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Bouteldja, « une sœur » qui vous veut du bien

J’ai écrit la majeure partie de ce texte il y a un an à la sortie du livre d’Houria Bouteldja Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire. Je n’ai pas souhaité le rendre public pour ne pas servir la stratégie promotionnelle de son auteure : plus on en parle, plus elle existe médiatiquement. Ce qui me décide aujourd’hui à le faire, c’est la publication dans Le Monde (19 juin 2017) d’une tribune en soutien à Houria Bouteldja signée par vingt intellectuel.le.s qui saluent « son courage d’évoquer le combat quotidien des femmes racisées et la lutte des féministes décoloniales » et son « refus résolu et pour jamais de verser dans l’essentialisme de l’homme indigène ». C’est justement tout le contraire que fait Houria Bouteldja dans son livre, en particulier dans le chapitre Nous les femmes indigènes. Pourtant, une critique féministe proposée par Mélusine dans un texte lumineux intitulé « Bouteldja, ses "sœurs" et nous » l’a déjà très bien démontré. Largement relayé et approuvé sur les réseaux sociaux, ce texte n’a pu leur échapper. Pourquoi les critiques de femmes racisées, comme celles de Mélusine, ont-elles été volontairement occultées ? En insinuant qu’Houria Bouteldja est féministe, cette tribune est une offense à toutes les femmes racisées qui luttent au quotidien contre les violences sexistes. C’est pour cette raison que j’ai souhaité partager mes notes de lecture critiques du chapitre Nous les femmes indigènes, pour rappeler que le projet de Bouteldja pour « ses sœurs » est sexiste et d’une violence inouïe et que, dans son livre, les hommes « indigènes » [1] sont essentialisés, leur subjectivité et leur complexité sont complètement annihilées.



Glorification d’un rite patriarcal de protection de la virginité

Houria Bouteldja introduit le chapitre Nous les femmes indigènes en exhibant les marques laissées sur sa cuisse par un « rite patriarcal  » pour nous dire que son corps ne lui appartient pas. Elle se livre à une description, empreinte d’orientalisme, d’un rituel de protection de la virginité, le r’bit [2], dont le sens est de « fermer » les femmes à tout rapport sexuel avant le mariage. C’est l’adjectif fermé dans deux variantes, marbouta et m’sakra en dialecte algérien, qui est employé pour qualifier les femmes qui l’ont subi.

Le r’bit est pratiqué, dans certaines régions rurales d’Algérie, sur des fillettes de quatre ou cinq ans avant qu’elles ne soient scolarisées, par une femme âgée de la famille à la demande de la mère. Le rituel que décrit Houria Bouteldja, bien que de moins en moins répandu pour des raisons de croyances religieuses, est pratiqué dans l’est algérien. Il consiste à faire des scarifications sur la cuisse de la fillette avec une lame de rasoir en lui demandant de répéter une phrase rituelle symbolisant « sa fermeture » [3]. Les scarifications sont ensuite séchées avec du khôl ou à l’encre de tatouage, elle en garde une marque à vie. Plus tard, avant sa nuit de noce, la femme se soumet de nouveau à ce rituel en présence de sa mère et prononce la phrase rituelle pour la « dénouer » [4]. Le fait qu’une femme soit marbouta se sait dans l’entourage notamment pour dissuader les hommes de l’approcher. C’est parce que les femmes algériennes en parlent entre elles que j’ai su personnellement de quoi il s’agissait.

Mais, des discussions entre femmes que j’ai pu entendre à ce sujet en Algérie, parmi elles des mères, des grands-mères et des voisines âgées, je retiens l’expression d’une condamnation sans concession du r’bit qu’elles assimilent à un sortilège et à une pratique non musulmane. Elles évoquent le destin tragique de plusieurs femmes pour lesquelles l’interdiction d’avoir des relations sexuelles avant le mariage s’est muée en impossibilité à avoir des relations sexuelles y compris après le mariage. Elles maudissent les mères qui ont infligé une telle souffrance à leurs filles. Ce que j’entends sans équivoque dans leurs propos c’est le caractère traumatisant de ce rituel à l’origine de troubles psychiques du comportement sexuel, en l’occurrence le vaginisme [5].

Quand des vieilles femmes algériennes dont le vécu est à cent mille lieues des « féministes blanches » condamnent fermement ce rituel, Houria Bouteldja le magnifie. Surtout, elle le réinterprète, comme ça l’arrange, pour illustrer son refus « d’endosser un mot d’ordre conçu par et pour des féministes blanches », entendez la liberté à disposer de son corps. La cicatrice serait là pour attester que son corps ne lui appartient pas. Il appartient à ses parents, ses grands-parents, ses ancêtres, sa descendance éventuelle : « c’est un rite patriarcal qui s’empare de ton corps, qui l’enchaîne à la lignée des ancêtres ». Or, le r’bit est un rituel patriarcal de protection de la virginité et non un rituel initiatique ou d’affiliation comme le présente Houria Bouteldja. Après le mariage, la femme appartient à son mari et elle sort de sa famille. En suivant la logique d’Houria Bouteldja si son corps devait appartenir à quelqu’un, c’est à son mari. Elle cite sa grand-mère ou sa mère et c’est on ne peut plus clair : « Lorsque tu te marieras, in cha Allah, tu diras : Ana khitt ou oueld ennass hitt (je suis un fil et le fils des gens un mur). Alors tu seras à ton mari ».

« Le sang a séché. La cicatrice est indélébile. J’appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à mon quartier, à l’islam, à l’Algérie ». Voilà où voulait en venir Houria Bouteldja par l’instrumentalisation honteuse de ce rituel de protection de la virginité : faire de sa cicatrice une estampille « Indigène de la République ». Elle refuse ainsi la liberté à disposer de son corps et prône l’aliénation au profit de la famille et du quartier.

Contre les mariages dits « mixtes »

La perspective décoloniale d’Houria Bouteldja, ne s’arrête pas là, elle est aussi matrimoniale. Inutile de songer une seconde à la liberté de choix de son conjoint. La seule alternative : se marier avec « un indigène », « car enfin nous ne sommes pas des corps disponibles à la consommation masculine blanche ». Si certaines seraient tout de même tentées par l’aventure avec un « blanc », elle les met en garde : qu’adviendra-t-il lorsqu’elles se feront larguer, elles subiront l’opprobre et la précarité ? Pour les en convaincre, elle agite le spectre du déshonneur. Le choix d’un « blanc » : « un envoutement qui leur a coûté une bagatelle : la rupture familiale, la stigmatisation de leur mère coupable de les avoir "mal éduquées", la honte qui a rejailli sur tous mais aussi la culpabilisation, et en prime, la mauvaise réputation... ».

Édifiant ! Houria Bouteldja nous sert exactement la même vision de la famille maghrébine archaïque où les femmes sont opprimées qu’elle reproche aux intervenants sociaux des années 1970, à la production télévisuelle des années 1980, aux Ni putes ni Soumises et à cette France qui « a déclaré la guerre à ses parents ». Elle nous dit ô combien la famille maghrébine est « détestable » [6]. Allez comprendre !

La malhonnêteté consiste bien entendu à taire les situations, tout aussi communes, de femmes « indigènes » plaquées par des hommes « indigènes », et qui se retrouvent également isolées et en grande galère - comme si l’allégeance communautaire était un gage de solidarité à toute épreuve. Elle passe aussi sous silence, les situations « des sœurs » ayant fait le choix de vivre avec « un blanc », et qui ont dépassé les conflits familiaux, avec le temps, par la force des liens affectifs, dont le couple dure et qui ont fondé à leur tour une famille. Sans compter les « petites sœurs » pour lesquelles le choix de vivre ou pas avec « un blanc » n’est plus une question, etc.

Gays « indigènes » out : « héros à deux balles »

La violence des propos de Bouteldja à l’encontre de toutes celles et ceux qui n’ont pas fait le choix de l’allégeance communautaire ne se limite pas qu’aux femmes « indigènes ». Les gays « indigènes » qui font leur coming out et donnent l’occasion aux « Blancs » de s’extasier, « ces héros à deux balles », n’y échappent pas. Pour Houria Bouteldja, l’homosexuel « indigène » se doit d’être un gay discret, de vivre caché et de mettre en œuvre toutes les stratégies pour qu’il en demeure ainsi. Aspirer à vivre librement et au grand jour son homosexualité ne peut être, encore une fois, qu’une idée proposée par les « Blancs ». Quant aux lesbiennes « indigènes », inutile d’en parler, elles sont invisibles dans le « Nous femmes indigènes » de Bouteldja [7].

L’émancipation par l’étouffement

Face à la domination masculine et aux violences sexistes, Bouteldja nous demande « d’étouffer » patiemment. « Ce n’est pas en nous en prenant aux symptômes de la violence masculine à notre égard que nous allons transformer notre réalité mais en nous attaquant aux structures. Dans cette lutte notre mobilisation en tant que femmes non blanches sera décisive. Mais me diriez-vous, c’est bien beau tout ça, mais pendant ce temps, on étouffe. Oui ». Elle rajoute un peu loin : « si un féminisme assumé devait voir le jour, il ne pourrait prendre que les voies sinueuses et escarpées d’un mouvement paradoxal qui passera obligatoirement par une allégeance communautaire. Du moins aussi longtemps que le racisme existera ».

Quand on sait, comme elle le considère elle-même, que le racisme est structurel autant dire qu’avec le projet de Bouteldja l’asphyxie est assurée pour des générations et des générations de femmes « indigènes ». Sauf qu’une femme meurt tous les trois jours, en France, sous les coups de son conjoint, et parmi elles « des sœurs » puisque ce phénomène existe, ni plus ni moins, dans tous les milieux sociaux. Que veut Houria Bouteldja ? Que « ses sœurs », qui se débattent pour se sortir du cercle infernal des violences conjugales, ne viennent alourdir les statistiques en attendant le Grand soir du renversement de l’ordre colonial par les Indigènes de la République ?

Que dis-je ! La lutte contre les violences sexistes de Bouteldja en voici la voie, elle repose sur des spéculations divinatoires et les hommes « indigènes » deviennent tout à coup des « rats de laboratoire » : « il faudra deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène la part qui résiste à la domination blanche, la canaliser, en neutraliser la violence contre nous pour l’orienter vers un projet de libération commune ». Mais quel est le mode opératoire précisément ? Compte-t-elle, Houria Bouteldja, les disséquer un par un au scalpel ?

L’homme « indigène » machiste et homophobe

Dans le Nous femmes indigènes, les hommes « indigènes » sont omniprésents, en particulier le garçon arabe, quand Houria Bouteldja puise dans sa trajectoire personnelle. Une nouvelle fois, il est écrasé, dominé par la généralisation du regard qu’elle porte sur son père et son frère : « mon frère a honte de son père. Mon père a honte de son fils. Aucun des deux n’est debout. Je ramasse leur virilité déchue, … », essentialisé, comme l’a fait avant elle Fadéla Amara du temps des Ni putes, ni soumises.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Fadéla Amara et Houria Bouteldja, en tant que figures politiques, portent le même regard sur la réalité masculine des quartiers populaires : l’homme « indigène » est machiste et homophobe bien plus que la moyenne. Mais, quand l’une invoque la famille, la culture, la religion musulmane pour expliquer ce supplément de sexisme et d’homophobie, l’autre invoque une oppression dévorante et castratrice. Là où l’une en fait un motif de répression et de stigmatisation, l’autre en fait un motif de flatterie dans une logique de mobilisation identitaire et de recrutement militant. Là où l’une propose comme remède miracle, la République et ses valeurs, l’autre rêve de la Révolution décoloniale avec « les lascars de quartiers » comme sujets révolutionnaires et elle en stratège de la révolution, cela va sans dire !

L’égalitarisme des hommes, un privilège blanc

L’homme « indigène » qui entend s’inscrire dans des rapports plus égalitaires, moins dominateurs avec les femmes se prend également une bonne salve. Par nature sexiste, il ne peut se réformer que sous l’injonction des « Blancs » : il « enfile son masque blanc ». Houria Bouteldja lui enlève tout libre arbitre, toute capacité à être, penser et agir en autonomie. « Ils sont laids parce qu’ils n’abdiquent leur virilité que pour plaire aux blancs. Parce que nous subissons leur violence. Ils abdiquent devant le pouvoir. Quand ils convoitent une femme blanche, ils sont chevaleresques, prévenants, romantiques. Des qualités insoupçonnables dans l’intimité de nos HLM. J’en viens à préférer les bons gros machos qui s’assument ».

Le romantisme serait donc l’apanage des « Blancs ». Les hommes « indigènes » qui ont déployé tant de créativité et d’imagination pour séduire des femmes « indigènes » et vivre leurs amours dans « l’intimité des HLM » apprécieront et les femmes en question aussi. Qu’advient-il de toute cette beauté dans l’analyse de Bouteldja ?

Le projet le plus abouti d’Houria Bouteldja apparaît en filigrane dans cette citation où elle noue l’alliance « aux bons gros machos » alors autant les flatter. Dans le PIR de ses fantasmes, elle se voit à la tête de ces « masses indigènes » masculines, supposées sexistes, virilistes et homophobes.

Mais ce que semble avoir oublié Houria Bouteldja c’est que nous « femmes indigènes » les connaissons et côtoyons, les hommes « indigènes » : ils sont nos frères, nos conjoints, nos cousins, nos amis, nos voisins et nous savons faire la part des choses. Nous sommes bien placées pour mesurer l’expérience du sexisme à leurs côtés mais leur réalité est hétérogène, complexe, comme peut l’être toute réalité humaine. Niant cette complexité, elle les déshumanise. « Sœurs » employé pour créer une proximité factice ne suffira pas à nous berner au point de la laisser essentialiser, infantiliser et mépriser « nos frères » sans sourciller.

Il y a une telle contradiction à prétendre déconstruire l’imaginaire colonial méprisant et condescendant tout en reconstruisant un autre imaginaire qui l’est tout autant.

Chair à canon, hors de question !

Houria Bouteldja pense « ses sœurs » dénuées de tout matériel de réflexion intellectuelle et d’expérience, et assez manipulables pour adhérer à son projet dont les orientations méritent ici d’être à nouveau rappelées à l’attention toute particulière des vingt intellectuel-le-s signataires de la tribune parue dans Le Monde - spéciale dédicace à Christine Delphy (sociologue et militante féministe) - pour exposer au grand jour le niveau de compromission intellectuelle qu’ils/elles sont prêts à consentir pour couvrir Houria Bouteldja :
- Refuser la liberté à disposer de son corps, un mot d’ordre pour des féministes blanches, or personne n’ignore qu’elle conditionne bien d’autres libertés et droits car c’est en son nom que des femmes s’arrogent le droit de refuser toute forme de violence commise sur leur personne, d’avorter, de porter un foulard ou un burkini sur une plage ;
- Préférer l’aliénation au profit de la famille et du quartier ;
- Restreindre la liberté de choix de son conjoint à « l’intra-communautaire » ;
- Se sacrifier et accepter les violences sexistes, au nom de l’émancipation collective, même si elles portent atteinte à l’intégrité physique et morale.

Houria Bouteldja entend donc nous émanciper en se servant de nous comme de la chair à canon. Mais est-elle prête à consentir aux sacrifices qu’elle demande à « ses sœurs » ?

Un post publié sur son compte facebook, le 10 avril 2017, donne quelques éléments de réponse. Réagissant à une tribune libre publiée sur le site Quartiers Libres, Houria Bouteldja affirme : « Pour ma part, je sais à peu près qui je suis : pas leur fantasme. Je ne fume pas de techi, je n’habite plus dans un quartier et je ne cherche pas à y habiter, mes parents m’ont élevée pour échapper à ma condition pas pour m’y complaire, je n’ai aucun romantisme quartieriste ».

Le masque de « l’indigène de la république » tombe. Plus question dans "ces paroles d’honneur" que son corps appartienne à son quartier plutôt qu’à elle-même et quel mépris pour les quartiers populaires et tous ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’y vivre, un comble pour quelqu’un qui passe son temps à revendiquer au nom des quartiers. Faites ce que je dis « sœurs » mais pas ce que je fais !

Heureusement, d’autres alternatives proposées par des femmes racisées s’offrent à nous, elles apparaissent nettement plus prometteuses et ancrées dans nos réalités.

Féministes et antiracistes

Mélusine, dans son texte intitulé « Bouteldja, ses "sœurs" et nous » en propose une : « ni allégeance communautaire, ni chevaliers blancs ». Toute l’arnaque du projet décolonial de Bouteldja pour « ses sœurs » est mise à nue dans ce texte très bien accueilli sur les réseaux sociaux par des femmes racisées. C’est probablement pour cette raison qu’il a été occulté par les signataires de la tribune parue dans Le Monde. Ces intellectuel-le-s « blancs » en quête de bonne conscience sont visiblement plus prompts à prendre en pitié Houria Bouteldja qui révèle, dans son livre, avoir eu si honte de ses parents et qui se présente en victime persécutée par les médias - alors qu’il s’agit d’un plan de communication bien rodé pour faire exister son parti [8], - plutôt que de considérer les réflexions critiques de femmes racisées qui s’imposent en tant que sujet pensant. Cette tribune suinte le paternalisme [9].

S’inscrire dans des combats politiques antiracistes, sans se sacrifier ou renoncer à leurs droits et libertés fondamentales, a été possible pour plusieurs générations de militantes. Les exemples de femmes issues des quartiers populaires, descendantes d’immigrés ayant pris part à des luttes politiques emblématiques pour l’égalité, contre le racisme, contre les violences policières, contre l’exclusion des femmes voilées … et qui n’ont pas transigé avec ce principe, se frayant leurs propres voies vers l’émancipation, sont nombreux, qu’elles se revendiquent féministes ou pas. Elles n’ont attendu ni Fadéla, ni Houria, ni leurs parrains et leurs marraines (comme les vingt signataires de cette tribune) pour le faire et se sont toujours méfié des prêcheuses qui exploitent leur condition à des fins d’auto-promotion et de buzz médiatique.

Depuis la troupe de théâtre la Kahina, les associations de femmes dans les quartiers, jusqu’aux nombreuses jeunes féministes racisées d’aujourd’hui très actives sur les réseaux sociaux, elles créent, luttent au quotidien, s’entraident, prennent position, militent dans des collectifs, etc. Elles ont toujours réinventé le féminisme pour le mettre en phase avec leurs préoccupations, leur condition et leurs aspirations. Les voies qu’elles ont choisi, empruntent des chemins diamétralement opposés à l’allégeance et l’abnégation, elles ont en commun combativité, solidarité, créativité et se situent, pour certaines, à la croisée des oppressions de race, de genre, de classe et parfois d’orientation sexuelle pour mieux en révéler la singularité et les combattre. Sans mots d’ordre grandiloquents et caricaturaux comme « loyauté », « allégeance communautaire », « appartenance au clan », elles savent aussi être solidaires autant qu’il faut l’être des pères, des mères et des frères en butte à l’islamophobie, aux violences policières et à toutes les autres formes d’oppression raciste.

Lala Mliha

P.S.

Ce texte a été publié le 10 juillet 2017 sur le blog de Lala Mliha.


[1] Je tiens à préciser que je vais reprendre dans ce texte la catégorie « indigènes » (femmes « indigènes », hommes « indigènes ») uniquement pour la résonance avec le propos du livre. Je n’adhère pas à cette catégorisation sociale des personnes issues de l’immigration post-coloniale, immigrés ou leurs descendants.

[2] Fermeture.

[3] Ana hitt ou oueld ennass khitt, traduction : Je suis un mur et le fils des gens un fil.

[4] Ana khitt ou oueld ennass hitt, je suis un fil et le fils des gens un mur.

[5] Le vaginisme se caractérise par des contractions douloureuses des muscles du vagin au moment de la pénétration lors d’un rapport sexuel.

[6] Cf. pages 72-76 du livre Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire.

[7] Voir à ce sujet le texte « Les gouines of color sont-elles des indigènes comme les autres ? » par Malika Amaouche, paru dans la revue Vacarme n°72, été 2015.

[8] Sur l’investissement du champ médiatique par le Parti des indigènes de la république, voir l’article de Abdellali Hajjat intitulé « Nouvelles figures et mutation des luttes de l’immigration » paru dans Histoire politique des immigrations (post)coloniales, France 1920-2008.

[9] Il est écrit dans cette tribune : « Elle exprime avec pudeur son sentiment d’humiliation devant ses parents qui "faisaient trop pauvres, trop immigrés" ; notre honte est que cette honte soit possible ». Le champ lexical pour parler d’Houria Bouteldja et de son livre est éloquent, elle apparaît comme un être en grande souffrance : « Houria Bouteldja évoque ses propres déchirements », « c’est un appel criant à quitter nos entre-soi », « dans son livre important, complexe et tiraillé »...