BROCHURES

Deux fois plus de chances le samedi soir
brochure sur la biphobie

NOUS N’AVONS PAS À PROUVER NOTRE BISEXUALITÉ.

La bisexualité est une orientation sexuelle, minorisée et silenciée. Nous ne la choisissons pas non plus. Nous ne sommes pas des usurpateur.rices. Nous ne sommes pas plus « infidèles » que d’autres. Hétéroland ne représente pas non plus pour nous une « zone de confort ». Nous sommes ni plus, ni moins opprimé.e.s que les lesbiennes et les gays, nos réalités sont tout simplement différentes...

  • Il ne s’agit pas d’entrées et de sorties de placard.
  • Il ne s’agit pas simplement de sexualité mais de désirs et d’envies parfois mouvantes.
  • Il ne s’agit pas de s’adapter pour se sentir légitime dans une communauté où, de fait, nous sommes légitimes.
  • Il ne s’agit pas non plus de laisser les autres nous définir.

Il n’existe pas de cadre rigide pour caractériser mon envie de vivre ou d’aimer. Aucun cadre ne permettrait de contrôler les identités de chacun.e ou qui définirait dans un périmètre infranchissable, qui est dedans, qui est dehors. Il y a des expériences, des envies, et des colères qui sont propres à chaque individu. Il n’existe pas non plus de « langue commune » pour désigner des réalités partagées plus ou moins visibles. Mais un désir de nommer l’existant pour mieux lutter contre tout ce qui nous opprime, y compris à l’intérieur de nos propres luttes.

Nos existences et nos attirances sont fluides. Nos envies et nos désirs dépassent la simple question de « sexe » (en terme de pratique) ou de la « sexualité » (hors du désir).

Pour beaucoup, la biphobie serait la somme de préjugés et clichés issu des « deux mondes » (hétéros et homos), de leur méconnaissance et du manque de visibilité des personnes bies... Les personnes bisexuelles n’existent aujourd’hui sociale‐ ment et politiquement qu’à travers l’hétérosexualité ou l’homosexualité. Une des caractéristiques principales de la biphobie est la négation de la bisexualité comme orientation sexuelle à part entière. Pour certain.e.s parent.e.s, et pour les psys par exemple, les bi.e.s sont des gent.e.s sexuellement et mentalement un peu perdu.e.s... Selon Freud, à qui on ne peut soupçonner aucune sympa‐ thie antisexiste, nous naissons toustes bi.e.s... Les sexualités « s’affinent » en grandissant pour entrer ensuite, à maturité, dans les cases sociales prévues à cet effet (hétéro/homo). Imaginez-vous les conséquences que peuvent avoir certains propos sur des personnes en questionnement ? Dire que leur sexualité n’existe pas, que c’est une phase, une mode, ou encore qu’iels finiront (en grandissant) par trouver le droit chemin, par faire un choix...

Si la bisexualité masculine est souvent mal perçue (virilité oblige), la bisexualité féminine, elle, est partie intégrante de l’imaginaire pornographique hétérosexuel.

Au passage, le risque de subir un viol est multiplié par trois pour les meufs bies/pan/pluri [1]. Par ailleurs, très peu d’études (correctes) existent au sujet des risques d’IST/MST (sauf la mise en exergue des rapports à risques soit disant liés aux « rapports divers et multiples ». Pourtant certaines personnes sont bisexuelles et n’ont pas d’activité sexuelle fréquente ou régulière).

La question des mots

Dans le langage courant (et donc pas forcément le nôtre), une personne bisexuelle est une personne qui est attirée à la fois par les hommes et par les femmes. Cette définition est cissexiste (car elle suggère que l’humanité se divise en deux groupes : hommes et femmes).

On remarquera au passage que d’autres définitions recouvrent des problématiques similaires comme le terme homosexuel – homo, du même sexe et hétérosexuelle, orientation, attirance sexuelle pour des personnes du sexe opposé [2]. Les définitions de la plupart des orientations monosexuelles sont de fait binaires, et excluantes pour les personnes intersexes et les gentes qui ne souhaitent pas entrer dans un genre déterminé (comme les personnes F to U, M to U – U pour Unknown par exemple).

On a alors cherché un mot plus convenable comme le terme – pansexuel.le qui lui, met l’accent soit sur « tous les genres », soit sur « peu importe le genre ».

Cependant, pour nous (rédacteur/trice de ce zine), être bisexuel.le, c’est pouvoir être attiré.e par plus d’un genre. C’est-à-dire : pas forcément tous, mais ça peut , pas forcément le même genre que nous-même, mais ça peut. Nous pensons que le terme « pan » gomme certaines de nos réalités. Parfois, selon nos vies, nos envies et leur temporalité, nous vivrons une attirance sexuelle envers plus d’un genre, mais romantique uniquement avec les personnes de même genre (ou assignés) que nous (par exemple).Les choses bougent. Le peu importe n’est pas toujours valable.

Certain.e.s bi.e.s ont des préfé‐ rences. Certain.e.s sont asexuel.les ou bisexuel.le.s aromantiques. Certain.e.s bi.e.s n’ont relationné dans les faits uniquement avec des personnes d’un seul genre. Tous ces vécus sont valides.

La bisexualité pose des réalités différentes et rarement superposables. Dans les faits, il est impossible de rencontrer une personnes ayant 50 % de relations hétéro/as et 50 % de relations homos ; puisque nos relations, nos envies, nos genres et nos identités sont mouvantes et différentes selon les personnes.

Il est important de noter qu’être en couple n’enlève rien à la potentialité des attirances : une personne bie en couple, quel que soit le genre de son/sa partenaire, reste bie.

De la même manière, on peut être bi sans avoir eu d’expériences sexuelles ou romantiques. Le terme « fluidité » renvoie à la variation des comportements...

Même si être bisexuel.le, ce n’est pas un statut plus mouvant qu’un autre. Pas plus que celui d’homo ou d’hétéro/a. De toute manière, on ne devrait pas avoir peur de la fluidité et du changement. En définitive, l’identité sexuelle est issue de la perception de soi-même. Elle n’est pas inhérente à un parcours spécifique.

« Et sur cette idée que pour être un.e bi-e valable il faille un 50-50 de pratique, OK, mais qui compte les points ? Et à quel moment ? Genre on va attendre ma mort et retracer mes histoires amoureuses/sexuelles et compter avec combien de mecs (cis ou trans), de meufs (cis ou trans), de personnes non binaires, j’ai couché ou été amoureuse et décider pour moi, post mortum, si finalement j’étais vraiment bie ou en fait une lesbienne jamais sortie du placard ou une hétéra qui voulait faire son intéressante ? Ça n’a aucun sens ». ( Témoignage, V. )

En fait, si certain.e.s préfèrent « pan » car iels privilégient un vocabulaire qui ne fait pas référence à la dichotomie homme/femme, d’autres préfèrent « bi.e » car c’est un mot plus largement connu, et parce qu’iels estiment que cette identité, très dénigrée, est à défendre.

BIPHOBIA NOT IN MY NAME

En tant que personne trans non binaire, plein de choses sont dites à ma place. Je choisis de me définir comme bisexuel-le malgré les voix insistantes qui me disent que je ne devrais pas. La plupart du temps cette biphobie est masquée derrière des excuses comme « la complexité du langage » et « l’inclusion des personnes trans ». L’idée que le mot « bisexualité » renforce la binarité de genre occidentale, et du coup, mau‐ vaise pour les personnes trans comme moi, est une forme de biphobie tellement commune qu’elle se trouve à côté de Photograph de Nickelback dans la playlist de trucs que je peux plus entendre.

Cette idée ne vient pas d’une complexité de langage mais de la biphobie. Quand les gens parlent de comment les mots renforcent la binarité, c’est toujours uniquement à propos de la bisexualité. Je suis allé-e à beaucoup d’événements LGBT où j’ai pu entendre « nous devons laisser tomber le B » ou, dans un contexte plus personnel : « oh, je n’utilise pas le terme bi, ça renforce la binarité ». Vous savez ce que personne ne dit jamais ? Comment les mots gay et lesbienne renforcent eux aussi la binarité de genre. Personne ne dit jamais « je ne me définis pas comme lesbienne parce que ça ne prend pas en compte les personnes trans ».

C’est comme ça que je sais que c’est de la biphobie masquée en « langage inclusif ». Seul les bisexuels doivent changer, seule notre identité est mauvaise. Bien que la communauté bi se définisse elle-même comme « attiré par plus d’un genre », cette binarité, c’est seulement les mecs et meufs cis extérieurs à la communauté bi qui l’imposent en notre nom (de personne trans).

Source : http://projectqueer.org/post/127959... Traduit par F.

L’arbre qui cache la forêt

En réalité, d’éternelles remises en cause nous rappellent souvent que notre orientation sexuelle déplaît, et que nous sommes sur la sellette. Parfois même dans un milieu qui lutte pour la reconnaissance de toutes les formes de sexualités et identités... La bisexualité reste largement méconnue, c’est pour cela qu’elle est souvent remise en question.

Dans son ouvrage, Le miroir bi, Catherine Deschamps souligne comment la bisexualité est traitée différemment de l’hétérosexualité et de l’homosexualité. Des « preuves » étant régulièrement exigées des bisexuel-les pour confirmer et ré-affirmer dans le temps leur orientation sexuelle.

« Je suis attiré-e par XXXX* (*genres pluriels) mais je me prends que des râteaux... suis-je vraiment bisexuel-le... »

Voilà le genre de chose que l’on a déjà entendu lors d’un débat sur la biphobie. Certes, on a le choix, mais la réalité est plus complexe, je ne choisis pas mes attirances, mes désirs, ni mes fantasmes et mes amours. La plupart du temps d’ailleurs ça me tombe sur le coin de la gueule. Et scoop : On ne choisit pas d’être bi tout comme on ne choisit pas d’être homo ou lesbienne.

Scoop encore !

Nous serions quasiment aussi nombreux.s.e.s : Selon une enquête Ifop-Têtu réalisée en France, février-mars 2011, les personnes se déclarant homosexuel(l)es et bisexuel(l)es représentent 6,5 % de la population française âgée de 18 ans et plus, dont 3,5 % d’homosexuel(le)s et 3 % de bisexuel(le)s.

L’invisibilisation

L’ouverture du mariage aux couples de même sexe, nous rappelle à quel point la vision binaire du couple (quelle soit hétérosexuelle ou homosexuelle) subsiste dans notre société.

De fait, le coming out bi est souvent complexe (et régulier, comme après une rupture ou lors d’une nouvelle relation), nombreux.ses sont celleux qui se sont entendu dire après une rupture « tu vois t’es pas bi.e » ou « c’était juste une passade ».

Nos amours et nos envies n’apparaissent pas forcément comme une évidence (« ah tu dois avorter mais... T’étais pas lesbienne ? » J’étais en couple avec une fille blaireau, maintenant non, mais au fait on aurait pu faire un bébé aussi !).

« À peu près à chaque fois que je relationne avec une personne de genre et/ou expression de genre différente de la relation précédente, face aux personnes qui me connaissent peu ou pas, je vois la surprise dans leur yeux et je me sens obligée de réexpliquer pourquoi, ou encore « comment c’est possible ? ».Aujourd’hui, j’ai encore du mal à parler de violence conjugale, d’avortement ou de sexisme dans le cadre de relations juste parce que parfois j’ai l’impression de parler d’un privilège (le fameux privilège bi) alors que les choses que je vis/subis chez Hétéroland sont souvent violentes. » ( Témoignage X. )

En fait, avec un pied chez Hétéroland, il faut régulièrement montrer patte blanche : avoir eu suffisamment de relations homo/lesbiennes pour être un.e vrai bi.e (t’as donc intérêt à avoir du succès : si tu te manges constamment des râteaux démerde-toi avec ton identité d’hétéraflexible !). En réalité, Hétéroland présente pour nous aussi un certain nombre de problématiques du fait de notre bisexualité, socialement et sexuellement.

Remarque : Quand on parle de ce qui nous fait violence dans une relation avec un/des mecs, la réponse « t’as qu’a arrêter de coucher avec les mecs », est à éviter. Primo parce que c’est pas hyper féministe en fait (t’as qu’à arrêter de t’habiller sexy pendant qu’on y est ?). Ensuite parce que ça invisibilise juste les violences vécues, sous couvert de biphobie et de culpabilisation.

Pour le docteur Alfred Kinsey, la sexualité humaine se situerait plutôt sur une échelle, de 0 à 6, soit totalement hétérosexuel d’un côté et 100 % homosexuel de l’autre. Cette analyse ne prend pas en compte la dimension temporelle et reste une analyse sociologique figée. Autre exemple, si 1/3 des personnes bies s’étaient identifiées comme gays ou lesbiennes dans le passé. Le contraire est également possible. Et là, SCOOP : pour certaines personnes la bisexualité n’est PAS une étape. Elle n’est pas passagère, elle est même souvent l’aboutissement de différents parcours amoureux.

La silenciation

« Le fait que la bisexualité soit tue, que les bisexuel.les ne se présentent pas en tant que tel.les, augmente l’impression qu’il s’agit là d’une chose dont il faudrait avoir honte ».

L’occultation de la bisexualité est la tendance à ignorer, falsifier ou réinterpréter toute preuve de la bisexualité apparaissant dans la littérature, les archives historiques, les travaux universitaires, les médias et toutes les autres représentations mainstreams [3].

Certaines personnes bies peuvent également chercher à se dissocier de certains groupes pour se distancer le plus possible des représentations négatives liés à la bisexualité. Par exemple, en mettant volontairement en valeur certaines relations plutôt que d’autres.

Dans les années 80, au sein du magazine Lesbia n°36, Nelly Fage porte son attention sur la manière dont la bisexualité a été décrite dans la presse féminine au regard de la norme hétérosexuelle, afin de sensibiliser les lectrices à cette question : « Égarements d’adolescentes, étourdissements féministes, transgressions excitantes de l’interdit, surprenantes conséquences de l’alcool ».

L’intention est ici d’insinuer que la bisexualité n’est qu’un caractère passager ou exceptionnel . Finalement, les rédactrices de Lesbia bouclent ce dossier sur la bisexualité avec un article intitulé « Au royaume des bi, les hommes sont rois ». Le débat houleux sur la bisexualité dans Lesbia Magazine perdure jusqu’aux années 1990.

(En réponse à l’article : « Au royaume des bies les hommes sont rois ? »...Le prince charmant est déjà mort...)

« De base, ça me paraît ultra cissexiste. Parce que j’imagine qu’on parle ici de meufs cis bies et de mec cis hétéros ? Ensuite, pour moi cette phrase veut insinuer que les meufs (cis) bies finissent toujours en couple avec des mecs (cis hétéros). Est-ce qu’on peut rappeler qu’il y a aucune « étude » (pour ce que ça vaut) de grande envergure qui démontre cette soi-disant réalité ?

Et si on a l’impression que c’est vrai, on peut parler du rôle de l’hétéronormativité, ou du rejet de la part des lesbiennes envers les meufs bies ? Entre les deux, ça favorise les rencontres vues comme hétéros. Et pour celles qui auraient eu la chance de traîner avec des lesbiennes pas biphobes et qui seraient quand même tombées amoureuses de mecs cis hétéros et seraient en couple monogame avec eux ? euh ben cool pour elles ? On est au cas par cas, chaque vécu est différent, chaque rencontre etc. Un moment faut arrêter de généraliser...

Ou alors, cette même phrase veut insinuer que les meufs bies, comme elles sont bies, répondent au fantasme très courant de l’homme cis hétéro : le plan à trois (avec deux meufs cis of course). Et là, allô féminisme  ?!

Les meufs c’est pas les jouets des mecs, ouais même les meufs bies. Si une meuf bie choisit de participer à ce genre de plan à trois, c’est son droit. Quand bien même le mec de l’équation serait « gagnant » dans l’histoire. Et pourquoi ce serait lui le gagnant en fait ? C’est pas parce qu’on relationne avec des mecs cishétéros qu’on ne sait pas ce qu’on fait ou qu’on est victime. Un moment peut-être, on peut faire la part des choses entre les hommes cishétéro, en tant que communauté/système oppressif, et les individus ?

Et pour finir : en fait c’est quoi cette phrase à la con ? Ça met complètement de côté les mecs queer ? Les mecs bi/pan, les mecs trans. Est-ce que ça leur « sert » à quelque chose les meufs bies ? En quoi ils sont « rois » de quoi que ce soit dans l’histoire ?. » ( Témoignage, V )

« Nous sommes accusé.es de profiter du privilège de pouvoir être pris pour des hétéros, alors que quand on est homo, ce même privilège est appelé placard... »

Et donc, s’il n’y a pas de placard pour les bi.e.s c’est qu’il n’y a pas de bi.e.s ? Ce qui insinuerait que nous vivons des oppressions uniquement dans nos relations non hétéro et jamais dans ce que nous sommes, en tant que tel, en tant que personnes bies.

Premièrement , il existe des personnes bies qui sont butch, intersexes ou transgenres et des personnes gay ou lesbiennes qui ont des passing typiquement hétéro. De plus, penser que l’on peut être identifié comme un couple hétéro dans certaines de nos relations est une idée cissexiste. C’est penser que la société peut correctement deviner les genres des personnes en relation, juste en les voyant, ce qui est faux.

Scoop : Le passing hétéro est difficilement imputable aux seules personnes bies. Quand vous allez dîner quelque part avec quelqu’une d’un autre genre que vous ? Quand vous allez faire des courses avec quelqu’une d’un autre genre, vous êtes hétéro ? Les gens qui ne vous connaissent pas vont probablement vous croire hétéro/as. L’hétéronormativité dans toute sa splendeur.

Scoop toujours : Il arrive également que ce soit l’idée de la bisexualité en tant que telle qui provoque le rejet (familial par exemple), et pas sa stricte dimension homosexuelle.

Prenons quelques exemples : un amant jaloux qui va nous forcer (et sexuellement) à rentrer dans le droit chemin, la psychiatrisation de nos comportements, ou encore l’infantilisation permanente (ça te passera...), l’intrusion dans nos vies, les questions déplacées (comme si nous étions des bêtes de foire : je peux regarder ?, Qu’est ce que tu préfères au lit ? etc.), la lesbophobie/homophobie ordi‐ naire (je vais te présenter untel.le ; iel va te plaire, forcément iel n’est pas straight lui/elle non plus) et tant d’autres choses.

Un jour iels retourneront chez Hétéroland... pour le confort...

Si par malheur, iels (les bi.e.s toujours) tombent un jour amoureu.se d’une personne d’un autre genre, leur passé, leur vécu ne vont pas s’effacer pour autant. Iels retourneront dans Straighland (pas dans leur tête ni dans leurs esprits qui ne gommeront pas leurs désirs et leurs fantasmes..., mais aux yeux des autres).

On ne leur souhaite que du bonheur et on ne reprochera pas de tomber amoureu.se.

On imagine sans difficulté qu’iels ne seront pas les premier.e.s à venir manifester contre le mariage pour tous. Iels restent bi.e.s et les définir comme des traîtres est biphobe. Ce sera tout simplement un couple perçu comme hétéro entre une personne hétéro et une personne bie.

Scoop toujours : On ne va pas chez Hétéroland pour le confort mais seulement par amour/envie/désir... Dans le cas contraire, quelqu’un.e veut bien nous expliquer en quoi c’est confortable de faire des choix, sous contrainte, pour intégrer la norme, éviter le jugement d’autrui, et autres ennuis ?

Identités politiques et pratiques

« Chaque personne a son propre vécu et éprouve plus ou moins le besoin de s’extérioriser un peu, beaucoup, pas du tout. » (bi’cause)

Parfois on ressent l’envie de se rassembler, pas toujours, et pas forcément parce que nous vivons les mêmes oppressions mais parce que nous partageons une même colère.

Le fait de se définir bi.e semble pour certain.es servir la catégorisation liée à la norme, en figeant l’existant. Une façon aussi de dévoiler au monde son intimité sans pour autant être certain.e.s que celle-ci sera reçue de manière positive bien au contraire.

Pour d’autres, c’est justement une manière de chahuter, faire bouger les frontières, en parlant de fluidité, de bizarrerie.

La norme doit être exclusive identifiable, facilement cernable, voir même quantifiable. Or, pour les personnes bisexuelles ce n’est pas le cas. Les réalités bies sont tellement complexes qu’il parait difficile de pouvoir les essentialiser.

Revendiquer, c’est aussi rendre visible, justement pas pour figer les choses, mais pour que les mentalités et comportements bougent autour de cette question.

L’argument de base selon lequel il y aurait autant d’orientations sexuelles que d’individus pousse à subir et surtout à ne pas réfléchir aux schémas de domination qui apparaissent dans nos rapports. Il est parfois nécessaire de trouver les mots pour exprimer ce que l’on vit, avec ou sans étiquette mais en se sentant respecté pour ce que l’on est et ce que l’on vit, sans honte, sans avoir peur d’en parler. Et ce, même si les mots ne suffisent pas, parce qu’ils ne reflètent jamais complètement l’entièreté des vécus, des réalités, et des ressentis...

En 1978, l’élaboration de la grille d’orientation sexuelle de Klein par le sexologue américain Fritz Klein, a permis mieux saisir les différentes nuances de la bisexualité : au delà des identités sexuelles fixées, il utilise différent critères dans son analyse (relations, sociabilité, auto-identification, fantasmes...).

Et sinon, « vous n’avez qu’à vous organiser, vous les bi.e.s plutôt que de pleurer sur votre sort... »

Plusieurs raisons expliquent la difficulté de rencontrer des personnes ouvertement bisexuelles. Il est souvent nécessaire de verbaliser sa condition, sauf que le risque de remarque, rejets, brimades est important. Et ce même si, régulièrement, des personnes prennent soin de nous outer en prévenant directement les copain-es (attention, danger !).

Comme cette identité est plus méconnue, l’outing est aussi difficile (et plus régulier) selon une étude américaine réalisé en 2013, 70 % des homos et 70 % des lesbiennes sondés se sont outés auprès de leurs proches/familles, pour les personnes bies ont passe à 13 % chez les hommes bis et 33 % chez les filles.

Selon Catherine Deschamps, le manque de visibilité de la bisexualité et la difficulté d’en médiatiser une représentation visuelle représentent un véritable obstacle.

Quand on cherche à mettre en image des personnes ou relations bisexuelles, on va facilement représenter un couple à trois. Ce qui va de nouveau entrer dans les stéréotypes. La licorne est souvent utilisée comme emblème, en réponse aux personnes qui pensent que les bi.e.s n’existent pas et donc seraient des créatures imaginaire.

« Je pense à une amie gouine qui n’est pas super à l’aise avec tout ça et aurait même tendance à penser que les bi-e-s sont une menace mainstream pour le groupe (pourvu qu’elle ne se reconnaisse pas, si tu te reconnais, sache que je t’aime malgré ça !), son petit ami ayant transitionné, indépendamment de l’influence ou non de cette situation sur sa façon propre de se définir, elle « risque » d’être socialement perçue comme bi... Par ailleurs, n’est-ce pas un peu con je vous prie, qu’indépendamment de nos opinions politiques (qui peuvent être à chier et ça c’est un bon motif d’exclusion), nous puissions nous sentir mal à l’aise et rejeté-es en raison de nos préférences sexuelles et sentimentales dans ces groupes ? Du style parce que notre militantisme lutte contre ça à la base ou un truc approchant [4] ? »

Salut, c’est la biphobie !

  • Et un jour tu va décider de te maquer, tu finiras hétéro/a.
  • Tu devrais te définir comme-ci/comme ça.
  • T’as pas peur qu’iel te quitte pour un mec/meuf/X.
  • T’as pas peur qu’iel te trompe avec un mec/meuf/X.
  • Les bi.e.s sont moitié homo/lesb moitié hétéro/as.
  • Tu as le choix.
  • Le privilège bi.
  • C’est politique de refuser de coucher avec un mec.
  • Je peux regarder.
  • Tu es bisexuelle ? Bon alors on couche ensemble ?
  • Du coup tu kiffes les plans à 3 ?
  • J’ai rien contre les bi.e.s mais j’ai connu un/e personne bie qui... (a trompé, voulait pas s’outer, a été conne, a brisé le cœur de machine, a fini avec...).
  • C’est pas très Queer les Bi.
  • Croire que c’est « un passage avant de devenir lesbienne/gay » ?
  • « ...Bi.e.s s’abstenir ».
  • Attendre le moindre faux pas pour pouvoir tomber sur les personnes Bi.
  • T’as déjà été en club échangiste ?
  • Les bi.e.s procurent trop d’insécurité à leur partenaire.
  • Heureux.se au lit ? Malheureuse en amour ?
  • Tous le monde est bi. C’est qu’une phase, une mode, un jour tu finiras par choisir l’un ou l’autre (hétéro/a/homo).
  • Définir quelqu’un.e comme bi en fonction du % de relations qu’iels a eu avec le même genre qu’iel.
  • Vous n’avez qu’à vous organiser (plutôt que de pleurer dans votre coin et de vous plaindre !).
  • En tant que Bi tu es légitime si.
  • Nympho !
  • Choisis ton camp !
  • Donc tu n’es pas vraiment radical.e.
  • Parler à la place des Bi.e.s.

—> C’EST DE LA BIPHOBIE. • Je sors avec un mec trans mais je suis toujours lesbienne vous en faites pas. —> C’EST DE LA BIPHOBIE ET DE LA TRANSPHOBIE.

L’outing forçé (attention iel est bi.e !), et c’est craignos, rappelez-vous c’est la BASE, le simple fait de se sentir plus facilement autorisé à le faire pour une personne bi.e est révélateur, alors que c’est bien connu qu’on n’out pas pour les autres.

—> C’EST BIPHOBE

Respecter les personnes bisexuelles, c’est pourtant assez simple, et ça devrait être assez intuitif : c’est leur laisser de l’espace de parole, aller à leur rencontre, ne pas parler à leur place, savoir admettre qu’on ne sait pas tout de leurs vies. C’est respecter les personnes qui ne souhaitent pas s’identifier comme bie. Il s’agirai de dépasser les clivages pour simplement lutter contre les discriminations fondées sur la catégorisation sexuelle.

http://www.minorites.org/index.php/...

Notes

On n’est pas trop fan des études en tous genre, mais quelques chiffres ça aide à visibiliser cer‐ taines réalités alors...

« Selon une étude de SOS Homophobie, la bisexualité est reconnue comme une sexualité à part entière par 85 % des personnes interrogé.e.s (seul 5 % des personnes interrogé.e.s la considère en revanche comme une identité). Pour les 15% restants il s’agirait d’une passade, d’un coming-out non abouti voir d’une perversion. Lorsqu’il s’agit d’entretenir une relation de longue durée, le nombre de personnes prêtes à s’engager diminue fortement (seul-e-s 61 % des personnes interrogées seraient prête à s’investir avec une personne bie) [5]. »

Un peu d’histoire...

Les revendications des activistes bisexuels tirent leurs racines des mouvements féministes et LGBT. Le mouvement prend son envol aux États-Unis dans les années 70, entres autres avec le National Bisexual Liberation Group à New York fondé en 1972, et grâce à un énorme travail de recherche de visibilité.

La décennie 80 voit augmenter l’activisme bisexuel. De nouveaux groupes éclosent dans les grandes villes américaines.

Certains affirment que le déclenchement réel du mouvement bisexuel est redevable à l’inclusion des « bi » dans le titre de la 1993 March on Washington for Lesbian, Gay, and Bi Equal Rights and Liberation, autrefois March on Washington for Lesbian and Gay Rights. Cette mention donnera une énorme visibilité à la communauté bisexuelle et prouvera son acceptation et son support de la part des communautés gay et lesbienne. Aucun rassemblement bisexuel n’est présent pendant la décennie 70 en France (Deschamps, 2002).

Le mouvement bisexuel démarre donc dans un contexte d’absence politique et de doute de la part des associations homosexuelles et féministes lesbiennes, avec le refus de mentionner des relations avec des personnes d’autre sexe/genre et des doutes sur la véracité cette orientation sexuelle.

Cette ambivalence peut être expliquée par la dichotomie entre homosexualité et hétérosexualité profondément ancrée dans la société, exigeant de tout individu qu’il positionne ses pratiques et ses relations d’un côté ou de l’autre [6].

La journée de la bisexualité

« La bisexualité existe, parce que nous, bisexuel-le-s, nous affirmons comme tel-le-s. Nous n’avons pas à prouver notre orientation, ni à choisir, elle est un état de fait et est une composante de nous-même que personne ne peut juger. C’est pour cela que le 23 septembre nous marcherons, pour montrer que la bisexualité se manifeste, s’exprime et qu’ensemble nous la défendons ».

En 1999, trois militants bisexuels américains, Wendy Curry, Michael Page et Gigi Raven ne supportent plus l’incompréhension et les interrogations dont ils font l’objet en raison de leur orientation sexuelle. Ils décident de créer la journée de la bisexualité en marge des manifestations destinées à l’ensemble des LGBTQI+++ desquelles ils se sentent exclus. Effectivement, si depuis peu on parle de Marche des fiertés, ne dit-on pas couramment « Gay Pride » pour évoquer ces grands défilés présents dans le monde entier et censés donner la voix à l’ensemble des sexualités dites minoritaires ? Depuis 16 ans, cette journée a pris ses marques. Depuis 2004 au Canada, en Australie, en Afrique du Sud, en Nou‐ velle-Zélande, en Suède puis en Allemagne avant, enfin, en France en 2009*.

*La date de la journée de la bisexualité est donnée ici à titre informatif afin d’étayer et de contextualiser l’histoire des luttes autour de la question bie. Tout comme le 8 mars et les autres journées commémoratives, on est bien conscient du caractère formel de ce type de démarche.

Bisexuel.les ne pas s’abstenir !

Des personnes qui se sont outées publiquement :

Pink, Freddie Mercury, Evan Rachel Wood, Virginia Woolf, ...

Lani Ka’ahumanu : écrivaine et poète se qualifiant de bisexuelle et queer, a débuté le bal du « coming‐out » bisexuel public et a été l’une des initiatrices des premiers groupes bisexuels à San Francisco. Elle a été porte-parole du mouvement bisexuel à de nombreuses reprises et a été l’une des fondatrices du groupe BiPOL.

ON A LU/ENTENDU/VÉCU (on peut en pleurer ou en rire) :

« C’est de votre faute si le sida a été propagé aux hétérosexuels. »

« En fait, tu es gay, mais tu n’oses pas l’avouer »

« Je suis allée, hier, le vendredi 1 novembre, au festival Cineffable, festival lesbien et féministe. Au cours du visionnage d’un court métrage, The Confession of father John Thomas, où il a été rapidement question d’une bisexuelle, une femme a dit tout fort dans la salle salope puis traîtresse »

« C’est une hétéra ! Zappe-là ! Elle est dégueulasse ! »

« L’amitié fille/garçon n’existe pas (réponse : et pour les bi.e.s on fait comment ?) ?

« T’as le droit de me tromper mais seulement avec des filles. »

« J’ai rien contre, mais si tu as le choix dans la vie choisis plutôt les hommes t’auras moins de problèmes ! » (WTF !!)

« T’es à voile et à vapeur [sic], tu couches avec des hommes, tu couches avec des femmes, t’es dégueulasse [re-sic] »

« La bisexualité a toujours existé. Elle existe parce que nous, bisexuel(le)s, dans notre diversité, déclarons l’être. C’est un sentiment d’être au monde avant d’être un style de vie. Nous sommes attirés affectivement et/ou sexuellement par des personnes de tout sexe et de tout genre, sans nécessairement avoir de pratiques sexuelles, et nous l’assumons. Nous aimons vivre nos désirs, nos plaisirs, nos amours, simultanément ou successivement. Nous les vivons, comme chacun, de façon permanente ou transitoire. Nous nous octroyons un large choix de possibilités sexuelles, de l’abstinence au multipartenariat. Nous ne différons des personnes monosexuelles que par cette double attirance. Parmi nous, certain(e)s vivent leur bisexualité comme un choix, pour d’autres, elle va de soi. Nous la vivons dans notre identité et/ou dans nos pratiques. Ce que nous partageons, c’est la volonté de l’assumer en soi et, si possible, avec les autres. » Bi’cause

TÉMOIGNAGES ET EXTRAITS

Suis-je bisexuel·le ou pansexuel·le ?

Définir les termes « bisexualité » et « pansexualité » est toujours une source de débat.

Je trouve que définir la bisexualité comme binaire par rapport à son étymologie et à l’histoire du terme est assez fallacieux et c’est un cliché contre lequel beaucoup d’activistes biEs se battent.

Actuellement, la bisexualité est définie par la majorité des associations bisexuelles comme une attirance sexuelle pour le même genre et un ou plusieurs autres genres (mais pas forcément tous). Occasionnellement, on parlera d’attirance pour deux genres ou plus (mais pas forcément tous). On peut d’ailleurs sans problème trouver des personnes bisexuelles qui ne sont pas attirées par « les hommes et les femmes », mais par exemple par « les femmes et certaines expressions de genre non binaires » (d’ailleurs, certaines personnes non-binaires sont bisexuelles). C’est loin d’être rare et ces personnes ne se retrouvent pas nécessairement dans la définition de la pansexualité qui implique souvent une attirance pour tous les genres.

Il est évident qu’il y a des croisements entre ces deux sexualités et que certaines personnes se définiront comme pansexuelles sans être attirées par tous les genres alors que d’autres, attirées par tous les genres, s’identifieront comme bisexuelles. Je ne souhaite pas participer à une forme de police des étiquettes, l’étiquette choisie est propre à chacunE.

Je pense néanmoins qu’il est important de ne pas tomber dans le piège de la sexualité à la définition fixe et immuable. « Bisexualité » est un mot qui a beaucoup évolué depuis sa création (il ne définissait même pas une sexualité humaine à la base) et qui est fondamentalement amené à évoluer avec l’évolution de nos connaissances et des milieux LGBTQIAP.

La définition de la bisexualité, non biphobe, appartient aux bisexuelLEs et, il me semble, le combat mené ces dernières années pour supprimer cette vision binaire de l’esprit des gens tend à prouver que la bisexualité ne peut jamais être considérée comme une sexualité binaire.

Certes, « bi » signifie « deux », mais « gay » signifie « heureux », « lesbienne »est une habitante de Lesbos. Faut-il réellement chercher le « deux »dans ce mot qui a déjà beaucoup évolué ?

Conclusion : bisexualité, pansexualité, fluidité sexuelle (mais on pourrait aussi évoquer l’asexualité et le spectre asexuel) ne sont pas des termes définitifs. J’irai jusqu’à dire que hétérosexuel et homosexuel sont des termes amenés à évoluer sur le long terme avec la question de la non binarité. Il me semble que le plus important est d’utiliser l’étiquette qui nous semble la plus appropriée que ce soit pour des raisons politiques ou personnelles. Il y a forcément des croisements car on parle d’individus.

http://faitespasgenre.tumblr.com/po...

Les filles aussi ?

« Quand j’étais adolescente, je me disais les filles aussi. Aussi, comme si j’étais principalement hétéro, ou aussi, comme une transgression à ma socialisation en milieu hétéro. Aussi, comme un petit cadeau qu’on se fait à soi-même, un plaisir qu’on s’octroie mais qui n’est pas vraiment raisonnable un truc un peu luxueux.

D’abord, il y a eu les garçons, c’est plus facile les garçons, c’est dans l’ordre des choses, il y en avait autour de moi alors que les filles qui aiment les filles il y en avait pas trop.

J’étais amoureuse de ma meilleure amie mais je ne m’en rendais à peine compte, elle était hétéro, mon semblant de déclaration à fait un flop alors j’ai cherché des filles qui aimaient les filles. Jeune adulte au début des années 90 j’étais passé à côté du minitel et internet n’était pas en accès quotidien, d’ailleurs je n’avais pas l’idée d’y chercher des lesbiennes. Mes amis gay vivaient des histoires avec des garçons, j’étais désespérée d’être en reste à un âge où la quête d’expérience est une préoccupation majeure, puis j’avais envie de confirmer ce que je pensais ressentir. Les filles aussi ou pas, alors ? À cette période là, j’allais à la marche des fiertés, j’ai fait mon entrée dans les réseaux féministes. J’y ai rencontré des lesbiennes qui m’ont prêté des numéros de Lesbia magazine. Je me souviens d’une petite annonce qui m’avait particulièrement heurtée ; une femme qui cherche une autre femme finissait son texte par « bisexuelles et alcooliques s’abstenir ». À l’époque, cela me paraissait très répréhensible d’être alcoolique, je n’aimais pas être assimilée à une alcoolique. J’expérimentais pour la première fois la biphobie, et ce ne sera pas la dernière. »

Extrait de la brochure « Bi or not to be ».

Suis-je bisexuelle ?

Par défaut c’est l’identité que je m’attribue le plus souvent, quand je suis dans une relation avec un garçon je la garde je la défends. Quand je suis avec une fille j’ai plus tendance à l’aban‐ donner pour me dire lesbienne, parce que c’est plus classe, parce que c’est ce que je crois que ma partenaire attend, parce que c’est ce que j’ai l’air d’être. Aussi, par loyauté envers les lesbiennes, par positionnement politique contre la lesbophobie et par crainte de la biphobie.

Parfois ça passe mieux de se dire bie en milieu hétéro mainstream, souvent pour de mauvaises raisons parce que ça fait cool et que ça existe qu’en milieu lesbien féministe lesbien.

Une bie n’est-ce pas une lesbienne qui ne s’assume pas, ou n’est ce pas une hétéro qui se donne des frissons qui ne se coltine pas la lesbophobie quotidienne, et qui brise le cœur de lesbiennes au passage ? Une bie n’est ce pas une traître ? Mais finalement non je ne me sens pas traître, illégitime oui souvent. Ce qui émane des représentations sur l’identité lesbienne de certains discours, c’est qu’une lesbienne, elle n’a pas de relations affectives et sexuelles avec des hommes, no way.

Par conséquent je ne m’autorise pas toujours à me dire lesbienne c’est un statut inaccessible. C’est comme la classe moyenne dans laquelle j’évolue et dont je ne suis pas issue, je n’ai pas les codes je n’ai pas eu le bon parcours.

Je me dis alors que classe moyenne ou lesbienne, ce n’est pas tout à fait ma place. J’aime bien l’idée de la bisexualité comme une sexualité ouverte et non figée, j’y associe étroitement la notion de liberté car la bisexualité permet de s’émanciper de l’injonction à l’hétérosexualité de la société et de l’injonction à se positionner clairement et définitivement dans certains milieux féministes lesbiens, mais en même temps la bisexualité reste une catégorie. Les catégories homosexualité-hétérosexualité-bisexualité mettent de côté la question du désir et du plaisir. J’ai vécu des histoires affectives et/ou sexuelles avec des gays ou des hommes chez qui la socialisation hétérosexiste n’avait pas, c’est heureux, fonctionné à 100 %. Il y avait bien un homme et une femme pourtant je n’ai pas eu l’impression que c’était des relations hétérosexuelles.

De plus en plus souvent, je vois avec plaisir la rigidité des catégories prendre des coups, notamment autour d’amis en amour autour des personnes trans, certaines de ces rela‐ tions font voler les catégories en éclat. Aujourd’hui je me mets beaucoup moins de pression qu’avant pour le définir j’étends le domaine de ma liberté à ne pas me définir ou à changer d’identité en fonction de l’humeur de ce que je vis d’avec qui je vis, d’avec qui je parle, rien de définitif. Bisexuel fait partie de ces identités possibles et de cette identité découle les autres, et je ne me dis plus les filles aussi les filles surtout.

Extrait de la brochure « Bi or not to be ».

Je suis bisexuel

Pourquoi tu parles jamais que t’es bi sur ton blog ? Alma me demande, à moitié endormie, il y a quelques temps. C’est une bonne question.

J’ai fait 4 coming out. Un premier à 13 ans, je me disais bisexuel. Deux ans plus tard, à 15 ans, je me suis dit gay (mon mot à l’époque, je n’ai jamais pu être confortable avec le mot lesbienne). À 19 ans, butch ; à 21 homme trans. Voilà, donc, j’en suis au 5 e , qui n’est en fait qu’un retour au premier : je suis bisexuel.

C’est quelque chose que j’ai réa‐ lisé récemment. Ce qui a rendu cette réalisation difficile, c’est que mes attractions sont très inégales. Pour être plus précis : je suis bisexuel et hétéroromantique. Je suis attiré sexuellement par les hommes et par les femmes, mais je n’éprouve de sentiments amoureux qu’en‐ vers les femmes.

Mon attraction pour les femmes est complètement développée, vibrante, définitive. Je sais très clairement quand je suis attiré par une femme ou pas ; et si je suis attiré par elle aujourd’hui, je le serais encore probablement demain. J’ai des crushs sur des femmes. Je suis follement amoureux d’une femme.

Mon attraction envers les hommes est plus vague, fuyante, plutôt un potentiel qu’une réalisation. Ces sentiments d’attraction vont et viennent, et je peux être incertain quant à mon attraction pour un homme en particulier. Si je suis attiré par un homme ce matin, je me sentirais peut-être différent cet après-midi. Quand j’ai des sentiments stables pour un homme, ce n’est pas tellement des sentiments romantiques comme l’amour, mais plutôt un sentiment d’amitié et de camaraderie avec une attirance sexuelle. Même si j’étais célibataire, je ne pense pas que je voudrais sortir ou être en relation avec un mec.

Mon attraction pour les hommes me fait penser à ce que j’ai pu lire à propos des gray-sexuels et comment ils ressentaient leurs attractions sexuelles en général. Je veux remercier la communauté asexuelle pour avoir fait un travail de fond en explorant et inventant de nouvelles terminologies pour décrire les différents types d’attractions.

Je suis allosexuel [7], et je n’aurais jamais eu les mots nécessaires pour décrire ce que je ressens sans la communauté asexuelle. Asexuel-les des internets, vous êtes géniaux !

Je ressens ces attractions, dans ce modèle inégal, depuis les débuts de ma puberté. Mais ça n’a com‐ mencé à faire sens qu’après ma transition. J’avais expérimenté avec des gars un peu, quand j’étais jeune adolescent, mais ces expé‐ riences sonnaient faux parce que j’étais dans un rôle féminin.

Quand j’ai réalisé avoir des sentiments amoureux pour les femmes mais pas pour les hommes, je me suis dis que je devais être exclusivement attiré par les femmes.

Quand j’ai commencé à explorer mon genre, j’en avais conclu que mes attirances pour les hommes étaient le résultat de mon identification au genre masculin
— et c’en est d’ailleurs une part. Ces sentiments sont une envie de m’exprimer sexuellement avec d’autres hommes, en tant qu’homme.

Voilà. Ça me paraît important de partager tout ça à cause de l’in‐ compréhension de ce que ça veut dire d’être bi.

Jusqu’à récemment, jamais je n’aurais cru m’identifier comme bi parce que le terme me paraissait suggérer fortement une attraction égale aux hommes et aux femmes.

Mais je vois maintenant que c’est faux. D’ailleurs, beaucoup de bi font l’expérience d’inégalités dans leurs attractions. J’ai été inspiré de réclamer le label bi en lisant cet essai de Charles. M. Blow, sur son développement sexuel et le déséquilibre entre ses attractions pour les hommes et les femmes [tw pédophilie].

Je n’aime pas le préfixe « bi- ». Il y a plus de deux genres, et je suis définitivement attiré par les personnes genderqueer. Mais bien sûr, les termes homosexuel/ gay/lesbienne et hétérosexuel, ont exactement le même problème : ils sont basés sur la binarité de genre. Je trouve que les bis sont accusés à tort [de renforcer cette binarité] quand vraiment c’est en fait un problème de notre conception même de l’orientation sexuelle, et j’y vois là un exemple de la biphobie. Alors, malgré ce défaut, j’utilise le terme bisexuel parce qu’il est largement reconnu et parce que je ne peux plus nier que le terme me décrit.

Il semble que le terme « bisexuel » pose problème à une grande partie de gens qui pourraient pourtant se définir comme tel. C’est un cas spécial ; je ne vois pas une large part de personnes décrites par les termes hétéro ou gay qui rejettent ces mots là. Je respecte la capacité de chacun à s’auto-identifier
- votre orientation est celle que vous dites - mais je pense qu’il s’agit souvent de biphobie, purement et simplement. Je veux faire ma part et aider à changer ça. Alma et moi partageons un cheminement de découverte en grandissant dans nos identités queer. Nous avons mis en place une espèce de non exclusivité pour me permettre d’explorer cette autre part de ma sexualité. Spécifiquement, je suis curieux de coucher avec d’autres mecs trans. Ça serait important pour moi, non seulement pour l’expression de mon attirance envers les mecs, mais aussi au niveau de mon che‐ minement d’acceptation de mon corps trans.

Aujourd’hui, ce n’est pas quelque chose dont je ressens le besoin de faire absolument. Ça peut ou peut ne pas arriver. Mais ça fait toujours du bien d’être honnête.

http://mantodayblog.wordpress.com/2...

Sources

 :

Ressources

Associations/collectifs :

  • Bi’cause (Paris)
  • BI’visible (Toulouse)
  • Bi’Loulous (Alsace)
  • Association 360 - Groupe Bi (Suisse)
  • Biloulou-ve-s (Strasbourg)
  • Groupe Bi-e, Pan, en questionnement (Lille)
  • Autres : https://www.eurobicon.org/bisexual-...

Big up ! C’est pour toutes les naaaan jsuis pas gouine qui mettent des doigts dans leur copiiiiiines ! <3

Annexe (ajout de dernière minute) :

Suite à la lecture et relecture de la brochure, pas mal de questions se sont posées autour du rapport à la communauté justement, de la question de se sentir légitime etc. De fait, la notion de communauté en tant que telle est un concept figé difficile à définir (et tant mieux) dans un cadre rigide.

Je veux des amis, pas une communauté

« Les communautés ... on pourrait les définir en terme de relations alimentaires – on se demande qui mange qui. » Marston Bates.

Presque partout où je vais j’entends parler de communauté.

On dirait que c’est quelque chose dont tout le monde a besoin, quelque chose auquel tout le monde devrait vouloir s’abandonner. Dans les grandes villes, il est facile d’ignorer ces appels à appartenir, car il est difficile pour les partisans désarmés de la communauté [8] de s’immiscer personnellement dans la vie des autres. Je vis actuellement dans une zone rurale. Cela a de nombreux avantages, mais sa population humaine inclut beaucoup trop de libéraux, activistes, bien pensants, bref, de ceux qui mettent leur nez partout et pour qui la communauté est sacrée, une divinité impersonnelle dont les croyants veulent que tous la connaissent.

Ces communautaristes locaux sont très clairs sur ce qu’ils entendent par « communauté » dans leurs plaintes contre ceux qui ne se conforment pas aux normes de la communauté et leur tentative d’enrôler d’autres personnes contre ces éléments anti-sociaux.

Il s’agit en effet de « qui mange qui », de qui passe son temps à entacher la réputation de ceux qui ne rentrent pas dans leurs normes.

La communauté, en tant qu’idéal, est en opposition avec l’individualité, parce qu’elle a besoin de restreindre l’unique à un supposé ensemble plus vaste. Je ne reconnais pas d’ensemble plus vaste à qui je serais prêt à donner un tel pouvoir, alors la communauté ne m’intéresse pas.

Est-ce que cela veut dire que je veux être isolé ?

Eh bien, il y a des moments où j’apprécie ma solitude.

Mais à d’autres moments je veux jouer avec d’autres. Je ne veux simplement pas m’abandonner à un « ensemble plus vaste ».

Et la « communauté », comme ses partisans l’entendent, est un ensemble plus vaste imposé. Ses partisans l’utilisent pour renforcer une conformité des rôles qui font de vous et moi de simples unités de données d’information numérique qui affluent vers la machine sociale cybernétique, en supprimant les particularités qui nous rendent intéressants les uns pour les autres.

Cela renforce l’isolement, rendant de plus en plus difficile pour quiconque de se rencontrer en dehors de ces fonctions sociales. Et votre fonction ne m’intéresse pas vraiment. Vos particularités, ces propriétés uniques dans lesquelles vous vous développez, sont la raison pour laquelle je désire vous connaître, dialoguer avec vous, et les standards de la communauté servent à les supprimer.

Je n’ai donc aucun désir de communauté.

Je veux des amis, des compagnons, des amoureux, des camarades, des complices.

Pour le dire autrement, je veux intentionnellement et passionnément créer des relations avec des individus en particulier, parce que j’y vois un potentiel pour un plaisir et un intérêt mutuel. L’amitié, les rapports entre compagnons, la camaraderie amoureuse et les complicités ne sont pas des choses auxquelles j’appartiens, mais des interactions que je crée délibérément avec d’autres.

L’origine de certains de ces mots rend cela clair.

Un ami c’est quelqu’un avec qui on préfère passer du temps avec, sans éprouver de l’amour à son égard.

Un compagnon c’est quelqu’un avec qui on veut partager la nourriture.

Un camarade c’est quelqu’un avec qui on partagerait sa chambre. [9]

Un complice c’est quelqu’un avec qui on joindrait sa force dans un but particulier.

Et un amoureux c’est quelqu’un avec qui on peut partager un plaisir et une joie réciproque.

Dans chacun de ces cas, il n’y a pas un ensemble plus vaste, pas de pouvoir plus grand, pas d’obligations imposées, simplement deux ou plus d’individus qui choisissent d’entrelacer leurs particularités pour mieux apprécier leurs vies ou accomplir un effort qui leur bénéficie mutuellement.

L’individualité, l’incomparable unicité absolue de chacun qui est impliqué, fournit la base pour la réciprocité dans ce genre de relations – relations qui ne sont jamais « plus que la somme de leurs parts », mais étendent plutôt la grandeur de chaque individu qui y prend part.

Il y a deux autres relations que je pourrais ne pas désirer ou qui ne comptent pas autant pour moi que celles que je viens de décrire, mais que je préfère encore à la tolérance et l’assentiment réciproque nécessaires à la communauté : l’inimité et le mépris.

Se contenter de tolérer les autres est intolérable pour moi.

Si vos projets, buts ou désirs sont en conflit avec les miens, nous serons ennemis. Si vous n’êtes pas dignes d’être des ennemis je vous traiterai avec mépris.

Faire autrement, au nom de la communauté et de la « bonne entente », serait une insulte contre votre individualité, votre unicité, et renforcerait le mensonge de la communauté.

Apio Ludd

https://diomedea.noblogs.org/post/2...

Anonyme

P.S.

Juin 2017 - version avril 2018
— Anonyme Merci à Consuelo pour la mise en page


[1] http://jezebel.com/5979238/study-fi... et http://simonae.fr/militantisme/them... (voir la partie « les conséquences »).

[2] https://m2bmo.tumblr.com/ post/110980357491

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Occul...

[4] https://www.petit-fichier.fr/2014/1...

[5] https://www.sos-homophobie.org/enqu...

[6] http://bicause.fr/wordpress/wp-cont...

[7] Une personne allosexuelle est une personne non asexuelle

[8] Bien sûr, les forces armées de la communauté, les flics, agissent par la force pour imposer les normes de la communauté.

[9] Il y a des camaraderies imposées : le prisonnier avec son codétenu, ou l’appelé dans la caserne.