BROCHURES

L’art et la science du détournement publicitaire

L’art et la science du détournement publicitaire

Billboard Liberation Front (première parution : 1990)

Mis en ligne le 31 mai 2005

Thèmes : Antipub (5 brochures)
Art, Culture (24 brochures)
Guides pratiques (45 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,2.8 Mo) (web)

Version papier disponible chez : Collectif FTP (Nancy)

Introduction

Le Billboard Liberation Front détourne des publicités depuis 1977.
Nous espérons que vous trouverez utiles et abordables les informations contenues dans cette brochure. Nous y avons détaillé des méthodes pour des panneaux simples à détourner et accessibles, ainsi que d’autres, plus élaborées, pour les grands panneaux autoroutiers.
Dans la plupart des cas, il ne sera pas nécessaire de recourir aux méthodes les plus élaborées - tout comme certaines précautions tournant parfois à l’obsession. Une bombe de peinture, un esprit joyeux, et une douce nuit sont parfaitement suffisants.
Il existe plusieurs raisons pour détourner les publicités. Dans cette brochure, nous éviterons l’idéologie pour nous concentrer uniquement sur la pratique.

Billboard Liberation Front

NB : Pour plus de lisibilité, lisez la brochure illustrée, ici au format PDF.



1. Choisir un panneau

Une fois que vous aurez sélectionné un message publicitaire à détourner, il faudra déjà vérifier si vous retrouvez la même pub à plusieurs endroits. Déterminez ensuite ceux qui offrent la meilleure lisibilité et visibilité du message. Un panneau en bordure d’autoroute sera bien évidemment vu par beaucoup plus de monde qu’un panneau situé dans une ruelle obscure (ce qui est plutôt rare - ndt). Il vous faudra bien évidemment évaluer la localisation et la visibilité du détournement, mais également prendre en compte d’autres facteurs beaucoup plus variables, comme repérer les chemins d’accès, et les "issues de secours", ou le temps nécessaire pour parcourir à pieds et en voiture le chemin pour se rendre au panneau.
En choisissant le panneau, gardez à l’esprit que les détournements les plus efficaces sont souvent les plus simples. Si vous parvenez à modifier complètement le sens d’une pub rien qu’en changeant/supprimant une ou deux lettres, vous gagnerez du temps et cela vous évitera des problèmes. Certaines pubs se prêtent facilement à la parodie grâce à l’incursion d’une petite image ou d’un symbole à l’endroit approprié (un crâne, un symbole radioactif, un smiley, une svastika, un vibromasseur, etc.). Parfois, sur certaines pubs, l’ajout d’une bulle à l’un des personnages suffit.

2. Préparation

A) Accessibilité : Comment accéder au panneau ? Avez-vous besoin d’une échelle pour atteindre le haut du panneau ? Pouvez-vous escalader le panneau sans risques ? Si le panneau se trouve sur le toit d’un immeuble, peut-on y accéder en passant par l’intérieur du bâtiment, par l’escalier de sortie de secours, ou par un immeuble mitoyen ? Si vous avez besoin d’une échelle, on peut parfois en trouver sur les plates-formes des panneaux, ou sur un panneau adjacent, ou sur les toits d’immeubles.

B) Aspects pratiques : Quelle est la taille des lettres et/ou des images à modifier ? Votre zone de travail se trouve-t-elle près de la plate-forme ?
Si vous escaladez les plus gros panneaux jusqu’à leur sommet, vous pourrez vous y suspendre pour atteindre les endroits les plus hauts de la pub. Nous vous déconseillons toutefois cette méthode sauf si vous avez déjà pratiqué l’escalade. De plus, dans cette position, votre zone de travail latérale se trouvera limitée et il s’avérera difficile de se déplacer d’un côté à l’autre du panneau. Et en cas de problèmes, il vous faudra plus de temps pour fuir et cela pourra même devenir dangereux si vous vous affolez. Et il

est également très difficile de coller des images ou des lettres de grosse taille.

C) Sécurité : Après avoir sélectionné votre panneau, relevez toutes activités aux alentours, nuits et jours. Que s’y passe-t-il vers 2h00 du matin ? Serez-vous beaucoup visible en escaladant la structure ? Souvenez-vous que vous allez faire du bruit ; assurez-vous qu’il n’y a pas d’appartements ou de bureaux occupés à proximité. Marchez doucement sur les toits - vous ne savez pas au-dessus de quoi ou de chez qui vous marchez.
Les voitures qui circulent dans les environs peuvent-elles vous voir ? Que voyez-vous du panneau depuis votre zone de travail ? Même si cela semble difficile de voir une image dans l’obscurité, cela n’est pas impossible. Tout votre champ de vision sera aussi celui des passants, à l’envers !
Le panneau se trouve-t-il loin d’un commissariat ou d’un poste de patrouilles autoroutières ? Quelle est la fréquence des patrouilles ? Quel est leur temps de réponse à l’appel d’un "bon" citoyen ? Faites-vous votre propre idée en observant le coin. Est-ce tranquille la nuit, ou y a-t-il du trafic ? Lorsque les bars ferment, ceci vous fournira-t-il une bonne couverture - par ex. des mecs bourrés occupant les flics - ou bien au contraire, cela nuira-t-il à votre discrétion et vous fera repérer des passants ? Mais, s’en soucient-ils ? Si vous êtes repérés, il pourrait être préférable que les personnes au sol leur parlent plutôt que de simplement espérer qu’ils n’appellent pas la police. Ne les laissez pas vous mettre en rapport avec un véhicule. Les personnes au sol peuvent se faire passer pour des badauds et ainsi essayer de savoir ce que pensent les vrais badauds. Nous avons été découverts à de nombreuses reprises, et la plupart du temps les gens étaient amusés. Vous verrez qu’en général, les gens n’y prêtent pas attention sauf s’ils ont une bonne raison de le faire.
Grimpez déjà sur le panneau avant de vous occuper du détournement. Familiarisez-vous avec la structure en bougeant dessus. Prenez éventuellement une caméra ou un appareil photo - cela peut servir de couverture en cas de visite indésirable : "Mais voyons, monsieur l’agent, je suis photographe, et de nuit on a une vue magnifique depuis le pont...".
Prévoyez toujours des voies de secours qui vous permettront de fuir et vérifiez qu’elles ne sont pas bloquées. Pouvez-vous passer d’un toit d’immeuble à l’autre et partir par un escalier de secours ? etc.

D) Eclairage : La plupart des panneaux sont très éclairés, par des lampes de différents modèles. Les plus gros panneaux sont parfois éteints entre 23h00 et 2h00 par un système de minuterie situé sur le panneau, ou à côté. Les petits panneaux sont généralement contrôlés par des cellules photoélectriques ou des minuteurs conventionnels, qui se trouvent aussi sur le panneau. Si vous parvenez à trouver la cellule photoélectrique, vous pouvez couper l’éclairage en projetant le faisceau lumineux d’une lampe directement sur l’"oeil" de la cellule. Cela perturbe le système qui "pense" qu’il fait jour - le moment où les lampes sont censées s’éteindre.
Les minuteurs des gros panneaux se trouvent dans le boîtier de contrôle aux pieds du panneau, ou sur le côté de celui-ci. Ces boîtiers sont généralement fermés (et plus particulièrement ceux qui se trouvent aux pieds des panneaux) et s’ouvrent à l’aide d’une pointe de couteau, de tournevis. Mais à moins de vous y connaître en électricité, nous vous déconseillons d’y toucher, et il est préférable d’attendre que l’éclairage s’éteigne de lui-même. Ces panneaux sont branchés sur du 220 volts, une mauvaise manipulation pourrait vous coûter cher ! (Cependant si vous trouvez un disjoncteur à l’intérieur du boîtier, il suffit juste de le mettre à zéro, sans plus d’efforts ou de soucis - ndt)

3. Le Graphisme : conception des lettres et des images

A) Echelle : Si vous comptez seulement changer une petite zone (une lettre, un symbole) il ne vous sera pas nécessaire d’aller prendre beaucoup de mesures pour concevoir votre "revêtement" (nous utiliserons ce terme pour désigner l’image/lettrage que vous collerez sur la pub). Il vous suffira de prendre les mesures de traçage directement sur le panneau. Si jamais vous voulez quand même réaliser des revêtements de grande taille et/ou avec beaucoup de lettres, et que vous voulez que l’image finale ressemble le plus possible à celles des publicitaires, vous devrez vous préparer à un travail plus élaboré.
Placez-vous bien devant le panneau, photographiez-le dans cette position et réalisez un tracé depuis une impression grand format de cette photo. Grâce aux mesures que vous aurez prises sur le panneau (hauteur, largeur, taille des lettres, etc.), vous pouvez élaborer une échelle pour votre projet. D’après celle-ci, il deviendra possible de déterminer la taille de votre revêtement et l’espace nécessaire entre les lettres.

B) Harmonisation des couleurs : Il y a deux techniques de base qui permettent d’harmoniser le fond et/ou les couleurs du lettrage ou de l’image.
- 1) Sur les panneaux peints ou en papier, vous pouvez généralement prélever un petit échantillon directement sur le panneau. Ceci ne marche pas toujours sur les vieux panneaux qui ont plusieurs couches de peintures.
- 2) La plupart des grands magasins de peinture fournissent des nuanciers de couleurs. Il est possible de trouver des couleurs similaires à l’aide de ces échantillons. Pour un impact visuel maximum, nous vous suggérons de vous concentrer sur des couleurs unies et des croquis simples.

C) Style du lettrage : Si vous souhaitez reproduire exactement le style des lettres, recherchez-les dans des livres de typographie. Et utilisez ces modèles avec le tracé des lettres existantes afin de créer une gamme complète de lettres nécessaires à votre détournement. Vous pourrez également vous rapprochez du style des lettres en utilisant le tracé de celles qui figurent sur la photo.

D) Application : Nous vous conseillons de ne pas utiliser de revêtement plus grand que les 4x3. Si votre message est plus gros, il vous faudra le diviser en plusieurs parties . Les panneaux étant souvent exposés au vent, les grandes affiches deviennent difficiles à poser. Il y a aussi, parfois, de la condensation sur les panneaux, et il faut alors essuyer les zones à recouvrir. Pour les revêtements, utilisez plutôt du papier épais et de la peinture brillante. La peinture se répand sur le papier, le rendant plus dur, étanche, et difficile à déchirer. Pour faire les revêtements, peignez le fond au rouleau, puis utilisez des pochoirs pour les lettrages, en les remplissant à l’aide d’une bombe. Pour des images ou des panneaux extrêmement larges, utilisez de grandes pièces de toile peinte. La toile devrait être légèrement lourde afin d’éviter tout déchirement à cause du vent ou des intempéries. Collez et agrafez entre elles toutes les longueurs de la toile. Celle-ci s’enroulera alors comme un tapis prêt à être transporté et vous le déroulerez depuis le dessus du panneau, et le mettrez en place, éventuellement à l’aide de cordes.
Vous pouvez également lier les quatre angles et le centre (en haut et en bas) de façon sûre, ou, si vous pouvez atteindre le devant du panneau grâce à une échelle ou une corde, attachez-le en vissant les bords sur le panneau. Un matériel fiable est nécessaire dans ces cas-là, des vis #8 ou #10, qui tiennent sur le métal.
Pour placer vos revêtements sur le panneau, prenez des mesures de haut en bas du panneau, pour déterminer la surface à recouvrir, puis tracez deux marques à droite et à gauche. Cette ligne constituera votre point de repère pour placer vos revêtements.
Même s’il existe quantité d’adhésifs utiles, nous vous recommandons le mastic au caoutchouc. Il s’en va facilement (mais s’il est appliqué correctement, il restera indéfiniment) et il n’abîme pas ni ne marque de façon permanente la surface du panneau. Ceci peut s’avérer crucial si vous êtes appréhendés et que les autorités ou le propriétaire tentent de vous demander des dommages et intérêts pour avoir esquinté leur panneau.
Pour faire tenir le mastic sur de larges surfaces, il vous faudra en appliquer sur le dos du revêtement ainsi que sur le panneau. Attendez une à deux minutes que cela sèche avant de poser.
Pour étendre le mastic, utilisez des rouleaux à peinture larges et un seau en plastique. Le mieux est qu’une personne s’occupe d’encoller le revêtement pendant qu’une autre s’occupe du panneau.
Il faudra de toute façon deux personnes pour fixer les parties encollées sur le panneau.

4. La Cible

Une fois que vous aurez terminé vos préparatifs et que vous serez prêts pour vous attaquer à la cible, vous pourrez encore faire plusieurs choses pour minimiser votre appréhension :

A) Le Groupe : Il faut le moins de personnes possible sur le panneau. Pas plus de trois. Deux pour s’occuper du panneau et une qui fait le guet ou s’occupe des communications. Mais, il vous faudra peut-être d’autres personnes au sol.

B) Communications : Pour les travaux sur les plus gros panneaux, où vous êtes exposés pendant un certain temps, nous recommandons l’usage de matériel de communications portable (CB ou talkies-walkies), que l’on peut trouver pour pas cher dans les magasins d’électronique.
Positionnez une ou deux voitures aux intersections cruciales visibles depuis le panneau. Les personnes au sol devraient s’occuper de la circulation et maintenir un contact radio avec le groupe du panneau. (Note : n’utilisez pas les canaux CB ou FM standards : il en existe beaucoup d’autres. N’hésitez pas à recourir à des codes, surtout si d’autres personnes, y compris les flics, peuvent entendre ce que vous dites).
Il est crucial que les membres de l’équipe au sol ne stagnent pas autour des véhicules, ou de n’importe quelle façon qui signalerait qu’ils attendent quelque chose dans un endroit désert au beau milieu de la nuit. Une patrouille risquerait de les repérer rapidement, avant qu’ils ne puissent vous avertir. Soyez discrets.

C) La Fuite : Si vous avez effectué tous les préparatifs nécessaires, vous vous serez familiarisé avec les environs du panneau. En cas de nécessité, il vous faudra sélectionner des voies de fuites dans le secteur, et convenir d’un point de chute avec le reste de l’équipe. Si une patrouille s’approche de vous alors que vous vous trouvez dans une position délicate pour détaler et vous cacher rapidement (si vous êtes suspendus au bout d’une corde en plein milieu du panneau par exemple), il vaut parfois mieux rester tranquille et attendre qu’ils passent. Le moindre mouvement aura tendance à attirer l’oeil. Une fois au sol, si la poursuite est inévitable, se cacher s’avère parfois la meilleure solution. Si vous avez déjà parcouru le terrain avec attention, vous saurez où sont les meilleurs endroits pour se cacher. Gardez à l’esprit que si les policiers effectuent une recherche poussée (peu probable, mais pas impossible), ils utiliseront les phares et les lumières de leurs véhicules ainsi que des mag-light.
Il peut également être intéressant de dissimuler d’autres vêtements de rechange. Un costume, ou des fringues de clochards sales et puantes. Soyez créatifs.

5. Détournement de jour

Nous ne vous recommandons pas cette méthode pour les grands panneaux ou ceux qui sont situés près des autoroutes et des grands axes routiers. Cela marche mieux sur les panneaux bas et près du sol, là où il est plus facile et rapide d’effectuer une action d e détournement. Si vous choisissez d’oeuvrer au grand jour, mettez des vestes de travail (avec un nom d’entreprise dans le dos pour être encore plus crédible), des casquettes ou des casques de chantier, et ne traînez pas. Surveillez les alentours, jetez un oeil aux véhicules, qu’ils soient garés ou non, (évitez soigneusement ceux de l’entreprise dont vous portez les vêtements !), et vérifiez que personne ne vous observe avec insistance et suspicion ou appelle la police.

Post-scriptum

Si ce que vous venez de lire vous sert dans votre lutte contre la publicité, les membres du Billboard Liberation Front ne pourront que s’en féliciter.
Selon nous, le sabotage de panneaux est une occupation dans laquelle devraient s’engager de nombreuses personnes. Il n’est d’ailleurs pas très difficile de s’attaquer aux petits panneaux urbains, très accessibles. Un raid éclair sur de tels panneaux ne requiert aucunement toutes les techniques élaborées présentées ici.
Plus le message est "vrai", plus il passera facilement.

R. O. Thornhill, Officier Instructeur du BLF

Nous faisions aussi des panneaux

Notre histoire débute il y a très longtemps... même le statut de ses limitations en est expiré.
Je n’ai jamais été au mieux de ma forme à 3h30 du matin ; être nerveux n’arrange rien. Dans l’obscurité qui précède l’aube, nos voix sont basses tandis que nous nous réveillons et que nous buvons du café, de l’alcool : Slivovitz. On part en silence, en mettant discrètement nos sacs à dos noirs, nos tenues noires, et des baskets, nous rentrons dans le véhicule et c’est parti !
Dans la zone préparée à l’avance, nous nous garons, hors de vue les un-e-s des autres, nous reprenons nos sacs et notre matos (rouleaux de papier, brosses à coller équipées de longs manches et des balais-brosses) et nous nous dirigeons tranquillement vers le panneau. Nous l’avions déjà détourné une fois, nous savions donc comment y accéder et où nous étions visibles ou non. Heureusement, des guetteurs au sol se placent dans chaque direction. Mais nous ne saurons pas ce qui se passe autour de nous jusqu’à ce que nous soyons rentrés chez nous - ou que nous ne soyons avertis de la présence d’un flic par le signal lumineux d’une lampe.
Le panneau est bas, donc une personne travaillera au sol. Le plus agile grimpe le premier, ensuite c’est au tour du plus lourd. On se passe les balais, on sort le seau, dans lequel on vide les bouteilles d’amidon. On déroule le papier et on l’humidifie légèrement, tandis qu’au-dessus de nous, quelqu’un humidifie le papier du panneau de la même manière. On soulève la pièce de papier la moins maniable, on la place puis on la déroule pour la coller. Nous répétons le processus sur une autre grande pièce de papier, puis sur deux petites.
Nous sommes interrompus par des cris joyeux provenant de la rue - des skaters ! L’un d’eux, n’en croyant pas ses yeux, appelle ses amis. Ceux-ci ne nous voient pas du premier coup, puis nous découvrent, et nous demandent ce que nous faisons. Je leur explique laconiquement que "nous corrigeons cette publicité." Ils regardent quelques instants avant de repartir vers University Avenue. Nous finissons rapidement notre travail et ramassons nos outils. Les personnes au sol ont déjà quitté les lieux lorsque nous commençons à partir dans le calme, nous arrêtant un moment pour admirer notre travail. [...]
Nous détournons environ une douzaine de panneaux par an. Nous nous sommes inspirés d’un autre groupe de Berkeley qui détournait les panneaux d’inscription pour le Service Militaire (C’est Rapide/C’est Facile/C’est la Loi/ Les hommes âgés de 18 ans doivent s’inscrire au Poste de Police). Ils ont substitué - avec finesse - le mot "Mortel" à "la Loi". Notre première tentative ne fut pas aussi subtile : nous avons remplacé la 3ème ligne par "C’est un piège à cons". Nous nous sommes spécialisés dans ces signalisations, nos détournement donnant : "C’est la Loi des Porcs". et "Les hommes âgés de 18 ans doivent s’inscrire à la morgue". Nous nous sommes également attaqués à d’autres cibles suivant les opportunités.
Nous avons considéré cela comme un entraînement pour d’autres situations aventureuses. Nous lu avec beaucoup d’intérêt Without a Trace de Moriarty - un manuel très efficace pour ceux qui participent à des actions illégales et veulent éviter de se faire prendre - qui décrit très bien l’utilisation d’objets indétectables et ordinaires, les moyens d’effacer et de ne pas laisser de traces sur les lieux d’actions, etc. Nous ne nous sommes jamais souciés de la facilité et de la vitesse de nettoyage des détournements - puisque de toutes façons les ouvriers qui le font sont payés pour ça. Un jour, j’ai vu un mec qui remplaçait un panneau du Service Militaire que nous avions détourné ; on a bossé comme des dingues, regroupé l’équipe, et on a eu une nouvelle - et bien meilleure - version à 4h00 du matin ! Ça c’est du service rapide !
Nous ne sommes jamais allés inspecter un panneau à l’avance. Cela ne nous semblait pas nécessaire et risquait de nous exposer inutilement. En fait, des membres du LAG (Livermore Action Group, des activistes antinucléaires) se sont fait prendre en train de mesurer un panneau, ce qui fut considéré comme une infraction. Il est inutile de préciser qu’ils devinrent des "suspects idéaux" chaque fois qu’un panneau était détourné dans le coin. Nous avons bossé sur des photos et des inspections pédestres, puisque nous nous occupions essentiellement de petits panneaux en zone urbaine. Pour les autoroutes, c’est différent.
En grande partie, notre travail consistait à "corriger" et à pratiquer de petits détournements. Nous avons appris à nos dépends ce que le Billboard Liberation Front voulait dire à propos des petites pièces de papier, qui ne s’avéraient pas seulement être une bonne idée, mais une loi de la nature. Nous n’avons essayé qu’une seule fois de recouvrir une pub en entier. Nous étions plus d’une douzaine dessus, ça nous a demandé beaucoup de travail, et ce fut un cuisant échec. Si nous étions allé-e-s reconnaître les lieux au préalable, nous aurions pu voir que la bête était émaillée. Nos agrafeuses et l’amidon étaient devenus inutiles. Mais au moins, on avait la bonne taille de lettre. Ils ont bouclé l’accès au lieu après notre tentative. Il nous aurait fallu le manuel du Billboard Liberation Front à ce moment là.
Pour ne pas nous limiter aux endroits "autorisés", nous avons aussi suspendu des banderoles - deux grandes. Elles furent réalisées par d’autres personnes ; nous avons simplement fourni une "assistance technique". (...)
Il vous faut également être prudent avec les pochoirs. L’un d’entre nous apposait des slogans antinucléaire sur les étiquettes de boîtes destinées à une entreprise de "sécurité nationale". Son patron lui fit savoir qu’il venait de rassurer la sécurité de cette entreprise en renvoyant la personne qui avait fait cela. (Le FBI prouva que les pochoirs étaient faits avant le collage des étiquettes). Heureusement pour lui, son patron avait menti.
Alors, que retirer de tout cela ? Allez vous promener et amusez-vous ! Changez les messages ! C’est parfois frustrant - vous réaliserez que beaucoup de gens finissent par ne plus regarder les panneaux publicitaires, et que certains ne comprennent pas ce que vous avez voulu dire. Mais le détournement publicitaire demeure une alternative subversive qui ronge l’espace commercial et social.
Nous espérons voir vos messages partout sur les murs, très prochainement !
Et souvenez-vous - de la prudence, de la joie, de l’audace !

Primitivo Morales

Visez Haut

Il était une fois, trois jardiniers, qui après avoir travaillé dur dans une coopérative, partirent en vacances à Seattle. Sur la route, ils virent un panneau avec une pub représentant un avion de l’armée, très phallique, avec la mention, "Visez Haut." C’est donc ce qu’ils firent.
Ils allèrent aux pieds du panneau, prirent toutes les mesures nécessaires et prélevèrent des échantillons de couleurs. Ensuite, ils collèrent des lettres rouges sur du papier gras blanc, se munirent de balais éponges et autre matériel, et en fin de journée, à l’heure de pointe, ils postèrent une personne à un bout du pont autoroutier près du panneau, et une autre près d’une entrée dans l’autre direction, toutes équipées de talkies-walkies. Les autres collaient le papier sur la pub.
La plupart des personnes observant la scène étaient amusées. D’autres étaient franchement hostiles. Un bon père de famille sortit de sa voiture et exigea que l’équipe "Descende tout de suite de là !". Les jeunes vandales lui expliquèrent qu’ils avaient un boulot à finir, et ils ignorèrent ce "bon citoyen". Le flux des voitures contraignit bientôt ce réac à s’en aller. En fait, il y avait tellement de circulation que même s’ils avaient été prévenus dès le départ - les portables n’existaient pas encore - les flics auraient mis du temps pour arriver au panneau.
En 15 minutes la pub était "corrigée" et nos héros avaient quitté les lieux, déposant leur matériel et leurs tenues dans le bateau d’un ami, amarré dans un des canaux de la ville. Pour célébrer leur action, ils se rendirent dans un bar du coin, dont les fenêtres donnaient comme par hasard sur la scène du crime. En entrant dans le bar, il s’aperçurent que tout le monde les avait vus procéder ; et tout le monde se tourna vers eux... pour les applaudir.
Ils se relaxaient depuis une vingtaine de minutes déjà, lorsque la police débarqua avec fracas, cherchant des témoins pour leur enquête. Mais comme personne n’avait rien vu, les flics s’en allèrent, sans bruit cette fois.
Le lendemain midi, le panneau était à nouveau recouvert... par la même pub. Tout semblait rentré dans l’ordre... jusqu’à ce qu’il pleuve. Là, les lettres qui avaient été ajoutées apparurent sous le papier mouillé. Sous le slogan "Visez Haut" était écrit "Faites Sauter le Pentagone !".

Med-o

Billboard Liberation Front

P.S.

Anti-Pub Consortium - 2002 - Kill copyright.
Version originale en américain (1990-1999) sur http://www.billboardliberation.com/guidebook.html.