BROCHURES

Quelques textes autour de la lutte contre les Centres d’Identification et d’Expulsion
[Italie - novembre 2012/avril 2013]

Sommaire :
- Turin : À propos de la lutte contre le centre
- Rome : Feu à Ponte Galeria - entretien avec un retenu
- Chronologie
- Lettre de Greg depuis la prison de la Valette

Sources en italien :
Macerie
Informa-Azione
No CIE Modena
Invece, mensile anarchico

Traduction par Sans papiers ni frontières


Turin : À propos de la lutte contre le centre

Au cours de la lutte contre les Centri di Internamento ed Espulsione (CIE), un rendez-vous fixe s’est tenu pendant longtemps à Turin. Pendant un peu moins de deux ans, de l’été 2009 au printemps 2011, chaque troisième dimanche du mois, les solidaires se retrouvaient dans le jardin de Corso Brunelleschi, juste devant les murs du centre, pour donner vie à un rassemblement long et bruyant. Née des cendres d’autres expériences de lutte, qui ont échoué à cause de l’incompatibilité des méthodes et des perspectives entre camarades qui y participaient, l’idée d’un rassemblement régulier avait quatre objectifs :

1. maintenir vivant le rapport avec l’intérieur, grâce à un rendez-vous de lutte connu à l’avance des solidaires et des retenus.
2. maintenir vive l’attention des compagnons ainsi plus assidûment impliqués dans la lutte.
3. construire et intensifier les rapports avec tous les solidaires (ou potentiels solidaires) intéressés pour lutter contre les CIE.
4. impliquer dans la participation et possiblement dans l’organisation du rassemblement des amis et parents des retenus, pour essayer de stimuler des mécanismes de solidarité non militants.

Après le long été 2011 au Val di Susa (lutte contre le TAV, ndlt), qui avait de fait ralenti quasiment toute activité en ville, les rassemblements réguliers n’ont pas repris. Il y a eu plusieurs occasions au cours desquelles on s’est retrouvés devant les murs, mais l’idée d’un rendez-vous mensuel a été depuis ce moment négligée dans les faits. À la même période, les tâches quotidiennes, dans l’élaboration et dans la pratique, pour développer un parcours de lutte contre les sfratti (expulsions locatives, ndlt) et lancer des occupations, ont évidemment réduit les énergies disponibles pour s’engager dans d’autres luttes.

Cependant, une des conséquences les plus importantes de cette lutte contre les sfratti a été liée au fait qu’il y a, dans ces quartiers, beaucoup de familles immigrées, souvent sans-papiers, dont beaucoup passent leurs journées dans la rue. Concrètement les compagnons rencontraient quotidiennement l’ensemble du spectre du centre de rétention en bas de chez eux. Il est inévitable que les rafles quotidiennes nous renvoient en permanence à la gueule l’urgence d’une intervention qui sorte du coup par coup et de l’aléatoire, et devienne une partie non négligeable de la lutte contre les déportations. Une partie des énergies, et surtout des réflexions, a été logiquement dirigée dans ce sens.

Le moment central dans l’évolution de ce parcours a été le choix clair et raisonné de développer les relations directes, non seulement avec ceux qui sont dedans (en téléphonant dans le centre) mais aussi avec ceux qui en sortaient. La possibilité de les héberger ou d’occuper une maison ensemble s’est révélée être un instrument fondamental. Ici, il est clair que si d’un côté les luttes vécues principalement dans le quartier absorbent une grande partie des forces, de l’autre elles créent des possibilités et des liens non accessoires, dont les effets se dessinent avec le temps. Le choix et l’opportunité de créer des rapports stables et complices avec les ex-retenus ont permis en effet de tisser des relations dans le quartier dans un milieu différent de celui des familles sous sfratto (avis d’expulsion locative, ndlt), avec pour conséquence non négligeable une présence conflictuelle toujours plus efficace dans les rues. De plus on a eu la possibilité et le temps d’apprendre à regarder le CIE aussi à travers les yeux des retenus, et d’en connaître les histoires et les dynamiques internes de manière non superficielle.

La confiance en ces nouvelles possibilités et l’enthousiasme pour le niveau de complicité atteint lors de la période automne-hiver 2011, durant laquelle se sont déroulées plusieurs révoltes et évasions (surtout entre septembre et le nouvel an), ont en partie contribué à créer la sensation d’avoir dépassé la nécessité de maintenir une présence constante devant les murs du CIE. C’est donc suite à un entrelacement de causes “naturelles” et de choix, que les rassemblements ont été complètement arrêtés au cours de l’été 2012.
À partir de cette période, et pendant plusieurs mois, au delà de quelques rares épisodes de rebellions individuelles, on ne percevait que dépression et découragement à travers les contacts téléphoniques. Les “retours volontaires” semblaient l’unique solution pour mettre fin à l’enfermement, et les terribles actes d’automutilations l’unique forme de résistance contre l’expulsion. Indépendamment de la présence ou de l’absence d’initiatives de solidarité avec les retenus, les compagnons qui suivent cette lutte depuis de nombreuses années savent que, par moment, il est possible de devoir affronter une telle situation.

Tout cela s’est terminé à l’improviste, le 1er décembre 2012 alors que la Samba Band, un groupe qui depuis des années accompagne avec ses tambours les rassemblements et manifestations à Turin, “fêtait” son dixième anniversaire sur le terre-plein de Corso Brunelleschi. Les mois d’apathie semblèrent s’effacer en un instant. Les retenus ont cherché à défoncer les portes des cellules et au final tout le centre bouillonna. La police réprimait avec matraque et canons à eau, tandis que dehors le rassemblement se transformait en manifestation. Cette journée mit en évidence que les difficultés objectives et les réussites d’autres aspects de la lutte n’auraient pas du conduire à abandonner l’instrument du rassemblement, et que les saluts sporadiques et rapides liés à quelque urgence ne peuvent être suffisants. Quiconque lutte devrait au minimum se donner des échéances : les objectifs qui étaient préfixés avec le choix d’un rassemblement régulier restent toujours valides et la possibilité de rester quelques heures, raconter à tous, en arabe et dans d’autres langues, les révoltes et les évasions survenues dans d’autres centres n’est pas une occasion à négliger.

En janvier, les personnes dans le CIE se révoltent plus d’une fois, protestant contre le froid et le chauffage éteint, mettant le feu à tous les matelas. Et à la fin du mois, est survenu un autre épisode qui réchauffe le cœur : la résistance de Jamal.

Jamal attendait l’audience du recours à l’expulsion. Il a une compagne qui était alors enceinte de 8 mois, et son histoire devait se régler rapidement. Un jour au hasard, il a été attiré par ruse hors de sa chambre et ceinturé en vue d’être expulsé. Comprenant la situation et se trouvant seul face à une dizaine d’agents des forces de l’ordre, il décida de résister. N’ayant d’autre possibilité, il s’entailla les bras et le corps. La nouvelle circula parmi les solidaires et, peu de temps après, un rassemblement se forma en face de l’entrée principale, des slogans et du bruit attirèrent l’attention des passants et des retenus, dont certains montèrent sur le toit. La ténacité de Jamal et la solidarité de ceux qui sont arrivés devant le centre et qui, pendant quatre heures, ont bloqué le portail, ont permis d’empêcher l’expulsion.

Malheureusement, un fourgon emmenant deux autres retenus, qui n’avaient pas opposé de résistance et dont nous avions des nouvelles confuses, est sorti par la porte secondaire. Ce jour là, nous n’étions pas assez nombreux pour bloquer simultanément les deux entrées. Pourtant à Turin, les solidaires qui s’approchent des murs du CIE sont en nombre suffisant pour avoir une présence efficace. Une meilleure détermination de tous pourrai rendre possible la tentative d’intervenir adéquatement aux expulsions de ceux qui opposent de la résistance, surtout lorsqu’ils sont isolés et dans des situations particulièrement défavorables. Aussi, la solidarité durant les révoltes gagnerait en qualité si les solidaires étaient plus disponibles. De combien diminuerait la pression interne au centre si, dehors, on pouvait opposer des pratiques contraignant les forces de l’ordre à être distraits ? Sans pour autant élaborer forcément un parcours de lutte commun nécessairement plus complexe, que chacun devrait continuer de manière autonome avec ses propres moyens et sa propre sensibilité, à Turin il y aurait besoin au minimum de tenter de créer des conditions permettant d’affronter ensemble les moments critiques. Les grosses révoltes de fin février à Turin ont montré une fois de plus le caractère urgent de cette proposition.

Un prémisse est nécessaire au récit de ces révoltes. Peu de jours avant, dans le CIE de Ponte Galeria aux portes de Rome, la réaction des retenus à la tentative d’expulsion d’une personne nigériane s’est transformée en émeute. Les connaissances du retenu d’abord , puis tous les autres, se sont retrouvés dans l’espace commun et ont incendié les matelas contre les barrières de Plexiglas, qui sont installées pour empêcher les évasions. C’est derrière ces panneaux que se trouvent les caméras et les câbles de vidéo surveillance, le feu a donc endommagé tout le système de contrôle du centre . En conséquence le centre, désormais impossible à contrôler, a été vidé. Expulsions, transferts, interdictions du territoire pour les personnes sorties. L’effectif du centre est passé de 150 retenus à une cinquantaine. Le récit de la révolte de Rome a circulé rapidement de CIE à CIE, avec un message clair pour tous : si une prison est détruite alors il n’est plus possible d’y ré-enfermer quelqu’un. Cela, ajouté à la rage refoulée depuis des mois, va être le détonateur pour les révoltes de Turin. À deux reprises, vendredi 22 et dimanche 24 février les retenus ont choisi consciencieusement de rendre inutilisable une grande partie des cellules. Le 22 février certains ont tenté de s’évader en escaladant les grilles, mais ont été repris avant le dernier mur. S’échappa alors la rage et immédiatement la suggestion de Ponte Galeria prend corps. Dans la section bleue et la section rouge quasiment toutes les chambres ont été ravagées par les flammes et il ne resta plus pour dormir qu’une seule salle par section : 20 retenus dans l’une et 15 dans l’autre. La répression fut extrêmement dure. Dans le jardin de Corso Brunelleschi l’air était tellement suffocant à cause des lacrymogènes que les solidaires sur place ont eu du mal à respirer. Les récits de passages à tabac sont nombreux, et au terme de la révolte quatre personnes ont été arrêtées.

Le jour suivant un rassemblement, appelé depuis une dizaine de jours, a mobilisé de nombreux solidaires, et le soutien aux personnes qui se sont rebellées a été affirmé avec force. La révolte de Rome a une fois de plus été racontée ainsi que l’évasion de groupe survenue quelques jours plus tôt au CIE de Gradisca, soulignant que les retenus avaient conquis la liberté en s’affrontant avec la police. Une manifestation improvisée a fait le tour du centre. Le lendemain, la section jaune a suivi l’exemple des sections bleue et rouge. Tout le centre a soutenu la révolte. Les solidaires rapidement rassemblés devant ont entendu un unique et imposant cri venant de l’intérieur : « Liberta ! Liberta ! ». Au total trois chambres sur cinq furent incendiées, de sorte que plus de trente retenus se sont retrouvés avec seulement deux chambres à disposition et nombre d’entre eux ont été envoyés dormir dans la cantine. Les solutions apportées à l’état inexploitable du centre sont d’une part une augmentation des expulsions et quelque libérations, d’autre part la fausse célébration de la totale remise en fonction du centre par les journalistes. Ces derniers jours à Turin il est impossible pour les flics d’enfermer des sans-papiers et tout ceci grâce à ces personnes qui, courant le risque d’être arrêtées ou expulsées immédiatement, ont annulé dans la pratique la possibilité d’accueil du centre de Turin.

Encore une fois, il est nécessaire de s’interroger sur la façon d’être plus déterminés et efficaces. La voie ouverte par les retenus de Rome et de Turin est évidemment celle juste, et toute relation avec eux devrait pousser dans cette direction en les soutenant, les encourageant, faisant circuler les nouvelles d’un centre à l’autre. Assumant aussi la responsabilité des conséquences qu’ils peuvent subir, les soutenant si arrêtés et exécutant des pratiques toujours plus résolues si ils tentent de les expulser, surtout à la suite d’une révolte.

Cependant la présence devant les murs n’épuise pas le champ de la solidarité. Les CIE survivent grâce aux décisions d’individus et d’associations qui, accomplissant leur propre tâche, en perpétuent l’existence. Et il est bon de leur rappeler que jusqu’à ce que les CIE n’existent plus, ils ne dormiront pas tranquilles. La nuit du 24 février quelqu’un s’est souvenu des gestionnaires du CIE de Turin et a pensé bon de rendre la monnaie de leur pièce aux exploiteurs, en l’espèce les revendications des retenus à propos du chauffage : le gaz du siège de la croix rouge a été éteint et l’accès cimenté.

Quelques jours après Corso Brunelleschi a connu une autre journée de lutte. Dans l’après midi une tentative d’expulsion a rassemblé plusieurs solidaires qui se sont retrouvés devant les murs pour soutenir une personne montée sur le toit pour résister. Slogans et gros pétards ont secoué l’indifférence du quartier. Non loin un photo-reporter collaborateur de l’un des pires journaux locaux a été encerclé et bousculé : il a sauvé son appareil mais a perdu ses lunettes. Lorsque le report de l’expulsion fut assuré les manifestants s’éloignèrent mais certains furent bloqués par la police et détenus plusieurs heures dans le commissariat voisin. Certains journaux écriront que pendant les arrestations, à l’autre bout de la ville, un groupe d’anarchiste a renversé les poubelles Corso Regina Margherita, Via Fiocchetto, via Cigna et ont vidé des extincteurs sur l’asphalte. Au final les solidaires seront relâchés dans la soirée, sauf une compagnonne française qui sera raccompagnée à la frontière avec un décret d’expulsion. La nuit suivante une cabine électrique du Bureau de l’immigration de la préfecture de Turin part en feu. L’hypothèse des journaux rejette le hasard, et lie l’action aux récentes révoltes dans le CIE et à l’expulsion de la compagnonne française. Quoi qu’il en soit, l’incendie provoque 70 milles euros de dégâts et les bureaux sont connectés à un générateur de secours pour pouvoir fonctionner.

Depuis longtemps déjà, plusieurs quotidiens nationaux et locaux crient au scandale à propos des conditions de vie auxquelles sont soumis les retenus des CIE. À moins de vivre dans une bulle, tous sont informés de l’infâme réalité de ces lieux. Mais pas seulement. Les voix qui se lèvent ne se réduisent pas à la dénonciation de l’invivabilité, à la demande d’une amélioration des conditions hygiénique-sanitaires, aux accusations de violences auxquelles sont soumis les détenus. De plusieurs côtés parvient l’évocation de la fermeture des CIE, pas seulement la campagne LasciateCIEntrare (laisser nous rentrer) lancée par quelques journalistes de gauche, mais dans quelle direction vont ces propositions abolitionnistes ? Certainement pas vers un monde sans frontières. En outre, même si ces propositions légalistes de fermer les CIE passaient d’absurdes à écoutées, pensons-nous qu’il soit opportun d’attendre que cela arrive ? Si l’État décide de fermer les CIE, il ne le ferait qu’après s’être donné de nouveaux et plus fidèles instruments pour le contrôle et la répression des flux migratoires. L’unique manière de créer une faille irréparable dans le système d’oppression qui génère les CIE est celui de brûler définitivement et d’un coup la possibilité de l’existence même de ces lieux, et de multiplier les rapports subversifs qui se créent dans les fissures de la forteresse sociale.

Source : "Sulla lotta contro i CIE a Torino" - Invece, mensile anarchico – n°22 mars 2013, Italie

Rome : Feu à Ponte Galeria - entretien avec un retenu

D. Salut. Lundi 18 février au CIE de Ponte Galeria à Rome est survenue une révolte. Tu peux nous raconter ce qui s’est passé et comment tu as été libéré ?

R. La révolte a éclaté parce qu’ils ont commencé à taper un mec nigérian qui cherchait à résister à son expulsion. Ils l’ont tapé de manière inhumaine. Pour eux nous ne sommes que des numéros. D’autres mecs nigérians ont alors commencé a foutre le bordel pour essayer de le défendre… et de là a éclaté la révolte.

D. D’après beaucoup de journaux, ce ne sont que des nigérians qui se sont révoltés, c’est vrai ?

R. Au départ, comme je disais, c’était les nigérians, mais après les autres aussi ont foutu le bordel, géorgiens, moldaves, marocains, albanais… Nous étions tous ensemble parce que nous vivions tous les mêmes conditions, nous avions tous le même problème : vivre. Ils ont arrêté des mecs nigérians parce qu’ils ont vu sur les vidéos que c’étaient eux les premiers… Après nous nous sommes tous unis et nous avons commencé à allumer le feu, qui s’est diffusé dans tout le centre. Les personnes se sont révoltées parce que de toute façon la situation est difficile ; qui n’est pas passé par Ponte Galeria ne peux pas s’imaginer ce que signifie y vivre. C’est insupportable, une vie qu’il n’est pas possible non plus de raconter.

D. Il y a donc eu cette révolte avec le feu. C’est la première que tu as vécue ? Depuis combien de temps es-tu à Ponte Galeria ?

R. J’y suis resté un mois. Les choses de ce genre ont déjà eu lieu deux ou trois fois, toujours avec le feu, car l’unique chose que peuvent faire les détenus pour exprimer leur rage est d’allumer des feux. Cette fois le feu s’est diffusé partout, il a pris le plastique (les vitres de plexiglas qui protègent les barreaux, pour empêcher les retenus de s’en approcher). Les flics n’ont pas réussi à intervenir avec la rapidité et la violence habituelles parce qu’il y avait des journalistes présents ce jour-là… Ils devaient être trop pris à se faire interviewer, qui sait. En plus ils ont dû attendre les docteurs pour soigner le mec nigérian qui devait être expulsé, ils l’avaient tapé fort…

D. Qu’est-ce qui a brûlé à part les panneaux de plexiglas ?

R. Les fils qui connectent les caméras de vidéo-surveillance… La structure n’a pas été rendue inutilisable, mais le système de contrôle ne fonctionne plus.

D. Tu me racontais que cette fois, à la différence d’autres, quelques heures après la révolte la police, la nuit, s’est trouvée en difficulté…

R. La police s’est mise en poste en pleine nuit, et nous a contraints à dormir lumière allumée pour pouvoir mieux contrôler si nous nous levions ou si nous tentions de nous échapper. Ils ont été contraints à rester tout le long du périmètre du centre, comme ils ne le font jamais de nuit.

D. À cause des dommages causés au système de surveillance ils ont vidé le CIE.

R. Oui, ils le vident entre transferts dans d’autres centres, expulsions, et personnes qui ont été libérées parce qu’elles n’ont pas été identifiées. Cependant, neuf mecs ont été arrêtés et quatre ou cinq mis à l’isolement. C’est difficile de comprendre précisément combien ont été transférés, combien expulsés et combien libérés. Au moment de la révolte à l’intérieur nous étions 150, maintenant il n’en reste 30 ou 40… Je répète, je ne sais pas combien sont sortis au total. Avec moi sont sortis quatre ou cinq personnes.

D. À la différence d’autres révoltes, cette fois ils ne vident pas le CIE parce qu’il est inutilisable…

R. Avec cette révolte nous n’avons pas rendu le CIE moins utilisable qu’avant parce que avant aussi cet endroit était dégueulasse pour y vivre. Avec la crasse qu’il y a, nous étions enfermés dans cet endroit comme dans une cage à poule. Ils nous enfermaient dans les chambres à 21 heures et les ré-ouvraient à 9 heures du matin.

D. T’as raison, ce qui les intéresse c’est seulement les dispositifs de sécurité, les panneaux pour empêcher de s’échapper…

R. Oui c’est vrai, par exemple ce que je te disais qui est arrivé la nuit de la révolte, la lumière allumée pour nous surveiller, est arrivé d’autres fois, est une forme de punition. Quand il y a du bordel, des protestations, des révoltes, ils laissent les lumières allumées jusqu’à deux heures, trois heures du matin. C’est des lumières très fortes que nous ne pouvons pas éteindre et qui nous empêchent de dormir.

D. Ceci, plus qu’une punition est une torture. Les tortures du genre sont diffuses dans certaines prisons… Tu sais si des fois ils utilisent des psychotropes dans la bouffe ? A Turin, beaucoup des prisonniers dans le centre se sentent fatigués et confus après avoir mangé…

R. Non, ici à Rome non, ici ils laissent la lumière allumée et ils essayent de te fatiguer psychologiquement.

D. Évidemment, vu que le CIE de Turin est géré par la Croix-Rouge, ils ont des compétences médicales spécifiques, ils savent utiliser les psychotropes. A Rome je ne sais pas en quoi est spécialisée la coopérative Auxilium qui gère le centre…

R. Eux sont spécialisés dans le tour de clés.

Source : "Fuoco a Ponte Galeria" – Invece, mensile anarchico – n°22 mars 2013, Italie

Chronologie

Turin : Rassemblement puis révolte au CIE – 30 novembre 2012
Depuis quelques temps, on n’entendait plus parler du CIE de Corso Brunelleschi à Turin : à part quelque histoires “ordinaires” de violences et abus commis par la police, aucune protestation à l’intérieur, aucune initiative au dehors des murs, rien de rien. Pourtant il n’a suffi que d’une petite initiative à l’extérieur des murs du centre, une quarantaine de personnes réunies pour fêter les 10 ans de la “Samba Band”, pour ré-attiser cette faim de liberté que, évidemment, les somnifères de la Croix-Rouge ne peuvent éteindre, et qui n’attendait que l’occasion pour se déchaîner.
Au son des tambours, les détenus ont réagi immédiatement en essayant de briser les portes des cages, d’abord une section, puis un autre, et finalement tout le centre – y compris la section femmes – était dans la tourmente. La police intervient d’abord avec les canons à eau, puis entre dans les sections les plus chaudes pour apaiser les esprits au son des coups de matraques. Quant le rassemblement se poste devant l’entrée du centre, vient la nouvelle de 5 blessés dans la section violette. Et quand le rassemblement retourne sur le Corso, bloquant la circulation sur la via Mazzarello et sur la via Monginevro l’air est rempli de l’odeur des lacrymogènes lancées contre les révoltés. Certains parviennent à grimper sur les toits de la section bleue, et de là saluent les manifestants.

Turin : Banane – 11 décembre 2012
Une belle corbeille de bananes. Des bananes de porta Palazzo, on se comprend, des bananes remplies de limes. Pas une lime dans le sens du fruit tropical, mais en réalité cinq scies en fer, celles qui sont bonnes à scier les barreaux. Les bananes en question étaient dans un paquet qu’un anarchiste de Turin a porté mercredi après midi à l’entrée du CIE de Corso Brunelleschi, mais malheureusement les limes ont été découvertes.
“Quelle insolence ! –s’exclame le flic après la découverte– imaginer pouvoir livrer dans les mains d’un prisonnier les instruments pour regagner la liberté c’est nous prendre pour des ignorants !”
“Celui-là a lu trop de bandes dessinées” pouffent de concert la préfecture et les rédactions des journaux.
“Quel naïf ! –dit le sage– ne sait-il pas qu’il existe des détecteurs de métaux ?”
“Quel imbécile –fait le prudent– ne pouvait-il pas le faire apporter par quelqu’un moins en vue, qui serait passé inaperçu ?”
Si aux flics et aux journalistes, c’est de bon usage de ne pas leur répondre, à tous les autres cela vaut la peine de dire quelque chose. Aux sages, il suffit de rappeler toutes les fois dans le passé récent où les prisonniers du CIE de Turin (et pas seulement) ont scié les barreaux, et que donc, de quelque manière, des scies sont entrées, en réussissant à passer les contrôles ; on ne pourra pas savoir de quelle manière. Aux prudents, nous disons simplement que l’on ne peut attendre qu’une autre personne y aille, qu’on ne peut déléguer aux autres ce à quoi te guide ta conscience.
Peut-être que les bananes ne sont pas le meilleur endroit pour les cacher mais l’unique question que l’on peut se poser vis à vis des limes de fer, n’est pas tant si il est possible d’en faire entrer ou qui peut le faire, mais comment réussir. Pour le découvrir, il faudra simplement essayer et réessayer encore, et toujours, ou jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de barreaux à scier.

Turin : Révolte au CIE : Flambé – 14 décembre 2012
Deux semaines après la révolte du 30 novembre, une nouvelle mutinerie a réchauffé les cœurs des prisonniers du centre de rétention de Turin. Encore une fois, il a suffi d’un petit salut pour allumer la mèche : quand, dans l’après-midi, une trentaine de solidaires se sont rassemblés à l’extérieur du centre, certains détenus des sections rouge, bleue et violette sont montés sur les toits et ont incendié plusieurs matelas. Des ballons de foot et des balles de tennis ont été lancés par dessus des murs, un petit brasier a été allumé sur le trottoir. La police est intervenue avec des canons à eau pour éteindre les incendies sur les toits et, à ce qu’il paraît, un mur à l’intérieur de la section rouge a été abattu, de quoi faire des pierres à jeter sur les flics. L’émeute terminée, la police a perquisitionné la section rouge à la recherche de morceaux de verre (ou de bananes renforcées ?) et, peu après, dans la section bleue, des retenus ont lancé des bouteilles sur les matons.

Modène : Révolte et balles de tennis – 25 décembre 2012
Mardi 25 décembre, des balles de tennis ont été envoyées par dessus les murs du centre de rétention de Modène. Des messages comportant l’inscription “liberi tutti” ainsi qu’un numéro de téléphone étaient glissés à l’intérieur. Le soir même une révolte éclate : des matelas sont jetés dans la cour et les insultes contre le personnel du centre et les forces de l’ordre présentes sur place fusent. Il y aurait eu, également, plusieurs tentatives de suicide. Dès lors, les détenus ont entamé une grève de la faim.

Italie : Révoltes et évasions du nouvel an 2013
28 décembre à Turin
Dans l’après-midi, quelques détenus du centre de Turin ont incendié des matelas. La nuit précédente, il y eut également beaucoup de désordre dans le centre, de puissants cris distinctement perceptibles par les habitants des environs. Un détenu est monté sur le toit d’une section.

Nouvel an à Bologne
Encore une révolte au CIE de Bologne via Mattei, le soir du nouvel an aussi : quatre retenus ont tenté de s’évader mais leur action a été bloquée par la police. Deux ont été arrêtés alors qu’ils avaient déjà escaladé les grilles. C’est arrivé vers 1h00 et le calme est revenu vers 2h30. Il y a aussi eu des lancés de projectiles contre la police.

Nouvel an à Turin
Profitant du désordre de la fin d’année une quarantaine de solidaires ont manifesté devant le centre de Turin, à l’aide de pétards, bombe carta, fumigènes et tambours. A l’intérieur du centre les détenus ont répondu vivement, à tel point que la police fut contrainte d’intervenir.

Nouvel an à Gradisca
31 décembre à haute tension au CIE de Gradisca. Une grosse révolte a éclaté dans le centre la nuit de la saint-sylvestre. L’émeute a eu pour protagonistes près de 20 détenus, dont 7 ont réussi à s’évader. Il n’y a malheureusement pas eu de blessés chez les flics malgré les nombreux objets lancés. Visiblement l’action avait été organisée dans les moindres détails par les détenus. L’alarme s’est déclenchée vers 20h30 lorsqu’un groupe de détenus a réussi à sortir des chambres et à se faire la belle.
Apparemment ils l’ont fait sans résistance de la part des matons, en effet, les retenus s’étaient procurés les clefs des portes qui séparent la cafétéria de l’entrepôt. Les autres portes ont été forcées à coups de pied. Une fois dans l’entrepôt les révoltés se sont armés de gros cadenas et d’extincteurs. D’autres s’étaient préparés à l’émeute depuis des jours. Ils avaient rempli de pierres et de sable des bouteilles en plastique pour les lancer sur les flics. Une fois dans la cour la tension a atteint son paroxysme. Policiers, militaires et carabiniers qui surveillent l’extérieur ont été visés par des objets lancés par les retenus. Certains ont vidé les extincteurs sur les flics. Deux flics de la garde des finances ont été emmenés aux urgences pour intoxication. Profitant du bordel 7 détenus ont réussi à escalader le dernier mur d’enceinte et à disparaître, sans laisser de traces, dans la nature avoisinante. Mais la tension a persisté, et il a fallu encore plusieurs heures pour mater la révolte. Le syndicat de flics/matons qui officie dans le centre a déclaré que c’était le règne de l’anarchie.

Turin : Révolte au CIE – 13 janvier 2013
Le 13 janvier 2013 vers 23h, à cause du froid et de l’absence de chauffages, des retenus de toutes les sections du centre ont incendié des matelas dans la cour. D’autres sont montés sur les toits du centre. À l’appel de la radio Blackout, plusieurs solidaires se sont retrouvé.e.s en face du centre pour saluer les révoltés. À la fin de la manifestation une vingtaine d’entre eux a été arrêtée par une douzaine de flics à la Piazza Sabotino (située bien loin du CIE, ndlt). Cependant, suite à un nouvel appel diffusé par la radio (blackout), un autre groupe de solidaires a bloqué une rue de manière improvisée ce qui a conduit à la libération des personnes arrêtées et au retrait de la police.

Turin : Rassemblement devant le centre samedi 26 janvier 2013
Le froid s’arrête…
Dans les nuits de dimanche 13 et de lundi 14 janvier deux grosses révoltes éclatent au centre de rétention de Turin, une prison pour sans papiers. Des prisonniers montent sur les toits et des matelas sont incendiés pour protester contre le froid et l’extinction des chauffages. La police use de gaz lacrymogènes et à l’aube, mardi 15 janvier, elle perquisitionne toutes les sections tabassant ceux qui étaient montés sur les toits ou qui n’arrivent pas à se lever du lit.
Jeudi 17 janvier une douzaine de prisonniers sont transférés d’urgence le plus loin possible, au centre de rétention de Trapani en Sicile.
26 janvier 2013 – 16 heures – rassemblement devant le centre de Corso Brunelleschi.
…Quand le feu s’allume

Turin : Résister aux expulsions – 31 janvier 2013
Jamal est prisonnier depuis un mois dans le CIE de Corso Brunelleschi à Turin. Il n’a pas de papiers, mais il a une femme enceinte de 8 mois à Turin, son avocat a donc immédiatement présenté un recours contre l’expulsion, et Jamal était confiant, dans l’attente d’être libéré. Mais le bureau de l’immigration de la préfecture de Turin est fourbe, et hier après midi Jamal est appelé à sortir de la section pour lui “notifier quelque chose”. Dans les bureaux du CIE, Jamal comprend que ce qu’on doit lui notifier n’est pas sa libération ni la prolongation de la détention mais un billet aller pour le Maroc. Seul contre une dizaine de flics, isolé de ses compagnons de réclusion, Jamal comprend que c’est le moment de lutter : il appelle sa femme, qui lance l’alarme à l’avocat et aux solidaires.
La nouvelle arrive sur radio Blackout, et peu de temps après un rassemblement se forme à l’entrée principale du centre via Mazzarello, avec des slogans et du bruit à l’attention des passants et des prisonniers dont certains montent sur les toits. L’avocat envoie un fax urgent à la préf’ pour éviter l’expulsion, et attend la réponse. Peu après les CRS arrivent pour défendre le centre, et la nouvelle arrive que Jamal s’est coupé sur tout le corps. Le rassemblement se met à bloquer la rue pour intensifier le trafic devant l’entrée, et les CRS chargent les manifestants. Dans le même temps, la femme de Jamal arrive au centre et réussit à entrer pour un parloir. Vers 18 heures de l’arrière du centre une camionnette sort avec à son bord deux retenus : ils devaient en expulser trois, et Jamal n’est pas parmi eux, il est encore en parloir avec sa femme.
Quand la femme sort et qu’arrive la confirmation que Jamal a été soigné et ramené à la section et pas en isolement, le rassemblement se défait, avec le goût amer en bouche de ne pas être assez pour réussir à bloquer toutes les sorties et donc les trois expulsions, mais avec la confirmation que résister aux expulsions est réellement possible, quand à la détermination de l’intérieur s’ajoute la solidarité concrète et rapide dehors. Et ceci est une chose que tous les ennemis des expulsions devront réfléchir dans les prochains jours.

Rome : Révolte au CIE de Ponte Galeria – 18 février 2013
Le lundi 18 février une révolte a éclaté au centre de rétention de Ponte Galeria à Rome. Plusieurs dizaines de retenus sont montés sur les toits et ont mis le feu aux matelas.
L’élément déclencheur de leur révolte semble avoir été le refus d’un jeune nigérian de se faire expulser. Sa résistance et la violence des flics ont déclenché la solidarité des autres nigérians emprisonnés. Selon divers témoins, le centre de rétention a alors été mis à feu et à sang dans le secteur homme, les pompiers ont mis 3 heures à éteindre l’incendie. Selon les autorités seuls les nigérians, qui sont au nombre de 43 sur les 132 prisonniers du centre, auraient participé à la révolte. Selon d’autres retenus les révoltés seraient allés chercher tous les matelas et toutes les couvertures dans toutes les cellules, les auraient rassemblés et auraient allumé un feu. Victor, le jeune homme qui refusait l’expulsion n’a pas pu être expulsé. Par contre 8 personnes retenues ont été arrêtées et transférées de la prison pour sans-papiers à la prison pour tous (enfin, presque tous, dans la prison pour tous ce sont surtout les exploités qui y sont enfermés). En Italie en ce moment beaucoup de personnes sans papiers commettent des actes désespérés. Il y a quelques jours un homme dans cette situation s’est jeté sous le métro, un autre qui venait de recevoir un refus à sa demande d’asile s’est immolé à l’aéroport de Rome. Face à ces gestes de désespoir, les révoltes, même si elles sont parfois aussi désespérées, pourraient apparaître comme une bouffée d’air pur. Elles restent malheureusement trop souvent peu partagées, à l’intérieur comme à l’extérieur, et ne parviennent pas à briser les murs. Solidarité avec les 8 personnes emprisonnées et avec toutes celles qui, en s’opposant à l’expulsion d’un de leurs compagnons d’infortune, ont partagé ce petit moment de liberté retrouvée !

Trieste : Révolte et évasion au CIE de Gradisca – 18 février 2013
Dans la soirée du 18 février 2013 des retenus du centre de Gradisca à la frontière entre l’Italie et la Slovénie tentent de s’enfuir. Une trentaine de retenus armés de barres de fer et d’objets dont l’usage a été détourné pour l’occasion sont sortis de leurs sections en utilisant un jeu de clefs en leur possession et se sont affrontés avec les vigiles. 5 personnes ont réussi à se faire la belle. Des retenus ont été mis en examen et une enquête ouverte pour connaître l’origine du jeu de clefs. Le lendemain ils se sont de nouveau révoltés : ils ont tenté de détruire les caméras puis ont sorti les matelas et les meubles des chambres avant de les enflammer.

Turin : Révolte au CIE – 22 février 2013
Grosse révolte au CIE de Corso Brunnelleschi à Turin. Tout commence vers 21 heures quand certains retenus tentent de s’évader escaladant les hautes grilles, mais sont repris par la police juste avant le dernier mur. Immédiatement la rage éclate dans tout le centre : certains retenus montent sur les toits et d’autres incendient les dortoirs de quelques sections. La réaction de la police est très violente, avec un usage massif de gaz lacrymogène qui rend l’air irrespirable jusqu’en dehors des murs. Un rassemblement de solidarité (constitué dans l’urgence à l’aide de la radio et des SMS, ndlt) est chargé à plusieurs reprises via Monginevro, et les CRS sont visés par quelques bouteilles et des gros pétards.
Dedans les retenus racontent que des personnes se sont faites taper et menotter, sûrement déjà prêtes à être arrêtées et transférées à la prison de la Vallette. Alors que nous attendons des nouvelles, nous vous rappelons le rassemblement appelé samedi après-midi à 16 heures Corso Brunnelleschi.
Mise à jour du 23 février. Le quotidien La Stampa rapporte la nouvelle de la révolte parlant de dommages notables à l’intérieur de la structure.

« Corso Brunelleschi : Révolte au CIE, Tram bloqué
Tensions et désordres, hier soir, au CIE de Corso Brunelleschi : les forces de l’ordre et les pompiers sont intervenus pour réprimer l’énième révolte dans la structure qui depuis des années anime, pas forcément dans le bon sens, la vie du quartier. Tout est né d’une révolte à l’intérieur du centre, vers 21 heures : un groupe de retenus a tenté de mettre le feu à l’un des dortoirs. Selon la version de la police, une quinzaine d’anarchistes présente à l’extérieur de la structure, a lancé des bomba carta (gros pétards, ndlt) et des pétards contre le centre. Juste après une charge des forces de l’ordre, ils ont riposté en lançant sur les agents, en tenue anti-émeute, les objets les plus disparates et en renversant les poubelles. Ce fut suffisant pour réveiller brutalement le quartier : la via Monginevro à la hauteur de la via Sacra di San Michele ainsi que la ligne 15 du tram ont été bloquées. Nombreux sont les résidents qui ont assisté de leurs balcons à ces instants de grande tension : dizaines de bouteilles cassées et les poubelles restées à terre. La situation s’est normalisée vers 22 heures. De nombreux dommages ont été causés à l’intérieur de la structure. »

Turin : Après les flammes, solidarité et vengeance – 23 février 2013
Un rassemblement a salué samedi après midi les prisonniers du centre de Turin, après une nuit de révolte. La solidarité des manifestants s’est faite entendre avec de la musique, des interventions au micro en italien et en arabe, des pierres tapées contre les lampadaires, des lancés de balles de tennis contenant des messages de solidarité et les tambours du groupe de samba. La police, malgré qu’elle soit présente en force, n’a pas réussi à empêcher au rassemblement de se transformer en manifestation autour du centre, jusque l’entrée du centre et puis de nouveau derrière en bloquant la circulation via Monginevro et via Mazzarello.
Une fois le rassemblement dispersé, arrive la nouvelle que la police a arrêté un retenu de la section violette accusé d’être monté sur le toit pour saluer les manifestants. Avec les quatre arrêtés d’hier, cela fait donc 5 retenus transférés à la prison des Vallette.

Turin : Celle qui manquait – 24 février 2012
Vers 8 heures dimanche 24 février ce sont les retenus de la zone jaune qui complètent le travail commencé les jours précédents par les prisonniers du centre de Turin, en incendiant toute la section. L’intervention de la police avec les lances à eau a seulement servi à faire cesser la fumée, parce que les flammes avaient déjà brûlé tout ce qu’elles pouvaient brûler. Maintenant les 35 prisonniers de la zone jaune, certains à peine transférés des autres sections déjà brûlées se trouvent sous la pluie dans la cour de la section parce qu’il n’est pas possible de rester à l’intérieur.
Mise à jour 22h30. Il reste seulement deux “chambres” dans la section jaune, et pour “restaurer les pleines fonctions” (comme se plait à le dire la préfecture) une vingtaine de retenus ont été parqués dans la cantine transformée en dortoir. Il paraît par ailleurs que la police ne soit pas intervenue pour malmener les prisonniers. Un rapide rassemblement de solidarité s’est formé pour saluer les retenus et la chaleur démontrée ces derniers jours, et hors les murs on entendait très fort et en chœur le cri provenant de toutes les sections : « Liberté ! Liberté ! »

Turin : La Croix-rouge attaquée – 24 février 2013
Dimanche 24 février, en solidarité avec les retenus du Centre en révolte la croix rouge s’est retrouvée sans chauffage. Le gaz de la croix-rouge de via Bologna a été coupé et le boitier a été scellé avec du ciment.
Liberté pour les retenus arrêtés lors des dernière révoltes.

Turin : Mise à jour suite aux révoltes de ces derniers jours – 26 février 2013
À la Romaine...
Une petite mise à jour depuis le centre de Turin après trois jours de révolte. En tout il y a eu six arrêtés et non cinq comme on l’a cru dans un premier temps. Et tandis que dans les sections jaune, rouge et bleue, endommagées par les incendies de vendredi et celui de dimanche, les travaux de restructuration ont déjà commencé, les retenus continuent de dormir dans les réfectoires. Parmi les prisonniers la rumeur circule que la préfecture, pour alléger la pression sur la structure, est en train de préparer des expulsions imminentes, des transferts dans d’autres centres et des libérations. La même chose, en somme, que ce qui s’est passé au centre de Rome après la révolte du 18 février. Ce qui est sûr c’est qu’aujourd’hui à Turin au moins un retenu a été libéré, mais seulement parce qu’il devait pointer pour une autre procédure pénale.

Turin : D’une expulsion à l’autre – 1er mars 2013
Encore une journée mouvementée au CIE de Turin. Dans l’après-midi un retenu monte sur le toit de la section violette pour éviter l’expulsion, et un groupe de solidaires se retrouve devant les murs pour le saluer et le soutenir avec slogans et pétards d’un calibre certain. Non loin de là, un photo reporter trahi par le flash de son appareil se voit encerclé et maltraité : il réussit à sauver son appareil mais perd ses lunettes. Par la suite il s’avérera être un collaborateur d’un des pires journaux locaux, peut-être l’auteur de ces photos pas exactement primables au Pulitzer. Quand arrive la confirmation que l’expulsion du retenu sur le toit est reportée, les manifestants s’éloignent mais une douzaine d’entre-eux se retrouve bloquée non loin par plusieurs voitures de flics. Les arrêtés ont été embarqués au commissariat de via Tirreno, et détenus plusieurs heures. Tous seront relâchés dans la soirée, sauf une compagnonne française : selon les menaces de la police, elle serait raccompagnée à la frontière avec un décret d’expulsion d’Italie.
La même nuit le local d’électricité du bureau de l’immigration de la préfecture est incendié et les journaux comme les flics accusent les anarchistes. Les dégâts se chiffreraient à 70 000 euros environ, et ont nécessité l’installation d’un groupe électrogène.

Turin : attaque incendiaire et expulsion d’une compagnonne – 1er mars 2013
Selon les éditions internet de certains quotidiens locaux, dans la nuit de jeudi à vendredi, une cabine électrique des bureaux de l’Immigration de la Préfecture de police de Turin, Corso Verona, a pris feu. Selon les calculs des comptables de la Préfecture, les dégâts monteraient à près de 70 000 euros. Pour continuer de fonctionner, les bureaux seront connectés à un générateur de secours, gracieusement fourni par l’entreprise Iren.
L’hypothèse des journaux est qu’il ne s’agit pas d’un court-circuit ou d’un imprévu, mais d’une action liée aux récentes révoltes dans le centre de rétention de Turin, et à la menace d’expulser une compagnonne française arrêtée le jour précédent lors d’une manifestation devant le centre. La compagnonne interpellée, comme l’annoncent déjà certaines agences de presse, a été déportée en France cet après-midi : elle va bien et nous sommes certains que son moral est bon.
Concernant la journée d’hier, il faut également rajouter l’info, toujours selon les journaux, que pendant qu’une dizaine de compagnons était retenue dans le commissariat de via Tirreno, “un groupe d’anarchistes a renversé plusieurs bennes à ordures Corso Regina Margherita, via Fiochetto et via Cigna, et vidé des extincteurs”.

Turin : Mise à jour depuis le CIE – 6 mars 2013
Le CIE de Corso Brunelleschi est toujours en grande partie inutilisable. Contrairement à ce que disent les journaux, les chambres sont toujours hors d’usage.
Deux des cinq arrêtés sont sortis de prison : l’un avec une mesure d’expulsion du territoire italien et l’autre a été expulsé après être repassé par le CIE.
Les détenus sont maintenant un peu plus de 60 (sur 180 places). Depuis les premiers jours des émeutes, au moins 20 personnes ont été expulsées, 6 ou 7 ont reçu une mesure d’expulsion et 2 ont été transférées à Trapani. Au cour des 10 derniers jours, il n’y a eu aucun nouvel arrivant dans le CIE.
Dans toutes les aires du centre, du riz « puant » a été distribué. Tous sont sûrs que le repas a été agrémenté d’une bonne dose de tranquillisants et un militaire s’est pris en retour l’assiette sur la tête. Hier, un retenu a passé la nuit sur le toit de l’aire violette par peur d’être expulsé. Quelques jours auparavant il avait avalé un grand nombre de piles et de lames de rasoir, mais contre l’avis des médecins (de l’hôpital ?, ndlt) il a été ramené au centre. On dirait qu’il a tenté de se pendre sur le toit. Ce matin, il a été signalé dans un état grave à l’hôpital, apparemment pour des objets ingérés.

Turin : Un saluto – 8 mars 2013
À sept heures du soir, un groupe d’ennemis des expulsions s’est retrouvé Corso Brunelleschi pour saluer les retenus du CIE de Turin avec du bruit, des slogans et des feux d’artifice. À l’intérieur, les retenus ont répondu en montant sur les toits, en incendiant des draps et en criant « Liberté ! ». Après le rassemblement, dans deux sections les retenus ont refusé le dîner.

Turin : En morceaux – 16 mars 2013
Incendie après incendie, le CIE de Corso Brunelleschi continue à perdre des morceaux. Le dernier, hier soir, survenu durant une brève émeute déclenchée vers 20 heures par les retenus de la section violette, avec matelas et articles ménagers mis au feu dans les chambres. La révolte a pris corps une demi-heure après un rassemblement bruyant devant le centre d’une vingtaine d’ennemis des expulsions, avec pétards, slogans, cris, et messages de solidarité. Il ne reste plus de chambres disponibles dans la zone violette, et les prisonniers ont dû dormir soit dans la cantine soit dans une autre section. Depuis les dernières émeutes, il ne reste plus qu’une chambre dans la section bleue ainsi que dans la rouge où dorment 8 ou 9 personnes. La section jaune, où le 24 février trois chambres étaient parties en fumée sur cinq, est la plus bondée : une chambre a été rouverte et donc les retenus sont répartis dans trois chambres ainsi que, bien sûr, dans la salle à manger.

Turin : Une couche de peinture – 20 mars 2013
Dans la section violette après les incendies de vendredi qui ont rendu les chambres totalement inutilisables, lundi, les retenus ont refusé le repas midi et soir. Certains d’entre eux ont été envoyés dans d’autres sections, tandis que mardi au moins deux de la section violette ainsi qu’un retenu de la section jaune ont été transférés à Modena. Neuf prisonniers continuent de dormir dans la cantine, ceux qui n’ont pas encore fait criser les matons. Dans le même temps, dans tout le centre on observe quelques travaux et des télés et matelas apparaissent ci et là : une inspection est prévue mercredi et les chefs ne veulent pas faire mauvaise figure. Ne pouvant pas remettre en fonction toutes les chambres parties en fumée, ils réaménagent la section blanche fermée depuis longtemps.

Turin : Transfert avec expulsion – 23 mars 2013
Mercredi dernier les gardes du CIE de Turin avisent les retenus de la section violette qu’ils devraient être dispersés dans les autres sections, vu qu’après les incendies toutes les chambre de cette section du CIE sont inutilisables. Les deux premiers semblent choisis au hasard, mais parmi eux il y a Jamal, le retenu qui avait évité une expulsion fin janvier. Son passage dans le bureau de l’immigration dure trop longtemps et à partir d’un certain moment il ne répond plus au téléphone. Ses compagnons de la section commencent a suspecter un énième traquenard et lancent l’alerte. Mais les solidaires n’ont même pas le temps de partir, arrive la nouvelle que Jamal a été chargé dans le fourgon et emmené, vers l’aéroport, tandis que l’autre retenu était ramené dans la section. Au final la section violette est vidée et les retenus sont dispersés là où, au moins par terre, il reste de la place. Quelqu’un accepte d’aller en isolement pour ne pas rester les uns sur les autres dans les chambres restantes. Dans le même temps, comme nous apprenons dans l’article ci-dessous, est arrivée la visite qui avait provoqué ces transferts et l’accélération des travaux dans les chambres. Outre l’habituel et “de gôche” couplet sur l’inefficacité du CIE au vu des coûts de fonctionnement, et à la certaine difficulté à en faire le compte, émerge parmi ces lignes la confirmation qu’en ce moment deux tiers du lager de Corso Brunelleschi sont hors d’usage.

Trapani : Évasions et chasse à l’homme à Trapani Milo – 26 mars 2013
Dans la nuit de mardi 26 mars une quinzaine de prisonniers du centre de rétention de Trapani Milo ont réussi à s’enfuir en escaladant le mur d’enceinte de la prison puis en suivant la ligne de chemin de fer. Une véritable chasse à l’homme s’est alors engagée et 7 évadés ont été repris au petit matin alors qu’ils volaient de la nourriture dans un restaurant. Ils sont en prison inculpés de vol aggravé et de résistance à dépositaire de la force publique.

Turin : Éviter de prendre le large... - 30 mars 2012
Dans l’après-midi un retenu du CIE de Turin monte sur le toit de la cantine de la section bleue. N’ayant aucune intention de se faire expulser, il préfère ne pas croire aux fausse promesses que quelques inspecteurs lui font depuis la cour et décide de rester sur le toit jusqu’à l’heure limite pour prendre le bateau qui de Gênes le conduirait en Tunisie. Un groupe de solidaires exprime pendant quelques minutes sa bruyante solidarité au retenu, qui par sa détermination réussit à éviter l’expulsion.

Turin : Grève de Pâques – 31 mars 2013
Tandis que la moitié de l’Italie est attablée autour du repas de pâques plus ou moins garni, au CIE de Turin tou-te-s les retenu.e.s se sont mis.e.s d’accord pour refuser les repas. Toutes les sections, y compris celle des femmes, ont annoncé une grève de la faim de trois jours et il semble que la majeure partie des retenu.e.s ait aussi renoncé aux traitements. À l’arrivée du dîner, tant pour se donner de la force et encourager les indécis.e.s que pour fêter la réussite de la grève, les retenu.e.s ont décidé d’applaudir tou-te-s ensemble. Les matons du centre semblaient agités : lorsqu’illes s’unissent, les oppressé-e-s font peur…

Turin : Sur les toits – 2 avril 2013
La grève de la faim de tou-te-s les retenu-e-s du CIE de Turin continue, et les prisonnier-e-s racontent que deux d’entre elleux sont aussi en grève de la soif depuis plusieurs jours. Lundi soir, une vingtaine de solidaires s’est donnée rendez-vous Corso Brunelleschi pour les soutenir dans leur lutte par un salut accompagné de slogans, de bruits et de pétards. Comme d’habitude la réponse de l’intérieur ne s’est pas faite attendre. En outre, et ceci est nouveau, on entendait clairement les cris des femmes prisonnières. Mardi matin les retenus de la section jaune du CIE de Turin sont montés sur les toits des chambres et demandent dès lors que soient libéré-e-s au moins celles et ceux qui ont déjà passé 6 mois derrière les barreaux.
Nous profitons de l’occasion pour publier une vidéo tournée en février par des retenus de Turin, et gardée jusque là cachée pour protéger les auteurs. Dans ces images on voit clairement les plats consommés à même le sol suite à la suppression des tables, et l’état des latrines.

Modène : Autodéfense, révolte, et représailles au CIE – 7 avril 2013
Dans l’après-midi les retenus font savoir que depuis ce matin une révolte est en cours, démarrée suite aux protestations contre le transfert de la prison au CIE d’une personne diabétique en mauvaise condition de santé. Dedans les détenus se sont enfermés dans la section et cherchent à résister, dehors les carabiniers cherchent à forcer pour entrer montrant l’intention d’arrêter la révolte avec les matraques. Entre 16h30 et 17 heures les carabiniers arrivés en force réussissent à percer et à entrer dans la section et commencent le saccage. Au moins un des retenus reste à terre blessé. Devant le CIE ont entend des cris et des bruits.
Une ambulance arrive et s’en va, on ne sait pas si quelqu’un est à sont bord (les “forces de l’ordre” disent aux détenus que le détenu a été emmené à l’hôpital). Dans la soirée ils font savoir que la protestation est encore en cours, et quelques solidaires dehors entendent des cris et des bruits.
Solidarité avec celles et ceux qui se révoltent. Ni CIE, Ni prison, Ni cages !

Turin : Arrestations de compagnon-ne-s – 11 avril 2013
Quatre mandats d’arrêt et deux interdictions de territoire : voici les requêtes émises par le juge Giuseppe Salerno, et que la police a tenté d’exécuter à Turin ce matin. Les mandats ont été émis suite au rassemblement devant le centre le 28 février dernier en soutien à un retenu qui résistait à son expulsion lors duquel un reporter de chronique de Turin a été justement maltraité (regardez ici un exemple de sa prose).
Jusqu’à maintenant la police a réussi à exécuter seulement deux des mandats d’arrêts et à notifier une interdiction de territoire. Il y a eu trois autres compagnon-ne-s arrêté-e-s mais ce n’est pas clair si elles/ils font partis des recherché-e-s de cette matinée ou s’ils ont été pris-es parce que trouvé-e-s avec les arrêté-e-s : probablement donc que la police cherche encore.

Mise à jour :
Deux des trois arrêté-e-s ont été relâché-e-s : un était pris par erreur par les flics qui voulaient partir au plus vite du quartier de Porta Palazzo et à une autre ils devaient notifier une obligation de signer suite à un vol dans un autogrill au retour d’une manifestation No Tav. Le troisième en revanche a été tapé durant l’arrestation : arrivé au poste sans son tee-shirt et avec des traces de coups, il a d’abord été emmené à l’hôpital puis à la prison. Sont encore recherchés deux compagnons, destinataires respectivement d’un mandat d’arrêt et d’une interdiction de territoire.
Donc pour le moment une compagnonne a été interdite de la région de Turin, et deux compagnons et une compagnonne sont à la prison de la Vallette.

15 avril
Dans la nuit des inconnus vandalisent une filiale de la banque Unicredit Corso Brescia. À côté des vitrines, le tag “feu aux prisons”. Pour les enquêteurs le geste serait à connecter avec les trois arrestations survenues à Turin jeudi.

Turin : Nouvelles du CIE
Mise à jour de Corso Brunelleschi. Depuis les révoltes qui ont détruit une bonne partie du CIE de Turin réduisant sa capacité d’enfermement, les chambres brûlées restent fermées et inutilisées. Il reste aujourd’hui 27 hommes et une dizaine de femmes dans le centre. Néanmoins, les arrivées ont peu à peu repris. La “tactique” est celle d’un va-et-vient continu entre l’augmentation des “libérations” avec interdiction du territoire et les expulsions accélérées.
Mercredi en pleine nuit un grand nombre de flics entre dans les sections pour une expulsion de masse. Au moins 4 femmes et 3 hommes nigérian-e-s ont été violemment chargé-e-s dans des fourgons pour être emmené-e-s à Rome et de là expulsé-e-s vers leur pays. Quelques heures plus tôt, vers minuit, la croix rouge a prouvé une énième fois tout son dévouement. Une femme avait mangé quelque chose qui lui a provoqué une forte réaction allergique. La réponse à ses demandes d’aide fut qu’« il est trop tard », et que pour une intervention « on en reparlera demain matin, après le petit déjeuner ».

Turin : Rassemblement devant le CIE – 18 avril 2013
Face à la révolte il y en a qui ne restent pas spectateurs. Le 28 février, au terme de deux mois de révoltes qui ont en partie détruit le Centre d’Identification et d’Expulsion de Turin, un rassemblement en solidarité avec un retenu monté sur les toits pour résister à sa déportation a eu lieu. Un photographe de “Turin Chronique”, présent sur les lieux, est mis à distance, poursuivi et agressé : il y perdra ses lunettes et ses photos. Deux mois plus tard – suite à la plainte du photographe – trois compagnon-ne-s sont en prison, deux sont interdit-e-s de Turin et un a réussi à ne pas se faire prendre. Tant que chaque prison ne sera pas détruite, ce ne sera pas la misérable vengeance de la préfecture et de ses gardes qui arrêteront la solidarité envers celles et ceux qui se révoltent pour la liberté. Jeudi 18 avril – 18 heures. Rassemblement au CIE de Corso Brunelleschi

Rome : Rassemblement à Ponte Galeria – 21 avril 2013
Il est toujours là, aux portes de Rome, enterré pour le rendre invisible et proche de l’aéroport de Fiumicino commode pour les déportations forcées. C’est le CIE de Ponte Galeria, le camp d’internement pour migrants en attente d’expulsion de l’Europe.
Cages, clôtures et des murs gardés par des dispositifs technologiques, forces de l’ordre et militaires, géré depuis trois années par la coopérative sociale Auxilium.
Murs, clôtures et cages qui selon l’appel d’offre pour l’assignation du prochain mandat seront gérés par un candidat qui acceptera une paye encore plus basse, partant de 30 euros par jour et par tête. Aujourd’hui le CIE de Ponte Galeria est au deux-tiers des gravats, sa capacité totale de 360 place est devenue notablement réduite par une révolte née de la résistance à une déportation collective vers le Nigéria le 18 février. Aujourd’hui dans ces cellules sont retenus 66 hommes et 44 femmes et, selon la loi illes pourraient y rester jusqu’à 18 mois avant d’être déporté-e-s dans un pays ou illes ont fait le choix de ne pas vivre. Le système des appels d’offres vers le bas diminue le butin que les coopératives, fondations, multinationales et la croix rouge italienne ont toujours récolté avec la gestion des camps pour migrants. D’une moyenne de 55 euros pour chaque personne retenue, on passe à une moyenne de 25 euros avec laquelle les gestionnaires devraient garantir la bouffe, le nettoyage les services d’hygiène et payer le personnel. Il est clair que ceux qui ont toujours prospéré sur l’existence de ces lager comptent ce qui leur reste dans les poches. C’est pourquoi en mars le CIE de Bologne ferme, défini non conforme à la dignité humaine car en état de dégradation total.
Après des années de silence, journalistes et médias compilent leurs cahiers de doléance, dénonçant avec dossiers photographique et interviews chocs la brutalité des CIE.
Il y a ceux qui invoquent l’exigence d’une régulation interne valide pour tous les centres, à la discrétion du gestionnaire, et la diminution du temps d’emprisonnement à un maximum de 12 mois. Mais ce n’est pas une réforme que nous voulons, ni une restauration.
L’unique étincelle de dignité humaine qui s’est exprimée durant toute ces années, incessamment, des fois de manière coordonnée entre retenu-e-s de divers centres, l’a été à travers les nombreuses évasions, de masse ou individuelles, les gestes de rébellion à l’enfermement, la résistance aux déportation et les révoltes qui ont carbonisé des sections entières, parfois amenant la fermeture totale des centres mêmes.
À Ponte Galeria aussi, beaucoup parmi les personnes internées ont été disposées à tout risquer pour leur liberté, détruisant une bonne partie du système de surveillance et des sections entières. Après trois ans auxilium finit son mandat de gestion et sont encore inconnus les informations relative au prochain tour.
À l’intérieur comme dehors, sabotons la machine à expulser, détruisons les lagers de la démocratie.
Dimanche 21 avril nous serons devant les murs du CIE de Ponte Galeria pour exprimer notre solidarité avec les personnes enfermées ici et répéter que nous ne voulons d’aucun camp, ni ici ni ailleurs.
Pour y aller ensemble, rendez vous à 9 heures à la station Ostiense pour prendre le train jusqu’à Fiera di Roma. Dès 10 heures, micro ouvert.
Compagnonnes et compagnons

Modène : Flammes dans le CIE – 16 avril 2012
Dans la nuit du 16 avril, certains passants ont pu voir des flammes et de la fumée à l’intérieur du centre de via la Marmora. L’intervention des pompiers a été nécessaire pour arrêter l’incendie. Les journaux locaux n’ont pas rapporté la nouvelle.

Modène : Rassemblement devant le CIE – 20 avril 2013
Tant que les CIE existeront… personne ne sera libre ! Que le centre d’identification et d’expulsion soit un endroit infernal n’est pas une information nouvelle. De son ouverture en 2002, en passant par la “miséricordieuse” gestion de Giovanardi jusqu’à arriver au catastrophique appel d’offre gagné par la fantasmagorique coopérative Oasi, on ne compte plus les plaintes et les appels contre cette structure, jumelée à celle de Bologne, qui a du fermer pour ses conditions désastreuses.
Après des années de révolte, les journaux et institutions ont dû reconnaître le fait que “les conditions hygiénique et sanitaire” et les “carences assistancielles” rendaient le CIE de via Mattei “inadéquat”. Langage du pouvoir qui masquera des années d’abus et de torture psychologique sur les “hôtes”.
À Modène s’ajoute le fait que les détenus n’ont pas la possibilité de communiquer avec l’extérieur car les téléphones portables sont confisqués à l’entrée. Il y a en outre l’administration massive de psychotropes.
Les abus et les sévices perpétrées par la police et l’armée, couvert par l’omerta voire la complicité directe des opérateurs sont légions. Dans leur jargon ils l’appellent “maintient de l’ordre public” (sous prétexte qu’il est toujours et partout, et pas seulement dans le CIE). Le dernier de ces épisodes ont eu lieu le dimanche 7 Avril. Devant le refus par les responsables du CIE de s’occuper d’un prisonnier diabétique qui était dans un état critique, les détenus ont donné naissance à une manifestation à laquelle les policiers ont réagi violemment causant au moins deux blessés.
« On ne peut aider un homme qui se débat dans un torrent en demandant au torrent de le laisser en paix »
Se rebeller est juste.
Rassemblement de solidarité samedi 20/04 à 15heures

Modène : Rassemblement solidaire devant le CIE – 20 avril 2013
Samedi, à partir de 15 heures, s’est tenu un rassemblement devant les murs du centre de Modène. Une soixantaine antiracistes ont crié des slogans et salué au mégaphone les internés, qui ont répondu avec du bruit et des cris. Le rassemblement a duré une heure et demi, puis un petit cortège a traversé le centre de la ville, une banderole en tête : "Solidarité avec celles et ceux qui se rebellent dans les CIE - Fin des lagers d’État". Des interventions et des slogans ont suivi toute la via Emilia, interrompant le placide après-midi de shopping.
La lutte contre ces lagers ne s’arrête pas là, un appel pour une autre journée de lutte et de solidarité devant les murs du CIE de via la Marmora à Modène suivra prochainement.
Des CIE et des prisons, on ne veut en voir que des ruines.
Liberté pour tous et toutes !

Turin : Paolo “libre”, Greg et Marta aux arrestations domiciliaires – 25 avril 2013
Paolo est sorti de la prison de la Vallette le 17 avril et a été “libéré” le 24, Greg et Marta sont hors les murs depuis le 22. Ces deux derniers sont aux arrestations domiciliaires, avec toutes les restrictions (ce qui signifie interdiction de sortir, de visite, de tout contact avec l’extérieur par téléphone ou internet, possibilité d’une visite des flics à tout moment du jour et de la nuit). Une prochaine audience aura lieu lundi 29.

Turin : Révocation des arrestations domiciliaire pour Greg, Marta et Fabrizio – 3 mai 2013
Les arrestation domiciliaires ont été révoqués pour tous, Greg et Marta sont interdits de Turin et sa région ; dans les dernières semaines la police a trouvé un autre compagnon, Fabrizio, qui lui aussi a eu une interdiction de Turin

Lettre de Greg depuis la prison de la Valette

Le jeudi 11 avril au matin, à Turin, la Digos (police politique) arrête six personnes : une dans son appartement vers 7h, puis quatre autres dans les rues autour de l’Asilo occupato. Une septième arrestation a lieu le lendemain. Trois personnes sont incarcérées dès jeudi à la prison des “Valette” : Marta, Greg et Paolo. Deux autres se sont vues signifier une mesure leur interdisant de rester à Turin et dans sa province. Les deux dernières sont relâchées. Les trois incarcéréEs, sont inculpéEs dans la même enquête : le 28 février, lors d’une initiative solidaire devant le CIE (centre de rétention) de Turin, elles sont accusées d’avoir pris à partie un journaliste de Torino Cronaca. Il s’agit d’accusations de violences, menaces et vol aggravé des lunettes de celui-ci. Ces derniers mois, les retenus du CIE se sont révoltés à plusieurs reprises, et ont détruit près des trois quarts de la structure (essentiellement les cellules). Au total, cet enquête concerne six personnes : une d’entre elles est encore recherchée par la Digos avec une mesure d’incarcération pour les mêmes chefs d’inculpation. Avec cette répression, la police souhaite faire payer le soutien de dehors aux dernières révoltes de dedans. Diverses actions se sont succédées les jours suivants (manifestations, sabotages,etc) en solidarité avec les personnes arrêtées et contre les CIE.

Greg a écrit une lettre qu’il nous a demandé de publier dont voici la traduction :

« Salut à tous et à toutes, amis et amies, compagnons et compagnonnes.
Tout d’abord un clin d’œil à celles et ceux qui pensent à moi. Ce n’est pas parce que je suis dans ces geôles que je n’ai pas donné de nouvelles. Comme disait un des deux de Foggia en cavale, “pour envoyer une lettre il faut avoir quelque chose à dire.” Alors c’est parti.

Je suis bien en cellule avec Paolo. Quand la DIGOS m’a arrêté, à deux pas de l’Asilo Occupé, j’ai essayé de me sortir de leurs griffes. Je n’ai pas réussi vu que j’étais à peine réveillé et qu’on était mal organisés avec les amis (trop peu compacts). Bordel, ce qu’ils courraient vite ces cinq digos de merde.

Après un passage à l’hôpital, plus pour leur casser les couilles que pour les petites blessures que j’avais, et les contraindre à me trimballer ici et là au lieu de les laisser retourner dans la rue faire leur travail infâme, ils m’ont emmené à la prison des Valette. Dans la section des nouveaux arrivants, il y a eu un peu de complicité, née à travers des récits de choses qui se sont passées dans nos quartiers, des techniques de la police pour nous arrêter, du partage du peu que nous avions en arrivant (je suis devenu un super champion de la chasse au mégot) et des parties de foot sous le soleil du printemps.

Le premier saluto nous l’avons bien entendu mais pas vu, ils ont bien choisi le côté du couloir où nous enfermer. Les gars de la section remercient les gens venus nous saluer, ça casse un peu la routine d’ici. Il semble que les inculpations pour rapina (vol avec violence, ndlt) et association de malfaiteurs sont à la mode ici et servent pour tout et n’importe quoi. Les peines encourues par nos compagnons sont lourdes. Mais dans notre cas, il s’agit de toute façon d’un vol de merde.

Bon, je vais m’arrêter là. Patience, force et vengeance, dedans comme dehors, avec rage et amour.

Greg, qui a hâte de vous retrouver avec un tiramisu ou une pierre à la main. »

Le 12 avril 2013

Mise à jour, le 14 avril 2013 :

« Il y a des gens dans les bureaux de la gendarmerie à Paris, section antiterroriste (il s’agit du BLAT – Bureau de Lutte Antiterroriste, ndlt), qui ont exprimé à leur façon une certaine attention à mon égard. En date du 13 avril, il m’a été notifié par le procureur de la république de Turin M. Pio une commission rogatoire (CR) émanant du juge d’instruction Didier Suc qui exerce à Toulouse, en France.

Cette requête de CR datant de juin 2012 concerne une enquête (encore et toujours cette maudite affaire de Labège, ndlt) dans laquelle, en novembre 2011, quatre compagnons et compagnonnes françaises ont été incarcéréEs, une compagnonne soumise à un contrôle judiciaire (obligation de signer) et un compagnon coincé par le statut de témoin assisté (obligation de témoigner s’il ne veut pas d’embrouilles avec la justice). L’instruction n’est pas encore close, les chefs d’accusation concernent une action commise en juillet 2011 avec dégradations et violences contre des bureaux et le personnel qui y travaille, liés aux prisons pour mineurs (pour plus d’informations, vous pouvez chercher sur internet, en italien sur informa-azione.info et en français sur pourlaliberte.noblogs.org).

En pratique, la commission rogatoire du juge d’instruction français à la justice italienne permet à la police italienne (DIGOS) de “m’interroger dans le but d’établir ma possible participation aux faits et mes liens avec les misES en examen” et de, “si j’y consent, effectuer un prélèvement salivaire (ADN) sur kit FTA” pour le remettre immédiatement à la police française. Enfin, la CR demande également que la police française puisse assister à l’interrogatoire. Pour être clair : il ne s’agit pas d’un mandat d’arrêt européen. Avec cette lettre, je voulais préciser que je me contrefous de ce mouvement de la police française, que je ne collaborerai pas à leur commission rogatoire, que j’insiste sur ma solidarité avec les inculpés et les inculpées, que les catégories de “mouvance ultra-gauche toulousaine” ou “mouvance anarchiste” seront toujours à mes yeux des termes qui démontrent que le pouvoir ne comprendra jamais combien mon individualité est plus riche et belle que leur sale monde de catégories/cages. Feu à toutes les prisons, liberté pour tous et toutes, il faut détruire les frontières physiquement et mentalement.

À mes compagnons et compagnonnes : faites attention à vous. Et mes ennemis, je veux qu’ils sachent : je les emmerde sincèrement. »

Sans Papiers Ni Frontières