BROCHURES

Les témoignages des chattes
Nos monologues du vagin

Au départ, on avait envie de monter les Monologues du Vagin de Eve Ensler. On les a travaillé, et puis, au fil du temps, on a rajouté un texte par ci, un texte par là dans le spectacle... Des textes qui nous parlaient, des textes dont, nous semblait-il, le thème était moins abordé dans les Monologues du Vagin. On les a rassemblé ici dans les Témoignages des Chattes.



J’étais inquiète à cause des vagins. Comment on les appelle et comment on ne les appelle pas...

la Foufoune.
le Minou.
la Zézette.
la Marguerite.
le Piou-piou.
la Plotte.
la Minche.
le Sexe.
la Bibiche.
la Dignité.
la Minette.
la Chatte.
le Turlututu.
la Quéquette.
le Mimi.
la Foufounette.
On l’appelle pas.
La Figue.
la Chattounette.
la Bécassine.
le Toto.
le Con.
la Coucoune.
le Poudrier.
le Petit coin.
le Mistigri.
la Foufe.
la Poupounette.
le Zigouigoui.
Georgette.
le Zizi.
la Crapounette.
la Boîte à malice.
le Fri-fri.
la Teuche.
le Bijou.
la Bébête.
la Minouchette.
la Schneck.
l’Intimité.
la Vulve.
la Murinette.
la Foune.
la Copine.
La Moule.
la Craquette.
le Bonbon.
la Toutoune.
la Toutounette.

Le clitoris

Le clitoris est le tissu le plus sensible qui existe. Il est bien plus sensible que le pénis. Il comporte bien plus de terminaisons nerveuses à son extrémité que n’importe quel autre organe, que ce soit la langue ou n’importe quoi d’autre. Le clitoris comporte plus de 4000 terminaisons nerveuses de chaque côté, et 8000 convergent à l’extrémité de cette charmante petite pointe. Le pénis n’en a que 4 à 6000 en tout. Donc le clitoris en a bien plus. En outre, elles sont comprimées dans un espace bien plus petit, c’est pour cela que le clitoris est bien plus sensible. Voilà pourquoi beaucoup de femmes n’aiment pas qu’on le touche directement, parce que c’est trop, huuuu, elles préfèrent un contact indirect.

Le clitoris n’est pas qu’un petit bouton magique. Il est bien plus grand qu’on ne le pense. Le corps de l’organe remonte sous le capuchon et se recourbe puis se scinde en deux longues racines qui se prolongent le long de l’os pubien. Quand le clitoris est excité, le sang afflue, l’organe double de volume, se tend et se raidit, comme c’est le cas lors d’une érection masculine. Le clitoris mesure en moyenne 8 cm. Il existe deux tissus érectiles qui descendent le long de la vulve et qui sont connus par les spécialistes comme les bulbes du vestibule. Ils ne constituent pas des organes distincts du clitoris, mais en font bel et bien partie. Eux aussi se gonflent pendant l’afflux de sang, créant ainsi une zone particulièrement érogène autour de l’urètre et du vagin.

Seules 30% des femmes ont des orgasmes lors des rapports sexuels sans stimulation directe du clitoris. Et donc suggérer que les 70% de femmes qui n’ont pas d’orgasme dans ces conditions souffrent d’un dysfonctionnement, ou sont en quelque sorte immatures, c’est une chose que je me garderai bien de défendre. Pourquoi ne pas dire tout simplement la pénétration, sans stimulation directe du clitoris, n’est pas un moyen suffisant pour satisfaire sexuellement les femmes ? En réalité ce qu’on appelle l’orgasme vaginal vient de l’intérieur, mais c’est le même complexe clitoridien qui est stimulé. Et donc, qu’on en soit fière ou non, on finit toujours pas se servir du même organe.

Il y a très peu de nerfs dans le vagin. Cela se comprend. Quand on accouche par le vagin, cela fait déjà très mal, mais imaginez que cet organe soit entièrement sensible de haut en bas. Ce serait inimaginable. Il est donc conçu pour être relativement inerte et insensible au niveau interne. Quand on va assez profond et qu’on appuie vers le haut ou vers le bas, parce que le même faisceau de nerfs s’étend aussi vers l’anus, on commence à ressentir des choses. Mais on ne ressent rien dans les tissus de la paroi vaginale.

Lorsqu’une femme a un orgasme, les muscles ne se relâchent pas de la même façon, c’est pour cela que les femmes peuvent avoir plusieurs orgasmes. J’ai toujours pensé que les femmes ne doivent pas être jalouse du pénis, parce que le pénis, c’est une sorte de fusil, alors que le clitoris, c’est une mitrailleuse. En ce qui me concerne du moins, il peut tirer en rafales un bon moment.

Extraits du film « Le clitoris, ce cher inconnu »

J’aime me masturber

J’aime me masturber. je le dis, je le redis, j’aime me masturber... Je n’ai pas de problème avec ça, je l’assume plutôt bien. Les ami-e-s avec qui je fais mon petit chemin de vie ont certainement arrêté de compter le nombre de fois où ils et elles me voient la main dans la culotte...

Je crois que c’est une activité que j’affectionne depuis ma plus tendre enfance. Petite, j’appréciais la compagnie de mes nounours préférés qui, frottés sur mon sexe me procuraient d’agréables et de chaudes sensations. Bon, allez je vous confie un secret... Je devais avoir 7 ou 8 ans et je tentais de m’endormir entourée d’une flopée de petits chats qui gambadaient sous la couette. L’un d’eux s’est alors pris d’une terrible envie de me laver... Mais pas n’importe où. Ce petit chat, sans crier gare s’est mis à me lécher le sexe ! J’avoue avoir pris quelques minutes avant de le repousser, bousculée entre mon plaisir et une pointe de honte qui commençait à m’envahir. Cette anecdote il n’y a que quelques années que je la raconte, que je ne me sens plus obscène et immorale d’avoir osé me faire lécher par un chat à 8 ans !! Puis j’ai grandi, j’ai commencé à me masturber avec mon oreiller, la couette, en rêvant que j’étais une grande et que j’allais draguer dans des bars... Vers 14 ans, avec mes premières expériences sexuelles à 2, j’ai compris que je pouvais me masser le clitoris directement avec mes doigts et depuis, je ne me suis pas arrêtée. Aujourd’hui, la masturbation fait partie de mon quotidien. De ma main dans ma culotte qui joue avec mes lèvres ou mes poils pubiens à de long moment en tête à tête avec mon vibromasseur.

J’ai quand même des moments de masturbation fétiches. Le nec plus ultra, c’est mon bain. Depuis des années je ne prends pas un bon bain, chaud et relaxant sans me masturber. Presque jamais. J’entre dans l’eau bouillante, peu à peu mon corps se détend et là, c’est inévitable, j’ai envie de me masturber. Même si mon vibro est waterproof (un grand merci à la technologie) je préfère de loin dans mon bain, me masturber avec ma main. Question de contexte. Je commence à me chatouiller les poils du sexe et à exercer des pressions sur mon pubis. Puis je glisse mes doigts entre les grandes et les petites lèvres pour faire languir un peu mon cher et tendre clitoris (j’avoue jamais bien longtemps). Au bout d’un moment, je remonte ma main en ayant un doigt de chaque côté de lui (généralement le majeur et l’annulaire, ce que je trouve moi même surprenant). Je vais chercher le capuchon. Toujours me masser le clitoris avec le capuchon. Ou alors il faut à peine le frôler... Une fois que mes doigts sont sur mon capuchon, lui même bien positionné sur mon clitoris, je commence à faire des petits cercles, puis des plus grands, j’appuie à peine puis plus fort, je remonte parfois ma main de quelques cm, ce qui me procure une sensation différente. Parfois j’arrête 30 secondes, juste parce que je sais que la sensation au moment de la reprise en vaut la chandelle... Je me masturbe essentiellement en me caressant le clitoris. Parfois je rentre un doigt dans mon vagin, ou le début de mon vibro, je caresse l’entrée de mon anus... Je continue ainsi jusqu’à ce que je jouisse, ce qui tend tous les muscles de mon corps, et me laisse à l’ouest pendant un petit temps... C’est étrange, mes pratiques en solitaire ne répondent pas toujours à ce dont j’aurais eu envie à deux... c’est clairement différent... Toute seule je suis parfois plus... technique.

Je sais pas combien de temps je mets à jouir en me masturbant, c’est hyper aléatoire. 3 minutes parce que j’ai une soudaine envie, je suis chez des amies, donc je me masturbe dans les toilettes. Une demi heure, quand je prends mon temps, tranquillement installée dans un lit douillet. De manière générale depuis quelque temps je me masturbe quand j’en ai envie. Et cela arrive, comment dire... régulièrement. Que je sois seule dans un lit, en pleine réunion (l’astuce, c’est de ne pas avoir levé la main et risquer de prendre la parole au moment où je jouis). Bon, j’assume de me masturber, mais j’avoue que lorsque je me masturbe en public jusqu’à l’orgasme je me fais plutôt discrète. Je dis facilement que je vais me masturber, que je me suis masturbée, mais rarement « je suis en train de me masturber devant vous » !! Sauf dans mon bain quand on frappe à la porte ! Si, une fois, je me suis masturbée avec mes copines à côté de moi, qui m’encourageaient !

Tout ça pour dire que, je crois que j’ai tellement peur que se masturber soit une honte, j’ai tellement envie que des femmes puisse l’assumer que j’en fait en quelque sorte... ma lutte quotidienne !! Et puisque pouvoir se donner du plaisir seule c’est être déjà un peu plus indépendante, autonomisons-nous : masturbons-nous !!

Mon sexe est un moyen

Mon sexe est un moyen. Un moyen d’obtenir de la tendresse, des câlins, de l’affection. Un moyen de dire que j’aime. C’est la voie d’accès, le passage obligé. Mon sexe est un outil multifonction.

Je vais vous raconter une histoire. Marc et moi, c’était la grande histoire d’amour. Marc passait des heures à caresser mon sexe, à le lécher, à le regarder, à le nommer. C’était le premier à faire ça. A donner une existence à mon sexe. J’adorais ça. Sauf que, des fois, je n’aimais pas trop, et je ne savais pas quoi faire... Comment dire ces trucs-là, vous y arrivez vous ? « S’il te plaît, ne presse pas mon clitoris aussi fort, c’est pas agréable » « Ne mets pas autant de doigts dans mon vagin, ça me fait mal » Alors je gigotais, je remuais pour me dégager des contacts qui me dérangeaient... Mais il ne comprenait pas. Il continuait. Je sais bien, j’aurais dû lui expliquer, lui dire ce qui me faisait du bien... Mais j’avais trop peur de le vexer... Il avait tout le temps envie... Et moi j’aimais me sentir désirée... Parfois, je n’avais pas envie du tout... J’aurais aimé lui dire « je n’ai pas envie maintenant », mais j’avais trop peur qu’il comprenne « je n’ai pas envie de toi » ou « je ne t’aime plus ». Et plus le temps passait, plus il m’était impossible de dire les choses.

Vous savez, c’est comme cette histoire... C’est le début d’une relation entre un mec et une nana. Elle l’invite à dîner et elle fait une soupe aux poireaux. Il déteste la soupe aux poireaux. Mais il a envie de bien faire, il veut pas la vexer. Alors il dit « super, c’est mon plat préféré ». Et 20 ans plus tard, ils sont toujours ensemble, et à chaque fois qu’elle veut lui faire plaisir, elle lui fait une soupe aux poireaux. Et lui, il fait semblant d’être content.
Bref. Revenons en à Marc. Franchement, vous vous voyez, vous, dire à un type : « chéri, ça fait 2 ans qu’on couche ensemble, et ce truc là que tu me fais tout le temps, et bien j’ai horreur de ça » ? Alors j’ai commencé à subir. Depuis, j’ai parlé avec des femmes. J’ai découvert que mon histoire était aussi la leur. Femmes qui n’osent pas dire non, qui acceptent, qui se sentent obligées. Moi qui ai tellement peur...

En fait, l’histoire commence bien avant ça, quand j’étais encore petite fille. L’histoire commence avec les films, les livres, tout ce que j’ai entendu sur la sexualité ; ce que racontaient mes amis, ou les filles du collège dans les toilettes. Vous savez, toutes ces petites phrases à la con qui n’ont l’air de rien mais veulent dire plein de choses. Vous savez, quand vous demandez à votre mère « dis m’man, c’est quoi faire l’amour ? » et qu’elle vous répond « c’est quand le sexe de l’homme rentre dans celui de la femme ». Toutes ces blagues du genre « le cerveau des hommes est en dessous de la ceinture ». Les magazines pour ados qui expliquent comment satisfaire un mec, parce que le sexe, c’est une question vitale pour eux. Vous en avez vu beaucoup vous, des films où les scènes de cul, c’est pas le mec au-dessus de la nana ? Pour tous les ados qui parlent de leur bite toutes les 5 minutes, y’a combien de filles qui parlent de leur clitoris dans les cours de lycée ? Pourquoi Paul baise Marie alors que Marie se fait baiser par Paul ??? Je me souviens quand j’étais ado... les copains qui viennent se confier « j’suis dégouté, ça a pas duré longtemps, j’ai éjaculé en 5 minutes ». Les copines qui racontent : « on n’a pas vraiment couché ensemble, il m’a juste touché la chatte ». Alors moi, vous voyez, j’ai bien appris la leçon : le sexe, ça commence avec la pénétration, et ça se termine quand le mec éjacule. De toute façon, pour lui c’est un besoin, alors que pour moi c’est sentimental (voir cérébral).

L’histoire de mon sexe, c’est celle des garçons qui l’ont approché. Parce qu’avant eux, en dehors d’eux, il n’existait pas. Oh, bien, sûr, je savais qu’il était là, entre mes jambes. Mes parents m’ont appris que j’avais un sexe, tout comme j’avais des bras, des jambes, une bouche. Que c’était une partie de mon corps comme toute autre. Et justement, c’est peut-être là que ça déconne : comme toute autre. Personne ne m’a jamais appris quoi faire de mon sexe, quels étaient ses possibles, quels portes il ouvrait et quels dangers il courrait. J’avais un sexe, donc, et tout ce que je savais de lui c’est qu’il me permettait de faire pipi, puis, plus tard, qu’il laissait couler du sang. Je me souviens d’un coup, quand j’étais au collège. les grandes se moquaient souvent de nous, les plus jeunes. Une fois, en sortant du bus, il y en a une qui m’a dit : « eh, fais gaffe, t’as fait tombé ton clitoris ». J’ai regardé à mes pieds, cherchant des yeux l’objet dont elles parlaient... puis elles ont éclaté de rire et sont parties. Je n’ai pas compris.

L’histoire de mon sexe, donc, commence bien plus tard. J’ai 14 ans, un amoureux. C’est le premier... Ca fait quelques mois que je suis avec lui, et je l’aime vraiment fort. Mes copines me demandent souvent si "on l’a fait". Avec mon copain, on se caresse un peu, on dort ensemble avec juste nos sous-vêtements. Parfois il caresse mon sexe sous ma culotte, ça me fait tout chaud dans le ventre, à la fois un frémissement délicieux et une sorte de nausée. J’ai l’impression qu’il faut qu’on le fasse. Que c’est ce que toutes les autres font quand c’est sérieux. J’ai très peur, mais je l’aime. Un jour, je le laisse me déshabiller entièrement. Il m’embrasse tendrement sur tout mon corps, puis il se met nu, lui aussi, et s’allonge sur moi. Je sens son sexe contre le mien, il essaie d’écarter mes cuisses. Et là, c’est la crise. Je suis complètement perdue, je ne sais pas du tout comment je dois m’y prendre, personne m’a rien expliqué à moi. J’ai trop peur de mal faire, qu’il regrette, qu’il soit déçu. Peut-être ça va faire mal, les autres filles disent que y’a un truc qui se déchire et qu’on saigne. Je resserre les jambes, paniquée. Il ne comprend pas, il insiste un peu, je me sens coincée, je me débat, je le pousse. Je vois encore sa tête. Je vois bien que je l’ai blessé. Il me demande « tu ne m’aimes plus ? » Je voudrais lui expliquer, lui dire que c’est pas lui, que j’ai juste eu peur... mais je ne trouve pas les mots. Peu de temps après, il m’a quitté pour une autre fille.

Ma première fois. J’ai 16 ans, un nouvel amoureux. Un jour, il me déshabille et me demande entre deux caresses si je suis prête. J’ai trop peur qu’il me quitte, je l’aime ; je dis oui. Il met un préservatif et rentre en moi. Je suis tétanisée. J’ai tellement mal au ventre que j’ai peur de vomir sur lui. C’est la seule chose dont je me souviens, cette phrase qui tournait dans ma tête : « ne pas vomir, ne pas vomir ; surtout ne pas vomir » Nos rapports sexuels sont tous les mêmes : il caresse mon sexe quelques secondes, puis me pénètre, éjacule et se retire, le tout en 5 minutes. Moi, j’ai envie de câlins, qu’il me prenne dans ses bras, mais il est fatigué et il s’endort. Un jour il me demande si j’ai des orgasmes. « Orgasme... Je sais pas... Ca veut dire quoi ? J’aime bien, c’est tout. Non, pas de pics de plaisir, non. Ca me parle pas » Il me dit que je suis frigide... J’ai appris beaucoup plus tard que je n’étais pas frigide, parce que j’ai connu un autre garçon qui caressait mon clitoris. D’un coup, j’ai compris le truc de l’orgasme, le pic, tout ça... Mais à l’époque, comment aurais-je pu savoir ? Je ne connaissais que lui. Et c’était forcément bien, puisque je l’aimais...

Le temps a passé, il y a eu d’autres histoires. J’ai rencontré Marc, puis je l’ai quitté. Je suis devenue féministe et j’ai appris le terme « sexualité phallocentrée ». Est ce que vous savez ce que ça veut dire « sexualité phallocentrée » ? Décomposons. « sexualité », OK, pas de problème. « phallocentrée ». « phallo » de « phallus » donc pénis. « centré » de « y’a que ça qui compte ». Donc « sexualité phallocentrée » égal sexualité où seul compte le plaisir du pénis. Ca veut donc dire que quand on nous apprend que le moment sérieux, le rapport sexuel, c’est la pénétration ; c’est uniquement parce que ça arrange le pénis, et donc l’homme qui est accroché au pénis. Ca m’a fait un bien fou. Ce n’était plus moi la malade, c’était la société qui était malade. Mais le problème est resté le même : je faisait toujours passer le plaisir de l’autre avant le mien, j’avais peur d’être coincée dans une une situation que je ne voulais pas et de ne pas réussir à l’arrêter. Et toujours, j’avais l’impression d’être obligée de coucher pour qu’on m’aime.

Mon sexe a fini par en avoir marre. Il s’est mis en grève. Je l’ai forcé un peu, il est passé au sabotage : mycoses à répétitions. Alors j’ai essayé de me réconcilier avec lui. Pour la première fois de ma vie, je me suis masturbée. J’avais 23 ans. Au début, c’était pas simple. Je n’avais absolument aucune idée de ce qui me donnait du plaisir. J’ai persévéré. Il m’a fallu plusieurs mois pour apprendre à me faire jouir. Depuis je lui ai fait des cadeaux. Un magnifique petit lapin rose qui vibre en 5 positions. Aujourd’hui, on se débrouille tous les deux, et ça nous va plutôt bien. Pour la fin de l’histoire, « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’orgasmes ».

Le viol, c’est quoi ?

Un viol, c’est une relation sexuelle non consentie, avec ou sans pénétration, avec ton/tes compagnons, avec un inconnu, avec ou sans violence physique. Le viol, ce n’est pas seulement l’image stéréotypée d’un gros méchant qui nous poursuit avec une arme dans une rue sombre, mais c’est aussi un moment où on n’entend pas notre non.

« Pas maintenant » ; ça veut dire non.
« J’ai un copain/une copine » ; ça veut dire non.
« Peut être plus tard... » ; ça veut dire non.
« Non merci » ; ça veut dire non.
« Tu n’es pas mon genre » ; ça veut dire non.
« Va te faire foutre » ; ça veut dire non.
« Laisse moi tranquille » ; ça veut dire non.
« Je t’aime bien, mais... » ; ça veut dire non.
« Ne me touche pas ! » ; ça veut dire non.
« Allons juste dormir. » ; ça veut dire non.
« Je ne suis pas sûre... » ; ça veut dire non.
« Tu as trop bu » ; ça veut dire non.
« Pfffff... » ; ça veut dire non.
« J’ai mal à la tête » ; ça veut dire non.
« J’ai piscine » ; ça veut dire non.
« .............. » ; ça veut dire non.
Le silence ; ça veut dire non.
NON ; ça veut dire NON.

Les vagins de famille

A quoi ressemble mon vagin ? Vous vous êtes déjà posé la question, vous ? Moi, la première fois que je me suis posée la question, c’était après avoir vu les monologues du vagin. A quoi il ressemble... Je me suis même demandée : est-ce que mon vagin ressemble à celui de ma mère ? Est-ce qu’on aurait des vagins de famille, comme on a des nez de famille ? Moi, c’est pas de bol, on m’a toujours dit que mon nez ressemble à celui de mon père. Parce que j’ai appris aussi que, quand on est un fœtus, il y a à un moment un processus chimique, qui fait que d’un même organe de départ, ça devient mâle ou femelle. Ça donne une jolie cavité douillette, ou un petit bout de chair qui pendouille. Et oui !

Non, je me suis posé la question parce que j’ai appris que ma mère à un vagin renversé. Moi, j’imagine qu’un vagin renversé, ça veut dire qu’au lieu d’être à la verticale, il est à l’horizontale. Ou l’inverse. C’est ma soeur qui m’a dit que ma mère lui avait dit que sa gynéco lui avait dit qu’elle avait un vagin renversé. La gynéco de ma sœur, qui est aussi celle de ma mère (et oui, je vous préviens, c’est des histoire de famille), lui a dit qu’elle aussi avait un vagin renversé, et que la conséquence de tout ça, c’est que la levrette, c’est niet. Bref, c’est ma sœur qui m’a dit tout ça, à la fois, on imagine mal ma mère me dire : « écoute ma fille, tu as peut-être un vagin renversé, alors la levrette, laisse tomber... » quoique... La gynéco a aussi dit à ma soeur qu’elle avait un vagin triste. Vous vous imaginez ce que c’est un vagin triste, vous ? Moi j’imagine un vagin déprimé, les parois blafardes, la tête glaireuse en larmes... Non, en fait, c’est plutôt l’inverse. Un vagin triste, c’est un vagin qui ne régule pas bien son écosystème, dont la flore vaginale est fanée, c’est l’hiver du vagin. Ou plutôt le désert. Des fois, son vagin est si sec qu’elle a de petites crevasses. Le désert. Le sahel. Sec. Sec comme un coup de trique comme dirait l’autre... Je m’égare.
Donc, ma question était : à quoi ressemble mon vagin ? Parce que le vagin, c’est difficile à imaginer. C’est un peu comme un fantôme. « Vagin, es-tu là ? » Le clitoris, pas de problème, toujours présent. Mais le vagin ? Je me suis même demandée : « Est ce que mon vagin ressemble à celui de mes aïeules ? » Vous vous êtes déjà imaginé le vagin de votre grand-mère, vous ? Allez-y, essayez. Non, je vois que vous faites semblant. Fermez les yeux. Allez ! Imaginez le merveilleux vagin de votre grand-mère... Bon, à l’âge que vous voulez. Son jeune vagin de jeune fille... Son vagin par lequel est passée votre mère... Son vieux vagin barbu. Ah la la, le vagin de ma grand-mère. Le vagin de ma grand-mère, c’est toute une histoire vous savez. Une histoire triste. Moi, je l’imagine à la mort de mon grand-père. Je l’imagine comme un juif à la libération. J’imagine son vieux vagin fatigué. Son vieux vagin torturé. Est-ce qu’il s’est remis de ses tortures ? Est-ce qu’il a des cicatrices ?Parce qu’un nez cassé, ça se voit, mais un vagin cassé ? Est-ce que, à force qu’il y ait des nez cassés dans une famille, on naîtrait avec des nez cassés, eh, qui sait ? Qui dit que le vagin de ma mère ne s’est pas renversé par rébellion ? « renversez les vagins ! »

Si je peux me permettre, je vais vous raconter l’histoire de ma grand mère. Parce que, l’histoire de son vagin, c’est elle qui me l’a raconté. Je l’écoute. J’espère que les mots qu’elle me dit son une pommade pour son pauvre vieux vagin. Vous voyez, j’ai commencé guillerette, peur de rien, et là, c’est plus dur. La pudeur revient. Je ne veux pas. La pudeur, c’est du cache vagin cassé. Comme les lunettes de soleil sur l’œil au beurre noir. Mais comment vous dire ? Comment on en est venu à parler de ça ? Ca a commencé avec sa naissance. Elle m’a raconté comment elle est née d’une fille-mère. Une femme sûrement violée par une bande du village. Une femme triste, brisée. Elle m’a raconté comment elle s’est mariée après la libération avec un homme qui a exigé d’elle tous les soirs un rapport sexuel ; on se demande qui était « libéré ». « Je n’ai jamais aimé, elle m’a dit. En 28 ans de mariage, pas une fois » Tous les soirs. Ma grand-mère a vécu 28 ans en état de siège. On ne risque pas d’en parler, de ça, dans les livres d’histoire. Et on en hérite de ça ?

Mais ma mère, les années 70, le MLF, « libérez les vagins, libérez les vagins ! » Et hop, le vagin renversé ! Et paf, elle rencontre mon père. Un jour que j’avais mal au vagin, elle m’a dit qu’après un rapport sexuel, elle avait eu le col de l’utérus un peu déchiré. Là, j’ai compris le coup du vagin renversé et de la levrette « niet ». Mes parents, les années 70, les femmes « libérées ». Mon père, antisexiste, qu’il dit, et qui clame sur tous les toits qu’il s’y connaît en femmes et qu’il est un super coup.
Et crak.
« Libérez les vagins ! » oui, mais de quoi ?
Et moi, à quoi ressemble mon vagin ?

Texte emprunté aux monologueuses grenobloises

Histoire du clitoris

Le rôle du clitoris dans le plaisir féminin n’a pas toujours été ignoré. Hippocrate déjà, au quatrième siècle avant Jésus-Christ, avait identifié le clitoris comme organe du plaisir féminin. Il avait également découvert l’existence de sécrétions sexuelles féminines, la cyprine, qu’il pensait équivalente au sperme et donc nécessaire à la reproduction. Il en déduisit que pour être enceinte, la femme devait avoir un orgasme pendant le rapport sexuel. Cette croyance perdura au fil des siècles. Ainsi, au moyen âge, malgré la réticence de l’église vis à vis du plaisir charnel, les médecins préconisaient pour assurer une fécondité optimale des traitements étonnants : notamment le massage circulaire du clitoris préalablement lubrifié au moyen d’huile parfumée... Au XVIe siècle, la littérature médicale reconnaît l’existence du clitoris, décrit comme le « siège du plaisir féminin ». De nombreux ouvrages en offrent des croquis détaillées... Hélas, en 1875 un scientifique décrit les mécanismes de la reproduction et montre ainsi l’inutilité du petit bouton magique dans la procréation... et c’en est fini du clitoris et de l’orgasme féminin ! Il tombe alors dans l’oubli, oubli renforcé par les théories freudienne décrivant le plaisir clitoridien comme puéril et immature, et incitant les femmes à jouir exclusivement de la pénétration vaginale...

Info vagin sur le viol

Pendant la guerre en ex-Yougoslavie, vingt à soixante-dix mille femmes bosniaques ont été systématiquement violées, sous prétexte de tactique de guerre, en plein milieu de l’Europe, en 1993.
C’est une stratégie militaire fréquente, mûrement réfléchie par les dirigeants : on ordonne aux soldats de violer des femmes comme on ordonne de bombarder des villes, pour affaiblir l’ennemi.
Cela dit, cinq-cent-mille femmes sont violées tous les ans, en France, et nous ne sommes pas en guerre, enfin théoriquement.
Et on aurait tort de penser que les viols sont toujours commis par d’illustres inconnus car soixante-quatorze pour cent d’entre eux sont le fait de personnes proches de la femme violée et soixante-sept pour cent ont lieu chez elle ou chez l’agresseur.

Récit d’un viol

Juillet 86, j’ai 17 ans. On est deux filles, en minijupe, je porte des collants rayés et des converses basses rouges. On revient de Londres en stop. On galère pas mal. On se retrouve en pleine nuit à une station essence, près de Paris. On décide d’attendre que le jour se lève et les routiers avec, pour trouver un camion qui irait direct sur Nancy.

Voiture de trois lascars, blancs, typiques banlieusards de l’époque, bières, pétards, Renaud. Comme ils sont trois, dans un premier temps, on refuse de monter avec eux. Ils se donnent la peine d’être vraiment sympas, faire des blagues et discuter. Ils nous disent que c’est trop bête d’attendre alors qu’ils pourraient nous rapprocher. Et on monte dans la voiture. Au moment où les portières claquent, on sait déjà que c’est une connerie. Mais au lieu de hurler « on descend », on se dit chacune dans notre coin qu’il faut arrêter de paranoïer et de voir des violeurs partout.

Pendant que ça se passe, ils font semblant de ne pas savoir exactement ce qui se passe. Parce qu’on est en minijupe, une cheveux verts, une cheveux orange, forcément, on est des salopes, donc le viol en train de se commettre n’en est pas tout à fait un. Comme pour la plupart des viols, j’imagine. J’imagine que, depuis, aucun de ces trois types ne s’identifient comme violeurs. Car ce qu’ils ont fait, eux, c’est autre chose. A trois avec un fusil contre deux filles qu’ils ont cognées jusqu’à les faire saigner : pas du viol. La preuve : si vraiment on avait tenu à ne pas se faire violer, on aurait préféré mourir, ou on aurait réussi à les tuer, en gros si ça peut se faire, c’est bien que la fille était consentante.

Parce que les hommes appellent toujours ça autrement : surtout ne pas utiliser le mot pour décrire ce qu’ils ont fait, il ont un peut forcé, ou vaguement déconné...

Les premières années, on a évité d’en parler.
Trois ans plus tard, une fille que j’aime beaucoup se fait violer chez elle, sur la table de la cuisine, par un type qui l’a suivie depuis la rue. Ça m’a plus révoltée que quand ça nous était arrivé à nous. Moi, jusque-là, je m’étais dit que j’avais bien encaissé, que j’avais la peau dure et autre chose à foutre dans la vie que laisser trois connards me traumatiser. Mais en réalisant que je voyais son viol comme un événement après lequel rien ne serait jamais plus comme avant, j’ai accepté d’entendre ce que je ressentais pour nous-mêmes.

Après son agression, j’ai participé à un week-end de formation de « Stop Viol », une permanence téléphonique, pour parler suite à une agression, ou prendre des renseignements juridiques. Ça avait à peine commencé que déjà je râlais dans mon coin : pourquoi on conseillerait à qui que ce soit d’aller porter plainte ? Se déclarer victime d’un viol, dans un commissariat , je pensais que c’était se remettre en danger. La loi des flics, c’est celle des hommes.
Puis une intervenante a expliqué : « La plupart du temps, une femme qui parle de son viol commencera par l’appeler autrement ». Intérieurement, je me dis : « n’importe quoi . Pourquoi elles ne diraient pas ce mot ? » Puis je pense à moi : qu’est-ce que j’ai fait, jusque-là ? Les rares fois - le plus souvent bien bourrée - où j’ai voulu en parler, est-ce que j’ai dit le mot ? Jamais.

Et en même temps, comment appeler un viol un viol ?
Tu veux que ça se sache, ce qui t’est arrivé ? Tu veux que tout le monde te voie comme une femme à qui c’est arrivé ?
Il faut être traumatisée d’un viol, il y a une série de marques visibles qu’il faut respecter : peur des hommes, de la nuit, de l’autonomie, dégoût du sexe et autres joyeusetés. On te le répète sur tous les tons : c’est grave, c’est un crime, tu ne peux pas t’en remettre.
Bref, le conseil le plus raisonnable, pour tout un tas de raisons, reste « garde ça pour toi ».
Les premières années, après le viol, surprise pénible : les livres ne pourront rien pour moi. Ce traumatisme là n’entrait pas en littérature. Rien, ni qui guide, ni qui accompagne. C’est extraordinaire qu’entre femmes on ne dise rien aux jeunes filles, pas le moindre passage de savoir, de consignes de survie, de conseils pratiques simples. Rien.

Enfin, en 1990, je tombe par hasard sur un article d’une féministe américaine, dans lequel elle parlait du viol. J’ai oublié ses termes exacts. Mais, en substance : « C’est un risque inévitable, c’est un risque que les femmes doivent prendre en compte. Si ça t’arrive, remets-toi debout, et passe à autre chose. Et si ça te fait trop peur, il faut rester chez maman. » Ça m’a révoltée, sur le coup. Sonnée.
Mais depuis plus rien n’a jamais été cloisonné, verrouillé, comme avant. Penser pour la première fois le viol de façon nouvelle. Au lieu de se contenter de dire quelle horreur » ou « pauvres filles », elle proposait d’essayer de s’en remettre.
Oui, on avait été dehors, un espace qui n’était pas pour nous. Oui, on avait vécu, au lieu de mourir. Oui, on était en minijupe seules sans un mec avec nous, la nuit, oui on avait été connes, et faibles,, faibles comme les filles apprennent à l’être quand on les agresse.
Oui, ça nous était arrivé. On avait pris le risque, on avait payé le prix, et plutôt qu’avoir honte d’être vivantes on pouvait décider de se relever et de s’en remettre le mieux possible.
Pour la première fois, on pouvait s’imaginer en guerrières. Nous n’étions plus responsables d’un viol qu’on avait bien cherché ; mais nous étions les victimes ordinaires de ce qu’il faut s’attendre à endurer si on est femme et qu’on veut s’aventurer à l’extérieur. Le viol sortait enfin du cauchemar absolu, du non-dit, de ce qui ne doit surtout jamais arriver. Il ne s’agissait plus de nier, ni de succomber, il s’agissait de faire avec.

Parce que oui, j’ai refait du stop. Moins pimpante, moins avenante, mais j’ai recommencé.
J’ai continué d’arriver dans des villes où je ne connaissais personne, de trainer toute seule dans la rue. De faire comme si je n’étais pas une fille. Et si je n’ai plus jamais été violée, j’ai risqué de l’être cent fois ensuite, juste en étant beaucoup à l’extérieur. Ce que j’ai vécu, à cette époque, était irremplaçable, intense, la meilleure période de ma vie.
Mais j’ai scrupuleusement évité de raconter mon histoire parce que je connaissais d’avance le jugement : « ah, parce qu’ensuite tu as continué de faire du stop, si ça ne t’a pas calmée, c’est que ça a dû te plaire ».

On n’entend jamais parler dans les faits divers de filles, seules ou en bande, qui arrachent des bites avec les dents pendant les agressions, qui retrouvent les agresseurs pour leur faire la peau.
Pourtant, le message qu’on nous fait passer est clair : comment ça se fait que vous ne vous défendez pas plus brutalement ? Et bien, parce qu’on ne nous a jamais appris à nous défendre. Et partout, on nous le dit clairement : la violence n’est pas une solution.

Pourtant, le jour où les hommes auront peur de se faire lacérer la bite à coups de cutter quand ils serrent une fille de force, ils sauront brusquement mieux contrôler leurs pulsions, et comprendre ce que « non » veut dire.

Pendant ce viol, j’avais dans la poche un cran d’arrêt, lame fine mais longue, aiguisée, astiquée, brillante. Un cran d’arrêt que je brandissais assez facilement, en ces temps globalement confus mais cette nuit-là, il est resté planqué dans ma poche et la seul pensée que j’ai eue à propos de cette lame était : pourvu qu’ils ne la trouvent pas. Je n’ai même pas pensé à m’en servir. Du moment que j’avais compris ce qui nous arrivait, j’étais convaincue qu’ils étaient les plus forts.
Pourtant, je l’avais déjà sorti en face de deux types qui voulaient me voler mon blouson.
Mais, à ce moment précis, je me suis sentie femme, salement femme, comme je ne l’avais jamais senti, comme je ne l’ai plus jamais senti. Le projet du viol refaisait de moi une femme, quelqu’un d’essentiellement vulnérable.
Je ne suis pas furieuse contre moi de ne pas avoir osé en tuer un. Je suis furieuse contre une société qui m’a éduquée sans jamais m’apprendre à blesser un homme s’il m’écarte les cuisses de force, une société qui a inculqué à mon sexe que la violence n’est pas son territoire. Alors que cette même société m’a inculqué l’idée que c’était un crime dont je ne devais pas me remettre.

A la fin, il y en a un qui trouve cette lame, il la montre aux autres, sincèrement surpris que je ne l’aie pas sortie. « Alors, c’est que ça lui plaisait ».
C’est étonnant qu’à notre époque, alors que tant de monde se promène avec de minuscules ordinateurs cellulaires en poche, appareils photo, téléphones, répertoires, il n’existe pas le moindre objet qu’on puisse se glisser dans la chatte quand on sort faire un tour dehors, et qui déchiquetterait la queue du premier connard qui s’y glisse.

La condition féminine. Toujours coupables de ce qu’on nous fait. Le viol, c’est la guerre civile, l’organisation politique par laquelle un sexe déclare à l’autre : je prends tous les droits sur toi, je te force à te sentir inférieure, coupable et dégradée. Le viol, c’est le propre de l’homme. Le viol, voilà un acte fédérateur, qui connecte toutes les classes, sociales, d’âges, de beautés et même de caractères.

Quand le garçon se retourne et déclare « fini de rire » en me collant la première beigne, ça n’est pas la pénétration qui me terrorise, mais l’idée qu’ils vont nous tuer. Pour qu’ensuite on ne puisse pas parler. Ni porter plainte, ni témoigner. Mais le viol , lui, a une particularité : il est obsédant. J’y reviens, tout le temps. Depuis vingt ans, chaque fois que je crois en avoir fini avec ça, j’y reviens. Pour en dire des choses différentes, contradictoires. J’imagine toujours pouvoir un jour en finir avec ça. Liquider l’événement, le vider, l’épuiser.

D’après Virginie Despentes, King Kong Theorie

Témoignage d’avortement

C’est vrai que j’ai fait l’amour à 15 ans. Le jour de mon anniversaire, je me suis offert ça ! C’était avec un garçon qui me plaisait bien sûr. On fréquentait les mêmes écoles, séparées côté filles côté garçon. On chantait bien tous les deux dans la même chorale de l’école. Il était beau, il chantait bien et il faisait très bien l’amour... Cela, je ne le savais pas encore, vu que c’était le premier. Il avait 16 ans et deux jours. On était vraiment adultes...

Évidemment j’ai été enceinte tout de suite. Mes parents ont dit "c’est pas possible ! A quinze ans !" Mais ils n’étaient pas idiots, ils connaissaient pas mal de trucs et mon père m’a amené à Paris pour me faire avorter dans de très très bonnes conditions, chez un médecin.

Seulement papa, il a pris un air très grave et il a dit : "Et tâchez de ne pas recommencer !" Comme information, c’était un peu juste. Pendant la guerre, les préservatifs n’étaient pas fameux. Et puis, bon, on ne voyait pas le danger. Bref, je suis retombée enceinte.

Cette fois, j’ai laissé faire, c’est comme ça que j’ai eu ma fille, à 18 ans. Au bout d’un moment, mon amant et moi on s’est mariés, il a arrêté ses études et il est venu faire les marchés avec nous. Mais le problème de la fécondation n’était pas du tout résolu. On a tout essayé, les injections d’eau savonneuse, avant et après, la méthode Ogino, le retrait, puis ceci, puis cela, tout y est passé... Rien ne marchait. A cause de cette absence de contraception, j’ai avorté 10 fois. Un ami de la famille m’a dit : "Je vais t’apprendre, si tu le fais dans de bonnes conditions ça doit aller."

Il m’a expliqué comment mettre une sonde, en prenant les mesures d’hygiène. Il a très bien expliqué et mon mari a appris aussi. Je n’ai jamais eu de pépins, sauf une fois... Là, j’ai failli claquer. Je croyais que tout été sorti, mais il en restait. Il y a eu une infection rapide, avec une grosse fièvre. J’ai eu peur ! Le médecin était bien ennuyé. En plus, c’était la guerre. Or, c’était un médecin juif, qui s’était réfugié en zone libre. Et bien il ne m’a pas laissé tomber ! Il m’a dit : "Je vais faire tout ce que je peux pour ne pas vous envoyer à l’hôpital." Vous voyez les risques qu’il a pris, lui qui n’avait pas le droit d’exercer. S’il m’était arrivé quelque chose, il allait en taule. Il m’a fait un curetage sur la table de la cuisine. Heureusement, c’était une table avec des rallonges. Sous la table, il a mis une cuvette, tout ce qui sortait tombait dedans. Il y avait du sang partout. Non, je n’ai pas souffert. Il m’avait mis un masque pour m’endormir. J’ai été très bien opérée. Bon, c’était assez dramatique, quand même ; mon mari ne se sentait pas bien. Enfin, ce médecin m’a sauvée, il prenait de drôles de risques. Merci docteur juif.

Mais je n’avais toujours pas les moyens de ne pas recommencer. En tout, dans ma vie de jeune fille, de jeune mère, et après, dans ma vie de femmes libre, j’ai avorté 10 fois. Si ça faisait mal ? Bien sur, on savait qu’on allait avoir mal. On se demandais aussi à quel moment c’était mieux de le faire. On avait compris que c’était mieux à partir de trois mois, ça se décrochait mieux, c’est l’ensemble qui sort, parce que avant c’est résistant. Mais ça fait beaucoup plus mal. Les avortements autour de deux mois, ça descend mal, et on ne sait pas si tout est parti ; il sort des petits trucs. C’est pour ça que moi, j’ai failli crever.

En tout 10. Je ne suis pas la seule. A cette époque-là, c’était la débrouille. Ma mère avortait aussi. Ce n’était pas un plaisir, mais il faut savoir choisir entre les inconvénients. Je ne me plains pas, c’est l’instinct de survie. Ce qui est marrant, c’est que je ne suis pas devenue frigide. J’ai eu un seul enfant : j’avais des idées "politiques" très arrêtées. C’était la guerre, et j’ai dit : "Je ne ferai pas d’enfants pour qu’ils aillent à la guerre, j’ai eu une fille par accident ; je n’aurai pas d’autre enfant."

J’ai divorcé. Quand mon ex-mari a eu une deuxième femme, c’est moi qui l’ai avortée. Il m’a demandé si je pouvais le dépanner ; il savait que je savais faire une fausse couche. Je l’ai pour elle, pas pour lui. Cela s’est bien passé. Mais elle, elle avait la trouille. Ensuite j’ai fait des avortements, quand des femmes venaient me voir et me le demandaient. J’ai même fait un avortement sur la fille d’un gendarme. Je sais pas si vous voyez.

Parce que quand même, j’ai été dénoncée un jour. En 1950. C’était complètement fou ! La femme d’un copain croyait que j’étais la maîtresse de son mari. C’était faux. Lui avait dû trop parler. On a toujours tort de raconter des trucs comme ça. Elle m’a dénoncé à la police. J’habitais Paris, à cette époque. Les flics sont venus m’arrêter chez moi.
"Police. Suivez-nous !
- Qu’est-ce que j’ai fait ?
- On va vous expliquer."
Ils ont vidé mon placard de correspondance. Ils ont cherché mon matériel, il était bien caché, je ne vous dirai pas où. C’était le matin, de bonne heure, ma fille n’était pas encore partie à l’école. elle avait 12 ans. Les flics lui ont dit : "T’en fais pas ; ta mère va rentrer."
Je lui ai dit : « Ne t’inquiète pas, ils se trompent, ils viennent chercher quelqu’un d’autre. » Elle a été impeccable, elle n’a pas bronché. Et quand elle est rentrée, j’étais là.

Bref, je me suis retrouvée Quai des Orfèvres. Je suis tombée sur un flic qui n’était pas bête du tout, il y en a quelques uns. De temps en temps, il me disait : "Madame, je ne suis pas si bête que ça, voyons..." Mais je n’étais pas là pour cracher : je suis une avorteuse. D’abord je ne me suis jamais considérée comme telle. Et puis, il ne faut pas en dire plus qu’ils ne vous en demandent. N’empêche que j’avais un peu la trouille, parce qu’il y avait des lettres qui disait : "Madeleine, excuse moi de te le redemander, mais j’aurais besoin de ton matériel." Finalement, on a trouvé un compromis, j’ai dit le minimum, j’ai avoué pour ce cas-là. Je n’ai pas dit que j’avais fait je ne sais combien d’avortements !

Je suis passée devant un tribunal. J’avais un excellent avocat, il a été parfait. J’ai été condamné à deux ans de prison avec sursis. Comme j’avais beaucoup d’amis, ils se sont cotisés pour payer l’amende, parce que moi, je n’avais pas un rond. Donc je n’ai pas fait de prison.

Ce qui m’a rendu service, question contraception, c’est que j’ai eu un cancer. Quand j’ai été opérée d’un sein, le médecin, qui n’était pas idiot m’a aussi enlevé les ovaire. Résultat : j’aurais pu faire l’amour toute la journée et toute la nuit. C’est dommage, je n’en ai pas assez profité, c’était un peu tard. Mais ça m’a rendu service quand même. Car tout ça, ça ne m’avait pas enlevé l’envie de faire l’amour. Il y a une espèce de petit jeu, on joue avec le danger, on va s’en sortir ! Mais pas à tous les coups...

De toute façon, à un moment, ça me pesait un peu. Je voulais que les médecins se mouillent, que, lorsqu’ils voyaient une femme en difficulté, ils aient l’humanité de la sortir de là. Que ce ne soit pas toujours nous qui fassions le boulot.

Je militais au MLAC. Il n’y a que comme ça qu’on pouvait d’en sortir, pour avoir des contraceptions. On faisait du bon boulot, toutes ensemble. On tenait un stand sur le marché d’Aligre. Il arrivait que les femmes viennent nous voir et se mettent à pleurer. Elles disaient : "Enfin, on en parle !" Les permanences ont été un grand lieu de conscientisation des femmes. Et nous, heureusement, on n’avait pas peur, même si c’était interdit.

A un moment donné, j’ai été au PSU, mais faut dire la vérité : mes opinions sont plutôt anarchistes. Anarchiste collectiviste, on ne peut pas se libérer tout seul. Pendant la guerre d’Algérie, j’ai souvent planqué des Algériens dans ma maison, ils dormaient dans mon entrée, à cause du couvre feu. Les flics venaient interroger ma concierge. J’ai un dossier comme ça !

Je ne pourrais jamais me refaire une virginité.

Extrait de « Paroles d’avortées »

La masturbation

- Oui, j’aime me masturber. Psychologiquement, c’est moins sûr que ça me plaise. Ce n’est pas tellement parce que j’ai l’impression de faire quelque chose de sale ; c’est plutôt parce que j’ai peur de me sentir davantage « frigide » ou nymphomane. (Je pense que j’ai été influencée par toute la littérature qui affirme que la femme qui se masturbe et qui ne jouit pas en faisant l’amour avec un homme ne peut être qu’une névrosée). Quand je me masturbe, je parviens toujours à l’orgasme, parfois à deux reprises, coup sur coup. C’est beaucoup plus intense quand je suis seule. »

- Oui, j’aime beaucoup, mais je ne me sens vraiment à l’aise que depuis peu. Avant, j’étais persuadée que mon envie de me masturber étais anormale. (Je me masturbe en général deux fois par semaine et à chaque fois, j’ai trois orgasmes en une heure de temps ). Je regrette beaucoup de ne m’être masturbée qu’une fois parvenue à l’âge adulte... J’étais trop pudibonde pour avoir seulement l’idée de le faire ! Si je m’y étais mise plus tôt, j’aurais certainement eu une adolescence agréable !

- Je ne me suis masturbée qu’une seule fois, en cherchant mon clitoris que je voulais montrer plus tard à mon mari... J’étais très excitée mais je me suis arrêtée parce que ça me faisait peur... Je sentais que je faisais quelque chose de mal et que quelqu’un pouvait me surprendre. Et mon mari, en rentrant à la maison, me trouverait « mouillée » et se douterait de quelque chose... Et pourtant, intellectuellement, je sais que ce n’est pas « mal », que mon mari ne me reprocherait rien. Je crois que ça remonte à mon enfance, mais je n’ai aucun souvenir précis... Je ne me souviens même pas de m’être vraiment intéressée à mon corps...

- J’aime ! Pourtant, je serais gênée de le confier à la plupart de mes amis, surtout parce que j’ai l’impression qu’ils ne seraient pas d’accord. Ils me diraient de chercher un homme. Mais l’eau chaude de mon robinet ne me déçoit jamais... Et les hommes, presque toujours...

- J’avais à peine 15 ans quand j’ai eu ma première expérience de flirt avec un garçon de mon âge... Nous ne faisions rien de sérieux... Des baisers et des caresses innocentes... Mais chaque fois, ça m’excitait tellement ! Quand je rentrais à la maison, dès que je me mettais au lit, je me touchais et j’avais presque immédiatement un orgasme. C’est ainsi qu’à commencé ma vie de masturbation, très secrète et lourde de culpabilité. J’essayais de ne pas le faire, mais je ne pouvais pas m’en empêcher... C’était si bon !

- Quand j’ai découvert mon clitoris, j’avais 18 ans. J’étais persuadée que j’étais anormale, et que j’étais la seule fille à avoir ça ! Quand j’ai quitté la maison parentale, je me suis beaucoup masturbée et j’étais persuadée d’être la seule femme du monde à agir comme ça ! Je n’en ai jamais parlé à personne.

- Je n’allais pas encore à l’école quand j’ai fait mes premières expériences d’auto-érotisme (évidemment, à l’époque, je ne savais pas du tout ce que c’était). Je serrais mon gros ours en peluche entre mes cuisses et je me frottais sur lui. Je m’en souviens très nettement pour deux raisons. D’abord parce que c’était bon, ensuite parce que ma mère poussa des cris d’horreurs en voyant ce que je faisais. Elle était très en colère et me menaça de me confisquer mes jouets.

- C’est une façon d’explorer son corps, de le connaître sans avoir besoin d’un homme qui vous donne des leçons. Le premier type avec qui j’ai couché était persuadé que je n’avais jamais joui avant de le connaître et que j’avais besoin de lui pour découvrir les secrets de l’orgasme. Bien sûr, ça ne lui est jamais venu à l’idée que je pouvait me débrouiller seule.

- Ce qui est important, à mon avis, c’est le plaisir. Je me masturbe souvent dans la baignoire, en présence de mon amie. Puis, elle en fait autant. Ca me fait du bien de voir quelqu’un que j’aime se donner un plaisir aussi intense.

- D’habitude, je suis sur le dos, les jambes écartées. Je garde presque toujours ma culotte : je trouve que caresser directement le clitoris est vite irritant. Je me sers d’une main, deux doigts joints, et je me frotte verticalement, avec des petites mouvements rapides, juste sur le clitoris. A l’approche de l’orgasme, mes jambes ont tendance à s’écarter davantage et je tend mon pubis vers le haut. Je ne bouge pas beaucoup, mais quand je jouis, il m’arrive de me rouler de droite à gauche.

- Je place la masturbation à 99% au dessus de toutes mes autres expériences sexuelles ! Je me sers des deux mains, au lit ou dans ma baignoire. J’embrasse mes épaules, je caresse mes seins et je regarde leurs bouts se durcir, ce qui augmente mes sécrétions vaginales. Puis j’exerce un mouvement circulaire sur mon clitoris.

- D’après ce que j’ai entendu dire, je ne me masturbe pas comme les autres. Je fais avec le drap une petite boule à peu près de la taille d’un poing (je me servais de la tête de mon pauvre ours en peluche, mais depuis que j’ai passé l’âge de dormir avec un ours, je me contente d’une poignée de draps). Je me couche sur le lit, la boule appuyée sur mon clitoris. Puis je remue les hanches, en me frottant avec un mouvement circulaire jusqu’à ce que je jouisse.

- Je dévisse la pomme de la douche pour que le jet sorte tout droit du tuyau. J’écarte mes petites lèvres pour exposer mon clitoris. Je m’excite plus facilement quand l’eau est moyennement chaude et je prolonge mon plaisir en remuant les hanches. Le plus souvent, je fais cela debout. C’est meilleur allongée, mais je mouille mon visage et mes cheveux. L’orgasme que j’obtiens ainsi dépasse tous les autres et je jouis souvent plusieurs fois de suite.

- Je frotte tout de suite mon clitoris. Avant, je me caressais aussi les seins et le ventre, mais je ne le fais plus. Ca n’ajoutait pas grand-chose. Je caresse donc mon petit bouton et je me sens très fière des qualités érotiques de mon corps. Je me masturbe au lit, la porte fermée. (Je partage l’appartement avec quatre filles !) Avant tout, je dresse un oreiller à la tête de mon lit. Je m’assois, je mets un peu de crème sur mon clitoris et je me plonge dans un livre ou un magazine porno. Au bout d’un moment, j’écarte un peu les jambes et je caresse tout doucement mon bouton, dans le sens des lèvres avec mon index. Quand je suis bien excitée, j’arrête de lire, j’enlève mes lunettes et j’éteins la lumière. Et tout de suite, je me remet à frotter mon clitoris de la même manière, mais plus vite, plus fort. Je me concentre sur un fantasme et je jouis. Je continue à me frotter jusqu’à la fin de l’orgasme.

- Oui, j’adore me masturber et il m’arrive d’y penser longtemps à l’avance avec plaisir. Je commence à me faire vieille, j’ai 60 ans... J’ai essayé 36 façons de me masturber, surtout au cours de ces dernières années, mais je m’en tiens surtout au vibro-masseur, appliqué directement sur le clitoris. Quand j’étais petite, j’aimais me servir d’une gomme à crayon, très molle. Je trouvais qu’elle s’adaptait bien... je me vois encore agiter mon clitoris à petits coups de reins...

- J’avais 11 ans quand, un jour où je jouais autour de la piscine, je me suis mise à cheval sur le dernier barreau de l’échelle. J’ai ressenti une merveilleuse sensation dans mes parties génitales. Je n’avais aucune idée de ce que ça pouvait être, mais j’ai vite découvert que je pouvais renouveler les mêmes sensations en me frottant le sexe sur quelque chose. Depuis, je me masturbe toujours de la même façon. C’est à 15 ans seulement que j’ai su ce qu’était l’orgasme ; jusque là, je savais que c’était quelque chose de très intime qu’il ne fallait pas crier sur les toits.

- J’utilise l’index et le majeur de la main droite. Je caresse doucement les plis qui se trouvent au dessus des lèvres, puis mon clitoris. Je me frotte, je me malaxe, avec un mouvement circulaire de la main gauche sur le pubis. Mes jambes sont réunies, mes fesses contractées. Je remue à peine. J’ai pris l’habitude de me masturber de cette façon quand j’étais en pension, pour que mes camarades de chambre ne remarquent rien.

- Je noue mes jambes... Autrement dit, je les croise, une cheville passée sous l’autre, ce qui provoque une pression dans la zone clitoridienne. Je ne me sers jamais de mes mains, ce serait inutile. Je me masturbe toujours ainsi, en contractant les muscles de mes cuisses jusqu’à l’orgasme.

- Je me concentre sur certaines pensées érotiques ; j’ai bientôt l’impression que ma pression sanguine augmente et je sens mon coeur battre plus vite et plus fort. J’éprouve une sensation de chatouillement dans la région de mon clitoris et, en quelques secondes, mon vagin se mouille. Je frotte mon clitoris avec l’index de la main gauche. J’enfonce l’index ou le majeur droit dans mon vagin ou dans mon rectum (parfois en même temps, l’index dans le vagin et le majeur dans le rectum), et je me caresse à la rapidité que je désire.

- J’ai un fauteuil dont l’accoudoir est au niveau de mon pubis. Je commence par me frotter doucement à l’accoudoir, puis, en prenant appui sur mes bras, je me mets à cheval sur lui et je me frotte. Ce procédé laisse toute liberté à mon corps, ce qui me plaît beaucoup. La première fois que je l’ai fait (j’étais toute petite), c’était avec un fauteuil que possédait ma mère.

- Je mouille la région de mon clitoris avec de la salive ou de la vaseline et je me sers d’un vibromasseur (un modèle à accessoire). J’aime appuyer l’autre main contre le vibromasseur pour que ses caresses profitent des vibrations. J’aime aussi remuer quelque chose dans mon vagin (une bougie ou une bouteille), tout en caressant mon clitoris avec le vibromasseur. Mes jambes restent écartées au maximum. Depuis peu, je tire vers mon nombril la peau de mon pubis pour voir mon clitoris pendant que je me branle. De temps en temps, je m’installe confortablement sur la machine à laver, pile en face du miroir de la salle de bain.

- Je suis couchée dans la baignoire et l’eau du robinet tombe sur mon pubis, mon clitoris et mon vagin. Plus l’eau est chaude, plus la pression est forte et plus je jouis vite.

- Quand j’étais adolescente, j’allais jusqu’à me masturber en public, pendant les classes ennuyeuses ou à l’église, pendant la messe. Ce n’était pas compliqué : je croisais les genoux et je serrais convulsivement les muscles de mes cuisses pendant deux ou trois minutes. Malgré tous mes efforts, au moment de jouir, je n’arrivais pas à contrôler mes spasmes... J’essayais tant bien que mal de les camoufler en feignant une crise de toux ou en me penchant pour me gratter la jambe.

- Il y a quelques petites étincelles qui me font approcher de l’orgasme. Puis je comprend soudain que le feu va prendre... Je rassemble toute mon énergie physique et mentale pour faire venir rapidement le plaisir. Quand il est là, je perd la notion du temps et je me laisse emporter par un souffle brûlant. Tous les nerfs de mon corps font jaillir une joie qui me coupe le souffle. J’essaye de faire durer ce moment et je suis très déçue s’il est bref.

- L’orgasme débute par une pression à l’intérieur de mon clitoris et une tension cuisante tout autour de lui, qui s’étend à mon vagin, à mon ventre. Tout mon corps est tendu, je suis à l’apogée... Je n’ai plus qu’une seule idée en tête : « presque... presque... PRESQUE... »

- Durant l’orgasme, tous les muscles dont j’ai conscience sont tendus à bloc. Mon ventre est animé de soubresauts et je me convulse... Mes spasmes se poursuivent tant que durent les contractions des muscles de mon vagin.

Extraits du rapport Hite

Les Farfadettes