BROCHURES

Éclosion, explosion
Une biographie de mon sexe

Avertissement
Cette brochure aborde le thème de mes organes génitaux d’un point de vue anatomique, social mais aussi sexuel. Cependant elle n’est ni érotique, ni pornographique, et peut tout à fait intéresser les adolescent·es. C’est à vous de voir !

Trigger Warning
Ce texte relate une violence sexuelle et une violence médicale. Ces passages se trouvent respectivement dans les parties 4. rapports sexuels et 5. périnée. Les paragraphes en question sont signalés par des ** pour que vous puissiez les sauter si vous préférez éviter ces sujets.

Le projet MIAOU
Merveilles Inconnues À Observer d’Urgence… miaou !
C’est fou de se dire qu’il y a une partie de ton corps que tu as peut-être souvent montrée à des gynécologues, mais que pourtant tu n’as sans doute jamais vue toi-même ! Miaou propose aux personnes d’anatomie chatoune de partager des moments de complicité féministe propices à la pratique de l’auto-examen, et diffuse des outils d’information et de réflexion à propos de nos corps.

Contact : spangle1729 arobase yahoo.com



1. genèse

Dans le corps d’un embryon, les tissus qui deviendront les organes sexuels sont tout d’abord indifférenciés. Puis sous l’influence d’hormones sexuelles, le tubercule génital se transforme en clitoris ou en pénis, les replis génitaux deviennent les petites lèvres ou se rejoignent pour former l’urètre pénien, les bourrelets labio-scrotaux forment les grandes lèvres ou se soudent pour constituer les bourses, et les gonades primitives deviennent des ovaires ou des testicules.

C’est seulement à ma naissance que ces organes furent identifiés chez moi comme femelles. On m’affubla alors du genre féminin et des traditionnels petits chaussons roses tricotés par ma grand-tante. Pour satisfaire l’officier d’état-civil, mes parents me donnèrent la version féminine du prénom qu’iels avaient choisi pour moi.

Comme il est d’usage dans notre société, ces organes disparurent de mon anatomie pour tout le monde. Les petites filles n’ont pas de sexe. Ma perception de mon corps s’arrêtait en bas de mon ventre, en haut de mes cuisses, les deux étant reliés par une surface de peau lisse comme l’est l’entrejambe des poupées. Le pipi sortait de nulle part, passant directement de ma vessie à l‘extérieur de mon corps.

2. premières investigations

Cependant ces organes avaient une existence matérielle qui ne pouvait être passée sous silence indéfiniment. J’avais neuf ou dix ans et je m’ennuyais dans mon bain, quand il me vint l’idée d’entrouvrir la fente de mon jeune abricot. J’y trouvai diverses choses qui n’avaient pas encore de noms et se contentèrent de s’offrir à ma vue et à mon toucher. Je découvris une petite chose qu’on pouvait, en s’y prenant bien, faire saillir de sa cachette. Je me souviens l’avoir coiffée de l’extrémité d’un tube de caoutchouc qui traînait sur le bord de la baignoire, et d’avoir versé de l’eau à l’autre bout. Pour scientifiques qu’elles soient, mes investigations devaient avoir quelque odeur de souffre car je les abandonnai presque aussitôt et repris sans y réfléchir mon anatomie de poupée.

Quelques années plus tard je découvris par hasard qu’un frottement de l’ongle à l’endroit où mon jean se tendait contre mon entrejambe y provoquait un délicieux chatouillis. Pouvant être surpris·e par quelqu’un, je réservai cette information pour le moment du coucher et, dans l’intimité de mes draps, j’appris rapidement à pratiquer la masturbation. J’étais plus intéressé·e par les sensations d’intensité moyenne que par l’orgasme, que je trouvais trop éprouvant et qui me causait des maux de tête.

Une partie des mots qui m’avaient été dérobés me fut restituée au collège, dans le cours de sciences naturelles. On nous parla de vagin, d’utérus, d’ovaires et de trompes de Fallope. Je ne crois pas que la vulve faisait partie de cet exposé, et le clitoris encore moins. L’urètre non plus, si bien que je continuai à faire pipi de manière surnaturelle et inquestionnée.

3. règles

J’appris aussi, moitié par ma mère, moitié en classe, qu’une révolution se préparait dans mon bas-ventre et qu’elle serait sanglante. Quelques temps plus tard mes culottes se teintèrent d’un noir marronnasse et, au bout de plusieurs jours de gêne et de questionnements, du rouge apparut à son tour. Je compris enfin, je descendis au salon avec ma culotte à la main et la montrai à ma mère, qui me serra dans ses bras.

La paroi de l’utérus, appelée l’endomètre, est une muqueuse capable de s’épaissir et de se gorger de sang pour accueillir un éventuel ovule fécondé. Quand le corps constate l’absence d’un tel œuf, la couche superficielle de la muqueuse se désagrège. Le sang et les débris de tissu s’écoulent alors par le vagin : ce sont les règles [1].

Dès lors, je fus vivement incité·e à taire et à dissimuler la chose. Dès que mon usage maladroit des serviettes causait une tache sur mes vêtements, un rappel à l’ordre m’était adressé. Il venait toujours d’une femme, et se présentait toujours comme destiné à m’éviter que les garçons rient de moi. Auraient-ils vraiment ri ?

Une fille de ma classe m’adressa un avertissement autrement plus utile en me racontant sa mésaventure à l’infirmerie : se plaignant de maux de tête, on lui avait demandé si elle était « allergique à l’aspirine ». Comment aurait-elle pu deviner le lien entre cette question et ses règles ? Elle répondit que non, on lui donna de l’aspirine qui fluidifia son sang, et elle fut pliée en deux par les maux de ventre.

Puis j’eus des séances hebdomadaires de piscine, et il me fallut maîtriser l’usage du tampon hygiénique. Une adulte m’avait présenté cette alternative aux serviettes comme une chose qu’elle-même n’avait jamais réussi à utiliser. Cependant il fallait bien que j’y arrive, puisque j’avais piscine. Je lus soigneusement la notice et après plusieurs tentatives plus ou moins douloureuses, je réussis à introduire cet objet dans mon vagin et finalement à le pousser entièrement au-delà du vestibule. Comme les ailettes des serviettes avaient la manie de se coller désagréablement en haut de mes cuisses, j’adoptai les tampons avec soulagement.

4. rapports sexuels

Le clitoris est un organe érectile très sensible, dédié au plaisir sexuel. Il mesure une dizaine de centimètres et s’étend de part et d’autre de l’entrée du vagin. Son gland est externe et se situe sur le haut de la vulve, entre le pubis et l’entrée du vagin.

** C’est mon petit ami qui m’a finalement appris ce mot magique : clitoris. Comme beaucoup d’hommes, il se vantait d’être l’un des rares à s’en soucier, à savoir le trouver et le stimuler. En réalité il se l’accapara, au point de se sentir autorisé à le lécher alors que je dormais et ne souhaitais rien de tel. Devant sa fierté enfantine à l’idée de m’avoir fait plaisir, je ne sus que dire et pris acte, à contre-cœur, qu’une telle chose pouvait se produire dans une relation de couple. À cet instant le ciel de nos vacances me parut moins bleu, mais qu’y pouvais-je ?

Le consentement sexuel est le fait d’accepter clairement et volontiers de partager une pratique sexuelle avec quelqu’un. Toute interaction sexuelle non consentie est un viol et/ou une agression sexuelle, une violence très grave et lourde de conséquences. Un simple « oui » ne suffit pas à établir le consentement, car parfois c’est trop compliqué de ne pas dire oui à quelqu’un. Seul un dialogue sincère, sans pression, permet de savoir ce que veut votre partenaire et si ça colle avec ce que vous aimeriez faire.

Nous avions des relations sexuelles très classiques, qui m’étaient agréables au point de vue du contact de nos peaux, du poids de son corps sur le mien, mais ne me procuraient aucune sensation de plaisir. Celles-ci ne firent surface qu’une seule fois, au cours d’un baiser. Je fus étonné·e et ravi·e de sentir une douce chaleur se répandre entre mes jambes et réclamai avidement d’autres baisers. Malheureusement nous étions en public ; mon petit ami se trouva trop gêné de mon attitude pour satisfaire cette envie, qui ne se renouvela pas.

Au petit ami suivant, je ressentis un net progrès dans les sensations que me procuraient nos rapports sexuels. Elles étaient moins intenses et moins systématiques que celles que j’obtenais seul·e, mais donnèrent tout de même plus d’intérêt à la chose.

5. périnée

Quelques temps plus tard nous eûmes des rapports fécondants et, au terme de ma grossesse, j’eus la chance de vivre mon accouchement comme une expérience merveilleuse [2]. Cependant j’avais séché les cours de préparation à l’accouchement et j’ignorais jusqu’à l’existence de mon périnée.

Le périnée est un hamac de muscles entrecroisés qui constituent le fond du bassin et qui vont de l’os du pubis (à l’avant) au coccyx (à l’arrière). Il regroupe l’extrémité inférieure des voies digestive, urinaire et génitale, qu’il soutient, et assure la fermeture et l’ouverture de la vessie.

Distendu, celui-ci se mit quelques années plus tard à ne plus remplir correctement son office et je devins partiellement incontinent·e. J’avais besoin d’une rééducation périnéale.

** La kiné que je consultai me fit découvrir la possibilité d’actionner volontairement le muscle qui fermait la vessie. Trouvant mes efforts insuffisants, elle m’introduisit dans le vagin un objet métallique et oblong, destiné à stimuler le muscle par des impulsions électriques. Elle m’abandonna alors pour aller voir un autre patient, ne revenant que sporadiquement. La contraction involontaire du muscle était désagréable, mais je me soumis à ce traitement pendant une ou deux séances.

** Un jour que je me trouvais harnaché·e de la sorte, cette sensation se révéla franchement douloureuse. Hélas, point de kiné à qui le signaler puisque celle-ci s’était de nouveau enfuie vers une autre pièce afin de multiplier les patients. Elle finit par revenir et me trouva en larmes. Loin de s’excuser ou de chercher à me réconforter, elle marmonna quelque chose à propos d’avoir réglé son appareil trop fort, en ajusta l’intensité et repartit. Après cette séance traumatisante, j’abandonnai la rééducation et me résignai à subir de temps à autre des fuites urinaires, lorsque j’éternuais ou toussais un peu trop vigoureusement.

6. spéculum

Un spéculum est un instrument d’observation [3] du vagin et du col de l’utérus qui se présente sous la forme d’une espèce de long bec de canard. On l’introduit dans le vagin, puis on en écarte les deux branches pour pouvoir regarder à l’intérieur.

Suite à diverses violences gynécologiques [4], j’avais développé une forte aversion pour cet instrument. J’ai été d’autant plus émerveillé·e lorsque j’ai entendu parler de la performance A Public Cervix Anouncement, d’Annie Sprinkle : après avoir donné au public une petite leçon d’anatomie, elle s’asseyait au bord de la scène, glissait un spéculum dans son vagin et invitait les spectateurs à venir regarder dedans !

Quelqu’un·e m’avait donné un spéculum pour le cas où je voudrais pratiquer l’auto-examen, et il est resté sur une étagère pendant plusieurs années [5]. Mais les diverses formes d’encouragement que j’ai reçues de la part de féministes ont fini par me convaincre d’essayer, et j’ai découvert que ce qui me terrifiait, ce n’était pas le spéculum lui-même (pas beaucoup plus difficile à enfiler qu’un tampon, en fin de compte) mais la personne qui le maniait habituellement.

Armé·e de cet instrument, d’une lampe et d’un petit miroir, j’ai pu observer l’intérieur de mon vagin. C’est étroit (hors érection, les parois d’un vagin se touchent et il mesure environ 6cm), sombre et parfois visqueux, mais c’est aussi d’un joli rose nacré et tout au bout l’on trouve [6] un petit museau rigolo : le col de l’utérus. J’en suis devenu·e un·e grand·e amoureuxe !

Le col de l’utérus se trouve au fond du vagin et constitue un étroit passage vers l’utérus : à certaines périodes du cycle, il est entièrement fermé ; il s’ouvre en période d’ovulation pour laisser passer d’éventuels spermatozoïdes, et en période de règles pour les laisser s’écouler. Sa forme évoque un petit donut presque fermé au centre ou un gland de pénis, et selon les périodes du cycle il peut être plus ou moins incliné vers le bas ou vers le côté.

7. éjaculation

Vers mes trente ans, ma vie sexuelle fit un énorme bond en avant. Je commençai à travailler comme escort et j’eus le loisir de me frotter à un grand nombre de partenaires. Leurs compétences étaient diverses, mais certains furent de très bons amants. C’est à l’habileté de l’un d’eux que je dus mes premiers orgasmes en série, et c’est auprès d’un autre que j’eus ma première éjaculation.

En réalité, tout le monde est en mesure d’éjaculer. Nos corps sont pourvus soit de vésicules séminales, soit de glandes de Skene, qui produisent un fluide destiné à être propulsé à l’extérieur sous l’effet de l’excitation sexuelle. Mais les personnes dotées de glandes de Skene s’en croient souvent incapables. Comme l’arrivée de l’éjaculation se couple avec la sensation de faire pipi, elles ont inconsciemment le réflexe de contracter le périnée et l’éjaculat termine sa course dans la vessie.

Pour que l’éjaculation se fasse librement, il faut une première fois, et les conditions de cette première fois se trouvèrent réunies lorsque je pratiquai avec ce client la masturbation mutuelle. J’avais conscience que ce qu’il me faisait était très agréable, mais j’étais concentré·e sur ma propre activité, menée dans une position peu commode. C’est alors que le fameux liquide s’écoula de mon sexe sur la moquette des locaux de son travail, le lieu qu’il avait choisi pour notre rencontre.

À partir de ce soir-là, je commençai à éjaculer de manière systématique. Ma première réaction fut enthousiaste. Je me fis même filmer par un amant pour mieux voir comment le liquide sortait. Mais rapidement, je fus excédé·e de faire dans le lit de grandes flaques à l’embarrassante odeur d’urine. Je me pris à souhaiter ne plus éjaculer, et c’est ce qui arriva. Cependant je regrettai mon souhait presque aussitôt, et fus exaucé·e une seconde fois par mon corps indulgent : les éjaculations recommencèrent. Je pris mon parti des flaques et adoptai l’habitude d’étaler sur le lit une grande serviette de bain pliée en quatre, qui ne suffisait pas à tout absorber mais limitait la zone mouillée, de sorte qu’il était ensuite possible de ne pas dormir dessus (changer les draps était inutile car le matelas lui-même était mouillé).

Une chose intéressante à noter est que ces éjaculations ne correspondent pas à mes orgasmes. Elles peuvent les précéder de beaucoup, comme ne pas se produire au moment même. Je me suis laissé·e dire qu’il en est de même pour les éjaculations dites masculines, même si elles sont plus généralement coordonnées avec l’orgasme. L’éjaculation en elle-même est une sensation agréable, un peu excitante. Cependant l’éjaculat ayant la fluidité de l’eau, mon sexe se trouve ensuite débarrassé de tout lubrifiant, ce qui peut être ennuyeux selon la nature de mes activités.

Avec le temps, j’appris à connaître et à contrôler mes éjaculations. Je constatai d’abord qu’une fois la machine en route, celles-ci pouvaient se multiplier et devenir de plus en plus abondantes, au point que je me demandais d’où mon corps sortait autant de liquide (une nuit, j’en arrivai à détremper les deux tiers de la surface d’un matelas deux places). Puis je parvins plus ou moins à me retenir d’éjaculer, au prix d’une certaine frustration puisque cela impliquait de laisser quelques instants de côté le plaisir des sensations qui me traversaient.

J’appris aussi que, si je m’étais tout d’abord retenu·e, il devenait ensuite presque impossible d’éjaculer. De même, si pendant une période je me retenais régulièrement, mes éjaculations mettaient ensuite quelques temps à revenir, tandis que si je leur laissais libre cours, elles devenaient au contraire précoces, nombreuses et fort impétueuses.

8. féminité

J’étais donc une mère, une putain et ce que l’on nomme une femme-fontaine : trois avatars de « la Femme » capables de générer une énorme aura de féminité. Mais à l’intérieur je doutais, depuis l’enfance et plus que jamais, de mon appartenance à cette catégorie. Je la trouvais même d’autant plus douteuse que j’en produisais une image plus évidente.

C’est à cette époque que je pris conscience que mon sentiment d’inadéquation avec le genre féminin pouvait s’exprimer sous la dénomination de « dysphorie de genre », et que je me sentais bien plus en accord avec le genre neutre qu’avec cette identité féminine que la société avait plaquée sur moi. Je fis ainsi mon entrée dans la grande famille des personnes transgenres.

Une personne de genre non-binaire est une personne dont le genre ressenti n’est ni le féminin, ni le masculin. Iel peut s’identifier comme partiellement l’un ou l’autre, ou les deux, mais aussi comme d’un genre n’ayant rien à voir avec le féminin ou le masculin. Iel peut souhaiter qu’on parle d’iel au féminin, au masculin, alternativement l’un et l’autre, ou au neutre, et qu’on emploie un pronom tel que elle, il, iel, yel, ille, ol, ul, al, ael ou encore autre chose. Respectez ces choix, tout comme on respecte votre propre genre ressenti.

9. testostérone

C’est seulement dix ans plus tard que je pris la décision d’entamer un traitement hormonal à base de testostérone, car d’un côté je ne m’identifiais pas au genre masculin (comme c’est le cas des hommes trans) mais d’un autre côté je souhaitais vraiment ne plus jamais être perçu·e comme une femme. Il me fallut alors presque un an pour obtenir l’accès à ces fameuses injections, année que je passai à griller d’impatience. Finalement je pus tendre mes fesses à un infirmier, reçus ma première injection intramusculaire, et ma seconde puberté commença.

La testostérone est présente chez tous les individus et à tout âge. Seuls les taux diffèrent, répartis chez les adultes selon une courbe à deux bosses dans laquelle femmes et hommes ne sont pas tout à fait séparés : certaines femmes cisgenres ont plus de testostérone que certains hommes cisgenres.

L’arrivée à un certain taux de testostérone provoque dans le corps une puberté mâle, dont certains effets sont définitifs : mue de la voix et proéminence de la pomme d’Adam, pousse de la barbe et des poils, grossissement du pénis ou du clitoris, tandis que d’autres sont réversibles : répartition des graisses, tendance à la calvitie [7], ou transitoires : acné, bouffées de chaleur, troubles de l’humeur, pertes d’équilibre.

Je passai les premiers mois à observer mon menton dans la glace et à exhiber avec enthousiasme mes tous premiers poils de barbe. C’est seulement au bout de quelques temps qu’il me vint à l’esprit d’examiner mon clitoris. Je sautai de joie : il avait très nettement épaissi et un petit peu grandi. Il était en train de devenir ce que l’on appelle un dicklit, organe qui n’existe pas chez les personnes cis et dyadiques [8], étant généré uniquement par la succession d’une embryogenèse femelle puis d’une puberté mâle.

Malheureusement, en grossissant mon dicklit n’a pas gagné de terminaisons nerveuses. Celles-ci se sont donc réparties sur une plus large surface, et sa sensibilité a diminué. Son extrémité a aussi changé de place (elle est plus haut qu’avant) et j’ai donc dû réapprendre à me masturber. Malgré tout, je me réjouis des transformations de mon corps et de ses aventures à venir !

Épilogue

Mon récit a atteint le moment présent, la suite reste encore à vivre… J’arrive cette année à l’âge de quarante-deux ans, âge au sujet duquel j’avais prédit il y a longtemps que je serais devenu·e une personne radicalement différente d’alors. Un alors où l’on pouvait me décrire comme une mince jeune femme hétéro un peu coincée exerçant une profession respectable.

Finalement tout cela a changé, volontairement ou malgré moi, par hasard ou avec une grande détermination. J’ai de la tendresse pour qui j’étais, mais je préfère la personne que je suis aujourd’hui (elle préférerait peut-être l’ancienne version, mais ça n’a plus d’importance).

J’aime mon corps plus que je ne l’ai jamais aimé, bien qu’il soit devenu gros et un peu laid, et bien qu’il commence à grincer d’un peu partout. Un enfant m’a demandé récemment si le bouton que j’avais près de l’oreille allait bientôt partir, et il était désolé quand je lui ai répondu que non. Ma verrue va pourtant si bien avec mon long chapeau pointu !

Spangle Durac


[1] La pilule empêche les règles car elle supprime le cycle hormonal. Mais lorsqu’on ne la prend pas en continu, son arrêt provoque une hémorragie de privation (d’œstrogènes) qui est un saignement similaire.

[2] C’est loin d’être toujours le cas. En prévision de ce moment, documentez-vous sur l’épisiotomie, l’expression abdominale et autres pratiques barbares. Signalez à l’avance votre refus de ces actes et surtout, soyez accompagné·e d’une personne déterminée à faire respecter votre volonté par le personnel médical.

[3] Il est important de se souvenir que le spéculum, si il existe depuis l’antiquité, s’est vu donner sa forme actuelle par un bourreau de la médecine, JM Sims, qui menait d’horribles expériences sur des esclaves Noires.

[4] Je ne souhaite pas les détailler ici, et vous conseillerai seulement d’éviter les gynécologues. Ils et elles sont globalement formé·e·s à être violent·e·s et irrespectueuxes envers leurs patient·e·s. La plupart des examens et prescriptions gynécologiques peuvent être faits par des généralistes et par des sages-femmes, avec des délais de rendez-vous beaucoup plus courts.

[5] Si personne ne vous en donne, demandez à conserver le spéculum « jetable » utilisé lors d’un examen, ou demandez à un médecin de vous en donner un. Vous pouvez le laver à l’eau tiède et au savon, et utiliser le même pendant des années (mais ne le prêtez pas).

[6] dans le cas de personnes dotées d’un utérus

[7] la calvitie elle-même est en revanche définitive.

[8] Le terme dyadique désigne les personnes dont le corps de naissance rentre dans les cases médicales « femme » ou « homme », par opposition aux personnes intersexes, qui ont des corps parfaits et sains, mais différents de la norme.