Brochures
Invasion rebellion
Un autre regard sur les espèces exotiques envahissantes
mis en ligne le 24 octobre 2026 - Naturalistes Des Terres
À propos
Ce Fanzine a été réalisé par une bande de Naturalistes des Terres et affilié·es qui a trouvé qu’il y avait un contre-récit à produire autour des Espèces dites “Exotiques Envahissantes”, en particulier dans les milieux écolos et naturalistes.
Les personnes qui l’ont porté sont blanches, jeunes, queer, écolos, diplômé.e.s, de milieux proches (squat,anar, naturalistes plein air et/ou de bureaux, assos) et cela a des conséquences sur l’écriture des textes ! Ces derniers reflètent la pensée de leurs auteurices qui les ont pondu tels quels. Ils expriment donc une diversité de points de vue - entre jargon, mots croisés, textes vindicatifs ou plus nuancés, dessins ,surprises, etc... - et expliquent le côté foutraque assumé du zine que vous tenez entre les mains !
Ce zine n’a pas vocation à être écrit dans le marbre et résulte d’une pensée qui évolue. De même, les NDTR étant un collectif, le fond de ce Zine issu d’un petit groupe de travail ne reflète pas la richesse des avis sur la question des EEE au sein des NDTR et n’en a pas la prétention ! Si vous souhaitez nous faire part de vos commentaires, vos ressentis, écrivez nous !!
Disclamer : les gens de XR on vous aime et le nom de ce Fanzine n’est qu’une parodie.
invasionrebellion@protonmail.com
Sommaire
Texte de cadrage
Un manifeste où l’on annonce la couleur du Fanzine !
Le regard de Nausicaä
Que nous disent les EEE de nos mondes ravagés ?
Les EEE vont-elles nous grand-remplacer ?
Un certain relent de pureté mal placée revient lorsque l’on parle des EEE, il est temps de le déconstruire
Écologies envahies
Que se passe-t’il lorsque la finance toque à la porte des botanistes ?
Les bâtardes du quartier libre des Lentillères
Aux Lentillères les EEE prolifèrent, et avec elles un contre-récit à celui des investisseurs immobiliers
Désenvouter le génie civil
Remonter les rhizomes de renouée pour arriver aux rouages de l’industrie qu’elle alimente
Solastalgie des milieux envahis
Que faire de la tristesse de voir notre paysage envahis de Jussie ? Un texte pour celleux qui aiment les écosystèmes de leur enfance.
Arrachez-moi ces Aster
A Lyon on arrache les EEE, mais qu’est-ce que cela dit de notre rapport aux bestioles ?
Conclusion
Espèce de...batarde
Sans que l’on puisse savoir depuis quand, vespa velutina le “frelon asiatique” a changé de nom chez les naturalistes et s’appelle désormais le “frelon à pattes jaunes” on sait en revanche pourquoi : pour clarifier le nom (il y a plusieurs frelons exotiques qui viennent d’asie)...
Texte de Cadrage
À l’origine de ce Fanzine il y a des observations de pratiques et de discours portés sur des parts du vivant classées comme "Espèces Exotiques Envahissantes" (EEE) : elles seraient proliférantes, dangereuses, venues d’ailleurs, incontrôlables, 5ème cause d’extinction d’espèces dans le monde et prendraient la place des espèces autochtones.
Notre objectif est ici de proposer un contre-récit à ces conceptions des EEE, non pas en niant catégoriquement les problèmes qu’elles posent, mais en mettant en lumière la chaîne de relations que leur présence révèle, une chaîne de relations qui tire ses racines de nos pratiques de dégradation, dont les EEE ne sont finalement que des témoins.
Notre proposition est de considérer que les EEE sont des figures issues de discours réactionnaires, boucs émissaires du productivisme, et plutôt qu’être pensées comme des êtres à détruire, devraient être vues comme des marqueurs des déséquilibres et des plaies de nos écosystèmes que le capitalisme, la modernité et l’exploitation des vivants, provoquent.
La présence des EEE est un témoignage de nos ravages
Si nous disons que les EEE marquent les plaies, c’est parce que leur prolifération est souvent liée à la dégradation d’un milieu qui a perdu un équilibre faune/flore adapté au minéral, à l’eau et à l’air présents sur place sous les assauts d’une pelleteuse, d’un bulldozer ou d’une décharge.
La renouée du Japon n’envahit pas les forêts primaires, les pelouses sèches, ou même les vieilles ripisylves. Elle ne s’y installe même pas. Elle prend de la place là où nous avons déstabilisé les milieux, sur des remblais, de vieux dépôts de matériaux, les sites industriels. L’ailante quant à elle, a été plantée dans les villes pour assainir l’air, ou autour des mines pour couvrir des déchets miniers : elle s’adapte aux sols rocailleux, acides ou salins et résiste aux pollutions, à la sécheresse, aux poussières de ciment, au dioxyde de souffre ou à l’ozone, contrairement aux plantes autochtones.
Les plantes envahissantes sont friandes de lieux où personne d’autre ne veut, ne peut grandir et sont ainsi les espèces compagnes des espaces dans lesquels poussent les contre-cultures [1].
Dans ce récit, les EEE nous amènent à porter ce que Léna Balaud et Antoine Chopot appellent « le regard de Nausicaa » [2] - en référence à l’oeuvre d’Hayao Miyazaki – un regard qui donne aux EEE la qualité de révélatrices d’un sol détérioré : ce ne sont pas elles qui posent problème mais bien la pollution que nous avons infligé au milieu.
Croiser le chemin d’une EEE c’est pénétrer dans un écosystème que nos pratiques ont dégradé.
Apprenons à les concevoir comme telles plutôt que comme des envahisseuses.
Les parfaits boucs émissaires pour le capitalisme
Considérées comme la 5ème cause d’extinction d’espèces, les EEE sont le bouc émissaire parfait pour détourner le regard des quatre premières causes d’effondrement de la biodiversité que sont :
1. la destruction et l’artificialisation des milieux naturels,
2. La surexploitation des ressources naturelles et leur utilisation excessive,
3. Le changement climatique global,
4. Les pollutions des océans, eaux douces, sol et air.
Les EEE ne sont « responsables » que de 11 % des extinctions d’espèces dans le monde, et dans ces 11 %, 90 % ont lieu dans un contexte insulaire : ces écosystèmes, îles et atolls, sont particulièrement vulnérables à l’arrivée de chiens, chats et rats, trois espèces qui font porter le chapeau à toute une série d’organismes étiquetés comme invasifs, et jugés responsables de l’effondrement de la biosphère : l’arbre qui cache la forêt. Il est important de toujours parler depuis un cas situé pour parler des EEE. Si en contexte insulaire elles peuvent poser de graves problème, le gouvernement communique sur le fait que "aucune disparition d’espèce n’a été attribuée à des espèces exotiques envahissantes en Europe à ce jour". Nous ajoutons que la présence des espèces exotiques envahissantes, loin d’être un phénomène indépendant, est en réalité une conséquence des quatre premières causes ; c’est bien la destruction des milieux naturels, la pollution et les changements climatiques qui permettent l’installation et la prolifération d’espèces exotiques envahissantes. Pourtant les EEE sont sur le devant de la scène. Pourquoi donc ? Sans doute car elles sont les seules à pouvoir faire cohabiter le modèle productiviste actuel avec une prétendue préservation de la biodiversité.
Lutter contre les EEE demande de développer des études, des procédés ou des produits pour mieux lutter contre elles, de faire appel à des entreprises, de financer des campagnes d’arrachage, en créant de nouveaux marchés par lesquels capter du profit… Alors que cesser de détruire les milieux et ralentir le système capitalo-extractiviste responsable des quatre principales causes d’extinction de la biodiversité ne peut, dans notre comptabilité actuelle, que se solder par de la perte en capital.
C’est toute une posture qui est à remettre en question : le financement des actions d’arrachage de jussie est assuré sans problèmes, pas les démarches juridiques visant à condamner les entreprises responsables des pollutions. Sans être complices, les associations de protection de la nature sont invitées, par le biais des financements, à se focaliser sur ces questions et ces méthodes de lutte.
Ainsi se retourne le stigmate : le problème vient des EEE et nous, humains, protégeons la « nature » de leurs invasions. L’écologie capitaliste a tout intérêt à instaurer les EEE comme des ennemis à abattre : cette posture la déresponsabilise en même temps qu’elle ouvre la porte à un technosolutionnisme et à une poursuite du développement et de l’extractivisme. Le système en question va ainsi pousser ses pions et développer la bioingénierie en prétendant protéger la biodiversité, la figure diabolique des EEE semble ici nécessaires pour débloquer des fonds [3].
Ne nous trompons pas de cible : les causes de la destruction de la biosphère sont parfaitement connues, les Espèces Exotiques Envahissantes servent de bouc émissaire pour détourner l’action.
Faire corps avec la mutation contre la pureté
Bien qu’elles n’aient causé aucune extinction d’espèce en Europe, les EEE sont souvent mal considérées par certains philosophes, aménageurs, biologistes, urbanistes et groupes naturalistes. Cela tient à une conception fixiste et puriste de la nature dans lequel les paysages ne changent jamais et où les espèces sont pures, "bien de chez nous", et qui au fond fait écho à des récits réactionnaires. Nous nous opposons à ces deux récits : celui qui dicte que la nature ne doit pas changer et celui qui postule que les EEE "souilleraient" nos écosystèmes.
Nos cultures occidentales se sont depuis très longtemps hybridées avec les espèces exotiques qu’ont été le platane, le châtaignier, l’olivier, la carpe, le maïs ou la tomate ; ce qui est pointé comme un problème est en fait le caractère invasif, insaisissable, indiscipliné de ces espèces qui échappent à notre contrôle. À ce titre le discours sur les EEE est dangereusement présentiste et n’intègre pas le fait que nos milieux sont déjà le fruit d’hybridations entre espèces allochtones et autochtones. Les EEE rendraient les écosystèmes "impurs", bâtards, hybrides, ni nature sauvage préservée ni "artificielle" quoi que cela puisse vouloir dire. L’anthropologie dénonce depuis de nombreuses années le danger des conceptions que nous pouvons avoir de cette « nature » qui n’est que construite culturellement.
En réalité la nature est mutations, réarrangements et transformations perpétuelles, il est illusoire de vouloir l’essentialiser et de la conserver sous cloche. Ici encore, le caractère incontrôlable des invasives vient mettre en évidence notre volonté d’hypercontrôle [4].
Dans la continuité de ce récit, il faudrait se méfier des EEE au motif qu’elles menaceraient la diversité génétique "en raison des possibilités d’hybridations entre espèces locales et espèces exotiques proches". Nos espèces françaises ne devraient donc pas s’hybrider avec des espèces étrangères sous peine de disparaître ? [5] Ce mythe de la pureté spéciste a des relents racistes et nie l’hybridité et la bâtardise qui constituent les être vivants. A l’inverse, nous pensons qu’il n ’y a pas de bonne et de mauvaise nature. Pourtant les EEE, aussi nombreuses soient-elles, ont bel et bien pour d’autres spécialistes un impact positif et apportent avec elles un nouveau tissu de relations : cachette, nourriture, ressource, espèces associées ; dans un monde qui évolue en permanence sur le coup des changements globaux les EEE sont les indicatrices des mutations en cours [6].
C’est pour faire face à ce récit qui détourne le regard que nous proposons dans ce zine une pluralité d’autres regards sur les EEE.
Nous invitons à proposer de nouveaux termes pour parler des espèces que l’on classe comme invasives. Nous proposons le terme d’indisciplinées pour parler de ces espèces qui outrepassent la place que l’on souhaiterait leur donner. Nous invitons à porter sur les EEE le regard de Nausicaä, à voir dans leur présence les cicatrices de la dégradation de nos milieux.
Nous invitons à regarder le milieu, à chaque fois qu’on nous parle de lutter ou de réguler ces espèces, et de s’interroger sur ce qui a conduit à leur présence.
Nous invitons à ne plus prendre les milieux comme des espaces purs à protéger d’eux-mêmes, mais bien à percevoir leur caractère hybride, impur, qui se dévoile grâce à l’attention naturaliste et à la présence des indisciplinées. Nous invitons, enfin, à ne pas laisser le système capitaliste polluer nos imaginaires, à ne pas faire confiance aux catégories qu’il créé pour accumuler du capital, et à ne pas se laisser séduire par une vision réactionnaire des milieux.
Références
Abbate, C.E. ; Fischer, B. Don’t Demean “Invasives” : Conservation and Wrongful Species Discrimination. Animals 2019, 9, 871. https:// doi.org/10.3390/ani9110871
Marc C. Hoshovsky, Nature Conservancy Element Stewardship Abstract For Ailanthus altissima
Rémy, E. et Beck, C. Allochtone, autochtone, invasif : catégorisations animales et perception d’autrui. Politix, 2008, 82(2), 193-209
Benoit Dauguet, "Mesures contre nature, mythes et rouages de la compensation écologique", Grevis, 2021
Pierre Grillet, "Protection de la nature et capitalisme : incompatibles !", Atlande Eds, 2021
Thierry Thevenin, "Les Plantes du chaos", Vieilles Racines Et Jeunes Pousses, 2021
Gilles Clément, "éloge des plantes vagabondes", Robert Laffont, 2023
Jacques Tassin, "La grande invasion, qui a peur des espèces invasives ?", Odile Jacob, 2014
Rapport de L’IPBES en ligne : https:// www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/ especes-exotiques-envahissantes ;
Pour une analyse sur la France métropolitaine voir : https://www.arb-idf.fr/quelles-relationsentre-especes-exotiques-envahissantes-etbiodiversite-en-ile-de-france/
Frelon, mouches, abeilles et papillonvulcain
Photographie d’ Olivier RENAULT
Tiré du livre “Nous ne sommes pas seuls” de Léna Balaud et Antoine Chopot
Le regard de Nausicaä
La puissance de Fallopia japonica
[…] un vivant ne peut vivre que là où les conditions d’accueil lui sont favorables, en fonction de ses capacités propres.
Pour le montrer, revenons aux multiples problèmes causés par la renouée du Japon. En parler comme d’une peste ou d’une invasive pourrait nous laisser entendre qu’elle se propage à l’aveugle, ici et là. Mais si les Fallopia japonica se développent de manière exponentielle ces dernières décennies, c’est parce qu’elles savent composer leur vie avec des sols très particuliers, notamment le long des cours d’eau propices à leur installation, caractéristiques de l’Anthropocène. Les enrochements, seuils, barrages et plantations d’arbres après destruction de la ripisylve naturelle sont les causes directes de la perte de fonctionnalité des forêts alluviales. A ces dommages considérables sur l’environnement alluvial s’ajoutent […] les pollutions des eaux. [Or], ces divers aménagements et pollutions modifient (ou détruisent) la composition floristique naturelle, favorisant de ce fait l’installation des populations invasives de renouées géantes.*
A cela il faut ajouter l’utilisation massive des engrais chimiques, qui acidifient la terre et dégradent les argiles (processus qui libère des métaux dans le sol), ainsi que les rejets industriels, qui sont responsables pour plus de la moitié de la présence de cadmium dans les sols. Or le cadmium est un métal toxique que les renouées du japon tolèrent bien 2 . En finissant par leur créer un milieu d’accueil favorable, les activités industrielles qui polluent et déstructurent les sols ont donc généré les catastrophes que les renouées du Japon sont devenues (ce qu’elles ne sont pas dans leurs sites d’origine). Ainsi, accuser la renouée du Japon d’être une peste, « c’est en quelque sorte accuser son thermomètre quand on a de la fièvre ».**
Prendre le regard de Nausicaä
Les Fallopia japonica sont des plantes « pionnières » dans leurs sites d’origine, elles conquièrent les pentes volcaniques et forment les premières colonies végétales après les éruptions1 . Elles font partie de ces rares végétaux qui ont la capacité de pousser sur ces roches dénuées de sol, pauvres en nutriments et riches en métaux (tel que cuivre, alluminium,zinc et cadmium). Elles contribuent ainsi, à force de déposer et d’accumuler sur la surface du sol leurs feuilles et tiges carbonées de l’année, à constituer une couche de matière organique fertile. De la sorte, elles créent lentement un sol là ou il n’y en avait pas, et permettent à d’autres plantes plus généralistes de s’installer au milieu de leurs fourrés.
Le pari est que dans nos biorégions, où elles prospèrent sur des sols formés depuis longtemps mais récemment pollués ou artificialisés, les renouées du Japon pourraient également contribuer à rendre le milieu à nouveau plus habitable pour d’autres espèces. Comme le montrent les écologues Annick Schnitzler et Serge Müller, leur présence sur des sols gravillonnés, pollués voir bitumés, augmentent la biodiversité appauvrie, notamment en ville, en permettant « la venue de géophytes, la richesse en oiseaux, abeilles (la renouée est une plante mellifère) et en invertébrés [7]. La troisième nature incarnée par ces renouées commence le démantèlement des infrastructures nuisibles et la réparation des espaces dans lesquels elles s’installent. En effet, « en augmentant les sapements de berges, les renouées rendent instables les rivières artificiellement stabilisées » [8]. Autrement dit, elles commencent l’œuvre de renaturation des berges, ce qui peut être une bonne nouvelle pour leur biodiversité dégradée. Bien comprises, les renouées deviennent en quelque sorte les alliées de la réparation des écosystèmes liés aux cours d’eau, et d’une biodiversité renouvelée.
Ne sont-elles pas une incarnation de cette « mer de décomposition » de l’histoire de la princesse Nausicaä [9], cette forêt hostile à l’humain, qui se répand par des spores toxiques après la destruction et la pollution du monde, mais qui régénère en réalité un air et une eau pures en son cœur souterrain ? Voilà ce que nous suggérons de nommer le « paradoxe de Nausicaä » : sous le désastre, une forme de réparation s’opère imperceptiblement si l’on s’en tient au regard qui présuppose une nature hostile.
Exerçons-nous, dans chaque situation, à prendre le regard de Nausicaä. Celui qui essaie de comprendre ce qu’est de vivre selon une sensibilité de Fallopia japonica, et ce que le tissu de la vie pourrait réellement être en train de fabriquer. Leur (omni)présence en France et dans le monde a la vertu de nous pousser à redevenir attentif à l’histoire des milieux que l’on habite, à leur passé et au fait qu’ils ne sont ni stables ni éternels. Pour quelles raisons écologico-sociales poussentelles ici et pas ailleurs ?
Quelle est l’histoire naturelle et industrielle de cette berge ou de ce milieu alluvial ? Et pourquoi ne pas s’emparer localement de ces questions (celles que l’on met dans la case « gestion et aménagement du territoire ») comme des questions politiques, qui nous concernent tous et toutes, humains, mais aussi non-humains ?
L’invasion des renouées « peut être considérée comme un signal d’alarme : elle témoigne d’un degré d’altération du fonctionnement naturel, dû aux surexploitations humaines ». Les ambivalentes renouées du Japon sont ainsi des alliées dans la mesure où elles acquièrent ici le statut de sentinelles de l’Anthropocène : oui, elles nous alarment, elles nous invitent à d’autres usages du monde, ceux qui ne les transformeront pas en « forêt toxique ».
Guide d’identification (approximative) des Renouées exotiques françaises
Coriolis
Par Duchesse
Les EEE vont-elles nous grand-remplacer ?
Colonisatrices, indésirables, proliférantes, cancéreuses, envahisseuses… les mots ne manquent pas pour condamner les espèces exotiques envahissantes. Dans les milieux de la préservation et de l’aménagement du territoire elles sont considérées comme des ennemies publiques faisant l’objet de campagnes d’arrachages et de mobilisations citoyennes modestes mais infatigables dans plusieurs régions de France.
Sensibilisés à l’impact de ces espèces sur les milieux où les EEE se sont établies, différents groupes sont devenus parties prenantes d’une gestion intransigeante de la présence de ces « étrangères », inquiets de leurs proliférations. Reconnaissant ici que ces personnes n’ont pas les mêmes affects avec des plantes qu’avec des humain.e.s, nous ne tisserons pas plus loin le lien entre racisme et aversion pour les EEE que le seul langage employé et la stigmatisation qui en découle. Dans cet article nous présenterons ici différents travaux qui nuancent grandement la guerre menée contre les EEE, abordant la question de leurs impacts réels et de leurs impacts perçus. Et ce, sans nier les impacts potentiels que présentent aujourd’hui certaines EEE mais plutôt en cherchant à détricoter ce terme parapluie qui regroupe des réalités diverses, des modalités d’introduction et des comportements spécifiques « nécessitant toujours une analyse locale » [10].
Commençons par dire qu’aucune espèce exotique envahissante n’a été mise en cause directement dans l’extinction d’une espèce menacée, répertoriées dans sur listes rouges de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) (plantes, les amphibiens, les reptiles, les oiseaux, mammifères) sur le continent européen [11] . Elles ne sont pas non plus responsables du mauvais état des populations classées liste rouge des grands groupes d’animaux que sont les oiseaux, les mammifères et les reptiles en voie critique de disparition. Ainsi, à l’échelle des continents, les résultats scientifiques suggèrent que les espèces invasives ne représentent pas une menace majeure pour les écosystèmes. “C’est tout à fait différent dans les contextes insulaires où les prédateurs et pathogènes introduits ont très souvent contribué à l’extinction d’espèces natives, voire d’espèces endémiques (c’est à dire occupant une aire restreinte de notre planète)”. [12] Par ailleurs, l’organisme chargé d’élaborer des méthodes d’évaluation des impacts de ces espèces, le Centre de Ressources Espèces Exotiques Envahissantes , admet qu’il est périlleux d’évaluer les impacts économiques, écologiques et sanitaires des EEE. [13] Aussi d’autres travaux scientifiques attestent de la même difficulté à évaluer l’effet positif ou négatif d’une espèce nouvellement introduite “parce que la perception de cet effet peut différer selon que l’on s’intéresse à la biodiversité, aux activités humaines (agriculture, éco-tourisme, etc.) ou à la séquestration de carbone par exemple (Vimercati et al. 2020) ce qui fait de l’évaluation de l’impact est très dépendante de facteurs sociaux et notamment de nos représentations de la nature » [14] . Ainsi, non seulement aucune disparition d’espèce n’a été attribuée en milieu continental à des espèces exotiques envahissantes mais elles auraient pour certaines un impact positif sur leurs milieux. Nous pensons qu’il est donc temps de sortir ces espèces de catégories et déterminismes qui les déconsidèrent et les mélangent sans distinction les unes des autres.
L’implantation d’espèces exotiques sur le territoire français suscite manifestement diverses réactions. Ainsi les frelons asiatiques, l’ailante ou l’ambroisie suscitent un branle bas de combat généralisé tandis que la carpe, le lapin de garenne, le faisan de colchide suscitent l’indifférence [15] . La différence de perceptions de ces espèces introduites sur le territoire français à des époques et sur des modalités différentes peuvent nous renseigner sur les facteurs qui jouent à leur intégration au sein de la société française.
L’époque d’introduction (avant ou après 1500 ap.J.C), les caractéristiques spatiales de leurs peuplements (discrètes ou proliférantes) , leur usage pour les communautés humaines, leurs plasticités etc.
Prenons le cas de l’erismature, emblématique de la problématique de la pureté génétique, pour étailler notre propos. L’Érismature rousse (Oxyura jamaicensis) est un oiseau de la famille des anatidés originaire d’Amérique du nord établi dans les années 1970 . Afin d’éviter toute « pollution génétique » et concurrence avec la très menacée érismature à tête blanche (Oxyura leucocephala), des campagnes massives d’abattages ont été menées en Europe. Mais l’Érismature à tête blanche, victime passée d’une chasse, d’une collecte des oeufs intensives et de la dégradation de ses milieux était déjà gravement menacée indépendamment de sa cousine américaine. “L’hybridation, tant décriée par des naturalistes, n’est-elle pas aussi un facteur évolutif puissant permettant de s’adapter à une modification des conditions de vie, puisqu’en l’occurrence l’Érismature rousse et les Érismatures hybrides (ou métis ?) semblent plus prolifiques ?” [16] L’idée de justifier l’éradication de l’érismature rousse pour préserver l’érismature banche, derrière l’argument entendable de « réparation d’une erreur écologique » nous semble représenter une nouvelle forme d’ingérance et préfigurer de nouvelles vélléités de préserver un état de nature préservée d’elle-même. Encore aujourd’hui cette vision anglo-saxonne de Wilderness, qui désigne les grands espaces étatsuniens « vierges » en opposition à des agglomérations et mégalopoles de plus en plus étendues, déploie son emprise via la préservation et la conservation de la nature et la remédiation écologique.
Ainsi les paysages des EEE sont un de ces autres lieux où se renégocie la perception des autres terrestres et par extension les droits qu’on leur octroie. Affirmer que les espèces ont des comportements déviants, une capacité à s’hybrider sans l’homme et les milieux une aptitude à se transformer revient bien souvent à se mettre à dos les conservateurs écolos sur la base d’un conflit sur la notion d’évolution naturelle des milieux. Ici nous prenons le parti de changer de lunettes et à reconsidérer les EEE face au changement climatique. À observer et documenter leurs plasticités écologiques, leurs impacts réels et qualifier la remédiation des milieux perturbés qu’elles peuvent parfois prendre en charge.
Il semble dangereux de ne pas prendre en compte que nos écosystèmes changent et que les espèces qui peuplent nos vies sont déjà des bâtardes issues de nos migrations, des hybrides entre nos modes de vies et leur agentivité. Le sandre, le silure, les poisson-chat ou le black-bass sont autant de poissons ayant été considérés comme invasifs, exotiques, avant de devenir les compagnons quotidiens et appréciés des pêcheurs. Nos milieux ne sont pas envahis, ils s’hybrident.
Par Gomphus
Penser à partir d’Anna Tsing
Attention, jargon !
Les espèces dites "exotiques" ou "envahissantes", souvent perçues comme perturbatrices, constituent un enjeu critique pour les écologies contemporaines. Dans ce qui traite de l’observation des milieux et de la compréhension par sa transformation perpétuelle qu’il s’agirait soit de contrôler soit de laisser-faire. Les travaux de l’anthropologue Anna Tsing proposent ainsi une manière alternative de penser les relations interspécifiques et les formes de cohabitation. Dans Le champignon de la fin du monde [17] , l’anthropologue développe la notion de 26 communs latents, une forme de coopération non planifiée et souvent non institutionnalisée qui émerge dans les ruines du capitalisme globalisé. Contrairement aux communs classiques régis par des règles explicites et une gestion collective formalisée, ceux-ci relèvent d’une coordination informelle, éphémère, et située. L’autrice les observe notamment dans les pratiques de cueillette du matsutakes au Japon et aux États-Unis, où différentes communautés humaines et non humaines coexistent sans plan d’ensemble, mais dans une interdépendance pragmatique.
Ces communs sont dits « latents » car ils ne s’inscrivent pas nécessairement dans une conscience politique partagée ni dans une logique de reproduction institutionnelle. Ils se manifestent dans des interstices : des espaces abandonnés, précaires ou marginaux, des ruines, des friches où surgissent pourtant des formes de vie collective et de subsistance alternatives, non exclusivement humaines. A. Tsing nous invite ainsi à repenser les conditions de possibilité de la coopération au sein d’espaces marqués par l’instabilité, en valorisant les pratiques modestes, locales et improvisées comme des lieux de renouvellement politique.
Dans “Proliférations” [18], A. Tsing poursuit cette réflexion en s’intéressant aux formes de vie qui émergent dans les interstices du capitalisme, souvent en dehors de tout contrôle. Ces "proliférations" ne sont ni totalement positives, ni nécessairement à combattre : elles témoignent d’une vitalité insoupçonnée dans les zones d’abandon. Elles invitent à repenser la vie dans les ruines comme un espace potentiel de renouvellement. La prolifération d’espèces exotiques ou envahissantes, souvent envisagées comme des menaces pour la biodiversité indigène, peut ainsi être appréhendée à travers ce prisme d’analyse : non comme des intruses, mais comme des agents d’une histoire écologique faite de déplacements, d’adaptations et de cohabitations forcées. Leur présence, souvent issue de mobilités humaines (volontaires ou non), relève d’une écologie déjà hybride.
Les politiques publiques sur les espèces envahissantes reposent généralement sur un régime normatif de conservation qui cherche à restaurer un "état antérieur" supposé pur et stable. Dans ce cadre, l’espèce exotique est le symptôme d’une dégradation, et l’intervention humaine vise à contenir, éradiquer ou compenser.
Or, cette approche court-termiste ne prend pas en compte la complexité des dynamiques écologiques contemporaines. Nombre d’espèces exotiques s’insèrent dans de nouveaux milieux et y créent des relations inattendues. Certaines deviennent des sources de nourriture et même parfois des alliées dans le cadre de lutte.
Penser ces espèces au prisme des communs latents invite plutôt à déplacer notre regard : au lieu de chercher à restaurer un équilibre présumé, il s’agit d’observer les formes de cohabitation qui se mettent en place, parfois à l’insu des humains. Ces espèces participent à des agencements écologiques nouveaux, instables, mais porteurs de vitalité. Les communs latents peuvent ainsi être envisagés comme un cadre pour penser l’accueil sans maîtrise, la gestion sans gouvernance, la relation sans symétrie. Dans cette perspective, la relation avec les espèces exotiques devient moins un enjeu de contrôle qu’un apprentissage de la fréquentation : il s’agit d’être attentif à ce qui pousse, à ce qui insiste, au milieu des ruines de la nature préservée. L’intitulé provocateur de ce texte souhaite nous inviter à un décentrement dès lors que nous envisageons les EEE, afin de réfléchir à la thématique de la soutenabilité, entendue comme la (re)construction de paysages viables à travers les actions conjointes de multiples organismes [19]. Il consiste à remettre en cause l’exceptionnalisme humain(ref) pour valoriser des dynamiques de résurgence multiespèces. Cela implique à la fois la création d’assemblages ouverts, intégrant une diversité d’espèces au sein d’environnements bouleversés, mais également de dépasser l’illusion d’une autonomie propre à l’espèce humaine.
Et maintenant... des mots croisés !
A. Envahissantes - B. Lutte à Besançon - C1. Palmier pour les chaises - C2. “Voilà !” en Latin - D1. 1984 ou 2020 D2. Humain.e choisit vie ! - E. Messicole - F. Léopold - G. Ohmu - H. Volcan - I. Nouveau Frelon asiatique - J. Macron joue de la flûte - K. A aimé la fin du tarif réglementé sur le gaz - L. Animal sacré de la mythologie Basque - M1. Associations bien connues des naturalistes- M2. Rongeur cosmopolite - N1. Vue à vol d’oiseau - N2. État larvaire O. Petit cheval - P. Thème du Fanzine - Q. Beignets printaniers - R. Il y a un problème... - S. Précariser les profs - T. ADN - Ç. 1012 au pluriel - U. Un zadiste qui passe au dessus des clôtures - V. Contre l’accaparement et le saccage des terres - W1. Je casse la croûte - W2. Institut Écologie et Environnement - X. Borné - Y1. Plante de sorcière - Y2. Série pour milléniales désabusé.e.s & stylé.e.s - Z. Qui vit le jour - @. Anne Sylvestre au forum sur la Sécurité Sociale Alimentaire- §. Régulation de la température interne des hominidés - *. Neuro-atypie - µ. Maison de Calcifer - !. Arme chimique des Vosges-Alsace - ?. Il n’y’aurait plus que des poulets là-bas - 42. Fameux fleuve du pas-decalais
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Écologies envahies
La progression du concept d’invasion biologique dans les milieux scientifiques et techniques a permis de normaliser les mots de l’idéologie réactionnaire. Ce concept est aujourd’hui un appui d’autant plus utile pour faire progresser des idées racistes qu’il est "naturel" et soutenu par la science. Pour le dire autrement, l’idée même « d’invasion biologique » et les paradigmes corollaires « d’espèces endémiques et exotiques », voir de « biodiversité » peuvent servir de ressource à une idéologie politique réactionnaire pour naturaliser son discours. Rendu indéconstructible du fait de sa naturalité 30 supposée, concept d’"espèce invasive", et progression d’un racisme sytémique se soutiennent réciproquement. Pourtant, alors qu’il s’est installé dans le grand public, le consensus sur lequel repose l’idée même d’invasion biologique dans les milieux scientifique, lui, s’effritte (1).
On peut s’interroger sur les synchronicités apparentes entre le concept d’espèce invasive avec une certaine idée du « grand remplacement », ce fantasme xénophobe qui suppose l’étouffement d’une culture occidentale par une invasion migratoire. S’en prendre à des plante et des animaux, permet au choix ; de droitiser sa parole en glissant des messages subliminaux du type : privilégions celleux bien de chez nous contre celleux d’ailleurs ; ou de la verdir en invoquant l’emploi de techniques biocides au titre de "la protection de la biodiversité".
Communiquer par ce canal offre un moindre cout politique. A priori, les espèces visées n’ont ni vote ni porteparole. La plupart des naturalistes sont ok avec l’idée de déssouder des frelons asiatiques, des renouées du Japon, des écrevisses de Louisiane ou des éventails de Caroline. La parole scientifique fait figure d’unanimité sur le sujet. Pour résumer : boulevard, on seraient toustes d’accord avec les facistes pour le spécicide.
Si on peut donc imaginer comment une droite réactionnaire instrumentalise cette idée, comment le principe d’invasion biologique s’est-il propagé dans le domaine de l’écologie scientifique jusqu’à devenir dominant ? Comment l’idée d’invasion biologique at-elle envahie les sciences écologiques ?
D’abord, il faut dire que les rapprochements entre conservatisme politique et conservation de la nature ne sont pas nouveaux. Ils sont pour ainsi dire une des origines de l’écologie scientifique et politique. La conservation de la nature, c’est d’abord une affaire de riches colonisateurs qui après avoir tout saccagé aimeraient bien garder quelques bout de wilderness pour leurs safaris.
Dans le cas particuliers des espèces invasives, "invasive species", concept inventé par Chales S Elton, un lien étroit s’inscrit dès le départ entre proposition d’un concept scientifique et présupposé raciste. La xénophobie de son auteur, son obsession pour la pureté des races ne sont hélas qu’un reflet des idéologies à l’œuvre dans le milieu académique britannique du XIXe siècle. C’est le même Eton qui propose par exemple une pyramide des réseaux trophiques, induisant par cette mise en forme une représentation hiérarchique des espèces. La naturalisation des hiérarchie, c’est une autre façon de définir ce qu’est le darwinisme social chimiquement pur : les plus gros mangent les plus petits : c’est l’ordre naturel des chose, il n’y a pas de raison que cela change, sous - entendu y compris dans l’ordre social.
Cela ne veut pas dire que lorsque sera repris le concept d’invasion biologique, ses promoteurs adoptent les mêmes préjugés - c’est un peu plus tordu que cela. Au contraire, Baker et Stebbins vont transformer la sémantique agressive d’Elton en prenant en compte les dynamiques évolutives (1965- the genetics of colonizing species. Academic Press). Le succès de leur travail rencontrera par la suiteun autre agenda. Au début des années 80, l’écologie scientifique a du mal à trouver des moyens pour se développer.
Il n’y a plus de sous pour faire de la biologie descriptive. La révolution conservatrice menée par Ronald Reagan a eut aux états-unis un impact sur le financement de la recherche : pas de projet, pas de subvention pas de recherche. Par ailleurs, les sciences du vivant font face à la montée en puissance du génie génétique. Tout le pognon part chez les généticiens : c’est la misère.
Dans ce contexte un peu compliqué de vache maigre, les invasions biologiques vont devenir l’un des arguments de vente d’un "marketing de la peur" d’une science en train d’advenir : l’écologie des 31 invasions. Elle va trouver un allié dans le génie civil qui commence à ressentir les contre-effets biologiques de ses manières de développer et maintenir ses infrastructures.
Faire des routes, qu’elles soient terrestres, fluviales ou maritimes, c’est s’assurer de transporter tout un tas de chose, y compris ce qu’on ne voudrait pas. C’est comme cela que par suite des déplacement de niches écologique, les infrastructures se trouvent colonisés par des espèces végétales ou animales proliférantes qui perturbent leur maintenance et leur mode de construction. Ce sont ainsi un peu plus de 116 milliards d’euros qui entre 1960 et 2020 ont été dépensés à cause "des sales bêtes et des mauvaises herbes"(3).
Le vivant oppose un front critique à nos manière d’habiter et d’amménager le territoire. "Nous sommes la nature qui se défend" semblent dire les sales bêtes et les mauvaises herbes.
Le génie civil finance la science pour se débarraser des problèmes qu’il cause. Ce faisant, aidé en cela par des États drogués au béton et au bitume, il donne un avantage à l’écologie des invasions. On ne sait pas aujourd’hui chiffrer le poids économique de cette discipline scientifique. Bien que ses biais soient identifiés, force est de constater qu’une part significative des projets de recherche subventionnés par les États ou soutenus directement par le secteur privé le sont dans ces domaines de l’écologie. Un problème bien connu des chercheurs, c’est qu’on ne trouve que ce que l’on cherche. Si les moyens vont majoritairement à un certain type de question (comment on se débarrase d’une plante, comment évaluet-on les dégats causés par les manières d’un animal d’habiter les milieux,...) il est peut probable qu’on produise des savoirs autrement qu’à charge. De quoi s’interroger a propos de la production de connaisances bien faible sur les fonctions écologiques des espèces dites invasives(4). Cette distribution pour le moins inéquitable pourrait-elle en être la cause ?
LES BÂTARDES du Quartier Libre des Lentillères
Une des premières choses qui caractérise le quartier des Lentillères, en tant que friche, c’est son aspect labyrinthique de "nature sauvage urbaine". Il est pris en étau de part et d’autres par le projet “d’écocité des maraîchers”, la voie ferrée et une zone pavillonnaire. Son esthétique désordonnée, enchevêtrée est propice à la biodiversité. Elle est composée de biotopes variés résultant de l’imbrication de diverses interventions humaines à travers le temps et d’un ensemble d’autres facteurs biotiques et abiotiques. La friche est une entité propre en elle-même, ni-publique ni-privée. C’est un lieu des possibles, composé d’une multitude d’écritures personnelles et collectives, griffonnées au gré du temps. "C’est [un] espace de l’indécision, et les êtres vivants qui l’occupent agissent en liberté » [20] . Par le "laisser-faire", par la "nonaction", par l’état d’"entropie urbaine" qui caractérise les friches, un cortège d’espèces animales et végétales dont des espèces invasives s’y épanouissent.
Sur la friche des Lentillères des peuplements d’ailantes, de buddleias (de David), de renouées du Japon, de chats domestiques, de rats bruns et d’humain.e.s anarchistes ont ainsi trouvé les conditions adéquates pour former un ensemble "indiscipliné", dont la valeur intrinsèque et l’esthétique particulièrement foutraque, fait front face à la vision "techno-pastorale" [21] des experts de l’aménagement du territoire. Non sans quelques conflits d’usage… Depuis 2010, les différents espaces du quartier hérité de l’ancienne trame pavillonnaire des années 60 ont évolué en espaces de négociations perpétuelles inter-espèces et intra-espèces pour la mise en commun ou non des ressources, formant parfois sur tout ou partie de la friche, des alliances. C’est particulièrement le cas sur la frange Est du quartier, où des mares ont été creusées il y a bientôt 3 ans [22] , permettant à plusieurs espèces de milieux humides d’y trouver le gîte et le couvert [23] et permettant aux anarchistes de faire valoir ce bout de terre comme intéressante auprès de leurs congénères.
C’est aussi le cas des buddleias et des escargots de Turquie qui recouvrent sur terre et dans les airs les 5000 mètres carrés du “Bois joli”, ainsi que des abeilles sauvages creusant leurs nids dans les tremplins revêtus d’argile du “BMX” (voir carte p.47). Dans une autre mesure, c’est aussi le cas des plantes annuelles qui trouvent au BMX un espace régulièrement ouvert par les fauches annuelles et propice à leur implantation. Aujourd’hui bien que la réputation du BMX ne soit point des meilleurs y compris auprès des usagères et usagers du quartier libre des Lentillères, il reste le milieu le plus riche en espèces végétales avec pas moins de 120 espèces identifiées sur les 4000 mètres carré que comptent cet espace de buttes, de gravas et de moellons issus de la démolition de la boucherie qui s’y tenait il y a encore 10 ans.
Ainsi le quartier libre des Lentillères, par l’impossibilité de le réduire à une case du PLUI-HD, témoigne du caractère subversif des friches, dont la cohabitation entre plantes « invasives » forment des cortèges bâtards où une quinzaine espèces d’oiseaux comme l’hypolaïs polyglotte ou l’étourneau, y trouvent leur compte. Le bois Joli et le BMX, par rapport à d’autres espaces de la friche sont des espaces qui témoignent d’un réensemencement possible suite à une imperméabilisation totale d’un lieu. Ils constituent un changement d’occupation des sols qui année après année creusent d’autres imaginaires et ouvrent l’appétit, notamment des oiseaux.
La réhabilitation de ces espaces en espaces « verts » souffre cependant d’une incapacité des aménageurs et parfois de certains anarchistes à observer la succession végétale à l’œuvre dans ces milieux. Ils sont ainsi encore vulnérables car perçus avant tout comme un lieu « minéral » si ce n’est pas comme « bidonville », argument favori de l’ancien maire, aujourd’hui ministre de l’aménagement du territoire sous le gouvernement Macron. Car les processus de successions végétales sont encore assez « jeunes » (moins de 20 ans) et les traces de l’urbanisation passée restent significatives. De plus, n’étant pas cultivés, ces espaces hybrides abritant des plantes bâtardes sont identifiés par la mairie comme des réserves foncières de premier ordre et ne constituent en aucun cas des espaces à valoriser tels quels.
Depuis 2021, après avoir renoncé à l’urbanisation de ces terres, la mairie menace directement le quartier et en particulier l’hectare de la frange est. Elle désire y construire 60 logements dans plusieurs bâtiments, prévoyant de détruire la cantine de la chouchou, le bois joli, le BMX, ainsi qu’une trentaine de petits jardins situés autour du Foufournil. Sans surprise, nous nous opposons à la destruction de ces milieux en argumentant que ces espaces ont une valeur sociale et environnementale ignorées voir dépréciées et qu’il est grand temps de sortir de la logique métropolitaine qui nivelle les territoires et normalise tout type d’espace à un ensemble maîtrisé par la ville prescrite, mortifère, et ses vagues successives de « rénovation urbaine » [24] .
Dans cette lutte pour la reconnaissance des friches urbaines, les plantes bâtardes, invasives, exotiques et proliférantes sont montrées du doigt et servent dans certains cas d’arguments aux aménageurs [25] pour artificialiser ces “réserves foncières urbaines” [26]. Pourtant les EEE ont trouvé leur place au sein des friches urbaines. Sur la frange Est elles permettent de faire naître de nombreuses relations sur la couche d’humus recouvrant le vieux goudron fissuré. Elles fragmentent et malmènent la dalle recouvrant depuis jadis le sol peu à peu ré-ouvert depuis la démolition de la boucherie en 2015, chose qui échappe encore au PLUI-HD.
Aux Lentillères depuis 2010, des alliances inter-espèces avec des EEE s’échafaudent et renforcent la lutte en faveur d’une gestion collective et autonome du territoire. Elle même a commencé avec une autre forme d’alliance en 2010 au cours d’une manifestation composée à la fois de nombreuses associations marquées politiquement ou non issues des mouvances anarchistes, alter-mondialistes et citoyennistes avec des étudiant.e.s, des maraîchers et maraîchères, des personnes à faibles ressources dont des exilé.e.s. Tous et toutes motivées par les enjeux d’accès à la terre et de remise en culture des derniers reliquats de la ceinture horticole dijonnaise, iels ont tout d’abord remis en culture une partie du site avant de développer d’autres affects et de complexifier les usages de cette terre aujourd’hui devenue, entre autres, lieu de concert et d’accueil, de formation et de travail, de loisir, d’habitation. Pour conclure c’est ici aussi au sein des paysages dessinés par les friches que de nouvelles modalités d’habitats ont vu le jour. Des modalités dans lesquelles la valeur de chacun.e des habitant.es humain ou non-humain dépasse la somme des parties. Ces paysages induisent une appréhension "autre" du temps et de l’espace, d’une rupture avec le temps métropolitain.
Vue à vol d’oiseau de la frange Est du quartier libre des Lentillères
Une zone de cruising c’est un espace de plein air où des hommes qui couchent avec des hommes (mais pas que) se retrouvent pour baiser de manière anonyme. C’était très populaire avant les ordiphones. Aujourd’hui elles sont sujet de fantasmes et parfois d’articles de presses. Car des friches urbaines comme Abney Park à Londres aux parcs urbains des métropoles, des calanques de Marseilles aux aires de repos, des réserves naturelles au bord du talus Dijonnais, les zone de cruising courent toujours .... À visiter en âme et conscience.
Solastalgie des milieux envahis
Attachements, écobiographie et deuil au temps de la 6ème extinction
En 2025, chaque milieu a son lot d’espèces invasives, de créatures pasvraiment-à-leur-place ou plutôt « pas-encore-à-leur-place ». Cet âge où les plantes d’Amazonie côtoient sans soucis les endémiques des Alpes, où nos écosystèmes voient fleurir de nouvelles créatures à chaque printemps, nous amène à ne plus penser la nature sans son lot de mutations.
Si nous avons dans ce Fanzine défendu une posture alternative au discours commun porté sur ces mutations, nous tenons dans cette contribution à rendre visible la souffrance que ces mutations peuvent occasionner en mobilisant des idées issues des Extinction Studies, ces travaux portant sur ce que les extinctions et transformations de la biosphère créent chez celleux qui les vivent. Nous proposons le deuil comme un processus à reconsidérer dans nos expériences de nature, en lui conférant le pouvoir d’enrichir le lien que nous entretenons avec nos écosystèmes. Ami-es naturalistes, si vous avez la boule au ventre à la vue d’un bras de rivière envahi de Jussie, ce texte est fait pour vous.
« La Solastalgie est un concept développé pour donner du sens et de la clarté aux détresses induites par l’environnement. A l’opposé de la nostalgie – une expérience mélancolique vécue lorsque les individus sont séparés de leur chez-eux – la solastalgie est une détresse produite par les changements climatiques, impactant les personnes alors qu’elles sont directement connectées à leur chez-eux, leur environnement. » [27]
Nous avons toustes connu des lieux qui n’existent plus tels que nous les avons découverts. Ces transformations à l’œuvre relèvent de la propriété de chaque être vivant de se changer lui même, de changer son écosystème, et par transition de la propriété de chaque milieu vivant d’évoluer et se transformer. Les EEE, et en particulier les végétaux et leur tendance à l’exubérance, ont cette agentivité* exacerbée qui leur permet de transformer les milieux en l’espace d’une ou deux années. Or notre approche gestionnaire des milieux nous a amené à ne les considérer que comme des espaces qui ne changent pas : il faut restaurer, protéger, conserver les écosystèmes en oubliant souvent qu’il est dans leur nature même de changer. Ce changement, pour nous naturalistes qui sommes si proches de nos tourbières, de nos chênaies ou de nos zones humides – que nous en connaissions ou en devinions les réseaux sous-jacents, assister à leur disparition est source d’une douleur inqualifiable. Thom Van Dooren dit à propos de cette 6ème extinction dont les proliférations sont l’un des symptômes : « cette extinction n’est donc pas simplement le massacre d’un ensemble d’individus […], c’est l’éradication de tout ce qu’ils auraient pu être et devenir en relation avec d’autres ».
Le sentiment éprouvé devant les bords du Rhône fleuris de Jussie est donc bien normal – leur présence est le signe d’une relation disparue, par exemple celle que j’entretenais avec les nénuphars et les paysages qu’ils créaient. Plutôt que de chercher à lutter contre ou de nous épancher sur les différents types de disparitions et de réapparitions qui prennent place dans l’anthropocène (un vaste sujet) nous explorerons une autre piste.
Il s’agit de considérer la douleur liée à la disparition comme un marqueur de l’affection portée aux écosystèmes, une affection qui donne du pouvoir et que l’on peut auto-investiguer en mettant le doigt sur le tissu de 47 relations qui composent notre histoire, et avec lesquelles nous avons grandi, par exemple au moyen des écobiographies.
« L’« écobiographie » consiste à raconter son histoire, à dire qui l’on est vis-à-vis des êtres vivants, des milieux de vie, des histoires à teneur « géopoétiques » — autre nom d’une entente sensible et poétique avec le milieu » nous raconte Philippe Pierron dans son livre “Je est un Nous”. Cet exercice autobiographique visant à raconter ses histoires permet de mettre des mots sur ce qui nous lie aux milieux et sur la façon dont s’est construit ce lien.
la solastalgie est une détresse produite par les changements climatiques, impactant les personnes alors qu’elles sont directement connectées à leur chez-eux, leur environnement.
Or c’est dans ces histoires que subsiste ou se forge tout ou partie de nos identités emmêlées, entre sublime, dégoût, aversion et sympathie pour ce qui est nous en-dehors de nous : les autres terrestres. Qui plus est dans nos écobiographies se niche parfois de la fiction : « Les images poétiques du monde qui nous habitent sont aussi des images qui nous habilitent en nos capacités de rêver » et donc d’imaginer. Pierron abonde en ce sens et utilise cette notion d’écobiographie comme fondamentale dans la compréhension de nos engagements écologiques. Sans histoires qui racontent nos liens aux habitants terrestres, peu ou pas d’engagement, pas d’identification mais en majeure partie du désintérêt ou de l’indifférence. Cela dit, une écobiographie n’implique pas seulement des images poétiques agréables, elles sont faites de toute la complexité engendrée par nos liens d’attache avec les mortes et les vivantes.
Les bords de la berge où Camille avait l’habitude de se baigner sont désormais envahis de renouée du Japon. Ce ne sont plus ni les carex ni les renoncules que ses pieds foulent, mais les tiges rouges, ses grappes de fleurs blanches qui lorsque l’on s’allonge ponctuent le ciel. En fait, ça n’est plus la même rivière. Les habitant-es des environs du ruisseau ont tenté tant bien que mal de faucarder, d’arracher, de décaisser les rhizomes de la plante sans pour autant réussir à contrer son développement. Alors la renouée se mange, ses fleurs nourrissent les ruchers, on compose avec ces nouveaux écosystèmes et les enfants de 2025 n’ont pas connaissance de la rivière autrement que peuplée de cette herbe rouge-verte bourdonnante d’abeilles. Mais reste que le paysage d’enfance ne sera plus jamais le même, que le tissu de relation qu’avait appris à reconnaître Camille, à force d’attention aux éphémères et agrions qui voltigeaient, aux bords de la rivière en pente douce bordés d’herbes vertes – ont disparu, et qu’ils ne reviendront jamais.
Que disent nos liens aux plantes invasives de nos écobiographies ? Il faut d’abord dire qu’elles s’enracinent dans les conventions sociales et scientifiques : l’aversion culturelle pour les plantes exotiques incontrôlables regroupées dans les espèces exotiques envahissantes a pris racine : l’ordre écologique fixé par la science de la conservation se doit d’être respecté, les « mauvaises herbes » chassées. Ensuite la rationalité de nos rapports au monde occidental nourrit une coupure des liens entre l’espèce humaine et les autres. Nous nous pensons exceptionnel-les. Comme le dit Myriam Bahaffou « Dans notre culture occidentale, toutes ces pertes d’attache, qu’il s’agisse de notre territoire ou de notre cosmologie, ont résulté en une valorisation de l’isolement et une coupure nette de nos liens au monde, une distanciation du non-humain, un rejet du caractère génératif et processuel de la vie qui fonctionne toujours en réseaux et jamais en points isolés ». Alors au milieu du langage de la préservation et de la conservation de la nature, pouvons-nous intégrer les plantes invasives à nos écobiographies autrement que par la peur et le rejet ? En fait, nous renouvelons d’ores et déjà les attaches que nous avons aux milieux qui nous ont vu grandir et qui sont bien différent des milieux qui ont vu grandir nos grand-mères et nos grands-pères. Si nous éprouvons la disparition d’attaches à des lieux ou à des espèces, il est important de prendre la mesure des émotions que cela suscite en nous. Ces affects tristes ne nous semblent ni mal placés, ni impertinents. Ils sont plutôt les signes visibles des bouleversements culturels dont nous souffrons dans la 6e extinction de masse en cours, les manifestations visibles de nos attaches émotionnelles mises à rude épreuve. Nous pensons que ces indisciplinées ont le pouvoir de nous faire réaliser l’importance que ces milieux ont pour nous.
Pour aller plus loin et identifier ce qui nous permet d’entrer en relation dans un tel contexte et nous redonner la capacité de renouveler 49 des liens, nous en appelons à ouvrir la définition de ce qu’est et permet le deuil.
Le deuil de quoi ? Le deuil de ce qui fut familier, d’un état-qui-futnaturel ou de la présence de telle ou telle espèce animale. Le deuil comme moyen collectif, mais pas celui de l’oubli ou de l’abandon. À notre sens, honorer la mémoire d’un être n’est pas lui rendre les honneurs et des pleurs, mais plutôt la célébration de nos liens affectifs, une expérience qui le réincarne en nous et qui nous empuissante.
Dans le cadre d’un lieu, la notion de deuil nous permet de parler de ce qui comptait et compte toujours après la disparition. Le deuil devient un processus de célébration de ce qui a été, et par extension de ce qui est, réactivant nos récits écobiographiques et prenant acte parfois de la douleur, du dégoût et de la colère envers ce qui détruit – la machine capitaliste qui coupe les liens, rend hors-sol et condamne à l’oubli. Dans un milieu transformé, nous pensons que le deuil nous donne la capacité collective d’appréhender l’impermanence du milieu tout en nous donnant de la force pour se battre contre les injustices socio-environnementales. Ainsi, loin d’être un 50 procédé individualisant, faire son deuil signifierait mettre collectivement en mots nos affects liés aux processus d’altération de la biosphère, appréhender l’agentivité des milieux et des espèces qui les habitent, tout en nous mobilisant contre les forces qui sapent son renouvellement. Le deuil est donc pour nous un outil de transformation des affects tristes, affects par nature nostalgiques et incapacitants face aux changements des milieux, en puissance de lutte et d’attachement.
Nous pensons comme d’autres qu’il est fondamental d’intégrer le deuil à la réflexion écologique tant la perte d’un être cher, la perte de notre environnement familier, sont des brèches dans nos toiles tissées entre terrestres et sème le doute quant aux luttes à mener.
Nous pensons que l‘expression de la mort et de la souffrance vécues dans nos chairs nous permettrait ainsi de pouvoir conspirer d’autant plus avec les espèces qui nous entourent dans e cadre de nos luttes militantes. Si la souffrance causée par les espèces indisciplinées est bien réelle, remobilisons-la non plus comme une colère nostalgique, mais plutôt comme le signe d’un attachement fort à nos milieux. Empuissantons-nous de ces émotions et de la joie des attachements pour lutter non plus contre celles qui transforment, mais contre ceux qui détruisent.
Nous nous sommes inspirées de
Solastalgia : the distress caused by environmental change, Albrecht et al. Australas Psychiatry, 2007
Desjardins, É., Donhauser, J. et Barker, G. (2021). Nouveaux écosystèmes : faire face aux difficultés de la gestion écologique fonctionnelle trop « libérale », Éditions Matériologiques.
Mille Cosmos N°2 « La mort est-elle écologique » – Le deuil des oiseaux, 2023.
« Au bonheur des morts, Récits de ceux qui restent », Vinciane Despret, 2015, Les empêcheurs de penser en rond.
« Eropolitique, écoféminismes, désirs et révolution », Myriam Bahaffou, 2025, Le passager clandestin
« Spiritualités radicales, rites et traditions pour réparer le monde », Yuna Visentin, 2024, Divergences “L’écobiographie, pour redécouvrir son appartenance relationnelle à la Terre”, entretien avec Jean-Philippe Pierron dans Reporterre, décembre 2021
Désenvouter le génie civil
Principales "victimes" des invasions végétales, les gestionnaires d’infrastructures sont aussi leur plus importants diffuseurs, puisque c’est par le transport de matière qu’opèrent les engins de chantiers que s’effectue principalement la propagation de cette plante. Ce secteur industriel est par ailleurs le financeur le plus important de la recherche scientifique dans ce domaine.
Les renouées mettent en évidence une forme d’alliance objective et pour le moins contre intuitive entre Génie civil et écologie - l’écologie en tant que science, mais aussi en tant que cause à défendre puisque écologie des invasions, associations naturalistes et fabricants ou gestionnaires d’ouvrages coopèrent dans la mise au point de récits qui engagent des techniques d’éradication et de contention des plantes ”invasives” au détriment d’une analyse plus globale des effet de l’agir humain sur les écosystèmes,
En s’arcboutant sur une lecture de la valeur écologique depuis les espèces, les acteurs de la défense de l’environnement qui composent avec ce qui est aussi une source de financement de leur action, détournent une part de leur attention d’un combat plus pressant pour les espèces.
Ce n’est pas la prolifération des renouées qui menace les autres espèces, mais l’emprise toujours croissante des activités humaines sur les habitats. Une espèce dite "invasive” est à ce titre, et en premier lieu le signe des transformations d’un milieu avant d’être une cause de sa dégradation.
1. L’Union internationale de la Conservation de la Nature est l’instance qui notamment fabrique la liste des 100 espèces invasives préoccupantes. Elle fait aujourd’hui référence chez les associations de défense de l’environnement et de nombreux acteurs de l’écologie. Les renouées font partie de cette liste depuis 2009. Dans l’environnement décisionnel de cet organisme para-publique supra-national on retrouve des entreprises extractivistes et des gestionnaires d’infrastructure comme Total, Sakaline east minining compagny, Holcim, SNCF, Veoila,.. La présence de ces acteurs dans cette Instance pourrait participer à un détournement des enjeux. En stigmatisant des espèces voyageuses, on s’empèche d’aborder les problèmes que leur présence soulève. Les plantes invasives sont en ce sens un symptome contre lequel lutter en lieu et place des causes qu’elles révèlent et dont les entreprises et les Etats sont responsables.
2. Grace a une énergie peu coûteuse, le transport des sols a pu s’accélérer après la deuxième guerre mondiale, Cela a permis a la renouée du Japon de se diffuser plus facilement, notamment a travers l’Europe, Le recours systématique au remblais et au terrassement dans des modes de construction toujours plus gourmands en surface favorisent sa dissémination. L’entrepot, le centre de tri et ses corollaires routiers et ferroviaires sont aujourd’hui les principaux alliés d’une dissémination de l’espèce.
3 Les sols sont mis.a mal par l’excès d’intrants. Labour en profondeur, épandages de nitrates et de phytosanitaires détruisent la vitalité des sols. Cet appauvrissement et l’excédant en nitrate favorisent la levée de plantes adventices comme la renouée du Japon.
4 L’industrie extractive bénéficie des dépenses énergétiques occasionnée par le transport des sols, et par la lutte contre les espèces invasives, dont les renouées font partie.
5. Au Royaume-Uni, l’utilisation des pesticides est autorisée, Une technique appelée stem-injection consiste à injecter un produit phytocide dans le système racinaire à partir de la tige de la plante, ce qui permet de laisser le rhizome dans le sol... et le poison avec ;
6. Des chiens sont employés pour détecter les renouées. Parmi de nombreuses techniques, le chien permet aux entreprises d’extermination de se remarquer dans une offre florissante, mais pléthorique
7. Le transfert des renouées est interdit par la loi en UK ce qui complique les travaux d’aménagement. Le traitement des sols de remblais implique de gros surcoûts. Pour le chantier du village des JO ce Londres, on les estime a 70 Millions €.
8. Poussées par l’appât du gain, certaines compagnies d’extermination plantent des renouées en secret chez des propriétaires qu’elles vont par la suite rançonner pour les enlever.
9. HSBC lève l’hypothèque de votre prêt si vous avez des renouées à moins de 10m de votre maison.
10. Pour justifier le meurtre de son épouse et son suicide, un britannique invoque la présence de renouées du Japon sur sa propriété comme motif de son acte.
11. Les renouées posent des problèmes d’usages aux gestionnaires des infrastructures. A la foi principales “victimes” des renouées, ils en sont aussi l’un de ses plus importants diffuseurs. Ce secteur industriel est aussi le financeur le plus important de la recherche sur les renouées.
12. En demandant des solutions pour lutter contre les plantes invasives et en participant largement aux financement des recherches dans ce sens, dans un contexte de désengagement des fonds publics sur la recherche fondamentale, le génie civil participe à l’augmentation de l’influence de l’écologie des invasions dans la production scientifique,
13. On assiste à la polarisation d’un débat scientifique dominé par l’écologie des invasions. Les recherches contradictoires sont parfois taxés de “pro-renouées” voire de “dénialistes” par la partie adverse.
14. Des techniques de “luttes écologigues” émergent dans l’arsenal de contrôle et de combat contre la propagation des renouées. Elles privilégient toutefois l’idée de lutte contre un "ennemi” à la constitution d’équilibres écologiques situés.
15. La gestion des renouées est un dossier problématique pour les élus, coincés entre des injonctions contradictoires certains tirent leur épingle du jeu pour expérimenter des politiques de gestion différenciée Quand d’autres se servent de la notion de biodiversité comme moyen pour exprimer leurs idées toutes moisies a moindre coût politique. La biodiversité, des fois, c’est un peu le greenwashing de la xénophobie.
16. Les associations de défense de l’environnement sont sensibles aux problématiques générales de baisse de la biodiversité. Elles agréent souvent sans sourciller à cette idée bizarre que pour protéger la vie, la première chose à faire serait de supprimer des êtres vivants, Elles participent ce faisant à une entreprise spécicide.
17. Les associations trouvent une main d’oeuvre dans les ateliers d’insertion. Mais quelles perceptions du vivant peuvent avoir celles et ceux ainsi exposés à une situation de spécicide ?
18. L’écopaturage avec des chèvres ou des moutons permet de maintenir des milieux ouverts et de contenir la diffusion des renouées. Ce n’est pas cependant une solution "définitive”. Les populations ne sont pas éliminés par la présence du bétail. Elles s’adaptent à une composante du milieu, plus favorable a une certaine biodiversité végétale. La nécessité de conduire le troupeau dans un même lieu pour maintenir une forme du milieu nous rappelle l’impermanence des écosystèmes. Agir avec le vivant c’est admettre sa fluidité.
19. Des entreprises proposent aujourd’hui de venir "dépolluer” les terrains en construction, L’entreprise valorise les rhizomes prélevées en les conditionnant pour la chimie verte. Les techniques de criblage concassage employées ont un effet dévastateur sur la biodiversité des sols - et donc sur les services que ceux ci peuvent offrir.
20. La chimie verte s’intéresse aux rhizomes de renouées pour mettre au point des bio-filtres pour la dépollution de sites et sols pollués. Cette technologie s’accompagne d’un discours sur la valorisation écologique des plantes invasives qu’il convient par ailleurs d’exterminer : double effet kiss-cool, II ne fait par ailleurs aucune mention des effets de l’extraction de ces plantes sur les sols.
21. Les industries cosmétiques ont un intérêt pour les renouées dont le rhizome aurait des effet sur le vieillissement cellulaire, Le rhizome se valorise aujourd’hui assez facilement dans cette industrie largement liée à la pétrochimie.
Les sources qui ont permis de produire cet article ont été réunies ici : httos ://www.renouer.org/denauer-le-genie-civil/
« ARRACHEZ-MOI CES ASTER » - FRAGMENTS ETHNOGRAPHIQUES-
Fiche de note - 12 Juin 2024 – Lyon
Je retrouve Loïc, animateur chez FNE et responsable de l’action du jour. Lison, Aurore et toute une clique de bénévoles et curieux.ses sont prêts et prêtes à donner de la patte pour un chantier participatif d’arrachage d’espèces invasives sur le bassin Ouagadougou (un bassin réaménagé dans le quartier Confluence de Lyon). Notre cible est la Lézardelle penchée, ou queue de lézard - Saururus cernuus - qui s’est implantée sur le pourtour de la zone pentue du bassin. Pour Loïc, l’espèce invasive doit être totalement retirée du milieu. Il reconnaît que la tâche est ardue voir irréaliste, mais son objectif est bien de pouvoir créer un espace exempt de cette espèce invasive. Son argumentaire est que ces espèces invasives posent de nombreux problèmes – comme le ragondin qui empêche les roselières de se développer. Toutefois « ça n’est pas parce que c’est exotique que c’est un problème ! C’est le cas de seulement quelques espèces ! » que l’on nommera envahissantes.
Ce qui me fascine dans la scène qui va suivre, c’est à quel point elle montre que les considérations et les actions que l’on s’autorise à l’égard d’une espèce sont susceptibles de changer radicalement sous l’effet du savoir que l’on a sur elles, et des étiquettes qu’on leur appose. On décrit la Lézardelle : feuilles en cœur, pointue, tige un peu poilue, et gros rhizome blanc qu’il faut veiller à bien arracher. Ni une ni deux les volontaires se mettent au travail : fourches, pelles, on scrute le rivage et on arrache la moindre Lézardelle. Cette plante, parfaitement invisible il y a peu, est devenue en l’espace d’un instant une plante indésirable qu’il faut éradiquer. 62 Non loin de là poussent des aster américains : après être passés devant quelques plants, Didier s’arrête et mentionne le caractère envahissant de l’espèce. Sabine, qui avait déjà remarqué l’espèce, est surprise : « Oui je l’avais déjà observée, mais je ne savais pas que c’était invasif » ditelle, jetant un œil à la gerbe d’aster déracinés qu’elle tient désormais dans la main. A la fin de l’atelier la plupart des participant·es disent ne pas avoir eu connaissance de l’existence de ces espèces avant le chantier, iels y feront désormais attention. Plus tard dans la matinée, en chantier sur un autre plan d’eau, les asters deviennent des cibles logiques des volontaires, s’étant ajoutés à la liste des espèces que l’on ne souhaite pas voir, n’en déplaise à leurs fleurs banches qui enjolivent la prairie. Lorsqu’il est question d’action, les interventions des naturalistes amateurs sont marginales. Elles consistent, comme nous le voyons ici, à retirer des espèces classés, d’après une parole scientifique, comme causant des problèmes au niveau de l’écosystème. Cette expérience de changement radical de regard sur une espèce rappelle qu’il existe bien un lien entre les connaissances et la capacité à notifier la présence, et à agir en conséquence.
Cette observation m’a amené à me poser la question de la justification, pour soigner un écosystème, de l’éradication. L’argument toujours repris est celui de l’impact néfaste de ces espèces sur d’autres, leur prolifération. La renouée du Japon, espèce bien présente sur les bords de Saône, prolifère et prend la place d’espèces locales. Tout est affaire, une fois de plus, de conceptions de la nature, et des êtres qui peuvent légitimement ou illégitimement l’habiter. Pour certains scientifiques, les espèces exotiques envahissantes sont l’un des principaux périls qui pèsent sur la biodiversité, des tronçons entiers du Rhône sont recouverts de Jussie, plante considérée comme invasive, au détriment des nénuphars.
Pour autant plutôt que de les voir comme des fléaux à éradiquer, ne faudrait-il pas écouter les signaux qu’elles nous envoient ? Ainsi, Aurore m’explique que la renouée est une plante bio-indicatrice, sa présence est synonyme d’accumulation de métaux dans le sol, résidus d’une activité humaine passée. Les frelons asiatiques prolifèrent du fait de la quantité astronomique de ruches d’abeilles sélectionnées pour être dociles et produire du miel (ils n’en sont pas les ravageurs, pour cela il faut aller voir l’agro-industrie et ses néonicotinoïdes). Les ragondins se multiplient car leurs prédateurs ont été retirés de nos milieux, l’exclusion de nos milieux urbains du « nuisible » renard permet l’apparition du « nuisible » ragondin. Souvent, les espèces invasives ne le sont que grâce à des actions humaines, narratif souvent oublié lorsque l’on parle d’elles. Des travaux voient le jour pour tenter de penser ces espèces comme constructrices de nouveaux écosystèmes – des milieux différents où elles ont leur place et où, à l’instar de tout autre être vivant, elles contribuent à l’existence d’un milieu (rôle de construction qui leur est systématiquement nié). Dans une telle conception, vouloir se débarrasser des espèces invasives revient à défendre une image fixe de la nature, à assumer que la nature doive correspondre à l’image que l’on s’en fait pour être considérée en bon état. Cette conception rend légitime les actions d’éradication, d’arra-chage, de décaissement... L’action de meurtre d’une espèce en faveur d’une autre. Il est question ici encore plus qu’ailleurs de favoriser certaines espèces - celle qui peuplent notre nature – au détriment des oubliées ou des espèces malvenues. Plusieurs raisons purement écologiques justifient la volonté d’agir sur les espèces invasives, mais n’entraînent jamais de réflexions sur l’importance de l’humain sur la création des écosystèmes, ne font que rarement dire aux responsables : « nous agissons ainsi car c’est cette nature 63 là, construite culturellement, que nous jugeons être souhaitable et légitime ». En tant qu’espèces presque unanimement détestées pour ces raisons, les espèces exotiques envahissantes sont révélatrices d’une « nature que l’on souhaite ». Elles mettent en lumière une volonté de protéger certaines espèces, autochtones, au détriment d’autres, exotiques, au motif que les autochtones étaient là avant, quand bien même la libre évolution du milieu serait le remplacement des premières par les deuxièmes – image et paysage d’une nature que l’on ne souhaite pas voir changer.
Nous avons enfin vu Day of the Kudzu.
Mais quelle claque ! C’est inouï ! Day of the Kudzu vous prend aux tripes, vous les sort, les fait poêler avec un assaisonnement méditerranéen et vous les remet. Basé sur un texte mythique de Peter Wohlleben, qu’on découvre par la caméra implacable de François Couplan avec un casting tout droit sorti des fondements oniriques de notre inconscient. Le tout guidé par le génie de Gilles Clément dont on avait presque perdu espoir qu’il ressorte un film, tant il y a eu d’attente depuis les Dents de la Berce (1601) !
Lynn Margulis en jeune femme d’abord décontenancée par les propos racistes de ces voisins à l’encontre des fleurs de son jardin, nous offre une performance d’une justesse sans perméabilité, contrairement à ses sols exempts du moindre bitume ! Alors que la menace pèse sur les fameux Kudzu qu’elle vient juste de découvrir dans ses lasagnes de permaculture, un étrange phénomène - probablement lié à Mercure rétrograde lors de cette lune ascendante - fait muter les plantes.
Et là, c’est l’entrée en scène de Francis Hallé. Jamais nous n’avons vu telle incarnation de monstre sur grand écran..
LA CRITIQUE
Il a tout ! Du désarroi de Nosferatu au panache mutin d’un Godzilla.
À partir de là, l’œuvre n’est plus que mirobolance ! Et pourtant son scénario finement adapté qui révèle un fond digne d’une tragédie grecque, qui ne nous laisse pas indemne. Quant au montage, une fois encore, Gilles Clément nous régale avec ses fameuses techniques de storyboard en friche où chaque scène colonise les précédentes. Ce procédé magistral donne au monstre une présence continuelle qui fait froid dans le dos. Les effets spéciaux sont un véritable tour de maître, opérés par les studios mondialement reconnus des Loutres Jurassiques. Depuis leur coup de pouce à James Cameron sur Avatar les Loutres n’ont plus rien à prouver. Il dit lui-même, « the movie would never have existed without the loutres jurassiques, thank god, thank them », ce qui veut dire : « ce sont les meilleures, le cinéma a connu sa renaissance lorsqu’elles ont commencé à faire des films. »
En conclusion, un petit film sans prétention, qui fait du bien par où il passe.
Conclusion
Nous aurions voulu parler de tellement de choses dans ce Fanzine... Parler avec des personnes dont le métier les fait interagir quotidiennement avec ces espèces, entendre des discours naturalistes et militants qui rentre en friction avec le notre et nous mettent à l’épreuve. En premier lieu nous avons le sentiment de ne pas avoir réfléchi suffisamment en profondeur aux liens entre présence des EEE et agriculture/élevage (apiculture) - mais nous comptons sur ce Fanzine pour lancer des débats et des échanges sur ces thèmes ! Nous avons le sentiment d’avoir essentiellement parlé des plantes exotiques et de moins nous être focalisées sur les animaux “invasifs”. Il y aurait aussi eu à dire sur ces espèces non-exotiques mais pour autant toujours classées comme invasives (les moustiques, les ronces etc.). La porte est ouverte au sein des Naturalistes Des Terres pour ces espaces de réflexion et ces terrains d’échange !
Ici, nous avons souhaité nous inscrire à contre-courant d’une stigmatisation, diabolisation et essentialisation des EEE qui a pour effet d’enserrer et d’enfermer un paquet d’espèces dans la même case. Nous avons souhaité proposer d’autres récits pour parler de ces espèces qui s’invitent dans nos milieux, aidées par le capitalisme mais finalement révélatrices de ses désastres. Pour s’en défaire nous appelons à une discussion collective pour non seulement dénoncer les pré-établis et le discours sur les EEE mais également envisager d’autres manières de construire nos luttes avec elles, comme avec d’autres espèces et leurs milieux associés. Comme le propose A.Tsing ces "proliférations" ne sont ni totalement positives, ni nécessairement à combattre : elles témoignent d’une vitalité insoupçonnée dans les zones d’abandon ; nous avons pu les fréquenter lors des vagabondages qui ont mené à ce Fanzine. C’est de ce caractère pionnier, et “contre-culturel” dont nous aimerions nous inspirer ! Celui qui occupe le terrain, s’hybride et créé de nouvelles modalités d’organisation tout en façonnant certains de nos territoires de lutte. Partout ou l’on nous parle d’EEE à détruire pour implanter un parking cultivons le message qu’elles nous envoie et retournons le stigmate.
Là où ombre et fraîcheur permettent de se retrouver, de conspirer et pourquoi pas de s’établir. Cultivons notre indiscipline.
Ce Fanzine a été réalisé avec amour et joie par des Naturalistes des Terres à l’atelier Rizo des Tanneries à Dijon
Tango, Duchesse, Coriolis, JS et Clémentine à l’édition Tango, Duchesse, Coriolis, JS, Lutra, Ombreta, Jasmin, Ôju, Gomphus, Jean-Alfredo, Lychnis, Azerole, Melim et Lapie aux contributions et à l’élaboration.
Margo, Jo, Marianne, ChouK, Keuth, Elisa, Aldo, Diplodaucus, Murmure, Nigelle, Outch, Scopa, Syrphe, Wesh water et Sylv pour leurs relectures et regards chaleureux
Merci les loustics pour les bébètes, merci Hayao Miazaki
Fontes : Velvelyne, Mariel Nils, Manon Van der Borght Fungal, Raphaël Bastide, Jérémy Landes PicNic, Mariel Nils
Que vous ayez aimé ou non ce Zine, on est preneurs et preneuses de vos retours ! Ce que l’on y dit n’est pas gravé dans le marbre et on est jamais à l’abri d’une saison 2
invasionrebellion@protonmail.com
Un chat tue chaque année en moyenne de 5 à 10 oiseaux, soit à l’échelle du pays 75 millions d’oiseaux*
*ça reste toujours minable par rapport aux destructions causées par le capitalisme mais faites votre tri et surveillez vos chats.
[1] Voir "Les bâtardes du quartier libre des Lentillères" dans ce Fanzine
[2] Voir le texte "le regard de Nausicaa" dans ce Fanzine
[3] Voir "Désenvoûter le Génie Civil" dans ce Fanzine
[4] Voir "Arrachez-moi ces Aster" dans ce Fanzine
[5] Voir "les EEE vont-elles nous grand remplacer" dans ce Fanzine.
[6] Voir "Solastalgie des milieux envahis" dans ce Fanzine
[7] Annick Schnitzler et Serge Müller, « Ecologie et biogéographie de plantes hautement invasives en Europe : Les renouées géantes du Japon (Fallopia japonica et F.sachaliensis) », Revue d’écologie, vol.53, 1998
[8] Thierry Thévenin, « La renouée du Japon, plante miroir de la mondialisation », 25 mars 2020 (en ligne, www.herbesdevie.com).
[9] Manga de Hayao Miyazaki, Nausicaä de la vallée du vent, Paris, Glénat, 2009-2011 (réédition) (7 tomes), adapté en dessin animé par le studio Ghibli en 1984
[10] Rapport de l’IPBES 2023 : https://www.ipbes.net/IASmediarelease
[11] Bellard C. et al. 2016. Alien species as a driver of recent extinctions. Biology Letters 12 : 20150623. dx.doi.org/10.1098/rsbl.2015.0623
[12] Une des conclusions du rapport de l’IPBES (2023) sur l’impact des EEE
[13] Réglementation sur les EEE par le centre de ressources français sur les espèces exotiques envahissantes (2024) : http://especes-exotiquesenvahissantes.fr/panorama-reglementaireespeces-exotiques-envahissantes/
[14] Vimercati G. et al. 2020. The importance of assessing positive and beneficial impacts of alien species. NeoBiota 62 : 525-545. doi.org/10.3897/neobiota.62.52793.
[15] Farid BENHAMMOU, “De la bioxénophobie ? Reconsidérer les espèces exotiques” consultable sur le site internet : https://blogs.mediapart.fr/faridbenhammou/blog/260824/de-la-bioxenophobiereconsiderer-les-especes-exotiques
[16] Ibid.
[17] Lowenhaupt Tsing Anna, (2015, 2017), Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, Paris : La Découverte, coll. « Les empêcheurs de penser en rond »
[18] Lowenhaupt Tsing Anna, (2022), Proliférations, Marseille : éditions Wildproject
[19] Ibid.
[20] "Un bord de route, un délaissé urbain, ne font l’objet d’aucune protection. Lieux que l’on cherche à réduire ou à supprimer. Tous constituent néanmoins des réserves biologiques." Manifeste du Tiers paysage, Gilles clément, 2004, http://www.articule.net/wpcontent/uploads/2011/09/GillesClementManife steTiersPaysage.pdf
[21] Gandy Matthew, Écologie queer, Nature, sexualité et hétérotopies, Association culturelle Eterotopia France, traduit de l’anglais par Olivier Piona, Éditions rhizome Paris, 2015 p.24-25. 212 Ibid p.21.
[22] Chantier « Mare de la métropole » organisé par Reprise de Savoir en 2022 puis en 2023 sur la frange est du quartier libre des Lentillères. Pour plus d’infos consulter : https://www.reprisesdesavoirs.org/wpcontent/uploads/2022/09/Cre%CC%81er-unemare-a%CC%80-grenouille-contre-lame%CC%81tropole_V2.pdf
[23] Fanzine « ça grouille » des Loutres jurassiques groupe de naturalistes regroupant les différents inventaires réalisés sur le quartier libre des Lentillères, automne 2024, disponible sur demande à l’adresse : mr.pioupiou@riseup.net
[24] Voir Groupe de sociologie urbaine de Nanterre Paris 1970 : reconquête urbaine et rénovation-déportation. In : Sociologie du travail, 12e année n°4, 1970. Politique urbaine 2. pp. 488-514
[25] voir le communiqué de presse du bureau d’&rchitecte responsable de la maîtrise d’oeuvrage sur le projet GardenState qui a détruit les Jardins de L’engrenage en 2022 à DIjon : "Non à l’engrenage de la violence" sur le site du bureau d’architectes :
https://gardenstate-dijon.com/
[26] Plus largement c’est la relance durable de construction de logements en ville qui est largement financée par les pouvoirs publiques dans la course à l’attractivité entre métropoles européennes. Voir le Rapport de la Commission pour la relance durable de la construction de logements, remis au premier ministre J.Castex par F.Rebsamen ancien maire de Dijon le 22 Septembre 2021 téléchargeable via le site internet :
https://www.viepublique.fr/rapport/281590-relance-de-laconstruction-de-logements-rapport-rebsame
Sur la notion de réserve foncière voir les travaux de Flaminia Paddeu notamment son libre “Sous le spavés la terre” et le collcetif Reprise de Terre.
[27] L’agentivité est la capacité qu’à un sujet à devenir agent de changement, à agir sur son milieu. L’anthropologie et les théories des réseaux s’intéressent de près à l’agentivité des êtres et des objets, en d’autre termes ce que leur existence nous fait faire en rétroaction.
Un Fanzine produit par les Naturalistes Des Terres Imprimé en Juin 2025
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