans d’avenir. »

Dévalorisation des personnes en situation de handicap

« Cette idée l’amène naturellement à considérer que les nouveaux-nés qui n’ont pas encore développé de conscience d’eux-mêmes sont également remplaçables. Pas juste les enfants qui naissent avec des handicaps, mais n’importe quel enfant (parce que le potentiel ne compte pas, pour des raisons notamment qui pourraient mener à interdire l’avortement). Cependant, les raisons pour lesquelles on pourrait vouloir tuer un nouveau-né chez Singer sont surtout liées au cas où les enfants ont un handicap. Pas nécessairement un handicap qui les fait souffrir, mais simplement un trait qui les rend « worse-off », [c’est-à-dire] qui rend leur vie moins facile que celle des autres. […]

Singer ne dit pas que nous pouvons tuer ces individus une fois qu’ils ont développé une conscience d’eux-mêmes et soutient que nous devons tout faire pour améliorer leur qualité de vie. Cependant, il soutient que nous aurions pu ou même dû tuer ces individus lorsqu’ils étaient encore des jeunes bébés (nourrissons) – si les parents le voulaient et désiraient le remplacer par un enfant « normal ». Pourquoi ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas seulement dans les cas où ces enfants souffrent d’une maladie dégénérative, il soutient cela même dans le cas où les enfants ne souffriront pas vraiment (les enfants trisomiques sont des personnes très heureuses), mais ils vont avoir des possibilités moindres de vivre une vie dite « normale ». [...]

Singer soutient que les parents biologiques et adoptifs préfèrent les bébés normaux. Dans un débat avec Singer, Harriet McBryde (une avocate pour le droit des personnes en situation de handicaps) fait remarquer à Singer que les bébés biraciaux (mixed-race babies) sont souvent aussi difficiles à adopter que les bébés en situation de handicap. Elle demande : « Une loi autorisant le meurtre de ces bébés sous-évalués ne validerait-elle pas les préjugés raciaux ? »

Singer avoue que ça serait horrible qu’on tue des enfants à cause de leur couleur de peau. Mais il soutient que les préférences basées sur la « race » sont irrationnelles, mais pas celles basées sur les capacités parce qu’un handicap rend la personne « worse-off ». Mais ce qui nous rend « worse-off » dépend largement du contexte social et de l’environnement dans lequel grandiront ces enfants. Dans l’Alabama des années 50 où les mariages inter-raciaux étaient interdits, un enfant bi-racial était « worse-off ». La logique de Singer nous mène à dire que, dans ce contexte, on aurait pu (et même dû ?) les tuer à la naissance en les faisant souffrir le moins possible. Cela est inacceptable : la chose moralement correcte à faire n’était pas de les tuer à la naissance, mais de combattre le racisme de nos sociétés. […]

En reconnaissant que de tuer des enfants bi-raciaux à la naissance contribuerait à la marginalisation des personnes biraciales dans la société, Singer concède le point à Harriet McBryde : la position de Singer contribue à la marginalisation des personnes handicapées dans le cadre de nos sociétés actuelles.

C’est peut-être un argument indirect, mais un utilitariste a le devoir de prendre en considération les conséquences de ses principes. Même si Singer est convaincu de ses arguments, il a le devoir d’éthicien de considérer le contexte dans lequel ses arguments seront interprétés. Comme il le dit lui-même, un utilitariste peut parfois avoir des raisons utilitaristes de ne pas promouvoir l’utilitarisme. Les jugements sur la relative valeur des vies et surtout le lien entre ces jugements et le droit de tuer devraient être faits avec plus de prudence – surtout lorsqu’il s’agit des groupes historiquement marginalisés comme les personnes en situation de handicap et les autres animaux. »

* * * * *

Manif devant l’université de Princeton en 2015 demandant que :
• Princeton demande la démission de Singer et dénonce publiquement ses commentaires.
• Princeton engage un bioéthicien de la communauté des personnes handicapées dans une position comparable afin de fournir une plate-forme pour des points de vue opposés.
• Princeton crée son propre programme de politique sur le handicap pour éduquer les futurs dirigeants sur une communauté inclusive. [51]

« Dans son ouvrage de 1979 intitulé Practical Ethics, Singer flirte avec l’eugénisme en écartant l’argument de la « pente glissante » et en affirmant que « refuser le droit à des inadaptés sociaux » ne mènera probablement pas au totalitarisme. Il insiste sur le fait que son objectif n’est pas « d’abaisser le statut de tout être humain » mais de rehausser le statut des animaux. » [52]

Un article [53] revient sur une autre manifestation menée en septembre 1999 : 250 personnes en situation de handicap qui sont venues demander la démission de Peter Singer lors de sa première semaine de cours à Princeton.

Singer n’est pas un professeur idiot, mais il peut être offensant gratuitement. Dans la première édition de 1979 de Practical Ethics, il utilisa fréquemment le terme "enfant défectueux". [...] Décrire un être humain de cette manière était au mieux insensible et au pire révélait une attitude extrêmement préjudiciable à l’égard du statut des personnes handicapées.

Singer a révisé son langage dans les éditions ultérieures, mais "handicap" n’est jamais moralement neutre. Le monde des personnes physiquement aptes, y compris la plupart des membres des professions médicales, recule face au handicap et le considère sous un angle totalement négatif. En Grande-Bretagne, dans les années 80 et 90, les chirurgiens cardiaques discriminaient systématiquement les enfants atteints du syndrome de Down, en leur refusant des opérations cardiaques salvatrices - l’association du syndrome de Down pense qu’ils le font encore. La surdité est souvent considérée, à tort, comme une sorte de déficience mentale. [...]

Les arguments de Not Yet contre Singer ont été repris par son collègue universitaire de Princeton, Robert George, professeur de jurisprudence, qui reproche à Singer de promouvoir une idéologie qui justifie l’élimination de ceux que la société considère comme indésirables. "Chaque fois que nous souhaitons faire quelque chose à un autre groupe d’humains, comme les asservir, nous les privons de leurs droits humains et ensuite, nous proposons une idéologie pour justifier cela. Et cette idéologie est toujours bonne pour ceux qui en profiteront. Les handicapés - qui certaines personnes valides trouvent cela révoltant d’être à proximité - sont très mûrs pour une idéologie qui justifierait de se débarrasser d’eux. " [...]

Le jour de la manifestation de septembre, Singer a publié un court communiqué de presse qui semblait céder le terrain aux manifestants de Not Dead Yet. "Alors que j’avais dit précédemment que j’imaginais que les parents et les médecins devraient prendre des décisions concernant leur bébé handicapé, j’affirme maintenant que, lorsque les parents sont incertains, ils doivent contacter les organisations représentant les personnes ayant un handicap particulier que leur enfant a ou représentant les parents. On m’a fait remarquer, et je pense qu’il y a probablement une part de vérité, que les médecins ne sont peut-être pas bien informés de ce qu’est la vie d’un handicap donné. C’est un point empirique, il faut avoir la meilleure information pour avoir les meilleures conséquences".

Ce qui ressemblait à une concession était en réalité un rejet de leur argument. Il n’abandonnerait pas son calcul froid.

Psychophobie dans le milieu antispéciste

Quelques définitions pour poursuivre ce chapitre :
Neuro-Typique : Personnes qui ont un fonctionnement neurologique qui correspond dans la norme dominante.
Neuro-Atypique : Fonctionnement neurologique ou psychologique qui s’écarte de la norme.
Psychophobie : Discrimination - oppression à l’encontre d’un trouble psychique ou d’une condition mentale qu’une personne a ou est censée avoir.
Validisme - capacitisme : Discrimination, préjugé, traitement défavorable envers des personnes vivant une situation de handicap (qui ne sont pas valides - qui n’ont pas les mêmes capacités).

Tout ce chapitre est la citation d’un article sur un site internet. [54]

« Au passage, un des piliers de la psychophobie, c’est de prétendre mieux savoir que les personnes neuroatypiques ressentent et ce qu’elles veulent qu’elles-mêmes. De parler à leur place, et de faire des suppositions (basées sur les apparences). Surtout quand elles ne parlent pas.

L’argument des capacités de communication
Singer compare par exemple les enfants « retardés » mentaux avec les chimpanzés, expliquant que ces enfants ont moins de capacités pour se rendre compte de ce qui se passe autour d’eux, ou pour communiquer de manière significative avec les autres.

Quelques rappels.

1) Une personne qui ne parle pas, cela ne veut pas dire qu’elle ne peut pas communiquer. Que cette personne soit non-verbale (autiste, trisomique…) ou muette.

2) Le fait qu’une personne ne parle pas, ou qu’elle ait des difficultés de communication, ne veut rien dire sur son intelligence, sa capacité de souffrir, de ressentir, de comprendre le monde, sa capacité de se projeter dans l’avenir, et son potentiel.

Peter Singer écrit lui-même ceci :
« Avoir un enfant avec le syndrome de Down (trisomie 21) est une expérience très différente d’avoir un enfant normal. Ça peut être une expérience pleine de tendresse et d’amour (a warm and loving experience), mais nous devons avoir des attentes réduites des capacités de notre enfant. On ne peut pas s’attendre à ce qu’un enfant avec le syndrome de Down joue de la guitare, développe un goût pour la science-fiction, apprenne une langue étrangère, discute avec nous du dernier film de Woody Allen ou qu’il soit un athlète, un joueur de basket ou de tennis respectable. »
D’abord, il existe des personnes trisomiques qui apprennent des langues, font du sport ou de la musique, regardent des films… Contrairement à ce que Singer semble croire. Ensuite (et surtout), le potentiel d’une personne ne se résume pas à ces stéréotypes de vie normale (athlète, jouer de la guitare, langues étrangères).

3) Les capacités de communication évoluent au cours de la vie. Il y a des personnes non-verbales qui deviennent verbales, ou qui développent d’autres moyens de communication. Pour prendre des exemples célèbres, Albert Einstein n’a parlé qu’à plus de quatre ans. Hugo Horiot (écrivain, activiste autiste médiatique…) était non-verbal dans son enfance… avant de réussir de brillantes études. Amy Sequenza est autiste non-verbale et une grande activiste de la communauté autiste US. Dans la logique de Singer, ces personnes n’avaient que peu de valeur avant de parler / communiquer, et maintenant elles ont beaucoup de valeur ?

Et à l’inverse, une personne qui devient (physiquement) muette à cause d’une maladie ou d’un accident, puisque ses capacités de communication sont réduites, sa vie perd de la valeur, ou ça se passe comment ? Et une personne qui devient non-verbale suite à un traumatisme ?

4) Les capacités de communication dépendent du contexte. De la qualité de la prise en charge. De la bienveillance de la société et de l’entourage, et de leur volonté à faire des efforts.

Ainsi, par exemple, une personne sourde qui utilise la langue des signes, pourra d’autant plus communiquer que les autres seront prêts à apprendre la langue des signes, et à être bienveillants et patients en cas de difficulté. Une personne qui ne parle plus suite à un traumatisme, aura plus de chances de reparler (ou de communiquer autrement) dans un environnement bienveillant et de qualité.

5) On peut certes dire que les personnes sourdes, autistes, trisomiques… ne savent pas (ou imparfaitement) communiquer à la manière des Neuro-typiques-valides, aussi bien au niveau verbal que non-verbal.

Mais on peut dire l’inverse aussi. Les personnes Neuro-Typiques et valides ne savent pas en général communiquer à la manière des personnes sourdes, autistes…

Par exemple, ils interprètent presque toujours les propos et le langage corporel d’une personne autiste selon leur propre perspective (une personne autiste qui ne les regarde pas dans les yeux doit « mentir », une personne autiste qui n’exprime pas ses émotions de manière visible est « froide »…), et ne connaissent en général pas la langue des signes. Et la plupart ne se préoccupent pas d’apprendre ces modes de communication. Même parmi ceux qui ont des enfants et proches handicapés et/ou Neuro-Atypique.

Bref. Les capacités de communication, c’est quelque chose de subjectif, une question de point de vue. Singer semble adopter le point de vue des neurotypiques valides, considérant que ce sont les autres qui ne savent pas communiquer comme il faut et ont donc moins de valeur.

Ces propos font écho à un cliché très grave. Beaucoup de gens pensent que les autistes sont dans leur monde, ne font pas attention à ce qui se passe autour et ne le comprennent pas, sont froids et robotiques, et sont incapables de souffrir. Ce cliché étant basé sur le fait qu’ils n’expriment pas leurs ressentis de la manière attendue. [...]

Si je devais résumer ce qui pose problème en quelques points, je dirais :
• Débattre de la valeur de la vie d’une personne handicapée (même si c’est purement théorique et hypothétique, j’insiste)
• Juger une personne handicapée (et la valeur relative de sa vie) sur ses capacités cognitives
• Juger une personne handicapée (et la valeur relative de sa vie) sur ses capacités de communication
• Utiliser les personnes qui sont socialement ou mentalement handicapées comme un argument (pour une cause sans rapport)
• Palabrer sur le sujet du handicap sans les personnes concernées
• Dire « il est rationnel d’être validiste / psychophobe » (…)
• Comparer les personnes handicapées mentales à des animaux. Dans un contexte où la société déshumanise déjà ces personnes, où un article explique que les autistes sont plus proches de l’animal sauvage au fond, etc
• Utiliser le mot « retardé », et faire (implicitement) comme si tout le monde devait développer les mêmes capacités au même rythme.

Je rajoute une citation de Peter Singer de l’Égalité Animale expliquée aux humain-es, pour illustrer ce qui pose souci : « Il faut remarquer, néanmoins, que ce même argument nous donne aussi une raison de préférer, pour faire des expériences, à l’emploi d’humains adultes normaux l’emploi de nourrissons humains – orphelins, par exemple – ou d’humains mentalement retardés, puisqu’eux non plus n’auraient aucune idée de ce qui les attend. Pour tout ce qui dépend de cet argument, les animaux non humains, les nourrissons humains et les débiles mentaux humains sont dans la même catégorie. » [55]

* * * * *

Pour un antispécisme intersectionnel : Ne plus mettre en avant Peter Singer

Ce texte est une invitation à diversifier nos sources, trouver d’autres auteur·es que lui pour aborder l’antispécisme, sortir du schéma de leader véreux, ne plus citer son nom sans dénoncer ce qui pose problème dans son idéologie. Citer ses textes sur l’antispécisme ou ses théories sur l’altruisme efficace n’est pas anodin. Comme on l’a vu, ces écrits posent des problèmes en soi. De plus, le texte sur la libération animale sert de crédit pour toutes ses autres publications (tous les articles qu’il publie sont suivis d’une présentation de l’auteur qui parle de ce livre), il se fait régulièrement inviter ou interviewer dans les médias de masse au nom de cette expertise qu’il aurait.

On relirait différemment tous ses articles si chaque présentation de l’auteur commençait par :
« Raciste, mégalomane, validiste, capitaliste, Peter Singer, auteur utilitariste contesté par tous les mouvements de défense des personnes en situation de handicap, parfois préfacé par Melinda et Bill Gates, est un auteur opportuniste qui cherche essentiellement à créditer la position sociale et les pratiques des milliardaires. Il n’hésite pas à aller dans le sens du courant d’une société xénophobe pour gagner en reconnaissance. Ses livres servent de base potentielle pour ses tribunes nauséabondes »

Par exemple, dans une interview, il utilise son livre « la théorie du tube de dentifrice » pour estimer qu’il vaut mieux aller dans le sens des idéologies racistes pour faire des alliances avec des individus mieux placé·es dans la société quitte à entasser les réfugié·es dans des camps. [56]

Peter Singer a été contesté et dénoncé par de nombreux groupes [57]. Il paraît fondamental que les luttes antispécistes convergent vers les autres luttes contre toutes les dominations et portent des valeurs anticapitalistes claires.

souslaplage

P.S.

Il s’agit ici de la 2ème édition de la brochure écrite en juillet 2019.

- Limites de ce texte :

Je cite Peter Singer d’articles de dates différentes. Il n’a pas forcément les mêmes opinions en fonction des époques. La plupart des citations viennent de traductions, parfois approximatives, de ses textes. Il est possible de faire un retour critique, demander les textes d’origine qui ne sont parfois pas accessibles sur internet en envoyant un mail à : souslaplage @@@ riseup.net


[1] Avec ses propres mots « Les dirigeants politiques qui souhaitent agir avec humanité à l’égard des demandeurs d’asile et des autres migrants se heurtent maintenant à un dilemme moral. Soit un contrôle des frontières suffisamment strict pour saper le soutien du public envers les partis d’extrême droite, soit ils risquent de permettre à ces partis de gagner davantage de pouvoir - et de défier les valeurs les plus fondamentales de l’Occident. » The Migration Dilemma, Peter Singer, juillet 2016.

[2] « Une gauche darwinienne (évolution, coopération et politique) », Peter Singer, 2002

[3] « [Peter Singer combat la thèse principale de Karl Marx qui] affirme que la « nature humaine » et son histoire n’est que le produit des rapports socio-économiques, et non d’un quelconque processus naturel propre à l’animal. » Grégoire Quevreux, Critique du darwinisme de gauche, Juillet 2015

[4] Citation de Grégoire Quevreux, Critique du darwinisme de gauche, 2015

[5] « Une gauche darwinienne (évolution, coopération et politique) », Peter Singer, 2002

[6] Si vous voulez lire une critique du concept de l’universel, il existe la brochure L’universel lave-t-il plus blanc ? « Race, racisme et système de privilèges » trouvable sur infokiosques.net. Pour une critique du concept de nature, il y a la brochure « En finir avec l’idée de nature, renouer avec l’éthique et la politique » qui, de manière contradictoire, cite Peter Singer pour ses travaux antispécistes.

[7] L’altruisme efficace ou quand philanthropie et capitalisme font œuvre commune, Robert Jules, latribune.fr, 28.09.2018

[8] « À mon avis, si le travail des femmes pour la défense des autres animaux n’a pas eu la reconnaissance que Animal Liberation a eu, c’est moins parce qu’elles ne faisaient pas cela correctement et parce qu’elles étaient trop émotionnelles et pas assez rationnelles, mais plutôt parce qu’elles étaient des femmes dans une société patriarcale qui dénigrait le plus souvent ce qui était associé aux femmes comme des préoccupations frivoles. » Christiane Bailey, 2015.

[9] Par exemple : « Bill et Melinda Gates ont décrit comme un travail convaincant et inspirant qui changera votre façon de penser à la philanthropie [son livre écrit en 2009] » https://www.thelifeyoucansave.org/about-us

[10] Business Insider : How Bill Gates And Warren Buffett Are Changing The World Like No Other Humans In History, Youtube, Peter Singer, 2017

[11] « Peut-être, comme le montrent les recherches de Kahneman, Buffett a passé moins de temps de sa vie dans une atmosphère positive qu’il aurait pu le faire si, dans les années 60, il avait cessé de travailler, vivait de ses biens et jouait beaucoup plus. Mais dans ce cas, il n’aurait sûrement pas éprouvé la satisfaction de pouvoir penser maintenant que son travail acharné et ses compétences exceptionnelles en matière d’investissement contribueraient, par le biais de la Fondation Gates, à guérir des maladies entraînant la mort et l’invalidité des plus pauvres du monde. Buffett nous rappelle que le bonheur ne se limite pas à être de bonne humeur. » Happiness, Money and Giving it Away, Peter Singer, Project Syndicate, Juin 2006

[12] « L’instauration du revenu universel a aussi des ambitions lucratives pour ses investisseurs. Les cofondateurs de GiveDirectly, Michael Faye et Paul Niehaus, se trouvent être aussi chefs d’une entreprise de transfert d’argent, Segovia Technology. La fondation a elle-même investi 10 millions de dollars dès le lancement de l’opération de revenu universel kenyan. Omidyar Networks est de son côté la branche lucrative du vaste organe de « capital-risque philanthropique » de Pierre Omidyar [fondateur d’eBay, 54ème fortune mondiale]. Son groupe est lié à « Better than Cash Alliance », un regroupement d’acteurs cherchant à promouvoir les moyens de paiement électroniques dans les pays en développement. L’organisation est également soutenue par les établissements bancaires Citi, Mastercard et Visa. » Le fondateur d’eBay investit dans un revenu universel au Kenya, Elisa Braun, février 2017, Le Figaro

[13] L’association L214 est-elle financée par une fondation américaine ?, Service Checknews, Libération, juin 2019

[14] How We Select Our Recommended Charities, The life you can save, où Peter Singer est cité faisant partie du groupe d’experts de recherche en bienfaisance

[15] Le site internet The Life You Can Save où on peut lire des articles qui font la propagande de nos milliardaires comme « How to Give Like Bill Gates, Even if You Have Little to Give », Brad Hurley, 2016

[16] La Fondation Gates ou la charité (mal) ordonnée, Jean-François Pollet, 12 mars 2014

[17] Pour retrouver plus d’éléments sur les investissements de la fondation Bill Gates : Gated Development Is the Gates Foundation always a force for good ?, Global justice now, juin 2016

[18] "À travers sa fondation, Bill Gates contourne l’État et s’achète du pouvoir", Lionel Astruc, France Inter, mars 2019

[19] La Fondation Gates ou la charité (mal) ordonnée, Jean-François Pollet, 12 mars 2014

[20] La Fondation Gates ou la charité (mal) ordonnée, Jean-François Pollet, 12 mars 2014

[21] What Should a Billionaire Give – and What Should You ?, Peter Singer, The New York Times Magazine, décembre 2006

[22] Too much gratitude ?, Project syndicate, Peter Singer, janvier 2019

[23] « Matt Wage fut mon étudiant à Princeton. Il était très doué en philosophie et en mathématiques. Il avait donc le potentiel pour devenir professeur de philosophie mais aussi pour travailler dans la finance à Wall Street. Il a longuement réfléchi aux conséquences de ce choix. Finalement, il a opté pour la finance, pour des raisons éthiques  : suite à mes leçons sur l’altruisme, il voulait donner la moitié de ses revenus à des organismes de charité, et il a calculé qu’il sauverait beaucoup plus de vies avec un salaire d’analyste financier que d’universitaire. Dès ses débuts, Matt Wage a touché un salaire annuel à six chiffres. Comme il travaille sur des marchés de matières premières, chez un opérateur qui n’est pas assez gros pour modifier les cours, il estime que son métier est technique, éthiquement neutre. Par contre, il donne plus de la moitié de ce qu’il gagne, a sauvé des milliers de vies et en tire une immense satisfaction » Philosophie Magazine, Peter Singer, “Vous devez vous demander comment faire le bien”, septembre 2018

[24] Peter Singer, fr.wikipedia.org

[25] High impact job board, 80000hours.org

[26] TED 2013 - Peter Singer : Le pourquoi et le comment de « l’altruisme efficace »

[27] TED 2013 - Peter Singer : Le pourquoi et le comment de « l’altruisme efficace »

[28] How to optimize America’s charitable giving, 30 novembre 2017, felix, www.causeandeffect.fm

[29] What Do We Owe the Bottom Billion ? 18 février 2010, interview de Peter Singer sur le site nextbillion.net (sic) retranscrivant Forbes India.

[30] TED 2013 - Peter Singer : Le pourquoi et le comment de « l’altruisme efficace »

[31] Page anglaise wikipedia de l’université de Princeton

[32] Why We Must Ration Health Care, Peter Singer, 19 juillet 2019, The New York Times.

[33] The most dangerous man in the world, Kevin Toolis, 6 novembre 1999, journal the Guardian

[34] « les opinions de dire si elles pensent qu’il est un problème que ceux qui travaillent pour améliorer la vie des Africains vivant dans l’extrême pauvreté sont blancs, ou plutôt qu’ils ne sont pas africains. Compte tenu de la présence croissante de la Chine en Afrique, il ne s’agit pas là d’une question théorique. Certains progressistes peuvent se féliciter des nouveaux investissements chinois en Afrique, car ils offrent une alternative à la participation occidentale. » Why We Must Ration Health Care, Peter Singer, 19 juillet 2019, The New York Times.

[35] Who Needs More White Saviors ?, Peter Singer, Project Syndicate, avril 2019

[36] Pour plus d’éléments à ce sujet, nous vous invitons à consulter la brochure "À qui profite l’aide au développement", mars 2008, présente sur le site des Renseignements Généreux

[37] En parlant des pays occidentaux : « Étant donné que la santé mentale a le plus grand impact sur la satisfaction de la vie, nous devons toujours nous demander si le résoudre est le moyen le plus rentable pour les gouvernements de réduire la misère. Layard et ses collègues ont demandé combien le gouvernement britannique devrait dépenser pour lutter contre la santé mentale, la santé physique, le chômage ou la pauvreté. Ils ont conclu que la santé mentale serait l’option la moins chère des quatre options : environ 18 fois plus rentable pour réduire la misère et promouvoir le bonheur que de s’attaquer à la pauvreté. Au Royaume-Uni, fournir une psychothérapie coûte environ 650 £ par patient, ce qui est efficace pour environ 50% des patients. Ce chiffre indique combien les gouvernements devraient dépenser, mais ne tient pas compte de ce qu’ils pourraient récupérer. La réduction de la maladie mentale permet à de nombreuses personnes de retourner au travail, réduisant ainsi le coût des allocations de chômage tout en augmentant les recettes fiscales. [...]. En effet, le gouvernement britannique pourrait réduire la misère sans aucun coût. ». The Moral Urgency of Mental Health Michael Plant, Peter Singer, Project Syndicate, novembre 2017.

[38] « Dans le village planétaire, la pauvreté de quelqu’un d’autre devient très vite son propre problème : manque de marchés pour ses produits, immigration clandestine, pollution, maladie contagieuse, insécurité, fanatisme, terrorisme. » Peter Singer, One World The Ethics of Globalisation, 2003.

[39] Peter Singer : On Racism, Animal Rights and Human Rights, George Yancy et Peter Singer, 27 mai 2015, The New York Times

[40] Escaping the Refugee Crisis, Peter Singer, septembre 2015

[41] « Marine Le Pen serait sans doute d’accord pour déporter les migrants qui posent le pied sur le sol français. Mais pas pour accepter un nombre raisonnable de réfugiés en provenance des camps de l’ONU. » Philosophie Magazine, Peter Singer : “Vous devez vous demander comment faire le bien”, septembre 2018

[42] One World The Ethics of Globalisation, Peter Singer, 2003

[43] Escaping the Refugee Crisis, Peter Singer, septembre 2015

[44] Britain needs to think again about the right to asylum, Peter Singer, inews.co.uk, Susie Mesure, idées qu’on retrouve à l’identique dans de nombreuses interviews comme dans Journal of Practical Ethics, Volume 7, 1er juin 2019

[45] The Migration Dilemma, Peter Singer, juillet 2016

[46] Il est possible de retrouver son texte intégral ici : http://christianebailey.com/eventsevenements/singer-animal-liberation-40-critique/

[47] « Mais Singer avoue lui-même souvent que la perspective développée dans Animal Liberation ne vient pas de lui, mais en grande partie d’une femme, Roslind Godlovich, qui n’a malheureusement pas publié beaucoup. Singer ne nous dit pas pourquoi, mais on peut supposer que c’était difficile pour les femmes de publier et d’avoir un poste à l’université au début des années 70. » Christiane Bailey

[48] [Il décrit les conditions de mal-traitement d’animaux dans les transports] Mais il faut regarder les côtés positifs de ce que nous avons fait. Les poules pondeuses ont des meilleures conditions aujourd’hui que lorsque j’ai écrit mon livre. Et les truies vivent dans des meilleures conditions. »

[49] Practical Ethics, pp. 103-104, Peter Singer, 2011

[50] Peter Singer’s Race Problem, août 2015 par Sarah Grey et Joe Cleffie sur le site https://www.jacobinmag.com/

[51] Le site internet explique que « En 2009, le New York Times Magazine a publié un article de Singer intitulé Why We Must Ration Health Care. Dans l’article, Singer parlait de manière hypothétique d’assigner une vie avec tétraplégie à environ la moitié de celle d’une vie sans aucun handicap. Sur cette base, Singer a plaidé en faveur de l’interdiction des soins de santé pour les personnes lourdement handicapées, estimant que ces vies ont moins de valeur que celles de personnes non handicapées. »https://www.adacil.org/princeton-university-protest

[52] Peter Singer’s Race Problem, août 2015 par Sarah Grey et Joe Cleffie sur le sitehttps://www.jacobinmag.com/

[53] The most dangerous man in the world, Kevin Toolis, 6 novembre 1999, journal the Guardian

[54] « De la psychophobie chez les véganes, animalistes et autres anti-spécistes (1) : les personnes handicapées comme argument » 27 juin 2017, trolldejardin.

[55] L’éthique animale expliquée aux humain-e-s, page 21, Peter Singer, 2007

[56] « - [Peter Singer] Que leur devons-nous, à ceux qui descendent d’un bateau comme l’Aquarius  ? Nous devons leur donner à manger, des soins de base, un toit, la sécurité. Il y a tout cela dans un camp de réfugiés de l’ONU. Ces camps ont même été construits pour remplir cette fonction. Mais nous ne leur devons pas un permis de séjour en France. J’estime donc que l’on peut interdire l’immigration illégale, d’un côté, et mener une politique volontariste d’accueil de réfugiés en provenance de ces camps, de l’autre. [...]
- Cette solution à la crise migratoire n’est pas sans rapport avec votre Théorie du tube de dentifrice, livre lui aussi paru en français cette année.
- [Peter Singer] [...] L’idée est qu’il ne suffit pas, quand vous militez, de mettre la pression sur votre adversaire, c’est-à-dire d’appuyer sur le tube de dentifrice. Il faut lui proposer une issue qu’il puisse accepter. » Interview avec Philosophie Magazine, Peter Singer, “Vous devez vous demander comment faire le bien”, septembre 2018

[57] Cf chapitres associés là dessus sur la page wikipedia en anglais de Peter Singer (juin 2019)