BROCHURES

La brochure de la Mutuelle
Lyon, printemps 2014

La brochure de la Mutuelle

mutlyon[at]riseup.net (première parution : 2014)

Mis en ligne le 11 avril 2017

Thèmes : Expérimentations collectives (21 brochures)
Guides pratiques (41 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,39.5 Mo) (PDF,48.6 Mo)

Version papier disponible chez : Infokiosque fantôme (partout)

Cette brochure a été réalisée courant 2013. Elle a été faite par trois personnes, membres de la mutuelle, certaines depuis le début, d’autres non. Elle ne se veut pas être La Vérité sur la mutuelle mais simplement nos vérités. Les passages encadrés et entre guillemets sont extraits d’interviews d’autres personnes de la mutuelle.
On espère que ça va te parler, que ça en fera gamberger certain-es et se lancer d’autres dans des projets fous !
Bonne lecture !

« Si d’autres gens veulent faire une mutuelle, il faut faire le ménage de printemps dans votre tête ! »
Un grand penseur philosophe de la mutuelle

SOMMAIRE

  • Introduction
  • Contexte de création
  • Création de la mutuelle
  • Sens politique
  • La mutuelle clés en main
  • Et chez les autres ?

INTRODUCTION

« Pour moi la mutuelle, c’est essentiel et concrètement dans ma vie, ça m’apporte un sentiment de sécurité. Pas forcément pour tout de suite maintenant, parce que là je me sens pas en danger, mais je pense beaucoup à la vieillesse et j’espère que ça va durer jusque-là. Parce que mine de rien c’est moins rigolo la vieillesse sans thunes et sans enfant pour te mettre dans une maison de retraite ! Haha ! Je rigole mais ça me fait kiffer moi ces trucs de vieux et de vieilles qui s’auto-organisent. »

Créée il n’y a pas si longtemps, la mutuelle avance tranquille.
Ça tourne, on essaie, on tchatche... on ramasse le flouze, compte les biftons, divise la caillasse, se répartit la maille.
On veut raconter ça dans cette brochure. D’où c’est parti dans nos vies, quels questionnements sont à l’origine et quelles évolutions dans le temps : les satisfactions, les frustrations, les choix et leur critique...
...et voir si peu à peu, nous pouvons affiner, développer cette forme d’organisation pour dépasser la bande et l’affinitaire - bousculer le communisme familial et les manières individuelles de faire face à l’argent.

La solidarité financière à petite échelle se concentre généralement dans quelques formes collectives souvent normatives ou temporaires :
- structures familiales normales ou en voie (difficile et de haute lutte) de normalisation (Roméo et Juliette, David et Jonathan, Véronique et Davina, marié-es ou pas, bébé ou pas), en gros le couple, ses descendants, ses ascendants.
- structures corporatistes et syndicales (de type caisse de grève ou autre).
- solidarité coups durs.

Ou alors dans des regroupements très affinitaires : potes, vie quotidienne en commun, habitats collectifs...
Ce qui est déjà tellement bien, tant la thune est rare et que nous sommes socialement sommé-es de la considérer comme un prolongement de nous-même, de la vivre en « privé » et de la protéger des agressions extérieures.
Et nous sommes aussi beaucoup à se retrouver seule à bidouiller, à trimer, à gagner la fraîche... on la connaît l’arnaque de l’économie capitaliste, on la vit quotidiennement, elle n’est pas l’objet de ce papier.
Et, pour autant, on a l’impression que la réflexion autour de « la solidarité pratique » et de « comment l’argent transforme concrètement nos vies » s’est arrêtée quelque-part, reléguée derrière des causes ou des réflexions plus urgentes ou plus « révolutionnaires ».

Alors ici, on a décidé de chercher autre chose. Entre autre, le long terme.
On va pas se la raconter. Cette expérience s’est constituée dans des réseaux plus affinitaires que moins.
Mais les modalités d’entrée (être connue et proposée par une personne membre) permettent de faire de nouvelles rencontres, permettent l’arrivée de personnes ne faisant pas forcément partie de proches et n’étant pas connues de la plupart des membres.
Aussi, la mutuelle est un projet en soi, à elle toute seule, ce qui la différencie d’autres économies collectives qui vont souvent de paire avec « habiter ensemble » ou « épargner pour un grand projet ».

La mutuelle est une tentative pour collectiviser un peu d’argent et nous remettre au goût du jour les questionnements autour de la monnaie, ce qui prolonge et provoque forcément des réflexions et des pratiques sur les consommations, les choix et non choix, styles et non styles de vie, les récupérations, les bidouilles, les alliances... les luttes et les plaisirs : vie et survie en territoires occupés par le capital.

Du coup, on veut aussi se nourrir des différentes expériences déjà existantes, mutuelles des autres, mutuelle des fraudeurs, travail collectif...
Et on voudrait que ça donne du grain à moudre pour ces questions là et que d’autres s’en saisissent pour s’aider à trouver une forme de solidarité financière qui leur conviennent.

On commence avec ce qu’on est, on fait, on transforme.
Que les expériences tournent et se racontent.
Amen.

« La mutuelle c’est aussi un projet que l’on peut expliquer à d’autres personnes qui sont peut-être pas "militant-e-s" et souvent ça leur parle, ça les bouscule un peu aussi... Parce que c’est une solidarité très concrète qui n’a rien à voir avec les exemples habituels qui relèveraient plutôt de la charité. Et ça fait du bien ! »

CONTEXTE DE CRÉATION

À l’automne 2010, c’est le mouvement contre la réforme des retraites avec une très forte mobilisation à Lyon en particulier, et aussi une forte répression. Un moment de bouillonnement du milieu militant/activiste, de resserrement de certains liens, de délitement d’autres.
Moment de mobilisation et de resserrement aussi autour de la caisse de solidarité. Cette caisse existe activement depuis 2006 et la répression du CPE. Elle fonctionne avec des dons privés et individuels et avec des soirées de soutien ou autre action rapportant de la thune. La Caisse aide des personnes victimes de violences policières ou de répression. C’est un outil important qui fonctionne depuis plusieurs années déjà et qui diffuse l’idée qu’il est à la fois important et possible de se préoccuper des questions de thunes collectivement pour s’aider individuellement.

Dans ce réseau, de nombreuses personnes se côtoient depuis des années, fonctionnent ensembles sur certains projets, ont des liens d’amitié ou les deux, sont organisées en groupes politiques ou habitent ensemble...

Il existe alors :
- des fonctionnements solidaires autour de l’argent en interindividuel

- des différences de revenus, de dépenses, de choix de vie dont on parle relativement peu, et qui nous façonnent des vies différentes qui risquent de nous éloigner. (salariées, sans papiers, squatteureuses...)

« C’est moins ma situation matérielle de l’époque qui m’a décidé à entrer que le coté cohésion avec le groupe de potes, de camarades autour de réflexions politiques. Et cette idée que « c’est nous l’état », qu’on a pas besoin des gens des banques ou de l’administration pour faire quelque chose par nous-mêmes, pour améliorer notre situation. Par exemple, pratiquement, la mutuelle a joué dans mon apprentissage du français, l’expression, la compréhension surtout... »

Dans ce contexte émerge une envie partagée, au vu de ce qu’on vit, de sortir de ces rapports individuels à la thune. Parce que :
- La thune, ça peut compliquer, flouter, changer les relations entre les gens, renforcer des rapports de pouvoir et de dépendance.
- La thune, ça isole.
- La thune ça existe, on veut pas faire semblant du contraire, ni que le « partage des richesses » est effectif, même à notre niveau.
- La thune, on a envie d’en parler.

Quelques-unes de ce réseau ont l’idée un jour du printemps 2011 de créer une caisse, sur cotisation ; une caisse qui ne nous servirait pas seulement quand la répression s’abat visiblement sur nous par le système police-justice-prison, mais une caisse qui serait là pour les besoins/envies/inégalités du quotidien.
Cette idée est diffusée dans des groupes affinitaires, et de proche en proche, c’est une bonne trentaine de personnes qui est conviée à une première réunion.

« C’est des ami-e-s qui étaient à l’origine de ce projet de mutuelle... Quand elles m’en ont parlé j’ai trouvé ça chouette, parce qu’on gérait pas mal de dons/ prêts/ dettes entre nous, que c’était chient de gérer en individuel tout le temps, qu’on avait les pression de rembourser, de se faire rembourser, refuser de se faire rembourser, alors ça devenait lourd. Donc quand elles m’en ont parlé j’ai tout de suite vu une bonne chose là-dedans ! »

CRÉATION DE LA MUTUELLE

En gros, les principes ont été institués en trois réunions. C’est au terme de ce premier cycle que les personnes ont décidé de participer ou non à ce projet.
La base était d’avoir une caisse qui serait remplie tous les mois par chaque personne à hauteur de 5% de ses revenus. Ce principe a été très peu remis en question, notamment parce que 5% des revenus, c’est pas énorme.

« C’est parce que je pense qu’on fait quelque chose ensemble, qu’on se connait déjà donc qu’on se fait confiance ; alors de l’argent et la confiance se sont toujours fait la guerre. Avec les ami-e-s on a gagné la guerre ! »

Le principe de redistribution directe

Dans la discussion est très vite apparue l’envie d’une redistribution directe, comprenant le principe d’un revenu minimum garanti, prioritaire sur tout le reste. Chaque personne doit pouvoir avoir 100 euros par mois au moins. Ca paraît pas grand chose comme ça mais en vrai, quand on est à découvert et qu’on n’a plus un rond pour s’acheter des pâtes et des clopes, ben 100 euros en liquide, ça dépanne à fond.

De la « Caisse Coup dur » à la « Caisse Bison »

On s’est posé la question de quels critères nous semblaient légitimes pour pouvoir se servir de la « Caisse Coup dur ». Très vite sont apparus les besoins vitaux, s’acheter à bouffer, payer son loyer, se soigner... Puis des besoins secondaires, comme se déplacer, s’habiller correctement....
Toute cette réflexion était sous-tendue par une idée de rupture, de coup dur, qui nous tomberaient dessus, qui ne seraient pas intégrés à nos systèmes de débrouille habituels : on se fait choper et on peut plus chourer, on va mal et on doit déménager, on n’a plus de sécu et on est malade...

« La mutuelle, ça me rassure aussi à un niveau idéologique, c’est dur à expliquer mais je vais essayer quand même... Ca me rassure parce qu’à travers la mutuelle, l’autonomie prend tout son sens pour moi. Je veux dire, ça me fait plais’ de ne pas compter que sur les impôts et l’Etat pour la redistribution des richesses vraiment concrètement, pas juste dans ma tête ! Alors bien sûr ça a ses limites parce qu’on en est pas encore à avoir des milliards de mutuelles comme nous organisées par réseau, quartier, lieu de travail ou je ne sais quoi, mais si tout le monde lit cette brochure peut-être que ça ne saurait tarder... »

Et puis après, on a continué à réfléchir et on s’est dit que « se faire un tatouage en début de mois, ce qui fait qu’à la fin on n’a plus de sous pour manger », ou « se nourrir tout le mois ,et ne plus avoir d’argent pour se faire son tatouage à la fin du mois », c’était pareil.
Alors, on a tout laissé tomber à propos des critères, pour se concentrer sur la confiance et bien se mettre au clair sur des grands principes, en se disant que de toute façon, au début, personne n’oserait se servir dans la caisse. Et que même si on n’est pas super riche, il y a des situations vraiment différentes entre des personnes qui touchent très souvent 0 et d’autres qui ont un salaire au smic. Et que c’est bien de ne pas penser uniquement en terme de besoins vitaux mais aussi de plaisirs : on peut se servir dans la caisse pour être de temps en temps la personne qui paie des coups aux autres...

Donc on a essayé de se mettre d’accord sur ce qu’on donnait, sur ce qu’est un revenu. Le but était de se donner un maximum de bases claires sur le fonctionnement, pour pouvoir, à l’intérieur de ce cadre, se faire confiance et éviter les incompréhensions.

Des questions, toujours des questions...

Et puis on a du évoquer d’autres questions relatives au fonctionnement du groupe, des réus, etc.
Par exemple, vu qu’on fonctionne avec un cahier, on s’est demandé si c’était pas trop laisser des traces, des listes de gens pour si jamais la police s’y intéresse. On a aussi réfléchi, et on réfléchit encore à l’anonymat pour les personnes qui prennent de l’argent : c’est moins culpabilisant pour la personne qui se sert dans la caisse bison, c’est sûr, mais est ce qu’on est pas là justement pour pouvoir se parler de nos situations, et plus avoir de tabou ? Donc on navigue un peu entre les deux. Et puis, malgré des réticences de départ, on a, en plus de tout, opté pour une liste mail pour les réu et les comptes rendus, parce que c’est pratique quoi...

« Dès le début (et ça s’est estompé mais ça a pas complètement disparu) j’avais peur du côté où la théorie va bien, mais que la pratique est toujours plus compliquée. Par exemple, malgré les postulats et les objectifs égalitaires, dans les faits je trouve que l’égalité avec les trimards étrangers est pas gagnée... Concrètement à cause du niveau de langue par exemple ou de mon absentéisme, il y a des choses que je peux pas expliquer, qui concernent mes conditions matérielles, mes contraintes... »

« Que des personnes pas très politisées soient dépannées par notre mutuelle permettrait de les sensibiliser aux idées, aux fonctionnements, aux méthodes anarchistes, communistes, révolutionnaires... et inciter les gens à soit nous rejoindre, soit nous imiter. Faire de la propagande "par le fait" ou "par l’exemple" quoi. »

SENS POLITIQUE

« Faire partie de la mut’ ben ça fait quand même une tranquillité d’esprit, je sais que j’ai un moment pour me retourner quand ça coince dans les poches. Genre là, j’arrive en fin de droits avec un salaire qui sera loin de me faire bouffer : et ben c’est une ressource de plus pour voir venir, tranquille, et par exemple pas sauter sur le premier taf débile venu, pas être pendu à la décision du premier bureaucrate venu... »

Pour quelles raisons les gens sont venus à la mutuelle ?

Facilité : une entrée facile : 5% ça reste pas beaucoup, ça représente pas grand chose et ça met pas trop en danger.
Proximité-palpabilité-visibilité : un impact direct, une solidarité financière directement visible.
Politisation des problématiques individuelles : un espace pour parler d’argent, Ne plus être seul-e pour faire face à l’arnaque capitaliste.
Solidarité et collectivité : utiliser l’argent pour se solidariser plutôt que de s’isoler, que d’avoir un rapport individuel à tout ça : sortir des dons interindividuels, d’un rapport privé à l’argent.
Autonomie : pouvoir compter sur des camarades plutôt que sur des aides sociales, sur la famille, ou sur personne.

Charité déguisée ?

Il y a la crainte, à des moments, de se retrouver dans de la charité déguisée, avec toujours les mêmes qui donnent et les mêmes qui reçoivent. Mais en fait...
C’est oublier le long terme, c’est penser que les personnes qui sont dans une situation financière confortable sont à l’abri d’un changement ; que celles qui n’ont rien maintenant peuvent être celles qui les soutiendront demain.
C’est oublier que la mutuelle, ça peut nous pousser à changer de situation justement, à prendre plus de risques financiers pour être plus content de ce qu’on fait, comme quitter notre boulot pourri, ou prendre un appartement parce que c’est celui qui nous fait envie, même s’il est un peu trop cher.

« Ce qui m’a décidé à venir, en tout, tout premier lieu c’est la confiance que j’ai dans mes ami-e-s ! Et aussi l’idée d’expérimenter un fonctionnement, de prendre acte du fait qu’on vit avec de l’argent, qu’on fait avec et qu’il faut trouver des solutions avec cette situation. »

A l’inverse, ça peut aussi être se pousser à trouver un peu de fric pour pouvoir aider les autres des fois.
C’est oublier les autres solidarités, celles qui se créent par la rencontre et la confiance au sein de la mutuelle, par la curiosité qu’on a de la situation et de la vie des autres ; celles donc qui peuvent dépasser le rapport financier pour éclabousser plus vastement nos vies.

Par ailleurs :
Comme on a l’espace et les gens pour facilement parler de nos besoins individuels comme « j’ai besoin d’une voiture pour aller voir des poneys, qui qu’en a une ? » ou « qui qui veut m’aider à faire mon inventaire de ma librairie » ou « qui qui veut m’aider à couper du bois et creuser des trous pour mon atelier ? »
Eh ben ça permet que sur certains trucs, on se rende compte qu’on est plusieurs à avoir les mêmes besoins individuels, alors on se dit que pourquoi pas par exemple avoir une voiture collective. Bref, en additionnant les besoins individuels on finit par chercher des solutions collectives.
Du coup, ça dépasse le seul rapport « y en a qui ont plus de fric qui en donne à ceux qui en ont le moins ».

« On m’a parlé de la mutuelle dans un salon quelconque, ou une cuisine j’m’en rappelle plus. On m’en a parlé comme un projet de mise en commun d’une partie des revenus, qui permet d’assurer un minimum aux plus pauvres d’entre nous grâce aux revenus des plus riches, sans passer à chaque fois par des demandes individuelles plus ou moins gênantes ou répétées, du coup avoir un truc systématique d’entraide. Et surtout, que tout ça repose sur la confiance qu’on a entre nous, confiance sur notre volonté de participer, d’être sincères sur nos revenus, nos difficultés, nos facilités et d’être non-jugeant sur les modes de vie et les besoins de chacun-e. »

Existence d’un groupe

Avec la définition claire et simple du fonctionnement, on construit une base de gens sur qui on peut compter... avec qui le rapport à l’argent, mais aussi au besoin d’aide devient peu à peu facilité, dans le temps comme par la pratique.
Parce que c’est du concret et pas des mots, on développe cette sensation qu’il y aura toujours ce soutien... que pour une partie de ce qu’on vit , on ne sera pas seule à faire face.
Mais les membres ne viennent pas d’un même groupe. Illes partagent le sens et les objectifs de la mutuelle mais ne fonctionnent pas forcément ensemble ou avec des collectifs dans le reste de leur vie.
L’existence du groupe dépend du sens et des objectifs politiques, et pas des problématiques affectives de ses membres.
Un départ est simple parce que la temporalité de la thune est mensuelle, c’est pas du long terme, on a pas trop l’impression de « laisser » de grosses sommes, tout a toujours été redistribué.

« Dans mes craintes, qui vont avec le côté « expérience ludique », c’est le côté affinitaire qui nous pose des problèmes d’échelle. Par exemple, vu qu’on va pas faire notre vie ensemble, genre collectif ultra fusionnel, c’est pas le délire ; partager des petites proportions de ressources faibles ça nous fait stagner à l’échelle de "l’argent de poche" et du coup de pouce occasionnel. Et à long terme ça peut être décevant. Donc je reste sur l’idée qu’on doit brasser soit une plus grosse proportion de ressources, soit un plus grand nombre de personnes... »

LA MUTUELLE CLÉS EN MAIN

Le moment est venu maintenant de rentrer un peu plus dans les détails techniques... Ben oui, quoi ! La mutuelle, ça marche comment concrètement ?

Petite encyclopédie technique et analphabétique de la mutuelle...

  • Référent-es : en gros, c’est les personnes qui gèrent la caisse bison ; c’est à dire que c’est à elles qu’on va dire si on veut prendre de l’argent.
    Il y a différents types de référent-es :
    - la personne référente principale est celle qui garde la caisse bison et le cahier. C’est également chez elle que se feront les réunions.
    - les co-référent-es sont là en tant que relais ou suppléant-es.
    Au départ, on avait mis plusieurs référent-es pour que chacun-e puisse aller voir une personne auprès de qui ille se sentirait d’aller chercher de l’argent mais dans les faits, il semble que c’est surtout la personne qui a la caisse qu’on va voir. Du coup, les co-référent-es sont surtout là pour récupérer la caisse bison et le cahier si la personne référente principale part de Lyon.
    C’est aussi les référent-es qui vont rappeler à tout le monde la date, l’heure et l’endroit de la prochaine réunion quelques jours avant.
    Tous les deux mois, on choisit de nouvelles personnes pour être référent-es.
  • Cahier : on y prend des notes de ce qui se dit pendant les réunions et c’est aussi là qu’on tient les comptes :
    - combien entre et sort de la caisse bison.
    - combien on récolte chaque mois et comment c’est redistribué.
    - qui a cotisé et qui non.
  • Revenu : toute rentrée d’argent (salaire, allocations de l’état, héritage, don d’argent...).
    Les APL ne sont pas considérées comme un revenu. Pour les allocations familiales, la question s’est posée, n’a pas été tranchée mais comme le cas ne s’est pas encore présenté, on verra quand ça viendra.
    Pour ce qui est des thunes faites collectivement (vendanges collectives, magouilles diverses et variées à but lucratif faites ensemble pour un but commun...), on est pas encore vraiment au clair. Pour le moment, on s’est dit que les collectifs en causent entre elleux et voient ce qu’illes peuvent/veulent donner à la mutuelle.

« Et puis il y a cette frustration de ne pas pouvoir participer ni à de grandes ni à de petites choses, de ne pas avoir d’espace où s’exprimer plus, tout ça à cause du boulot et de ma situation administrative. Parce que plus je suis coincé dans des conditions dures, plus c’est la seule chose qui me reste, le sentiment de pouvoir ou de devoir ouvrir ma gueule et "lever le poing". Et tant bien que mal la mutuelle répond à ce besoin pour moi, qui ne peut pas faire de "grandes choses" révolutionnaires ici, en France. »

  • Cotisation : tous les mois, chaque personne donne une partie de son revenu à la mutuelle. On a testé plusieurs systèmes :
    - chacun-e donne 5 % de son revenu.
    - chacun-e donne 10 % de son revenu après y avoir soustrait sa part de loyer.
    On a commencé par le système des 5 %. Puis, on a voulu brasser plus de thunes mais 10 % secs, ça paraissait beaucoup pour certaines personnes alors après de longues discussions, on a décidé de prendre 10 % du revenu après y avoir ôté la part de loyer. Le fait d’enlever le loyer plutôt qu’autre chose était un peu arbitraire.

Exemple : A. a touché 100 euros ce mois-ci et paye 85 euros de loyer, apl déduites. F. a un salaire de 800 euros par mois, sa grand-mère lui a filé 20 euros et elle a gagné 50 en jouant aux gratte-gratte, son revenu est donc de de 870 euros (800+20+50). Sa part de loyer est de 250 euros apl déduites.
Avec la règle des 5 % : A. donne 5 euros de cotisation pour 100 euros de revenus ; F. donne 43,5 euros pour 870 euros de revenu.
Avec la règles des 10 % sans le loyer : A. donne 1,5 euros de cotisation (10 % de 15 euros, 10 % de revenus-loyer soit de 100-85=15 euros) ; F. donne 62 euros (10 % de 620 euros, 10 % de revenus-loyer soit de 870-250=620 euros).

  • Redistribution directe : une fois les cotisations de tout le monde récoltées, on sépare le magot en deux partie ; une qui va dans la caisse bison et une autre qui est redistribuée directement : d’abord, on donne 100 euros à celleux qui ont touché moins de 100 euros dans le mois. Ensuite, s’il reste de la thune, on partage ce reste à parts égales avec toutes celleux qui ont touché moins de 400 euros (on a pris ce seuil parce qu’il correspond à peu près au RSA).

« Déjà à la première réunion, j’étais content : j’ai gagné 150 euros ! J’ai trouvé bizarre que l’argent vienne comme ça tout de suite... Waw ! 150 euros c’est pas beaucoup d’argent, mais c’était beaucoup plus important pour moi parce que c’était la première fois que je voyais quelque chose comme ça, parce que j’avais aucun argent... »

  • Caisse bison : caisse où est gardée la part de thunes qui est mise en commun tous les mois. Quand on veut, on peut aller y piocher de l’argent. Lorsqu’on y prend de l’argent, on informe un-e référent-e. Si on veut, on peut dire pourquoi on prend la thune et qui l’a prise, sinon, on peut juste noter anonymement le montant pris dans le cahier. On considère que toute raison de prendre de l’argent dans cette caisse est une bonne raison, que chaque personne est légitime. Par exemple, tu peux autant prendre cent euros pour faire une teuf chez toi et payer des bières ou des jus à tes potes que pour t’acheter une paire de pompes ou pour payer ton loyer ou une amende. Comme pour beaucoup de choses, on se base sur un principe de bienveillance et de chacun-e fait comme ça lui va avec le cadre qu’on a posé. Généralement, l’argent de cette caisse circule beaucoup. Pour le moment, on n’a jamais eu le cas où la caisse était vide mais on s’est déjà dit que si ça arrivait, on pourrait faire appel à des cotisations extraordinaires pour ne pas laisser quelqu’un-e dans la merde.

La mutuelle, c’est aussi des réunions...
... ou extrait d’une discussion entre une personne qui s’y connait en ce qui concerne la mutuelle et une autre, pas du tout ...

- Bison : ... d’ailleurs, presque tout ce qui est de l’ordre du pratique se passe durant ces moments là. Une fois par mois, tous nos joyeux compères se réunissent
- Poney : Tous ?!
- Bison : Non, en fait, pas toujours tout le monde... mais toutes les personnes qui peuvent, quoi ! Il paraît que ça tourne plutôt pas mal... je disais donc... Une fois par mois, (presque) tous nos joyeux compères se réunissent... ça se passe tous les 9 du mois.
- Poney : Tiens, c’est bizarre, c’est tous les 9 ?! Comment vous avez choisi ?
- Bison : Ben comme ça, le jour de la semaine tourne, c’était plus facile que de choisir un jour qui va à tout le monde, tu vois, sinon entre celles qui bossent la semaine, ceux qui peuvent pas le samedi et le jeudi parce qu’ils ont piscine et celle qui a ses cours de boxe tous les dimanche soirs, ça laisse pas beaucoup de choix. Au moins, là tout le monde peut de temps en temps.
- Poney : Et en plus c’est facile de retenir la prochaine date de réu comme ça.
- Bison : Bah ouais, t’as tout compris. Pis ça reste au début du mois, comme ça, c’est plus simple pour amener sa cotise.
- Poney : Mais par exemple, celleux qui sont pas là, comment illes font pour donner leurs sous ?
- Bison : Ah bah ces personnes là elles se débrouillent pour filer leur thune et dire combien elles ont gagné à une autre personne qui, elle, va à la réu. Ca se passe comme ça. Donc. Pour les réus, les personnes arrivent à partir de 19H. A 20H, on attend pu les retardataires et celleux qui sont là donnent leurs cotises, on compte la thune et hop on la sépare et la redistribue. Après ça, ya un petit point financier sur combien d’argent est sorti durant le mois, combien il reste puis les gens discutent de ce qu’ils ont à discuter.
- Poney : Mmh, mmmh ? T’as pas plus obscur comme phrase ?
- Bison : Ouais ben par exemple ça peut être si tu te poses des questions sur le fonctionnement, si tu sais pas si tu dois prendre en compte tel ou tel truc dans tes revenus, situ veux proposer de nouvelles personnes qui pourraient intégrer la mutuelle, si tu veux parler de ta situation, si tu trouves que ça merde sur un truc... Après, une fois que les discussions sont terminées, la réu est close et les gens continuent à papoter, de ça ou d’autre chose. Des fois pour deux minutes, des fois pendant des heures... c’est ça les réunions de la mutuelle !
- Poney : Et si y’a des décisions à prendre, ça marche comment ?
- Bison : C’est possible de prendre une décision à n’importe quelle réunion de la mutuelle si la décision n’est pas irrémédiable, c’est-à-dire si on peut la défaire ou la faire évoluer. Sinon, on en cause sur deux réus pour que des personnes n’étant pas là à la première puissent s’exprimer sur le sujet. Par exemple, « une nouvelle personne intègre la mutuelle » fait partie de ces décisions qui prennent obligatoirement deux réus. On peut pas dure à une personne « viens » puis la fois d’après « c’est plus possible ».
- Poney : Ah bah tiens, dans ces cas là, ça se passe comment ?
- Bison : Pour faire rentrer de nouvelles personnes ? Elles sont proposées en réunion. Tout le monde a un droit de véto ou d’émettre des doutes. Si ya un doute, c’est discuté et s’il s’avère que plusieurs personnes ont des doutes, ça devient un véto. Les discussions sont plutôt orientées vis-à-vis de comment ça serait possible de se sentir à l’aise avec les personnes proposées, si elles peuvent être intéressées, s’il y a un minimum de bases communes avec elles.

« La première réu, je crois qu’elle était très chiante, un peu trop "lourde" et chargée je pense. Un truc qui n’a pas marché au tout début, c’est qu’on faisait comme si tout ce qui se décidait allait rester gravé dans le marbre. Et je pense que certaines personnes sont parties aussi pour ça, pour cette lourdeur. Mais après ça s’est un peu allégé et ça a mieux roulé, je trouve. Parce que c’est ça qui est chouette à la mutuelle c’est aussi que c’est une expérimentation et qu’on peut se donner le temps d’expérimenter un peu... »

ET CHEZ LES AUTRES, C’EST COMMENT ?

Bien conscient-es que notre initiative n’est qu’une manière de mutualiser parmi tant d’autres, on a voulu faire apparaître quelques autres expériences. Par ailleurs, bien d’autres aventures existent ou ont existé autour de pratiques de mise en commun (d’argent, de savoirs, d’outils, de biens...), de solidarité concrète. C’est aussi en faisant circuler ces expériences, en les transmettant autour de nous qu’on se donne des idées, des envies, des outils pour mieux s’en sortir. Malheureusement, on ne peut pas toute les citer ou les faire apparaître ici mais en voici quelques unes...

« Le communisme, c’est une vraie aventure. »
Encore un grand philosophe de la mutuelle

On est pas les seulEs...

On a trouvé une autre mutuelle de partage de revenus. Suivent des textes qui nous expliquent leur fonctionnement. Et on a rencontré une participante pour comprendre d’autres aspects du projet. D’autres histoires, d’autres situations, d’autres fonctionnements...

  • Principes

La Muthunerie existe depuis Janvier Deux Mille Douze. Elle a été créée par un groupe de gens sans ou avec peu de revenus qui avait l’envie d’expérimenter une forme de communisation de revenus.
On a voulu expérimenter rapidement même si tous nos questionnements n’étaient pas résolus et y répondre petit à petit.
On est un collectif qui souhaite diminuer les inégalités de revenus entre participant-e-s et ouvrir un espace où l’on puisse discuter de notre rapport à l’argent, d’où il vient (État (R.S.A., C.A.F., Pôle Emploi, Bourses...), travail, famille) et du problème de l’argent dans nos vies.
Nous ne souhaitons pas être un collectif uniquement affinitaire, nous cherchons à simplifier au maximum notre fonctionnement pour le rendre le plus accessible possible.
Notre envie est de niveler nos inégalités de revenus et non pas de gérer notre argent collectivement.
On est ouvert à toute personne (avec ou sans argent, avec ou sans travail) qui souhaite partager son argent et y réfléchir.

  • Fonctionnement

Nous nous retrouvons tous les mois pour une journée Muthunerie qui se déroule toujours de la façon suivante :
À 10h30, nous prenons des nouvelles les un-e-s des autres et partageons nos dispositions et disponibilités du jour, c’est le point météo. Puis nous déterminons le lieu de la journée Muthunerie du mois suivant et la date (actuellement toujours le premier samedi suivant le 5 du mois).
Ensuite nous évoquons l’évolution de nos situations personnelles notamment financières avec l’idée de partager nos projets ou nos inquiétudes, de nous soutenir mutuellement et en cas de besoin d’organiser des actions face aux injustices que nous subissons en tant que pauvres.
Avant la pause déjeuner, nous partageons nos revenus : nous mettons tout ou partie de nos revenus sur la table, chacun reçoit de quoi payer son loyer et le reste est redistribué équitablement. Nous disposons d’un pot appelé « CQ » dans lequel nous mettons de l’argent les mois d’abondance, et dans lequel nous puisons les mois de disette afin de nous garantir une somme minimum chaque mois (actuellement 320€).

Nous commençons l’après-midi par un nouveau point météo. Puis s’il y en a, nous accueillons de potentielles futures muthunes et leur présentons ce que nous faisons. Sinon nous discutons de nos rapports à l’argent ou de l’évolution de la Muthunerie, selon nos besoins et nos envies.

Nous nous retrouvons aussi environ deux fois par an pour des week-end de réflexion qui prolongent, approfondissent et clarifient nos discussions mensuelles.

  • Ambiances

On a crée la Muthunerie pour avoir un espace pour parler de l’argent et pouvoir le partager.
On sait que ce n’est pas facile et pas habituel, que c’est un problème qu’on garde souvent pour soi. Alors, on s’efforce à ce que chacun-e se sente à l’aise,à ce qu’on construise des rapports de confiance. On donne de la place pour que chacun-e puisse s’exprimer, se dire comment ça va (point météo), parler d’où on en est dans nos vies (tour d’horizon).
On fonctionne de manière structurée et souple. La structure, c’est pour être clair entre nous : où on en est sur cette question ? Quelle décision a été prise ? Est ce qu’on a le temps de terminer avant que j’aille prendre le bus ? La souplesse, c’est parce que c’est de l’expérimentation et que l’on est jamais sûr que notre manière de fonctionner actuelle fonctionnera toujours, dans toutes les situations.
On fait en sorte que nos moments de rencontre soient plaisants, agréables, que l’on mange bien, que l’on fasse des blagues.
Alors, forcement, ça prend du temps, mais on se dit qu’on n’est pas pressé-e-s, que le cheminement vaut la peine d’être vécu.

Tout-e seul-e, on va plus vite, Ensemble, on va plus loin.
(Oui enfin ça dépend, des fois, si on est seul à pied ou plein en voiture... enfin...)

L’idée de la mutuelle c’est d’égaliser nos revenus.
Avant on se redistribuait 350 euros chacun, et ce qui reste, on le met dans une autre caisse, qui s’appelle la CQ. Ca nous sert si quelqu’un perd son RSA, s’il y a des gens qui s’en vont.
Sauf que cette CQ, on veut pas qu’il y ait de l’argent qui augmente et qu’on n’en fasse pas grand- chose. Donc on a mis un plafond à 4000 euros, qu’on a atteint depuis un moment. On se redistribue donc plus que 350 euros. Depuis peu, on enlève le prix des loyers avant de donner notre argent. Comme ça, on repart plus à égalité quand on donne notre argent. Et on se redistribue 320 euros.
Y’avait plusieurs mutuelles qui existaient déjà. Je n’avais pas de revenus, j’avais pas envie de travailler. J’ai travaillé un peu, et c’est pas trop mon truc, c’est même physique je crois, en tout cas en tant que salariée. Et je trouve pas le temps d’aller travailler de toute façon.
Les gens des mutuelles qui existaient ne voulaient pas que ce soit ouvert. Mais ils avaient une caisse à filer en cas de besoin à des potes. J’ai reçu comme ça ponctuellement 150/200 euros d’une des mutuelles, pareil d’une autre... en discutant, une des mutuelles avait envie de repartir sur d’autres bases. Qui serait une mutuelle ouverte, où on pourrait parler de l’argent, de notre rapport à l’argent, du travail.
On aimerait bien un jour qu’il n’y ait plus d’argent, mais en attendant, autant profiter un peu de l’Etat et s’organiser pour que ceux qui ne veulent pas aller travailler ne soient pas obligés de le faire. Mais si y’a beaucoup de gens et pas trop de revenus, on peut trouver des astuces.

Le critère de 25 ans pour le RSA est injuste, tu les as pas, t’as pas de bol, mais t’as quand même pas envie de travailler. La mutuelle est partie de ça.

Après un an et demi de discussion, j’ai l’impression d’avoir un rapport un peu plus léger à l’argent. De pas avoir l’impression que c’est mon argent, et c’est le cas aussi des autres. Mon argent c’est un peu le mien mais c’est un peu aussi celui des autres, je peux te filer 20 euros, je m’en fous... Et en même temps, j’ai du tenir des comptes un peu serrés. Je le faisais déjà avant la mutuelle où j’avais pas vraiment d’argent. Et là, 350 euros, c’est quand même pas beaucoup. Faut bien calculer ce qui nous reste pour bien finir le mois.
Un moment on a tripé ensemble à noter toutes nos dépenses. Pour voir où est-ce qu’on dépensait beaucoup d’argent. Cafés au lait, clopes, restau, c’était rigolo de connaître les gens comme ça, « ah ouais toi tu manges des sushis »...

On a beaucoup parlé de comment accueillir de nouvelles personnes. On a un rapport un peu léger à l’argent, on parle beaucoup de nos vies de manière intime. Est-ce que ça va aller à des nouvelles personnes, comment créer un climat de confiance. Du coup on a crée des réunions hyper formalisées, avec un protocole. Au début ça nous faisait flipper, mais finalement ça va bien, parce que y’a tout plein de moments pour se dire si on se sent bien ou pas, qu’est-ce qu’on a fait avec notre argent dans le mois, les institutions, les rapports avec pôle-emploi, si les gens nous font chier ou pas, si on a besoin d’aide...On devient expert pour ces trucs là. Nos protocoles sont devenus des outils pour d’autres réunions, être plus efficaces, mieux organisés.

On est aussi là pour se soutenir, aller à plusieurs à des rendez-vous.
Par exemple, on a fait notre petite action dont on est très fier. On est allé à plein réclamer une partie de caution qu’une agence immobilière ne voulait pas rendre à un d’entre nous, sous prétexte d’une clause, qui est en plus illégale. On s’est dit aussi qu’on irait dénoncer ce truc à la fac, où des gens seuls risquent de se faire avoir et ne pas sentir fort pour récupérer leur thune.

Je parle pas mal de la mutuelle autour de moi. Je touche pas le RSA, du coup les gens me demandent comment je vis. Donc je leur explique qu’on se partage l’argent, notre fonctionnement. Y’a pas mal de gens qui vivent en coloc qui me demandent, parce qu’ils veulent partager de l’argent dans leurs groupes...Ça nous amène de chouettes discussions.

On collectivisait des voitures de fait. On est en train de créer une asso, pour être un peu réglo sur les voitures collectives, parce que ça foirait un peu dans les manières de faire. Dans la mutuelle, on s’est dit qu’on gérait pas d’autres choses que l’argent. On a envie que ce soit le plus simple, le plus épuré possible pour que vraiment n’importe qui puisse venir, même s’il n’a pas envie de faire partie de l’autre collectif, qui gère les voitures.
Là, on a commencé à prendre en compte les loyers de chacun. On s’est dit que ça pouvait être un début, avant de prendre en compte d’autres dépenses qui sont inégalitaires, l’élec qui va avec la maison, les dépenses médicales...

On a beaucoup discuté de combien on se filait par mois. Et pratiquement tous les mois, il y a 3/4 personnes qui arrivent en disant j’ai tout dépensé. 320, 350 euros, c’est juste assez pour vivoter. Mais que si on a un truc de santé, une grosse dépense qui doive être faite, faut tout calculer juste. Il y en a qui tape leurs économies, mais moi par exemple j’en ai pas. Chaque fois qu’on discutait sur ce qu’on se donnait, il y avait toujours une personne qui disait que ce n’était pas suffisant. Donc on se disait qu’en fait, on peut réfléchir à comment diminuer nos besoins, s’apprendre à voler, s’apprendre à faire du stop, se filer des plans de magasins pas chers...Sauf que ça fait un an et demi qu’on fait ça et que ça ne suffit pas.
Je me dis par exemple, à quel moment je vais me faire plaisir en dépensant beaucoup d’argent, parce que j’aimerais bien voyager loin, prendre l’avion. Mais comment je pourrais prendre l’avion, faudrait que je travaille. Là je peux pas me faire des économies sur 350 euros par mois. Les autres peuvent le faire parce qu’ils ont économisés avant, avec leur rsa...Du coup, ça fait un truc d’inégalité quand même. Plus la thune que des gens reçoivent de leur famille, ou des voitures, et ils ne mutualisent pas tout. Ca fait des inégalités.

On s’est fait deux gros week-ends de réflexion.
On a fait des fausses personnes qui pourraient potentiellement rentrer dans la mutuelle, imaginée de nos vies, des gens qu’on connaît. Et deux personnes complètement irréalistes, qui ont beaucoup d’argent, pour imaginer si des gens qui travaillent voulaient venir dans la mutuelle. On a essayé plein de formes, cherché plein de critères.
On discute, on discute, on a beaucoup avancé, on essaie toujours de prendre des décisions pour que ça change, que ça évolue dans la mutuelle, avec les nouvelles personnes qui arrivent ».

Le collectif qu’on peut pas voir, de la ville qui commence par un G et qui finit par un E, nous fait passer le communiqué suivant :

De la pratique diffuse du partage d’argent pour l’atomisation du capital

Posons un geste : partageons.
Dans un élan de vie, nous partageons nos RSA (faux) couple en trouple, ou multouple. Car nous sommes contre le couple mais pour le partage.
Sans oublier la communisation des ressources matérielles.
Bisous, cordialement.
Texte qui n’aurait vu le jour sans la précieuse aide de pompAPeuh, théoricienne du multouplisme et cocosignataire du cœur à l’ouvrage.
Ponpeuney

« Parfois l’argent c’est beaucoup, parfois c’est rien. Peut-être qu’on travaille pour parfois, mais on aime pas l’argent. »

Pour nous contacter : mutlyon@@@riseup.net
anti© 2014, photocopillez !

mutlyon[at]riseup.net