PRATIQUES


Le prix libre

mis en ligne le 5 décembre 2003.

Problème.

Mettons qu’un infokiosque n’a pas encore trouvé les contacts et les techniques pour se procurer gratuitement papier, encre, machines à imprimer. Il veut quand même répandre des brochures alors il va les photocopier à la boutique du coin. Mettons que la brochure sur les catastrophes écologiques en Amérique trans-caucasienne coûte deux francs six sous à photocopier. L’infokiosque ne veut pas perdre de l’argent à diffuser cette publication, mais il ne veut pas non plus faire du profit dessus, parce qu’il n’aime pas les logiques marchandes. À combien la vend-il ?

Solutions.

À prix coûtant : 2 francs 6 sous.

Ou bien : à prix libre. Dans le prix libre, ce n’est pas le/la vendeur/euse (l’infokiosque) qui fixe le prix, mais l’acquéreur/euse, l’usager-e (le/la futur-e lectriceur de la brochure). La lectrice A, qui est dans une situation économique médiocre, ne donnera si elle le veut, et sans culpabilité, qu’un franc trois sous. Par contre le lecteur B, lui, qui roule plutôt sur l’or ou qui veut donner un coup de pouce à l’infokiosque, choisira peut-être de donner trois francs et neuf sous. On estime en effet, généralement, que le beaucoup d’argent donné par les lecteurices de type B compense le peu d’argent donné par les lecteurices de type A. L’idée est que l’argent, le prix, ne soit jamais un obstacle à l’accès aux brochures, que l’infokiosque puisse tourner en s’adaptant aux moyens des lecteurices. Tu donnes ce que tu peux, ce que tu veux. Une autre idée importante du prix libre, c’est qu’il demande au lecteur ou à la lectrice un moment de questionnement : combien vais-je donner ? Quels sont mes moyens ? Quels sont les dépenses de cet infokiosque, qui a aussi besoin de moi pour tourner ? À quel point puis-je ou ai-je envie de participer ? On s’éloigne ainsi d’une attitude purement consommatrice, où la somme qu’on donne (le prix fixe de deux francs six sous par exemple) est soit un geste rapide et machinal, soit un geste effectué à contre-cœur. On instille dans "l’achat" un peu plus de lucidité, d’autonomie, de démarche active. Le lectrice ou la lecteur sont des égales et des égaux, dignes de confiance, de compréhension et d’intelligence, et pas des client-e-s à pigeonner.

Bien sûr, un des objectifs restant l’abolition de l’argent, nous apprécions plus que tout la gratuité quand cela est possible. Nous pensons, à l’inverse du poncif qui veut que « si c’est gratuit, c’est que ça doit pas être génial », que si un texte est gratuit, c’est qu’il a l’intelligence de ne pas monnayer sa qualité.