BROCHURES

Pour une agriculture sans exploitation animale

 Table des matières



1 Avant-propos

On est quelques personnes impliquées dans des perspectives de luttes anarchistes et antispécistes qui ont consacré pas mal de temps de leur vie à l’agriculture, autant de manière pratique, en cultivant, que théorique, en discutant avec des gens, en lisant des bouquins et en ayant eu le privilège de faire des études universitaires dans des domaines comme la biologie, l’écologie et l’agronomie. C’est à partir de ce point de vue qu’on a eu envie d’écrire ce texte.

Ensuite, notre point de départ concret est la revendication politique d’essayer de s’opposer à toutes les formes de domination et d’oppression. C’est ce qui nous pousse à lutter contre l’exploitation des animaux non-humains par les animaux humains et à essayer de déconstruire et de détruire l’idéologie et la construction sociale du spécisme. Spécisme qui amène certains et certaines à se penser supérieur-es, à enfermer, exploiter et tuer d’autres qui essayent pourtant comme eux et elles de vivre libres et sans souffrance. Tout ça par le simple fait qu’il n’y a prétendument que l’humanité qui compte vraiment et donc que ces êtres inférieurs ne seraient bons qu’à nous servir puisqu’ils ne font pas partie de la bonne espèce, ils ne sont pas humain-es.

Dans ce texte, on a eu envie de se concentrer sur une des facette de l’exploitation animale, probablement parmi les plus abjectes, et qui est clairement la plus répandue ainsi que la plus fréquemment justifiée comme indispensable à nos vies : l’élevage. Disons-le tout de suite, du point de vue de l’oppression on ne peut pas et donc on ne veut pas réformer l’élevage. Qu’on ne vienne pas nous parler de tel fermier progressiste qui aménage à ses cochons un enclos d’un espace quatre fois plus grand que celui des voisins ou de tel collectif qui n’élève des chèvres ou des poules que pour leur lait ou leurs œufs. Il ne peut pas y avoir d’élevage sans meurtre. Ne serait-ce que pour une question de contrôle démographique. Le petit mâle doit être tué parce que, quand il sera grand, il ne fera pas de lait ou d’œufs et de toute façon trop de mâles confinés dans des conditions d’élevage créeraient des situations de conflit ingérables[32].

De plus, la question de la mise à mort n’est de loin pas tout, parce qu’il ne faut pas se leurrer, celles de l’enfermement et du contrôle des individus resteront toujours des aspects inhérents à l’élevage. On ne peut pas tout le temps prendre en compte, quand on est éleveur ou éleveuse, la volonté et le bien-être des animaux. Ça irait à l’encontre du principe même de production et de profit. À partir du moment où on fait se reproduire des animaux sous notre emprise pour tirer profit de ce qu’ils ou elles produisent, il y a forcément la limite où les humain-es font passer leurs intérêts au-dessus de ceux de « leurs bêtes ». Que l’élevage prenne place dans des usines ou au fond du jardin, que son but soit commercial ou d’auto-subsistance ; une cage reste une cage, quelle que soit sa taille, sa forme ou la longueur de la chaîne ! Pour qui se pose sincèrement la question de la lutte contre les rapports de domination, cette forme d’exploitation ne peut qu’être combattue et abolie.

Le but de ce texte

Maintenant qu’on a posé en quoi il est politiquement souhaitable de lutter contre l’exploitation animale, et donc contre l’élevage, on va se faire une joie de montrer en quoi il est matériellement possible, souvent pas plus difficile, voire carrément plus simple de survivre en tant qu’humain-e sans devoir exploiter les autres animaux.

Ce désaccord profond avec la pratique de l’élevage implique en conséquence une remise en question d’un large pan de l’agriculture. Et c’est sur ce dernier point qu’il s’agit de porter toute notre attention si on ne veut basculer ni d’un côté dans la défense du petit élevage, ni d’un autre dans un mépris urbain et classiste des petit-es éleveur-euses. De fait, être antispéciste ne nous empêche pas, et bien au contraire nous pousse à faire partie des luttes paysannes, à nous réapproprier les moyens de production alimentaire et de là à nous solidariser et à penser nos alliances avec d’autre paysan-nes en luttes dont une partie fait de l’élevage. C’est comme dans beaucoup d’autres luttes en fait ; les solidarités et les alliances sont souvent parcourues de contradictions et de tensions. Il est parfois important et nécessaire de lutter aux côtés de personnes avec qui on partage une cause mais avec lesquelles on peut être, par ailleurs, en profonde opposition sur certains points. Un rejet en bloc peut parfois avoir du sens, parfois pas.

Ceci étant dit, il n’y a de loin pas tous-tes les paysan-nes en lutte qui ont recours à l’élevage et un petit nombre y est même ouvertement opposé. L’élevage, bien que très répandu et ancré dans des pratiques traditionnelles qui ont fait leurs preuves, reste une manière, parmi d’autres, de produire les denrées dont dépend notre subsistance. Il ne représente ni une nécessité d’un point de vue agricole ou alimentaire ni une composante impérative des luttes paysannes, même s’il en fait souvent partie ! Ce qui donne aux luttes paysannes autant de potentialités révolutionnaires sont les possibilités d’autonomie et de résistance que permet la prise en main des moyens de productions fondamentaux, mais c’est aussi un rapport direct à notre alimentation, à la terre et à l’environnement.

Eh oui, dans les régions où l’agriculture est possible, on n’a pas forcément besoin de prédation et encore moins d’élevage pour subvenir à nos besoins ! C’est pour cela que le but principal de ce texte, parlant d’autonomie alimentaire par l’agriculture sans exploitation animale, va donc être de fournir des infos et de casser les idées reçues et les mythes qui amènent nombre de personnes à se résigner et à considérer comme incontournables, non seulement l’agriculture industrielle, mais aussi des modèles d’auto-subsistance agricole traditionnelle s’appuyant sur l’élevage.
Notre critique sera d’ailleurs résolument plus ciblée sur ces formes d’agriculture souvent présentées comme les seules viables puisque traditionnelles, tout en étant les « plus respectueuses possibles des animaux non-humains ». Histoire de prendre le problème à la racine et parce que, de toute façon, ce qui est valable pour l’élevage artisanal risque de l’être d’autant plus pour l’élevage industriel.

Les connaissances ayant trait à l’agriculture sans exploitation animale sont largement méconnues, sous-diffusées voire invisibilisées. Il existe pourtant dores et déjà beaucoup de données, tant théoriques que pratiques, qui soutiennent la viabilité matérielle, sociale et l’intérêt d’une telle agriculture. Après, c’est clair qu’il reste beaucoup à faire dans ce domaine et qu’il existe de nombreuses questions en suspens et des problèmes de taille à résoudre. Mais il s’agit d’un processus révolutionnaire... Une fois la question politique tranchée, les réponses concrètes à apporter sont d’ordre technique et social et il est vraisemblable que nombre de problèmes pratiques que l’on rencontre actuellement trouveront des solutions qu’on ne peut encore qu’effleurer aujourd’hui. Les pistes ne manquent pas et, en aucun cas, des difficultés qui se dressent sur le chemin vers un monde plus égalitaire ne doivent servir de prétexte à ne rien faire !

Pour finir, en visant à construire un discours antispéciste qui laisse le moins d’accroche à de possibles glissements néocoloniaux et racistes, il nous paraît important de partir de qui on est et de bien réfléchir à qui on parle. On est bien conscient-es de la grande disparité des types de sociétés agricoles existant sur Terre. Celle-ci est due d’abord aux variations d’origine écologique et aussi beaucoup à de grandes inégalités d’accès aux ressources sur cette planète. On est aussi conscient-es d’écrire depuis un statut fait de privilèges, du fait notamment qu’on vit légalement en Europe et qu’on a de ce fait un statut dominant par rapport à la plupart des régions du monde. On n’a pas envie de venir en colons moralisateurs imposer notre façon de faire, nos luttes. Bien que nous pensions que l’oppression spéciste et l’idéologie de la suprématie humaine sont partout critiquables pour ce qu’elles sont ; des formes poussées d’injustice et de domination, on aimerait faire attention à la question de savoir de qui vient cette critique, à qui elle s’adresse et sous quelle forme. On va déjà essayer de balayer devant notre porte !

C’est pour ça que le ton parfois incisif et offensif de ce texte n’est pas premièrement destiné aux petits éleveur-euse-s vivant dans un pays pauvre très loin d’où l’on habite, mais bien aux personnes que l’on côtoie qui jouissent de positions et privilèges proches des nôtres, paysan-nes de nos alentours. Ce texte se veut aussi être une critique énervée et de nombreuses fois répétée aux personnes de notre milieu militant qui, partant d’une même base politique qui leur fait cracher sur ce système oppressif et considérer la reprise en main de notre production alimentaire comme un élément indispensable à une émancipation collective, passent souvent à côté du fait qu’ils et elles endossent un rôle d’oppresseur, une fois accompli leur retour à la terre spéciste.

À partir du moment où une poule morfle derrière son grillage, ce qui arrive quelque que soit l’origine sociale de son propriétaire, c’est une chose qui peut être prise en compte comme une oppression et à laquelle des personnes concernées peuvent légitiment s’opposer. Toute la question est d’être attentif-ve à comment on parle de cette oppression suivant qui on est. Les luttes sont à mener partout, mais par les personnes concernées en fonction des contextes. Elles ne doivent pas être contrôlées par des occidentaux depuis les pays riches, mais par les différents groupes qui existent dans les régions du monde et qui luttent localement contre l’exploitation animale depuis leur position. Ceci n’empêche bien sûr pas à des idées et des pratiques d’être échangées à travers les frontières et les continents et qu’elles représentent un intérêt et portent du sens une fois réappropriées dans d’autres contextes sociaux et dynamiques de luttes.

Méthode

En écrivant ce texte, nous avons choisi de nous référer notamment à un certain nombre de connaissances issues de l’écologie et de la biologie, mais aussi de l’histoire. Nous sommes conscient-es du grand pouvoir oppressif de la science, mais on pense qu’il existe une marge de manœuvre dans l’utilisation de ces connaissances quand elle implique dans son fonctionnement de base la tentative de rester ouvert-e à la critique et à la remise en question, et de fournir des observations - en théorie - vérifiables et reproductibles.

Sans grande surprise, les différentes notions et données qu’on a utilisées dans ces pages ne proviennent le plus souvent pas d’observations personnelles, mais elles ne tombent pas non plus du ciel. Elles sont pour la plupart le fruit de dizaines d’années de recherches, qu’ici nous n’avons fait que reprendre, comprendre, résumer et recontextualiser. Sans grande surprise non-plus, et comme c’est très souvent le cas dans les domaines scientifiques, de nombreuses sources citées ici, bien que rigoureuses, ont des provenances assez dégueulasses, voire même ennemies… En effet, en agronomie par exemple, les plus grandes ressources financières sont allouées à de grosses institutions visant à réformer, améliorer et donc perpétuer l’exploitation animale ou des formes d’agricultures destructrices. Pourtant, les données ainsi produites peuvent quand même se révéler pertinentes - il y a peu de chance qu’une recherche pro-élevage exagère les nuisances que ce dernier engendre - et peuvent, sous certaines conditions, être réutilisées à des fins critiques.

On a décidé de citer au fil du texte la source de certaines informations précises et pour ne pas trop alourdir la lecture, de réserver les références plus générales à une bibliographie à part en fin de texte.
De plus, un lexique a aussi été constitué, afin de donner nos définitions de certains termes, parfois compliqués, que nous avons trouvé utile d’employer dans ces pages.

2 Fertilité des sols : cycles des nutriments dans l’écosystème agricole

Dans ce chapitre, on va tout d’abord essayer de comprendre selon quels équilibres s’organisent les êtres vivants et quelles forces sont en jeu pour permettre l’existence de l’étrange phénomène qu’est la vie sur cette terre. Cette introduction assez théorique va nous être très précieuse pour répondre à certaines questions qui se posent rapidement à qui veut comprendre et pratiquer l’agriculture.

Nous allons donc traiter du métabolisme des plantes et mettre en rapport leurs besoins avec les différents cycles des nutriments du sol. Pour des raisons de clarté et d’accessibilité, nous avons cherché à éviter, le plus possible, les formules chimiques et autres aspects nécessitant des connaissances scientifiques poussées. Ainsi, cette partie s’attache d’avantage aux mécanismes généraux qu’aux détails précis. Nous sommes conscient-es que cette approche simplifiée peut induire un biais à la compréhension d’un système aussi complexe que le sol. Cependant, la description précise de ces mécanismes n’étant pas le sujet de ce texte, il nous a semblé plus judicieux de rédiger ainsi. Nous ne pouvons que conseiller aux personnes frustrées par ce manque de précision la lecture de nombreux ouvrages existants sur la thématique.

Avant de se lancer dans le vif du sujet, voici encore deux définitions qui vont nous être utiles pour la suite :

- Écosystème : c’est un des concepts de base développés en écologie qui décrit comment fonctionnent les êtres vivants dans un environnement physique donné ; leur biotope.

- Agriculture : puisqu’on fait un livre sur l’agriculture ça peut quand même être pas mal de préciser ce qu’on entend communément par là. Pour Wikipédia[4], l’agriculture est un processus par lequel les humain-es aménagent les écosystèmes pour satisfaire leurs besoins (alimentaires pour se nourrir, mais aussi en bois pour se loger, en fibres pour se vêtir, en substances médicinales pour se soigner). Elle désigne l’ensemble des savoir-faire et des activités ayant pour objet la culture des terres, et plus généralement, l’ensemble des travaux sur le milieu (pas seulement terrestre) permettant de cultiver et exploiter des êtres vivants (végétaux, animaux, voire champignons ou des micro-organismes) pouvant nous être utiles. De là, on parle d’écosystème agricole ou agroécosystème quand on cherche à décrypter comment un environnement et des individus donnés s’adaptent aux diverses formes d’agriculture.

Le métabolisme des plantes

Les plantes, comme tout autre organisme vivant, sont liées à des processus physiques et chimiques internes, indispensables à leur survie. Ces processus sont regroupés sous le terme de métabolisme.

De nombreux éléments chimiques entrent dans la composition des plantes. Du fait de leur relative incapacité à se déplacer, les plantes sont obligées de survivre avec les éléments à leur disposition immédiate. La composition chimique des plantes varie d’une espèce à l’autre, cependant on peut relever des valeurs moyennes pour les végétaux. Parmi les éléments nécessaires à la croissance des plantes, la plupart sont présents en quantité suffisante dans la majorité des sols ainsi que dans l’atmosphère. Cependant, certains éléments sont plus difficilement accessibles, ou présents en plus faibles quantités selon les sols. L’azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K), sont les éléments qui sont le plus souvent limitants pour la croissance des plantes. En particulier dans un contexte d’agriculture. Ce sont donc ces derniers qui sont le plus souvent ajoutés comme fertilisants.

Cycle de l’azote

L’azote est un élément essentiel car constituant de tous les acides aminés, des protéines et de l’ADN.
Cet élément est très abondant dans l’atmosphère (80% de l’air) sous forme d’azote gazeux N2. Cependant, les plantes ne sont pas capables de l’assimiler sous cette forme. Les bactéries sont les seuls être vivants qui ont la capacité physiologique d’assimiler l’azote atmosphérique. L’être humain arrive de nos jours, via des procédés industriels, à fixer l’azote atmosphérique, mais cela demande une quantité d’énergie massivement supérieure à celle nécessaire aux bactéries, plus efficaces[157, 77]. Les plantes sont ainsi tributaires des bactéries, ou de l’industrie, pour l’assimilation de l’azote.

Figure 2.1 Cycle de l’azote dans l’agroécosystème

Dans le sol, l’azote atmosphérique capté par les bactéries est minéralisé et ainsi rendu assimilable pour les végétaux, notamment sous forme de nitrate (NO3-). Les plantes peuvent ensuite croître et mourir, ou nourrir des animaux. Ceux-ci produisent des déjections et vont à leur tour mourir. Les composés azotés des déjections et de la matière organique morte sont ensuite minéralisés avec l’aide des micro-organismes et pourront à nouveau être réabsorbés par les plantes. C’est le cycle de l’azote dans l’écosystème agricole qui est bouclé !

L’azote sous forme minérale, assimilable par les plantes, est facilement soluble dans l’eau. C’est pourquoi les molécules d’azote minéral sont aisément lessivées par les pluies, pour finir dans les cours d’eau, les lacs et les océans, dans lesquels leur accumulation est un danger pour l’environnement à cause du phénomène d’eutrophisation. Le lessivage des sols est aggravé quand l’apport d’azote destiné aux cultures leur est fourni sous forme d’engrais de synthèse[150].

Pour finir, sous ses formes minérales, l’azote peut, sous l’action de certaines bactéries, retrouver sa forme gazeuse qui vient alors réalimenter le stock d’azote gazeux atmosphérique.

Cycle du phosphore

Le phosphore est important pour les plantes car il est présent dans de nombreux phénomènes vitaux : les transferts d’énergie, la photosynthèse, la division des cellules, la croissance et la maturation.

Le phosphore est quasiment absent de l’atmosphère. Sur la Terre, on le trouve concentré dans certaines roches sédimentaires issues d’anciens bassins océaniques. En se dégradant, ces roches libèrent progressivement le phosphore qui se trouve alors le plus souvent lié à la fraction solide du sol (humus, argile, minéraux non dégradés), et non pas dans l’eau du sol. C’est pourtant le phosphore dissous dans l’eau, représentant moins de 1% du phosphore total du sol, qui est immédiatement disponible pour les plantes[60].

Avec si peu de phosphore disponible directement, la vie de la plupart des végétaux serait compromise. Les plantes sont néanmoins capables, le plus souvent en s’associant à des micro-organismes du sol (champignons et bactéries), de libérer ce phosphore lié aux constituants du sol et de ce fait, de l’assimiler sous forme de phosphate (PO43-). Les plantes peuvent ensuite croître et mourir, ou nourrir des animaux. Ceux-ci produisent des déjections et vont à leur tour mourir. Les composés riches en phosphore des déjections et de la matière organique morte sont ensuite minéralisés avec l’aide des micro-organismes et pourront à nouveau être réabsorbés par les plantes. C’est le cycle du phosphore dans l’écosystème agricole qui est bouclé !

Les pertes d’un sol en phosphore sont généralement faibles, dans un sol fonctionnel. Cependant, dans de nombreux sols exploités intensivement, le manque de cohésion entre humus et fraction minérale ne permet plus une bonne rétention du phosphore qui est alors rapidement lessivé par les pluies. Il en résulte, entre autres, un manque en phosphore disponible et une pollution des eaux. Cette mauvaise qualité d’une grande partie des sols cultivés amène bien souvent, dans l’agriculture conventionnelle, à un apport de phosphore sous forme d’engrais pour maintenir, à court terme, un rendement maximum des parcelles.

Figure 2.2 Cycle du phosphore dans l’agroécosystème

Il est intéressant de toucher également un mot sur la provenance du phosphore des engrais. Les engrais tirent leur phosphore de l’exploitation de roches sédimentaires riches en phosphore. Le phénomène de formation des montagnes à partir des fonds océaniques, où s’accumule le phosphore apporté par les eaux de ruissellement, est bien plus long que le rythme actuel d’extraction de ce minéral pour l’agriculture. Ces gisements étant limités dans leur quantité et leur exploitation étant massive, il viendra donc un jour où l’industrie n’aura plus accès à ce phosphore facile d’accès et devra se tourner vers des réserves bien plus coûteuses à exploiter[55]. À l’instar du pétrole dont les réserves vont s’épuiser dans un futur proche, le phosphore est lui aussi un des principaux facteurs limitants des sociétés industrielles actuelles.

Cycle du potassium

Le potassium est nécessaire aux plantes car il est essentiel à toutes les fonctions de transferts internes de fluides et de captation de fluides extérieurs à la plante.

Son cycle est relativement semblable à celui du phosphore : absent de l’atmosphère, il est issu de roches qui se dégradent. Une différence notable est que le potassium n’est pas rare dans de nombreux sols car il est contenu dans beaucoup de roches. En se dégradant, ces roches libèrent progressivement le potassium, qui se trouve alors le plus souvent lié dans le sol à des feuillets d’argile ainsi qu’à l’humus.

Deuxième différence avec le cycle du phosphore ; le potassium lié aux constituants du sol se dissous sans problème dans l’eau du sol et est ainsi facilement assimilé par les plantes (sous forme d’ion K+) sans dépendre de l’aide de micro-organismes. Les plantes peuvent ensuite croître et mourir, ou nourrir des animaux. Ceux-ci produisent des déjections et vont à leur tour mourir. Les composés riches en potassium des déjections et de la matière organique morte sont ensuite minéralisés et pourront à nouveau être réabsorbés par les plantes. C’est le cycle du potassium dans l’écosystème agricole qui est bouclé !

La libération du potassium par le sol est lente et régulière, c’est pourquoi il vient à manquer dans certaines cultures très demandeuses, principalement des plantes cultivées pour leurs organes sous-terrains : pomme de terre, betterave, etc. De plus, certains sols sableux, détrempés ou salinisés sont particulièrement sujets à des carences en potassium. Pour cette raison il est souvent ajouté sous forme d’engrais dans l’agriculture conventionnelle, pour laquelle il est extrait sous forme de minerai[123].

Figure 2.3 Cycle du potassium dans l’agroécosystème

Facilement dissous dans l’eau, le potassium n’est pas non plus à l’abri des phénomènes de lessivage des sols par le ruissellement des eaux de pluie qui l’amènent à s’accumuler dans les océans. Comme c’est le cas pour le phosphore, les roches d’où l’on extrait le minerai riche en potassium[29] pour les fertilisants proviennent aussi de la surélévation des fonds marins qui s’opère lentement au fil des millions d’années.

3 L’élevage n’est pas nécessaire à l’agriculture

Sous-efficience de la production animale

Maintenant qu’on a vu comment se font les cycles des nutriments dans les écosystèmes, on se rend vite compte que les animaux (domestiqués ou non) ne font presque que réutiliser la matière produite et recyclée par les plantes et les micro-organismes à partir de l’énergie du soleil et des éléments du sol, de l’eau et de l’air.
L’idée très répandue suivant laquelle les aliments ou les excréments produits par les animaux d’élevage constitueraient une source d’énergie indispensable pour notre nutrition ou celle des plantes est complètement fausse. C’est un mythe. Les seuls êtres vivants capables d’introduire de l’énergie utilisable dans les écosystèmes sont les plantes et certains micro-organismes capables de transformer l’énergie du soleil par la photosynthèse, c’est clair et net.

De là on comprend pourquoi, en abordant froidement la question de l’auto-subsistance alimentaire sous l’angle du rendement, la production animale est peu efficiente. Cela s’explique par le fait qu’à chaque niveau des chaînes alimentaires, on observe une perte nette de l’énergie que les plantes ont initialement introduite dans l’écosystème à partir des rayons du soleil. Cette perte est due à la nécessité pour les êtres vivants d’utiliser de l’énergie pour se maintenir en vie. En effet, la majeure partie de l’énergie absorbée par des animaux va être dissipée[87] sous forme de chaleur, d’efforts et de déchets pour alimenter et renouveler les milliards de cellules de leur corps, digérer, se déplacer ou fuir, réguler leur température, se défendre des infections etc.

Figure 3.1 Flux simplifié de l’énergie dans l’agroécosystème[106, 105, 153, 96]

Ainsi, les herbivores n’arrivent à fixer dans leur chair, lait et œufs que 10 à 30% de l’énergie[106, 105, 153, 96] présente originellement dans les plantes qu’ils consomment. Ce fait implique donc qu’il faut produire environ 3 fois plus de végétaux pour une alimentation ovo-lacto-végétarienne que pour une alimentation (végétalienne) se faisant directement et uniquement à partir des végétaux, et jusqu’à plus de 10 fois plus si l’on parle d’une alimentation omnivore incluant la viande ! Tout ça pour nourrir le bétail et les autres animaux d’élevage, puisqu’en raison de l’inefficacité de la conversion des nutriments des plantes vers la chair animale, un porc devra par exemple manger près de 10 kilos de protéines végétales pour pouvoir accumuler seulement 1 kg[96] de protéines dans ses muscles. La consommation d’animaux, eux-mêmes nourris de végétaux, ou de leur sécrétions (œufs, lait), est pour les humain-es une forme d’alimentation indirecte. Et cette extension superflue de la chaîne alimentaire est bien une manière des plus efficace de gaspiller la nourriture !

Eh oui, il faut beaucoup de calories ou de protéines végétales pour produire une calorie ou une protéine animale. C’est ce qui explique aussi qu’un hectare et demi de terre fertile peut très largement nourrir intégralement plus de 8 personnes végétaliennes alors qu’il suffit à peine pour le fourrage annuel d’une seule vache nourrie à l’herbe[147]. À noter que les proportions données ici sont basées sur la production de viande. Même si la tendance reste la même, elles peuvent varier en fonction du type d’élevage, suivant si l’on parle de production de viande, de lait ou d’œufs et suivant les animaux d’élevage considérés.

Figure 3.2 Sous-efficience de la production animale

Pour continuer, il faut encore relever que le concept d’efficience de la production alimentaire dépasse le seul aspect du rendement énergétique de production présenté auparavant. En effet, pour essayer de déterminer l’efficience de la production d’aliments, il faut prendre en compte l’ensemble de ce qu’elle implique. C’est-à-dire qu’en plus de l’énergie nécessaire à la production des aliments, il faut aussi considérer l’énergie nécessaire à leur transformation, à leur conservation et à leur transport, mais aussi les ressources utilisées et les nuisances générées par exemple sous forme de pollution. Là encore, dans cette approche plus globale, la production végétale s’avère plus efficiente. Sous l’angle tout d’abord de l’énergie à mettre en œuvre pour la transformation et la conservation, on constate une nette tendance à ce que les aliments d’origine animale, souvent rapidement périssables, nécessitent plus d’énergie pour être transformés et conservés. Il suffit de penser aux laitages et à la viande et de les comparer, à richesse alimentaire équivalente, aux oléagineux et aux légumineuses.

Ensuite, c’est quand on parle des ressources à mettre en œuvre que l’écart continue de se creuser. Que ce soit de par sa consommation d’eau ou par ses besoins en surfaces cultivables, la production animale est toujours plus demandeuse[147]. C’est flagrant lorsqu’on parle d’élevage industriel et quand la production implique d’alimenter, avec perte, des animaux avec des végétaux qui auraient pu directement nourrir des humain-es. Mais cela reste vrai quand on se met à regarder du côté de pratiques plus artisanales. Ainsi, même si la déforestation de la forêt amazonienne est connue pour nourrir le bétail des élevages industriels des pays riches, il existe de nombreux exemples de pratiques de pâtures non-industrielles qui ont mené à la déforestation voire à la désertification de vastes régions[104, 158]. L’utilisation d’une autre ressource à prendre en compte et dans laquelle l’élevage ne brille pas est le temps... Le temps qu’il faut consacrer à la production avant que l’aliment arrive dans notre assiette. S’il est un domaine de l’agriculture où il faut se lever tous les jours à l’aube et où on n’as pas de répit même durant la pause hivernale des plantes, c’est bien l’élevage.

Quand on détient des animaux captifs et soumis à divers contraintes sur leur corps comme la traite ou le maintien à l’étable, il ne peut se passer beaucoup plus d’un jour sans qu’il faille s’en occuper. Tout ça n’est pas pour dire qu’il suffit de ne rien faire pour pouvoir récolter le fruit de nos cultures, le travail des champs étant indéniablement conséquent, mais par exemple l’hiver ou à la saison sèche, il y a quand même une nette différence avec l’élevage.

Le dernier domaine qu’il faut sérieusement prendre en compte quand on essaye d’évaluer l’efficience et le bien fondé d’une pratique de production alimentaire est celui de la pollution et plus largement des nuisances. Ce thème particulier est traité plus en détail dans le dernier point de ce chapitre, parlant des risques écologiques et des nuisances liées à l’élevage.

Donc, en mettant un instant entre parenthèses la souffrance animale et on ne considérant que l’efficience de la production (en termes d’énergie, de ressources, de nuisances), on constate la chose suivante : dans une perspective d’auto-subsistance anticapitaliste, il est dans la grande majorité des cas préférable de ne pas se nourrir d’animaux ou de leurs sécrétions mais de se nourrir directement de végétaux.

Pourtant, avant de passer à la suite, il ne serait pas honnête de notre part de passer sous silence le fait qu’il peut être envisageable, d’un point de vue écologique, de pratiquer des formes d’agricultures viables reposant sur l’élevage. C’est un fait qu’il serait absurde de nier, et nous n’en avons jamais eu l’intention.
Ce texte n’essaye pas non plus de prouver que sans élevage c’est toujours plus simple, même si c’est écologiquement souvent le cas ! Le fait, par exemple, que dans ce monde spéciste et capitaliste les produits issus de l’exploitation animale soient des marchandises souvent subventionnées et à haute valeur ajoutée implique que l’exploitation des animaux est souvent économiquement avantageuse, et peut être une source de revenus indispensable pour certaines personnes...

De plus, on aimerait attirer votre attention sur des situations où il peut être, à priori, écologiquement plus difficile de subsister sans élevage. Nous n’avons pas cherché à éviter la question de ces « terres marginales » et si nous n’en avons pas parlé plus tôt c’est parce qu’un chapitre entier y a été consacré dans la suite du texte. Il fallait bien ça pour pouvoir parler de manière posée de ce sujet qui, bien qu’il soulève des remarques très pertinentes, est trop souvent utilisé de manière tendancieuse et peu factuelle par les détracteurs de l’antispécisme.

Les animaux d’élevage ne sont pas nécessaires à la fertilisation des cultures

Ce qui était vrai pour les apports énergétiques l’est aussi pour les nutriments. Les animaux d’élevage ne sont pas des sources primaires de nutriments, ils ne créent pas de nutriments à partir de rien. C’est un autre mythe qui a la vie dure et qu’il faut vraiment déconstruire si on veut comprendre les bases de l’agriculture et du fonctionnement des écosystèmes agricoles. S’il est indéniable que l’action des milliards de bactéries, champignons et de certains animaux du sol - comme les lombrics - est nécessaire au maintien de la fertilité des sols, notamment en rendant certains nutriments assimilables par les plantes, on ne peut pas en dire autant du rôle des animaux d’élevage.

Ces derniers, en ingérant des plantes (ou des autres animaux qui ont ingéré des plantes), ne font que réutiliser les nutriments que celles-ci ont puisé à partir des minéraux inorganiques du sol, de l’eau et de l’atmosphère. La place des animaux d’élevage dans les cycles des nutriments critiques pour les plantes, que sont l’azote, le phosphore et le potassium, reste accessoire. Il n’y qu’à revenir aux schémas du chapitre précédant pour revoir ça plus en détail. La quantité de nutriments inorganiques assimilés directement par les animaux d’élevage dans l’air qu’ils respirent, l’eau qu’il boivent ou les pierres qui leur arrive d’ingérer est faible[146] en comparaison aux apports de leur alimentation.

Comme on le reverra plus bas, il n’y a aucun nutriment vital que l’on trouve dans un steak, des œufs ou du lait qui ne se trouve dans ce qui est produit par les végétaux et les micro-organismes.
De même, il n’y a rien de ce qui se retrouve dans du fumier, du lisier, des fientes, ou du purin qui ne se retrouve en quantité et qualité comparables[88, 151, 100], si ce n’est supérieures, dans l’usage combiné des formes de fertilisation que sont les différents composts et purins végétaux, la plantation d’engrais verts ou le compostage des déjections humaines. Les excréments de vaches laissés dans un pré ne fertilisent pas plus le sol que de laisser se décomposer durant l’hiver les plantes qu’elles auraient dû brouter... Rien ne se crée, tout se transforme !

Cependant, il est tout à fait possible que du fumier soit plus riche ou disponible en plus grande quantité que la fertilisation que l’on pourrait obtenir à partir des végétaux issus du même agroécosytème, une ferme par exemple. Mais alors, c’est donc forcément que les animaux qui ont produit les excréments ont été nourris avec des intrants externes, typiquement des céréales achetées. Ce qui revient à importer sur les champs des fertilisants plutôt que de les produire soi-même en circuit fermé. Et ça implique par la même occasion, soit d’utiliser indirectement des engrais de synthèse, si ces céréales ont été ainsi cultivées, soit d’appauvrir l’écosystème où elles ont été produites. Dans tous les cas, on ne parle plus là d’autonomie alimentaire...

Ceci étant dit, on peut revenir un instant sur les engrais animaux souvent mis en valeur dans des discours présentant l’élevage comme dernier rempart contre le recours aux engrais de synthèse et l’agriculture industrielle. C’est vrai que cela fait des millénaires que les humain-es utilisent, pour fertiliser le sol, les excréments, le sang, les os, les plumes, les cornes des animaux qu’ils exploitent. Et ça fonctionne. Ce qui est faux en revanche, c’est la prétendue supériorité, des fertilisants d’origine animale (déjections humaines comprises !) sur leurs équivalents obtenus par la décomposition des végétaux. En fait, en termes d’efficacité, c’est plutôt le contraire qui se passe.

Oui, les différentes méthodes de production ont toutes leurs avantages et leurs inconvénients selon le contexte, mais de nouveau quand on parle d’engrais, le rendement de la production végétale dépasse celui de la production animale. En effet, la fertilisation animale standard repose sur la transformation indirecte des plantes en compost, par la décomposition du fumier issu d’animaux qui ont mangé des plantes. Et comme on l’a déjà évoqué, on constate logiquement qu’à chaque étape il y a des pertes, que ce soit ici pour remplir les fonctions biologiques de l’animal ou par volatilisation de méthane[128] (CH4), d’ammoniac (NH3) et d’oxyde nitreux[129] (N2O), des gaz polluants issus de la digestion des herbivores sous forme de rots, de pets ou d’excréments. Il est important d’ajouter que ces pertes sont loin d’être négligeables. Ainsi en parlant de l’azote, on constate la faible efficacité des animaux à assimiler l’azote ; une moyenne de 14 % seulement de l’azote ingéré est assimilé, alors que les plantes elles, assimilent près de 50% de l’azote[130] dont elles disposent. Le reste de l’azote consommé par les animaux, sa grande majorité, est essentiellement excrété sous forme de matière fécale et surtout d’urine, toutes deux très propices à relâcher des gaz. Donc à cause de ces émissions gazeuses, la présence de vaches dans un pré va avoir pour conséquence la dispersion progressive dans l’atmosphère de la quantité d’azote et de carbone présente initialement dans le sol. Donc, au long terme, une perte nette en nutriments pour l’agroécosystème.

En revoyant ce qui a été dit plus haut à la lumière de ce nouvel élément ; les excréments de vaches laissés dans un pré, fertilisent moins le sol, que de laisser se décomposer durant l’hiver les plantes qu’elles auraient dû brouter... En fait, la pratique de la pâture, au lieu de fertiliser le sol l’appauvrit[131, 48] au long terme, en tout cas en ce qui concerne l’azote.

Pour continuer, en poussant nos considérations au delà des pertes en nutriments constatées au fil des chaînes alimentaires, il existe plusieurs autres facteurs qui impliquent des désavantages pour ne pas dires des risques spécifiques à l’utilisation de la fertilisation animale. L’absence d’humus dans les déjections et donc, tendanciellement une moins grande proportion en humus[93, 88] dans les engrais à bases de déjections, causent une plus grande difficulté de stockage des nutriments[74, 109] pour ces derniers par rapport aux composts végétaux. Ces observations ont des conséquences frappantes. Elles impliquent notamment des risques accrus de lessivage[132, 44] et donc de perte nette de nutriments dans les eaux de ruissellement, avec, comme on le verra par la suite des effets néfastes sur les réserves d’eau douce. Il est vrai que les risques liés à ces phénomènes sont accentués par l’éparpillement en plein champ lors de la pâture ou l’épandage d’excréments non compostés (sous forme de fumier, lisier et purin), et il est clair qu’ils sont atténués, lors d’un compostage préalable[90] de ces matières. Cependant ils ne disparaissent pas et la diminution de ces risques nécessite des méthodes élaborées[159, 133] pour traiter les effluents d’élevage...

On comprend maintenant peut-être mieux pourquoi certain-es préfèrent écourter la chaîne de production des fertilisants en éliminant l’étape de transformation animale et composter directement les végétaux[16].

Pour finir, s’il y a bien une chose à retenir dans ce qui vient d’être dit, c’est que ce sont les plantes et les micro-organismes qui produisent tout ce qui est nécessaire à la vie sur la planète, que c’est d’elles et eux que provient toute l’énergie et les nutriments dont les animaux ont besoin pour vivre. Ce sont les animaux d’élevages qui dépendent des végétaux et pas l’inverse ! Les plantes et les écosystèmes n’ont jamais eu besoin des animaux d’élevages ou des grands herbivores en général pour s’épanouir et d’ailleurs, ces premières ne les ont pas attendus pour exister ! Une fois qu’on a compris ça, il serait absurde de prétendre que l’agriculture ne peut exister sans élevage !

Nuisances accrues du recours à l’élevage

Dans cette partie du texte, nous ne nous attarderons pas sur le débordement de nuisances générées par les élevages industriels, et qui constituent à elles seules la matière de livres et de synthèses déjà existantes et très bien documentées. Nous allons donc plutôt essayer de nous concentrer sur les nuisances dues à des pratiques d’élevage les plus artisanales et les plus simples qui soient.

Comme on l’avait déjà évoqué en parlant de l’aspect énergétique de la production agricole, une certaine partie des nuisances dont il sera question ici ne sont pas spécifiques aux pratiques d’élevage mais inhérentes à toute forme d’agriculture. Ces nuisances sont cependant exacerbées dans ce cas, par le fait que l’élevage est plus demandeur en énergie et en ressources que d’autres formes de production alimentaire.
Qui dit plus grands besoins énergétiques dit forcément plus de pollution tous azimuts pour produire cette énergie. On ne va pas détailler ici en quoi la production d’énergie électrique issu des centrales nucléaires ou à combustibles fossiles et qui est utilisée, par exemple, pour la conservation de la viande par réfrigération, est polluante. Même un feu de bois nécessaire à la confection de nombreux fromages artisanaux rejette dans l’air des substances nuisibles.

Voyons maintenant en quoi le surplus de ressources que nécessite l’exploitation animale amène son lot de nuisances. Voici deux exemples parmi les plus parlants.

La déforestation tout d’abord ; la nécessité de cultiver de plus grandes surfaces à cause des élevages engendre souvent une déforestation accrue aux effets dramatiques sur l’environnement. En effet, la destruction des écosystèmes très riches et très fragiles que sont les forêts peut remettre en question de manière fondamentale l’équilibre de régions entières. Que ce soit par des perturbations climatiques dues à l’altération locale des cycles de l’eau[134] ou au relâchement massif de gaz à effet de serre[135], à cause de l’anéantissement pur et simple de l’habitat de nombreuses espèces ou du fait de terribles phénomènes d’érosion[136] des sols, la vie peut être rendue presque impossible sur un territoire auparavant fertile.

Le deuxième exemple est celui des ressources en eau. À quantité et qualité équivalente, la production issue de l’exploitation animale demande des quantités d’eau supérieures à la production végétale[122, 85, 57]. Ainsi, produire un kilo de protéines animales peut nécessiter jusqu’à 100 fois plus d’eau que de produire un kilo de protéines végétales[116]. Ceci peut engendrer une grande diversité de conséquences négatives dont notamment le manque d’eau dans des régions sèches et le rejet dans les réserves souterraines et les cours d’eau d’effluents d’élevage qui rendent l’eau impropre à la consommation ou qui détruisent les écosystèmes aquatiques[137].

Pour clore ce chapitre, nous allons voir maintenant qu’il existe clairement des sources de nuisances qui sont intrinsèquement liées à l’élevage, alors qu’elles sont beaucoup moins présentes voire absentes de la production végétale non industrielle.

Premier exemple ; les émissions massives de certains gaz néfastes. Les plantes, comme les animaux, respirent. De ce fait, elles rejettent du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. Cependant, en plus de la respiration, les organismes autotrophes (ne dépendant pas d’autres organismes pour s’alimenter) comme les plantes fixent grâce à la photosynthèse le carbone atmosphérique (CO2) dans leurs cellules afin de croître. Ils ont ainsi la plupart du temps un bilan favorable, stockant plus de carbonne qu’ils n’en rejettent. Ce qui n’est pas le cas des organismes hétérotrophes (dépendant d’autres organismes pour s’alimenter) que sont les animaux. Pour vivre et se développer, ils mangent des plantes ou des animaux qui ont mangé des plantes, transférant ainsi dans leur corps une partie du carbone fixé par ces dernières. Pour combler les besoins de leur métabolisme, ils relâchent finalement ce carbone dans l’atmosphère par leur respiration sous forme de CO2 et par l’évacuation de leurs gaz digestifs (méthane principalement). Ces deux gaz jouent un rôle dans l’effet de serre responsable du réchauffement planétaire.

Les émissions de CO2 par la respiration animale jouent un rôle négligeable, tandis que les émissions de méthane sont beaucoup plus graves. Actuellement, les animaux d’élevage (élevage industriel inclus...) sont la principale source d’émission de ce gaz[138, 95] à l’échelle planétaire. Le méthane est produit en petite quantité par tous les animaux, humain-es y compris. Pourtant parmi les animaux domestiques, certains en produisent des quantité beaucoup plus importantes au cours de leur processus normal de digestion. Ce sont les ruminants (buffles, chameaux, chèvres, lamas, moutons, vaches, yaks etc.). Dans le rumen, un de leurs estomacs, la fermentation microbienne convertit les aliments fibreux en matière pouvant être absorbée et utilisée. Seulement pour arriver à ce résultat, cette fermentation produit aussi de gros volumes de méthane qui est un déchet que l’animal élimine en pétant et, dans le cas des ruminants, surtout en rotant[128].

Au sujet de la pollution atmosphérique liée à l’élevage, il faut encore parler des émissions d’azote sous forme d’ammoniac (NH3) et d’oxyde nitreux (N2O). Ces deux gaz sont issus de la transformation et de la volatilisation de composés azotés contenus dans l’urine et dans les déjections[139]. En plus d’être, comme on l’a déjà mentionné, la cause d’une perte nette de nutriments azotés dans l’atmosphère, la dispersion de ces gaz est la source d’en tout cas deux graves nuisances. Tout d’abord l’oxyde nitreux est le plus puissant des trois principaux gaz à effet de serre et les activités liées à l’élevage en sont la principale source d’émission[140] consécutive à l’activité humaine. Ensuite, l’oxyde nitreux est, ainsi que l’ammoniac, directement impliqué dans le phénomène des pluies acides et de l’acidification des sols et des eaux[141] qui dévastent des régions entières.

Une dernière note à propos d’une nuisance qui peut devenir importante et dont sont encore responsables certains de ces gaz : l’odeur. En effet, dans les régions d’élevage, ce sont le méthane et l’ammoniac qui sont à l’origine de la puanteur[52] autour des exploitations.

Quelle que soit la taille des exploitations et les types d’élevages, ces émissions de gaz sont très difficiles à contrôler et encore moins à empêcher, puisqu’elles font parties intégrante du bon fonctionnement de l’organisme des animaux. Quand à ceux qui parlent de construire des hangars à animaux aussi hermétiques que des cloches en verre pour pallier à ce problème, on propose qu’ils aillent y vivre eux-mêmes. Et qu’ils y crèvent aussi par la même occasion.

La désertification est une autre nuisance de vaste ampleur qui peut être spécifiquement causée par des pratiques d’élevage, même artisanal. Dans des régions sèches, la pâture même de petits troupeaux induit des risques sur l’écosystème que n’impliquent pas des pratiques de subsistance vivrière basées sur des cultures végétales adaptées au milieu. En effet, la désertification, qui est caractérisée par la régression du couvert végétal, est logiquement aggravée par le broutage des surfaces herbacées dû aux herbivores[142]. Un autre lien fort entre désertification et pâturage se fait quand on considère le deuxième grand facteur de désertification qu’est la dégradation des sols. Et en cela, la compaction et l’érosion des sols induite par le passage des troupeaux est critique[136] dans les régions à risque de désertification. Pour finir sur la question de la désertification, il faut tout de même relever que certaines formes de cultures végétales sont des causes notables de désertification ; dans le cadre d’exploitations industrielles évidemment, mais aussi artisanales comme c’est le cas avec certaines cultures sur brûlis[111, 89], mais pas toutes. Cependant, et c’est là que se situe la grande différence avec le pâturage, de nombreuses techniques de production végétale, en plus de permettre la subsistance sur des terres arides, permettent même d’enrayer la désertification[108, 66] de manière pérenne.

La dernière nuisance dont nous allons parler et qui, dans un contexte non industriel, est un risque qui pèse sur les formes d’agriculture impliquant l’exploitation animale, mais pas forcément sur des productions uniquement végétales, est le phénomène d’eutrophisation des eaux. L’eutrophisation des eaux, c’est l’enrichissement en substances nutritives des eaux douces et des eaux marines côtières et la destruction progressive de leur écosystème par la prolifération massive de certains micro-organismes et plantes aquatiques. De cela résulte une dégradation massive de la qualité des eaux[143] et des hécatombes sur les populations de poissons. Dans le cas de l’élevage, c’est la sensibilité particulière des excréments (crottes, urines) au lessivage de leurs nutriments (nitrate, phosphate) par les eaux de ruissellement qui est responsable des grands risques de pollution des eaux de surface. À l’échelle locale, une fosse à purin qui fuit dans un ruisseau suffit par exemple à décimer les écrevisses et poissons[82, 1] qui habitaient une rivière en fond de vallée.

4 En finir avec la traction animale

Le joug est une pièce de bois permettant d’atteler des animaux de trait en exploitant au mieux leur force de traction. Le joug se dit aussi d’une relation de domination vécue entre des personnes.

Quelle que soit sa finalité et sa potentielle grande efficacité et utilité pour les humain-es, l’exploitation de la force animale est et restera une forme d’asservissement, de travail forcé. Nous ne nous attarderons pas à contrer en détail les concepts fumeux de « compagnonnage » ou de prétendue « camaraderie » du paysan ou de la paysanne avec « ses bêtes » à qui il ou elle fait tirer du bois ou la charrue. On peut être plus ou moins tolérant ou à l’écoute de « sa vache », et celle-ci plus ou moins rebelle, aliénée ou résignée à son sort, il n’en reste pas moins que c’est le maître qui a le dernier mot et qui décide quand et comment.

Pour essayer de contribuer à une critique pratique et constructive de l’utilisation de la traction animale comme élément central de nombreuses formes d’agricultures autour du monde, il faut avant tout bien comprendre quelle est sa fonction dans ces contextes. La traction animale, c’est l’énergie mécanique produite par les muscles de l’âne, du bœuf, du cheval, du mulet, de la vache ou du zébu qui travaille pour tirer, pousser, porter. Les tâches agricoles concrètes employant cette énergie sont diverses et vont du transport de charges jusqu’au broyage du grain, en passant par la mise en marche d’installations d’irrigation et, bien sûr, le travail du sol. C’est de ce dernier labeur emblématique dont on va le plus reparler par la suite parce qu’il est un principe fondateur de beaucoup de techniques de productions végétales agricoles actuelles, très répandues et parfois peu questionnées.

De manière générale, notre analyse et nos propositions allant à l’encontre de l’utilisation de la traction animale vont s’organiser selon trois grands axes. On va tout d’abord remettre en question la pertinence même d’effectuer des travaux mécaniques lourds en contexte agricole et la place trop grande qu’occupent ceux-ci dans les techniques de cultures, surtout en ce qui concerne le travail du sol. Ensuite, on va se pencher sur la question du travail des animaux humains et sur la grande diversité d’utilisation de notre propre force humaine. Finalement, on va parler des questions soulevées par la mécanisation, la motorisation et plus largement par la place que l’on a envie de donner aux technologies dans nos vies.

Remise en question du travail du sol

Des bêtes de somme tirant une charrue. C’est probablement une des premières images qui nous vient en tête quand on pense à l’agriculture et ça n’est pas un hasard ! Le labour, le fait de retourner la terre en profondeur avant chaque culture pour, avant tout, limiter la concurrence des « mauvaises herbes » sur les plantes cultivées, est l’une des pratiques agricoles les plus anciennes et les plus répandues. Avec des résultats indéniables. Pourtant, le recours fréquent au labour est profondément à remettre en question. Ceci pas seulement à cause de la grande énergie[113] qu’il nécessite de mettre en œuvre, par l’exploitation des animaux ou l’utilisation de tracteurs - la traction animale et la motorisation étant très liées au labour - mais aussi à cause des conséquences désastreuses qu’il a sur le sol.

En effet, la liste des nuisances liées au labour[149] est longue. En enfouissant les couches du sol situées en surface à plusieurs dizaines de centimètres de profondeur, on va détruire durablement le milieu de vie complexe des milliards de micro-organismes et d’invertébrés dont l’activité est essentielle au maintient de la fertilité du sol[61]. De ceci résulte une réaction en chaîne d’effets négatifs pour le sol. À commencer par une grande diminution de la matière organique présente sous forme d’humus et qui permet la constitution d’une structure du sol stable, propice à la vie, à la fois poreuse et donc perméable à l’eau et à l’air, mais permettant la fixation des minéraux nécessaire à la croissance des plantes. Sans humus, on assiste à une augmentation de l’érosion du sol par le ruissellement des eaux de pluie et par le vent qui emportent avec eux les minéraux essentiels. Le sol devient compact, homogène et imperméable.

À cela se rajoute que le fait d’enfouir les résidus végétaux et les apports d’engrais organiques si utiles quand ils sont à la surface du sol favorise leur décomposition anaérobie (sans air). Ce qui a pour conséquence de provoquer l’acidification du sol, d’empêcher l’accumulation de la matière organique dans le sol qui va plutôt s’en extraire sous la forme de gaz à effet de serre, ainsi que de favoriser la prolifération d’organismes dangereux pour les plantes comme les vers nématodes (qui peuvent parasiter les racines) ou certaines bactéries anaérobies. Le résultat global de ces perturbations est de diminuer encore plus la biodiversité des micro-organismes et petits organismes du sol, ce qui amorce le début d’un cercle vicieux difficile à enrayer.

Finalement, le passage de la charrue va aussi engendrer plusieurs conséquences néfastes pour le sol d’un point de vue purement mécanique. Le sol va être compacté par les pneus du tracteur ou par le piétinement des lourds mammifères de trait (dans la zone de piétinement, le bétail exerce une pression sur le sol équivalente au passage d’un tracteur[144, 148]). Il va aussi se créer ce qui est appelé une « semelle de labour » qui est une couche compacte du sol située à la base du labour (sous le passage du soc de la charrue). Pour résumer ; le fait de retourner la terre implique d’amener en surface des couches beaucoup moins fertiles du sol alors que les couches fertiles se dégradent en profondeur, loin des racines.

À partir de ce constat au sujet du labour, il est peut être temps d’essayer d’élargir la discussion et de voir que derrière le terme de travail du sol se cache une multitudes d’autres techniques et pratiques. Elles ont chacune leur justification, leurs risques et leurs avantages. Ce qui est vrai concernant le labour l’est aussi, dans une bien moins grande mesure, pour certaines autres techniques moins lourdes de travail du sol, comme le hersage, le bêchage, le binage et même le semis. Cela ne signifie pas qu’il faille tenter de n’intervenir en aucune manière sur le sol ou l’environnement de culture. C’est tout simplement impossible, ou bien on ne parle plus d’agriculture mais plutôt de quelque chose comme la cueillette (qui peut être cela dit une ressource très intéressante, sans être suffisante pour notre alimentation).

Chacune de ces techniques - et même le labour très occasionnel - peut trouver une place dans une agriculture de subsistance autonome et cherchant à diminuer au maximum les rapports de domination. Le tout étant de trouver le subtil équilibre entre les exigences du milieu, notre savoir faire, nos envies et nos besoins. Toujours est-il qu’une chose demeure constante. Plus on arrive à faire pousser des végétaux de manière satisfaisante en développant des techniques ne nécessitant pas un travail lourd sur le sol, plus il est probable qu’on arrive à s’assurer une auto-subsistance alimentaire qui réussit à maintenir durablement la fertilité des sols, à réduire nos besoins énergétiques et notre recours à l’exploitation des animaux et à la motorisation. C’est là qu’il faut commencer à nuancer et à entrer dans le détail et la pratique. C’est ce qu’on va essayer de faire dans le dernier chapitre de ce livre où l’on essayera de passer en revue les différentes possibilités permettant de subsister de l’agriculture, sans pour autant avoir à être exploité-es ou à exploiter les animaux non-humains.

Utilisation de la force humaine

La traction animale est réservée à une minorité de paysans et paysannes, celleux possédant un tracteur sont encore moins nombreux... La population agricole active s’élève à environ 1 milliard 300 millions de personnes, elle ne dispose que de 250 millions d’animaux de travail, soit environ 20 % du nombre des agricultrices et agriculteurs, et de 28 millions de tracteurs, soit 2 % d’entre elleux. La très grande majorité, soit le milliard restant continue donc de travailler à la main[99, 119].

C’est une agriculture paysanne grandement auto-subsistante, riche en savoirs mais rendue pauvre par les spoliations et les persécutions coloniales et privée des ressources nécessaires à de possibles recherches et projets. Il est indéniable que parmi ces paysan-nes sans machines ni animaux de trait, on compte parmi les populations les plus démunies de la terre. Cependant, l’explication de ce constat n’est pas à rechercher dans une hypothétique impasse de ces modes d’agricultures, mais avant tout parce que ces populations comptent aussi parmi les plus opprimées de la terre. En effet, nombre d’entre elles n’ont même pas les outils de base, ne disposent pas de terre en suffisance ou sur laquelle elles puissent durablement s’établir, ou vivent dans des régions ravagées par des conflits post-coloniaux. Cette diversité de moyens induit des écarts de productivité énormes. Or dans un marché mondialisé les prix sont les mêmes pour tous et toutes, alors que certains produisent jusqu’à 2000 fois plus[99] que d’autres. Voilà pourquoi les plus précaires et les moins productifs n’arrivent même pas à cultiver en quantité suffisante pour se nourrir ou dégager un revenu suffisant et vivent mal ou très mal de l’agriculture.

Il faut aussi relever qu’à ces oppressions et ces injustices s’ajoute le fait que toutes les pratiques agricoles ne se valent pas. Bien qu’il existe de nombreux modes d’agriculture traditionnelle manuelle permettant de subsister de manière plus qu’éprouvée, beaucoup se sont perdues et ont été remplacées par des systèmes inadaptés[45].
Mais grâce à un apprentissage de techniques anciennes ou plus modernes comme celles issues par exemple de la permaculture, il est parfaitement possible d’augmenter fortement les rendements sans intrants extérieurs ni mécanisation.

Quelle que soient l’ampleur des barrières structurelles qui maintiennent dans la misère celles et ceux qui n’ont que leurs bras pour survivre, il est indéniable, et on va le montrer par la suite, qu’il est possible de vivre bien d’une agriculture faite principalement à la main.

Nos corps nous permettent d’accomplir un très grand nombre de travaux avec une incroyable précision et efficacité[53] et de manière plus économe en énergie que les animaux de trait ou les tracteurs beaucoup plus inefficients[115, 64]. Voici un exemple qui illustre l’ampleur de cette inefficience énergétique. Avant 1920, plus de 26 millions d’animaux de trait (chevaux et mulets) fournissaient l’énergie dont avait besoin l’agriculture étasunienne de l’époque. Pour produire l’alimentation de ces animaux, l’utilisation de 40 millions d’hectares de terres arables étaient nécessaires, soit près d’un tiers des terres cultivables des États-Unis ! Ceci donne en moyenne 1,54 hectare, par année, nécessaire pour un seul de ces animaux[71] utilisés en tant que forçats. Cela donne une idée de l’intérêt qu’il y aurait à nous réapproprier l’usage que l’on peut faire de nos corps, des efforts qu’ils peuvent produire, sans à avoir à reléguer ces tâches à des individus exploités (animaux humains ou non-humains) ou au recours systématique à la motorisation.

Nous ne ferons pas ici la liste des outils manuels qui, bien utilisés, permettent d’effectuer le vaste panel des tâches à accomplir dans les cultures. Au sujet des outils, un point est cependant intéressant à soulever. Il s’agit de l’existence très ancienne et du développement récent, pour la force humaine, d’outils majoritairement utilisés et calibrés pour les tracteurs et la traction animale non-humaine. On peut donner en exemple trois engins très utiles. Citons tout d’abord la herse, qui est un cadre denté que l’on passe sur le sol pour travailler celui-ci en surface, préparer ou recouvrir un lit de semence. En réduisant la surface travaillée par les dents et en la couplant, par un harnachement bien étudié, à un attelage humain d’un nombre variable d’individus, il est possible de l’adapter à la traction humaine[91, 37, 28, 22, 68]. Ensuite, on peux parler de deux outils souvent indispensables à de nombreux modes de cultures ménageant le sol que sont le semoir et la bineuse. Généralement, ceux-ci sont conçus avec des dimensions et des masses telles qu’il ne peuvent être mus que par des tracteurs. Mais depuis quelques années, pour répondre à leurs besoins, des petites exploitations maraîchères occidentales et des paysan-es de régions plus pauvres du globe ont conçus ou modifié des machines pour pouvoir les utiliser à la main. Les efforts à produire sont astucieusement limités par l’ajout de roues et parfois aussi de pédales. Des plus DIY au plus commerciales, il existe de nombreux modèles à faire soi-même ou à acheter[17, 125, 152, 27].

Après, c’est clair qu’il y a des travaux qui demandent par exemple une très grande force et qui sont longs ou pénibles à accomplir, et qu’il n’est pas forcément dans l’idéal de vie de tout le monde de passer toute sa journée aux champs, ni de se casser le dos en maniant la houe à outrance. Par contre, c’est sûr qu’il n’existe en aucun cas une manière de subsister qui ne nous demandera aucun effort. C’est même une constante de nos existences qui revient au premier plan quand il s’agit, justement, de remettre en question nos privilèges qui consistent d’ailleurs bien souvent à faire accomplir à d’autres des travaux nécessaires à notre bien-être de base. C’est juste qu’il existe une marge de manœuvre qu’il est nécessaire de redécouvrir et de pousser plus loin si on veut espérer créer des conditions d’existence plus égalitaires dans ce monde qui actuellement est bien puant. Cette marge de manœuvre est à rechercher en particulier dans les nombreuses manières de cultiver qui, en minimisant le travail du sol, permettent en grande partie de s’extraire de la nécessité de devoir choisir entre l’exploitation des animaux pour leur force, le fait de s’épuiser à la tâche, ou le recours obligé au tracteur.

Recours à la motorisation

Il faut trouver des réponses radicales à notre société industrielle qui est à combattre comme un des fondements principaux des rapports de domination actuels. Il est important de voir à quel point une grande part du développement technologique actuel œuvre plus à notre oppression qu’à nos émancipations. Il est difficile, mais pas forcément impossible, de se réapproprier des outils et technologies développées par nos ennemis. Ça peut même être essentiel pour maintenir certains rapport de force. Ainsi, l’usage de véhicules motorisé ou de technologies informatiques peut se révéler tactiquement pertinent dans une dynamique de lutte donnée, qui par ailleurs, tendrait au final vers un monde libéré des unes comme des autres. Cette démarche comporte pourtant le risque de s’engager dans une dynamique de fuite en avant où on s’efforce sans fin de garder la tête hors de l’eau.

Pour aller plus loin, une manière intéressante d’aborder les questions posées par notre usage des technologies a été formulée par Ivan Illich[103, 67]. Pour lui tout outil est technologie, de la pioche à la moissonneuse-batteuse. Le tout est de se rendre compte que les outils ne sont pas neutres et d’essayer de déterminer à partir de quel seuil un outil et donc l’usage qu’on peut en faire nous fait passer de l’autonomie à ce qu’il appelle l’hétéronomie. Est hétéronome tout objet ou technique qui nous fait perdre en autonomie, qui nous aliène plus qu’il ou elle nous est utile, qui sous la promesse de faire gagner du temps nous en fait perdre au travers de ce qu’implique sa fabrication, son acquisition, son entretient et son remplacement. Voilà de quoi soulever quelques questions…

Pourtant, face à cette nécessité de remettre profondément en question notre rapport aux technologies, il faut éviter de se contenter du repli vers des fonctionnements d’un passé ou d’un présent souvent lointains, traditionnels et idéalisés qui troquent souvent des formes d’oppressions contre d’autres.

Ces modèles peuvent paraître au premier abord satisfaisants puisque qu’ils offrent de manière connue et éprouvée des alternatives à nos sociétés dans lesquelles l’accroissement technologique au service des classes dominantes permet aux formes de contrôle et d’exploitation totalitaires d’atteindre des sommets. Seulement, bien que très présent, cet aspect n’est de loin pas tout ce qui pourrit nos existences sur cette terre. On n’a pas à accepter, voire glorifier, la traction animale, l’élevage traditionnel ou la chasse parce que les tracteurs 330CV ou l’agriculture industrielle sont de la merde. Il est indispensable de prendre ça pleinement en compte pour éviter de s’engager dans le chemin plus que glissant que prend parfois la critique des technologies en aboutissant à des conclusions primitivistes ou essentialistes. C’est un piège évitable et à éviter.

De là, ouvrons nos imaginaires à toutes ces formes très intéressantes d’organisation et de production passées et présentes, ainsi qu’à des possibles futurs encore à inventer. Lutter contre ceux et celles qui exploitent et asservissent prend tout son sens quand on arrive aussi à se ménager une place pour expérimenter, à travers nos exigeantes envies d’émancipation, ces formes nouvelles ou réinventées. Gardons ce qu’il y a à garder et risquons-nous vers l’inconnu ! Il existe et il reste à découvrir des solutions sociales et techniques aux problèmes politiques et matériels soulevés par l’agriculture et plus largement par la production de tout ce qui est \enlargethispage\baselineskipnécessaire à notre subsistance.

Maintenant, quand on réfléchit à la place concrète que l’on aimerait aménager aux outils motorisés dans nos pratiques agricoles, on se rend rapidement compte de deux choses : c’est une technologie à la disposition d’une minorité privilégiée, et en tant qu’élément actuellement indispensable à l’agriculture industrielle, elle fait, dans la majorité des cas, plus partie du problème que de la solution. Au delà de ce constat sans appel, une forme de motorisation comme outil d’autonomie est-elle envisageable ? Avec cette question, on en revient à la notion de seuil décrit par Illich, de point de bascule avant lequel l’utilité d’un objet peut être considérée comme plus grande que les nuisances qu’il engendre. On se rend rapidement compte que l’application de ce concept séduisant n’est pas des plus simples quand il s’agit justement de poser des seuils. Nous ne prétendrons pas répondre ici précisément à ça, nous nous contenterons seulement de proposer quelques hypothèses et pistes de réflexion pratiques.

Il nous paraît assez sûr, par exemple, que les tracteurs géants qui permettent d’entretenir les immenses étendues de monocultures industrielles sont très loin au delà du seuil. Même en essayant d’oublier un instant leur fonction, le fait qu’ils soient impossibles à réparer par soi-même, puisque rapidement obsolescents et bardés d’électronique, ou que le simple passage de leur énorme masse suffise à détruire un sol en le compactant, laisse peu de place au doute. Mais qu’en est-il des surfaces de cultures beaucoup plus petites, où l’utilisation de tracteurs ou de motoculteurs (tracteur à deux roues) aux dimensions et à la complexité fortement réduite, est suffisante ? Leur mécanique peu complexe font que l’entretien et les réparations sont possibles à faire soi-même, comme le montrent ces nombreux vieux motoculteurs réparés artisanalement à de multiples reprises, mais fonctionnant depuis plus de 40 ans.

On pourrait aussi parler des projets récents de conception, d’autoconstruction et de diffusion de machines agricoles open source[19, 20]. Machines conçues avec des objectifs de durabilité et de maintenance simple et dont l’enjeu avancé est « de mutualiser et coproduire des outils pour renforcer l’autonomie des exploitations agricoles ». Un exemple marquant de ces outils en cours de développement est le projet d’auto-construction à bas coût d’un petit tracteur capable de s’équiper d’un large choix d’autres outils artisanaux et qui, à terme, devrait pouvoir fonctionner avec toutes sortes de sources d’énergie renouvelables et trouvables localement[23].

On peut ne pas être d’accord politiquement avec tout ce qui est proposé par ces collectifs mais il est quand même possible que ces initiatives laissent présager la possibilité de formes de motorisation agricole que l’on pourrait trouver souhaitables et utilisables.

5 Les animaux ne sont pas nécessaires à l’alimentation

De même qu’il est fréquent de considérer les animaux non-humains comme des sources d’engrais, au sens que leur organisme créerait des nutriments nécessaires aux cultures, une croyance très similaire, et également très répandue mais tout aussi fausse, suggère que les animaux sont des sources primaires de nutriments indispensables aux humain-es. Ainsi, les aliments que l’on peut tirer de leur exploitation seraient le meilleur, voir le seul moyen de compléter les aliments végétaux pour une alimentation équilibrée. Les systèmes traditionnels de polyculture-élevage fourniraient la nourriture parfaitement adaptée aux humain-es, de même qu’ils seraient la meilleure façon de faire de l’agriculture de façon durable, sans épuiser la terre.

Cette façon de voir est plus ou moins subtile selon les personnes, allant du « protéines = viande » à « les végétaux en contiennent aussi, mais moins, et de toute façon il est très difficile d’équilibrer son alimentation sans produits animaux ». Dans cette même veine, les produits issus de l’exploitation animale sont communément considérés comme étant les seules sources disponibles de certains nutriment vitaux comme les acides aminés, le fer, le calcium, et de certaines vitamines comme les vitamines D et B12.

En réalité, de même que pour les engrais, les animaux non-humains ne créent rien à partir de rien. Ils ne font la plupart du temps que récupérer la matière issue des plantes et des micro-organismes, et même s’ils transforment dans leur corps certaines substances en en synthétisant des nouvelles comme le cholestérol, nous les humain-es le pouvons aussi ! Nous sommes, en effet, des animaux avec une physiologie et une morphologie beaucoup moins exceptionnelle que ce que l’on croit généralement. En bref, il n’y a aucun nutriment essentiel à notre alimentation qu’on ne trouve pas en quantité et qualité suffisantes dans ce qui est produit par les plantes, les micro-organismes ou notre propre corps !

De plus, comme on l’a déjà vu, au niveau énergétique, les humain-es comme les autres animaux absorbent les nutriments présents dans leur alimentation ; ils doivent se nourrir en permanence pour compenser les pertes que le fonctionnement normal du corps provoque. Tout au long de la vie d’un animal, les précieux nutriments consommés sont utilisés et rejetés dans l’environnement par la respiration, les excréments, les fluides corporels, la perte de poils, plumes, peau etc. En conséquence, les nutriments présents dans des œufs, le lait ou les chairs d’un animal mort ne représentent qu’une fraction du total utilisé par l’animal durant sa vie. Du point de vue de l’efficience donc, manger des cadavres ou des secrétions d’animaux plutôt que directement des végétaux, afin de récupérer une faible partie des nutriments consommés par ces animaux durant leur vie est vraiment loin d’être optimal.

Maintenant qu’on a vu le bien fondé politique et écologique d’une agriculture et donc d’une alimentation à base de végétaux, on va aussi voir que cette manière de se nourrir est tout à fait viable diététiquement parlant et même préférable du point de vue de la santé à une alimentation basée sur les produits de l’exploitation animale. Toutefois, dans nos sociétés aux normes spécistes, une alimentation végétalienne peut encore présenter des difficultés relatives aux contraintes sociales et logistiques qu’elle rencontre.

La nutrition étant un sujet vaste, il serait impossible et hors de propos de faire un exposé exhaustif ici. Mais puisque tant d’idées très floues, voir fausses, circulent sur les nutriments nécessaires à notre alimentation, nous souhaitons rappeler dans les grandes lignes ce qu’ils sont et d’où ils proviennent.

La majorité des éléments nutritifs ou nutriments ne peut être fabriquée par l’organisme et doit donc être apportée par la nourriture. On peut distinguer deux groupes de nutriments en fonction de la quantité nécessaire à notre alimentation : les macronutriments (glucides, lipides, protéines) et les micronutriments (principalement les vitamines et les minéraux). C’est ce qui constitue la suite de ce chapitre.

Les macronutriments : glucides, lipides, protéines

Ils forment le gros de la ration alimentaire. Il fournissent l’énergie et les principaux éléments structuraux de l’organisme. C’est pourquoi les quantités de macronutriments nécessaires à l’entretien du corps se comptent en dizaines de grammes par jour. Les carences en macronutriments, autrement-dit la sous-alimentation, se traduisent par des effets massifs et évidents tels que l’amaigrissement, la faiblesse généralisée, la fonte musculaire, voir la défaillance des organes dans le pire des cas.

Les glucides

Les glucides font partie, avec les protéines et les lipides, des constituants essentiels des êtres vivants et de leur nutrition. Ils représentent la source d’énergie privilégiée du corps et sont « brûlés » en continu pour que l’organisme puisse fonctionner. Notons que les fibres alimentaires sont aussi des glucides non assimilables, mais indispensables au bon fonctionnement du transit intestinal.

Les végétaux sont, de loin, la principale source de glucides disponible dans l’alimentation. On subdivise les glucides en « sucres simples » et en « sucres complexes ». Les sucres simples sont des molécules de petite taille (glucose, fructose, saccharose, lactose, maltose, galactose) qui sont rapidement digérées, et donc rapidement utilisables par l’organisme. Ils se trouvent en grande quantité dans les fruits et les légumes et différentes autres parties des végétaux, qui sont la source du sucre raffiné. Les sucres complexes sont composés de plusieurs sucres simples liés les uns aux autres. Leur assimilation est donc généralement plus lente que celle des sucres simples, c’est pourquoi ils sont aussi appelés sucres lents. L’amidon est le plus connu des sucres complexe et se trouve en grande quantité dans les céréales, les légumineuses, de nombreuses autres graines, des tubercules comme les pommes de terres et certains fruits comme les châtaignes. Les fibres alimentaires sont des sucres complexes provenant aussi des plantes, mais ils ne sont pas absorbables durant la digestion.

Les lipides

Les lipides, c’est-à-dire les graisses, constituent les principales réserves d’énergie de nos organismes, mais pas seulement. En effet, ils jouent aussi des rôles essentiels dans le système hormonal, circulatoire et nerveux et ce sont des lipides qui constituent l’enveloppe de toutes les cellules.

Les lipides se trouvent principalement dans les végétaux (différentes graines, noix et autres fruits) ainsi que dans le corps et les sécrétion des animaux. Les plantes produisent des molécules de graisse à partir des glucides qu’elles produisent par la photosynthèse. Les animaux, y compris les humain-es, produisent certains lipides à partir des glucides de leur nourriture, pour d’autres ils dépendent des plantes.

Les lipides prennent différentes formes dans l’organisme, dont les plus connues sont probablement les acides gras et le cholestérol. Voyons deux exemples à leur propos qui illustrent un peu la complexité du métabolisme des lipides.

Le cholestérol tout d’abord. Les plantes sont absolument dépourvues de cholestérol, un lipide qui leur est inutile et qu’elles ne synthétisent pas. Les animaux par contre, humain-es y compris, ont besoin de cholestérol pour leurs membranes cellulaires et leur système hormonal et sont capables de le fabriquer à partir d’autres lipides.

Parlons ensuite des acides gras dit essentiels ou indispensables[3]. Les acides gras de type oméga-3 et oméga-6 sont nécessaires à la vie des animaux. Cependant, ils doivent être présents dans leur alimentation, car les animaux ne peuvent pas les synthétiser, c’est pour cela qu’ils sont appelés acides gras indispensables. En réalité, ces lipides sont synthétisés par certains végétaux et par des bactéries. Les sources directes d’oméga-3 et d’omega-6 pour l’alimentation humaine sont les graines oléagineuses et leur huile[25, 26, 62, 38] (colza, lin, chanvre, chia pour l’oméga-3), (noix, tournesol, soja, pépin de raisin et de courge et éventuellement quelques algues comme la spiruline pour l’oméga-6).

Pour finir, il est important de relever que les graisses végétales sont en général considérées comme plus saines à consommer que les graisses animales[59, 127]. Celles-ci sont trop riches en acides gras saturés et en cholestérol qui, en s’accumulant dans notre corps, ont des effets très néfastes pour la santé.

Les protéines

Les protéines sont nécessaires à la fabrication et à la réparation des os, de la peau, des muscles, des membranes cellulaires, des anticorps, des hormones, des enzymes etc. Ce sont nos matériaux de construction.

Les protéines sont des molécules de grosse taille formées par la liaison de molécules plus petites appelées acides aminés. Les protéines elles-mêmes sont extrêmement variées, de l’hémoglobine du sang à la kératine des cheveux, en passant par la chitine des insectes ou le gluten des céréales. Un seul organisme, par exemple un-e humain-e, produit et utilise des milliers de protéines différentes.

Pour produire ces protéines si diversifiées et spécialisées, il faut avoir à disposition un assortiment de seulement une vingtaine d’acides aminés différents, en quantité suffisante. Les animaux, y compris les humain-es, produisent certains acides aminés à partir des glucides de leur nourriture. Pour d’autres qu’ils ne peuvent eux même synthétiser - les acides aminés essentiels - ils dépendent des protéines des plantes et des micro-organismes[2, 101]. Ainsi, si les des acides aminés essentiels sont présents dans les produits issus de l’exploitation animale, il proviennent à l’origine forcément de protéines végétales !

Les protéines sont fragmentées au cours de la digestion et les acides aminés récupérés par le corps pour faire ses propres protéines. De ce fait, peu importe que l’on consomme des protéines de végétaux ou d’animaux, puisqu’on ne les utilise pas telles quelles de toute façon, mais sous forme décomposée d’acides aminés.

Le point possiblement délicat est qu’il faut avoir assez d’acides aminés de chaque type pour construire les protéines nécessaires à notre corps. C’est un problème si on n’a pas accès à une alimentation variée, d’où l’importance de ne pas manger toujours exactement la même chose. Lorsque l’on a une alimentation végétalienne, la variété se réalise en consommant différents types de plantes. Les aliments végétaux les plus riches en protéines peuvent se répartir en 3 groupes en fonction de leurs caractéristiques nutritionnelles : le groupe des légumineuses (haricots, pois, lentilles, fèves, soja, pois chiches, etc.) le groupe des céréales (blé, riz, maïs, avoine et autres grains) et le groupe des graines oléagineuses (noix, noisettes, amandes, sésame, tournesol etc.). Si l’on a accès à des aliments parmi ces 3 groupes, l’apport en protéines n’est pas un problème[31].

Un plat de riz-lentilles, de polenta-haricots rouges, de couscous-pois chiches, ou de sarrasin-soja constitue un apport d’acides aminés semblable, voire supérieur en qualité et quantité, à celui de la chair de bœuf[30, 39] !

Les micronutriments : vitamines et minéraux

Le terme micronutriments s’utilise parce que ces substances sont présentes en très petites quantités dans l’organisme, de l’ordre du gramme voire moins. Elles sont cependant indispensables.
Les carences en vitamines ou en minéraux peuvent provoquer une grande variété de symptômes spécifiques à leur fonction dans le corps. Par exemple, le fer étant nécessaire au transport efficace de l’oxygène par le sang, une carence en fer provoque l’anémie, causant une mauvaise oxygénation de l’organisme, faiblesse et fatigue.

Les vitamines

Les vitamines sont un groupe de substances nécessaires en très petites quantités au bon fonctionnement du corps des animaux, mais que ces derniers ne peuvent, dans la plupart des cas, pas eux-même synthétiser ou, du moins, pas en quantités suffisantes. Pour les humain-es, il s’agit d’une vingtaine de substances qui doivent absolument être fournies par l’alimentation pour être en bonne santé. Là encore, la similitude est grande entre le métabolisme des humain-es et celui des autres animaux, et à de rares exceptions près les autres animaux ne peuvent pas plus que nous synthétiser ces substances. Elles doivent donc leur être fournies par leur alimentation. Ce que nous appelons vitamines sont des substances synthétisées le plus souvent par des êtres vivants au métabolisme bien différent du nôtre tels que les plantes et les bactéries.

La plupart des vitamines se trouvent en abondance dans les plantes, surtout dans les fruits et les légumes crus et à condition d’en consommer suffisamment et avec un minimum de variété, un apport suffisant est facilement obtenu.
La vitamine D et la vitamine B12 sont souvent plus critiques. Se sont parmi les vitamines dont la carence peut se déclarer le plus fréquemment chez nombre de personnes ayant une alimentation suffisante mais déséquilibrée, que l’on parle d’une alimentation végétalienne ou bien de personnes se nourrissant toujours de produits de l’exploitation animale[63, 65] !

La vitamine D est très particulière, car bien que produite par certains végétaux et levures, elle est aussi synthétisable par les animaux (humain-es y compris), mais seulement s’ils sont exposés à la lumière du soleil[78]. Ce sont les rayons UV-B qui permettent sa synthèse dans les couches superficielles de la peau. Des paramètres comme la diminution des heures de soleil l’hiver, le fait de vivre loin de l’équateur et de son rayonnement solaire maximal, d’avoir la peau foncée, ou de vivre la nuit, diminuent l’efficacité de cette synthèse. La vitamine D étant très peu présente dans les aliments courants, il n’est pas possible d’en avoir un apport alimentaire suffisant à moins de manger des aliments enrichis ou du poisson gras tous les jours. C’est pourquoi en hiver, il peut être parfois nécessaire en cas de carence de prendre des suppléments de vitamine D provenant de certains lichens (vitamine D3) ou levures (vitamine D2) exposées au rayonnement UV-B[42].

La vitamine B12 est connue pour être un point sensible du végétalisme[10], puisqu’aucune plante, champignon ou algue n’en produit. Mais, point d’importance ; aucun animal non plus ! Seuls les micro-organismes sont capables de synthétiser cette molécule complexe[79]. Tous les animaux dépendent donc de certaines bactéries pour la vitamine B12. Les animaux herbivores ont accès à la vitamine B12 produite par les bactéries de leur tube digestif soit en ruminant soit en mangeant leur excréments. Comme les humain-es ne peuvent pas l’un et ne font souvent pas l’autre, les possibilités d’avoir de la B12 sont, soit de manger des autres animaux herbivores ou mangeurs d’herbivore, ce qu’on va s’abstenir de faire, soit d’aller chercher directement la B12 là où elle est ; chez les bactéries. La production des suppléments alimentaires en B12 se fait à partir de différentes espèces de bactéries du genre Propionibacterium, et peut s’apparenter au brassage de la bière avec les levures ; une fermentation en milieu liquide. À la différence que dans ce cas on ne récupère pas le milieu de culture, mais bien les résidus bactériens riches en B12[47, 14]. Pour l’instant, cette production est aux mains de l’industrie mais dans une perspective large, on peut produire de la B12 dans un contexte non-industriel et prendre la production de vitamine B12 en main.

Pour finir sur cette fameuse B12, voici une petite anecdote piquante à propos de moqueries qu’on peut parfois entendre au sujet des véganes devant manger régulièrement leur supplément en B12. Dans l’immense majorité de la production de viande, lait et œufs, des antibiotiques sont régulièrement administrés au animaux, pour diminuer les épidémies. Ce qui a pour effet de détruire la flore intestinale bactérienne de ces derniers, qui doivent alors par défaut aussi être supplémentés en vitamine B12, qui est alors considérée dans leur jargon comme un « facteur de croissance »[13] ! La B12 présente dans la viande, les œufs ou les produits laitiers n’est donc la plupart du temps pas très différente de celle que prennent directement les antispécistes, mangeant végétalien...

Les minéraux

Ce sont des substances qui ne sont pas synthétisées par les êtres vivants : le calcium, le fer, l’iode, le magnésium, le phosphore, le zinc etc. Une vingtaine d’entre elles sont nécessaire à la vie des humain-es, qui les trouvent dans leur alimentation. Tous les minéraux se trouvent facilement sous une forme absorbable par les humain-es dans une alimentation végétale diversifiée[35] et certains se trouvent même directement dans des minéraux comestibles, comme par exemple dans le sel.

Agriculture variée, alimentation végétale équilibrée

En résumant, une alimentation végétalienne complète et équilibrée est assurée par la consommation d’une variété de végétaux - légumineuses, céréales, oléagineux (noix et graines), légumes, fruits - de champignon et de produits issus des micro-organismes. Il est aisément possible de s’assurer une telle alimentation grâce à des cultures diversifiées et sans devoir importer des aliments venant de loin. De plus, comme on l’a déjà vu, certaines associations de végétaux comme les céréales-légumineuses sont très recommandées dans l’assiette pour une alimentation équilibrée. Mais merveille des merveilles, il se trouve aussi souvent que ces plantes poussent bien ensemble ; elles s’associent et se renforcent dans les cultures comme on reparlera au dernier chapitre !

Ainsi, des millions de personnes vivent avec de faibles - voire aucun - apports de produits animaux[40, 41] sans que l’on constate de carences, lorsqu’elles disposent d’une quantité et d’une diversité suffisante de nourriture[59].

Une alimentation bonne pour la santé

Il est actuellement bien établi qu’une alimentation végétalienne équilibrée est non seulement totalement viable d’un point de vue diététique mais est, en plus, bonne pour la santé et même plus saine qu’une alimentation basée sur les produits de l’exploitation animale[75]. En effet, dans les régions du monde où une telle alimentation animale est répandue, la majorité des principales maladies mortelles que sont les maladies cardiovasculaires, l’hypercholestérolémie, l’hypertension, le diabète, la maladie d’Alzheimer et certains cancers est en lien direct avec cette alimentation[54]. De là, une alimentation complètement à base de plantes permet de diminuer de manière significative le risque de souffrir et de mourir d’une ou de plusieurs de ces affections [59, 127].

6 Les terres marginales : ultimes bastions de l’exploitation animale ?

Les terres marginales sont des régions où, à cause des conditions environnementales, l’activité agricole est difficile et peu productive. Sous ce même terme sont regroupés des milieux aussi divers que des régions arides ou semi-arides, des régions froides où l’hiver est très long, ou encore des terrains très accidentés. Certains endroits cumulent plusieurs de ces aspects défavorables à l’agriculture. La densité de population humaine est plus faible dans ces régions et l’exploitation des animaux tient souvent une place importante dans l’économie (pauvre en général) des gens qui y vivent. Le recours à l’élevage est fréquemment la principal façon traditionnelle d’exploiter ces terres inhospitalières. Les animaux domestiques consomment des plantes sauvages (herbages, feuilles et aiguilles d’arbres, voire lichens) et les transforment en ressources, alimentaires ou autres, pour les humain-es.

On a trouvé important de parler des terres marginales parce qu’elles sont souvent utilisées comme des illustrations positives d’un l’élevage extensif et « respectueux » et présentées comme des cas limites, sensés démontrer la nécessité de l’élevage dans l’absolu.

Il est indéniable qu’il s’agit là d’un cas limite et c’est d’ailleurs en ça qu’il est intéressant, puisqu’il nous aide à poser des questions de fond. En ce qui concerne les conclusions que l’on tire de cet exemple, elles sont nécessairement critiques de l’état de fait. En effet, il y a beaucoup à nuancer au sujet, tout d’abord de la nécessite écologique de l’élevage en terres marginales, mais aussi de son fondement social. Ce sont d’ailleurs ces deux axes, écologique et social, qui vont structurer la suite de ce chapitre pour nous montrer qu’il y a bien d’autres manières d’aborder la question des terres marginales que seulement par la solution traditionnelle de l’élevage.

Critique écologique de la nécessité de l’élevage en terres marginales

L’analyse faite ici part de l’exemple très instructif de la transformation profonde de l’utilisation des terres marginales en Europe de l’ouest et centrale depuis quelques décennies.

En Europe, les terres marginales se trouvent principalement dans les régions de montagne. L’agriculture y est notoirement difficile de par le relief et la courte durée de l’été et y est actuellement principalement basée sur l’exploitation du bétail. Dans le système capitaliste actuel les productions paysannes de ces régions ne sont souvent économiquement plus concurrentielles par rapport à l’agriculture dans des zones plus favorables. C’est pourquoi, dans de nombreux pays industrialisés, ces terres sont de moins en moins exploitées et on y constate un recul de la pratique de l’élevage de montagne. Dans le cas précis des Alpes, puisque cette activité n’est pas remplacé par une autre, il s’ensuit un phénomène de déprise agricole[15]. Une profonde tendance qui n’est ralentie que par d’importantes subventions[46, 21] à l’agriculture de montagne. Ces subventions étatiques ont deux justifications principales. Premièrement, elles permettent de produire de la viande et des produits laitiers dans des endroits où la productivité n’arrive pas à être concurrentielle par rapport à l’élevage de plaine. Deuxièmement, elles paient aux éleveur-euses un travail d’entretien du paysage, afin qu’il corresponde à une certaine image traditionnelle de la montagne façonnée par des siècles d’exploitation des terres et des animaux. Dans ce contexte, les éleveur-euses sont ainsi poussé-es à travailler dans des conditions précaires et de dépendances aux subventions, parfois pour la totalité de leur revenu.

Il est temps à ce stade de poser une question de fond. Est-ce que, d’un point de vue écologique, l’abandon de l’élevage en terres marginale et, pour notre exemple, le reboisement qui lui est consécutif dans les Alpes et d’autres massifs montagneux d’Europe de l’ouest sont vraiment des phénomènes négatifs, voire dramatiques pour les écosystèmes comme certains le disent ?

Pour répondre à ça, voyons quelles sont les conséquences de l’élevage dans les alpages et réciproquement, de l’abandon de cette pratique sur ces terres.[102].

La première conséquence est simple. Les surfaces qui ne sont plus exploitées évoluent spontanément vers des milieux naturels assez différents des paysages agricoles qu’ils ont été. En général, les arbres finissent par recouvrir les anciens champs et pâturages ouverts. C’est ce qui se produit notamment dans les Alpes, car à cette latitude les forêts peuvent monter jusqu’à 2300 mètres[69]. C’est bien plus haut que la plupart des prairies alpines et que la totalité des prairies jurassiennes qui sont maintenues pour l’élevage. Les espèces d’alpage (plantes herbacées, insectes associés, etc.) sont remplacées par des espèces forestières (arbres, d’autres insectes, etc.). Les prairies et autres milieux ouverts deviennent plus rares sans la pression alimentaire des herbivores domestiques, les plantes herbacées étant spontanément remplacées par des arbres.

Deuxièmement, il est indéniable que visuellement, le paysage change. Certain-es sont attaché-es au paysage traditionnel, d’autres non. Et si l’on prend en considération l’exploitation des animaux, le dur labeur des humain-es et les énormes subventions nécessaires au maintien en l’état de ces paysages, cet attachement paraît bien cher payé.

Un dernier point à considérer lorsqu’on évoque la modification des écosystèmes de montagne est la sécurité physique des populations humaines qui vivent dans les vallées en contrebas, car elle dépend du recouvrement végétal des montagnes au-dessus. En effet, plus la proportion de forêt en montagne est importante, moins il y a de risque d’événements graves du type glissement de terrain, avalanche, éboulement et inondation[73, 126]. De ce point de vue, les alpages, qui sont des zones déboisées, n’apportent rien de bon. La déforestation des montagnes alpines aux XVIIIe et XIXe siècles a causé de graves accidents qui ont détruit des villages entiers.

Au niveau de l’équilibre écologique, même extensif, l’élevage sur les terres marginales a des conséquences sur l’écosystème local. La végétation, adaptée à des conditions défavorables, y croît lentement. Le fait d’être broutée et piétinée la modifie (couverture végétale moins dense, moins de ligneux et plus d’espèces herbacées). Souvent, dans les zones sèches (ce qui concerne de nombreuses terres marginales mais peu les Alpes), le sol est fragile, peu épais et le changement de la couverture végétale peut l’appauvrir jusqu’à le faire disparaître. Dans le pire des cas, l’élevage même extensif mène à la désertification de ces terres marginales[145, 58]. De plus, même sur les terres où le sol est plus épais, on constate souvent sa forte dégradation causée par une compaction consécutive au piétinement du bétail. Ces risques et ces impacts peuvent évidemment être atténués par une planification minutieuse du pâturage et en diminuant le nombre d’animaux sur une surface donnée. Mais cela demande encore plus d’efforts de la part des éleveur-euses s’illes veulent continuer d’exploiter leurs animaux sans détruire leurs pâtures.

Considérant ces observations sur le déclin de l’élevage en terres marginales, on pourrait avoir l’impression qu’il n’y a pas d’alternative enthousiasmante à cette situation socialement dramatique de déprise agricole et d’exode rural. Rien n’est moins faux ! En effet, dans de nombreux cas, les milieux non utilisés pour l’élevage peuvent clairement bénéficier aux humain-es. Ainsi, sur le plan écologique, l’implantation de cultures vivrières d’altitude et une utilisation intelligente de la forêt peut permettre aux paysan-nes d’assurer leur subsistance ainsi que le maintient d’espaces ouverts et d’une mosaïque de milieux favorable à la biodiversité.

Dans cette perspective, les forêts, dont la surface augmente en cas d’abandon de la pâture, peuvent fournir de nombreuses ressources. En fait, la forêt est souvent un écosystème cultivé depuis longtemps pour la richesse de ses ressources : autonomie en bois (matériau de construction de qualité qui provient actuellement principalement de la déforestation[92] des forêt boréales et tropicales), bois de chauffage, plantes médicinales, fruits et légumes sauvages et champignons. Sans oublier l’utilisation de minéraux profonds du sol qui nous sont inaccessibles, en temps normal, mais que les arbres vont puiser avec leur racines à des profondeurs insoupçonnées et avec lesquels on peut ensuite fertiliser les cultures en compostant les feuilles ou le bois raméal. De plus, relevons que d’une manière plus large, les forêts ont une effet régulateur positif sur le climat local et le débit des rivières[51]. Bien entendu, il est nécessaire de prélever ces ressources avec précaution pour minimiser les impacts négatifs, mais ce serait une erreur de penser que ces milieux deviendraient « inutiles » aux humain-es s’ils ne sont pas pâturés.

Ensuite, il est fondamental de voir que, la plupart du temps, le choix ne se résume pas à deux seules possibilités ; entre pâturages d’un coté et forêts de l’autre. Il existe de nombreuses terres où c’est traditionnellement l’élevage qui se fait mais où il est tout à fait envisageable de mener des cultures végétales textiles, médicinales ou vivrières adaptées au climat. Comme par exemple le sarrasin, les pommes de terre, le chanvre, le lin ou encore le seigle qui dans les Alpes peut pousser jusqu’à plus de 2000 mètres[118]. D’ailleurs comme on le reverra dans la suite, la subsistance et l’autonomie de la plupart des paysan-nes de montagne par le passé reposait essentiellement sur des cultures vivrières végétales. Et ce parfois jusqu’à l’aube du XXe siècle.

Critique sociale de la nécessité de l’élevage en terres marginales

Le fait que la déprise agricole qui s’exprime actuellement en Europe par le déclin des petits élevages de montagne ne soit pas grave pour les écosystèmes ne veut pas du tout dire que l’exode rural qui en résulte soit un phénomène souhaitable socialement. L’exode rural dans les Alpes et ailleurs a des conséquences sociales très négatives : paupérisation, perte d’autonomie et de savoirs, entassement dans les zones urbaines etc.

Cependant, comme on vient de le voir, la fin de l’élevage en terres marginales n’implique pas forcément une déprise agricole et ne doit pas forcément impliquer un exode rural. Comme le montre la suite de ce chapitre, les solution à trouver sont sociales et passent par une dimension révolutionnaire qui implique un renversement des systèmes politiques et économiques actuels mais aussi un changement dans les pratiques agricoles (auto-subsistance alimentaire en terres marginales passant notamment par la réimplantation de cultures vivrières) et une réappropriation des terres plus fertiles accaparées. En aucun cas un abandon des campagnes vers les villes.

Les terres marginales sont et ont été occupées de manière fréquente par des groupes de personnes en résistance face à l’oppression. Que cela soit les persécutions d’un peuple vainqueur, les impôts d’un royaume influent, pour lutter contre le fascisme ou, plus récemment, pour s’éloigner du contrôle accru des métropoles, ces terres moins hospitalières sont autant de lieux de repli. Réciproquement, les fractions privilégiées et dominantes des sociétés s’accaparent le contrôle et la jouissance de la meilleure part du gâteau ; typiquement les plaines fertiles présentes sur toutes les parties du globe, laissant les terres les moins fertiles aux plus défavorisé-es.

Historiquement, le développement large de l’élevage dans de nombreuses régions d’Europe qui pratiquaient des cultures végétales pauvres mais vivrières ne s’est souvent pas fait pour mieux nourrir les populations paysannes, mais pour répondre à des pressions économiques. En effet, à partir du XVIIeet XVIIIe siècle, le capitalisme naissant remonte les vallées alpines et s’attaque aux formes d’autonomie paysannes alors en pratique. L’agriculture, essentiellement de subsistance basée sur des cultures vivrières végétales (seigle, sarrasin, pommes de terre etc.), s’efface progressivement au bénéfice de productions destinées aux villes comme les produits laitiers, avec tout d’abord les fromages, puis plus tard la viande. Ces produits, considérés comme des marchandises à haute valeur ajoutée, se sont avant tout développés massivement pour servir de produits d’exportation vers les classes aisées des centres urbains en expansion[155, 97]. Il devient de plus en plus difficile de se contenter de ses productions vivrières principalement végétales, puisqu’il faut de l’argent. Les cultivateur-rices de ces régions étant forcé-es à jouer le jeu du marché et de son système de valeurs pour satisfaire les envies croissantes de la bourgeoisie, c’est l’autonomie alimentaire de ces régions qui a été mise en péril au profit d’une généralisation de l’élevage.

Loin de nous l’idée de nier le rôle important dans la survie et la résistance de populations opprimées joué par les terres marginales. On n’a pas envie de faire la morale à des populations parmi les plus pauvres de la planète. Mais on veut juste nuancer le mythe selon lequel se serait une fatalité de faire de l’élevage et dire qu’il y a quand même des possibilités de changements sociaux qui filent de l’espoir. Ce texte se veut être une critique assez vaste de la construction sociale du spécisme, mais nous ne saurions décider pour elles ce que doivent faire des personnes pour survivre en situation d’oppression. Et c’est clair qu’il y a dans le monde des communautés entières qui sont coincées sur des terres marginales peu productives et qui n’ont, de par les contraintes structurelles qui leur sont imposées, que peu de possibilités d’essayer des techniques agricoles différentes de celles qui exploitent des animaux…

Pourtant, il arrive souvent dans des discussions au sujet des terres marginales que la cause soit prise pour l’effet. Bien qu’il est par exemple intéressant et pertinent de remarquer et d’analyser dans une perspective révolutionnaire les avantages tactiques offerts par ces bases arrières, il faut par contre éviter l’impasse de les considérer comme une fin en soi. C’est dans cette optique, qu’un mode de vie calqué sur celui de gens vivant de manière relativement autonome et en porte-à-faux avec le système, par la pratique de l’élevage, est souvent idéalisé voire érigé en modèle à élargir et en source d’inspiration par celles et ceux qui cherchent une alternative à la vie urbaine, au salariat, à la société de consommation, voire un dépassement de l’ordre établi. Bien sûr que l’élevage peut, en exploitant les animaux, permettre des formes de subsistance rebelles. Mais ce serait une erreur pour autant d’en faire un déterminant incontournable des luttes paysannes dans l’absolu et au long terme. Ça n’est pas parce que des gens vivent de l’élevage et en tirent des possibilités de résistance que ça rend pour autant ce mode de vie souhaitable. Si ces gens sont en résistance, c’est en réponse à un monde d’argent et d’exploitation qui laisse le choix entre se résigner ou bien être repoussé à la marge, et l’élevage est alors un moyen de survie fréquent parmi d’autres.

C’est plutôt positif de se reconnaître en tant qu’opprimé-es et de se solidariser avec d’autres. Mais ça n’est pas parce que l’élevage, dans ces espaces que nous procurent les marges, peut permettre la survie, qu’il faut le souhaiter, s’y identifier et s’y complaire. Cherchons à voir au-delà des miettes qu’on nous laisse. C’est la fin de l’exploitation qu’il nous faut souhaiter et à laquelle il faut nous atteler. Dans une envie d’abolir les injustices qui nous entourent, une idée plus largement applicable passe forcément par l’attaque de la source de ce qui nous pousse justement à la survie dans les derniers retranchements : se réapproprier les plaines fertiles, actuellement sous l’emprise de ceux qui les accaparent, et en partager équitablement les richesses. Notre auto-subsistance et notre autonomie nécessitent la remise en question des logiques de marché et la destruction du capitalisme.

D’ailleurs et pour finir, soulignons encore que les terres marginales, ces cas limites, où il peut être plus difficile de subsister sans élevage, ont le mérite de poser des questions qui prennent certains problèmes à leur racine. Comment, dans ces situations, rejeter nos privilèges, comment s’organiser en refusant d’exploiter ? En ça, les terres marginales rappellent une chose importante. Le fait de perdre des privilèges et de s’opposer aux oppressions dont on peut être nous-même l’origine restent des questions fondamentales pour toute remise en question radicale de ce qui rend nos sociétés si opprimantes et invivables. Eh oui, on ne peut pas y couper, pour tendre à un monde non-spéciste, il faut à certains moments que les humain-es renoncent à certains des avantages et des facilités que leur permettent l’exploitation des animaux.

7 Pratiques agricoles sans exploitation animale

Les techniques de culture présentées par la suite ont des histoires, des origines et des terminologies très différentes, suivant le contexte dans lequel elles ont été développées. Cependant, elles ont toutes en commun le fait d’offrir la possibilité de subsister de manière durable et autonome à partir de l’agriculture en minimisant les contraintes que l’on fait subir à nous-même, aux autres et à notre écosystème.

Que ces différents concepts soient issus de traditions ancestrales ou de recherches récentes, ils mettent en lumière une chose fondamentale. Les choix qui portent sur comment nous organiser socialement pour assurer notre subsistance et donc sur comment penser nos manières de cultiver ne doivent pas se faire en fonction d’une valeur économique au sens capitaliste du terme. Ce que l’on veut cultiver et comment, la productivité et l’énergie consacrée à nos cultures doivent dépendre de nos besoins de base, de notre milieu et de nos envies d’émancipation, et non pas de ce qui se vendra le mieux, de la manière la plus concurrentielle et en dégageant le plus de marge. La première approche donne une agriculture souvent moins productive que la seconde ; peut-être à court terme y aura-t-il moins dans l’absolu, mais il y en aurait pour tout le monde et pour longtemps.

C’est aussi une agriculture où la plus grande partie des personnes se charge de sa propre subsistance tout en s’entraidant. Loin de la situation actuelle où certaines exploitations produisent à court terme, avec l’argent comme préoccupation principale, de quoi nourrir des milliers de personnes. Ainsi, la rentabilité de ces modes de subsistances anti-capitalistes est « désastreuse » si on la mesure, suivant la logique capitaliste, en fonction de l’argent. Pourtant ces systèmes sont immensément plus rentables et sensés au sens des efforts et des nuisances impliquées pour assurer notre subsistance. Il y aurait peut être beaucoup plus de mauvaises herbes entre les petits pois, beaucoup plus d’arbres et pas forcément des tomates là où ça pousse mal mais ça vend mieux. Mais quelle importance si ça permet que les souffrances dues à l’exploitation et à la destruction ne soient plus la norme quand il s’agirait de trouver de quoi manger, nous abriter, nous vêtir, nous soigner ?

Les exemples de modes d’agriculture allant dans ce sens sont très nombreux. Présenter complètement ne serait-ce qu’un d’entre eux constituerait la matière d’un livre à part entière. C’est pour ça qu’on va se limiter ici à un survol évidement non-exhaustif de cette grande diversité, en essayant de donner en fin de texte des sources suffisantes pour celles et ceux qui aimeraient aller plus loin et passer à la pratique.

La matière de ce dernier chapitre va être abordée selon deux axes. Tout d’abord, on va parler de plusieurs systèmes de production agricole que l’on a trouvé intéressants dans le contexte de ce livre. Ces différents systèmes de production, en abordant la question des cultures sous des angles variés, offrent un riche panorama de techniques et de pratiques qui convergent et se recoupent souvent. C’est d’ailleurs ce qui constituera la deuxième partie du chapitre dans laquelle on entrera dans le vif du sujet, en présentant plus en détail certaines de ces pratiques et techniques, choisies pour être des réponses concrètes à de nombreuses questions soulevées plus haut dans le texte.

Éventail de systèmes de production agricole intéressants

Le concept de système de production agricole (ou système agraire) essaie de situer et de caractériser les multiples formes d’agricultures qui peuvent exister sur notre planète. Cela peut se faire en observant l’interaction complexe entre d’un coté la gestion de l’écosystème cultivé et de l’autre, différents éléments que sont les objectifs des paysan-nes, leurs positions politiques et sociales, et les diverses contraintes environnementales, économiques et culturelles qui vont déterminer les manières de cultiver et quels outils et techniques seront utilisés.

Concrètement, il existe beaucoup de systèmes de productions dont les plus connus sont peut-être l’agriculture intensive industrielle, l’agriculture biologique ou les diverses agricultures traditionnelles de polycultures-élevage. Comme vous pouvez vous en douter nous n’allons pas plus en parler ici et nous allons plutôt nous tourner vers d’autres formes peut-être moins connues, mais un peu plus révolutionnaires.

Agriculture sans élevage

L’agriculture sans élevage et ses nombreuses déclinaisons (stockfree ou stockless farming, agriculture sans exploitation animale, vegan organic), sont tous des systèmes de production agricole portant l’exigence politique de fonctionner sans exploitation animale. Les agriculteurs et agricultrices ne détiennent pas d’animaux domestiques, ne profitent pas de leur force de travail et n’utilisent pour la fertilisation pas de produits issus de l’exploitation animale tels que les fumiers d’élevages ou les restes de cadavres (farine d’os, farine de corne, farine de sang, farine de poissons etc.). Ainsi, l’accent est mis sur des techniques comme l’utilisation de compost végétaux et humains, de couverts organiques, d’engrais vert, de cultures associées et tournantes et de modes de cultures réduisant le travail du sol. En pratique, on constate des cultures plus efficientes et autant, voire plus productives à surface égale, que dans l’agriculture conventionnelle ou dans l’agriculture biologique utilisant des engrais animaux[114, 80].

La théorisation et l’utilisation du concept d’« agriculture sans élevage » est un fait récent datant du milieu du 20e siècle et issu de la culture occidentale (ici particulièrement des pays anglo-saxons). Pourtant, l’ensemble des techniques culturales utilisées sont beaucoup plus anciennes (souvent millénaires) et se sont développées dans toutes les régions du globe. Ce constat est valable pour l’essentiel des systèmes de production agricole présentés ici.

Permaculture

Le terme de permaculture est une contraction des mots « permanent » et « agriculture » (agriculture permanente), mais il a été parfois étendu pour signifier « culture de la permanence » car il était réalisé que les aspects sociaux font partie intégrante d’un système véritablement durable.

C’est une approche qui prend autant de formes qu’il y a d’agriculteur-ices et de terres cultivées, et qui cherche à atteindre une agriculture pérenne en créant des systèmes de production agricoles stables. Pour cela, les techniques culturales se passent totalement d’intrants extérieurs et mettent une grande importance à ce que les cycles de la matière puissent être bouclés en restituant au sol ce qu’on lui a pris.

Depuis sa première utilisation en tant que concept dans les années 1970 par les Australiens Bill Mollison et David Holmgren, le développement tant théorique que pratique de la permaculture est foisonnant.

Pourtant, c’est à une période encore légèrement antérieure que l’on peut trouver un des exemple les plus marquants de ce que peut donner l’application des préceptes de la permaculture. Ainsi dans ses travaux, le japonais Masanobu Fukuoka[72] montre notamment que la culture du riz et de l’orge est possible sans travail du sol, sous une couverture permanente de trèfle blanc, sans désherbage mécanique, sans engrais préparé et sans pesticide, et avec des rendements proches de ceux de l’agriculture industrielle.

Agroécologie

L’agroécologie est un système de production assez englobant dans lequel est regroupé un large ensemble de pratiques très proches de celles de la permaculture et de l’agriculture sans élevage. Concrètement on y cherche à établir des cultures écologiquement et socialement équilibrées, impliquant peu de matériel lourd et d’intrants, et très peu de nuisances.

Le terme « agroécologie » a été utilisé pour la première fois en 1928 et est issu du rapprochement entre deux sciences : l’agronomie et l’écologie. Plus largement, l’agroécologie fait référence à trois acceptions : selon l’usage, elle peut désigner une discipline scientifique, un mouvement social ou un ensemble de pratiques agricoles. Ainsi l’agroécologie est aujourd’hui officiellement portée par des réseaux comme la Via Campesina (200 millions de paysan-nes sur tous les continents[5]), pratiquée par un nombre vraisemblablement aussi important d’agriculteurs et d’agricultrices à petite échelle dans le monde entier, et depuis quelques années appréhendée explicitement ou implicitement comme science par un nombre croissant de scientifiques à travers des équipes de recherche.

Éventail de pratiques agricoles intéressantes

Compost

Le compostage est la décomposition contrôlée de la matière organique telle que des feuilles, des broussailles, des copeaux de bois, des déchets de cuisine et de culture ou des excréments d’animaux humain-es et non-humains. Certaines interventions favorisent et accélèrent le compostage. En mélangeant et arrangeant les déchets en tas ou en silo, les protégeant ainsi d’un excès de pluie ou de soleil, on peut obtenir en quelques mois un fertilisant riche en humus dans lequel les nutriments provenant des plantes mortes sont à nouveau disponibles pour les plantes en croissance.

Le compostage implique une large variété de transformations physiques, chimiques et biologiques de la matière. Les invertébrés tels que les vers et les mille-pattes fragmentent, par une action mécanique, les plus gros agrégats de la matière organique. Les transformations chimiques dans le processus de compostage sont dues par contre aux micro-organismes, principalement des bactéries et des champignons. À l’issue de cette décomposition, les déchets organiques divers sont transformés en un produit stabilisé, riche en matière organique (humus) et en minéraux. C’est le compost.

La composition minérale en éléments critiques pour la croissance des plantes (azote, phosphore, potassium) dans le compost issu de végétaux est en tout point comparable et même, le plus souvent, supérieure aux fumiers. Que ceux-ci soient compostés ou pas[88, 151, 100]. De plus comme on l’a déjà dit, les composts végétaux se présentent sous une forme physico-chimique plus stable et comportant moins de risques de pertes et de pollution que les fertilisants issus des excréments d’animaux d’élevage (en particulier s’ils ne sont pas compostés)[159, 133]. La phytoprotection est une autre propriété intéressante du compost qui réside dans l’effet protecteur de celui-ci contre diverses maladies qui touchent les plantes cultivées [83, 112].

Bien qu’évidement moins riche que les engrais de synthèse, le compost comporte pourtant un avantage déterminant face à ces derniers. Il n’agit pas seulement sur les besoins minéraux des plantes, mais contribue à la fertilité au long terme des sols, tant au niveau de leur structure qu’en offrant un milieu propice à la vie des organismes du sol.

Ainsi, le compostage est un élément clé dans le maintient de la fertilité des sols au long cours, en ça qu’il permet de rétablir localement les cycles des principaux nutriments et de la matière organique. Chaque fois que l’on récolte, on enlève, pour se nourrir, des nutriments au sol. Nutriments qu’il faut ensuite restituer, une agriculture ne pouvant être pérenne que si elle rend au sol ce qu’elle lui a pris.

L’agricultrice qui désire produire du compost pour fertiliser ses cultures a un large choix de matières premières disponibles en milieu rural, mais aussi dans une moindre mesure en ville. Le compost classique tout d’abord, qui est issu de déchets végétaux communs tels que les restes de cuisines, de feuilles tombées à l’automne et de plantes désherbées au jardin potager. Ces déchets organiques sont aisés à se procurer, puisque en l’absence de compostage on ne saurait quoi en faire. Ils ne sont pourtant pas une source suffisante de matière organique pour qui désire planifier une fertilisation qui dépasse le seul jardin potager, à l’échelle de champs entiers ou de vergers par exemple. Il devient dans ce cas nécessaire de s’organiser pour rassembler en plus grande quantité la matière végétale, là où on la trouve en masse. Dans les végétaux ligneux tout d’abord, qui sont une source immense de matière organique[154] et de minéraux qu’ils concentrent dans leur bois, en allant les puiser avec leur racines jusqu’à des dizaines de mètres de profondeur, un chêne pouvant s’enraciner jusqu’à 140 m de profondeur[49]. Pour pouvoir les composter, il s’agit de broyer les branches, issues par exemple de l’élagage des haies bordant tout champ intelligemment implanté, ou comme l’ont montré Ida et Jean Pain dans leurs travaux passionnants, dans les broussailles composant l’étage inférieur des forêts[110]. Dans les régions non-boisées, il s’agira de composter le produit de la fauche, plutôt que d’en nourrir le bétail.

On peut, pour finir, encore parler d’une source de compost intéressante, puisqu’on la produit en permanence sous forme de déchets souvent traités de manière totalement insatisfaisante : nos excréments. L’utilisation de toilettes sèches permet aisément de récupérer et de composter notre urine et notre merde qui, avec des toilettes standards, sont une source de gaspillage et de pollution majeures des ressources en eaux. Le processus de compostage est un peu plus lent qu’avec d’autres déchets organiques pour obtenir un compost équilibré, mais quand il est bien mené, on obtient un compost d’excellente qualité[86, 107].

Pour finir on peut encore rapidement mentionner la très intéressante possibilité de faire des préparations liquides à partir de restes de végétaux ou de compost. Ces purins végétaux (purin d’ortie, de prêle etc.) et autres thés de compost (issus de la filtration de compost mélangé à de l’eau) permettent notamment d’apporter des nutriments très rapidement assimilables par les plantes et de protéger ces dernières contres diverses maladies[124, 43].

Engrais verts

Un engrais vert est une plante semée dans le but d’améliorer et de protéger le sol, et non dans l’optique d’être récoltée. Les engrais verts peuvent être divisés en trois principales catégories : les cultures intercalaires, qui sont semées en même temps ou juste après la culture principale entre les rangs de celle-ci, les engrais verts en dérobée (ou cultures de couverture), qui pousseront soit avant soit après la culture principale et les engrais verts de pleine saison (ou saison complète), qui vont remplacer la culture principale pendant toute une saison. Les engrais verts seront détruits soit par l’hiver, soit par l’agriculteur-trice par un travail mécanique (roulage, coupe, enfouissement ou autres).

Les bénéfices apportés par les engrais verts sont multiples.
Parlons premièrement de l’utilisation comme engrais vert des plantes de la famille des légumineuses. Un engrais vert de légumineuses peut, grâce à une symbiose racinaire avec des bactéries du genre Rhizobium, fixer l’azote de l’atmosphère terrestre. L’apport net d’azote fixé et accumulé dans les organes aériens et souterrains des légumineuses atteint dans les cultures de trèfle ou de luzerne des valeurs annuelles de 100-200 kg par hectare[81]. Au lieu de faire brouter des vaches dans un champ donné, on peut donc de manière plus avantageuse, planter une culture vivrière alternée avec un engrais vert à base de légumineuse qu’on laissera se décomposer dans le sol à maturité. En procédant ainsi, en plus de disposer du fruit de la récolte, la fertilité des champs peut être même accrue !

Le sarrasin, qui provient d’une autre famille de plantes, est quant à lui capable de rendre assimilable une partie du phosphore du sol grâce à une symbiose racinaire avec des champignons. Une fois la plante détruite, les minéraux contenus dans celle-ci sont libérés et pourront être utilisés par la culture suivante.

Pour continuer, il faut toucher un mot de la matière organique végétale, fixée à partir du CO2 atmosphérique et qui constitue l’essentiel de la structure de la plante utilisée comme engrais vert. Elle est facilement dégradable, ce qui permet une augmentation de la quantité d’humus dans le sol et, en tant que source de nourriture pour les micro-organismes, permet aussi une augmentation de l’activité biologique du sol.

En plus de l’apport net en minéraux et en matière organique, d’autres effets des engrais verts contribuent au maintient, voire à l’augmentation de la fertilité des sols. Tout d’abord, en étant implanté durant des périodes d’interculture, où le sol serait sinon à nu, le couvert végétal permet d’éviter la dégradation des sols due à des phénomènes tels que la formation d’une croûte de battance causée par la pluie, ou la déminéralisation du sol causée par le lessivage des nutriments de surface par les eaux de ruissellement et par l’érosion due au vent. Le sol est également protégé des rayonnements du soleil, ce qui réduit l’évaporation de ses réserves d’eau et lui permet d’avoir une température plus stable et donc plus propice à l’activité biologique[121].

Ensuite, les engrais verts peuvent également limiter efficacement l’établissement des adventices, les « mauvaises herbes », en entrant en compétition avec celles-ci pour les ressources ou en produisant des substances qui limitent leur développement.

De plus, le développement d’un système racinaire parfois particulièrement étendu pour certains engrais verts (de la famille des brassicacées notamment) se traduit par une amélioration de la structure du sol. En effet, ces racines, en augmentant la porosité, limitent les risques de compactage et permettent une augmentation du brassage des nutriments par les micro-organismes. De manière similaire, grâce à la plus grande capacité d’exploration offerte aux racines des cultures suivantes, l’alimentation en eau et en nutriments de celles-ci sont grandement améliorées.

Pour finir, notons que les effets constatés sur les adventices et sur la structure du sol sont des éléments déterminants qui permettent de beaucoup réduire et même, dans de nombreux cas, d’abandonner complètement la nécessité d’effectuer à l’implantation de chaque nouvelle culture un travail lourd sur le sol comme le labour !

Rotation des cultures

Différentes espèces et familles de plantes cultivées vont avoir des besoins différents en minéraux, qu’elles vont aller chercher dans le sol à différentes profondeurs. De plus, tous les agents pathogènes (virus, bactéries, champignons, parasites etc.) et les ravageurs présents dans le sol n’affectent pas de la même manière toutes les \enlargethispage\baselineskipplantes.

Ces raisons font qu’il n’est pas particulièrement pertinent de planter chaque année la même culture sur la même parcelle de terre, en d’autre mots de faire de la monoculture.

Ainsi, pour préserver la fertilité des sols et la santé des plantes cultivées, il est important d’effectuer au fil du temps une rotation dans les cultures. Ce qu’on appelle la rotation des cultures est le fait d’alterner, sur plusieurs années, la culture de différentes catégories de plantes en fonction de leurs besoins spécifiques. Pour mettre en œuvre cette méthode de culture, les terrains cultivés (autant au potager qu’en plein champ) sont divisés en plusieurs parcelles sur lesquelles s’appliquera la rotation. De cette manière, on peut planifier sur plusieurs années le lieu d’implantation des différences espèces et plus généralement, des différentes familles de plantes cultivées (céréales, légumineuses, solanacées, brassicacées, cucurbitacées etc.). On peut ici encore souligner un élément déterminant en faveur de l’emploi de la rotation culturale. Comme on l’a déjà mentionné, la présence de plantes de la famille des légumineuses permet la fixation de l’azote atmosphérique et ainsi un apport net, de ce nutriment limitant dans le sol cultivé. Ce constat peut nous amener à étendre plus largement le concept de rotation des cultures. En effet, la conception d’une rotation peut dépasser les seules cultures vivrières pour englober des plantes cultivées uniquement pour ce qu’elles vont apporter à la fertilité du sol : les engrais verts.

En allant encore plus loin, il peut être très intéressant de penser l’alternance des cultures sur des périodes de temps encore plus vastes. Il peut être, par exemple, extrêmement bénéfique pour le sol et pour l’agroécosystème en général de laisser une parcelle cultivée au repos durant une longue période. Ce repos consiste à ne plus y mener de cultures et d’y laisser croître des plantes spontanées ou implantées, durant un temps variable. Ce temps peut varier d’un an à plusieurs dizaines d’années quand, dans des environnements qui le permettent, on laisse des terres cultivées se reboiser. L’action des arbres et arbustes va permettre d’aller puiser des minéraux à des profondeurs inatteignables pour toute autre plante et de les ramener dans les couches fertiles du sol. D’autre part, l’utilisation de ressources nouvelles issues de la forêt (bois, matière organique et plantes sauvages) ouvre la voie vers des écosystèmes agricoles particulièrement riches. C’est ce qu’on verra plus en détail dans le point consacré à l’agroforesterie.

Pour finir, puisqu’on parle de rotations, après un certain nombre d’années, suivant que l’on parle d’un bosquet d’arbustes et de broussailles ou d’un bois de grands arbres qui fourniront des matériaux de construction, cette parcelle boisée pourra à nouveau devenir une terre cultivée, à la fertilité renouvelée, peut être pour la génération suivante.

Cultures associées et Agroforesterie

Les cultures associées (ou association de cultures) sont des méthodes agricoles consistant à cultiver plusieurs espèces végétales[11] ou variétés sur la même parcelle et en même temps. On distingue plusieurs types de cultures associées. Le premier est la culture de deux ou plusieurs espèces végétales semées en même temps ou en différé mais récoltées en même temps, comme l’association d’une céréale et d’une légumineuse par exemple. Le second est l’association de cultures annuelles à des cultures pérennes, comme cela se pratique en agroforesterie où des céréales peuvent par exemple être cultivées entre des rangées d’arbres. Enfin, certaines associations comprennent une plante auxiliaire qui ne sera pas récoltée.

Ces techniques culturales utilisées depuis l’aube de l’agriculture ont progressivement disparu en Occident dans le courant du XXe siècle au profit de systèmes de monocultures intensives. Mais elles sont promises à un nouveau départ, compte tenu de leur intérêt en termes de fertilisation azotée et de lutte contre les maladies, les ravageurs et les adventices (mauvaises herbes). En effet, les avantages que l’on peut tirer de ce genre de pratiques sont multiples, comme on peut le voir dans différentes associations végétales exemplaires.

Tout d’abord, les « trois sœurs » des peuples amérindiens : la courge, le maïs et le haricot grimpant, sont une belle illustration de plantes compagnes, puisqu’elles s’offrent mutuellement fertilisation, support et couverture du sol. L’association « haricot-maïs-courge » permet au maïs et à la courge de bénéficier de l’azote atmosphérique que le haricot, en tant que légumineuse, peut fixer dans le sol grâce à une symbiose avec les rhizobiums. Le maïs, lui, sert de support de croissance au haricot qui aura un rendement plus important sans devoir installer de tuteurs. La courge, pour finir, étale son large feuillage sur le sol, captant le rayonnement solaire avec un triple effet. D’une part inhiber la croissance des mauvaises herbes, d’autre part en formant une sorte de paillis vivant, créer un microclimat qui retient l’humidité dans le sol, enfin, grâce à ses tiges piquantes, offrir une protection contre certains herbivores. Pour couronner le tout, d’un point de vue diététique, les trois sœurs constituent un régime équilibré, les haricots apportant les deux seuls acides aminés essentiels qui ne soient pas présents dans le maïs : la lysine et le tryptophane.

Un deuxième exemple classique est l’association, dans la culture, d’une plante « repoussante » comme le fenouil qui repousse les ravageurs, en directions d’une plante « attirante » comme la moutarde qui est sacrifiée en permettant que les cultures vivrières soient épargnées.
Pour finir, il existe des associations qui peuvent empêcher ou freiner la pousse de certaines familles d’adventices, par l’effet allélopathique de certaines plantes qui émettent des substances chimiques dans le milieu[70, 9] (utilisation par exemple du Desmodium pour lutter contre le Striga ou « herbe des sorcières »).

L’agroforesterie[8, 18, 117] est un terme récent qui fait référence à des pratiques agricoles anciennes de cultures associées, faisant cohabiter des plantes vivaces, des arbres et des arbustes autour et au sein des cultures. Cette combinaison de cultures saisonnières et de plantes vivaces produisant fruits, bois et substances médicinales, permet de créer des écosystèmes agricoles offrant une plus grande diversité de ressources, tout en étant plus productifs, résistants, résilients, autonomes et pérennes.

En plus des différents bienfaits dus à l’association de certaines plantes, l’inclusion d’arbres et d’autres plantes vivaces dans les cultures agit favorablement[6] sur de nombreux facteurs. L’agroforesterie peut notamment restaurer la fertilité des sols et protéger ceux-ci contre l’érosion (pluie et vent), contribuer à la sécurité alimentaire en diversifiant les récoltes et en permettant une production plus stable, et préserver les ressources en eau en favorisant les précipitations et en limitant la pollution due au lessivage des sols. Pour continuer, l’agroforesterie permet de limiter la déforestation en offrant des ressources en bois locales (construction, compostage et chauffe), un accès nouveau à de nombreuses plantes médicinales sauvages, sans oublier que la présence de zones boisées permet d’améliorer ou de préserver l’habitat de nombreuses espèces, à la survie souvent précaire. De plus, il faut encore dire que les arbres constituent un stock non négligeable de carbone, à la fois dans leur bois, mais aussi dans le sol qui est enrichi en profondeur en matière organique par la décomposition continuelle années après années, de leurs racines fines.

Finalement, voici un exemple[7] un peu simplifié, mais qui illustre bien les synergies qui peuvent se créer entre des arbres et des cultures. Des associations judicieuses, comme de planter cinquante noyers par hectare dans du blé, permettent d’augmenter significativement la productivité et l’effet « puits de carbone » de la culture. En effet, si au lieu de partager une parcelle en deux parties, l’une plantée de cinquante noyers, l’autre de blé d’hiver, on pratique une association des deux espèces sur la même parcelle, la productivité de la parcelle augmente de 50 %. En effet, l’énergie du soleil qui n’est plus utilisée par le blé une fois la moisson opérée au début de l’été sera récupérée par l’agriculteur-trice dans la mesure où elle permettra le développement du noyer ; inversement, lorsqu’en hiver et au début du printemps, le noyer ne dispose pas encore de feuilles, l’énergie lumineuse, qui serait perdue si les noyers étaient plantés seuls sur la parcelle, est utilisée par le blé au moment de sa croissance.

Non labour, mulch, semis direct et culture sur buttes

Comme son nom l’indique, la notion d’agriculture sans labour (no-till farming) désigne le fait de cultiver diverses plantes sans avoir recours au labour pour désherber et préparer le semis des nouvelles cultures. En agriculture sans labour, le lit de semence est préparé avec une perturbation minimale du sol, habituellement à la main ou en utilisant des semoirs adaptés, qui en un seul passage, ouvrent le sol très localement avec des disques, déposent la graine dans cette ligne de semis puis la referment. Cet unique passage remplace la suite classique d’interventions effectuées sur le sol par la charrue, la herse, le semoir, le rouleau, l’épandeur d’engrais…

Le semis direct sous couvert[33] est l’une des formes d’agriculture sans labour. En pratique, cette technique consiste, par exemple, à moissonner des céréales en laissant les pailles dans le champ et à semer directement, après la moisson, une culture intercalaire à l’aide d’un semoir à disque. À la saison suivante, on ressème une plante vivrière de la même façon, mais cette fois à travers la couche d’engrais vert que l’on vient de couper ou de coucher. Ce couvert végétal, appelé mulch en anglais, est composé de matière organique en progressive dégradation et a de nombreux effets positifs sur la culture vivrière dans laquelle il a été implanté[50].

Tout d’abord, les mauvaises herbes ont plus de peine à y germer parce que la terre n’a pas été remuée et parce qu’elles sont relativement isolées de la lumière par le couvert organique[120]. Ensuite, sans labour, une stabilisation et une amélioration de la vie du sol et de sa structure sont rapidement constatées[76]. L’absence de labour permet aussi d’éviter de nombreux phénomène catastrophiques comme le compactage du sol et l’érosion des sols par la pluie et le vent. Finalement, cette technique permet une économie de temps et d’énergie, puisqu’en n’ayant plus qu’à déplacer que quelques millimètres de terre, la force de travail nécessaire est fortement réduite, en comparaison aux passages successifs d’outils travaillant profondément le sol[34, 24]. De là, ce mode d’agriculture nécessitant peu d’énergie mécanique, laisse envisager la possibilité de diminuer la puissance et la consommation de tracteurs, mais aussi à de plus petites échelles, de se passer de mécanisation et de traction animale.

Une pratique bien connue d’agriculture sans labour et emblématique de la permaculture, qui ne recours ni à l’utilisation de machines ni à l’exploitation de la force animale, est la culture sur buttes. Il s’agit, en substance, de créer, sur la surface cultivée, une alternance de buttes et de chemins. Le sol des chemins servant à créer les buttes, cette technique demande un travail important sur le sol durant sa mise en place. Une fois les buttes érigées, le travail sur le sol sera réduit à son strict minimum. La surface des buttes est recouverte de mulch au travers duquel on va venir semer des graines ou repiquer des plantons à la main. De plus, à cette manière de faire viennent souvent se greffer d’autres techniques comme l’association des cultures au sein d’une même butte et l’utilisation d’engrais verts.

La culture sur buttes offre des avantages[12] non négligeables. Le sol des buttes, jamais piétiné ou retourné, est profond, meuble et permet un excellent enracinement des plantes qui profitent également de la forte activité biologique au sein des buttes. En outre, celles-ci se réchauffent plus vite qu’un sol « à plat » et drainent d’avantage l’eau. Le travail des cultures est également plus aisé car il demande moins de se baisser, ou d’utiliser de l’outillage lourd.

En conclusion, soulignons l’intérêt particulier de ces différentes pratiques, à la lumière des questions soulevées dans ce texte. En effet, elles créent un point de jonction concret et une véritable cohérence, entre plusieurs autres techniques fondamentales que sont l’utilisation d’engrais verts, la rotation des cultures et les cultures associées.

Terra Preta

Pour terminer, parlons encore brièvement de la Terra Preta.
Ces sols sombres d’origine humaine, ont été formés durant des centaines d’années par des cultivateur-rices précolombien-nes du bassin amazonien. La Terra Preta est très fertile, ce qui est une anomalie par rapport aux sols environnants peu productifs de la forêt amazonienne. La grande fertilité de ces sols est due à des concentrations très élevées de charbon de bois, de fragments de poterie, et de déchets organiques tels que des résidus de récolte, qui ont été rajoutés au sol par les humain-es, au fil des générations. Les taux de micronutriments comme l’azote, le phosphore, le potassium, et le calcium y sont remarquablement élevés et l’activité micro-organique y est particulièrement développée[36].

La Terra Preta constitue depuis quelques années un champ de recherche et d’expérimentation[156, 94, 98] ouvert, et différents projets agricoles réutilisent ce savoir-faire antique pour préparer ce qui est alors appelé la « Terra Preta nova ».

Lexique

ADN : abréviation du terme chimique « Acide DesoxyriboNucléique », c’est une très grande molécule qui est le support physique des gènes. L’ADN se trouve au cœur des cellules de tous les êtres vivants, se transmet de génération en génération et détermine en partie la forme et le fonctionnement des êtres vivants.
Adventices : plantes non-cultivées qui poussent spontanément dans les champs cultivés. Leur impact sur les plantes cultivées peut être neutre, mais il est souvent négatif de par la compétition entre les adventices et les plantes cultivées pour la place, la lumière, l’eau et les nutriments.
Agroécosystème : un agroécosystème est un écosystème agricole. L’application du concept d’écosystème aux terres agricoles permet d’y étudier les interactions entre les plantes, les animaux et leur environnement physique et de déterminer comment la matière et l’énergie circulent dans le système.
Agroforesterie : pratique agricole consistant à planter ou à laisser pousser des arbres et des buissons parmi ou autour des cultures.
Agronomie : science relative à la pratique de l’agriculture et à l’utilisation des produits de l’agriculture, qui étudie les relations entre les plantes cultivées, le milieu (sol, climat) et les techniques agricoles.
Allélopathie : interaction dans laquelle une plante produit un ou plusieurs composés chimiques influençant la germination, la croissance, la survie ou la reproduction d’une autre plante. Ces influences peuvent être positives ou négatives, directes ou indirectes.
Auto-subsistance : un mode de vie où l’on subvient soi-même à ses besoins essentiels, avec les ressources disponibles sur place. Les importations sont très limitées, les quantités produites n’excèdent nécessairement pas les besoins locaux, et les ressources sont typiquement utilisées de manière efficace.
Autotrophe : un autotrophe est un organisme vivant capable de produire les composés organiques nécessaires à sa survie (sucres, graisses et protéines entre autres) à partir des substances minérales simples présentes dans son environnement, et ceci soit en utilisant l’énergie lumineuse (photosynthèse), soit grâce à des réactions chimiques (chimiosynthèse).
Bois raméal : c’est le bois issu des branches, il est plus jeune, plus riche en azote et autres nutriments que le bois issu du tronc. En conséquence, le bois raméal est un excellente base de mulch ou de compost, une fois qu’il a été fragmenté
Composé chimique : c’est une substance composée d’atomes issus d’au minimum deux éléments chimiques différents.
Compost : préparation de matière organique partiellement décomposée. Le compost est utilisé comme engrais car il est riche en nutriments qui sont graduellement relâchés dans le sol, minimisant les problèmes de sur - ou sous - fertilisation ainsi que le lessivage.
Déprise agricole : décrit tout abandon (définitif ou pour une longue période) de l’activité de culture ou d’élevage dans un territoire.
Diététique : science de l’alimentation équilibrée, fondée sur l’étude des besoins alimentaires et de la valeur nutritive des aliments.
DIY : acronyme de « Do It Yourself », dont la traduction serait « fais-le toi-même ». Ce terme se réfère aux pratiques de conceptualisation, fabrication et réparation, d’objets, outils, constructions etc. sans l’aide de professionnel-les ou de spécialistes.
Écosystème : l’ensemble des interactions entre une communauté d’êtres vivants et leur environnement (le biotope), dans un espace donné. Un lac, une forêt, une plage sont, par exemple, des écosystèmes, avec des caractéristiques physiques et des communautés d’êtres vivants qui leur sont propres.
Efficacité : mesure de la capacité d’atteindre un but donné en respectant des contraintes quantitatives ou qualitatives. Elle se mesure sous la forme d’un rapport entre les résultat obtenu et les objectifs fixés.
Efficience : se définit comme l’optimisation des moyens utilisés pour attendre un résultat voulu. Elle se mesure sous la forme d’un rapport entre les résultats obtenus et les ressources utilisées.
Effluent : eaux usées, ou plus généralement tout écoulement rejeté en dehors d’un lieu donné (par exemple une étable).
Élément chimique : environ une centaine d’éléments chimiques différents, ou atomes différents, forment toute la matière de l’univers. Chaque élément a des propriétés chimiques et physiques particulières. Ainsi, un élément chimique désigne un ensemble d’atomes de même taille et de mêmes propriétés, et est souvent noté par une abréviation d’une ou deux lettres. Parmi les éléments chimiques fondamentaux pour la matière vivante, citons les atomes d’oxygène (abréviation O), l’hydrogène (abréviation H) et le carbone (abréviation C). Les atomes se trouvent rarement sous forme isolée, car cette forme n’est pas stable, ils tendent à s’assembler en molécules.
Engrais : les engrais, sont des substances organiques ou minérales, souvent utilisées en mélanges, destinés à apporter aux plantes des compléments d’éléments nutritifs, de façon à améliorer leur croissance, et à augmenter le rendement et la qualité des cultures.
Engrais vert : végétaux semés dans le but d’améliorer et de protéger un sol, et non dans l’optique d’être récoltés. Ils sont plantés entre les cultures principales, que ce soit spatialement, entre des rangées, ou temporellement, lorsque le champ est disponible entre une récolte et le semis suivant.
Érosion : dégradation progressive du sol qui est emporté par l’action de l’eau, du vent ou autre contrainte mécanique répétée (le piétinement, par exemple). Processus difficilement réversible, il est exacerbé par un défaut de couverture végétale du sol.
Eutrophisation : processus d’accumulation excessif de nutriments dans un écosystème aquatique ou terrestre. Dans l’exemple des écosystèmes aquatiques, lorsque des nutriments sont massivement importés dans un lac, une rivière ou une portion d’océan, les micro-algues en bénéficient au point que leur population explose, prenant la place des autres formes de vie. Elles finissent par être étouffées sous leur propre masse en décomposition. Le résultat est dramatique pour la biodiversité et pour la qualité de l’eau.
Familles de plantes : ils s’agit d’un niveau de classement des espèces végétales. Les plantes sont regroupées par familles parce qu’elles ont des similitudes génétiques, mais également dans la forme de leurs fleurs, les substances chimiques qu’elles synthétisent, leur anatomie, etc. Elles ont souvent des métabolismes similaires, et on suppose qu’elles ont un ancêtre commun qui leur a transmis leurs caractéristiques.
Fertilisant : terme large désignant des produits destinés à assurer ou à améliorer la nutrition des végétaux ainsi que les propriétés physiques, chimiques et biologiques des sols. Les engrais sont des types de fertilisants.
Fertilité des sols : la fertilité d’un sol représente son aptitude à servir de support de croissance pour les végétaux.
Hétérotrophe : un hétérotrophe est un organisme vivant qui ne peut pas élaborer sa propre matière organique autrement qu’en récupérant celle déjà élaborée par d’autres organismes (végétaux, s’ils sont herbivores, d’autres animaux s’ils sont carnivores, matière organique morte s’ils sont détritivores).
Humus : c’est la couche supérieure du sol créée et entretenue par la décomposition de la matière organique, principalement par l’action combinée des animaux, des bactéries et des champignons du sol. L’humus est une matière souple et aérée, d’aspect foncé (brunâtre à noir) et à l’odeur caractéristique de « sol de forêt », qui absorbe et retient bien l’eau.
Ion : atome ou molécule ayant une charge électrique positive ou négative.
Lessivage : dans un sol, migration de matière et d’éléments chimiques potentiellement disponibles pour les plantes sous l’action de l’eau, en direction des nappes phréatiques et des cours d’eau. Un sol lessivé est un sol pauvre et peu fertile.
Matière organique : c’est la matière, riche en carbone, fabriquée par les êtres vivants (végétaux, animaux, champignons et autres décomposeurs dont les micro-organismes).
Métabolisme : désigne l’ensemble des réactions chimiques qui se déroulent au sein d’un être vivant pour lui permettre notamment de se maintenir en vie, de se développer et de répondre aux stimuli de son environnement. Certaines de ces réactions chimiques se déroulent en dehors des cellules de l’organisme, comme la digestion ou le transport de substances entre cellules. Cependant, la plupart de ces réactions ont lieu dans les cellules elles-mêmes.
Minéralisation : désigne les processus de décomposition de la matière organique en éléments ou en molécules minérales plus simples. La minéralisation permet à partir de grosses molécules organiques, la fragmentation de la matière en molécules inorganiques (séparées du carbone) plus petites et à nouveau utilisables par les végétaux. Le compostage est un exemple de minéralisation.
Molécule : unité de base de la matière, assemblage relativement stable d’au moins deux atomes (différents ou semblables). Toutes les molécules d’une même sorte sont identiques, avec des propriétés physiques et chimiques identiques. Un exemple de molécule est la molécule d’eau, formée de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène ; H2O. Il existe une quantité astronomique de molécules différentes, formées par différentes combinaisons des atomes de base. Les molécules peuvent être défaites ou modifiées, les atomes qui les composent allant former d’autres assemblages, d’autres types de molécules. C’est le fameux « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».
Mulch : c’est la traduction anglaise du paillis (cf. paillis).
Nappe phréatique : est une réserve d’eau qui se trouve sous la surface de la terre au-dessus d’une couche de roche ou de terre imperméable. Elle alimente usuellement les puits et les sources en eau potable. Cette eau est très exposée à la pollution en provenance de la surface.
Nutriments : aussi appelés éléments nutritifs, ils constituent l’ensemble des composés chimiques nécessaires à un organisme vivant pour se maintenir en vie. Le processus d’assimilation des nutriments est la nutrition. Chez les végétaux, les nutriments sont les diverses substances minérales absorbables qu’ils trouvent dans le sol. Les animaux, eux, obtiennent leurs nutriments par leur alimentation qui consiste à manger des plantes, des champignons, des micro-organismes ou d’autres animaux.
Organisme : l’ensemble des organes et tissus constituant un être vivant. Par extension désigne aussi l’être vivant lui-même.
Paillis (mulch) : couche de matière destinée couvrir la terre dans les cultures. Un paillis peut être typiquement composé de paille, de copeaux de bois ou d’autres débris végétaux, voire de matériaux fabriqués par les humain-es. Sa fonction est de limiter la venue de plantes adventices, de diminuer l’évaporation et l’érosion, d’apporter un supplément de matière organique de par sa lente décomposition et intégration dans le sol, ainsi que de favoriser l’activité et la diversité biologique.
Photosynthèse : processus qui permet à des organismes vivants de synthétiser de la matière organique en utilisant l’énergie du soleil. La réaction simplifiée peut être résumée ainsi :
lumière + gaz carbonique + eau → sucres + oxygène
Productivité : rapport entre la quantité produite et les moyens utilisés pour cette production.
Puits de carbone : stock de carbone issu de la fixation du CO2 atmosphérique dans les végétaux et la matière organique contenu dans les sols et les océans et qui sous cette forme ne contribue plus à l’effet de serre responsable du réchauffement climatique.
Ravageurs des cultures : terme désignant l’ensemble des animaux susceptibles de causer des dégâts aux plantes cultivées, ou aux récoltes stockées.
Rayons UV-B : type particulier de rayons ultraviolets présents dans la lumière solaire qui ont des effets notables sur la peau des humains et autres mammifères. Ils peuvent causer des brûlures (coups de soleil), stimulent le bronzage, et permettent la synthèse de vitamine D à partir du cholestérol.
Rendement agricole : se définit par la quantité de produit agricole récolté par unité de surface, par exemple en tonnes par hectare.
Rhizobium  : bactéries du sol présentant la capacité de rentrer en symbiose avec des plantes de la famille des légumineuses. Cette symbiose confère aux légumineuses, l’aptitude rare parmi les plantes de fixer l’azote de l’air et de s’en nourrir.
Spécisme : c’est une idéologie actuellement prédominante dans nos sociétés, selon laquelle il est acceptable d’exploiter, de faire souffrir et de mettre à mort les êtres vivants non-humains, pour la simple raison qu’ils sont d’une autre espèce que la nôtre. En d’autres termes, leurs besoins et intérêts comptent systématiquement moins que ceux des humain-es. Le spécisme constitue ainsi une forme de discrimination arbitraire, basée sur le critère de l’espèce, au même titre que le racisme et le sexisme le sont respectivement pour la race et le sexe.
Terres marginales : régions où, à cause des conditions environnementales, l’activité agricole est difficile et peu productive. Sous ce même terme sont regroupés des milieux aussi divers que des régions arides ou semi-arides, des régions froides où l’hiver est très long, ou encore des terrains très accidentés. Certains endroits cumulent plusieurs de ces aspects défavorables à l’agriculture.

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"La haine des flics se cultive comme nos potagers !"
- Des paysannes
Ouvrage collectif
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Empreinte OpenPGP :
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Avril 2018
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