BROCHURES

Actions directes contre le nucléaire 1973-1996
Contribution à l’histoire de la lutte contre les nécrotechnologies

Actions directes contre le nucléaire 1973-1996

Collectif (première parution : 2004)

Mis en ligne le 4 avril 2008

Thèmes : Sciences et technologies (55 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,1.9 Mo) (PDF,2.2 Mo) (PDF,2 Mo) (PDF,2 Mo)

Version papier disponible chez : Infokiosque fantôme (partout)

Il convient avant que commence la lecture de cette brochure d’expliquer un certain nombre de nos choix.
Tout d’abord que le lecteur / la lectrice ne s’attende pas à un argumentaire contre le nucléaire : cette question n’est pas abordée dans les pages qui suivent. Qu’il nous pardonne, mais il y a des livres qui traitent très bien du sujet… La présente brochure ne raconte pas l’histoire de la lutte contre le nucléaire, mais UNE histoire (partielle), celle d’actions directes (en France [1]) contre une technologie imposée de force “démocratiquement” à la population.
Partout où les installations nucléaires ont voulu être implantées, il y eut des résistances, plus ou moins violentes. Nous avons donc décidé de mettre en avant des actions directes [2] dites “radicales”. Il nous est arrivé de mentionner des actions réalisées par des groupes citoyennistes [3], non pas car nous nous reconnaissons dans leurs idées (bien au contraire !) mais car nous considérons que ces interventions ont leur place dans ces pages car elles relèvent de la pratique de l’action directe.
Cette brochure n’a pas pour but de faire l’apologie d’actions “violentes” [4], mais plutôt de faire connaître l’histoire de ce type de lutte contre le nucléaire, méconnue et occultée. Il nous semblait bon de faire (re)découvrir ces expériences d’où cette modeste “contribution à l’histoire de la lutte contre les nécrotechnologies”. Que le lecteur / la lectrice ne se méprenne pas en lisant les lignes qui suivent : l’abondance et le caractère spectaculaire de certaines actions ou événements cités peuvent donner l’impression que cette période était pré-insurrectionnelle. Or, il ne faut pas fantasmer ou surestimer le phénomène décrit car ces faits ne furent le fruit que d’un très petit nombre d’individus et ne reflètent en aucun cas le mouvement antinucléaire dans sa globalité, ni son histoire – ils n’en sont qu’un fragment. Néanmoins on ne peut pas nier que la pratique antinucléaire radicale émanait d’un mouvement plus large (contestataire, révolutionnaire) qui existait alors à cette époque.
SACHANT QUE DES FAITS NE PEUVENT PAS ETRE PLEINEMENT COMPRIS EN DEHORS DE LEUR CONTEXTE, nous invitons fortement le lecteur / la lectrice à s’informer sur la question du nucléaire. Pour avoir une meilleure vision d’ensemble nous avons indiqué dans cette brochure quelques références – livres / brochures / textes / films – qui nous semblaient intéressantes.
La chronologie qui suit n’est pas exhaustive, elle a été essentiellement réalisée à partir du livre Golfech. Le nucléaire : Implantation et résistances [5] édité par le CRAS (Centre de Recherche sur l’Alternative Sociale) de Toulouse en 1999. Celle-ci se termine en 1996 car cet ouvrage, sur lequel nous nous sommes principalement appuyés, s’arrête à cette date. Il faut reconnaître que les pratiques radicales contre le nucléaire ont pratiquement disparu du paysage français bien que d’autres actions aient eu lieu depuis (blocage de train, occupation de tour de refroidissement, etc.).
Nous recommandons vivement la lecture de l’excellent ouvrage Golfech. Le nucléaire : ... Outre une présentation détaillée de cette technologie, celui-ci est intéressant car il présente une chronologie sur le nucléaire en général ainsi que sur une lutte en particulier où toutes formes d’actions se sont exprimées. De plus, il contient des photos, des affiches et de nombreux textes de cette période. Celui-ci est d’ailleurs plus que jamais d’actualité avec l’arrivée, ces dernières années, de nouvelles nécrotechnologies (OGM-biotechnologies, nanotechnologies, biométrie, etc.).
Le sujet mérite de s’y intéresser de nouveau (pour les nouvelles générations) au vu de la prolifération nucléaire, du risque de Guerre atomique (déjà utilisatrice de mini charge et d’uranium), du renouvellement du parc nucléaire en France (EPR, ITER [6]), ainsi que du risque d’accident omniprésent (par exemple, celui que la Suède a connu en 2006 [7]).
Ajoutons que pour alléger la lecture nous n’avons pas féminisé le texte. Néanmoins nous précisons au lecteur / à la lectrice de ne pas oublier que des femmes comme des hommes ont pris part à cette lutte.
Cette “Contribution à l’histoire de la lutte contre les nécrotechnologies” est constituée de deux volumes. Le premier couvre la période de 1973 à fin 1981, le second celle de 1982 à 1996.

Black-star (s)éditions, Grignoble / (St)-é, Février 2008

Pour tous commentaires, infos, critiques, remarques, insultes, etc. :
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1973

Samedi 05 mai - Toulouse (31) : Manifestation place du Capitole

15h : Rassemblement de plusieurs centaines de personnes. Mobilisation à l’appel du “Comité Toulousain pour le Moratoire” (composé de groupes écologistes et pacifistes) pour exiger “un moratoire d’industrie nucléaire” (militaire et civil) et informer la population de l’implantation de centrales nucléaires dans la région (Golfech, Ambés, Port-la-nouvelle, Leucate…) et que cette dernière sera soumise à des taux croissants de radioactivités.
17h : Les CRS et gardes mobiles interviennent pour faire évacuer la place du Capitole.
20h : Nouvelle intervention pour évacuer la place du Capitole.
Jusqu’à 22h : Grenades lacrymogènes contre jets de pierres, de bouteilles, de boulons, animent le quartier. Une barricade est érigée et enflammée, rue Deville. Des voitures et vitrines de magasins sont endommagées. On relève une douzaine de blessés légers de part et d’autres.

1975

Samedi 03 mai - Fessenheim (68) : Attaque à l’explosif

Un attentat à l’explosif provoque d’importants dégâts au réacteur (première tranche) de la future centrale nucléaire de Fessenheim, retardant sa mise en service de 10 mois et occasionnant, d’après un expert officiel, 20 millions de Fr. [environ 3 034 900 €] de dégâts.

Des réactions :

- Le CSFR (“Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la Plaine du Rhin”) hostile à la violence, désapprouve cet attentat.
- Les “Amis de la Terre” de Paris expriment leur solidarité avec les responsables du sabotage : “Construire des réacteurs nucléaires, c’est engager l’avenir pendant des millénaires. Il est normal de s’y opposer par tout moyen qui ne mette pas en danger les vies humaines”.

C’est le premier attentat en France à l’aide d’explosifs contre un objectif nucléaire.
L’intervention est revendiquée par le “Commando Puig Antich-Ulrike Meinhof [8]]”.
Ci-dessous, le communiqué extrait de la Gueule Ouverte [revue écologique antinucléaire] du 07.05.1975.

Commando Puig Antich-Ulrike Meinhof

« La centrale de Fessenheim devait fonctionner en octobre. Nous revendiquons son sabotage. Nous espérons retarder ainsi au maximum ou à jamais sa mise en route. Nous avons pris toute précaution possible pour que ne soit menacée nulle vie humaine (NDLR : EDF peut-elle en dire autant ?). Nous refusons d’entrer dans la polémique des POUR et des CONTRE, équivalent à nos yeux à du cinéma. Nous ne faisons aucune confiance à ceux qui ont permis que le taux de mercure des eaux du Rhin égale aujourd’hui celui des eaux de Minamata [Note B-S (s)éditions : ville au Japon où la population se nourrissant essentiellement de poisson, a été victime d’une intoxication par les eaux contaminées au mercure. Il en résulte des milliers de morts et plus de 30 % des enfants sont porteurs de stigmates de « la maladie de Minamata », maladie neurologique devenu une maladie congénitale]. La fonction du scientifique, à savoir le spécialiste de la connaissance, doit maintenant disparaître. Le maintien du salariat lui-même est devenu le non-sens meurtrier par excellence. Nous n’avons pas plus besoin de centrales nucléaires que de produire tous les jours des gadgets à la chaîne. Nous appelons ceux qui nous approuvent à en faire autant.

PS : le nom d’Ulrike est choisi en rappel du fait que les femmes, à Wyhl [projet de centrale nucléaire en Allemagne dans le Land de Bade-Wurtemberg, appelé aussi Pays de Bade en français (près du Rhin)] comme ailleurs (70 % de NON féminins à l’atome), sont en tête du refus nucléaire qui n’est que le dernier lot de cette société bâtie sans elles et contre elles. »

Vendredi 06 juin - Banlieue parisienne (92 et 95) : Sabotage chez Framatome

Framatome est une société privée du groupe Creusot-Loire construisant les réacteurs PWR [Pressurised Water Reactor]. Elle est prise pour cible par deux attentats à l’explosif. L’un détériore sérieusement, à Courbevoie, l’ordinateur central, qui est détruit à 50 %. L’autre, à Argenteuil, où l’explosion a lieu dans les ateliers d’essais des vannes, détruit notamment une partie de l’instrumentation destinée à remplacer celle de Fessenheim qui a souffert lors de l’attentat du 03 mai 1975. Ceci crée des retards dans la mise en service d’autres réacteurs. Le “Commando Garmendia-Angela Luther” revendique les interventions.
Ci-dessous le communiqué extrait de La Gueule Ouverte du 11.06.1975.
Les auteurs de l’attentat contre Framatome nous ont communiqué le texte suivant :

« 06 juin – 04h du matin : deux attentats simultanés ont frappé le cerveau électrique de l’administration centrale de Framatome à Courbevoie, et un atelier de vérification de vannes destiné aux centrales nucléaires à Argenteuil. Framatome instaure le black-out (surtout après la mort du jeune ouvrier italien irradié cette nuit) (1). Nous revendiquons ces deux attentats sans estimer avoir encore vengé sa mort. Le procès Baader [Cf. note de la page 9] reprend à Stuttgart. Ce n’est pas un hasard si le même béton constitue les structures des bureaucraties et des forteresses-prétoires. C’est la marque de l’impérialisme américain. Nous félicitons nos camarades du Commando Puig Antich-Ulrike Meinhof pour l’ampleur des dégâts commis à Fessenheim. Après Fessenheim, et la maison de Suède, après l’attentat de notre collectif international contre le consulat d’Allemagne à Nice, après les amis de J.C Milan, nous comptons que bien d’autres se dresseront pour arracher la Fraction Armée Rouge et nos camarades Garmendia et Oategui (2) à la monstrueuse machine qui les écrase aujourd’hui et nous écrasera demain. Notre projet de guérilla urbaine est logique, possible, réaliste et réalisable. »

(1) Il s’agit d’un employé d’une entreprise où les aliments sont conservés par irradiation. L’ouvrier en question est mort des suites d’une exposition accidentelle à une source de Cobalt 60 (NDLR).
(2) Deux militants basques dont le vampire Franco réclame la tête, après celle de Puig Antich.

Vendredi 15 août - Brennilis (29) : Attaque à l’explosif

Un attentat à l’explosif endommage la centrale et l’oblige à stopper sa production pendant quelques temps. L’action est revendiquée par le “FLB-ARB” (Front de Libération de Bretagne-Armée Républicaine Bretonne – mouvement autonomiste breton), qui déclare “s’opposer par tous les moyens à toute implantation de centrale nucléaire sur le territoire breton”.

1976

Juin 1976 - Plogoff (29) : Premières barricades

Mises en place lors de la venue des techniciens EDF (Electricité De France) pour le sondage du site, les barricades restent en place quatre jours, faisant renoncer les fonctionnaires.

Week-end du 03 et 04 juillet - Creys-Malville (38) : Manifestation et occupation

Samedi :
20 000 manifestants contre l’implantation de la centrale nucléaire (surgénérateur Superphénix).

Même jour - Tours (37) : Attaque incendiaire

C’est la direction de la région d’équipement thermique et nucléaire d’EDF qui est la cible de cocktails molotov. L’incendie provoque d’importants dégâts.

Dimanche :
Vers 15h : Des manifestants cisaillent la clôture, pénètrent à l’intérieur du site et s’installent.

Lundi 08 novembre - Creys-Malville (38) [LUTTE CONTRE SUPERPHENIX] : Expulsion du site

06h : Cinq compagnies de CRS interviennent brutalement contre les occupants du site (Cf. 04 juillet 1976) et obligent les campeurs à évacuer rapidement les lieux.

Mardi 09 novembre - Paris (75) : Attaque à l’explosif

Une charge explosive dévaste les bureaux de la Compagnie d’études et de réalisations de combustibles nucléaires, avenue Montaigne, société qui procède à la mise en barreau du combustible d’uranium.

Dimanche 14 novembre - Margnac (87) : Attaque à l’explosif

C’est la salle de contrôle et les commandes électroniques de la mine d’uranium du CEA [Commissariat à l’Energie Atomique] qui sont détruites par une charge d’explosif placée avec précision. Les dégâts sont évalués à un milliard de centimes de Fr. [1 500 000 €]. L’action est revendiquée par le “COPEAU” (Commando d’Opposition Par l’Explosif à l’Autodestruction de l’Univers). – “Copeau” est le personnage d’un livre de science-fiction, Un bonheur insoutenable d’Irea Levin, Ed. J’ai lu, 1972.
Communiqué extrait de La Gueule Ouverte du 26.11.1976
COPEAU nous a fait parvenir le texte suivant :

« Une des bases essentielles de la société marchande est de produire davantage de marchandises, afin d’accroître les profits des bourgeois et des bureaucrates et d’aliéner davantage l’individu, en l’intégrant au cycle : produire un peu plus – consommer toujours plus – vivre encore moins. Afin de maintenir ce cycle, le pouvoir est prêt à prendre tous les risques, aussi a-t-il choisi le nucléaire. Nous ne parlerons pas des dangers écologiques bien connus : pollution, réchauffement des eaux, déchets radioactifs…
A ces dangers, personne n’a apporté de solutions réelles. La société nucléaire entraîne la mise en place d’un système policier de plus en plus développé, par l’installation d’un contrôle militaro-policier des régions et du personnel nucléaire. Malgré tous les démentis « l’atome pacifique » ne peut exister, car en même temps qu’elles produisent de l’électricité, les centrales nucléaires fournissent du plutonium, éléments de base de la bombe atomique. Nous ne pouvons tolérer ni la société nucléaire ni les systèmes qui veulent la mettre en place, aussi sommes-nous décidés à les détruire par tous les moyens.
Aucune action symbolique ne peut faire reculer le pouvoir : ainsi en témoignent les récentes manifestations antinucléaires.
Seule l’action radicale est payante et ceux qui veulent une transformation totale de ce monde, ne peuvent tolérer plus longtemps que les systèmes de l’Est et de l’Ouest mettent en place des moyens d’exploitation et d’aliénation de mieux en mieux adaptés au contrôle de l’individu.
A chacun de voir ! »

Commando d’Opposition Par l’Explosif à l’Autodestruction de l’Univers

1977

Jeudi 02 juin - Couéron (44) : Enquête d’utilité publique en Bretagne

Une quarantaine de personnes investissent la mairie et brûlent les registres de l’enquête d’utilité publique de la centrale du Pellerin. Sur douze communes concernées par l’enquête, sept refusent d’y souscrire. Le lendemain, cinq agriculteurs, quatre hommes et une femme, sont arrêtés et déférés devant les tribunaux de flagrant délit. Le verdict est très lourd : huit mois de prison dont deux ferme.

Dimanche 26 juin - Chaix-en-Retz (44) : Affrontements

Près de la centrale du Pellerin, de violents affrontements opposent les paysans aux forces de l’ordre lorsque les autorités tentent, contre la volonté des habitants, d’ouvrir une “mairie annexe” – une estafette – pour y tenir le registre d’utilité publique de la centrale.

Week-end du 02 et 03 juillet - Golfech (82) : Manifestation musclée

Une fête-rassemblement pour s’opposer à l’édification d’une centrale nucléaire à Golfech est organisée par les comités antinucléaires et mouvements écologiques régionaux.

Samedi :
Sur la place de Golfech, 3 000 personnes sont au rendez-vous.

Dimanche :
Tout le monde se transporte vers le stade afin de prendre le départ d’une marche sur le site qui se concrétise par la destruction de la station météo, d’un barrage sur la RN 112 et d’un autre sur la voie ferrée, actions que La Dépêche du 04 juillet qualifie “d’incidents regrettables”. Le journal Sud-ouest titre “la fête de Golfech a dégénéré...

Vendredi 08 juillet - Paris (75) : Attentat contre le directeur général d’EDF

Vers 02h : Attentat à l’explosif au domicile de Marcel Boiteux, directeur général d’EDF. Ce dernier déclare à la radio que cet acte est “navrant pour la démocratie”.

Des réactions :

- Les CRIN (Comité Régional d’Information Nucléaire) et CLAIN (Comité local d’Action et d’Information Nucléaire) de Bretagne tiennent à faire connaître leur vigoureuse opposition à cette forme de lutte violente : “Nous l’avons déjà exprimé par le passé et nous réaffirmons que la lutte antinucléaire et écologiste, non violente, qui se renforce dans tous les pays, repose sur le respect de la personne humaine”.
- Le comité Malville de Paris (composé du CAN [Comité AntiNucléaire] d’Ile-de-France, des Amis de la Terre, du MAN [Mouvement pour une Alternative Non violente], de Paris-Ecologie… PSU [Parti Socialiste Unifié] et de la CFDT [Confédération Française Démocratique du Travail]) exprime également son désaccord sur la forme d’action que représente cet attentat : “Il ne peut que discréditer le mouvement antinucléaire et nuire à l’unité la plus large qui doit se réaliser contre le programme nucléaire en général […] Ceci d’autant que nous sommes à vingt jours du rassemblement contre le surgénérateur de Creys-Malville”.
- La fédération CGT / GDF (Confédération Générale du Travail / Gaz De France) organise une manifestation pour protester contre l’attentat.

Le “Comité d’Action Contre les Crapules Atomiques” (CACCA) revendique l’intervention.
Ci-dessous le communiqué qui parait dans La Gueule Ouverte du 14.07.1977 :
CACCA est partout…
Le Comité d’Action Contre les Crapules Atomiques (CACCA) communique :

« Quiconque peut être Cacca. Cacca n’a pas de chef. Cacca n’exclut pas la non-violence. Cacca n’est pas manipulé. Etre Cacca, c’est savoir utiliser stylos ou armes. Cacca n’est pas une fin en lui. Cacca œuvre pour un monde libertaire. Cacca vient de servir un hors d’œuvre. Passons toutes et tous au plat de résistance, vu la pertinence d’EDF, dans l’antidémocratisme, vu le mépris avec lequel les crapules politicardes traitent la vie des populations, vu le danger du nucléaire (un millio¬nième de gramme de plutonium tue un homme), vu le techno-fascisme entraîné par un tel projet. Nous accusons tous ces irresponsables de crime prémédité. Nous sommes décidés par tous les moyens d’empêcher notre destruction par ces malades qui nous gouvernent. »

(Transmis par téléphone à Libération)

Mardi 12 juillet - Grenoble (38) [LUTTE CONTRE SUPERPHENIX] : Interdiction préfectorale

Par une circulaire, le préfet de l’Isère, Janin [9]], interdit le camping sur une zone de 6 kilomètres autour du site à partir du 25 juillet (5 500 hectares). Alors qu’en 1976, il avait utilisé le prétexte de la sécheresse, il invoque cette année le “maintien de l’ordre et la protection de la santé publique”.

Mardi 26 juillet - Malville (38) [LUTTE CONTRE SUPERPHENIX] : Début du contrôle policier vers le site

A 3 kilomètres du site nucléaire, des contrôles systématiques sont organisés aux carrefours. Les automobilistes sont invités à présenter leurs papiers et à justifier leurs déplacements. La fouille des corps et des véhicules est de rigueur.

Jeudi 28 juillet - Grenoble (38) [LUTTE CONTRE SUPERPHENIX] : Manifestation interdite

Au cours d’une conférence de presse, le préfet Janin interdit la manifestation prévue à Creys-Malville contre Superphénix.

Week-end du samedi 30 et dimanche 31 juillet - Creys-Malville (38) [LUTTE CONTRE SUPERPHENIX] : Rassemblement international

« Les 60 000 marcheurs ont décidé d’être offensifs, d’aller le plus loin possible vers le site. Les militants antinucléaires savent qu’il faut faire plus qu’une simple démonstration de force, un simple défilé. Le pouvoir relayé par la presse, n’a pas peu contribué à faire monter la tension les jours précédents. Les marcheurs savent que derrière Malville et l’EDF, il y a le gouvernement et sa police, qu’il va falloir s’y confronter pour arrêter Superphénix. Ils savent qu’il faut faire plus que l’année précédente, et pas seulement en rassemblant plus de manifestants. Tout cela ils le savent, mais de façon confuse, intuitive. Certains n’ont pas oublié les matraquages de l’année précédente. Ils connaissent l’enjeu que représente le nucléaire pour le pouvoir et savent ce dont il est capable lorsqu’il est réellement mis en cause. La marche se veut offensive, elle se veut aussi pacifique. Une partie des manifestants s’attend à des violences de la police et veut qu’on s’y prépare. D’autres n’y croient pas. Tous veulent un rassemblement de masse, très large. Tous veulent que la marche établisse dès aujourd’hui de nouveaux rapports entre les gens. »*

Le mouvement est donc très hétérogène. Il regroupe des antinucléaires de toutes nuances, pacifistes ou non, habitants de la région, paysans, syndicalistes, écologistes ou gauchistes, la plupart inorganisés.
Quadrillage de la région par les forces de police et de l’armée (5 000 CRS, gendarmes et gardes mobiles).

Samedi : Opération policière

06h : La police procède à un ratissage du camping de Morestel (village près du site) où environ 2 000 manifestants sont rassemblés, la plupart de nationalité étrangère (Allemands, Italiens…). Les gardes mobiles et la police fouillent les voitures, les tentes, contrôlent les passeports et prennent indifféremment toutes sortes de choses : camping-gaz, casques de motos, outils…
A la même heure : C’est la “ferme François”, à 1.5 km du site, dont le propriétaire est conseiller municipal, qui est investie et fouillée par 200 CRS à la recherche soi-disant d’explosifs.

Dimanche : Marche sur Superphénix, mort d’un manifestant (Vital Michalon) [10]

60 000 manifestants entament une marche offensive vers Malville, en espérant que cette marche sera menée sans violence. La veille a été une journée de forums.

« 31 juillet 1977, 9h du matin, les manifestants entrent dans le secteur interdit par le préfet. Puis quelques kilomètres plus loin, c’est Faverges, petit village très proche du site où la police attend. Quelques milliers de marcheurs seulement prennent place dans le champ face à la police, dans une sorte d’amphithéâtre naturel. Derrière eux, plusieurs milliers de personnes s’agglutinent sur la route. Quelques manifestants sont armés de bâtons, de barres de fer, de cocktails. Certains jettent des pierres. Tous les témoignages, dont ceux des habitants du coin, diront que jamais les forces de l’ordre n’ont été débordées. Et pourtant la police ouvre le feu. Des milliers de grenades offensives, lacrymogènes ou au chlore sont lancées. Puis c’est la charge. Du coté des manifestants, le trop léger service de protection est dépassé. L’autodéfense s’organise. Toutes les nationalités y participent. La police va tirer pendant trois heures. Le bilan est lourd : un mort, Vital Michalon tué par le souffle d’une grenade offensive, trois mutilés, plusieurs centaines de blessés, des dizaines d’interpellations… Douze personnes maintenues en détention (sept Allemands, trois français et deux suisses) qui seront jugées le 6 août à Bourgoin-Jallieu (Isère) et en appel à Grenoble le 21 août. Trois des manifestants ont été condamnés à 6 mois de prison dont 3 avec sursis, deux autres à 3 mois dont 2 avec sursis, un à 1 mois de sursis et les six derniers relaxés. »*

*Extraits de Aujourd’hui Malville… Demain la France ! [11]

Après les événements de Malville, si le gouvernement, du ministre de l’Intérieur (C. Bonnet) au président de la République (Giscard d’Estaing) en passant par le Premier Ministre (R. Barre), assume la responsabilité pleine et entière des affrontements sanglants de Faverges, la solidarité en France comme en Europe (Allemagne, Belgique, Suisse, Italie) se manifeste sous diverses formes militantes : manifestations, rassemblements, occupations, inscriptions murales, créations de comités et attentats symboliques de protestation. Une multitude d’entrefilets vont se multiplier dans la presse au lendemain des affrontements.

Dans la nuit du lundi 1er au mardi 2 août - Paris (75) : Attaque d’une permanence EDF

Des pavés et des cocktails molotov atterrissent dans la vitrine d’une permanence EDF, deux personnes sont interpellées. T… explique son geste par solidarité avec les manifestants de Creys-Malville. En flagrant délit, il est condamné à 6 mois de prison dont 3 avec sursis.

Même jour - Toulouse (31) : Attaque incendiaire

Cocktail molotov contre la direction régionale de l’EDF, quai Saint-Pierre. “C’est notre réponse aux répressions qui ont fait un mort dimanche à Malville” a indiqué, dans un appel anonyme, une personne se réclamant du “Commando Vital Michalon” et agissant au nom des “Brigades armées internationales” (Sud-Ouest, 02.08.1977).

Jeudi 04 août - Toulouse (31) : Opération policière

Dans la soirée : Interpellation musclée d’un militant antinucléaire [12] lors d’un bombage.

Vendredi 05 août -  : Série d’actions de solidarité avec les inculpés de Malville

A la veille du procès des inculpés de Malville à Bourgoin-Jallieu :

- Genève (Suisse) : 1 000 manifestants.
- Paris (75) : 2 000 manifestants.
- Marseille (13) : 300 manifestants.
- Toulouse (31) : 300 personnes se rassemblent devant le palais de justice.
- Cherbourg (50) : Occupation de locaux d’EDF.
- Bordeaux (33) : Occupation de locaux d’EDF.
- Morlaix (29) : Occupation de locaux d’EDF.
- Rome (Italie) : C’est la porte du consulat français qui est incendiée avec de l’essence répandue dans le hall d’entrée. Les auteurs de l’incendie dénoncent “la férocité de la police française qui démontre clairement la ligne du gouvernement dans le secteur énergétique”.

Nuit du vendredi 05 au samedi 06 août - A Gap (05) : Attaque incendiaire et interpellation

Deux cocktails molotov sont lancés dans la cour du centre EDF. Quatre personnes sont interpellées. La police en profite pour procéder à diverses interpellations et perquisitions aux domiciles de membres du Comité Malville de Gap. Ce dernier, sans appuyer cette action individuelle, “est prêt à soutenir les inculpés considérant que seule la politique menée par le pouvoir est responsable de leur action” (Libération, 10.08.1977).

Samedi 06 août - Bourgoin-Jallieu (38) : Jour du procès, 4 000 personnes manifestent à Bourgoin-Jallieu.

Ils sont 3 000 à Grenoble lors de l’appel à crier, face à la préfecture et devant le tribunal, leur soutien à ceux des leurs qui sont gardés en otages, leur volonté de faire la vérité sur Malville, leur volonté de continuer la lutte contre le programme nucléaire.

Nuit du lundi 08 au mardi 09 août - Montpellier (34) : Attaque à l’explosif

Attentat à l’explosif dans les locaux d’EDF. Dans un communiqué, “les rescapés de Malville” expliquent leur intervention :

« Tandis que les centrales nucléaires déversent quotidiennement leur poison mortel, à Malville, le capital n’a pas hésité à recourir à l’assassinat et à l’enfermement pour désamorcer un mouvement de refus qui échappe de plus en plus au contrôle des partis. Face au terrorisme quotidien de l’Etat qui nous exploite, nous lave le cerveau à longueur d’ondes et d’années, suspend nos vies à une énergie irréversible – 20 000 ans pour qu’une dose de plutonium perde la moitié de sa radioactivité – cessons de subir.Le capital, en s’orientant vers des formes d’énergies qu’il a de plus en plus de mal à maîtriser et à contrôler et qui sous-tendent un appareil répressif encore plus puissant, nous a fait perdre chaque jour un peu plus tout pouvoir sur notre vie. L’Etat a toujours historiquement employé la violence quand il se sentait menacé – mouvement violent ou non violent, occupation d’usine, Charonne, mai 68… – N’ignorant pas cet état de fait, les irresponsables sont ceux qui à l’intérieur des comités Malville, les Amis de la Terre… ont prôné jusqu’au dernier moment l’occupation non-violente du site à Malville. Pour nous donc, le débat violent/non-violent n’existe pas, nous refusons d’être des cibles impuissantes. Au moment où le PCF [Parti Communiste Français] s’affiche clairement pronucléaire, le PS [Parti Socialiste] qui ne remet en cause à aucun moment le choix nucléaire, use à des fins électoralistes de toute sa démagogie politicarde en nous promettant un référendum. La responsabilité et l’honnêteté des écologistes seraient de ne pas faire confiance à la gauche – qui demain à la tête de l’Etat n’hésitera pas à employer les mêmes arguments que le pouvoir en place – et de prôner l’abstention aux prochaines élections. Si nous avons plastiqué EDF au moment où les différents syndicats s’élèvent contre les dégradations commises contre ce “service public”, c’est que pour nous EDF est le support idéologique et technique de l’Etat dans l’implantation des centrales nucléaires. – Liberté pour tous les prisonniers. »

La Gueule Ouverte, le 18.08.1977

Mercredi 10 août - La Charité-sur-Loire (58) : Attaque incendiaire

Un cocktail molotov explose dans la cour d’EDF. Une voiture est endommagée.

Jeudi 11 août - : Réaction des syndicats d’EDF-GDF

A l’appel des syndicats (FO [Force Ouvrière], CGT, UNCM [Union Nationale des Cadres et Maîtrises – syndicat proche des dirigeants des industries électrique et gazière], CFTC [Confédération Française des Travailleurs Chrétiens]) EDF-GDF, débrayage d’une heure au niveau national pour dénoncer les attentats récents dirigés contre EDF et les inscriptions injurieuses qui ont été faites sur les façades d’immeubles et de véhicules EDF-GDF.

Lundi 22 août - Toulouse (31) : Interpellation d’antinucléaires

Dans la nuit : Interpellation de deux personnes qui bombent des inscriptions sur les murs du palais de justice. Elles venaient d’inscrire : “Non au nucléaire, le nucléaire, c’est la mort”. Elles sont inculpées pour dégradation.

Dimanche 04 septembre - Près de Foix (09) Attaque à l’explosif

Un attentat à l’explosif détruit un relais hertzien d’EDF. Les dégâts sont évalués à un million de Fr. (150 000 €). Des inscriptions sont peintes sur les murs : “Non au nucléaire. Vive la vie”, “EDF = Fascisme”.
Dans un communiqué (Libération du 06.09.1977), le “Groupe autonome du 31 juillet” revendique l’action en ces termes :

« Malville n’est pas la fin du combat antinucléaire, mais d’une certaine forme de lutte (non-violence) qui n’a amené que des défaites (Grave¬lines, Fessenheim… et on en passe). Le groupe annonce la poursuite de la lutte contre le capitalisme (le nucléaire n’étant qu’une de ses agressions les plus spectaculaires) sous les formes qui nous conviendront… »

Dimanche 25 septembre - Toulouse (31) : Attaque incendiaire

Incendie d’un camion EDF revendiqué par le groupe “VOLCAN” (Virus Offensif pour la Libération des Condamnés Antinucléaires).

Nuit du samedi 19 au dimanche 20 novembre - Nuit bleue antinucléaire

Vague d’attentats à l’explosif dans plusieurs villes de France (informations recueillies dans la brochure Insurrection).

- Paris (75) : Contre la direction d’EDF, une société allemande de produits chimiques.
- Alfortville (94) : Contre une entreprise travaillant pour la défense nationale.
- Saint-Denis (93) : Contre un garage EDF.
- Lyon (69) : Contre une usine de peinture sous-traitante de l’industrie nucléaire, contre les garages EDF.
- Dans l’Ain (01) : Contre un pylône EDF.
- Richemont (57) : Découverte de 5 bâtons d’explosifs près de la centrale électrique.
- Bordeaux (33) : Contre l’usine Creusot-Loire et les bâtiments EDF.
- Toulouse (31) : Contre l’usine Creusot-Loire, les ordinateurs EDF et le centre de recherches atomiques.
- Carcassonne (11) : Contre les bâtiments EDF et une usine (CGE).
- Narbonne (11) : Contre le centre EDF.
- Lodève (34) : Découverte d’une charge d’explosif à la mine d’extraction d’uranium.

Ces actions sont revendiquées par le “CARLOS” (Coordination Autonome des Révoltés en Lutte Ouverte contre la Société). Le CARLOS est une coordination de plusieurs groupes autonomes libertaires et de groupes de la mouvance autonome qui sont tombés d’accord sur cette action précise et sur le communiqué ci-dessous, avant de reprendre leur autonomie d’intervention.

Communiqué du CARLOS revendiquant les interventions de la nuit du 19 au 20 novembre 1977 :

« Le développement forcené actuel de l’énergie nucléaire est un choix irréversible que le capitalisme nous impose. De par son fonctionnement, sa nature, l’énergie nucléaire est la caricature d’un univers hiérarchisé, technocratisé, militarisé où nous n’intervenons en rien. L’Etat ne respecte même plus sa propre légalité pour la construction de centrales nucléaires, l’ouverture des mines d’uranium, l’extension des usines de retraitement des déchets, etc.
Le choix de l’énergie nucléaire, de par la concentration des moyens économiques, technologiques, humains, est l’occasion rêvée pour le capitalisme de pérenniser sa domination sur nos vies. Une centrale nucléaire, une fois construite, ne peut être détruite avant 20 ans. C’est ici qu’un moratoire limité apparaît clairement comme démagogique. La valse hésitation du PS est bien dans la lignée récupératrice, démagogique, de ce parti attrape-tout. Refuser l’énergie nucléaire serait remettre en cause radicalement le capitalisme, ce qui fait sourire quand on voit la bousculade des cadres socialistes, dans la débandade forcenée de leur appétit de pouvoir. Ne nous trompons pas : nous aurons une bombe à gauche, une énergie nucléaire à gauche, avec des flics de gauche et des enterrements démocratiques. Quant au PC, avec ses vues totalitaires et bureaucratiques, il ne peut que cautionner le développement d’une énergie nucléaire dont il aurait le contrôle.
Par ailleurs, le développement actuel des recherches sur l’énergie solaire, s’orientant vers de grosses unités de production, montre que les intérêts du capital résident dans la concentration de l’énergie, pour garder le contrôle de sa redistribution. La lutte contre le développement de l’énergie nucléaire ne peut se cantonner dans l’opposition légaliste des partis et syndicats. De même, il est évident que les manifestations antinucléaires et écologiques ont revélé l’existence d’une contestation profonde de cette société sur les bases d’un refus de tout centralisme, toute hiérarchie, contre le travail salarié et la consommation à outrance, ces rassemblements ne peuvent suffire à stopper le pouvoir.
Il est indispensable d’intensifier les actions de sabotage qui touchent directement le pouvoir dans ses intérêts économiques et permettent de retarder, voire de stopper la construction des centrales, mines, usines liées au nucléaire. Quoiqu’il en soit, le nucléaire n’est qu’un des aspects les plus apparents de l’exploitation généralisée du capitalisme qui ne peut être mis en échec que par l’auto-organisation des individus et par la prise en main de tous les aspects de notre vie quotidienne. »

Libération, 22.11.1977

A Toulouse, suite aux attentats revendiqués par le CARLOS :

- Les syndicats EDF-GDF condamnent avec vigueur ces violences. La CFDT proclame : “De tels actes ne contribuent pas à l’instauration de larges débats démocratiques sur les risques de l’utilisation de l’énergie nucléaire et sur la politique énergétique du pays” (La Dépêche, 22-25.11.1977).
- Des chercheurs et des enseignants condamnent l’attentat contre le Centre de physique atomique à l’université Paul-Sabatier (La Dépêche 22-25.11.1977).
- Le CANT (Comité AntiNucléaire de Toulouse) déclare dans un communiqué, le 22.11.1977 (publié intégralement dans La Dépêche du 03.12.1977) : “Le mouvement antinucléaire est composé de personnes qui agissent selon des moyens différents (auto-réduction de 15 %, luttes contre les mines d’uranium, enquêtes d’utilité publique, occupations de terrains…). Toutes les actions qui visent les entreprises privées et publiques impliquées dans le nucléaire (EDF, Creusot-Loire, recherche atomique) font partie de la lutte globale du mouvement antinucléaire. Face à la violence avec laquelle l’Etat nous impose le nucléaire (Malville, Cruas, …), Nous comprenons qu’une partie du mouvement choisisse une forme plus spectaculaire de légitime défense”.

1978

Mardi 17 janvier - Toulouse (31) : Vaste opération de police

06h : Opération suite aux attentats revendiqués par le CARLOS. Perquisitions et gardes à vue pour une douzaine de personnes de la mouvance libertaire et autonome.

Nuit du mardi 09 au mercredi 10 mai - Toulouse (31) : Attaque à l’explosif

Trois bombes explosent contre des bâtiments EDF-GDF” (La Dépêche du 11.05.1978). Devant les entrées de l’agence commerciale EDF, quai Saint-Pierre ; au centre Nord, rue Laforgue, et au 39 du boulevard Griffon Dorval où se trouve un hall d’exposition d’appareils ménagers.
Ces actions sont revendiquées dans La Dépêche par “des opposants à la collaboration nucléaire entre la France et l’Iran”. Dans Libération du 12.05.1978. Les auteurs des interventions s’expliquent :

« Quand l’ambassadeur du Shah est là, nous empêchons d’atomiser en rond. Le match France-Iran en prélude à la coupe du monde de football se dispute aujourd’hui à Toulouse et l’importance qui est donnée (dispositif policier, ambassadeur, médias) met à jour les intérêts économiques, nucléaires et militaires liant la France à l’Iran. C’est d’un véritable imbroglio dont il s’agit. Les ingénieurs d’EDF collaborent avec ceux du CEA qui font des recherches sur la bombe à neutron et avec ceux de Framatome qui livrent à l’Iran de quoi fabriquer la bombe atomique. L’armée française intervient au Tchad, au Liban, au Sahara occidental… »

1979

Dimanche 14 janvier - Brennilis (29) : Attaque à l’explosif

Une explosion détruit deux pylônes de la ligne à haute tension sortant du poste de connexion de la centrale nucléaire. L’action est revendiquée par le “FLB-ARB” qui déclare vouloir combattre EDF de façon déterminée ainsi que “les notables qui travaillent les gens à l’arrivée des centrales”.

Lundi 12 février - Saint-Anatoly (31) : Affrontements

Des agriculteurs s’opposant à la construction de la ligne THT s’affrontent aux gardes mobiles venus protéger les ouvriers et employés d’EDF qui entamaient des travaux sur le terrain.

Mardi 06 mars - Nuit bleue antinucléaire :

- Paris (75) : Attaque contre une agence EDF
02h :
Une cavité de plusieurs mètres carrés a été creusée dans le mur de l’agence située rue de Vienne. Les vitres et les vitrines du quartier volent en éclats.
- Brest (29) : Attaque du siège d’EDF et de la gendarmerie
02h : Le bâtiment EDF est pulvérisé par la charge explosive. A la gendarmerie, la bombe explose à cinq mètres du lieu où se trouve le planton de permanence.
- Guingamp (22)
02h : Attaque à l’explosif contre un local EDF.
- Saint-Brieuc (22) : Attaque à l’explosif
02h : Explosion au commissariat des renseignements généraux.

- Lannion (22) : Charge désamorcée au local d’EDF
Le dispositif de mise à feu qui est découvert est un mécanisme d’horlogerie réglé sur deux heures et relié à une poubelle pleine d’explosifs.

Mercredi 28 mars - Pennsylvanie (Etats-Unis) : Accident de la centrale nucléaire de Three Mile Island [13]]

C’est le premier accident majeur qui montre la possibilité réelle de catastrophe nucléaire, il provoque en partie le début du désengagement du nucléaire civil aux USA.
Au lendemain de l’accident, Michel Rocard (PS) déclare : “II faut encore compter le nucléaire au nombre de nos sources d’énergie [...]. Les dangers du nucléaire sont maîtrisables grâce au progrès scientifique ; le Parti socialiste doit se battre pour obtenir une sécurité des installations avoisinant au maximum 100 % de fiabilité.

Même jour - Chooz (08) : Des rumeurs circulent à Chooz et dans la Pointe sur l’implantation d’une deuxième centrale [14].

Les rumeurs se confirment avec le projet de la centrale de Chooz-B.
Des femmes du village séquestrent le maire pronucléaire pour obliger le directeur de Chooz A à venir fournir des explications et des garanties pour la sécurité de leurs familles en cas d’accident à la centrale. Après s’être fait prier, le directeur se déplace mais élude les questions : selon lui, sa responsabilité s’arrête aux limites de la centrale.

Vendredi 06 avril - Gauré (31) : Sabotage d’une ligne THT

Vers 13h : Une ronde des services de sécurité EDF surprend trois personnes fort occupées à sectionner les pieds d’un pylône supportant la ligne THT Verfeil-la Gaudière en cours de construction. Ils utilisaient pour cela un chalumeau oxhydrique qu’ils abandonnent sur place pour prendre la fuite. Un pied avait été déjà sectionné tandis que le second était sur le point de céder (La Dépêche, 07.04.1979).

Même jour - Toulouse (31) : Attaque incendiaire

Dans la soirée : Tentative d’incendie par jets de cocktails molotov contre un bâtiment d’EDF (service administratif, quai Saint-Pierre). Par un coup de téléphone anonyme, les auteurs revendiquent l’action au nom du groupe “les enragés du vieux monde” :

« Il s’agit-là d’un avertissement contre le pouvoir, contre sa poli¬tique nucléaire assassine. Nous nous manifesterons à nouveau de manière plus violente. »

Samedi 19 mai - Bourg Saint-Bernard (31) : Attaque à l’explosif

Destruction d’un pylône EDF de la ligne THT Verfeil-La Gaudière. Quatre charges de dynamite placées contre les pieds du pylône “cisaillent” littéralement la base du lourd édifice de 60 mètres de hauteur.

Nuit du dimanche 21 au lundi 22 octobre -  : Attaque contre trois pylônes THT

Trois pylônes devant supporter une ligne à très haute tension sont fortement endommagés par des explosifs au cours de la nuit. Deux sur la ligne Verfeil-La Gaudière (à moins de cinq mois de sa mise en service), l’un à La Gaudière (Aude) et l’autre près de Lanta (Haute-Garonne), un autre à 10 km au nord de Montpellier près de Saint-Gély-du-Fesc (Hérault) sur la ligne La Gaudière-Tavel. Ces actions ne sont pas revendiquées.

Samedi 17 novembre - Valence-d’Agen (82) : Rassemblement et interpellation

Pendant la période d’enquête publique pour la construction de la centrale, des rassemblements ont lieu le samedi.
Les gardes mobiles envoient la première grenade offensive ; malheureusement pour eux, un manifestant la renvoie et elle explose sous un bus de gardes mobiles. L’occasion est trop belle pour eux, ils annoncent qu’un engin explosif de fabrication artisanale a été lancé sous le bus.
Quatre personnes sont interpellées dont René Dauty, le maire d’Auvillar. [Inculpées le 31 septembre 1980, elles sont jugées plus d’un an après les faits, le 12 décembre 1980, à Montauban ; elles sont condamnées à 6 mois de prison avec sursis ; R. Dauty, lui, est condamné à 3 mois avec sursis.]

Mardi 27 novembre - Toulouse (31) : Opération de police

Au petit matin : Le SRPJ (Service régional de police judiciaire) de Toulouse, avec une commission rogatoire concernant les attentats commis sur des pylônes à très haute tension, perquisitionne six domiciles toulousains et dans la région de Caraman, chez des membres ou sympathisants de l’ATE (Association Toulousaine d’Ecologie). Deux des perquisitionnés sont collés contre un mur, pistolet dans le dos, pour mieux être fouillés.
Dans la journée : après une mise en garde à vue, les huit interpellés sont relâchés, les derniers à 18h.

Du mercredi 28 novembre au vendredi 21 décembre - TValence-d’Agen (82) : Action de fissurage sur les registres d’enquête

Des personnalités sont invitées à lancer cet acte de désobéissance civile, mais rapidement la population désire y participer et des journées sont organisées pour permettre aux diverses catégories “socioprofessionnelles” et aux individus d’exprimer leur refus. Le samedi devient une journée de prédilection pour se retrouver et les incidents se font hebdomadaires. Valence-d’Agen respire ses premiers gaz lacrymogènes. Les premières inculpations suivent évidemment, le tandem “imposer-réprimer” se met en place.

Fin 1979 - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : La résistance s’organise

Les réunions se multiplient. Des distributions de tracts, des graffitis et des bombages de routes et de murs ont lieu non seulement dans la Pointe mais aussi dans toute la vallée de la Meuse et ailleurs dans les Ardennes. Les premiers sabotages d’engins de prospection ont lieu (revendiqués par le Front de libération Ardennais).

Mercredi 19 décembre - Golfech (82) : Vol de documents

Vol de documents dans la maison d’EDF à Golfech.

1980

Mercredi 09 janvier - Plogoff [15] (29) : Feu de joie

Jean-Marie Kerloc’h (maire de Plogoff) et Pierre Guével (maire du Pellerin), brûlent, sur la place de la mairie, les dossiers de synthèse que le préfet leur a adressé courant décembre.

Mardi 22 janvier - Pont Croix (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Arrivé des gardes mobiles

Arrivée d’un convoi de 19 camions bâchés accompagné “d’estafettes” et de “méharis”. On annonce sept escadrons, soit 400 gendarmes.
[Trois des sept escadrons s’installent à Saint-Guénolé et Pont-Labbé.]

Lundi 28 janvier - Pont Croix (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Nouvel arrivage

Arrivée d’un nouveau convoi d’une quinzaine de véhicules accompagné d’un hélicoptère.

Mercredi 30 janvier - Plogoff (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Feu de joie (bis) et nuit blanche pour les habitants

15h30 : Le maire est rejoint par les maires des communes voisines. Le drapeau breton est hissé au-dessus du drapeau français. Les 3,5 kg du dossier de l’enquête remis le matin même par le commandant de gendarmerie commandant le Groupement de Quimper s’envolent en fumé.
Ce dernier repart de Plogoff sans la signature du maire sur le bordereau de réception mais avec un autocollant antinucléaire sur le capot de sa voiture.
A la nuit tombante : Des barricades sont montées aux entrées de la ville. [Le lendemain, à 9h les camionnettes baptisées “mairie annexe” doivent être mises en place pour le démarrage de l’enquête.] Pneus usagés, pierres et gravats, câbles d’acier ceinturant le pont de Loc’h, vieilles carcasses de voitures, arbres abattus. De l’huile de vidange, du fioul, de l’essence sont largement répandus prêts à s’enflammer. D’autres barricades sont levées à la Baie des Trépassés, à Goulien, à Primelin et à Cleden-Cap-Sizun.

Jeudi 31 janvier - Plogoff (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Première nuit de barricade

04h : La fusée rouge de détresse d’un guetteur placé en vigie, éclaire le paysage du Loc’h. Un chant, en langue bretonne, monte du camp des défenseurs. Les barricades s’enflamment.

« Cela dura trois heures et demie. Trois heures et demie, quatre heures de lente, très lente progression, parmi les pneus enflammés, les moissonneuses hors d’usage, les carcasses de voiture, les tonnes de pierres déversées sur la chaussée et les câbles passés sous le pont. Un véritable travail de maquisard auquel le colonel Charlot, commandant le groupement de gendarmerie devait rendre hommage à la fin de ce qu’il faut appeler quand même les hostilités. Tout ce que Plogoff compte d’âmes se retrouvait derrière les barricades, les mains vides, mais le cœur chaleureux. Et beaucoup pleuraient. Et la nuit se passa, longue, angoissante, poignante avec ce vent qui secouait le Raz. »

René Pichavant, journal Le Télégramme

08h : Les gendarmes arrivent à Plogoff. Il leur faut quatre heures pour effectuer les deux kilomètres et demi qui séparent le Loch du bourg. La barricade est enlevée, les premiers gendarmes apparaissent. Les manifestants élèvent leurs chants, les gendarmes répondent en tirant dans la foule – à tirs tendus – des grenades lacrymogènes. On compte les premiers blessés.
L’après-midi : 3 000 personnes manifestent, le Cap est en deuil.

Vendredi 1er février - Plogoff (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Monsieur propre

Les services de l’équipement passent la journée à dégager les débris des barricades de la veille. Groupe après groupe, les gens se relayent devant les gendarmes qui supportent l’arme à la bretelle les premiers quolibets.

Des réactions :

- Bref communiqué du Parti communiste, fédération du Finistère qui “regrette qu’un certain nombre d’antinucléaires aient créé un climat de haine et de violence qui ne permet pas au débat démocratique de se dérouler”.
Depuis quelques jours, le slogan “Plogoff, Kaboul, même combat” s’étale en large lettres rouges sur le château d’eau, à l’entrée de la commune [Les troupes soviétiques viennent d’envahir l’Afghanistan].
- L’envoyé spécial du Matin a perçu “quelque chose qui ressemble à la Corse sous le ciel humide de Plogoff”.
- Libération titre “Le nucléaire français reconnu d’hostilité publique”.

Nuit du vendredi 1er au samedi 02 février - Saint-Yves (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Nuit blanche

Toute la nuit de vendredi à samedi est occupée à retarder l’arrivée des mairies annexes. Le terrain est labouré, un grillage est tendu. Pierres, gravats et carcasses de voitures s’entassent.

Samedi 02 février - Saint-Yves (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Nettoyage

07h : Corvée de nettoyage pour les gendarmes.

03 février - Plogoff (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Manifestation monstre

25 000 personnes manifestent contre l’implantation d’une centrale atomique (4 réacteurs de 1 300 MWé chacun) sur le site de Feuntenn-Aod près de la pointe du Raz, et participent à l’inauguration d’une bergerie sur le site.
Le PS qui essaie de conserver dans son giron les pro et antinucléaires, joue l’anguille. Il se prononce contre cette centrale mais “il ne convient pas de rejeter le nucléaire en bloc”.

Dimanche 03 février - Saint-Yves (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Travail de nuit

Dans la nuit : Un tractopelle creuse une tranchée pour interdire le passage aux mairies annexes. D’autres labourent l’emplacement où elles stationneront avant de répandre une épaisse couche de lisier.

Lundi 04 février - Saint-Yves (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Premières pierres contre fusils

Au matin : Les mairies annexes s’écartent un peu plus loin à cause de l’odeur. Pour chasser la puanteur, les gendarmes ont recours à l’eau de Cologne, il y en a pour 1 000 Fr. (150 €) tout rond à la pharmacie de Pont-Croix.
17h : Le départ des camionnettes est salué par des jets de pots de yaourt remplis de peinture jaune et rouge. Les gendarmes répliquent à coup de grenades lacrymogènes. Des pierres s’abattent alors sur les véhicules et les boucliers. Ce sont les premières pierres en réponse aux fusils.
Dans la nuit : Comme la veille, du lisier est déversé sur le site des mairies annexes. Mais cette fois-ci c’est trois tonnes qui s’y répandent !

Mardi 05 février - Saint-Yves (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Affrontements

Au matin : Les gendarmes pataugent dans le lisier.
17h : Les pierres et des bouteilles accompagnent d’emblée les pots de peinture. Le rideau de grenade lacrymogène, lui, se fait plus nourri.
Une image frappe les journalistes présents : celle d’une grand-mère octogénaire ramassant un caillou pour le donner à un jeune manifestant afin qu’il le lance sur le convoi de gardes mobiles.
Nouveauté : L’arrivée de la “mère poule”. C’est ainsi qu’est baptisé l’hélicoptère chargé d’assurer la sécurité de ses “poussins” restés au sol. Pour l’instant la “mère poule” pond des œufs en forme de grenades attachées à des parachutes et de sachets de peinture. “Peinture à l’eau” précise la préfecture !
Le journal Ouest-France, découvre “les femmes de Plogoff” :

« A Plogoff, il y a Jean-Marie et les femmes, s’exclamait vendredi un Douarneniste en voyant les femmes Capistes [habitantes du Cap] s’activer pour barrer la route aux gendarmes mobiles. Sur les barricades de fait, elles avaient toute la nuit été au premier rang. Depuis elles sont encore en première ligne, les femmes de Plogoff, dans la bataille des mairies annexes à saint-Yves. Du matin au soir, ce sont elles qui mènent inlassablement la guerre des nerfs avec les gendarmes mobiles. Un travail de sape mené imperturbablement, qu’il pleuve ou qu’il vente dans le Cap. A cette dure réalité, les femmes de Plogoff se sont pliées et ont façonné un caractère à toute épreuve. Chaque propos est répété. Asséné. Chaque mètre carré de terrain âprement disputé, défendu aux gendarmes. Hier après midi, c’est l’épouse d’un berger qui a contraint les forces de l’ordre à se replier pour dégager l’entrée de son portail. Quelques minutes après, c’est un petit bataillon qui s’infiltrait dans le cordon des gendarmes pour aller, toutes ensemble, la règle est une par une, jusqu’à la porte des mairies annexes. Il s’en est suivi à chaque fois bousculades, tensions, montées de fièvre. »

Mercredi 06 février - Saint-Yves (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Apparition des flèches

16h : Début des hostilités. Apparition des premiers lance-pierres : gomme carrée tendue sur un manche de bois durci au feu. A Plogoff on dit “un” flèche. Une colonne de véhicule bondée d’hommes qui monte en renfort est reçue par une grêle de pierres de la part des manifestants. Réponse à tirs tendus de grenades lacrymogènes. La “mère poule” n’a pas pu quitter son perchoir car il y avait trop de vent.
Dans la nuit : Près de trente tonnes de gravats sont déversés sur la place ou stationnent les mairies annexes.

Jeudi 07 février - Saint-Yves (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Affrontements

Au petit matin : Les gendarmes doivent manier la pelle et la pioche.
17h : La “mère poule” est de retour. Les grenades tombent à nouveau du ciel. Un premier blessé.

Même jour - La baie des Trépassés (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Terrain miné

Le convoi de gendarmes s’arrête brutalement. Il y a au milieu de la route une mine antichar. Les “démineurs” découvrent qu’il s’agit en réalité de deux assiettes assemblées. Peintes en noir, lestées par du béton, munies d’une antenne et laissant entendre le tic-tac d’un mécanisme d’horlogerie. Pour compléter le tout, une mention “Pyros IRL S II” indique une provenance irlandaise. Les maquilleurs, à l’évidence, ont du métier.

Vendredi 08 février - Saint-Yves (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Affrontements

17h : Nouveaux affrontements. La préfecture annonce 16 blessés chez les gendarmes (la plupart n’ont que des égratignures) pour justifier les grenades au bas ventre à bout portant de la veille.
Vers 22h : Des consommateurs sortant du bar “La Flambée”, se font accueillir par des grenades lacrymogènes tirées par une patrouille de gardes mobiles. Des cailloux et des bouteilles volent.

Samedi 09 février - Saint-Yves (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Journée chaude et embuscade

06h30 : A l’arrivée des premiers gendarmes à la chapelle où ils s’installent quotidiennement, une barricade de carcasses de voitures est enflammée.
17h : Les événements de la veille amènent 300 personnes. Le quartier est bouclé ainsi que les champs environnants. Au départ des gendarmes, ce sont fumigènes et lacrymogènes contre galets et boulons. Les forces de l’ordre répliquent avec des grenades offensives. Bilan : 15 manifestants blessés.
22h30 : Une nouvelle arrive. Les gardes mobiles quittent Pont Croix. Une demi-heure plus tard les trois camions traversent le bourg où l’éclairage public est coupé. Des jardins aux alentours, les camions se font attaquer par des pierres et des bouteilles. Des grenades lacrymogènes sont tirées en riposte. Au passage des camions une nappe d’huile de vidange et d’essence s’enflamme. Sur le retour les gendarmes arrêtent un homme seul, un marin qui revient d’une campagne. On aurait trouvé sur lui, dans sa poche, “un flèche”.

« Cette nuit Plogoff a décidé de tendre une embuscade. Du bourg à Saint-Yves, ils sont plusieurs dizaines à s’être cachés derrière les talus. 23h la patrouille arrive. Neuf camions ce soir. Juste à la hauteur de Saint-Yves, un barrage d’huile de vidange et de vieux matériaux s’enflamme. Le convoi immobilisé est pris sous une pluie de pavés, de projectiles divers. Les pare-brise des camions militaires volent en éclats, des bâches sont transpercées. Des cris retentissent dans la nuit. Nuage de lacrymogène, grenades explosives, les gendarmes se dégagent. Demi-tour Baie des Trépassés et cette fois-ci ce sont eux qui passent à l’attaque. Ils tirent sur tout ce qui bouge dans la nuit. A côté du bourg, un automobiliste reçoit une grenade lacrymogène en plein pare-brise, puis une seconde qui explose à l’intérieur. Apeuré, le conducteur s’enfuit à travers champs. Une dizaine de gendarmes s’acharnent alors sur son véhicule à coup de pieds, de crosses de fusils. Presque toutes les vitres sont cassées. A côté un autre véhicule reçoit aussi sa grenade à l’intérieur. Pare-brise cassé. C’est cette même nuit que les gendarmes mettent la main à une vingtaine de mètres de son domicile sur Eugène Coquet, un marin de commerce de Plogoff… »

In Plogoff, la révolte, collectif, Ed. Le signor, 1980.

En pleine nuit : Entre Caen et Bayaux, un train de matières irradiées est arrêté et bloqué par des antinucléaires. Des hommes en cagoule coupent les commandes de frein. Ils taguent les wagons avant de disparaître. Le “Mouvement de résistance à la nucléarisation” revendique cette action. Elle est menée en réponse à la “violence d’Etat et des nucléocrates qui imposent à la population une nucléarisation forcée avec leur armée de gardes mobiles, comme à Plogoff et Cherbourg”.

Lundi 11 février - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Déménagement

Les mairies annexes déménagent à l’entrée du bourg où il est plus simple de surveiller et évacuer. Certains gendarmes portent des gilets pare-balles !
17h : 400 personnes sont présentes. Le moral n’y est pas, les mains sont dans les poches. Un gendarme descend d’un camion et photographie la foule. Une pluie de pierre déferle dans sa direction, des grenades sont tirées en réponse.

Réactions des partis politiques :

- Les partis politiques UDF [Union pour la Démocratie Française], RPR [Rassemblement Pour la République] et PCF qui soutiennent la politique d’EDF se déclarent favorables à une centrale à Plogoff. (12.02.1980)
- La fédération PCF du Sud-Finistère dénonce les “irresponsables” : “les antinucléaires instaurent un débat de haine et de violence qui ne permet pas au débat démocratique de se dérouler.” (Libération, 12.02.1980).

Mercredi 13 février - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Rien de tel que de bonnes vacances

17h : Nouveaux affrontements. Les vacances scolaires amènent un nouveau public face aux gardes mobiles.
Dès 20h : construction de barricades. Avec l’expérience, la construction est plus savante. A l’endroit du délaissé de chemin où stationnent les mairies annexes, sont placés (en travers) deux grands poteaux électriques en ciment. Les armatures des poteaux sont soudées entre elles, puis solidement attachées à des pieux enfoncés d’au moins un mètre dans la route. Les armatures et soudures sont ensuite noyées dans un ciment à prise rapide. Le barrage est agrémenté par une centaine de personnes qui jettent pêle-mêle tessons de bouteilles, tonnes de cailloux badigeonnés, noyés même, dans un mélange d’huile de vidange, de coaltar et de graisses animales dégageant un odeur putride.

Jeudi 14 février - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : A gros problème, grosse solution

Le lieu prend l’allure d’un grand chantier. L’armée mobilise les moyens puissants du Génie pour arriver à déblayer le terrain !

Samedi 16 février - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Affrontements et apparition de grenades offensives

17h : 700 à 800 personnes sont présentes. Nouveaux affrontements. Le vent ramène les gaz lacrymogènes vers les gendarmes. Ceux-ci attaquent alors avec des grenades offensives (on en compte 30). Trois personnes sont blessées. On interdit de ramasser les grenades. Ceux qui ont fait Malville se souviennent des membres arrachés.

Mardi 19 février - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Nouvelles troupes

17h : Plus de 1 000 personnes sont au rendez-vous. Des cocktails molotov partent, les grenades offensives répliquent immédiatement. De nouvelles troupes sont déployées. Des “brigades légères” avec baskets, masques à gaz, lunettes de protection et matraques. Dissimulées dans les fourrés, elles se jettent à une chasse aux manifestants. Le gibier est mince : un sexagénaire est arrêté et emmené après s’être fait matraquer.

Même jour - Quimper (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Arrestations

Treize interpellations lors de la présentation au parquet d’un mineur arrêté la veille à Plogoff.

Vendredi 22 février - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Toujours plus cons

17h : Les gendarmes montent à nouveau d’un cran dans la force déployée. Béret noir, tenue noire, des gendarmes parachutistes sont en première ligne. Ils veulent impressionner. Au moment de la dispersion, coude à coude, ils avancent en poussant des sons gutturaux et frappant en rythme leurs matraques sur leurs boucliers. Ils sont reçus par un éclat de rire généralisé. Par dépit, ils lancent une dernière grenade offensive et ils rembarquent.
Dans la nuit : Les bennes à ordure du secteur sont déversées.

Samedi 23 février - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Les rois de la décharge

Au petit matin : Le lieu ressemble à une décharge publique. C’est alors la corvée habituelle. Les gendarmes parachutistes sont des seigneurs, aucun d’eux ne touchent à une pelle. Ils regardent avec mépris leurs collègues “mobiles” se charger du travail.

Mardi 26 février - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Le train-train quotidien

Lisier à 9h, lacrymogènes à 17h.

Mercredi 27 février - Quimper (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Procès d’antinucléaires

Procès sous haute escorte policière des deux arrêtés (Cf. Chronologie 09 et 19.02.07). En entrant dans le tribunal, un homme trébuche et tombe provoquant l’éclat de rire d’un CRS. L’homme qui est irascible, répond par quelques coups de pieds bien placés et par une gifle sonore. Il est traîné directement au panier à salade. Explications embarrassées : l’homme est un juge !
Verdict du procès : un mois ferme pour les deux retraités. Dans la salle s’élèvent des huées et des invectives. Dehors le climat s’est tendu. Après quelques bousculades aux marges de la manifestation de quelques centaines de personnes, les CRS chargent. En ville, ils sont chez eux et tiennent à le démontrer : course rodéo des “estafettes” sur les trottoirs, charges scandées par le rythme des matraques sur les boucliers, cris de guerre divers… Quatre manifestants sont blessés, sérieusement atteints.

Vendredi 29 février - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Trois personnes interpellées. Seconde nuit de barricades

Au petit matin : Les gendarmes nettoient à nouveau du lisier de la veille.
17h : 300 à 400 personnes sont rassemblées. Les gendarmes sont en position depuis une demi-heure déjà. Ils ne font pas mine de vouloir bouger. Un cocktail molotov est lancé en leur direction, c’est pour eux le signal qu’ils attendaient.

« L’hélicoptère synchronisé fait des acrobaties et du rase-mottes, pique vers les champs au ras des fils. Sur la route les grenades explosent à cadence accélérée, des lacrymogènes dernier modèle à 260 francs pièce [40 €], “des offensives” au plâtre et la charge se poursuit. Tout le monde court éperdument sur la grande route. Plusieurs sautent dans les jardins, les plantations. L’hélicoptère tournoie et ronfle comme une guêpe atteinte de delirium. En sens inverse du bourg des camions foncent à toute vitesse, sirènes hurlantes, dans la foule qui reflue. La grande attaque concertée. Les camions freinent brusquement. Des parachutistes s’en éjectent et bondissent, masques en place, matraques en l’air, par-dessus les talus, frappent tout ce qui se trouve à portée, sans distinction d’âge ni de sexe, frappent du pied, du poing, du bâton, du casque, crient, crachent, frappent encore. Effrayants. La furie dure dix minutes dans la fumée dense, irrespirable. L’enfer. Dix-sept heures dix. Les camions redémarrent. Ils emportent une quinzaine de manifestants, menottes aux poignets. »

René Pichavant, Les pierres de la Liberté, Ed. Morgane, 1980

Sous le choc, la population se regroupe autour de la mairie. Les gens veulent aller à Pont Croix pour faire libérer les arrêtés. L’adjointe au maire sent le danger et propose plutôt aux gens de tout faire pour que les gardes mobiles ne puissent plus revenir : “Faisons de Plogoff une île”. La nuit est longue. Vieilles voitures extraites des casses, rochers sortis des grèves, poteaux, madriers, câbles… les barricades dépassent en hauteur tout ce qui a pu être fait jusqu’à présent. Au pont de Loc’h, les propos de l’adjointe au maire sont pris au pied de la lettre. Le pont est perforé pour recevoir une charge de dynamite... Il résiste à l’explosion.

Samedi 1er mars - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Troisième nuit de barricades

05h : Les gendarmes sont de retour. Des barricades sont enflammées. Les grenades offensives ouvrent la voie aux gendarmes parachutistes suivis par les “mobiles” équipés de gilets pare-balles. Le bulldozer “Avranches” du génie entre en jeu. Il faut deux heures à la colonne pour atteindre Trogor. Sur place un monceau d’ordures les attend pour le nettoyage. Toute la journée, les gendarmes s’étalent tels des troupes d’occupation : il y a quatre vingt neuf camions, pratiquement un devant chaque maison.
La nuit tombée : Les barricades sont redressées. Dans toute la Bretagne, les CLIN (Comités Locaux d’Information Nucléaire) rebaptisent les villes et villages. De Rennes à Brest, toutes les entrées et sorties d’agglomérations portent le nom de Plogoff.

Mardi 04 mars - Pointe du raz (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Perquisitions et arrestations

06h : Plusieurs gendarmes mobiles prennent position, mitraillette au poing, autour de certaines maisons dans des villages de Plogoff, Cléden-Cap-Sizun, Beuzac, Pont-Croix. Ils font sortir tout le monde, fouillent, perquisitionnent jusque dans les chambres, et emmènent sept personnes menottes aux mains. Elles sont soupçonnées d’avoir participé à un passage à tabac d’un garde mobile à la sortie d’un dancing de Pont-Croix, deux jours plus tôt. Quatre d’elles sont écrouées.

Jeudi 06 mars - Quimper (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Procès d’anti-nucléaires

Jugement de neuf des manifestants interpellés le 29 février. L’avocat des accusés est condamné à dix jours de suspension pour outrage à magistrat. Les quelques centaines de manifestants dehors sont consternés. Aux huées, les CRS les chargent. Les personnes présentes dans la salle d’audience sortent et s’indignent de ce qu’ils voient. Les CRS remontent les marches et les matraquent à leur tour, les poursuivant à coup de crosse jusqu’à l’intérieur du tribunal devant le président stupéfait. Dans les rues de Quimper les violences contre manifestants continuent. Ils sont roués de coups à cinq contre un. Violence également contre les journalistes présents.

Même jour - Golfech (82) : “Vandales dans les locaux de l’EDF”, titre La Dépêche

« En fait, une tentative d’incendie dans les services d’EDF à Golfech. Dans la journée de mardi, c’est vers 13h que des individus se sont introduits dans les locaux en brisant une vitre au rez-de-chaussée. A ce niveau comme au premier étage, ils ont versé de l’alcool à brûler et du fuel et l’on a tenté d’y mettre le feu. Seul le sol et une porte ont été endommagés. Dans le bureau de l’ingénieur, M. Brun, chargé du projet de Golfech, on a fracturé un meuble, arrosé les dossiers de fuel et peut-être volé quelques papiers. Une enquête est ouverte ». L’entreprise de nettoyage ne revendique pas l’action.

Samedi 08 mars - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Affrontements

17h : 2 000 personnes au rendez-vous habituel. Tirs tendus qui provoquent de sérieuses blessures sur des manifestants.

Lundi 10 mars - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Nouveaux affrontements

17h : 2 000 manifestants et affrontements violents. Pierres et grenades volent sous le bruit assourdissant de l’hélicoptère qui fait du rase mottes. A la mairie sont mis sous pli l’appel du Conseil municipal et du comité de défense à une opération “Cap en deuil” pour la fin de l’enquête bidon.

Nuit du 10-11 mars - Plogoff (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Quatrième nuit de barricades

Nuit du 13-14 mars - Plogoff (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Cinquième nuit de barricades

Vendredi 14 mars - Trogor (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Dernier jour de l’enquête publique L’appel du “Cap en deuil” est largement suivi. Il appelle toutes les administrations, commerces et usines à fermer leurs portes pour cette journée et de venir manifester à Plogoff. C’est un record au niveau de participation. Une marée humaine d’au moins 5 000 personnes déferle sur la commune malgré les barrages de police sur toutes les routes d’accès.
15h : la manifestation est bon enfant et hautement symbolique (marche funèbre avec cercueil de Plogoff irradié, chants…). Plogoff veut fêter le départ des troupes.
16h50 : charge des gardes mobiles.
« Course de gendarmes parachutistes à travers champs. Pluie de projectiles. Des cocktails molotov. Des explosions qui ne cessent de se succéder. Celles des grenades offensives. Il y en aura 85 en tout. Et puis, ensuite, un calme étrange, après le départ des mairies annexes. Des milliers de personnes dans les derniers nuages de fumée dissipées par un vent violent semblaient sortir d’un mauvais rêve. L’enquête est terminée.  »

T. Le Diouron, J-C. Perrazi, Ouest-France
[Un de leurs collègues a suivi la bataille vue du ciel dans un petit avion]

Samedi 15 mars - Pont Croix (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : “Au revoir et à jamais !”

Rassemblement de plusieurs centaines de personnes pour un dernier accueil aux gendarmes. Deux blessés graves chez les manifestants. Deux journalistes sont matraqués (un reporter de France-Inter et un photographe du Télégramme).

Même jour - Paris (75) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Manifestation de soutien

Rassemblement de 2 000 manifestants à la gare Montparnasse à l’appel du Comité de soutien à Plogoff (le MEP [Mouvement d’Ecologie Politique], l’UTCL [Union des Travailleurs Communistes Libertaires], l’OCL [Organisation Communiste Libertaire] ainsi que quatre organisations bretonnes).A noter que les organisations gauchistes (LCR [Ligue Communiste Révolutionnaire], PSU…] et les groupes écolos style “Les Amis de la Terre” refusent d’appeler à cette manifestation : “Tu comprends, avec les autonomes…”. Charge de CRS à la fin de la manifestation jusque dans les bouches de métro. 20 arrestations, 9 blessés dont deux graves.

Lundi 17 mars - Quimper (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Procès

Procès des 9 inculpés. Un est relaxé, les peines des huit autres s’étalent entre quinze jours de prison avec sursis et un mois ferme. Mais tous sont immédiatement libérés.

Mardi 15 avril - Paris (75) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Rendu de l’enquête d’utilité publique

C’était écrit d’avance, la commission d’enquête donne un avis favorable à la centrale de Plogoff.
Le rapport précise qu’“en dépit des consignes de boycott et des tentatives de perturbation qui ont accompagné le déroulement de l’enquête, 565 personnes se sont rendues à la préfecture ainsi que dans les bureaux annexes pour consulter les dossiers”. Il ne dit pas que la quasi totalité des visites ont eu lieu à la Préfecture, mais précise cependant que le nombre d’interventions écrites se limite à 225, dont il n’est pas dit si elles sont positives ou négatives.

Mercredi 30 avril - Chalon-sur-Saône (71) : Interview des auteurs qui avaient tenté un sabotage à l’usine Framatome fin 1978

[Dans la Saône, au pied de l’usine Framatome, fabriquant des cuves de réacteurs et de générateurs de vapeur, avait été repérée une caisse métallique contenant deux cents pains de dynamite, deux mines antichars et un système de mise à feu. Cette caisse était immergée au-dessous du système spécial d’embarquement des grosses pièces de l’usine, car vu leurs dimensions elles sont le plus souvent transportées par voie fluviale.]

Dans une interview accordée à Libération le 30.04.1980, les auteurs de la tentative de sabotage expliquent qu’ils font partie d’un “groupe de copains indépendants de toute organisation, antinucléaires comme tant d’autres, ni fanatiques, ni professionnels de la dynamite”. Que la caisse a été placée par des hommes ou femmes grenouilles quinze jours avant le jour J en septembre ou octobre 1978. Que pour eux, l’essentiel était de ne pas de faire de victimes et qu’après avoir provoqué l’évacuation de l’usine et de la zone d’embarquement, la mise à feu a été déclenchée à distance. “Hélas, un incident technique […]”, et précisent : “Dans ce qu’on fait, rien de désespéré ni de suicidaire, mais une affirmation de résistance et de vie.”

Même jour - Chooz [16] (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : La technocratie arrive

La population apprend que la première enquête d’utilité publique aura lieu du 06 mai au 17 juin. Le maire de Chooz est pronucléaire mais la majorité du conseil est antinucléaire. Ce dernier demande le report de l’enquête et refuse le dépôt des dossiers en mairie. Le maire emmène finalement le cachet de la mairie à Givet où sont finalement déposés les dossiers. Jouet de la Préfecture et d’EDF, il manigance avec eux et bafoue même le rituel démocratique.
Les Calcéens suivent avec attention ce qui se passe à Plogoff, lieu d’une forte résistance de la population bretonne dans la pointe de Cornouaille.

Mardi 06 mai - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Ouverture de l’enquête d’utilité publique

C’est au sein d’un déploiement policier important dans le village que les flics entrent dans la mairie. Le dossier est installé et relié par une chaîne à la table. Sur place, pendant toute la journée, des habitants de Chooz vont et viennent face aux flics. Malgré la chaîne et la garde des gendarmes, le dossier est finalement subtilisé par des habitants et aussitôt jeté à la Meuse. Un dossier de remplacement est amené par un gradé pour prolonger l’enquête.
A 19h : Quand le dossier quitte la mairie sous bonne escorte pour passer la nuit en lieu sûr, un croche-pied habilement exécuté fait trébucher le gendarme qui porte le dossier. Une bousculade a lieu, le dossier vole en feuillets détachés autour d’une vasque, provoquant une mêlée de flics et de manifestants. Les cars des forces de l’ordre repartent sous une volée de cailloux, une voiture de gradés roule avec un pneu crevé.

Les jours suivants - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : La tension monte

Si les flics évitaient les incidents le premier jour, les choses sont moins tranquilles désormais. Heurts : gendarmes casqués et matraqués entrent en action contre les opposants. Les frontières sont filtrées pour décourager les antinucléaires belges venus apporter leur soutien. Matraques, pierres, lacrymogènes, interpellations, premiers blessés… L’enquête est agitée à Chooz comme dans des communes voisines. Des tas de fumier sont déversés devant la mairie.

Mardi 13 mai - [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Les ordures à leur place !

Dans la nuit : Des ordures ménagères sont éparpillées dans la salle du conseil municipal.
La presse locale n’est guère favorable à l’opposition antinucléaire, la presse nationale l’ignore.

Dimanche 25 mai (Pentecôte) - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Fête antinucléaire

Toutes les organisations de soutien sont là, réunissant Belges et Français. Cette pause est bienvenue, au milieu de six semaines d’affrontements, car tous les soirs le dossier repart au milieu d’une bataille : grenades lacrymogènes contre cailloux ; même les anciens assurent une présence dans un coin de la place pour montrer leur désapprobation et leur refus du projet.

Un vendredi [23 ou 30 ?] mai - Dans la Pointe [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Climat tendu

Deux flics sont blessés. La tension est très forte. Les gendarmes tentent d’enfoncer la porte d’un membre actif du comité et cassent l’imposte pour envoyer deux grenades lacrymogènes à l’intérieur. Les deux femmes et les enfants qui s’y trouvent doivent monter à l’étage et fuir par une fenêtre à l’aide d’une échelle. La famille est choquée, les enfants pleurent, un bébé suffoque.
Le soir : Informations télévisées. Il y est dit que deux grenades sont tombées (sic) dans une maison…
L’enquête se poursuit, les méthodes des manifestants gagnent en violence : casques, frondes, boulons… auxquelles répondent les lacrymos à main ou à fusil et souvent à tir tendu, pourtant interdit. Les interpellations sont parfois suivies de tabassages dans les cars de police.
Les médias dépeignent les antinucléaires comme des provocateurs et des excités. Les gardes mobiles sont présentés comme des modèles de patience et de mesure (!)
Des casqués (nom donné aux flics en tenue de combat) spécialistes de la photo trouvent des indicateurs dans le village pour renseigner et identifier untel ou untel. Les menaces ou le chantage (sur l’alcool au volant, par exemple) sont efficaces, mais d’autres collaborent par conviction ou par idéologie.
On vient des quatre coins des Ardennes et de Belgique, mais aussi de Champagne, du Nord, voire de Paris. Le vendredi soir de chaque semaine d’enquête, une petite fête permet de se rencontrer et de discuter autrement que dans le feu de l’action.
Un vendredi, les affrontements sont plus longs et plus violents que d’habitude : blessés de part et d’autre et deux interpellés. Pendant que les gendarmes se font soigner à la clinique de Givet, l’un des deux manifestants réussit à s’enfuir, mais sans ses papiers. L’autre est emmené à la gendarmerie de Charleville. Des manifestants s’y rendent et ce n’est que vers une heure du matin qu’ils réussissent à le faire libérer.

Mardi 27 mai - Golfech (82) : Attaque à l’explosif

Vers 01h30 : Un attentat à l’explosif détruit en partie les locaux industriels de l’entreprise Donini qui travaille depuis de nombreuses années pour EDF et qui, depuis quelques semaines, effectue des travaux sur le site de la future centrale. Les dégâts sont très importants, le bâtiment est détruit à 50 %. Un camion grue
et un camion benne sont mis hors d’usage. Sur un mur, à l’extérieur, quelques mots bombés en forme de revendication : “Collabo à EDF. A qui le tour ? Non au nucléaire”. Suite à cette action, des perquisitions et interpellations ont lieu dans la région de Golfech dans le milieu antinucléaire.

Vendredi 06 juin - Dure Journée pour le train “ministériel”

Vers 06h40 : Entre Montauban et Castelsarrasin, deux pylônes supportant les caténaires de la ligne SNCF Toulouse-Bordeaux, sont détruits à l’explosif. Cet attentat est certainement destiné au train “ministériel” qui doit effectuer la liaison Toulouse-Bordeaux. A son bord, Joël Le Theule, ministre des transports, J. Corbon, le préfet de la région, la famille Baylet E. -J. et J. -M., diverses personnalités et plusieurs ministres.
08h : En gare de Toulouse, ce sont les cheminots qui bloquent le train.
- A Montauban : Les agriculteurs exigent que Le Theule vienne s’expliquer... Le train repart sous les cris et les jets d’œufs pourris qui viennent s’écraser contre les glaces.
- A Valence-d’Agen : Le train est à nouveau stoppé par une quinzaine d’écologistes, banderole déployée “Résistance antinucléaire”. J. -M. Baylet est appelé comme médiateur à la demande des antinucléaires. Une entrevue a lieu avec Le Theule… dialogues de sourds. Le train redémarre et les écologistes sont emmenés sous bonne escorte à la gendarmerie de Valence-d’Agen.
Le train met 5 heures pour effectuer le trajet Montauban-Bordeaux.

L’attentat est condamné par les cheminots de la CGT et par divers dirigeants du syndicalisme agricole tarn et garonnais.
Le sabotage, lui, est revendiqué et signé “Les habitants de Golfech ne sont pas à vendre”.

Jeudi 26 juin - Paris (75) : Cinq explosions

Dans les 11e, 13e, 14e, 19e et 20e arrondissements, à la veille du rassemblement de La Hague (Normandie), cinq attentats à l’aide d’explosifs sont commis après minuit dans la nuit de jeudi à vendredi. Ces explosions visent des entreprises fabriquant du matériel pour la construction des centrales nucléaires. Ces actes sont revendiqués par un “Front communiste antinucléaire”.
Le lendemain, quatre personnes sont interpellées dans un appartement à Paris, inculpées, elles sont incarcérées. Deux reconnaissent leur participation aux actions commises.
Ci-joint, le communiqué extrait de Libération du 28-29 juin 1980 :

« Le Front communiste antinucléaire revendique la série d’attentats effectuée dans la nuit de jeudi, en Bretagne et en région parisienne. La totalité des objectifs visés sont des entreprises de fabrication de matériel destiné à la construction des centrales nucléaires. Face à un Etat qui emploie tous les moyens pour mener à son terme le programme nucléaire le plus important d’Europe, le mouvement antinucléaire se trouve directement confronté au choix des moyens de lutte et à leur efficacité. Vital Michalon et les mutilés de Malville sont toujours présents dans nos mémoires, et si nous considérons le rassemblement de la Hague comme moment de débat politique entre les divers courants antinucléaires, il est exclu pour de nombreux camarades de le transformer en échéance “militaire” dont l’issue ne ferait pas de doute pour personne. Nous avons préféré l’organisation du sabotage à l’inévitable manifestation-boucherie. En plus des acquis organisationnels que sous-tend la mise en place de ces attentats, il est clair que le sabotage fait partie intégrante du combat antinucléaire et se propose comme moyen d’action principal là où l’Etat fait la sourde oreille aux luttes de masse, même les plus radicales. La seule façon de ne pas crever de la société capitaliste nucléarisée, c’est de la détruire. Vive le sabotage prolétaire ! »

Mercredi 17 juin - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Dernier jour d’enquête, état de siège

Le matin : Deux blindés, équipés de lances à eau et de lames coupe-barrage, ont été amenés de Dijon. Côté manifestants, des barrages successifs ont été édifiés. Les casqués passent le premier barrage sans encombre mais les deuxième et troisième se révèlent plus gênants : arbres coupés, fils de fer barbelés, pneus enflammés, tiges de fer plantées dans le macadam. Les “bleus” prennent du retard, s’énervent, appellent un char de l’armée [un régiment est basé à Givet] pour dégager la voie.
08h : L’entrée dans Chooz se fait blindés en tête. Surprise ! La porte de la mairie est murée et ce qui ressemble à une mine est devant. La bombe qui est en réalité factice fait déplacer une équipe de déminage. Un treuil actionné par le tank abat le mur. Le dossier entre en retard…
Dès la fin de l’après-midi : Chooz est occupé par la flicaille. Des “baskets” (gardes mobiles non équipés et athlétiques, chargés de réaliser des arrestations) sont là.
A 19h : Le convoi des forces de l’ordre accompagnant le dossier s’ébranle. Les casqués marchent autour des véhicules, fusils lance-grenade en main. Ils sont accompagnés par une masse de manifestants qui chantent “Ce n’est qu’un au revoir”. A la sortie du village, les incidents éclatent, très violents. Matraques et gaz dispersent les manifestants pour permettre aux “bleus” de monter dans les cars. C’est au cours de ces incidents qu’un manifestant, conseiller municipal de Vouziers, est gravement blessé par un tir tendu à moins de 4 mètres dans le dos. Il gardera longtemps les séquelles de ses blessures.
Les six semaines d’enquête se terminent. Il pleut averse. Les manifestants se rendent à la salle des fêtes. Le village est bouclé par les mobiles. Les gens de l’extérieur ne repartent qu’après plusieurs heures, en voitures groupées pour plus de sûreté. Les anciens de Chooz font la comparaison avec l’occupation allemande en 1940-44 : ils n’avaient jamais vu autant d’uniformes qu’aujourd’hui…
Il y a 2 000 flics à Chooz et aux environs pour la clôture de l’enquête.

Réaction :

Le lendemain, Libération titre : “Hier à Chooz, la démocratie libérale s’avançait blindée”, allusion à la “démocratie libérale avancée” dont se flattait Giscard.

Début Juillet - Golfech (82) : Le GFA et la Rotonde

[L’enquête d’utilité publique est mise à profit pour recueillir des fonds nécessaires à la création d’un Groupement Foncier Agricole (GFA). Les porteurs de parts se font connaître, l’argent est vite trouvé. Une parcelle de terre est alors achetée sur le site de la future centrale. EDF est rapidement sur les dents et il ne s’agit pas de se faire doubler. Quelques temps plus tard, c’est fait : le CAN de Golfech possède de la terre, peu il est vrai (18 ares), mais d’une grande importance. La volonté d’occuper ce terrain devient le nerf de la lutte.]
Début de la construction de la Rotonde, grand ensemble circulaire fait uniquement avec des matériaux de récupération. Un nombre important de personnes s’y retrouvent tous les week-ends et l’ouvrage avance vite.

Jeudi 03 juillet - Dunes (82) : Attaque à l’explosif et arrestation

Destruction d’un pylône EDF.

Même jour - Du coté de Saint-Loup (82) : Arrestation de deux animateurs de Radio-Golfech [17]] par la police judiciaire de Toulouse. Ils sont inculpés “d’émission illégale de signaux hertziens” le 17 juillet.

Jeudi 17 juillet - Golfech (82) : Première secousse au barrage de Malause

“Superman attaque”… titre La Dépêche du Midi (du 18 juillet), qui reproduit le communiqué du “Super Mouvement AntiNucléaire”.
Vers 03h : L’attentat à l’explosif endommage une salle de machinerie, le tableau de commande et le câblage de la première vanne du barrage. Sur un mur, cette inscription “Superman”
12h15 : Une lettre revendiquant l’intervention arrive à l’AFP de Toulouse.
Ci-dessous le contenu du communiqué :

« La vraie bataille commence. Ce matin, 17 juillet, vers 3 heures, les explosifs déposés par nous ont endommagé les installations, et seu¬lement les installations, du barrage de Malause, dont le fonctionnement est directement lié au projet de construction d’une centrale nucléaire à Golfech. Cet attentat afin d’affirmer notre détermination antinucléaire, après un référendum dont le résultat négatif n’a pas été respecté, après une enquête d’utilité publique tournée en dérision à juste titre par la population locale, après ces manifestations antinucléaires qu’elles soient écologistes, syndicales ou politiques, dont l’efficacité n’a pas été évidente. Aujourd’hui Malause, demain le matériel, les locaux des entreprises collaborant avec EDF seront visés. »

“Super mouvement antinucléaire”

Vendredi 26, samedi 27, dimanche 28 septembre - Golfech (82) : 10 000 personnes sur le site, inauguration de la Rotonde

A l’initiative du CAN Golfech et de l’ATE des spectacles, films, débats se succèdent durant les 3 jours sur le terrain EDF.

Dimanche : Inauguration de la Rotonde (Cf. début juillet 1980) par les paysans du Larzac. Radio-Golfech émet et des manifestants détruisent en y mettant le feu la station météo du site.

Lundi 29 septembre - Golfech (82) : Sur le site, naissance du “Territoire libre de Golfech”

La première ferme inoccupée est ouverte, une dizaine de personnes s’y installent, le Territoire libre de Golfech est né. Dans les semaines suivantes, trois autres fermes sont occupées, une trentaine de personnes vivent alors sur le site. Des animaux y sont amenés, les terres sont labourées et ensemencées. Dès lors, Golfech devient le premier chantier nucléaire occupé et le GFA un grand point stratégique. De nombreuses réunions s’y déroulent, et de là partent de multiples actions. Cette occupation n’est pas un acte concerté mais le désir spontané d’un individu rejoint par d’autres, qui donne naissance au “Territoire libre de Golfech”, aidé en cela par quelques paysans, l’un donnant un tracteur, l’autre une bête… Pendant ce mois d’occupation des fermes, une tentative d’ébauche de vie communautaire voit le jour, pas toujours bien perçue par les antinucléaires vivant à l’extérieur, certains ne comprenant pas parfois ce que viennent faire les problèmes relationnels entre les gens du “territoire” et la lutte contre la centrale.
Pour retarder l’avancée des travaux de terrassement de la centrale, les “squatters” mènent diverses actions sur le site (en posant des pièges, en confectionnant des cocktails molotov qui sont enterrés sous le passage des engins, en sabotant des scrappers [engins de chantier] – sucre dans le réservoir –, par des actions contre les vigiles et le grillage entourant le chantier, etc.).

Début octobre - Golfech (82) : Tentative de démolition des fermes du “Territoire libre”

EDF – aidée par des entreprises collabos – tente de démolir les fermes sur le site. Les antinucléaires présents s’y opposent. En refusant de répondre aux provocations grossières des gendarmes présents, ils permettent une issue très favorable, les maisons sont sauvées sans incident majeur. Ce n’est que partie remise pour EDF…

Jeudi 16 octobre - Montauban (82) : Victoire pour EDF

EDF attaque en référé deux occupants du site afin de les faire expulser. Le tribunal ordonne l’expulsion…

Mercredi 29 octobre - Golfech (82) : Intervention de l’armée guidée par des responsables d’EDF sur le site

07h : 500 à 800 gardes mobiles et gendarmes parachutistes envahissent le site de Golfech avec bulldozers et pelles mécaniques. L’objectif est la démolition de six fermes. La centaine de personnes présente ne peut s’opposer que symboliquement, les fermes sont évacuées et détruites. Pour les gens d’EDF dirigés par M. Silberstein (directeur des travaux), la mission est accomplie. Le site prend un autre aspect. Il ne reste que quelques fermes, propriétés de ceux qu’il faut exproprier et le GFA.

Jeudi 30 et vendredi 31 octobre - Toulouse (31) : Réaction à l’expulsion

Suite aux événements sur le site de Golfech et pour réagir au coup de force des pouvoirs publics, des interventions ont lieu :

Le jeudi :

A l’initiative de l’ATE, une cinquantaine de personnes occupent le Conseil régional à Toulouse, puis l’agence EDF de la place Wilson. Bombages sur la façade de l’agence et dispersion dans la rue de publicités vantant les mérites de l’énergie électrique.

Le vendredi :

Vers 14h30 : Un commando de sept personnes masquées fait irruption dans l’agence EDF-GDF de la place Wilson. Après avoir écarté le personnel et les clients, ils détruisent deux terminaux d’ordinateurs, un clavier, trois téléphones, une vitre et disparaissent.

Des réactions :

- Les syndicats CGT, CFDT, FO et UNCM d’EDF-GDF de Toulouse condamnent la violence et le vandalisme contre les personnes et les biens. “De tels actes ne visent qu’à discréditer le service public assuré par l’entreprise nationalisée”.
- “Le nucléaire : un atout pour la France”, titre à la une sur cinq colonnes de L’Humanité (31.10.1980).

Début novembre - Castelsarrasin (82) : Attaque incendiaire

Un cocktail molotov est lancé contre l’agence EDF.

Vendredi 07 novembre - Grenade (82) : Attentat

Attentat contre une agence EDF.

Courant novembre - [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Création du Front commun

Les soirées d’information et de débats se poursuivent dans la vallée. A l’Epine Noire, un objecteur est chargé du dossier de Chooz. Le Front commun est créé, il regroupe organisations, syndicats et associations opposés à la centrale ; parmi eux : PSU, CFDT, Epine Noire, Ardennes Ecologie, Alternative au nucléaire, le Comité de défense de Chooz et… le PS, qui s’en retirera quelques mois plus tard !
Sur le terrain, des Calcéens s’opposent aux géomètres travaillant sans autorisation sur le site. Au cours d’une action, des documents sont volés et disparaissent dans la nature.

Mardi 18 novembre - Toulouse (31) : “Bison bourré”

Vers 07h : Une fourgonnette 4L d’EDF dérobée dans la matinée percute la vitrine de l’agence EDF place Wilson au centre ville. L’acte est revendiqué par des opposants au nucléaire au nom du groupe “Bison bourré” dans un communiqué intitulé “Electrochoc, place Wilson”. On peut lire dans celui-ci : « La mafia nucléaire aura d’autres surprises […] Arrêt immédiat des travaux à Golfech […] La lutte antinucléaire n’est qu’un aspect de notre révolte quotidienne. »

Réaction :

Le syndicat FO d’EDF-GDF condamne les auteurs du nouvel attentat et “déplore cette montée de violence qui n’apporte et n’apportera pas de solutions aux problèmes énergétiques.” (La Dépêche, 19.11.1980).

Mercredi 19 novembre - Toulouse (31) : “Bison brulé”

Une fourgonnette EDF est détruite par le feu. L’action est revendiquée par “Bison brûlé”.

Mercredi 26 novembre - Périgueux (24) : Occupation

Cinquante personnes occupent les locaux EDF.

Vendredi 28 novembre - Toulouse (31) : Réaction d’EDF

Dans La Dépêche du Midi, après les attentats contre EDF-GDF, la direction du centre EDF-GDF ville communique :

« A la suite des attaques répétées contre les locaux d’accueil de sa clientèle, allée Franklin-Roosevelt, et des vols et incendies de véhicules de service, la direction fait connaître aux Toulousains combien elle déplore de tels attentats de nature à nuire au fonctionnement d’un service public. Une fois encore, le dévouement de l’ensemble du personnel, associé à sa volonté de rétablir au plus tôt des conditions normales de fonctionnement du service, ont permis de réduire au minimum la gêne qui a pu en résulter pour les usagers. Elle remercie les uns et les autres de leur compréhension et de leur sang-froid  ».

Lundi 1er décembre -  : journée d’action de soutien à Golfech

La coordination nationale antinucléaire qui regroupe plus de 60 comités dans tout l’hexagone annonce pour le 2 décembre une journée d’action de soutien à Golfech sur le thème “Les antinucléaires expulsés par EDF invitent les antinucléaires à expulser EDF”. Des actions sont prévues à Pau, Toulouse, Montauban, Perpignan, Golfech et Bordeaux.

Mardi 02 décembre - Golfech (82) : Déménagement

16h : « Une cinquantaine de militants se rendaient dans les locaux où travaillent les responsables EDF de la construction électronucléaire de Golfech. Nos amis déménageaient sans violence les meubles, bureaux et machines à écrire sur la RN 113. Intervention rapide et brutale des flics qui cassaient à coup de crosse les vitres du bâtiment et procédaient à l’arrestation de six camarades [18]]. L’adjudant-chef Boyer de la brigade de Castel donnait alors libre cours à sa hargne raciste et sexiste. » (Pierre Germe, Géranium enrichi, n°9, 1980).

Même jour - Toulouse (31) : Soirée chargée

Vers 19h : Lors d’une manifestation antinucléaire d’une centaine de personnes, une 4L d’EDF est stoppée, le chauffeur est prié de s’écarter et le véhicule est incendié.
Vers 21h30 : Un “commando” masqué fait irruption dans une salle où se tient une réunion d’information sur le “Grand Sud-Ouest” (qui comprend trois régions, l’Aquitaine, le Midi-Pyrénées et le Languedoc-Roussillon). Les assaillants déversent le contenu des extincteurs trouvés sur place et des pots de peinture qu’ils ont apportés avec eux.
Vers 01h : Incendie volontaire au centre régional de gestion appartenant à EDF, avenue de Muret. L’incendie est maîtrisé.

Mercredi 03 décembre - Dans la région de Valence-d’Agen (82) : Opération de police

Sur commission rogatoire délivrée à la PJ de Toulouse, dans le cadre de l’enquête sur les attentats du 06 juin et du 17 juillet, revendiqués par des antinucléaires, perquisitions et gardes à vue pour 5 militants.

Week-end du samedi 20 et dimanche 21 décembre - Nègrepelisse (82) : Sabotage

Sabotage du parc automobile de l’entreprise Boudarios travaillant pour EDF à Golfech. Du granulé d’engrais est retrouvé dans les réservoirs et il est impossible de faire démarrer les engins, camions, fourgons, engins à chenilles, camions de chantier, etc.

D’autres actions ont lieu pendant le mois de décembre :

- A Pau (64) : Plusieurs voitures EDF incendiées.
- A Golfech (82) : Dégâts divers sur des engins stationnés sur le site.
- A Moissac (82) : Incendie d’un véhicule de l’entreprise Breton travaillant sur le site de Golfech.
- A Montauban (82) : Les locaux de l’ARSEN (Association Régionale pour la Sous-traitance ElectroNucléaire de la Garonne) sont cambriolés à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Montauban. Cette action est revendiquée début janvier 1981 par le LUPEN.
- A Toulouse (31) : Attentat contre le parc automobile EDF.

Mercredi 31 décembre - Golfech (82) : Action sur le site

Pour fêter l’année nouvelle, destruction de clôtures sur le site.

1981

1981 : ANNEE DES ILLUSIONS PERDUES
Une grande confusion règne dans les rangs antinucléaires. Le mythe démocrate semble bien ancré dans les esprits, il va faire un maximum de dégâts. Le socialisme semble être la seule alternative au nucléaire ; l’élection de Mitterrand, la seule façon d’arrêter Golfech et les autres centrales.
En fait, 1981 porte le fruit de la défaite. Un très bel exemple du mensonge démocratique, un très beau retournement de veste d’élus, mais surtout une monstrueuse crédulité populaire.

Début janvier - LUPEN contre l’ARSEN

Dans une lettre, à en-tête de l’ARSEN, envoyée aux médias, aux chefs d’entreprises (dont l’adresse a été trouvée dans le fichier dérobé), aux cadres d’EDF, etc. ; le groupe LUPEN (“Lessivage Uranique des Promoteurs de l’Energie Nucléaire”) revendique le cambriolage du mois de décembre 1980 des bureaux de l’ARSEN qui, sous l’égide de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Montauban, va être associée à la construction de la centrale nucléaire de Golfech. Le LUPEN menace les adhérents de l’ARSEN. Ils sont priés de mettre un terme à leur collaboration.
Ci-dessous, les textes de LUPEN du 08 janvier 1981, accompagnés d’une liste d’actions menées par différents groupes depuis mars 1980.
La Dépêche, dans son édition du 10 janvier, dénonce les menaces de LUPEN comme des pratiques faisant “la joie des fascistes”. [Et La Dépêche connaît bien cette période comme le témoigne son comportement ambigu sous l’occupation allemande de 1940 à 1944.]Dans son numéro de février 1981, Le Géranium Enrichi rend publics les documents de LUPEN et publie la lettre d’un architecte toulousain qui signale qu’il “ne participe pas aux éventuels projets sur l’implantation EDF de Golfech”.
Courant mars, le LUPEN diffuse la liste et adresses des entreprises adhérant à l’ARSEN, ainsi qu’un texte explicatif sur l’ARSEN (texte ci-joint). Ces documents sont reproduits dans le numéro 14 d’avril 1981 du Géranium Enrichi.

LUPEN contre L’ARSEN
08 janvier 1981
Madame, Monsieur,

Veuillez trouver, ci-joint, la lettre que nous envoyons aux 300 personnes qui participent actuellement ou devront participer à la construction de la centrale nucléaire de Golfech.
Notre initiative a été possible grâce à la “visite” que nous avons rendu au domicile de la Chambre de commerce de Montauban.
Nous souhaitons vivement que vous donnerez à vos auditeurs et lecteurs la plus large information au sujet de cette action et de celles qui en découleront forcément…

Antinucléairement vôtre.

LUPEN à l’ARSEN,

- chefs d’entreprises - responsables de syndicats patronaux - responsables administratifs (préfectures, DDE…) - responsables formation (ANPE, grife, …) - cadres EDF - magistrats, flics, vigiles - municipalités “trop accueillantes” qui sont intéressées, de près ou de loin, par la construction de la centrale nucléaire de Golfech.

Madame, Monsieur.

Nous tenons tout d’abord à remercier l’ARSEN qui a mis gracieusement à notre disposition son fichier.
Vous comptez, dans les mois ou années qui viennent, participer d’une manière ou d’une autre à la construction de la centrale de Golfech.
Apparemment, les dangers du nucléaire semblent ne pas vous préoccuper. Par contre, si vous persistez dans votre attitude, la préservation du matériel de votre entreprise ou commerce, de vos biens personnels, de votre image de marque et de votre équilibre psychologique risquent fort d’en pâtir.
Une bonne assurance tout risque ne remplace pas l’assurance de ne pas en subir.
En espérant que vous n’aurez pas recours à nos prestations, veuillez recevoir l’expression de notre détermination antinucléaire.

LUPEN : Lessivage Uranique des Promoteurs de l’Energie Nucléaire.

PS : MRG [Mouvement des Radicaux de Gauche], si dans les plus bref délais vous n’avez pas fait paraître un communiqué annonçant votre désengagement des travaux de la centrale dans La Dépêche du Midi, avenue Jean Baylet 31095 Toulouse et dans Le Géranium Enrichi – 33, bd Victor Guilhem 82400 Valence d’Agen, vous savez à quoi vous en tenir.

Entreprise : Société anonyme Résistance au nucléaire
Adresse : très grande
Tél. : ……………Télex : …………………………….
“SA” au capital de : illimité – C.A.78 :
Effectif total : variable mais en progression
Banque :…………………………………………………
Activité principale : destructions diverses, incendies, dégâts des eaux, sabotages, visites à domicile.
Autres activités possibles : références principales :
- Mars 1980 : vol des dossiers.
- Avril 1980 : hangar plastiqué, deux camions incendiés chez Donini (entreprise sous-traitance EDF).
- Juin 1980 : dynamitage de 4 caténaires à Lavilledieu-du-Temple avant le passage du train ministériel. Charges explosives sur turbine et à la salle des commandes au barrage de Malause par Superman.
- Juillet 1980 : pylône très haute tension détérioré à Dunes.
- Septembre 1980 : incendie du hangar de la station météo de Golfech durant un rassemblement de 3 000 personnes.
- Octobre 1980 : destruction de clôtures sur le site.
- Novembre 1980 : cocktails Molotov contre l’agence EDF de Castelsarrasin. Destruction de la vitrine de la même agence par une voiture EDF volée par “Bison bourré”. Incendie à Moissac d’un véhicule de l’entreprise Breton, travaillant sur le site. Voiture EDF incendiée à Toulouse par “Bison brûlé”.
- Décembre 1980 : sabotage de la climatisation de la salle des ordinateurs du centre EDF Toulouse. Plusieurs voitures EDF incendiées à Pau. Nième voiture incendiée pendant une manifestation à Toulouse. Dégâts divers sur engins stationnés sur le site. Incendie d’une camionnette du sous-traitant Milleville à Toulouse. Visite et vol de documents de l’ARSEN par LUPEN à Montauban. Sabotage du parc automobile de l’entreprise sous-traitant Bourdarios à Nègrepelisse. Destruction de clôtures sur le site le dernier jour de l’année.
Et en 1981, à qui le tour ?

Mercredi 21 janvier - Région de Golfech (82) : Opération de police

07h : Interpellation de sept militants antinucléaires. Pas moins de dix-huit inspecteurs du SRPJ de Toulouse, accompagnés de quelques gendarmes locaux pour effectuer les perquisitions. Lors des interrogatoires, la police cherche, outre le dénommé “LUPEN”, à savoir où se trouve le matériel d’impression du Géranium Enrichi et qui écrit dans ce journal. En effet, les auteurs des textes utilisent des pseudonymes ; les gardes à vues durent jusqu’à 35 heures pour certains. La commission rogatoire contre le dénommé “LUPEN”, recherché pour atteinte à la liberté de travail, n’a pas de suite.

Jeudi 05 février - Golfech (82) : Arrestations de militants sur le site

Au cours d’une action sur le chantier, sept personnes sont arrêtées. Trois sont inculpées [19]].

Vendredi 06 février - Golfech (82) : Confrontation sur le site

Confrontation entre les habitants de la Rotonde (alors qu’ils découpaient pacifiquement des barbelés provocateurs) et les vigiles nazillons de service.

Samedi 07 février - Golfech (82) : La Rotonde subit sa quatrième perquisition

Au motif de l’escarmouche de la veille, huit personnes sont appréhendées et emmenées à la gendarmerie. Deux militants sont inculpés de violence sans la moindre preuve et embastillés à la prison “Beau soleil” de Montauban. [Ils y séjourneront 12 jours.]

Courant mars - La liste de LUPEN

Le LUPEN diffuse la liste et l’adresse des entreprises adhérentes à l’ARSEN, ainsi qu’un texte explicatif sur l’ARSEN ; document ci-dessous, qui est reproduit dans le numéro 14 d’avril 1981 du Géranium Enrichi  : LUPEN nous a écrit… C’est pas triste…

L’ARSEN est née de la nécessité de la part d’EDF de se débarrasser de la recherche des travaux secondaires laissés à certaines entreprises locales. EDF, les pouvoirs publics et les patrons se moquent bien de la légalité, puisque bien avant la DUP [Déclaration d’Utilité Publique, le 28 octobre 1980], l’ARSEN était reconnue le 20 mai 1980 et pouvait se mettre en place pour ne pas être en retard !
Dans la construction d’une centrale nucléaire, près de 90% des travaux sont “confiés” aux grands trusts (groupe Empain-Schneider, CGE, …) qui ont ainsi le monopole de fait. Mais pour faire accepter la construction d’une centrale nucléaire à une région (surtout agricole), on fait miroiter des bénéfices “juteux” pour les entreprises locales (en fait, seulement 10% des investissements reviennent à la sous-traitance locale).
ARSEN, c’est-à-dire les Chambres de Commerce et d’Industrie locales, a le monopole de recrutement des entreprises locales, sous contrôle d’EDF.
Ainsi ARSEN choisit elle-même l’ingénieur chargé de la sous-traitance qui travaillera sur le site en collaboration avec EDF. Par ailleurs, EDF contacte les grandes entreprises locales (la plupart dépendant des trusts, telle Spie-batignolles), appelé “constat général”. EDF ne veut en fait que des entreprises moyennes (50 employés) sur la base de prix compétitifs au niveau national. Ainsi, il y aura beaucoup d’appelés (et de demandes) mais peu d’élus. Ce sont surtout les grandes entreprises régionales qui en profiteront (jusqu’à 30% du chiffre d’affaire), sans compter les magouilles des dirigeants patronaux (voir le cas du sieur Bourdarios).
L’ARSEN prétend s’occuper de la “formation professionnelle” des gens de la région qui pourraient travailler sur le chantier (la plupart de ceux-ci sont d’origine paysanne et sans aucune formation de base), en créant un Groupe de Réflexion Interprofessionnelle pour la Formation (GRIF) en collaboration avec les ANPE et les centres patronaux (création d’une soi-disant “école nucléaire” sur le site). Cette “formation” locale et conjoncturelle ne vise en fait qu’à adapter la main d’œuvre locale aux nécessités du chantier, avec pour seul objectif la rentabilité à court terme. Cette “formation” prévoit, sans la garantir, la reconversion en fin de chantier. Ce sera en fait le chômage pour la plupart.
Ainsi l’ARSEN ne sera qu’un moyen pour certaines entreprises de faire des profits à court terme, mais nous sommes la pour les rappeler à nos bon souvenirs.

LUPEN

[Suit la liste des entreprises (candidatures individuelles – ingénieurs – adhérents ARSEN – déménageurs. Cf. Golfech. Le nucléaire : Implantation et résistances, p.161.)]

Fin mars - Dans la Pointe (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : La lutte antinucléaire repart sérieusement

- Givet [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] :

Une manifestation partie de Chooz bloque la frontière belge et distribue des tracts. Les flics et douaniers installent une déviation. Au retour des manifestants investissent la camionnette sono de la quinzaine commerciale de Givet. Toute la ville entend la cause antinucléaire, cela change de la bouillie publicitaire habituelle !

- Chooz [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] :

En fin d’après-midi : Le câble électrique qui rejoint la SENA [Société d’Electricité Nucléaire des Ardennes] est déterré et sectionné à plusieurs endroits.

Samedi 28 mars - : Journée d’action nationale. Faible mobilisation sur l’ensemble du territoire

A l’initiative de la CNAN (Coordination Nationale AntiNucléaire), journée nationale d’action antinucléaire pour le deuxième anniversaire de l’accident à la centrale nucléaire de Three Mil Island (Harrisburg) aux Etats-Unis, où les techniciens américains avaient complètement perdu le contrôle de la centrale.

- A Golfech : la coordination régionale antinucléaire propose de faire de cette journée une opération “Golfech, zone irradiée, plan Orsec-Rad”. Il est envisagé de bloquer toutes les voies d’accès trente kilomètres autour de Golfech. Si la population locale est absente, 400 à 500 personnes participent aux différentes initiatives de cette journée.
Avant midi : Des pneus sont brûlés sur la voie ferrée Toulouse-Bordeaux.
Dans l’après-midi : Différents barrages créés par les manifestants sur la RN 113 ralentissent considérablement la circulation pendant plusieurs heures. Des affrontements violents ont lieu avec les forces de l’ordre occasionnant un blessé chez les gardes mobiles. Deux personnes sont inculpées.

Du jeudi 1er au samedi 17 avril - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Deuxième enquête d’utilité publique

Cette nouvelle enquête concerne les expropriations. Les premiers jours sont calmes.

Samedi 04 avril - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Les oppositions se durcissent

Des cocktails molotov font leur apparition. Un car de police manque de brûler, un gendarme armé d’un extincteur pour éteindre le feu reçoit un pavé.

Jeudi 09 avril - Brest (29) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE PLOGOFF] : Meeting politicard

François Mitterrand tient un meeting. Il promet que s’il est élu, la centrale de Plogoff ne se fera pas.

Vendredi 10 avril - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : “A l’époque déjà !”, arrestation de militants antinucléaires

Une réunion rassemble beaucoup moins de monde à Chooz : Calcéens, Ardennais, Champenois, Lillois, Belges. Le village est à nouveau occupé militairement : PSIG (peloton spécial de gendarmerie basé à Fumey), CRS, etc. Le parallèle est fait à nouveau par les anciens entre l’occupation allemande 40 ans auparavant et l’occupation policière actuelle. Ils disent ressentir plus durement et avec angoisse la présence menaçante des forces de répression de l’Etat français moderne. Trois Lillois sont arrêtés dans la campagne de Chooz ; ils s’affairaient à confectionner des cocktails molotov.

Samedi 11 avril - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Affrontements et feux de joie

Les trois antinucléaires arrêtés la veille sont à la gendarmerie de Charleville.
Un dossier est subtilisé à la mairie de Givet et brûlé sur la place de Chooz. Une caravane publicitaire accompagnant une course cycliste est détournée sur Chooz.
18h : Les affrontements débutent une heure avant le départ des registres d’enquête : billes d’acier, pavés, cailloux, cocktails molotov contre lacrymos et, nouveauté des forces de l’ordre, des grenades au chlore. Masqués avec des cagoules ou des foulards (on se méfie désormais des talents photographiques des flics), les antinucléaires affrontent les gendarmes mobiles. Le village est littéralement noyé dans les gaz ; l’atmosphère de la place est irrespirable. Des grenades offensives, déflagrantes, sont employées par les gendarmes mobiles.

- Charleville (08) [Lutte contre la centrale de Chooz B] :

Une fois casqués et registres partis, les manifestants montent en voiture et se retrouvent devant la gendarmerie où sont gardés à vue les trois lillois. Quelques projectiles sont lancés contre la gendarmerie, un cocktail dans les locaux d’EDF. Les trois interpellés sont relâchés mais ils sont inculpés.
Deux Calcéens, un père et un fils, sont inculpés les jours suivants pour complicité de fabrication d’engins incendiaires.

Des heurts brefs et violents ont lieu dans la semaine.

Vendredi 17 avril - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Dernier jour de la deuxième enquête d’utilité publique

Au cours de l’après-midi : Les casqués sont nombreux sur la place. Un hélicoptère tourne sans arrêt. Il y a peu de manifestants face à la mairie. Cars et dossiers repartent sans coup férir.
Jusqu’à 22 heures : Affrontements devant la première centrale. Des lacrymogènes sont larguées depuis hélicoptère. La salle d’accueil est mise à sac, des dossiers sont dérobés. Un début d’incendie abîme le local.

La presse locale est écœurante : elle minimise les faits et ne révèle en rien sur les irrégularités de l’enquête.

Les présidentielles de mai 1981 approchent. A une lettre du comité, Mitterrand répond qu’il ne fera pas la centrale contre l’avis des populations concernées, belges et françaises. Paul Quilès [Directeur de la campagne présidentielle de François Mitterrand] déclare aux Ardennais : “si vous ne voulez pas de centrale, votez pour nous.” De nombreux électeurs de la Pointe pensent alors que voter socialiste va permettre de stopper le projet de centrale… Dur sera le réveil !

Mercredi 29 avril - A Toulouse (31) : Bain forcé

Entre les deux tours des élections présidentielles, une 4L fourgonnette EDF qui avait été volée est retrouvée dans l’eau bloquée contre les grilles d’entrée à l’usine électrique du Ramier, près du parc des expositions. L’acte n’est pas revendiqué.

Vendredi 1er mai - Givet (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Manifestation et jouet cassé

Une marche antinucléaire de 1 000 personnes relie Chooz à Givet ; la banderole de tête, tenue par des Calcéens, demande la levée des inculpations. La jonction se fait en cours de route avec un cortège belge parti de la frontière. Les vitrines d’un local EDF sont brisées et la maquette de la centrale qui y était exposée est réduite en morceaux. Officiellement, le comité réprouve cette action.

Dimanche 10 mai - Victoire de la Gôche socialo

Mitterrand, candidat socialiste aux présidentielles, est élu Président de la République.
Il tient [pour une fois] sa parole pour Plogoff, qui est le seul projet définitivement abandonné ; les autres projets en cours sont seulement gelés provisoirement en attendant de déterminer le mode de consultation des populations concernées.

Même jour - Reims (51) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : “Salut, on vient faire coucou”

Un local EDF est occupé, puis le journal L’Union reçoit la visite des antinucléaires qui protestent contre le traitement de l’information sur Chooz, quasi systématiquement favorable aux autorités : EDF et Etat. Le correspondant de ce journal est tellement malhonnête qu’il a subi quelques désagréments de la part de Calcéens opposés à la centrale : pneus de sa voiture dégonflés, appareil photo “saisi” (il semble qu’il s’intéressait de trop près aux lanceurs de pierre…), etc.

Nuit du dimanche 10 au lundi 11 mai - Auvillar (82) : Destruction de masse

13 engins de terrassement (bulls et scrappers) de l’entreprise Bec travaillant sur le site de Golfech, sont détruits à l’aide d’explosifs sur le chantier de l’autoroute à Auvillar : 300 millions de centimes de Fr. [environ 455 200 €] de dégâts et un mois de retard dans les travaux de construction de l’autoroute A61.
L’acte est revendiqué par téléphone au bureau de La Dépêche de Castelsarrasin et un communiqué signé “Bec est tombé sur un os” parviendra à différentes rédactions quelques jours plus tard :

« Notre camarade François Mitterrand qui vient enfin d’être élu président de la République s’est montré à plusieurs reprises favorable à l’adoption d’un moratoire sur le problème de l’énergie nucléaire et sur l’abandon pur et simple des projets Plogoff, Chooz et Golfech. Soucieux de lui apporter notre plus fervent soutien, nous nous sommes dépêchés à Auvillar afin d’immobiliser sans plus tarder 13 scrappers et catterpillards destinés à l’assainissement du site de l’éventuelle centrale de Golfech. Par avance nous remercions les pouvoirs publics, le Conseil général et les entrepreneurs intéressés de bien vouloir comprendre notre toute nouvelle ardeur civique.
Notre réponse :
- Les “antinucléaires” est une signature inventée par la presse. Elle nous dépasse largement et ne nous recouvre que partiellement ; cependant quelques précisions s’imposent :
- Aux antinucléaires locaux : Nous ne vous assimilons pas à nos méthodes, vous n’avez pas à dénoncer nos moyens. Une action qui réussit n’est pas forcément le fait de spécialistes. Le transfert des scrappers du site sur l’autoroute pourrait favoriser “l’arrêt immédiat des travaux sur site”.
- Aux entrepreneurs (adhérents de l’ARSEN) : Vous connaissiez depuis longtemps les risques encourus. La victoire de F. Mitterrand vous aura même évité des dégâts plus conséquents, Giscard réélu, nous aurions assurément mis toute la “gomme”.
- Aux ouvriers temporairement licenciés : Votre colonne vertébrale préfère peut-être un mois de repos avec salaire garanti plutôt qu’un mois sur un scrapper. Et pourquoi s’être tus la semaine dernière quand vos camarades de l’entreprise Ducler recevaient leur lettre de licenciement ? Inutile de demander une protection, jamais personne n’a cherché à vous atteindre. Par contre, nous n’avons pas le même respect pour vos outils de travail, à plus forte raison lorsqu’ils sont utilisés à des tâches nuisibles.
- Aux catholiques : Nous sommes étrangers à la “provocation” qui a failli tuer Jean-Paul II. »

Bec est tombé sur un os

Des réactions :

- “L’attentat revendiqué par de soi-disant antinucléaires […] ne nous paraît être qu’une grossière provocation tendant à créer un climat des plus hostiles”. Editorial signé Geronimo, du Géranium Enrichi, de juin 1981.
- Différentes organisations et des antinucléaires condamnent l’attentat. Pratiquement tous parleront de provocation. L’union départementale FO, la fédération départementale du PS, celle du PC qui “exige que les responsables de ces attentats soient rapidement arrêtés”, la CGT, “en s’attaquant aux engins, les plastiqueurs s’en prennent aussi aux ouvriers de l’entreprise, ils s’en prennent à l’outil de production”.
- Des travailleurs de l’entreprise Bec manifestent en se rendant en cortège à la mairie d’Auvillar et font paraître un communiqué dans La Dépêche du 14 mai signé “le personnel de l’entreprise”. Ils dénoncent les conséquences de “cet attentat inqualifiable […] dégâts très importants […] mise au chômage technique d’une soixantaine de chauffeur pour une durée de 1 à 2 mois […] priver les ouvriers de leur travail […] Nous exigeons que les pouvoirs publics prennent les mesures indispensables pour assurer la protection du personnel et du matériel, et engagent les recherches nécessaires pour arrêter les responsables afin de mettre un terme à de tels actes !
- Le CAN de Montauban (La Dépêche du 18 mai) manifeste sa solidarité avec les travailleurs de l’entreprise Bec et dénonce la provocation comme l’avait fait le CAN de Golfech.

En juin et juillet - Golfech (82) : La crainte monte chez les occupants de la Rotonde

Avant la décision du gel, le doute règne, les pronucléaires manifestent et deviennent virulents, ils tentent plusieurs fois des actions d’intimidation sur les occupants de la Rotonde ; ceux-ci se sentent menacés et des tours de garde sont organisés avec des personnes armées.

[Le gel annoncé, la tension baisse. De tout l’automne, la Rotonde sera le point central d’une grande effervescence, de nombreuses réunions s’y dérouleront en vue de préparer la manifestation du 04 octobre, la pétition référendum, la marche Golfech-Toulouse, et la manifestation du 29 novembre.]

Mercredi 1er juillet - Toulouse (31) : Attaque à l’explosif

Vers minuit : Attentat à l’explosif à l’intérieur des Etablissements Jeumont-Schneider, faisant partie du “holding” Framatome, spécialisé dans “l’édification” des réacteurs nucléaires. Les dégâts sont peu importants.

Réaction :

Le lendemain, dans un communiqué, le CAN Toulouse déclare : “face au non-respect des promesses de la gauche, il est logique que certains antinucléaires emploient des moyens radicaux (violents) pour s’opposer aux trusts pronucléaires, bien qu’il nous semble que ce ne soit pas le meilleur moyen”.

Même jour - Charleville Mézières (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : La centrale se fera !

Avis favorable du Conseil régional pour l’extension de la centrale.

Samedi 25 juillet - Golfech (82) : Tentative de sabotage contre une grue

Dans la nuit : Après avoir traversé la Garonne en bateau, les saboteurs déposent 18 kg d’explosif sous le ponton de la grue (de 200 tonnes !) de l’entreprise Dodin qui continue les travaux sur le site (elle sert à l’aménagement du lit de la Garonne). Mais le mécanisme de mise à feu ne fonctionne pas…
L’action est revendiquée, à la rédaction de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), par le “Groupe Iceberg”.

« Suite à la position du Conseil régional, le groupe Iceberg se prononce pour le gel définitif du projet de Golfech. Notre patience fond : la grue Dodin en a fait les frais au fond de la flotte. »

Vendredi 07 août - Golfech (82) : Reporters musclés

Vers 10h : Alors que les pronucléaires “marchent” sur Castelsarrasin [20]], des membres de l’association ENERGOLF (association pour le développement des énergies de remplacement à Golfech) pénètrent sur le terrain et prennent des photos prouvant que des travaux à caractère nucléaire continuent. Ils provoquent ensuite quelques incidents afin de faire réagir les vigiles et la gendarmerie pour que ceux-ci dressent un procès-verbal, prouvant ainsi la date des photos. Prouvant ainsi que les travaux continuent malgré le gel ministériel.
La Dépêche du 08.08.1981 (rédaction de Montauban) rend compte des événements en parlant d’incidents, mais précise également que deux véhicules avaient pénétré sur le site “en menaçant les vigiles de fusils américains à canons courts superposés […] et toujours en menaçant de leurs armes les ouvriers du chantier, ils ont vidé une citerne de mazout”.

Samedi 15 août - Lodève (34) : Sabotage

Des flexibles assurant l’alimentation en eau de la sondeuse de la COGEMA (Compagnie générale des matières premières – filiale la plus importante du CEA) sont sectionnés. Cette sondeuse effectue des recherches de minerai d’uranium près du village de Saint-Jean-de-la-Blaquière.

Vendredi 21 août - Goudourville (82) : Attentat contre la maison du chef de chantier EDF de Golfech

Dans la nuit : Une dizaine de balles de calibre 11,43 sont tirées à travers les volets de la chambre à coucher de Silberstein. La maison est vide lors de la volée, il semble que se soit plus un avertissement qu’une tentative d’homicide. L’action porte ses fruits puisque l’oiseau disparaît de la circulation quelques temps plus tard. Outre les douilles, les vigiles découvrent le texte de revendication signé “Colt 45” (Coordination Ouvrière pour la Liquidation des Travaux) dont le contenu est le suivant :

« Pourquoi un attentat chez M. Silberstein ? C’est la confusion général à Golfech : le gel de la centrale est décidé à Paris mais les travaux continuent sur le site ; les entrepreneurs risquent de perdre quelques contrats mais ce sont les ouvriers qui manifestent et assurent la défense des intérêts patronaux. Dans cette incroyable pagaille, M. Silberstein reste lucide, il arrive même à distinguer “une dizaine d’ouvriers excités par une éventuelle perte d’emploi”. Il comprend, il vient même à justifier leurs exactions contre les antinucléaires : menace contre les occupants de la Rotonde ; cassage de gueules, voitures saccagées et brûlées, tracteur incendié le 16 août. Mais les responsables d’EDF se trompent s’ils croient que nous allons nous préoccuper de quelques castagneurs et les oublier, eux, qui tirent les ficelles… Erreur… Erreur qui pourrait devenir fatale… »

“Colt 45”

Des réactions :

- L’UD [Union Départementale] du syndicat FO publie un communiqué dénonçant l’attentat et indiquant qu’il continue son action pour la défense de l’emploi et qu’il ne tombe pas dans le piège de ce qu’il considère comme étant une provocation.
- De son coté, E. Hervé, ministre de l’Industrie chargée de l’Energie condamne fermement l’attentat : “de telles actions irresponsables et dangereuses ne peuvent que nuire à la démocratie”.

Mercredi 02 septembre - Près de Lodève (34) : Attaque armée

Trois coups de feu sont tirés en direction d’une sondeuse de la COGEMA.

Jeudi 10 septembre - Près de Lodève (34) : Attaque à l’explosif

Un attentat à l’explosif endommage une sondeuse de la COGEMA. Les dégâts sont évalués à 200 000 Fr. [30 350 €]. Deux autres actions de sabotages ont déjà été menées contre la sondeuse. (Cf. chronologie, le 15.08 et le 02.09.1981).
Une tentative de sabotage à la mine d’extraction d’uranium avait échoué au même endroit (Cf. chronologie, le 20.11.1977).

Jeudi 17 septembre - Toulouse (31) : Les antinucléaires pètent les plombs

1 000 compteurs électriques du quartier Reynerie au Mirail sont endommagés par un “groupe antinucléaire de Golfech” et les plombs déposés dans la boite aux lettres du Conseil régional. Un communiqué précise : « Golfech : pendant le gel du projet, les travaux continuent. Toulouse : nous avons dû poursuivre les nôtres par le déplombage et la destruction d’un millier de compteurs. »

Mardi 29 septembre - Toulouse et sa banlieue (31) : Diffusion d’un canular

Diffusion massive dans les boîtes aux lettres d’un faux communiqué à en-tête d’EDF, invitant les usagers à faire modifier le voltage de leurs appareils électroménagers afin d’absorber le trop-plein d’électricité dû à la future mise en service de la centrale de Golfech. Les standards de l’administration EDF Toulouse sont submergés d’appels téléphoniques demandant de plus amples renseignements.
La direction régionale de l’EDF fait publier dans la presse locale pas moins de trois démentis pour mettre en garde sa clientèle contre ce “tract fantaisiste et ces informations qui relèvent du canular”.

Courant septembre - Diffusion du texte “Agir”

“Agir”, Supplément de A bas l’Etat, revue d’expression anarchiste :

« Il est de ces incapacités qui peuvent avoir des conséquences irrémédiables, tant elles hypothèquent l’avenir. Notre quasi-léthargie en matière de riposte antinucléaire est de celle-ci.
Que l’on ne se trompe pas ! Nous ne sommes pas de ces oiseaux de mauvais augure agitant l’accident cataclysmique comme seule justification à notre opposition. Si un tel événement reste toujours du domaine du possible, si l’énergie nucléaire est une épée de Damoclès au dessus de nos têtes, si le problème des déchets demeure assassin pour le fond des mers, notre analyse va bien plus loin.
L’Etat a toujours cherché les moyens d’assurer sa subsistance. De cette détermination sont nés toutes les forces, tous les carcans rentabilisateurs (salariat), tous les discours démagogiques, qui n’avaient comme seuls buts que la conservation de leurs privilèges tout en favorisant l’augmentation de leurs profits. Le nucléaire fait nécessairement partie du plan de restructuration d’un capital à bout de souffle, limité par de structures séculaires. Par conséquent, la lutte antinucléaire doit prendre place dans le combat anticapitaliste, et donc antiétatique, que nous devons mener. Il serait trop astreignant d’épiloguer ici sur le capitalisme d’Etat ou sur son frère jumeau quant au résultat, le capitalisme privé. Une société sans classe ni Etat reste notre objectif et nous nous méfions fortement des phases de transition toujours récupératrices.
Une telle observation nous a fait rejeter les illusions issues des supercheries électorales. De gauche comme de droite, l’oppression subsiste et ce ne sont pas quelques réformes qui changeront quoi que ce soit à cet état de fait, bien au contraire, elles participent à justifier le bien-fondé d’un pouvoir centralisateur. En profondeur, rien n’a changé, les patrons d’hier sont toujours les maîtres d’aujourd’hui, ils sont simplement un peu rosis. Le fait que le pouvoir socialiste continue les expériences entreprises par la droite devrait ouvrir les yeux aux crédules du 10 mai. Eh bien non ! Ils espèrent encore, pauvres naïfs, à l’inoffensivité collaboratrice. Les promesses ne sont que des promesses, et les lendemains d’élections sont faits pour déchanter.
En ce qui concerne le nucléaire, nous avons toujours dit : “Non au nucléaire civil ou militaire, à Golfech comme ailleurs”. Si, en de rares exceptions, le pouvoir a abandonné ses projets suicidaires, c’est bien parce qu’un ensemble déterminé l’y a contraint (Plogoff). Ici, il ne fait aucun doute que le projet de la centrale deviendra triste réalité, à moins que nous soyons capables d’adopter une toute autre riposte. Ce n’est pas en respectant l’autorité que l’on peut espérer la faire plier, à plus forte raison y mettre fin. La légalité est l’essence même de la domination étatique, seule l’action directe peut en venir à bout. Mais le pouvoir, malgré ses craintes, ne cèdera pas devant une poignée d’individus, aussi déterminés soient-ils. Sans tomber dans la dialectique marxiste, il convient de constater que seule une riposte “de masse” emportera la décision (masse signifiant ici : la plus large possible). Toutefois, ayant l’habitude des magouilles et compromis divers, nous serons vigilants afin de ne pas être simplement considérés comme des numéros aux mains de dactylographes sans scrupules.
La lutte antinucléaire n’est pas une initiative anti-ouvrière. Les censures, calomnies, mensonges proférés par la CGT et consorts ne font que refléter, si besoin était, leur vrai visage. Ils agitent aujourd’hui le spectre (!) du chômage afin d’accréditer leur choix envers les centrales (surgénérateurs y compris). Hier, au nom de la sécurité, ils demandaient la multiplication du nombre de flics, au nom de la liberté ils livraient les autonomes à la police et des soi-disant drogués à la justice, au nom du travail toujours ils balançaient des bulldozers sur des foyers d’immigrés, etc. Que ces vermines Staliniennes se prétendent encore “de gauche” ne nous étonne point, tant ce concept figé ne signifie plus rien. Argumentant sur la crise économique et le chômage galopant, entretenant une passivité normalisatrice à l’égard des travailleurs, les bureaucrates syndicaux ont vite fait de cataloguer la lutte antinucléaire comme gageure petite bourgeoise. Et pourtant, il n’y a rien de plus petit bourgeois que la collaboration de classe, et dans ce domaine la CGT excelle. Car ce n’est pas de cela qu’il s’agit lorsque l’on manifeste côte à côte avec des vigiles (police parallèle), avec la bénédiction et parfois les ordres des entrepreneurs conciliants.
Si nous portons l’accent sur ces agissements crapuleux, nous sommes bien conscients de la réelle cible à atteindre. Les pontes syndicaux ne sont que des fantoches, des ballons de baudruche faciles à dégonfler. Bien plus coriaces sont les réels maîtres des travaux, les têtes pensantes du saccage organisé, c’est sur ceux-là et sur les organismes qui les emploient que nous devons porter nos efforts.
A l’heure actuelle les non-violents bêlants crient à la provocation. Ils seraient temps qu’ils se rendent compte que la violence est constamment employée par l’Etat et que nos ripostes ne sont qu’autodéfense. Lorsqu’un compagnon se fait proprement casser la gueule, lorsque des véhicules sont incendiés, des menaces proférées par des nervis patronaux, ne pas répondre équivaut à accepter et encourager de telles exactions. Nous ne tendrons pas l’autre joue, qu’on se le dise.
Face au gel bidon, nous ne pouvons rester les bras croisés ou se contenter d’actions périmées (pétitions, tracts…). Face au massacre du site et à la poursuite accélérée des travaux, il nous faut réagir immédiatement avant qu’EDF atteigne son but : le point de non-retour.
Le problème de savoir ce que l’on fera ensuite en cas d’abandon définitif du projet, est secondaire ; la seule priorité doit aller à l’action en vue de stopper définitivement les travaux. En guise de mise au point future, nous devons préciser que nous nous sommes toujours insurgés contre l’utilisation du travail et que nous nous refusons à cautionner une exploitation née du solaire ou du topinambour. Nous ne sommes ni des “Mère Denis”, ni des “Madame Soleil”, n’attendez pas de notre part de marche à suivre, de mode d’emploi. Personne ne peut plus se permettre de tergiverser, de spéculer sur le futur, en laissant des notables parler (faute d’agir) à notre place. Ainsi, nous n’avons rien à espérer ni à attendre du débat parlementaire prévu, tant nous ne faisons aucune confiance à ces pseudos-élus. Nous n’aurons que ce que imposerons, ce que nous arracherons aux pouvoirs, sans attendre le moindre pourboire de ces politicards véreux Dans cette perspective, le rassemblement du 04 octobre doit être un lieu d’offensive. Son importance n’est pas à démontrer et il faut faire en sorte qu’en fait de fête, l’on n’assiste point à un enterrement. Les fossoyeurs des luttes, les croque-morts de l’espoir ont déjà planifié un cimetière (site), ils spéculent sur des cadavres futurs. Il ne tient qu’à nous de les faire déchanter, il suffit seulement de s’en donner les moyens, tous les moyens ».

Samedi 03 octobre - Paris (75) : Manifestation ratée

Derrière une large banderole “halte au programme nucléaire ! Pour un vrai débat démocratique” 3 000 à 5 000 personnes à la manifestation antinucléaire de la place de la Bastille à la Chambre des députés.
Manifestation à l’initiative de la CNAN (sur proposition du CAN-Bordeaux) et organisée conjointement avec le MEP, la LCR, le PSU, les CCA [Comité Communiste pour l’Autogestion] et l’UTCL. Les “Amis de la terre” refusent d’appeler à cette manifestation par crainte d’éventuels débordements.
Les organisateurs espéraient 10 000 personnes. Pour un bon nombre de participants, ce rassemblement est un échec : “Pour une manif d’ampleur nationale devant affirmer l’opposition de tout un mouvement au gouvernement de gauche… c’est raté !” (Extrait de Courant alternatif de novembre 1981).

Des Réactions :

Le lendemain, les médias, laissant de côté la lutte antinucléaire, ne parle que de deux faits. L’un qui s’est déroulé aux abords du palais de justice, où des manifestants réclamèrent “la libération de tous les prisonniers politiques” en lançant divers projectiles sur les policiers présents qui ripostèrent par des tirs de grenades lacrymogènes et chargèrent la manifestation dans l’île de la cité. Et l’autre, après l’appel à la dispersion du cortège où “un petit groupe d’autonomes allait forcer les portes du ministère des Transports […] Le feu fut mis à une voiture stationnée dans la cour, des vitres étaient brisées”. (Le Monde du 06.10.1981).

Dimanche 04 octobre - Golfech (82) : 4 000 personnes marchent sur le site

Le meeting et la manifestation sont organisés par La CRAN [Coordination Régionale Antinucléaire]. On note la présence de nombreuses personnes des alentours de Golfech, d’autres aussi de la région (Toulouse, Lot-et-Garonne, Dordogne, Pays Basque, Bordeaux, etc.) ; de nombreux libertaires organisés (FA [Fédération Anarchiste], UTCL, OCL) et inorganisés ainsi que des membres d’organisations du style PSU, LCR… et de la CFDT.
Le rassemblement a lieu à Valence-d’Agen où après le meeting les manifestants se dirigent sur le site de Golfech jusqu’à la rotonde. Arrivés devant le grillage qui entoure le site, des manifestants le cisaillent et, à partir de là, les grands travaux antinucléaires commencent. Des centaines de manifestants envahissent le site. Les gardes mobiles (peu nombreux ce jour-là, 150 environ) qui protègent les installations centrales et les engins de travaux sont encerclés par les manifestants. Pendant 4 à 5 heures, jusqu’à la tombée de la nuit, des affrontements (grenades lacrymogènes d’un coté, jets de pierres ou de cocktails molotov de l’autre) ont lieu.
« Des centaines de mètres de barbelés arrachés et de nombreuses installations attaquées et incendiées, partiellement ou totalement détruites : plusieurs hangars, des engins de travaux, un poste de vigiles, les bureaux d’une agence intérim, le local d’EDF (bureau d’information situé le long de la RN 113), ainsi que celui de l’ANPE. Les dégâts sur le site sont conséquents. » (Courant Alternatif, novembre 1981)

Des réactions :

- De gros dégâts, selon EDF, qui aime bien grossir ses dépenses, évalués de 3 à 5 millions de Fr. [455 000 € à 759 000 €].
- Certains diront : “En tout cas, journée exceptionnelle, l’expression libre favorisant une ambiance agréable. Grande fête, illuminée de mille incendies”.
- Jacques Paltz, responsable de la CRAN et président du GFA et d’ENERGOLF, confie à la presse son sentiment sur les événements : “Vous savez, j’ai vu des choses extraordinaires. D’abord une marche paisible de trois mille personnes. Et puis, soudain, huit cents d’entre elles ont pénétré sur le site. Pour tout casser. Comme ça, déterminées et avec une force tranquille. Nous avons été débordés, c’est vrai, mais nous ne désavouons rien de ce qui s’est produit. On ne désavoue pas huit cent personnes, et au contraire nous assumons tout. Les gens qui ont fait ça n’étaient pas des Indiens, des provocateurs ou des voyous. Non, ils étaient d’ici ou de Toulouse, et ils en ont simplement marre, après avoir voté Mitterrand, de se faire faire un enfant dans le dos. J’ai vu des hommes de soixante-dix ans jeter des pierres contre les gardes mobiles, un couple de vieux plantés au milieu des flammes crier que tout cela était bien juste”. (Le Monde, 06.10.1981).
- Dans son édition de Toulouse, La Dépêche du Midi du 05.10.1981 fait paraître un petit article relatant la manifestation et atténue les faits en titrant : “incidents à Golfech sur le site nucléaire”, mais n’hésite pas à mentir effrontément en soutenant que “les affrontements sont le fait d’un petit nombre de manifestants qui ne doivent pas être confondus avec l’immense majorité des gens qui étaient venus dire pacifiquement que le recours au nucléaire les effraie”.
- Sud-Ouest, le 06.10.1981 titre : “Golfech en question, des millions de dégâts. Les organes vitaux du chantier étaient visés par les antinucléaires” et tout en avançant le chiffre de 500 personnes ayant pénétré sur le site, pose la question suivante : “des groupes organisés résolus à l’action violente étaient-ils parmi les manifestants et depuis quand ?
- Dans La Dépêche du Tarn-et-Garonne du 06 octobre, la fédération du PCF “tient à dénoncer avec vigueur les actes de sabotage, de violence qui sévissent depuis trop longtemps à Golfech. Les utilisateurs de ces méthodes veulent empêcher en particulier dans la période actuelle le débat démocratique national […]
- L’UD du syndicat FO “condamne la violence et les provocations d’agitateurs connus et inconnus […] considère qu’un débat national devant avoir lieu, il convient démocratiquement d’en attendre l’issue […]”.
- Pour la CGT de la région Midi-Pyrénées, “de tels actes sont contraires à l’esprit de liberté et de démocratie […]
- Pour l’UD CFDT de Tarn-et-Garonne, “la manifestation a donné lieu à quelques incidents regrettables, nous dénonçons les actions violentes […] et exigeons un véritable débat public décentralisé”.
- De son coté, la CRAN, dans La Dépêche du Tarn-et-Garonne, donne une explication honnête des événements – “La manifestation s’était déroulée dans le calme et on ne peut pas dire qu’il y ait eu manœuvre de provocation par des irresponsables. Les dégâts occasionnés ne furent pas prémédités par le comité de coordination, mais comme il arrive souvent les organisateurs ont été débordés par des gens plus agissants que les autres sans pour cela qu’ils soient désavoués par la grande majorité. Cela prouve une fois encore la détermination des opposants au projet de Golfech et il convient de prendre en compte la combativité et le potentiel d’agressivité des antinucléaires. Le comité avait, du reste, alerté le chargé de mission du premier ministre pour lui signaler l’état d’esprit qui régnait à propos de Golfech dans la population. Le comité lui a clairement dit qu’il lui semblait que la violence risquait de monter encore très haut si la centrale se faisait ” – et revendique “le droit à la colère” des antinucléaires, “non pour leur argent ou leur pouvoir d’achat mais tout simplement le droit à la santé et à la vie”.
- L’Arsoul, dans le Géranium Enrichi d’octobre 1981 : “Cet été, nous espérions en une montée de l’opposition, à une dynamique, finalement peu de choses se produisirent. Ecœurés, certains parlaient d’abandonner, fin septembre l’épuisement était à son comble. Eh hop, le 04 octobre, 4 000 à 5 000 personnes marchent sur le site. Eh hop, le grillage tombe. Eh hop, les casqués sont encerclés. Eh hop, ça s’incendie. Eh hop, la BOUM…

Lundi 05 octobre - Toulouse (31) : Attaque contre le syndicat collabo

Vers 13h : Manifestation devant la bourse du travail (siège de la CGT). Un slogan, “Travailleur irradié adhère à la CGT”, est inscrit sur la façade et des pierres jetées contre cette dernière.

Mercredi 07 octobre - Toulouse (31) : Attentat

Dans l’après-midi : Attentat à l’aide d’explosif contre un transformateur EDF approvisionnant une partie d’un quartier. Peu de dégâts.

Nuit du dimanche 11 au lundi 12 octobre - Pont-Trescasses (82) : Attaques à l’explosif

Vers 01h30 : Attentat à l’explosifs contre les installations d’une gravière Mallet, entreprise travaillant sur le site de Golfech. Une première explosion détruit un transformateur EDF de 20 000 volts privant de courant électrique pendant quelques heures la région de Saint-Aignan. La deuxième explosion endommage deux volucompteurs de la station de mazout appartenant à l’entreprise Bourdet. Les dégâts sont évalués à 100 000 Fr. [15 000 €].

- A Toulouse (31) : Une charge explosive éclate contre le mur d’enceinte du siège de l’entreprise de travaux publics Mortera participant au chantier de la centrale de Golfech. “Ce n’est pas un débat, continuons les dégâts”, revendiquent par appel téléphonique “des antinucléaires en colère…”.

- A Golfech (82) : Un groupe de personnes cagoulées et armées pénètre sur le site et donne l’ordre aux vigiles de partir. Ils le font.

Vendredi 16 octobre - [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Rendu de procès

Non lieu pour les cinq inculpés du 10 avril [Cf. Chronologie 1981]

Samedi 17 octobre - Saint-Dié (88) : Murage

Un groupe antinucléaire mure l’entrée de l’agence EDF pour protester contre la politique nucléaire de l’entreprise nationale.

Jeudi 22 octobre - Toulouse (31) : Attentat

Vers 01h10 : Dans le quartier Empalot, attentat à l’explosif contre un pylône de haute tension de 63 000 volts. Les dégâts sont importants. L’acte est revendiqué au nom d’un “groupe hostile à la construction de la centrale à Golfech”.
En début d’après-midi : Rue Lejeune, une fourgonnette EDF est incendiée pendant que son chauffeur prend son repas de midi.

Vendredi 23 octobre -  : Les communes concernées par des implantations nucléaires se prononcent

Les 64 conseils municipaux des cinq sites gelés (Cattenom, Chooz, Civaux, Golfech, le Pellerin) doivent se prononcer dans les dix jours pour dire oui ou non à la centrale. En cas de non, le conseil général doit se prononcer lui aussi, et le gouvernement décidera en dernier ressort. Telle est la conception de la démocratie des socialistes au pouvoir.
Les communes consultées se prononcent à majorité pour sur les trois premiers sites et contre sur les deux derniers.

Samedi 24 octobre - Charleville (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : manifestation d’enragés

Des manifestants, minoritaires, occupent l’Hôtel de ville de Mézières dont ils graffent les murs. Lors du retour vers la place Ducale, les vitrines de l’agence EDF de l’avenue Jaurès sont à nouveau brisées.

Du mercredi 28 au samedi 31 octobre - Marche de Golfech au Conseil régional à Toulouse : Quatre jours de “mobilisation”

Faible mobilisation, les organisateurs espéraient entre 5 000 et 10 000 personnes. Derrière une grande banderole “Pour une autre politique économique-énergétique. Non à la centrale !”, les manifestants se dirigent vers le Conseil régional. Pendant la manifestation, une délégation de quatre personnes est reçue par Alex Raymond (PS), Président du Conseil régional, qui ne fait aucune déclaration.

Même jour - Toulouse (31) :

Incidents et incendies, rue Croix-Baragnon
En fin d’après-midi : La manifestation dissoute, des incidents ont lieu rue Croix-Baragnon (quartier huppé de Toulouse) où des cocktails molotov sont lancés sur des vitrines de magasins ouverts au public. Certaines vitrines résistent mais d’autres éclatent et deux boutiques sont la proie des flammes.
Par chance, il n’y a que deux blessés dont la mère d’un antiquaire et une vendeuse d’une autre boutique. Sept personnes sont interpellées par les forces de l’ordre à 500 mètres de là, mais rien ne prouvant leur participation, elles sont toutes relâchées dans la nuit.
Mais l’objectif des 150 manifestants qui avaient suivi “la banderole” du CAN de Toulouse, qui appelait à continuer la manifestation sur des “bases radicales”, n’était pas celui-là. L’un des manifestants s’en explique :

« Notre objectif était la Chambre de Commerce où nous comptions réaliser une belle flambée. Cette action avait nécessité plusieurs réunions. Des compagnons s’étaient chargés de fabriquer les “cocktails” et de les dissimuler à la proximité de l’objectif. Nous aurions pu mener l’opération à une trentaine de personnes, avec des gens qui se connaissaient et qui possédaient une certaine pratique. Mais le désir de certains étaient de mener “une action de masse”, à l’image du 4 octobre à Golfech. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes retrouvés plus d’une centaine à nous diriger vers l’objectif. Ce jour-là, le dispositif policier était important, dont pas mal de “civils”. Cela créa une certaine tension dans le groupe qui peut expliquer en partie les événements qui ont suivi. Au rendez-vous fixé, nous avons distribué des “cocktails” à pratiquement tous les individus présents, tout en surveillant une probable arrivée en nombre des forces de l’ordre. Certains se trouvaient pour la première fois avec dans les mains un “molotov”. L’objectif était au coin de la rue du Languedoc et de Croix-Baragnon.
Ce qui s’est passé dans cette rue est difficilement explicable et n’a jamais été vraiment élucidé. Des “cocktails” ont été balancés contre des magasins, le geste de l’un entraînant peut-être le geste d’autres, par des gens qui n’étaient peut-être pas au courant de l’objectif…
Mais cela créa un mouvement de panique dans la rue et parmi nous. Ajoutant à la confusion, certains se débarrassaient de leurs “cocktails” sans la moindre précaution. 2 ou 3 “cocktails” ont quand même était lancé dans la cour de la Chambre de Commerce juste avant que les forces de l’ordre nous pourchassent. L’erreur est d’avoir voulu concilier “l’action de masse” et “l’action violente” et d’avoir distribué des “molotov” à “tout le monde” et en fait à “n’importe qui”. L’euphorie du 4 octobre n’est pas étrangère à cette attitude. Notre action fut un fiasco et a permis à la “mafia capitaliste” de la droite et de la gauche, par l’intermédiaire des médias, de régler ses comptes avec “la mouvance radicale toulousaine”. Autant la journée du 4 octobre est un souvenir de fête, autant celle du 31 pour nombre d’entre nous a un goût de cendres… »

(Propos recueillis en juin 1992)

Dans la nuit : Des cocktails molotov sont lancés contre l’immeuble de la Bourse du travail, place Saint-Sernin, siège de l’UD CGT.

Des réactions :
La Dépêche, dans ses éditions du 1er, 2, 3, 4 et 5 novembre, fait part des diverses réactions provoquées par les événements de la rue Croix-Baragnon :
- Dans l’édition du 3 novembre, Pierre Chouchan, “journaliste”, sans le moindre élément de preuve, désigne les “incendiaires” : “Depuis la rentrée, le même groupe selon toute vraisemblance a fait parler de lui à plusieurs reprises. Mêmes méthodes, même détermination, même sang-froid, même organisation. Inquiétante, cette escalade de la violence. Le 24 septembre, un commando de quinze hommes pénètre dans les locaux du palais de justice. Presque tous les murs du rez-de-chaussée sont recouverts de graffitis, au moyen de bombes de peinture. Plus de vingt millions de Fr. [3 0 35 000 €] de dégâts, des tracts partout : les visiteurs réclament la suppression des quartiers de haute sécurité et la libération de détenus “oubliés” par la loi d’amnistie. Trois jours plus tard, raid en direction de l’épicerie fine Germain, rue de Rémusat. On intime l’ordre aux vendeuses de se retirer dans l’arrière-boutique, et les fromages, la charcuterie, les vins, tout sera aspergé d’ammoniaque. Les tracts retrouvés sur place ressemblent comme des frères aux précédents. Au fil des semaines, les agressions ne se comptent plus : le fourreur Kopetzki, les restaurants Vanel…
- Pour Roger Marfaing, maire-adjoint : “Tout le monde doit se sentir solidaire des commerçants. Il faut une large concertation entre les divers groupes de citoyens pour trouver la parade contre ces actions”.
- L’union patronale Midi-Pyrénées “condamne ces violences”.
- Michel Benech, président de la Chambre de commerce : “Si de tels faits se poursuivent, nous ferons ce qu’il faut pour que cette insécurité disparaisse”.
- Serge Bassicle, président de l’Union des syndicats commerciaux : “En plus du banditisme, nous avons la hantise d’être pris pour cible ! Pourquoi attaquer ainsi des travailleurs sur leur lieu de travail ?
- Le CID, commerçants indépendants, se déclare “favorable à la création de commandos d’autodéfense”.
- L’UD-CGT proteste contre le nouvel attentat dont elle a été l’objet – “qui a entraîné la destruction de matériel de bureau […] et qui faisait suite à la manifestation et aux agressions commises dans les rues de Toulouse ce jour-là. Ces groupes et individus refusent le véritable débat démocratique sur la politique énergétique dans notre région et dont notre pays a besoin. Ils agissent contre la réussite du changement dans notre pays. Leurs multiples agressions contre la CGT, le syndicat du changement, sont significatives de leurs véritables objectifs” – et rappelle “que notre région doit apporter sa contribution à la production d’énergie nécessaire à notre pays, à son développement économique et social”.
- La police est mise en accusation. M. Brauner, directeur du cabinet de région, précise : “il y avait en moyenne un policier pour deux manifestants. Or, quand le cortège s’est dispersé dans le calme, il est impossible aux forces de l’ordre de suivre dans la ville chaque petit groupe. Toutefois l’action immédiate des forces a permis de limiter considérablement les dégâts […]”.
- Gérard Bapt, député PS de la troisième circonscription de Toulouse, demande le renforcement des effectifs de police. Gérard est convaincu qu’il s’agit d’actions de provocation de l’extrême droite, mais “contrairement à ce qui passait sous le régime précédent, il y a actuellement une volonté de poursuivre tous les terroristes sans exception”, et souligne : “ce problème ne sera pas réglé en s’engageant dans la voie des groupes d’autodéfense, mais plutôt par une action déterminée et sans complaisance de la police et la justice”.

Ci-joint, un texte distribué lors de la manifestation du 31 octobre, “Un chagrin sans pitié”, diffusé par une tendance radicale.

Un chagrin sans pitié

- Que faisiez-vous le 10 mai ?
- Je votais
- Eh bien, marchez maintenant !

Et bravant les rigueurs d’un hiver précoce, la colonne des antinucléaires s’ébranla de Golfech en direction de Toulouse. Que l’on ne s’y trompe pas. Notre propos n’est pas de faire la critique radicale, voire désabusée, d’une manif unitaire de plus, mais pour une fois d’y exprimer clairement le sens de notre présence.
Des années de lutte contre l’implantation d’une centrale nucléaire à Golfech, il résulte une sorte de tronc commun où un potentiel d’individus issus d’horizons politiques différents s’accorde circonstanciellement sur une vague sensibilité antinucléaire pour clamer qu’une centrale à cet endroit précis, c’est inacceptable.
Nous ne croyons pas que la réduction des diverses motivations individuelles, de groupe ou de parti à ce dénominateur commun contribue au développement d’une lutte anticapitaliste et qu’à l’inverse toutes les positions doivent se confronter ou s’affronter. Que les divergences éclatent sans que cela pose le problème de l’appartenance ou non à un mouvement global. Aujourd’hui nous marchons sur le Conseil régional pour lui témoigner notre existence, nos résolutions… Et peut-être aussi pour nous y faire reconnaître comme des interlocuteurs responsables – pour proposer des solutions de rechange ? Un capital plus doux ? Un profit non polluant ?
Hier encore certains hantaient les couloirs des ministères et d’autres les boutiques des élus locaux ; tous rentraient satisfaits, rassurés et aussi perplexes devant l’avancement ininterrompu des travaux sur le site “gelé” d’une centrale si improbable.Ceux qui, le 10 mai au soir, couvraient les murs de Golfech du slogan “On a gagné” se demandent encore si les bombes de peinture étaient ensorcelées ou leur esprit égaré.

•Imposons-nous pour ce que nous sommes !

Nous avons à mener nos luttes sans aucune restriction sur nos objectifs propres et non à les moduler dans le but de séduire, de rallier tel politicien ou autre charlatan réputé pour ses accointances, son influence…
S’il reste vrai que Golfech soit “gagnable”, il n’empêche que :
- Sur les 12 sites prévus à l’abandon, 8 furent gelés et 6 seront de toute façon construits indépendamment des résultats d’enquêtes effectuées auprès des populations concernées ;
- Malville gagne un surgénérateur et la Hague autant de déchets à traiter.
Dans le même temps, Hernu poursuit les essais thermonucléaires à Muruoa [Polynésie Française], les recherches sur la bombe à neutrons et la construction de sous-marins atomiques. L’adoption du nucléaire civil ou militaire ne se limite pas à des choix purement économiques ou stratégiques, mais s’intègre dans un projet plus vaste, dans la cohésion interne d’une société donnée que le pouvoir n’entend nullement réformer. De la même façon que l’on ne peut séparer un ordinateur de son utilisation concrète, dans la société capitaliste, on ne peut considérer une centrale comme un instrument de production d’électricité neutre.
Le nucléaire reprend bien évidemment à son compte les mythes véhiculés sur la technique, le progrès, la complexité… pour renforcer un système de domination sociale consacrant la séparation de l’homme et de son environnement, lui interdisant toute possibilité de contrôle, de décision sur sa propre vie. La centralisation de l’énergie, c’est aussi et surtout la centralisation du savoir et du pouvoir à laquelle l’idéologie scientifique vient servir de caution. Et sur tout cela, le mutisme complet, même à l’avènement du PS, moment qui justement favorisait la relance d’un débat et d’une lutte jusqu’alors enfermée dans des perspectives uniquement défensives.

•L’espoir vint des désespérés !

Faute de mobilisation populaire comme à Pogloff, faute d’avoir su développer toutes ses ambitions, la lutte antinucléaire à Golfech a cependant eu le mérite et la particularité de ne jamais s’assoupir tout à fait avec, entre autres, la permanence de sabotages sur le matériel d’EDF ou du patronat concerné, avec l’entretien d’un climat d’insécurité vis-à-vis des responsables EDF et des entrepreneurs de l’Arsen. A travers ces différentes facéties, souvent revendiquée sur le mode de l’humour, se lisait clairement une contestation globale qui n’allait pas tarder à éclater ouvertement : le 4 octobre précisément. Le 4 octobre, nous partîmes une cinquantaine et par un prompt renfort nous nous vîmes bientôt cinq cents à castagner du garde mobile, à incendier toute matière inflammable garantie EDF, pouvoirs publics ou patronat.
Ce soir-là, Golfech s’appelait Brixton-on-Garonne, la poésie du pétrole illuminait des individus heureux, créatifs qui se comprenaient simultanément, sans chefs, sans ordres, qui se libéraient sans haine, sans crainte, d’une violence trop longtemps rengorgée. Le 4 octobre a légitimé la passion des plus combatifs. Les plus timorés le savent. Que sera le 31 octobre, signore Nostratomus ?

Toulouse, le 30.10.1981

Même jour - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Occupation du terrain de la centrale

Une manifestation se dirige vers l’ancienne centrale avec la ferme intention d’y pénétrer. Face au refus de les laisser entrer, des manifestants découpent le grillage et investissent les pelouses devant la centrale. Décontenancées, car sans ordre précis, les forces de l’ordre assistent passivement au découpage du grillage. C’est une des rares fois en France où des antinucléaires réussissent à pénétrer sur un site nucléaire en fonctionnement. Après plus d’une heure, les pelouses sont évacuées suite à l’entrevue et à la remise d’un questionnaire au directeur de la SENA. Il lui est demandé de s’expliquer sur les “incidents” de 1967 et 1968 survenus à la centrale et de fournir des informations sur les leucémies et les cancers de la région. Le directeur s’engage à répondre aux sujets qui le concernent…

Mardi 03 novembre - Golfech (82) : “Opération fissurage du grillage”

Cette action symbolique a pour but de créer une dynamique et d’exprimer notre détermination à refuser le nucléaire” (la CRAN)

Pendant quatre semaines des groupes de gens se retrouveront sur le site et tenteront, jusqu’à leur interpellation, de cisailler et d’abattre le grillage de protection entourant le site. A chaque fois ils seront appréhendés, emmenés à la gendarmerie, fichés et relâchés quelques heures plus tard.

Le 03 novembre, à l’appel de la CRAN, un grand nombre de personnes se retrouve pour les traditionnelles fissures. Les gardes mobiles chargent violemment les fissureurs : grêle de grenades lacrymogènes, coups de matraque, véhicules copieusement cabossés. Des photographes de presse et un cameraman de FR3 protestent par l’intermédiaire de leur syndicat (La Dépêche du 20.11.1981) pour avoir été “pris sous le feu de trois tirs tendus de grenades lacrymogènes” alors qu’ils étaient “porteurs du brassard réglementaire”. Un climat qui préfigure ce que sera la journée du 29 novembre 1981.

Jeudi 05 novembre - Toulouse (31) : Inversion des rôles

12h30 : « Après le grillage enlevé à Golfech, nous avons barré la porte d’EDF de deux agences (quai Saint-Pierre et boulevard Lascrosses) ». Des pancartes sont apposées contre le grillage : “Danger, énergie nucléaire”, “grillage venant du site de Golfech”. Pour rentrer, les employés d’EDF ont dû à leur tour arracher le grillage.

Nuit du vendredi 06 au samedi 07 novembre - Dans le Tarn-et-Garonne (82) : Attaque contre EDF et ses défenseurs

- Grenade-sur-Garone : Attentat à l’aide d’explosif au district d’EDF de Grenade-sur-Garonne. Des autocollants “résistance antinucléaire” sont retrouvés sur les lieux. Les dégâts sont évalués à 50 000 Fr. [environ 7 600 €].
- Golfech : Un groupe de personnes se rend sur le site de la centrale et fait feu sur les vigiles et les gardes mobiles. Aucun blessé.

Dimanche 08 novembre - Tarn-et-Garonne (82) : Opération policière

Nouvelles séries de perquisitions et d’auditions dans l’entourage du Géranium enrichi, menées par la gendarmerie dans le cadre des flagrants délits pour l’attentat de la veille à Grenade-sur-Garonne. Le directeur de publication et trois autres personnes sont interpellées. Pour l’un d’entre eux, c’est la septième perquisition.

Nuit du dimanche 08 au lundi 09 novembre - Verfeil (31) : Attaque à l’explosif

Attentat à l’aide de deux mines antichar à charge creuse contre deux transformateurs d’EDF de 300 000 KW, du poste d’interconnexion permettant l’alimentation de la région toulousaine. Les dégâts sont considérables et évalués à 1 milliard de centimes de Fr. [1 500 000 €].

Réaction :

Indignation de la CGT EDF qui termine son communiqué en soulignant qu’elle “s’est opposée et s’opposera toujours à un projet imposé sans consultation ni discussion possible entre les diverses parties intéressées”.

Même nuit - Montauban : C’est au tour de la CCI [Chambre de Commerce et d’Industrie] de goûter à l’explosif. Les dégâts sont évalués à 60 000 Fr. [9 100 €].

Vendredi 13 novembre - Agen (47) : Attaque à l’explosif

Destruction à l’aide d’explosifs du central d’EDF, situé en banlieue sur le territoire de la commune du Pont-du-Casse. La charge, évaluée à 10 kg selon la gendarmerie, a été déposée au pied des pylônes qui amènent le courant haute tension en provenance du Tarn-et-Garonne. Les dégâts sont importants puisqu’ évalués à 2 millions de Fr. [30 3500 €]. L’acte est revendiqué, lors d’un appel téléphonique, par “l’armée antinucléaire”.

Courant novembre - Dans la pointe (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Attaque incendiaire

Incendie de deux voitures EDF.

Samedi 14 novembre - Toulouse (31) : Attaque des locaux de Spie-Batignoles

Dans la soirée : Au quartier du Mirail, mise à sac des archives et tentative d’incendie des locaux de la société Spie-Batignoles. Cette société fait partie du groupe Framatome-Thermatome et “est spécialisée dans la construction des lignes électriques et fait partie à ce titre des entreprises travaillant à l’édification de la centrale de Golfech pour le compte d’EDF”. (La Dépêche, 16.11.1981)

Nuit du dimanche 15 au lundi 16 novembre - Toulouse (31) : Attaque à l’explosif

Quartier du Mirail, attentat à l’aide d’explosifs au siège du Parti communiste français revendiqué par le groupe “MARAN” (Mouvement Action Révolutionnaire AntiNucléaire). Une partie du matériel d’impression de l’imprimerie du parti est détruite.

Des réactions :

- Vague de protestation de la part de l’UD CGT, du PS et de l’AGET-UNEF (Union National des associations générales d’Etudiants de France, émanation du PCF) qui se joignent à la manifestation appelée par le PCF.
- Le lendemain : Environ 400 personnes se retrouvent devant le siège du PC. Claude Llabrès (vice-président du Conseil général, membre du Comité central, secrétaire de la Fédération) prend la parole pour dénoncer “cet acte de violence et de haine visant les moyens d’expression d’un parti démocratique […] ” et lance un appel pour “un véritable débat démocratique”.
- Dans les jours qui suivent : La Libre Pensée s’indigne, L’UD CFDT proteste.
- Le CAN Golfech fait parvenir une lettre à la fédération du PCF dans laquelle il rejette toute responsabilité dans l’attentat et souligne “qu’il tient à s’élever contre l’attentat […] Nos idées aussi divergentes soient-elles ne doivent pas nous faire oublier que nos racines sont les mêmes et qu’ensemble nous avons à combattre toutes méthodes fascisantes […] Il serait dangereux que l’amalgame se fasse entre cet acte et la cause antinucléaire”.

24 novembre - Paris (75) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Accord pour Chooz B

Pierre Mauroy (Premier ministre) donne le feu vert pour l’extension de la centrale en la déclarant d’utilité publique. Début des travaux prévu pour l’été 1982.

Nuit du jeudi 26 au vendredi 27 novembre - Garac (32) : Nouvelle attaque du MARAN

Attentat à l’explosif contre un relais hertzien des PTT [Postes et Télécommunication et de la Télédiffusion]. La liaison Toulouse-Bordeaux est interrompue pendant quelques heures. L’action est revendiquée par le MARAN (Cf. chronologie, le 16.11.1981).

Vendredi 27 novembre - Montauban (82) : Expulsion autorisée

L’ordre d’expulsion du territoire libre de Golfech, suivant l’expropriation ordonnée quelques mois avant, est donné.

Nuit du vendredi 27 au samedi 28 novembre - Toulouse (31) : Attaque temporaire

Pulvérisation à l’aide d’explosifs des vitrines de deux agences de travail temporaire “SWS”, agences proposant des emplois sur le site de Golfech. Actes revendiqués au nom du groupe “actif toujours – radioactif jamais”.
« Ces attentats sont dirigés contre tous ceux qui ici comme ailleurs comptent s’engraisser grâce au nucléaire. »

Samedi 28 novembre - Golfech (82) : Le territoire libre de Golfech occupé par les forces de l’ordre

Le site est inaccessible du fait de la présence d’un nombre important de gardes mobiles.

Dimanche 29 novembre - Golfech (82) : Grande manifestation, destruction de la rotonde

Rassemblement à l’initiative de la CRAN. La CNAN, le PSU, le MEP, des syndicats paysans comme le MODEF 82, les Paysans travailleurs 47-82, ceux du Larzac, des groupes libertaires et diverses associations appellent à cette manifestation. A cette marche viennent des gens de divers endroits, de la région de Golfech, de plusieurs départements et des délégations de Paris, Braud-Saint-Louis, Chooz, Civaux, La Hague et du Larzac. Tous les antinucléaires partis du local bordelais en direction de Golfech par l’autoroute ou la nationale sont arrêtés, fichés, photographiés et leurs voitures fouillées.
10h : A la rotonde, l’ordre d’expulsion étant parvenu, les occupants en sortent pour la dernière fois ; les gardes mobiles leur signalent que l’accès en sera dorénavant interdit. La fin d’un symbole se précise.
20h30 : Sur le GFA, la rotonde, une caravane et un bâtiment attenant sont incendiés alors que le site de la centrale et la rotonde sont totalement bouclés par les gardes mobiles. Est-ce les gardes mobiles ou des pronucléaires ? Les animaux du GFA sont retrouvés vivants à l’abattoir. Le gérant du GFA évalue les dégâts à 45 000 Fr.[6 828 €] et porte plainte pour “destruction volontaire de matériel”. Mais la plainte n’aura évidemment jamais de suite.

Dans la nuit du dimanche 29 au lundi 30 novembre - Toulouse (31) : Représailles

En réponse aux événements de Golfech, un incendie détruit le rez-de-chaussée et six mobylettes du commissariat du Mirail.
A Colomiers, banlieue de Toulouse, une forte charge d’explosif détruit un local EDF, occasionnant des dégâts évalués à 100 000 Fr. [15 000 €].

Lundi 30 novembre - Ardennes (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Création d’une nouvelle organisation

Parallèlement au Front commun ardennais et au Front d’action Wallon, un Front d’action antinucléaire franco-belge se crée pour agir en coordination de chaque côté de la frontière. Ce Front d’action garde une existence semi-clandestine, non déclarée ; il redonne du tonus à la lutte qui tend, sous l’influence de certains environnementalistes, à s’engager sur une voie strictement légaliste (recours administratifs et juridiques…).

Même jour - Givet (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] :

La mairie est occupée par des antinucléaires belges.

Même jour - Dans la Pointe (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Tentative de sabotage d’un pylône haute tension.

Même jour - Golfech (82) :EDF fait passer le bulldozer sur le site du GFA

Toutes traces concernant l’enquête de l’incendie de la Rotonde sont alors effacées

Même jour - Valence-d’Agen (82) : 4 000 à 7 000 personnes sont présentes lors de la marche Valence-d’Agen - Golfech qui se termine en ratonnade policière

14h30 : Au meeting à la Halle Jean-Baylet, la salle est pleine à craquer. Différents orateurs se succèdent à la tribune. Paul Lafont (Maire de Golfech) déclare : “Nous avons été trompés, trahis et volés par ceux que la majorité du pays avait élus en pensant que Golfech ne se ferait pas !”. Il termine son intervention par : “Manifestez dans le calme le plus absolu. Nous devons prendre une autre route pour notre lutte”, ce qui provoque des applaudissements et des huées.
Ensuite entre 4000 et 7 000 personnes selon les organisateurs (800 selon la police, 1 500 à 3 000 selon les médias) manifestent en direction du site. Le dispositif policier et militaire mis en place par l’ordre socialiste, qui encercle les manifestants et protège le site, est impressionnant : près de 2 000 hommes, quatre compagnies de CRS, sept escadrons de gardes mobiles, des gendarmes-parachutistes de Mont-de-Marsan, des gendarmes, des policiers en civil (RG et PJ), deux hélicoptères, des véhicules blindés et des canons à eau.
Le 4 octobre ne se reproduira pas, le site est devenu une forteresse. Le pont qui permet l’accès au site est barré par des gardes mobiles. De longs et violents affrontements ont lieu : pierres, divers projectiles, cocktails molotov contre grenades lacrymogènes et offensives. Sur la place du village de Golfech, une dizaine de pronucléaires profitent de la situation, armés de haches et de barres de fer, pour casser des voitures et molester des antinucléaires qui s’en vont. Plusieurs barricades sont élevées pour retarder les gardes mobiles qui chargent les manifestants et pour aider le repli de la manifestation sur Valence-d’Agen. Pendant le retour, l’entreprise Donini travaillant sur le site est une nouvelle fois incendiée. Un commutateur EDF est saboté et plonge Valence-d’Agen dans le noir pendant une heure, alors que 700 manifestants se trouvent dans la Halle Jean-Baylet.
Vers 19h30 : Un groupe d’une cinquantaine de personnes lance des cocktails molotov sur les bâtiments et à l’intérieur de la gendarmerie de Valence. L’adjoint du commandant de la brigade est grièvement brûlé au visage. Prétextant l’attaque de la gendarmerie, les forces de l’ordre envahissent la ville, attaquent par deux fois la Halle Jean-Baylet où sont regroupés les manifestants, utilisant grenades lacrymogènes, balles de caoutchouc et matraques pour les disperser ; ils se livrent à une véritable ratonnade dans les rues de Valence-d’Agen et aux alentours, aidés en cela par quelques pronucléaires notoires. A la sortie de la ville, des témoins affirment avoir vu des CRS, après avoir interpellé les occupants, incendier deux véhicules immatriculés 64 dont l’un avait deux chiens à son bord. On retrouve l’ensemble carbonisé. Des dizaines de personnes sont contrôlées. Onze personnes sont interpellées et emmenées à la gendarmerie où elles subissent divers sévices. Le bilan, outre les dégâts matériels importants, est de 50 blessés dont 5 parmi les forces de répression.

Mardi 1er décembre - Toulouse (31) : Bilan annuel d’EDF

La direction d’EDF-Toulouse estime les pertes consécutives aux attentats perpétrés dans Toulouse et sa région, depuis un an, à 4 milliards de centimes de Fr. [607 000 €].
Nous sommes au service de l’Etat. On nous dit de faire du nucléaire, alors on bâtit. Si demain nous recevons l’ordre de faire du solaire, nous ferons du solaire. Nous sommes un service public et, croyez-moi, nos agents sont toujours traumatisés par ces événements”, explique le chargé des relations publiques d’EDF.

Jeudi 03 décembre - Bordeaux (33) : Enlèvement d’un militant anarchiste antinucléaire

Les filatures, les écoutes téléphoniques, les interpellations, l’épluchage des carnets d’adresses lors des dizaines de perquisitions effectuées et le fichage de centaines de militants, n’ont pas permis à la police de présenter aux juges d’instructions les auteurs d’attentats commis dans la région de Golfech et à Toulouse. La police emploie alors d’autres méthodes. En dehors de tout cadre juridique, elle enlève un militant que l’on considère informé et actif dans la lutte contre la centrale de Golfech et tente de lui “arracher” des renseignements.

« Vers 15 heures, un militant du groupe anarchiste de Bordeaux, Gilles Durou, contrôlé lors des barrages le dimanche précédent, est enlevé par 4 individus se faisant passer pour la police. Emmené dans un endroit désert à la sortie de Bordeaux, il lui est proposé sous la menace de le “foutre dans la Garonne”, de dénoncer les auteurs des attentats antinucléaires et autres dans la région de Toulouse. Suite à cette “promenade”, Gilles Durou a porté plainte pour enlèvement et séquestration auprès du procureur de la République (la plainte n’aura évidemment jamais de suite).
Action “officieuse” de la police ? Action parallèle de policiers fascistes ? Des informations laissent penser que la section Recherche des Renseignements Généraux ne serait pas étrangère à l’affaire. Ces méthodes, officielles ou officieuses, ne sont pas pour nous surprendre. Les renseignements fournis par les “ravisseurs” ne laissaient rien cacher de la vie privée, militante ainsi que l’activité de notre camarade au sein de la librairie associative “En dehors” dont il est le permanent.
Cette action survient alors que le pouvoir socialiste tente par tous les moyens de briser la résistance antinucléaire après s’en être servi pour accéder au pouvoir. Elle se situe aussi dans un contexte d’intoxication anti-révolutionnaire. Affaire à suivre tout de même !...
 »

Groupe anarchiste de Bordeaux.
Extrait de Courant Alternatif, janvier 1982.

Outre les manipulations pour trouver “un indicateur”, cette pratique de l’enlèvement se reproduit à diverses reprises en France dans les années 1980 et au début des années 1990 à Paris, Lyon… et dans la région toulousaine.

Nuit du samedi 05 au dimanche 06 décembre - Toulouse (31) : Attentats

Trois engins explosifs sont déposés dans les boites aux lettres de deux députés PS de la ville, (Roger Machart, Gérard Bapt), et de Briart, responsable de l’Union patronale. Seule la “charge” chez Machart a explosé. Les attentats sont revendiqués par “Les artilleurs du soir”. Les auteurs, dans les tracts laissés sur place, protestent contre « les QHS (Quartier de Haute Sécurité – prison dans la prison), le renforcement du dispositif policier et le tout nucléaire à Golfech comme ailleurs  » et terminent leur communiqué ainsi : « Aujourd’hui on frappe à la porte, demain on rentre. Pendant que les élus congressent, la fête progresse. Ne croyez guère à l’état de grâce mais, de grâce, craignez l’état de guerre. »

Nuit du jeudi 10 au vendredi 11 décembre - Cannes (06) : Attaque incendiaire

Sur le parking d’EDF, cinq camions sont incendiés. L’action est revendiquée par un “Groupe d’intervention de la pleine lune, en solidarité avec la lutte antinucléaire de Golfech”.

Samedi 12 décembre - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Affrontements et prise de décision d’une manifestation de fin du mois

Le Journal Officiel publie le décret d’utilité publique de la nouvelle centrale de Chooz que vient de signer Mauroy, premier ministre socialiste.
Le Front d’action organise une manifestation. La marche partie de Givet arrive à Chooz puis continue sur l’ancienne centrale par le petit Chooz. Les manifestants sont bloqués par un barrage de forces de l’ordre. Les affrontements durent une heure, mais la manifestation reflue sous les gaz. Un manifestant est sérieusement blessé au genou. Une autre tentative est faite pour gagner l’entrée principale par la rive gauche. En plus des flics habituels, deux canons à eau les attendent.
A la nuit tombée : Les affrontements se poursuivent dans le village. L’éclairage public est coupé aux moments opportuns. Des renforts avec blindés traversent le village et sont assaillis au passage. Charges à la matraque et aux gaz contre pierres et cocktails molotov, barrages enflammés…

Le principe d’une manifestation chaque samedi de fin de mois est décidé par le Front d’action.
Istace, le député PS, doit venir le lendemain rencontrer les opposants mais il se dégonfle.

Dimanche 13 décembre - Pologne

Le coup de force militaire de Jaruzelski déclenche la répression contre la société civile en rébellion contre le régime post-stalinien dit “communiste”. L’organisation “Solidarnosc” [21] est interdite. La Pologne, les villes de lutte en particulier, est quadrillée par les forces militaires et policières. Dans les mois suivants, avec l’occupation inédite de la Pointe par les forces de répression, le parallèle est rapidement fait entre les situations polonaises et ardennaises par les antinucléaires et les sidérurgistes de Vireux, qui entrent en lutte. La pointe : un petit bout, un petit goût de Pologne dans le doux Etat socialiste français…

Pour terminer ce premier volet nous incluons un texte datant de 1982, qui revient sur les évènements de 1981 dans la région toulousaine. Bien que nous ne partageons pas tous les points de vue des auteurs, il nous semblait intéressant de le faire figurer car il pose des questions intéressantes quant à l’utilisation d’une certaine forme d’action radicale dans une lutte.

« De l’autonomie diffuse au terrorisme confus. » [22]]

Rares sont les camarades qui n’ont pas été interpellés par les récents événements. Le dernier en date : l’attentat contre le siège du PS. Nous avons donc voulu apporter une contribution parfois autocritique au débat qui ne manquera pas de s’ouvrir, par une tentative d’analyse de la situation historique et de nos racines idéologiques qui commandent le déroulement des événements présents. Une mise en garde : contrairement à de nombreux textes qui circulent régulièrement, nous ne jugeons pas des individus (Dieu et Badinter sont là pour ça), mais des actes et des idées. Un individu intelligent peut porter un acte imbécile… Autre mise en garde : malgré les critiques formulées, les responsabilités n’incombent pas qu’à notre mouvance politique, la “guerre”, de même que le jeu et que l’amour se font souvent à deux.

Novembre 1981 : quelque chose a changé

Cela fait plus de deux-ans que Golfech sert de phare à la région et à Toulouse. L’immédiat après mai 1981 à été une source d’espoir sur tous les terrains de lutte, c’était l’époque où les socialistes donnaient l’impression d’aller là où on les tiraient.

Ce fut la manifestation du 4 octobre 1981 où les antinucléaires s’étaient rassemblés en nombre car ils voyaient l’utilité de manifester (Golfech pouvait être gagné) et où ils utilisèrent la violence car là aussi ils pouvaient ce jour-là gagner militairement (grâce aux erreurs et aux hésitations des socialistes qui avaient laissé un dispositif policier faible). Cette manifestation était joyeuse, nombreuse et violente car on voyait la possibilité de la victoire : gouvernement faible, élus locaux et régionaux empêtrés dans promesses et contradictions, mobilisation conséquente…

Contre toute attente, contre tout respect du jeu politique et des règles démocratiques, les élus PS du Conseil Général allaient accepter de céder au gouvernement et de construire Golfech, de façon plus déterminée que la droite. Certains diront que tels des “Judas”, ils ont vendu leur fragile “conscience antinucléaire” à EDF pour quelques deniers… Par cet acte, les élus du PS prenaient les premiers la responsabilité de changer le jeu politique toulousain, de bouleverser la très longue tradition des rapports ambigus, “codés” entre les luttes d’une part, et les élus locaux de l’autre, cette sorte d’échange permanent entre “délégation de pouvoir consentie bon gré mal gré”, contre soutien mou, chacun respectant les plates-bandes de l’autre…

Face à cela, seul une mobilisation à caractère large et démocratique pouvait faire reculer les notables PS (ils en ont le secret, une grande souplesse dans tous les sens). Pourquoi cette mobilisation n’a-t-elle pas eu lieu ?
- Parce que nous assistons depuis de nombreuses années, au moins depuis l’affaire Croissant [23], à une démission massive de tout le front démocratique (syndicats, intellectuels, libéraux, etc.).
- Parce que nous manifestons depuis plusieurs années une dégénérescence qui se traduit par l’impossibilité de faire une analyse claire, et donc d’éviter certaines déviations.

Concrètement, cela voulait dire qu’à un moment où il fallait tout faire pour lier mouvement démocratique et actions dures, des camarades ont tout fait pour les séparer : développement de discours “on va frapper fort” après la manifestation du 4 octobre, “écartons les écologistes-démocrates qui récupèrent la lutte et qui sont enfin démasqués” (éternel discours chiant : “on récupère” face à “on nous parasite” ou aux coucous d’Edmond Maire). Ces discours furent suivis d’une glorieuse mise en pratique le 31 octobre 1981 dans la rue Croix-Baragnon : alors que le Conseil Régional n’avait pas tranché, intervention musclée à l’endroit où les flics nous attendaient, distribution de matériel à des inconnus d’Eve ou d’Adam, attaques de cibles diverses et variées au hasard de leur richesse symbolique et du clinquant de leur vitrine. Concrètement, c’est une action négativement exemplaire, car elle réunit toutes les conditions : “n’importe quand, n’importe où, n’importe quoi et avec n’importe qui”. Conclusion : nous avons réussi à isoler “mouvement démocratique” et “actions violentes” et à donner une telle image-repoussoir de l’action violente que la masse des manifestants antinucléaires restait désormais chez elle. Bravo !

La décision du Conseil régional, et l’impossibilité de s’y opposer massivement sonnèrent le glas de Golfech : dans les deux mois qui suivirent la trahison du Conseil régional, la lutte était perdue. Est-ce à dire qu’il ne fallait plus rien faire ? Non, certes non, disait Madame Michu, “faire sauter un petit pylône de temps en temps est toujours une bonne chose, mais les temps ont changé”.

Dès lors, les conditions d’un large rassemblement n’étant plus réunies, la fête anti-nucléaire du 29 mai 1982 fût un échec retentissant. Le dimanche 30 mai, à l’occasion d’une manifestation qui se voulait déterminée, il apparut que nous n’étions point invincibles à 50 contre 500, et que les flics choisissaient le moment qui leur semblait le meilleur pour intervenir. Rien d’exceptionnel donc, mais certains camarades devaient repartir avec un sentiment d’amertume à la bouche, crièrent “à l’assassin” alors que personne n’avait été blessé durement et décidèrent que “ce n’était plus du jeu”. Il s’en suivit la première d’une série d’actions basées sur la même logique de vengeance, et nous allons laisser là le rappel historique sur Golfech et poursuivre notre analyse en terme idéologique.

Tous les chemins mènent au terrorisme

Le terrorisme, ce n’est pas “l’autre”, mais un homme tout simplement, et pourquoi pas nous… Est-il vraiment étonnant que la bataille de la “terrorisation” soit si largement gagnée dans l’opinion : aujourd’hui, le terroriste prend dans la presse la forme d’un être inhumain, un peu à l’image du “super méchant” des bandes dessinées (Strange).

Dans nos têtes, nous nous insurgeons lorsque tel ou tel copain est qualifié de “terroriste” par les médias. Dans les faits, nous pourrions donner cette définition : “Est terroriste celui qui développe une politique ou des actes visant à atteindre des buts par la crainte, celui qui porte des actes ne laissant comme explication politique possible que l’utilisation de la peur, et par association tout ce qui, dans une période où des actes terroristes se développent, utilisent des moyens assimilables aux terroristes”. Bien que les médias n’entrent pas dans ces détails, le tract du PC dénonçant une famille émigrée comme trafiquante de drogue est terroriste, alors que faire sauter un pylône EDF ne l’est pas en soi.

Certains camarades ont aujourd’hui choisi pour cible d’actions de plus en plus percutante le Parti socialiste, parti du gouvernement, et ses élus, coupables d’avoir trahis leurs promesses électorales (comme s’il fallait s’attendre à autre chose des politiciens) et méritant pour cela, un juste châtiment ! Ces camarades, guidés par une “volonté de punition”, s’enfoncent dans une logique de terreur vengeresse, une logique terroriste au format toulousain, d’où toute imagination est absente et dont on connaît les résultats ailleurs… Ces actions dangereuses, visant à faire payer le prix de sa trahison au PS et prenant pour cibles des domiciles d’élus (Lareng Raymond), permanence électorale (Bapt, Roger-Machard) ou des immeubles symboliques (siège du PS), ne font avancer en rien une lutte antinucléaire régionale et contribuent, au contraire, à sa terrorisation au milieu d’une campagne de presse lourde d’amalgames et de confusions.

Résultat : le politicard magouilleur qu’est Alex Raymond est loin d’être démasqué aux yeux des “larges masses”… L’opinion retient deux faits : un immeuble a été détruit, et Alex Raymond a été visé avec des moyens qui auraient pu le tuer, lui et sa famille. Ces deux actions de terreur, visant à apporter la crainte au cœur des responsables socialistes locaux, s’inscrivent dans une logique terroriste. Nous portons par ces actes la deuxième responsabilité, après celle du PS, mais en plus grave, de la détérioration du climat politique toulousain à un moment où nous sommes trop faibles à tous les niveaux pour supporter un affrontement réel. Aujourd’hui, où en sommes-nous ?

- La bataille de Golfech est perdue.
- Des actions qui seraient toujours possibles comme la destruction du matériel EDF, sont devenues difficiles sinon impossibles du fait de leur assimilation aux actions terroristes. Les copains qui ont porté cela obligent les autres à se situer dans la même logique où à arrêter.
- Le mouvement démocratique et les “zones-tampons” traditionnelles se sont coupées un peu plus de nous, repoussés par des comportements souverains et exclusifs.

La dynamique des années 1977-1980, dans l’étouffoir Peyrefitte, était sur les bases : C’est possible, on peut pratiquer l’illégalité, parfois violente. Interventions créatives, sous formes d’interrogations, en se servant de notre spécificité de révoltés idéologiques (fichage, informatique, agences intérimaires, vigiles, etc.).
Le refus de la criminalisation, puis de la terrorisation, en pratiquant l’humour et en respectant des degrés qui a évité le cycle répression-radicalisation.
De larges fractions de la jeunesse (collégiens, étudiants, jeunes travailleurs) faisaient alors écho à nos préoccupations, surtout lorsqu’ils étaient aux prises, dans leur quotidien, avec les comportements dénoncés (vigiles de grands magasins, patrons d’agences intérimaires, galonnés enrégimenteurs, et autres fonctionnaires du chômage…). Cette dynamique là est retombée aujourd’hui, presque oubliée. Que ceux que cela fait pleurer pleurent un bon coup, mais il nous faut tenir compte aujourd’hui de la réalité, à savoir : la déviation vers le terrorisme a déjà commencé à Toulouse. L’action contre Silverstein (responsable EDF du chantier de Golfech) en 1980, portait en soi toutes les déviations “terroristes” : attaque sur une personne physique, volonté de semer la peur, absence de toute analyse publique.

Autocritique de notre fonctionnement

La mouvance toulousaine n’a aucun contrôle sur son fonctionnement collectif (ce fut criant sur certaines actions “ouvertes” où les cibles choisies ont été largement débordées), aucune capacité à avoir une stratégie, une analyse commune, une explication publique. Ce sont nos principales faiblesses depuis des années, la conséquence en est l’absence totale de garde-fous : de Silverstein on est passé à Alex Raymond et plus grave demain un individu peut décider de tuer un responsable de Golfech, rien n’empêche, plus grave encore, que 3 barbouzes fascistes tuent ce responsable de Golfech, nous ne pourrons en aucune manière prouver que nous ne sommes pas responsables car nous n’avons ni déclaration publique fixant des limites, des degrés, ni capacité quelconque de contrôle collectif.

La partie émergente de notre iceberg, aux yeux de l’opinion, ce sont les objectifs visés, aujourd’hui les personnes physiques. Demain, responsables ou non, nous pouvons être entrainés au plus mauvais moment par la spirale bombes meurtrières-assassinats.

Quelques propositions…

La conséquence de tout ceci est qu’il est impossible aujourd’hui de continuer la pratique des explosifs-tirs de chevrotines, ne serait-ce que pour une période de 6 mois – 1 an, le temps de laisser s’éteindre la campagne de “terrorisation” d’une part, de marquer une rupture suffisamment importante avec la dynamique folle d’aujourd’hui d’autre part. Un “creux de vague” est inévitable pendant un an ou deux et il nous faut, comme au cœur d’une tempête s’ancrer le plus profondément possible à des traditions de luttes qui ont fait leurs preuves et qui assurent la continuité avec l’histoire de Toulouse : actions “ouvertes” collectives et attentats symboliques.

Se battre contre le capital dans la période qui vient, c’est peut-être, à Toulouse comme ailleurs, lutter contre les rackets immobiliers et le droit au logement pour tous, contre les opérations de rénovation de quartiers, dont on connaît par avance la signification économique. Toutes ces actions seront à nouveau possibles dans les 6 mois, profitons de cette période pour débattre et réfléchir, nous en avons besoin.

D’ici 2 ans, la crise s’aggravant, deux possibilités peuvent se présenter :
- Le mouvement populaire se réveille (peu probable) sur des axes comme le niveau de la vie et le chômage. De notre capacité à nous ouvrir à ces axes de lutte (réformistes s’il en fut) dépend notre survie ;
- La droite fait des offensives toutes azimuts, encouragées par la somnolence ouvrière. Cela prendra entre autres les formes payantes pour elle de la légitime défense et du racisme, étroitement mêlés. Là aussi, de notre capacité de nous allier aux autres forces antiracistes, dépendra notre renouveau, notre développement.

Comme bien d’autres forces politiques et sociales, nous sommes en train de crever. Si nous ne faisons aucun effort d’imagination pour être à l’écoute d’autres sensibilités, d’autres aspirations que nos seuls désirs immédiats, il ne nous restera plus qu’à nous raccrocher à la première révolte venue et à crever à petit feu.

Réflexion du professeur Choron [24] : “Une force politique qui offre les mêmes discours, choisit les mêmes modes d’actions quelle que soit la situation, quel que soit le rapport de forces manifeste certes une belle constance, et dégage aussi une odeur de mort”.

Des camarades en mouvement.

P.S (c’est le cas de le dire) : Ce texte n’est pas un exercice de style, il a pour seul objectif de contribuer à l’ouverture d’un débat. Il reste incomplet sur des points importants : nos rapports avec la gauche au pouvoir et la nature réelle de cette gauche… Il importe de ne pas faire l’économie de ces interrogations dans la période récente.
Attention, ce texte n’est pas autodestructible dans les 5 mn qui suivent sa lecture. Il est préférable de le détruire au bout de quelques jours après l’avoir lu. Psch


ACTIONS DIRECTES CONTRE LE NUCLEAIRE ET SON MONDE, VOLUME 2

1982

Janvier - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : EDF gagne du terrain

Les réunions du Front commun se précipitent. EDF a acheté des terrains ; elle menace les récalcitrants d’expropriation et fait arpenter par des maîtres-chiens les terrains qu’elle considère déjà comme siens.

Lundi 04 janvier -  : Autodafés de registres d’enquête d’utilité publique

Six registres d’observation de l’enquête d’utilité publique de la ligne THT Verfeil-Cubnezais (Golfech-Braud-St-Louis) sont dérobés. L’un est publiquement brûlé à la mairie de Port-Sainte-Marie dans le Lot-et-Garonne. D’autres destructions de registres sont effectuées en janvier dans différentes localités de la région. Le CAN Tonneins (47) et plusieurs comités de défense des communes traversées par la ligne THT Verfeil-Cubnezais (31) s’activent.

Même jour - Bordeaux (33) : Un militant du CAN écope de 4 mois de prison avec sursis pour avoir subtilisé un des dossiers de l’enquête.

Même jour - Charleville (08) LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Attaque incendiaire

Le siège du PS est attaqué à coup de cocktails molotov.

Lundi 18 janvier - Creys-Malville (38) [LUTTE CONTRE SUPERPHENIX] : Attentat contre la centrale

Vers 22h30 : attentat au lance-roquettes contre Superphénix. Plusieurs roquettes sont tirées et atteignent le bâtiment abritant le réacteur et une grue. L’attentat est revendiqué par un groupe “écologiste et pacifiste” [25], qui précise :
« Nous avons pris toutes les précautions pour qu’il n’y ait ni mort, ni blessé […] Nous n’avons pas voulu faire du spectaculaire pour du spectaculaire, mais retarder la construction de cet objet monstrueux, faire réfléchir les gens pour relancer le débat sur le nucléaire en France. »

Mardi 19 janvier - Lyon (69) [LUTTE CONTRE SUPERPHENIX] : Alerte à la bombe

L’alerte se produit dans les locaux de la Nersa, société responsable de la réalisation de Superphénix.

Des réactions :

- L’ARMOS (collectif d’opposition à Superphénix) déclare “que ces types d’actions ne font pas partie de ses méthodes. Cependant, dans le bain de déception et d’amertume engendré par un gouvernement qui a trahi ses promesses, cela explique que des groupes ou individus soient acculés au désespoir par le recours à de telles méthodes”.
- La CNAN, contrairement au MEP et RAT (Réseau Amis de la Terre), plus occupés à construire l’alternative politicienne, “ne désapprouve pas cet attentat de même que ceux qui sont commis fréquemment à Golfech et Chooz”.
- Les élus communistes du Conseil général de l’Isère condamnent l’attentat et réaffirmèrent “leur volonté de poursuivre normalement la construction de Superphénix”.

Samedi 23 janvier - Toulouse (31) : Attaque incendiaire, opération de police

Dans la nuit : Un incendie détruit les locaux de la société Spie-Batignolles travaillant pour Golfech. L’attentat est revendiqué au nom d’un “groupe antinucléaire”.

Mercredi 27 janvier - Lot-et-Garonne (47) : Perquisition

La PJ de Toulouse perquisitionne le domicile d’une militante de SOS Golfech, dont la voiture aurait été aperçue le soir de l’incendie des locaux de Spie-Batignolles à Toulouse, quatre jours auparavant. Perquisition sans suite, qui n’est en fait qu’une intimidation supplémentaire sur une militante antinucléaire connue et active.

Samedi 30 janvier - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Manifestation du dernier samedi du mois, affrontements

La manifestation se rend vers le site de la future centrale. Une foreuse est sabotée collectivement. Celle-ci est renversée par les manifestants et les organes les plus fragiles sont systématiquement détruits. Des affrontements ont lieu dans les prés aux environs d’une propriété achetée par EDF. Au cours d’une charge, un antinucléaire belge, jeune syndicaliste de la FGTB, se retrouve isolé au milieu des casqués. Tabassé et arrêté, il est emmené vers un car de flics. Les manifestants se replient sur le village pour tenter de le récupérer, les cars devant obligatoirement y repasser pour repartir. Plusieurs barrages sont érigés dans Chooz pour freiner voire arrêter le convoi des forces de l’ordre et leur prisonnier. Des essais de négociations pour le faire libérer n’aboutissent pas. Les cars tentent de forcer le passage mais des pierres et des cocktails molotov les accueillent. Après des affrontements, les cars réussissent enfin à passer. Le manifestant est finalement libéré quelques heures plus tard à Givet.
Il y a trente manifestants blessés.

Samedi 27 février - Fumay (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Manifestation du dernier samedi du mois, répression brutale

Chooz est totalement occupé par les forces de répression qui empêchent tout rassemblement dans le village. Des antinucléaires de Chooz sont repérés et importunés : intrusions de flics dans les jardins, interdictions de circuler librement dans le village. Un car scolaire ramenant des lycéens de Givet est même stoppé à l’entrée de Chooz. Les jeunes occupants doivent en descendre : bus et cartables (!) sont fouillés. L’Etat a sorti les grands moyens : 1 200 CRS et gardes mobiles dans la Pointe, 4 hélicoptères dont deux Pumas transporteurs de troupes, deux blindés à roue, etc. C’est au carrefour de Ham, à 2 km de Chooz, que se retrouvent les antinucléaires dont de nombreux Belges. Mais les accès vers Chooz sont bien bloqués. Très vite, des affrontements opposent les manifestants aux casqués. Les blindés entrent en action ; balises et glissières de sécurité sont arrachées pour entraver leurs manœuvres. La manifestation, devant l’impossibilité de parvenir à Chooz, part vers Fumay en voiture. De là, elle prend à pied la direction de la caserne du PSIG [Peloton de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie] dont l’installation est due à la centrale. Au quartier du Charnois, devant la caserne, quelques vitres d’appartements et de véhicules privés des gendarmes subissent des dégradations. Mais immédiatement un fort convoi de flics arrive par derrière.
Les premières grenades lacrymogènes sont lancées sur la manifestation. Dans ce quartier de HLM, la violence policière se déchaîne ; la manifestation est disloquée par la brutalité de l’intervention des mobiles, d’autant plus que le terrain est mal connu des antinucléaires et la retraite vers les véhicules coupée. Des manifestants isolés ou en groupes errent dans le quartier du Charnois et dans cette partie de Fumay quadrillés par 500 flics. Quelques affrontements ont lieu à distance, d’autres au corps à corps. Le rapport de force est totalement déséquilibré entre les 300 à 500 manifestants dispersés dont certains ont déjà réussi à fuir le piège, et les centaines de gendarmes mobiles et les membres du PSIG.
A la nuit tombée : De véritables “ratonnades” se déchaînent pendant de longues heures à Fumay : tabassages en série à coup de pied, de poing, de matraque, de crosse ; gazage à bout portant de manifestants arrêtés ; tabassage aussi dans les locaux du PSIG ; des “bleus” coupent les cheveux de personnes interpellées ; les véhicules des antinucléaires sont systématiquement saccagés ; des passants qui veulent s’interposer sont molestés, matraqués… Un jeune manifestant ardennais est grièvement blessé aux jambes par une grenade offensive. Perdant son sang, se cachant dans les fourrés, il est transporté par un manifestant à l’hôpital de Fumay où il restera trois semaines. Quelques temps auparavant, il avait tenté de trouver du secours dans une maison, où on avait refusé de lui ouvrir… Mais dans l’ensemble, la population fumacienne est écœurée par la férocité des forces de répression : les portes s’ouvrent pour abriter dans les maisons jusqu’à une douzaine de manifestants ; des Fumaciens, voyant les scènes de tabassage en pleine rue, insultent les flics : “Nazi, SS” et sont eux-mêmes pris à parti… Les journalistes qui assistent à la répression sont empêchés de photographier et menacés violemment par les mobiles. Des pompiers venus porter secours à des manifestants blessés se font matraquer par les “bleus”. Des manifestants arrêtés, après des tabassages très violents, sont largués des cars en rase-campagne après cassage des lunettes et taille des cheveux pour certains. C’est une fois isolée et après bien des difficultés qu’une partie des antinucléaires réussit à se tirer de ce guêpier.
Le bilan est lourd : outre les dizaines d’antinucléaires passés sérieusement à tabac (lèvres ou arcades sourcilières éclatées, yeux pochés, plaies au cuir chevelu, hématomes, etc.), six personnes ont dû être hospitalisées, dont celle gravement blessé entre les jambes. Une vingtaine de véhicules de manifestants et quelques-uns des personnes étrangères à la manifestation ont été saccagés par les mobiles : certains sont hors d’usage.
Un habitant de Chooz est arrêté dans les suites de la manifestation.

Lundi 1er mars - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Nouvelle arrestation

Au matin : C’est un autre membre actif du comité de Chooz qui est arrêté. Tous les deux sont rapidement transférés à Châlons-sur-Marne pour éviter d’éventuelles tentatives de libération.

- Charleville (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Information sur les violences policière

Une réunion et une conférence de presse se tient à la Bourse du travail pour dénoncer les violences policières de Fumay. Des manifestants ont été sérieusement blessés par tabassage ou par l’explosion de grenades trafiquées avec des débris de métal et de plastique. Le Front Commun réunit des témoignages sur la répression de Fumay et publie une brochure intitulée “Le dossier noir de la police à Chooz”.

Des réactions :

- Front commun et Front Wallon dénoncent la répression féroce, la volonté des autorités d’en finir avec les manifestations à Chooz et ailleurs, la complicité des gendarmes belges et français, leur refus d’enregistrer les plaintes, l’incarcération des deux Calcéens, le fait que les journalistes aient été empêchés de faire leur travail, etc.
- Même L’Ardennais et L’Union, d’habitude peu favorables aux antinucléaires, soulignent les débordements systématiques de la violence et de l’acharnement policiers. Les deux journaux évoquent les entraves à l’information et, pour un journaliste de L’Union, les menace réitérées à son encontre.
- Le préfet nie, ment effrontément. Ses communiqués sont odieux. Son interview par la presse montre ce digne représentant de l’Etat comme l’égal d’un chef des Zomos (miliciens de l’Etat Polonais) dans son cynisme et son mépris affiché de la vérité. Celui-ci déclare même : “Je préfère être responsable d’un trop que d’un pas assez.
- Le gouvernement dit socialiste “couvre” par son mutisme la répression policière de Fumay ainsi que les mensonges du préfet.
- La fédération du parti socialiste des Ardennes se refuse à “porter suspicion” sur le gouvernement de “l’union de la gauche” et à remettre en cause les décisions venues d’en haut.

Mercredi 03 mars - Charleville (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Manifestation contre la répression

500 personnes (sans les “socialistes”) manifestent pour dénoncer les brutalités policières de Fumay et réclamer la libération des deux de Chooz. De retour aux véhicules, comme souvent dans la Pointe, des manifestants retrouvent leurs pneus crevés.
Inculpés pour avoir participé à l’attaque contre le PSIG, les deux Calcéens ont été choisis dans le but de casser la dynamique de lutte au village. Après une semaine de détention et devant les contradictions des flics témoignant à charge, ils sont libérés. L’un d’eux avait été obligé de signer des déclarations inexactes après un tabassage au PSIG. Néanmoins ils sont toujours inculpés, ainsi que trois Revinois, et restent sous contrôle judiciaire.

Jeudi 04 mars - Dans la Pointe (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Elections cantonales perturbées, les ouvriers de la Chiers entrent dans la danse

[Alors touchés par une restructuration, les sidérurgistes de l’usine Vireux (groupe nationalisé Usinor) entrent dans un conflit social qui va durer des années et renouent avec une vieille tradition ouvrière ardennaise : l’action directe.]
Dans quatre bureaux de la Pointe, les urnes sont dérobées au cours d’actions commandos d’ouvriers masqués. De l’huile de vidange est déversée à l’intérieur et les urnes sont déposées devant les grilles de la SENA [Société d’Energie Nucléaire franco-belge des Ardennes – Chooz A]. Le dépôt des urnes souillées indique le refus du reclassement à Chooz. Il y a aussi dans la Chiers un groupe informel, mais conséquent, d’ouvriers antinucléaires. Avec le vol des urnes s’esquisse lentement une convergence entre sidérurgistes et antinucléaires face à des adversaires communs.

Treize personnes sont arrêtées pour ces actes (aucune ne sera poursuivie). La route nationale 51 et la voie ferrée sont bloquées pendant 48 heures par les sidérurgistes en soutien aux treize arrêtés. Soutien du Front Commun aux ouvriers de la Chiers.

Fin mars - Vireux (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : La jonction se réalise

La manifestation appelée par le Front d’Action part de Vireux vers Chooz. Les accrochages commencent au pont de Hierges. Désavantagées par un vent qui leur renvoie leurs propres gaz, les forces de l’ordre reculent de longs kilomètres jusqu’au carrefour de Chooz et de Ham. Là, comme le mois précédent, les choses restent bloquées. Dans l’impossibilité d’atteindre Chooz, la manifestation regagne Vireux où devant la Chiers, sur le pont de Viroin (RN 51), des sidérurgistes ont dressé un barrage conséquent. Sur des affichettes décorant le barrage fait de lourds lingots d’acier : “Des emplois à la Chiers, pas dans le nucléaire”. C’est la jonction entre lutte sociale et lutte contre Chooz-B : ouvriers et antinucléaires se mêlent, discutent, fraternisent. En fait, la jonction se fait naturellement car des sidérurgistes venaient à Chooz dès la première enquête par conviction antinucléaire. Même si les identités de vue de sont pas totales – les sidérurgistes de l’intersyndicale ne sont pas tous antinucléaires et les antinucléaires ne sont pas tous intéressés par le maintien de l’activité de la Chiers, il ya une forte entente (solidarité, détermination) et les deux luttes se lient de façon durable.
Au cours de la nuit : C’est ensemble que les antinucléaires et sidérurgistes luttent contre le convoi de flics qui retourne sur Charleville. Blindés en tête, le convoi de quarante véhicules – cars, camions bâchés, fourgons, véhicules légers des gradés – réussit à passer après bien des difficultés : barrages, jets de pierres, de boulons, de cocktails…

Vendredi 16 avril - : Intervention artistique

Dans un communiqué envoyé à la presse, le groupe “International Acte noir sur Fond noir” revendique plusieurs actions à Toulouse et à Paris : faux sondage de la Sofres envoyé pour dépouillement au journal Libération, fausse circulaire du gouvernement décidant la suspension du programme électronucléaire français, faux appel de militants du PS de Toulouse contre Golfech, faux appel de six ingénieurs de la Direction départementale de l’équipement demandant l’arrêt de la construction de Golfech. Le communiqué se termine ainsi : « Chacun aura compris que nous sommes les Malevitch [26] de l’activité politico-subversive. »

Mardi 20 avril - Bédarnes (82) : Sabotage

La société Osagra qui exploite une carrière et qui fournit des matériaux pour le chantier de Golfech est la cible d’un attentat. Neuf engins de chantier ainsi que des installations de concassage sont détruits. La facture s’élève à 4 millions de Fr. [60 700 €] de dégâts. Le lendemain, le groupe “Furax” envoie un communiqué à la presse

A chantage économique, Sabotage économique

• Chooz, l’état de siège
Le pouvoir innove face aux manifestants antinucléaires. Il met en place un dispositif policier délirant, ferme la frontière et le département, remet en cause le droit de manifester.
• Malville, le pouvoir innove
Lui qui s’était fait le “champion” de la concertation dédaigne recevoir les marcheurs et leur envoie des flics.
• Golfech, le pouvoir innove
Il nous apprend l’art de se payer des élus à vil prix. Le Conseil régional Midi-Pyrénées, opposé à la centrale jusqu’au 10 mai, vient de se renier en se vendant à EDF pour la maudite somme de 10 millions de francs [1 517 450 €] l’an.
Ces exemples doivent être ce que Mitterrand appelle “un grand débat démocratique”. L’opposition de la population et des mairies, les manifestations pacifiques et violentes, les attentats qui ont déjà coûté 4 milliards à EDF, tous cela n’a pas suffit : les travaux continuent à Golfech.
Cette décision n’entame pas notre froide détermination qui, pour aujourd’hui, revêt la forme d’un sabotage économique des entreprises travaillant pour le nucléaire. La victime de lundi soir est la carrière de Bédarnes qui fournit Golfech en pierraille de toutes formes et de toutes couleurs.

Signé “Furax”

Samedi 24 avril - Vers Hièrges (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Manifestation, très faible mobilisation

Le bouclage de la Pointe est de plus en plus dense et large chaque samedi de fin de mois. Ces manifestations sont bien sûr interdites. Partie de Doische en Belgique, la manif parvient à la frontière entre Vaucelles et Hièrges, village français. On s’affronte non loin du village. Le conseil municipal a voté pour la centrale mais une bonne partie de la population exprime son refus de la présence des forces de répression. Il ya 500 personnes face à 1 000 flics en raison des nombreux contrôles et de la fermeture de la frontière belge. Après plusieurs tentatives de passer la frontière, les manifestants se dispersent en fin d’après-midi. Ont lieu 14 interpellations.

Jeudi 06 mai - Foisches (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Attaque à l’explosif

Un pylône haute tension est détruit par une explosion. L’action est revendiquée par V.V. (Vireux Vivra : groupe clandestin de sidérurgistes qui opère une série d’attentats contre diverses cibles) “Vireux Vivra, Chooz sautera” devient le slogan commun des antinucléaires et de certains sidérurgistes.

Vendredi 07 mai - Montauban (82) : Procès d’antinucléaires

Procès contre les 3 antinucléaires interpellés le soir de la manifestation du 29 novembre 1981 à Golfech.
[Ce soir là, ils avaient été emmenés sur le site où ils avaient été tabassés et injuriés par les vigiles et les gardes mobiles. Puis conduits ensuite à la brigade de Moissac où le même traitement leur avait été infligé, ils avaient reconnus au bout de plusieurs heures de ce genre d’interrogatoire avoir transporté une musette contenant des cocktails molotov. Cette musette leur avait été transmise au cours du repli de la manifestation. Sachant ce qu’elle contenait, il était hors de question pour eux (et on les comprend) de les jeter n’importe où. Ainsi, ils l’avaient dissimulé plus tard hors de la ville dans un bosquet. Les coups pleuvant et en ayant assez, ils indiquaient aux cognes où se trouvait la musette, sûrs de leur bon droit. Or ceux-ci les avaient déféré au parquet où ils avaient été inculpés de “participation à attroupement armé”, puis libérés.]

Vendredi 21 mai - Montauban (82) Rendu du jugement des 3 antinucléaires

Chacun écope de 9 mois de prison avec sursis et 1 500 Fr. [228 €] d’amende.

Week-end (Pentecôte) du 29 et 30 mai - Valence-d’Agen (82) : 1 000 participants

Samedi 29 :

- Castelnaudary (11) : La chute du Niagara

Vers 05h : La péniche Niagara qui accueille l’exposition d’EDF “Les chemins de l’électricité”, est coulée par une charge explosive déposée à l’avant. Partie de Beaucaire, dans le Gard, le 03 mai dernier, la péniche devait rejoindre Toulouse mais EDF avait préféré, semble-t-il, retarder son arrivée dans la ville rose. Niagara devait par la suite effectuer une tournée de propagande dans le sud de la France. La DGSE [Direction Générale de la Sécurité Extérieure] n’a rien à voir dans cette opération [27] et ce sont les “petits malouins” qui revendiquent le sabordage peu après :

« C’est en toute légitimité que nous avons décidé de torpiller le navire ennemi... Nous apprécions l’habilité de nos commandos sous-mariniers qui ont réussi à couler le vaisseau sans porter atteinte à la vie de l’équipage... Les solutions pacifiques sont maintenant épuisées. »

Même jour - Toulouse (31) : Découverte d’explosifs

Dans la matinée : Le dispositif d’allumage n’ayant pas fonctionné, des explosifs sont découverts devant la société SEVIP (Société Européenne de Vigilance Industrielle et Privée) assurant la surveillance de la centrale de Golfech.

Même jour - Golfech (82) : Faible mobilisation

La fête et la manifestation rassemblent peu de monde : entre 500 et 1 000 personnes (les organisateurs en espéraient 5 000).

Même jour - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Fête antinucléaire, visite perturbée

Pas de manifestation du dernier samedi du mois mais une fête antinucléaire qui réunit plusieurs milliers de personnes et où les ouvriers de la Chiers tiennent un stand. Meeting de l’intersyndicale (CFDT, FO, CGC [Confédération Générale des Cadres] sauf la CGT – majoritaire dans l’usine – car elle privilégie les négociations globales au sommet. De plus, elle est pronucléaire comme le PCF) qui déclare : “Il n’est pas exclu de nous voir aux côté des antinucléaires dans leurs prochaines manifestations, voire même de prolonger leurs actions les autres jours du mois”.
Un car venant en visite à Chooz est arrêté : ce sont des participants d’un congrès européen de producteurs d’électricité.

Dimanche 30 :

- Valence d’agen (82) :

En début d’après midi : Après une assemblée générale houleuse où s’affrontent ceux qui veulent marcher sur la centrale et ceux qui, compte tenu du faible nombre de manifestants et de l’échec de la rencontre avec la population le matin, jugent inutile la manif “offensive”.
15h : Alors que 500 personnes s’apprêtent à partir vers le site, les flics, qui sont aussi nombreux que les manifestants, arrosent le stade de grenades au chlore. Une partie des manifestants parvient à barrer la nationale 113 qui est rapidement dégagée par les CRS. Un semi-remorque est placé sur la voie ferrée Toulouse - Bordeaux et tient quelques temps. Les gardes mobiles pourchassent alors les petits groupes, s’ensuit la plus longue charge de flics (en camion) de l’histoire de Golfech : Valence-d’Agen - Moissac [à peu près 15 km].

Nuit du mercredi 02 au jeudi 03 juin - : Série d’attentats

Les actes sont revendiqués dans un communiqué par les “rescapés de Golfech”.
- Albi (81) : Bombe devant la subdivision des services EDF.
- Perpignan (66) : 4 charges devant la nouvelle gendarmerie, 4 voitures EDF détruites au centre EDF (20 millions de centimes de Fr.[30 350 €] de dégâts).
- Fraisse-Cabardès (11) : Destruction d’un pylône servant de support à la ligne THT (100 millions de Fr. [15 000 000 €] de dégâts).
- Toulouse (31) : Bombe posée devant le central de signalisation urbaine de la police. Peu de dégâts. Tirs de chevrotines contre le domicile du député socialiste, M. Louis Lareng.

Des réactions :

- Dans La Dépêche et L’Indépendant de Perpignan du 4 juin, à la suite des attentats, protestation de la fédération du PS de la Haute-Garonne qui, à propos des tirs de chevrotines sur l’habitation du député Lareng, déclare que cela “démontre la volonté de groupes extrémistes et irresponsables de s’attaquer aux personnes et aux biens refusant par là même le débat d’idées”.
Dans les Pyrénées-Orientales :
- Le syndicat FO du centre EDF “dénonce avec vigueur de tels actes qui ne peuvent être le fait que de fous, d’extrémistes réactionnaires”.
- La CGT EDF-GDF s’insurge contre de telles pratiques déclarant qu’à propos de la politique énergétique du pays “l’utilisation de la production nucléaire dans le respect des règles de sûreté et de sécurité au stade actuel du développement des sciences et des techniques, constitue un volet indispensable d’une politique énergétique répondant aux besoins de la population”.
Ci-dessous, le communiqué de presse des “rescapés de Golfech” :

EDF + PS = (CRS)

Une fois encore, le pouvoir nous a rappelé son attachement profond aux institutions démocratiques de notre pays. En effet, au cours de la manif du 29-30 mai à Valence d’Agen, 3 000 gardes mobiles et 500 civils ont participés au grand débat démocratique promis par le PS sur l’énergie nucléaire.
Ayant eu le plus grand mal à exprimer notre point de vue en cette occasion, nous avons décidé de frapper aux portes et aux fenêtres des organisations de ces festivités : EDF, flics et assimilés, PS dont la liste suit :
•Perpignan : gendarmerie, centre administratif EDF.
•Toulouse : chevrotines contre Lareng PS, central signalisation urbaine.
•Albi : centre EDF.
•Montpellier : 22 longs rifles sur la mairie, PS, bureau départemental EDF.
•Carcassonne : à Fraisse-Cabardès, pylône THT.
Pour ce qui est de l’EDF et des flics divers, notre devise est et sera toujours : pas de quartier. En ce qui concerne notre Parti socialiste préféré, il est clair qu’après avoir tant couru, nous ne marchons plus. On ne nous fera plus jamais prendre une rose pour autre chose qu’une grenade offensive. A Golfech comme ailleurs, leurs arguments sont simples : pif, paf, boum. Notre riposte se devait de l’être aussi.
A bientôt pour de nouvelles aventures.

Vendredi 04 juin - Toulouse (31) : Opération de police

Au petit matin : Une dizaine de personnes parmi les membres du CANT et leurs proches sont interpellées et entendues pendant une trentaine d’heures au sujet des attentats réalisés par les “rescapés de Golfech”. Des opérations similaires ont lieu également à Montpellier, Perpignan et dans l’Aude.

Mardi 15 juin - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] :

Une manifestation commune de sidérurgistes et d’antinucléaires met à sac le hall d’accueil de la centrale de Chooz A. Il est incendié en fin de manifestation.

Jeudi 17 juin - Dans la Pointe (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Action sur la rivière qui irrigue la centrale

Des arbres sont abattus sur la Meuse afin d’endommager le barrage. L’action est revendiquée V.V.

Samedi 19 juin - Revin (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Attaque incendiaire

Le garage de district GDF / EDF est incendié. L’action est revendiquée par V.V.

Lundi 21 juin - Dans la Pointe (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Attaque incendiaire

Un poste-frontière et un camion de chantier sont brulés. Actions revendiquées par V.V.

Vendredi 25 juin - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Attaque incendiaire

Les travaux débutent à Chooz, la route d’accès au chantier de la future centrale s’élargit. Un engin de chantier (une machine à enterrer les câbles) est incendié. L’acte est revendiqué par téléphone par un des “64 %” [référence au référendum de 1979 où le “non” à la nouvelle centrale l’avait emporté]. Les dégâts sont estimés à 600 000 Fr. [91 000 €].

Samedi 26 juin - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Manifestation commune des antinucléaires et des ouvriers de la Chiers du dernier samedi du mois, plusieurs centaines de manifestants tiennent en échec un millier de flics

C’est la marche Chooz - Vireux appelée par l’intersyndicale de la SASC [Société des Aciers Spéciaux de la Chiers] et par le Front commun. Après dislocation de la manifestation pacifique de 600 à 1 000 personnes, des affrontements très durs opposent les sidérurgistes et les antinucléaires, retranchés dans la Chiers, aux CRS et gardes mobiles. Des échanges nourris de boulons et de billes d’acier contre grenades lacrymogènes et déflagrantes se poursuivent pendant des heures. Au cours d’une action, sidérurgistes et antinucléaires empruntent un discret passage qui relie l’usine principale au bâtiment de parachèvement en passant sur le Viroin et sous la route de Najauge. Dans ce bâtiment, après maints efforts, ils réussissent à pousser un grand wagon plate-forme à l’extérieur et l’immobilisent en travers de la chaussée pour bloquer les blindés qui manœuvrent plus loin. Un véhicule militaire, venu dépanner un blindé en difficulté, est stoppé par ce barrage imprévu. Ses occupants sont évacués et protégés par des sidérurgistes. Le camion est rapidement incendié. Dans une cour éloignée des lieux d’affrontement, une fillette de cinq ans est sérieusement blessée par une grenade tirée au hasard par les flics. L’exaspération causée par cette violence policière aveugle fait sortir un fusil pour tirer sur les flics. Il faut la force de persuasion et le sang-froid de sidérurgistes et d’antinucléaires présents pour éviter l’escalade.
Des journalistes sont pris pour cibles de tirs tendus de la part des casqués, et ce malgré leur brassard identifiant la presse. Plusieurs manifestants sont sérieusement blessés. Un Saint-Quentinois est blessé à plusieurs centaines de mètres des affrontements auquel il ne participait pas. Une grenade déflagrante trafiquée, probablement tirée d’un blindé, lui crible le dos de débris de zinc et lui abîme un tympan. Inconscient, il est évacué par les pompiers à l’hôpital de Fumay où le personnel cache sa présence aux flics venus faire la “tournée” des lieux de soins. Un habitant d’un village de la Pointe subit une grave facture à la tête à cause d’un projectile lancé vraisemblablement par un manifestant imprudent. Les affrontements se terminent en début de soirée.
Bilan : 13 blessés chez les flics, et 10 personnes interpellées.

Samedi 31 juillet - Vireux (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Manifestation du dernier samedi du mois, affrontements

Les derniers samedi continuent à Vireux, Chooz étant rendu inaccessible par le dispositif policier.
Deux heures d’affrontements. Barrages, dégagements par les forces de répressions, attaques des convois de flics. Un atelier d’entretien de l’usine est saccagé, ce qui provoque la colère d’une partie des ouvriers.

Mardi 03 août - Toulouse (31) : Arrestation et soutien

Arrestation et mise en détention d’un militant antinucléaire accusé de détention de détonateurs, mèches et engins artisanaux. Il est arrêté après la découverte accidentelle d’un garage lui servant de cache, dans le quartier du Mirail.
Diverses actions sont menées pour informer l’opinion publique et obtenir sa libération.
[Par exemple, le 27 octobre, à Toulouse, ses amis et complices lâcheront des ballons et des tracts pour exiger sa libération. Dans le tract, ses amis rappelleront “qu’il reconnaît avoir stocké ce matériel en relation avec la lutte qu’il mène contre l’implantation de la centrale nucléaire à Golfech. Il est prouvé par ailleurs que ce matériel n’a jamais été utilisé”. Le 04 novembre, après trois petits mois de détention à la prison Saint-Michel, il obtiendra une liberté provisoire. Il sera jugé le 11 mai 1983 et prendra, ironie du sort, 3 mois de prison avec sursis.]

Jeudi 19 août - Toulouse (31) : Attaque à l’explosif

Les locaux de l’entreprise Dodin, qui travaille pour le compte d’EDF sur Golfech, sont partiellement détruits par une charge d’explosifs. L’attentat n’est pas été revendiqué. Dodin fabrique les ponts et les voies d’accès de la centrale.

Dimanche 12 septembre - Près de Rethel (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Nouvelle action de V.V.

Un convoi exceptionnel (un camion pelleteuse à destination du chantier) est incendié. L’action est revendiquée par “Vireux vivra ou Chooz II sautera”.

Samedi 25 septembre - Vireux (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Manifestation du samedi de fin du mois, traquenard réussi, destruction de clôtures

Douze heures d’affrontements. Sept arrestations dont quatre parisiens qui sont écroués pour transport d’armes, participation à une manifestation armée et vol de voiture.
Lors de l’une de ces manifestations [nous ne sommes pas certain que les faits qui suivent correspondent à cette date], des véhicules blindés de reconnaissance dégagent les barrages à Vireux et signalent comme étant libre le passage au reste du convoi policier. Dans l’intervalle, cependant, un barrage de grumes est refait par les manifestants et stoppe cependant de longues minutes les cars, camions bâchés et véhicules légers des gradés en plein Vireux. Le convoi arrêté est assailli de toutes parts. Depuis la cour d’une école, des sidérurgistes envoient sur les flics des grenades lacrymogènes récupérées intactes lors de précédents affrontements. L’éclairage public a été coupé au moment opportun et c’est dans le noir que les flics répliquent : ils ignorent la présence d’un grillage qui leur renvoie leurs projectiles, grenades déflagrantes et lacrymogènes. Dans les cars et les camions bâchés, c’est la panique ; asphyxiés et assourdis, les flics goûtent leur camelote. A l’arrière, le convoi est assailli à coup de pierres et de cocktails incendiaires. Finalement, et non sans mal, le convoi réussit à se dégager du piège.

- Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Une clôture provisoire autour du chantier de Chooz B est arrachée sur plusieurs centaines de mètres.

Lundi 27 septembre - Colomiers (31) : Attentat

0h45 : Une charge d’explosifs endommage sérieusement le domicile d’Alex Raymond, président PS du Conseil Régional de Midi-Pyrénées et député-maire de Colomiers qui a signé le protocole d’accord entre EDF et la région sur l’implantation de la centrale. Cet attentat survient le jour même de la visite de François Mitterrand en Midi-Pyrénées.
Le matin : Le GIGN (Groupe d’Intervention contre la Gauche Nucléaire) revendique l’action.
Dans La Dépêche des 28-29 septembre et du 1er octobre 1982, diverses réactions après l’explosion :
- Alex Raymond [Président du Conseil Régional Midi-Pyrénées, PS] déclare : “Je ne comprends pas [...] il s’agit d’un acte purement gratuit [...] l’opinion jugera”.
- Le PS, lui “se déclare choqué et profondément bouleversé par l’attentat dont a été victime cette nuit Alex Raymond [...] Devant ces provocations, la gauche doit se mobiliser et affirmer sa détermination d’œuvrer pour le changement en soutenant l’action du président de la République. Pour le changement, contre les attentats de toutes sortes, pour la paix.
- Le Conseil municipal de Colomiers “tient à affirmer sa solidarité à son maire et soutient ses actions” et trouve le procédé “injustifiable”.
- La FEN (Fédération de l’Éducation Nationale) de la Haute-Garonne dit : “des procédés s’apparentant au fascisme”.
- La CFDT de la Haute-Garonne “qui est opposée au nucléaire condamne avec fermeté les attentats commis au nom de l’opposition nucléaire”.

Jeudi 14 octobre - Toulouse (31) : Le PS dans les choux

03h30 : Le siège de la fédération du PS de Haute-Garonne est pulvérisé par une charge d’explosifs. La presse parle de 15 à 20 kg de dynamite. L’ensemble de la presse et des groupes politiques de la région s’empressent de dénoncer “l’odieux” attentat. Celui-ci n’est pas revendiqué, mais une inscription est retrouvée sur un des murs de l’immeuble : “A Vireux, à Chooz, les CRS, en Pologne, la milice, sont contre les ouvriers et les travailleurs”.
Vers 17h : 250 à 300 personnes se sont rassemblées devant les locaux dévastés du PS, rue Lejeune. Des responsables du Parti communiste et MRG sont présents. Tony Briançon, secrétaire départemental du PS, condamne au micro “la violence exercée contre les partis de gauche”, précisant quant aux auteurs que son “naturel démocratique lui fait soupçonner l’extrême droite” (Toulouse-Matin, 15.10.1982).

Dimanche 24 octobre - Nogaro (32) : Pousse-café

Un engin explosif (gros pétard ?) atterrit contre la maison de Lydie Dupuy, députée socialiste du Gers. De légers dégâts viennent troubler le repas familial ainsi que Bertrand Delanoë, porte-parole du PS, invité. Le “pousse-café” détonnant ne sera pas revendiqué. Il s’agit peut être d’un geste de producteurs d’Armagnac et de Floc, furieux contre Lydie qui a voté une augmentation de la taxe sur les alcools.

Lundi 25 octobre - Revin (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Destruction des locaux d’EDF

L’intersyndicale et des sidérurgistes organisent un arrêt de travail à la Chiers et le départ en car pour 200 d’entre eux pour aller saccager la perception de Fumay et le siège de district EDF à Revin.

Samedi 30 octobre - Dans la Pointe [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Création de médias alternatifs, pas de manifestation du samedi mais affrontements

“Radio la Pointe” est lancée en remplacement de la radio “Chooz’f qui peut” qui émettait épisodiquement. Un nouveau journal est crée, lui aussi intitulé la Pointe et sous-titrée “mensuel issu de la résistance des Ardennais de la Pointe”, allusion ironique à la presse locale. Ces deux nouveaux moyens d’information sont les outils des deux luttes, antinucléaire et sidérurgiste.

Même jour - Vireux (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Nouveaux affrontements

Le soir : Sidérurgistes et antinucléaires se retrouvent à Vireux pour affronter les flics jusqu’au matin. Blocage des deux ponts et attaque de la gendarmerie du village. Deux sidérurgistes sont arrêtés et tabassés. Il y a également quatre interpellés. L’intersyndicale exige leur libération qui a lieu le lendemain matin.

Mercredi 10 novembre - Villers-le-Tourneur (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Attentat

Une pelleteuse d’Urano (entreprise ardennaise de travaux publics participant au chantier de Chooz B) est détruite par une bombe incendiaire artisanale. Le même dispositif, effectué également sur une niveleuse, ne fonctionne pas.

Même jour - Revin et Givet (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Rassemblement pour les inculpés

Un rassemblement antinucléaire a lieu devant les gendarmeries de ces villes respectives. Ils obtiennent l’élargissement de leur contrôle judiciaire.

Lundi 22 novembre - Saint-Sardos (82) : Des armes et des explosifs

Les gendarmes, alertés par des chasseurs, découvrent dans un bois deux malles d’armes et d’explosifs. Les trois occupants de la ferme voisine sont aussitôt arrêtés et écroués à la prison “Beau-Soleil” de Montauban. Après analyse policière, les explosifs retrouvés sont de la dynamite F15, ils feraient partie d’un lot dérobé en Ariège, quelques temps auparavant, et auraient déjà été utilisés dans des attentats antinucléaires dans les régions de Golfech.
La personnalité et l’engagement politique des trois incarcérés provoquent un véritable délire médiatique. La presse locale et nationale fait les gros titres sur la filière sud-ouest de l’organisation Action Directe [28], le terrorisme international, le grand banditisme et bien sûr l’amalgame est fait avec les actions antinucléaires. En fait aucun élément ne permet de faire le lien entre le matériel découvert et les personnes incarcérées et encore moins avec des actions contre Golfech. La baudruche se dégonfle très vite, avec la libération quelques jours plus tard des deux premières personnes et après huit mois de prison préventive, de la troisième à qui la police avait fait endosser la propriété du matériel.
Huit mois de prison pour rien.
Il n’y eut jamais de personne condamnée dans cette affaire.

Même jour - : “Les chemins de l’électricité” tombent à l’eau

EDF décide, à la suite de nouvelles menaces, d’annuler l’exposition montée sur la péniche Niagara. Remise à neuf, après l’attentat du 30.05.1982, elle devait reprendre son périple dans le Sud-Ouest... C’est la chute de Niagara !

Mardi 23 novembre - Charleville (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Procès des quatre Parisiens

Les Parisiens écroués à Châlons-sur-Marne depuis septembre passent en procès. Trois sont libérés en attente du délibéré le 14 décembre.

Samedi 27 novembre - Chooz [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Manifestation du dernier samedi du mois

Affrontements habituels.

Dimanche 12 décembre - Dans la Pointe [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Attaque incendiaire

Un camion pelleteuse est incendié (action revendiquée par “Vireux vivra ou Chooz II sautera”).

Lundi 13 décembre - Toulouse (31) : Perquisitions et interpellations

[Fin novembre 1982, le hasard ou le propriétaire mène le SRPJ de Toulouse à une cache située au centre-ville ; il y découvre 80 kg de dynamite, des détonateurs. D’après les enquêteurs, ces explosifs font partie d’un lot de 200 kg volé en mai 1982 sur un chantier EDF dans l’Ariège. Pendant trois semaines, la PJ, espérant la venue du locataire, met en place une souricière qui ne donne aucun résultat.]
Le 13 décembre, sur commission rogatoire d’un juge d’instruction du Parquet de Foix (Ariège), la PJ interpelle deux militants libertaires qui seront relâchés, pour le dernier, après 48 heures de garde à vue. Une perquisition a également lieu dans les locaux du CRSA [29] sans qu’aucun membre de l’association ne soit présent. Les locaux sont mis à sac, des documents, du courrier et trois machines à écrire appartenant au CRSA sont emportées et mis sous scellés (ces documents et machines n’ont toujours pas été restitués). Trois jours plus tard, la personne prêtant le local au CRSA se présente à la PJ. Elle est longuement interrogée (garde à vue de 24h) sur les activités de l’association de même que sur la prise en charge du journal Toulouse haute tension, ainsi que sur tout ce qui concerne les archives de la lutte antinucléaire de Golfech.

Jeudi 16 décembre - Toulouse (31) : Action de représailles

Charge d’explosifs contre les locaux de la direction régionale de la CGE-Alsthom, spécialisée dans l’appareillage électrique et qui participe aux travaux de la centrale. Le lendemain, le groupe EDF (Expression Du Futur) revendique auprès de Canal-Sud (radio libre, ex Radio Barbe Rouge) l’opération par un communiqué titré “Non au nucléaire et à Golfech”.
Le texte fait allusion à Claude-Henry Mathais (dont le corps a été retrouvé la semaine dernière dans la Garonne [30]]) ; il souligne l’activité de la société CGE (Compagnie Générale des Eaux) Alsthom et se termine sur ces mots « face à ce qu’ils nous font subir et aux risques que comporterait la mise en route d’une telle centrale, notre réponse est mince mais nous ferons des progrès ».
Pour La Dépêche du 17 novembre 1982 : “Ce nouvel acte de terrorisme” confirme les propos de M. Ques, directeur du SRPJ de Toulouse qui, lors d’une récente conférence de presse, affirmait que “d’autres dépôts d’armes et d’explosifs se trouvaient encore à Toulouse et dans sa banlieue”.

Courant décembre - [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Découverte embarrassante

Un antinucléaire travaillant aux Télécoms découvre que le porte-parole du Front commun était placé sur écoute téléphonique illégale – non autorisée par une autorité judicaire. Il paraît probable que d’autres antinucléaires sont aussi illégalement écoutés, notamment les plus actifs des Calcéens… Ce que dément bien sûr la préfecture.

Jeudi 23 décembre - Toulouse (31) : Eclat médiatique

01h25 : La station régionale de FR3 Toulouse-Midi-Pyrénées est sérieusement touchée par une puissante charge d’explosifs.
L’engin a été déposé à l’intérieur des locaux abritant le centre distributeur de modulation. les dégâts sont évalués à plus de 5 millions de Fr. [758 700 €]. Les émissions ont pu continuer presque normalement, des appareils de secours ayant remplacé ceux détruits. Le sigle GAA était retrouvé à proximité de l’explosion.
Le lendemain, le Groupe d’Action Anarchiste revendique par téléphone l’attentat, un communiqué du groupe parvient à la presse les jours suivants.
Ci-dessous le communiqué « Quand c’est insupportable, on ne supporte pas... » dans lequel le GAA affirme que l’assassinat de Mathais « est une exécution politique dont le pouvoir est responsable ».

Des réactions :

- Dans La Dépêche et Toulouse-Matin du 24 novembre 1982, condamnant l’atteinte aux moyens d’expression publique, les syndicats CGT, les partis politiques de gauche et de droite ainsi que diverses personnalités expriment leurs indignations et réprobations devant cet acte.
- Le PC réclame “des enquêtes et mesures afin que cessent de tels actes dont les auteurs doivent être recherchés et jugés avec sévérité”.

Les deux futurs prétendants au poste de maire (les élections municipales ont lieu en mars 1983) condamnent également l’attentat :

- Pour Gérard Bapt : “Quel que soit le groupuscule qui peut être mis en cause, tout le monde sait qu’ils sont manipulés par les milieux de la droite musclée... Cet odieux attentat, qui après les organisations de gauche ou syndicales frappe un moyen d’information, doit être une raison de plus pour tous les républicains de s’unir et de faire échec aux revanchards de tous poils, y compris ceux qui se cachent derrière le masque de l’apolitisme”.
- Dominique Baudis reprend un vieux slogan, “insuffisance des effectifs de police”, qu’il utilisera fréquemment et avec insistance au cours des années 1980 et 1990. “Il s’agit-là d’une nouvelle dégradation de la situation de la sécurité à Toulouse, la raison fondamentale étant l’insuffisance des effectifs de police. les pouvoirs publics sont restés sourds aux appels renouvelés de la municipalité”.

“Quand c’est insupportable, on ne supporte pas...”

Les faits : le 29 novembre 1981, lors de la manifestation antinucléaire à Golfech, les gendarmes de Valence-d’Agen menacent Claude Henri Mathais et d’autres antinucléaires en ces termes : “Si vous continuez, on vous colle une balle dans la tête et on vous fout à la Garonne”. Le 8 décembre 1982, après une soi-disant longue enquête de la gendarmerie, le corps de C.H. Mathais, assassiné, est repêché dans la Garonne ; le même jour, sa voiture est retrouvée “par hasard” près d’un lotissement habité par des gendarmes, alors qu’elle y a probablement séjourné près de 3 semaines. La police et la presse rivalisent dans la crapulerie, brandissant l’homosexualité connue de CHM, voire un règlement de compte politique. Depuis plusieurs années, nous avons mené des actions diverses : contre des entreprises travaillant pour la centrale de Golfech, contre des personnalités directement responsables d’une politique mensongère et policière, faisant en sorte que personne ne soit ni blessé ni tué lors de nos opérations. Aujourd’hui, l’assassinat de CHM ne fait aucun doute pour nous. Il s’agit d’une exécution politique dont le pouvoir est responsable, quel que soit le bras qui a accompli la besogne (flic de droite, gendarme, petit patron, agresseur anti-pédé, homme de main, vigile...). Il est clair que le pouvoir (qu’il soit de droite ou de gauche) se devait de mettre fin aux agissements des opposants au programme nucléaire, tâche assez facile vu la démobilisation générale et la position des médias. Tous les tenants et représentants de la bourgeoisie (syndicats, patronat, EDF, flics, politiciens, magistrats...) ont réuni leurs forces et leurs moyens pour dénigrer les actes perpétrés contre la politique nucléaire, avec la collaboration de la presse, FR3 et La Dépêche du Midi en particulier. Ils ont volontairement et systématiquement tronqué les communiqués, menti sur nos motivations politiques réelles, alors qu’ils étaient au courant, criminalisant ainsi tout acte de révolte. L’amalgame et la confusion sciemment entretenus pour isoler du mouvement social mécontent les tendances les plus radicales, ont contribué à reprendre la stratégie de la tension chère à la droite. Pour ça, tout a été bon : les terroristes de droite et les Palestiniens, les crimes crapuleux et la violence de la jeunesse délinquante, Action Directe et Carlos [31], les Brigades Rouges [32] et les homosexuels, les opposants au nucléaire et les assassinats dans le métro, les sabotages économiques et les petits vieux torturés ; tous ceux-là, à en croire les journalistes, constitueraient le “terrorisme international”.
Le gouvernement, dans sa décision de construire Golfech (et d’autres centrales), a dépassé le seul but, la seule finalité, d’une décision politique et pour ceci a blanchi la violence verbale et physique développée par tous les élus. En bref, leur but, couvrir sans limite et donner l’impunité totale à tout ce qui permettra la continuation de la politique pronucléaire, avec tout ce qu’elle entraîne comme arsenal judiciaire, patronal et policier. Pour nous, issus de divers groupes d’opposition à la politique étatique, refusant la délégation du pouvoir à tout parti quel qu’il soit, nous sommes de plus en plus déterminés à dénoncer par tous les moyens, la veulerie généralisée, la politique du mensonge, l’encadrement policier ; nous ne croyons pas que la gauche soit meilleure que la droite.
Ce pouvoir qui se gargarise de mots fourre-tout comme “démocratie”, “progrès social dans la paix”, “culture” et autres pièges à cons, ne se gêne pas pour reprendre les crapuleries de la droite et en faire son bâton-matraque de pèlerin, d’une politique résolument tournée vers un quadrillage total des individus (fichiers informatiques, contrôles divers accrus, reprise des accords anti-terroristes, remise en cause du droit d’asile, augmentation des services de police et des îlotiers...) pour tenter de museler toute expression autonome. Le pouvoir reste et restera toujours le pouvoir, les patrons et la bourgeoisie seront toujours les détenteurs de l’économie, de la justice, de la répression.
Après l’assassinat de CHM, nous tenons à être clairs, le pouvoir a tiré la première balle, nous ne serons pas les prochaines victimes de cette politique, nous n’accepterons plus d’être criminalisés et sans tomber dans le piège du jusqu’auboutisme avant-gardiste, nous saurons apporter une réponse et une attaque à la mesure de la répression engagée.

Communiqué n° 1 Groupe d’Action Anarchiste

1983

Lundi 04 janvier - Agen (47) : “Petit pet dans la capitale du pruneau !”

Le siège du Parti socialiste fait les frais de dynamiteurs anonymes. Selon les enquêteurs, les soupçons se portent vers Toulouse. Les explosifs utilisés seraient identiques à ceux utilisés dans divers attentats commis à Toulouse dans le dernier trimestre de l’année 1982. L’acte n’est pas revendiqué.

Déclaration de C. Laurrissergues, député PS d’Agen :Un attentat, anonyme de surcroît, est toujours un acte démontrant la faiblesse idéologique de ceux qui le mettent en œuvre. Le débat, l’affrontement des idées sont source d’enrichissement pour la démocratie et sont souhaitables. Mais faire sauter à l’explosif le siège d’une organisation démocratique comme le PS, qui, dans toutes les circonstances, a su faire preuve de tolérance et de compréhension et su défendre toutes les libertés lorsqu’elles ont été mises en cause ainsi que les minorités, est une lâcheté qui n’honore pas ses acteurs et démontre, si cela était nécessaire, leur médiocrité. Je dénonce ceux qui, par leur méthode totalitaire, portent atteinte à la démocratie de notre pays, servant ainsi les intérêts de la droite et de la réaction.”

Mardi 05 janvier - Paris (75) : Le Secrétaire d’Etat chargé de la sécurité rassure le député de Haute-Garonne

A la suite de l’attentat contre le siège du PS le 14.10.1982 (Cf. chronologie), s’inquiétant de “la vague de terrorisme”, Gérard Bapt, député PS de la Haute-Garonne, avait écrit à Joseph Franceschi (secrétaire d’Etat chargé de la Sécurité publique) lui proposant de “venir en personne prendre conscience de la situation” et lui demandant “de mettre en place à Toulouse un « M. Anti-Terroriste » ainsi qu’une équipe de spécialistes [...]”. Mais “Paris” n’a pas attendu le courrier du député Bapt pour agir. Comme le précise Franceschi dans sa réponse du 05 janvier.1983, “[…] des mesures de lutte contre le terrorisme ont été adoptées tant sur le plan opérationnel que sur celui de la coordination des services”. Ces propos sont confirmés par Superman 3 (brochure éditée à Toulouse par des libertaires en septembre 1983) qui révèle que depuis “l’été 1982, est arrivée sur Toulouse une équipe des Renseignements Généraux, spécialisée dans la lutte anti-terroriste”.
Ci-dessous, la réponse de Franceschi à Gérard Bapt, publiée par La Dépêche du 12.01.1983, et une partie du texte “Sans préambule” extraite de la brochure Superman 3 qui traite de l’activité des forces de répression dans la région de Toulouse.

« Monsieur le Député,
A la suite des récents attentats dirigés à Toulouse contre des bâtiments publics ou sièges d’organisations politiques ou syndicales, vous m’avez demandé d’envisager les mesures susceptibles de renforcer l’action anti-terroriste et d’améliorer la sécurité de vos concitoyens. Depuis longtemps en effet la situation dans cette ville préoccupe les pouvoirs publics nationaux et locaux, du fait de l’existence à Toulouse et dans sa région de groupuscules extrémistes engendrés dans le passé par la proximité du territoire espagnol, plus récemment par certains éléments de la contestation antinucléaire. De nombreux résultats ont déjà été obtenus, caractérisés par le démantèlement de réseaux terroristes, la découverte et la saisie de dépôts d’armes, de munitions et d’explosifs importants. Comme vous, j’estime que ces résultats doivent être amplifiés. Depuis mon arrivée au Secrétariat d’Etat à la Sécurité publique et conformément à la volonté du Président de la République, des mesures de lutte contre le terrorisme ont été adoptées, tant sur le plan opérationnel que sur celui de la coordination des services. A cet égard, je demande à M. Jean Duraud, conseiller technique à mon cabinet, d’effectuer, en liaison avec les autorités locales concernées, une mission sur place afin d’en développer les effets et de me dresser un rapport précis sur les mesures nouvelles à mettre en œuvre. Sur le plan de l’amélioration générale de la sécurité, j’ai décidé d’accroître de façon significative en 1983 les effectifs de la police en tenue à Toulouse Ces effectifs s’ajouteront aux fonctionnaires supplémentaires qui ont pris leurs fonctions le 1er octobre dernier au titre des emplois créés par la loi de Finances pour 1982. Le détail en sera notifié dès l’achèvement en cours de la répartition définitive des créations du budget 1983 sur le plan national.

Je vous prie de croire, Monsieur le Député, à l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Joseph Franceschi  »

“Sans préambule”

« Depuis 1974 de nombreux attentats perpétrés dans la région ont donné prétexte aux flics toulousains à des stratégies différentes. De 1974 à 1979, après chaque attentat le SRPJ, cautionné par de nombreuses commissions rogatoires en blanc, perquisitionne systématiquement un certain nombre d’individus. Cinéma habituel, pistolet au poing, dès 6 h du matin, une escouade de marlous tambourine aux portes. Fouilles systématiques, menaces, puis tout le monde est emmené au poste 24 h ou 48 h. Lors des perquisitions, les portes sont fracturées, les serrures cassées, les fenêtres brisées, le mobilier dérangé, le courrier personnel est lu, des objets disparaissent, des machines à écrire, photos, livres, documents sont saisis et jamais rendus ; des voisins sont frappés, d’autres sont perquisitionnés, et bien souvent les perquisitions sont faites sans témoin. Revenant bredouilles à chaque fois, les flics décident alors de ficher un maximum de gens. Grâce aux écoutes téléphoniques mises en place, ils enregistrent les appels des relations, des amis, familles. Ceux-ci sont fichés puis perquisitionnés à leur tour, carnets d’adresses recopiés, puis petit à petit, les amis des amis, tables d’écoute et surveillance sont de plus en plus monnaie courante, et tous ces noms rejoindront sans nul doute le fichier VAT (Violence, Attentat, Terrorisme). Ce fichier qui réclame 60 000 noms et, par ce simple fait, des pratiques draconiennes pour les obtenir. Les pressions sur les propriétaires existent aussi, la réputation avec le voisinage après les opérations discrètes ne favorisent pas les relations dans le quartier. A une époque pas très lointaine, les flics utilisaient le téléphone pour paniquer sinon déranger les esprits, coups de téléphone anonymes à toute heure du jour et de la nuit, des embrouilles en tous genres, des flics qui se font passer pour des amis et donnent des rendez-vous dans des bistrots, là bien sûr, les civils ne sont pas loin... Quel est le but de la manœuvre ? Faire chier pour le plaisir, stratégie nouvelle. Mystère... En été 1982 est arrivée sur Toulouse une équipe des Renseignements Généraux [en gras dans le texte] spécialisée dans la lutte anti-terroriste. Ceux-ci n’ont pas de contact officiel avec les autres corps de police, leur travail consiste à essayer d’infiltrer, de surveiller, faire des filatures, écouter les téléphones, centraliser les informations. Constituée de 11 personnes, cette équipe très discrète passe parfois à l’action. Lors de la manif du 30 mai à Golfech en 1982, certains d’entre eux se mêlent aux manifestants antinucléaires, ils participent aux affrontements et dénoncent les plus durs à leurs collègues, puis ils votent l’occupation de la voie ferrée à Valence d’Agen. A la manif du 19 décembre, toujours à Valence d’Agen, plusieurs d’entre eux se feront remarquer parmi les manifestants, bref sans encore nous attarder, disons une bonne fois pour toutes que leur présence n’est plus clandestine depuis leur arrivée, alors Messieurs, restez-en au tennis, ça vous va si bien.
Notons que la surveillance dont nous faisons l’objet ressemble plus à de l’intimidation. N’y a-t-il pas une liste de numéros d’immatriculation correspondant aux voitures des “suspectés terroristes ” qui traîne dans tous les véhicules de la Sûreté urbaine ? Des voitures de la BSN (Brigade de Surveillance de Nuit) ne font-elles pas des passages fréquents sinon des factions de plusieurs heures devant nos appartements ? Les faux bruits sciemment divulgués à la presse ne sont-ils pas téléguidés par des fonctionnaires plus haut placés ?... Quant à l’attitude des flics lors des perquisitions et des interrogatoires, les bavures sont toujours omniprésentes car ne l’oublions pas : si les journalistes mentent par métier, les flics eux tuent par plaisir. A quand les assignations à résidence, les arrestations de prévention ?
On voudrait nous faire taire et, comme disait ma grand-mère, c’est plus facile à dire qu’à faire. »

La pie qui chante

Samedi 29 janvier - [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Déclin de la lutte

Le Front commun et le Front d’action organisent à nouveau une caravane d’information et protestent contre les mesures d’exception à leur encontre (interdiction de circuler dans la Pointe pour toute voiture immatriculée hors des Ardennes, interdiction préfectorale de tous types de manifestation et rassemblement, contrôles systématiques et quadrillage du territoire, etc.). Mille CRS et gardes mobiles sont déployés contre cinquante manifestants, trente sont interpelés mais tous sont relâchés.
Radio la Pointe est brouillée par les autorités.

Lundi 04 avril - Toulouse (31) : “Sache que ta meilleur amie, Prolétaire, c’est la chimie” [33]

Après minuit : Attentat à l’aide d’explosifs contre le siège de l’Union patronale et contre une société à Aucamville dirigée par Alain Géraud, président de cette même union patronale. Les deux actions sont revendiquées par le Groupe Autonome Anarchiste (GAA) qui avait déjà signé l’explosion du 23 décembre 1982 à Toulouse (Cf. chronologie). De nombreux articles de presse parlant de “dégâts importants”, tout ce beau monde s’indigne, mais personne ne parle du rôle du syndicat patronal dans la société.

18 mai 1983 - Paris (75) : Claude Calimez prend du grade

Claude Calimez, le préfet de police de Toulouse est nommé au Conseil des ministres. Il est chargé de coordonner les différents services de police contre le “terrorisme”. Il sera surnommé “Calimez de la paix” par les “rebelles” toulousain dès sa prise de fonction en juillet 1983.

Jeudi 14 juillet - Toulouse (31) : Bienvenue M. le Préfet !

Dans la nuit : Attentats à l’aide d’explosifs contre les sociétés ITN-Eurodinex (filiale de Matra) et Fougerolles, participant au chantier de Golfech.
Les dégâts sont importants. Les actes sont revendiqués par “Un nouveau groupe jusqu’ici inconnu”. Une sorte de bienvenue à Calimez, Préfet de police qui vient de prendre ses fonctions. Les auteurs des attentats déclarent dans un communiqué qu’ils ont « mis à l’amende » les deux sociétés pour leur collaboration à Golfech et affirment ceci : « Notre combat s’avère dur si l’on considère que 140 000 personnes et des centaines d’entreprises vivent directement du programme nucléaire, mais il nous reste des idées, du matériel et du temps. »

Réaction de l’Union patronale, dans La Dépêche du 18.07.1983 :
Alors que nous traversons une crise sans précédent, il est impensable que des entreprises soient agressées pour avoir accepté des marchés propres à assurer leur survie et l’emploi de leurs salariés. le prétexte antinucléaire est utilisé depuis plusieurs mois à Toulouse pour déstabiliser la vie régionale : élus locaux plastiqués, commerces du centre ville saccagés, installations publiques ou privées détruites par explosifs. L’Union patronale qui a été elle-même la cible des terroristes en avril dernier, exprime la solidarité totale avec les victimes et demande aux pouvoirs publics de mettre un terme définitif à ces violences inqualifiables.

Nuit du dimanche 07au lundi 08 août - Moissac (82) : Destruction massive

Attentats contre les entreprises Culetto et Spie-Batignole travaillant pour le chantier de la centrale atomique de Golfech. Dans l’enceinte de l’entreprise Culetto [34], plus de 20 charges d’explosifs détruisent 25 camions, des bulldozers, des pelles mécaniques, une centrale mobile à béton et un hangar de 1 200 m2 abritant des camionnettes. A deux cents mètres de là, c’est la centrale à béton appartenant à Spie-Batignole qui est pulvérisée. Les dégâts, considérables, sont évalués à deux milliards de centimes de Fr. [303 550 €].
Le mouvement antinucléaire “Un étrange commando d’experts en explosifs” (La Dépêche, 09.08.1983) revendique auprès de l’AFP les sabotages :

« A qui le tour ? Culetto, le roitelet en travaux publics de Moissac a fini de régner et d’exploiter sur les Moissagais. Et cela après l’avertissement de cesser tous travaux sur Golfech. Toutes les entreprises qui continueront le même processus subiront le même sort. »

Des réactions :

- “20 millions de Fr. [303 500 €] de dégâts et 500 emplois menacés” titre La Dépêche Tarn-et-Garonne (09.08.1983).
- Vives protestations de la part de la fédération nationale du bâtiment, de l’Union patronale de Midi-Pyrénées, de la fédération départementale du MRG pour qui cet acte ne peut être que “l’œuvre d’éléments irresponsables agissant au mépris de la situation économique déjà difficile…
- Le PCF du département : “Avec la recherche des coupables, ce qui doit être prioritaire maintenant c’est la mise en œuvre de tous les moyens pour garantir l’emploi à tous les salariés des deux entreprises touchées.
- J-M. Baylet, député de la circonscription, se déclare profondément choqué par ce nouvel attentat et souligne à FR3 Toulouse “qu’il ne fallait pas confondre les antinucléaires qui se sont opposés à la construction de la centrale de Golfech avec les terroristes qui ont fait près de deux milliards de centimes de dégâts, ces jours derniers à Moissac”.
Tous demandent aux pouvoirs publics de prendre des mesures propres à assurer la sécurité des entreprises travaillant pour la centrale.

Dimanche 21 août - Castelsarrasin (82) : Quand les méchants ont peur…

Le préfet Diemer, accompagné de représentants de la gendarmerie, de la police et d’EDF, réunit une quarantaine d’entrepreneurs du Grand Sud-Ouest pour aborder le problème de la protection des entreprises travaillant à l’édification de la centrale. Le préfet conseille aux patrons de confier la surveillance de leur entreprise à des sociétés spécialisées et de prendre une bonne assurance. “N’hésitez pas à nous contacter dès que vous voyez quelque chose de suspect. Le commando de Moissac avait minutieusement préparé son affaire et avait longuement repéré le secteur. On aurait dû s’apercevoir que des individus rôdaient autour des lieux”, affirme le colonel Gaillègue.

Ci-dessous, l’interview de deux auteurs du sabotage de l’entreprise Culetto à Moissac, extraite de Toulouse la canaille (brochure publiée fin 1983 par des libertaires).

Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre.

• La presse a présenté les auteurs de l’attentat de Moissac tantôt comme appartenant à une organisation terroriste, tantôt comme des écologistes musclés, tantôt encore comme des anarchistes... Qui êtes-vous ?

Groucho : Tout d’abord, chacun s’exprime en son nom personnel et c’est tout. Et c’est dire déjà qu’il nous est impossible de parler au nom d’une organisation qui n’existe pas. Nous nous reconnaissons comme une des composantes du mouvement libertaire, ce qui nous laisse le créneau confortable d’une absence d’étiquette idéologique précise et l’appartenance malgré tout à une démarche collective qui se veut mouvement, donc dynamique, avec la prétention de nous exprimer par nos interventions plutôt que par nos états de service ou notre bibliographie. De fait, contrairement aux partis et organisations dont une idéologie figée détermine la stratégie, c’est chaque moment de l’histoire – on peut appeler ça l’actualité (bien loin de l’institution “actualités” qui distille, embrouille ou matraque cette actualité) – qui détermine nos choix, nos luttes.

• Vous reprenez donc à votre compte les reproches et les critiques que bon nombre d’anciens gauchistes développent actuellement au cinéma ou en littérature ?

Groucho : Les cocus du gauchisme pleurent sur leurs années perdues dans l’attente du Grand Soir. Ils ont voulu jouer les instituteurs de la révolution, mais leur classe a pris la clef des champs ! Nous, nous sommes simplement acteurs ou solidaires de moments subversifs, collectifs ou individuels, ni leaders d’une classe, ni gestionnaires d’un mouvement révolutionnaire... D’où nos regroupements occasionnels à partir de révoltes, réflexions, volontés individuelles, même si elles sont partie prenante d’un projet global. Et notre force / fragilité repose et tient à ce respect de la disponibilité ou de l’absence du “camarade” à tel ou tel projet, et non plus sur la grandeur et la servitude d’un devoir à remplir. Un projet qui s’effondre parce que ses supporters n’ont pas eu la force de le mener est un projet trop prétentieux. On n’est pas des bêtes... Simplement nous revendiquons l’organisation réelle, celle qui se réalise sur des tâches concrètes, dont les perspectives ne se situent pas dans la nuit des temps, et qui se dissout d’elle-même quand sa raison d’être est terminée : quelques personnes ont saboté l’entreprise Culetto et le boulot terminé sont retournées au bal. Comme tout un chacun, nous nous efforçons de prendre en main notre histoire, l’histoire enfin débarrassée de toutes les majuscules d’opérette qui l’encombrent.

• Vous semblez définir une intervention ponctualiste. Pourtant la stratégie du sabotage économique qui se développe contre Golfech suppose une continuité dans le temps. Vous inscrivez-vous dans cette stratégie, et si oui, pourquoi ?

Harpo : Une tâche n’a dans le temps que les limites que nous lui imposons, tantôt à court terme, tantôt à long terme, tout dépend de la stratégie adoptée. Lorsque nous pratiquons le sabotage économique sur Golfech, nous nous attaquons aux tenants du capital, en mettant l’accent sur l’aspect anticapitaliste de la lutte antinucléaire. Les accointances entre EDF et le patronat, les super profits engendrés par l’industrie nucléaire, les regroupements d’intérêts, sont ainsi dénoncés. Cependant la plupart des entreprises qui travaillent pour EDF n’ont pas les reins assez solides pour supporter nos coups de colère dévastateurs. Sans le soutien total de l’Etat, elles seraient condamnées à la faillite. Le sabotage maintient une pression constante sur le pouvoir, l’obligeant à offrir des garanties financières et de sécurité de plus en plus élevées à des patrons qui perdent confiance. Et, comme chaque attentat s’additionne aux précédents, la note s’alourdit, s’alourdit, Golfech s’enchérit, s’enchérit, et nous on rit, on rit. Psychologiquement, le sabotage crée un climat d’insécurité permanent chez les exploiteurs de tous poils. Eux qui croyaient réaliser des super profits en toute impunité sont amenés à s’interroger sauvagement : “Irai ? Irai pas ?”. Nous pensons aussi que chacun d’entre nous avait le sentiment qu’il fallait frapper vite et fort (les travaux ne faisaient que commencer) tout en désignant une nouvelle forme de lutte possible ; par exemple, le blocus pacifique ou pas de toutes les entreprises travaillant sur le site et retarder les travaux au maximum.

• Vous considérez-vous comme des professionnels, des spécialistes du sabotage, étant donné l’étendue des dégâts infligés à l’entreprise Culetto ?

Groucho : Tout autant que nous sommes journalistes spécialisés quand nous écrivons un article, un tract, un certain souci d’efficacité ne signifie “spécialiste” que dans les phantasmes des journaleux... Savent-ils, ces “spécialistes” de la plume qu’en nous définissant ainsi de “spécialistes terroristes”, ils participent à un processus, non seulement qu’ils ne maîtrisent pas mais qui, de plus, un jour prochain, va se retourner contre eux ; un jour, de plus en plus proche, où d’autres journalistes vont définir certains de leurs confrères “spécialistes sur les terroristes” ; et ces confrères-là vont faire les frais de surveillances ou de tracasseries policières quand ce n’est pas d’interrogatoires musclés. Qu’on se rappelle l’aventure des journalistes de Canal Sud à Toulouse, préparant une émission sur le terrorisme et incarcérés, interrogés, frappés, à ce titre, dans les geôles du commissariat central. Les journalistes, pris au jeu des titres ronflants, collaborent par leurs dénonciations hâtives à cette entreprise de criminalisation de la subversion et aident à la mise en place de l’appareil répressif dont demain, avec d’autres, ils pourront faire les frais. Pour en revenir à notre pseudo-spécialité, n’y voyez qu’une question de temps, de moyens et de contexte. Quand vous décidez de sortir un texte, vous essayez de le rendre le plus clair et le plus percutant possible ; si vous décidez de saboter une entreprise, vous essayez de faire le plus de dégâts possible, sans danger pour qui que ce soit. La réflexion politique, dans un contexte donné, amène certaines décisions, certains projets : leur réalisation n’est plus qu’une affaire de moyens techniques. Quelquefois nous avons le choix, le plus souvent nous utilisons les seuls moyens à notre disposition : un stylo, des allumettes... et un goût démesuré de la rigolade !
L’offensive réactionnaire des partis et syndicats de gauche contre le sabotage de la production et l’outil de travail nous marginalise effectivement dans cette forme de lutte et d’intervention. Pourtant, le sabotage existe dans les entreprises, ce que la presse ne peut divulguer par crainte de l’exemplarité, qu’il soit le fruit d’un ras-le-bol ou l’application consciente d’une démarche collective... et le plaisir est le même !

• Ne vous sentez-vous pas responsables du chômage technique des ouvriers de M. Culetto ?

Groucho : Notre mépris du travail ne signifie pas le mépris de ceux qui comme nous sont contraints de se vendre pour bouffer, coincés entre le besoin d’être dans la production pour survivre et le besoin de la bousiller pour vivre. Il est tout de même curieux que les médias s’émeuvent du sort de 50 personnes en chômage technique pour des circonstances particulières. Pourquoi ne sont-elles pas aussi soucieuses des milliers de chômeurs à venir à la fin des chantiers de la centrale de Golfech ? Quels seront les responsables ? La fatalité, la conjoncture, la crise ? Quels vont être les boucs émissaires si les saboteurs sont absents ? Peut-être les ouvriers eux-mêmes... pas assez rentables, saboteurs inconscients de la productivité !

• Dans le cadre de ce sabotage, comme dans d’autres, les pouvoirs publics ont dénoncé ces formes d’actions comme étant entre autres “des prétextes idéologiques...”. Votre soif de violence, ne la justifiez-vous pas par un discours idéologique ?

Groucho : Mais comment peut-on sérieusement parler avec des gens qui n’ont pas vraiment l’intention d’abolir la violence et l’injustice, mais qui veulent au contraire la monopoliser ?... Ceci sur notre soi-disant violence et en réponse à ceux qui vendent des AMX et des Super Etendards dans le monde entier, ceux qui tuent les voleurs de voitures et décorent les assassins galonnés, ceux qui s’engraissent quotidiennement de notre déchéance, fatigue, mort lente quotidienne au boulot. Le “prétexte idéologique”, lorsque le Conseil régional faisait, par un simulacre d’opposition, monter les enchères pour son adhésion au projet de la centrale de Golfech, était une condamnation du “tout-nucléaire” et le respect démocratique de l’assentiment des populations locales. Le “prétexte idéologique”, après le bakchich d’un milliard légitimant l’accord du Conseil régional à ce projet, était la relance économique d’une région. C’est dire que ces messieurs-dames en connaissaient un bon bout sur la question des discours-prétextes... Quant à nous, nous annonçons la couleur. Prétexte idéologique ? Pourquoi pas. S’il nous faut le contexte d’une lutte locale pour exprimer notre opposition et en développer le contenu par nos textes et nos interventions. Nous, on veut bien appeler Golfech un prétexte, tant il est vrai qu’arrêter cette centrale pour la reconstruire à 1 000 bornes de là ne nous intéresse que très modérément. Prétexte ou exemplaire, quand nous nous battons contre Golfech, c’est contre le patronat, l’Etat et autre EDF que nous prenons la parole ou le bâton : nous retrouvons là, dans toute leur violence, tous les rouages du pouvoir.

• Un grand dessein que vous définissez là. N’est-il pas en contradiction avec le ton franchement rigolard de vos communiqués ?

Harpo : Nous dirons humour ; humour nécessaire dans nos vies quotidiennes, humour outil politique. Lorsqu’après un repas bien arrosé, nous pondons une signature farfelue pour revendiquer nos actes, nous cherchons à éviter toute mystification de notre réalité.
Ni avant-garde “révolutionnaire”, ni dynamiteras, ni névrosés de la gâchette, ni clandestins, nous ne représentons que nous-mêmes avec nos utopies et nos peurs. Antiautoritaires, nous ne sommes porteurs d’aucun programme de substitution aux programmes en cours ou à venir. Comme tout être humain normalement irradié, nous portons fièrement nos deux cœurs et nos quatre bras. Mais nos épaules trop frêles ne peuvent supporter l’auto-culpabilisation tiers-mondiste, ni l’impérialisme, encore moins le poids de l’histoire, surtout pas les plaies de l’univers. L’humour est un merveilleux antidote à tout cela. Nous reprenons à notre compte l’adage populaire : “Se prendre au sérieux, c’est mourir un peu”.
De plus, nous ne monopolisons pas le label du communiqué historique. Le rire est contagieux. Ainsi, pour l’attentat contre ITN, avec lequel nous n’avons rien à voir, imaginez Christine Ockrent prenant sa tête des mauvais jours pour annoncer que cette entreprise s’est envolée en fumée, lire le communiqué dans son intégralité, dévoiler (toujours sans rire) le nom du groupe qui a perpétré ce lâche attentat : “Un groupe jusqu’ici inconnu”, et faire croire qu’une organisation paramilitaire, à la solde de l’Arabie Saoudite, en est à l’origine. Dans tous les cas, la propagande médiatique d’Etat qui vise à nous assimiler à de dangereux terroristes s’essouffle lamentablement. Lorsqu’ils affirment chaque fois que seule la providence a voulu qu’il n’y ait pas de victimes, et que ça dure depuis dix ans, personne n’est dupe. Nos cibles (justice, armée, flics, patronat, nucléaire...) sont suffisamment claires en soi.
L’humour contenu dans nos textes de revendications, le choix politique d’éviter des victimes, les signatures farfelues, se conjuguent pour n’inquiéter que les tenants de l’exploitation. Les spectateurs de nos actes ne peuvent qu’en rire ou, au pire, s’en foutre. Mais entendons-nous, nous ne sommes pas des clowns qui chercheraient à amuser toutes les classes sociales. Demandez au sieur Culetto, exploiteur de choc, et à tous ses coreligionnaires s’ils ont beaucoup ri à la suite de notre visite chez eux. Nos sourires bruyants se veulent un clin d’œil complice aux damnés de la terre et à eux seuls. Le dérisoire contenu de nos actes d’insoumission consomme la dérision d’un système de soumission. Et puis... la langue française est suffisamment riche pour que nous ayons du plaisir à sublimer un maximum de mots, plutôt que d’en scléroser quelques-uns. La devise d’Harpo : “Le choc des bombes, le poids des mots !”

• Vous convenez donc que pour vous tout est prétexte à déranger, à troubler le sommeil des honnêtes gens, au nom de l’idéologie qui est la vôtre ?

Groucho : On parle beaucoup de la majorité silencieuse, celle qui fait tant de bruit sur les médias ; il y a aussi une opposition bâillonnée, une minorité qui ne peut s’exprimer qu’à travers des refus politiques et sociaux, puisqu’elle refuse le simulacre de la démocratie, qui ne demande pas le droit à la parole, le droit à la justice, le droit de l’homme ; ses droits, elle les prend ou elle essaie. Cette minorité existe, inorganisée ou désorganisée, atomisée dans le tissu social, révolutionnaire ou déviante. Par nos pratiques, nous affirmons sa spécificité : sans illusion sur la propagande des idées, mais solidaire de tous ceux qui ne supportent plus l’injustice et prête à filer, ou engranger, ses petites recettes pour subvertir une vie quotidienne capitalisée.

• Et votre vie personnelle dans tout ça ?

Harpo : Traînant mon sac de sales réveils, de soirs perdus, de vieux chagrins, d’espoirs, de déceptions, d’orages, de sourires, de rigolades et de pleurs, sans savoir où j’ai posé mes larmes, mes armes, mes alarmes, si j’ai bien fait, si j’ai mal fait, je vais.

Jeudi 29 septembre - Talairan (11) : Attentat contre un pylône THT

Mercredi 09 novembre - Toulouse (31) : Interpellation policière

Cf. chronologie, le 13.12.1982). Un an plus tard, croyant avoir identifié le locataire du garage, toujours avec le même élément (une expertise graphologique) la police interpelle une personne qui est inculpée de recel d’explosifs et incarcérée. Deux heures après son interpellation, le préfet de police Calimez organise une conférence de presse pour dresser un premier bilan de la lutte anti-terroriste et annoncer “qu’une personne compromise dans une affaire de vol d’explosifs avait été présenté au parquet de Foix” ; il ajoute “avec le renforcement des recherches le filet se resserre”. Mais le préfet aurait mieux fait de se taire. Diverses manifestations et actions sont menées par un “Collectif de solidarité à l’ami incarcéré” pour obtenir sa libération. Sous la pression, le juge ordonne une nouvelle expertise graphologique qui se révèle négative. Le 02 décembre 1983 l’ami retrouvera la liberté, obtenant quelques mois plus tard un non-lieu.

Jeudi 01 décembre - Beaumont-sur-Lèze (31) : Attentat à l’explosif

Sabotage contre l’entreprise Linlec (filiale de Spie-Batignole et Trindel), chargée de la construction de la ligne THT à Auterive (Haute-Garonne). La destruction de trois camions et une partie du hangar soufflé par la déflagration est revendiquée auprès de l’AFP (Agence France-Presse) par un “groupe autonome de Beaumont-sur-Lèze” : « Cette entreprise de mercenaires à la botte d’EDF n’a pas fini d’entendre parler de nous. »

Des réactions :

- “Nous faisons notre travail en restant bien à l’écart du conflit qui peut opposer EDF et les agriculteurs. Nous sommes des ouvriers chargés d’installer la ligne, pas des mercenaires”, déclare un responsable de l’entreprise. Un agriculteur, M. Bousse, avait été blessé lors d’une bousculade au début des travaux à Beaumont.
- M. Dasque, président de l’Association de défense des coteaux du Lauragais Sud et du Volvestre, réprouve l’attentat. La police judiciaire procède à diverses perquisitions sans pour cela retrouver les auteurs du sabotage.

Début décembre - Rethel (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Attaque incendiaire

Cinq véhicules EDF sont incendiés. L’action n’est pas revendiquée.

Lundi 05 décembre - Toulouse (31) : Le feu chez les Baylet

Vers 01h : Sur le parking de La Dépêche, un sabotage incendiaire détruit les locaux et le matériel de Radio-Toulouse (appelée aussi Radio-Dépêche puisqu’appartenant au groupe Baylet).
Vers 05 h : Les employés de La Dépêche du Midi découvrent que les bureaux de Promodep (société du groupe Baylet qui promotionne La Dépêche dans différents spectacles, réunions sportives...) ont été saccagés.
Les deux sabotages ne sont pas revendiqués mais les média et la PJ soupçonnent les rebelles toulousains.

1984

Dimanche 22 avril - Près de la centrale atomique de Dampierre-en-Burly (45) : Sabotage

Vers 04h : Trois lignes THT (400 000 volts chacune) sont sabotées et mises hors service pendant plusieurs heures. Le sabotage (les fils ont été court-circuités à l’aide de cordelettes en aluminium) est revendiqué à l’AFP par un groupe antinucléaire baptisé “Boum-boum”, en ces termes : “le nucléaire ce n’est pas la croissance, le nucléaire nous emmerde.”

Août - Chooz (08) [LUTTE CONTRE LA CENTRALE DE CHOOZ B] : Fin de la lutte

Le comité de Chooz s’auto-dissout suite à un essoufflement et au déclin de la lutte commencé vers décembre 1982.
L’exergue du bulletin du comité de Chooz reste vraie. Face au nucléaire et au reste, aujourd’hui comme hier : “Nos résignations quotidiennes forgent les cages de demain”.

Nuit du mercredi 05 au jeudi 06 septembre - Préserville (31) : Attaque à l’explosif

Un attentat endommage un pylône de la ligne à très haute tension, Verfeil-Lannemezan.
Quatre charges de dynamite ont été placées aux pieds du pylône. A proximité du pylône, on relève sur le sol l’inscription suivante “Ng + Pu = Boum”. EDF évalue le préjudice à deux millions de fr. [303 500 €].
Comme les élus du Lauragais, le syndicat CGT de l’EDF-GDF de Toulouse s’indigne et condamne les auteurs de l’attentat “qui défient les lois démocratiques”, ajoutant “qu’une nouvelle fois ce sont les contribuables qui payeront le coût des réparations”.

1986

Samedi 26 avril - Ukraine (Union Soviétique) : Accident de TCHERNOBYL

01h23 (heure de Moscou soit vendredi, 23h23, à Paris) : Une explosion se produit dans le réacteur n°4 du complexe nucléaire de Tchernobyl à 130 km de Kiev en Ukraine. Tous les experts s’accordent à reconnaître le plus gros “accident” connu de l’histoire du nucléaire. En 1992, le ministère ukrainien de la population recensera de 6 000 à 8 000 victimes des suites de l’accident, 12 000 en 1998. Sachant que la Biélorussie a été plus contaminée que l’Ukraine, et que la majorité des soldats envoyés sur le site (les liquidateurs) étaient russes, des observateurs estiment le nombre de victimes à plus de 50 000. [35]

Mercredi 27 août - Beaufort (34) : Viticulteurs contre l’uranium

Malgré divers avertissements de viticulteurs hostiles aux recherches, la COGEMA [Compagnie Générale des Matières Nucléaires] installe un chantier de sondage de terrain en vue d’y découvrir de l’uranium. Quelques heures plus tard, 400 viticulteurs investissent le chantier. Après avoir écarté les ouvriers du chantier, deux groupes électrogènes sont jetées au fossé. Un baraquement est détruit ainsi qu’une voiture de fonction. Après avoir endommagé le moteur de la foreuse, le derrick est renversé à l’aide d’un camion de la COGEMA. La police en arrivant sur les lieux ne peut que constater les dégâts.

1987

Vendredi 27 mars - En Haute-Garonne (82) : “Actes de vandalisme sur des installations EDF” (La Dépêche, 29.03.1987)

Vers minuit : Un sabotage prive dix communes d’électricité pendant plusieurs heures. L’acte n’est pas revendiqué.
A Gauret, Gémil, Mons, Vallesville, Drémil-Lafage, Verfeil, Castelmaurou et Gragnague, ce sont vingt-neuf appareils de sectionnement placés sur de réseaux de distribution moyenne tension (MT) et basse tension (BT) agissant un peu comme des vannes sur des conduites d’eau, qui ont été manœuvrés après que les systèmes de cadenassage les condamnant aient été arrachés ou sectionnés. Ils sont généralement placés au pied de poteaux ou de transformateurs, au bord des routes.

Mercredi 30 septembre - Agen (47) : Procès d’un antinucléaire

Nouveau procès pour Pierre Kung accusé d’avoir détérioré un pylône THT en 1985.

Lundi 09 novembre - Agen (47) : Chaînes du refus contre cuve de réacteur

Lors du passage d’un convoi exceptionnel transportant la cuve du réacteur 1 de Golfech, une vingtaine de membres de l’association VSDNG [Vivre Sans le Danger Nucléaire de Golfech] le prennent d’assaut.
Après avoir provoqué l’arrêt du convoi, six membres de VSDNG grimpent par l’échelle à coulisse et s’enchaînent au sommet de la cuve. Les autres, au sol, déploient des banderoles “vivre sans le danger nucléaire de Golfech” et distribuent des tracts aux automobilistes. Seule l’arrivée des forces de l’ordre, d’une grosse cisaille et de la grande échelle des pompiers obligent les six enchaînés à quitter le sommet de la cuve. Après le contrôle d’identité, ils sont relâchés.

Jeudi 10 décembre - Paris (75) : “Opération fumier”

Communiqué extrait du bulletin n°2, printemps 1988, du “Comité Irradiés de tous les pays, unissons-nous”.

« Nous sommes heureux de vous annoncer que le 10 décembre 1987, à dix huit heures quinze, Yves Lecerf, ancien ingénieur nucléaire et professeur d’ethnométhodologie à l’institut Charles V (Université Paris VII), a été, peu après le début de son cours hebdomadaire, couvert de fumier par un dizaine de jeunes gens. Ceux-ci lui ont également jeté au visage son livre Tchernobyl, la guerre des rumeurs. Le principal objet de cet ouvrage est de transformer la catastrophe de Tchernobyl en “détail” et de faire passer tous ceux qui n’acceptent pas de livrer leur avenir à la mafia nucléariste pour des “valets et victimes” manipulés par les américains et les russes (qui comme chacun sait, sont jaloux de notre belle et florissante industrie nucléaire nationale). Ce révisionnisme de l’atome n’a certes pas le monopole du cynisme et de la jobardise, mais ce n’est pas une raison pour se priver d’un geste de salubrité publique, pratique et de plus amusant... »
Des atomes crochus.

1988

Jeudi 21, vendredi 22 et samedi 23 janvier - Montauban (82) : Colloque : “Nucléaire, Santé, Sécurité” [36]]

Colloque d’intérêt général officialisant la possibilité d’accident nucléaire grave en France !

Les pouvoirs publics et EDF jouent la transparence, ils vont noyer les gens sous un flot d’informations techniques rassurantes, éludant les réels enjeux, tout en se refaisant une virginité démocratique.
Mais pour la première fois de son histoire, EDF reconnaît, lors du colloque, l’accident nucléaire comme possible : “Nous faisons tout ce que nous pouvons pour prévenir l’accident grave, nous espérons ne pas en avoir mais nous ne pouvons pas garantir qu’il ne se produira pas. On ne peut exclure que dans les dix ou vingt ans à venir un accident civil grave se produise dans une de nos installations.” (Tanguy, inspecteur général pour la Sûreté et la Sécurité Nucléaire à la Direction Générale d’EDF.)
Il s’agit en fait de présenter l’accident comme possibilité éventuelle mais contrôlée et surtout de le faire accepter par la population, c’est l’opportunité pour commencer officiellement la coordination des différents services susceptibles d’intervenir dans ce cas. En un mot, préparer le tri du bétail irradié.[…] Il s’agit encore de couper court à un renouveau de la lutte antinucléaire en divisant le mouvement, en intégrant les antinucléaires “responsables”. Les nouveaux Verts présents devenant la “seule” contestation, reconnue et officialisée. Des Verts qui ne demandent pas mieux que d’entrer, même par la petite porte, dans les coulisses du pouvoir, d’investir la Commission locale d’information et de devenir des partenaires à la gestion sécurisée du nucléaire. [37]

Une tentative minoritaire de non-intégration :
[En novembre 1987, des libertaires et autonomes toulousains (antinucléaires n’appartenant à aucune organisation spécifique, ayant participé à la lutte contre l’implantation de la centrale dans les années 1970-1980), informés par la presse de la tenue du colloque, avaient essayé de prendre contact avec différents groupes, associations, comités et individus de la région, afin d’organiser une réponse collective à ce qu’ils considèrent comme une provocation. La tentative de coordination contre le colloque s’enlise très rapidement. Les divergences sont très claires, elles portent sur la participation ou non et sur l’appel ou non au boycott du colloque. Finalement le “mouvement” avance en ordre dispersé. Les uns restant des collaborateurs contradictoires (principalement les Verts et le Comité Tchernobyl-Golfech de Montauban ainsi que le groupe Planète en danger de Toulouse). Les groupes d’Agen (VSDNG), de Moissac, de Gascogne voulant ménager la chèvre et le chou appellent au rassemblement et à une marche carnavalesque le samedi 23 janvier. Seul le groupe de Toulouse (constitué pour l’occasion) et le Comité antinucléaire de Carcassonne (Aude) appellent au boycott et à une manifestation le dernier jour, le samedi 23. Appel qui est propagé principalement par le groupe toulousain. A Montauban les affiches (même celles du Comité Tchernobyl-Golfech) sont systématiquement décollées par des équipes d’employés municipaux.]

Le samedi : Environ 300 personnes se rassemblent et partent déambuler, bon enfant, dans les rues de Montauban. C’est aux cris de “Non à Golfech ! Non au nucléaire civil et militaire !”, que la manifestation aboutit “sans préméditation” devant, puis dans les locaux de la rédaction locale de La Dépêche. Si dans la rue les manifestants sont calmes, la tension monte d’un cran dans les bureaux de La Dépêche, il s’en faut de peu que le local soit mis à sac et le rédacteur en chef molesté (le journal avait refusé de passer l’appel à la manifestation du jour et d’informer les lecteurs de l’opposition au colloque). La manifestation se disperse finalement sans intervention de la police, ce qui aurait été très mal vu dans le cadre démocratique de ces trois jours.

Salle du Trianon, sur les lieux du colloque, on s’apprête à sabrer le Champagne ; certainement avec la sensation d’avoir réussi une opération médiatique quelque peu périlleuse. D’ailleurs, quelques “malandrins” obligent les derniers participants à se retrancher derrière des portes closes et se livrent à un vandalisme “puéril et incompréhensible”, sectionnent les tuyaux d’arrosage pour inonder la salle, souillant toasts et petits fours avec le sable de la Garonne et se défoulent sur la voiture du responsable EDF, brisant les vitres et crevant les pneus... la fête se termine.

Des réactions :

- La Dépêche Tarn-et-Garonne du 24 janvier 1988 dénonce dans un article intitulé : “Des mœurs et des méthodes fascistes”, l’occupation de son local, les menaces envers les deux journalistes présents, le vol d’un appareil photo et de divers dossiers. Les “soi-disant représentants des soi-disant comités antinucléaires” sont mis en cause, accusés et une plainte est déposée contre eux (elle n’aura pas de suite).
- Les comités antinucléaires Tchernobyl - Golfech et Gascogne, le groupe Non-violence 82, ont le courage eux aussi de dénoncer dans les colonnes du même journal le 25 janvier : “les violences commises dans les locaux de La Dépêche par des individus étrangers à leur mouvement [...] Les comités signataires se considèrent comme des représentants du mouvement antinucléaire. Ils ne doivent en aucun cas être tenus pour responsables des actions commises par des éléments extérieurs.

Les événements de ces trois jours de Montauban marquent encore une fois la profonde divergence existante entre les diverses composantes du mouvement antinucléaire. Ils développent la peur, déjà profonde, du débordement “radical” au sein de la coordination régionale. Les deux années de lutte à venir jusqu’à la mise en route de la centrale vont prendre la forme d’une lutte sage et responsable. Les antinucléaires espérant (niant l’Histoire) un sursaut des élus, une prise de conscience et un recul réfléchi du pouvoir.

Jeudi 03 mars - Agen (47) : Procès d’un grain de sable

Pierre Kung, agriculteur biologique, passe à nouveau devant des juges. (Déjà jugé le 23.03.1983 [Cf. chronologie], pour avoir brûlé en janvier 1982 un dossier d’enquête de DUP [Déclaration d’Utilité Publique], puis le 30.09.1987 pour avoir dégradé un pylône THT à l’aide de scies à métaux en septembre 1985). Il déclare à ce procès : “s’il s’avère que je puisse être un grain de sable qui grippe la machine, que m’importe les conséquences sur moi. Punit-on quelqu’un qui tire la sonnette d’alarme face à un danger ?” Il est alors dispensé de peine. Le procureur ayant fait appel, il passe aujourd’hui en appel au tribunal d’Agen, EDF réclame 134 500 fr. [20 400 €] de dommages et intérêts.

Mercredi 27 avril - Paris (75) : Les mésaventures de Jean Cardot de l’Institut

Le comité “Irradiés de tous les pays, unissons-nous” a, le 27 avril 1988, publiquement ridiculisé le professeur J. Cardot en le décorant de vraies tripes de vrais moutons irradiés, dans l’enceinte des Beaux-arts de Paris. Un tract, signé “Cobas [38]] du centre de recherche antinucléaire sur le traitement des déchets”, expliquant les motifs de l’intervention est diffusé au même moment. J. Cardot et Michel Gernignani, membres de l’Institut, sollicités par EDF, ont réalisé un troupeau de 22 brebis en résine synthétique pour la somme de 600 000 Fr. [91 000 €]. Ces moutons colorés en blanc, noir, marron et rose ont été installés début 1988 sur les pelouses entourant la centrale atomique de Cattenom (Moselle).

Jeudi 08 décembre - Paris (75) : Action contre le colloque de la SFEN

« Hôtel Méridien, fuites en tout genres. Hier, 08 décembre 1988 à 15h30, des spécialistes du nucléaire, disposant évidemment de plus d’informations que la population, ont jugé plus sage d’abandonner le salon Neuilly de l’Hôtel Méridien où ils s’étaient réunis. Deux sources radioactives de césium 137, présumées être disparues de l’hôpital de Dijon en janvier 1988, y avaient été soi-disant déposées. D’après ces éminents spécialistes, les sources de ce type n’étaient dangereuses que si on les conservait dans la main une centaine d’heures. »

Nous sommes bien obligés de conclure après cette plaisanterie que tout bon nucléariste est d’abord un menteur puis un lâche !

Ce communiqué à été envoyé à l’AFP par le Comité, à la suite de la plaisanterie qui a bien fait marcher les nucléaristes réunis pour un colloque de la Société Française pour l’Energie Nucléaire. »

Informations extraites “Des fissures dans le consensus” du Comité “Irradiés de tous les pays unissons-nous”, n°3, printemps 1989.

1989

Mardi 24 janvier - Lyon (69) : Occupation pour dénoncer le redémarrage de Superphénix

Une vingtaine de personnes du Comité Malville occupent le siège de la NERSA (Société qui gère le site de Creys-Malville) et installe une banderole “Malville-Stop” sur la façade de l’immeuble. Malgré de vives protestations des antinucléaires de France, de Suisse et d’Italie, le surgénérateur sera couplé au réseau EDF le 21 avril 1989.

Dimanche 19 février - Dans l’Hérault (34) : Le Christ du Pic Saint-Loup est précipité dans le vide

Les amis du Chevalier de la Barre [39] revendiquent leur geste.
Première victime de la centrale de Golfech…”. (Voir le communiqué ci-dessous)
Ses amis récidiveront la nuit du 4 août 1989 en décapitant un groupe de statues du chemin de croix de Rocamadour, fêtant ainsi à leur manière le bicentenaire de la Révolution française. Enfin, le 30.11.1989 (Cf. chronologie), ils feront encore parler d’eux en simulant une alerte à la bombe au cœur de la centrale de Golfech.

Première victime de la centrale nucléaire de Golfech…

« Dans la nuit du dimanche 19 au lundi 20 février 1989, un inconnu se jette du haut du Pic Saint-Loup. Nous ne l’avons pas retenu : il nous emmerdait depuis 2 000 ans. Il n’aimait pas la concurrence des nouveaux dieux, GOLFECH et SUPERPHENIX, sur lesquels se sont reportées les immenses réserves de foi aveugle et de fanatisme.
Le dieu du Pic Saint-Loup est tombé sur la tête !... mais il en reste d’autres ! Français, encore un effort pour être républicain ! 1989 ce n’est plus 1789, et c’est encore 1984 : la coercition, c’est la liberté – les privilèges, c’est l’égalité – l’état policier, c’est la fraternité. Mais n’en déplaise aux prophètes du lundi, à ceux qui enterrent la révolution trois fois par semaine depuis 200 ans, rappelons que l’expérience humaine continue : l’avantage ne restera pas éternellement aux liberticides.
Face à tous ceux qui attentent quotidiennement à sa vie, le peuple saura-t-il se remettre en armes ?
Fourbissons toujours ! »

Les amis du chevalier de la Barre ?

Du samedi 10 au mercredi 14 juin - Golfech (82) : Occupation d’une des tours de refroidissement de la centrale

Les journées du 10 et 11 doivent être marquées par un rassemblement (séminaire de réflexion sur le nucléaire) autour du lac de Saint-Nicolas-de-la-Grave. Films, débats, forums, prise de paroles d’Yves Lenoir, de représentants des Verts, concerts de groupes locaux, le weekend doit donc être animé…

Le samedi :

02h : Début de l’opération “Stop-Golfech” qui donne une autre dimension aux festivités.
Armés de leur seule conviction, des membres [5 personnes] des collectifs “Paix” et “VSDNG” enjambent du barbelé, esquivent du vigile et grimpent les 2 793 barreaux de l’échelle qui aboutit au sommet des 178 mètres d’une tour de la centrale. (Voir ci-dessous leur témoignage “Action à Golfech” extrait du journal Silence, octobre 1989).

Les jours suivants :
Débute alors une longue occupation. L’action dure cinq jours, sous un soleil magnifique, EDF assoiffant les occupants. Dès les premières heures les médias s’emparent de l’événement. C’est la réussite totale. EDF dépose une plainte en référé pour violation de domicile ; mais la situation délicate rend l’intervention policière impossible. Les autorités sont impuissantes. Le rassemblement prévu près du lac se tient naturellement devant la centrale. Le soutien s’organise, “VSDNG”, le collectif “Paix” et les Verts appuient le “commando” avec un premier tract. Il s’agit en premier lieu de populariser leurs revendications.
L’Etat socialiste refuse de céder sous la menace (attentat non violent), aucune concession n’est faite. La grève de la faim est alors déclenchée du haut de la tour.
Sur la tour le soleil travaille pour EDF. Un premier occupant descend se désaltérer et donner quelques nouvelles, il ne remonte pas. Les jours qui suivent voient redescendre un à un les assaillants, le dernier capitulant devant un orage menaçant. On est le 14 dans l’après-midi.

Action à Golfech

« Le 10 juin dernier, à trois heures du matin, cinq personnes sont amenées au pont de “Mondou” sur la Garonne entre Saint-Loup et Valence-d’Agen. L’approche se fait le long du fleuve, au milieu des orties. Après trois quarts d’heure de marche, c’est le premier grillage EDF. Au moyen d’un jeu d’échelle très perfectionné, nous franchissons deux grillages quand soudain, avant de pénétrer dans l’enceinte et de dépasser les dernières grilles, des voix, des bruits. Ce sont deux vigiles et leur chien. Sueurs froides ! Tapis dans l’ombre, à cinq mètres à peine, dans les buissons du parc à lièvres de la centrale où nous étions passés par hasard, le chien flaire soudain l’insolite et se met à grogner. “Chut, du calme”, “Il est jeune, il a dû entendre un lièvre”. Quelques secondes d’éternité et la patrouille s’éloigne dans la lumière des projecteurs dont EDF n’est pas avare. C’est grâce à une brèche dans les chevaux de frise que nous franchissons sans encombre le troisième grillage, très protégé et très éclairé ; c’est là que nous essuyons notre première blessure, consécutive à la chute d’une des échelles. Nous sommes au cœur du site. Nous essayons de converger vers la tour. Sur notre chemin, à vingt mètres, près du réacteur, les barres de combustibles soi-disant inaccessibles selon la propagande d’EDF.
C’est après les tours et les détours sous et autour de la tour à la recherche de l’accès au chemin de ronde du bas que nous trouvons enfin le passage tant espéré. Ce qui était une forme d’enjeu inaccessible devient soudain réalité…
Mais tous nos problèmes ne sont pas résolus : après vingt mètres d’escalade, la trappe d’accès verrouillée stoppe net notre ascension. Une solution : passer par l’extérieur, à travers les barreaux, dans le vide, à vingt mètres du sol. Malgré une préparation physique des plus rudimentaires, des sacs à dos trop volumineux, les uns après les autres, sacs après sacs, au milieu de la ronde incessante des voitures de vigiles quelques mètres plus bas, le verrou est franchi.
Commence alors la longue escalade de palier en palier, espacés de dix mètres, gênés par nos sacs qui s’accrochent à tout moment aux arceaux de sécurité de l’échelle. Une demi-heure est nécessaire pour accéder au but du voyage.
Moment d’intense émotion : un couloir d’un mètre cinquante de large avec muret intérieur d’un mètre de haut et de l’autre coté une simple main courante composée de deux barres parallèles, nous séparent du vide de 178 mètres qui sera notre quotidien pendant quelques jours. A six heures du matin, on a des frissons. On déroule la banderole Stop. A neuf heures, message passé, on apprend à la radio que cinq personnes occupent la plus haute tour de la centrale de Golfech. Les négociations peuvent commencer. »

Christian Brouée, Chantal Malherbe, Alain Chatrain, Pierre Kung, André Crouzet.

Samedi 17 juin - Golfech (82) : Rassemblement contre la centrale

Pendant qu’une occupation symbolique se poursuit sous une tente devant la centrale, 400 personnes se rassemblent à nouveau et manifestent leur refus du démarrage…

Dans la nuit du mardi 20 au mercredi 21 juin - Golfech (82) : Intervention musclée contre les campeurs

Alors qu’une vingtaine de personnes campent sur place, des gros bras non identifiés agressent le campement, tirent des coups de feu et détruisent les abris de toile construits par des antinucléaires.

Mercredi 21 juin - Golfech (82) : Fin de l’opération

06h : C’est avec l’intervention des forces du progrès et de l’ordre (gendarmerie) que se termine l’opération Stop-Golfech.

Dimanche 09 juillet - Labastide d’Armagnac (40) : La caravane du Tour de France tombe sur un os

Le peloton de coureur s’élance. En travers de leur route, une solide chaîne à laquelle se cadenassent une vingtaine de personnes l’arrête net…
Deux banderoles STOP-GOLFECH se déploient, des tracts sont distribués aux nombreux badauds. Les enchaînés parlementent avec les autorités et le cycliste B. Hinault dont la voiture est immobilisée. Les cyclistes passent un à un le barrage. La chaîne est finalement coupée en deux et les manifestants délogés de la chaussée. Cette action spectaculaire est largement relayée par les nombreux journalistes présents, et connaît un écho important dans les médias locaux et nationaux.

Jeudi 05 octobre - Niort (79) : Opposition aux déchets nucléaires

Le président du Conseil général des Deux-Sèvres, George Treille, exprime son opposition à l’implantation d’un centre de stockage de déchets radioactifs en Gâtine [région Poitou-Charentes].

Même jour - Amiens (80) :Le Conseil régional de Picardie se déclare opposé à un projet de stockage sur le site argileux de Montcornet [département de l’Aisne].

Samedi 18 novembre - Montcornet (02) : Manifestation contre le projet de stockage des déchets

Quatre cents personnes manifestent. Plusieurs élus locaux sont présents (54 communes des environs refusent le stockage excepté le maire de Montcornet), ainsi que les Belges (de la région de Chimay, qui est confrontée aussi à un projet de stockage nucléaire) et des délégations venues du Maine-et-Loire et des Deux-Sèvres.

Jeudi 30 novembre - Le retour des Amis du Chevalier de la Barre : le grand bluff…

Allons-nous enfin vivre l’explosion nucléaire en direct ? C’est en tout cas ce que proposent les Amis du Chevalier de la Barre : « Devant l’imminence de la mise en route de la centrale, nous programmons ce jour la télécommande pour que les explosions se produisent le 24 décembre à minuit ». Ceci est une des phrases qui composent le communiqué envoyé à la presse. Et de rajouter : « Lors de la construction de la centrale, nous Amis du Chevalier de la Barre, avons pu noyer dans le béton des enceintes suffisamment d’explosifs pour endommager gravement la centrale et la rendre hors d’usage ».

Suzanne Gaillarde du défunt Journal de Toulouse (30.11.1989) relate les faits. Elle reproche aux Amis du chevalier de la Barre d’agir dans l’anonymat, elle qui fait parler de son côté des antinucléaires anonymes se désolidarisant de l’action : “Nous nous désolidarisons de ces énergumènes qui dévalorisent notre action, au moment même où nous faisons preuve de notre détermination, mais au grand jour devant la centrale”. Comme si des antinucléaires avaient pu croire que d’autres antinucléaires aient voulu un jour provoquer une catastrophe nucléaire. Il n’y a que les journalistes et l’Etat pour utiliser la terreur et détourner en cauchemar potentiel ce qui n’est au départ qu’une bonne blague. Une semaine plus tard, c’est J.-P. Roland qui reprend l’événement dans un article de La Dépêche. Il rajoute un élément du communiqué des Amis du Chevalier de la Barre : “Nous avons attendu le dernier moment. Nous espérions que les luttes antinucléaires réussiraient à stopper la centrale à défaut d’une réflexion intelligente de votre part […]”. L’article présente ensuite un éventail des diverses formes d’actions antinucléaires, opposant les violentes aux non-violentes. Puis il reprend le communiqué-réponse d’EDF, qui dit ne pas avoir pris au sérieux la menace d’explosion, mais qui affirme quand même avoir pris toutes les mesures de sécurités nécessaires. Les Amis du Chevalier de la Barre se sont déjà manifestés (Cf. chronologie, 19.02.1989). Ci-dessous, la lettre d’un responsable de la sécurité à Golfech (vraie ou fausse ?) qui a fait parvenir le communiqué des Amis du Chevalier de la Barre aux médias.

Lettre ouverte d’un responsable de la sécurité de la centrale nucléaire de Golfech :

« Madame, Monsieur,

Vous trouverez ci-jointe la photocopie d’une lettre parvenue il y a quelques jours à la direction de la centrale de Golfech. Cette information inquiétante n’a, à ce jour, trouvé aucun écho auprès de la direction de la sécurité de la centrale qui préfère ignorer cette menace ; celle-ci, qui semble effectivement marquée du sceau de la fantaisie la plus délirante, peut très bien l’être aussi du plus froid fanatisme ; elle émane d’un groupe méconnu mais qui n’est pas à son premier coup d’essai. Il m’a paru donc de mon devoir de la faire connaître à l’opinion publique, car même si un tel sabotage parait difficile à réaliser, RIEN ne permet d’affirmer à 100 % que nous sommes à l’abri d’un tel risque. En effet, et bien que la surveillance ait été draconienne aux cours de la construction de la centrale, aujourd’hui aucune investigation de la structure ne peut certifier absolument l’absence de ces charges explosives dans les enceintes de béton. Devant l’ampleur de la menace, si improbable soit-elle, le silence et l’inaction sont-ils encore de mise ?
Vous comprendrez aisément que je tienne à rester anonyme dans ma démarche. Mais je suis prêt à rompre cet anonymat si rien n’était fait dans les jours qui viennent pour prendre au sérieux cette menace et dans un premier temps au moins, surseoir au changement du réacteur. En espérant que l’information transmise puisse assurer la sécurité que tout le monde souhaite en matière de nucléaire. »

A Golfech, le 25 novembre 1989

Jeudi 30 novembre - Angers (49) : Les déchets que personne ne veut [40]

Le Conseil Général de Maine-et-Loire, présidé par Jean Sauvage, se prononce à l’unanimité contre le cimetière nucléaire en Anjou.

Mardi 12 décembre - Paris (75) : Autorisation de la mise en route de Golfech et pseudo débat sur l’énergie

Alors que le ministre de l’Industrie Fauroux et le secrétaire d’Etat à l’Environnement Brice Lalonde signent l’autorisation de chargement en combustible de la centrale de Golfech, un débat sur l’énergie de trois heures préparé par Huguette Bouchardeau se prépare à l’Assemblée nationale.

Même jour - Trayes (79) [Lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires en Anjou] : La résistance se met en place

15h15 : Pendant que le consensus nucléariste s’affiche au Parlement, trois escadrons de gendarmes mobiles (environ 250 hommes) tentent d’occuper, dans les Deux-Sèvres, le terrain où l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets RadioActifs) a décidé d’effectuer ses travaux de forage près de Trayes, au lieu-dit “Le Bois”. Mais le site est occupé par les associations “CIAD” et “Granit” depuis le matin. 800 personnes arrivent immédiatement sur les lieux et s’opposent avec divers engins agricoles à une colonne de gendarmes mobiles qui s’avance précédée de deux blindés.
Vers 17h : Les militaires se retirent finalement, l’opération des opposants est une réussite.

Nuit du mardi 12 au mercredi 13 décembre - Vers Bourg D’Iré (49) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Les forces de répression arrivent

Trois escadrons de gendarmes mobiles prennent position autour de la ferme de Gibaudière, site de forage prévu, près du village du Ségréen Bourg d’Iré. Les gendarmes sont cantonnés sur place, au château Bellevue réquisitionné par l’Etat. A Bourg d’Iré, les habitants se souviennent que la dernière occupation du château et du village date de 1940.

Mercredi 13 décembre - Vers Bourg D’Iré (49) [Lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires en Anjou] : Début des affrontements

Dans la matinée : Des affrontements éclatent autour du site du forage entre les militaires et 300 manifestants, (“sans l’ombre d’un écolo citadin dans leurs rangs”, note La Nouvelle République) décidés à empêcher l’installation des gendarmes mobiles. Les militaires utilisent des gaz lacrymogènes et cinq d’entre eux sont blessés à la suite de jets de pierres.
Dans l’après-midi : Les élus des treize communes organisent une marche sur le site avec l’appui du député Laffineur revenu de Paris “en TGV”. Pendant qu’ils entament “un dialogue de sourds” avec les agents de l’Andra, les techniciens de la filiale du CEA clôturent sous leurs yeux le terrain avec un grillage de deux mètres de haut. Pendant ce temps, 300 manifestants plus réalistes que leurs représentants préparent des gourdins. Après le départ de Laffineur et des élus, de nouveaux affrontements éclatent. Pendant que les élus palabrent à la sous-préfecture de Segré puis à la Préfecture d’Angers, 50 opposants munis de haches mettent à sac les locaux de l’Andra, basée à Segré. “Les Chouans” de Gâtine sont mobilisés jour et nuit et, s’attendant à un retour des gendarmes mobiles, ils mettent en place des barrages sur les routes d’accès au site de forage. Les opposants assurent des tours de garde permanents et communiquent efficacement entre les divers barrages par CB ; ils filtrent et contrôlent le passage des voitures.

Des réactions :

- Max Alleau, de “Granit”, “ne cesse de prêcher la non-violence”.
- Un opposant note : “Ce n’est pas une manifestation d’agriculteurs. Ici, il y a tout le monde. La preuve : une vingtaine d’ouvriers de chez Ribouleau ont quitté leur travail pour empêcher l’arrivé des gendarmes.
- Le député de Parthenay (79), Jean de Gaulle, s’agite et prend rendez-vous avec Fauroux (ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Aménagement extérieur) vendredi.
- Jean-Yves Pavec (un des représentant de la CADSA [Coordination Anti-Déchets pour la Sauvegarde de l’Anjou]) déclare : “La seule présence des gardes mobiles était une agression. S’il y a eu cinq blessés dans les rangs des forces de l’ordre, nous en avons compté quatre chez nous. Il y a une volonté évidente de nous faire peur.

Jeudi 14 décembre - Vers Bourg d’Iré (49) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Barricadage du site

Dans la soirée : Soixante opposants bloquent les accès de la Gibaudière. Ils déposent sur la route une vieille carcasse de voiture, une moissonneuse-batteuse, des bottes de paille et des pneus, avant d’y mettre le feu.
Cette fois, six escadrons de gendarmes mobiles (environ 450 hommes) sont présents pour assurer la protection du site de forage de la Gibaudière lors de la manifestation prévue samedi “pour la défense de la démocratie”. Dans un communiqué à la presse, les Verts des Deux-Sèvres demandent à tous les élus locaux et régionaux de se désolidariser publiquement de l’action illégale du gouvernement du mardi 12 décembre.

Vendredi 15 décembre - Vers le Bourg d’Iré (49) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Appel à manifester et affrontements

L’union CFDT du Segréen appelle à la mobilisation : « Beaucoup de gens disent on n’est pas d’accord. Il ne suffit pas de le penser, il faut agir  », dit-elle. Dans un communiqué, la Cadsa déclare : “Face à la détermination de la population et de ses élus, les pouvoirs publics ont répondu par l’envoi des forces de l’ordre. C’est un sentiment de honte qui nous envahit, la démocratie la plus élémentaire a été bafouée […]”, il faut “maintenant mener un combat pour le respect de la démocratie dans notre région”. A la Gibaudière, où deux bungalows et une pelleteuse ont déjà été installés sur le site de l’Andra, le mot d’ordre est : “La plate-forme de forage ne passera pas.
Tout au long de la journée : Des affrontements ont lieu entre les gendarmes mobiles et une centaine d’opposants. Les entreprises qui travaillent pour l’Andra sont désormais visées. Le matin, une voiture de la société de gardiennage nantaise Securicor est incendiée. La “Jeep Chirokee” d’un entrepreneur de la SCTP (travaux publics) de Châteaubrillant est retournée puis brûlée. Le feu est également mis à un tractopelle, et les pneus d’un poids lourd porte-engins sont crevés, les clés de l’engin confisquées. Les gendarmes mobiles répliquent par des tirs tendus de grenades lacrymogènes.

Samedi 16 décembre - Bourg d’Iré (49) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Manifestation et affrontements

Dans le petit village de Bourg d’Iré, qui compte 850 habitants, quelques 800 gardes mobiles sont mobilisés. Malgré la pluie, 1 500 personnes manifestent sur le site de Gibaudière : “Manifestation de la honte” selon les organisateurs, qui ont donné des consignes pour que tout se déroule dans le calme :
- “Il faut laisser les gourdins au vestiaire aujourd’hui”, insistent les animateurs de la Cadsa.
Le périmètre de recherche de l’Andra, déjà clôturé, a été renforcé par une tranchée et un gros talus. Un agriculteur vient planter à la barbe des 500 gendarmes mobiles deux pancartes où on peut lire “Nouveau Berlin” et “Mur de la honte”. En tête de la manifestation se trouvent des élus (député Laffineur, maires, conseillers généraux, tous ceints de leur écharpe tricolore).
Vers 15h : La Cadsa invite les manifestants à brûler symboliquement leurs cartes d’électeur. Ce que font immédiatement plusieurs dizaines de personnes.
De 15h30 à 17h : “De jeunes et moins jeunes agriculteurs” vont affronter les gendarmes mobiles. Un agriculteur est sérieusement blessé au visage par un tir tendu. Il souffre de diverses fractures.

Du 13 au 16 décembre : 1 500 grenades lacrymogènes ont été utilisées sur le site de la Gibaudière : des grenades F2 (à gaz) et F4 (explosives).

Mardi 19 décembre - Près de Saint-Jean-Sur-Reyssouse (01) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN BRESSE] : Blocus du site

“Sauvegarde de la Bresse” déverse 30 000 litres de lisier de porc sur le terrain choisi par l’Andra pour effectuer ses forages. La route qui mène au site est barrée par plusieurs peupliers et cinq camions de citerne à lait. 300 gendarmes mobiles sont mobilisés.
Sur le site, six équipes se relaient toutes les 24 heures depuis une semaine pour prévenir le retour des militaires.

Mercredi 20 décembre - [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Des réactions à l’occupation du site :

- Alors que “la Gâtine monte la garde”, Max Alleau, de Granit, en évoquant la situation en Anjou, déclare : “Nous sommes des pacifiques. Mais il ne faudrait pas nous provoquer. Si cela devait déraper, ce ne serait pas de notre fait […]. Nous espérons que ce ne sera pas le sang qui fera parler de nous à l’échelon national.[…] Les gens du site, s’ils sont piétinés, ne resteront pas sans rien faire. […] Et cela risquerait d’aller plus loin qu’à Segré. Pour notre part nous ferons tout pour que les gens restent calmes.
- Laffineur intervient à l’Assemblée nationale pendant trois minutes, et y dénonce “l’attitude provocatrice [du gouvernement] qui s’assimile à une véritable occupation militaire de la commune de Bourg d’Iré, ressentie sur place comme une agression qui entraîne des réactions de colère et de désespoir de plus en plus difficiles à maîtriser.

Jeudi 21 décembre - Vers Bourg D’Iré (49) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Affrontements sur le site

A la Gibaudière, ce sont 200 manifestants qui affrontent les gendarmes mobiles, ceux-ci ripostent alors à coup de grenades lacrymogènes. Des sacs de soufre sont enflammés autour du site pour enfumer les militaires. La veille, toutes les maisons du Segréen ont reçu une affiche éditée par la Cadsa : “Déchets nucléaires = démocratie matraquée.” Pour la Fédération écologiste bretonne, “une fois de plus, l’effet Plogoff se met en route”.
Dans la nuit : Un semi-remorque de l’entreprise Hervé qui travaille pour l’Andra est incendié dans une carrière exploitée par la société.

Samedi 23 décembre - Ancenis (44) [Lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires en Anjou] : Péage gratuit

350 personnes occupent pendant trois heures un poste de péage de l’autoroute Nantes-Angers. Les automobilistes ne payent pas leur écot et des tracts d’information sont distribués. Les gendarmes présents se voient tenus à distance et les pneus de leur estafette sont dégonflés. Les automobilistes récalcitrants sont promptement ramenés à la raison par quelques “porteurs de bâtons”.
Une trêve est décidée à la Gibaudière à partir du soir 20h, jusqu’à mardi 8h.

Mardi 26 décembre - Vers Bourg d’Iré (49) : [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Mise en place de barricades

[Trois barrages sont déjà mis en place autour de la Gibaudière par 200 opposants des communes alentour.]
Vers 06h : Au carrefour du Grand-Ormeau, les opposants mettent en place un barrage constitué d’un immense amas de carcasses d’automobiles et de souches surmontées d’une pancarte “Dangers, explosifs”. Un autre barrage est mis en place à l’intersection du Grand Domaine. Une tranchée profonde d’un mètre est creusée à la pioche à 300 mètres de la Gibaudière ; une dizaine de poteaux télégraphiques sont mis à terre à l’aide de tracteurs. Des arbres sont sciés et des pneus enflammés sur le pont qui enjambe la Verzée.
[Les militaires patrouilleront à bord d’engins tout-terrain et déferont les barrages.]

Des réactions :

- 19 organisations (Cadsa, organisations agricoles, les Fédérations de chasseurs de Maine-et-Loire, la CFDT, les associations familiales, etc.) écrivent au secrétariat d’Etat à l’Environnement pour demander “dans le Segréen, comme dans les autres sites concernés par les projets de l’Andra, le départ des forces de l’ordre et l’arrêt des travaux”.

Nuit du mardi 26 au mercredi 27 décembre - Dans le Segréen (49) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Attaque incendiaire

Un camion de l’entreprise Hervé, un semi-remorque de 38 tonnes, est incendié.

Jeudi 28 décembre - Dans le Segréen (49) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Affamer l’envahisseur

Le blocus alimentaire contre les gardes mobiles s’organise. Dans les villages de la région de Segré les boulangers ainsi que les petits commerçants refusent déjà depuis quelques temps de servir les militaires. Sous la pression de 200 manifestants, les directeurs des grandes surfaces de la région (Leclerc, Intermarché à Segré et Tumy à Noyant-la-Gravoyère) s’engage à ne plus ravitailler les gendarmes mobiles. Dans ces trois supermarchés visités par les opposants, des affiches “Déchets nucléaires : la démocratie matraquée” sont apposées. Le centre Leclerc, qui “désobéit”, voit sa porte bloquée par plusieurs tonnes de fumier.

Mercredi 30 décembre - Juigné-des-Moutiers (44) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : A force de persévérance

Conséquence des menaces et dégâts dont l’entreprise a fait l’objet”, l’entreprise Hervé, fournisseur de matériel de forage pour l’Andra, fait savoir qu’elle a l’intention de retirer son matériel dans les plus brefs délais et qu’elle ne participera plus aux travaux éventuels sur le lieu-dit de la Gibaudière à Bourg d’Iré… “sauf en cas de réquisition, ce qui risque d’arriver” (communiqué à Ouest-France, 30 décembre 1989).
Le préfet réquisitionne les engins de l’entreprise Hervé. Des manifestants bloquent la voie ferrée Angers-Le Mans, près d’Etriché. En Gâtine, les barrages sont maintenus durant les fêtes de fin d’année.

1990

Jeudi 04 janvier - Vers Bourg D’Iré (49) [Lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires en Anjou] : Départ forcé

A partir de 16h : Des dizaines de manifestants exigent le départ d’une pelleteuse réquisitionnée de la DDE (Direction Départementale de l’Equipement) destinée à effectuer des travaux de réfaction du chemin d’accès au château de Bellevue.
Pendant plusieurs heures, des négociations ont lieu entre un ingénieur de la DDE et les opposants dont le nombre grossit à Sergé comme à la Gibaudière.
Vers 22h30 : Finalement, un camion porte-char enlève la pelleteuse pour la conduire à Angers. D’autre part, quatre engins nécessaires aux forages quittent la Gibaudière, dont deux d’entre eux appartenant à l’entreprise Hervé. Les deux autres ont les portières maquillées afin d’empêcher toute identification de l’entrepreneur collaborateur. Les élus du Segéen décident de boycotter les vœux du préfet. Seul, Jean Sauvage, président du Conseil général de Maine-et-Loire, accepte de s’y rendre : “par correction”, dit-il.

Vendredi 05 janvier - Angers (49) [Lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires en Anjou] : Discours du Préfet

300 élus de la région de Bourg d’Iré boycottent les vœux du préfet Anciaux et se réunissent à la Gibaudière. Pendant ce temps, le préfet s’adresse aux notables locaux (parmi lesquels se trouvait l’ensemble des parlementaires de Maine-et-Loire à l’exception du député de Segré, Laffineur) et dans un discours qui n’a sans doute pas fini de servir aux hommes de l’Etat, il dit : “Depuis 1976, cinq gouvernements français successifs ont fait le même choix [de l’industrie nucléaire]. Le Parlement a approuvé cette politique à de nombreuses reprises et la dernière fois, le 12 décembre dernier, il y a moins d’un mois […]. La démocratie est un privilège, mais c’est aussi une fleur fragile. Si des décisions prises régulièrement par le Parlement peuvent être mise en échec par une réaction locale, même unanime, même respectable, il n’y a plus de démocratie. Or depuis trois semaines, toutes sortes d’excès, tous sortes d’exactions sont commis ici : barrages de routes, d’autoroute, de voies ferrées, contrôle irrégulier de véhicules sur la voie publique, abattage d’arbres et de poteaux téléphoniques, séquestration de personnes, pressions physiques sur les commerçants et les entreprises, incendies de véhicules […].

Même jour - Près de Saint-Jean-Sur-Reyssouse (01) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN BRESSE] : La lutte reprend

“Sauvegarde de la Bresse” creuse à l’aide d’un bulldozer une dizaine de tranchées sur la route conduisant au site de forage prévu.

Samedi 06 janvier - Paris (75) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Les provinciaux s’invitent dans la capitale

300 opposants investissent un train à Angers pour se rendre à Paris, manifester et coller les affiches “Déchets nucléaires : démocratie matraquée” sur les murs du ministère de l’Industrie. Un voyage gratuit et sans encombre où les antidéchets utilisent la sono du train et distribuent des tracts aux voyageurs. Pendant ce temps, la préfecture d’Angers avertit celle de Paris que “300 excités ou casseurs” arrivent par le train à la gare Montparnasse. Lorsque le train arrive (composé d’hommes, femmes et enfants), un comité d’accueil de 250 CRS armés se trouve sur le quai. La préfecture de Paris décide : “La manifestation n’a pas été déclarée, elle est donc interdite.” Les CRS remettent les manifestants dans trois TGV à destination d’Angers, aux frais de la SNCF : il faut dire que pendant ce temps, 200 personnes occupent la gare d’Angers. Au retour des 300 opposants, une manifestation spontanée de 500 personnes défile dans les rues de la ville au cri de “Angers avec nous !”.

Jeudi 11 janvier - Segré (49) [Lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires en Anjou] : Guerre aux palais !

200 personnes affrontent dans la soirée les gendarmes mobiles qui escortent un convoi transportant du matériel de forage. L’opération ayant échouée et malgré les appels à dispersion, les manifestants se dirigent vers la sous-préfecture de Segré. Là, des pavés et des boulons sont lancés contre la sous-préfecture et contre les gendarmes mobiles qui protègent le bâtiment. Quelques vitres sont brisées et des grenades lacrymogènes sont utilisées par les militaires. Le sous-préfet Dubois, très perspicace, voit dans cette manifestation, qui se terminera avant minuit, la volonté d’entrer dans la sous-préfecture. Quant au préfet Anciaux, il stigmatise les opposants, “150 casseurs munis de frondes et de boulons”. La Cadsa appelle dans un communiqué à un rassemblement à Angers, le samedi 20 janvier.

Lundi 15 janvier - Vers Bourg d’Iré (49) [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Barrages et tentative d’action sur les machines du site

Dans la région, 80 équipes de surveillance se relaient 24 heures sur 24 sur les axes autour de la Gibaudière. Selon un responsable de la Cadsa, “l’objectif n’est pas de bloquer mais d’identifier”.
Dans la matinée : Une cinquantaine d’opposants tentent d’arracher les caches posées sur les plaques d’immatriculation des engins de chantier, mais l’arrivée des gendarmes mobiles les obligent à se replier.

Lundi 15 janvier - Agen ( 47) “Planète état d’alerte” occupe la préfecture

La toute nouvelle association “Planète état d’alerte”, créée en novembre 1989 (par d’anciens membres de VSDNG), dont le but est de “promouvoir et développer l’information sur l’homme, son environnement et les atteintes à leur intégrité […]” passe à l’action…
Montés sur le toit de la préfecture, les militants antinucléaires déploient deux banderoles et s’enchaînent à la balustrade : “Golfech imposé au nom de la raison d’Etat… Nucléaire non merci”. L’intervention de la police met rapidement fin à l’occupation.
[“Planète état d’alerte” participera à l’occupation le 30.06.1992 (Cf. chronologie) de deux grues sur le chantier de la centrale de Civaux dans la Vienne.]

Mercredi 17 janvier - [LUTTE CONTRE L’ENFOUISSEMENT DES DECHETS NUCLEAIRES EN ANJOU] : Visite touristique et attaque d’un convoi

Dans un communiqué publié par Ouest-France, la Casda propose une rencontre aux six élus polonais accueillis du 16 au 22 janvier en Anjou pour les familiariser avec “la vie locale démocratique”. Selon la Cadsa, une visite du site de la Gibaudière permettra aux Polonais “comme le souhaitent les promoteurs de ce séjour”, de repartir “avec dans la tête une succession d’images qui pourront les aider à mettre sur pied leur propre démocratie !” De multiples associations appellent à la manifestation du 20 janvier : la FDAFR, une association des donneurs de sang du Segréen, l’Association des jardins familiaux… Toutes les mairies du Segréen mettront à disposition des habitants des cars pour se rendre à Angers le 20. Le comité du commerce de Segré propose à tous les commerçants et artisans de cesser le travail samedi après-midi. Protégé par 200 gardes mobiles, un convoi de cinq camions chargés de pierres destinées à l’empierrement du chemin reliant le château de Bellevue à la route est attaqué par plusieurs dizaines de manifestants lors de son passage au Bourg d’Iré. Depuis le matin, les gendarmes mobiles occupaient la place du village pour prévenir toute riposte de la population. Elle ne se fera pas attendre : pierres et gourdins (“certains bâtons avaient même des pointes au bout”, notera un commandant de gendarmerie) contre gaz lacrymogènes, et il y aura même des corps à corps entre manifestants et militaires. De nouveaux opposants arrivent sur place, il est décidé de détourner la circulation (entre Segré et Candé) vers la Gibaudière afin que les automobilistes passent par Bourg d’Iré et le château de Bellevue : “Nous avons voulu montrer ce qu’est une commune sous l’occupation”, dira un opposant. Finalement ce sont des bulldozers du Génie militaire d’Angers envoyés spécialement dix jours avant qui étalent le gravier sur le chemin. Jusque tard dans la soirée, d’importantes forces de gendarmerie quadrillent la région et contrôlent l’identité des habitants. Jacques Amadéo, vétérinaire qui connaît bien les gens de la région, déclare : “Tout le monde en a ras-le-bol ici, des jeunes jusqu’aux mémés de 85 ans.
Dans la soirée : Le préfet Anciaux donne sa version des faits lors d’une conférence de presse : “Deux des escadrons de gendarmerie qui protègent le site sont logés au château de Bourg d’Iré. Le passage incessant des véhicules a fini par dégrader les chemins d’accès et on a décidé de faire venir des camions de graviers pour les rempierrer. Dix convois de cinq véhicules escortés étaient prévus. Hier, en fin de matinée, un de ces convois à été attaqué à la sortie du Bourg d’Iré par une centaine de manifestants particulièrement agressifs. Un véhicule de gendarmerie a été isolé, attaqué aux pierres et aux billes d’acier. Des vêtements ont été volés et les gendarmes, qui ont eu douze blessés, ont dû se dégager aux grenades lacrymogènes. Je trouve énorme qu’il y ait eu de tels accidents à propos de transports de cailloux. Mais les faits se renouvellent : la semaine dernière c’était l’assaut de la sous-préfecture qui aurait été dévasté sans la présence d’un escadron. Voilà pourquoi je dis que les élus ne maîtrisent plus la situation.[…] on est entré dans un processus de violence où le respect des lois n’existe plus, où des casseurs sans foi ni loi se livrent en permanence à des exactions.” Mais, ajoute-t-il, “il n’y a aucun retard dans le programme des travaux.” Le préfet qui veut faire peur, annonce de plus que d’importantes forces policières (“invisibles” !) seront mobilisées samedi pour prévenir tout débordement.

Samedi 20 janvier - Angers (49) : manifestation monstre et calme

5 000 personnes (beaucoup de jeunes sont présents) se retrouvent à Angers pour la plus grande manifestation que la ville ait connue depuis mai 68. Cette manifestation marque l’extension de l’opposition à l’ensemble de l’Anjou. Des délégations des Comités anti-poubelle de l’Aisne (CAPA) et de Neuvy-Bouin (CIAD et Granit : 150 habitants des Deux-Sèvres) sont présentes ainsi que des habitants de la Mayenne, de la Sarthe, de la Loire-Atlantique, de la Vendée, de la Manche et de la région parisienne.
Durant celle-ci, Didier Anger, se député européen des Verts, en profite pour donner une leçon aux manifestants, car lui, “militant historique écolo” qui a pu voir comment on nucléarise un pays, connaît par cœur la lutte antinucléaire : “L’Etat nucléaire est un mur ; à s’y cogner la tête on s’y fait mal et on ne le détruit pas quand on est isolé. Mais un mur peut s’effondrer quand on est des milliers à le contourner. C’est ce que vous faites, vous, sur le terrain ; nous au Parlement européen (sic). Il faut faire l’économie de la violence ; arrêtons le programme, discutons, essayons de trouver les moins mauvaise solutions et décidons par référendum”.

La chronologie publiée par l’“Association contre le nucléaire et son monde” dans l’ouvrage Histoire lacunaire… [41] se termine en mars 1990. La lutte s’oriente alors vers un axe plus institutionnel.

Dimanche 01 avril - Golfech (82) : Le poisson “canular”

A l’appel de la Coordination Stop-Golfech une cinquantaine de personnes participent à la journée Poisson d’Avril qui commence à Golfech par une tournée informative dans les villages autour de la centrale et mini-manifestation dans les rues d’Agen. C’est l’occasion pour les antinucléaires de déposer leurs déchets divers, sacs et bidons poubelles devant les grilles de la préfecture de la ville. Intervention délicate des forces de l’ordre et de la propreté. Une fausse circulaire de la préfecture distribuée aux passants annonce le rationnement de l’eau prévu dès la divergence [42] de la centrale.

Samedi 21 avril - Lot-et-Garonne (47) : Sabotage

Acte de “malveillance” sur une ligne de moyenne tension entre Pont-du-Casse et Bon-Encontre qui provoquera une panne de plusieurs heures, privant de nombreux foyers de télévision. EDF portera plainte contre X.

Dimanche 22 avril - Golfech (82) : “Journée mondiale de la terre”

Stop-Golfech organise une opération “déchets” devant la centrale nucléaire. “Comme EDF et l’Etat s’obstinent à envisager la prolifération de déchets radioactifs pour des milliers d’années, nous leur apportons nos déchets” déclare un manifestant. Une cinquantaine de participants amènent de nombreux sacs poubelle qui sont déposés devant et par dessus la grille du portail d’entrée de la centrale. Une vielle carcasse de voitures est incendiée. Quelques militants sont interpellés sur le site.

Mercredi 25 avril - Toulouse (31) : Golfech poubelle.

Dans la soirée : Une opération poubelle est menée devant les locaux EDF des allées F. Roosevelt. Les “vandales” brûlent les détritus qu’ils ont amenés et, avant de partir, pour éviter la flicaille, ils laissent un bombage sur la devanture “Golfech poubelle”.

Dimanche 13 mai - Malause (82) : Attentat contre le barrage EDF de Malause

05h : [« L’eau est “res nullus” : la propriété de personne ». Le barrage de Malause, qui encombre la Garonne, a été construit de 1968 à 1972 pour retenir les eaux du Tarn et de la Garonne ; la retenue ainsi créée (plan d’eau de Saint-Nicolas-de-la-Grave) est d’un niveau suffisant pour alimenter un canal d’amenée jusqu’aux usines hydroélectriques et nucléaires de Golfech. L’eau du canal est ainsi turbinée pour la production électrique puis une partie est utilisée pour le refroidissement des réacteurs de l’usine nucléaire. Le barrage avait déjà subi un attentat le 17.07.1980 (Cf. chronologie dans la brochure Actions directes contre le nucléaire et son monde, volume 1).]
Cette fois-ci, le sabotage (une douzaine de charges explosives) vise les bras de retenue de deux vannes du barrage, ainsi qu’une grue de levage nécessaire à la manutention des batardeaux [digue, barrage provisoires établis pour assécher la partie où l’on veut exécuter des travaux], permettant la réparation des vannes.
La grue est entièrement détruite, alors que les bras eux résistent aux explosions et ne cèdent pas.
[La rupture de ces bras aurait entraîné l’ouverture des vannes, la vidange du plan d’eau et du canal d’amenée, l’arrêt par manque d’eau des centrales hydrauliques et nucléaires [43]]
Quels risques un tel acte fait peser sur la population ? Localement en tout cas, il semble que la peur de la centrale et de ses retombées éventuelles soit plus obsédante que les pets dans l’eau des antinucléaires. Evidemment les réactions dans la presse furent unanimes pour dénoncer l’attentat, le catastrophique raz-de-marée évité de justesse et le désastre écologiste dû à la baisse du niveau des eaux. Mais le plus intéressant ce sont les commentaires des écologistes antinucléaires officiels.

Des réactions :

- André Crouzet, un des membres lot-et-garonnais de la coordination “Stop-Golfech” : “Si c’est bien un attentat antinucléaire, c’est un dérapage malheureusement compréhensible en raison du ras-le-bol que l’on sent monter vis-à-vis d’EDF [...] Nous sommes obligés aussi de nous demander s’il ne s’agit pas d’une tentative pour jeter le discrédit sur les opposants à Golfech […]” (extrait d’une interview à Sud-Ouest le 15 mai 1990).
- Le député Vert européen Gérard Onesta affirme quant à lui que son mouvement est tout à fait étranger au sabotage du barrage de Malause. En revanche, il se permet d’orienter les recherches de la police. “Avant tout, je tiens à rappeler que les Verts sont, de par leur statut, opposés à toute action violente. Tout ce qui peut ressembler à du terrorisme n’est pas vert. J’ignore qui a pu commettre cet acte. Mais j’imagine que face à la bêtise humaine incarnée par les nucléocrates, obstinés à entretenir un outil débile, certains ont des réactions violentes. Je désapprouve mais je redoute fort que cette action ne soit pas la dernière. On nous dit que la centrale de Golfech est bien gardée. Pourtant, les Verts bordelais ont démontré il y a quelques jours que ce n’était pas forcément vrai, en dérobant les clefs et les plans du site. Mais ce que je crains le plus, c’est un attentat contre le combustible qui, lui, circule par la route. Je ne pense pas que ce soit sur Toulouse qu’il faille orienter les recherches, mais bien à proximité de la centrale où les gens sont de plus en plus résolus à la violence”. Journal de Toulouse du 15.05.1990.

L’action est revendiquée par “La joyeuse gaule d’Espalais” (Espalais étant un paisible petit village en aval du barrage). Communiqué extrait de La Dépêche du Tarn-et-Garonne du 16.05.1990.

« EDF ne manque pas d’air mais manquera peut-être d’eau. Golfech inaugurée pour l’anniversaire de Tchernobyl avec l’aval des gouvernants. Tous savent qu’il y aura des “incidents”, tous espèrent éviter l’accident. Peu importe que les populations périssent, pourvu que le nucléaire, que le profit se fasse. C’est le cynisme des puissants.
Alors, mourez tranquilles paysans, l’eau qui s’échappe du barrage n’est pas pour vous, elle sera pour le cœur du réacteur quand vos récoltes crèveront. Et EDF qui arrose le Conseil régional ! Et il faudrait que nous supportions tout cela et que nous supportions aussi ceux qui nous demandent de supporter tout le reste... Alors courage, soyez méchants. Mieux vaut un pet dans l’eau que du césium dans les pruneaux. »

“La joyeuse Gaule d’Espalais”

Samedi 22 septembre - Lyon (69) : Colloque nucléocrate

Cernés par un important dispositif policier, 500 manifestants défilent dans les rues de Lyon pour protester contre la tenue, pendant cinq jours, du colloque nucléocrate ENC (European Nuclear Conférence – rencontre de scientifiques et d’industriels). Trente pays sont représentés. Les organisateurs ne cachent pas l’objectif de ces journées : “L’enjeu d’ENC 1990 est de continuer à enraciner le nucléaire dans le monde”.
En vue du colloque : “plusieurs individus se sont regroupés pour exprimer leur colère, ne pas laisser totalement impunis les agissements mortifères des nucléocrates…” (Le temps des déchets de l’“Association contre le nucléaire et son monde”, mars 1991). Diverses actions sont menées contre les congressistes : des jets d’œufs – un autobus qui emmène des nucléocrates est stoppé, barbouillé de peintures et de slogan antinucléaires – un faux programme de sécurité signé EDF est placardé afin de cerner les besoins de la population en abris antiatomiques.

Vendredi 21 décembre - Golfech (82) : Coup bas… Golfech paralysé

Une semaine après le redémarrage de la centrale, nouvel arrêt brusque et inopiné… Un sabotage à l’explosif couche à terre le premier pylône de la ligne 400 000 V, à la sortie de la centrale de l’autre coté de la Garonne. Quelques écrous déboulonnés, trois charges de dynamite de plusieurs kilos et la structure métallique de 60 tonnes et de 50 mètres de haut s’écroule au sol. La centrale est stoppée immédiatement par un système de sécurité appelé “îlotage” qui met le réacteur en veilleuse automatiquement.
La presse met une fois de plus le paquet sur les risques que de tels actes font encourir aux populations.

Des réactions :

- Le journal Libération fait particulièrement remarquer qu’on est passé à coté d’un accident très grave, car l’îlotage ne se déclenche que deux fois sur trois. On peut expliquer le phénomène comme ça : la rupture de l’évacuation du courant produit par le réacteur amène automatiquement une descente des barres de sécurité dans le cœur du réacteur. Simultanément, plusieurs énormes groupes électrogènes, censés assurer le besoin en énergie de la centrale pour réaliser des fonctions diverses (refroidissement, désaccélération du turbogénérateur, etc.), se mettent en route. C’est, en cas contraire, lorsque les éléctrogénérateurs ne se mettent pas en route que tout semble devenir problématique… Le réacteur est stoppé pendant 15 jours.
- Cette action apparaît comme très populaire dans la région de Golfech, au point que la coordination “Stop-Golfech” juge compréhensible le sabotage du pylône : “Les responsables de la centrale s’étonnent : Pourquoi Golfech ? Nous leur rappelons que ce projet fut imposé aux populations… Quand le respect de la démocratie est à ce point bafoué par l’Etat et le lobby nucléaire, il est compréhensible que des individus considèrent le sabotage comme le seul acte d’expression et de résistance possible” (Sud-Ouest du 10.01.1991).
- Gérard Cazanova, le directeur régional EDF de la production et du transport chiffre un déficit de 1 million de Fr. [150 000 €] par jour d’arrêt. Le total des deux derniers sabotages (le barrage de Malause le 13.05.1990 et le pylône) coûte à EDF, donc aux contribuables, 1 milliard de Fr. [15 000 000 €]. Une bagatelle, une fois comparée à ce que nous coûte le programme électronucléaire.
- Quelques jours plus tard, le 31 décembre, EDF reçoit le soutien d’un de ses syndicats internes, la CFDT s’insurge en dénonçant de tels sabotages qui mettent en danger la sécurité des installations (pas du personnel ?) et contribuent à créer un climat de psychose autour de la centrale.

Ci-dessous un article paru dans Courant-Alternatif en février 1991 :

« […] Cette action, non revendiquée mais qui parle d’elle-même, si elle n’entre pas directement dans la stratégie de terrain mise en place par la coordination Stop-Golfech, n’a pourtant pas été dénoncée, car face à l’arrogance des autorités… face à la politique de prise d’otages généralisée des populations, le sabotage reste une des défenses efficaces pour tous ceux que l’on opprime… Cette forme de lutte a pu se diversifier et faire reculer momentanément les dirigeants. Et ce n’est pas nous, libertaires, qui la critiquerons ! Sans en faire un leitmotiv ni être pousse-au-crime, le sabotage reste et restera une des composantes de la lutte de classe, comme la grève générale illimitée.
La centrale a de nouveau été couplée au réseau national le dimanche 3 janvier 1991, mais ce que l’on retiendra, c’est que pour une des premières fois une centrale nucléaire est stoppée grâce à l’action des antinucléaires et non du fait de défauts techniques. On n’oubliera pas non plus le délire des médias, de
Libé au Canard, en passant par La Dépêche (torchon local du poupon Baylet), qui nous ont bassiné sur l’irresponsabilité des auteurs du sabotage qui aurait pu déclencher un syndrome chinois ou une autre catastrophe. Un discours particulièrement écœurant quand on sait que le rapport Tanguy prévoit un accident très grave dans les dix années à venir (pour des causes n’ayant rien à voir avec le sabotage) et que la toute nouvelle centrale de Golfech a déjà été arrêtée plusieurs fois du fait de ses propres anomalies. Un discours médiatique qui n’étonnera personne puisque, à genou devant le pouvoir, ils n’ont jamais laissé la parole aux antinucléaires et qu’ils persistent dans la désinformation. Mais pour une fois, leurs manœuvres n’ont pas eu les effets escomptés dans les populations. Après l’annonce du sabotage, on applaudissait et on riait bien dans nombre de chaumières et pas seulement chez les militants ! »

Mardi 25 décembre - Golfech (82) : Pression maintenue

Fausse alerte à la bombe à la centrale.

1991

Lundi 07 janvier - Tarn et Garonne (82) : Perquisitions

L’année commence par une série de perquisitions dans les milieux antinucléaires proches de la centrale, suite au sabotage contre le pylône le 22.12.1990. Aucune suite juridique aux interpellations.

Dimanche 25 août - Hautes-Pyrénées (65) : Sabotage contre une ligne THT

Un pylône de la ligne 225 kV reliant la France à l’Espagne sur le plateau de Saugue au dessus de Gédre est détruit à l’aide d’explosifs. La ligne est coupée pour une quinzaine de jours.

Mercredi 23 octobre - Montrejeau en Comminges (31) : Sabotage

Sabotage de la ligne THT Golfech-Cazaril-Lanemezan.
Cette fois-ci, ce sont deux pylônes soutenant la ligne de 400 kV qui sont détruits. Le courant est coupé pour environ un mois. Cette action intervient peu après la décision du tribunal administratif de Pau de mettre en délibéré la décision sur le projet de la ligne France-Espagne par le val Louron. En attendant la réponse du tribunal, les saboteurs veulent montrer qu’EDF aura du mal à imposer comme d’habitude son implantation de ligne. Un avis défavorable, bloquant momentanément la construction de la ligne est finalement rendu quelques jours plus tard.

1992

Jeudi 07 mai - Aude (11) : Un pylône ! Un !

C’est le Comité d’action viticole qui paye sa tournée dans le Minervois (région du Languedoc – Aude (11) et Hérault (34)). Après avoir endommagé une voie ferrée, le Comité s’en est pris à un pylône de la ligne THT 400 kV qui passe sur la commune d’Oupia dans l’Aude.

Mardi 30 juin - Civaux (86) : “Squat” de deux grues du chantier de la centrale

Trois membres de l’association agenaise “Planète en état d’alerte” occupent pendant trois jours deux grues sur le chantier du dernier réacteur national en construction à Civaux dans la Vienne [44].
[En janvier 1993, les quatre occupants (un est resté en soutien en bas de la grue) sont inculpés de violation de domicile après la plainte déposée par EDF. C’est la première fois qu’EDF engage une telle procédure suite à une action antinucléaire sur le site d’une centrale. Les inculpés se présentent quelques mois plus tard enfermés dans une cage chez le juge d’instruction de Poitiers. Ils passeront en procès en juin 1993 [45]]

Dimanche 26 juillet - Belesta (66) :Jeux olympiques : le boycott d’EDF, un pylône au tapis

Sabotage à l’explosif contre un pylône de la ligne THT 400 kV reliant la France à l’Espagne. Le courant est coupé pour une quinzaine de jours. Il semble que cette action visait la cérémonie d’ouverture des Jeux. Le pylône situé dans les Pyrénées-Orientales à quelques kilomètres de la frontière s’est écroulé au moment même où le roi d’Espagne Juan Carlos déclare les Jeux ouverts à Barcelone. Le sabotage n’est pas revendiqué, l’important c’est avant tout de participer, comme le disait si bien Pierre de Coubertin !

1994

Mercredi 05 janvier - Paris (75) : Le député à un coup de sang : les antinucléaires perdent leur sang froid.

Devant l’entrée principale de la radio France-Inter où il va participer à l’émission “Le téléphone sonne”, le député PS Christian Bataille (rapporteur de la commission parlementaire sur l’enfouissement des déchets radioactifs) est couvert de sang par des antinucléaires.

Samedi 30 avril - Golfech (82) : Sabotage contre le canal d’amenée de la centrale

« Née sous une mauvaise étoile, elle découvre ce samedi 30 avril que son canal d’amenée alimentant ses circuits de refroidissement “fait sous lui”. Entre les communes de Malause et Pommevic à l’endroit même où la rivière Saudèze croise souterrainement l’infortuné canal. Le week-end imposant sa léthargie officielle, c’est le mardi que les responsables de la direction régionale Production / transport Aquitaine se pointent, avec le sous préfet de Castelsarrasin. La fuite est estimée à 7,3 m3/s et arrose grassement et gratuitement la peupleraie en contrebas. Aucune construction n’est menacée par l’inondation. Des habitants de Malause déclarent avoir entendu, peu avant 5 heures du matin le samedi, une forte explosion […]
Le samedi 14 mai, La Dépêche dans un petit article au titre triomphant annonce : “les brèches enfin colmatées !”. Il s’agit de la disparition mystérieuse (texto !) de trois plaques métalliques utilisées lors des opérations d’assèchement de l’ouvrage placé à l’aplomb de la rivière Saudèze qui passe à cet endroit dans un aqueduc souterrain. C’est la pose d’une bâche de 300 m2 empruntée à la centrale d’Albi qui a donné les premiers résultats positifs. Encore un week-end au milieu de cette belle histoire à suspens, et lundi les experts pourront se glisser en pantoufles dans le tunnel. On saura enfin si c’est une colonie de castors qui est à l’origine de tout ce bazar. Ou bien une malformation congénitale du génie civil. A l’heure actuelle le coût de toutes ces opérations de colmatage et de réparation s’élève à 3 millions de francs [455 235 €]. Quand à la perte d’exploitation de la centrale hydraulique elle est estimée à environ 5 millions de francs [758 725 €]. N’ayant pas de taupes dans les “milieux autorisés”, c’est seulement le samedi 13 août de la même année (tout de même !) et par la presse, que nous apprenons les conclusions provisoires de l’expertise : “Des charges d’explosifs – qui auraient pu être soutenues par des étais de maçonnerie – placées sous le canal dans l’aqueduc souterrain, auraient pulvérisé les plaques d’acier obstruant le système de vidange”. Cette action n’ayant pas été revendiquée, la presse locale pose les questions : “qui a pu se livrer à un tel acte de vandalisme et surtout pour quelle raison ? Pourrait-il y avoir un lien avec l’attentat qui avait endommagé le barrage de Malause en 1990 ? »
A la tête de la SRPJ de Toulouse, James Bonde le bien nommé saura-t-il obstruer efficacement la fuite énorme de matière grise qui s’écoule encore par le fond de ce canal historique pour se perdre dans un aqueduc souterrain vidangé de l’imaginaire ?

Professeur Tournesol

1995

Samedi 21 octobre - Verfeil (31) : Sabotage contre le poste de transformation THT

02h30 : Quatre recharges de camping gaz et un chiffon enflammé, l’action contre le local technique du centre de transformation ne fait que peu de dégâts. (Contrairement à la première action contre ce poste de transformation la nuit du 08 et 09.11.1981 Cf. chronologie dans la brochure Actions directes contre le nucléaire et son monde, volume 1)
Le sabotage est revendiqué quelques jours plus tard par les “Brigades punitives”, groupe auquel on attribue des coups de feu (08.10. et 12.11.1993) contre la maison d’un transporteur de presse toulousain acquitté après qu’il eut tué un cambrioleur, et un incendie (14.11.1993) détruisant un atelier mécanique de la gendarmerie dans le quartier Empalot à Toulouse.
Après ces actions et suite à d’autres affaires de vol, les deux frères Philippe et Claude B. sont incarcérés en juillet 1994 et condamnés en janvier 1996 respectivement à deux et cinq ans de prison ferme. Ils ont toujours niés leur participation aux “Brigades punitives”, et pour cette action, ne pouvaient être en aucun cas à la fois à Verfeil et enfermés à la prison Saint-Michel.

1996

Mercredi 08 mai - Golfech (82) : Occupation (bis) d’une tour de refroidissement de la centrale

EDF était prévenue… En laissant redescendre impunément sans encombre les “squatteurs” de la tour une première fois le 10 juin 1989, l’entreprise s’exposait à une nouvelle tentative.
Trois membres de “VSDNG” et du “Collectif Paix de Bazens” ont attendu que les vigiles s’endorment devant le match de foot à la télé pour perpétuer leur acte de malveillance : l’escalade de la face cachée de la tour de la tranche 1 en fonctionnement. Le camping dure trois jours entre vapeurs d’eau chaude et vents froids du nord. EDF porte plainte pour violation de domicile et contribue de ce fait à porter le débat sur le nucléaire dans le domaine public.
Les militants en soutien devant la centrale sont tous interpellés par la gendarmerie qui vérifie leur identité avant de les relâcher.
[Le 20 novembre, après la plainte d’EDF, le Tribunal de Grande Instance de Montauban met les trois alpinistes en examen (inculpation) pour “avoir pénétré sans autorisation sur un terrain classé défense [46]] Pour une description du procès et du procès en appel (qui a lieu le 22.10.1998), Cf. respectivement pp. 510-511 et pp. 519-520 in Golfech. Le nucléaire :…]]]”. Civil, le nucléaire ? Leur mise en examen arrive alors que plusieurs sympathisants de Stop-Golfech reçoivent la visite de gendarmes sous prétextes divers. Une tentative de déstabilisation du mouvement, manœuvre classique de la gendarmerie qui a surtout pour effet de resserrer les liens entre les antinucléaires, déjà fort habitués à ce style d’intimidations.]

POUR CONCLURE CETTE BROCHURE, VOICI DEUX TEXTES CRITIQUES QUI RESUMENT ASSEZ BIEN CE QU’EST DEVENU L’OPPOSITION AU NUCLEAIRE ET SA “FIN”. BREF EN DEUX MOTS : LA “DEFAITE”.

« Si réclamer quoi que ce soit à l’Etat est dérisoire, puisqu’il ne recule jamais que là où l’on sait exiger avec assez de force, réclamer un “avenir sans nucléaire” est doublement illusoire, alors que l’avenir est d’ores et déjà nucléarisé, ne serait-ce que par les stocks de déchets entassés pour l’irradiation des prochains siècles. Le seul réalisme serait bien sûr, après l’arrêt immédiat de toutes les centrales, de parvenir à limiter et à contrôler les dégâts déjà faits, pour restaurer progressivement des conditions de vie où l’on n’ait plus besoin d’apprendre à compter les becquerels. On nous dira que tout cela est impossible dans la société telle qu’elle est. C’est dire que le réalisme est impraticable dans cette société : il s’agit donc de la renverser. Et précisément parce qu’aujourd’hui le minimum est une tâche immense, les moyens employés doivent rompre avec toutes les illusions des protestations manipulées, où une foule inorganisée suit passivement des organisateurs irresponsables, toujours prompts à négocier leur trahison pour un poste ministériel ou une sinécure au Parlement européen. Car ceux qui ne seraient pas capables de s’affranchir dans leurs luttes de toute direction ou contrôle extérieur ne sauraient certainement pas prétendre participer à délivrer la société de pouvoir extérieur aux individus dont la foi nucléaire est la forme ultime. »

(Extrait d’un texte diffusé par des membres de “l’Encyclopédie des nuisances”)

Dimanche 04 mars 1990 - Golfech (82) : Rassemblement-carnaval devant la centrale

« Vous y avez déjà été ! Depuis 1975 ou 1980, etc., ou jamais. On ne peut compter que sur vous qui osez encore vous battre. Parce que nous voulons que cette manifestation soit la force de la vie, de l’invention contre les mastodontes bardés de certitudes et de barbelés, on a mis cette manifestation sous le signe du carnaval, au sens fort du carnaval. La fête populaire contre les puissants. » (“VSDNG” [Vivre Sans le danger Nucléaire de Golfech], février 1990).

Ci-dessous le témoignage amer d’un gugusse présent au “carnaval” :

« Environ 2 000 à 3 000 personnes se sont rassemblées devant les grilles de la centrale. Soucieux d’éviter tout débordement, les organisateurs (Stop Golfech) ont préparé ce rassemblement de façon à ne laisser aucune place à une éventuelle expression spontanée et encore moins violente. Le rassemblement est donc appelé à se tenir dans la joie et la paix. La forme carnavalesque, quelques chars décorés et quelques gens déguisés donnent l’illusion que la fête est de la partie. Fête ou enterrement ? Nous assistons à des antinucléaires qui se trimbalent de droite à gauche pour participer à des activités. Ici un STOP écrit en chaîne humaine pour la photo aérienne de la famille. Là, du théâtre, de la musique, des jongleurs et pour finir un tribunal des flagrants délires, sorte de podium où des acteurs jugent et condamnent EDF mais où les spectateurs antinucléaires tournent le dos à la centrale plutôt que d’y faire face. Tout cela se veut très symbolique et c’est réussi. C’est à cette occasion que l’attention se tourne vers un “provocateur” honni de tous qui provoque effectivement les forces de l’ordre, dont la présence n’est d’ailleurs pas une provocation. Après ce bref instant de flottement, voilà une dernière animation du groupe toulousain Planète en Danger, qui crée, pour l’occasion, un poème et un grand cheval de fer (symbolique de l’échiquier, avec donc le cheval, les tours de la centrale et nous-mêmes qui sommes les fous). Fallait y penser. L’après-midi tire sur sa fin, on file le rifle au Roi Vaval et tout le monde rentre chez soi, satisfait d’une journée bien remplie, la conscience tranquille ou la haine refoulée qui fait des nœuds au ventre. Quelques années auparavant, une autre époque, les manifestants prennent ce jour-là le site d’assaut et affrontent la police d’Etat jusque tard dans la nuit. Le mouvement antinucléaire exprime sa révolte et sa colère, la fête est là réellement et toute aussi impuissante. Aujourd’hui la magouille politique a remplacé la sincérité. Un Waechter ou un Juquin valent mieux qu’une station météo décanillée ou qu’un grillage cisaillé. Les centrales vont fleurir ».

Toulouse, mars 1990

Collectif


[1] Nous traitons de ces luttes en France, mais des résistances se sont aussi organisées dans d’autres pays. Par exemple, Cf. la chronologie de la brochure sur Marco Camenisch, Résignation et complicité (Ed. Le Déséquilibré) qui répertorie des actions ayant eu lieu en Suisse.

[2] L’action directe désigne “une action individuelle ou collective exercée sans intermédiaire, contre l’Etat et le patronat […]. L’action directe s’oppose au collaborationnisme et à l’action parlementaire. Elle peut être légale ou illégale, défensive ou préventive. Sans exclure la violence, elle n’y fait pas recours nécessairement. La grève, le boycottage, le sabotage font partie des formes qu’elle prend généralement”. (Lexique L’anarchisme, Editions Akatene, 1985).

[3] “Nous tendrions plutôt à considérer le citoyennisme comme forme intégrée de contestation qui espère pouvoir rééquilibrer les dysfonctionnements du système économique ou réajuster ses dérives par une meilleure participation des citoyens. La démocratie n’est pas vue comme moyen de s’opposer mais bien d’accompagner le capitalisme. […] Les citoyennistes ne s’opposent pas, ils demandent une meilleure gestion : La démocratie est vue en tant que partie indissociable du capitalisme dont elle serait la forme politique. Le capitalisme, comme système économique, ne peut fonctionner correctement que s’il est démocratique.” (Le Citoyennisme, prémisse d’un corporatisme citoyen, disponible sur http://web.tiscalinet.it/anticitoye....)
Comme le dit assez bien le groupe “Quelques ennemis du meilleur des mondes” : “Le citoyenniste est prêt à discuter de tout avec les autorités, devenu son seul horizon et son seul “moyen”. Réduit à l’impuissance et dépossédé de tout moyen d’intervention sur les conditions qui lui sont faites, il est même prêt à participer à la cogestion de sa mort.” (OGM : fin de partie, 2004, p. 21).

[4] Pour nous la violence est un moyen et non une fin en soi. C’est une tactique de lutte parmi d’autre, qui peut être pertinente à certains moments ; tout comme peuvent l’être des actions non-violentes à d’autres.

[5] Editions CRAS, BP 51 026, 31 010 Toulouse, Cedex 6.

[6] La France possède 58 réacteurs (dits de “deuxième génération”) en fonctionnement, répartis sur 19 centrales nucléaires. C’est parce que la France veut refaire son parc qu’elle teste le Réacteur Pressuré Européen (EPR en anglais – European Pressurized Reactor) à Flamanville, en Normandie. L’EPR est le prototype des réacteurs dit de “troisième génération” censés remplacer la précédente. Vient s’ajouter à cela la construction d’ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) à Cadarache. Cf. les articles de Bernard Louart réunis dans la brochure ITER ou la fabrique de mal absolu, mars 2006 (articles parus dans Archipel, journal du Forum Civique Européen n°136 & 137, http://www.forumcivique.org/).

[7] Le 25 juillet 2006, “à la centrale nucléaire de Forsmark (Suède) un court-circuit dans le réseau électrique extérieur de la centrale a provoqué la perte d’alimentation du réacteur n°1. Le réacteur a alors été stoppé d’un seul coup en raison de la coupure de courant. Tous les écrans de la salle de contrôle se sont éteints simultanément : les opérateurs se sont retrouvés sans les commandes face à un réacteur incontrôlé et incontrôlable. Une seule solution pour éviter la fusion du cœur : mettre en route les quatre générateurs de secours pour alimenter en électricité les pompes de refroidissement du réacteur. Mais aucun n’a démarré spontanément comme il aurait dû le faire dès qu’une panne de l’alimentation extérieure survient. Deux générateurs s’amorcèrent après un temps de latence […] mais deux autres générateurs n’ont pas répondu. Il semblerait que les batteries des générateurs aient été affectées par le court-circuit. Le cœur ne pouvant plus désormais suffisamment évacuer sa chaleur, il s’est échauffé, le niveau de l’eau dans le circuit primaire a baissé de deux mètres et la pression a dégringolé à 12 bars alors qu’elle doit être maintenue à 70 bars. Dans ces conditions l’accident majeur n’est plus qu’une question de minutes. Or il faudra vingt trois minutes à l’équipe en place pour finalement arriver à démarrer les deux autres générateurs de secours. Vingt trois minutes pendant lesquelles les opérateurs n’ont pas su si le réacteur était vraiment à l’arrêt et si leurs actions avaient les conséquences voulues.[…]” (extrait d’un article paru dans le journal Sortir du nucléaire, n°32 / Sept. 2006, du “Réseau sortir du nucléaire”).

[8] - Salvador Puig Antich, militant communiste (tendance libertaire) du MIL (Mouvement Ibérique de Libération), groupe pratiquant “l’agitation armée”, implanté en Catalogne au début des années 1970. Arrêté et condamné à mort, Salvador fut garrotté le 2 mars 1974 à Barcelone (Espagne). Le même jour, Heinz Hez, d’origine polonaise, prisonnier social, subit le même sort.
- Ulrike Meinhof, membre de la Fraction Armée Rouge (RAF – organisation pratiquant la lutte armée en Allemagne de l’Ouest, appelée aussi “la bande à Baader” par la presse bourgeoise, du nom d’un des fondateurs du groupe, Andréas Baader), arrêtée le 15 juin 1972, condamné à 8 ans de prison en 1974, est retrouvée “pendue” dans sa cellule le 9 mai 1976. [Golfech. Le nucléaire :…

[9] René Janin, préfet de l’Isère, formé en Algérie, est déjà tristement célèbre en Bretagne pour ses interventions contre les grévistes des entreprises du Joint Français. Il est le chef d’orchestre de l’activité des forces de l’ordre à Malville. Comme il l’avait été en 1976. [Golfech. Le nucléaire :…

[10] Nous renvoyons le lecteur / la lectrice au texte de Pièces et Main d’Œuvre (PMO), Memento Malville, une histoire des années 70, téléchargeable sur le site www.piecesetmaindoeuvre.com. Egalement les numéros du journal Le casse-noix, paru dans les années 70-80 à Grenoble (disponibles sur simple demande à Black-star (s)éditions), mais aussi le texte Les mythes décisifs, aux écœurés de Malville disponible dans le très bon ouvrage Histoire lacunaire de l’opposition à l’énergie nucléaire en France, textes choisis et présentés par l’Association contre le nucléaire et son monde, Ed. de La Lenteur, 2007.

[11] Collectif d’enquête, Aujourd’hui Malville…Demain la France !, Ed. La pensée sauvage, 1978.

[12] Le militant en question est découvert par la police en train de peindre, avec quelques camarades, des inscriptions sur le palais de justice en solidarité avec les condamnés de Bourgoing. Les policiers lui tirent dessus lorsqu’il prend la fuite et le passe ensuite à tabac. Cf. son témoignage “ville Toulouse” parut dans Le Matin du 13.08.1977 in Golfech. Le nucléaire :…, p.80-81.

[13] L’accident (classé niveau S) survint dans un des réacteurs à eau pressurisée, une fuite du liquide caloporteur, provoque la fonte partielle du cœur. La population locale n’est pas informée tout de suite des risques encourus. Environ 300 000 personnes sont finalement évacuées pendant quelques jours avant que les autorités annoncent que le danger est écarté. Les 400 fausses-couches survenues après l’accident sont d’abord mises sur le compte de la panique, mais aujourd’hui, alors que la centrale est à l’arrêt depuis l’accident, les dernières études épidémiologiques publiées dans Environnement Health Perspective montrent une augmentation notable (deux à sept fois) des cancers sur la population habitant sous les vents dominant de la centrale. [Golfech. Le nucléaire :...

[14] Mise en service en 1967, la première centrale nucléaire (première génération) connaît une quantité impressionnante d’aléas, de pannes, de dysfonctionnements, jusqu’à son arrêt définitif en 1991. Ainsi, en 1968, un “incident” exige deux ans d’arrêt pour la réparer. La panne est gardée secrète et des eaux radioactives ayant servi à noyer le réacteur sont rejetées dans la Meuse.
Dans les années 1970, on commence à parler de plus en plus de cancers, de leucémies et d’affections de la thyroïde dans la pointe de Givet. Des gens vont se faire soigner à Reims où des médecins ne sont pas étonnés d’apprendre leur lieu d’origine.

[15] Nous renvoyons le lecteur / la lectrice au documentaire “Plogoff, des pierres contre des fusils” de Nicole et Felix Le Garrec, Bretagne films.

[16] On recommande vivement au lecteur/ à la lectrice de lire la brochure Un récit de la lutte de Chooz d’où provient une grande partie des éléments de la chronologie présente (ainsi que dans la brochure Actions directes contre le nucléaire et son monde n°2). Brochure disponible à l’adresse suivante : Les publications de L’En-Dehors, La question sociale, BP 5, 08150 Rimogne. Il y a également un documentaire : L’explosion, paru en 2006 (Filfil films, 52 mn), réalisé par Jérôme Champion, ainsi qu’un CD audio avec des interviews et des témoignages : Ca coûtera cher de nous foutre en l’air, lutte des sidérurgistes et de leurs complices dans les Ardennes (1979-1984). Contact : lames-de-sons@no-log.org

[17] Radio libre : de 1975 à 1981, sur la bande FM, les radios libres se multiplient, le monopole d’Etat est bafoué. La loi du 28.07.1978, qui prévoit que “toute personne qui viole le monopole sera punie d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 10 000 à 100 000 Fr. [1 500 € à 15 000 €] ou de l’une de ces deux peines seulement”, ne peut freiner ce moyen d’expression. La Gauche légalise cet état de fait le 09 novembre 1981 par une loi autorisant la dérogation au monopole d’Etat de la radiodiffusion sur la bande FM, permettant hélas l’invasion des radios commerciales. [Golfech. Le nucléaire :...

[18] Le 19.12. A Montauban, les six inculpés comparaissent devant le tribunal des flagrants délits, en vertu de la loi anti-casseur pour la manifestation du 02 décembre à Golfech. Le 09.01. A Montauban, manifestation de plusieurs centaines de personnes à l’occasion des verdicts des procès des 12 et 19 décembre 1980 (le 12.12.1980. procès de 4 militants antinucléaires à Montauban dont M. Dauty, maire démissionnaire d’Auvillar et de deux membres de la LCR [Ligue Communiste Révolutionnaire]. Ils sont inculpés de participation à attroupement avec armes cachées et dégradation volontaire de véhicules pour des faits datant du 17.11.1979 – voir chronologie – lors de l’enquête publique).Le tribunal correctionnel condamne 3 militants antinucléaires à 6 mois de prison avec sursis et l’ancien maire d’Auvillar à 3 mois pour la manifestation du 19 novembre 1979. Il condamne également 6 autres manifestants pour avoir déménagé EDF sur la nationale à 3 mois avec sursis et EDF obtient 4463,47 Fr. [environ 677 €] de dommages. [Golfech. Le nucléaire :...

[19] Sur ces trois personnes, deux sont mises en détentions préventives du 07 au 19 février. Le 10 mai 1981 et la loi d’Amnistie passent. Le juge d’instruction de Montauban refuse d’amnistier l’affaire, prétendant qu’il ne s’agit pas d’un fait politique. Le Parquet fait appel et réclame l’amnistie, la chambre d’accusation de Toulouse entend cette affaire le 26 janvier 1982 et rend son verdict le 23 février 1982, donnant raison au juge d’instruction. L’affaire sera donc jugée le 25 juin 1982 par le tribunal de Montauban ; devant l’éloquence des défenseurs, les juges se rendent à l’évidence devant les faits en reconnaissant le caractère politique de l’action ; ils sont donc amnistiés. [Golfech. Le nucléaire :...

[20] Depuis août, les pronucléaires (Groupement populaire Apolitique de Défense des Intérêts et Progrès de la commune de Golfech [GRAPID = comité pronucléaire de Golfech], des entrepreneurs travaillant sur le site de Golfech, la CGT, FO, le PCF et quelques ouvriers) organisent une série de manifestations, d’Agen à Montauban, en mettant en avant la création d’emplois que créerait la centrale. [Golfech. Le nucléaire :…

[21] Solidarnosc (solidarité en Français) est une fédération de syndicats polonais fondée le 31 août 1980 à Gdansk. A l’époque de la Pologne communiste, aucun syndicat indépendant des organismes du pouvoir n’était autorisé. Ce syndicat réussit à rassembler un large mouvement social et fut le fer de lance de l’opposition au régime communiste en place. Mis hors la loi en 1982, il redevient légal en 1989, après une longue période de clandestinité. Il exerce une influence durable sur la vie politique du pays.

[22] Ce document émane d’un groupe autonome qu’une main anonyme nous a fait parvenir en 1992, accompagné du petit mot suivant : “Ce texte à été distribué à, pratiquement, l’ensemble des individus et groupes d’action de la région toulousaine, au mois d’octobre 1982. Il est l’expression de l’un de ces groupes. Sur le contenu je n’ai rien à dire sinon que sur l’analyse il manque la manifestation du mois de novembre 1981 à Golfech et qu’il a été diversement apprécié. Ayant appris que vous effectuez un travail sur cette époque, j’ai chargé les PTT de vous le transmettre. Faites-en bon usage.” [Golfech. Le nucléaire :…

[23] Klaus Croissant était l’avocat des membres de la Fraction Armée Rouge. Durant cette période, l’Etat allemand criminalise les avocats (mise sur écoute, interdiction de plaider, arrestation, tentative d’intimidation – par ex, dépôt de charges explosives découverte dans le cabinet, etc.) allant jusqu’à les inculper de complicité de terrorisme avec leurs clients. En juillet 1977, Klaus Croissant, se réfugie à Paris et demande l’asile politique. Il est arrêté le 30 septembre, suite à un mandat d’arrêt international délivré par la Cour de Stuttgart, de même que son collègue, l’avocat Müller, le même jour en Allemagne. Son extradition de France fait beaucoup de bruit. Diverses mobilisations sont organisées en soutien (par ex, les autonomes parisiens occupent les locaux du journal Libération) : c’est ce que l’on a appelé “l’affaire Croissant”.

[24] Co-fondateur avec François Cavanna du périodique satirique Hara Kiri en 1960 qui deviendra par la suite Charlie Hebdo. Le “professeur” est décédé en janvier 2005.

[25] Il existe une cassette vidéo réalisée en 1995 (Arte ?) contenant une interview des auteurs de l’action expliquant leurs motivations et leurs arrestations en 1994. L’auteur du tir à la roquette raconte les actions antinucléaires qu’il a réalisé avec ses amis (dont celle-ci) dans l’ouvrage suivant : Chaïm Nissim, L’amour et le monstre, roquettes contre Creys-Malville, Ed. Favre, 2004.

[26] Kazimir Malevitch (1878-1935), peintre russe, a créé une catégorie de l’Art abstrait nommée Suprématisme qui atteint son apogée en 1918 avec son célèbre tableau Carré blanc sur fond blanc. Cette œuvre est plus connue grâce à la vulgarisation réalisée par les Inconnus dans le film Les Trois frères avec “le monochrome de White Man”.

[27] Référence à l’attentat perpétré par la DGSE contre le chalutier “Rainbow warrior” de “Greenpeace”, le 10.07.1985, pour l’empêcher de se rendre à l’atoll de Muruoa (Polynésie Française) où ont lieu des essais nucléaires français. L’attentat fait un mort, un militant de “Greenpeace”.

[28] Organisation de lutte armée française de 1978 à 1987. Certains de ses membres sont encore incarcérés. AD a menée plus d’une vingtaine d’attentats contre le patronat, les forces répressives (DST, GIGN, Armée) et contre des organisations internationales (FMI, OTAN), entre autres.

[29] CRSA : Centre de Recherche Social Anti-autoritaire (créé en 1981), dont l’activité était d’archiver et d’éditer tout style de document se rapportant à l’histoire sociale. Le CRAS (Centre de Recherche sur l’Alternative Sociale) est le prolongement de cette association. Le matériel emporté par la police ne sera jamais restitué.

[30] Claude Henry Mathais était un militant antinucléaire, membre de la coordination régionale et nationale. Il disparu dans la nuit du 10 au 11 novembre 1982. Le 8 décembre, son corps est retrouvé dans la Garonne. Le 13 janvier, on apprend qu’une dispute avec Floréal Bujan, son associé professionnel et son camarade de lutte, aurait mal tourné et entraîné sa mort. Ce qui fut un drame malheureux et un décès accidentel allait devenir l’affaire Mathais. Vingt jours après sa disparition, la presse locale et nationale s’empare de sa mort et salit sa vie pour en faire un fait divers. Les journalistes, véritables charognards, vont décortiquer son intimité pour la donner en pâture aux lecteurs et auditeurs avides de sensations fortes. Les hypothèses les plus sordides sont évoquées : le crime crapuleux, œuvre de gitans ou auto-stoppeurs ; l’affaire de mœurs sur fond d’homosexualité ; le règlement de comptes entre “durs” et “mous” du mouvement antinucléaire ; l’élimination d’un indic par l’organisation Action Directe. La propagande du pouvoir trouve là matière à discréditer l’homme et sa lutte. C’est dans ce cadre là que FR3 fit les frais d’une réponse explosive le 23.12.1982 en contrepartie de sa pratique méditative écœurante. De son côté, une partie du mouvement antinucléaire s’engagea trop rapidement dans l’hypothèse de la bavure policière ou pronucléaire (la répression, ces manifs réprimées, ces perquisitions, ces procès, ces attentats / tabassages / menaces diverses – dont des menaces de mort – contre les antinucléaires pouvaient bien laisser envisager le dérapage répressif). Mais la logique antinucléaire était dans l’erreur. L’inconscience collective avait peut-être besoin d’un martyr pour continuer la lutte. Ce fut la douche froide. La vérité est souvent dure et cruelle. Bujan fut condamné à cinq ans de prison ferme. Au cours du procès il plaida la thèse de l’accident. En tout cas, cinq ans de trop. [Golfech. Le nucléaire :…

[31] Illich Ramirez Sanchez (Vénézuélien), plus connu sous le nom de “Carlos” ou “Chacal”, figure du terrorisme international. Il est surtout connu pour la prise d’otages de 11 ministres de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) à Vienne, en décembre 1975. Il est incarcéré en France où il à été condamné à la réclusion à perpétuité.

[32] Organisation de lutte armée italienne durant les années 70-80. Celle-ci est particulièrement connue pour l’enlèvement et l’exécution d’Aldo Moro, le Président de la Démocratie Chrétienne en 1978.

[33] Paroles de la chanson de “La Java Des Bons-Enfants”, chanson attribuée par certains à Raymond Callemin dit “Raymond la science” de la bande à Bonnot, d’autres à Guy Debord et Marc Lemonier.

[34] Le PDG Angel Culetto est président du Syndicat du bâtiment et des travaux publics Tarn-et-Garonne.

[35] Il n’existe pas d’évaluation du nombre de morts civils qui ont été irradiés juste après l’explosion. On sait seulement qu’ils se comptent en dizaines de milliers. L’accident, lui, n’a pas fini de faire des victimes et la liste s’allonge tous les jours.

[36] Des antécédents : la rétention caricaturale d’informations lors de l’accident de Tchernobyl, l’indignation générale qu’elle suscita semble avoir poussé les pouvoirs publics et EDF à une pseudo-transparence vis-à-vis de leur politique nucléaire. Nous assistons, en tout cas, sur la région, à une série de débats contradictoires sur l’énergie en général, sur le nucléaire et Golfech en particulier. […] C’est cette fois-ci au Conseil général du Tarn-et-Garonne que nous devons le spectacle, plus précisément à son président J.-M. Baylet aidé par Jean Cambon (PS, conseiller général de Nègrepelisse), qui est chargé du comité de préparation, de coordination, bref de pilotage. Sans oublier le concours de La Dépêche du Midi qui, pour des raisons inavouées, concentre l’information concernant le colloque uniquement dans son édition départementale du Tarn-et-Garonne. […] Article du 09.10.1987 : “La prochaine mise en service de la centrale nucléaire de Golfech a définitivement enterré le débat, pour ou contre le nucléaire. Par contre il est indispensable désormais d’informer sur tout ce qui touche à la santé et à la sécurité face au nucléaire...” Le ton est donné pour un colloque qui s’annonce tout aussi démocratique et contradictoire que les précédents. Nul ne peut le nier, les choses ont été bien faites, côte à côte avec des scientifiques nucléopathes (membres d’EDF, du CEA, et de l’Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire) interviennent d’autres scientifiques indépendants critiques, tel que les responsables de la CRII-RAD (laboratoire indépendant), Mme Rivasi et M. Monier, M. Ramade, professeur d’écologie à l’université Paris Sud (excusé), le docteur F. Fauconnier (qui a mis en évidence les thyroïdes en Haute-Corse dues à Tchernobyl), R. Belbeoch, M. et R. Séné, physiciens atomistes membres du GSIEN, des spécialistes des effets biologiques des faibles doses : le médecin L. Bujan, le professeur Delpoux (ce dernier émet un avis favorable au démarrage de la centrale le 30.10.1989). Et puis surtout, des antinucléaires régionaux sont associés, depuis le début, au comité de pilotage, en particulier le chef de liste des Verts de Montauban, M. Ravailhet et Mesdames Boissière et Soubrier, membres du Comité Tchernobyl-Golfech de Montauban. Des antinucléaires, qui tout en réaffirmant leur opposition à la centrale de Golfech, déclarent dans les colonnes de La Dépêche Tarn-et-Garonne du 18 et 20.01.1988 : “Le colloque sur la santé et la sécurité se présentant avec suffisamment d’objectivité, les Verts Tarn-et-Garonne invitent toute personne désireuse de recueillir de l’information à y participer. Il est toujours bon d’entendre des avis contradictoires...”. Et le comité Tchernobyl-Golfech de rajouter : “Un des buts essentiels du Comité est de promouvoir l’information sur le nucléaire, ce colloque nous intéresse donc dans le sens où il est contradictoire...”. […] Le colloque semble susciter l’intérêt général. Le 14 Janvier dans La Dépêche, J.-M. Baylet remercie les organisateurs et associations qui ont préparé le colloque et rappelle que la philosophie de cette manifestation est une première en France car il ne s’agit plus de débattre de l’utilité de la centrale, mais de la sécurité et de ses conséquences sur la santé. [Golfech. Le nucléaire :…

[37] Nous renvoyons le lecteur / la lectrice aux textes du Bulletin n°2 de la “Coordination contre la société nucléaire” qui traitent de la gestion des catastrophes (disponible à “Coordination contre la société nucléaire”, c/o CNT-AIT, BP 46, 91103 Corbeil cedex).

[38] Référence (?) aux Cobas, qui sont des “comités de base” créés en Italie au cours des années 1980. [Golfech. Le nucléaire :…

[39] Les individus qui ont fait cette action utilisent ce nom en référence au Chevalier Jean-François Le Febre de la Barre, victime de l’intolérance religieuse : en 1766, alors âgé de 19 ans, il a la langue et la main droite coupée, le reste brûlé vif pour avoir brisé un crucifix en bois.

[40] Les informations sur la lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires proviennent toutes de l’ouvrage Histoire lacunaire de l’opposition à l’énergie nucléaire en France, textes choisis et présentés par l’“Association contre le nucléaire et son monde”, Ed. La Lenteur, 2007.

[41] Op. Cit.

[42] Etablissement de la réaction en chaine dans un réacteur nucléaire.

[43] EDF, dans un premier temps, communique que l’exploitation se poursuit normalement, puis que le plan d’eau va être abaissé de plusieurs mètres (100 millions de m3 seront lâchés au total) et enfin, le 18 mai, que la centrale nucléaire est arrêtée depuis le 16 pour procéder au nettoyage d’échangeurs sur un circuit auxiliaire de réfrigération. La Dépêche du Midi confirme le 17 qu’EDF a dû, hier, délester plusieurs millions de m3 d’eau et s’empresse d’ajouter : “Les agriculteurs ne pourront pas irriguer leurs terres [...] les distributeurs d’eau sont en état d’alerte [...] les aloses qui remontent actuellement la Garonne pourraient être pris au piège [...]” Les antinucléaires, voilà l’ennemi ! “Les Amis de la terre” et le bulletin du “Réseau pour un avenir sans nucléaire” nous apprennent que la centrale est toujours arrêtée le 2 juin et qu’EDF a reconnu un incendie dans une borne du transformateur général. En fait, tout laisse à penser qu’ EDF a préféré éteindre le réacteur par sécurité, sachant que le barrage risquait de céder à cause des crues en prévision, car en effet, des pluies diluviennes s’abattent sur la région et le 26 mai, la Garonne déborde. Mais évidemment, tout ceci n’est qu’une supposition qui impliquerait que le sabotage du barrage a bien arrêté la centrale indirectement et cela jusqu’au début du mois de juin, soit une vingtaine de jours. La baisse des eaux, provoquant la remontée des nappes phréatiques, a fissuré le canal d’amenée. Les travaux de réfection, qui se déroulent pendant le mois de septembre 1991, nécessitent la vidange intégrale du canal. [Golfech. Le nucléaire :…

[44] Les revendications, pour la plupart citoyennistes (débat démocratique, référendum), se trouvent à la page 437 du livre Golfech. Le nucléaire :…

[45] Juin 1993 - Verdict du procès pour l’occupation des grues du chantier de la centrale de Civaux. Les trois occupants des grues ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Poitiers à 15 jours de prison avec sursis et 13 000 Fr. [1 972 €] de dommages et intérêts. A noter les arguments du procureur comparant les inculpés à “de dangereux malfaiteurs, extrémistes et bolcheviques” aux pratiques indignes de bons pères de famille et d’un professeur laïc, contre des centrales qui ne sont pas des camps de la mort. Le matin du procès, trois personnes (membres de Greenpeace) occupaient à nouveau une grue du chantier EDF. Les trois individu-e-s sont aussi condamnés à 15 jours de prison avec sursis et 7 000 Fr. [1 062 €] de dommages et intérêts au profit d’EDF. L’enjeu pour EDF était d’obtenir une condamnation pour violation de domicile en vue de confirmer une jurisprudence pour d’éventuelles nouvelles occupations de sites. [Golfech. Le nucléaire :…

[46] Le 24 au matin, deux jours avant le procès, les trois compères inculpés s’élèvent et s’arriment sur une grue située malencontreusement au dessus du tribunal en réfaction. Une banderole est déployée : “Où est le crime ?” L’action est menée conjointement par “VSDNG” et les groupes toulousains des “Amis de la Terre” et de “Planète en Danger”. Des individus “inorganisés” s’y associent naturellement. Une pyramide de bidons aux sigles radioactifs est montée sur la place du Coq devant le tribunal, et le week-end commence frisquet. La population montalbanaise amusée vient voir l’attraction, la sortie du dimanche est antinucléaire. [Golfech. Le nucléaire :…