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Bruxelles : programme d’Acrata en février-mars 2018

mis en ligne le 10 février 2018.

Acrata
rue de la Grande Ile 32
1000 Bruxelles, Belgique
acrata@@@post.com

Jeudi 22 février - 19h30
Projection : Escadrons de la mort, école française (documentaire de Marie-Monique Robin, 2003, 1h)
Si le choix de la réalisatrice d’interviewer et de donner la parole aux bourreaux et aux tortionnaires est discutable et qu’il est assez indigeste d’écouter leurs discours, le documentaire a le mérite de démontrer comme notamment l’État français a aidé les dictatures militaires au Chili, en Argentine, au Paraguay et en Uruguay en formant et en entraînant de véritables escadrons de la mort. Forts de leurs expériences en Indochine et en Algérie, des militaires français vont mettre au point la doctrine de la « guerre révolutionnaire », un scénario de répression basée sur les services secrets, le quadrillage du territoires, la torture systématique, les disparitions, les camps d’internement. Ils l’enseigneront ensuite dans des écoles de formation aux États-Unis et au Brésil, pendant des décennies.
Cette collusion entre régimes démocratiques et dictatoriaux nous donne à réfléchir sur ce qu’est la nature du pouvoir étatique. La rupture de sens entre « dictature » et « démocratie » n’empêche-t-elle pas de lire l’oppression dans toute sa complexité ? Est-ce qu’elles sont la simple continuité l’une de l’autre ? Le modèle démocratique n’étant qu’une façon plus subtile, plus sournoise, de garantir la paix sociale ? Qu’est-ce que cette idée de « tournant autoritaire » qu’on attribue si souvent au contexte d’aujourd’hui  ? ...

Samedi 10 mars – 19h30
Discussion : Dans l’ombre de la ville-prison
La ville a toujours plus de traits d’une « grande prison à ciel ouvert ». Mais une prison qui n’est pas tellement définie par des grilles, des barrières et des murs. Le pouvoir déploie bien d’autres moyens pour nous empêcher de sortir de ce qui est. La circulation, par exemple, qui monopolise la quasi totalité de l’espace urbain, élimine la rue comme lieu de rencontre, de confrontation. Le mode de vie consumériste enferme chaque individu dans l’esclavage économique à perpétuité que représente l’acquisition de sa télé, de sa voiture, de son appart. En n’émettant que les seuls rêves de marchandises et de fric, les écrans omniprésents nous dissuadent de regarder au-delà des murs, et font peu à peu disparaître tout imaginaire autre que la réalité du capital. L’invasion technologique est peut-être l’aspect le plus déterminant de notre captivité. En permettant à la fois d’assurer un contrôle capillaire sur l’ensemble de la société et de faire pénétrer l’ordre jusque dans les plus fins détails de notre existence. Les mouchards sont de plus en plus nombreux qui renseignent sur nos déplacements, nos pratiques d’achats, nos velléités. Et sans doute l’interconnexion entre les différents capteurs sera la prochaine grande étape sur la voie d’une société érigée à l’image d’un camp de concentration hypertrophié. De là on devine que la ville-prison se matérialise dans une vaste quantité de structures qui la rendent possible et en assurent le fonctionnement. À l’instar de ces filaments de verre et de cuivre tirés comme des veines sous la surface du décors urbain. Autant de veines qui peuvent être coupées.
L’État mène depuis quelque trois ans maintenant une vaste offensive à Bruxelles contre tout ce qui reste de désordre, de débrouille, d’incognito, d’imprévisible. Les nouvelles formes d’enfermement se stabilisent dans la résignation plus ou moins généralisée. Et on peut être sûr que l’engrenage ne cessera d’avancer et d’atteindre de nouveaux pics à moins qu’on y mette les sabots d’une révolte sans concessions. On se propose de discuter les différents aspects de la prison-ville, de quelles manières ils se concrétisent, quelles évolutions anticiper, etc. dans la perspective d’une vie affranchie de ses murs.