PRATIQUES


Comment monter un infokiosque ?

mis en ligne le 15 septembre 2003.

Voici un mode d’emploi dont s’inspirer, à dépasser bien sûr. Pour monter un infokiosque il vous faut :
- un collectif
- de l’espace
- des choses à lire
- des outils et des meubles
- des horaires
- de l’attirance pour la lecture et pour le tri
- du temps
- des ami-e-s

et éventuellement :
- un mode d’emploi
- de quoi boire un jus de fruits ou une tisane
- un bon plan photocopies
- plein de papier
- un ordinateur
- des thunes

Voyons un peu tout cela en détail. Pour un infokiosque, il vous faut donc :

UN COLLECTIF : Un infokiosque ça demande de l’énergie (du temps surtout), et à plusieurs c’est drôlement plus enthousiasmant. Bon, il n’y a pas forcément besoin d’être mille mais c’est plus facile de faire plusieurs permanences d’ouverture par semaine quand on est plus de deux…

DE L’ESPACE : Prenez votre pince monseigneur, trouvez une jolie maison vide avec une vitrine au rez-de-chaussée si vous le pouvez, potassez le squat de A à Z (trouvable sur squat !net), et occupez dans la joie et la bonne humeur. Si le climat dans votre ville fleure le répressif aigü, ou si vous n’êtes pas assez nombreux-euses pour tenir un squat (il est déconseillé d’ouvrir un squat seulement pour y mettre un infokiosque - le risque d’expulsion pour un squat sans habitant-e-s est généralement décuplé), essayez de vous arranger en frappant aux portes de lieux associatifs voire de locaux syndicaux (mais bon, ne vous faites pas trop d’illusions non plus)…

DES CHOSES À LIRE : Faites vous une idée de ce que vous voulez diffuser dans votre infokiosque, brochures, bouquins, revues, etc. Faites des provisions de brochures en allant dans d’autres infokiosques ou en écrivant à des distros, puis photocopiez allègrement ! Ecrivez aux périodiques militants qui vous bottent et aux maisons d’édition indépendantes en présentant votre projet et en leur demandant si vous pouvez avoir un stock de ce qui vous intéresse en dépôt-vente (demandez une remise, celle-ci est parfois avantageuse pour les projets plus ou moins révolutionnaires comme le vôtre et cela vous permettra de vendre des lectures parfois assez chères à un prix plus que réduit).

DES MEUBLES ET DES OUTILS : Une fois trouvé de l’espace et de quoi lire, ratissez les encombrants de votre ville, guettez les déchetteries, ou bricolez-vous les étagères et autres placards qui serviront de rayonnages pour les trésors que vous aurez dégotés à droite à gauche. Donnez un coup de peinture aux meubles, punaisez des affiches, rafistolez des jolies lampes, confectionnez des présentoirs pour vos lectures favorites, amusez-vous, enjolivez le lieu… Les brochures n’ont pas vraiment leur place sur des rayons, vue leur tranche ultra-fine, qui les rend invisibles entre les autres livres. Vous pouvez vous bricoler des bacs à brochures, et les ranger dedans, couverture face aux lecteurices ; avec du fil et des pinces à linge vous pouvez aussi les suspendre et en recouvrir des murs entiers.

UN MODE D’EMPLOI : Dans un infokiosque il y a parfois des lecteurices qui débarquent, le nez en l’air, pas forcément habitué-e-s à ce genre de lieux… Expliquez-leur bien le fonctionnement de votre infokiosque, le pourquoi du prix libre ou de la gratuité. Vous pouvez doter votre infokiosque de panneaux explicatifs (modes d’emploi, significations politiques) peints sur du bois ou du carton par exemple, ce ne sera jamais de trop.

DE QUOI BOIRE UNE TISANE OU UN JUS DE FRUITS : Mmmmh, qu’il est bon de se sentir dans un infokiosque comme dans une douillette bibliothèque… Un poêle et de bons fauteuils (même un peu recousus) agrémenteront notoirement le lieu, et beaucoup auront envie d’y passer de longues après-midis, plongé-e-s dans des pages et des pages de subversion… Des boissons chaudes ou fraîches à disposition c’est un peu du luxe mais c’est pas de refus (même si les taches de jus de fruits sur les bouquins c’est pas ce qui se fait de mieux mais bon…), vive la lecture qui désaltère sans altérer la révolte qui est en nous.

DES HORAIRES : À vous de voir quelles sont vos disponibilités, et de fixer des permanences régulières : tous les dimanches après-midi, tous les mercredis soir… Ou les deux… Faites des affiches à placarder dans des lieux stratégiques, ou des tracts à faire circuler. Si vous en avez l’énergie vous pouvez égayer vos permanences de lectures à haute voix, de présentations de brochures ou de nouvelles parutions, de débats sur un thème précis, de projections… Les lecteurices viendront certainement plus nombreux-euses. Si dans le même bâtiment que celui qui vous héberge il y a d’autres événements publics, profitez-en pour ouvrir l’infokiosque en même temps : les visiteureuses viendront y jeter un coup d’œil à coup sûr.

DE L’ATTIRANCE POUR LA LECTURE : Une fois passée la première vague d’acquisitions, l’infokiosque continuera à tourner, vous recevrez des nouvelles publications, vous en trouverez à droite à gauche, peut-être même en éditerez-vous vous-mêmes tellement ça vous donnera envie… Avoir envie de lire ça peut paraître évident, mais quand on gère un lieu où circulent plein de textes on peut avoir des tonnes de choses à lire. Il ne s’agit pas forcément d’avoir tou-te-s tout lu mais au moins qu’il y ait un accord collectif sur la décision de distribuer tel ou tel ouvrage (et pour ça c’est quand même plus facile si au moins l’un-e d’entre vous sait de quoi il en retourne pour l’ouvrage en question).

DU GOÛT POUR LE TRI : Préparez-vous le plus tôt possible un système de tri et de classement, sinon vous aurez vite fait d’être enseveli-e-s sous des piles dégoulinantes de papier. Rangez les lectures en fonction de leur format, puis au choix, par ordre alphabétique ou par thème. Récupérez des classeurs et des pochettes plastiques pour ranger vos précieux originaux. Vous les sortirez pour les photocopier quand certaines brochures seront hors-stock (et ça arrive plus vite que ce qu’on croit, si vous avez de quoi stocker n’hésitez pas à photocopier une cinquantaine d’exemplaires d’une même brochure, ça peut vous éviter de retourner photocopier la même brochure toutes les deux semaines…).

UN BON PLAN PHOTOCOPIES : Si vous avez votre propre matériel de reproduction alors c’est parfait. Espérons que la maintenance ne soit pas trop pénible… Si vous devez faire ça ailleurs, chez un-e commerçant-e (des fois on n’a pas trop le choix…) par exemple, cherchez un endroit « bon marché », où les employé-e-s ne sont pas trop chiant-e-s, avec un peu de chance vous trouverez parmi elles/eux des complices à votre petite entreprise de subversion. Achetez la carte la plus avantageuse à l’unité (jusqu’à 10000 copies souvent), quitte à sortir pas mal de thunes d’un coup… Ca abaissera le coût des photocopies et si vous êtes à plusieurs dessus, les 10000 copies partiront vite. Emmenez les originaux des brochures que vous voulez diffuser dans votre infokiosque, c’est-à-dire des copies de bonne qualité, en noir sur papier blanc non agrafé. Et faites-en le nombre nécessaire de photocopies pour pouvoir remplir votre infokiosque de lectures terriblement bouleversantes.

PLEIN DE PAPIER : Gardez un œil sur les récups de bureaux, d’imprimeries, etc., vous tomberez bien vite sur des chutes de papier, parfois même sur des ramettes de papier A4, réutilisables chez votre photocopieureuse favori-te. Si ce-tte dernier-e n’est pas trop buté-e sur la légalité, ille vous fera une ristourne vu que vous fournissez le papier. Trouvez du papier de couleur, voire cartonné, et ça vous fera des jolies couvertures pour les brochures. Si vous n’avez pas la chance de dénicher des récups, vous pouvez acheter du papier recyclé, voire en fabriquer.

UN ORDINATEUR : Un luxe parmi d’autres ; l’ordinateur est facultatif mais il vous sera bien utile si vous souhaitez écrire et/ou mettre en page vos propres brochures. Avec un accès à Internet, vous pouvez trouver des dizaines de textes qui n’attendent que vous pour être édités, ou au moins, vous pourrez y trouver des brochures prêtes à imprimer (souvent au format .pdf) que vous pourrez ensuite diffuser avec votre infokiosque. Bien sûr, avec infokiosques.net, vous pourrez faire connaître votre infokiosque (notamment via la liste d’information), vous mettre en réseau avec d’autres infokiosques ou distros, et pourquoi pas participer à la vie du site infokiosques.net…

PARFOIS DES THUNES : Si par malheur vous avez des dépenses (toujours difficile d’y échapper), faites participer les lecteurices, sans tomber dans un schéma marchand. Dans un coin de l’infokiosque, bien en vue, placez une jolie tirelire et intitulez-la « caisse de soutien », les gens y mettront ce qu’ils veulent. Ils apprécieront sans doute un bilan des dépenses de l’infokiosque, affiché à côté, qui rend visible les besoins financiers d’un lieu comme le vôtre, et qui les informe sur ce à quoi servira leur contribution. En espérant que vous n’aurez pas à payer ni un loyer de 200 euros par mois ni des meubles que vous pourriez tout aussi bien trouver dans des déchetteries ou construire vous-mêmes. En se débrouillant bien, on finit par ne plus payer grand chose.

DU TEMPS : Le remède aux thunes, et la recette de brochures gratuites (parce que prix libre c’est bien mais la gratuité c’est mieux), c’est le temps. Le temps que vous passerez à fabriquer ce qu’il vous faut, à fouiller la ville pour accumuler tous les plans récup imaginables, ou les meilleurs endroits pour dissimuler des choses sous votre manteau ou ailleurs. Du temps vous sera nécessaire de toute façon, il ne faut pas se leurrer, parce qu’un infokiosque en prend : permanences, lectures, photocopies, récups, etc.

ET SURTOUT, DES AMI-E-S : Parce que les circuits de relations humaines sont toujours la meilleure alternative à l’argent. Communiquez autour de vous sur votre projet, sur le matériel que vous cherchez en ce moment, sur ce qui vous manque, vous verrez que des solutions vous tomberont progressivement entre les mains. Des associations vous fileront leur vieille offset, des employé-e-s de bureau vous refourgueront du toner pour nourrir la photocopieuse que vous aurez récupérée auprès d’autres connaissances. Jouez sur le bouche-à-oreille pour la récup et bien sûr, pour faire connaître l’infokiosque.

D’AUTRES IDEES ENCORE : Vous pouvez ajouter une bibliothèque à votre infokiosque, en récoltant de chouettes bouquins, en vous abonnant à de chouettes revues, en organisant un système de prêt gratuit. Vous pouvez aussi monter une distro, en diffusant des brochures par correspondance, en allant tenir des tables de presse un peu partout, à l’entrée d’un concert, d’un débat, dans un festival, à la fin d’une manif, au marché, à un arrêt de bus, à la fac…