BROCHURES

L’En-Ville 2
Quelques récits de transformations urbaines : Montreuil et Bagnolet [Janvier 2013 – Janvier 2016]

L’En-Ville 2

Collectif Prenons la ville (première parution : avril 2016)

Mis en ligne le 26 décembre 2016

Thèmes : Urbanisme (34 brochures)

Formats : (HTML) (PDF,22.6 Mo)

Version papier disponible chez : Le Rémouleur (Bagnolet)

L’En-Ville #2 - Quelques récits de transformations urbaines : Montreuil et Bagnolet, par le Collectif Prenons la ville, est paru en avril 2016 dans la banlieue est de Paris.

Sommaire :

Le collectif Baras

- Entretiens avec des membres du collectif
- Encore quelques mots sur la lutte des Baras
- Chronologie de la lutte des Baras
- Soirées sur la place, place aux soirées !

Quel avenir pour les habitant-e-s du terrain de la rue de l’Avenir ?

- Tract
- La suite !

Monsieur Propre va à la chasse aux pauvres

- Tracts
- Quelques nouvelles :biffins, square Varlin, Timbaud et rue Bara
- Tract
- Quelques nouvelles depuis ces tracts
- Incendie rue Victor Hugo

Les jardins partagés

- « Mieux vaut des tomates que des Rroms ? » - Avis partagé sur les jardins partagés
- Petite histoire des jardins partagés

Des questions de fond ?

Filmo-audio-biblio-graphie (quelques idées)

Édito

Depuis le premier numéro de ce journal (juin 2013), pas mal de choses ont changé à Montreuil et Bagnolet. Beaucoup de personnes expulsées, plein de bâtiments détruits, de nouvelles friches, des constructions récentes ou en cours, ... Plusieurs de ces projets immobiliers sont inclus dans un plan de transformation des quartiers Bas-Montreuil et Coutures (à Bagnolet). Ce plan est nommé “PNRQAD”, Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés. Aujourd’hui, il est difficile de se balader dans le quartier sans croiser très régulièrement un permis de construire.

Les mairies de Montreuil et Bagnolet ont toutes deux abandonné une partie de la gestion de leurs biens au profit de la Soreqa (SOciété de REqualification des Quartiers Anciens). Les deux mairies votent de nouveaux PLU (Plan Local d’Urbanisme). Dans la partie bagnoletaise, d’après ce qui a été dit lors de réunions publiques, il s’agirait globalement de limiter les hauteurs là où les constructions sont déjà faites, et de les augmenter là où elles sont à venir ! Il y a par exemple le projet de bâtir de gigantesques bâtiments au bord du périphérique – selon la mairie de Bagnolet, il s’agit de construire une sorte de barrière pour protéger les habitants du quartier des bruits de voiture !

Officiellement, les mairies disent vouloir la “mixité sociale”. Mais derrière cette expression se cache en fait l’idée de conduire progressivement une population plus aisée à remplacer une partie de la population la plus pauvre. Quand les pouvoirs publics utilisent cette expression, c’est toujours dans ce sens, et jamais dans le sens contraire ! Souvent, quand on entend “mixité sociale”, on peut se douter que le quartier est en cours de “gentrification”. Ce dernier mot est plus inquiétant...

Vu que cette dynamique est rarement assumée officiellement, voilà une liste de quelques indices qui peuvent aider à reconnaître qu’une zone est en cours de gentrification.

Grand jeu-concours : à quel niveau de gentrification en est ton quartier ?

(propositions à cocher)

  • Je n’arrive plus à rentrer chez moi sans digicode
  • Je le demande aux nouveaux.elles voisin.e.s, qui ne veulent pas me le donner !
  • Mes voisin.e.s (ou moi-même) se font expulser de chez eux.elles !
  • Comme par hasard, les personnes qui se font expulser sont bien souvent les personnes les plus pauvres ; certaines peuvent être dites “étrangères”, ou “non blanches”, ou “migrantes”, “sans papiers ”
  • Je me fais expulser de chez moi, je cherche donc un autre squat. Mais, comme par magie, je me retrouve face à plein de portes anti-squat
  • Les nouveaux logements qui se construisent dons mon quartier ne sont presque jamais pour celles et ceux qui sont expulsé.e.s ou repoussé.e.s du quartier
  • Les cabanes qui étaient sur la friche à côté du métro sont toutes détruites
  • Ielles disent que « les gardiens de la paix viennent sécuriser les lieux » ; en fait, je rencontre de plus en plus les flics qui contrôlent ultra souvent les jeunes, les sans-papiers, et virent régulièrement les biffins
  • En feuilletant le dernier journal de ma ville, je découvre qu’il y a un dossier spécial « propreté »
  • Quand je vais à l’épicerie, je m’aperçois qu’elle est devenue une fromagerie (ou un magasin bio, ou une agence immobilière)
  • ... et mon loyer augmente toujours davantage !
  • ... et dans cette agence immobilière, il y a plein d’annonces pour des lofts à 1500 euros : « occasion à saisir » !
  • Quand je me promène avec mon chien dans mon quartier, je remarque qu’il y a plein de permis de construire et de démolir, et différentes pubs pour de tout nouveaux appartements
  • Je connais quelqu’un.e qui voulait peut-être ouvrir un petit resto dans la rue piétonne près de la place, mais la mairie l’a prévenu : « attention, interdit de mettre des chaises en plastique en terrasse » !
  • Des grilles apparaissent à côté de chez mes grands-parents, et les caméras se multiplient à côté de chez ma tante
  • La géométrie est de moins en moins un problème pour moi, vu que dans la rue tout est aligné, les angles sont droits et les lignes parallèles
  • Le béton gagne du terrain jour après jour dans la guerre contre les herbes folles
  • Le proprio de mon bar a changé : moi qui suis accro au café, avant j’en buvais trois, aujourd’hui, je ne peux en boire plus qu’un demi !
  • Des petits systèmes de solidarités locales et de débrouille sont désorganisés
  • La laverie et le taxiphone ont disparu tandis que l’épicerie qui propose des “paniers bio” se développe et qu’apparaissent de nouveaux ateliers d’artistes. Un garage et une autre laverie sont menacés de disparaître.
  • De nouveaux lieux artistiques apparaissent régulièrement
  • Maintenant, dans ma ville, il y a plein d’inaugurations, plein de « premières pierres ». En 2007, c’était un Centre dramatique national (dites plutôt CDN). En 2013, c’était un « centre d’art contemporain ».
  • L’État donne beaucoup moins d’argent aux écoles, qui avant étaient classés ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire)
  • Des propriétaires privé.e.s et des entreprises investissent dans le quartier
  • Je suis chez moi en train de faire une banderole, la porte ouverte, et les experts de la concertation viennent me poser des questions sur le quartier : ils sont payé.e.s des milliers d’euros pour faire semblant qu’il y a de la concertation, alors qu’il n’y en pas du tout
  • Enfin, si ! Au conseil de quartier, on nous a fait voter la couleur des fleurs d’un nouveau square. « Alors, plutôt Soleil (rouge-jaune) ou Harmonie (rose violet) ? » o Ma mairie rachète des parcelles de bâtiments pour… les laisser vides pendant des années avant de les détruire !
  • Je vais à une réunion publique censée être « de concertation », et là je vois mon immeuble en photo. Cool qu’ils pensent à moi ! Après, je lis ce qu’il y a en-dessous : « îlot d’insalubrité, à détruire ». Et je change d’avis !
  • En bas du nouveau bâtiment très chic en face de la boulangerie, il y a maintenant une nouvelle station Vélib’. La station Autolib’ est un tout petit peu plus loin.
  • Mon copain fait de plus en plus d’insomnies : sa maison est devenue une nouvelle station de métro ! Mais ainsi, il est mieux relié au Grand Paris...
  • Les foyers sont rénovés… des centaines de personnes se retrouvent à la rue
  • Les Rroms qui habitaient à l’angle de ma rue se sont fait expulser. Maintenant, c’est un florissant jardin partagé
  • Comme par miracle, un grand bâtiment vide avec porte anti-squat et caméra a été offert à des artistes
  • Je me lève un matin, et là, je trouve en bas de chez moi, devinez quoi ? Au lieu des places de parking avec des voitures où des gens dormaient faute de mieux, il y a maintenant des énormes blocs de béton !

Maintenant compte le nombre de caractéristiques que tu penses être présentes dans ton lieu de vie…

0-10 : Tu as de la chance ! Tu habites encore dans un des derniers bouts de paradis dans ce monde de contradictions. Mais fais gaffe : le croque-mitaine peut arriver n’importe quand...
11-20 : L’invasion n’est pas accomplie. Il y a des zones qui sont désormais perdues, mais c’est à nous de protéger celles qui restent !
21-36 : Oh là là... ! T’as pensé à déménager ?! On rigole... On ne sait jamais, la situation peut changer, les mauvais jours finiront ! Et en attendant, cela n’empêche pas de raconter ce qui est en train de se passer, et pourquoi pas de faire plus !

Gentrification rime avec répression

En réalité, les processus de gentrification ne sont pas du tout pacifiques et consensuels comme les pouvoirs publics aimeraient le faire croire, en les cachant sous des termes comme « mixité sociale ».

Pour résumer, certains ont écrit que la mixité sociale signifie en réalité « moins de pauvres et plus de riches ». Or les sociologues et les pouvoirs publics nous racontent surtout la deuxième partie, « plus de riches », c’est-à-dire le point de vue des gentrifieurs. Ces derniers sont les personnes nouvellement arrivées dans le quartier, souvent assez favorisées économiquement et très à l’aise avec la culture dominante. Parfois ces personnes sont à la recherche d’un ‘’village’’ multiethnique, et vont aimer l’exotisme de certaines personnes, de certains magasins, et vont ainsi en venir à défendre la ‘’mixité’’ du quartier. Comme s’il s’agissait d’une simple co-habitation, comme si la présence des uns n’était pas en partie liée à la disparition d’autres.

Beaucoup plus rares sont les tentatives de parler de la gentrification en prenant pour axe les personnes qui en sont les « victimes ». Eviter de parler de la première partie de la définition, « moins de pauvres », c’est cacher la violence de la gentrification. Cette violence existe bel et bien pour les personnes subissant la gentrification, qui sont pour la plupart des habitants plus pauvres, et souvent non-blancs. Ils et elles sont chassé-e-s, de gré ou de force, pour laisser la place à une nouvelle population, branchée et censée donner une meilleure image au quartier.

La gentrification, ce ne sont pas seulement des transformations lentes, ponctuelles et indirectes. Elle a aussi un côté brutal, celui de la répression, une des armes que les pouvoirs publics utilisent pour créer ce qu’ils appellent la « mixité ». Ainsi, toute une partie du quartier des Coutures a été classée « Zone de Sécurité Prioritaire » fin 2014, ce qui implique concrètement des dizaines de policiers supplémentaires. Ils viennent notamment chasser les biffins. Cette répression vise à « réaffirmer le droit » dans des zones considérées comme de « non-droit ». Le « droit », c’est celui des riches ; le « non-droit », ce sont les pauvres, la débrouille, l’autogestion. Les expulsions des squats, les contrôles au faciès des migrant-e-s et les rafles dans la rue, le renforcement des patrouilles de police, les caméras partout… C’est aussi du fait de la répression que les catégories indésirables sont effacées et invisibilisées, afin de « nettoyer » l’image de la ville, et d’attirer ainsi les classes moyennes. Ce « coup de balai » est l’éloignement de celles et ceux que les investisseurs ne veulent pas voir dans ‘’leur’’ ville.

La gentrification n’a rien de « naturel »

Pour qu’il y ait coup de balai, il faut bien qu’il y ait des personnes qui se saisissent de ce balai ! On entend souvent dire que la gentrification est un processus invisible, spontané, presque naturel. Des personnes se déplacent, c’est tout : c’est le marché immobilier, et le marché suivrait des logiques impénétrables par le commun des mortels.

Pourtant, comme on l’a vu au fil des années, les pouvoirs publics signent des textes, élaborent des projets, consacrent une partie de leur budget pour encourager cette gentrification, ils en sont aussi des acteurs. Pas les seuls bien sûr : il y a aussi des entreprises qui y voient la promesse de gains non négligeables, et plein d’autres personnes qui profitent de cette transformation, qui souhaitent chasser les indésirables, qui rêvent d’une ville sans pauvres, … Ainsi, ils contribuent à gentrifier, à changer l’image de la ville pour la rendre plus « attractive » : « maintenant la ville est différente, maintenant on a des ateliers d’artistes partout, c’est tranquille, ce n’est plus comme auparavant ». Ces citoyens, ces associations, ces gestionnaires, sont des agents de la gentrification, qu’ils en soient conscients ou non. Ils et elles font partie du problème, ils et elles veulent que la ville change, non pas pour que les pauvres puissent vivre mieux, mais pour que ces derniers disparaissent de leur vue.

Bien sûr, la gentrification en cours à Montreuil et Bagnolet n’est pas une dynamique isolée, elle s’inscrit dans des transformations bien plus vastes, notamment dans le projet du « Grand Paris ». On parle parfois de Montreuil comme du 21e arrondissement, pour montrer à quel point la proche banlieue suit le modèle de la capitale. C’est en fait toute une partie de la petite Couronne qui subit ce processus de gentrification : Saint-Denis, Ivry, Pantin, Saint-Ouen… De nombreuses opérations nommées ‘’amélioration de l’habitat’’ ou ‘’renouvellement urbain’’ impliquent en réalité de profondes transformations de ces villes, notamment une métamorphose de leur composition démographique et de leur organisation spatiale. On retrouve ces mêmes schémas dans d’autres grandes villes françaises, et dans bien d’autres pays.

Face à ce processus de gentrification qui est une dynamique mondiale, on peut se sentir petit, avoir peur de se faire écraser par ce gigantesque rouleau compresseur.

Néanmoins, parce qu’on est contre cette dynamique (et contre le système qui la produit), il y a pour nous un enjeu à tenter de l’enrayer, de lutter contre. Mais comment faire ?

Faut bien commencer quelque part

Le pari du collectif « Prenons la ville », né il y a quelques années, en septembre 2011, est de prendre les choses par un tout petit bout : il s’agit de s’intéresser spécifiquement à un quartier se trouvant autour du Rémouleur, local auto-organisé de « lutte et de critique sociale », qui est situé à Bagnolet, juste à la limite avec Montreuil.

Bien sûr on s’intéresse aussi aux autres quartiers, aux autres villes, aux autres pays... Et on est très contents de faire des choses ailleurs que dans ce quartier et avec d’autres gens que les “habitants” ! Pour autant, il est vrai qu’on met beaucoup de notre énergie sur ce quartier.

Mais pourquoi se concentrer autant sur un quartier alors que le phénomène est bien plus vaste ?

D’abord tout simplement, parce qu’on ne peut pas tout faire, être partout... Si on a choisi un seul quartier, c’est aussi à la mesure de nos forces : ça varie en fonction des moments, mais aujourd’hui, malheureusement, on n’est pas nombreux-euses !

Prendre les choses par un bout, c’est aussi faire le pari qu’en regardant de très près, on peut tenter de mieux comprendre ce qu’il se passe, plus finement : par exemple des logiques complexes, contradictoires... Rester longtemps dans le même quartier permet d’avoir une vision des dynamiques sur des années, pas juste un instant “t”, comme une photo – là, c’est un vrai film ! Et la réalité, c’est qu’au fur et à mesure, on connaît de plus en plus de gens, d’ailleurs pour le meilleur... et pour le pire ! On est plus facilement au courant de ce qui s’y passe.

Aussi, parce que dans ce quartier, il y a des résistances. Ces résistances n’ont pas pour l’instant la forme à laquelle on aurait pu s’attendre. Pour ceux qui ne connaissent pas, vous imaginez peut-être que vous n’entrerez pas dans le quartier sans avoir franchi une grande barricade, que vous accéderez au poste de guet pour compter le nombre incroyable de squats arborant les banderoles “non à la gentrification du quartier” “on reste ici !”... Puis vous irez déjeuner à la cantine, en haut de la plus grande grue, occupée depuis des années...

Bon, pour tout vous dire, si c’est ça que vous imaginez, vous risquez d’être déçu-e-s !

Les résistances dans le quartier sont un peu moins visibles. Ce sont par exemple des personnes qui depuis des années se font expulser régulièrement de l’endroit où elles habitent et réoccupent toujours un nouveau bâtiment à quelques pâtés de maison de là, sans pour autant afficher des revendications politiques. Ce sont certaines pratiques quotidiennes, des solidarités tissées, qui impliquent une forme de résistance, comme ‘’en habitant’’. Ce sont des biffins qui, malgré une répression féroce, continuent toujours à biffer. Ce sont des collectifs d’habitants qui se sont organisés, et s’organisent encore, pour demander collectivement des logements et/ou des papiers. Il y a notamment le collectif des Baras, et des (ex) habitants de la rue de l’Avenir, à Bagnolet. C’est aussi la présence d’une solidarité de base : tout un tissu de gens prêts à aider matériellement des personnes qui ne savent pas lire le jugement qu’ils viennent de recevoir, qui n’ont pas compris le pourtant très simple formulaire de demande de sécurité sociale ! Prêtes à accompagner des personnes pour demander quelque chose à la mairie, à se rassembler le matin pour tenter d’empêcher une expulsion, à être nombreux-ses le jour de l’ouverture publique d’un squat – et bien sûr, toutes ces personnes n’habitent pas forcément le quartier. De la même manière, dans le collectif « Prenons la ville », on n’habite pas toutes - tous le quartier ; le collectif est ouvert à tous ceux et à toutes celles que ça intéresse, où qu’ils et elles habitent.

Et d’ailleurs, si ça vous dit, n’hésitez pas à venir rencontrer et pourquoi pas rejoindre le collectif ! On ne va pas vous le cacher, pour l’instant notre objectif numéro 1 (la fin de la gentrification du quartier) n’est pas encore atteint, loin de là ! A plus nombreux-euses, on sera sans doute plus fort-e-s.

Pour l’instant, les formes de résistances existant dans le quartier ne suffisent pas par elles-mêmes à arrêter le processus. Elles le critiquent, en parole et en acte, elles le ralentissent. Mais c’est seulement en se diversifiant, en se multipliant, en rencontrant d’autres résistances, ailleurs, en se coordonnant, qu’elles pourraient en venir à enrayer les processus de gentrification en cours, et qu’on pourrait espérer enfin gagner la guerre qui est menée à ceux et celles qui ne sont pas assez riches, pas assez blanc-he-s, pas assez productifs-ves…

Alors, ça vous dit ?!

Le collectif Baras

Entretiens avec des membres du collectif Baras

C’est qui le collectif Baras ?

« Je m’appelle A. je suis membre du collectif Baras. Le collectif Baras est à Montreuil et à Bagnolet, et existe depuis 2012-2013 et jusqu’à maintenant, et ça a été créé à Montreuil devant le foyer Baras. Devant le foyer Baras, on s’est rencontré là-bas et on a dormi dehors. On a eu beaucoup de soutiens. Ils nous ont aidés pour avoir des squats à Montreuil. Et on était nombreux dans les squats. Après on a trouvé un autre squat, à Montreuil toujours. C’est un grand squat, on était nombreux là-bas aussi. En 2014, ils nous ont expulsés là-bas. Donc on a fait plusieurs semaines dehors, sous le pont, sous la pluie, et aussi on a trouvé ce squat-là à Bagnolet, qui est rue René Alazard, à Bagnolet. Donc jusqu’à présent, on a lutté, on n’a rien obtenu comme bonheur, on n’a pas eu de papiers ni de logement, et on a des procédures toujours au tribunal. On a déposé toujours au tribunal et la prochaine procédure sera le 21 janvier 2016 à Bobigny. On ne sait pas comment ça va se passer. Avant ça, on a eu des procédures au tribunal et ça s’est mal passé, parce qu’ils veulent nous expulser le 23 septembre 2015. Nous on n’a pas pu sortir parce qu’on n’a pas d’autre endroit où dormir, on est obligés de rester. Aussi l’huissier est passé. Voilà donc on est toujours en cours. On n’a rien obtenu comme papier ni logement. On a fait beaucoup de demandes Daho [1], jusqu’à maintenant, et jusqu’à maintenant, rien ne s’est bien passé. »

« On essaie de se donner de petits coups de main parmi nous. Moi par exemple, j’ai bossé pendant un mois mais la société ne m’a pas encore payé. Du coup je n’arrive pas à payer un bulletin, mais il y a d’autres qui me disent "T’inquiète, on va t’aider". Ou sinon, on mange ensemble, et voilà. »

Les revendications et les modes d’action du collectif

« C’est seulement pour avoir un logement et des papiers, pour travailler régulièrement comme les autres. C’est ça le but. »

« Pour arriver là où on en est, on a très très très galéré. Au pire, on a dormi dehors. On a fait toujours des procédures, des démarches à Bobigny, et toujours ils nous ont demandé d’aller au tribunal de Bobigny, toujours toujours. Mais jusqu’à aujourd’hui, on n’a rien eu, aucune aide de l’Etat. Pour l’instant, l’Etat n’a rien accepté de nous donner, ni logement, ni rien, ni papier. Ça fait 3 ans maintenant, aucune personne n’a eu un bout de papier. Ce que nous voulons toujours, c’est des papiers et des logements. C’est tout, on n’a pas de doute de dire ça. Toujours dormir dans un squat, ça, ce n’est pas notre souhait. »

« Le squat, ce n’est pas notre choix. Notre souhait c’est d’avoir des papiers et des logements, c’est tout. Dans le collectif Baras, le plus âgé d’entre nous a 35 ans. Sinon, tout le monde, c’est 25 ans, 20 ans, 22 ans. Si on a les papiers, on peut faire les formations, pour travailler, pour payer les impôts, pour payer tout ce que l’Etat veut. Mais si on n’a pas les papiers, est-ce qu’on peut travailler ? On ne trouve pas de travail. Si on sort chercher du travail, ils nous demandent quoi ? Ils nous demandent nos papiers, même si on parle bien français. Si on parle au niveau des jeunes, toutes les associations qui aident les jeunes pour faire les formations et les trucs comme ça, qu’est-ce qu’ils nous disent ? Ils nous demandent les papiers. Si tu n’as pas de papier, qu’est-ce qu’ils font ? Ils disent "Monsieur si tu n’as pas de papier, on ne peut pas t’inscrire ici". Donc ce que nous voulons, c’est les papiers. Ce que nous voulons, c’est les papiers. Régularisation des Baras, de tous les Baras ! C’est tout, ce que nous voulons, c’est ça, c’est tout, papiers ! »

« On fait aussi plein de manifs à Paris, Bagnolet, partout à Paris, parce qu’on participe à toutes les manifs à Paris. Donc une majorité de personnes connaît le collectif Baras, tout le monde connaît le collectif Baras. Donc on n’est pas un nouveau collectif, ça fait trois ans qu’on existe. On a déjà participé à toutes les manifs à Paris. On est là, et jusqu’à aujourd’hui, on n’a pas eu les papiers, ni rien, ni même un logement. Il y a un moment passé, ils ont coupé l’eau, parce qu’ils pensent que c’est des animaux qui dorment ici, dans notre squat. Nous on n’est pas des animaux, on est des êtres humains. Ils ont coupé l’eau ici, tout le monde dans le quartier sait ça ici. »

On est là, on reste là !

« Nous voulons rester là pour cotiser avec les Bagnoletais. Nous on n’est pas là pour aller se promener partout à Paris. Nous on est là même si on est expulsés d’ici. A Bagnolet, on va chercher d’autres endroits à Bagnolet, on bougera pas d’ici. »

« Parce que le collectif Baras a été créé à Montreuil, donc nous on connaît très bien Montreuil et Bagnolet, qui sont très proches. Nous on n’est pas vraiment obligés de rester à Montreuil. Pour l’instant, on n’a pas d’autre choix, parce qu’on connaît très bien ici. On a aussi beaucoup de soutiens à Montreuil qui veulent vraiment nous aider pour avoir des papiers et des logements, donc vraiment c’est ça quoi. »

« On est connus ici, ils savent qui nous sommes et d’où on vient, c’est pour ça qu’on reste ici, parce que là où nous nous sommes connus, là où on a du soutien, on est plus forts. On a plein de liens avec des collectifs, des associations, on participe à des manifs ensemble… »

« On est restés à Montreuil et Bagnolet parce qu’on a du soutien là. Quand on donne des tracts, la gens connaissent bien les Baras. »

« Pourquoi on va pas ailleurs de Bagnolet ? Parce que nous on a compris que la Mairie, et la préfecture qui soutient, ils veulent nous déloger avec la force. Donc nous on veut leur montrer qu’on peut pas partir de Bagnolet comme ça. On part quand on veut. C’est pas la demande de la Mairie de Bagnolet pour nous faire bouger.
Le renouvellement de Bagnolet, il ne va pas nous toucher. Même si Bagnolet devient la Défense, on reste ici. Tant qu’il s’appelle Bagnolet, nous on est là. »

Sur les soutiens

« On remercie tous les soutiens des Baras. Ils ont fait beaucoup beaucoup, ils nous apporté beaucoup, on les remercie. Mais on aimerait qu’ils nous aident encore plus. Parce que nous on n’est pas des personnes politiques, mais on est dans la politique. Il y a plein de soutiens qui connaissent très bien la politique, ils peuvent nous aider, dans des procédures politiques que nous ne connaissons pas, pour que nous puissions avoir des papiers, le plus tôt possible. »

« On cherche des personnes pour nous aider. Plus de monde pour nous aider. Beaucoup de gens. Parce qu’il y a des gens malades, moi-même je ne parle pas bien français. On aimerait plus se faire entendre. » 

« Je n’ai pas beaucoup de choses à dire. Je serais pour informer d’autres soutiens aussi, parce qu’ici ce n’est pas ouvert qu’à une seule personne qui veut venir nous soutenir. Bien sûr la porte est grand ouverte, totalement ouverte pour tout le monde, tous les soutiens qui viennent nous soutenir. Mais eux il ne faut pas qu’ils viennent pour se disputer entre eux aussi. Il faut qu’ils viennent pour discuter de nos problèmes. Parce que si tu vois que les soutiens sont ici aussi, c’est à cause de nous. Mais ils sont venus pour régler les problèmes, ils ne doivent pas créer d’autres problèmes ! Quand les soutiens viennent là, ils doivent être tous d’accord pour faire la chose ensemble. Quand l’un dit "on n’a qu’à faire cette chose-là", si d’autres ne sont pas d’accord, ils peuvent en parler ensemble, entre eux : "vraiment cette chose-là, on n’a qu’à arrêter cette chose-là, c’est pas bien qu’on la fasse". Parce que l’autre fois, ils en ont discuté ici. Il y a aussi beaucoup de soutiens qui ont disparu, ils ne viennent plus, je ne sais pas pourquoi ils ont fait ça. Peut-être que ce sont les disputes qui ont fait cette chose-là, mais moi je n’étais pas là ce jour-là. Mais je peux leur dire que si vous voulez nous soutenir vraiment, il ne faut pas venir faire de nouveaux problèmes, ils doivent venir résoudre les problèmes que nous on a. Ce qui nous a inquiété ici, c’est ça : parce qu’entre soutiens, eux-mêmes là, ils ne sont pas d’accord. Car pour que les choses puissent avancer, les soutiens doivent être d’abord d’accord pour faire une chose ensemble, comme ça ils peuvent commencer à organiser les choses pour avancer. Mais pour l’instant, vraiment moi, je ne vois pas de chose qui avance. A mon avis, si on voulait que les choses avancent, on doit s’accueillir bien entre nous-mêmes. Nous aussi, on peut le dire maintenant, ici on est bien organisés maintenant. Avant, il y avait beaucoup de problèmes entre nous ici, mais actuellement il n’y en a pas, ni bagarres ni rien. Quand on dit qu’on fait une chose, tout le monde dit "d’accord on peut le faire". Avant, on n’était pas bien d’accord entre nous ici. Mais pour l’instant, nous tous on est bien d’accord pour faire les choses qu’on veut faire. Les soutiens ils pourraient être d’accord pour faire une chose aussi pour nous, pour amener le bonheur pour nous aussi, parce qu’on a besoin de leur soutien aussi. Mais pour l’instant, on voit pas que les choses avancent, ce n’est pas que les soutiens ne font pas bien les choses, ils font bien, mais pour l’instant, jusqu’à présent il y a trop de divisions, les choses sont comme ça. »

« Je vous remercie d’être là pour parler de la situation du collectif Baras. Presque tout a déjà été expliqué. Je ne vais pas expliquer plus qu’eux. Je veux remercier tous les soutiens. On est toujours avec vous, on lutte ensemble. Mais tout le monde sait que la lutte sans papiers n’est pas facile, on est dans un combat qui est très tendu, mais toujours on va lutter, avec vous, les soutiens. »

« Aujourd’hui, on a déjà presque trois ans de lutte, mais il y a beaucoup de trucs, nous on ne sait pas comment aller, sans les soutiens. Même si nous on a des idées, les soutiens connaissent d’ici beaucoup plus de choses que nous. Nous on vient d’arriver d’Afrique. Donc, quand on vient, on sait même pas c’est quoi la lutte. Mais aujourd’hui on peut déjà expliquer un peu par rapport à la situation de la lutte. On connaît déjà un peu, mais on ne peut pas connaître tout. On peut pas connaître plus que vous, les soutiens, parce que c’est vous qui nous avez apporté plein de choses que nous ne connaissions pas. C’est pour ça que même tout à l’heure, tu nous as posé une question, c’était un peu compliqué de répondre. Parce qu’il y a beaucoup de choses que nous on est dans la lutte, mais on peut pas lutter sans vous les soutiens, et sans vos idées aussi, on peut pas lutter. »

« Il faut qu’on étudie les choses avec vous les soutiens, faut qu’on échange les idées. »

"La responsabilité, c’est la France !"

« En Libye, il n’y avait pas les droits de l’homme, il n’y a que le droit des Libyens. Mais en France, ce que j’ai compris, les droits de l’homme, il y en avait davantage en Libye qu’ici. Une fois que tu quittes l’Afrique noire et que tu arrives en Libye, le lendemain tu vas au travail et ils ne te demandent pas tes papiers. En tant que jeunes d’Afrique noire, on est toujours ensemble, on travaille ensemble dans le bâtiment. Moi j’aimerais savoir : ici, le droit qu’on nous dit, où il est ? Le droit de l’humanité, il est où ? Il est où ? On peut comprendre qu’il te faut des papiers français pour avoir ton droit. Mais ça, c’est le droit de ton papier, ce n’est pas les droits de l’homme. »

« La responsabilité, c’est la France. Nous vivions en Lybie, tranquillement on gagnait nos vies là-bas. On payait nos frères, l’école… au Mali, en Guinée, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, personne ne sait ce que veut dire un squat. Mais si aujourd’hui nous sommes là pour venir dormir dans cette galère, les Français nous voient dans cette galère, ils ne nous aident pas. De nous laisser dans cette merde, ça c’est la honte. Car c’est eux qui sont allés bombarder en Lybie. Bombarder, beaucoup bombarder là-bas, ça fait que nous sommes là aujourd’hui. Donc nous on ne bougera pas d’ici. On est là. On est là et notre lutte c’est pas fini. Jusqu’à ce qu’on va avoir notre droit. »

Encore quelques mots sur la lutte des Baras

Ces dernières décennies, plusieurs collectifs de sans-papiers se sont organisés ensemble et ont obtenu leur régularisation suite à une lutte.

Dans la situation actuelle, la plupart des membres du collectif Baras ne sont pas régularisables selon les critères officiels (qui sont très restrictifs). Si les dossiers des membres étaient pris en charge individuellement par la préfecture, ils seraient le plus souvent tout simplement refusés. De fait, pour être régularisés, les Baras savent que seule l’instauration d’un véritable rapport de force entre leur collectif et notamment la préfecture peut mener à une renégociation des critères requis pour la régularisation. Ils en viennent ainsi à demander la régularisation pour tous.

De son côté, la préfecture veut imposer le « cas par cas », et essaie de diviser le collectif et d’affaiblir la lutte. C’est une pratique qui n’est pas spécifique à la préfecture, plein d’autres pouvoirs publics s’en servent - les pouvoirs publics sont très soudés ! C’est d’ailleurs très souvent qu’ils se renvoient la balle, la préfecture renvoie à la mairie, la mairie à la préfecture…

Pour le collectif des Baras, c’est le cas non seulement pour les demandes de régularisation mais aussi pour les demandes de logement.

Le collectif Baras a donc interpelé les différentes institutions sur leurs responsabilités respectives. Il y a eu ainsi des manifestations, des rassemblements et diffusions de tracts dans différentes villes (Montreuil, Bagnolet, Les lilas, Bobigny, Pantin, Paris) et devant des mairies, des tribunaux, la préfecture… En plus, ils ont essayé à plusieurs reprises de rencontrer le préfet, ils ont obtenu des rendez-vous avec les mairies de Bagnolet et Montreuil, et ils ont pris la parole et/ou perturbé de nombreux conseils municipaux. Jusqu’à présent, aucune mairie ne leur a jamais rien proposé de concret.

À la mairie... 8 avril 2015, Conseil municipal public de Bagnolet

« Quand on entre dans la salle, il y a déjà une chose dérangeante : ils nous laissent passer par une porte secondaire, non pas par celle principale comme les autres habitants, comme si on était des domestiques. On est 50-60 personnes, dont 6-7 soutiens. Un des Baras prend la parole : il fait une liste des bâtiments vides qui pourraient être réquisitionnés, et il demande aussi la présence du Maire en soutien lors du procès au tribunal pour l’expulsion du squat, la semaine prochaine. Le Maire répond : "On n’a pas le pouvoir de réquisitionner" et les invite à envoyer leurs dossiers individuellement à la Préfecture, même s’il sait qu’ils ne rentrent pas dans les critères. Un autre Baras répond : "On vous a posé une question sur le bâtiment, sur l’expulsion". Le Maire : "La réponse est non". Les Baras commencent à sortir de la salle, criant "On va se revoir !", "Ici c’est grand, on va squatter là". »

Le collectif a aussi organisé plusieurs repas et fêtes pour se financer (notamment à l’occasion des procès), et pour se faire connaître par les voisins et voisines des squats où ils ont habité.

Le collectif a par ailleurs fait des appels à rassemblement à l’occasion de toutes les audiences concernant les maisons qu’ils occupaient, où les propriétaires demandaient leur expulsion.

Du fait de la présence de nombreuses personnes et des stratégies juridiques, différents reports d’audience et délais avant l’expulsion ont été obtenus. Ça n’a pas permis au collectif des Baras d’obtenir un logement pérenne, mais cela leur a fait gagner la possibilité de rester un peu plus longtemps dans leur maison.

Au tribunal... 14 avril 2015

« On est au tribunal de Pantin. Dans la salle il y a pas mal de monde, presque tout le collectif Baras et aussi beaucoup de personnes en soutien. L’ambiance est assez tendue. La juge confirme que les demandes d’aide juridictionnelle présentées jusqu’à ce moment ont été rejetées. L’avocate des Baras demande donc des délais supplémentaires pour permettre à d’autres personnes de tenter d’obtenir l’aide juridictionnelle. L’avocat qui défend Natixis, la société propriétaire du bâtiment squatté, essaie donc d’empêcher un report du procès, en affirmant que les demandes d’aide juridictionnelle sont ’’manifestement irrecevables’’ et doivent être refusées a priori. Selon lui, elles sont irrecevables parce que ceux qui souhaitent les déposer n’ont pas de permis de séjour. »

Vu leur situation, qui est similaire à de nombreuses personnes avec peu de ressources et/ou sans-papiers, les Baras ne pouvaient accéder à aucun logement officiel. Face au « choix » entre rester à la rue, ou s’organiser collectivement pour occuper un bâtiment vide, ils ont opté pour la deuxième solution. Le squat est à la fois une manière de contester la galère du logement, et une réponse, même provisoire et précaire, au fait d’être à la rue.

Des banderoles sont mises sur les façades ; le squat est ouvert à tous et à toutes une fois par semaine pour une assemblée générale ; le squat est revendiqué publiquement et au nom d’un collectif. Même s’il reste précaire, il constitue une manière de modifier le territoire, de l’adapter et non seulement de le subir. Et cela n’est pas anodin, vu le contexte de transformation urbaine : les Baras se retrouvent à habiter dans un quartier que certains voudraient plus blanc, plus propre, plus riche, plus lisse... Leur présence en elle-même dans les squats est une manière de résister à la gentrification de Montreuil et Bagnolet et de lutter contre la chasse aux pauvres qui est en cours. Pour cela, certains ont même inventé une expression : ‘’résistance en habitant’’ !

Venez rencontrer le collectif :
Assemblée Générale, chaque samedi à 18 heures, ouverte à tout le monde, habitants et non habitants. RDV au 72 rue René Alazard, à Bagnolet.

Chronologie de la lutte du collectif Baras :

(Attention, il n’y a pas tout dans cette chronologie. On a sans doute oublié des choses, mais on ne sait pas quoi !)

  • Eté 2012 : des migrants d’Afrique subsaharienne, pour la plupart Maliens, arrivent à Montreuil depuis l’Italie (après avoir débarqué à Lampedusa en fuyant la guerre en Lybie) et depuis l’Espagne. Ils dorment au square de la République. Après, quand l’hiver arrive, ils sont hébergés dans la cantine du Foyer Bara, mais ils sont environ 80 et le foyer est déjà surpeuplé. Le foyer, crée en 1968, accueille officiellement 410 résidents – en réalité, beaucoup plus de personnes y habitent. Du coup, des tensions se créent et ils sont mis à la porte.
  • Décembre 2012 : Les migrants se retrouvent donc à « dormir » sur la placette en face du foyer, ou dans les stations de métro. Ils finissent par être hébergés par la préfecture grâce à la mobilisation d’une partie du voisinage, de la mairie et des collectifs de lutte.
  • Février 2013 : arrivée d’une ’’deuxième vague’’ de migrants pour la plupart Maliens. Certaines personnes arrivent d’Italie et d’Espagne. D’autres reviennent car là où elles avaient été relogées par la préfecture, elles n’ont pas trouvé le réseau nécessaire pour s’installer. On assiste encore à la mobilisation du quartier et de la mairie et au relogement de la majorité des personnes par la préfecture.
  • Mi-mars 2013 : la même situation face au foyer, d’autres personnes qui viennent d’arriver en France sont à la rue. Cette fois, la Mairie ne répond pas.
    Ce moment-là marque la naissance du collectif Baras, qui va rassembler les personnes qui se retrouvent à la rue et certaines des personnes qui ont été relogées en décembre et en février.
    « La troisième vague arrive et la Mairie dit ’’Ah non, on peut rien faire’’. Il faisait hyper froid, il y avait de la neige par terre, quatre-vingt personnes dans la rue. Je me souviens d’un mec qui venait de la Calabre, avec seulement une veste légère et des chaussures en toile ... Du coup on s’est bougé pour qu’ils ne restent pas dehors quoi. (...) C’est le ’’noyau’’, s’il y en a un, des Baras. » (une voisine du foyer)
  • Mars 2013 : un gymnase est ouvert pour quelques nuits et proposé à seulement 40 personnes. Les autres parviennent à rentrer dans le gymnase grâce à la mobilisation d’un groupe d’habitants. Par la suite, les migrants passent quelques nuits dans des locaux inoccupés à Croix de Chavaux ouverts avec l’aide du même groupe d’habitants. Expulsion au bout de 48h. Le week-end de Pâques, un dojo à La Noue héberge les migrants, encore une fois grâce à l’aide du même groupe (ce qui coûtera à l’une des personnes ayant organisé l’occupation du lieu une plainte au commissariat !). Au bout de 3 jours, les activités du dojo reprennent et les migrants doivent quitter le lieu. Ils se retrouvent ainsi à la rue, sur la placette devant le foyer Bara.
  • Avril 2013 : tentative d’ouverture d’un bâtiment rue Rapatel, bâtiment de la DDE. Expulsion musclée.
  • 17 mai 2013 : la police évacue les migrants de la placette devant le foyer Bara et les escorte jusqu’au sentier des Messiers, entre le terrain de foot et le parc des Guilands. Le soir, les Baras sont allés dans une maison occupée avenue du Président Wilson, non loin de la mairie de Montreuil, dans un squat déjà habité par certains d’entre eux.
  • 15 juin 2013 : repas en solidarité et projections de film sur la place de la Fraternité co-organisé avec « Prenons la ville ».
  • 22 octobre 2013 : procès au TI de Montreuil. La fondation propriétaire de la maison avenue du Président Wilson demande l’expulsion du squat.
  • 28 octobre 2013 : Après plusieurs tentatives ratées, le collectif Baras squatte un bâtiment vide appartenant à la société Emerson network power, à Bagnolet, 124 avenue Galliéni. Ils restent là-bas à peu près 10 mois. A ce moment-là, les habitants sont environ 300 ; il y a aussi des femmes et des enfants ; ainsi que 5 des familles rroms qui avaient été expulsées en mai 2013 de la friche Barda (rue de Paris).
  • 4 décembre 2013 : Audience au tribunal pour le 10, avenue du Président Wilson. Le 11 mars 2014 était la date de l’audience normalement prévue, mais la partie adverse a demandé un référé d’heure à heure (procédure urgente), et a donc obtenu cette date plus avancée.
  • 31 janvier 2014 : Manif de la mairie de Bagnolet à la mairie de Montreuil.
  • 3 février 2014 : Verdict du procès sur le bâtiment Emerson : expulsion sans délai.
  • 25 juin 2014 : Intervention du collectif des Baras lors du conseil municipal de Bagnolet.
  • 26 juin 2014 : Idem au conseil municipal de Montreuil.
  • Début août 2014 : Les Baras sont expulsés. Ils décident de camper face à la Mairie de Bagnolet, pour protester contre l’expulsion et réclamer un logement. Quelques jours après, ils sont violemment chassés par les CRS, arrêtés, détenus pendant deux jours puis relâchés. Les Baras se retrouvent alors à vivre sous l’échangeur de Gallieni.
    Les familles rroms sont relogées par la mairie de Montreuil et la mairie de Bagnolet. Une famille malienne est relogée par l’Etat.
  • 10 août 2014 : Ouverture d’un nouveau squat, celui où vivent actuellement les Baras, 72 rue René Alazard à Bagnolet ; c’est un ancien Pôle-Emploi ! Le propriétaire est la société Natixis.
  • 13 septembre 2014 : Repas en solidarité, rassemblement contre les expulsions et projections de films sur la place de la Fraternité, par le collectif Baras et « prenons la ville ».
  • 27 septembre 2014 : Manifestation de Gambetta à Bagnolet en passant par Montreuil.
  • 4 novembre 2014 : Première audience pour le bâtiment de la rue Alazard au Tribunal d’Instance de Pantin. Demande de report, le procès a été renvoyé au 3 février 2015.
  • 30 novembre 2014 : Tournoi de foot organisé à Bagnolet en solidarité avec les Baras.
  • 7 janvier 2015 : Manifestation du collectif Baras depuis le Tribunal d’Instance de Pantin jusqu’à la préfecture de Bobigny.
  • 31 janvier 2015 : Rassemblement devant la mairie de Bagnolet, puis repas de solidarité au squat rue René Alazard.
  • 3 février 2015 : Procès du bâtiment situé rue René Alazard au Tribunal d’Instance de Pantin. Report obtenu pour le 14 avril.
  • 11 avril 2015 : Concert de soutien rue René Alazard.
  • 14 avril 2015 : Procès rue René Alazard au Tribunal d’Instance de Pantin.
  • Le 5 mai 2015, les habitants se réveillent sans eau. A la demande des propriétaires, Veolia a coupé l’eau dans le squat, avec l’approbation de la mairie : environ 150 personnes se retrouvent sans la possibilité de se laver, de cuisiner, de boire. Ils vont discuter avec le maire, qui promet de rétablir l’eau. Ce qui sera finalement fait, deux jours après, grâce à leur action.
  • 13 juin 2015 : Repas en solidarité et projection de film sur la place de la Fraternité, co-organisé par le collectif « Prenons la ville » et le collectif Baras.
  • 20 juin 2015 : Manifestation du collectif Baras depuis la mairie de Montreuil jusqu’au squat rue René Alazard.
  • 7 juillet 2015 : Procès au Tribunal d’instance de Pantin pour le squat rue Alazard.
  • 23 juillet 2015 : Expulsion de la maison du 10 avenue du Président Wilson à Montreuil.
  • 4 août 2015 : Ouverture d’une maison vide au 18 rue Carnot, à Montreuil. Expulsion quelques jours après. Ce jour-là, rassemblement devant la mairie, arrestation rapide, banderole et présence à Croix de Chavaux toute la journée et le lendemain…
  • 31 août 2015 : Ouverture d’un bâtiment au 8 rue Chassagnole (Les Lilas). (Ce bâtiment était l’ancien quartier général du Front de Gauche). Expulsion quelques jours après. Pendant l’expulsion, une personne a été arrêtée par les flics, détenue en garde-à-vue au commissariat de Bagnolet. Une manifestation s’est alors improvisée, passant par la mairie des Lilas, qui s’est empressée de fermer ses portes, puis devant la mairie de Bagnolet, et enfin devant le commissariat où la personne arrêtée était enfermée. Après quelques heures, elle a été relâchée.
  • Fin septembre 2015 : Plusieurs petits déjeuners solidaires sont organisés devant le squat désormais expulsable (depuis le 27 septembre)
  • 21 janvier 2015 : Procès du squat rue René Alazard au Tribunal de Grande Instance de Bobigny. C’est une procédure devant le juge de l’exécution.
  • 13 février 2016 : Manifestation de Montreuil aux Lilas (en passant par Bagnolet !).
  • 18 mars 2016 : Soirée de soutien au collectif Baras rue René Alazard.

Soirées sur la place, place aux soirées !

Régulièrement – c’est-à-dire une à deux fois par an – le collectif « Prenons la ville », avec d’autres personnes et parfois avec d’autres collectifs (très souvent avec le collectif Baras), organise une soirée sur la place de la Fraternité. Repas collectif, rassemblement, activités, projections de films… ce sont pour nous des moments importants. Voilà 3 affiches, de 2013, 2014 et 2015.

17 juin 2012, place de la fraternité, Bagnolet-Montreuil :

13 septembre 2014, place de la fraternité, Bagnolet-Montreuil :

13 juin 2015, place de la fraternité, Bagnolet-Montreuil :

Quel avenir pour les habitant-e-s du terrain de la rue de l’Avenir ?

Voilà d’abord un tract qui raconte la situation des habitant-e-s de la rue de l’Avenir en mars 2015, puis un texte qui évoque la suite, jusqu’à l’automne 2015.

Non à l’expulsion des habitant.e.s de la rue de l’Avenir !

A Bagnolet comme à Montreuil, des Rroms originaires de Bulgarie et de Roumanie vivent de squats en squats quand ils ne sont pas directement expulsés. Ils sont sans cesse déplacés, et quotidiennement harcelés.

Au milieu du quartier des Coutures à Bagnolet, des familles Bulgares vivent depuis de nombreuses années dans une maison de fortune située rue de l’Avenir. De nombreuses personnes du voisinage se mobilisent à leurs côtés.

Aujourd’hui, leurs maisons sont expulsables. Le propriétaire, qui est un avocat habitant dans le sud de la France, a été retrouvé par la mairie il y a peu de temps, il n’était même pas au courant qu’il possédait ce bien qui a permis pendant toutes ces années à plusieurs familles de se « loger ». Il accélère maintenant la procédure afin d’expulser les familles et spéculer sur ce terrain qui, dans le quartier des Coutures, vaut de plus en plus d’argent.

Depuis leur installation, ces familles font l’objet d’un harcèlement régulier de la police qui vient mettre des coups de pression, et leur délivre des OQTF (obligations de quitter le territoire). Cela a déjà été le cas en janvier et en mars 2012. A nouveau, le 28 janvier dernier, la police est entrée dans la maison sans prévenir alors que les habitant.e.s dormaient encore.

Le collectif de soutien et des habitant.e.s se sont alors rendu.e.s à la mairie pour demander des comptes mais, comme souvent, la mairie a renvoyé la responsabilité sur la préfecture qui l’a elle-même renvoyée sur la mairie…
Parallèlement, les familles et des habitant.e.s du quartier se sont organisé.e.s pour faire annuler les OQTF auprès du tribunal administratif. Grâce à ce type de recours, toutes les précédentes OQTF avaient en effet été annulées.

Ce mercredi 11 mars à 7h le harcèlement continue. Une trentaine de policiers suréquipés sont venus pour un nouveau contrôle d’identité.

Le collectif de soutien tente aussi de s’organiser sur les questions de démarches administratives des habitant.e.s qui sont d’autant plus compliquées lorsqu’on est Rrom bulgare, que ce soit pour une simple domiciliation administrative à la mairie, la scolarisation des enfants, ou encore l’accès aux soins…
Rien n’a été obtenu simplement et tout ne l’est pas encore. Il a fallu s’organiser, faire des lettres, des actions, des occupations pour chaque chose.

Quant au logement, les maisons sont très précaires et la situation compliquée du fait de la vétusté des lieux et notamment de l’absence d’eau courante et d’électricité que les autorités refusent d’installer. Après avoir laissé traîner la situation, la mairie semble prête à reloger des personnes. Des familles ont été reçues et de nouvelles rencontres devraient avoir lieu. Mais aujourd’hui ces familles sont menacées à tout moment d’expulsion et, du côté du relogement, rien n’est encore réellement engagé. Pourtant, des bâtiments vides il y en a plein Bagnolet et Montreuil !

Les familles demandent une solution collective et pas une démarche de tri, autrement dit d’éviter ce que savent très bien faire les autorités, c’est à dire trouver des solutions pour quelques-un.e.s et ne pas prendre en charge les autres.

Des habitant.e.s solidaires du quartier des Coutures à Bagnolet
Mars 2015

La suite !

Qu’en est-il de l’expulsion des habitations ?

Un recours a été fait pour tenter de remettre à plus tard l’expulsabilité du terrain. Ce second procès devant le juge de l’exécution a eu lieu au début de l’année 2015. Comme lors du premier procès à l’automne 2014, des habitants et des soutiens, ainsi qu’une avocate, étaient présents lors de l’audience. La juge a déclaré la maison expulsable à partir du 2 septembre 2015. A ce jour, l’expulsion n’a pas encore eu lieu.

Et le relogement ?

La mairie a refusé d’envisager le relogement de toutes les personnes habitant la maison rue de l’Avenir. Dès le départ, elle a dressé une liste qui excluait la plupart des habitants. Dans cette liste ne figuraient en effet que les familles dont au moins un enfant était scolarisé. Malgré la demande des habitants et des soutiens qui ont présenté une liste de toutes les personnes habitant le terrain (soit une quarantaine), la mairie a toujours refusé de les prendre en compte.

Rien que pour demander cette prise en compte, cela a été toute une affaire. La mairie a plusieurs fois refusé de donner un simple rendez-vous pour discuter. Ainsi, on a parfois été obligés de se déplacer jusqu’à la mairie, habitants et soutiens, et de rester longtemps à l’entrée non loin de la machine à café, simplement pour obtenir un rendez-vous… pour un autre jour. D’autre fois, malgré l’urgence évidente de la situation, la mairie a proposé des rendez-vous à des dates lointaines. Et si possible à des heures qui ne conviennent à presque aucune personne qui travaille : le lundi à 14h15 par exemple. Qui peut ?!

Rapidement après avoir dressé cette liste très restrictive, la mairie a délégué ce projet de relogement à une association : « Aurore ». En délégant cela à une association, la mairie ne prenait pas en charge directement le problème, comme si elle voulait s’en débarrasser. Aussi, on l’a constaté plus tard, cela lui permettra à certains moments de se déresponsabiliser, avec des phrases du type « C’est pas nous, c’est « Aurore ». Et devinez ce que dit Aurore ?! « De toute manière, c’est pas nous qui décidons, c’est la mairie ! ». Ajouter ainsi un intermédiaire dans ce projet de relogement a permis aux deux instances de se renvoyer la balle constamment.

En plus, malgré son nom magnifique, l’association « Aurore » ne brille pas par la chaleur de ses couleurs ! Ainsi, parmi les partenaires associatifs d’Aurore, on trouve notamment Vinci et Veolia. Et au sein des fondations et entreprises qui la soutiennent, il y a à nouveau Vinci, et entre autres grands noms : la Société Générale, Carrefour, Monoprix, Simply, … Rien qu’à la base, ça ne donne pas envie. Et, dans la pratique, on se souvient que lors du mouvement des Tunisiens de 2011, certains d’entre eux avaient été hébergés dans un foyer d’Aurore. Or les conditions d’hébergement qu’ils avaient subies étaient plus que critiquables. Plus récemment, fin septembre 2015, une grève de la faim éclate dans un des foyers d’Aurore, situé place de Clichy. Elle dure plusieurs jours. Les sans-papiers qui y sont hébergés dénoncent les conditions matérielles et sociales qui leur sont faites dans le foyer, ainsi que le mépris, les insultes et les attitudes racistes qu’ils y subissent au quotidien.

C’est néanmoins à cette association que la mairie de Bagnolet a transmis sa liste, suite au tri plus que radical entre les différents habitants du terrain qu’elle avait préalablement effectué. Aurore s’est d’abord vu confier une mission de 2 mois (de début avril à début juin 2015). Trois employés ont été payés pendant cette durée, et un bureau leur a été confié dans un local de la mairie non loin de la rue de l’Avenir. S’est alors posée la question de savoir s’il fallait, ou non, répondre aux exigences d’Aurore. En tout cas, les employés de cette association, au tout début du processus, ont annoncé aux familles qu’ils allaient venir chez eux tous les jours à 16h pour vérifier qui était là et qui n’y était pas… Parfois on a du mal à montrer comment le travailleur social se voit en fait souvent confier des missions de surveillance ; là au moins, c’est clair ! Les familles ont obtenu un aménagement de ces visites, notamment en mettant en avant le fait qu’elles ne pouvaient pas se permettre d’arrêter de travailler pour rentrer dans le dispositif ! Les employés d’Aurore ont alors continué à venir à leur domicile, mais plus tous les jours à cette heure-là.

Outre ces contrôles à domicile, les familles ont été convoquées dans le bureau prêté à Aurore, et devaient répondre à de nombreuses questions personnelles. Les familles de la liste ont pour la plupart répondu aux questions, sauf une qui a refusé. Une famille qui n’était pas dans la liste y a aussi répondu.

En effet, l’association « Aurore » a accepté de rendre un rapport sur toutes les personnes qui le désiraient (y compris celles qui n’étaient pas sur la liste). Cela dit, vu que c’était la mairie qui prenait les décisions, il n’y a aucun risque pour eux. La mairie a dit dès le départ qu’elle ne prendrait en compte que les personnes de la liste, et s’y est tenu. Aurore donne donc l’illusion à des personnes qu’elles peuvent avoir un relogement alors qu’elles ne sont pas concernées par le dispositif de relogement en cours...

Et c’est assez malin de leur part (et de celle de la mairie). Cela permet en tout cas de laisser un certain flou, de brouiller cette histoire de liste, ce moment où on « choisit » ou pas de l’accepter. En effet, est-ce à partir du moment où les familles commencent à répondre à l’enquête d’Aurore que cette liste est actée ? Si on voulait refuser la liste, fallait-il refuser le travail d’Aurore, tant que l’association travaillait avec cette liste ? A l’époque, on ne savait pas ce qu’il en serait des personnes qui répondaient à l’enquête d’Aurore mais ne figuraient pas sur la liste avec laquelle Aurore travaillait.

En tout cas, à partir du moment où des familles ont commencé à rentrer dans ce dispositif, cela a été une vraie question pour nous de savoir comment on continuait à être solidaires alors que la lutte ne concernait plus qu’une toute petite liste de personnes (et non plus le relogement de tous les habitants comme c’était le cas avant). Cette liste était en effet très risquée. D’abord, elle est contraire à nos idées : on ne pense pas que certaines personnes soient plus légitimes à avoir un logement que d’autres, et on n’a pas envie d’accepter les différenciations et divisions que les pouvoirs publics aiment à encourager. Ensuite, on savait qu’avec cette liste, les pouvoirs publics tentaient d’extraire de la maison les personnes qui étaient dans les situations qui pourront être jugées comme les plus choquantes ; ils préparaient l’expulsion. Mettre à la rue une mère seule avec ses enfants, ça ne ferait pas classe pour leur image. C’était aussi une manière de tenter d’attiser les tensions de voisinage : certains voisins étaient en effet déjà défavorables à cette occupation ; le départ des enfants pourrait faire redoubler cette hostilité. Enfin, c’était une façon de tenter de couper les liens de solidarité entre ce squat et toutes les personnes qui le soutiennent (parmi ces dernières, il y a notamment des voisins, des enseignants des enfants scolarisés…)

Il n’en reste pas moins que, même si on a continué à porter ce discours de relogement pour tous, on s’est retrouvé de fait à soutenir les personnes de la liste spécifiquement. Pas facile de savoir s’il aurait été malin à ce moment de refuser le travail d’Aurore tant qu’elle acceptait cette toute petite liste. Question à laquelle il était difficile de répondre, vu qu’en jeu, il y avait toujours le risque que, si cette première mission était refusée, au final aucun logement ne serait proposé à personne. Très compliqué aussi pour nous parce qu’à ce moment-là, aucune personne « hors liste » ne venait aux moments collectifs d’organisation et n’exprimait cette envie de lutter pour être relogée elle aussi. Seules les personnes figurant sur la liste s’organisaient. Et enfin, complexe du fait qu’on était très peu à venir aux différents rendez-vous, aussi bien du côté des habitants que des personnes solidaires, et qu’on était donc conscients de ne pas être très forts… Quoiqu’il en soit, il était pour nous évident que c’est aux personnes concernées de prendre ce type de décision (accepter ou pas de travailler avec Aurore) ; et vu la situation, il nous aurait semblé étrange de cesser d’être solidaires avec elles suite au choix qu’elles ont fait.

A l’issue des deux mois, Aurore a rendu un rapport personnel sur chacune des familles et a conclu avec des préconisations. Par exemple : relogement pérenne et dans le quartier pour telle femme, ses enfants et ses parents. Cela semble idéal ! Mais quand des personnes ont demandé à Aurore ce qu’il en serait, concrètement, elle a répondu qu’elle n’en savait rien, que ses propres conclusions ne l’engageaient à rien, et que c’était la mairie qui décidait ! A la fin de leur enquête, les travailleurs ont quitté le bureau et s’en sont allés.

Face à ça, lors de l’été 2015, la mairie a dit qu’elle relogerait les 4 familles pour lesquelles Aurore avait préconisé un logement pérenne… mais pas les grands-parents ! Malgré l’insistance des familles et des soutiens, la mairie ne cèdera pas, et encouragera une femme seule avec ses enfants, à laisser ses propres parents malades à la rue…

Puis plus trop de nouvelles. Après beaucoup d’insistance, ce sont finalement quelques nuits d’hôtel dans des contrées éloignées qui sont proposées, avec un box pour ranger les affaires. Une famille accepte, une autre famille est absente, les deux autres refusent. Plusieurs jours après, deux appartements sont proposés. Et là Aurore a réapparu, car c’est cette association qui allait gérer ces logements. Deux appartements pour 4 familles ? Oui, elles n’ont qu’à se mettre deux par deux ! Des employés d’Aurore leur ont apporté les clés et donné l’adresse… C’est à Porte de la Chapelle. Dans le genre relogement à proximité, on ne pouvait faire mieux !! 45 mn de transport en commun quand tout fonctionne bien, encore une belle manière d’encourager la scolarité des enfants ! – on parle de ça ici, car c’est ce que dit officiellement la mairie ; en fait, on se rend bien compte aussi qu’une telle distance peut faire perdre aux familles plein de liens de solidarité qu’elles ont dans leur entourage : avec les autres personnes de l’endroit où elles habitaient, avec leurs amis, avec les soutiens…

Et c’est pour combien de temps ces deux appartements ? Pour trois mois ! Et après ? Rien. Aucune certitude, la mairie n’a donné aucun engagement écrit pour la suite. Et elle a prévenu : si les familles refusent cet hébergement, c’en est fini pour elles, plus aucun logement ne leur sera proposé. Gros questionnements. Faut-il accepter ou refuser ? Accepter de se faire ainsi rejeter de la ville sans aucune promesse pour la suite ? Est-ce vrai que rien d’autre ne sera proposé si elles n’acceptent pas ou est-ce seulement une menace ? Quelle énergie avons-nous ? Car nous n’étions toujours pas très nombreux, ni du côté des habitants, ni du côté des soutiens. Nous n’avions pas un très grand rapport de force… Longues discussions… A ce moment-là, une famille qui n’était pas dans le dispositif (dans la liste) a demandé à y être incluse. La mairie a refusé.

De toute manière, bien sûr, ce sont les familles qui ont décidé. La famille qui avait accepté l’hôtel a accepté ce relogement de suite. Les deux autres, après avoir d’abord refusé les clés, puis tenté de négocier à nouveau à la mairie, ont fini par accepter de prendre les clés. A ce jour, on ne sait toujours rien de ce qu’il en sera par la suite, à l’issue des trois mois.

Et l’annulation des OQTF ?

Début juin 2015, un nouveau recours a été fait devant le Tribunal Administratif de Montreuil, pour demander l’annulation des nouvelles Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF). Malheureusement, malgré la présence des personnes concernées, d’une avocate, et de quelques soutiens, cette fois-ci, les OQTF n’ont pas été annulées.

Et les diverses démarches ?

Des soutiens ont continué à accompagner des habitants dans de très nombreuses démarches administratives et médicales, la moindre de ces démarches étant toujours extrêmement compliquée.

Un petit-déjeuner en solidarité

Fin mars 2015, un petit-déjeuner en solidarité avec les personnes habitant rue de l’Avenir a été organisé devant l’école de certains des enfants, rue Jules Ferry, à Bagnolet. Une grande banderole a été mise en place. Nombreuses sont les personnes qui sont venues spécialement pour ce petit-déjeuner. Et la plupart des personnes qui passaient se sont arrêtées, ont pris un tract, mangé un croissant, bu un café… Contrairement à ce qu’on croyait, aucune hostilité n’a été exprimée.

Automne 2015

Monsieur Propre va à la chasse aux pauvres

Deux tracts concernant notamment la clôture d’un square et la répression des biffins :

Quartier des Coutures : des clôtures pour mieux cacher la pauvreté et À propos de la réunion de concertation dans le quartier des Coutures sur la question des biffins et de la clôture du square Varlin (septembre-novembre 2014)

Quelques nouvelles : biffins, square Varlin, Timbaud et rue Bara

ZSP : nouvelle ouverture de la chasse aux pauvres

Plus d’un an après l’écriture de ces textes, les CRS chassent toujours régulièrement ces ‘’indésirables’’, coupables de tenter de se débrouiller et de survivre. Même si c’est de plus en plus difficile, des personnes continuent à tenter de vendre des marchandises, et d’autres viennent en acheter, se promener, discuter...

Bagnolet : la chasse aux pauvres pérennisée en ZSP

Di Martino, maire de Bagnolet, confirme la pérennisation de la Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP).

En "test" depuis septembre, cette ZSP est le prolongement de celle du 20e qui consistait à faire expulser les marchés sauvages de Porte de Montreuil (Calandra, la maire du 20e adore "chasser" les vendeurs à la sauvette à coups de flashball).

Cette ZSP Bagnolet s’intègre dans cette logique : chasser vendeurs et biffins déjà refoulés de Paris, tout en maintenant une pression policière constante sur la population.

 

C’est donc le quartier des Coutures qui a été classé Zone de Sécurité Prioritaire. Concrètement, cela fait augmenter considérablement la présence policière, notamment les jours de puces, et favorise la coordination de la répression entre Paris et Bagnolet.

Un article du Parisien est très explicite à ce sujet :

Tony Di Martino, maire PS de Bagnolet, vient de recevoir un courrier du ministère de l’Intérieur annonçant la confirmation de l’extension de la zone de sécurité prioritaire (ZSP) du XXe arrondissement de Paris au secteur des Coutures à Bagnolet.
Le dispositif, mis en place à titre expérimental depuis septembre, est donc pérennisé. Concrètement, il s’agit d’un renforcement des forces de police qui ont, en particulier, comme mission de s’attaquer aux vendeurs à la sauvette aux abords du marché aux puces de la porte de Montreuil, dans le square Varlin. La municipalité entend poursuivre sa mobilisation pour que d’autres quartiers, comme celui de la Capsulerie, puissent bénéficier de mesures similaires.

Clôtures, grilles, blocs qui poussent...

Les projets de clôture du square Varlin dont on parlait dans le tract ont malheureusement bien avancé. En septembre 2015, un panneau de la mairie est affiché sur le square. « La ville réaménage le square Varlin. Première phase : les clôtures. Remplacement de la clôture actuelle par une clôture haute (sur 163 mètres linéaires). Début des travaux : 7 septembre 2015. Montant des travaux : 44 630 euros ( !). Fin des travaux : octobre 2015. Deuxième phase : Réaménagement de l’aire de jeux, décembre 2015. » Aujourd’hui, ce sont en effet de très hautes grilles qui entourent maintenant le square et l’accès y est impossible très souvent : le jardin est ouvert du lundi au dimanche de 8h30 à 17h30.

A quelques rues de là, rue Benoît Franchon, à Montreuil, le centre de formation Jean-Pierre Timbaud a lui aussi été entouré de grilles, à l’automne 2015. En 2014, les espaces verts autour de la cité qui se trouve derrière le centre, avaient déjà été clôturés. Or depuis l’expulsion de la friche Barda (mai 2013), ce sont des dizaines de personnes, dont de nombreux enfants, qui se sont retrouvés à vivre dans ce périmètre. Cela est à présent complètement impossible du fait des grilles (cf. chronologie ci-après).

On a aussi récemment vu apparaître un étrange mobilier dans la rue Bara. Dans cette rue se trouve un grand foyer, « le foyer Bara », devant lequel s’est constitué le collectif Baras. Sur les trottoirs de cette rue, étaient garées des voitures. Et, dans certaines voitures, des personnes dormaient la nuit. En cadeau, pour Noël, la mairie a offert à la rue 11 très gros blocs de béton qui empêchent toutes les voitures de stationner, et donnent une ambiance « check-point » au quartier.

Début janvier 2015

Chronologie suite à l’expulsion de la friche Barda

  • Mi-mai 2013 : les expulsés de la friche Barda, après une errance de plusieurs jours (ils sont chassés par la police à chaque tentative d’installation sur l’une des nombreuses friches du quartier ...) s’installent avec des tentes sur le petit bout de terrain situé entre le bâtiment du centre de formation Jean-Pierre Timbaud et l’avenue Benoît Franchon.
  • Août 2013 : ils sont expulsés de là. Le terrain est labouré de manière à créer des bosses qui empêchent l’éventuelle ré-installation de tentes.
  • Automne 2013 : les mêmes personnes se retrouvent à essayer de s’installer de l’autre côté de l’avenue : dans le square, sur un chemin piéton, aux bords du périph’. La police les harcèle, les empêche d’installer les tentes et même les bâches, jette leurs affaires à la poubelle, gaze des bouts de pelouses (pour provoquer des irritations, démangeaisons, urticaire… aux personnes qui voudraient rester sur la pelouse).
  • Novembre 2013 - février 2014 : trois des familles qui galèrent de la sorte intègrent le squat Emerson (occupé avec le collectif Baras) [2]. Les autres se réfugient sous l’auvent du centre J.-P. Timbaud, au bout de la rampe qui mène au garage. Chaque matin, ils doivent déplacer leurs matelas pour laisser passer les camions qui livrent les repas du personnel et des usagers du Centre de formation. Les beaux jours arrivant, les familles occupent un peu plus de place dans les interstices externes du bâtiment (rebords en béton, bouts de pelouses plantées), mais la plupart continue de s’installer, pour la nuit, sous l’auvent.
  • Printemps 2014 : lors d’une réunion entre la direction du Centre, les élus et les services de la mairie et le propriétaire du lieu, la décision est prise de clôturer les abords du Centre. Des copines-voisines demandent de participer à cette réunion et d’y inviter aussi et surtout une délégation des personnes vivant aux abords du Centre. Cette proposition est refusée par l’un des élus concerné, qui dit qu’on fera une réunion ad hoc pour cela. Cette réunion n’a jamais eu lieu. A peu près dans la même période apparaît une nouvelle grille qui ferme le passage piéton avenue de la République - avenue Benoît Franchon, et qui sépare, par une deuxième grille, la cité du Centre. Cette nouvelle grille fait suite, probablement, aux jérémiades des riverains de la cité derrière le Centre. Lors de réunions publiques et dans les échanges informels, ces derniers se plaignent d’avoir la misère "sous leurs fenêtres", du fait que "les Rroms viennent faire leurs besoins en bas de chez nous", gna gna ... Perception spatiale très relative, car la cité est "résidentialisée" : des grilles séparent déjà largement les espaces verts de la cité des abords du Centre.
  • Printemps 2015 : les haies qui décorent le muret entourant les pelouses devant le Centre sont coupées.
  • Juin 2015 : la mairie reçoit une délégation de familles concernées et de copines-voisines solidaires et dit "non !" à toutes les demandes et propositions formulées, d’ailleurs avec une grande dose de mépris et de violence symbolique. A l’origine de cette réunion, le fait que quelques copines-voisines solidaires avaient "harcelé" le maire lors de sa balade urbaine de mars 2015 dans le quartier. Le maire avait fini par dire : "ok, on se donne un rendez-vous en mairie pour en parler".
  • Août 2015 : les gens qui dorment sous l’auvent sont expulsés. Des grilles de chantier provisoires sont posées autour du centre. Un gardien avec un chien surveille les lieux.
  • Automne 2015 : début des travaux de clôture. Le muret entourant les pelouses est rehaussé, et une grille d’environ 2 mètres de haut est posée par-dessus. Dans la même période, deux propositions formulées dans le cadre du budget participatif et visant à ouvrir un terrain pour les ex-friche Barda / ex-J.-P. Timbaud est déclarée inéligible. Les porteuses de ce projet sont invitées en mairie où deux chargées de mission leur expliquent que ce projet n’a pas été bien suivi par les services, qu’il n’a pas été compris car trop expérimental... gna gna, grand passage de pommade pour ne pas assumer une politique qui consiste à « freiner l’arrivée de populations trop pauvres et trop "étrangères" » ! [3]
  • Décembre 2015 : les pluri-expulsés partent en Roumanie.
  • Février 2016 : ils reviennent et s’installent, certains dans des camions, avenue Benoît Franchon, un peu plus bas que Décathlon.

Mimi Cracra et Monsieur Propre sont dans un bateau ; qui tombe à l’eau ?

(Tract distribué notamment lors d’un petit rassemblement devant le métro Robespierre, avec banderole, café, vin chaud… le 14 mars 2015.)

Du vin chaud contre la chasse aux biffins !
Du café en solidarité avec les personnes menacées d’expulsion rue de l’Avenir !
Du thé en soutien au collectif Baras qui lutte pour des papiers et des logements !
Et du jus d’orange… devinez pourquoi !

RDV samedi 14 mars à 15h au métro Robespierre, au niveau de la grande entrée du métro (celle proche de la rue Robespierre).

On ne fera pas qu’y boire, il y aura des banderoles, une petite table de presse, et on y distribuera entre autres le tract ci-dessous :

Mimi Cracra et Monsieur Propre sont dans un bateau ; qui tombe à l’eau ?

Très souvent, les pouvoirs publics parlent de « propreté ». Ils disent vouloir « une ville propre », « lutter contre l’insalubrité », « l’amélioration du cadre de vie »… Dernièrement, la mairie de Montreuil a déclenché, selon ses propres mots, « la bataille de la propreté », un « grand nettoyage », une opération « coup de balai »… Mais que se cache-t-il derrière ce genre d’expressions ?

Alors, bien sûr qu’on n’aime pas retrouver un rat mort sous notre évier, ou voir des cafards courir sur le plan de travail de chez nos copains. Et bien sûr aussi que l’accès à l’eau nous semble nécessaire. Mais quand les pouvoirs publics disent « propreté », ce n’est pas de cela qu’ils parlent, ou très rarement.

Par exemple, en mai 2013, lors de l’expulsion des personnes habitant la friche Barda (parcelle avec une grande structure en fer à côté du métro Robespierre), le campement a été entièrement aspergé de produits chimiques. Au nom d’une soi-disant lutte contre les microbes, les pouvoirs publics, en plus de priver ces personnes de leur toit, ont détruit toutes leurs affaires. Cet été, la mairie de Bagnolet, en accord avec la préfecture, a déposé un arrêt « d’insalubrité » concernant le campement place de la mairie, où vivaient des personnes du collectif Baras qui venaient d’être expulsées de leur maison. Cet « arrêt d’insalubrité » avait pour seul but de les expulser de cette place et de les repousser plus loin. Et ainsi au passage, d’arrêter des centaines de personnes… La « lutte contre l’insalubrité » contribue la plupart du temps à mettre des personnes dans des conditions de vie encore plus précaires.

Quant aux personnes vivant depuis des années sur un terrain rue de l’Avenir, à Bagnolet, elles n’ont toujours pas l’eau, alors qu’elles l’ont demandé à maintes reprises. C’est une belle contradiction : dans ce cas, ce sont les pouvoirs publics qui créent eux-mêmes l’insalubrité !

C’est au nom de la « propreté urbaine » que la mairie de Montreuil a supprimé il y a quelques années les encombrants. Une fois par mois, les habitants pouvaient déposer dans la rue les objets dont ils voulaient se débarrasser. Plein de gens recyclaient ainsi certains objets, récupéraient toutes sortes de choses, complètement nécessaires ou tout à fait inattendues ! C’étaient aussi des moments de rencontre, parfois improbables ! Pour certaines personnes, c’était un moyen de survie : récupération de métaux pour les revendre au poids, ou de différents objets pour le marché des biffins (ceux qui vendent ce qu’ils peuvent sur le trottoir, notamment aux alentours de la Porte de Montreuil…).

Ce même marché où, il y a quelques mois, quelques dizaines de flics supplémentaires ont été affectés dans le but d’empêcher les biffins de vendre. Récemment, la mairie de Montreuil a lancé une autre « opération coup de balai », en demandant notamment 15 policiers supplémentaires. Les termes « propreté » et « sécurité » se baladent ainsi main dans la main. Dans le Bas Montreuil, rue de Valmy, des détritus ont été ramassés, et, en même temps, plusieurs véhicules qui stationnaient là ont été dégagés. Mais pour plusieurs personnes, ces véhicules étaient leur domicile. « Allez, ouste, du balai ! »

D’ailleurs, quand on voit que les flics de la mairie s’appellent « tranquillité publique », on peut se poser quelques questions sur le sens des mots ! Alors que leur travail est notamment de lutter contre les biffins, d’aider à l’expulsion des gens et des maisons…

Dans les rues, on peut passer, surtout si on a quelque chose à faire, aller travailler, aller consommer… En revanche, y traîner, et encore moins s’y installer et s’organiser est de plus en plus réprimé. Fin octobre 2014, une vingtaine de personnes ont campé sur la place de la République à Montreuil, après avoir été expulsées de leur logement rue Voltaire, puis évacuées violemment du trottoir qu’elles occupaient, puis à nouveau expulsées d’un autre bout de trottoir…

Il reste encore de la terre sur cette place de la République. Sur presque toutes les places rénovées, les espaces d’herbe assez grands sont supprimés. C’est le cas de la place de la Fraternité à Bagnolet-Montreuil. C’était un endroit où on ne marchait pas que sur du béton, où on pouvait jouer aux boules, camper… Certaines places sont aussi transformées par l’installation ou le rehaussement de grilles : c’est en projet pour le square Eugène Varlin à Bagnolet, le but est entre autres d’empêcher les biffins de s’y installer.

Au nom notamment d’un certain hygiénisme, des villes aseptisées se dessinent progressivement. Dans ces nouvelles rues certes il y a moins de détritus sur le trottoir, mais en même temps plein d’autres choses disparaissent : des moyens de débrouille, d’entraide, des rencontres…

Ils disent vouloir une ville « propre ». Mais en fait, ils veulent nettoyer les quartiers des pauvres et des solidarités qui s’y tissent !

Prochain rendez-vous du collectif « Prenons la ville » :
Mercredi 25 mars 2015, de 16h30 à 19h, au Rémouleur, 106 rue Victor Hugo, à Bagnolet, métro Robespierre (c’est chaque 4e mercredi du mois). Contact : degage-onamenage@@@riseup.net

Quelques nouvelles depuis ces tracts

Encombrants et Mimi Cracra

En 2014, les encombrants ont finalement été réinstaurés par la nouvelle mairie de Montreuil - une bonne nouvelle ! Cela dit, cela ne fonctionne plus du tout comme avant. Il n’y a plus un jour unique où tout se retrouve dans la rue. La ville est divisée en de multiples quartiers qui ont chacun une date spécifique… Une même rue a parfois deux dates, en fonction de chaque trottoir. Un vrai casse-tête, très difficile de s’y retrouver... Et impossible de partir dans toute la ville à la recherche d’objets.

De plus, la mairie semble avoir décidé que le moment était bon pour commencer une nouvelle lutte, courageuse et radicale… Serait-ce une lutte pour un logement décent pour toutes et tous, avec ou sans papiers ? Pour stopper la spéculation immobilière et la chasse aux pauvres ? Pour supprimer les forces policières ? Non, tout ça serait bien trop facile ! La mairie va enfin s’atteler à un problème bien plus grave que la guerre menée contre les classes populaires, le racisme d’État et l’exploitation capitaliste : elle va combattre… les dépôts sauvages !

« Montreuil décrète la tolérance zéro déchet sauvage [4] ». C’est pour ça que la mairie a mis en place une « Brigade Propreté » (!) : contre « tous les malfaisants divers et variés qui circulent dans la ville – dit le maire – il va s’agir, sans s’apitoyer, d’embêter tous les gens qui nous embêtent ».

Bien sûr, personne ne souhaite vivre ou se promener dans les ordures et les déchets, mais ce qu’on voit ici c’est la reproduction, à la sauce montreuilloise, de la « théorie de la vitre brisée » de l’ancien maire de New York, Rudolph Giuliani. Ce concept est fondé sur l’exemple d’un édifice dont une vitre brisée n’est pas immédiatement remplacée. Selon les partisans de cette théorie, toutes les autres vitres du bâtiment seront cassées peu de temps après, parce que la première vitre brisée laisse entendre que le bâtiment est abandonné, et enclenche un cercle vicieux. Il existerait donc un lien direct de cause à effet entre le taux de criminalité et le nombre croissant de fenêtres brisées à la suite d’une seule fenêtre brisée que l’on omet de réparer. De manière plus générale, toutes les petites détériorations que subit l’espace public susciteraient nécessairement un délabrement plus général des cadres de vie et des situations humaines qui en relèvent.

Le discours sur la propreté va dans le même sens que la théorie de la vitre brisée : ces deux discours ont des finalités qui sont très proches. D’un côté, on attire l’attention sur la question de la visibilité : le vrai problème c’est le déchet sauvage dans la rue et non pas, par exemple, la pauvreté « privée ». Dans l’agenda des politicien.ne.s, dans les conseils de quartier, mais aussi dans les discussions au bar et dans la rue, on commencera à ne voir plus que de redoutables déchets sauvages. Les autres questions (je n’arrive plus à payer mon loyer, je risque d’être expulsé.e, il n’y a que des lieux marchands où je puisse discuter avec d’autres personnes ou bien aller faire la fête, etc.) resteront des problèmes individuels, privés, car la question collective la plus brûlante sera celle des déchets. Qui décide de mes lieux de vie, et donc qui décide comment je vis ? Qui a le pouvoir d’aménager ces lieux-là et pourquoi ? Pourquoi les habitant.e.s ne peuvent-ils/elles pas le faire eux/elles-mêmes ? Toutes ces questions sont ainsi cachées, rendues invisibles. Le fait de se focaliser sur la propreté et de faire de la propagande autour de ça est très utile pour les pouvoirs publics : cela lui permet d’éloigner de la vue les vraies contradictions du système à la faveur d’interventions de façade - au sens propre comme au sens figuré : c’est vraiment la façade, la partie visible - qui détournent l’attention de problèmes qui sont bien plus profonds et qui risqueraient de mettre à mal le discours de paix sociale.

D’un autre côté, il s’agit aussi de rendre invisible et d’éloigner toute une partie de la population qui se débrouille grâce aux « dépôts sauvages » : des gens, souvent en galère, récupèrent, réutilisent pour eux, revendent des objets qui ont été jetés à la poubelle sans trop y réfléchir. Mais il s’agit aussi de rattacher la catégorie de « sale » à certain.e.s habitant.e.s. On passe rapidement des objets aux personnes. Ainsi, la mairie peut répondre aux demandes et aux « exigences » d’une autre partie de la population, celle qui affirme : « J’aime bien Montreuil car c’est un village multiethnique, mais il ne faut quand même pas exagérer, ça serait bien que la Mairie fasse quelque chose pour nettoyer un peu ». Encore une fois, la réponse c’est le coup de balai contre les objets, mais aussi contre celles et ceux qui dérangent la vue, le nez et les oreilles de personnes plus aisées. Bien sûr, ces coups de balai permettront aussi d’attirer d’autres personnes de ce type.

Comme dans la plupart des processus de gentrification, ce n’est pas la mairie toute seule qui pose des « priorités » et des mots d’ordres. Voilà un exemple de cette « indignation citoyenne » : l’activité extrêmement rebelle de dénonciation incessante de l’association « Montreuil Cracra ».

Montreuil Cracra est une « initiative citoyenne » qui n’a « aucune vocation politique. Montreuil Cracra aime Montreuil et veut juste vivre à Montreuil... sans cracra. » On apprend ainsi que Montreuil est une « ville cracra ». « Montreuil sous Bois, la ville dont on vous dit " oh, quelle chance, tu habites la ville qui est verte, c’est ça ? " Une ville verte. Une ville juste cracra, une ville que nous aimerions voir changer vraiment et plus vite. Une ville où la crasse ambiante cristallise les mécontentements de gens " ordinaires ", qui aimeraient juste éviter les huiles de vidanges, produits toxiques, décharges urbaines, montagnes d’ordures et autres déchets - jamais verts - irrémédiablement, quotidiennement présents dans les rues, devant les maisons, devant les magasins, dans les branches d’arbres, partout. [5] » Et qu’est-ce qu’ils-elles font ces dénonciateurs-ses d’injustices ? Ils-elles prennent des photos des ordures et les publient sur leur page Facebook. Mais c’est pas fini. L’association fournit un « Cracra Kit » : des affichettes « pour agir dans votre quartier ». Quelques exemples de cette œuvre incroyable :

Le ‘’collectif 65 bis rue Voltaire’’

Le collectif est expulsé du lieu qu’il squattait, rue Voltaire, le 28 octobre 2014. Ses membres décident alors de camper près de l’endroit où ils habitaient auparavant, sur la Place de la République, non loin du foyer Bara (métro Robespierre). Ils et elles construisent des cabanes où vivre pendant l’hiver. A l’aube du 2 décembre 2014, ils et elles sont expulsées du terrain, et des pelleteuses détruisent leurs maisons de fortune. Ils et elles resteront des jours et des nuits entières sur le trottoir le long de la place, alors que la température est proche de zéro degré. Le campement est expulsé de nombreuses fois, ce qui n’empêche pas les personnes de réoccuper immédiatement. Il y a une énorme solidarité de la part du voisinage : matérielle (les voisins apportent de la nourriture, des sacs de couchage, des gants...) ; et pas seulement : des personnes viennent aussi passer du temps sur le campement, discuter, …

Ce sont d’abord les femmes à qui est proposé un relogement à Aubervilliers. Les femmes acceptent ce relogement malgré l’éloignement. Certes elles vont dormir la nuit dans leur nouveau logement, mais elles reviennent tous les jours sur le campement pour rester avec les autres, pour tenir ensemble collectivement. Et ce sera le cas de toutes les personnes du campement, qui seront relogées au fur et à mesure : tant que chacun n’est pas relogé, tout le monde reste occuper la place ensemble pendant la journée.

Au final, toutes les personnes du campement ont été relogées. Certes ce sont des relogements individuels, et pas sur place (certains sont à Noisy, d’autres à Aubervilliers, …), mais ce sont des relogements qui ont l’air relativement pérenne, en tout cas qui ont duré jusqu’à aujourd’hui.

Les Sorins

Ce bâtiment du 65bis rue Voltaire était en fait un bâtiment occupé par une partie du collectif des Sorins. Le collectif des Sorins, ce sont au départ près de 300 personnes qui squattent un bâtiment situé justement rue des Sorins, à Montreuil. A partir du moment où elles apprennent que leur logement est menacé d’expulsion, ces personnes ont mené / mènent une lutte pour obtenir papiers et logements. Leur maison est expulsée en juillet 2011. Suite à différents campements, rassemblements, manifestations… deux bâtiments sont occupés, avec un certain « accord » des autorités.

L’un des bâtiments est situé au 65 bis rue Voltaire, à Montreuil, dans lequel vivait une petite partie du collectif. Certaines des personnes de ce bâtiment sont relogées avant l’expulsion du lieu, notamment toutes les familles ; certaines obtiennent des relogements qui ont l’air pérenne, parfois à proximité du métro Robespierre. D’autres ne se voient pas proposer de relogement au départ ; ce sont ces personnes qui ont campé place de la République et ont finalement obtenu un logement.

La majeure partie des personnes du collectif se retrouve à squatter rue des Papillons, dans le Haut-Montreuil (bien loin du centre-ville). Un appel à soutien a été lancé pour financer des travaux pour rendre plus habitable cet ancien hangar – la mairie en a payé une partie.

Expulsion rue Etienne Marcel

Des personnes avaient squatté un ancien bâtiment, rue Etienne Marcel, à la frontière entre Montreuil et Bagnolet. Le 19 février 2015, ils sont réveillés par des CRS qui ne leur donnent même pas quelques minutes pour quitter le lieu : ils sont obligés de sortir tout de suite, avant qu’une pelleteuse ne détruise la moitié du bâtiment. Ils se retrouvent à la rue, et on les empêche même de reprendre le peu de choses qu’ils avaient à l’intérieur ; des vêtements, par exemple. La zone où se trouvait ce bâtiment est d’ailleurs concernée par d’importants projets de ’’rénovation’’ et de ’’lutte contre l’insalubrité’’.

Incendie rue Victor Hugo

(Texte publié le 28 novembre 2015 sur Squat.net.)

Il y a tout juste un mois, le squat du 46 rue Victor Hugo, à Bagnolet, était incendié en plein jour. Le bâtiment a été entièrement détruit par les flammes, ses occupant-e-s se retrouvant tou-te-s sans logement et certain-e-s encore à l’hôpital aujourd’hui, gravement brûlé-e-s… Pendant ce temps-là, le proprio n’a pas perdu de temps et a pu mettre à exécution son permis de construire, des engins de chantier sont sur place et les travaux avancent.

Ci-dessous, une affichette collée dans le quartier donne quelques informations passées inaperçues même à Bagnolet :

L’incendie du 46 rue Victor Hugo : la faute à pas de chance ?

Le 28 octobre dernier vers 13h50, un incendie a eu lieu et a détruit la maison qui donnait sur la cour du 46 Victor Hugo, à Bagnolet. Par chance, il n’y a pas eu de mort, mais il y a eu des blessés, des traumatisés et des gens qui ont tout perdu et se sont retrouvés à la rue.

Mais, est-ce un hasard…

– Si les habitants de ce pavillon étaient des « occupants sans titre », des gens qui, pour avoir un toit au-dessus de leur tête, doivent occuper un logement vide sans l’accord de leur propriétaire ?

– S’ils étaient tous pauvres, venus ici d’un pays ruiné, ravagé par le système capitaliste post-colonial, pour tenter de survivre et nourrir leur famille ?

– Si, très peu de temps avant l’incendie, le propriétaire du pavillon, se heurtant à un refus des habitants de partir contre une compensation en argent, s’est montré menaçant à leur égard, évoquant « d’autres moyens » de les expulser ?

– Si des habitants ont vu deux personnes cagoulées quitter les lieux juste après avoir entendu un gros bruit ? Si plusieurs personnes disent que c’est un cocktail molotov qui a été jeté sur la maison ?

Va savoir !

Le feu prend aussi là où les conditions de vie sont indignes. Mais il n’en reste pas moins que mettre le feu là où vivent des gens est aussi l’arme des salauds les plus lâches. Et ce n’est pas la première fois à Bagnolet que le feu frappe les plus démunis.

En juin dernier, une fillette de 5 ans et son père sont morts dans l’incendie de l’abri de fortune où ils dormaient, juste en face du parc des Guilands.

En 2012 comme en 2004, ce sont des lieux et bâtiments occupés par des Roms qui brûlent mystérieusement, au bord de l’A3 et rue des Blancs Champs. En 2004, dans la même nuit, un squat avenue de Stalingrad, occupé par des personnes polonaises pour la plupart, brûle lui aussi ; 3 personnes meurent. Et ce n’est pas qu’à Bagnolet que les squats sont stigmatisés, expulsés, que les lieux brûlent plus ou moins accidentellement.

A Bagnolet comme ailleurs :
Un logement décent pour tous !
Halte aux incendies de lieux de vie ! Halte à la chasse aux pauvres !

Des habitantes et habitants du quartier [novembre 2015]

Les jardins partagés

« Mieux vaut des tomates que des Rroms ? » - Avis partagé sur les jardins partagés

Dans le quartier, il y a différents jardins partagés. A l’origine, il y a la chouette idée d’une réappropriation collective d’un espace. Ce sont des habitant-e-s du quartier qui s’organisent, souvent de manière auto-organisée. Les jardins peuvent donner naissance à des rencontres entre des personnes qui ne se connaissent pas. Ils permettent d’échanger des savoirs et des savoirs-faire, notamment apprendre à cultiver. Créer un jardin partagé, ce peut être aussi favoriser la présence d’espaces verts dans la ville, être attentifs à l’environnement. Et parfois, les jardins partagés répondent à de vrais besoins alimentaires.

Pour se faire une idée de ce que peuvent être des jardins partagés, voilà d’abord un aperçu de quelques jardins partagés que l’on connaît dans le quartier :

L’un est situé place de la Fraternité, côté Montreuil.

Ce jardin est géré notamment par l’association « Autour du chêne » qui a été créée en 2005.

Ce jardin a été déplacé au fil du temps. Auparavant, il était situé sur la place de la Fraternité côté Bagnolet, 182 rue Etienne Marcel. Le jardin se trouvait à l’époque juste à côté d’un chêne-liège, dans la grande cour d’un immeuble, qui depuis a été détruit.

C’est en 2005 que la mairie a acheté cette parcelle. En 2007, l’association « Autour du Chêne » a signé avec la mairie une convention précaire. Une trentaine de parcelles individuelles et collectives constituaient alors ce jardin partagé, qui avait une surface de 240 m2. En 2010, les membres de l’association ont demandé et obtenu l’inscription de l’arbre dans le cadre de l’enquête publique du PLU (Plan Local d’Urbanisme).

Mais, en juillet 2011, le conseil municipal a voté la cession de la parcelle à un promoteur (Amétis). La mairie a alors affirmé que le projet était de construire des logements sociaux pour la Poste et de maintenir l’arbre et le jardin sur cette même parcelle.

En hiver 2011, les membres de l’association se retrouvèrent à discuter de la possibilité de jardiner une friche de 600 m2, située juste de l’autre côté de la place de la Fraternité (sur cette friche se trouvait auparavant un hôtel meublé qui a subi un incendie). Il s’agissait de se déplacer le temps des travaux sur la parcelle (deux voire trois saisons). A Montreuil, le Conseil de Quartier Marcel / Chanzy, réfléchissait lui aussi à créer un jardin partagé ; les deux projets se rejoignèrent donc, et le nouveau jardin partagé est un projet bagnoletais et montreuillois.

Aujourd’hui, sur cette parcelle où se trouvait le premier jardin partagé, il n’y a plus que le chêne-liège, le reste est en friche. Les personnes habitant dans l’immeuble, en partie squatté, ont toutes été délogées et expulsées – l’expulsion date de l’été 2012. La friche est désormais fermée par une palissade sur laquelle a été taggué « Zone à défendre. Non à l’abattage du chêne. Sauvons la nature, résistons au béton » « ZAD, zone à défendre. Sauvons notre arbre du béton. Un jardin, vite ! Un jardin… ».

Depuis avril 2012, le nouveau jardin de la place de la Fraternité comporte 24 cadre-parcelles ainsi qu’un espace de jardin collectif. Il est ouvert tous les dimanche après-midi, et lors de la présence de jardiniers. Sinon, il est fermé d’une porte en bois ainsi que d’un cadenas à code, et est entièrement grillagé.

Des fêtes sont organisées au jardin et sur la place de la Fraternité.

D’après ce qu’on a compris, la convention actuelle serait révocable à tout moment. En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit d’une convention précaire.

En mai 2015, la mairie de Bagnolet, dans le cadre d’une réunion publique sur le PNRQAD, présente ses projets pour la parcelle où se trouvait initialement le jardin partagé, dite « Secteur Etienne Marcel ». La mairie évoque alors deux projets différents : dans l’un, le jardin est encore là ; dans l’autre, il a disparu. Et elle précise alors, par écrit [6], que :

« Un jardin partagé de 288m² en fond de parcelle :
- rendrait difficile son accès et sa gestion en cas de copropriété
- obligerait à faire du R+3 pour limiter le déficit de l’opération 
 » …

Un autre jardin est situé à l’angle des rues Etienne Marcel et Paul Bert : le jardin de l’Escargot. Il est géré par l’association « Tant qu’on sème ». Le début des travaux pour ce jardin date d’avril 2014 (auparavant au moins un immeuble d’habitation se trouvait sur cette parcelle). Ce jardin est aussi entièrement grillagé, équipé d’une porte avec serrure fermée à clef, ainsi que d’un cadenas à code. Depuis quelque temps, ce jardin a une petite annexe, non loin, face au 22 rue Paul Bert, au fond d’un jardin public : c’est le jardin Jean le Bitoux. C’est une petite parcelle tout en longueur.

Un autre jardin est situé 92-94 rue Victor Hugo.

Il est géré par l’association « Bagnolet Montreuil, l’essor parisien ».

C’est depuis mars 2014 que les bacs sont prêts. Le jardin propose une trentaine de parcelles, sur une surface de 500 m2.

Cinq parcelles ont un statut particulier : l’une est réservée aux enfants du passage Victor Hugo, deux sont destinées aux enfants de la Maternelle Jules Ferry, et les deux autres sont pour le Centre du Quartier des Coutures. Les bacs de ces parcelles sont construits par leurs propriétaires.

Hormis ce cas, pour cultiver, il faut acheter les bacs dans lesquels on jardine : c’est 50 euros pour une petite parcelle, et 100 euros pour une grande. En outre, il faut être adhérent de l’association (dont la cotisation est de 15 euros ou plus).

Comme on peut le lire dans le règlement : « Le jardin est ouvert lors de la présence de jardiniers. Seules les fêtes et barbecues organisés par l’association sont autorisés. » Le jardin est entouré d’une palissade, fermé d’une porte avec cadenas à code.

Ce jardin est situé en partie à la place d’un ancien squat, qui a été expulsé lors de l’hiver 2010. Suite à l’expulsion, le bâtiment a été détruit, et la parcelle était inutilisée.

D’autres personnes, elles aussi expulsées de leur logement, ont donc décidé de s’y installer pour y habiter. Mais certains voisins se sont empressés d’appeler la police qui est venue les déloger au plus vite.

L’association qui gère ce jardin se félicite de cela. Ainsi, on peut lire sur son site internet, dans un article intitulé « Mobilisation : terrain vague V. Hugo », en date du 5 septembre 2013 :

« En 2010, la Mairie de Bagnolet obtient l’expulsion d’un squat au 92 rue Victor Hugo. Le terrain est cédé dans la foulée à Vilogia qui souhaite y construire 22 logements sociaux.
(…) En juin dernier, c’est grâce à la mobilisation des habitants de la rue Victor Hugo que notre quartier a évité une nouvelle installation d’un campement sauvage de plus 80 personnes !
(…) L’association « Bagnolet, Montreuil – l’Essor Parisien » a décidé, avec le soutien de nombreux riverains, de remplacer la barrière d’accès. Une initiative qui ne s’arrêtera pas là puisque l’association a également sollicité Vilogia pour que, en attendant que les travaux ne démarrent, soit mis en place une convention provisoire permettant la réalisation d’un projet "espace vert". »

Très clairement, le projet de ce jardin partagé s’inscrit en lien direct avec les projets immobiliers. Il s’agit d’occuper une parcelle afin que personne ne puisse y loger, avant que le projet immobilier se mette en place. Le nom du jardin est explicite : il s’appelle « Jardin éphémère ».

L’association ne s’en cache pas, et l’écrit ouvertement dans un autre article de novembre 2013 intitulé « Terrain V. Hugo : un espace vert éphémère ». L’objectif du jardin est de « transformer ce terrain en un lieu de vie et de partage, [d’] offrir un espace vert éphémère en attendant que le projet immobilier sorte de terre. »

La suite de l’article décrit le processus de mise en place du jardin : « Nous avons donc contacté le promoteur social VILOGIA et nous lui avons soumis notre projet. Rencontres, réunions, échanges… nos interlocuteurs ont été à l’écoute et sensibles à notre démarche. Oui, l’enthousiasme est communicatif ! Notons que ce projet est aussi l’occasion pour ce promoteur social – qui conduira bientôt un projet d’envergure sur le terrain – de s’inscrire dans une démarche d’ouverture vis à vis de la population des Coutures.
Il y a quelques jours, nous avons finalisé notre accord avec la signature d’une convention
 ».

Il s’agit très clairement d’un projet réalisé main dans la main avec le promoteur, et l’association met en avant le fait qu’elle valorise l’image de ce dernier, en le montrant publiquement « dans une démarche d’ouverture » !

En réalité, rien que le nom de l’association (« Bagnolet Montreuil, l’essor parisien ») pouvait nous laisser deviner qu’elle souhaitait participer activement à la dynamique de gentrification du quartier. Son objet nous le confirme [7]. C’est une association qui ne fait pas que du jardin… Et c’est annoncé dès la première page de leur site : « habitants, riverains et commerçants de Bagnolet et Montreuil, ensemble pour participer à l’avenir de notre territoire ! »

Transformer le territoire sur lequel nous habitons, réfléchir à son avenir, pourquoi pas... Tout dépend dans quel sens, pour aller vers quoi.

Or, sur le site de l’association, les deux rubriques où il y a le plus d’articles sont les rubriques « déchets sauvages » et « sécurité » (tout un programme !).

Malheureusement, c’est loin d’être anecdotique : cette association prend clairement position contre les biffins, contre les squats, contre la « saleté », pour la sécurité.

Et elle agit concrètement en ce sens : par exemple, le samedi 15 mars 2014, elle a co-organisé une action en bloquant les trottoirs pour empêcher les biffins de s’y installer. Pour cet événement, l’association « Bagnolet Montreuil l’essor parisien » s’est associée avec l’association BVC, « Bien Vivre aux Coutures », une autre association du quartier qui a agi et s’est positionnée publiquement contre les « vendeurs à la sauvette », contre les « dégradations » et le manque de « propreté ».

Les trois jardins qu’on a vus ont la même forme. Il y a un ensemble de parcelles bien délimitées qui sont attribuées à des personnes en particulier. Et un espace collectif avec par exemple des tables, des chaises, des jeux pour les enfants, de quoi faire un barbecue …

A travers ces quelques exemples, on se rend compte que, volontairement ou non, ces jardins partagés suivent la rénovation urbaine, d’au moins quatre manières :

Des jardins « partagés » ?

Les jardins eux-mêmes sont restructurés, transformés au fil du temps. Le jardin est dit « partagé » alors qu’en réalité, les parcelles sont grillagées, cadenassées… De la même manière, dans la ville, de plus en plus de murs, de digicodes, de grilles… se mettent en place.

Il s’agit d’un partage tout relatif : le jardin est partagé à certaines heures, en présence de certaines personnes, et n’est pas toujours partagé avec tout le monde…

A l’image de la ville où de plus en plus de choses deviennent payantes, dans certains jardins, il faut même payer pour pouvoir jardiner ; seuls ceux qui en auront les moyens pourront y accéder.

Qu’y avait-il avant sur les parcelles que les jardins occupent ? et parfois : QUI y avait-il avant sur ces parcelles ?!

Ce n’est pas le cas de tous les jardins, mais pour beaucoup, les jardins partagés occupent la place d’anciens logements. Parfois, ils font suite à des logements évacués et/ou à des squats expulsés. Dans le cas de la rue Victor Hugo, non seulement le jardin fait suite à un ancien squat, mais en plus il occupe une friche où des gens ont tenté de vivre. C’est parce que des personnes se sont organisées pour en empêcher d’autres d’habiter sur la friche que le jardin a été rendu possible. Et pourtant, l’objectif affiché de ce jardin est de créer « du lien social et une solidarité locale » ! On se rend compte que ces mots en viennent là à prendre un sens tout particulier. Il s’agit d’une définition bien restreinte du lien social et de la solidarité ! La culture de tomates justifie d’expulser des gens qui n’ont pas d’abri pour dormir… C’est au prix d’un mépris total de toute une partie de la population que les fleurs poussent dans ce jardin.

Qu’y aura-t-il ensuite sur les parcelles ?

Sur ces mêmes parcelles, sont parfois prévues de nouvelles constructions immobilières. Le jardin est accepté tant que les travaux n’ont pas commencé. Ainsi, certains de ces jardins, parfois même contre le gré des jardiniers, ne jouent-ils pas en fait le rôle de « gardiens » de parcelle ? Ce serait indirectement un dispositif anti-squat, qui permettrait que les parcelles restent libres, inhabitées, afin que le jour où le projet immobilier est prêt, il puisse commencer sans délai. Dans le cas de l’association « Bagnolet Montreuil, l’essor parisien », cet objectif est affiché explicitement.

Quel est le rôle des espaces verts dans un espace de gentrification ?

Dans le cadre d’une opération de transformation d’un quartier, une des dynamiques mises en œuvre notamment par les pouvoirs publics est un embellissement généralisé de la ville. Il s’agit de la modifier pour attirer une population plus aisée qui auparavant traînait les pieds pour venir dans ces quartiers. Or pour rendre une ville plus belle, les pouvoirs publics ont différentes stratégies : par exemple, augmenter le nombre de rues piétonnes, rénover des rues et les équiper avec du matériel et des matériaux plus « nobles » qu’auparavant (ainsi, dans la rue Victor Hugo, les lampadaires ont tous été remplacés par de nouveaux, « à l’ancienne », et un sol en gravier clair a pris la place du classique bitume ; tous les trottoirs ont été refaits)…

Une autre des stratégies pour embellir la ville est de créer de nouveaux espaces verts : c’est un processus dit « de verdissement » de la ville. La présence de jardins, leur qualité esthétique et leur aspect agréable, contribuent immanquablement à valoriser l’immobilier dans un quartier ; ils peuvent constituer un argument de vente supplémentaire.

Or dans quelle mesure les jardins partagés ne participent-ils pas à leur échelle à cet embellissement de la ville, qui est lui-même un facteur important dans le cadre de la restructuration, car il aide à rendre un quartier plus attractif ?

Bien sûr, c’est une question complexe, car de la même manière qu’on ne va pas défendre le fait que les logements restent insalubres, on ne va pas lutter pour augmenter la présence de déchetteries dans un quartier afin d’enrayer la gentrification ! La question est toujours la même : à qui cela est-il destiné ? Si la rénovation des logements ou la construction de logements neufs était destinée aux habitants du quartier, on ne la critiquerait pas autant. C’est bien parce qu’elle est destinée à d’autres personnes plus aisées, qui volontairement ou involontairement, vont « chasser » les populations plus pauvres, que cette rénovation est un véritable problème. De la même manière, si c’est pour la population présente que ces jardins fleurissent, il n’y aurait rien de problématique. La difficulté est qu’ils peuvent en venir à accompagner, consciemment ou pas selon les cas, l’éloignement d’une certaine partie de la population du quartier, et ainsi participer au processus de gentrification en cours dans le quartier.

Hiver 2015

Petite histoire des jardins partagés

Si on cherche une origine à ces jardins partagés, on peut penser aux « communaux », ces terres partagées pendant des siècles, pâturages, bois, passages…

Plus récemment, il y a les jardins ouvriers. Ceux-ci apparaissent au 19e siècle, fin 19e pour la France. Il s’agit, en ville, de terrains qui sont découpés en de nombreuses parcelles individuelles. D’abord ce sont des ouvriers qui cultivent, puis, au fur et à mesure, d’autres personnes viennent aussi. De fait, en 1952, une nouvelle loi apparaît, qui donne un nouveau nom à ces jardins : « les jardins familiaux ».

Dans les années 1970, ce type de jardin décline. Néanmoins, il en existe encore, notamment à Montreuil où on en trouve plusieurs dizaines. Chaque jardinier loue sa parcelle directement à la ville (une centaine d’euros par an).

Dans ces mêmes années 1970, à New York, où se trouvent de nombreuses friches urbaines, apparaissent les premiers « jardins de quartier communautaires ». Liz Christy, une artiste qui vit dans le Lower East Side à Manhattan, se désole du nombre de terrains vagues dans son quartier. Aidée de quelques amis, elle tente d’y remédier en lançant des « bombes de graines [8] » (seed bombs) par-dessus les grilles de terrains laissés à l’abandon pour les transformer en jardins : c’est la naissance des guérillas vertes (green guerrillas). En 1973, Liz Christy a l’idée de replanter complètement un espace laissé à l’abandon qui porte aujourd’hui son nom : le Liz Christy Garden, situé à Manhattan. Ce jardin devient vite un espace d’expérimentations agricoles mais également un lieu de rencontres dans lequel se retrouvent des populations très diverses. En quelques années, le mouvement se répand à travers toute la ville et le paysage new-yorkais subit une profonde mutation.

A Paris, le premier jardin partagé date de 2002. Le jardin partagé apparaît dans le droit français en 2014. A la différence des jardins familiaux, le jardin partagé n’est pas directement loué par la ville à chaque jardinier. Ce sont des habitants, réunis en association, qui signent une convention avec la mairie. L’accès aux parcelles est ensuite payant ou non, en fonction des associations.

Le phénomène des jardins partagés semble important à Montreuil et à Bagnolet. A Bagnolet, on en compte aujourd’hui 8. A Montreuil, alors qu’il y a sept ans, il n’y en avait aucun, aujourd’hui, il y en a une trentaine ! Deux rencontres des jardins partagés ont déjà eu lieu dans cette ville. Ce sont d’ailleurs ces jardins partagés qui ont contribué à ce que la ville de Montreuil obtienne en 2014 le prix de la « capitale de la biodiversité »…

Paris et Montreuil ont à elles seules la moitié des jardins partagés d’Ile-de-France. Cela ne nous semble pas du tout anodin, quand on sait que la gentrification de Paris a commencé bien avant celle de Montreuil…

Détruire des immeubles et des jardins pour des logements sociaux ?

Sur au moins deux des parcelles où il y a(vait) un jardin partagé, les pouvoirs publics mettent en avant le fait que les logements qui seront construits à la place des jardins seront en partie des logements sociaux : la parcelle rue Etienne Marcel, et celle rue Victor Hugo.

Voilà ce qui est annoncé pour l’instant.

Pour le 182 rue Etienne Marcel : construction de 27 logements, dont 10 sociaux.

Pour le 92 rue Victor Hugo : construction de 29 logements, tous sociaux.

Qu’en sera-t-il ? Ces logements sociaux seront-ils tous construits ? Souvent, les logements sociaux sont annoncés et mis en avant en début de projet. Puis, comme par magie, quand le projet est finalement élaboré, les logements sociaux ont disparu, ou sont réduits à peau de chagrin. On ne sait pas encore de ce qu’il en sera pour ces deux cas-là.

Mais, juste un instant, imaginons que des logements sociaux y soient vraiment construits. La mairie a l’habitude de dire qu’elle détruit de l’ancien, du dégradé, de l’ « insalubre », pour le bien de leurs habitants, pour améliorer leurs conditions de vie. Qu’en est-il en réalité ?

Sur ces deux parcelles se trouvaient notamment des logements squattés. En réalité, ne peuvent être relogées que les personnes qui ont un bail. Toutes les personnes sans droit ni titre (c’est le cas de toutes les personnes qui squattent, par exemple) sont exclues de fait du processus de relogement. Jamais elles n’habiteront dans les nouveaux logements sociaux qui viennent prendre la place de leur ancien logement…

Ce sont donc d’autres personnes qui vont venir habiter ces logements. Le nombre de personnes concernées par ces logements sociaux sera bien inférieur au nombre de personnes qui habitait avant dans ces logements. D’abord parce que tous les logements construits ne seront pas sociaux. Ensuite, parce que très souvent, dans ce qu’on appelle le « parc social de fait » (c’est-à-dire des logements destinés aux populations pauvres, mais qui ne sont pas officiellement des logements sociaux), bien plus de gens sont hébergés. En effet, si on comparait une superficie identique dans les deux types de parcs, celle du parc social de fait est partagée par un nombre bien plus important de personnes, ces dernières se partageant beaucoup plus les espaces. On ne défend pas ici le fait d’habiter à très nombreux dans très peu de m², bien sûr ; on dénonce le fait que de nombreuses personnes perdent tout simplement leur logement.

De plus, la plupart des logements dits « sociaux » ne sont en réalité pas destinés aux personnes les plus démunies. Tout d’abord, les logements sociaux sont de différentes catégories, et, pour les parcelles concernées, les pouvoirs publics n’ont pour l’instant, comme par hasard, pas voulu préciser de quel type de logements il s’agissait. Certains types de logements sont en fait destinés à des personnes qui ont plus de moyens qu’on ne l’imagine [9]. En outre, même les logements sociaux de la catégorie exigeant le moins de revenus, qu’on pourrait penser être destinée aux plus pauvres, ne sont la plupart du temps loués qu’à des personnes ayant un certain niveau de revenus, les pouvoirs publics exigeant souvent que les personnes aient un emploi. Quelqu’un qui ne travaille pas aura donc de très grandes difficultés à obtenir un logement social.

Enfin, on ne sait pas ce qu’il en est pour les parcelles concernées, mais certains logements sociaux n’ont ce statut que pour quelques années ; ensuite, ils rebasculent dans le marché privé classique.

Des questions de fond ?

Voilà quelques devoirs à rendre pour lundi matin [10] :

  • Comment dire qu’on n’aime pas comment ça se transforme, sans pour autant dire que c’est génial comment c’est maintenant ? Autrement dit, comment critiquer la transformation actuelle de la ville sans pour autant tomber dans une vision passéiste ?
  • Comment dire qu’on n’aime pas comment ça se transforme tout en n’oubliant pas que ce dont on rêverait c’est d’une gigantesque transformation ?!
  • Comment critiquer le fait que beaucoup de logements neufs sont destinés à des personnes plus aisées, sans pour autant dire que les logements sociaux sont notre idéal ?
  • Est-il possible de dénoncer le fait qu’il y ait peu de logements sociaux construits, tout en disant que ces logements ne sont pas du tout notre idéal, que ce sont aussi des cages à poule où l’entrée est contrôlée, où tout est lisse et carré (et où en plus, il faut payer un loyer !) ?
  • Comment réussir dans le même temps à s’opposer à la hausse des loyers, et à dire que notre idéal n’est pas de payer un loyer, qu’au fond, on aimerait mieux ne pas en payer du tout ?
  • Comment être solidaires face à la répression que subissent les biffins, sans pour autant défendre le marché et les marchandises ?
  • Comment dénoncer le fait que comme par hasard ce sont les laveries, les taxiphones et les kebabs qui disparaissent alors que les agences immobilières fleurissent, tout en faisant comprendre qu’au final on aimerait bien que tous les commerces disparaissent ?
  • Pensez-vous que « Prenons la ville » se prend la tête ?!

Filmo-audio-biblio-graphie (quelques idées)

  • Films/fictions

- Les barbapapas (épisodes « Le château », « Problème de maison », « La maison des Barbapapas »)
- Les doigts dans la tête, Jacques Doillon, 1974, 1h44
- South Park, épisode « The city part of Town » (saison 19, 2015, 0h22)
- La ville bidon, Jacques Baratier, 1976, 1h30
- Abuela grillo, leyenda entera (dessin animé), 0h13
- Gruik (dessin animé), 2012, 0h15
- Miracle à Milan, Vittorio De Sica et Cesare Zavattini, 1951, 1h40
- Main Basse sur la ville, Francesco Rosi, 1963, 1h45
- ... Enfants des courants d’air, Edouard Luntz, 1959, 0h25
- La stratégie de l’escargot, Sergio Cabrera, 1993, 1h56

  • Documentaires

- Aubervilliers, Eli Lotar, 1945, 0h24
- Paris grand capital, François Lathuillière, 2015, 1h20
- La fête est finie, Nicolas Burlaud, 2014, 1h12
- Pas de quartier, Charles Daubas et Naël Marandin , 2007, 0h53
- Lieux communs, Virginie Vericourt, 2002, 0h54
- L’amour existe, Maurice Pialat, 1960, 0h19
- Via de accesso, Nathalie Mansoux (sur la restructuration d’un quartier de Lisbonne)
- La savine (Primitivi), 0h12
- En construccion, José Luis Guerín, 2008, 2h05 _ - Démolition, A. Pieroni et T. Hakenholz, 2010, 0h13
- La bataille des Marolles, Pierre Manuel et Jean-Jacques Péché, 1969, 1h
- Camarades, il était une fois les communistes français, Yves Jeuland, 2004, 2 x 1h20

- Le squat de A à Z
- « Désurbanisme » (plus d’une vingtaine de numéros)
- Dubaï, entre la peur et l’opulence (Mike Davis)
- Charivary, le journal qui déboîte la rénovation urbaine à Ivry-sur-Seine
- Dos aux Murs, journal du collectif Plaie Commune (à Saint-Denis)
- Retour à Miami, une ville à l’ère d’Art Basel, Erick Lyle, éditions Freak Out !
- Squatter… c’est lutter
- Lutte contre les sfratti à Turin, 2011-2012
- L’En-Ville 1 ! (2013)
- L’occupation du territoire par l’art et la gentrification (New York, 1980s)
- La ville brûle-t-elle ?, Mouvements des ideés et des luttes, n°74, été 2013

  • Chansons et documentaires audio

- Marseille 2013 : quelles résistances aux formatages culturels ? (L’intempestive)
- Dérive urbaine dans l’espace public (L’intempestive)
- Le petit jardin, Jacques Dutronc
- Ainsi squattent-ils, Bérurier Noir

  • Bd, livres

- Les bons sentiments (Montreuil dans ma bulle)
- Paris sans le peuple, Anne Clerval, 2013
- Une violence éminemment contemporaine : essais sur la ville, la petite bourgeoisie intellectuelle et l’effacement des classes populaires, Jean-Pierre Garnier, 2010
- Villes contestées. Pour une géographie critique de l’urbain, Cécile Gintrac et Matthieu Giroud (recueil d’articles de géographie radicale, critique, post‐coloniale, féministe…), 2014
- Résister en habitant ? Renouvellement urbain et continuités populaires en centre ancien (Berriat Saint-Bruno à Grenoble et Alcântara à Lisbonne), thèse de Matthieu Giroud, 2007
- Le Capitalisme contre le droit à la ville : Néolibéralisme, urbanisation, résistances, David Harvey, 2011.

Collectif Prenons la ville

P.S.

Sur la page internet du Rémouleur, vous trouverez après la présentation du collectif Prenons la ville, des liens vers un 4 pages et un video-tract.

Contact : degage-onamenage@@@riseup.net

Le Rémouleur
106 rue Victor hugo
93170 Bagnolet
M°Robespierre


[1] Daho : Droit à l’hébergement opposable. Il s’agit d’une démarche administrative pour demander un hébergement à l’Etat. En réalité, très peu de personnes obtiennent un hébergement de cette manière.

[2] Le squat Emerson a accueilli plusieurs familles sans abri. Lors de son expulsion en été 2014, les trois familles ayant auparavant habité la friche Barda - ainsi qu’une quatrième famille qui, avant le squat, dormait dans une voiture dans le quartier - ont obtenu chacune un logement par les villes de Montreuil et de Bagnolet.

[3] S. Tissot, L’Etat et les quartiers. Genèse d’une catégorie de l’action publique, Paris, Seuil, 2007, à propos des orientations issues de la conférence communale du logement de Montreuil en 1997.

[4] Titre d’un article d’une page entière du Montreuillois n°6, janvier-février 2016.

[5] Lu sur la page Facebook du collectif Montreuil Cracra.

[6] Réunion publique, PNRQAD Bagnolet, 7 mai 2015

[7] Objet de l’association « Bagnolet Montreuil, l’essor parisien » :
« L’association a pour objet de promouvoir et de défendre un développement urbain, social, économique, écologique, et solidaire sur les territoires du Bas-Montreuil et du Bas-Bagnolet (Quartier des Coutures).
L’association concentrera une grande partie de ses efforts et moyens sur les projets – présents et à venir – de réaménagement et de développement immobiliers.
L’association se positionne pour être un interlocuteur, parmi d’autres, auprès des différents organismes et sociétés qui interviennent au niveau urbanistique sur notre territoire.
L’association sera également force de proposition et mettra en valeur l’histoire de nos quartiers.
Elle souhaite promouvoir l’utilisation des terrains en friche pour l’implantation de projets éphémères qui peuvent être au cœur d’une politique de la ville impliquant les habitants, valorisant des terrains inutilisés ou en cours d’aménagement, créant du lien social et une solidarité locale.
 »

[8] Ces « seed bombs » ont d’ailleurs été récupérées par différentes industries. Comme cadeau de Noël, cette année 2015, vous auriez pu par exemple offrir à votre maman un kit de trois « grenades à pousser », pour seulement… 19,90 euros chez Altermundi ! Et pour votre sœur, pour la modique somme de 96,50 euros, une eau de parfum nommée « Flowerbomb » dans un flacon en forme de grenade !

[9] Il existe trois grands types de logements sociaux ; ils sont accessibles en fonction d’un plafond de revenus, calculés à partir du revenu fiscal de référence. A titre d’exemple, pour une personne seule vivant à Paris ou dans les communes limitrophes :
Un logement PLAI, Prêt Locatif Aidé d’Intégration, pourra lui être octroyé si elle gagne moins de 12 725 euros par an, soit 1060 euros par mois.
Un logement PLUS, Prêt Local à Usage Social, pourra lui être attribué si elle reçoit moins de 23 132 euros par an, soit 1 928 euros par mois.
Et enfin, un logement PLS, Prêt Local Social, peut lui être destiné le bénéficie de moins de 30 072 euros par an, soit quand même 2 506 euros par mois !

[10] Bon, bien sûr, on pense qu’il n’y a pas de réponse à ces questions, ou pas de réponse toute faite, ou des réponses différentes en fonction des contextes, des situations…