<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://infokiosques.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>infokiosques.net</title>
	<link>https://infokiosques.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://infokiosques.net/spip.php?id_rubrique=45&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>infokiosques.net</title>
		<url>https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L144xH144/favicon-3-256-37457.png?1779831713</url>
		<link>https://infokiosques.net/</link>
		<height>144</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;troits n&#176;1</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article508</link>
		<guid isPermaLink="true">https://infokiosques.net/spip.php?article508</guid>
		<dc:date>2007-12-11T23:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Edito &lt;br class='autobr' /&gt;
Absence de perspectives politiques, actions au coup par coup, ghettos militants, tourisme politique, id&#233;es r&#233;p&#233;t&#233;es ad nauseam, accumulation de d&#233;faites ! En face : notre volont&#233; de pers&#233;v&#233;rer, de vaincre, de jubiler dans les luttes et la vie quotidienne, bref, de faire p&#233;ter la baraque. De quel c&#244;t&#233; penche la balance ? Nous avons d&#233;cid&#233; de nous permettre de souffrir de ce vide strat&#233;gique abyssal, de retrouver le vertige et l'odeur de la poudre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons d&#233;cid&#233; de ne plus vivre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique45" rel="directory"&gt;iosk&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L136xH150/arton508-cca03.jpg?1779850618' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='136' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff508.jpg?1195341769&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Edito&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absence de perspectives politiques, actions au coup par coup, ghettos militants, tourisme politique, id&#233;es r&#233;p&#233;t&#233;es ad nauseam, accumulation de d&#233;faites ! En face : notre volont&#233; de pers&#233;v&#233;rer, de vaincre, de jubiler dans les luttes et la vie quotidienne, bref, de faire p&#233;ter la baraque. De quel c&#244;t&#233; penche la balance ? Nous avons d&#233;cid&#233; de nous permettre de souffrir de ce vide strat&#233;gique abyssal, de retrouver le vertige et l'odeur de la poudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;cid&#233; de ne plus vivre avec ces habitudes : ne pas comprendre suffisamment ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233; ; ne pas vraiment savoir ce que nous voulons. Ce qui se passe 1) dans nos cercles r&#233;duits, 2) toujours &#224; court-terme, ne suffit plus &#224; nourrir nos &#226;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier num&#233;ro de D&#233;troits vous parvient avec nos premi&#232;res conqu&#234;tes. Non pas des conqu&#234;tes territoriales, mais purement th&#233;oriques. C'est par le plus important que nous avons d&#233;cid&#233; de commencer. En effet, pour forger une strat&#233;gie qui tienne la route, nous nous sommes aper&#231;us qu'il nous fallait d'abord faire une critique de l'existant qui d&#233;bouche sur une vision positive de ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233;. Foin de la critique qui s'arr&#234;te &#224; la critique. Ces pages sont un premier assaut contre la citadelle de nos silences. Commencez &#224; lire et vous verrez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un avertissement :&lt;br class='autobr' /&gt;
Les trois auteurs de ces articles ne pensent pas la m&#234;me chose, d'autant plus qu'ils se sont beaucoup corrig&#233;s leurs articles r&#233;ciproquement. C'est pourquoi ils sont en mesure de signer &#224; trois D3. Synergie des opacit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de passer six jours contre vents et diarrh&#233;es dans une mansarde du Mont Athos. Nous aurions bien voulu &#233;crire ce que nous savons. Mais &#233;crire, c'est penser et rendre caduc ce qui est su.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc du, &#224; notre corps d&#233;fendant, &#233;crire tout au bord de ce qui nous d&#233;passe encore. Nous avons pens&#233; beaucoup, mais pas &#224; votre place. Si vous nous r&#233;pondez : notre gratitude sera profonde. Qu'y a-t-il de plus pr&#233;cieux que l'alli&#233;-e que notre fl&#232;che nous aura fait trouver ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(Une petite astuce.)&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vous courez de front activiste en front militant. Vous ne voulez pas vous arr&#234;ter pour saisir notre invitation &#224; penser. Mais vous voulez quand m&#234;me donner l'impression d'avoir lu D&#233;troits... Que faire ?&lt;br&gt;
Dans vos prochaines discussions politiques, placez &#224; peu pr&#232;s n'importe o&#249; les mots et expressions suivants : &lt;br&gt;
&#034;Elaborer collectivement une vision globale, radicale et explicite&#034;, &#034;perspectives politiques cr&#233;dibles&#034;, &#034;boussole pour orienter l'action&#034;, &#034;pens&#233;e strat&#233;gique&#034;, &#034;construire des liens politiques qui durent&#034;, &#034;le politique est plus que le personnel&#034;, &#034;d&#233;serter la d&#233;sertion&#034;, &#034;ce serait vider le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain&#034;, &#034;abolition du march&#233; du travail et des capitaux&#034;, &#034;d&#233;couplage entre travail et revenus&#034;, &#034;dictature des relations &#233;conomiques sur les relations sociales&#034;, &#034;transformation des rapports sociaux&#034;, &#034;renouveler le regard&#034;, &#034;germes sous la cro&#251;te pourrie&#034;, &#034;bassin de d&#233;cantation&#034; et &#034;caisse de r&#233;sonance&#034;, &#034;m&#233;-pris&#034; et &#034;heuristique&#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trop de luttes sans histoire...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous autres activistes &#171; new generation &#187;, nous tournoyons dans un monde clinquant o&#249; l'on a d&#233;cr&#233;t&#233; la &#171; fin de l'Histoire &#187;, o&#249; la m&#233;moire des subversions a un mal fou &#224; se transmettre, o&#249; l'avenir semble &#234;tre un d&#233;sastre. Il ne nous reste qu'un pr&#233;sent en dents-de-scie. Nous voulons apprendre &#224; choisir nos rythmes et nos &#233;ch&#233;ances, &#224; construire des liens qui durent, &#224; transmettre nos bilans et chercher ceux des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous n'avons pas d'histoire &#187;. Peut-&#234;tre parce que les acad&#233;miciens n'ont de lettres que pour les p&#233;rip&#233;ties des puissants. Ou peut-&#234;tre parce que l'Histoire, nous n'en voulons pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, une g&#233;n&#233;ration nombreuse et rebelle nous a pr&#233;c&#233;d&#233;-e-s, elle est encore (partiellement) &#224; nos c&#244;t&#233;s. Elle porte &#171; 68 &#187; sur son maillot comme l'avant-centre d'une soci&#233;t&#233; qui r&#234;ve de jeunesse fixe. Mais elle ne veut rien nous l&#233;guer ; peut-&#234;tre n'y arrive-t-elle pas ? Certaines de ses &#226;mes ont brouill&#233; leur langue avec celle du fric, et leur nouvel idiome, &#171; lib&#233;ral-libertaire &#187;, nous donne la naus&#233;e. D'autres se taisent et risquent bient&#244;t de se taire &#224; jamais. Peut-&#234;tre parce que cette g&#233;n&#233;ration a voulu se retourner contre le temps lui-m&#234;me ? Elle voulait sortir d'un pass&#233; lourd de sermons, de vieux schnocks &#224; r&#233;v&#233;rer, de gloires identitaires &#224; r&#233;citer. Elle voulait sortir d'un avenir qui signifiait alors &#233;pargne et labeur, ou patience et docilit&#233; avant l'hypoth&#233;tique, lointain mais si grand soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous voulons tout, tout de suite &#187;, a-t-elle proclam&#233;. A l'&#233;poque &#231;a a &#233;t&#233; inou&#239;, une audace qu'on a de la peine &#224; imaginer aujourd'hui. Et dire que cette parole de r&#233;volte a &#233;t&#233; tordue en appel &#224; consommer tout de suite !... Mais un pas a &#233;t&#233; franchi qui n'a pu &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; : nous comprenons fort pourquoi il a bien fallu rompre avec ces chronologies-&#224;-cadenas, cette soci&#233;t&#233; du m&#233;tro-boulot-dodo o&#249; tout semble jou&#233; d'avance, nous comprenons pourquoi l'instant pr&#233;sent est devenu synonyme de libert&#233;. Plus tard punk a fini par chanter : &#171; no future &#187;. L'establishment, apr&#232;s la chute du communisme, s'y est mis lui aussi &#224; sa mani&#232;re : &#171; C'est la fin de l'Histoire. Le Capitalisme est ind&#233;passable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous maintenant, qui sommes les enfants de ce &#171; no future &#187; ? Individus post-modernes, suspendus dans le vide, nous qui ne venons de rien et qui n'allons nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois nous cherchons &#224; d&#233;coller de cette imm&#233;diatet&#233; torrentueuse. Nous voyons bien que le capitalisme y a trouv&#233; son compte, il nous fait tourner comme des toupies autour de ses produits toujours plus vite achemin&#233;s, puis d&#233;pass&#233;s. Nous essayons de voir au loin et nous nous inqui&#233;tons des cons&#233;quences &#233;cologiques de ce train-de-vie. Nous cherchons &#224; prendre du recul et &#224; comprendre &lt;i&gt;dans quel mouvement historique&lt;/i&gt; s'inscrivent toutes ces petites r&#233;formes sinistres que les m&#233;dias, bien assis dans l'actualit&#233; la plus plate, nous annoncent &lt;i&gt;une &#224; une&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me dans nos luttes, les vues d'ensemble ne sont pas ais&#233;es. M&#234;me dans nos luttes, nous ne savons pas vraiment pourquoi nous courons si vite. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me dans nos luttes, nous avons du mal &#224; construire une histoire. Que de projets militants n&#233;s dans l'enthousiasme et morts sans un signe, sauf peut-&#234;tre la baisse muette et r&#233;guli&#232;re des effectifs, r&#233;union apr&#232;s r&#233;union. Que de campagnes dont nous n'avons ma&#238;tris&#233; ni le d&#233;but ni la fin, allum&#233;-e-s par les initiatives du gouvernement puis sonn&#233;-e-s par sa r&#233;pression, ou par les miettes qu'il nous donnait en guise de coupe-faim. Et nous, &#233;parpill&#233;-e-s comme des moineaux, hagards devant notre propre faiblesse d'organisation, pris-es au pi&#232;ge par un capitalisme jamais rassasi&#233; de sa propre vitesse, nous tendions nos yeux tous azimuts vers quelque rebellion spontan&#233;e qui pourrait nous porter &#224; nouveau, ou faute de mieux, vers les urgences mat&#233;rielles et solitaires d'un quotidien qui piaffe d'impatience de redevenir ma&#238;tre du calendrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent continue, on avale tout et on glisse vers l'avant. On flotte, on dispara&#238;t, et les suivants patineront derri&#232;re : notre histoire est trop dilu&#233;e pour leur donner des points d'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma plus grande trouille c'est qu'on se retrouve dans cinq ans comme tous ces soixante-huitards au tournant des ann&#233;es 80, &#224; regarder autour de nous et &#224; voir tel camarade gentil p&#232;re de famille, telle autre conseill&#232;re municipale, tel autre cam&#233; ou suicid&#233;. Sans une parole. Sans qu'on n'ait rien compris de ce qui &#224; un moment a pu clocher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai v&#233;cu deux gr&#232;ves &#233;tudiantes, &#224; plusieurs ann&#233;es de distance. A la fin de la premi&#232;re, c'est les vacances qui ont d&#233;cid&#233; de la fin du mouvement. A la rentr&#233;e on a bien essay&#233; de relancer le truc, mais on &#233;tait vingt aux assembl&#233;es. Alors on a laiss&#233; tomber, chacun est retourn&#233; bosser dans son coin, y'en a qui se sont dipl&#244;m&#233;s, on s'est perdus de vue. La fac c'est pas comme une bo&#238;te o&#249; les employ&#233;s restent l&#224; pendant des ann&#233;es. Alors quand la deuxi&#232;me gr&#232;ve a commenc&#233;, ce n'&#233;tait plus du tout les m&#234;mes gens, sauf quelques gars viss&#233;s &#224; des postes de pouvoir dans les syndicats, et absolument pas motiv&#233;s pour transmettre quoi que ce soit, tu parles, &#231;a les aurait menac&#233;s eux-m&#234;mes. Du coup plein d'erreurs, plein de na&#239;vet&#233;s ont &#233;t&#233; reproduites, c'&#233;tait fou c'&#233;tait presque les m&#234;mes, comme si les gr&#232;ves d'avant n'avaient servi &#224; rien, m&#234;me pas &#224; accumuler de l'exp&#233;rience. Si on n'est quand m&#234;me pas repartis de z&#233;ro, c'est qu'il y avait eu d'autres occupations &#224; peine quelques mois avant, dans d'autres contextes, ailleurs dans la ville, et certains jeunes y avaient particip&#233;. Heureusement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un formidable enjeu &#224; reprendre du pouvoir sur le temps. Certaines critiques des contre-sommets pointaient encore r&#233;cemment le danger de se faire balader au rythme des agendas diplomatiques et de perdre ainsi tout effet de surprise. Il s'agissait de reprendre l'initiative : o&#249;, &#224; partir de quand, &#224; quelle cadence et m&#234;me jusqu'&#224; quand voulons-nous mener telle action ? Par ces questions on allume la pens&#233;e strat&#233;gique, celle qui ose choisir des objectifs, &#224; court-terme, &#224; long-terme. Et on se donne la possibilit&#233; de construire des liens politiques qui &lt;i&gt;durent&lt;/i&gt; au-del&#224; des moments forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous voulons aller plus loin : quand le marketing militant cherche &#224; &#171; innover &#187; sans fin, nous cherchons &#224; construire de l'histoire. Faire exister notre vision de l'Histoire. Aller chercher l'histoire des subversions par la peau des fesses, pour qu'elle nous informe aujourd'hui. Produire des traces instructives au possible pour nos successeurs. Et m&#234;me au sein de notre cheminement politique, nous voulons faire des bilans, tirer des le&#231;ons, d'une mobilisation &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire condamne les vivants &#224; la r&#233;p&#233;ter tant qu'ils ne font pas l'effort de la regarder en face : elle les change en hamsters et les coince dans sa roue.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rapports sociaux et action politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Prologue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 20.000 familles ont d&#233;cid&#233; d'autor&#233;duire leurs loyers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas en 2007.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait &#224; Milan, lors des luttes de l'autonomie italienne, au d&#233;but des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la situation s'est-elle am&#233;lior&#233;e, pour que l'on n'entende plus parler d'une action aussi collective et d&#233;termin&#233;e ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Non, la pr&#233;carit&#233; et le ch&#244;mage ont beaucoup augment&#233; partout dans ces quartiers prol&#233;taires. Les gens ont plus de raisons de se r&#233;volter. Pourquoi alors ne passent-ils pas &#224; l'offensive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'&#224; cette &#233;poque, en autor&#233;duisant leurs loyers ils ne faisaient pas que se d&#233;fendre individuellement contre la &#171; d&#233;gradation de leurs conditions de vie &#187;. Ils ont pris ce risque de rompre la soumission &#224; la l&#233;galit&#233; parce qu'en participant au mouvement d'autor&#233;duction des loyers ils savaient une chose : ils se joignaient &#224; un immense mouvement social port&#233; par une perspective politique. Ce qui &#233;tait en jeu, ce n'&#233;tait pas seulement d'obtenir une diminution des loyers. Bien s&#251;r que cela comptait. Mais dans cette lutte, ce qui &#233;tait vis&#233;, c'&#233;tait changer la vie, abolir la domination capitaliste. Cette perspective a mis l'Italie des ann&#233;es 70 en &#233;bullition parce qu'elle est apparue comme cr&#233;dible &#224; une large partie des masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ces luttes ont &#233;t&#233; vaincues, et nous n'avons d'ailleurs pas encore bien tir&#233; les le&#231;ons de cette d&#233;faite. La perspective, &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait le communisme. Le parti communiste italien, &#224; la fin de la Deuxi&#232;me Guerre Mondiale &#233;tait plus puissant que son fr&#232;re yougoslave. Mais &#224; Yalta Staline a c&#233;d&#233; la Gr&#232;ce et l'Italie contre l'Europe de l'Est. Alors la CIA a jou&#233; son r&#244;le dans la prise de pouvoir de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne lors des &#233;lections au lendemain de la guerre. Cette d&#233;faite n'a cependant pas ruin&#233; dans les c&#339;urs des prol&#233;taires italiens les perspectives et les id&#233;aux pour lesquels les partisans communistes ont lutt&#233; contre le fascisme. Voil&#224; pourquoi le feu s'est rallum&#233; dans les ann&#233;es 70, voil&#224; pourquoi il a &#233;t&#233; possible que plus de 20.000 personnes osent autor&#233;duire leurs loyers. Il y ont cru, &#224; la fin du capitalisme, ils l'ont voulue, elle &#233;tait pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la vision communiste est par-terre. C'est tant mieux, bien s&#251;r, ses aberrations th&#233;oriques &#233;taient trop graves. Ce n'est pas une raison de vider le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les luttes sociales qui ont &#233;t&#233; men&#233;es sous le drapeau du communisme ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de renoncer &#224; penser un projet de soci&#233;t&#233; qui puisse &#234;tre cr&#233;dible. Comment, en effet, pourront rena&#238;tre des mouvements capables de mettre par-terre le capitalisme ? Il y a un vide. Il manque un projet politique, une vision de l'organisation sociale capable d'enflammer les enthousiasmes et de r&#233;unir les forces. Lutter ensemble c'est transformer nos relations sociales. L'addition des r&#233;voltes individuelles, o&#249; chacun d&#233;fend son niveau de vie sans construire d'autres relations sociales, cela ne fait pas un mouvement politique. C'est laisser intacte la dictature des relations &#233;conomiques capitalistes sur les relations sociales. Que voulons-nous ? Peut-on construire un immeuble sans un plan autours duquel les &#233;nergies se conjuguent ? Et une soci&#233;t&#233; ? Aujourd'hui les prol&#233;taires n'autor&#233;duisent pas leurs loyers parce qu'ils ne voient pas comment les luttes pourraient avoir une perspective de vaincre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment construire des perspectives politiques cr&#233;dibles ? La faiblesse des perspectives politiques est une des caract&#233;ristiques essentielles du XXI&#232;me si&#232;cle naissant : notre &#233;poque est celle d'une catastrophe id&#233;ologique majeure. &lt;br&gt;
Ce qui fait peur, c'est que la d&#233;gradation de toutes les relations sociales s'accompagne d'une d&#233;mobilisation politique profonde. Jusqu'&#224; quand les militants ind&#233;crottables qui pers&#233;v&#232;rent &#224; relancer les appels &#224; l'engagement politique arriveront-ils &#224; &#233;viter de se poser la question de la cr&#233;dibilit&#233; de leurs efforts ? Pr&#233;f&#232;rent-ils s'agiter en aveugles dans un cauchemar ?&lt;br&gt;
Nous avons ainsi pris l'habitude de douter s&#233;rieusement qu'il soit possible de construire une vision politique cr&#233;dible. &lt;br&gt;
Le but de cet article est de contribuer &#224; surmonter cette habitude. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin de perspectives politiques, d'une boussole pour orienter l'action. Ces perspectives ne peuvent &#234;tre solides que si elles sont ancr&#233;es dans ce qui se passe effectivement dans la soci&#233;t&#233;. Nous avons donc besoin d'&#233;laborer une claire vision des rapports sociaux existants, actuels. Comment ils fonctionnent et ce qui les perturbe. C'est ce que nous allons tenter de faire ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tome I. L'Aveu : Nous naviguons sans boussole&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Bref aper&#231;u sur l'histoire d'un naufrage id&#233;ologique&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans une &lt;strong&gt;premi&#232;re partie&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; nous &#233;tudierons les cons&#233;quences sur les rapports sociaux de l'irruption du capitalisme. &lt;br&gt;
&lt;i&gt;Dans une &lt;strong&gt;deuxi&#232;me partie&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; nous examinerons les luttes qui ont commenc&#233; en Mai 68 et au d&#233;but des ann&#233;es 70, et la signification de l'action directe pour la transformation des rapports sociaux.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Dans une &lt;strong&gt;troisi&#232;me partie&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; nous pr&#233;senterons comment les difficult&#233;s du mouvement altermondialiste proviennent de sa r&#233;ticence &#224; &#233;laborer une vision des rapports sociaux. Nous montrerons ensuite que la Pens&#233;e Unique tient sa force du fait qu'elle exprime la ma&#238;trise des n&#233;o-lib&#233;raux sur les rapports sociaux. Nous examinerons enfin quelques traits du d&#233;sespoir de la pens&#233;e chez ceux qui ne marchent pas dans la Pens&#233;e Unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La mainmise des rapports de production capitalistes&lt;br class='autobr' /&gt;
sur les rapports sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux notions de base vont jouer un grand r&#244;le dans tout ce que nous allons dire. D&#233;finissons-les :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) &lt;i&gt;Les rapports sociaux.&lt;/i&gt; Ce sont les rapports dans lesquels les humains fonctionnent, dans la mesure o&#249; leurs vies individuelles d&#233;pendent de la vie sociale. La production est sociale, la satisfaction des besoins principaux est sociale, la garantie des droits est sociale. Ces rapports sociaux s'actualisent bien s&#251;r dans des rapports personnels, mais ils ne se confondent pas avec eux. Les personnes d&#233;cident de leurs rapports individuels, tandis qu'ils d&#233;pendent des rapports sociaux pour vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) &lt;i&gt;Les rapports &#233;conomiques de production.&lt;/i&gt; Il s'agit ici de la forme que prend dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e et &#224; une &#233;poque donn&#233;e la r&#233;partition des t&#226;ches productives, et la distribution de ce dont ses membres ont besoin pour vivre. La forme f&#233;odale du servage ne donne pas le m&#234;me r&#244;le &#224; l'argent que la forme capitaliste du salariat. Pour Marx ce sont les rapports &#233;conomiques qui fa&#231;onnent et d&#233;terminent en profondeur tous les rapports sociaux : les fa&#231;ons dont les hommes s'organisent pour satisfaire leurs besoins jouent selon lui le premier r&#244;le dans l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles les rapports sociaux &#233;taient r&#233;gl&#233;s par les dieux, par les mythes.&lt;br&gt;
Les activit&#233;s des individus trouvaient leur sens parce qu'ils reproduisaient les fa&#231;ons de vivre ensemble et de cultiver la terre institu&#233;s par les h&#233;ros fondateurs de la tribu. Marx a racont&#233; comment ces rapports et leurs fondements culturels ont &#233;t&#233; progressivement ruin&#233;s par le d&#233;veloppement des rapports marchands, puis capitalistes. Une nouvelle classe est n&#233;e d'une r&#233;volution qui s'est impos&#233;e dans les faits : les prol&#233;taires. Ceux-ci ont &#233;t&#233;s encha&#238;n&#233;s dans des rapports sociaux &lt;i&gt;qui se sont construits de fa&#231;on uniquement pratique&lt;/i&gt; : &#224; mesure que se d&#233;veloppait le commerce et l'industrie. Les serfs ont &#233;t&#233;s arrach&#233;s de leur attachement traditionnel &#224; la terre et sont devenus libres, libres de gagner leur vie dans les usines. Des rapports de production nouveaux ont ainsi commenc&#233; &#224; fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces rapports &#233;conomiques nouveaux ne sont pas n&#233;s d'un projet de vie sociale coh&#233;rent. Ils ne sont &#233;clair&#233;s par aucune vision culturelle qui puisse &lt;i&gt;donner sens&lt;/i&gt; &#224; la nouvelle situation des travailleurs. &#171; Quel est le sens de ma vie et de mon travail, pourquoi je me l&#232;ve t&#244;t le matin ? &#187; &lt;br&gt;
Pas de r&#233;ponse - si ce n'est de se lever t&#244;t aussi le dimanche matin pour aller &#224; l'&#233;glise. &lt;br&gt;
Une domination nue et brutale. En vendant sa force de travail le prol&#233;taire abdique et d&#233;l&#232;gue au capitaliste ce qui est pourtant constitutif de toute activit&#233; humaine : le sens de ce qu'il fait. C'est le capitaliste qui donne sens &#224; l'activit&#233; du travailleur : il faut que l'argent investi soit rentable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Les rapports sociaux pr&#233;capitalistes &#233;taient fond&#233;s dans la culture : dans des mythes. Les membres de ces soci&#233;t&#233;s ne se concevaient cependant pas comme co-auteurs conscients et libres de leur culture et de leurs dieux. Le fondement culturel &#233;tait &lt;i&gt;donn&#233;&lt;/i&gt;, par la tradition, par les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Le capitalisme s'est &#233;tabli en r&#233;organisant les rapports sociaux sous la coupe de la rentabilisation &#233;conomique. D&#232;s lors ce sont les rapports &#233;conomiques qui ont largement d&#233;termin&#233; tous les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Ces nouveaux rapports de production se sont &#233;tablis par une action pratique, &lt;i&gt;sans fondement culturel&lt;/i&gt;, au contraire destructrice des fondements culturels pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Les penseurs socialistes ont &#233;tudi&#233; apr&#232;s-coup ces nouveaux rapports. Ils en ont fait la critique. Mais ils n'ont pas pos&#233; de nouveaux fondements culturels capables d'instaurer une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e du diktat capitaliste. C'est pourquoi leur conception des rapports sociaux reste d&#233;termin&#233;e par le devenir des rapports &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme s'est impos&#233; en m&#234;me temps que la science moderne. Cette science bourgeoise regarde objectivement le monde et le consid&#232;re de fa&#231;on utilitaire. Elle consid&#232;re la nature comme un objet, tout comme dans les rapports &#233;conomiques elle consid&#232;re la force de travail comme un objet, qu'on peut acheter sur un march&#233;.&lt;br&gt;
Marx et les socialistes ont compl&#232;tement adopt&#233; cette d&#233;marche scientifique. Marx a &#233;tudi&#233; les lois du fonctionnement objectif du capital, il a montr&#233; que ces lois tendaient inexorablement vers la suppression du capitalisme. Dans cette perspective les travailleurs sont l'objet du capital, ils ne font l'Histoire que dans la mesure o&#249; leurs luttes contribuent &#224; acc&#233;l&#233;rer la chute future du capitalisme : &#224; faire venir le Grand Soir ! La social-d&#233;mocratie a bien s&#251;r abandonn&#233; cette illusion, mais elle n'a fait que repousser le Grand Soir aux calendes grecques : pour elle ce sont toujours les rapports de production capitalistes qui r&#232;gnent sur les rapports sociaux. Autant dire qu'ils r&#232;gneront toujours, et que la seule chose &#224; faire est de les adoucir, &#171; de leur donner un visage humain &#187;. Les socialistes finissent ainsi par se trouver d'accord avec les bourgeois, pour qui le capitalisme est le mode de relation &#233;conomique in&#233;luctable. Remarquable cette fa&#231;on d'escamoter la croyance en la pr&#233;pond&#233;rance des rapports &#233;conomiques : renvoyer le probl&#232;me &#224; la fin des temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant le socialisme scientifique a connu le succ&#232;s qu'on conna&#238;t parmi les prol&#233;taires. C'&#233;tait en effet la seule d&#233;marche de pens&#233;e qui mettait en &#233;vidence l'injustice et la brutalit&#233; nue de leur situation. La culture humaniste bourgeoise ne leur disait rien qui parle de leur condition r&#233;elle. &lt;i&gt;La d&#233;nonciation, la critique&lt;/i&gt; de l'emprise des rapports &#233;conomiques sur leurs rapports sociaux v&#233;cus a inspir&#233; leurs luttes. Cette critique est pertinente parce qu'elle montre sans concession ceci : en r&#233;gime capitaliste le travail ne produit des choses utiles ou des services n&#233;cessaires &#224; la vie que dans la mesure o&#249; il produit du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que se passe-t-il lorsqu'on en reste &#224; cette critique ? On se condamne &#224; perp&#232;te &#224; ne voir les travailleurs que comme les &lt;i&gt;objets&lt;/i&gt; qui ne peuvent vivre que s'ils sont achet&#233;s par le capital. Dans cette perspective ils ne peuvent plus rien faire d'autre que se d&#233;fendre, n&#233;gocier &#224; quelle sauce ils vont &#234;tre mang&#233;s. C'est oublier le fait que le capital ne domine le travail que dans la mesure o&#249; il parvient &#224; emp&#234;cher les travailleurs d'organiser leurs relations sociales eux-m&#234;mes ! Et pourtant ! Ils peuvent tr&#232;s bien se passer de la camisole de force des relations &#233;conomiques capitalistes : ils peuvent &lt;i&gt;inventer&lt;/i&gt; de nouveaux rapports sociaux et les instaurer &lt;i&gt;eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'h&#233;ritage de Mai 68 : action directe, critique du parlementarisme, refus du travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 et les luttes du d&#233;but des ann&#233;es 70 marquent la fin d'une &#233;poque et le d&#233;but d'une autre.&lt;br&gt;
&#171; Nous voulons tout, tout de suite ! &#187; a &#233;t&#233; un programme fort. Beaucoup de jeunes se sont d&#233;solidaris&#233;s du fonctionnement normal &#171; m&#233;tro-boulot-dodo &#187; pour changer leur vie &lt;i&gt;sans attendre que la d&#233;mocratie les approuve&lt;/i&gt;. Ils sont pass&#233;s &#224; l'action directe, brisant le jeu parlementaire, imaginant une vie qui ne se laisse pas embrigader par la logique du travail et de l'argent. En fait ils se sont mis &#224; construire d'autres relations sociales au c&#339;ur m&#234;me de l'espace domin&#233; par les relations &#233;conomiques capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes des autonomes italiens de l'automne chaud ont &#233;t&#233; typiques de cette fa&#231;on de faire. C'est le refus brutal de se laisser atteler dans des relations de travail inhumaines. &#171; Rien pour la production, tout pour l'humanit&#233; ! &#187; Sabotages, manifestations &#224; l'int&#233;rieur des usines, gr&#232;ves, occupations. &#171; Prenons la ville ! &#187; Occupations de lieux autog&#233;r&#233;s, cr&#232;ches, maisons de quartier, cantines populaires, radios libres, il y a eu un foisonnement extraordinaire d'initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique de la d&#233;sertion et de la cr&#233;ation pratique de relations sociales contr&#244;l&#233;es par les acteurEs eux-m&#234;mes avait sa force et sa faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Sa force est le fait de se placer d'embl&#233;e &lt;i&gt;sur le terrain des relations sociales effectives&lt;/i&gt; et de les transformer &lt;i&gt;pratiquement&lt;/i&gt; sans se pr&#233;occuper des imp&#233;ratifs de la rentabilisation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Sa faiblesse est d'avoir largement abandonn&#233; le travail &#224; la logique toute-puissante des relations &#233;conomiques capitalistes. Le refus de la dictature capitaliste sur le travail est vite devenu refus du travail lui-m&#234;me, refus de &#171; perdre sa vie &#224; la gagner &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation pratique de relations sociales d&#233;barrass&#233;es des imp&#233;ratifs de l'argent s'est ensabl&#233;e, elle n'est pas devenue mouvement de &lt;i&gt;r&#233;appropriation de la production&lt;/i&gt;. Le mouvement autonome s'est fait &#233;craser en Italie malgr&#233; les dimensions gigantesques qu'il avait prises. Le mouvement social qui a commenc&#233; s'est ainsi laiss&#233; circonscrire &#224; des milieux sociaux plus restreints. Ce qui au d&#233;but d'un mouvement de rupture &#233;tait juste, &lt;i&gt;commencer pratiquement sans attendre l'approbation des masses&lt;/i&gt;, s'est petit &#224; petit transform&#233; en m&#233;pris des gens &#171; normaux &#187;, de ceux qui se laissaient embrigader dans le travail, et qui ne luttaient que pour les conditions auxquelles ils acceptaient de se laisser asservir. Mais ce m&#233;pris pour le travail s'est bient&#244;t vu d&#233;passer par le m&#233;pris proprement capitaliste pour le travail : flexibilisation, pr&#233;carisation, ch&#244;mage. Le mouvement s'est laiss&#233; d&#233;faire, faute d'un projet de soci&#233;t&#233; capable de tenir la route et d'inspirer des strat&#233;gies capables de battre en br&#232;che la contre-offensive n&#233;o-lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, nous ne manquons pas d'atouts. Nous sommes riches de plein d'exp&#233;riences, encore petites, au sein desquelles nous avons d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; vivre une autre histoire. Une histoire que nous aimons, et incarn&#233;e dans des pratiques bien r&#233;elles. Si nous ne voulons pas nous complaire dans de petits &#238;lots entour&#233;s d'un oc&#233;an d'incompr&#233;hension, nous avons besoin d'aller &#224; la rencontre de ceux qui sont aussi pr&#233;caris&#233;s comme nous, mais de mille fa&#231;ons diff&#233;rentes. Alors : comment chercher des alli&#233;Es ? Il faut avoir quelque chose &#224; leur dire ! Dans quelle mesure les id&#233;es que nous avons exp&#233;riment&#233;es &#224; notre petite &#233;chelle peuvent-elles orienter les grands fonctionnements sociaux ? Dans quelle mesure sont-elles insuffisantes, d&#232;s lors qu'on change d'&#233;chelle ? D&#232;s qu'on passe des relations &lt;i&gt;communautaires&lt;/i&gt;, o&#249; les partenaires se connaissent, aux relations &lt;i&gt;sociales&lt;/i&gt;, o&#249; il est impossible que tous les partenaires se connaissent ? La question politique reste pour le moment enti&#232;re autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Les impasses du mouvement altermondialiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste est n&#233; suite &#224; l'appel du mouvement zapatiste. Cet appel a fait le tour du monde parce qu'il amenait un &#233;l&#233;ment nouveau. En effet, les indig&#232;nes ne luttent pas dans la m&#234;me perspective que les mouvements de gauche traditionnels. Ils ne luttent pas pour conqu&#233;rir une hypoth&#233;tique dignit&#233; dans le futur. Ils r&#233;sistent &#224; l'envahissement des rapports capitalistes et de la domination politique qui l'accompagne &lt;i&gt;parce qu'ils prennent leur dignit&#233; comme point de d&#233;part&lt;/i&gt;. Le sentiment de leur dignit&#233; leur est donn&#233; par leur culture traditionnelle. C'est &#224; partir de leur culture qu'ils con&#231;oivent leurs relations sociales. Ils ne con&#231;oivent pas du tout leurs relations sociales comme d&#233;termin&#233;es par les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes leur structure sociale est en train d'&#234;tre boulevers&#233;e par l'int&#233;gration dans le monde capitaliste. Mais ils luttent pour donner leur propre sens &#224; ce processus de transformation, pour le configurer eux-m&#234;mes ; pour cela ils repensent leur h&#233;ritage culturel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous les Blancs ne sommes pas dans la m&#234;me situation. Il y a des si&#232;cles que le capitalisme a d&#233;truit les bases culturelles de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, &#233;branl&#233; les religions jusque dans leurs fondements. Nous n'avons plus de boussole culturelle. La culture chez nous est largement devenue une marchandise, une d&#233;coration pour accompagner la soumission aux rapports &#233;conomiques capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel zapatiste a n&#233;anmoins d&#233;bouch&#233; sur la cr&#233;ation du mouvement altermondialiste. Des actions mondiales contre les grandes institutions de la mondialisation n&#233;o-lib&#233;rale ont &#233;t&#233; organis&#233;es, le Forum Social Mondial est n&#233; &#224; Porto Alegre. Avec les Journ&#233;es Globales d'Action une remise en cause globale des rapports sociaux s'est de nouveau exprim&#233;e dans des actions directes de sabotage des r&#233;unions du G8 ou de l'OMC. Un point culminant a &#233;t&#233; atteint en 1999 &#224; Seattle lorsque toute une g&#233;n&#233;ration de militants est sortie de terre r&#233;ussissant &#224; emp&#234;cher Clinton d'assister &#224; la r&#233;union de l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui plusieurs faiblesses font pi&#233;tiner le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) C'est un mouvement de r&#233;sistance, contre le d&#233;ferlement de la mondialisation n&#233;o-lib&#233;rale. Il est essentiellement critique et d&#233;fensif. Il peine &#224; d&#233;velopper une capacit&#233; de proposition positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Il n'est pour le moment qu'une addition entre une pl&#233;iade de mouvements qui dialoguent, qui se soutiennent mutuellement, mais qui ne sont pas unis autour de la construction d'une vision politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Les actions directes men&#233;es sont souvent devenues plut&#244;t des moyens d'exercer des pressions politiques que des actions de transformation des rapports sociaux eux-m&#234;mes. Il y a bien s&#251;r toujours un lien entre les actions de r&#233;appropriation et le message politique qu'elles v&#233;hiculent. Mais ce n'est pas la m&#234;me chose d'occuper un lieu surtout pour se r&#233;approprier un espace de vie, ou surtout pour alerter les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Le mouvement reste largement polaris&#233; autour des Actions Globales, il peine &#224; se d&#233;velopper au niveau local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des causes de ces faiblesses : l'&#233;laboration collective d'une vision globale est disqualifi&#233;e. &lt;i&gt;Cet effort est le plus souvent consid&#233;r&#233; comme tentative d'imposer de fa&#231;on ext&#233;rieure et finalement arbitraire des priorit&#233;s ou une analyse &#171; r&#233;volutionnaire &#187;&lt;/i&gt;. L'optique qui domine est plut&#244;t d'approfondir la discussion sur les perspectives de chacun, afin d'articuler peu &#224; peu les luttes r&#233;seaux et campagnes sur des aspects partiels. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme si la construction de rapports sociaux &#233;mancip&#233;s de la domination capitaliste allait se faire peu &#224; peu, spontan&#233;ment, &#224; mesure du d&#233;veloppement des luttes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme si toutes ces luttes partielles et locales contenaient en elles implicitement un nouveau projet de soci&#233;t&#233; qui allait devenir clair comme par enchantement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela c'est rester prisonnier du dogme activiste. Bien s&#251;r, il y a des moments pour l'action. Mais il faut aussi reconna&#238;tre enfin qu'il y a des moments pour l'&#233;laboration collective des perspectives, qu'il faut consacrer du temps &#224; d&#233;finir positivement ce que nous voulons, ce vers quoi nous allons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.La domination de la Pens&#233;e Unique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Pens&#233;e Unique orchestre le d&#233;sastre de main de ma&#238;tre, car elle sait attendre que les esprits aient compris qu'il faut passer sous le joug ; elle sait aussi faire taire les cris trop bruyants en conc&#233;dant les miettes n&#233;cessaires pour que son TGV puisse continuer &#224; foncer dans la nuit. La social-d&#233;mocratie lui est encore utile. Les gauches la suivent comme un chien parce que c'est justement au niveau pratique que leurs solutions ont fait faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le rouleau compresseur n&#233;o-lib&#233;ral la gauche n'a rien de s&#233;rieux &#224; proposer. Il faut se demander pourquoi. Voici une hypoth&#232;se : les capitalistes font l'histoire, les gauches ne viennent qu'ensuite pour l'&#233;tudier et en faire la critique. Et si nous nous mettions &#224; faire nous-m&#234;mes l'histoire ? Mais quelle autre histoire voulons-nous raconter ? Tout est l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre du capitalisme est de se pr&#233;senter comme la seule histoire possible, celle qui peut tol&#233;rer toutes les alternatives parce qu'elle sait qu'elles ne peuvent que se faire englober t&#244;t ou tard dans &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; encha&#238;nement des faits. Si la Pens&#233;e Unique r&#232;gne, c'est justement parce qu'en ce moment elle s'impose partout dans les faits. Ses solutions sont concr&#232;tes et sans r&#233;plique. Elles ne sont d&#233;sastreuses qu'en arri&#232;re-plan ! Dommage pour nous : nous arrivons trop tard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Pens&#233;e Unique dit tout haut ce qu'elle fait. Elle ne se heurte pour le moment qu'&#224; des &#233;bauches d'id&#233;es en face, encore &#224; peine balbuti&#233;es. Facile ensuite pour elle de disqualifier comme sp&#233;culation abstraite tout projet global de soci&#233;t&#233; pos&#233; sur d'autres bases que les siennes. Sa sup&#233;riorit&#233;, elle la d&#233;montre pratiquement. C'est pour cela qu'elle se passe de toute d&#233;monstration th&#233;orique. &#171; Nous n'avons pas le choix ! &#187; Quand la Pens&#233;e Unique parle, elle s'appuie sur les chiffres et les faits qu'elle a elle-m&#234;me cr&#233;es : elle s'est arrog&#233;e le monopole de la mise en sc&#232;ne. &#171; Quelle autre mise en sc&#232;ne proposez-vous, Signore Alternativo ? Niente ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.Le d&#233;sespoir de la pens&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons directement l&#224; o&#249; &#231;a fait mal : nous sommes embarqu&#233;s dans un Titanic qui ne sait pas du tout o&#249; il va. Et pourtant : ce qui se passe dans les soci&#233;t&#233;s humaines n'est rien d'autre que le r&#233;sultat de nos interactions. Il y a des faits monstrueux qui se dressent devant nous, et sur lesquels nous n'avons apparemment aucune prise. Nous sommes devant des faits accomplis sans nous. C'est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend vite que les faits sur lesquels nous n'avons aucune prise r&#233;elle sont parfaitement indiff&#233;rents &#224; tous les commentaires que nous pouvons faire sur eux. Bien s&#251;r nous y pensons quand m&#234;me, &#224; tous ces cr&#232;ve-c&#339;ur. Mais nous avons tous une salle d'attente dans laquelle bien malgr&#233; nous nous avons pris l'habitude de ranger les pens&#233;es dont nous ne savons que faire. En attendant. En attendant Godot ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, nous sommes mis devant des faits accomplis. Y a-t-il une fatalit&#233; incompr&#233;hensible qui p&#232;se sur l'Histoire ? Nous finissons par tenir compte de ces faits comme s'ils &#233;taient des r&#233;alit&#233;s incontournables, des points de d&#233;part pour toute pens&#233;e qui se veut r&#233;aliste. Au lieu de les expliquer. &#171; Quarante millions de ch&#244;meurs en Europe ? Que voulez-vous, il n'y a pas assez de travail pour tout le monde ! Et d'ailleurs : les jeunes et les Roumains, est-ce qu'ils veulent vraiment travailler ? &#187;&lt;br&gt;
Tous ces faux arguments qui finissent pas s'imposer et alimentent les populismes : d&#233;faites de la pens&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.R&#233;parons nos lunettes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;parons nos lunettes ! &lt;i&gt;On n'a quitt&#233; une vision que lorsqu'on en a construit une autre&lt;/i&gt;. Ou plut&#244;t, lorsqu'on est en train d'en construire une autre : c'est un processus. Pour avoir quitt&#233; un ancien espace, il faut &#234;tre entr&#233; dans un nouvel espace. Avouons-le : nous avons peut-&#234;tre plein d'id&#233;es et d'aspirations, les luttes existantes signalent qu'un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; monde est d&#233;sir&#233;. C'est d&#233;j&#224; pas mal. Mais &lt;i&gt;quel chemin&lt;/i&gt; voyez-vous, &#244; grand Zorro ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin, c'est la transformation des rapports sociaux eux-m&#234;mes. Examinons de plus pr&#232;s ce qui se passe &lt;i&gt;dans le tissu social, dans les relations humaines&lt;/i&gt;. Mettons en &#233;vidence ce qui fait notre force r&#233;elle, ce qui grouille au sein des rapports vivants. C'est ce dont nous allons parler dans le tome II.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Coup d'envoi pour un projet de soci&#233;t&#233;.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beaucoup de groupes radicaux ancrent leurs projets politiques d'une part dans la petite &#233;chelle du quotidien et des luttes locales, d'autre part dans l'&#233;chelle immense, presque abstraite, des principes &#233;thiques. Mais ils &#233;vitent comme un tabou ce qui se trouve entre les deux : la question importante, &#224; la fois concr&#232;te et plan&#233;taire, d'un projet de soci&#233;t&#233;. Invitation &#224; relever le d&#233;fi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un syndicat social-d&#233;mocrate organise une &#034;action symbolique&#034; pour &#034;alerter les m&#233;dias&#034; sur les dangers de telle r&#233;forme lib&#233;rale mise en oeuvre par le gouvernement. Sous l'oeil des cam&#233;ras, en pleine ville, les gens sont convi&#233;s &#224; venir d&#233;poser une fleur sur un cercueil en carton, le &#034;cercueil de nos acquis sociaux&#034; ; au passage ils sont invit&#233;s &#224; signer une p&#233;tition. Un anarchiste passe par l&#224;, fr&#233;mit, mais comme il est d'une humeur pimpante il prend le temps de parler &#224; un militant du syndicat, une fois n'est pas coutume. Le traitant de r&#233;formiste, il lui explique qu'il fait fausse route, que son action n'a aucun poids, qu'il ne s'attaque pas assez aux probl&#232;mes de fond de cette soci&#233;t&#233;. La discussion aboutit aux trois in&#233;vitables r&#233;pliques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;- J'ai compris, rien de ce que nous proposons n'est assez radical. Mais vous, au fond, vous proposez quoi ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une soci&#233;t&#233; sans classes, sans Etat, sans patrie ni fronti&#232;res, sans argent, sans &#233;cole, sans genres, sans arm&#233;e, sans oppression, sans...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui non mais d'accord, mais je veux dire, concr&#232;tement, elle fonctionnerait comment cette soci&#233;t&#233; ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici il peut y avoir subitement un gla&#231;on dans la gorge. G&#233;n&#233;ralement, les r&#233;ponses cachent mal nos lacunes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce sont des discussions avec un membre du groupe Castoriadis qui nous ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;je ne suis pas stalinien donc je n'ai aucune recette &#224; donner, on verra petit-&#224;-petit en s'auto-organisant&#034; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ou &#034;nous n'avons m&#234;me pas les mots pour dire ce que pourrait &#234;tre cette nouvelle soci&#233;t&#233;, parce que notre cerveau est compl&#232;tement fa&#231;onn&#233; par la soci&#233;t&#233; pourrie d'aujourd'hui&#034; ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ou encore, si le courant passe tr&#232;s bien, &#034;viens boire une bi&#232;re, on va en causer toute la nuit&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est donc abandonn&#233;, ou poursuivi sur un mode privatis&#233;, n&#233;buleux et presque oisif. En clair, nous n'avons pas vraiment de r&#233;ponse. Aujourd'hui personne parmi les r&#233;volutionnaires n'a de r&#233;ponse. Nous avons &#233;t&#233; &#233;chaud&#233;-e-s par ce que des partis &#171; communistes &#187; ont pu faire avec des &#171; projets de soci&#233;t&#233; &#187;, et nous n'osons plus entrer en mati&#232;re. R&#233;action d'humilit&#233;, besoin de reprendre notre souffle : nous avons appris la le&#231;on, nous connaissons maintenant les dangers totalitaires d'une passion pour un id&#233;al de soci&#233;t&#233;. Fort-e-s de cette prudence, de toutes mani&#232;res profond&#233;ment inscrite dans la conscience collective contemporaine, nous sommes pourtant m&#251;r-e-s pour remettre nos imaginations en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin de projets de soci&#233;t&#233; cr&#233;dibles. Pour &#233;voquer ce vers quoi nous voulons tendre, nous donnons souvent une liste de valeurs (entraide, autogestion, autonomie, &#233;mancipation et compagnie) : mais nous ne sommes pas que des philosophes. Nous avons aussi besoin de montrer que ces valeurs peuvent s'incarner, et c'est bien pour cela que nous avons d&#233;velopp&#233; toutes sortes de petites alternatives, squats, cantines ambulantes, infokiosques, jardins collectifs... Il nous reste maintenant un pas &#224; franchir : un changement d'&#233;chelle. Il nous reste &#224; penser comment ces valeurs peuvent, parce que nous sommes persuad&#233;-e-s qu'elles le peuvent, &#234;tre le noyau d'une organisation sociale plus large, voire plan&#233;taire. Penser cette globalit&#233;, c'est penser l'organisation avec l'Autre, aussi lointain et abstrait soit-il : c'est le lieu m&#234;me de la question politique. Sans strat&#233;gie ni projet global de soci&#233;t&#233;, nous surfons en rond entre nos envies imm&#233;diates et nos &#233;thiques a&#233;riennes : cela ne nous suffit plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons quelques pistes. Le f&#233;d&#233;ralisme libertaire, dans l'Espagne de 36, a pu fournir un aper&#231;u de ce que pouvait donner l'autogestion au-del&#224; de ma maison, au-del&#224; de ma fac occup&#233;e, au-del&#224; de mon campement activiste.&lt;br&gt; Il y a aussi Bolo'bolo, un livre qui du fond des ann&#233;es 80 s'autorisait l'imagination d'une soci&#233;t&#233; organis&#233;e en petites collectivit&#233;s tr&#232;s diverses, apr&#232;s la chute du capitalisme.&lt;br&gt;
A chacun de nos groupes aujourd'hui de questionner ces pistes. Et de reprendre le flambeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre c&#244;t&#233;, par exemple, nous pouvons dire que nous ne voulons pas abolir le principe d'organisation en soci&#233;t&#233;, ni le machinisme en soi. Nous nous r&#233;jouissons d'affronter plus finement ces questions et d'en aborder beaucoup d'autres qui vont de pair avec la vision d'une autre soci&#233;t&#233;. Les moyens de subsistance seraient-ils garantis pour tous et toutes, peu importe le travail fourni par chacun-e ? Comment &#233;tablirait-on la liste des quelques t&#226;ches indispensables &#224; la survie de la soci&#233;t&#233;, et &#224; r&#233;partir malgr&#233; tout de mani&#232;re &#233;quitable ? Que se passera-t-il face &#224; quelqu'un-e qui ne veut pas les faire ? Comment les conflits seront-ils accompagn&#233;s, par quel moyen essaierons-nous de les r&#233;soudre ? Y aura-t-il des sanctions ? A quelle &#233;chelle pratiquerons-nous la d&#233;mocratie directe ? Y aura-t-il encore des villes ? Comment serons-nous reli&#233;-e-s aux autres collectivit&#233;s ? Aurons-nous des biens, par exemple, &#224; nous transmettre entre collectivit&#233;s ? Les compterons-nous, garderons-nous une monnaie d'&#233;change ? Que ferons-nous si une autre collectivit&#233; veut d&#233;velopper l'&#233;nergie nucl&#233;aire, ou toute autre chose qui menace les collectivit&#233;s alentour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre groupe, nous comptons faire ce travail de pr&#233;cision. Mais si nous venons un jour avec la proposition noir sur blanc d'un autre mod&#232;le de soci&#233;t&#233;, nous ne le ferons pas en disant : &#171; adoptez notre programme, c'est le meilleur &#187;. Nous le ferons en disant : &#171; voici la balle que nous lan&#231;ons au monde et en particulier &#224; tou-te-s les r&#233;volutionnaires, &#224; vous de la renvoyer avec vos contre-projets. Nous amenons de la mati&#232;re pour que ce d&#233;bat-l&#224; avance &#187;. Parce que ce qui compte le plus &#224; nos yeux, c'est un type de r&#233;flexion o&#249; nos grands principes &lt;i&gt;se mettent &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233;, qui est globale&lt;/i&gt;. Et la meilleure garantie contre les tentations totalitaires de tout mod&#232;le de soci&#233;t&#233;, c'est que chaque groupe de 5 personnes sur cette Terre d&#233;veloppe ce type de r&#233;flexion, de cr&#233;ativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous dit : &#171; moi j'ai une famille &#224; nourrir vous savez &#187;. Cette formule est une alerte, parce qu'elle nous met en face du v&#233;cu, des besoins les plus concrets, de s&#233;curit&#233;s mat&#233;rielles, morales, affectives. Nous devons pouvoir montrer que nous savons, que nous pouvons r&#233;pondre &#224; ces besoins, d&#232;s aujourd'hui dans nos formes de lutte, mais aussi demain dans nos projets de soci&#233;t&#233;. Que contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, une vision &#233;lev&#233;e de l'&#234;tre humain est intimement li&#233;e &#224; la consid&#233;ration de ses pr&#233;occupations les plus terre-&#224;-terre. Que &#171; l'utopie &#187; dans laquelle nous osons nous aventurer est m&#234;me plus &lt;i&gt;efficace&lt;/i&gt; que ce qui existe aujourd'hui. Nous sommes pr&#234;t-e-s &#224; entrer dans ce d&#233;bat &#224; coups de chiffres. Les artistes des math&#233;matiques et de la prospective sont souvent refoul&#233;-e-s au contact de milieux politiques qui si&#232;gent fi&#232;rement, exclusivement dans le monde des belles-lettres et des grands sentiments ; nous ne voulons pas les laisser aux ONG et &#224; l'&#233;cologie technicienne, nous voulons les accueillir, nous avons des &#233;tudes enthousiasmantes &#224; partager avec elles et eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre baluchon est bourr&#233; de propositions en or : il devient urgent de les travailler et d'oser les porter avec aplomb.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Rapports sociaux et action politique&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tome II. Quelques aspects fondamentaux des relations sociales&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Quelques pistes positives pour reconstruire un projet de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il s'agit ici de tentatives mal assur&#233;es de rep&#233;rer ce qui est en jeu concr&#232;tement dans les relations sociales. Dans la premi&#232;re partie nous pouvions nous appuyer sur un certain nombre de r&#233;flexions plus ou moins pr&#233;sentes dans les milieux anticapitalistes. Les r&#233;flexions qui suivent sont beaucoup moins habituelles, d&#233;j&#224; pour nous-m&#234;mes &#224; D&#233;troits. N'importe : nous lan&#231;ons ces petits bateaux comme les enfants dans les bassins du jardin du Luxembourg. Nous verrons jusqu'o&#249; ils arriveront ! Vont-ils couler rapidement ? Vont-ils rencontrer d'autres petits bateaux ? Nous esp&#233;rons qu'ils ouvriront de belles discussions. Explorons ! Osons penser par nous-m&#234;mes ! Il ne suffit pas en effet d'insister sur la n&#233;cessit&#233; de construire une vision des fonctionnements sociaux. Encore faut-il se mettre &#224; l'&#339;uvre. Commen&#231;ons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.Trois diff&#233;rentes modalit&#233;s concr&#232;tes des relations sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sc&#232;ne 1 : Premi&#232;re Approche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous observons tous les jours une foule de relations sociales. Nous voyons le concierge laver l'escalier. Un &#233;picier ouvrir sa boutique le matin. Le bus passer. Les enfants revenir de l'&#233;cole. Un colleur d'affiches. Deux flics en train de contr&#244;ler l'identit&#233; d'une femme basan&#233;e. Une machine &#224; cracher des billets de banque encastr&#233;e dans un mur. Un ado l'oreille planqu&#233;e dans son natel made in Dieu sait o&#249;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne ferions pas les m&#234;mes observations en Afrique. Ou en Europe il y a trois mille ans. Les formes des relations sociales changent. Question : quelles sont les relations sociales de base qui font vivre ces formes multicolores, historiques, locales, &lt;i&gt;celles qui sont les moteurs de l'histoire&lt;/i&gt; ? Nous pouvons en distinguer trois principales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous devons ces id&#233;es &#224; R. Steiner, cf. son livre, paru en 1919, et traduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Les humains font plein de choses les uns pour les autres, ils lavent la vaisselle, ils vont &#224; la chasse, ils se prennent la t&#234;te et publient des revues politiques, ils font la bamboula, ils fabriquent des cercueils pour leur morts. Dans leurs relations sociales ils mettent en jeu &lt;i&gt;leur facult&#233; de faire et de penser.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Les humains mangent, ils vont au cin&#233;ma, ils consultent une voyante, ils dorment dans des lits bien douillets : dans leurs relations sociales &lt;i&gt;leurs besoins&lt;/i&gt; sont en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) &#171; Quand on est un &#234;tre humain, on n'aime pas recevoir un coup de botte dans le visage &#187; (chanson berlinoise). Les humains ont une dignit&#233;, ils demandent le respect. Ils ont un avis sur leurs relations sociales qui doit autant &#234;tre pris en compte que celui de toute autre personne. Dans leurs relations sociales ils ont des &lt;i&gt;droits &#233;gaux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Facult&#233; de faire, besoins, droits : trois fa&#231;ons diff&#233;rentes d'&#234;tre en relation sociale. Elles s'imbriquent bien s&#251;r dans toute relation concr&#232;te. Cherchez des exemples qui ne serait pas l'expression d'un ou plusieurs de ces trois genres de lien social, en trouverez-vous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si vous en trouvez, &#233;crivez-nous de toute urgence, ce serait un beau cadeau.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Ces diff&#233;rents aspects ne divisent pas la vie des personnes et la vie sociale en domaines s&#233;par&#233;s. La vie est une. &lt;i&gt;Mais ils demandent &#224; &#234;tre diff&#233;renci&#233;s car ils demandent des d&#233;marches diff&#233;rentes pour &#234;tre v&#233;ritablement pris en compte.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Fin de la premi&#232;re approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sc&#232;ne 2 : Reprise de la Premi&#232;re Approche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut parler de vie sociale parce qu'il y a des relations entre des individus qui sont irr&#233;m&#233;diablement diff&#233;rents, qui sont autres. Les autres membres de la soci&#233;t&#233; ne sont pas des rouages, mais des &#234;tres vivants. Au fondement de toute vie sociale il y a la relation avec l'autre : l'int&#233;r&#234;t des humains les uns pour les autres est ce qui fait vivre la soci&#233;t&#233;. C'est un fait : qu'il soit consciemment reconnu ou non ! La vie sociale est constitu&#233;e ainsi par une multitude de dialogues, car chacunE ne peut &#234;tre en relation avec les autres en tant que diff&#233;rents que si ses interlocuteurs lui disent ce qu'ils sont et ce qu'ils veulent. Comme ils sont autres, leurs intentions ne peuvent &#234;tre devin&#233;es, elles doivent &#234;tre dites. La parole est au c&#339;ur de la vie sociale, et le langage est un fait social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre l'autre en tant qu'autre implique de diff&#233;rencier plusieurs modes de relation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) D'abord l'autre m'appara&#238;t en tant qu'auteur de ses activit&#233;s et de ses pens&#233;es. Sous cet aspect il se dresse devant moi comme un &#234;tre &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt; : s'il me parle, s'il collabore &#224; quelque action avec moi, c'est par une libre initiative de sa part. Je n'ai de relation avec lui que si je reconnais cette libert&#233; fondamentale qui est la sienne. Chaque individu est un &#234;tre dou&#233; d'une &#171; facult&#233; de faire et de penser &#187; Cette facult&#233; s'actualise concr&#232;tement dans les diff&#233;rentes capacit&#233;s, manuelles et intellectuelles, fruit des dons et histoires diff&#233;rentes de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Ensuite l'autre est aussi pr&#233;sent dans ma vie comme personne ayant des besoins. Besoins culturels, besoins mat&#233;riels : chacunE existe comme d&#233;pendant des autres membres de la soci&#233;t&#233;. ChacunE a des besoins concrets qui ne peuvent &#234;tre satisfaits que par les relations &lt;i&gt;sororales et fraternelles&lt;/i&gt; dans lesquelles les autres seront dispos&#233;s &#224; entrer avec lui. On ne peut reconna&#238;tre l'autre en tant qu'autre sans reconna&#238;tre ses besoins. Chaque individu est un &#234;tre de besoins, de besoins qui le mettent en relation sociale. Ils doivent &#234;tre satisfaits, autant pour qu'il puisse survivre que pour qu'il puisse se d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Enfin l'autre existe dans la soci&#233;t&#233; en tant que personne ayant des droits. C'est ici que la revendication de &lt;i&gt;l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt; est &#224; sa bonne place. Les individus ont des capacit&#233;s diff&#233;rentes, ils ont des besoins diff&#233;rents. On ne peut mesurer ni les capacit&#233;s ni les besoins : impossible alors de les poser comme &#233;gaux entre eux, ce serait r&#233;pressif. Mais en tant qu'adultes capables de d&#233;cider ce qui est juste dans les relations entre eux, les individus sont &#233;gaux. Ils ont chacun le m&#234;me droit &#224; &#234;tre respect&#233;, &#224; participer &#224; l'&#233;laboration des lois. En d&#233;mocratie chacunE a une voix. ChacunE a le m&#234;me droit &#224; s'engager librement dans des relations contractuelles. Les diff&#233;rences entre individus ne doivent justifier aucun rapport de discrimination ou de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous esp&#233;rons que ces petites sayn&#232;tes vous ont intrigu&#233;Es et vous ont donn&#233; envie de monter dans le train. Car maintenant nous allons parler successivement et plus en d&#233;tails de ces trois modalit&#233;s dans lesquelles nous sommes en relation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.La socialisation des activit&#233;s : la collaboration sociale, le travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A. La libert&#233; fonci&#232;re des gestes et de la pens&#233;e, et les contraintes qui p&#232;sent sur elles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit que la caract&#233;ristique principale de la relation sociale dans laquelle les individus entrent par leurs activit&#233;s est la libert&#233;. Chaque individu est l'auteur de ses gestes et de ses pens&#233;es. C'est lui, et lui seul, qui met en mouvement ses bras et sa pens&#233;e. Bien s&#251;r il peut &#234;tre contraint. Mais c'est justement dans sa libert&#233; de bouger et de penser qu'il peut &#234;tre contraint : c'est sa libert&#233; qui peut &#234;tre contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous distinguons deux sortes de contraintes qui peuvent s'exercer dans les relations de travail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Il y a les contraintes inh&#233;rentes &#224; tout travail effectu&#233; dans un rapport de collaboration. Ce rapport est d'autant plus difficile &#224; g&#233;rer &#224; mesure qu'on passe de l'&#233;chelle d'un m&#233;nage, d'une petite entreprise, d'un quartier, &#224; celle d'une ville, d'une r&#233;gion, puis au niveau plan&#233;taire. A tous les niveaux surgissent des contraintes diverses, des malentendus, des conflits ; c'est &#224; travers bien des difficult&#233;s que les travailleurs parviendront &#224; g&#233;rer collectivement &#224; la fois leur propre travail et la fa&#231;on dont ce travail s'inscrit dans la soci&#233;t&#233;. A travers ces difficult&#233;s c'est la libert&#233; &lt;i&gt;concr&#232;te&lt;/i&gt; des travailleurs qui est en jeu. La libert&#233; n'est pas un tr&#233;sor cach&#233; dans le secret des individus, qu'il devrait prot&#233;ger contre les al&#233;as de la vie sociale. La libert&#233; se joue dans les relations concr&#232;tes, c'est le risque de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Il y a la contrainte inh&#233;rente au rapport de production capitaliste. Ici la volont&#233; des travailleurs est soumise &#224; la volont&#233; d'un autre, celui qui a achet&#233; sa force de travail. Ici on peut parler &#224; juste titre d'&lt;i&gt;ali&#233;nation&lt;/i&gt;. Ici le travailleur a vendu sa libert&#233; pour un plat de lentille, sa libert&#233; de configurer lui-m&#234;me ses relations avec ses collaborateurs, de d&#233;cider en collectif de tout ce qui concerne son activit&#233;, en particulier de l'utilit&#233; sociale de son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion entre ces deux aspects est soigneusement entretenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contraintes dues aux rapports de collaboration sont identifi&#233;es aux contraintes dues au commandement capitaliste et &#224; l'exigence de rentabilisation qui se cachent derri&#232;re. C'est ainsi que la propagande capitaliste camoufle sa dictature : il faut bien qu'une direction soit donn&#233;e au travail en commun. L'autogestion ? Ca ne peut pas marcher, c'est bien connu. Il est bien plus avantageux pour les travailleurs de laisser les patrons diriger, quitte &#224; ce que les syndicats les remettent de temps en temps &#224; l'ordre lorsqu'ils exag&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une autre fa&#231;on d'entretenir la confusion, qui n'est pas moins lourde de cons&#233;quences. C'est de dire que le travailleur qui a vendu sa force de travail est radicalement ali&#233;n&#233;. Son activit&#233;, qui lui est pourtant propre, ne lui appartient plus du tout. Il n'est plus qu'un rouage dans le m&#233;canisme broyeur d'humains du capital. Voir le travailleur ainsi c'est le &lt;i&gt;m&#233;-priser&lt;/i&gt;. C'est &#034; mal le prendre &#034; ! Il n'est plus vu comme un &#234;tre humain, comme un &#234;tre libre. Alors que le capitaliste tend &#224; r&#233;duire &lt;i&gt;pratiquement&lt;/i&gt; le travailleur &#224; un objet dont il dispose, cette fa&#231;on de voir r&#233;duit &lt;i&gt;dans la pens&#233;e, dans la th&#233;orie&lt;/i&gt;, le travailleur &#224; un objet. C'est porter &#224; l'absolu la domination capitaliste. La seule solution qui reste au travailleur est alors la fuite. Mais cela rencontre la tactique des capitalistes : &#171; Vous n'&#234;tes pas content ? Vous &#234;tes libre, la porte est l&#224; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux aspects dans la relation de travail en r&#233;gime capitaliste qu'il faut apprendre &#224; distinguer. Le travailleur reste l'auteur de son travail, de ses relations avec ses coll&#232;gues. Il peut &#234;tre fier de lui-m&#234;me, m&#234;me si la domination qui s'exerce sur lui est aussi f&#233;roce que dans les &lt;i&gt;maquilladoras&lt;/i&gt;. Il y a des rapports de force sur lesquels il ne peut avoir de prise individuellement, et &lt;i&gt;il faut respecter sa soumission&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pas facile &#224; entendre pour qui est impatient de se battre ! Mais quand on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'essentiel est que cela ne l'emp&#234;che en rien de lutter. Ni de soigner son travail dans les cas o&#249; il est quand m&#234;me socialement utile, ni de cultiver les relations de solidarit&#233; avec ses coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;B. La schizophr&#233;nie entre activit&#233; et pens&#233;e : la s&#233;paration entre le travail et le sens donn&#233; au travail.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;fini le travail comme &#171; facult&#233; de faire &#187; r&#233;sidant dans tout individu. Cette &#171; facult&#233; de faire &#187; est &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt; &#171; facult&#233; de penser &#187;, de donner un sens &#224; ce qui est fait. Le geste de faire ne peut &#234;tre s&#233;par&#233; du sens que lui donne l'auteur du geste. La s&#233;paration entre travail dit manuel et travail dit intellectuel est impos&#233;e par le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La facult&#233; de penser du travailleur est mise &#224; rude &#233;preuve : va-t-il donner sens &#171; apr&#232;s-coup &#187; &#224; son travail, alors que dans les faits ce n'est pas lui qui est le ma&#238;tre du sens de son travail ? Ou va-t-il &#171; laisser tomber &#187;, car &#171; &#231;a ne sert &#224; rien de se prendre la t&#234;te &#187; ? C'est ce qui se passe : les travailleurs se sont habitu&#233;Es &#224; penser ce qui est pensable : la famille, la tv, la politique. Au Saint Capital de donner au travail son orientation, son sens, pourvu qu'ils nous accorde notre pain quotidien. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le processus de collaboration, d&#233;velopp&#233; sous la domination du capital, est emp&#234;ch&#233; par lui de devenir aussi processus d'&#233;laboration collective par les travailleurs eux-m&#234;mes des buts et du sens du travail.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pens&#233;e ne s'exerce pas au sein m&#234;me du travail, il reste apr&#232;s les heures de travail trop peu de temps pour s'y mettre s&#233;rieusement, d'autant plus que la fatigue est l&#224;. Les syndicats luttent bien contre les exag&#233;rations patronales sur certains aspects du travail, mais en aucun cas sur son sens ou son non-sens. Si Rolex engage du personnel, c'est bien, qu'importe si c'est pour produire des montres &#224; 50.000 francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes trop laiss&#233;s fasciner par la seule critique n&#233;gative de l'asservissement dans le travail. Cette critique ne prend tout son sens que si nous savons aussi voir les forces actives sous le couvercle. Le but n'est pas de d&#233;courager ! Comment est v&#233;cu le travail ? Comment les travailleurs interpr&#232;tent-ils leur r&#244;le, au double sens du mot interpr&#233;ter : comment ils jouent pratiquement leur r&#244;le, et comment ils l'interpr&#232;tent, ce qu'ils en pensent. Nous voulons dire tout haut ce qui se dit tout bas. Il y a une guerre id&#233;ologique trop dissimul&#233;e dans le secret des consciences priv&#233;es. Meilleure fa&#231;on que ces pens&#233;es restent dans le flou, n'accouchent pas d'une conscience claire. C'est en disant les choses que nous cr&#233;ons des liens authentiques, et par l&#224; la possibilit&#233; d'agir ensemble, de prendre des risques ensemble, de lutter. Nous sommes habitu&#233;s &#224; ce que ce soient les capitalistes qui organisent et pensent la coh&#233;rence de la vie productive, de la vie sociale, &#224; notre place. Nous voulons rallumer la guerre id&#233;ologique &lt;i&gt;au plus pr&#232;s&lt;/i&gt; de ce que chacunE &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; pratiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique ne s'est que trop laiss&#233;e confiner au-dessus des activit&#233;s r&#233;elles, au-dessus du travail : manif le samedi, au boulot lundi ! Nous sommes encore trop habitu&#233;Es &#224; penser en &#233;levant nos regards au-dessus du v&#233;cu. Penser politique revient trop souvent &#224; faire abstraction de la banalit&#233; du v&#233;cu quotidien consid&#233;r&#233; comme &#171; anecdotique &#187;. Mais rien de ce que nous faisons ou disons n'est anodin, tout &#224; chaque instant est tr&#232;s significatif. Ce que nous faisons en travaillant est tr&#232;s significatif, et en m&#234;me temps la signification sociale de notre travail ne nous appartient pas vraiment. Dans le travail nous sommes &#224; la fois nous-m&#234;mes et pas nous-m&#234;mes. &#171; Je ne suis pas ce que je fais ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;me de l'individu post-moderne est coup&#233;e en deux morceaux :&lt;br&gt; Premier morceau. Chacun est somm&#233; d'&#234;tre soi-m&#234;me, original, unique, seul contre tous finalement ; il lui est demand&#233; de non plus seulement mettre son corps &#224; la disposition du patron, mais aussi son &#226;me, il doit &#234;tre motiv&#233;, plein d'esprit d'initiative. Il est aussi somm&#233; d'avoir une opinion politique, et m&#234;me d'&#234;tre au clair sur le sens ou le non-sens de sa vie. &lt;br&gt;
Deuxi&#232;me morceau. C'est l'indiff&#233;rence pour ses motivations r&#233;elles : ah, bon ? motiv&#233;, plein d'esprit d'initiative ? Pourquoi alors ne suis-je pas &#233;cout&#233; si j'ai des id&#233;es sur comment faire mieux, dans d'autres rythmes, sur comment am&#233;liorer les relations de travail, si j'ai des id&#233;es sur l'utilit&#233; ou non de ce que nous faisons ? Pourquoi suis-je l&#224; &#224; bosser ? Besoin d'un revenu, d'&#234;tre utile aux autres, int&#233;r&#234;t pour ce m&#233;tier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C. Le travail est la richesse. Mais pour les capitalistes le travail est un co&#251;t.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail est la richesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous devons plusieurs des consid&#233;rations qui suivent &#224; un ouvrier typographe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est le travail qui produit les moyens sociaux de production qui sont actuellement dans les mains des capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finissons ces concepts, car ils sont d'une importance d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les moyens sociaux de production.&lt;/i&gt; C'est tout ce qui permet les activit&#233;s productives. Il y a d'abord la terre, qui au d&#233;part n'appartient &#224; personne. Il y a ensuite tous les b&#226;timents, les machines. Ils sont le fruit du travail. De m&#234;me aussi toutes les innovations technologiques. Tout cela appartient &#224; tous, et ne peut &#234;tre que &lt;i&gt;confi&#233;&lt;/i&gt; &#224; des associations, pour qu'elles les mettent en valeur pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le capital.&lt;/i&gt; Ce sont tous les moyens de production, dans la mesure o&#249; ils ont &#233;t&#233; achet&#233;s par les propri&#233;taires qui disposaient d'assez d'argent. Pour les capitalistes ce sont non seulement les moyens de production qui font partie de son capital, mais aussi les travailleurs qu'il a lou&#233;s sur le march&#233;. Tout ce beau monde, r&#233;uni dans les entreprises, est cens&#233; faire fructifier l'argent ainsi plac&#233;. Si le rendement est meilleur ailleurs, le capitaliste vendra aussit&#244;t l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le subterfuge du capitalisme pr&#233;sente le capital comme la richesse. &#171; Ce sont les investisseurs qui cr&#233;ent des places de travail ! &#187; La finalit&#233; du travail est alors d'augmenter la richesse, c'est-&#224;-dire le capital. &lt;i&gt;Dans cette course &#224; l'accumulation du capital, le travail n'est qu'un co&#251;t.&lt;/i&gt; Le travailleur est sans cesse somm&#233; de justifier le co&#251;t qu'il repr&#233;sente pour le capital : il est en dette chronique. Il doit &#171; gagner sa vie &#187;, gagner le droit de vivre, comme si par sa seule existence il n'&#233;tait encore vivant qu'&#224; moiti&#233;, comme si sa vie, sa facult&#233; de faire, n'&#233;tait pas elle-m&#234;me la richesse, comme s'il n'&#233;tait pas lui-m&#234;me la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'allemand a le m&#234;me mot pour dire la dette et pour dire le p&#233;ch&#233;, la faute : Schuld. Le travailleur doit &#171; racheter &#187; sa vie. Sa venue &#224; l'existence le met en situation de faute, de d&#233;ficit, il doit &#171; justifier &#187; son existence par son travail assidu, il doit justifier ce qu'il co&#251;te &#224; la soci&#233;t&#233;. Sur chaque berceau plane une lourde facture, et chaque humain est cens&#233; passer sa vie &#224; courir apr&#232;s le temps, apr&#232;s le temps qui est sans cesse perdu par le capital pour qu'il puisse survivre, car il n'est qu'un co&#251;t qu'il doit compenser. Une vie salie par le P&#233;ch&#233; Originel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les humains &#233;taient encore tr&#232;s d&#233;munis face aux forces de la nature, celle-ci pouvait appara&#238;tre comme source &#224; la fois de toute richesse et de toute raret&#233;. Maintenant nous ne pouvons plus ignorer que c'est le processus de coop&#233;ration sociale qui est la source de toute richesse. Les inventions techniques, les machines, toute la vertigineuse augmentation de la productivit&#233; du travail, tout cela est le fruit du d&#233;veloppement de la coop&#233;ration sociale. De la cr&#233;ativit&#233; collective des travailleurs, de la transformation par eux des relations dans lesquelles ils travaillent. Sous la f&#233;rule du capital, certes, mais ce n'est pas le fouet qui produit, c'est toujours et encore les travailleurs eux-m&#234;mes. C'est pur f&#233;tichisme que d'attribuer aux machines l'essor de la productivit&#233;. Dans cette optique le travailleur ne serait qu'un appendice de la machine, une partie de ce que co&#251;te la machine au capitaliste, car il faut bien finalement un &#234;tre humain vivant pour &#171; faire marcher la machine &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est faire marcher le monde sur la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois ce sont les dieux qui ont &#233;t&#233;s consid&#233;r&#233;s comme la source de la richesse ; les humains ne s'&#233;taient pas encore d&#233;couverts comme &#233;tant eux-m&#234;mes les auteurs autant des dieux que de toute richesse. Aujourd'hui les dieux ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s de la sc&#232;ne productive, mais le f&#233;tichisme est rest&#233; : les humains n'ont pas fini de se prosterner devant le produit de leurs mains et de leurs imaginations, devant le produit de leurs activit&#233;s vivantes mat&#233;rialis&#233;es dans les marchandises, dans les machines, et finalement dans l'argent qui les re-pr&#233;sente. Ils ne voient pas en eux-m&#234;me la source de la richesse, mais dans les choses, que pourtant ils ont fa&#231;onn&#233;es ; ces choses se dressent ensuite contre leurs auteurs, contre le travail, et l'asservissent. Les capitalistes ne sont rien d'autre que les officiants de ce th&#233;&#226;tre, les pr&#234;tres r&#233;tribu&#233;s de ce Veau d'Or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe du travail en r&#233;gime capitaliste est d'&#234;tre la source de la richesse, &lt;i&gt;mais contrainte &#224; produire son contraire, la raret&#233;&lt;/i&gt;. Le travail existe comme activit&#233; par laquelle les humains surmontent la pr&#233;carit&#233; de leurs existences et la raret&#233;. On peut distinguer trois phases dans l'histoire du d&#233;veloppement du travail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La nature est source de la richesse autant que de la raret&#233; : les humains sont livr&#233;s &#224; ses caprices. Tout le travail est organis&#233; directement au sein des communaut&#233;s. Les relations &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233; pourvoient &#224; tout ce qui est n&#233;cessaire - si la nature le veut bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) L'augmentation de la productivit&#233; du travail permet la cr&#233;ation d'un &lt;i&gt;surplus social sporadique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore merci &#224; notre ami typographe pour ces id&#233;es &#233;clairantes ! Toute cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela permet le d&#233;veloppement du troc, puis des &#233;changes, d'abord &#224; la p&#233;riph&#233;rie des communaut&#233;s, puis de plus en plus largement. L'&#233;change tient sa raison d'&#234;tre des surplus qui apparaissent dans une communaut&#233; et qui deviennent disponibles. Le d&#233;veloppement des &#233;changes r&#233;agit ensuite sur les rapports de production traditionnels de la communaut&#233;, car ensuite l'&#233;change se d&#233;veloppe en son sein. Il na&#238;t une &lt;i&gt;production pour l'&#233;change&lt;/i&gt;, et les relations sociales traditionnelles sont tendanciellement d&#233;truites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) L'augmentation de la productivit&#233; du travail cr&#233;e un &lt;i&gt;surplus social constant&lt;/i&gt; : au niveau social il est produit plus qu'il est n&#233;cessaire pour assurer la seule survie de tous. Dans cette situation la majorit&#233; des relations de travail sont organis&#233;es &#224; travers l'&#233;change des marchandises. Ce mode d'organisation du travail devient irrationnel. La collaboration entre les travailleurs se d&#233;veloppe, les conditions sont r&#233;unies pour qu'ils organisent leurs relations directement eux-m&#234;mes : et pourtant leurs relations d&#233;pendent des al&#233;as du march&#233;. C'est dans cette p&#233;riode que l'immixtion du capitalisme met les travailleurs eux-m&#234;mes sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade, c'est le capital qui s'est interpos&#233;, organisant bien le travail &#224; l'&#233;chelle de toute la soci&#233;t&#233;, mais toujours &#224; travers le march&#233;. Profitant de cette position d'interm&#233;diaire oblig&#233; il s'impose au travail &#224; la fois comme gaspillage forcen&#233; et comme raret&#233; entretenue pour obliger les travailleurs &#224; accepter ses conditions. Le capital ne peut asservir le travail qu'en entretenant artificiellement la raret&#233;. Si la finalit&#233; du travail est de surmonter la raret&#233;, on peut dire que la lutte pour surmonter l'emprise du capital est un aspect essentiel du travail !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La socialisation des besoins&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit que les individus participent aux relations sociales en tant qu'ils ont des besoins. Ces besoins demandent &#224; &#234;tre reconnus &lt;i&gt;sororalement et fraternellement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partons du fait que la collaboration sociale est d&#233;velopp&#233;e jusqu'au niveau plan&#233;taire. Bien s&#251;r il y a des folies qui naissent de l'exploitation capitaliste. On vend ici des pommes du Chili et on laisse tomber par terre les pommes de chez nous. D'un autre c&#244;t&#233; il y a des &#233;changes qui se justifient au niveau plan&#233;taire. Keynes remarquait d&#233;j&#224; que les personnes et les id&#233;es doivent pouvoir circuler librement, tandis qu'il faudrait limiter la circulation des capitaux et des marchandises ; que le capitalisme fait exactement le contraire.&lt;br&gt; Il faut certes produire les choses au niveau le plus local possible. Mais cela ne veut pas dire tomber dans un communautarisme autarcique pour qui chaque village devrait produire tout ce dont il a besoin. Une fabrique de clous dans chaque village ?&lt;br&gt; Tout cela ne pourra se discuter concr&#232;tement qu'&#224; mesure du processus de r&#233;appropriation de la production par les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre soci&#233;t&#233; la collaboration dans la soci&#233;t&#233; est d&#233;velopp&#233;e &#224; un point tel que plus personne ne produit pour soi-m&#234;me, mais seulement pour les autres ; de plus, personne ne produit tout seul : chacun &lt;i&gt;coop&#232;re&lt;/i&gt; &#224; la production sociale des biens et services. Ce que fait chaque travailleur est indissolublement combin&#233; avec ce que font ceux qui travaillent avec lui.&lt;br&gt;
Comment mesurer le travail fourni par chacunE ? Comment le comparer avec le travail fourni par les autres ? C'est tout simplement impossible. C'est comme vouloir comparer l'eau et l'huile. On ne peut pas mesurer le travail. C'est pourquoi les diff&#233;rences salariales actuelles ne naissent pas d'une pr&#233;tendue loi de la valeur du travail individuel, mais ne sont que le r&#233;sultat des rapports de force entre les diff&#233;rentes couches sociales impliqu&#233;es dans la production.&lt;br&gt;
&#171; A travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187; ? M&#234;me si on arrive &#224; penser que deux personnes ont la m&#234;me capacit&#233; de travail, ce qui est d&#233;j&#224; un fantasme, ces deux personnes ne peuvent avoir les m&#234;mes besoins, c'est un fantasme encore plus dangereux.&lt;br&gt;
Pour satisfaire ses propres besoins chacun d&#233;pend totalement de la soci&#233;t&#233;, du travail des autres. Comment va s'effectuer le partage des moyens de subsistance qui ont &#233;t&#233; produits ? D'une fa&#231;on ou d'une autre il faut trouver une solution pour distribuer ce qui a &#233;t&#233; produit par les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'au niveau d'une collectivit&#233; qu'il peut y avoir corr&#233;lation entre la quantit&#233; globale de travail fourni et la quantit&#233; globale de biens que ce travail a produit. La masse des besoins pouvant &#234;tre satisfaits d&#233;pend en effet de la masse des biens et services produits. Ce n'est donc qu'au niveau des collectivit&#233;s que peuvent se prendre les d&#233;cisions concernant la distribution &#224; ses membres tant du travail global que des revenus globaux.&lt;br&gt;
La reconnaissance de ce fait n'implique pas que la collectivit&#233; doive d&#233;terminer pour chaque individu comment il doit mettre ses facult&#233;s en jeu dans la production, ni que la collectivit&#233; doive d&#233;terminer quels sont ses besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire. La responsabilit&#233; individuelle n'a de sens qu'au sein du processus social. C'est une responsabilit&#233; concr&#232;te. Comment chacun met concr&#232;tement en &#339;uvre sa libert&#233; au sein des conditions historiques et sociales dans lesquelles il vit. Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; un principe abstrait de libert&#233;, principe finalement individualiste, et de l'autre les exigences de la vie en soci&#233;t&#233; qui restreindraient ou annihileraient cette libert&#233;. Car c'est en prenant forme dans la vie avec les autres que la libert&#233; s'exerce. Une libert&#233; concr&#232;te, dans laquelle chacun s'affirme avec ses initiatives, sa cr&#233;ativit&#233; ; chacun s'inscrit &#224; sa fa&#231;on dans le jeu social h&#233;rit&#233; des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes ; chacun contribue &#224; fa&#231;onner les activit&#233;s dans lesquelles il coop&#232;re &#224; la production sociale ; chacun est responsable de ses choix en tant que consommateur. Il exerce concr&#232;tement sa libert&#233; au sein de la collectivit&#233; en n&#233;gociant en son sein la part de la production sociale qu'il revendique pour ses besoins. Comme il affirme librement ses besoins en choisissant tel produit ou service, il fa&#231;onne et pilote par l&#224; m&#234;me la production sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;flexions th&#233;oriques ne doivent pas &#234;tre prises comme des directives &#224; appliquer. Par exemple : nous avons reconnu qu'il n'y a pas de couplage direct possible entre travail et revenu. Cette reconnaissance th&#233;orique a pour but de servir de &lt;i&gt;boussole&lt;/i&gt;. Forts de cette clarification nous pouvons orienter les choix &#224; faire dans chaque circonstance concr&#232;te afin de cheminer en direction d'une bonne sant&#233; des relations sociales. Tout d&#233;pend des circonstances locales et historiques, et surtout des d&#233;cisions que prendront les acteurs concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Revenus et motivation pour travailler.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur cette question que les confusions sont le plus habilement entretenues par la propagande capitaliste. La n&#233;cessit&#233; du travail est con&#231;ue comme une sorte de joug qui p&#232;se sur les &#234;tres humains. Le progr&#232;s est con&#231;u comme conqu&#234;te de plus de temps libre gr&#226;ce aux augmentations de la productivit&#233; du travail. On travaille &#171; pour gagner sa vie &#187;, comme si la vraie vie ne commen&#231;ait qu'&#224; partir du moment o&#249; on a fini de d&#233;penser sa sueur pour les autres. C'est un v&#233;ritable drame historique que la gauche et l'extr&#234;me-gauche n'aient fait sur ce point que reprendre la chanson dominante. Le refus de perdre sa vie &#224; la gagner est compl&#232;tement ambigu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Il y a le refus l&#233;gitime de laisser d&#233;terminer la mise en &#339;uvre de sa facult&#233; de faire individuelle par les exigences de valorisation du capital ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Ce refus l&#233;gitime ne doit pas &#234;tre absolutis&#233; et aboutir au refus du travail salari&#233; lui-m&#234;me, consid&#233;r&#233; comme pur asservissement et comme punition. Ce serait vider le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain ! C'est se rendre aveugles au fait que la lutte contre le commandement capitaliste est men&#233;e par les travailleurs partout et tant bien que mal au sein de leur travail. Ces luttes ont un urgent besoin de perspectives autres que seulement r&#233;formistes et d&#233;fensives ! Gorz a autrefois salu&#233; le fait que l'augmentation de la productivit&#233; du travail allait permettre de diminuer cette calamit&#233; du travail asservi aux n&#233;cessit&#233;s de la machine ( et donc du capital) au profit de plus de &#171; temps libre &#187; et d' &#171; activit&#233;s &#187; enfin cr&#233;atrices et dignes de l'&#234;tre humain. La r&#233;volte de 68 est largement tomb&#233;e dans ce panneau, croyant lutter aux c&#244;t&#233;s des travailleurs en luttant contre le travail salari&#233;. Le discours des socialistes sur les 35 heures est du m&#234;me tabac. C'est cette confusion th&#233;orique qui a permis &#224; un Sarkozy de se poser en seul v&#233;ritable d&#233;fenseur de la &#171; France qui se l&#232;ve t&#244;t et qui travaille &#187;, contre les profiteurs qui cherchent &#224; &#233;chapper au travail gr&#226;ce &#224; diff&#233;rentes planques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lever les confusions qui aboutissent &#224; un d&#233;nigrement des motivations des travailleurs il faut distinguer plusieurs aspects dans ces motivations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) On peut partir de la situation du b&#233;b&#233;. Il est assur&#233; des ses besoins par l'abondance du lait maternel, par l'attention et par les soins de ceux qui s'occupent de lui, par tous les dispositifs sociaux qui lui assurent la s&#233;curit&#233; bien avant qu'il puisse en prendre conscience. Fort de ce que lui assure ce cadre, il va se mettre &#224; jouer et d&#233;couvrir le monde. Cette activit&#233; est gratuite et cr&#233;atrice. Elle se retrouve chez l'adulte comme joie d'apprendre et de mettre en &#339;uvre ses facult&#233;s. La satisfaction des besoins pr&#233;c&#232;de le travail. D'aucuns ont pens&#233; que Dieu s'est repos&#233; le septi&#232;me jour. Pour les premiers chr&#233;tiens le dimanche &#233;tait consid&#233;r&#233; comme le premier jour de la semaine : on travaillera apr&#232;s. La soci&#233;t&#233; n'a pas support&#233; cette id&#233;e : les jours o&#249; on ne travaille pas se nomment &lt;i&gt;week-end&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) C'est avec le m&#234;me plaisir gratuit que l'enfant s'associe peu &#224; peu aux activit&#233;s par lesquelles les adultes travaillent &#224; produire les conditions n&#233;cessaires &#224; la vie en communaut&#233;, conditions tant culturelles que pratiques. Il apprend &#224; parler, il apprend &#224; s'habiller, il apprend a collaborer &#224; la cuisine et aux travaux des champs. Il apprend que sa facult&#233; de faire lui permet de vivre avec les autres, c'est-&#224;-dire de vivre humainement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Il se heurte un jour, au plus tard d&#232;s son embrigadement dans l'&#233;cole, au syst&#232;me qui place sa facult&#233; d'apprendre et de faire sous le joug des punitions et r&#233;compenses. Il apprend que sa facult&#233; de faire a besoin d'un motif ext&#233;rieur, autoritaire, pour &#234;tre mise en &#339;uvre. Au XIX&#232;me si&#232;cle de nombreux p&#233;dagogues comme Tolsto&#239;, Ferrer et bien d'autres, se sont oppos&#233;s &#224; ce d&#233;veloppement de l'&#233;cole, que le capitalisme n'a arrach&#233; &#224; l'Eglise que pour l'asservir &#224; l'Etat et &#224; ses fins. Le but du capital est s'asservir la facult&#233; de faire &#224; l'imp&#233;ratif autoritaire et ext&#233;rieur de sa rentabilisation. Il est alors vital pour lui que d&#233;j&#224; la facult&#233; de penser, qui est un aspect essentiel de la facult&#233; de faire, soit soumise d&#232;s l'enfance &#224; l'habitude de se laisser d&#233;terminer par une autorit&#233; ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) D&#232;s lors un cercle vicieux se boucle : le travail comme l'apprentissage scolaire sont v&#233;cus comme des devoirs sociaux. &#171; Sans le jeu de la carotte et du b&#226;ton, les &#233;l&#232;ves partiraient dans les buissons et les travailleurs partiraient &#224; la p&#234;che ! &#187; Ceux qui pensent ainsi ne voient pas l'effet destructeur de ce m&#233;canisme sur la joie d'apprendre qui anime les enfants d&#232;s le berceau. C'est le travail sous la f&#233;rule qui engendre la haine justifi&#233;e du travail. Le motif qui gouverne ce cercle vicieux est le chantage au revenu. Chacun lutte contre tous pour assurer sa survie et son confort. Ceux qui sont plac&#233;s le plus bas dans l'&#233;chelle sociale sont oblig&#233;s de se contenter des travaux les plus p&#233;nibles et les moins bien pay&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Dans cette situation v&#233;ritablement infernale le besoin d'un revenu est une motivation centrale des travailleurs. D&#233;valoriser ce fait serait une grave erreur. C'est une motivation vitale. Ceci constat&#233;, c'est se condamner aux cha&#238;nes &#233;ternelles que de croire que l&#224; est le motif naturel, central et unique du travail. C'est un asservissement historique. C'est faire de la motivation au travail une motivation essentiellement asociale. &#171; Je ne travaille avec vous que pour pouvoir encaisser mon petit salaire. &#187; Une lutte de tous contre tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;samor&#231;age de ce cercle satanique passe par la clarification de cette question :&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment penser le travail salari&#233; hors de son asservissement &#224; l'autorit&#233; du capital ? Comment la libre coop&#233;ration des facult&#233;s de faire propre &#224; chaque personne doit-elle s'articuler concr&#232;tement avec le fait que les travailleurs ont besoin d'&#234;tre assur&#233;s de disposer de ce dont ils ont besoin pour vivre, eux et leurs familles ? Et comme nous ne voulons pas seulement construire une utopie bien-pensante, mais &#233;clairer les luttes actuelles : Comment discerner &lt;i&gt;dans ce qui se passe aujourd'hui&lt;/i&gt; ce qui va dans le sens d'une lib&#233;ration par les travailleurs salari&#233;s de leur asservissement au chantage capitaliste ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment concevoir le processus d'&#233;mancipation des travailleurs &lt;i&gt;au sein m&#234;me du travail exploit&#233;&lt;/i&gt;, et non comme fuite hors du travail exploit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.La garantie sociale des droits.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit que les individus ont des droits. C'est le troisi&#232;me aspect de leurs relations sociales. Dans quelles relations ces droits sont-ils garantis ? Les r&#232;gles qui assurent &#224; chaque individu qu'il puisse agir librement et que ses besoins soient sororalement et fraternellement satisfaits, ces r&#232;gles doivent &#234;tre les m&#234;mes pour touTEs, et la voix de chaque individu doit &#234;tre prise en consid&#233;ration au m&#234;me titre que n'importe quelle autre voix. Il s'agit ici de la justice, des lois, et de la d&#233;mocratie. Ces fonctions sont assur&#233;es actuellement par l'Etat. C'est ici que le jeu d&#233;mocratique a sa place : de veiller sur les droits, sur tout ce en quoi les humains sont &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que dans les deux autres domaines des relations sociales, celui des relations par les activit&#233;s et celui des relations par les besoins, &lt;i&gt;l'Etat n'a pas sa place&lt;/i&gt;. Dans ces domaines les humains ne sont pas &#233;gaux.&lt;br&gt; Dans le domaine des activit&#233;s, les associations de producteurs doivent pouvoir r&#233;gler leurs affaires selon leurs comp&#233;tences sp&#233;cifiques. Les producteurs de chaussures sont seuls &#224; conna&#238;tre leur affaire, et ils sont seuls comp&#233;tents pour d&#233;cider de ce qui les concerne. Dans le domaine des activit&#233;s culturelles l'Etat n'a pas &#224; mettre son grain de sel : les associations culturelles sont libres. La libert&#233; des activit&#233;s culturelles implique que les &#233;coles soient lib&#233;r&#233;es de la tutelle des programmes d&#233;cid&#233;s par des fonctionnaires de l'Etat. Le r&#244;le de l'Etat doit se borner &#224; assurer l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s de touTEs &#224; l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les droits des travailleurs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport entre travail et besoins est d&#233;termin&#233; actuellement par les lois du march&#233; : le march&#233; du travail ! C'est l'essence du capitalisme de faire des travailleurs des marchandises. Les salaires d&#233;pendent de l'offre et de la demande, mais les besoins des travailleurs existent ind&#233;pendamment de ce que peuvent fixer les lois du march&#233;. La reconnaissance de ces besoins ne peut se faire que par des n&#233;gociations entre tous ceux qui travaillent, des n&#233;gociations o&#249; chacunE peut faire valoir ses besoins, quel que soit son niveau de responsabilit&#233; dans une entreprise. Le march&#233; du travail doit &#234;tre aboli. Aux travailleurs de fixer les conditions de revenus auxquels il leur est possible de travailler. &lt;i&gt;Il s'agit de contrats, qui rel&#232;vent du domaine du droit&lt;/i&gt;, et non pas des al&#233;as des m&#233;canismes &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;canismes &#233;conomiques doivent au contraire &#234;tre mis devant les &lt;i&gt;faits accomplis&lt;/i&gt; : les conditions auxquelles les travailleurs sont d'accord de travailler. Tout &#224; fait de m&#234;me que les m&#233;canismes &#233;conomiques sont aussi plac&#233;s devant cet autre fait accompli : les conditions locales, fertilit&#233; plus ou moins grande des terres, machines disponibles, niveau d'instruction de la population, capacit&#233;s locales sp&#233;cifiques, etc. Le jeu des prix se constitue &#224; partir de ces conditions, il n'a pas de prise sur elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;tablit ainsi un d&#233;couplage entre travail et revenus. Ce d&#233;couplage est loin d'&#234;tre une utopie : il est d&#233;j&#224; largement r&#233;alis&#233;, m&#234;me si c'est souvent dans un mauvais sens. (Par exemple, les paysans : ils sont subventionn&#233;s, mais travaillent plus que les autres pour moins de revenu.) Le travail fourni a de moins en moins &#224; voir avec les revenus obtenus. Les conventions collectives, les acquis sociaux, les subventions (agriculture !), les lois du travail, sont d&#233;j&#224; des r&#232;gles impos&#233;es par les travailleurs, et que les m&#233;canismes &#233;conomiques prennent d&#233;j&#224; comme des faits accomplis en dehors d'eux, comme des conditions qui leur sont tout autant impos&#233;es que les conditions naturelles. Le r&#244;le de l'Etat est de garantir l'&#233;galit&#233; dans ces n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement l'Etat n'est manifestement pas en position de garantir cette &#233;galit&#233;. Le d&#233;mant&#232;lement actuel des &#171; acquis sociaux &#187; provient de la position de force du capital, qui place l'employeur dans une position de pouvoir. Comme Marx l'a montr&#233;, le contrat de travail est alors un simulacre de contrat. C'est un contrat de vente entre partenaires radicalement in&#233;gaux. Les d&#233;s sont pip&#233;s. D'o&#249; vient cette position de force du capital ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le droit de disposer de la terre et des moyens sociaux de production.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire d'aller vers l'abolition du march&#233; des capitaux. Le droit de disposer des moyens sociaux de production est vendu &#224; ceux qui ont l'argent n&#233;cessaire pour les acqu&#233;rir. Des droits qui s'ach&#232;tent : c'est la d&#233;finition m&#234;me de la corruption. Le droit est corrompu. Il manque les institutions sociales capables d'accorder ou retirer ce droit selon des crit&#232;res &#233;labor&#233;s d&#233;mocratiquement. Les personnes qui d&#233;montrent la capacit&#233; de faire un usage social des moyens sociaux de production, qui pr&#233;sentent un projet int&#233;ressant pour la soci&#233;t&#233;, doivent pouvoir se faire accorder le droit de disposer librement des moyens n&#233;cessaires. La libre initiative des individus est incontournable. Les entreprises, les associations, les coop&#233;ratives, devraient pouvoir disposer des moyens sociaux de production dont ils ont besoin. Propri&#233;t&#233; conditionnelle, r&#233;vocable s'ils ne remplissent plus leur contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement la discussion sur la propri&#233;t&#233; est largement bloqu&#233;e. L'exp&#233;rience communiste a d&#233;montr&#233; que l'Etat ne peut devenir propri&#233;taire des moyens de production sans devenir une dictature sur les travailleurs. On n'ose pas revenir sur le sujet. Et pourtant la suppression du march&#233; des capitaux n'est pas une lointaine utopie : les droits de propri&#233;t&#233; sont d&#233;j&#224; r&#233;glement&#233;s. C'est un processus qui est d&#233;j&#224; en cours, et qu'il faut continuer &#224; pousser dans le bon sens. Par exemple, les propri&#233;taires de logements ne peuvent pas faire tout ce qu'ils veulent. Les luttes pour l'eau, le p&#233;trole, les services publics imposent des limites aux capitalistes. Ce qui manque, ce sont des affirmations claires : nous ne voulons pas que l'Etat r&#233;gule les march&#233;s des capitaux, nous voulons soustraire les capitaux aux forces du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible d'argumenter en faveur d'une &#233;conomie de march&#233; &#224; condition que le travail et le capital qui ruinent l'&#233;conomie de march&#233; lui soient soustraits. Que les produits du travail soient pr&#233;sent&#233;s aux libres choix des consommateurs sur un march&#233; est pensable. Car ainsi ils peuvent piloter l'&#233;conomie selon leurs d&#233;sirs. Actuellement le jeu des prix est totalement fauss&#233; par ces marchandises qui prennent la premi&#232;re place : les travailleurs, la terre, les machines, les brevets. Ce ne sont des marchandises que par une aberration. Il faut le dire, sinon nos positions sur l'&#233;conomie de march&#233; restent ambigu&#235;s, c'est l'ambigu&#239;t&#233; m&#234;me de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'association de squatters Rhino &#224; Gen&#232;ve est typique : cette association a &#233;t&#233; dissoute et d&#233;clar&#233;e ill&#233;gale parce qu'elle mentionnait dans ses statuts l'objectif de remettre en question le droit absolu des propri&#233;taires. Cet objectif serait en contradiction avec la Constitution suisse qui garantit le droit &#224; la propri&#233;t&#233;. Ce jugement inique du Tribunal F&#233;d&#233;ral n'a provoqu&#233; presque aucune r&#233;action. Il est inique, car il pose le droit de propri&#233;t&#233; comme absolu, alors m&#234;me que dans le droit bourgeois aucun droit de propri&#233;t&#233; n'est en fait absolu. Le Tribunal F&#233;d&#233;ral a fait l&#224; un acte de guerre. &lt;i&gt;Il faudra une formidable accumulation de forces pour imposer un autre r&#233;gime au capital.&lt;/i&gt; Eh bien ! Relevons le d&#233;fi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela il est vital que des positions claires et cr&#233;dibles soient affirm&#233;es haut et fort : esquiver la question, remettre ce d&#233;bat &#224; plus tard, ne pas prendre position ? N'est-ce pas une des raisons pour lesquelles nos luttes manquent de cr&#233;dibilit&#233; ? N'est-ce pas l&#224; que la chatte a mal &#224; la patte ? C'est en affirmant notre refus des march&#233;s du travail et des capitaux que nous sortons de la castration politique. Il s'agit d'un objectif &#224; long terme, bien s&#251;r. Mais il faut l'affirmer clairement. Arr&#234;tons de mettre notre lumi&#232;re sous la table !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le politique est plus que le personnel.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une bataille essentielle des derni&#232;res d&#233;cennies a &#233;t&#233; de montrer les liens entre la sph&#232;re publique (l'histoire de la soci&#233;t&#233; dans sa globalit&#233;) et la sph&#232;re priv&#233;e (nos vies intimes dans leurs d&#233;tails). Quand les luttes politiques se pr&#233;occupaient uniquement de la premi&#232;re, nous avons tir&#233; vers la seconde. Au point d'oublier la premi&#232;re &#224; son tour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ce grand politicien, merveilleux orateur devant les cam&#233;ras, qui travaille ses jeux de mots : tout un attirail discursif de sauts et d'omissions, de promesses finement emm&#234;l&#233;es. Il y a aussi ce jeune homme au m&#233;gaphone, tout entier tendu vers le ciel des id&#233;es, qui tonne contre la classe patronale et chante l'amiti&#233; entre les peuples. Et puis il y a cette femme, qui les empoigne par la main et les fait retomber sur terre. Elle leur plante le nez dans le quotidien capiteux. Elle les tire dans les derniers coins sombres de la &#171; vie priv&#233;e &#187; et leur dit d'ouvrir grand les mirettes, grand, grand, parce que rien d'autre que le blanc de leurs yeux n'&#233;clairera tout ce qui s'y trame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le politique n'est pas born&#233; aux chambres parlementaires ou aux manifestations du samedi. Il est l&#224;, devant soi, dans les besoins quotidiens, dans les gestes et les regards, dans toutes sortes de micro-choix, dans les aises et les inqui&#233;tudes, dans les corps, jusque dans les go&#251;ts. Il est dans les &#171; &#233;vidences &#187; de l'hospitalit&#233; comme dans les &#171; &#233;vidences &#187; de l'ostracisme. Il est dans les petites humiliations r&#233;p&#233;t&#233;es &#224; table. Il est dans les succ&#232;s cr&#233;pitants et leurs poignes de main. Il est dans la disponibilit&#233; qu'une voisine donne &#224; une autre. Il est dans les ventres creux, dans les maladies qui rongent. Il est dans le coeur amoureux qui bat la chamade. Il est dans la honte caverneuse que l'on ressent devant la glace. Il y a d&#233;j&#224; l&#224; des mod&#232;les &#233;conomiques, des rapports de pouvoir, des dominations, des conditionnements, des mod&#232;les de soci&#233;t&#233; &#224; reconduire. Car la structure de cette soci&#233;t&#233; se ramifie jusqu'&#224; l'&#233;chelle des groupes, des individus, et m&#234;me des petits anges et d&#233;mons int&#233;rieurs qui m&#232;nent bataille dans les t&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un courant temp&#233;tueux, gonfl&#233; par l'Histoire, pr&#233;tend &#233;loigner le navire du politique de celui des besoins quotidiens concrets. Le premier fait route vers les hautes-sph&#232;res, la voltige th&#233;orique et les domaines-r&#233;serv&#233;s de quelques &#233;lu-e-s. Le second fait mine de caboter dans ses propres eaux, mais au fond il sait en haussant les &#233;paules qu'il est li&#233; au premier. D'autres courants, plus ou moins subversifs, plus ou moins col&#233;riques, ont voulu casser cette hypocrisie et balancer un c&#226;ble rouge vif entre les deux embarcations : &#171; le personnel est politique &#187;, &#171; le politique est partout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains appellent &#224; la coh&#233;rence : &#171; tu as des grandes id&#233;es ? commence par les appliquer &#224; ton niveau, apr&#232;s on verra. &#187; Certaines, piaffant de hargne devant les jolis jeux vaporeux des rh&#233;teurs-en-cravate, partent t&#234;te baiss&#233;e dans l'humanitaire : les augustes verbiages ne sont sans doute rien &#224; c&#244;t&#233; d'un puits en dur. D'autres travaillent avec minutie sur leurs propres mentalit&#233;s et remanient patiemment leurs r&#233;flexes avec des inconnu-e-s ou dans leur famille. D'autres encore, parfois les m&#234;mes, auto-construisent et bio-labourent avec ardeur. Devant les revendications &#171; sp&#233;cifiques &#187;, homos, fous, h&#233;ro&#239;nomanes, d'aucuns se moquent de trop de dispersion, mais d'autres se r&#233;jouissent d'une politisation cruciale de la vie de tous les jours. Le meilleur ennemi du cynisme, c'est cette recherche incarn&#233;e du sens, ici et maintenant, dans chaque miette de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces courants-l&#224;, ce que nous avons connu de plus pr&#232;s, car certains d'entre nous y ont v&#233;cu (et n'y vivent plus), c'est l'univers ultra-politis&#233; des squats et des mouvements autonomes. Les &#171; maisons franches &#187;, arrach&#233;es &#224; l'imp&#233;ratif du loyer et des salaires que celui-ci rend si n&#233;cessaires, &#233;taient une boule br&#251;lante de libert&#233; : parfaitement hors-la-loi, on pouvait &#171; se r&#233;approprier son temps et son espace de vie &#187;. Ici et maintenant. On n'attendait pas la r&#233;volution pour s'essayer au communisme qu'elle contient en songe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces squats qu'un mauvais journaliste avait qualifi&#233;s de &#171; kibboutz urbains &#187; pouvaient &#234;tre de v&#233;ritables terrains d'aventure sociale. Les formes d'organisation tent&#233;es &#224; l'int&#233;rieur se voulaient plus collectives, solidaires, horizontales. La relation humaine devenait lieu politique, digne de consid&#233;ration et m&#234;me de d&#233;bats appliqu&#233;s, formidablement enrichis par les apports du f&#233;minisme, ou selon les villes, par une id&#233;ologie joyeusement spontan&#233;iste et collectiviste. Le chacun-pour-soi et les oppressions auxquels nous &#233;tions habitu&#233;-e-s &#233;taient traqu&#233;s dans le d&#233;tail du lien entre les personnes et soigneusement renvers&#233;s pour que pas &#224; pas nous puissions devenir plus fort-e-s. Nous apprenions &#224; r&#233;pondre &#224; un besoin relationnel, intime, fort et fier, que les organisations politiques classiques, avec leurs perspectives abstraites et leurs leaders, n'&#233;taient m&#234;me pas en mesure de reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La premi&#232;re marche de l'escalier menant au politique est le soin et l'attention que nous portons &#224; notre propre bien-&#234;tre au sein du groupe o&#249; nous agissons, de m&#234;me qu'au bien-&#234;tre de chacun de ses membres. A quoi bon lutter contre le Mur en Palestine si nous fermons les yeux sur les murs que nous laissons subsister entre nous ? Cette remarque n'est pas moraliste, elle est politique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, mais, mais... Nous avons eu tendance &#224; nous enfermer dans ces marmites de nos r&#234;ves. Les parois de nos squats &#233;taient en fonte : difficile pour quelqu'un-e de l'ext&#233;rieur de rejoindre nos collectifs. Peu d'&#233;lu-e-s &#233;taient pr&#234;t-e-s &#224; renverser tout ce qui dans leur vie les rattachait au vieux monde, depuis les modes d'alimentation jusqu'aux modes d'affection, en passant par le rapport frontal &#224; la justice, &#224; la famille, au travail, aux r&#244;les sociaux &#233;tablis. Et nous marinions dans un bouillon de culture si riche que nous n'avions plus tellement besoin d'en sortir, &#224; part pour faire de la r&#233;cup, ramener du mat&#233;riel, voyager vers une autre marmite. Nos maisons &#233;taient des oasis au milieu d'un d&#233;sert politique. Plus qu'un d&#233;sert politique : un territoire &#233;tranger o&#249; nous ne risquions des incursions que pour l'attaquer, &#224; coups de collages ou d'actions directes. Nous rentrions &#224; la maison en &#244;tant nos manteaux blind&#233;s : &#171; ouf, nous voil&#224; au chaud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, beaucoup de gens sont venus &#224; nous pendant les nombreux &#233;v&#233;nements publics organis&#233;s, mais dans les faits l'accueil n'&#233;tait pas notre fort, et surtout le mouvement inverse &#233;tait rare : &lt;i&gt;nous nous exercions peu &#224; rep&#233;rer ailleurs ce sens politique dont nous &#233;tions friand-e-s et dont nous nous consid&#233;rions un peu comme les seuls d&#233;tenteurs&lt;/i&gt;. Nous ne comptions que sur nous-m&#234;mes. Et pourtant, les belles d&#233;couvertes faites dans les relations avec les proches auraient pu nous aider &#224; percevoir les besoins cach&#233;s sous la normalit&#233; apparente, nous aider &#224; comprendre les gens et &#224; b&#226;tir des liens avec eux tout en ne nous g&#234;nant pas de mettre en avant nos conflits avec certains de leurs comportements et certaines de leurs opinions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'id&#233;e que le &#171; personnel est politique &#187;, nous avons parfois gliss&#233; vers un malentendu, selon lequel il n'y a pas de politique hors de la sph&#232;re du personnel et du quotidien. Nous nous sommes r&#233;tract&#233;-e-s. Nos liens politiques se sont construits surtout sur le mode de l'affinitaire, nous &#233;tions ami-e-s au point de pouvoir habiter ensemble, nous &#233;tions des ra&#239;as. Nous avons parfois oubli&#233; que le politique ne peut se r&#233;duire &#224; la construction de relations affinitaires, aussi chaleureuses et pratiques soient-elles. Le politique, c'est aussi l'apprentissage des actions et des d&#233;cisions avec des inconnu-e-s, parce que je ne me bats pas que pour ma coquille : je suis port&#233; par un projet de soci&#233;t&#233; vers lequel tout le monde, potentiellement, peut converger. Aujourd'hui, toujours dans l'id&#233;e de relier sph&#232;re publique et sph&#232;re priv&#233;e, de n'oublier ni l'une ni l'autre, nous voulons &#234;tre capables de relever des d&#233;fis politiques que la seule forme du groupe affinitaire ne peut affronter. Il est n&#233;cessaire de construire des organisations visibles pour tous et toutes, o&#249; tous et toutes puissent prendre place, quelles que soient les pr&#233;f&#233;rences individuelles concernant les styles de vie. Des organisations o&#249; des gens diff&#233;rents puissent agir ensemble &#171; sur la base d'&#233;nonc&#233;s politiques clairs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous devons ces mots et une part de l'inspiration de ce texte &#224; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;sertion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce texte est une tentative de faire la lumi&#232;re sur la mise en bo&#238;te de notre alt&#233;rit&#233; fondamentale par la soci&#233;t&#233;. Comme l'ont pari&#233; les op&#233;ra&#239;stes italiens lors de l'automne chaud, c'est en nous reliant &#224; notre &#233;tranget&#233; asociale, &#224; la f&#233;rocit&#233; vitale qui nous habite, que nous changerons les rapports sociaux capitalistes. Avec ce privil&#232;ge que nous connaissons d'ores et d&#233;j&#224; les limites de cette &#233;tranget&#233; &#224; nous-m&#234;mes : tandis que la tentation est grande de s'exiler dans un en-dehors id&#233;el, r&#234;v&#233;, la d&#233;sertion sociale ne peut se pratiquer qu'&#224; l'int&#233;rieur de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le besoin de d&#233;sertion est partout&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Pan : &#171; je suis la joie pure, je suis l'innocence, je suis le petit oiseau sorti de sa coquille. Et j'entends le rester pour toujours ; la seule chose qui m'effraie c'est de devoir grandir, d'apprendre des choses graves et &#234;tre un homme &#187;. Ce qui frappe chez Peter Pan, c'est que derri&#232;re le personnage de fiction &#171; gai, innocent et sans c&#339;ur &#187; on entend pleurer un enfant triste. Et ce qui est triste chez Peter Pan, c'est son incapacit&#233; &#224; devenir un &#234;tre humain, condamn&#233; &#224; rester volontairement un personnage de fiction invent&#233; par son auteur et a errer sans fin derri&#232;re l'&#233;cran. Alors qu'il suffirait de le crever pour rejoindre la soci&#233;t&#233;&#8230; et apprendre aux hommes &#224; voler hors des sph&#232;res de la domination !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le film Coffee and Cigarettes de Jarmush, l'accent est mis sur l'incommunicabilit&#233; qui demeure entre les personnages. Au fil des cafeti&#232;res aval&#233;es et des paquets de clopes fum&#233;s ensemble, les personnages qui se parlent &#224; peine semblent incapables de rep&#233;rer qu'il y a malgr&#233; tout interaction entre eux. Jarmusch a fait ce choix : montrer la distance mutuelle que se portent les individus plut&#244;t que l'espace qui les relie. Ce qui m'interpelle, je pense plus particuli&#232;rement au sketch avec Tom Waits et Iggy Pop, c'est la marge que chacun met entre lui et l'autre ; cette nonchalance affich&#233;e dans le dialogue, ce m&#233;pris visiblement assum&#233; envers l'Autre, cette indiff&#233;rence d&#233;fendue contre vents et mar&#233;es, sont le signe d'une adh&#233;sion ind&#233;crottable de chaque personnage &#224; son &#233;tranget&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'&#233;tranget&#233; &#187; est ce qui se per&#231;oit quand nous d&#233;bordons des cases dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Opacit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'opacit&#233; est ce qui persiste entre les &#234;tres quand les mots ne sont pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; latente d&#233;voil&#233;e !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de d&#233;sertion est partout. Il s'incarne chez Peter Pan dans son r&#234;ve de voler au-dessus du Parc de Kensington alors qu'il est un enfant en chair et en os. Parce qu'il y croit dur comme fer, la fiction l'autorise &#224; l'accomplir. Mais de la fiction &#224; la r&#233;alit&#233;, il y a la m&#234;me distance que de la coupe aux l&#232;vres et entre les deux la chute dans la mati&#232;re peut &#234;tre vertigineuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment peut-on &#234;tre assis &#224; la m&#234;me table, partager une cafeti&#232;re et des clopes pendant des heures, et avoir l'impression de ne s'&#234;tre rien &#233;chang&#233; ? Il me semble qu'il faut &#234;tre autiste ! Ou &#234;tre un artiste ! Ou bien s'imaginer que rien mais absolument rien ne se laisse capturer dans une telle promiscuit&#233; silencieuse ? Est-ce que &#231;a laisse entendre qu'on pourrait &#234;tre tout &#224; fait opaques les uns pour les autres ? Qu'on soit irr&#233;m&#233;diablement &#233;tranger les uns aux autres ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les personnages de Jarmusch s'emmerdent coriace. Et ils s'emmerdent si intens&#233;ment qu'on se demande si cette inactivit&#233; n'en masque pas une autre plus profonde : l'action qui vise dans la relation, autour d'un cendrier, &#224; exhiber devant l'autre sa propre opacit&#233;. Tel est l'enjeu : &#171; la supporteras-tu, mon opacit&#233; ? &#187; Et contrairement aux citoyennistes quand ils tendent &#224; r&#233;duire l'humain &#224; son r&#244;le de citoyen, l'opacit&#233; chez les personnages de Jarmusch n'est pas une maladie de l'&#226;me qu'il conviendrait de surmonter pour atteindre la transparence sociale. Au contraire, elle est un besoin &#224; reconna&#238;tre pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le besoin de d&#233;sertion est fond&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Celui qui ose prendre au s&#233;rieux sa pens&#233;e ressentira t&#244;t ou tard ce frisson des Cathares&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Cathares, &#233;blouis par la beaut&#233; lumineuse du Christ, affirmaient que le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : la pens&#233;e cherche le sens de ce qui existe. Et parce qu'elle le cherche, parce qu'elle lui court apr&#232;s, parce que le sens ne vient pas imm&#233;diatement, elle se trouve embarqu&#233;e, par ce d&#233;calage, dans un conflit avec tout ce qui existe. C'est parce que le sens ne se livre pas si facilement qu'il y a conflit. D'o&#249; la tentation de ne percevoir l'intensit&#233; de la pens&#233;e qu'&#224; travers son conflit radical avec l'existant ! Ouais, il en faut du courage pour donner &#224; la pens&#233;e, &#224; l'int&#233;rieur de soi, l'importance qu'elle m&#233;rite, et oser mettre les &#171; faits &#187; visibles &#224; l'&#233;preuve de la pens&#233;e invisible !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du toubib &#224; la caissi&#232;re du supermercado, du chauffeur de tram &#224; Peter Pan, tous sont d'accord pour dire que le monde est en grande partie vou&#233; au Mal. La brutalit&#233; du syst&#232;me capitaliste n'est plus &#224; d&#233;montrer, elle appara&#238;t au grand jour dans toute sa f&#233;rocit&#233;. Les 1001 collaborations m&#234;me minimales qui entretiennent les 1001 rouages de cette essoufflerie mondiale apparaissent dans toute leur m&#233;diocrit&#233;. Et par un r&#233;flexe tout&#173;-&#224;-fait l&#233;gitime, tels Peter Pan, nous sommes terriblement tent&#233;s de consid&#233;rer ce monde, la soci&#233;t&#233;, notre implication l&#224;-dedans, comme &#034;&#233;trangers&#034; &#224; notre vie int&#233;rieure. C'est la d&#233;sertion ! D'o&#249; d&#233;coulent les 1001 replis dans les 1001 refuges sociaux &#233;pars au sein de la soci&#233;t&#233; : du groupuscule affinitaire au squat, de la famille au cercle d'amis cyclistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Invitation &#224; la d&#233;sertion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les progressistes bien-pensants n'osent pas se mesurer &#224; leur opacit&#233; mutuelle comme le font les personnages du film de Jarmusch : ils circulent dans le m&#234;me cr&#233;neau que le capital et ses progr&#232;s parce qu'ils n'ont pas su voir leur propre &#233;tranget&#233; envers toute vie sociale. Sans conscience de leur alt&#233;rit&#233;, de leur &#233;tranget&#233; c'est-&#224;-dire sans avoir tranch&#233; le cordon ombilical qui les relie &#224; la Soci&#233;t&#233;, ils sont trop facilement mobilis&#233;s pour elle. Ils sont trop civilis&#233;s. Qu'ils se d&#233;mobilisent ! Qu'ils s'ensauvagent d'abord, ensuite nous causerons ! &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; est vivante dans la mesure o&#249; ses membres savent imposer le fait qu'ils lui sont toujours partiellement &#233;trangers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;serter en soi-m&#234;me, d&#233;serter du monde en soi, oser se trahir m&#234;me, c'est apprendre &#224; se d&#233;faire de ce qui nous bouffe de l'int&#233;rieur : rep&#232;res identitaires poussi&#233;reux mais toujours en activit&#233;, habitudes relationnelles h&#233;rit&#233;es sans conscience, d&#233;marches sociales sans surprise. Cette qu&#234;te est inh&#233;rente &#224; la recherche r&#233;volutionnaire. Elle r&#233;pond au besoin de se laver de la pression qu'exercent le capital et ses normes toujours plus envahissantes sur le social, et d'abord sur chaque personne, tout en ouvrant de nouvelles pistes d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de d&#233;sertion ne saurait se contenir aux limites de la vie int&#233;rieure dans laquelle se d&#233;bat l'individu. En effet, la d&#233;sertion s'exprime dans des pratiques : tentatives d'autres relations &#233;conomiques, plans r&#233;cup, vol, &#233;cologie radicale, suicide, bouddhisme, d&#233;passement du couple &#171; nous-nous-poss&#233;dons &#187;, d&#233;sob&#233;issance civile ; pratiques r&#233;pandues au sein de la population int&#233;gr&#233;e&#8230; la d&#233;sertion est d&#233;j&#224; en oeuvre dans toutes les couches de la soci&#233;t&#233;. Attention, &#226;mes fragiles : &#231;a s'attrape !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sein de la soci&#233;t&#233;, la d&#233;sertion est un acte politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas nous enfermer dans la critique du tout pour le tout, ni nous p&#226;mer devant la beaut&#233; du n&#233;gatif, bien que nous soyons sensibles aux manifestations ambigu&#235;s du diable et &#224; ses coups de queue d&#233;vastateurs. Nous voulons apprendre &#224; discerner &lt;i&gt;dans ce qui se passe ici-bas&lt;/i&gt; les amorces prometteuses de vie, les germes de subversion. Il faut pour cela crever la b&#226;che des apparences ; r&#233;aliser devant nous-m&#234;mes, par une critique sans piti&#233;, que beaucoup dans ce monde est &#224; d&#233;serter&#8230; pour faire &#233;merger ce qui nous semble prometteur et encourageant : les points d'appui diffus ou vigoureux o&#249; s'ancrent la subversion et l'&#233;mancipation. Parvenir &#224; aff&#251;ter ce regard critique, puis cette attention particuli&#232;re &#224; ce qui doit &#234;tre amplifi&#233;, pr&#233;suppose une rupture pr&#233;alable avec le monde des apparences sociales. Cela pr&#233;suppose une d&#233;sertion des normes : on n'a pas id&#233;e de la direction &#224; suivre si on n'a pas d'abord id&#233;e des chemins &#224; &#233;viter. Cette rupture doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e ensuite, car arrive bient&#244;t le moment o&#249; la d&#233;sertion n'est plus qu'amertume. Suivez cette proposition d'itin&#233;raire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratiquer la d&#233;sertion : de toute &#233;vidence, nous sommes gravement affect&#233;s par la gestion mondiale de la donne actuelle et ses nuisances humaines, &#233;cologiques, sociales et &#233;conomiques. Nous avons toutEs fait l'exp&#233;rience des brimades, manipulations, humiliations, violences que g&#233;n&#232;re &#224; l'&#233;gard de la vie l'organisation du syst&#232;me. &lt;i&gt;Il faut le reconna&#238;tre&lt;/i&gt;. Et rompre autant que faire se peut les liens qui amarrent notre fr&#234;le esquif dans ces eaux puantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;serter la d&#233;sertion : les liens qui nous lient &#224; la d&#233;sertion doivent &#234;tre rompus &#224; leur tour. Dans un premier temps, elle nous a permis de conqu&#233;rir des espaces de vie plus coh&#233;rents, plus sinc&#232;res, des moments de vie qui r&#233;pondent &#224; nos besoins de destruction : elle nous a &#233;t&#233; utile pour nous autoriser &#224; d&#233;tester pleinement la fa&#231;on de &lt;i&gt;ne pas &#234;tre dans le monde&lt;/i&gt;. Dans un deuxi&#232;me temps, c'est la d&#233;sertion qui nous tient, elle nous fascine et nous lie les poings. Par elle, nous sommes reli&#233;s avec ce que nous rejetons pourtant ! Par elle, tr&#244;ne au milieu de notre village imaginaire ce qui n'&#233;tait pourtant vou&#233; qu'&#224; passer, le temps d'apprendre &#224; aimer la beaut&#233; du n&#233;gatif. Et de se d&#233;faire de ses aspects les plus toxiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renouer : une fois mis &#224; plat ce r&#233;seau d'influences mortif&#232;res qui nous emporte, une fois cartographi&#233;e notre participation l&#224;-dedans, &lt;i&gt;une fois que nous avons franchi le pas&lt;/i&gt;, lan&#231;ons-nous dans le plan de construction d'un bateau digne de ce que nous imaginons que nous sommes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, on a compris ! Il est grand temps de se lancer et d'enterrer Peter Pan en consid&#233;rant d'autres &#233;l&#233;ments : nous avons besoin de b&#226;tir un projet avec des mat&#233;riaux qui nous attirent, qui nous plaisent ! Et qui nous donnent de pr&#233;f&#233;rence beaucoup de plaisir ! Sans renier ni la souffrance, ni l'amertume. Comme dans un cante flamenco : des larmes &#224; la joie et inversement ! Inversement comme les deux temps de ce mouvement d&#233;sertion/construction profond&#233;ment entrem&#234;l&#233;s l'un &#224; l'autre. L'essentiel ici est de &lt;i&gt;mettre en lumi&#232;re ce jeu de va-et-vient et cet enchev&#234;trement&lt;/i&gt; trop souvent gard&#233; secret au fond de soi, trop souvent priv&#233;. Parce que nous voulons vous inviter &#224; avoir la ma&#238;trise de ce jeu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inspiration initiale qui nous a donn&#233; la force de rejeter ce monde, cette inspiration doit &#234;tre maintenant lib&#233;r&#233;e, &lt;i&gt;qu'elle aille jusqu'au bout d'elle-m&#234;me&lt;/i&gt; ! D&#233;serter la d&#233;sertion initiale donc ! Pour nous d&#233;lester de ses aspects les plus inhibiteurs, les moins cr&#233;atifs ; pour se laisser p&#233;n&#233;trer de climats plus heuristiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heuristique : se dit d'une ambiance qui encourage la recherche et la d&#233;couverte.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; pour lib&#233;rer les potentialit&#233;s cr&#233;atrices contenues dans nos imaginaires, potentialit&#233;s qui stagnent parce que r&#233;prim&#233;es par l'esprit de la d&#233;sertion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hors soci&#233;t&#233;, la d&#233;sertion est impraticable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux et celles qui ont quitt&#233; la ville de York pour aller fonder New-York pensaient r&#233;aliser en actes la d&#233;sertion absolue, la rupture int&#233;grale. Pourtant, la r&#233;alit&#233; ne leur a laiss&#233; qu'une courte p&#233;riode d'amnistie ; voyez ce qu'est devenue leur presqu'&#238;le perdue : le centre du monde des Affaires, le World Trade Center !!! Si la d&#233;sertion hors de la soci&#233;t&#233; est r&#233;alisable, &#231;a sera aux m&#234;me conditions qu'une d&#233;portation volontaire sur Mars : les nouveaux arrivants deviendront peut-&#234;tre des martiens mais cela ne leur fera pas verdir la bite, ni le clito, ni pousser des antennes sur la t&#234;te. Ils feront toujours partie de l'humanit&#233; : li&#233;s aux terriens par leur condition humaine et leurs besoins sociaux, li&#233;s &#224; la soci&#233;t&#233; des humains. Telle est la limite de toute d&#233;sertion praticable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, toute vie sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que veut dire &#171; vie sociale &#187; ? C'est le tissu des relations entre personnes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'incarne n&#233;cessairement dans des structures. Depuis le langage qui a des formes concr&#232;tes, en passant par le genre, le salariat ou pas, le v&#233;ganisme ou la luxure, jusqu'aux institutions qui permettent nourriture et logement. Sans elles, la vie sociale ne tiendrait pas. Et en m&#234;me temps, ces structures institu&#233;es cristallisent les relations entre personnes dans des formes d&#233;finies et arr&#234;t&#233;es : elles tendent &#224; rendre inop&#233;rante l'alt&#233;rit&#233; des membres de la soci&#233;t&#233;, leur &#233;tranget&#233;, en les r&#233;duisant &#224; ces mod&#232;les. Cette mod&#233;lisation de la vie sociale est donc ambigu&#235; : d'une part sans elle les membres de la soci&#233;t&#233; n'existeraient m&#234;me pas (ils seraient livr&#233;s &#224; la vie nue), pas plus que leurs r&#233;voltes contre ladite mod&#233;lisation ; d'autre part les membres de la soci&#233;t&#233; sont vivants : ils d&#233;bordent par nature toute mod&#233;lisation de leurs rapports. Il y a l&#224; une contradiction radicale qu'il faut oser prendre en compte. Comme les Cathares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;couvert notre &#233;tranget&#233; au monde dans le fait que nous ne sommes pas identiques &#224; ce que la soci&#233;t&#233; nous fait &#234;tre et veut nous faire &#234;tre. Mais cette alt&#233;rit&#233; fondamentale ne peut exister que parce que nous sommes membres de la soci&#233;t&#233;, m&#234;me si celle-ci tend &#224; nier cette &#233;tranget&#233;. Paradoxe !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui se pr&#234;tent corps et &#226;mes au fantasme de la d&#233;sertion int&#233;grale ne tarderont pas &#224; retrouver les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233; dans leurs relations entre eux : dans la mesure o&#249; ils sont organis&#233;s, ils adopteront des mod&#232;les plus ou moins ad&#233;quats, mais qui reposent aussi sur une mod&#233;lisation de leurs relations, avec tous les probl&#232;mes sociaux de d&#233;bordements que cela implique. Il faudra alors recommencer &#224; d&#233;serter, &#224; la limite jusqu'&#224; ce que chaque individu se retrouve tout seul. Pouss&#233;e &#224; son extr&#234;me, cette id&#233;ologie tombe dans l'individualisme : comme pour Rousseau, c'est la vie sociale qui est cens&#233;e pervertir l'individu. C'est aussi une id&#233;ologie spontan&#233;iste : seule la spontan&#233;it&#233; serait vivante et ad&#233;quate, toute structure, toute organisation pervertirait la cr&#233;ativit&#233;, car elle l'enfermerait dans des structures. C'est ne pas voir que les structures sont toujours d&#233;j&#224; l&#224;, plus ou moins bonnes ou mauvaises, et que sans elles aucune cr&#233;ativit&#233; individuelle ne peut exister. Il s'agit de rep&#233;rer ce paradoxe pour pouvoir ma&#238;triser notre implication sociale dans ces structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#224; o&#249; j'ai abouti pour le moment&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentation est grande de s'exiler par la pens&#233;e hors de la r&#233;alit&#233; sociale. Dans un premier temps, avec la d&#233;sinvolture d'un Peter Pan, nous nous posons magiquement en-dehors ou au-dessus de la soci&#233;t&#233; : la tension de la vie s'articule entre tout ce qui existe et un en-dehors id&#233;el, r&#234;v&#233;. Comme je l'ai expliqu&#233;, on d&#233;couvre ensuite que cette tension, cette &#233;tranget&#233; cr&#233;atrice est &#224; l'&#339;uvre au sein m&#234;me des contradictions de la soci&#233;t&#233;. On se d&#233;gage alors pour mieux s'engager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre cette tentation de prendre nos id&#233;aux pour la r&#233;alit&#233;, il faut r&#233;-affirmer que la tension existe &#192; L'INT&#201;RIEUR DE LA R&#201;ALIT&#201; SOCIALE. Entre l'aspect totalitaire du syst&#232;me, reproduisant le statu quo, et les forces subversives qui d&#233;bordent les cadres existants, l&#224; est le n&#339;ud o&#249; nous pouvons agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; construire un projet de soci&#233;t&#233; dans lequel ces pratiques de la d&#233;sertion aujourd'hui s&#233;par&#233;es prendront tout leur sens, reste &#224; construire un projet de soci&#233;t&#233; dans lequel ces retrouvailles avec notre &#233;tranget&#233; aujourd'hui diffuse prendront toute leur acuit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Parti de la S&#233;cession ou Parti de la Conqu&#234;te ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous nous adressons aux Autre-Mondistes en tous genres, depuis les plus timides jusqu'aux Purs, Ceux qui vomissent l'Empire comme s'ils n'en faisaient pas partie ;&lt;br&gt;
A ceux qui voient un autre monde se pr&#233;parer, et qui ne se contentent pas de celui-ci ;&lt;br&gt;
Aux &#233;gar&#233;Es, aux sans-terre, aux enfants barbouill&#233;s du sang des guerres ;&lt;br&gt;
Aux metteurs en sc&#232;ne de manifs perdues,&lt;br&gt;
Aux jeunes filles qui regardent passer les balles de caoutchouc avec l'indiff&#233;rence de Jeanne d'Arc ;&lt;br&gt;
Aux vieillards qui vous plongez dans le mouvement pour le voir avant de mourir ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous adressons &lt;i&gt;&#224; tous les autres&lt;/i&gt;,&lt;br&gt; Etincelles de vie cach&#233;es sous l'anonymat et la soumission apparente, &lt;br&gt;
Que nos imaginations trop faibles encore n'arrivent pas &#224; distinguer dans la p&#233;nombre,&lt;br&gt; Dont ils commencent &#224; &#233;merger, &#233;blouis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un.&lt;br&gt;
Salut &#224; ceux qui osent se mettre &#224; penser, et ainsi &#224; entrer en conflit avec l'existant !&lt;br&gt;
Salut &#224; ceux qui ne se contentent pas des miettes permises, de culture ou de politique !&lt;br&gt;
Salut &#224; ceux qui osent se rendre introuvables pour porter des pierres aux Pyramides !&lt;br&gt;
Salut &#224; ceux qui pr&#233;f&#232;rent les rigueurs du d&#233;sert aux pitances assur&#233;es des esclaves !&lt;br&gt;
Salut aux amoureux de l'inconnu, &#224; ceux qui pr&#233;f&#232;rent croire &lt;i&gt;sur parole&lt;/i&gt;, &lt;br&gt;
Et non &#224; cause de ce qu'ils voient !&lt;br&gt;
Salut &#224; ceux qui savent faire des serments, des plans sur la Com&#232;te,&lt;br&gt;
Et qui ne laissent &#224; personne d'autre le soin d'enfanter le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux.&lt;br&gt;
Ah bah, vous croyez &#234;tre arriv&#233;s parce que vous croyez &#234;tre partis ?&lt;br&gt;
Ah bah, vous quittez encore ? Quand donc aurez-vous fini de quitter ?&lt;br&gt;
Ah bah, ce que vous rejetez vous hante encore, vous ne l'avez pas -jet&#233; ?&lt;br&gt;
Ah bah, n'&#234;tes-vous pas en train de conqu&#233;rir ? O&#249; sont vos prises, vos gains de territoires ?&lt;br&gt;
Ah bah, seriez-vous devenus &lt;i&gt;meilleurs&lt;/i&gt; que les citoyens de l'Empire ?&lt;br&gt; N'&#234;tes-vous pas pires, insortables, germinatifs, impr&#233;visibles, perdus pour lui, &lt;i&gt;comme tout le monde&lt;/i&gt; ?&lt;br&gt;
Ah bah, vous n'osez pas avouer que vous &#234;tes comme tout le monde&lt;br&gt; Toujours accroch&#233;s aux mamelles de l'Empire ?&lt;br&gt;
Ah bah, vous n'osez pas faire comme chez vous -chez lui ?&lt;br&gt;
Ah bah, votre r&#233;volte est-elle une marchandise pour que vous en fassiez ainsi &#233;talage ?&lt;br&gt;
Ah bah, laissez-vous derri&#232;re vous vos alli&#233;Es qui se pr&#233;parent partout &lt;i&gt;dans la p&#233;nombre&lt;/i&gt; ?&lt;br&gt; N'avez-vous vu de l'Empire que ses lumi&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois.&lt;br&gt;
Que puis-je dire de l'Empire ? Toute parole focalis&#233;e sur lui m'oublie : l&#232;se-majest&#233; !&lt;br&gt;
L'Empire ne tire-t-il pas sa nourriture de ceux qui le ha&#239;ssent ?&lt;br&gt;
Si je sais o&#249; habite le Diable, je sais aussi o&#249; habite le Bien : pouah, je ne voudrais pas habiter l&#224; ;&lt;br&gt; Je retourne chez le Diable, mais j'aurai appris quelque chose.&lt;br&gt;
Nous voulons grandir ; &#224; l'Empire de d&#233;cider comment il va diminuer.&lt;br&gt;
Ceux que je vois dans l'Empire, c'est moi qui les y mets.&lt;br&gt;
Ceux que je vois hors de l'Empire, c'est moi qui les y -remets !&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Rapports sociaux et action politique&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tome III. Enjeux de la construction d'une vision :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Renouveler nos regards sur ce qui est en train de se passer&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous avons tent&#233; de montrer comment dans le syst&#232;me capitaliste les rapports sociaux sont format&#233;s par les rapports &#233;conomiques (Tome I). Nous avons essay&#233; de r&#233;fl&#233;chir &#224; ces rapports sociaux eux-m&#234;mes. (Tome II). Notre but en tentant de construire une vision de ces rapports est de devenir capables d'orienter nos strat&#233;gies politiques. C'est ce que nous allons examiner maintenant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Une cl&#233; de lecture r&#233;aliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;flexions que nous avons faites dans le tome II ne doivent pas aboutir &#224; &lt;i&gt;r&#234;ver une soci&#233;t&#233; id&#233;ale &#224; opposer &#224; la soci&#233;t&#233; r&#233;elle&lt;/i&gt;. Elles visent &#224; clarifier le regard que nous portons sur ce qui se passe actuellement. Le but est de discerner dans le fourmillement des initiatives celles qui vont dans le sens de la vie et celles qui sont mortif&#232;res. Construire une vision &#224; partir de ce qui est d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de construire une utopie, mais de construire nos regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'appelons-nous vision ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention, nous jouons sur deux sens qui se renvoient l'un &#224; l'autre :&lt;br&gt;
1) C'est comme disent les opticiens : c'est la capacit&#233; de voir.&lt;br&gt;
2) C'est aussi un ensemble de concepts, &#171; une vision des choses &#187;, dit-on. Car pour voir il ne suffit pas d'avoir des bons yeux. Un citadin qui se balade parfois en for&#234;t aura peut-&#234;tre de bons yeux, il ne verra quasiment rien compar&#233; &#224; un Pygm&#233;e qui vit dedans. La vision implique ici une structuration mentale. Il s'agit d'avoir construit en soi les &lt;i&gt;distinctions&lt;/i&gt; qui permettent de re-marquer ce qu'il y a dans les images que nos yeux nous transmettent. Autre exemple : un petit enfant qui est d&#233;j&#224; physiquement capable de monter sur un v&#233;lo. Mais il n'a pas une vision int&#233;rieure des gestes qu'il lui faut faire pour se maintenir en &#233;quilibre. Autre exemple : un poisson n&#233; dans un aquarium. On le l&#226;che dans un lac. Il continuera &#224; croire qu'il tourne dans le m&#234;me volume d'eau qu'avant, parce qu'il n'a pas une vision de son nouvel espace aquatique. Et pourtant il s'y meut d&#233;j&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, suivant les concepts que nous avons construits dans nos t&#234;tes, nous n'avons pas la m&#234;me vision des rapports entre les humains. Un homme pourra se sentir oblig&#233; d'avoir envers une femme le comportement m&#226;le qu'il a appris, sans se rendre compte que celle-ci n'appr&#233;cie pas du tout ce jeu, et qu'elle serait pr&#234;te pour une tout autre fa&#231;on de se mettre en relation. Comme le poisson de tout &#224; l'heure il se meut dans un espace plus restreint que celui qui lui est offert. Fr&#233;d&#233;ric II de Prusse, &#171; despote &#233;clair&#233; &#187;, remarquait que nombre de serfs qu'il avait lib&#233;r&#233;s par un d&#233;cret se plaignaient d'avoir &#233;t&#233; arrach&#233;s &#224; leur ancien statut : ils restaient attach&#233;s &#224; la vision qui &#233;tait pertinente dans l'aquarium o&#249; ils &#233;taient n&#233;s. Ainsi les travailleurs collectivement : ils produisent les conditions n&#233;cessaires &#224; la vie, il sont les auteurs de toutes les richesses, mais ils passent sous les fourches caudines du march&#233; du travail. Qu'ils soient oblig&#233;s de le faire est compr&#233;hensible, mais qu'ils trouvent ou non que c'est dans l'ordre des choses d&#233;pend de la vision qu'ils ont des rapports sociaux.&lt;br&gt;
De cette vision d&#233;pendra aussi fortement la strat&#233;gie qu'ils adopteront face &#224; cette contrainte sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O paradoxe ! Si on n'a pas une &lt;i&gt;grande&lt;/i&gt; vision, on ne peut pas voir. On ne peut pas voir ce qui est petit, quotidien, on est aveugle pour ce qui est en jeu dans les mille petits &#233;v&#232;nements ! Une illustration saisissante en est le discours que Martin Luther King a tenu devant des dizaines de milliers de Noirs : &#171; I see the Promise Land ! I see the Promise Land ! &#187; Il n'&#233;tait pas fou. Il ne fuyait pas dans le ciel. Sa vision &#233;tait pratique : &lt;i&gt;quand il dit qu'il voit, c'est qu'il voit les chemins&lt;/i&gt;. Mais pour voir les chemins, encore faut-il se forger les lunettes pour. On a toujours d&#233;j&#224; une vision qui conditionne notre regard. C'est pour cela que les visions qui colonisent nos t&#234;tes m&#233;ritent d'&#234;tre sans cesse retravaill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir au-del&#224; de l'horizon imm&#233;diat ne fait pas de nous des absents. Au contraire cela nous engage plus, nous rend plus pr&#233;sents. Ce sont plut&#244;t ceux qui se contentent de courtes vues qui sont en partie absents de leurs propres vies. &#171; &lt;i&gt;Le bonheur est la r&#233;alisation d'un r&#234;ve d'enfance&lt;/i&gt; &#187; (Freud). Il n'a pas voulu dire par l&#224; qu'on est heureux lorsqu'on a r&#233;alis&#233; son r&#234;ve d'enfance, mais que le bonheur c'est d'&#234;tre en train de le r&#233;aliser. Nous sommes pr&#233;sents dans nos visions, nos visions c'est nous-m&#234;mes. L&#224; est justement un des aspects profonds de la pr&#233;carit&#233;, de l'ins&#233;curit&#233; : nous vivons trop d'exp&#233;dients. Que nous ne puissions pas nous sentir parties prenantes d'un projet social qui m&#233;rite notre enthousiasme : &#231;a n'est pas acceptable. Quand nous disons projet social nous entendons projet de transformation sociale, car la soci&#233;t&#233; est en constante transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soignant la vision que nous avons des relations sociales, nous voulons donner toute leur port&#233;e aux germes du futur qui grouillent &#171; sous la cro&#251;te pourrie &#187;. Prendre conscience des habitudes de pens&#233;es qui nous viennent du fait que nous avons toujours v&#233;cu dans une soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;br&gt;
Nous ne cherchons pas des &lt;i&gt;recettes&lt;/i&gt; pour transformer la soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt;
Nous sommes &#224; la recherche d'une boussole qui nous aide &#224; &lt;i&gt;inventer&lt;/i&gt; dans chaque circonstance des propositions qui tiennent compte de la r&#233;alit&#233; de ce qui est v&#233;cu.&lt;br&gt; Au contraire, c'est le capitalisme qui est une utopie, une recette scl&#233;ros&#233;e et irr&#233;aliste, plaqu&#233;e sur la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes plus &#224; l'&#233;poque o&#249; un roi peut &#234;tre investi de la mission (divine) de guider son peuple. Ni m&#234;me &#224; celle de Keynes, l'aristocrate, qui voulait confier &#224; des experts, &#224; des fonctionnaires &#233;clair&#233;s, la t&#226;che de guider les m&#233;canismes &#233;conomiques. Ne parlons m&#234;me pas d'un Parti ou d'une Avant-Garde charg&#233;s d'interpr&#233;ter les t&#226;ches actuelles fix&#233;es par la th&#233;orie. Il ne peut s'agir non plus d'une utopie (utopie veut dire : &#171; ce qui n'a pas -encore- de lieu &#187;) pour laquelle il faudrait gagner des adeptes. Qui n'a pas dans sa t&#234;te des propositions de rem&#232;des aux maux de la soci&#233;t&#233; ! Trop souvent nous nous sommes pos&#233;s en parvenus, (ah, si tout le monde pensait comme nous !), en anticapitalistes d&#233;j&#224; clairvoyants, qui n'ont plus qu'&#224; con-vaincre les masses. Une vision &lt;i&gt;explicite&lt;/i&gt; devrait nous gu&#233;rir de ces bonnes intentions. Il s'agit de trouver des fa&#231;ons d'&#233;laborer collectivement des pens&#233;es qui puissent &lt;i&gt;inspirer&lt;/i&gt; nos pratiques &#224; mesure que celles-ci nous apprennent &#224; conna&#238;tre nos limites et nos possibilit&#233;s, &#224; mesure que grandit le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous posons pas en victimes sociales, qui r&#233;clament des am&#233;liorations &#224; leur statut. Nous ne nous posons pas en consommateurs de solutions qui nous seraient dues, mais en acteurs. Nous nous m&#234;lons de ce qui nous regarde, des causes du caca actuel. Nous sommes des sujets politiques. Nous ne d&#233;fendons pas seulement nos propres int&#233;r&#234;ts dans la guerre actuelle de touTEs contre touTEs, non ! Nous luttons pour une vie sociale dans laquelle chacunE puisse avoir sa place. Nos revendications personnelles, &#171; sectorielles &#187; prennent sens dans une vis&#233;e globale. &lt;i&gt;Sans perspectives globales on ne peut pr&#233;tendre avoir d'existence politique&lt;/i&gt;. L'addition des luttes sectorielles ne fait pas une politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons nous satisfaire du b&#234;lement classique : &#171; les n&#233;olib&#233;raux nous font encore telle et telle vacherie, r&#233;sistons, touTEs uniEs contre eux ! &#187; On fustige les Bourreaux, on d&#233;crit les maux dont nous sommes les Victimes. R&#233;-si-stons ! Bien s&#251;r que le premier pas dans la construction d'une vie sociale solidaire est de se d&#233;fendre collectivement. Mais une d&#233;fense qui exige du loup qu'il soit plus gentil ne peut nous convaincre nous-m&#234;mes que si nous nous prenons pour des moutons. M&#234;me si ces moutons s'arment de pancartes, artistiques ou non, voire de pav&#233;s. Visons plut&#244;t la b&#234;te entre les deux yeux, et, pour cela, prenons le temps d'aiguiser nos dents th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.Comment articuler les visions du fonctionnement social et les strat&#233;gies qui en d&#233;coulent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons apprendre &#224; distinguer deux niveaux. La vision, et les strat&#233;gies qui en d&#233;coulent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'appelons-nous strat&#233;gie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision des processus sociaux nous a permis de discerner les forces qui travaillent sous les formes institu&#233;es des rapports sociaux. La strat&#233;gie est l'ensemble des dispositions pratiques que nous pr&#233;voyons pour favoriser l'&#233;mergence des forces qui vont dans le sens d'une vie sociale plus saine. La strat&#233;gie d&#233;pend des circonstances locales, des rapports de force existants, du degr&#233; de conscience des acteurs. Elle fait le lien entre la situation pr&#233;sente et nos vis&#233;es &#224; plus long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la vision, il s'agit d'&#234;tre radical, enracin&#233; : la vision exprime ce que nous voulons, elle ne se pose pas encore la question des &#233;tapes &#224; franchir pour sa r&#233;alisation. &#171; Soyons r&#233;alistes, voulons l'impossible ! &#187; Toute strat&#233;gie qui ne s'enracine pas dans une vision tombe dans les tactiques &#224; courte-vue et dans l'&lt;i&gt;opportunisme&lt;/i&gt;. Les ultra-gauches font l'erreur inverse. Ils prennent leurs visions radicales pour des programmes &#224; r&#233;aliser imm&#233;diatement : c'est tomber dans un &lt;i&gt;fondamentalisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, il faut distinguer ces deux niveaux, il faut oser avoir une vision radicale, mais pour inspirer nos strat&#233;gies. Paradoxe : plus nos visions sont claires, fermes, plus nos strat&#233;gies peuvent &#234;tre souples et s'adapter aux compromis propos&#233;s, pourvu qu'ils aillent dans la bonne direction. Des visions floues, h&#233;sitantes provoquent la raideur strat&#233;gique : la peur de perdre le cap, de perdre son int&#233;grit&#233;, poussera &#224; affirmer des positions dures pour marquer la diff&#233;rence avec les autres, pour bien marquer qui est l'ennemi. A la limite, la strat&#233;gie devient identitaire : une fa&#231;on de signaler qu'on fait partie d'une certaine famille politique, tout-&#224;-fait comme l'habillement ou les jargons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es qui inspirent nos engagements restent ouvertes, avides d'apprendre. Nous ne cessons pas de chercher &#224; &#233;largir notre horizon, de construire des id&#233;es qui viennent du c&#339;ur. Elles ne peuvent faire par contre l'objet de compromis. Ce sont nos vies qui se jouent, c'est diablement s&#233;rieux : nous ne mettrons pas de l'eau dans notre vin. C'est au niveau strat&#233;gique qu'il s'agit d'&#234;tre souples. Beaucoup de visions hypocrites viennent du fait qu'on croit qu'il faut &#234;tre souple dans ses id&#233;es, s'adapter. C'est se laisser corrompre, devenir une girouette changeant d'avis selon les al&#233;as des alliances. Non, je mourrai peut-&#234;tre avant d'avoir vu ce &#224; quoi j'ose aspirer, mais j'aurai agi dans la direction que je me suis fix&#233;e : c'est ce qui importe, l&#224; est la vie. La vision est d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans les d&#233;marches concr&#232;tes, dans les bons compromis, elle fonde d&#233;j&#224; d'autres relations, car nous sommes en marche. Le chemin, c'est le but !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Transformation des relations sociales et politiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous visons la transformation des rapports sociaux eux-m&#234;mes. Quelle est la place de la politique institutionnelle dans nos strat&#233;gies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Action directe et politique institutionnelle&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le politique contient le jeu des n&#233;gociations dans le cadre de la d&#233;mocratie. L'Etat social-d&#233;mocrate existe, et les lois qui se d&#233;cident en son sein d&#233;pendent de ce qui s'exprime ou non dans les mouvements sociaux. L'&#233;mancipation des travailleurs ne peut &#234;tre que l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes. L'Etat ne peut faire autre chose qu'enregistrer les transformations sociales en cours. C'est d'ailleurs ce qu'il fait avec l'acteur qui domine actuellement la sc&#232;ne : le capitalisme financier.&lt;br&gt;
Exemple : si les travailleurs s'emparent collectivement de la ma&#238;trise sur leur travail, ils ne seront plus dans la situation d'individus qui donnent leur voix en votant - et qui la perdent par l&#224; m&#234;me ! Organis&#233;s en associations ils peuvent contr&#244;ler leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s et les r&#233;voquer &#224; tout moment, ce qui est impossible aux individus atomis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre strat&#233;gie de n&#233;gociation dans le cadre de la d&#233;mocratie ne peut que d&#233;couler de nos visions des rapports sociaux. Nous ancrons notre r&#233;flexion &lt;i&gt;sur un autre terrain&lt;/i&gt; que celui de la politique institutionnelle : nous contenter de ne penser qu'aux pressions politiques serait avoir perdu pied. &lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce &#224; dire qu'il faut &lt;i&gt;opposer&lt;/i&gt; action directe, construction pratique d'autres rapports sociaux, d'une part, et politique institutionnelle, d'autre part ? L'extra-parlementarisme des ann&#233;es septante visait &#224; remettre la transformation effective des rapports sociaux au centre de l'action politique. En effet, une v&#233;ritable strat&#233;gie de transformation des rapports sociaux ne peut na&#238;tre que sur le terrain de la transformation r&#233;elle de ces rapports. C'est une tautologie que de dire cela&#8230; Mais il faut le dire, tellement l'id&#233;e que les changements sociaux se font &#224; travers les pressions politiques est r&#233;pandue aujourd'hui.&lt;br&gt; Cela n'emp&#234;che pas que nos strat&#233;gies prennent en compte l'intervention de l'Etat dans le jeu des forces. Tant mieux si les r&#233;formistes nous soutiennent, m&#234;me partiellement. Tant mieux si les flics n'interviennent pas, ou s'ils sont frein&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. En guise de conclusion : r&#233;sum&#233; des th&#232;ses principales afin d'enflammer les recherches.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous voici parvenu au terme de notre chemin en trois tomes. C'est un chemin d'exploration : inachev&#233;, fragile, h&#233;sitant, parfois audacieux, souvent timide. C'est une invitation : explorons ensemble cette plan&#232;te qui est la n&#244;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Les relations sociales traditionnelles sont fond&#233;es dans les mythes, cr&#233;ations culturelles h&#233;rit&#233;es de la tradition, sur lesquelles les individus n'ont pas de prise. Elles correspondent &#224; une &#233;poque o&#249; la coop&#233;ration sociale et les moyens techniques encore faibles ne produisaient pas ou peu de surplus. Les relations de travail et de consommation sont r&#233;gl&#233;es par la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Avec l'apparition d'un surplus sporadique ont commenc&#233; les &#233;changes, d'abord avec les communaut&#233;s voisines, puis &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des communaut&#233;s, provoquant petit &#224; petit la dissolution des rapports sociaux traditionnels. Car de plus en plus le travail produit non plus dans le cadre des relations traditionnelles, mais en vue de l'&#233;change. Ce sont alors les rapports &#233;conomiques qui tendent de plus en plus &#224; dominer les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Avec l'apparition d'un surplus constant il devient de plus en plus absurde que l'organisation du travail au niveau social soit r&#233;gul&#233;e par l'entremise de l'&#233;change des marchandises. Or c'est maintenant &lt;i&gt;l'ensemble&lt;/i&gt; du travail qui est organis&#233; &#224; travers l'&#233;change. Les conditions sont alors r&#233;unies pour que les travailleurs s'organisent eux-m&#234;mes et r&#232;glent la vie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Ce qui retarde dangereusement cette &#233;volution, c'est le fait que le capital s'interpose dans le jeu. Il s'empare des moyens sociaux de production et fait durer le syst&#232;me de l'organisation du travail par l'interm&#233;diaire du march&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
5)Les socialistes ont fait la critique de la domination &#233;conomique du capital. Ils ne se sont pas appuy&#233;s sur la cr&#233;ativit&#233; culturelle des prol&#233;taires dans leurs luttes pour mettre en place un projet de soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233; de la domination du capital. Ils ont cru que l'&#233;mancipation des travailleurs arriverait gr&#226;ce &#224; la seule critique en acte des rapports &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) Les luttes de Mai 68 et des ann&#233;es 70 ont remis l'action directe de transformation des rapports sociaux au c&#339;ur de la politique. Comme elles n'ont pas &#233;labor&#233; de vision culturelle des rapports sociaux, ni de perspective de r&#233;appropriation de la production, elles ont &#233;t&#233;s vaincues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7) Nous avons examin&#233; ce qui se passe dans les rapports sociaux concrets et d&#233;couvert trois types de relations qui ob&#233;issent &#224; des dynamiques diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8) La vision des rapports sociaux que nous avons commenc&#233; &#224; &#233;laborer ne veut pas &#234;tre un programme, mais une cl&#233; de lecture de ce qui est d&#233;j&#224; en train de se passer dans la soci&#233;t&#233;, une cl&#233; qui nous permette d'&#233;laborer dans chaque situation des strat&#233;gies cr&#233;dibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle &#233;tait notre question de d&#233;part : comment &#233;laborer des perspectives politiques cr&#233;dibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FIN&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un conte du pays mandingue (Guin&#233;e)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le roi de ce grand territoire vient d'&#234;tre vaincu &#224; la guerre par le roi du petit pays voisin. Il est conduit, charg&#233; de cha&#238;nes, devant son vainqueur. Il lui dit : &#171; O roi, tu m'as vaincu. Mais comment se fait-il que toi, roi d'un petit pays, disposant de moins d'&#233;l&#233;phants et de guerriers que moi, tu aies pu faire de moi ton esclave ? &#187; Il lui fut r&#233;pondu : &#171; Tout roi dispose dans sa cour d'un griot, d'un po&#232;te, responsable de lui chanter le courage de ses anc&#234;tres, et de lui ouvrir ainsi, &#224; lui et &#224; son peuple, les voies d'un avenir fertile. Eh bien ! Mon griot est meilleur que le tien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Richesses du retour &#224; la normale.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dialogue entre deux &#171; radicaux &#187; apr&#232;s la mort d'une lutte politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
La retraite (dans le sens strat&#233;gique du terme) pourrait &#234;tre le moment choisi pour tirer les enseignements de ce qui vient de se passer et pour renouveler des perspectives. Pourtant elle n'est v&#233;cue qu'en bilans-bidons, solitudes et amertumes... Quelle est notre part de responsabilit&#233; dans cette errance de d&#233;faites en passages &#224; vide ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un projet de p&#233;riph&#233;rique autour de la ville avait &#233;t&#233; lanc&#233; : il devait passer par une sorte de friche qui, on ne savait par quel miracle administratif, avait &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e jusque l&#224; par les pressions fonci&#232;res. Un arpent de verdure &#233;bouriff&#233;e dans le tintamarre de la banlieue, pas franchement paradisiaque mais quand m&#234;me, quelques h&#234;tres, des hautes herbes, un chemin de terre. Les enfants du coin y avaient leurs cabanes, les joggers le traversaient le matin, illes n'entendaient pas les oiseaux &#224; cause du mp3 dans les oreilles mais il y avait ce petit air champ&#234;tre assez mignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le p&#233;riph&#233;rique s'&#233;tait &#233;tablie l&#224; plus fort qu'ailleurs, parce que le quartier avait peur des camions sous ses fen&#234;tres, que les arbres &#233;taient v&#233;n&#233;rables et que le lieu &#233;tait r&#234;v&#233; pour installer un campement d'opposant-e-s. En l'espace de deux mois, &#224; partir des trois premi&#232;res tentes qui s'y &#233;taient risqu&#233;es, la friche &#233;tait devenue un v&#233;ritable hameau avec sa cuisine autog&#233;r&#233;e, son infokiosque et toute la panoplie. Toutes sortes d'argots et d'accoutrements s'y croisaient chaque jour, des discussions de haut vol fusaient par-dessus le feu jusqu'&#224; 4 heures du matin. Des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales catastrophiques prenaient des quarts de d&#233;cision et apprenaient &#224; devenir plus efficaces &#224; force d'&#234;tre pratiqu&#233;es. Des actions directes y &#233;taient conspir&#233;es et d'&#233;minentes capacit&#233;s de nuisance &#224; la bonne marche du syst&#232;me y &#233;taient transmises. La chose avait pris de l'ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un beau jour une &#233;lue &#233;tait arriv&#233;e tout sourire avec le compromis qu'elle avait r&#233;ussi &#224; &#171; arracher &#187; en haut lieu : sur la portion o&#249; nous campions, l'autoroute allait finalement &#234;tre couverte d'une chape de b&#233;ton, elle-m&#234;me coiff&#233;e d'un gentil parc paysager, avec des jeux bien propres pour les enfants. La moiti&#233; des gens qui soutenaient le campement avait applaudi et en premier lieu les associations de riverains ; les m&#233;dias locaux n'avaient que le mot &#171; victoire &#187; &#224; la bouche. Mais l'autre moiti&#233; des contestataires s'opposait au projet de p&#233;riph&#233;rique en lui-m&#234;me, au tout-automobile, aux sommes colossales d'argent public qui allaient &#234;tre englouties l&#224;-dedans. Et cette position-l&#224; se voyait brusquement isol&#233;e et fragile, comme si on lui avait retir&#233; le sol sous les pieds. D'autant plus que le calendrier des travaux sur les autres portions avait &#233;t&#233; suffisamment bien ficel&#233; pour qu'aucune autre situation du m&#234;me type ne puisse lui donner un nouveau point d'ancrage. Chacun-e &#233;tait rentr&#233; chez soi, sans m&#234;me avoir l'id&#233;e de discuter avec les autres des motifs de son d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je faisais partie des radicaux et Laurent aussi : on s'&#233;tait mieux connus pendant l'histoire et on s'&#233;tait bien entendus. Dix jours apr&#232;s la lev&#233;e du campement on s'est retrouv&#233;s autour d'une bi&#232;re en centre-ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - Comment ils peuvent parler de victoire ? disait Laurent. Elle nous a d&#233;mobilis&#233;s, rien que pour &#231;a c'est une d&#233;faite. Moi je vais te dire : il faut qu'on arr&#234;te de pr&#233;tendre avoir des objectifs r&#233;alisables, apr&#232;s, quand on les atteint, tout le monde se tire, m&#234;me les radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Ah bon ? Tu ne veux que des objectifs irr&#233;alisables ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Pas irr&#233;alisables, mais &#224; long-terme, quoi. Je sais pas, moi au fond je m'en fous de la friche, m&#234;me je m'en fous de ce p&#233;riph&#233;rique, ce que je veux c'est en finir avec ce monde de pollution et de fric.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - A mon avis ce n'est pas contradictoire. Les petites victoires concr&#232;tes ne nous emp&#234;chent pas d'&#234;tre clairs sur ce qu'on veut &#224; long-terme. Et m&#234;me, elles sont n&#233;cessaires pour nous donner du courage. Parce qu'au bout d'un moment c'est harassant de lutter sans que &#231;a d&#233;bouche sur rien. On perd sur le p&#233;riph&#233;rique. On perd sur la r&#233;forme des universit&#233;s. On perd un lieu qui est expuls&#233;. Ca joue sur le moral, plus qu'on le croit, et puis &#231;a nous confirme dans notre croyance selon laquelle ce monde est foutu. A mon avis, au stade o&#249; on en est, les d&#233;faites c'est du luxe, on ne peut plus s'en permettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Autant dire qu'on arr&#234;te de lutter, alors. Les seules victoires qu'on a c'est toutes des d&#233;faites maquill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Tout d&#233;pend de ta strat&#233;gie et de tes objectifs. Evidemment, pour avoir une strat&#233;gie et des objectifs, il faut &#234;tre organis&#233; &#224; l'avance en groupe, et &#231;a on n'a pas l'habitude. Mais prenons l'histoire qu'on vient de vivre. Si au moment de se lancer l&#224;-dedans, on avait discut&#233; avec toi et je sais pas, avec Lucie et Marc par exemple, on aurait analys&#233; la situation, les rapports de force, je pense qu'on aurait pu pr&#233;voir qu'on n'arriverait pas &#224; emp&#234;cher le p&#233;riph' de se construire. Par contre on aurait pu se fixer un but plus petit, &#224; notre port&#233;e. Un objectif qu'on choisit nous et qu'on impose nous, et pas un truc o&#249; on est &#224; la merci d'une &#233;lue qui fait sa n&#233;gociation dans son coin. Ou m&#234;me un objectif pas vraiment &#171; public &#187;, comme consolider des relations politiques entre nous, ou avec un autre groupe qui s'&#233;tait engag&#233; dans la lutte. Ou, je sais pas, en-qu&#234;ter sur comment les habitants du quartier vivaient les choses, jusqu'o&#249; ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; aller. Ou plusieurs de ces petits objectifs &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - L'association de riverains elle avait un objectif concret : &#171; le p&#233;riph d'accord, mais dans le quartier d'&#224; c&#244;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Oui, il y a toujours des gens pour d&#233;fendre la position &#171; N.i.m.b.y. &#187;, &#171; not in my back yard &#187;. On n'aurait jamais d&#233;fendu un objectif pareil bien s&#251;r, on aurait exig&#233; des conditions qui profitent &#224; toute la collectivit&#233;. Pas seulement que le p&#233;riph' soit enterr&#233; partout, mais, je sais pas, qu'en contrepartie les transports en commun soient moins chers et plus fr&#233;quents...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Ouhla, mais tu vires dans le r&#233;formisme, toi ! Tu devrais aller voir les &#233;colos et faire des contre-propositions avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - La diff&#233;rence, c'est que les &#233;colos ne revendiquent rien de plus que leurs petits am&#233;nagements, alors que nous &#224; long-terme on veut un changement de soci&#233;t&#233; &#224; la racine et on l'affirme haut et fort. Comme les autonomes italiens : ils &#233;taient des dangereux r&#233;volutionnaires, et pourtant ils exigeaient des r&#233;formes, augmentations &#233;gales pour tous dans les usines, avortement libre et gratuit, pas de loyer au-dessus de 10% du salaire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Bah, tout ce que t'arracherais serait r&#233;cup&#233;r&#233; par le capitalisme &#224; son profit, comme il l'a fait avec 68, avec le bio, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Peu importe ! C'est sa mani&#232;re de se d&#233;fendre. Si on se laisse endormir par cette strat&#233;gie qu'il a, c'est notre probl&#232;me : c'est qu'on n'est pas clairs sur ce qu'on veut au fond et sur l&#224; o&#249; on va. C'est &#224; ce niveau-l&#224;, dans la conscience collective, qu'on a du travail &#224; faire. On sait que des transports en commun en plus, c'est une seule des cent mille &#233;chardes qu'on va continuer &#224; arracher au capitalisme jusqu'&#224; ses racines. Ceux qui le savent vraiment se laisseront pas embourgeoiser, ils continueront &#224; se battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - En fait pour moi ce travail de conscientisation c'est ce qui compte le plus. Au fond je crois que &#231;a me va de perdre sur des objectifs concrets, du moment qu'on profite de chaque lutte pour faire prendre conscience aux gens des logiques de l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Sauf que les conqu&#234;tes concr&#232;tes comptent autant que la conscientisation, elles doivent aller de pair. Et puis dans notre &#171; travail de conscientisation &#187; on est souvent tr&#232;s abstraits. On n'aborde pas assez chaque situation comme une mine de nouveaux enseignements, on vient avec une th&#233;orie toute faite et on veut que les gens l'adoptent. On veut leur prouver que cette soci&#233;t&#233; est pourrie et forc&#233;ment la r&#233;pression vient nous donner raison, on l'attendrait presque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent a grommel&#233;. Puis il est revenu sur ce que j'avais dit peu avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu sais, c'est facile &#224; dire que si on gagne sur un point on continuera &#224; lutter. Ce qu'on vit l&#224; &#231;a donne pas cette impression, d&#232;s que le moment fort se termine tout le monde s'&#233;parpille. C'est toujours la m&#234;me histoire : quand les luttes finissent je me retrouve seul, moral &#224; z&#233;ro, tout redevient normal, j'ai m&#234;me plus envie de parler de ce qui s'est pass&#233;. Je peux juste esp&#233;rer qu'un autre mouvement d&#233;marre le plus vite possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oooooh ! &#187; pauvre petit Laurent, je l'interrompais avec une tape souriante sur l'&#233;paule. Mais au fond je lui &#233;tais reconnaissant d'exprimer ses sentiments et j'ai fini par le lui dire. C'est vrai que pendant le campement tout allait &#224; cent &#224; l'heure, les rencontres, les exp&#233;riences, les d&#233;calages, m&#234;me la progression des id&#233;es subversives dans nos t&#234;tes : l'accroissement de puissance &#233;tait parmi nous. On &#233;tait tous les jours surpris. On &#233;tait tellement enthousiastes qu'on &#233;tablissait dans la lutte une discipline collective sans s'en rendre compte, on &#233;tait r&#233;ellement pr&#233;sent-e-s, on se serrait les coudes, on manquait pas un rendez-vous, et on d&#233;couvrait tout &#231;a comme une force. C'&#233;tait fou, c'&#233;tait l'aventure. Et maintenant ? Pour moi aussi tout paraissait plat, les frimousses, la circulation, les convivialit&#233;s, tout. Les soucis des gens (et m&#234;me les n&#244;tres) s'exhibaient &#224; nouveau dans leur platitude mortelle, les petits ennuis au boulot, les courses, les jeux vid&#233;o, les soir&#233;es &#233;tudiantes et autres distractions, m&#234;me le militantisme en r&#233;unions du soir et en petites manifs... Les repas en famille, les cours &#224; rattraper &#224; la fac, tout avait encore moins de sens qu'avant. J'avais appris mille fois plus de choses en deux mois de lutte qu'en une ann&#233;e de fac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - C'est exactement &#231;a ! rench&#233;rissait Laurent. D'ailleurs je me dis que je vais arr&#234;ter la fac parce que c'est du temps perdu. Je veux vivre aussi intens&#233;ment que nos deux mois dans la friche, mais pas juste deux mois : tout le temps. &#187; &lt;br&gt;
Il avait marqu&#233; une pause. &#171; Et si on ouvrait un squat ? Ca te dirait ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais mi-figue mi-raisin. Moi parmi les gens qui avaient ouvert des squats, j'en connaissais trop qui avaient laiss&#233; tomber une fois arriv&#233;s &#224; la trentaine. Apparemment, &#171; vivre aussi intens&#233;ment &#187; n'&#233;tait pas tenable dans la dur&#233;e. Epuisant. D'ailleurs dans notre ville, jamais plus de cinquante personnes ne s'&#233;taient vraiment impliqu&#233;es dans les squats : peut-&#234;tre parce que dans un contexte social aussi mou, les gens ne se risquent pas &#224; mettre leurs oeufs dans un panier qui sent la fr&#233;n&#233;sie passag&#232;re. &#171; Est-ce que &#231;a en vaut la peine ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lui - Arr&#234;te, tu parles comme mes parents... Comme l'&#233;lue des Verts, l&#224;, qui dit que &#171; &#231;a va nous passer &#187;. Tu veux quoi du coup ? Le retour &#224; la normale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi - Mais non, c'est pas soit l'un soit l'autre ! Ce que je veux dire c'est que si ouvrir un squat ou monter une communaut&#233;, &#231;a veut dire construire un ghetto de pur jus r&#233;volutionnaire pour qu'il s'effondre six mois ou cinq ans plus tard, il nous faut quelque chose de plus rus&#233;, de plus s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Par exemple ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, nous pourrions apprendre &#224; adopter des tactiques diff&#233;rentes suivant les contextes. Les militaires ne programment pas des assauts continuels : ils envisagent aussi le moment de la retraite comme une force. Les reflux sont des d&#233;faites si tous nos liens se d&#233;font ; des d&#233;faites si on reste au front se faire trucider en h&#233;ros retardataires ; par contre les reflux sont des retraites qui nous renforcent si on les voit comme les &#233;tapes d'une construction politique. Retour &#224; la normale, pourquoi pas ! Mais pour s'y fondre comme dans le maquis, faire des bilans, panser nos plaies, consolider nos bases arri&#232;res, pr&#233;parer la suite. Respiration. Le rythme s'adoucit et nous laisse le temps de prendre du recul, d'analyser le terrain, d'&#233;laborer et de renouveler nos perspectives. Souvent les groupes se dissolvent &#224; la fin d'un combat : c'est parce que nous avons le parti-pris de ne pas faire ce travail. Il faut faire le contraire, apprendre que nos liens ne d&#233;pendent justement pas d'&lt;i&gt;&#233;ruptions&lt;/i&gt;. Ce sont des liens politiques, des liens qui se veulent consistants, qui se raffermissent &#224; mesure que nos objectifs deviennent plus nets et plus profonds. Nous ne sommes pas li&#233;-e-s que par la fi&#232;vre des moments chauds, c'est au contraire dans le froid qu'on &#233;prouve la force de nos perspectives et de nos liens ! Lorsque &#231;a d&#233;marrera de nouveau on se dira : ah, si nous avions plus profit&#233; de l'accalmie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentation de l'&lt;i&gt;&#233;ruptionnisme&lt;/i&gt; est grande et elle fait des ravages : c'est une pure croyance ! Une proph&#233;tie auto-r&#233;alisatrice, comme celui qui dit &#171; je suis moche &#187; : c'est le meilleur moyen de devenir moche. C'est une croyance de ne voir de v&#233;rit&#233; que dans les moments d'intensit&#233;, c'est un f&#233;tichisme de l'imm&#233;diat ; c'est une croyance de dire que les moments o&#249; les luttes retombent sont des rechutes dans la non-vie. C'est une croyance de dire que les solidarit&#233;s qui se sont manifest&#233;es retombent dans la morne indiff&#233;rence. C'est une croyance de dire que les attaches qui se sont forg&#233;es quand nous avons pris des risques ensemble perdent leur actualit&#233;. On ose se croire retomb&#233;-e-s dans la solitude ! Toutes ces croyances font qu'on ne s'imagine m&#234;me pas tout ce qu'on peut faire, tout ce qu'on doit faire quand on revient d'un combat qui s'est termin&#233;. On ne cherche qu'&#224; recr&#233;er l'intensit&#233; perdue et &#224; surnager dedans, on fonde des marmites alternatives, on se pr&#233;cipite dans le volontarismes militant tous-azimuts. On a peur de replonger dans le monde parce qu'on &lt;i&gt;croit&lt;/i&gt; dur comme fer qu'il n'est qu'apathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - En profiter pour faire des bilans, rebondissait Laurent. Pourquoi pas. Ca me rappelle quelque chose que je me disais hier &#224; propos du campement. Je repensais &#224; comment on s'adressait aux gens normaux du quartier qui venaient nous parler. C'&#233;tait bizarre, en fait j'&#233;tais jamais vraiment moi-m&#234;me avec eux. Quand j'&#233;tais en forme je causais, mais je me trouvais toujours hypocrite, parce que je pouvais pas leur dire de but en blanc que toute cette soci&#233;t&#233; c'est de la merde et que leur vie aussi. Et comme &#231;a me d&#233;go&#251;tait d'&#234;tre comme &#231;a, genre militant-d&#233;mago, il y a des fois o&#249; je ne leur parlais juste pas. Mais il y a un truc qui cloche dans tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Oui &#231;a me fait penser &#224; nos embrouilles avec l'association de riverains. Elle &#233;tait toujours sur des positions mod&#233;r&#233;es, c'&#233;tait frustrant. On avait besoin d'elle presque techniquement, elle avait des moyens et une l&#233;gitimit&#233; institutionnelle bien utiles, en m&#234;me temps &#224; plein de moments on &#233;tait bien embarrass&#233;-e-s de l'avoir entre les pattes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Ou plut&#244;t nous de zigzaguer entre ses pattes. Mais oui, en fait on avait un rapport purement strat&#233;gique avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Je dirais, un rapport utilitariste. La strat&#233;gie n'est pas forc&#233;ment utilitariste. Et m&#234;me, une strat&#233;gie utilitariste n'est qu'une mauvaise strat&#233;gie, je pense. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a continu&#233; &#224; discuter un long moment du campement et de tout ce qui s'y &#233;tait pass&#233;. On a essay&#233; de lister tous les ingr&#233;dients qui avaient permis &#224; la lutte de d&#233;marrer et d'&#234;tre si originale. On a parl&#233; de comment les &#233;lu-e-s avaient r&#233;ussi &#224; rouler les gens et de pourquoi on s'&#233;tait pas assez pr&#233;par&#233;-e-s &#224; &#231;a. On a parl&#233; de tous ces trucs de chefferie, avec les grandes gueules qui finalement remportaient toujours les d&#233;cisions en AG, mais aussi les antidotes qu'on avait essay&#233; au bout d'un moment, ces syst&#232;mes de r&#233;partition rationnelle et &#233;galitaire de la parole, mains agit&#233;es en l'air et compagnie, qui n'arrivaient pas non plus &#224; nous satisfaire, en tout cas dans la fa&#231;on dont on les avait pratiqu&#233;s. On a aussi parl&#233; de ce pote qui avait &#224; moiti&#233; agress&#233; une fille dans son sommeil dans une tente, de comment nous les mecs on avait mis du temps &#224; r&#233;agir, de tous les d&#233;bats qu'il y avait eu : le virer, le punir ? Donner notre avis aux filles l&#224;-dessus ? Les laisser agir &#224; leur mani&#232;re, avec leur rage, puis discuter derri&#232;re avec lui du patriarcat ? Quel syst&#232;me juridique on voulait cr&#233;er entre nous ? Parce qu'au fond il s'agissait bien de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup aim&#233; toute cette discussion. J'ai regrett&#233; qu'on n'ait &#233;t&#233; que deux pour se dire et entendre tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui ai dit : &#171; - Mais tu sais quoi ? Avec Lucie et compagnie, on devrait organiser un bilan. On invite plein de gens, au moins les radicaux, peut-&#234;tre pas seulement eux d'ailleurs, et on d&#233;cortique ce qu'on a v&#233;cu ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Je ne sais pas. J'ai l'impression que les bilans collectifs, c'est jamais tr&#232;s int&#233;ressant. On tourne en rond, on r&#233;p&#232;te ce qu'on sait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Mais t'en as d&#233;j&#224; fait, des vrais bilans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Oui bien s&#251;r, il y en a eu des sympas, m&#234;me des week-ends &#224; la campagne, tout &#231;a, des f&#234;tes... Mais bon c'&#233;tait une fa&#231;on de se dire au revoir, rien de plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais emb&#234;t&#233;. Pourquoi &#233;tions-nous capables d'aller si loin &#224; deux, et pourquoi &#233;tait-ce impossible &#224; plus ? Tout le monde tire les le&#231;ons politiques d'une mobilisation dans son for int&#233;rieur et les exprime &#224; peine : au pire en tournant les talons et en haussant les &#233;paules, &#171; on ne m'y reprendra plus &#187;, au mieux en les balan&#231;ant par-dessus la jambe et en claquant la porte. Quant &#224; nos rares bilans collectifs, Laurent avait raison, nous ne sommes manifestement pas capables d'y cr&#233;er les conditions d'&#233;coute suffisantes pour que la parole s'extirpe des refrains et des redites... Nous ne parvenons qu'&#224; des bilans-c&#233;l&#233;bration, qui servent &#224; confirmer le groupe dans ses mythes fondateurs, ses consensus et ses r&#244;les &#233;tablis, comme dans le temps cyclique des soci&#233;t&#233;s dites primitives. Alors les bilans sont-ils condamn&#233;s &#224; &#234;tre soit priv&#233;s d'int&#233;r&#234;t, soit priv&#233;s tout court ? Ou manquons-nous d'outils et d'exercice dans ce domaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'opte pour la deuxi&#232;me r&#233;ponse, c'est parce que les bilans collectifs me semblent &#234;tre des clefs dans une strat&#233;gie politique. Des alambics qui, port&#233;s &#224; la bonne temp&#233;rature, condensent le suc d'une aventure pour en ouvrir plus grand une autre. Ce sont eux qui permettent &#224; un groupe de garder le fil entre diff&#233;rentes exp&#233;riences, d'avancer sans ressasser certaines erreurs, de construire de l'Histoire. Ils sont souvent rejet&#233;s &#224; la p&#233;riph&#233;rie de nos luttes, dans la poussi&#232;re et les coups de balai, alors qu'ils m&#233;ritent une place centrale : ils pourraient &#234;tre le lieu privil&#233;gi&#233; d'une pens&#233;e collective qui s'ancre dans le v&#233;cu concret, qui s'exerce &#224; l'analyse, la synth&#232;se, la cr&#233;ativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fiche pratique : les bilans.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq &#233;tapes &#224; distinguer soigneusement, &#224; valoriser chacune pour elle-m&#234;me, pour que les bilans de nos luttes deviennent les moteurs qu'ils peuvent &#234;tre dans la construction de liens politiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La mati&#232;re premi&#232;re des bilans, ce sont les faits.&lt;/strong&gt; On dresse un grand tableau de ce qui s'est pass&#233; : chronologie, cha&#238;ne de causalit&#233;s, tournants de l'histoire, personnages et forces en pr&#233;sence, visions profondes qui les ont anim&#233;s. On d&#233;balle tout, on liste le plus objectivement possible, on d&#233;crit, on nomme. &lt;i&gt;Sans juger&lt;/i&gt; : ce n'est pas encore le moment de d&#233;finir ce qui s'est bien ou mal pass&#233;, on d&#233;finit ce qui s'est pass&#233;, point. Le d&#233;fi dans cette premi&#232;re &#233;tape, c'est de lui accorder assez de temps : au d&#233;but sortent les grandes lignes, ce que tout le monde sait d&#233;j&#224;, et souvent c'est seulement plus loin qu'apparaissent des anecdotes, des maximes, des d&#233;tails tout-&#224;-fait r&#233;v&#233;lateurs - ce que chaque membre du groupe a pu remarquer et maintenir sous silence parce qu'il ou elle ne savait pas trop quoi en penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Etape suivante : on tire les le&#231;ons.&lt;/strong&gt; On risque des &#233;valuations, des interpr&#233;tations, des analyses. On trouve les mots sur ce que les &#233;v&#233;nements nous ont appris sur nous-m&#234;mes, sur nos alli&#233;-e-s, sur nos ennemi-e-s. Qu'est-ce qui a &#233;t&#233; un succ&#232;s, qu'est-ce qui a &#233;t&#233; un &#233;chec ? Auto-critique. A ce stade les avis seront partag&#233;s et c'est tant mieux. Le groupe, d&#233;j&#224; &#233;tourdi par l'&#233;pop&#233;e qu'il vient de vivre, peut avoir peur des conflits internes... Mais ceux-ci m&#233;ritent d'&#234;tre doucement approfondis pour que l'on puisse percevoir dans tout leur &#233;clat les noeuds et les interrogations sous-jacentes. La progression dans la pens&#233;e est parfois plus importante que la survie sous perfusion d'un collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. On se tourne &#224; 180&#176;, du pass&#233; vers l'avenir.&lt;/strong&gt; Ce que nous avons voulu ensemble ne s'arr&#234;te pas &#224; l'action qui s'est termin&#233;e. En quoi nos objectifs &#224; plus long terme se sont trouv&#233;s &#233;clair&#233;s, enrichis, voire remis en question par l'exp&#233;rience que nous venons de vivre ? Quelles hypoth&#232;ses nous donne-t-elle &#224; v&#233;rifier dans les prochaines actions ? Qu'indique-t-elle au groupe comme &#233;tant n&#233;cessaire de travailler, d'approfondir ? Comment dans le prochain mouvement &#234;tre pr&#234;t-e-s l&#224; o&#249; nous avons &#233;t&#233; fragiles ? Faut-il acqu&#233;rir telles comp&#233;tences ? Se former sur tel sujet politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Le bilan peut prendre une forme po&#233;tique.&lt;/strong&gt; Les r&#233;volutionnaires du si&#232;cle &#233;coul&#233; avaient des chants pour faire vrombir leur m&#233;moire. Nous pouvons aussi produire des chansons, ou des contes, ou du riot-porn, ou toute autre forme romantique-r&#233;volutionnaire. Le but est de construire un discours autour duquel le groupe aura envie de rester ensemble et de continuer l'aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Le bilan est communiqu&#233;.&lt;/strong&gt; Dans son double aspect, analytique et artistique, le bilan est condens&#233; sur un support qui pourra &#234;tre transmis : brochure, expo-photos, document audio ou vid&#233;o... Diffus&#233; &#224; d'autres groupes et &#224; d'autres g&#233;n&#233;rations, il est une arme de toute premi&#232;re importance, une mallette de recommandations pour la raison et d'inspirations pour l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fiche pratique : Les alliances avec des groupes politiques diff&#233;rents.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;De la participation &#224; des comit&#233;s unitaires.&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour beaucoup de groupes radicaux, la participation &#224; des comit&#233;s unitaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comit&#233; unitaire : au coeur d'une lutte (&#233;tudiante, de soutien aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est vue que comme un frein &#224; leur action. Au contraire, nous pensons qu'elle permet des rencontres et des mouvements d'une importance strat&#233;gique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, l'union de diverses tendances autour d'objectifs politiques communs permet l'apprentissage politique aux individus inorganis&#233;s qui participent au mouvement. Au cours des ardentes discussions chacun-e a la possibilit&#233; et le temps de prendre sa place dans la tendance qui correspond &#224; ses propres r&#233;flexions et &#224; sa maturit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, un groupe peut participer &#224; un comit&#233; unitaire tout en gardant sa libert&#233; :&lt;br&gt;
1) D'affirmer ses perspectives politiques particuli&#232;res et le sens particulier qu'il donne &#224; sa participation &#224; l'action unitaire ;&lt;br&gt;
2) D'amener les formes d'action qu'il jugera opportunes, voire de les faire adopter dans le cadre unitaire.&lt;br&gt;
Un exemple frappant est l'action &#171; Stop the City &#187; lanc&#233;e &#224; Londres contre les banques en 1999. Pas moins de 27 tracts diff&#233;rents ont convoqu&#233; &#224; l'&#233;v&#232;nement, les formes d'action allaient de ceux qui distribuaient des tartines d&#233;guis&#233;es en nonnes, &#224; ceux qui lan&#231;aient des pierres, en passant par ceux qui se couchaient par terre ou se mettaient en position de lotus. Un comit&#233; ne doit pas forc&#233;ment succomber aux ayatollah uniformistes qui veulent &#244;ter les ailes &#224; tout ce qui d&#233;passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cisions &#233;tant faites, nous pouvons &#233;voquer diverses attitudes face aux alliances politiques au sein d'un comit&#233; unitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-L'alliance comme outil strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Les revendications d'un comit&#233; unitaire visent toujours des r&#233;formes : y participer donne l'impression de perdre la vis&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;br&gt;
Tout d&#233;pend si les r&#233;formes vis&#233;es vont dans le sens de plus d'autonomie, si elles sont un pas qui fait reculer le commandement capitaliste. Certaines r&#233;formes ne font que renforcer la soumission et doivent &#234;tre combattues. Mais le refus de s'int&#233;resser &#224; quelque r&#233;forme que ce soit vient du refus de penser strat&#233;giquement : la vis&#233;e r&#233;volutionnaire &#224; long terme est prise comme LA revendication &#224; poser dans l'imm&#233;diat alors qu'elle devrait &#234;tre prise comme boussole, orientant les choix strat&#233;giques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ce refus de se com-promettre avec des groupes dont les vis&#233;es politiques ne sont pas assez radicales ? Ce m&#233;-pris des autres vis&#233;es vient-il d'une sur-valorisation des id&#233;es qui animent le groupe radical ? Et derri&#232;re cette sur-valorisation une sous-valorisation : parce qu'on doute qu'en s'alliant on puisse faire valoir ses propres perspectives politiques ? Parce qu'on imagine les autres organisations, UNEF LCR et compagnie, si puissantes et astucieuses qu'elles arriveront automatiquement &#224; nous &#233;crabouiller, nous faire taire, imposer leur loi dans le comit&#233; ? Ce serait capituler avant de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-L'alliance comme rapport utilitariste : un m&#233;pris.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
L'alliance avec d'autres formations politiques n'est parfois envisag&#233;e que par des calculs utilitaristes. Parce qu'elle donne &#224; l'action du groupe minoritaire la caution du plus grand nombre. Parce qu'elle permet d'avoir acc&#232;s &#224; des lieux, &#224; du mat&#233;riel, ou d'avoir une audience plus grande que celle que le groupe tout seul pourrait obtenir. Ou pire, parce qu'on veut se dissimuler dans le mouvement de masse pour &#233;viter de se faire pincer par la r&#233;pression. Tous ces calculs politiciens montrent que le groupe en question veut agir &#171; au-del&#224; de sa positivit&#233; &#187; : il sur-valorise sa position, tout en la sous-valorisant, puisqu'il cherche &#224; se faire entendre non pas en comptant sur ses propres forces de persuasion, mais en instrumentalisant le plus grand nombre, que de telle sorte il m&#233;prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-L'alliance n'implique pas un respect aveugle de la &#171; d&#233;mocratie &#187; dans la lutte.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Souvent un groupe minoritaire per&#231;oit qu'un nombre significatif de participants au mouvement cherche &#224; d&#233;border les organisations cens&#233;es repr&#233;senter l'avis de la majorit&#233;. Il peut alors choisir d'assumer une action minoritaire, par exemple une occupation ou une action directe, sachant qu'elle motivera du monde. Il sera en butte aux critiques des d&#233;mocratistes, qui lui reprocheront de passer outre l'avis de la majorit&#233;, mais l'action ouvre de nouveaux espaces, et elle peut rencontrer un certain succ&#232;s. Si c'est le cas, les organisations r&#233;formistes sont souvent pr&#234;tes &#8211; apr&#232;s-coup &#8211; &#224; d&#233;fendre l'action ainsi que les militant-e-s &#233;ventuellement inculp&#233;-e-s.&lt;br&gt; Un exemple. Un mouvement a &#233;t&#233; lanc&#233; dans une universit&#233; par des trotskystes contre les mesures d'aust&#233;rit&#233; limitant par exemple le nombre des assistant-e-s. Apr&#232;s un certains nombre d'AG assez glauques le mouvement commen&#231;ait &#224; se fatiguer, lorsqu'un groupe proposa aux &#233;tudiant-e-s de venir occuper l'universit&#233; pendant le week-end avec sacs de couchages et grillades sur les pelouses. Gr&#226;ce &#224; cette initiative le mouvement de gr&#232;ve a dur&#233; plus de deux mois, car les &#233;tudiant-e-s ont commenc&#233; &#224; partager des choses plus profondes, &#224; aborder leurs vrais probl&#232;mes, y compris ceux qui d&#233;passent le cadre de l'universit&#233;.&lt;br&gt;
Il arrive que la majorit&#233; du comit&#233; persiste &#224; exclure l'action propos&#233;e, alors le groupe minoritaire peut sortir du comit&#233; tout en continuant &#224; se d&#233;clarer solidaire des revendications qui l'unissent. Quand la s&#233;cession est pos&#233;e a priori, elle n'est souvent comprise que comme une position dogmatique ; quand elle n'intervient qu'&#224; ce stade-l&#224;, ses raisons deviennent plus intelligibles aux yeux de tous et de toutes. Rendre un choix politique le plus clair possible n'est pas une d&#233;magogie mais une marque de consid&#233;ration et, l&#224; encore, une arme dans la construction de liens.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En-qu&#234;te d'alli&#233;-e-s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les murs entre les milieux sociaux forment l'armure principale du status-quo. Lettre d'une personne qui per&#231;oit l'atomisation de la soci&#233;t&#233; et ses cons&#233;quences sur sa propre vie. Lettre adress&#233;e au membre du ghetto voisin, appel &#224; la rencontre. Lettre d'invitation &#224; une en-qu&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui es-tu ? Toi que je croise, les oreilles dans ton baladeur, les yeux sur tes pieds, press&#233; comme moi d'avaler cette rue qui n'est plus qu'un moyen de transport, non pas un espace &#171; public &#187; parce que la vie publique y palpite &#224; peine, mais un espace assez lisse pour qu'on puisse glisser c&#244;te &#224; c&#244;te. Toi la t&#234;te toute enti&#232;re dans ton t&#233;l&#233;phone portable, d&#233;j&#224; arriv&#233; en pens&#233;e dans ton petit groupe convivial, presque-priv&#233;, foyer encore doux. Comment vais-je pouvoir te poser la question : qui es-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux savoir qui tu es, pas juste &#171; ce que tu fais &#187; mais quel sens tu donnes &#224; ce que tu fais, quelles sont tes aspirations profondes, le petit point de force dans l'estomac qui te r&#233;veille le matin. Quelle est ton histoire ? Pourrions-nous devenir alli&#233;-e-s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis en qu&#234;te d'alli&#233;-e-s. Peut-&#234;tre d'ami-e-s, ou d'amant-e-s : mais avant tout, d'alli&#233;-e-s. J'ai compris que toutes les combinaisons possibles de la &#171; d&#233;merde &#187;, depuis le deal jusqu'&#224; la promotion au boulot, ont une jambe cass&#233;e : elles pr&#233;tendent qu'on peut s'en sortir tout-e seul-e. Avec bien s&#251;r, dans le capital in&#233;gal de chaque &#226;me concurrente, un trousseau avis&#233; de &#171; contacts &#187; et de &#171; r&#233;seaux &#187;, et aussi une ch&#233;rie pour arriver &#224; se d&#233;tendre et tenir le coup. Je ne comprends pas encore exactement ce qu'a voulu dire Bakounine avec &#171; ma libert&#233; commence l&#224; o&#249; commence la libert&#233; de l'autre &#187; mais j'y pressens des relations humaines qui sont d'un autre &#233;tage. Et je crois savoir qu'en effet un vrai &#171; mieux &#187; dans nos vies d&#233;pend de liens bien plus consistants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &#231;a se passe, toi, dans ton ghetto ? Nous sommes tous et toutes confin&#233;-e-s dans des ghettos, des cases &#233;toil&#233;es qui se chevauchent sur le territoire sans se trouver. Tous et toutes, banquier-e-s comme activistes. On se toise en silence dans les espaces &#171; publics &#187; de transports. On sait confus&#233;ment que tous ces milieux prennent part &#224; la vie sociale et font d'elle ce qu'elle est : chacun tire de son c&#244;t&#233; et donne son coup de patte, ce qui est pris par les uns manque aux autres, il y a des d&#233;pendances de partout. Mais il n'y a aucune parole directe de tribu &#224; tribu, et pour que toutes ces interactions forment un tableau logique dans nos t&#234;tes, nous en sommes r&#233;duit-e-s &#224; nous raconter des histoires les unes sur les autres. Heureusement que les sociologues m&#233;diatiques sont l&#224; pour nous aider : je crois comprendre &lt;i&gt;au journal t&#233;l&#233;vis&#233;&lt;/i&gt; pourquoi mon voisin a telle ou telle coutume, pourquoi les jeunes marginaux que je vois dans le tram s'habillent comme ci ou &#231;a, ce que viennent faire ces immigr&#233;-e-s dans ma ville, que revendiquait la manif qui est pass&#233;e tout-&#224;-l'heure sous mes fen&#234;tres, comment &#231;a se fait que dans mon quartier tant de gens ont vot&#233; &#224; l'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'ai encore des doutes, j'ai encore des questions. J'ai l'air indiff&#233;rent dans le bus quand je regarde dans la vitre, mais c'est toi que je regarde vraiment, &#224; la d&#233;rob&#233;e comme si tu &#233;tais nu, c'est toi qui m'intrigues. Est-ce que tout ce qu'on dit sur ton monde est vrai ? Tout ce qu'on raconte dans les films ? Si je croyais tout-&#224;-fait aux amalgames qui circulent sur toi, ou m&#234;me aux sciences sociales qui ont l'air de t'avoir d&#233;termin&#233;, je n'aurais plus une miette de curiosit&#233; pour toi &#8211; nous serions des fant&#244;mes dans le firmament de la tol&#233;rance. Tu ne me feras pas croire que tu es un pur &#233;chantillon de ta cat&#233;gorie sociale. Peux-tu me surprendre ? Dis-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez toi qu'est-ce qu'on raconte sur moi, sur nous ? Chez moi dans le ghetto activiste, il y a plein de g&#233;n&#233;ralit&#233;s qui circulent sur les autres. Par exemple, il y a le mythe de l'&#233;meutier de banlieue : sujet intrins&#232;quement r&#233;volutionnaire. Il y a aussi le mythe du petit-bourgeois : sujet intrins&#232;quement ali&#233;n&#233;. Ces &lt;i&gt;objectivations&lt;/i&gt; ne sont pas compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de la plaque, elles reposent sur une sociologie rigoureuse. Elles tiennent compte des diff&#233;rentes conditions sociales, tandis que la pens&#233;e dominante veut nous conter la fable d'un individu lib&#233;ral, &#233;gal, interchangeable. Mais l&#224; o&#249; elles devraient juste nous servir d'indices, d'avertissements, de &lt;i&gt;probabilit&#233;s&lt;/i&gt;, elles prennent toute la place dans notre imaginaire et finalement elles nous &lt;i&gt;dispensent&lt;/i&gt; de rencontrer les gens. Nous croyons com-prendre les autres milieux : au bout du compte nous les m&#233;-prenons, parce que nous ne partons pas &#224; leur &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est assez &#233;tonnant, parce qu'entre activistes il est dit et redit que nous devons &#171; nous unir &#224; d'autres cat&#233;gories exploit&#233;es &#187;. Mais m&#234;me elles, nous avons beaucoup de mal &#224; les rencontrer. Il y a des intentions et des &#171; d&#233;marches d'ouverture &#187; qui ne sont pas insignifiantes, mais le coche est souvent lamentablement rat&#233;. On organise un &#233;v&#233;nement public, une projection, un repas de quartier : seul-e-s trois tondu-e-s parmi nous sont dispos&#233;-e-s &#224; parler aux inconnu-e-s. Des cailleras participent &#224; une manif : on se f&#233;licite d'un maigre slogan repris en choeur ou de quelques oeillades complices derri&#232;re la barricade. Apr&#232;s la manif on cherche &#224; aller plus loin avec elles : on ne pense qu'&#224; l'anti-r&#233;pression, en bout de cha&#238;ne l&#224; o&#249; il ne reste plus de la bataille que le mouvement d&#233;fensif, l&#224; o&#249; en guise d'&#233;change nous ne pouvons avoir qu'un geste unilat&#233;ral de soutien, un bras long d'avocats et d'&#233;rudition juridique. On veut &#171; communiquer &#187; sur un probl&#232;me : affiches et textes sont balanc&#233;s sur les murs ou sur le net comme dans le froid de l'espace intersid&#233;ral. On apprend qu'une association de riverains s'est mont&#233;e contre un projet immobilier, ou que des &#233;tudiant-e-s s'organisent pour soutenir une camarade sans papiers : nous voici &#224; toute vitesse, brochures et modes d'actions en veux-tu en voil&#224; &#8211; et suivant la radicalit&#233; de ce qu'on trouve en arrivant, soit on repart d&#233;courag&#233;-e-s, soit on se greffe &#224; l'histoire, s&#233;lectionnant tout ce qui &#224; l'int&#233;rieur peut co&#239;ncider avec nos refrains politiques. Les gens d'en face finiront par nous voir sortir de leur vie aussi vite que nous y sommes entr&#233;-e-s, et j'imagine parfois, sans trop me l'avouer, la m&#233;fiance pour &#171; les militant-e-s &#187; que nous pouvons laisser en eux. Ce qu'ils essayaient de dire a &#233;t&#233; vaguement entendu par nous, en tout cas &lt;i&gt;instrumentalis&#233;&lt;/i&gt; : relay&#233; avec empressement comme l'&lt;i&gt;illustration&lt;/i&gt; qui-tombe-&#224;-pic d'un discours d&#233;j&#224; boucl&#233; &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'arrive pas &#224; savoir si toutes ces maladresses, qui ont &#233;t&#233; et sont encore en premier lieu les miennes, sont dues &#224; notre manque d'exp&#233;rience ou &#224; de la flemme ; peut-&#234;tre parce que le premier entra&#238;ne la seconde. Le fait est que nous tombons sans cesse &#224; c&#244;t&#233; de la rencontre. Ecoeur&#233;-e-s, certain-e-s d'entre nous concluent que toute alliance est vaine voire p&#233;rilleuse et que les choses changeront, peut-&#234;tre, si chaque ghetto s'occupe de ses affaires en parall&#232;le. Je ne suis pas d'accord avec elles et eux. L'ordre &#233;tabli se maintient en divisant la population, tout va bien pour lui tant qu'il est seul &#224; d&#233;tenir les clefs du lien entre toutes les composantes de la soci&#233;t&#233; : nos sabotages auront beau &#234;tre t&#233;m&#233;raires, nos tags po&#233;tiques et bien plac&#233;s, nos campagnes d'information pr&#233;cises et massives, nous resterons des carpes tant que nous n'aurons pas saisi cette combine. C'est bien dans la construction d'un lien social autonome, au-del&#224; de nos petits milieux, plus consistant et plus profond que la colle conviviale, que nous irons vers le c&#339;ur d'une &#233;mancipation collective. Dans notre soci&#233;t&#233; toutes sortes d'initiatives vont dans ce sens et &#224; la fois rien ne les aide : je crois que c'est &#224; nous de prendre ce d&#233;fi &#224; bras le corps, d'analyser nos erreurs, de d&#233;masquer les fausses pistes citoyennes ; ne nous laissons pas d&#233;courager, poussons en avant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec tout &#231;a que je viens vers toi et que je te demande qui tu es, ce que tu penses au fond, quelle est ton histoire. J'appelle ta parole. Je ne joue plus &#224; deviner ce que tu vas forc&#233;ment me dire, &lt;i&gt;je t'aborde comme une cr&#233;ature &#233;nigmatique&lt;/i&gt;. Je veux c&#233;l&#233;brer ton opacit&#233;. Mon attention ne se refermera pas aux premi&#232;res de tes banalit&#233;s, je sais que tu tends toutes sortes de transparences pour rassurer le public (et toi avec, peut-&#234;tre), mais je devine toujours des myst&#232;res et je veux rester en jeu. Qui es-tu, que portes-tu au c&#339;ur ? Je t'&#233;coute, parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux accueillir ta parole comme une main dans le sable, l'&#233;prouver &#224; l'int&#233;rieur de moi, emprunter, curieux, ses plis particuliers, mais je te mentirais si je pr&#233;tendais n'&#234;tre constitu&#233; que de cette couche friable. J'ai en-dessous un foyer o&#249; je forge mes convictions. J'ai moi aussi des choses &#224; te dire, j'ai une origine sociale, une exp&#233;rience, des motifs, des interpr&#233;tations. J'ai moi aussi des besoins, mat&#233;riels, affectifs. Je ne veux pas avoir peur de les d&#233;rouler sur la table, tout comme je ne veux me scandaliser d'aucune &#171; &#233;normit&#233; &#187; en face. Parce que j'aspire bien &#224; une &lt;i&gt;rencontre&lt;/i&gt; : ni l'&#233;coute cordiale du relativiste correct, ni le discours &#224; sens unique du p&#233;dagogue qui d&#233;tient la v&#233;rit&#233;, mais le mouvement ambigu de la parole vraie qui &lt;i&gt;permet&lt;/i&gt; l'&#233;coute vraie, et vice-versa. Plus je suis clair avec moi-m&#234;me, plus je peux danser avec ta libert&#233; d'expression. Si je sais reconna&#238;tre et formuler mes propres pr&#233;suppos&#233;s, je risque moins de les confondre et de les projeter dans ce que tu me dis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois malgr&#233; tout j'ai peur que par ta bouche tu me menaces psychologiquement, tu me culpabilises, tu poignardes ma confiance. J'ai peur de cette pens&#233;e dominante, de tous ces mots qu'on cloue dans mon courage, dans ce courage si fragile de me dresser contre ce qui m'oppresse. Mais je veux apprendre &#224; ne plus avoir peur, peut-&#234;tre que mes camarades m'aideront en cela. Je ne veux plus avoir peur du conflit, si c'est un conflit &lt;i&gt;heuristique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heuristique : se dit d'une ambiance qui encourage la recherche et la d&#233;couverte.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : un conflit qui nous entra&#238;ne sans chichis vers le fond des v&#233;cus et des pens&#233;es, comme une ancre tombe lentement sans trembler. Je ne veux plus avoir peur de manquer le dernier mot, je ne veux plus avoir peur de mes &#171; je ne sais pas &#187; comme des crevasses, je ne veux plus vivre une discussion comme un danger. Je ne suis plus l&#224; pour &lt;i&gt;gagner&lt;/i&gt; dans le dialogue, mais pour l'&lt;i&gt;ouvrir&lt;/i&gt; et le maintenir en funambule m&#234;me quand une divergence me d&#233;s&#233;quilibre : signal qu'on commence seulement &#224; se parler. Mon id&#233;al ne se d&#233;fend pas en cotte-de-mailles, &#224; coups de sentences. Mon id&#233;al s'approche quand on arrive &#224; desserrer les gaines et &#224; couler vers la radicalit&#233;, c'est-&#224;-dire vers la &lt;i&gt;racine&lt;/i&gt; des choses. Viens : on plonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu n'es pas un monolithe &#224; classer dans une salle du mus&#233;um sociologique, et moi non plus. Nous contenons chacun-e une soci&#233;t&#233; de voix discordantes, nous contenons la soci&#233;t&#233; enti&#232;re &#224; l'int&#233;rieur de nous. M&#234;me si certaines voix en nous ont eu leur chapitre et d'autres moins ; m&#234;me si, surtout &#224; la surface, chacun-e baigne dans le courant chaud des mots de son rang et de son milieu social. En plongeant ensemble dans notre mer de voix nous scannons aussi la soci&#233;t&#233; et nous nous &#233;tonnons de comment elle s'exprime sous nos propres eaux. C'est un beau parcours, o&#249; l'&#233;tonnement n'emp&#234;che pas la recherche de nos pens&#233;es profondes, justement parce que nous les savons forc&#233;ment sociales. Je sais que mes convictions et les tiennes n'ont finalement rien d'exceptionnel parce qu'elles naissent dans l'Histoire de notre soci&#233;t&#233;, je sais que tes &#171; &#233;normit&#233;s &#187; et les miennes ne sont pas tout-&#224;-fait &#233;trang&#232;res, parce que de pr&#232;s ou de loin elles nous ont charpent&#233; l'un et l'autre. Je sais (mais je le dis trop peu) qu'en &#233;tant constern&#233; devant certaines id&#233;es, je me laisse consterner aussi par ce que je pouvais penser moi-m&#234;me il y a de cela pas si longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai des voix dans la t&#234;te, un parlement tout entier. J'ai des voix comme des courants marins dans le placenta et dedans, des mots qui sont des bulles. Certains mots s'&#233;panchent dans certaines voix et sonnent creux dans d'autres. Il y a les mots d'un ghetto et d'un seul. Il y a les mots galvaud&#233;s, ils sont dits pareil partout mais ils ont une signification diff&#233;rente selon les ghettos. Il y a les mots qui ne se disent rien, de ghetto &#224; ghetto, et qui pourtant rec&#232;lent la m&#234;me signification. Il y a les mots-&#224;-scandale : ceux qui tranchent. Notre plong&#233;e amniotique en paroles viendra sonder les pens&#233;es jusqu'&#224; cette unit&#233; de base : quels sont tes mots ? Quelles sont tes r&#233;f&#233;rences culturelles, tes concepts, tes perceptions, tes repr&#233;sentations ? Avons-nous des mots en commun ? Comment comprends-tu les mots qui-vont-de-soi dans mon langage militant ? Comment le traduis-tu dans ton patois &#224; toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re a eu sa Tour de Babel et le n&#233;o-lib&#233;ralisme a voulu l'abattre. Le dernier degr&#233; du lien social est dans la parole : atomiser la soci&#233;t&#233; c'est aussi brouiller les mots, les vider de sens, les retourner contre eux-m&#234;mes. Il y a une guerre m&#233;diatique des mots o&#249; tout nouveau terme qui peut faire sens est l'objet de convoitises et de conqu&#234;tes. Qu'est-ce qui peut &#234;tre &lt;i&gt;commun&#233;ment&lt;/i&gt; admis comme &#171; r&#233;volutionnaire &#187; aujourd'hui &#224; part tel nouveau robot m&#233;nager ? Qui sommes-nous si la &#171; subversion &#187; est c&#233;l&#233;br&#233;e dans les critiques de films du journal Lib&#233;ration ? Qu'allons-nous faire de la &#171; d&#233;mocratie directe &#187; si le maire socialiste de Grenoble se met &#224; la vanter texto dans sa campagne &#233;lectorale, lui qui est pass&#233; ma&#238;tre dans le lancement de forums citoyens sur des projets pharaoniques d&#233;j&#224; vot&#233;s en haut lieu ? Et ce &#171; lien social &#187;, quel sens arriverons-nous &#224; lui donner s'il est &#226;nonn&#233; par les m&#234;mes administrations qui le d&#233;truisent jour apr&#232;s jour ? Un lien social autonome, ind&#233;pendant des logiques marchandes ou institutionnelles, reposera concr&#232;tement sur ce que nous arriverons &#224; faire mais aussi &#224; &lt;i&gt;dire ensemble&lt;/i&gt; du fond du coeur. Des mots discut&#233;s, &#233;labor&#233;s, profond&#233;ment compris ensemble sont les piliers de nos complicit&#233;s, et pour cette raison il me para&#238;t absolument strat&#233;gique d'arriver &#224; refonder une langue des rebelles. Pour cette raison, si nous &#233;crivons un jour un tract ensemble, je te pr&#233;viens, je &#171; chipoterai &#187; sur les mots. Pas pour t'imposer les miens, mais parce que je vois dans ce &lt;i&gt;processus&lt;/i&gt;-l&#224;, dans cette confrontation des &lt;i&gt;intelligibilit&#233;s&lt;/i&gt;, une occasion de s'unir aussi concr&#232;te que la diffusion m&#234;me du texte. Je ne tiens pas forc&#233;ment &#224; mes mots : je tiens &#224; une alliance patiente des mots de nos milieux s&#233;par&#233;s. Et qui sait, &#224; leur transformation, &#224; leur fusion dans un plurilogue plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un autre monde que nous verrions de nos yeux avec d'autres mots. Notre vue est parl&#233;e. &#187; (V. Novarina) L'alliance pour laquelle je viens vers toi se scellera dans des poign&#233;es-de-mots et dans ce qu'elles permettront : un renouvellement du regard, une profondeur des pens&#233;es. Ce sont les id&#233;es les plus claires qui arrivent le mieux &#224; danser avec les mots, les empoigner, les lancer, les reprendre, s'exprimer avec tant&#244;t un langage tant&#244;t un autre. Ind&#233;pendant-e-s dans notre compr&#233;hension globale de la soci&#233;t&#233;, fort-e-s d'une r&#233;flexion partag&#233;e, nous pourrons peut-&#234;tre d&#233;serter la seule id&#233;ologie qui pour l'instant nous semble tenir debout, celle qui dit que la soumission est in&#233;luctable sur cette plan&#232;te. Nous avons int&#233;rioris&#233; cette id&#233;ologie et nous menons tous et toutes, plus ou moins consciemment, un combat intime contre elle. Nous soutenir mutuellement dans cette r&#233;sistance int&#233;rieure est un premier pas. A partir de l&#224;, chacun-e, chaque groupe, suivant son contexte et son histoire, choisira sans doute une strat&#233;gie d'action diff&#233;rente (s&#233;cession, lutte dans le travail, etc.) : tant que nous cultivons l'alliance des consciences, cela ne peut &#234;tre qu'une richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que nos langages resteront s&#233;par&#233;s, mais alors nous saurons un peu mieux pourquoi : nous aurons en tout cas d&#233;pass&#233; ces bribes de savoir &lt;i&gt;abstrait&lt;/i&gt; que nous croyons avoir les un-e-s sur les autres, nous serons &lt;i&gt;concern&#233;-e-s&lt;/i&gt; les un-e-s par les autres, il sera plus facile d'agir ensemble et aussi plus difficile de s'oublier. Mais cette connaissance vive, forc&#233;ment riche, ne sera pas pour autant une d&#233;claration de paix. Tu seras peut-&#234;tre vigile et un jour on te commandera de me barrer la route d'une occupation. Tu seras peut-&#234;tre jeune scientifique et un jour on te soumettra un projet militaire. Tu seras peut-&#234;tre assistante sociale et un jour on te priera de me d&#233;noncer aux autorit&#233;s. Tu seras peut-&#234;tre urbaniste et un jour on t'appellera pour un d&#233;placement de populations dans la ville. Tu feras ton choix, et peut-&#234;tre que l'en-qu&#234;te m'aura permis de mieux comprendre ses raisons, mais &#231;a ne m'emp&#234;chera pas de m'interposer. D&#233;termin&#233; et sans m&#233;-pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu veux tenter l'aventure ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fiche pratique : l'en-qu&#234;te&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tous ces &#234;tres derri&#232;re les vitres fum&#233;es des autres milieux sociaux ne nous apparaissent encore que comme des masses et des points en mouvement. Il faudra enfiler des escarpins pour aller vers eux et pour qu'ils prennent forme humaine. Nous venons &#224; leur rencontre, en-qu&#234;te, pas &#224; pas. Auront-ils le go&#251;t de danser avec nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a. Accroupi-e-s.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier mouvement de l'en-qu&#234;te est encore recentr&#233; sur notre propre groupe. Qui sommes-nous, nous qui partons &#224; la rencontre ? D'o&#249; partons-nous, d'o&#249; parlons-nous, que cherchons-nous ? Nous partageons ces questions et toute la danse qui va suivre avec des camarades : pour nous l'en-qu&#234;te a du sens &#224; l'int&#233;rieur d'un cheminement politique collectif, qui ne na&#238;t pas de rien et ne manquera pas de se poursuivre une fois les bilans esquiss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b. Mains tendues.&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Anciennes amiti&#233;s coll&#233;giennes, coll&#232;gues d'int&#233;rim, camaraderie d'une lutte, complicit&#233; autour d'un instrument de musique ou d'un club de mycologie, inscriptions sans visage sur un forum internet, voisinage prompt aux coups-de-main, pannes providentielles et autres situations de n&#233;cessit&#233;, nu&#233;es espi&#232;gles de m&#244;mes qui viennent chercher des noises... L'oeil averti recense par magie quantit&#233;s d'occasions d'attraper les mains nonchalamment tendues par-dessus les murs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c. Bouche cousue.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois le contact &#233;tabli, le premier r&#233;flexe militant consiste &#224; enfouir l'autre sous une pellet&#233;e d'id&#233;es g&#233;niales. Peut-&#234;tre qu'on pourra planter un drapeau rouge ou noir sur le monticule ainsi form&#233;. Il y a une peur presque hargneuse de rater cette porte exceptionnellement ouverte, alors on sort vite le pack id&#233;ologique de son milieu : c'est la meilleure mani&#232;re de tout fermer. &#171; J'ai la solution &#224; ton probl&#232;me ! &#187;, &#171; A Rennes, dans la m&#234;me situation, ils ont pas h&#233;sit&#233; &#224; tout casser &#187;, &#171; Attention, quand tu dis &#231;a, tu v&#233;hicules la pens&#233;e dominante &#187;, &#171; L'union fait la force, il faut se bouger ! &#187;. Nous sommes charg&#233;-e-s de connaissances belles et occult&#233;es, nous bouillonnons g&#233;n&#233;reusement ou am&#232;rement de ne pouvoir les transmettre... Mais chhht... patience !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d. Oreilles &#233;carquill&#233;es.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les liens les plus forts commencent lorsque l'autre peut aller au bout de ce qu'il ou elle a &#224; dire. Il est rare d'&#233;prouver assez de confiance pour oser exprimer le fond de sa pens&#233;e, on est souvent coup&#233;-e dans son &#233;lan par les r&#233;ponses de circonstance, par les &#171; oui-mais... &#187; : presque des marques d'inattention. Dans l'en-qu&#234;te, quand l'autre se risque &#224; formuler son raisonnement, son ressenti, nous ne l'interrompons pas, nous voulons plut&#244;t l'encourager &#224; le d&#233;rouler jusqu'au noeud de la pelote et m&#234;me plus loin. Loin jusqu'au fond des questions de fond, l&#224; o&#249; on s'explique le monde, l&#224; o&#249; on se sait en contradiction, l&#224; o&#249; on s'avoue fragile et seul-e, l&#224; o&#249; on s'&#233;meut sans avoir besoin de se d&#233;fendre. L'en-qu&#234;te veut &#234;tre le lieu de la qualit&#233; d'&#233;coute par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;e. Synapses enregistrantes.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou dictaphone allum&#233;... Parce que dans la bouche de l'interlocuteur ou de l'interlocutrice, rien n'est banal, rien n'est anodin, y compris les toutes premi&#232;res politesses. Par exemple, quels sont pr&#233;cis&#233;ment les mots employ&#233;s par la personne pour exprimer :&lt;br&gt;
sa dignit&#233; (dans sa facult&#233; de faire, dans son activit&#233; r&#233;mun&#233;r&#233;e ou pas, etc.),&lt;br&gt;
ses relations et notamment ses solidarit&#233;s (avec ses coll&#232;gues, ses voisin-e-s, etc.),&lt;br&gt;
ses besoins profonds et ses strat&#233;gies pour les satisfaire, &lt;br&gt;
les pressions qu'elle est oblig&#233;e d'accepter, parce que les r&#233;sistances individuelles ou m&#234;me de petits groupes ne suffisent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;f. Un pas de retrait.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le moment o&#249; le groupe qui s'est mis en qu&#234;te devient bassin de d&#233;cantation de ce qu'il a entendu. Il prend la plume, qui l'aide &#224; se donner du recul. Qu'est-ce qui a commenc&#233; &#224; &#234;tre dit ? Quels sont les concepts-cl&#233;s, les concepts sous-entendus qui sont mis en oeuvre ? Quelles sont les remarques o&#249; brille la pertinence, et quelles sont les pens&#233;es qui semblent montrer &#224; quel point des pressions ont &#233;t&#233; int&#233;rioris&#233;es ? Ce qui d&#233;cante ici n'est pas seulement ce que les autres nous ont dit : ce sont aussi en m&#234;me temps nos propres repr&#233;sentations de ce qu'est le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;g. Un pas en avant.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le groupe revient alors vers les interlocuteurs et interlocutrices avec un texte, comme une r&#233;ponse, comme une proposition o&#249; &#224; son tour il s'est mis en jeu. Dedans figure ce qu'il a compris et retenu du premier entretien &#224; travers son propre prisme, clairement assum&#233; comme tel. Figurent &#233;galement les ponts jet&#233;s avec ses propres besoins et perspectives. Des mots des un-e-s sont mis en avant, des mots des autres apparaissent, des mots nouveaux sont forg&#233;s comme le r&#233;sultat attentionn&#233; de cette rencontre particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;h. Un pas en retrait, un pas en avant.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte est discut&#233;, les malentendus sont point&#233;s, les flous cern&#233;s, les mots enrichis. Le groupe repart et corrige le texte, puis revient proposer une nouvelle version. Et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;i. Etoile.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Forts d'un texte qui leur convient tous deux, les deux groupes peuvent organiser sa diffusion ensemble dans leurs diff&#233;rents ghettos. Une fa&#231;on de sceller le lien par une petite coop&#233;ration concr&#232;te.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quant &#224; ce point pr&#233;cis, nous sommes redevables envers l'un des trop rares (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;j. Accroupi-e-s&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Retour &#224; la case d&#233;part : et si les deux groupes partaient en-qu&#234;te vers d'autres milieux encore ? Pourquoi pas dans l'id&#233;e de lancer une feuille de chou, comme un fil rouge &#224; travers les attaches enchev&#234;tr&#233;es que toutes ces petites cit&#233;s pourront nouer entre elles ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;troits : une invitation &#224; penser collectivement.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce num&#233;ro de D&#233;troits est un moment dans un processus de discussion nomm&#233; &#171; &lt;i&gt;Elucubrations&lt;/i&gt; &#187;, o&#249; nous exp&#233;rimentons ce que nous appelons l'intelligence collective. Penser ensemble, c'est mieux que tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus a lieu depuis trois ans : &lt;br&gt;
1) sur une liste internet et un wiki,&lt;br&gt;
2) par des rencontres,&lt;br&gt;
3) par l'&#233;dition d'une revue, D&#233;troits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 2007 les trois Pieds Nickel&#233;s de l'&#233;quipe de r&#233;daction de D&#233;troits se sont mis en qu&#234;te, et ils ont visit&#233; des militant-e-s dans les trois villes dont ils proviennent : Bruxelles, Gen&#232;ve et Grenoble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans chaque ville a eu lieu une rencontre de deux jours, &#224; huis-clos : les participant-e-s se sont coup&#233;-e-s du reste de leur vie urbaine normale pour vivre une aventure de pens&#233;e ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce voyage, nos trois lascars se sont &#224; leur tour coup&#233;s du monde pendant quatre jours. Ils ont imit&#233; les vaches qui passent bien du temps &#224; ruminer tranquillement l'herbe brout&#233;e ; ils ont relu les notes prises pendant leur voyage, ils ont discut&#233; chaque question apparue lors des entretiens. Bref, ils sont devenus &#224; trois un &lt;i&gt;bassin de d&#233;cantation&lt;/i&gt; : ils ont laiss&#233; retentir en eux les pens&#233;es qui ont &#233;t&#233; dites, ils ont contempl&#233; les fragments de paysages conceptuels que leur ont fait entrevoir leurs interlocuteurs. Ils ont cherch&#233; les coh&#233;rences qui ont essay&#233; de se dessiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s s'&#234;tre ainsi transform&#233;s en &lt;i&gt;caisse de r&#233;sonance&lt;/i&gt; pour les tr&#233;sors de pens&#233;e qu'ils ont entendus sonner sur les cordes de chacunE, ils sont pass&#233; &#224; l'&#233;tape suivante : l'&#233;criture. Il s'agissait de cristalliser le plus clairement possible ce qui a &#233;t&#233; dit, entendu, travaill&#233;. Cela bien fait, ils se sont aper&#231;us... Comme dit le proverbe : &#171; c'est quand on est arriv&#233; au sommet de la montagne que &#231;a commence &#224; grimper &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il ne suffit pas d'accumuler des t&#233;moignages, encore faut-il disposer des clefs pour les lire. Et ils se sont mis &#224; pondre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque vous aurez lu ces pages, relisez-les encore une fois, il serait anormal que vous ayez tout bien compris du premier coup. Comment pourriez-vous parcourir en trois heures le chemin que nous avons trac&#233; patiemment dans ce d&#233;sert de sel ? Si vous avez du courage, vous ferez un pas de plus. Il se produira peut-&#234;tre quelque chose en vous qui est la suite de ce que nous avons entrepris. Un pas encore serait que vous nous fassiez part de vos r&#233;actions, de vos questions, de vos critiques. Un pas encore sera que nous fassions appara&#238;tre vos r&#233;ponses sur le Wiki d'&#233;lucubrations, une liste o&#249; peuvent s'inscrire tous ceux qui le veulent et sur laquelle a lieu un processus de discussion constante autour de cette question : &lt;i&gt;o&#249; voulons-nous en venir dans cette soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vos r&#233;ponses d&#233;sir&#233;es donc, et plus g&#233;n&#233;ralement pour &#233;crire &#224; la liste : elucubrations |chez| poivron |point| org.&lt;br&gt;
Vous pouvez m&#234;me vous inscrire, et participer aux &#233;changes de r&#233;flexions, anecdotes, fiches de lectures, qui font le processus &#034;Elucubrations&#034;.&lt;br&gt;
Pour consulter le wiki, o&#249; nous d&#233;butons un travail de classement th&#233;matique de ce qui circule sur la liste : &lt;a href=&#034;http://elucubrations.poivron.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://elucubrations.poivron.org&lt;/a&gt;.&lt;br&gt;
Et si la perspective de discussions en chair et en os vous para&#238;t plus captivante, faites-nous signe : nous serions pr&#234;ts &#224; co-organiser une rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les auteurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Borislav Borgia.&lt;/strong&gt; N&#233; dans un torrent de larmes, descendant d'une clarinette et d'un tambour. P&#232;re d'une aiguille. Commence &#224; quitter le corps de Peter Pan. Depuis, se rase &#224; l'huile d'olive et se parfume au cumin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Evariste Favre.&lt;/strong&gt; Enfance dans le Palais de Buckingham. Etudes &#224; l'Ile de P&#226;ques chez la maman de Marx, puis Expert-Consultant en Travers&#233;e des D&#233;serts pendant 33 ans &#224; Buenos-Aires. Prot&#233;g&#233; de Shiva. Eduqu&#233; par quatre enfants. Actuellement en stage de D&#233;sorientation Surveill&#233;e &#224; la Maison des Associations de Bochuz. Ne mange que du poisson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ysengrin.&lt;/strong&gt; Expert en dilemmes, autonome italien dans une vie ant&#233;rieure, gentillet en apparence, ami des phoques. Pr&#233;caire, peut faire peur aux petits enfants. A pass&#233; un tiers de sa vie &#224; dormir, un sixi&#232;me dans un syst&#232;me scolaire qui l'a enrag&#233;, un huiti&#232;me dans des marmites communautaires o&#249; il a bouilli passionn&#233;ment. Entour&#233; d'une gu&#233;parde, d'une luciole et d'un ours dans un terrier l&#233;gal. Approche de la barre fatidique des trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;troits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;troits : d'Otrante, ou de Gibraltar, tous les d&#233;troits : tous les passages &#233;troits, lieux &#233;ph&#233;m&#232;res, transits oblig&#233;s, chemins sur lesquels s'ouvre un nouveau paysage &#8211; et o&#249; se quitte un autre ; lieux r&#234;v&#233;s pour les embuscades, pour les contr&#244;les policiers ; mais aussi d&#233;fil&#233;s par lesquels on peut se faufiler, s'immiscer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;troits, tous les d&#233;troits, ceux qu'il faut passer sur de vieux rafiots fragiles en risquant la noyade et les projecteurs des vedettes de la police, mais aussi d&#233;troits &#224; chaque rencontre : &#224; chaque rencontre risque des projecteurs policiers, risque de noyade, mais aussi risque de courir sur la plage d'un nouveau pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les d&#233;troits : l&#224; o&#249; la mer se r&#233;tr&#233;cit entre deux continents, entre deux cultures ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les d&#233;troits il y a de forts courants marins, il y a du vent, r&#233;cifs et plages de sable, dans les d&#233;troits il y a des histoires, des si&#232;cles de tentatives, des vestiges, d'anciennes fortifications, d'anciennes destructions de fortifications ; les marchands ont pass&#233;, les &#233;toffes inconnues, mais aussi la peste et les canons, les religions y ont fait des croisements contre nature, des langues s'y sont forg&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;troits ! Dans les d&#233;troits nos poteaux de couleurs sont plant&#233;s : nous aussi nous sommes &#224; la recherche de passages, attentifs aux courants dangereux ou salutaires, nous aussi nous avons quitt&#233;&#8230; et pas encore rejoint !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_837 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://infokiosques.net/IMG/pdf/detroits4.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.5 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779831737' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D&#233;troits n&#176;1
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les luttes sociales qui ont &#233;t&#233; men&#233;es sous le drapeau du communisme ne doivent pas &#234;tre confondues avec celui-ci ! Les gauches, social-d&#233;mocrates et extr&#234;mes, nous le verrons, n'ont pas suffisamment tir&#233; les le&#231;ons du communisme, notamment en ce qui concerne la critique de la relation entre Etat et &#233;conomie. La critique en profondeur du communisme a largement &#233;t&#233; abandonn&#233;e aux penseurs lib&#233;raux. Le message qui en ressort est : le capitalisme est certes difficile, mais il est la seule solution raisonnable et respectueuse de la d&#233;mocratie. Tr&#232;s instructif &#224; ce sujet est le livre de F. Furet, Le pass&#233; d'une illusion, &#233;d. Laffont, Paris 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce sont des discussions avec un membre du groupe Castoriadis qui nous ont aid&#233;s &#224; voir ce point-l&#224; et qui nous ont encourag&#233;s dans le d&#233;veloppement de plusieurs autres points de cette revue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous devons ces id&#233;es &#224; R. Steiner, cf. son livre, paru en 1919, et traduit en fran&#231;ais sous le titre El&#233;ments fondamentaux pour la solution du probl&#232;me social, Gen&#232;ve 1991&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si vous en trouvez, &#233;crivez-nous de toute urgence, ce serait un beau cadeau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pas facile &#224; entendre pour qui est impatient de se battre ! Mais quand on est vraiment parti pour lutter, on sait qu'il y a des r&#233;voltes pr&#233;matur&#233;es. Se lancer dans un combat sans honn&#234;te perspective de vaincre ne peut qu'alimenter le d&#233;faitisme ambiant, ce qui renforce &#233;norm&#233;ment le syst&#232;me. La social-d&#233;mocratie, qui va de d&#233;faite en d&#233;faite, porte une lourde responsabilit&#233; dans la passivit&#233; actuelle. Savoir se soumettre : qui, d'ailleurs, n'est pas soumis d'une fa&#231;on ou d'une autre ? D&#233;j&#224; chaque fois qu'ille compose un code &#224; l'entr&#233;e d'un immeuble au lieu de casser la bo&#238;te &#224; coups de masse ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous devons plusieurs des consid&#233;rations qui suivent &#224; un ouvrier typographe et vieux responsable syndical. Il a eu le courage de tirer les le&#231;ons des &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s des r&#233;sistances syndicales depuis les ann&#233;es 80. Il a os&#233; penser que ce sont carr&#233;ment les concepts de base de la social-d&#233;mocratie qui ne tiennent plus la route. Il s'est mis &#224; l'oeuvre dans son coin et a commenc&#233; &#224; construire une autre fa&#231;on de voir, capable de r&#233;pondre au d&#233;fi de notre &#233;poque de l'h&#233;g&#233;monie du capitalisme financier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encore merci &#224; notre ami typographe pour ces id&#233;es &#233;clairantes ! Toute cette histoire du d&#233;veloppement de la collaboration sociale n'est pas encore bien claire pour nous, et nous la donnons comme nous la comprenons pour le moment pour susciter les discussions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous devons ces mots et une part de l'inspiration de ce texte &#224; des marxistes parisien-ne-s qui ont suivi de tr&#232;s pr&#232;s, entre autres, les luttes des sans-papiers des derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'&#233;tranget&#233; &#187; est ce qui se per&#231;oit quand nous d&#233;bordons des cases dans lesquelles la soci&#233;t&#233; voudrait nous contenir ; nous sommes en effet toujours partiellement autre que le r&#244;le que nous donne cette soci&#233;t&#233;. Les personnages de Jarmusch sont r&#233;ciproquement &#171; &#233;trangers &#187; en ce sens que les mots m&#234;me ne parviennent pas &#224; &#233;lucider l'obstacle qui les emp&#234;che de communiquer, leur propre myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'opacit&#233; est ce qui persiste entre les &#234;tres quand les mots ne sont pas parvenus &#224; &#233;lucider leur &#233;tranget&#233; mutuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Cathares, &#233;blouis par la beaut&#233; lumineuse du Christ, affirmaient que le Royaume de Dieu n'est pas de ce monde. Ils assuraient que ce monde-ci avec ses souffrances absurdes est assombri par le Diable, corrompu par la chair et opacifi&#233; par sa propre mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heuristique : se dit d'une ambiance qui encourage la recherche et la d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que veut dire &#171; vie sociale &#187; ? C'est le tissu des relations entre personnes qui sont chacune &#171; toute autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comit&#233; unitaire : au coeur d'une lutte (&#233;tudiante, de soutien aux sans-papiers, de mal-log&#233;-e-s, etc.), comit&#233; regroupant l'ensemble des organisations qui sont d'accord avec les revendications explicitement avanc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heuristique : se dit d'une ambiance qui encourage la recherche et la d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quant &#224; ce point pr&#233;cis, nous sommes redevables envers l'un des trop rares ex-Maos aujourd'hui encore actifs dans la contestation &#224; Grenoble, et envers la transmission d'exp&#233;riences qu'il rend possible entre g&#233;n&#233;rations &#034;en lutte&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>qcq iosk</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article56</link>
		<guid isPermaLink="true">https://infokiosques.net/spip.php?article56</guid>
		<dc:date>2003-09-28T16:50:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iosk Editions</dc:creator>


		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;iosk est l'exotique nom d'une bicoque d'auto-&#233;dition et de r&#233;-&#233;dition artisanales qui officiait turbinante tr&#233;pidante sifflottante, quelque part dans l'arri&#232;re-cour d'un squat alpin. on y cornait classait brassait entassait tachait retouchait attachait &#233;tendait d&#233;terrait &#233;pouillait et p&#234;chait des piles froufroutantes d'&#233;crits pas tr&#232;s sages voire tendancieux, radicaux, libertaires. de temps &#224; autre, on en mettait certains de c&#244;t&#233; en se disant &#034;ceux-l&#224; sont d&#233;cid&#233;ment nos pr&#233;f&#233;r&#233;s&#034;, on les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique45" rel="directory"&gt;iosk&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;iosk est l'exotique nom d'une bicoque d'auto-&#233;dition et de r&#233;-&#233;dition artisanales qui officiait turbinante tr&#233;pidante sifflottante, quelque part dans l'arri&#232;re-cour d'un squat alpin. on y cornait classait brassait entassait tachait retouchait attachait &#233;tendait d&#233;terrait &#233;pouillait et p&#234;chait des piles froufroutantes d'&#233;crits pas tr&#232;s sages voire tendancieux, radicaux, libertaires. de temps &#224; autre, on en mettait certains de c&#244;t&#233; en se disant &#034;ceux-l&#224; sont d&#233;cid&#233;ment nos pr&#233;f&#233;r&#233;s&#034;, on les photocopillait joyeusement et on les distribuait &#224; qui mieux mieux. notre bicoque ne renfermait ni salaire ni mat&#233;riel ni professionalisme : un repaire de dangereux amatrices et d'intrigants amateurs, un bivouac sur les routes souterraines et autonomes de la diffusion d'id&#233;es, aux antipodes des art&#232;res centralisantes et industrielles des mass medias. chez nous les infos et les interrogations serpentaient &#224; &#233;chelle humaine, passaient de main crochue en main griffue, de bouche d&#233;lectique &#224; oreille d&#233;lectueuse, reproduites &#224; loisir par qui veut comme ille veut, sans sp&#233;cialistes, vive la photocopie comme outil subversif, &#224; quand les photocopieuses auto-construites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;surgie de terre en 2001, la fi&#232;re bicoque a v&#233;cu vrombissante quelques belles et plus ou moins heureuses ann&#233;es, mais en 2007 une attaque de calosomes papivores saltigrades a eu raison de ses piles de papier recycl&#233;. attaque biologique du gouvernement ? r&#233;sultat de choix politiques crois&#233;s ? l'enqu&#234;te est ouverte. toujours est-il qu'aujourd'hui la cabane est retourn&#233;e sous terre, les volets clou&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
