BROCHURES

Nous sommes touTEs des survivanTEs, nous sommes touTEs des agresseurSEs
+ Que faire quand quelqu’unE te dit que tu as dépassé ses limites, l’as misE mal à l’aise ou agresséE...

NOUS SOMMES TOUTES DES SURVIVANTES NOUS SOMMES TOUTES DES AGRESSEURSES + Que faire quand quelqu’unE te dit que tu as dépassé ses limites, l’ as misE mal à l’ aise ou agressée

C’est quoi, cette brochure ?

Cette brochure est composée de deux textes traduits de l’anglais. Le premier, Nous sommes touTEs des survivantEs, nous sommes toutTEs des agresseurSEs a été publié par Crimethinc, un périodique anarchiste étatsunien. Il est suivi de Que faire quand quelqu’unE te dit que tu as dépassé ses limites / l’as misE mal à l’aise / ou agresséE. Ce guide a été diffusé à la fois seul sous forme de dépliant, mais également sous forme de brochure avec Nous sommes touTEs... C’est cette version qu’on a choisi de publier, parce qu’ensemble ils lancent des pistes pour une réflexion et du débat autour des réponses communautaire et individuelle qu’on pourrait imaginer face aux situations d’agressions.
Ces textes parlent de sexualité(s), d’agressions, etc. C’est des sujets qui remuent. Faites attention à vous avant de lire, mettez-vous dans un contexte confortable, et n’oubliez pas de prendre soin de vous !

C’est qui, CROUTE ?

CROUTE est un réseau de personnes féministes qui ont souhaité traduire vers le français et diffuser des brochures sur les questions d’agressions sexuelles et de consentement. On a choisi de traduire des textes qui nous ont interpelléEs et qui apportent des éléments qu’on n’a pas trouvé ailleurs. Souvent on n’est pas d’accord avec tout ce qui est dans le texte ! On a surtout envie que ça participe à amener de nouvelles idées ou de nouvelles manières d’aborder les choses. Depuis le départ, les langues et les thèmes des textes se sont un peu élargis. On fonctionne avec une plateforme internet qui nous permet de mutualiser nos outils, et de travailler ensemble à distance (choix des textes, traduction, correction, relecture, illustration, mise en page, etc...). C’est un réseau d’entraide où chacunE bosse sur les projets qui l_ branche.
Pour en savoir plus, nous rejoindre, et éviter qu’on soit sans le savoir plusieurs à traduire les mêmes textes en même temps, vous pouvez nous contacter là : croute@riseup.net

A propos du genre grammatical...

En anglais, la grammaire fait qu’on n’est moins obligéEs de genrer systématiquement les personnes dont on parle, ou soi-même. On a fait des choix qui reflètent ça. Parmi les options déjà rencontrées ailleurs, on a choisi iel/ iels ; et ellui elleux celleux cellui... Et on a choisi de mettre la version féminine des mots genrés en majuscules, par exemple heureuxSE.

Pour « le/la » et les trucs comme ça, les propositions qu’on rencontre habituellement ne nous satisfont pas. Dans d’autres langues, les genTEs ont trouvé des feintes. Par exemple en castillan iels utilisentun« x »(« lxs amigxs »), enallemandun« * ». Alorsonachoisidefaire« l_ », par exemple « quand tu l_ touches », « m_ partenaire », etc. "Quand tu l_ touches" peut ainsi vouloir dire "quand tu la touches", "quand tu le touches" ou bien "quand tu lu touches" ou tout autre proposition de genre neutre ou indéfini selon comment la personne dont on parle s’identifie.
Ceci est une manière parmi d’autres de refléter, malgré la binarité de genre et la domination patriarcale régulant la langue française, que les personnes utilisant le pronom « elle » existent même quand des personnes utilisant le pronom « il » sont incluses. Aussi nous désirons souligner que les personnes utilisant le pronom « elle » et les personnes utilisant le pronom « il » peuvent subir des agressions, bien que ce soit majoritairement des femmes qui subissent des agressions dans notre société.


Nous sommes touTEs des survivantEs, nous sommes touTEs des agresseurSEs

Le débat sur la gestion des agressions sexuelles à l’intérieur des communautés anti-autoritaires évolue constamment, et heureusement, du moins dans quelques cercles, il commence enfin à être porté au grand jour [1]. Il y a beaucoup de choses à tirer de cette discussion que nous pourrions appliquer aux façons dont nous abordons d’autres types de conflits ; mais en même temps elle nécessite d’être en grande partie retravaillée. Nous ferions bien de nous pencher sur le vocabulaire actuellement disponible pour traiter de ces questions : que signifient les termes, quels objectifs servent-ils réellement, quels sont leurs défauts.

Dans nos relations, nous mettons souvent en place des limites et parfois même nous demandons à l’autre son consentement. Dans la plupart des relations, ces limites ne sont pas verbalisées, elles sont supposées : je ne m’assiérai pas sur les genoux de l_ partenaire de mon amiE. Je ne prendrai cetTE amiE dans mes bras que pour lui dire bonjour ou au revoir. Dans les relations sexo-affectives, nous tendons à définir ces limites plus explicitement avec nos partenaires : je ne partagerai pas de sexe non protégé. Je ne suis pas d’accord pour que m_ partenaire m’embrasse devant mes parents. Dans tous types de relation, de platoniques à sexuelles, nous pouvons dépasser les limites des autres, les blesser ou les mettre mal à l’aise. Cela arrive souvent, particulièrement dans les relations dont les limites sont seulement implicites.

L’agression sexuelle est une manifestation extrême de cet outrepassement [2] de limites. Quand une agression sexuelle a lieu, la personne qui outrepasse la limite est appeléE l’agresseurSE et la personne dont la limite a été dépassée est appelée l_ survivantE, un terme qui donne plus de force que le mot victime. C’est une terminologie de poids, et cela peut être vraiment utile pour aider l_ survivantE à nommer et assimiler une expérience. Ce sont des mots qui peuvent permettre de briser le silence imposé par une expérience aussi difficile. Le simple fait d’avoir ces termes à disposition peut être une chose puissante. Ce vocabulaire est aussi utile pour confronter celleux qui ne veulent pas prendre leurs responsabilités, qui refusent de parler et de travailler sur leurs comportements problématiques. Être étiquetéE agressseurSE sexuelLE est lourd ; nommer un acte “agression sexuelle” signifie que la chose va être prise au sérieux et, on l’espère, prise en charge par touTEs celleux qui en entendent parler. De cette manière, l’étiquette d’agresseurSE peut jouer un rôle important quand le dialogue amorcé n’est plus possible.

Cependant, au delà de ces situations spécifiques, le vocabulaire agresseurSE/suvivantE a pas mal de limites. Il existe toute une gamme d’interactions qui sont malsaines [3] et non-consenties, mais le terme agression sexuelle décrit seulement un éventail étroit de cette gamme. Imaginons que nous puissions placer nos interactions sur une ligne qui va de la plus à la moins consentie. Celles qui sont complètement consenties, dans lesquelles aucune limite n’est outrepassée, occuperaient un petit espace d’un côté, tandis que les interactions qui sont appelées agressions sexuelles occuperaient un petit espace de l’autre ; quelque part au milieu, entre ces deux extrêmes, il y aurait toujours tout un tas d’interactions dans lesquels les limites sont dépassées à des degrés divers. A l’heure actuelle, le vocabulaire utilisé spécifiquement pour parler des agressions sexuelles n’est pas suffisant pour décrire ces interactions, celles qui se situent quelque part au milieu.

Les mots agresseurSE et survivantE peuvent aussi donner la fausse impression que les agressions sexuelles sont les seules formes d’outrepassements de limites qui méritent d’être prises au sérieux. Décrire les agressions sexuelles (et avec elles les survivantEs et les agresseurSEs) comme des expériences sexuelles distinctes de celles supposément « normales », donne la fausse représentation que toute expérience qui ne serait pas nommée agression sexuelle serait libre de toute contrainte. Au contraire, dans notre société autoritaire, la domination s’insinue partout, ce qui fait que même nos relations les plus intimes et précieuses sont subtilement – et parfois pas si subtilement – teintées de dynamiques de pouvoir inégalitaires. Une division entre « agression sexuelle » et « tout le reste » permet à toute personne qui n’a pas été nomméE unE agresseurSE sexuelLE d’être tiréE d’affaire, ce qui détourne l’attention des moyens que nous pouvons touTEs mettre en place pour améliorer nos relations et notre sensibilité les unEs vis à vis des autres.

L’une des conséquences les plus problématiques du manque de vocabulaire approprié est que les genTEs ont souvent des réticences à seulement commencer à aborder des expériences d’outrepassement de limites plus subtiles ou plus complexes. Le vocabulaire agresseurSE/ survivantE sonne tellement sérieux que dans des cas moins dramatiques – par exemple, dans des situations qui ne sont pas violentes [4] ou sans usage de la force physique – l_ survivantE peut même se demander si ce qu’iel ressent constitue légitimement un problème grave qui mérite d’être examiné et géré. Si une personne choisit de ne pas utiliser le vocabulaire de l’agression sexuelle pour décrire un outrepassement de ses limites, cela veut-il dire que ce n’est pas important ? Beaucoup de genTEs hésitent, et c’est compréhensible, à accuser des personnes proches d’agression sexuelle ou à les désigner comme agresseurSEs à cause du stigmate qui est attaché à ces termes et du drame qui suit souvent leur utilisation. Cela ne devrait pas vouloir dire que les interactions non- consenties restent ignorées.

Il semble aussi que, autant les mots agresseurSE / survivantE sont utiles quand le dialogue est impossible, autant leur usage peut arrêter le dialogue lorsque cela aurait pu être possible autrement. Ce vocabulaire crée des catégorisations de genTEs plutôt que des descriptions de leurs comportements, réduisant unE individuE à une action. Du coup, cela a tendance à mettre les genTEs sur la défensive, ce qui fait que ça devient plus difficile pour elleux d’entendre les critiques qui leur sont adressées. Les implications définitives et le ton accusateur de ce vocabulaire peuvent précipiter une situation dans laquelle, au lieu de réconcilier des vécus différents de la réalité, les genTEs de chaque côté luttent pour prouver que leur interprétation de la réalité est la « vraie ». Une fois que cette dynamique est en place, la discussion ne porte plus sur travailler à résoudre des problèmes et essayer de comprendre et de respecter chacune des expériences vécues, mais elle devient une enquête sur une réalité « objective » dans laquelle les différentes parties sont en procès. Personne ne devrait jamais être forcéE de défendre ce qu’iel ressent, et encore moins une personne qui a survécu à un outrepassement de ses limites. Indépendamment de ce qui « s’est réellement passé », l’expérience d’une personne est la sienne propre et mérite d’être validée en tant que telle. Pour décider de quelle réalité est « la vérité », nous devons donner de la valeur à une personne et non à l’autre : c’est une validation sur le modèle de la rareté. Quand des conflits émergent autour d’une question d’agression sexuelle, les communautés sont souvent forcées de choisir un camp, transformant le sujet en concours de popularité ; et de la même façon, les individuEs peuvent se sentir obligéEs de soutenir une personne aux dépens de l’autre.

Si nous pouvions développer une façon d’aborder ces situations qui se concentre sur l’amélioration de la communication et de la compréhension plutôt que de chercher à établir qui est en tort, il serait alors plus facile pour les personnes qui outrepassent des limites d’écouter et d’apprendre des critiques qui leur sont adressées ; et moins stressant pour les personnes dont les limites ont été dépassées de parler de ces expériences. Quand une personne sent que ses désirs n’ont pas été respectés, indépendamment de si un tribunal de justice trouverait qu’il y a assez d’éléments pour justifier des accusations d’agression sexuelle ou pas, il est nécessaire que toutes les personnes impliquées dans la situation soient responsables pour elles-mêmes des manières dont iels n’ont pas communiqué avec ou respecté l’autre, et travaillent à s’assurer que ça n’arrive plus jamais.

Nous avons aussi besoin de mots qui peuvent répondre aux situations où cela n’est pas clair qui est l’agresseurSE et qui est l_ survivantE. Identifier une personne comme agresseurSE peut ne pas avoir de sens si les deux ou toutes les personnes impliquées dans l’interaction ont à la fois dépassé les limites des autres et eu leurs limites dépassées. Les mots que nous avons à notre disposition actuellement pour décrire ces situations créent une fausse division du monde entre agresseurSEs et survivantEs, alors que, comme c’est le cas pour les catégories d’oppresseurSEs et d’oppresséEs, la plupart des genTEs vivent les deux expériences à un moment ou à un autre. Une telle binarité établit une catégorie de genTEs qui sont complètement dans leur bon droit et une autre complètement dans leur tort, comme si il y avait toujours une personne qui portait toute la responsabilité et une autre qui n’en avait aucune ou aucune possibilité de rendre ses relations plus consenties. Dans des cas extrêmes, c’est effectivement le cas, mais nous devons aussi pouvoir traiter tous les autres cas, dans lesquels les deux parties pourraient travailler à améliorer leur aptitude à communiquer et leur sensibilité vis à vis des autres.

Nous avons besoin d’une nouvelle façon de conceptualiser et de communiquer sur nos interactions. Elle prendrait en compte nos différentes limites – sexuelles, affectives, et platoniques – et toutes les façons dont elles peuvent être outrepassées. Pratiquer le consentement et respecter les limites des autres est important à la fois dans les interactions sexuelles comme dans tous les autres aspects de nos vies : s’organiser ensemble, vivre en collectif, planifier des actions directes en confiance. Les relations non-hiérarchiques et consenties sont l’essence de l’anarchie, et nous devons mettre la priorité sur la recherche et la promotion du consentement dans toutes nos interactions.

Comme toute expérience est unique, nous devrions utiliser un vocabulaire spécifique à chacune d’entre elles, plutôt que d’essayer de faire rentrer de force toutes nos expériences dans des catégories abstraites ; nous pouvons le faire en décrivant chaque expérience individuellement : comme un outrepassement de limites délibéré, par exemple, ou comme une décision où le consentement était ambigu. Nous pouvons faire beaucoup pour briser le stigmate et la honte qui entourent le sujet des agressions sexuelles en ouvrant le dialogue sur toutes les formes d’interactions non-consenties. En développant nos capacités à communiquer sur nos histoires d’abus (subis et commis), nos histoires sexuelles et nos désirs, nous pouvons créer les espaces pour commencer à parler des zones de flou autour des questions de consentement. Nous devons encourager une culture qui prend en compte le fait que, même si nous voulons désespérément faire le bien des personnes qu’on aime, parfois nous faisons des erreurs, nous échouons à être sincères, et nous dépassons leurs limites. Nous devons soutenir à la fois les survivantEs et les agresseurSEs : non pas pour tolérer des actes non-consentis, mais parce que nous avons touTEs besoin de nous débarrasser des effets nocifs qu’il y a à vivre dans une société hiérarchique et capitaliste, et pour cela, nous avons besoin de travailler ensemble.

Aborder ces questions ce n’est pas nier qu’il existe des agressions sexuelles, ni défendre que ce sont des comportements acceptables. Au contraire, c’est exiger de reconnaître que nous vivons dans une culture du viol : une culture dans laquelle les agressions sexuelles sont omniprésentes, comme toutes les forces et les dynamiques qui les favorisent. L’agression sexuelle fait partie de nous touTEs qui avons grandi dans cette société ; nous ne pouvons pas l’ignorer, ou prétendre que nous ne sommes pas capables d’en commettre une parce que nous avons nous-mêmes été agresséEs, ou parce que nous travaillons à vivre l’anarchie dans tous les aspects de nos vies. Le seul moyen de débarrasser nos vies des agressions sexuelles c’est de creuser ces questions. Ça veut dire qu’il faut qu’on rende le fait de se dire publiquement agresseurSE suffisamment facile pour que chacunE d’entre nous soit capable de se confronter ouvertement, honnêtement, et sans peur, à tous ses actes depuis le plus petit manque de considération jusqu’aux outrepassements de limites les plus sérieux. Nous sommes touTEs des survivantEs, nous sommes touTEs des agresseurSEs.

Paru dans "Rolling Thunder" # 1 (disponible sur www.crimethinc.com), auteurE : redefiningconsent@yahoo.com


QUE FAIRE QUAND QUELQU’UNE TE DIT QUE TU AS DÉPASSÉ SES LIMITES/ L’AS MISE MAL À L’AISE/ OU AGRESSÉE

Ce guide propose des suggestions de choses à faire si quelqu’unE te dit que tu l’as agresséE / blesséE / violéE ou que tu as dépassé ses limites. Ces actes peuvent être sexuels, mais pas uniquement.

Les agresseurSEs ne sont pas des monstres. Iels / nous ne sommes pas condamnéEs. Nous sommes humainEs, et la manière dont nous prenons en main ces situations (et nous-mêmes), après qu’on nous l’a dit, fait une sacrée différence. Littéralement. Prendre en considération les agressions est possible. C’est ta responsabilité. Tu peux faire une grande différence en en prenant la responsabilité et en prenant, en concertation avec d’autres genTEs, des mesures pour les gérer .

Tu peux être aiméE. Tu peux guérir de cela. N’abandonne pas. Ça aide. Etre interpelléE sur ses actes est un cadeau. C’est une opportunité pour grandir. Saisis-là. Agresser est lâche. Prendre ses responsabilités est courageux. Bonne chance.

PRENDS LA RESPONSABILITÉ DE TES ACTIONS

Demande pardon. Si c’est difficile : ne dis pas “Je suis désoléE que tu te sentes comme ça” parce que cela remet la faute sur ellui, dis plutôt “Je suis désoléE que mes actions te blessent”. Si tu as foiré sur une limite ou si tu es alléE trop loin, admets-le. Reconnais ce que ton corps a fait. Reconnais ce que tu as dit. Reconnais ce que tu n’as pas dit ou demandé.

Ne sois pas sur la défensive. Si tu es incapable d’aller au delà, dis à l’autre personne que tu as besoin d’une pause afin de réagir de manière appropriée. Cherche de l’aide. Reconnais vis-à-vis de toi-même que tes actions peuvent affecter les autres, peu importe tes intentions. Sache que tu n’es pas condamnéE mais que tu as blessé une autre personne. Les genTEs soutiendront tes efforts pour prendre en main le problème.

Admets que même si tu ne te rappelles pas l’événement, ou que tu t’en souviens différemment, ou si tu ne peux pas croire que tu pourrais avoir fait ou dit cela – que cela est possible et que ce que la personne a ressenti est valable. Si tu ne comprends pas comment la manière dont tu as agi a fait que la personne s’est sentie violée, ne lui fais pas un procès, ne cherche pas à discuter. Cherche plutôt de l’aide (une liste de propositions ci-après).

SOUTIENS L’AUTRE PERSONNE EN LUI REDONNANT DU POUVOIR

Demande toujours à la personne en premier. Demander redonne le choix. Demander redonne de la force. Demande comment iel s’est sentiE et comment iel se sent maintenant. Demande ce que tu pourrais faire pour l’aider à se sentir plus fortE. Fais au mieux pour que cela arrive. Même si tu penses que ses limites ou besoins sont extrêmes, soutiens-les, rends-les possibles et respecte- les. C’est ça le soutien. Être soutenuE et se sentir en sécurité sont les clés pour guérir et reconstruire de la confiance.

Ne discute pas, ne remets pas en question, ne suggère pas de changements à ses besoins. Reconnais-le si tu ne peux pas gérer ses besoins. Recherche du soutien. Fais des sacrifices pour l’aider à se sentir en sécurité et respectéE. Ça vaut la peine que tu renonces à un peu pour lui redonner le pouvoir que tes actes lui ont pris.

Demande-lui si ça le fait d’aborder le sujet avec ellui ou s’il vaut mieux que tu attendes qu’iel t’en parle. Demande comment et quand iel veut qu’on lui demande comment iel va. Demande-lui quelles formes de contact physique lui vont maintenant. Vérifie constamment que ce que tu fais lui va. Si elle/il/iel ne veut pas de contact physique, trouve ce qui va garantir ça (exemple : arrête de boire, dors avec tes habits, réaffirme cette décision tout haut avant de vous coucher, parlez des parties du corps qui excitent l’unE ou l’autre d’entre vous et évitez de les toucher).

Si iel est d’accord (demande !), dis à tout le monde ce que tu as fait. Ça, c’est prendre ses responsabilités et ça t’ouvre à de l’aide pour changer/gérer la situation, tout en brisant le silence autour des agressions.

CHERCHE DE L’AIDE (POUR SES BESOINS ET LES TIENS)

Alors que tu pourrais ressentir que les genTEs te détestent, beaucoup respecteront ta prise de responsabilité pour tes actions et tes efforts pour soutenir une autre personne. C’est salvateur pour beaucoup d’entre nous. Changer les attitudes que tu as est important parce que ces attitudes sont la clé dans les agressions (par exemple le rejet de la responsabilité sur l’autre, le sentiment de légitimité, le manque de respect, le déni...).

Prends conseil auprès d’unE amiE (essaye de demander à l’autre personne si ça lui va que tu en parles à cette personne – si c’est une connaissance mutuelle – et qu’est-ce qu’il est possible de révéler). Essaye de trouver quelqu’unE qui n’a pas également été interpelléE. Trouve une personne médiatrice qui vous aidera à vous frayer un chemin à travers les problèmes et sur laquelle vous êtes touTEs les deux d’accord. Choisis judicieusement.

Appelle une ligne d’écoute sur les agressions. Cherche une thérapie professionnelle. Les thérapies individuelles ou de couple peuvent être gratuites dans la plupart des villes [5]. Même si tu es la personne la plus radicale du monde, les problèmes d’abus/ de limites sont puissants. Des thérapeutes peuvent aider, trouves-en juste unE qui fasse l’affaire.

Penses-y : cela peut être effrayant au début – ou accablant – mais ta vie sera meilleure si tu prends l’agression en considération. Sens-toi honoréE d’avoir la chance de changer tes comportements, que vous restiez proche l’unE de l’autre ou pas. Remercie-la/le d’avoir le courage de t’interpeller. Saisis cette chance de changer.

Initialement diffusé en anglais par le collectif Philly’s pissed (puttingthesexybackinfeminazi@riseup.net).

Collectif


[1] NDT : Ce texte a été rédigé aux états-unis d’amérique.

[2] NDT : Nous préférons, quand le sujet n’est pas clair, utiliser « outrepassement » plutôt que « dépassement » parce que, fort heureusement, nous pouvons dépasser nos propres limites sans y être forcéEs.

[3] NDT : Nous n’aimons pas trop les sens validiste (« c’est bien d’être sain ! ») et de jugement des termes « sain » et « malsain ». Comprenez ici que c’est à l’appréciation de chacunE d’entre nous, seulE toi peut juger si telle ou telle interaction te fait du mal ou du bien.

[4] NDT : Nous ne sommes pas certaines, comme le laisse penser cette phrase, que « pas violent » signifie « sans usage de la force physique ». Sans doute serait-il intéressant d’ouvrir le débat sur ce qu’on met vraiment derrière le mot « violence » quand on aborde ces sujets.

[5] NDT : Il ne nous semble pas que cette affirmation soit vraie pour la France. Néanmoins il y a quand même des possibilités de voir des psychologues gratuitement dans des associations variées (LGBT, addictions, santé communautaire, aide aux victimes, centres culturels et religieux, universités, centres sociaux etc...). Si vous avez la CMU, elle peut couvrir votre thérapie, renseignez-vous auprès de votre caisse de sécurité sociale. Enfin d’autres alternatives existent, rejoignez ou commencez un groupe de co-écoute ou un groupe de parole sur ce sujet.