BROCHURES

Pour un antispécisme anarchiste et nihiliste
et autres textes

Pour un antispécisme anarchiste et nihiliste

Anatole N. , anonymes , Joie de vivre , Mononoke (première parution : juillet 2017)

Mis en ligne le 1er décembre 2017

Thèmes : Antispécisme, végétarisme (13 brochures)

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Version papier disponible chez : Tendresse et vandalisme (nomades)

Sommaire

Introduction

Si j’ai eu envie de donner plus d’écho à ce texte, c’est parce qu’il m’a profondément parlé. J’y ai vu des tentatives de définitions, de l’antispécisme et du nihilisme, qui m’ont à la fois parues claires et justes, mais sans prétention pour autant. Il pose des mots dans lesquels je me retrouve.

Certain.es trouvent des passages trop complexes, ou trop référencés. C’est vrai qu’il demande un certain effort intellectuel pour être compris dans son intégralité, mais pour autant, ça ne m’a pas paru être une raison suffisante pour ne pas le diffuser, parce que je ne le trouve pas prétentieux, ni hautain. Parce que j’ai envie d’affiner mes critiques et analyses, j’ai besoin aussi de trouver des textes qui me demandent des efforts pour être compris. Que cette compréhension passe par des lectures collectives, des discussions, ou des recherches. Qu’un texte qu’on ne comprend pas aujourd’hui, c’est peut être un texte qui nous paraitra intelligible dans quelques mois, quand on aura manipulé les concepts de plein de façons, et qu’ils nous paraitront plus familiers.

J’avais un peu envie de souligner tous ces points, parce que je ne veux pas faire comme si je n’avais pas conscience que certains supports théoriques puissent paraitre élitistes.

Cet article a été écrit en réponse à un autre texte Libérez les animaux de l’antispécisme, publié sur Iaata.info que j’ai donc inclus, même si je n’en partage aucune idée. Il s’inscrit dans une série de publications autour de l’antispécisme sur ce même site, mais que je n’ai pas souhaité reproduire parce que ça ne me semblait pas suffisamment pertinent. J’ai aussi ajouté un texte publié sur attaque.noblogs.org : Laissons le véganisme sur les rayons des bibliothèques et reprenons la lutte, parce qu’il amène des mises au point que je trouve interessantes sur le véganisme et ses limites quand il s’agit d’attaquer le monde qui produit l’exploitation animale. Je n’ai apporté aucune modification à tous ces textes, si ce n’est d’avoir ôté les photos. J’avais juste envie de leur donner un support papier.

Et parce que les mots résonnent toujours mieux lorqu’ils sont suivis d’actes, il y a aussi quelques récits d’actions qui m’ont particulièrement plu, certaines revendiquées, d’autres non. Si je me suis sentie suffisamment proche des communiqués, sans être d’accord sur tout, pour pouvoir les retranscrire, je ne peux que regretter certaines positions de soutien à l’ALF, dont l’une des valeurs est de ne pas s’attaquer physiquement aux individu.es directement responsable de ces carnages, et que je ne partage pas parce que je ne veux pas faire de hierarchie morale entre les attaques.

À toutes celleux qui pensent que les animaux apprécient la relation qu’illes ont avec leurs éleveurs.euses, je vous souhaite de connaitre la même fin qu’elleux. Moi j’aspire juste à bruler vos maisons.

Joiedevivre (a) riseup.net

Libérer les animaux de l’antispécisme

L’antispécisme est-il un projet d’émancipation au même titre que le féminisme et l’antiracisme ? L’idée fait son chemin dans le milieu anarchiste. Et pourtant, elle soulève de nombreuses questions...

Dans les milieux militants, il ne se trouve plus grand monde [1] pour contester que les femmes sont les mieux placées pour parler du sexisme, les racisé.es du racisme, les LGBT de l’homophobie et de la transphobie, et ainsi de suite. Étonnamment, cet honorable principe de la « premier.e concerné.e » semble s’être arrêté à la porte de l’antispécisme.

On objectera : les animaux ne savent pas parler. Oui mais : 1) Est-ce une raison pour parler à leur place ? 2) Est-ce une raison pour laisser parler les habitant.es des métropoles à leur place ? 3) Les animaux savent parler.

Les animaux savent parler et, si l’on ne leur a jamais demandé de se positionner sur la question de la libération animale, encore faut-il les comprendre sur le reste. Il existe des humain.es qui en sont capables, et pour cause, iels vivent et travaillent avec eux : ce sont les éleveur.ses.

Pour nombre de penseur.ses de l’antispécisme, donner la parole aux éleveur.ses pour parler des animaux n’a pas plus de sens que d’écouter ce qu’ont à dire les esclavagistes de leurs esclaves.

Détester les éleveur.ses, et donc le monde paysan dont iels sont une composante indissociable, est un droit. Après tout, l’homme parvenu à la modernité des villes s’est toujours appliqué à couvrir de tout son mépris le monde rural auquel il était parvenu à s’arracher. Rien de nouveau, donc, sous le soleil, mais une attitude qui, quand elle émane d’ami.es anarchistes appelant à en-finir-avec-toutes-les-oppressions-qu’elles-soient-culturelles-raciales-ou-sexistes, ne peut qu’interroger [2]. Les éleveur.ses ont une subjectivité et il se pourrait qu’elle soit, elle aussi, à prendre en compte.

Question de point de vue

Les éleveurs ont un rapport moral avec leurs animaux en dépit du fait qu’ils conduisent in fine leurs bêtes à l’abattoir. La relation de travail avec les animaux est fondée sur des valeurs individuelles et collectives. La première de ces valeurs, pour les éleveurs, est le respect et la reconnaissance qui sont dus aux animaux. Le concept de "libération animale" est fondé sur une méconnaissance profonde de la relation de travail avec les animaux et donc sur des représentations simplistes de la domestication – confondue avec le rapport de domesticité – de l’élevage et de l’alimentation carnée. Les philosophes et les défenseurs de la "libération animale", en effet, ne connaissent pas l’élevage. Ils parlent au nom des animaux. Ils n’ont pourtant reçu aucun mandat de la part de ces derniers, et, pour la plupart, ils ne les ont même jamais rencontrés. Leur compréhension de l’élevage est bloquée par la confusion qu’ils font avec les systèmes industriels et par une représentation faussée de la relation de travail aux animaux. La "libération animale" repose sur un mythe, celui précisément de la "libération", et sur un déni des différences entre élevage et productions animales. Toute relation aux animaux est pensée comme un rapport de domination qu’il faudrait rompre, c’est pourquoi une partie du mouvement de la ’libération animale’ prétend se rattacher à un courant libertaire. Cependant, cette espérance libératrice est une illusion. La ’libération animale’, au contraire, sert les intérêts de l’agroalimentaire industriel et agit contre l’intérêt premier des animaux, qui est d’exister.

– Jocelyne Porcher, Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIème siècle.

Un type assez drôle (je crois que c’était Rousseau) a dit un jour : un.e parisien.ne n’ayant jamais voyagé et n’ayant reçu aucune instruction pourrait aisément penser que la nature ressemble aux jardins des tuileries.

Un.e habitant.e de la métropole, coupé.e depuis sa naissance de tout rapport à la terre et aux animaux, qui évolue dans un milieu capitaliste basé sur l’exploitation des ressources tant humaines que naturelles, sera logiquement conduit à penser l’élevage comme un système de production parmi d’autres, et à l’analyser à la suite avec ses outils théoriques habituels : l’intérêt dirige le monde, les exploitant.es exploitent, et on pendra le dernier éleveur avec les tripes du dernier juge. Seulement voilà ; l’élevage est né il y a 10 000 ans et ne rentre dans les catégories propres au capitalisme qu’au prix d’une prodigieuse manipulation intellectuelle.

L’esclavagiste ne semble pas s’attacher à ses esclaves, si ce n’est à leur valeur marchande. Et tant qu’il y aura des ouvrier.es sur le marché du travail, les salarié.es du BTP peuvent bien crever sur les chantiers. Alors pourquoi les éleveur.ses continuent d’affirmer, envers et contre tout, qu’iels aiment leurs animaux ? Comme le dit si bien l’illustre Aymeric Caron : « certains éleveurs donnent des noms à leurs animaux, comme s’il s’agissait de leurs enfants... mais enverrait-on ses enfants à l’abattoir ? »

Les mots sont importants

Les études sociologiques disent : les éleveur.ses font de l’élevage dans le but de vivre avec les animaux. Mais avait-on vraiment besoin des sociologues pour savoir qu’on n’élève pas des brebis par amour de l’argent ?

Les éleveuses aiment leurs animaux, et il n’y aurait pas d’élevage autrement. Cette affirmation a de quoi faire rire tout.e métropolitain.e sûre de sa modernité, construite en opposition consciente ou non à la barbarie rurale. Lui sait aimer les animaux, il n’y à qu’à voir comment iel traite son chat !

Quoique éleveurs et possesseurs d’animaux familiers semblent penser leur relation aux animaux dans des champs très différents, il n’y a, me semble-t-il, qu’une seule véritable différence entre eux : c’est la place de la mort dans la relation. (…) J’ai élevé des brebis et, de leur participation au travail, j’ai tiré un revenu qui me permettait de vivre avec elles, de goûter leur présence, de partager leur joie de vivre, de baigner dans l’odeur douce de leur laine. Je les ai nommées, identifiées, vaccinées. Comme la majorité des éleveurs, je les ai soignées quand elles étaient malades. J’ai veillé à leur bien-être en paillant journellement la bergerie, en vérifiant la distribution d’eau. Je les ai menées chaque jour au pâturage et j’ai adoré marcher en leur compagnie. Je leur ai parlé, je les ai engueulées, je les ai écoutées. J’ai orienté leur reproduction. J’ai tué et vendu les agneaux auxquels les brebis ont donné naissance, et c’est ainsi qu’a pu durer la relation. Aujourd’hui, je vis à Paris. Je n’ai plus de brebis, mais une petite chienne. Je l’ai nommée, identifiée, vaccinée, stérilisée. (…) Mon revenu ne dépend pas de sa collaboration à mon travail, et c’est pourquoi la mort n’est pas un partenaire obligé de notre relation. [3]

Mais c’est faire un faux procès aux antispécistes qui dans leur majorité ont l’honnêteté d’aller jusqu’au bout de leur éthique en ne condamnant pas simplement la consommation d’animaux mais aussi leur domestication sous la forme d’animaux de compagnie. C’est là tout leur paradoxe : n’avançant aucun moyen matériel ou politique de vivre à égalité avec les animaux, les antispécistes proposent d’en débarrasser purement et simplement la société humaine.

Les mots sont importants, et celleux qui ont compris leur pouvoir auront toujours une longueur d’avance. Les théoricien.nes de l’antispécisme imposent les termes d’un débat moral, sémiologique, abstrait, nous y enferment puis nous somment de nous y positionner – et comment ne pas faire le rapprochement avec « l’antiracialisme » ? [4] La question de savoir si l’humain.e et supérieur aux non-humain.es est étrangère à celleux qui se soucient au quotidien des animaux et de leur bien-être – c’est à dire plutôt les pieds dans la boue que derrière un infokiosque. Et pourtant, certain.es se sont senti.es plus fort.es en décidant qu’il devait y avoir là une ligne de fracture, et que cette ligne partagerait le monde entre obscurantistes d’un côté et Lumières de l’autre.

Le rapport entre un éleveur et ses bêtes est aussi égalitaire que celui qui lie un.e habitant.e de la métropole à sa chienne. Il ne l’est pas. Et il n’a jamais prétendu l’être. L’éleveur.se, comme l’habitant.e de la métropole, a un pouvoir de vie et de mort sur ses bêtes, ce qui ne saurait donner lieu à autre chose qu’une relation asymétrique. Les antispécistes dont la cohérence est une préoccupation en déduisent qu’il est immoral de posséder un animal de compagnie. La question de l’égalité entre humain.es et non-humain.es peut donc être posée – quelle question ne peut pas l’être ? – mais en quoi devrait-elle intéresser celleux qui ont pour projet de continuer à vivre avec les animaux ?

L’antispécisme : une philosophie profondément utilitariste

Depuis ses origines, l’antispécisme ne conçoit pas les relations entre animaux humains et non-humains autrement qu’à travers le prisme de l’intérêt [5] , et c’est la raison pour laquelle il est entièrement imperméable à la subjectivité et au discours des éleveur.ses, qui elleux ne sont pas dans un rapport instrumental avec leurs animaux. Le travail relève de plusieurs rationalités (économique, identitaire, relationnelle, axiologique). Tout indique que l’élevage, compris comme un rapport historique de travail avec les animaux, relève d’abord de la rationalité relationnelle [6]. La majorité des éleveur.ses, celleux qui ont choisi ce métier, travaillent avec les animaux pour vivre avec eux. C’est pour cette raison qu’iels trouvent aux ânes en Europe ou aux éléphants en Asie une autre fonction, voire un autre métier au fur et à mesure que la mécanisation du monde les rend caduques.

Cet aveuglement ne tient pas au hasard : le mouvement de libération animale, bien qu’il se soit diversifié depuis, a été fondé par le philosophe Peter Singer (1975), fortement influencé lui-même par Jeremy Bentham, un philosophe libéral à qui l’on doit le courant utilitariste dans les sciences sociales [7] (... ainsi que l’invention du panopticon, étudié par Michel Foucault dans « Surveiller et Punir »).

Depuis, Singer vend ses services à McDo dans le but d’améliorer le sort des animaux dans les usines de viande, et ses disciples continuent d’ignorer sciemment tout ce que la relation aux animaux peut comporter d’affect et de sens là où précisément elle n’a pas encore été industrialisée, et donc tuée dans le même mouvement – ce qui, de leur point de vue, constitue peut-être déjà une certaine victoire.

Y a-t-il plus antispéciste que les nombreux.ses chercheur.euses qui travaillent dans le champ du bien-être animal en étudiant les « préférences » des animaux ? Dans un rapport intitulé « Bien-être animal : les moyens de répondre à la demande sociale de protection animale », des participant.es aux « Journées de la Recherche porcine » préviennent : « A l’avenir, il sera indispensable de définir plus précisément les capacités émotionnelles des animaux pour mieux apprécier leurs exigences de bien-être dans les conditions d’élevage ».

« Antispécisme : une perspective révolutionnaire », vraiment ?

A part pour le confondre avec la production animale, l’antispécisme ne s’intéresse pas à l’élevage. Dans un texte fort révélateur publié récemment sur IAATA (« Antispécisme : une perspective révolutionnaire »), on ne trouve qu’une seule occurrence du terme « élevage » (sur deux mille mots). Et elle se trouve entre parenthèses.

La préoccupation pour le bien être de jeunes cochons peut ne rien impliquer d’autre que des les laisser vivre en compagnie d’autres cochons dans un endroit où il y a une nourriture suffisante et de l’espace pour se déplacer librement (donc hors d’une logique d’élevage).

Non sans une certaine dose de violence, cette phrase nie ce en quoi précisément consiste l’élevage, en l’assimilant à la production industrielle de viande. Deux réalités qui ont à peu près autant à voir entre elles que le jardinage et Monsanto.

A l’heure où la quasi-totalité de la viande consommée est produite industriellement, la confusion peut paraître anecdotique. Et pourtant, elle est lourde de conséquences. Non seulement parce qu’il reste 1,3 milliard d’éleveurs dans le monde (est-il utile de préciser qu’iels ne font pas partie des humain.es les plus riches de cette planète ?), et que le discours qui consiste à faire comme s’iels n’existaient pas est immonde. Mais aussi parce que ne pas opérer de distinction entre élevage et système industriel, c’est faire l’économie d’une critique politique indispensable et rester sur le confortable terrain de la morale. Si le mot « élevage » n’est cité qu’une fois dans ce texte, le mot « industrie » ou « industriel », lui, ne l’est tout simplement pas. Le mot « capitalisme », utilisé trois fois, a valeur de synonyme des mots « sexisme » et « racisme » dont il est systématiquement entouré.

L’élevage industriel est un oxymore

Dans les porcheries industrielles, c’est à dire dans celles où l’on ne laisse pas « vivre les cochons en compagnie d’autres cochons avec de l’espace suffisant pour se déplacer librement », les truies n’ont pas de nom, ce sont des « unités », la viande, du « minerai », et tout le monde sait bien que pour y travailler, mieux vaut ne pas aimer les animaux. A force de croisements, une truie donne entre 18 et 20 porcelets, plus de 30 pour les meilleures. Parce qu’ils ne seront pas tous aussi productifs, des salarié.es payé.es un peu plus que le SMIC en tueront une partie par « cloisonthérapie », c’est à dire en cognant leur tête contre un mur. Tout animal ayant « décroché » de sa courbe, c’est à dire dont la productivité ne suit pas la croissance qu’un industriel est en droit (croit-il) d’en attendre, est « réformé ». Les animaux malades sont abattus et non guéris. Pour diminuer la rotation de l’emploi des salarié.es (turn-over), les porcheries installent des caissons à CO2 pour y asphyxier les truies. Loin de l’élevage qui consiste à cultiver la vie dans une relation que seule la mort des animaux rend possible, l’industrie produit la mort, et c’est bien tout ce qu’elle sait faire.

Mais comment un mouvement dont le programme est de porter une égale considération à la souffrance humaine et non-humaine peut-il à ce point ignorer celle des travailleur.euses de l’industrie de la viande ? Animaux et humain.es partagent les même conditions de travail dans les usines de production animale, et si l’un rentre chez lui le soir et l’autre non, il faudrait être aveugle pour y voir des gagnant.es et des perdant.es, ou plutôt pour n’y voir que ça.

Les principes fordistes appliqués à la production de viande (division du travail, rationalisation des tâches), c’est, comme dans les Côtes-d’Armor dans le plus gros abattoir porcin de France, un.e employé.e qui tue une truie toutes les cinq secondes, 700 fois par heure, 50 000 fois par semaine.

Quarante minutes. C’est le temps qu’il aura fallu au cochon pour entrer vivant dans l’abattoir et en ressortir en deux moitiés de carcasse parfaitement nettoyées, prêtes à être réfrigérées. Entre-temps, la bête a été étourdie par trois électrodes, saignée, suspendue à des crochets par les pattes arrière, plongée cinq minutes dans une eau à 60 °C pour ramollir la peau – l’échaudage –, épilée, puis flambée dans d’immenses fours qui lui brûlent les poils restants. Viennent ensuite l’ouverture de l’abdomen, l’éviscération, la découpe de l’anus, la séparation de la tête, le tranchage vertical, le retrait de la panne et enfin les contrôles et la pesée. Une cinquantaine d’opérations au total, pour passer du cochon au porc. – Audrey Garric, Enquête chez les forçats des abattoirs, Le Monde.

Les tâches les plus difficiles sont confiées aux responsables, car aucun salaire ne peut compenser l’abîme moral dans laquelle la répétition mécanique d’un geste qui met fin à une vie dénuée de sens plonge inexorablement tout individu sensible.

Si on produit des porcs comme on produit des chaussures, quelles règles éthiques s’appliquent alors au travail ? Où est la limite entre la chaussure et le cochon ? Pour les procédures de travail, il n’y en a pas. Mais pour les travailleurs qui croisent les regards de leurs cochons tous les jours et savent, eux, que les cochons ne sont pas équivalents à des chaussures ? [8]

L’éternel Treblinka

Pour beaucoup d’observateur.ices, antispécistes ou non, la production industrielle de viande est un enfer concentrationnaire, un « Treblinka éternel » [9] . Une analogie dont il convient de prendre toute la mesure.

L’Histoire officielle que l’on nous a inculquée de force résume Auschwitz à une erreur de l’Histoire, une dépravation morale, une rupture inexpliquée dans le processus civilisationnel devant nous mener de la barbarie aux Lumières. C’est la lecture morale, celle de la « bête immonde », ce penchant bestial qui se serait réveillée un matin de mars 1933 et qui sommeille en nous depuis lors.

Dans son remarquable essai « La violence nazie : une généalogie européenne », Enzo Traverso nous offre une interprétation plus consistante de cette période de l’Histoire : et si les chambres à gaz étaient au contraire un aboutissement de la modernité ? Ce long processus de déshumanisation du travail et de la mort, il le fait débuter à l’invention de la guillotine, ce moment où la révolution industrielle est rentré dans le domaine de la peine capitale. « L’exécution mécanisée, sérialisée, cessera bientôt d’être un spectacle, une liturgie de la souffrance, pour devenir un procédé technique de tuerie à la chaîne, impersonnel, efficace, silencieux et rapide. » Très vite, surviendront l’usine, la bureaucratie et la prison, autant de lieux dominés par le même principe de discipline du temps et des corps, de division rationnelle et de mécanisation du travail, de hiérarchie sociale, de soumission aux machines. Chacune de ces institutions sociales, selon l’auteur, porte les traces de la dégradation du travail et du corps inhérente au capitalisme, qui assure son emprise via le dispositif panoptique de Bentham.

Mais, entre le couperet mécanique du XVIIIème siècle et l’extermination industrialisée de millions d’êtres humains, se situent plusieurs étapes intermédiaires. La plus importante, durant la seconde moitié du XIXème, fut selon l’auteur la rationalisation des abattoirs. Initialement installés aux centre-villes, leur déplacement dans les banlieues, à l’abri des regards, s’est couplé avec un fort mouvement de concentration et de rationalisation. Ils ont pu alors commencer à fonctionner comme des usines, signant le passage des pulsions dionysiaques du massacre traditionnel aux carnages pasteurisés de l’âge moderne.

Faut-il s’étonner, dès lors que l’on avait ouvert la boîte de Pandore, que les humain.es aient été les prochain.es sur la liste ? Dans le camp d’Auschwitz III (Buna-Monowitz), les convois arrivaient le matin et déchargeaient leur cargaison de juifs.ves déporté.es ; les médecins SS procédaient à la sélection ; une fois exclu.es les aptes au travail, les déporté.es étaient spolié.es de leurs biens et envoyé.es aux chambres à gaz. Le soir, iels avaient déjà été incinéré.es. Un massacre sans haine... un massacre industriel. Dans son témoignage « Trois ans dans les chambres à gaz », Filip Müller, juif affecté au Sonderkommando [10] d’Auschwitz, raconte : « Pendant qu’on dégageait les braises de l’un des complexes de fours, on allumait les ventilateurs sur le complexe voisin et l’on faisait tous les préparatifs pour un nouvel arrivage. Un assez grand nombre de cadavres jonchait déjà le sol de béton nu, tout autour. »

Alors, si vraiment il y a un parallèle à faire entre les camps de concentration et les abattoirs, et c’est ce que je crois, il faut se poser la question : existe-t-il la possibilité d’un choix humain entre le Sonderkommando et la chambre à gaz ?

En refusant d’inscrire le judéocide dans une histoire plus large que celle de l’antisémitisme, l’Histoire officielle a sauvé la modernité. En résumant l’enfer des usines de productions animales à une problématique de racisme des humain.es envers les animaux, les antispécistes ne font rien d’autre.

Éloge antispéciste de la modernité

Quelque soit le secteur d’activité, la vie humaine et la vie tout court sont incompatibles avec la division des tâches et la dépossession du travail qui caractérisent les systèmes industriels. Il n’y a qu’à voir avec quel engouement elle modifie le climat pour comprendre que ce n’est pas seulement la vie animale que l’espèce humaine dans sa forme capitaliste met en péril. Et l’indifférence avec laquelle nous plongeons dans l’abîme en dit long sur la valeur que nous accordons à nos propres vies sous un tel régime...

Si ce n’est pas sur cette modernité que nous portons nos regards, alors qu’est-ce qui nous empêche de remplacer de la viande industrielle par toute autre nourriture industrielle ? En lieu et place de cette critique, une partie du mouvement antispéciste (mais je n’ai pas trouvé l’autre) danse gaiement sur les cendres de l’élevage qui constitue pourtant, malgré tous ses défauts, une des dernières poches de résistance à la modernité. Le travail persiste à y avoir un sens, un ancrage dans tout un ensemble de relations sociales, à y produire autre chose que de l’ennui, de l’inutilité et de la mort.

Pour Marx, le travail est l’expression de la vie humaine. C’est grâce au travail que l’homme transforme le monde et se produit lui-même en tant qu’homme. Car c’est d’abord d’un rapport d’asservissement à la nature que l’homme doit s’émanciper. Par le travail, il transforme cet asservissement en rapports d’échanges et de négociations. Et c’est par le travail, en tant qu’action individuelle et collective sur le monde, qu’en tant qu’êtres humains nous forgeons notre identité et notre humanité. [11]

Mais la question de l’élevage et, plus généralement, celle du rapport de travail entre les humain.es et les animaux, intéresse-t-elle seulement les antispécistes ? Selon Jocelyne Porcher, les théories de la libération animale bénéficient d’une absence de théorisation de l’élevage qui leur permettent d’imposer un point de vue moral et donc difficilement discutable. Après avoir retourné le moteur de recherche du site « Cahiers de l’antispécisme » (« éleveurs », « petits éleveurs », « petits producteurs », « élevage traditionnel », etc...), je livre ici un exemple, un des seuls que j’ai trouvé [12], de ce que peut dire la littérature antispéciste de l’élevage. Dans un appel à « Abolir la viande », Antoine Comiti et Estiva Reus se demandent comment en finir « éthiquement » [13] avec ces 1,3 milliard d’éleveur.ses qui refusent d’intégrer la modernité. Prenant note que « des millions de familles pauvres n’abandonneront pas l’élevage ou la pêche si cela implique pour elles de passer de la grande à l’extrême misère », les auteur.es, dans un verbiage managérial assez remarquable, proposent « d’accompagner leur reconversion » dans d’autres secteurs. En plus « d’élaborer des politiques permettant [aux éleveur.ses] de développer d’autres activités », il serait souhaitable de mettre en place « des mesures incitatives pour faciliter l’acheminement de produits végétaux vers des zones qui n’en produisent ou n’en importent pas suffisamment pour pourvoir à l’alimentation des populations humaines ». En appui de la lutte antispéciste, donc : la mondialisation et le libre échange. Après tout, ce qui a tué l’élevage chez nous devrait bien faire l’affaire chez elleux...

Et les auteur.es, faisant leurs les analyses de la FAO [14], concluent non sans cynisme : « Il convient d’ajouter qu’indépendamment de l’abolition de la viande, l’activité des petits producteurs pauvres est déjà compromise. La disparition accélérée prévisible des micro-exploitations résulte de leur non viabilité économique au regard des évolutions actuelles de l’agriculture. Le contrecoup social ne peut être évité que par des politiques visant à développer des emplois dans d’autres secteurs. (Voir encadré reproduisant l’analyse de la FAO). »

En Occident, la révolution que les antispécistes appellent de leurs vœux a déjà eu lieu il y a deux siècles ; on a appelé ça la révolution industrielle.

De la domination antispéciste

Résumons : que de riches occidentaux.ales bien blanc.hes se réjouissent de la soumission en cours de plus d’un milliard de pauvres aux préceptes du capitalisme et de l’agro-business, voilà qui n’a rien pour nous étonner. Mais qu’iels le fassent au nom d’une lutte contre les dominations... Doit-on vraiment rentrer dans le panneau ?

Il va falloir de toute façon parler un peu de nos privilèges. De ce que ça veut dire, quand on est blanc.hes et riches de siècles de traite négrière et de colonialisme de comparer l’élevage à l’esclavage. De ce que ça veut dire, quand notre monde s’est construit sur l’exploitation et la destruction de cultures qui respectent infiniment plus le règne animal que nous, de décréter des valeurs universelles et de partir en croisade [15]. De ce que ça veut dire, d’être un homme et de parler de viol à propos de l’insémination artificielle [16]. De ce que ça veut dire, d’habiter des métropoles en pleine expansion démographique, économique et culturelle et de moquer un monde rural qui se meurt.

Leur rêve, notre cauchemar

Pour les industriels, la vie qui anime les animaux ne représente qu’un coût dont ils aimeraient se débarrasser au plus vite. Claude Lévi-Strauss ne pouvait s’imaginer, en écrivant la chose suivante en 2001, qu’un jour les scientifiques pousseraient l’utopie jusqu’au bout en créant la viande de synthèse :

[Dans le futur,] les agronomes se chargeront d’accroître la teneur en protéines des plantes alimentaires, les chimistes de produire en quantité industrielle des protéines de synthèse. (...) La viande figurera au menu dans des circonstances exceptionnelles. On la consommera avec le même mélange de révérence pieuse et d’anxiété, qui, selon les anciens voyageurs, imprégnait les repas cannibales de certains peuples. L’élevage, non rentable, ayant complètement disparu, cette viande achetée dans des magasins de grand luxe ne proviendra plus que de la chasse. Nos anciens troupeaux, livrés à eux-mêmes, seront un gibier comme un autre dans une campagne rendue à la sauvagerie.

– Claude Lévi-Strauss, La leçon de sagesse des vaches folles, Etudes rurales.

En effet. Une fois que l’industrie aura été au terme de son entreprise totalitaire, c’est à dire lorsqu’elle aura fini de transformer toutes les éleveuses en salariées et tous les éleveurs en ouvriers, alors, oui, enfin, nos vies de mort-vivants seront débarrassées de celles des animaux, rendus à la « sauvagerie » à laquelle nous les avions arrachés. Loin des yeux, près du cœur : nous continuerons à les aimer à travers les multiples superproductions audiovisuelles de la National Geographic, ou via quelques safaris loin de chez nous.

Certaines espèces survivront, d’autres pas : on s’imagine aisément l’effet immédiat d’une « libération animale » sur un poulailler. Comme le résume Victor Hugo [17], « dans la nature, les arbres poussent et les enfants meurent ». Il faut bien reconnaître que toutes les espèces ne partagent pas la supériorité morale dont les antispécistes nous ont gratifié.es. Décidément, entre humain.es et animaux, iels entendent tracer une frontière aux murs bien hauts.

Pour un antispécisme anarchiste et nihiliste

Réponse à l’article « Libérer les animaux de l’antispécisme » publié sur Paris-luttes.info le 10 janvier 2017 et sur IAATA.info le 5 février 2017. Et plus.

Si je réponds à cet article c’est parce qu’il a été publié sur Paris-Luttes.info et sur IAATA.info et qu’il représente peut-être le point de vue de certain·e·s viandard·e·s “de l’extrême-gauche”. Mais c’est aussi parce que mon envie de rabattre l’outrecuidance de l’auteur·e me sert de prétexte pour défendre une position antispéciste, anarchiste et nihiliste.

Si vous exploitez et/ou tuez des animaux alors que vous pouvez faire autrement – ce à quoi je vous appelle dans ce cas à renoncer – ayez au moins le courage de ne pas vous justifier [18] !

L’auteur·e anonyme de l’article « Libérer les animaux de l’antispécisme » [19] fait preuve d’une outrecuidance qui prête le flanc à la critique. Cette prétention éhontée me gênerait moins si elle n’avait pas pour effet possible de raffermir le spécisme de certain·e·s. Car c’est l’effet que cet article doit avoir sur ceulles qui n’en aperçoivent pas les insuffisances rhétoriques et la mauvaise foi. Le principal procédé sophistique qu’utilise intentionnellement ou non l’auteur·e de ce texte est la réduction. Ielle n’a pas cherché à reconnaître la possibilité d’un antispécisme anarchiste (donc anticapitaliste et illégaliste) et amoral et prétend démonter tout antispécisme en le réduisant à un antispécisme capitaliste, légaliste et moraliste. Ceci alors même qu’ielle écrit son texte parce que « [l’antispécisme] fait son chemin en milieu anarchiste » [20] . Ielle reconnaît même seulement parler d’« une partie du mouvement antispéciste » et croit intelligent de préciser « mais je n’ai pas trouvé l’autre » ! Ielle n’a pas « trouvé » l’antispécisme anarchiste et nihiliste, donc il n’existe pas. CQFD ? On parle d’une position intellectuelle, pas d’un nouveau continent. pour la « trouver », il suffit de la penser. L’auteur·e manque soit d’imagination, soit de bonne foi. Je dirai de bonne foi.

Antispécisme et nihilisme

L’antispécisme est une position qui refuse de discriminer moralement les espèces animales et de justifier une différence de traitement par cette discrimination – elle rassemble donc une variété de positions. Notamment des positions légalistes et des positions illégalistes, des positions moralistes et des positions amoralistes. Si cellui qui défend une position antispéciste légaliste veut rendre illégal le meurtre d’un individu non-humain comme est déjà illégal le meurtre (non autorisé par l’État) d’un individu humain, cellui qui défend une position antispéciste anarchiste veut qu’il ne soit ni légal ni illégal de tuer un individu animal comme ielle veut qu’il ne soit ni légal ni illégal de tuer un individu humain (puisqu’ielle veut la destruction de toute source de légalité et d’illégalité). Si cellui qui défend une position antispéciste moraliste peut vouloir qu’il soit reconnu comme étant mal d’exploiter ou de tuer un individu animal comme il est reconnu qu’il est mal de tuer un humain (si Dieu ou une autre Instance Suprême ne l’a pas justifié), cellui qui défend une position antispéciste amoraliste veut qu’il ne soit pas considéré comme étant mal de tuer un individu animal comme ielle veut qu’il ne soit pas considéré comme étant mal de tuer un individu humain – car ielle veut qu’on achève Dieu, qui n’est pas encore tout à fait mort, et qu’on fasse plus que de renverser les Valeurs Absolues.

On ne peut donc, comme l’auteur·e de l’article le fait, réduire tout antispécisme à un utilitarisme, c’est- à-dire à une position qui détermine la validité morale d’un acte par l’utilité que ses effets peuvent avoir pour les fins des individus moralement valorisés. Si cellui qui défend une position antispéciste moraliste refuse de discriminer moralement les espèces animales sur la base de la reconnaissance de l’égalité morale de l’intérêt des humains et de ceux des animaux non-humains, cellui qui défend une position antispéciste amorale le refuse sur la base de son refus de la morale. C’est-à-dire qu’ielle ne veut pas qu’on reconnaisse l’égalité morale des animaux humains et non-humains, mais veut qu’on cesse de penser une inégalité morale entre animaux humains et non-humains, qu’on arrête de justifier moralement le meurtre d’individus sensibles.

L’amoralisme radical (c’est-à-dire conséquent) est un nihilisme. Il affirme que rien n’est, en-soi, plus important qu’autre chose puisque rien n’est, en soi, important. Si le spécisme affirme que l’intérêt des humains importe plus que celui des animaux non-humains et si l’antispécisme moraliste affirme que l’intérêt des animaux importe autant que celui des humains, l’antispécisme nihiliste refuse de reconnaître ces intérêts comme étant – objectivement ou en soi– (autant) importants. Rien n’importe par soi-même, rien n’est, en-soi, important : n’est important que ce qui importe à une conscience et dans la mesure où elle lui importe. Même si Dieu existait, il ne pourrait que décider arbitrairement de l’importance de quelque chose qu’il aurait créé tout aussi arbitrairement – et rien ne pourrait alors justifier ce qui ne serait que son goût. Peu importe la “puissance” des un·e·s et des autres : des goûts et des couleurs, on ne discute pas – et si Dieu existait, il aurait beau faire les gros yeux, faire pleuvoir les châtiments, rien ne viendrait l’exempter de cette règle.

Maintenant, si rien ne m’interdit de tuer un individu et si un individu n’a pas d’autre importance que celle qu’il se donne lui-même et/ou que d’autres lui donnent, ce n’est pas pour autant que j’ai le droit de le tuer ou de l’exploiter - car si rien n’interdit, rien n’autorise non plus. Si je tue un vivant, je tue dans l’indifférence de l’Univers et face à la passion des autres vivants, c’est tout : pas de Dieu le Père, pas de Terre Mère, pas de Bien en Soi dans le Ciel des Idées, seulement des vivants qui accordent de l’importance, qui valorisent.

Et ce n’est pas parce que je pense qu’il n’est ni bien ni mal de tuer quelqu’un·e que j’ai envie de lae tuer : il est absolument arbitraire d’associer a priori nihilisme (philosophique) et passion de la destruction. Il est seulement possible qu’un·e nihiliste soit moins sensible à la destruction de ce à quoi ielle ne donne pas de valeur absolue – et on peut à juste titre penser que ne pas donner de valeur absolue à quelque chose c’est laisser le champs libre à une valorisation personnelle possiblement et d’autant plus forte.

Pourquoi défendre l’antispécisme si rien n’est important, si ce n’est pas mal d’être spéciste ? Parce que ça me plait, c’est tout – je ne fonde mon appel sur rien d’autre que mon goût. Et je ne pense pas qu’une critique nihiliste du fait de tuer ou d’exploiter des animaux soit inefficace. Au contraire, je pense que cesser de se croire justifié, c’est déjà mettre en question ses pratiques : je pense que si les viandard·e·s ne pensaient pas, peut-être, au fond, que c’est « normal », « bien », « naturel », « selon la volonté de Dieu » etc., de manger de la viande ou d’exploiter les animaux, ielles y repenseraient peutêtre, vu que, pour une grande majorité d’entre eulles, ielles peuvent faire autrement.

Maintenant, si l’auteur·e n’a pas cherché à considérer un antispécisme nihiliste c’est qu’ielle est ellui-même moraliste. Ielle essaye de défendre le point de vue selon lequel l’élevage est bon pour les individus en tant qu’ils sont Humains est important pour notre Humanité, comme l’affirme Jocelyne Porcher dans un de ses articles : « Nous avons besoin d’eux pour être ce que nous sommes, c’est-à-dire des êtres humains ». L’absence d’animaux dégraderait-elle notre Humanité ? Ceulles qui apprécient moins la compagnie des animaux seraient-ielles moins humain·e·s que les autres ? Ceux qui ne l’apprécient pas du tout seraient-ielles in-humain·e·s ? La religiosité de l’auteur·e ne fait aucun doute quand ielle écrit que « Pour Marx, le travail est l’expression de la vie humaine. C’est grâce au travail que l’homme transforme le monde et se produit lui-même en tant qu’homme. (.) [C]’est par le travail, en tant qu’action individuelle et collective sur le monde, qu’en tant qu’êtres humains nous forgeons notre identité et notre humanité. » Notre essence, l’Humanité, flotterait au dessus des individus humains et c’est cette essence qu’il faudrait préserver des mécréant·e·s in-humain·e·s qui osent, les impies misanthropes, critiquer le travail. C’est sur ce moralisme éhonté qui pue l’encens (qui est mis au jour et détruit dans la foulée par Max Stirner dans L’unique et sa propriété) que se fonde l’outrecuidance de l’auteur·e [21] . Lae nihiliste ne croit pas aux Fantômes, qu’on invoque pour déterminer ce qui est Important. Rien n’est Important à l’Homme car l’Homme n’existe pas. Lae nihiliste défend une position existentialiste, ielle sait que l’humanité ne sera que ce qu’elle se fera être et qu’on ne pourra dire ce qu’auront été “les humain·e·s” qu’une fois lea dernièr·e humain·e mort·e. Ielle sait que “l’existence précède l’essence” [22] en ce sens que, quand bien même ielle hérite d’une nature, c’est ellui en tant qu’ielle existe qui lui donne son sens [23]. Mais l’outrecuidance de lae auteur·e de cet article se fonde aussi sur le fait qu’ielle a “oublié” que même les éleveurs pouvaient avoir tort et qu’ielle a “oublié” que l’antispécisme pouvait être anarchiste. Il faut maintenant entrer dans le texte - en se bouchant le nez.

Spécisme, moralisme et mauvaise foi

Acceptons de dissocier « élevage » et « production industrielle de viande », donc de dissocier “torture- puis-meurtre” et “meurtre” (et ceci alors même que le “simple fait” de séparer un veau et sa mère, par exemple, est une forme de torture [24]). L’article veut montrer qu’une conséquence de la disparition de l’élevage, voulue par les antispécistes, est la production industrielle de viande. Très bien, mais on ne comprend pas du tout pourquoi ce problème concerne les antispécistes, sachant qu’ielles ne sont pas seulement pour l’arrêt de l’élevage, mais aussi pour celle de la production industrielle de viande ! Et il semble que des associations comme L214 (qui est pour le coup une association antispéciste légaliste et moraliste) focalisent actuellement leur attention sur l’industrie et non (seulement) sur l’élevage traditionnel. Mais là où on frise le ridicule, qui me ferait sourire si on ne parlait pas de souffrance animale, c’est que le titre de cet article est, rappelons-le, « Libérer les animaux de l’antispécisme ». L’antispécisme serait responsable de la production industrielle de viande ? Ici on ne peut pas plaider l’innocence, l’auteur·e est tout simplement malhonnête. J’ai du mal à comprendre qu’on publie un texte comme ça. On ne peut pas lire cet article attentivement sans s’en rendre compte. Qu’il faille libérer les animaux de la production industrielle de viande on comprend. mais de l’antispécisme ? Cela n’aurait de sens que si les revendications des antispécistes avaient pour conséquence l’augmentation de la production industrielle de viande, ce qui n’est évidemment pas le cas ! Et le véganisme n’est pas a priori responsable d’une augmentation de l’industrialisation ! On peut être végan sans manger des “steaks” (sic !) de soja produits à la chaîne. On dira qu’il faut bien produire à grande échelle le surplus d’alimentation végétale nécessaire aux végétalien·ne·s. Mais on sait que « [l]’élevage est également un gros consommateur de céréales. En 2002, un tiers des céréales produites et récoltées dans le monde avait directement servi à nourrir le bétail. Cela représentait au niveau mondial 670 millions de tonnes, soit assez pour nourrir trois milliards d’êtres humains. »[Article "Avant d’être cancérigène, la viande est polluante pour la planète".]]

Mais le cœur putride de l’article se trouve dans cette tentative incroyable et pourtant courante d’essayer de se convaincre et de convaincre les autres que, comme l’affirme sur son site Jocelyne Porcher[Article "La mort des animaux est acceptable si on leur a donné une bonne vie".]] , ancienne éleveuse et théoricienne de l’élevage à laquelle le texte fait plusieurs fois référence et que nous devrions, selon l’auteur·e, « lire absolument » : « [l]a mort des animaux est acceptable si on leur a donné une bonne vie ». La mort des animaux est acceptable si on leur a donné une bonne vie. C’était évident pour moi aussi, avant, je crois, quand j’étais viandard. Mais en fait, est-ce que je pensais vraiment cette idée jusqu’au bout ? Il est acceptable de tuer un animal si on lui a offert une bonne vie. La question c’est : pour qui est-ce acceptable ? Il est évident que c’est pour Jocelyne et uniquement pour elle que c’est acceptable ! Contrairement à cellui qui tranche des gorges à la chaîne dans une usine de production de viande, Jocelyne a la conscience tranquille parce qu’au lieu de torturer les animaux qu’elle finit par tuer parfois à l’aube de leur vie, elle les a chouchouté [Et n’oublions pas que beaucoup d’éleveur·euse·s doivent leur conscience tranquille au fait qu’ils ne tuent pas eux-mêmes les animaux qu’ils destinent à la consommation mais confient cette horrible tâche à d’autres.] ! L’éleveur-euse est satisfait·e de sa relation avec l’animal, donc la relation est satisfaisante ! Encore une fois : CQFD. Et l’animal ? La mauvaise foi de l’auteur·e de l’article tient en ce qu’ielle tente à mi-mots de nous convaincre que les animaux veulent qu’on les élève pour les tuer.

Ielle écrit : « Les animaux savent parler et, si l’on ne leur a jamais demandé de se positionner sur la question de la libération animale, encore faut-il les comprendre sur le reste. Il existe des humain.es qui en sont capables, et pour cause, iels vivent et travaillent avec eux : ce sont les éleveurs-euses. » Les animaux veulent qu’on les élève pour les tuer, parfois avant l’âge adulte : ce sont les éleveur·euse·s qui le disent ! La mort de l’animal serait ce qu’ielle nous donne en échange de son élevage. Ce serait une relation gagnant·e- gagnant·e, une association égoïste d’individus telle que peux la penser Max Stirner ! Et bien permettez-moi d’en douter. Déjà on n’a jamais demandé à la brebis de Jocelyne si elle voulait entrer dans cette relation élevée-future-tuée/éleveuse-future-rassasiée. Et si, comme l’affirme l’auteur·e de cet article, « l’intérêt premier des animaux (.) est d’exister » on peut douter (si on peut supposer que mourir c’est cesser d’exister !) qu’il soit dans son intérêt qu’on la tue un beau jour alors qu’elle est en bonne santé, qu’avant ça on tue ses enfants encore jeunes et qu’en échange on lui offre un peu d’« affection » de la part d’un maître, un toit peut-être (dont plusieurs espèces de moutons et brebis sauvages se passent très bien), et peut-être aussi en extra, parce qu’on l’aime vraiment beaucoup, la joyeuse compagnie de chiens de garde. Non seulement Jocelyne tue un agneau pour le manger, mais en plus elle essaye de nous faire croire qu’elle le fait dans l’intérêt de ce même agneau. Horrible salauderie.

Le seul intérêt défendu par Jocelyne Porcher et l’auteur·e de cet article c’est l’intérêt des éleveur·euse·s. L’antispécisme, nous dit l’auteur·e de l’article, « est entièrement imperméable à la subjectivité et au discours des éleveur.ses ». Ielle écrit aussi : « Tout indique que l’élevage, compris comme un rapport historique de travail avec les animaux, relève d’abord de la rationalité relationnelle. La majorité des éleveur.ses, celleux qui ont choisi ce métier, travaillent avec les animaux pour vivre avec eux » ou encore : les antispécistes « continuent d’ignorer sciemment tout ce que la relation aux animaux peut comporter d’affect et de sens ». Et le pire pour la fin : « Les éleveurs ont un rapport moral avec leurs animaux en dépit du fait qu’ils conduisent in fine leurs bêtes à l’abattoir. » et : les éleveur·euse·s se « soucient au quotidien des animaux et de leur bien-être » ; Comment peut-on croire avoir une relation morale avec une personne qu’on prévoit de tuer ? Comment peut-on croire que les éleveur·euse·s « ne sont pas dans un rapport instrumental avec leurs animaux », alors qu’ielles mangent ou vendent leurs dépouilles ou les utilisent comme machines à produire du lait ? Comment peut-on veiller au bien-être de l’agneau qu’on tue ? Il faut qu’un·e éleveur-euse soit orgueilleux-se comme dix Dieux et Déesses pour croire que le temps passé sous son regard bienveillant justifierait aux yeux de l’agneau qu’il soit tué pour être mangé. L’auteur·e de l’article nous dit que, contrairement aux pratiques de l’élevage, dans les usines de production industrielle de viande « [l]es animaux malades sont abattus et non guéris. » Quel degré de mauvaise foi faut-il avoir développé pour penser qu’un·e éleveur-euse qui guérit un animal malade pour mieux le tuer une fois qu’il sera sain est plus moral (car ielle est sur le terrain de la morale) qu’un producteur qui tue l’animal malade au lieu de le guérir ? La seule différence est de l’ordre d’une morale utilitariste, pour le coup, si on supposait que le cadavre d’un animal malade ne servait pas à nourrir des humain·e·s. Or ce qui n’est pas le cas : on connaît, par exemple, l’état de santé des poulets élevés en batterie [25].

N’oublions pas de mentionner cette affirmation, qui porte la mauvaise foi à son comble : « Les éleveuses aiment leurs animaux, et il n’y aurait pas d’élevage autrement. » Comment peut-on croire aimer un individu qu’on prévoit de tuer et dont on prévoit de tuer les enfants ? Nous n’avons pas la même définition de l’amour. C’est évident : ce que traite de manière morale et aime Jocelyne, c’est une abstraction, c’est l’Espèce dont elle élève des individus, comme les religieux Humanistes aiment l’Humanité, et non les individus humains existant réellement. L’éleveur-euse de moutons et brebis aime l’Idée de Mouton et l’Idée de Brebis, qui ne peuvent pas souffrir, qu’on ne tue jamais, sauf si l’Espèce disparaît. On voit bien que le gouffre que l’auteur·e de cet article voudrait mettre entre production industrielle de viande et élevage se comble. Si ielle écrit : « Dans les porcheries industrielles (...) les truies n’ont pas de nom, ce sont des “unités”, la viande, du “minerai”, et tout le monde sait bien que pour y travailler, mieux vaut ne pas aimer les animaux », on peut affirmer que cellui qui dit aimer un agneau et le tue aime être en compagnie de l’Agneau et que pour ellui un agneau en remplace un autre, sinon ielle n’en tuerait aucun. Pour affirmer comme Jocelyne Porcher : « J’ai tué et vendu les agneaux auxquels les brebis ont donné naissance, et c’est ainsi qu’a pu durer la relation », il faut parler d’une relation avec un individu abstrait, une relation avec une population d’individus remplaçables. Jocelyne Porcher est une Religieuse, elle n’a jamais aimé aucun mouton : ce qu’elle aime c’est Le Mouton. C’est cet amour abstrait qui vient justifier l’élevage : arrêter de tuer des Agneaux c’est arrêter d’élever les individus de l’Espèce Ovis aries et c’est (selon Jocelyne Porcher) risquer l’extinction de cette dernière. Si lae dernièr·e représentant·e de l’Espèce Ovis aries meurt, c’est l’Espèce Ovis aries éteinte que les éleveur·euse·s pleureront, et non l’individu mort. Ielles pleureront la non-existence future d’individus encore nonexistant et n’ayant de valeur qu’en tant que représentant·e·s de leur Espèce, et non un individu qui était bien vivant. Encore une fois il y a un gouffre ontologique entre les individus concrets et l’Espèce dont ils sont les représentants. Ramener des individus à leur espèce c’est les désindividualiser, en faire des abstractions, des fantômes. Que la brebis soit portée à se reproduire je suis d’accord mais elle ne se soucie pas de son Espèce. Seuls les humain·e·s aiment les fantômes. Et leur fantôme préféré, c’est l’Humanité, évidemment. Souvenons-nous : « Nous avons besoin [des animaux domestiques] pour être ce que nous sommes, c’est-à-dire des êtres humains »[Article "Ne libérez pas les animaux !".]].

Maintenant, en quoi l’élevage serait dans l’intérêt de la brebis ? On dira : “pour sa sécurité”. Ah oui c’est vrai, il y a le loup[Article "Ne libérez pas les animaux !" aussi.]]. C’est vrai, les pauvres agneaux, libres dans les prairies, pourraient être tués par le loup. Mais c’est ce que fait Jocelyne Porcher, tuer des agneaux ! Et contrairement au loup, elle aurait pu faire autrement ! Donc je dirai : relâchez les individus de l’espèce Ovis aries et ielles se débrouilleront : nous n’avons pas pour mission de reproduire des espèces, nous n’avons pas à veiller sur les animaux car nous ne sommes pas maîtres et possesseurs de la nature. D’ailleurs on ne voit pas Jocelyne Porcher, elle qui aime tant les animaux, aller essayer de sauver les dernier·e·s représentant·e·s des Espèces en voie de disparition, ni les moutons sauvages à la merci des prédateurs.

Au delà de l’amour de l’Espèce, et si Jocelyne entretient des rapports avec des individus réels, même si elle les nomme, ce qu’elle aime, ce sont ces rapports eux-mêmes et c’est comme ça qu’il faut comprendre l’affirmation selon laquelle « [l]a majorité des éleveur.ses, celleux qui ont choisi ce métier, travaillent avec les animaux pour vivre avec eux. » Les éleveur·se·s aiment le fait même de vivre avec des animaux [26], et non ces animaux eux-mêmes. Plus que l’Espèce, Jocelyne aime l’Amour qu’elle a pour cette Espèce. Comment ne pas s’en rendre compte en lisant son témoignage ? "Allez, généreux libérateurs, nous dit-elle, au moins une fois dans votre existence raisonnable, rentrer les chèvres, les vaches ou les brebis pour la traite ou la tétée des jeunes. Soyez amoureux. Le jour tombe doucement dans l’odeur appétissante et sensuelle du foin. Les derniers rayons du soleil rosissent les prés. L’air est doux et tiède. Alors que vous approchez du troupeau, des effluves animaux vous atteignent et vous enveloppent, senteur capiteuse tellurique et végétale à la fois. Votre cerveau, votre peau et vos nerfs s’y baignent avec allégresse et un profond bien-être vous envahit, un trop de bonheur où votre cœur se vautre."[Encore l’article "Ne libérez pas les animaux !".]] Jocelyne aimait goûter des présences, baigner dans des odeurs etc., c’est-à-dire qu’elle aimait élever. Mais elle n’aimait aucun des animaux qu’elle a tués.

Comment ne pas être certain·e qu’une élevereuse n’aime qu’ielle-même dans la relation qu’ielle entretient avec une Idée lorsque l’auteur·e de l’article affirme que « l’élevage (…) consiste à cultiver la vie dans une relation que seule la mort des animaux rend possible », lorsque Jocelyne Porcher nous dit : « [j]’ai tué et vendu les agneaux auxquels les brebis ont donné naissance, et c’est ainsi qu’a pu durer la relation » ? Comment ne pas être certain·e que l’auteur·e de l’article veut préserver ce fantôme qu’est l’Humanité de l’absence de relation avec des animaux et non protéger les individus animaux eux-mêmes lorsqu’ielle se plaint que « les antispécistes proposent [de] débarrasser purement et simplement la société humaine [des animaux] ». Moi, par exemple, j’aime assez les perruches que je ne connais pourtant pas pour ne pas en mettre une en cage chez moi. Jocelyne Porcher veut nous faire croire et veut sûrement croire elle-même qu’elle aime les animaux, alors qu’elle s’aime elle-même « aimant » les animaux. Je n’ai rien contre l’égoïsme qui est selon moi une caractéristique fondamentale de notre existence [27]. Par contre j’ai quelque chose contre l’égoïste qui tue des animaux et veut nous faire croire qu’ielle les tue par altruisme.

Antispécisme et anarchisme

Pour essayer de descendre l’antispécisme, nous l’avons dit, l’auteur·e de cet article hallucinant de médiocrité utilise la réduction. Et ielle n’y va pas de main morte : 1°) quand ielle dit que « l’élevage est né il y a 10 000 ans et ne rentre dans les catégories propres au capitalisme qu’au prix d’une prodigieuse manipulation intellectuelle. » ielle réduit l’exploitation au capitalisme pour sauver l’élevage. Quand bien même cela lui ferait plaisir, non, l’exploitation n’est pas née avec le capitalisme. 2°) ielle réduit tout antispécisme à une position pro-modernité : il n’y aurait pas d’antispécisme anarchiste, anti-capitaliste et anti-industriel. Quant bien même cela lui ferait plaisir, non, tous les antispécistes ne veulent pas que les éleveur·euse·s traditionnel·le·s passent à l’industrie mondialisée. Il est faux de dire qu’« [e]n Occident, la révolution que les antispécistes appellent de leurs vœux a déjà eu lieu il y a deux siècles ; on a appelé ça la révolution industrielle. » Tout antispéciste ne réduit pas le problème de la production industrielle au spécisme c’est-à-dire oublie le problème spécifique du capitalisme. On peut défendre une position antispéciste et anticapitaliste. 3°) ielle réduit les antispécistes à des misanthropes qui ne prennent pas en compte la souffrance humaine. Quand bien même cela lui ferait plaisir, oui, on peut être antispéciste et reconnaître la souffrance de ceulles qui travaillent dans les usines de production de viande. S’il faut reconnaître que non, animaux et humain·e·s ne partagent pas les même conditions de travail justement parce que dans le couple “travailleurs·ses dans une usine de production de viande/animal” « l’un rentre chez lui le soir et l’autre non » ou plutôt “un·e rentre chez lui après avoir tué l’autre”, il faut reconnaître que travailler dans une usine de production de viande doit être un véritable cauchemar. Mais j’ai quand-même tendance à plaindre d’avantage la victime que le bourreau (quand bien même ielle serait par ailleurs victime dans sa relation avec la société) et il faut reconnaître que cellui qui travaille dans un abattoir peut dans l’absolu [28] refuser de continuer à tuer, alors que l’animal ne peut pas s’enfuir.

Même si je suis évidemment pour critiquer la production industrielle de viande, le procédé qui vise à critiquer la production industrielle pour mieux sauver l’élevage est un procédé salaud. C’est dire : « Oui j’ai tué un veau mais regarde, eulles en ont tué mille ». Minable. Ce n’est pas parce que la production industrielle de viande est pire que l’élevage traditionnel que la pratique de l’élevage traditionnel est justifiée !

Et je ne fais pas comme si les « 1,3 milliard d’éleveurs dans le monde (…) n’existaient pas » et je sais que la vie de beaucoup d’humain·e·s dépend de l’élevage. Je ne suis pas outré parce que certain·e·s élèvent des animaux parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Mais il y a une différence radicale entre aller proposer à une communauté qui élève traditionnellement des animaux pour les manger de considérer un autre mode de subsistance, et aller enlever sa proie de la gueule du-de la renard·e. Si la·e renard·e ne peut pas, ontologiquement parlant, arrêter de chasser c’est-à-dire changer de projet, l’humain·e le peut.

Encore une fois c’est une toute autre histoire si la situation de ce·tte dernier-ère ne lui permet pas de vivre sans tuer. Je n’irai pas voir cellui qui perce la banquise pour tuer un phoque afin de se nourrir et de se vêtir et lui dire de planter des céréales, des fruits et des légumineuses, non. Encore une fois, un antispécisme amoral est possible : je refuse de discriminer moralement les espèces animales et je ne tue ni n’exploite aucun animal qui ne m’a rien fait. Mais parce je pense qu’il n’est ni autorisé, ni interdit, ni bien, ni mal de tuer un animal, je tue le moustique qui m’attaque, je tuerai le·a dernier·ère représentant·e d’une espèce s’ielle essayait de me tuer, et si je devais manger de la viande, c’est-à-dire si je n’avais pas d’autre nourriture disponible, je mangerai de la viande. Ça me couterait, mais je le ferai sans culpabilité. En attendant et parce que je n’en ai pas besoin je ne veux pas nuire aux animaux qui ne m’ont rien fait et je n’aime pas que ceulles qui n’en ont pas besoin nuisent aux animaux qui ne leur ont rien fait (c’est-à-dire toutes les viandard·e·s que je connais). C’est pourquoi j’appelle tout·es ceulles qui le peuvent à une conversion à des pratiques se rapprochant le plus possible du végétalisme ET à une révolution anarchiste et anti-industrielle pour la liberté de tous les animaux, sur une planète préservée de la capacité de destruction de la modernité.

VÉGAN TANT QUE JE POURRAI !

Anatole N

Laissons le véganisme [29] sur les rayons des bibliothèques et reprenons la lutte

Nous n’avons pas écrit ce texte pour créer un débat au sein du mouvement antispéciste (qui est mort, tué par le poids de ses propres bavardages, de ses soi-disant porte-paroles et de sa rhétorique philosophique), mais pour souligner le fait qu’il y a des individualités, dans le mouvement de libération animale, qui sont poussées par une tension révolutionnaire qu’elles ont voulu adresser contre l’exploitation animale.

Le véganisme peut être interprété comme le refus de la souffrance méthodique et de l’exploitation des animaux et donc l’abstention de la complicité avec ceux qui les massacrent systématiquement. Nous pensons cependant que ce n’est qu’un premier pas vers ce qui pour nous est un parcours visant à la libération animale et à la libération de toute domination. On voit que la tendance qui veut faire passer le véganisme pour un moyen vers la Libération Animale prend toujours plus d’espace, mais elle cible seulement le pouvoir symbolique et social de la viande et des dérivés animaux. Personne ne peut être sérieusement convaincu que son régime alimentaire a donné un coup sérieux à l’industrie de l’exploitation animale ; de fait, le véganisme agit contre un imaginaire collectif.

Être végan (même éthique) tout en pensant pouvoir ainsi anéantir l’exploitation animale, voire LIBÉRER d’autres animaux [des animaux autres que les humains ; NdT], c’est trompeur et dangereux, parce que c’est une tentative de pacification de la résistance. C’est comme croire que l’on peut subvertir le système en s’abstenant de voter. Si nous n’allons pas voter, c’est parce que nous avons décidé de ne pas déléguer nos choix et nos vies. Si nous n’allons pas voter, c’est parce que nous refusons ce système. Mais penser que la simple abstention puisse faire basculer les choses à notre avantage, ce serait naïf.

Au lieu d’alimenter des nouvelles étincelles, on souffle à pleins poumons sur la petite flamme de l’action révolutionnaire pour la libération animale, en la faisant s’éteindre et en proposant le véganisme comme un acte politique d’opposition. Le véganisme est un acte de conséquence et de cohérence envers sa propre conscience, vue comme perception de la réalité qui nous entoure, et à laquelle d’aucuns donnent une portée politique parce qu’ils ont décidé d’analyser les rapports de pouvoir qui s’établissent dans la société où nous sommes. Cependant, ça n’est pas un acte de révolte. C’est le refus d’une pratique d’exploitation, pas une résistance concrète. C’est inévitablement inclus dans le panel des choix alimentaires, et, de par cette caractéristique, absorbable par le système capitaliste. La seule possibilité que nous avons, face à cette impasse, c’est de donner vie à un conflit non récupérable, qui peut être réalisé seulement si, en analysant les dynamiques de domination qui maintiennent une exploitation particulière, nous pouvons identifier pas seulement les structures, mais aussi les rôles qui construisent et gardent leur pouvoir (économique et social) sur l’exploitation. Un conflit, donc, qui frappe le mécanisme capitaliste qui produit la destruction des animaux [30].

La portée révolutionnaire de la question animale se réalise si nous sommes capables de l’affronter avec les bons moyens : la libération animale traite la question de l’exploitation des animaux comme premier pas vers une mise en discussion d’ensemble d’un système autoritaire plus large. Un des points forts du mouvement pour la libération animale a toujours été celui de se faire porteur de pratiques radicales, qui mènent un haut niveau de conflictualité vis-à-vis des responsables de l’exploitation animale. Une conflictualité permanente, capable de freiner la récupération de certaines pratiques de la part des institutions. La lutte pour la libération animale a toujours ouvertement assumé toute attaque contre ceux qui étaient reconnus comme responsables de la perpétration de l’esclavage des autres animaux. Une lutte qui reconnaît dans les institutions la première forme de garantie de spécisme et d’anthropocentrisme, ceux qui légitiment l’anéantissement individuel de nous-mêmes et d’autrui. C’est pour cela que cette lutte ne pourra jamais dialoguer avec ceux qui parlent un langage différent [31].

Dans ce sens, aucun processus de commercialisation et d’accroche du consommateur ne pourra jamais transformer une lutte radicale en une mode ni en produits de supermarché ou restaurant (peu importe si les entreprises sont véganes ou pas, parce que nous refusons à la base le rôle de consommateurs). Il est naïf de croire que le mot « végan » puisse exprimer l’absence de cruauté : rien, dans cette société, est libre d’exploitation. Personne ne peut sortir du monde dans lequel on vit. Même un végan qui n’achète pas de produits au supermarché. Soit on collabore avec le génocide, soit on le combat. Il n’y a pas d’autres alternatives. On ne peut pas déserter, pas même à travers un choix précautionneux de produits achetés. On ne peut pas se taire, sinon l’on devient complice. Il est possible de s’exprimer, mais de cette façon on n’a pas encore déserté. Au delà de la dénonciation reste l’attaque contre les hommes et les structures responsables du génocide.

En développant la conception éthique d’où partent les luttes animalistes, on arrive au véritable affrontement révolutionnaire contre ceux qui nous oppriment et nous dominent.

Nous devons diriger notre regard vers un monde où ont disparu jusqu’aux décombres des lieux de production (toute production, même végan/sans-cruauté) , un monde où il n’y aura plus de produits eco- (-logiques, -soutenables, -solidaires), parce qu’il n’y aura plus de producteurs. Et ce monde n’est pas possible si d’abord nous ne détruisons pas celui où nous sommes.

Mais pour le faire, nous devons redonner de la dignité à la lutte pour la libération animale, en la replaçant dans un parcours révolutionnaire (pas dans un sens philosophique, mais avec des pratiques radicales), dans lequel idée et action directe sont étroitement liées et constituent un terreau fertile pour d’autres parcours de conflictualité permanente.

Si l’idée fixe du mouvement antispéciste est que la ligne de démarcation nette qui existe indiscutablement entre « véganisme éthique » et « véganisme alimentaire » soit claire et précise, alors il faudra que visons, perdrix, cailles, sangliers, faisans et autres s’ingénient à trouver des modalités d’affrontement et d’évasion autonomes. Parce que les végans éthiques sont plus préoccupés par leur pureté idéologique que par l’action directe et la création d’une culture qui supporte et diffuse celle-ci.

Mononoke

P.S. Si les supermarchés et différents magasins bio débordent de produits d’origine végétale, alors nous pourrions suggérer que la main prenne ce que l’œil voit.

Mordre à nouveau 7 janvier 2017 - Bruxelles

C’est toujours grisant, de se retrouver la nuit, entre complices, pour attaquer. On se dit souvent, que peu importe les cibles, finalement, il n’y a que peu de choses dans ce monde qui ne fasse pas l’objet de notre haine.

Pourtant cette fois nous avons voulu nous en prendre à la vitrine d’une boutique précise, qui vend des fourrures, sur l’avenue stéphanie à Bruxelles. Notre sensibilité aux modes de vie tendant vers le végan ne se contente pas de pillages de biocoop, d’échange de recettes de seitan et de discours antispécistes. On se sentirait inconfortable dans nos kways noirs si on n’attaquait pas aussi ce qui réprésente le plus directement l’exploitation d’animaux non humaines.

Nous voulons attaquer partout que ce soit sur leur lieu de travail ou de vies, que ce soit des individu.es où les batiments qui les abritent car nous croyons aux responsabilités individuelles et au choix qu’illes font de reproduire de la domination.

Par cet acte nous voulions, d’une part nuire aux exploiteureuses mortifères, et d’autre part exprimer notre sympathie à tous.tes les activistes, enfermé.es ou non, qui combattent l’exploitation animale, qu’ils utilisent des sigles ou non.

Contre la domestication et ses défenseures.

Pour la destruction de toutes les cages.

13 coups de brise-vitre en passant...

Libération de visons 17 juillet 2017 - USA

Entre 30.000 et 40.000 visons ont été libérés de leurs cages à Lang Farms (23588 county road 34) à Eden Valley dans le Minesotta pendant la nuit du 16 au17 juillet. Les barrières entourant la ferme de fourrure ont été démantelées et toutes les cages ont été ouvertes une à une !

La ferme est située près de marais et de prairies. Les visons sont communs dans le Minesotta et on peut en trouver aux abors des cours d’eau et marais dans l’ensemble de la région.

Le sherif du comté a déclaré aux journalistes qu’il était convaincu que c’était des militants de la cause animale qui étaient responsables et estimait les dommages a 750.000 dollars.

Liberation d’agneaux 27 novembre 2016 – Espagne

“Le sauvetage s’est déroulé en Espagne le 27 novembre, effectué par un-e activiste agissant seul.e, la nuit précédant leur transfert sur l’aire d’engraissage. La personne qui les a sauvés a marché plus de 10 km avec elleux dans les bras. Ielles ont recus soin et attention médicale.

Les 5 agneaux ont été sauvé d’une mort triste et imméritée.

Actuellement ielles vivent heureux et en bonne santé, avec une grande famille composée de nombreuses espèces.”

Offensives contre une boucherie et des prédateurs environementaux 11 juin 2017 – Chili

Pose coordonnée d’engins explosifs sonores (créant un souffle d’explosion et donc du bruit, mais ne projetant pas d’éléments pouvent embraser, blesser, tuer, endommager quoi que ce soit, Ndt) par L’ALF et l’ELF à Santiago et dans la province d’Arauco (Chili, Ndt).

Embrassant la lutte pour la libération totale, nous perséverons ...

De par nos perspectives et praxis nous voulons créer une coordination informelle d’attaques aux valeurs communes. L’attaque anti-autoritaire entre complices, existe depuis un moment déjà sur le territoire chilien avec des sabotage à petites échelles.

Bien évidemment nous souhaitons que plus de soeurs et de frères s’emparent des actes et discours de l’ALF et de l’ELF. S’y mettre n’est qu’une question de choix, personne ici n’en a l’exclusivité, tout le monde peut le faire.

Aujourd’hui nous revendiquons de nouvelles actions pour le front de libération animale et de la terre (ALF/ELF), la pose coordonnée de bombes sonores ce 11 juin en face d’une boucherie et de la compagnie forestière Arauco (compagnie d’exploitation des forets, Ndt), toujours plus de propagande dans la province d’Arauco. Ce sont juste de petits messages contre les boucher.es et les prédateurs environementaux, qui sont de notre point de vue des salopards.

L’audace du front de libération ne s’arretera jamais.

Force à Awkiñ [32] ! Tout continue...

Front de libération animale / Front de libération de la terre

Libération de requins 4 mai 2017 - Mexique

Ce 4 mai, quatre requins roussettes vivant en captivité à playa tiburón, Isla mujeres (Mexico) on été relaché anonymement durant la nuit.

Jusqu’à ce que toutes les cages soient vides,

Front de Libération Animale Mexico

Attaque d’un élevage de vison 10 février 2017 - Italie

Nous avons rendu visite à cette ferme en ayant lu les nouvelles de celleux qui y avaient été avant nous.

Nous ne savions pas vraiment ce qui nous attendait mais avons eu une énorme surprise en découvrant que l’endroit n’était pas seulement rempli d’animaux mais qu’il avait aussi été agrandi. Ielles avaient mis des alarmes, des lumières, une sirène et un chien plutôt brute et “incorruptible” même face à nos friandises. Le fermier, bien qu’ayant des patrouilles régulières toute la nuit, n’était pas si confiant dans sa protection, et dormait dans sa voiture, mais d’un sommeil profond... Nous avons attendu la nuit noire. Et froide.

Nous avons passé les premiers détecteurs... Et détruit l’alarme avant qu’elle ne se mette à signifer notre présence d’une facon des plus désagréable. Après nous avons détruit la centrale d’alarme. Ceci fait, nous avons vérifié que nous avions une voie de fuite, avons abattu des dizaines de mètres de clotures et ouvert les portes.

Finalement nous avons ouvert toutes les cages des trois hangars : des milliers de visons se sont mis à partir dans toutes les directions, points blancs dans la nuit sombre. Avant de partir par les champs nous avons jeté un dernier regard en arrière, l’endroit semblait complétement différent, un message a été écrit sur le batiment : “Ferme hors service ALF”.

Courant dans la nuit froide et sombre une pensée me traversa l’esprit : que chaque lieu d’exploitation et de mort doit fermer pour mettre fin à cette éternelle treblinka animale. Mais cela n’arrivera pas tout seul et nous n’allons pas rester là les bras croisés...

Transformer sa colère en volonté d’agir pour mettre fin à tout cela.

Pour l’action directe.

ALF

Anatole N., anonymes, Joie de vivre, Mononoke

P.S.

Plus de textes :
https://untorellipress.noblogs.org/ (en)
https://breakdown.noblogs.org/ (fr)

Plus d’attaques :
http://directaction.info/ (en)
https://attaque.noblogs.org/ (fr)
https://sansattendre.noblogs.org/ (fr)

Plus de textes et d’attaques :
https://contrainfo.espiv.net/ (multilingue)
http://actforfree.nostate.net/ (en)

D’autres brochures à tendance nihiliste disponibles sur demande :
joiedevivre(a)riseup.net

Le déclin sénile de l’anarchie
Le soleil se lève toujours
Dangerous Space


[1] Quoique, en cherchant bien : "Oppression, prépondérance dans les luttes et... neurones miroirs".

[2] Ne parlons pas de la haine des chasseur.euses, dans laquelle un certain racisme social semble avoir tout loisir de s’épanouir.

[3] Jocelyne Porcher, « Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIème siècle ».

[4] Les points de vue moraux ont cela de commodes qu’ils permettent d’avancer un positionnement tranché, parfois aux allures très radicales, sans nécessiter la moindre connaissance du sujet abordé. Celleux qui ont suivi la polémique antiracialisatrice de près ou de loin n’ont pu que constater l’aplomb avec lequel des personnes (blanches) ont voulu imposer leurs dogmes sans rougir de n’avoir aucun début de culture ou d’analyse antiraciste à faire valoir. Sauf qu’il suffisait de jeter un rapide coup d’œil à n’importe lequel de leurs bréviaires pour réaliser une chose simple : le contraire de l’antiracialisme, ce n’est pas le « racialisme » : c’est l’antiracisme. Et tout porte à croire que de la même façon, le contraire de l’antispécisme n’a pas grand chose à voir avec le « spécisme ».

[5] On peut voir une illustration assez sidérante de cette filiation philosophique utilitariste dans un chapitre de Zoopolis cité par les Cahiers Antispécistes intitulé « La citoyenneté des animaux domestiques » : « Plusieurs théoriciens des droits des animaux ont tenté de distinguer les « utilisations » (légitimes) des animaux de leur « exploitation » (illégitime). Comme le notent à juste titre ces auteurs, entre humains, il nous arrive souvent d’utiliser autrui de diverses manières pour satisfaire nos besoins et désirs, et cela n’est pas forcément problématique sur le plan moral. Dans les sociétés humaines, les exemples d’utilisations inoffensives sont légion, que ce soit dans les transactions économiques ou d’autres formes d’échange, y compris s’agissant de produits corporels tels que le sang ou les cheveux. La question est de savoir à quel moment on bascule vers l’exploitation. »

[6] Jocelyne Porcher, « Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIème siècle.

[7] Doctrine qui fait de l’utile, de ce qui sert à la vie ou au bonheur, le principe de toutes les valeurs dans le domaine de la connaissance comme dans celui de l’action. On appelle utilitarisme le système qui consiste à ramener la notion du juste à celle de l’utile, par conséquent à faire de l’intérêt le principe du droit et de la morale.

[8] Jocelyne Porcher, « Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIème siècle.

[9] Charles Patterson, « Eternal Treblinka ». Chronique par Anne Renon.

[10] Le Sonderkommando était chargé de faire marcher les chambres à gaz et les fours crématoires. Ses membres étaient choisis parmi les déportés, et étaient exécutés au bout de quelques semaines.

[11] Jocelyne Porcher, « Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIème siècle ».

[12] En fouillant plus loin, on trouve dans une fiche de lecture du livre fondateur de Peter Singer « Animal Liberation » autre chose sur l’élevage : « Au sujet de l’élevage traditionnel, Singer note que même les méthodes relativement peu cruelles qui y sont mises en œuvre font intervenir « la castration, la séparation de la mère et de ses petites, la rupture des groupes sociaux, le marquage au fer rouge, le transport jusqu’à l’abattoir, et enfin l’abattage lui-même ». Même s’il était possible d’élever des animaux sans ces causes de souffrance, cela ne pourrait se faire que sur une petite échelle, et la viande ainsi produite serait extrêmement chère et ne pourrait servir à nourrir nos énormes populations urbaines. D’un point de vue pratique, ces considérations permettent d’éviter d’avoir à discuter de la justesse morale du fait de tuer sans douleur les animaux pour la viande. » Vraisemblablement, ça se passe de tout commentaire.

[13] « Si la viande n’est pas nécessaire pour pourvoir à l’alimentation humaine, elle est aujourd’hui nécessaire à assurer un revenu aux travailleurs qui la produisent. Il n’est pas éthique de soutenir une activité simplement parce qu’elle procure des emplois. (Faudrait-il entraver les efforts de prévention des maladies ou des guerres pour préserver l’emploi dans les industries pharmaceutique ou de l’armement ?) Il est en revanche réaliste – et éthique – de se soucier de l’avenir de ceux qui aujourd’hui gagnent leur vie grâce aux productions animales quand on entreprend d’y mettre un terme. »

[14] Food and Agriculture Organization of the United Nations, l’OMC de la bouffe.

[15] Lors de la dernière rencontre contre la COP 21 à Paris, les occidentaux.ales n’ont pas hésité à imposer aux militant.es des pays du Sud leur régime sans viande.

[16] Un autre exemple de cette atterrante propension à l’anthropomorphisme qui traverse le courant antispéciste est donné en conclusion d’un article des Cahiers Antispécistes traitant de la question des chiens d’aveugle : "En l’honneur de Jesse, la prochaine fois que vous rencontrerez un chien d’assistance, adoptez un point de vue radicalement différent. Ne dites pas : « Ouah ! Ce chien est tellement beau ! Et si bien dressé ! » Demandez plutôt : « Hé, ce chien a-t-il déjà eu droit à un putain de jour de congé ? »"

[17] Cité par Jocelyne Porcher.

[18] Je ne veux pas dire par là que le meurtre ou l’exploitation sont justifiés par le besoin. J’appelle à la fin des justifications.

[19] Que je vous invite à lire avant de continuer.

[20] Je souligne.

[21] Il faut rajouter que son moralisme flagrant et classique est, malgré ce qu’ielle pourra dire, bien teinté d’utilitarisme : n’essaie-t-ielle pas de montrer qu’il est dans l’intérêt des humain·e·s voir même (sic !) dans l’intérêt des animaux nonhumains de continuer l’élevage comme mode de présence d’animaux au sein des communautés humaines ?

[22] Comme l’écrit Sartre dans L’existentialisme est un humanisme.

[23] S’ielle est, mettons, aveugle, il repose sur ellui en tant qu’existence d’en faire, par exemple, une malédiction ou cette chance qui lui a donné l’occasion de se penser soi et de penser les autres au-delà de l’apparence visuelle. Et c’est une fois mort·e qu’on pourra dire ce que son handicap – et il n’aura été que ce qu’il aura été pour ellui.

[24] Cf. vidéo sur Youtube (je ne cautionne pas la musique…).

[25] Cf. l’artcile "L’élevage intensif des poulets" sur ciwf.fr.

[26] Et ces animaux en tant que réprésentant·e·s de leur Espèce.

[27] Je ne dis pas que nous devons être égoïstes (ou que nous devons ne pas l’être) : je dis qu’en tant que nous sommes désir d’être (comme le montre Sartre dans L’être et le néant), nous existons égoïstes – car ce que nous désirons réaliser c’est nous-mêmes.

[28] Je ne rentre pas dans le débat que suppose la reconnaissance du caractère situé de la liberté.

[29] Nous ne sommes pas des philosophes et nous pensons que les définitions des termes, comme la différence entre « véganesimo » et « véganismo » [le traducteur n’étant pas un philosophe non plus, il ne sait pas traduire la différence entre ces deux concepts ; NdT] n’ont que peu d’importance dans ce discours.

[30] Cf. Alfredo Maria Bonanno, « Di quale natura parliamo ? », Ed. Anarchismo, Trieste, 2015.

[31] Rencontre pour la Libération animale, 2015.

[32] Awkiñ est un compa actuellement en cavale.