BROCHURES

Inceste

Pourquoi cette brochure ?

On est trois à écrire/récolter d’autres contributions/mettre en page. On n’a pas forcément les mêmes raisons d’avoir envie d’écrire mais globalement et en vrac on écrit parce que :

- on fait partie du milieu féministe radical et on trouve que le sujet de l’inceste n’est (quasi) jamais abordé alors on fout les pieds dans l’plat ! Fuck les tabous ! Ouai ouai !
Parce qu’on parle beaucoup de viols/agressions sexuelles mais quand ça arrive quand tu es enfant, quand ça arrive par quelqu’un.e de ta famille, ça fait d’autres enjeux, et qu’ils sont peu pris en compte quand on parle en général de viol, ou de riposte par exemple.

- on a envie de se faire du bien à balancer nos vécus, ça permet de prendre du recul sur ce qu’on a vécu. Aussi peut-être pour que nos proches sachent…

- on a envie que des gens puissent s’y reconnaître à des endroits et que ça fasse écho pour aider à nommer les situations (ça va plus vite de réaliser des trucs quand d’autres gens posent des mots sur des histoires dans lesquelles on se reconnaît). Ca fait un début de reconnaissance aussi, de capter que des personnes trouvent problématique une situation similaire à la tienne.

- on a envie d’élargir la définition de l’inceste de celle qui est nommée par les dicos et le droit fRançais (« relation sexuelle entre personnes entre qui le mariage est prohibé » en gros. Pour nous, l’inceste c’est bien plus que ça).

- on avait l’envie à la base d’écrire sur nos façons de s’en sortir, ce qu’on a fait de ces histoires, sur comment on est trop badasses (quelque chose de renforçant quoi) ! En fait, on se rend compte au fur et à mesure des contrib’ qu’on est pas mal en mode raconter ce qui s’est passé (d’ailleurs, l’occasion d’un « content warning » ; y a des témoignages de vécus d’inceste qui sont potentiellement durs à lire). On se dit que ptetre il fallait qu’on fasse ça d’abord (ptetre bien pour se sentir légitime pour causer de ça ? Ou ptetre parce qu’en fait on n’a jamais trop raconté et que c’est ça dont on a besoin là maintenant dans nos processus ? ) (mais on est badasses quand même hein !).

- on veut que les potes qui ont vécu de l’inceste se sentent moins seul.e.s (c’est fou, quand tu commences à te visibiliser comme aillant ce vécu, plein de gens te disent « moi j’ai pas vécu d’inceste mais y’a cette situation où (...) mais c’est pas vraiment de l’inceste, si ? » « Si »).

Bonne lecture !

Nantes, avril 2019.

Sommaire

- La première fois que j’ai parlé
- Sans nom ou presque (partie 1)
- Ta famille fait du déni ?
- Sans nom ou presque (partie 2)
- Portrait de famille
- Pourquoi c’est dur de parler ?
- Des billes si un.e ami.e te parle de son histoire d’inceste
- Sans nom ou presque (partie 3)
- Taper sur des casseroles
- Epilogue
- Ressources

PDF - 94.6 Mo
Inceste (à lire sur l’écran)
Version couleur.

Épilogue

Au départ, en pensant à cette brochure toutes les 3, l’une de nous à dit « ben moi je vous accompagne pour la mise en page mais je n’ai rien vécu d’incesteux, je contribue en tant qu’alliée ». Peu de temps après elle a fait une contrib’.
Une autre de nous à dit « moi j’ai demandé à mes ami.es s’illes voulaient contribuer, c’est super, y’en a qui sont d’accord ! » « Et toi, tu vas faire sur quoi ta contrib’ ? » « Moi ? Pourquoi moi ? Oh bah non j’ai rien à dire moi, j’aide juste les autres à parler ». Bien sûr c’était faux et elle a fait une contrib’.
Moi, c’est à la fin du processus que j’ai dit « je pense que je vais pas mettre ma contrib’, y’a vraiment rien d’intéressant dedans ». Après discussions, ré-assurance, recul, j’ai calmé l’enfant en moi qui hurlait de panique pour finalement accepter de mettre ma contrib’.

Ben ouai, quand même, on s’apprête à défoncer le tabou. A trahir les personnes qui sont censées nous avoir aimées et protégées et qu’on doit apprendre à pardonner (et blablabla morales de merde).

C’est dur de parler. Et puis parfois théoriquement on sait ce qu’il s’est passé mais émotionnellement on n’en est pas encore à se faire confiance. On banalise, on minimise, on justifie, on tente d’oublier. Et puis parfois, on sait, quelque part au fond de nous, mais notre mémoire nous refuse les souvenirs. C’est dur de parler. Plusieurs personnes nous ont dit qu’elles ne se sentaient pas légitimes à écrire, malgré leurs vécus incestueux. Parce que c’est de l’inceste oui, mais « pas très grave ». Et la peur aussi qu’on a quasi tou.tes à l’idée qu’un membre de notre famille tombe un jour sur cette brochure et s’y reconnaisse. C’est dur de parler.

Alors aujourd’hui, nous sommes fières de cette brochure et de réussir à parler. (Trop badasses :)

Dans cette brochure nous avons fait le choix de ne pas mettre de contribution de personnes ayant vécu de la pédocriminalité [1] hors cadre familial.
En effet, nous pensons que les enjeux sont parfois très proches mais que les situations d’inceste amènent des enjeux spécifiques au sein des situations pédocriminelles. C’est sur ces enjeux que nous souhaitions nous concentrer ici, même si nous pensons que c’est tout à fait pertinent à des moments de lier les situations de pédocriminalité dans et hors cadre familial.

Dans cette brochure, nous aurions aimé parler de beaucoup d’autres choses. Par exemple des réactions des membres de la famille lorsque l’on parle de nos vécus, de raconter plus en détail les réactions qu’ont eu nos ami.es. Ou encore de parler de rupture familiale, et d’attentes de rupture que l’on peut avoir (ou pas) face à d’autres membres de notre famille. On aurait pu raconter des situations d’inceste consentie et pas problématique (par exemple la découverte de la sexualité avec un.e cousin.e du même âge, consentie des deux côtés). Prendre le temps de raconter (ce qui était l’objectif de cette brochure à la base) ce que ces histoires ont comme impacts aujourd’hui dans nos vies, qu’est-ce qu’on en fait, quelles prises on peut trouver pour lutter contre un système âgiste et pro-pédocriminel. Aussi comment on se répare et comment on prend nos revanches.

Une deuxième brochure ? En tout cas n’hésitez pas à modifier cette brochure/rajouter des bouts/la diffuser/en refaire...

Et puis bon courage dans vos processus ! Plein de force ! Faites vous confiance !

anonymes


[1] Pédocriminalité : le mot est môche, ça fait très droit fRançais, mais c’est pour dire qu’en soit, être pédophile, c’est-à-dire ressentir de l’attirance physique pour des enfants, c’est pas grave. Ce qui est grave c’est le passage à l’acte.