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Communisation : le déclin sénile de l’anarchie

Ce texte, traduit en anglais et diffusé en juin 2015 sur Inter Arma, a été écrit par les membres emprisonnés de la Conspiration des cellules de feu en Grèce. C’est un fragment d’un pamphlet nommé « FAI reloaded » jamais publié.

Traduction de l’anglais vers le français chaotique et désordonnée, surgissant du fond d’une montagne et travaillée à la lueur d’un feu. Dans tous les cas ça aura permis d’intenses discussions, réflexions, prises de tête et fous rires. Si t’as mieux, fais tourner, et si t’as d’autres textes on est preneures.

Mars 2017
joiedevivre (a) riseup.net


Remarques :

1. Compagnon vs camarade

La traduction du terme « comrades » nous a posé question, puisque le « camarade » français est souvent utilisé dans le milieu communiste, à l’inverse de celui de « compagnon », qui rappelle plus les idées anarchistes. Néanmoins ce dernier mot ayant le fâcheux inconvénient d’être genré, nous avons préféré gardé le terme "compas". Se référant donc a compagnons/compagnonnes mais sans préciser le genre des personnes.

2. Féminisation

L’anglais est une langue plus neutre que le français, nous ne connaissions donc pas l’envie des auteures sur le sujet, donc nous avons cherché des tournures de phrases non genrées, et quand c’était pas possible, avons parfois féminisé, et parfois non.

Au passage, on ne pense pas que dégenrer le langage suffise à détruire les genres, voire à les attaquer. Néanmoins, il nous semble important que chaque mot dont le nouvel orthographe nous choque, rappelle que la norme de ce monde, c’est le patriarcat.

Diffuse, critique et propage avec complicité et rage

Bonne lecture !


I- Marxisme figé

L’ère d’aujourd’hui sent l’huile de moteur, le travail pas cher, la sueur, la naphtaline de la moralité et la servitude volontaire.

Nous ne voulons pas être définies par la culture du fascisme techno-industriel, par l’uniforme blanc des scientifiques, par la cravate des technocrates, par le silence enthousiaste du peuple ordinaire, par le sourire stupide des consommateures. Nous ne correspondons pas à l’esthétique de ce monde lissé d’écran télévisé, à l’imitation numérique de la vie dans les réseaux sociaux, des styles de vie en vitrine, des lentilles de caméras de sécurité. Nous ne rentrons pas dans la société de captivité, des contrôles policiers de nos papiers d’identité, dans la surveillance des gardes de sécurité, dans la loi des juges, dans les portes verrouillées des prisons.

Nous ne nous installons pas dans la banalité dictée par la morale. Nous n’égayons pas notre ennui avec des drogues psychotropes, nous ne sommes pas enveloppés de la froideur de relations vides, nous ne lisons pas... Marx.

Aujourd’hui nous vivons au rythme effréné d’une crise généralisée. Notre vie quotidienne est rythmée par la tyrannie des nombres. Nos vies ressemblent à des livres de compte, dont les calculs tombent toujours déficitaires, nous endettant systématiquement. Illes nous submergent avec des termes financiers et des définitions, une moitié desquelles nous est inconnue, et l’autre ne nous intéressant pas. Les charlatans errants de toutes idéologies traînent d’une salle de conférence à une autre et nous bombardent avec leurs discours et interviews décousues, souvent incompréhensibles.

Chacune d’elleux présente son propre antidote social à la crise économique. Sur les présentoirs de ce supermarché idéologique, chaque consommateure fidèle y trouvera la recette qui lui convient le mieux. Il y a des variations « révolutionnaires » et même des variations « anarchistes ». En grèce, les néo-communistes, anciennes anarchistes mélangent dans le chaudron des idéologies des labels anarchistes et des louchées de marxisme, d’anti-impérialisme et une pincée de libération nationale déguisée.

La nouvelle tendance des anarchistes « sérieux » se pare du formalisme de la lutte anticapitaliste sur fond rouge. La rhétorique des néo communistes/« anarchistes » parle de tout. Dans un effort pour construire un marché social de propagande pour les masses, elle promeut la généralisation en sacralisant les opprimés et les « travailleures » qui évidemment n’ont pas de compte à rendre sur leurs responsabilités et silences ; use ouvertement de références nationales, comme « le peuple grec », « notre pays » et des promesses de « sauvetage social » avec l’arrivée d’une société post révolutionnaire, prêchant dans les assemblés le besoin de structures centralisées. Il semble que quelques néocommunistes préparent leurs places futures. Peut être est-ce à quoi illes s’entraînent pour le moment, à vendre de l’hégémonie, de l’expérience venant de l’age et de la sagesse d’un leader venant du milieu anarchiste.

Donc, là où certaines voient une opportunité dans la crise économique, nous voyons un piège. Le risque de sombrer dans un marais de confusion, de fantasmes à propos du bien commun dérivant de l’analyse marxiste, de certitudes sur le sujet révolutionnaire, et d’économie.

En premier lieu, la crise globale que nous expérimentons aujourd’hui n’est pas juste une crise de nombres, de chiffres financiers et de mathématique, mais une partie de l’ensemble de la crise des valeurs et de conscience de ce monde d’autorité, c’est la crise du style de vie occidental, anthropophage, qui après avoir accru sa consommation de sang et de pétrole des « pays sous-développés », se nourrit maintenant de sa propre chair. Aujourd’hui le monde « développé » ne vit pas uniquement dans la poigne de la tyrannie économique, mais aussi dans le désert spirituel et la faillite émotionnelle.

À la différence des marxistes et de leurs petits enfants anarchistes qui veulent interpréter la vie avec une rationalité mathématique, nous cherchons notre libération dans les explosions d’une révolte existentielle permanente, de relations, de situations, de valeurs, de morale et du quotidien.

Même l’économie, qui est au centre de la fastidieuse analyse communiste pour nous n’est pas une série de nombres ordonnés menant à l’équation de la lutte des classes. À la place, l’économie est premièrement et principalement une relation hiérarchique sociale parlant le langage de l’argent. L’argent est un symbole de pouvoir accumulé, c’est le titre de propriété qui possède les objets, le temps, l’admiration, les relations, les gens. Le défi anarchiste, à partir de là, ne peut être piégé dans des revendications pour un « meilleur salaire », « des taxes plus basses », ou des « égalités économiques »… Nul ne peut détruire l’idée de la propriété en la rendant égale et uniforme pour toutes.

L’expérimentation du régime communiste autoritaire a engendré des monstres, des dictateurs du prolétariat et des sujets obéissants. Nul ne peut exorciser la laideur avec une nouvelle laideur, changeant simplement son nom en quelque chose de plus social, et en imaginant qu’à travers la « lutte » anti-capitaliste le pays ne deviendra pas une « colonie moderne ».

Même si on enlève le fric, l’autorité trouvera toujours de nouvelles breloques à échanger contre l’obéissance des habitantes. De plus, l’autorité est plus vieille que le capitalisme et l’argent. Donc nous rions, mais aussi sommes lassées des analyses et des textes théoriques des anarchistes crypto-marxistes. Illes écrivent et ré-écrivent de super analyses, mais leurs schémas n’évoluent pas. Tout comme illes ne peuvent pas comprendre que la vie ne rentre pas dans des cases qu’illes étiquettent comme « prolétariat », « lutte des classes », « lutte anti-impérialiste ». D’ailleurs à la base, la lutte anti-impérialiste ne sous-entend pas une position anti-étatique anarchiste. La lutte anti-impérialiste est aussi menée par le fossile bureaucratique qu’est le KKE (parti communiste grec). En même temps, en lisant entre les lignes de ces textes d’ex-anarchistes devenues communistes nous voyons un crypto-patriotisme délibéré : les références nationales, « notre pays », « le peuple grec », se concentrant sur le « capital étranger » (comme si le capital avait une nation), combinées avec une absence totale de lignes anti-étatiques, c’est pour le moins suspect. Les nouveaux communistes/ex-anarchistes ne parlent pas à un seul moment de la destruction de l’État. En revanche illes parlent dans leurs réquisitoires de dérives étatiques et se présentent elleux-mêmes comme l’extrême gauche de la gauche qu’illes critiquent, mais sans clairement leur déclarer la guerre. L’opposition extra parlementaire au gouvernement de gauche SYRIZA n’a rien à voir avec l’Anarchie et la Liberté. Nous ne recherchons pas une réforme du système, ou sa gauchisation, tout ce que nous désirons c’est sa destruction totale. Cependant, nous vivons dans une époque étrange où nous devons réarmer jusqu’aux parties les plus fondamentales de l’Anarchie...

L’autorité, donc, n’est pas juste hideuse, incarnée par des visages renfrognés, rattachés à des misérables corps ornés de costumes cravates, et de la même façon l’Anarchie n’est pas « la sueur des travailleures honnêtes » ou « la lecture complète des œuvres de Marx et Bakounine ». Nous n’émettons aucun doute sur le fait que les premiers doivent devenir des cibles idéales pour des tirs de kalachnikov, mais ça n’est pas suffisant…

L’autorité est une relation sociale.

L’autorité prend racine même dans nos amitiés, dans nos rencontres, dans notre amour, dans notre quotidien.

Nous devons encore la chasser de nos relations. Évidemment, cela ne peut se faire qu’au travers d’une confrontation armée avec l’existant puisque nos recherches ne sont pas des méditations introspectives hippies, mais des souhaits pratiques qui s’expriment au mieux lorsque nous remplissons des chargeurs de balles et que nos mains enlèvent la sécurité de nos armes pour « parler » [1].

II - Surpasser les mythes révolutionnaires

La classe des pauvres, des opprimés, la « base », les travailleures, est un label dépassé qui pour nous ne représente rien en soi. Ce sont des mots qui sont perdus dans le vide, et dont l’écho est submergé par un passé devenu obsolète. La classe des travailleures est une identité sociale massive forcée qui écrase l’unicité et la particularité individuelle de chaque personne sous son poids. Le peuple est le mirage qui connecte une variété de personnes avec des perceptions, habitudes, angoisses, pensées, personnalités complètement différentes. La majorité de ces caractéristiques sont effacées dans la confusion homogénéisante sortant de la bouche de ces experts politiciennes, sous le nom de « gens ». Le peuple, la société, sont les domaines de la contradiction par excellence. C’est notre point de départ à toutes et même à nous qui en refusons ses valeurs et son éthique, mais partir du même point ne mène pas toujours à la même destination. A l’intérieur de la société résident des esclaves qui veulent ressembler à leur maîtres, des sujets qui ont le culte des ordres, des conservateures qui défendent la normalité, des petites bourgeois qui ont le culte de la propriété, des fascistes qui craignent tout ce qui est différent, des bonnes citoyennes attachées à l’intimité de leur foyer et à la propreté de leurs mobiliers, des prolétaires qui envient les nantis, des nantis qui sont indifférentes, des pauvres qui se plaignent mais qui ont trop peur pour agir, des immigrantes, des délinquants qui admirent les privilégiées... Dans le même temps, dans la même société, il y a des progressistes, des philanthropes sensibles, des gauchistes, des pacifistes, des communistes, des libertaires, des anarchistes, des révolutionnaires et même des nihilistes qui la renient.

Ce qui est appelé « le peuple », « société » surpasse la mosaïque de relations entre un brouillard vague de personnes, certaines d’elleux connectés par une affinité de perceptions et d’expériences et d’autres par une guerre féroce.

Le peuple est toujours vu comme quelque chose de positif, le peuple est revendiqué, des fascistes et concervateures jusqu’aux gauchistes et anarchistes. Le peuple est « pauvre », « honnête », « déprimé », « trompé » et bien sûr « sage » quand il vote. Le peuple et la classe ouvrière, selon les experts politiques sont éternellement illusionnés, en bref, ils ont toujours besoin d’être guidés. Les marxistes et leurs petits enfants anarchistes sont toujours volontaires pour ce faire (au nom du peuple, bien sûr) et offrent la terre promise, la société post-révolutionnaire.

Dans leurs textes, affiches ou événements, illes parlent toujours au pluriel, utilisant le « nous » collectif du peuple des travailleures, des prolétaires, considérant que si illes se représentent elleux même comme une part du prolétariat, illes deviendront plus aimés et ramèneront des gens de leur côté. La chose amusante est que, habituellement, les représentantes politiques du prolétariat n’ont aucune connexion avec celui-ci. Ainsi, pour les mettre dans ce qu’illes appellent elleux-mêmes une classe, illes viennent de la petite bourgeoisie, ou classe moyenne (éternels étudiantes, propriétaires et habituées de bars, économiquement dépendants de leur parents, etc.).

Comme des nouveaux messies libérateures, illes construisent une masse hétéroclite qu’illes nomment classe ouvrière, la considérant comme l’ultime sujet révolutionnaire. Mais de l’intérieur de la classe ouvrière vient l’indifférence de beaucoup, la misère de la petite bourgeoisie, le cannibalisme patriotique, les 500.000 électeures d’Aube dorée, les citoyens légalistes, les informateures, les personnes pieuses, les téléspectateures pleines de foi, les zombis du monde digital et des réseaux sociaux, les consommateures heureux...

Qu’est-ce qui nous connecte, comme anarchistes, à ces personnes ? Du rien absolu jusqu’à l’irréconciliable hostilité. L’Anarchie et le mouvement des travailleures suivent deux lignes parallèles et c’est géométriquement prouvé, deux lignes parallèles ne se touchent jamais. Alors pourquoi devrions-nous reconnaître les opprimés au sens large comme nos "frères" et parler de guerre des classes avec des personnes avec qui nous n’avons rien en commun ? Mieux vaut mettre en avant la globalité de la critique anarchiste qui élimine toutes ces illusions de front commun avec les opprimées. Parce que, maintenant, tout ce qui nous connecte avec les opprimés est la condition économique dans laquelle nous sommes forcées de vivre. Mais les conditions économiques coercitives que nous expérimentons en tant que marginalisées avec les pauvres, les chomeures, les travailleures et les migrants et une condition forcée et non un choix conscient. À l’exception de celleux qui choisissent sciemment la marginalité et refusent les privilèges matériels, ce que la majorité des personnes opprimées désire n’est pas de détruire ce monde d’exploitation mais de devenir comme leur patron, porter leurs vêtements, imiter leurs manières et au passage opprimer les autres avec leur autorité. L’esclave qui revendique ses droits sans avoir une conscience libératrice finira par porter le costume de son maître. Il suffit de remarquer l’accumulation de micro-autorité qu’illes portent en chacun d’eux, quand illes l’expriment contre les personnes qu’illes estiment plus faibles : les natifs contre les migrantes, le migrant contre sa famille, le travailleure expérimenté contre ses nouveaux collègues, c’est la classe du prolétariat moderne. Un mix de mercenaires de misère et de cannibalisme, prêtes à offrir leurs services aux plus offrants. Des gens opprimés avec des réflexes d’opprimées qui veulent juste être comme leur patron.

Nous ne voulons pas, dans tous les cas, voir des camarades et alliées dans des conditions coercitives communes mais à travers des choix communs. Nous ne sommes pas dupes, ni enthousiastes par l’idée d’alliance éphémère avec celleux qui se battent pour un meilleur salaire ou des droits et réformes de leur existence de misère. On se trouverait peut-être avec elleux derrière des barricades ou lors d’un conflit avec les keufs mais on ne se retrouvera jamais avec elleux sur le fond tant qu’illes n’auront pas détruit leurs identités morales internes d’ouvriers, d’étudiantes, de chômeurs, de manifestantes, et tant qu’illes ne refuseront pas ce monde d’ordres et de lois dans son ensemble.

On n’en a rien à faire de celleux qui, n’ayant rien à perdre, sortent dans la rue, mais de celleux qui ont la volonté de tout mettre en jeu pour se réapproprier leur vie. De plus, parmi les premiers tu trouveras les plus traîtres qui, dès la première embrouille, ou dès que pointera une promesse économique, t’abandonneront, te hurleront dessus, voire, se retourneront contre toi.

À l’opposé, dans l’autre cas, tu trouveras quelqu’une de tes compas et complices les plus authentiques et les plus proches. Combien de fois nous sommes-nous retrouvés dans le milieu d’une tornade de confusion et de contradiction ? Les mêmes personnes avec lesquelles, côte à côte nous lancions des cailloux et Molotov sur les keufs et partagions des temps et moments derrière des barricades enflammées, dans le contexte du corporatisme appellent à la "grève sauvage" pour de meilleurs salaires, retournent vite à leur routine quotidienne et se protègent de nouveau derrière l’uniforme du citoyen ayant des droits, de l’électrice, du père de famille, de la téléspectatrice, dès que leurs réclamations ont été satisfaites ou rejetées. Dans la grève sauvage de Chalybourgia ça a fini par un contrôle total de la mobilisation par l’union du PC et l’accueil chaleureux du premier ministre d’Aube dorée et qui se sont ensemble empressés d’exprimer leur solidarité avec la lutte des « travailleures grecques ». Des barricades et nuits enflammées de Kerata et le sabotage d’installations dans les alentours ça s’est conclu avec des taux d’électeures élevés pour le parti d’Aube Dorée dans la même zone. Mais même la "jeunesse sauvage" n’est pas exempte de contradictions, des squats d’étudiants et des attaques contre les keufs ça passe sans hésitation à des pogroms anti-migrantes et des fêtes démesurées de fierté nationale (succès sportif de l’équipe de foot).

Ce n’est pas suffisant, de plus, d’outrepasser la loi occasionnellement en lançant des pierres ou un cock’. C’est sans doute une étape nécessaire. Cependant lorsqu’on crame un véhicule de keufs ou une banque, on veut aussi allumer tous les résidus autoritaires en nous, les préjugés moraux et les stéréotypes conservateurs que nous avons hérité de ce monde.

Bien sûr, comme nous haïssons la critique pour la critique et la déchéance des pseudo-nihilistes de clavier qui critiquent tout excepté leur égo surdimensionné, notre position est claire. Aussi bien nous voulons détruire les petits politiciens nouvelle saveur anarchiste/marxiste, de la même façon nous voulons détruire les tours d’ivoire des « idéologistes » de la pure Anarchie théorique.

Nous analysons et nous décodons la complexité des contradictions explosives de la société non pas pour rester des spectateures et admirer notre "autorité" mais pour organiser stratégiquement notre attaque anarchiste. Il y a des dénommées luttes intermédiaires, dont certaines (Expl, squat étudiant) sont intéressantes par leur composition et leur diversité, qui peuvent parfois déclencher des situations chaotiques, lesquelles sont le champ d’expression idéal de nos haines pour le système. Évidement, nous ne serons pas absentes de ces luttes, sans nous leurrer, bien sûr, sur le fait que la réalité trahit toujours l’idéal, et que ce qu’il reste une fois la rose fanée, ce sont les épines.

Cependant, comme nous ne nous enfermons pas dans des revendications et notions réformistes, nous maintenons nos caractéristiques et ne nous perdons pas dans des discours politiques au rabais pour être socialement "aimés". De plus, nous prenons l’espace en tant qu’anarchistes et ne nous cachons pas derrière des masques sociaux (chomeures, travailleures, manifestants, ...) ; à l’opposé, nous portons la cagoule et attaquons, sans craindre de nous retrouver dans la fosse des contradictions et des luttes intermédiaires.

Donc, si nous voulons détruire ce monde d’exploitation organisée et d’ennui, nous devons parler de dépasser les classes, et ne pas agiter le linceul de la lutte des classe comme un drapeau. Les anarchistes communistes qui parlent de la lutte des classes ont des cadavres dans la bouche qui ont commencé à pourrir. Dans la continuité de l’insurrection anarchiste, toutes les classes sont abolies, l’individu découvre de façon libératrice sa conscience propre, en totale rupture avec les classes dont ille vient, que ce soit prolétaire ou petit bourgeois.

Nous refusons chaque classe parce que c’est le résultat de scissions opérées par le système.

Chaque classe supporte en son sein les caractéristiques et les valeurs de l’existant. L’enfant bien aimée des anarchistes communistes : le prolétariat, porte en lui les valeurs du travail, la pseudo fierté patriotique, le culte des petites propriétaires et des restes de conservatisme religieux.

C’est la triste représentation de la confusion qui triomphe à l’intérieur des luttes réformistes intermédiaires qui ne surpasseront jamais leur auto-aveuglement pour atteindre une perspective de libération totale.

III - A propos d’Anarchie Noire

Nous renonçons désormais à toutes les notions de lutte des classes qui même dans leurs formes les plus radicale ne sont que des variations marxistes qui visent la conquête du pouvoir à travers la dictature du prolétariat. Nous crachons sur les « experts » de la révolution, le leadership communiste, les vétérans et personnes publiques anarchistes qui se mettent en compétition pour le titre de révolutionnaire de l’année.

Par ailleurs, la liberté viendra quand nous ferons sauter les têtes de nos auto-proclamés libérateures.
Nous refusons d’attendre les conditions objectives d’un soulèvement de masse. _ L’éducation des masses comme un pré-requis pour la révolution n’amène rien qu’à la repousser sans cesse.

Nous savons que nous vivons des temps de « crise ». Des ex-anarchistes choisissent de suivre la rhétorique marxiste, du pragmatisme et de l’économie pensant qu’illes parlent le langage du réalisme politique. Illes ne pourraient pas tenir de position anarchiste, et prouveront qu’illes sont incompétentes comme marxistes.

Leur arguments transforment et mènent à des alliances obsolètes avec des individus et des milieux politiques qui se définissent eux-mêmes en termes d’opposition politique. Dans tous les cas, l’Anarchie n’a rien à voir avec elleux.

Nous insistons sur la noirceur de l’Anarchie.

Dans le chaos, le désordre, la vie dangereuse, le nihilisme d’action, dans la confrontation armée avec l’existant, dans le feu de la continuité de l’insurrection anarchiste.

Nous rejetons tous les principes idéalisés de théorie révolutionnaire qui parlent de libération future et d’harmonie sociale promise. La vie n’offre aucune garantie. C’est ici et maintenant...

Soyons honnêtes, nous n’avons pas la moindre idée d’à quoi pourrait ressembler demain. C’est exactement ce qui le rend libérateur. Parce que plein de possibilités, de questions et de doutes. Qui que ce soit qui recherche des réponses certaines et des certitudes marxistes cherchera bientôt des garanties d’autorité et des missionnaires du pouvoir rouge.

Nous maintenons nos questions et nos drapeaux noirs [2].

C’est l’Anarchie Noire.

L’Anarchie, quoi qu’il en soit, exige l’organisation de la nouvelle guérilla urbaine si nous ne voulons pas la voir dégénérer en une charte poétique vide de sens, condamnée, et que s’en suive son intégration alternative au système.

Les concepts qui ne sont pas armés comme l’anarchisme individualiste, le nihilisme, finissent par être des mots inoffensifs dans les bouches de personnes d’autant plus inoffensives qui confondent l’anarcho-nihilisme avec la sous-culture du mode de vie anti-social.

L’anarcho-nihilisme combine la propagande des mots avec la propagande des balles, du feu et de la dynamite. Cette dynamique est forgée par l’envie d’actions où la réflexion et l’expérience se confondent dans une danse sans fin. Et elle ne se retrouve pas dans le clavier d’un monde digital vide. De plus, la guérilla urbaine anarchiste a la possibilité d’extraire l’Anarchie d’une théorie abstraite vers une pratique où nos désirs sont armés et braquent notre propre réalité.

La Conspiration des Cellules de Feu et la FAI sont le reflet de nos désirs. Nous promouvons la création d’un réseau informel de cellules et de groupes d’affinité anarchistes qui visent à diffuser la théorie pratique et l’attaque. Nous tissons notre propre toile d’araignée...

Nous organisons notre attaque contre les avant-postes de ce monde d’exploitation et d’ennui. Nous frappons les banques, les comicos, les palais de justice, les prisons, les ministères, les bureaux de partis, les empires multinationaux et tout ce qui garde et reproduit les valeurs de ce monde.

Bien sûr, nous n’oublions pas que les buts de la nouvelle guérilla urbaine anarchiste ne sont pas juste l’explosion de cibles et l’exécution d’officiers de l’autorité, mais simultanément la destruction des relations sociales qui portent en elles le poison du pouvoir. Par conséquent en parallèle avec l’organisation et la diffusion de la FAI et de la CCF via les balles et les bombes nous désirons briser avec nos textes toutes les conventions sociales quotidiennes et asséner une claque à la mentalité de la servitude volontaire, lesquelles forment la moitié du pouvoir de l’autorité.

Nous haïssons autant la main qui tient le fouet que le dos de celleux qui acceptent les coups.

Ne me suis pas... je ne te dirige pas.
Ne marche pas devant moi... je ne te suivrai pas.
Trace ton propre chemin... deviens toi-même.

Nous organisons 10, 100, 1 000 cellules d’une fédération anarchiste informelle et d’une conspiration des cellules de feu.

Attaque en premier, et toujours pour l’Anarchie.

CCF - FAI/IRF
Cellule des membres emprisonnés

Conspiration des Cellules de Feu — CCF, Fédération Anarchiste Informelle - Front Révolutionnaire International — FAI/FRI


[1] Note de joiedevive : on pense que de s’attaquer aux rapports de dominations entre nous passe aussi par des discussions (un truc de hippie peut-être...) et qu’agiter son flingue à tout va ne règlera pas le problème de hiérarchies informelles qui peuvent se créer dans nos groupes...

[2] Note de joiedevive : on apprécie les drapeaux uniquement quand on a l’occasion de les imbiber d’essence...