BROCHURES

Dialogue avec ma vulve

Moi : La première fois que je t’ai vue, j’ai pensé que tu n’étais pas normale.

Ma vulve : Oui... c’est incroyable ! Alors que tu n’avais jamais vu de sexe féminin, pas même en dessin !

Moi : Étrange en effet, j’ai été moi-même surprise par cette conviction en l’absence de savoir objectif. J’ai ensuite pensé que je m’étais trompée, pour découvrir bien plus tard le sens profond de cette pensée apparemment absurde.

LE SOCIAL : JE N’Y COMPRENDS RIEN ! PARFOIS LA SUBJECTIVITÉ DE MES SUJETS M’ÉCHAPPE TOTALEMENT...

Ma vulve : Je vois, on ne pourra jamais être tranquilles pour discuter toi et moi ; il sera toujours là pour nous surveiller ou faire des commentaires. Et même si on changeait de police, il y aurait toujours des majuscules.

Moi : C’est dur oui, mais essayons de faire comme s’il n’était pas là, pour avoir un semblant d’intimité. Je me souviens de nos premiers contacts, très tardifs...

Ma vulve : Je ne crois pas que tu t’en souviennes vraiment, le grand S (social) a participé à cet oubli partiel, de ce que tu as fait et ressenti avec moi de ta naissance à ton premier partenaire sexuel. Mais mes souvenirs à moi sont intacts, gravés dans ta chair !

Moi : C’est terrible ce que tu me dis. Pendant des années j’ai cru que les premières sensations dans mon sexe, je les avais eues avec quelqu’un d’autre.

LE SOCIAL : VOUS SAVEZ TRÈS BIEN QUE LE PLAISIR QU’ON SE DONNE A SOI-MÊME EST MOINS INTENSE QUE CELUI QUI NOUS EST DONNE PAR UNE AUTRE PERSONNE.

Ma vulve : C’est ça ! Cause toujours. C’est ce qu’elle a cru pendant longtemps mais c’est fini !

Moi : Tu ne devrais pas trop le narguer, il est plus fort qu’on ne le croit et pourrait encore nous en faire voir.

Ma vulve : Il te fait peur ?

Moi : Ce n’est pas ça... mais je crois qu’on est bien obligées de faire avec lui.

Ma vulve : J’en sais quelque chose, quand je vois ce qu’il a fait de moi, qui étais une partie du corps parmi d’autres.

Moi : Oui, il m’en a fallu du temps pour arriver à trouver l’attitude juste avec toi : ni faire comme si tu n’existais pas, ni te sacraliser.

Ma vulve : Ah oui... je me souviens de cette période où toute ta vie était organisée autour de moi. C’était lourd à porter : tu m’exhibais à tes partenaires et je te faisais exister, te sentir belle, vivante...

Moi : C’est vrai, c’était trop pour moi aussi parfois, mais je pensais que cette pression venait de toi ! J’étais fascinée par l’intensité du plaisir que tu me procurais ; un jour j’ai même cru que j’allais mourir et j’ai eu très peur.

LE SOCIAL : VOUS ÊTES MIGNONNES TOUTES LES DEUX À VOUS RENVOYER LA RESPONSABILITÉ. C’ÉTAIT MOI QUI TIRAIS LES FICELLES, ÉVIDEMMENT !

Ma vulve : Il commence à m’énerver celui-là, ou plutôt il continue. Moi je sens bien qu’entre nous, il y a des zones dans lesquelles il ne peut pas s’immiscer. Et d’ailleurs, s’il avait tant de pouvoir que ça, il y a beaucoup de choses que tu ne m’aurais pas fait vivre.

Moi : Peut-être, mais il y en a aussi qu’il m’empêche de vivre, ou qu’il me fait vivre comme des épreuves.

LE SOCIAL : JE SUIS LÀ AUSSI POUR VOUS PROTÉGER ET DONNER DU SENS À CE QUE VOUS VIVEZ. JE VOUS RAPPELLE QU’ON N’A PAS BESOIN DE TOUT FAIRE ET DE TOUT ESSAYER POUR S’ÉPANOUIR ET TROUVER LE BONHEUR.

Ma vulve : Ne l’écoute pas ! Concentre-toi plutôt sur ce qui est possible, tu n’as pas fini d’en découvrir des choses avec moi !

Moi : Et vice-versa ! Tu m’as souvent surprise par tes réactions, tout ce que tu me faisais ressentir et que je ne comprenais pas.

Ma vulve : Je ne suis pas sûre de voir de quoi tu veux parler, tu deviens pudique on dirait... C’est à cause de l’autre censeur ?

Moi : J’ai remarqué que quand on ne dit pas vraiment les choses, il nous fout la paix.

Ma vulve : Et réciproquement ! Alors donne-moi un exemple d’une chose que tu n’as pas comprise.

Moi : Parfois, quand j’étais avec des partenaires et que j’étais très excitée, juste au moment de jouir, je sentais un liquide jaillir de toi. C’était exactement comme si j’urinais, mais je sentais bien que ce n’était pas ça, pas à ce moment-là ! Et à l’époque, je n’avais jamais entendu parler de ce phénomène...

Ma vulve : Et alors, que te disais-tu ?

Moi : C’était compliqué. Je te sentais incandescente et transcendée mais je me disais que tu avais peut-être un problème d’incontinence... tu vois le truc !?

Ma vulve : Ah oui, difficile à penser en effet !

Moi : Oui. Tu es devenue pour moi le lieu privilégié de l’exploration et de la découverte ; et avec toi ou plutôt à travers toi, je me suis aperçue que je ne vivais pas les choses comme j’étais censée les vivre. Par exemple, je voyais que rien de ce qui se passait en toi ne te faisait mal ou ne me gênait. Tu semblais invulnérable.

Ma vulve : C’est amusant, parce que de mon côté j’avais l’impression que tu me faisais totalement confiance, et je me sentais comme protégée.

LE SOCIAL : C’EST PAS BIENTÔT FINI CE PAPOTAGE !? JE VOUS RAPPELLE QUE VOUS N’ÊTES PAS CENSÉES VOUS PARLER !

Ma vulve : Tu vois, il ne nous écoute plus vraiment puisqu’il croit qu’on papote !

Moi : Pfff ! Je commençais à l’oublier. Et même s’il nous écoutait attentivement, il continuerait à penser qu’on papote non ?

Ma vulve : Tu as raison. Alors, finalement on pourrait presque parler tranquillement.

Moi : En dialoguant avec toi, je réalise que, sans le savoir, on s’est donné confiance mutuellement.

Ma vulve : C’était important, surtout pour ce jour si particulier, où j’ai été mise à l’épreuve comme je ne l’avais jamais été.

Moi : Et moi donc ! J’avais toujours pensé qu’on n’y arriverait pas... malgré cette confiance, j’avais peur de mourir, et je me disais que c’était sûrement pour ça qu’il fallait tout ce monde autour de nous, tous ces appareils, et cette surveillance !

Ma vulve : Mais nous y sommes arrivées, sans produits chimiques ni scalpels, et je ne sais pas comment ! Et quand cet enfant m’a traversée pour venir au monde, j’ai senti qu’il se passait quelque chose de spécial pour toi aussi...

LE SOCIAL : QUELLE INSOUCIANCE ! VOUS NE VOUS RENDEZ PAS COMPTE QUE GRÂCE AU PROGRÈS DE LA MÉDICALISATION, L’ACCUEIL DE MES ENFANTS NE DÉPEND PLUS DES FEMMES.

Moi : Ben voyons ! En fait, j’ai éprouvé un sentiment d’une extraordinaire intensité, un étrange mélange de force et de fragilité. Il m’a fallu beaucoup de temps ensuite pour arriver à comprendre ce que cette expérience-là m’avait fait.

Ma vulve : Je te sentais assaillie par toutes sortes d’émotions et de sensations, et je ne savais pas ce que je devais te faire ressentir. Donc, tu étais dans le même état que moi.

Moi : Oui, nous n’y comprenions rien, mais peu importe, parce que ce moment, nous l’avons vraiment vécu ensemble.

Ma vulve : J’ai toujours été avec toi mais tu ne sentais ma présence que par intermittence. Alors, tu peux me dire aujourd’hui, ce que ça t’a fait ?

Moi : Je crois que ça m’a permis de voir cette force que j’avais probablement en moi depuis toujours. Moi qui me croyais privée de puissance, j’ai découvert ma puissance privée !

Anonyme