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		<title>L'autogestion c'est pas de la tarte</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>anonymes</dc:creator>


		<dc:subject>Squat, logement</dc:subject>
		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Italiano</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment articuler r&#233;flexion, action et ressenti ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Comment articuler individualit&#233; et&lt;br class='autobr' /&gt;
collectif ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Quel degr&#233; d'investissement dans un&lt;br class='autobr' /&gt;
projet collectif ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Quel degr&#233; de pr&#233;sence sur le lieu ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Squatter, est-ce un travail ?&lt;br class='manualbr' /&gt;La spontan&#233;it&#233; : un choix ? Un poids ? Une chim&#232;re ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Quelle r&#233;partition des t&#226;ches ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Pourquoi reproduisons-nous des normes ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Quelle ouverture sur l'ext&#233;rieur ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Les chef-fes, comment s'en d&#233;barasser ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Comment s'&#233;loigner de la sp&#233;cialisation ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Quelle communication interne des informations ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Quels moments de discussions/d&#233;cisions collectives ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Quelle communication des sentiments ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Quelle communication vers l'ext&#233;rieur ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Comment sortir de la consommation ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Comment atteindre l'autonomie alimentaire ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Quels liens ville-campagne ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Faut-il envisager la l&#233;galisation de nos squats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces questions sont tr&#232;s pr&#233;sentes dans les squats puisqu'elles&lt;br class='autobr' /&gt;
touchent &#224; la pratique de l'autogestion. On s'est dit qu'on se sentait un peu&lt;br class='autobr' /&gt;
isol&#233;-e-s sur ces r&#233;flexions, parce que dans les revues anars et totos et tout&lt;br class='autobr' /&gt;
et toute on parle beaucoup de lutte et de th&#233;ories mais peu de pratiques, et&lt;br class='autobr' /&gt;
que m&#234;me dans les squats le temps ou l'envie de se poser ces questions&lt;br class='autobr' /&gt;
en face manquent souvent...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Squat, logement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Italiano&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH98/arton1889-4400d.jpg?1780489013' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1889.jpg?1639329018&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;flexions qui suivent sont n&#233;es de pratiques de divers collectifs et lieux autog&#233;r&#233;s&lt;/strong&gt; dont nous avons fait partie ou que nous avons rencontr&#233;s. Elles sont n&#233;es de discussions et de confrontations, c'est-&#224;-dire toujours de mani&#232;re collective. Elles aboutissent ici choses &#8211; la n&#244;tre &#8211; qui aspire &#224; &#234;tre totale, qui fait semblant de tout comprendre, sa subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est beaucoup question de &lt;strong&gt;squats&lt;/strong&gt;, c'est que cette pratique nous est famili&#232;re et a pour nous &lt;strong&gt;une dimension politique forte&lt;/strong&gt;. Nous esp&#233;rons toutefois que ces quelques r&#233;flexions d&#233;passent ce cadre et puissent alimenter celles d'autres types de collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons construit ces textes de mani&#232;re &lt;strong&gt;th&#233;matique et synth&#233;tique&lt;/strong&gt;, pour une meilleure lisibilit&#233;, et si nous pouvons para&#238;tre p&#233;dagos, c'est que nous le sommes simplement avec nous- m&#234;mes, &#231;a nous aide, on est des gens totalitairement m&#233;thodiques. Les citations proviennent de personnes avec qui nous avons discut&#233;, ou bien d'autres textes que nous avons nous-m&#234;mes &#233;crits (nous avons une tendance &#224; l'auto-r&#233;f&#233;rence proche de l'auto-congratulation b&#233;ate, c'est bon&lt;br class='autobr' /&gt;
pour le moral).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nos &#233;crits n'apportent rien de nouveau.&lt;/strong&gt; Ils ne font que poser sur du papier les r&#233;flexions vagues et flottantes que nous &#233;changeons sans arr&#234;t entre gens qui vivons des exp&#233;riences d'autogestion. Nous avons l'impression qu'en agissant ainsi, nous pouvons faire le point sur tous ces questionnements, pour ensuite &lt;strong&gt;mieux les approfondir.&lt;/strong&gt; Et cette deuxi&#232;me &#233;tape, partant de situations concr&#232;tes, est sans doute la plus importante : de nouveaux raisonnements, des r&#233;cits d'aventures, des exp&#233;rimentations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous lan&#231;ons un &lt;strong&gt;appel &#224; contribution&lt;/strong&gt;... Nos textes sont inachev&#233;s, ils ne sont que des supports &#224; dialogues et &#224; th&#233;orisations intergalactiques, nous comptons les alimenter au fil de nos d&#233;couvertes et discussions. N'h&#233;sitez surtout pas &#224; les alimenter vous aussi, et &lt;strong&gt;ils seront encore plus collectifs&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous essayons de recenser les &#233;crits qui existent et d&#233;taillent les diff&#233;rents th&#232;mes abord&#233;s dans cette brochure, et d'en donner les r&#233;f&#233;rences &#224; la fin de chaque chapitre. Cette bibliographie est encore peu fournie mais elle le sera davantage avec votre aide... En attendant, les textes ainsi r&#233;pertori&#233;s sont disponibles dans beaucoup d'infokiosques, s'ils ne le sont pas dans celui de votre ville, ils le sont en tout cas &#224; Grenoble : n'h&#233;sitez pas &#224; les demander. L'adresse est en p&#233;ril, comme celle de tout squat : 10 traverse des 400 Couverts, 38000 Grenoble. Il est plus s&#251;r d'&#233;crire &#224; iosk@inventati.org.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment articuler r&#233;flexion, action et ressenti ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question de ne plus &#234;tre bancal-e du cerveau&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette question d'articulation peut sembler un peu sch&#233;matique, mais elle nous para&#238;t centrale et trop souvent laiss&#233;e de c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est le sens m&#234;me de notre d&#233;marche et appara&#238;t en filigrane derri&#232;re tous les domaines de notre quotidien, derri&#232;re tous nos positionnements (concernant par exemple la spontan&#233;it&#233;, la sp&#233;cialisation, la communication...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle nous avons choisi d'entamer nos &#233;crits par cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(La dimension du ressenti nous semble pr&#233;sente dans notre cheminement mais moins dans nos textes : nous n'avons pas encore pris le temps de la poser vraiment par &#233;crit... et c'est peut-&#234;tre r&#233;v&#233;lateur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains lieux/collectifs :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;La r&#233;flexion&lt;/strong&gt; est d&#233;valoris&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220;Nous on n'est pas des universitaires, on ne th&#233;orise pas la politique, on la vit, on la met en actes&#8221;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220; R&#233;flexion = branlette intellectuelle &#8221;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La r&#233;flexion n'est pas prioritaire : elle est bouff&#233;e par un quotidien surcharg&#233; (actions, &#233;v&#233;nements dans le lieu), on oublie de lui accorder de la place et du temps. Souvent, par exemple, on zappe les bilans de nos actions, de nos projets...&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'effort collectif se concentre sur l'action. Par exemple, les r&#233;unions (le moment collectif de discussion et de d&#233;cision) sont consacr&#233;es aux actions, et beaucoup moins aux r&#233;flexions. La r&#233;flexion est parfois tr&#232;s pouss&#233;e, mais toujours rel&#233;gu&#233;e au niveau individuel, ou inter-individuel : un statut inf&#233;rieur.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220; Le gros probl&#232;me dans notre squat, c'est un probl&#232;me de pouvoir [et beaucoup en sont conscient-e-s]. Et le monstrueux probl&#232;me, c'est que ce gros probl&#232;me, on le pose jamais collectivement. &#8221;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion collective est un regard, un retour, sur ce qu'on vit et fait ensemble. Elle permet d'en prendre conscience, de le remettre en cause, et de le changer collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Merde on est pas que des bras, des ventres et des sexes, on est pas que des cerveaux non plus, on est des &#234;tres complets et on veut l'&#234;tre toujours plus. On aime pas la r&#233;flexion sans action. On aime pas l'action sans r&#233;flexion. On veut pas oublier nos ressentis, nos &#233;motions. Notre d&#233;marche politique, c'est justement l'articulation entre tout &#231;a. On a pas l'impression de se branler la cervelle quand notre pens&#233;e na&#238;t d'une pratique quotidienne et revient l'alimenter, quand y'a un contact, un aller-retour, entre th&#233;orie, pratique et &#233;motions. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment articuler individualit&#233; et collectif ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question de nos peurs d'&#234;tre enchain&#233;-e-s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimension individuelle = libert&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#8220; Je me suis longtemps battu contre les lignes collectives, pour les envies et les d&#233;sirs, contre les contraintes &#8221;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimension collective = force ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Une position collective, un d&#233;sir collectif, sur des projets d'un squat, d&#233;cuple les avanc&#233;es...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En quoi le collectif peut-il &#234;tre oppressant pour l'individu ? Est-ce une sensation d'&#234;tre noy&#233; dans la masse, de ne plus exister par soi-m&#234;me ? Est-ce le sentiment de manquer d'espace (d'expression, d'action, de r&#233;flexion...), de ne plus avoir de temps pour soi ? Est-ce une fatigue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi le collectif implique-t-il une envie de consacrer des efforts &#224; la communication, aux &#233;changes de savoir ?...&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Par exemple, le dialogue implique une certaine bonne volont&#233; : vouloir creuser nos relations, nos positions individuelles, nos d&#233;saccords, nos confrontations, pour chercher ce qu'on a en commun. Changer l'objectif de la discussion : non plus vaincre/convaincre l'interlocutriceur, mais lae comprendre/lae rejoindre l&#224; o&#249; on peut... Chercher ce qui nous rapproche au moins autant que ce qui nous oppose...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Un squat est un lieu collectif. Quand on squatte, est-on motiv&#233;-e par le lieu, par l'espace qu'on y trouve, ou par le collectif, et le projet qu'il porte ?&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#8220; Un squat en ville n'est pas un collectif, c'est juste un outil, un espace dont plusieurs gens ont besoin &#8221;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Consid&#233;rer l'espace comme plus important, est-ce consid&#233;rer le collectif comme un simple moyen pour l'occuper, est-ce avoir une d&#233;marche individualiste ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lier la force du collectif et la libert&#233; de l'individu, comment laisser la place &#224; l'une et &#224; l'autre ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Est-il possible de construire des collectifs moins oppressants pour l'individu, qui ne reproduisent ni normes, ni clan, ni famille ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Jusqu'o&#249; le collectif enrichit-il l'individu ? A partir d'o&#249; l'oppresse-t-il ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'est-ce que l'individualisme ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Est-ce le seul moyen de construire l'autonomie de l'individu au sein du collectif ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel degr&#233; d'investissement dans un projet collectif ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question des attentes et des rancunes entre membres d'un collectif&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Se sent-on abandonn&#233;-e-s par ceux/celles qui se bougent moins dans un squat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que quelqu'un-e de tr&#232;s actif-ve peut se permettre de juger un-e autre &#8220;j'm'en foutiste &#8221; et l'inviter &#224; changer de comportement ou &#224; se barrer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que l'in&#233;galit&#233; des t&#226;ches accomplies est un respect de la formule &#8220; &#224; chacun-e selon ses capacit&#233;s, &#224; chacun-e selon ses besoins &#8221; ou une porte ouverte &#224; la pr&#233;sence de glandeureuses professionnel-le-s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un lieu, organise-t-on les roulements de mani&#232;re programm&#233;e ? Ou au fil des craquements nerveux de ceux/celles qui brassent le plus ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il semble y avoir des attentes entre membres d'un collectif &#224; partir du moment o&#249; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; on vise un objectif, m&#234;me tout petit&lt;/li&gt;&lt;li&gt; on a envie/besoin d'agir ensemble, &#224; plusieurs, on coordonne nos efforts, pour atteindre cet&lt;br class='autobr' /&gt;
objectif&lt;/li&gt;&lt;li&gt; on n'a pas tou-te-s le m&#234;me degr&#233; d'investissement (ce qui para&#238;t in&#233;vitable : on n'a pas tou-te-s les m&#234;mes priorit&#233;s/motivations &#224; la base). Par exemple, certain-e-s, occup&#233;-e-s par leurs &#233;tudes, boulots... disent manquer de temps pour s'investir dans le collectif/projet&lt;br class='manualbr' /&gt;On n'attend rien des autres, semble-t-il, quand on n'a pas d'objectif (quand on fait les choses juste pour le plaisir) ou quand l'objectif qu'on a, on peut l'atteindre seul, ou on estime le pouvoir.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;On pourrait appeler les plus motiv&#233;-e-s &#8220; &lt;strong&gt;les moteurices&lt;/strong&gt; &#8221; (ce qui implique qu'il y ait des suiveuseurs, avec elleux aussi leurs caract&#233;ristiques et oppressions propres) :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
les moteurices donnent les impulsions (essayent de motiver les autres, leur t&#233;l&#233;phonent pour&lt;br class='autobr' /&gt;
leur rappeler les r&#233;unions/actions...)&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Illes s'impliquent beaucoup (sont &#224; l'heure aux AG, parlent beaucoup en AG, &#8220; travaillent &#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
tard...)&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Illes ont une vision globale du projet (alors que souvent les suiveuseurs ne s'impliquent que sur&lt;br class='autobr' /&gt;
une partie).&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220; Un projet collectif peut &#234;tre d&#233;coup&#233; en t&#226;ches. Les gens moins impliqu&#233;s sont peut-&#234;tre ceux/&lt;br class='autobr' /&gt;
celles qui assument simplement leur t&#226;che. Les gens plus impliqu&#233;s sont ceux/celles qui assument&lt;br class='autobr' /&gt;
leur t&#226;che, tout en gardant une pr&#233;occupation et une vision globales du projet, donc en assumant&lt;br class='autobr' /&gt;
seul-e-s les impr&#233;vus, les interstices entre les t&#226;ches. Outre un partage &#233;quitable des t&#226;ches, faut-il&lt;br class='autobr' /&gt;
un partage de la vision globale du projet ? &#8221;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Quand l'objectif commun n'est pas clair, illes font pression pour qu'il soit &#233;lev&#233;, et se font traiter&lt;br class='autobr' /&gt;
de perfectionnistes.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Illes sont vite frustr&#233;-e-s (sentiments d'ingratitude, de trahison, d'abandon, de solitude).&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220; Les coups durs viennent parfois quand on s'aper&#231;oit que l'engagement des autres sur un projet ne&lt;br class='autobr' /&gt;
correspond pas avec ce qui &#233;tait annonc&#233;. Quand on s'aper&#231;oit qu'on se retrouve seul-e-s dans un&lt;br class='autobr' /&gt;
travail dont le poids aurait d&#251; &#234;tre partag&#233;, et qu'il est trop tard pour abandonner. Les coups durs&lt;br class='autobr' /&gt;
viennent aussi quand on a le sentiment de s'engager sur un boulot pour les autres, pour le collectif,&lt;br class='autobr' /&gt;
et que les autres ne reconnaissent pas ce boulot. &#8221;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Illes ont une sorte d'autorit&#233; morale. Difficile de leur dire qu'on est moins motiv&#233;-e qu'elleux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leurs rancunes, suivant la mani&#232;re dont elles sont exprim&#233;es, peuvent devenir des formes de&lt;br class='autobr' /&gt;
pression sur les autres.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Illes s'&#233;puisent. Illes finissent par s'orienter vers des projets o&#249; illes peuvent fonctionner soit&lt;br class='autobr' /&gt;
seul-e-s, soit avec d'autres personnes qu'illes savent &#234;tre aussi motrices.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#244;les seraient-ils in&#233;vitables, vu qu'ils reposent sur des diff&#233;rences de motivation &#224; la base ? Ils&lt;br class='autobr' /&gt;
sont sans doute au moins limitables, et sans doute peuvent-ils tourner.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une mani&#232;re de les limiter serait peut-&#234;tre de s'accorder plus de temps, au d&#233;but d'un projet, pour&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;voir individuellement, et clarifier collectivement, les forces et le temps qu'on pourra lui d&#233;dier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les collectifs, on pourrait imaginer 3 styles de projets (ou plus...) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le projet clair&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
D&#232;s le d&#233;but on se met au clair sur l'investissement que chacun-e est pr&#234;t-e &#224; mettre dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
projet, et sur les objectifs communs qu'on peut dresser &#224; partir de l&#224;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Ainsi l'objectif de d&#233;part est mesur&#233; ; il prend en compte les besoins et disponibilit&#233;s de chacun-&lt;br class='autobr' /&gt;
e.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Une telle m&#233;thode demande des efforts sur la conscience de soi, sur l'&#233;coute des autres&lt;br class='autobr' /&gt;
(communication) ; implique un brin d'exp&#233;rience...&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Le respect des autres s'exprime en tenant ses engagements ; il est plus facile de tenir ses&lt;br class='autobr' /&gt;
engagements quand ils sont clairement formul&#233;s d&#232;s le d&#233;part...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le projet flexible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
On part du principe que les motivations, envies, disponibilit&#233;s individuelles, sont fluctuantes,&lt;br class='autobr' /&gt;
impr&#233;visibles.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Donc on est pr&#234;t-e-s &#224; ce que les objectifs du projet changent en cours de route, on y est&lt;br class='autobr' /&gt;
psychologiquement pr&#233;par&#233;-e-s et on ne s'en offusquera pas. On est pr&#234;t-e-s &#224; rompre ou&lt;br class='autobr' /&gt;
transformer le contrat moral de d&#233;part (dur pour l'ego...) qu'on passe avec soi, les autres&lt;br class='autobr' /&gt;
membres du collectif, et l'ext&#233;rieur (&#224; qui on avait annonc&#233; monts et merveilles).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Cette m&#233;thode-ci implique des efforts, elle, sur la souplesse, la capacit&#233; d'adaptation, de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tachement...&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Le respect des autres se situe dans la prise en compte de leurs envies et &#233;volutions, dans&lt;br class='autobr' /&gt;
l'absence de culpabilisation...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une synth&#232;se des deux projets pr&#233;c&#233;dents&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
On part du principe que les efforts et les formes de respect des deux projets sont int&#233;ressants et&lt;br class='autobr' /&gt;
importants.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Le point commun aux deux projets, c'est la capacit&#233; &#224; communiquer. Communiquer au d&#233;part&lt;br class='autobr' /&gt;
du projet pour d&#233;finir ensemble les objectifs, communiquer ensuite r&#233;guli&#232;rement pour red&#233;finir&lt;br class='autobr' /&gt;
les objectifs au fil des changements.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
L'id&#233;e est de trouver un &#233;quilibre entre le respect du collectif (tenir ses engagements) (ne pas&lt;br class='autobr' /&gt;
sacrifier le groupe &#224; soi) et le respect de soi (s'&#233;couter) ( ne pas se sacrifier au groupe).&lt;br class='autobr' /&gt;
(voir aussi le tableau des chef-fe-s)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class='spip_document_5647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://infokiosques.net/IMG/png/action_autogestion.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH702/action_autogestion-74765.png?1780500263' width='500' height='702' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel degr&#233; de pr&#233;sence sur le lieu ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question de &#8220;non-permanence&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220; L'exc&#232;s du pouvoir de la pr&#233;sence physique, c'est quand une seule personne (ou une minorit&#233;) est&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours pr&#233;sente. Elle est la seule &#224; voir et &#224; vivre tous les moments de l'aventure collective&lt;br class='autobr' /&gt;
(r&#233;unions, actions...) : elle en conna&#238;t et ma&#238;trise tous les d&#233;tails. Elle fait partie du collectif plus que&lt;br class='autobr' /&gt;
quiconque. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questionnement :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Quels sont les enjeux de ce pouvoir ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Signifie-t-il que certaines personnes s'approprient le lieu ? qu'elles gagnent des responsabilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
face au collectif ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Comment &#233;viter ce pouvoir ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Sa remise en question va-t-elle de pair avec celle de la permanence, c'est-&#224;-dire de la pr&#233;sence&lt;br class='autobr' /&gt;
continue de personnes sur le lieu ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diff&#233;rentes attitudes face &#224; la question du pouvoir de la pr&#233;sence :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
pour certains collectifs, il va des soi qu'il y ait des disparit&#233;s au niveau de la pr&#233;sence, et que les&lt;br class='autobr' /&gt;
personnes les plus pr&#233;sentes aient davantage leur mot &#224; dire&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
d'autres collectifs pr&#233;f&#232;rent limiter les disparit&#233;s de pr&#233;sence (par exemple, en n'&#233;largissant pas&lt;br class='autobr' /&gt;
le collectif et son fonctionnement au-del&#224; de la sph&#232;re des habitant-e-s, dont la pr&#233;sence est&lt;br class='autobr' /&gt;
plut&#244;t homog&#232;ne et constante.)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;D'autres collectifs encore remettent en cause ce pouvoir en rejetant la permanence, une notion qui&lt;br class='autobr' /&gt;
pour eux est &#233;galement li&#233;e aux logiques de s&#233;dentarit&#233;, de repli sur soi et de fermeture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici certaines des pistes qu'ils exp&#233;rimentent autour de la &lt;strong&gt;non-permanence&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; instaurer un roulement des habitant-e-s, m&#234;me s'ils peuvent revenir r&#233;guli&#232;rement&lt;/li&gt;&lt;li&gt; inciter le collectif et les personnes investies sur le lieu &#224; participer &#224; d'autres projets et &#224; diff&#233;rentes&lt;br class='autobr' /&gt;
formes de r&#233;seaux&lt;/li&gt;&lt;li&gt; n'attribuer aucune pi&#232;ce aux habitant-e-s de mani&#232;re personnelle et fixe -&gt; possibilit&#233; d'installation&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le lieu quand m&#234;me, &#224; condition de se construire un habitat autonome&lt;/li&gt;&lt;li&gt; instaurer un mode de d&#233;cision qui accorde un espace aussi important &#224; chacun-e, quelle que soit la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;gularit&#233; de sa pr&#233;sence.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; garder une vigilance collective par rapport &#224; ces principes : les formuler clairement et fr&#233;quemment.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;cueils&lt;/strong&gt; quant &#224; ces pistes :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
la non-permanence ne risque-t-elle pas de procurer un sentiment d'instabilit&#233; ? -&gt; on ne sait pas&lt;br class='autobr' /&gt;
qui sera disponible &#224; moyen terme sur le projet : faut-il avoir une organisation b&#233;ton avec des&lt;br class='autobr' /&gt;
roulements pour savoir plus clairement sur qui on peut compter &#224; quel moment et pour quoi ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
cette non-permanence risque-t-elle d'amener &#224; une certaine d&#233;responsabilisation ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220; je ne vis l&#224; que par intermittence, je ne suis pas tr&#232;s concern&#233;-e &#8221;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220; j'ai particip&#233; &#224; la d&#233;cision, celles/ceux de l'int&#233;rieur se d&#233;merdent pour l'appliquer &#8221;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
les modes de d&#233;cision peuvent-ils conduire &#224; une forme de contr&#244;le de celles/ceux qui ne vivent&lt;br class='autobr' /&gt;
pas sur le lieu par rapport &#224; ce qui s'y vit ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Squatter, est-ce un travail ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; l'on r&#233;alise que personne n'est &#224; l'abri d'un certain productivisme (surtout pas nons)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le productivisme, en gros, &#231;a voudrait dire&lt;/strong&gt; faire une activit&#233; non pas pour elle-m&#234;me, pour le&lt;br class='autobr' /&gt;
plaisir de la faire, mais pour son r&#233;sultat, son produit, son utilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Avant tout il y a une notion d'accumulation. La quantit&#233; prime sur la qualit&#233;, on veut produire&lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup avant de produire bien ou diff&#233;remment (avec des rythmes ou des relations plus&lt;br class='autobr' /&gt;
humaines...).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Il y a ensuite un sentiment d'urgence, un rythme effr&#233;n&#233;. Ce qui compte c'est le faire, le&lt;br class='autobr' /&gt;
produire, mais on ne prend jamais le temps de se poser la question du sens de ce qu'on fait.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Il semble y avoir aussi une mani&#232;re de retarder le bonheur : on oublie la satisfaction imm&#233;diate&lt;br class='autobr' /&gt;
pour pr&#233;parer celle qui est &#224; l'aboutissement de l'activit&#233;. Sans doute un vieux reste de notre&lt;br class='autobr' /&gt;
culture jud&#233;o-chr&#233;tienne du sacrifice (sacrifions nous aujourd'hui pour &#234;tre plus heureux-se&lt;br class='autobr' /&gt;
demain ; souffrons pour acc&#233;der au paradis...). Avec ce sch&#233;ma-l&#224;, ne risque-t-on pas de ne&lt;br class='autobr' /&gt;
jamais &#234;tre heureux (on repousse toujours le bonheur &#224; plus tard, style &#224; la fin de mes &#233;tudes,&lt;br class='autobr' /&gt;
puis &#224; ma promotion, puis &#224; ma retraite... et on s'&#233;puise) ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Le temps &#8220; perdu &#8221; (o&#249; l'on tra&#238;ne, sans but pr&#233;cis) serait-il celui de l'inventivit&#233; et du rire ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
L'exc&#232;s de productivisme fait-il de nous des &#234;tres s&#233;rieux, s&#233;v&#232;res, frustr&#233;s, chiants, chi&#233;s ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
L'extr&#234;me inverse nous m&#232;ne-t-il &#224; l'inactivit&#233;, la non-r&#233;sistance, la mort rapide, l'attitude&lt;br class='autobr' /&gt;
spectatrice ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si certain-e-s d'entre nous squattent, c'est pour &#233;chapper au travail, &#224; la logique du&lt;br class='autobr' /&gt;
productivisme absolu&lt;/strong&gt;. Pour savourer nos vies davantage. Pour tenter des pr&#233;misses de nos&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233;s r&#234;v&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Aurait-ce du sens que de se comporter dans nos squats de mani&#232;re aussi sombre qu'au boulot ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Et n'avons-nous pas justement tendance &#224; reproduire la logique productiviste dans plusieurs&lt;br class='autobr' /&gt;
domaines : l'activisme par exemple, o&#249; le r&#233;sultat (rameuter des nouveaux/elles, accro&#238;tre le&lt;br class='autobr' /&gt;
nombre de convaincu-e-s et de militant-e-s) prime parfois sur le plaisir (faire une action dr&#244;le,&lt;br class='autobr' /&gt;
passionnante, prendre son pied en militant...) ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Un deuxi&#232;me exemple c'est la vie publique d'un squat : pr&#233;f&#232;re-t-on multiplier &#224; tout prix les&lt;br class='autobr' /&gt;
activit&#233;s (pour montrer que le lieu est super vivant) ou les limiter et en choisir les meilleures (les&lt;br class='autobr' /&gt;
plus jouissives, les plus belles) ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Un dernier exemple c'est la survie du squat : pr&#233;f&#232;re-t-on se battre pour que le squat dure (on&lt;br class='autobr' /&gt;
cherche l'efficacit&#233;) ou en profiter (en faire un lieu de vie intense et sublime) ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Dans nos luttes, nous nous fixons 1000 &#233;ch&#233;ances que nous encha&#238;nons &#224; toute allure... En&lt;br class='autobr' /&gt;
voulant tout faire, ne faisons-nous tout qu'&#224; moiti&#233; ? N'oublions-nous pas de r&#233;fl&#233;chir pourquoi&lt;br class='autobr' /&gt;
et comment nous faisons ce que nous faisons ? N'est-ce pas une mani&#232;re de faire qui nous&lt;br class='autobr' /&gt;
frustre, nous vide, plus qu'elle ne nous construit ? N'ajoutons-nous pas de l'urgence &#224; celle dont&lt;br class='autobr' /&gt;
l'Etat se sert pour nous r&#233;primer (proc&#232;s, expulsions...) ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cherchons-nous &#224; &#234;tre productifves ? Par &#233;ducation ? Par sentiment d'urgence ? Par&lt;br class='autobr' /&gt;
perfectionnisme ? Par peur de ne pas trouver notre place, d'&#234;tre inutiles ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Faut-il &#234;tre &#8220; utile &#8221; pour trouver sa place ? Qu'est-ce qu'&#234;tre utile ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Pouvons-nous m&#233;langer plaisir et productivit&#233; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Le plaisir procur&#233; par une action, une r&#233;flexion, est-il aussi une forme de productivit&#233; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Une activit&#233; r&#233;alis&#233;e avec plaisir est-elle productive sur d'autres plans ou par d'autres biais ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Autres textes &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Brochure &#8220; Abandonnez l'activisme &#8221;, 1999&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La spontan&#233;it&#233; : un choix ? Un poids ? Une chim&#232;re ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; l'on se fait plaisir avec un joli tableau&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH541/spontaneite_autogestion-14d15.png?1780500263' width='500' height='541' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autres textes sur le sujet :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#8220; La tyrannie de l'absence de structure &#8221; Jo Freeman&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle r&#233;partition des t&#226;ches ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; justement on fait l'apologie des jolis tableaux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;partir les t&#226;ches quotidiennes dans le collectif, en respectant les envies et disponibilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de chacun-e (partage &#233;galitaire des t&#226;ches chiantes...), en &#233;vitant les sp&#233;cialisations (les filles &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
cuisine, les mecs au bricolage...) ?&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;partition des t&#226;ches n'est-elle pas un domaine concret o&#249; se jouent les diff&#233;rentes visions d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
vie en collectif, les tensions entre individus, les luttes de pouvoir, etc. ? Le nombre de projets&lt;br class='autobr' /&gt;
collectifs qui se sont cass&#233;s la figure sur des histoires de vaisselle, et sur les rancunes qui ont suivi,&lt;br class='autobr' /&gt;
n'est-il pas surprenant ? (quand on nous demande &#8220; pourquoi &#231;a s'est termin&#233; &#8221;, on a presque honte&lt;br class='autobr' /&gt;
de le raconter tellement &#231;a para&#238;t un d&#233;tail : peut-&#234;tre que ce n'en est pas un...)&lt;br class='manualbr' /&gt;N'y a-t-il pas des t&#226;ches plus valorisantes que d'autres ? Suffit-il de se r&#233;partir &#233;quitablement leur&lt;br class='autobr' /&gt;
somme ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diff&#233;rents lieux, diff&#233;rentes personnes, diff&#233;rents syst&#232;mes de gestion des t&#226;ches :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Un tableau r&#233;partit les t&#226;ches. Les gens s'inscrivent en d&#233;but de semaine sur les t&#226;ches qu'illes&lt;br class='autobr' /&gt;
s'engagent &#224; faire ou sur les espaces collectifs dont illes prennent la responsabilit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Un tableau rappelle les t&#226;ches &#224; faire mais on ne s'y inscrit pas : on ne s'en sert que comme&lt;br class='autobr' /&gt;
aide-m&#233;moire.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Un tableau r&#233;partit les t&#226;ches, mais seulement &#224; certaines p&#233;riodes. Il dispara&#238;t quand chacun-e&lt;br class='autobr' /&gt;
participe spontan&#233;ment, et quand personne ne se sent l&#233;s&#233;. Il r&#233;appara&#238;t quand il y a des&lt;br class='autobr' /&gt;
probl&#232;mes (crasse, vaisselle qui s'entasse,...)&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Aucun tableau des t&#226;ches : investissement spontan&#233;, chacun s'investit selon ses envies et ses&lt;br class='autobr' /&gt;
disponibilit&#233;s&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'int&#233;r&#234;t d'un tableau&lt;/strong&gt; qui r&#233;partit les t&#226;ches :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Sa cr&#233;ation implique des discussions collectives sur la fr&#233;quence des t&#226;ches, sur les degr&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
limites de salet&#233;, etc. On sort du non-dit &#224; ce sujet-l&#224;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Il donne une vision d'ensemble des t&#226;ches &#224; faire : il permet la prise de conscience, par chacun-&lt;br class='autobr' /&gt;
e, des besoins de la vie collective&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Il rend le fonctionnement interne compr&#233;hensible, facile d'acc&#232;s : les gens de passage ou les&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelleaux arrivant-e-s peuvent s'y int&#233;grer plus rapidement&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Il rend le fonctionnement interne explicite, donc plus facilement changeable&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Il n'assure pas seulement la r&#233;alisation des t&#226;ches, mais aussi son roulement &#233;galitaire entre les&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rentes personnes&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Il &#233;vite la culpabilisation : l'investissement de chacun-e dans les t&#226;ches quotidiennes est clair et&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cid&#233; en accord avec le collectif.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; on sait quand on a fait sa part
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; on ne peut faire de reproches d&#233;plac&#233;s aux autres.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans quel syst&#232;me de r&#233;partition des t&#226;ches ressent-on une plus grande &lt;strong&gt;libert&#233;&lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
&#8220; je me sens plus libre dans un fonctionnement spontan&#233; : il respecte davantage mes &#233;tats&lt;br class='autobr' /&gt;
d'esprit ou de fatigue momentan&#233;s... Je ne peux pas pr&#233;voir une semaine &#224; l'avance &#224; quel&lt;br class='autobr' /&gt;
moment j'aurai envie de nettoyer la pi&#232;ce commune. Par contre, dans un bon jour, je peux&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;aliser beaucoup plus de t&#226;ches que ce que j'aurais fait si je m'&#233;tais inscrit quelque part. &#8221;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
&#8220; je me sens plus libre si je me suis inscrite sur un planning : cela me permet de g&#233;rer mon&lt;br class='autobr' /&gt;
temps, d'&#234;tre au clair avec d'&#233;ventuelles attentes collectives, d'&#234;tre plus &#224; l'aise dans un&lt;br class='autobr' /&gt;
quotidien sans suspicion mutuelle. Et si je d&#233;borde d'&#233;nergie, rien ne m'emp&#234;che d'en faire plus&lt;br class='autobr' /&gt;
que pr&#233;vu. &#8221;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi reproduisons-nous des normes ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question des squats qui pourraient constituer un certain guetto&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;Que signifie &#233;tablir une norme ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;En quoi ces normes sont-elles un moyen de pression du collectif sur l'individu ?&lt;br class='manualbr' /&gt;En quoi sont-elles une traduction de notre besoin de reconnaissance, de notre recherche d'identit&#233; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;En quoi sont-elles excluantes ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous affranchissons-nous vraiment des normes de la soci&#233;t&#233; que nous critiquons ou ne faisons-nous&lt;br class='autobr' /&gt;
que les reproduire ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Comment rester vraiment ouvert dans une r&#233;flexion politique critique et non plus&lt;br class='autobr' /&gt;
norm&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour nous, une norme c'est un comportement, un sch&#233;ma, reproduit sans conscience,&lt;br class='autobr' /&gt;
sans r&#233;flexion et sans choix.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Dans les squats aussi, nous reproduisons des normes, y compris celles de notre soci&#233;t&#233; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; look vestimentaire, esth&#233;tique, &#8220; folklore punk &#8221;... &#224; la place du tailleur/costume ou jeans/&lt;br class='autobr' /&gt;
baskets
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; attitude dure, forte, virile, insensible, &#8220; on est des warrior-e-s &#8221;, rejet de la fragilit&#233;... comme&lt;br class='autobr' /&gt;
l'attitude &#8220; masculine &#8221; impos&#233;e au quotidien par le syst&#232;me patriarcal
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; attitude de sp&#233;cialiste &#8220; je sais tout faire, j'ai tout r&#233;fl&#233;chi, je me suis totalement d&#233;construit, toi&lt;br class='autobr' /&gt;
t'es qu'un p'tit jeunot &#8221;... comme l' attitude comp&#233;titive et rentable exig&#233;e par le syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
capitaliste&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Avons-nous besoin de normes pour nous prot&#233;ger et nous rassurer face &#224; la soci&#233;t&#233; ? N'est-ce&lt;br class='autobr' /&gt;
pas cr&#233;er une sorte de ghetto ? Ce mod&#232;le correspond-il &#224; nos aspirations ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Ce ghetto, avec ses normes, implique-t-il une forme de s&#233;lection, de fermeture, de pr&#233;jug&#233;s ? Il faut montrer qu'on int&#232;gre ces normes. Si l'on n'y correspond pas au premier coup d'&#339;il,&lt;br class='autobr' /&gt;
on ne suscite qu'indiff&#233;rence, voire rejet. Il faut gagner sa place. Il faut &#234;tre infaillible.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; N'est-ce pas une mani&#232;re de nous isoler nous-m&#234;mes, de nous marginaliser et de rester&lt;br class='autobr' /&gt;
minoritaires ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; N'est-ce pas faire le jeu du syst&#232;me tant d&#233;nonc&#233; que de garder en nous-m&#234;mes certaines de&lt;br class='autobr' /&gt;
ses normes, que de reproduire des comportements norm&#233;s, que de rester crisp&#233; dessus, en&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fense ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il semble difficile de se lib&#233;rer de normes quand&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
on est persuad&#233; de ne pas en avoir&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
on ne tente pas d'observer nos comportements, d'en comprendre le sens, de les choisir&lt;br class='autobr' /&gt;
consciemment.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Autres textes &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#8220; Guia practica para la clonacion de &#8220; enrolla=s &#8221; (Manual del hombre/mujer-pegatina. La&lt;br class='autobr' /&gt;
pseudorrevolucion al alcance de tod=s)&#8221;, 2000, brochure en castillan, manuel satyrique pour&lt;br class='autobr' /&gt;
s'int&#233;grer dans les milieux alternatifs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle ouverture sur l'ext&#233;rieur ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question d'en sortir, de ce guetto - squat&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En quoi l'ouverture est-elle une n&#233;cessit&#233; pour qu'un collectif respire, se renouvelle, conserve sa&lt;br class='autobr' /&gt;
dynamique ? En quoi la coh&#233;sion d'un collectif sur des bases politiques ou affinitaires claires constitue-t-&lt;br class='autobr' /&gt;
elle &#233;galement une dynamique ? En quoi cette coh&#233;sion peut-elle &#234;tre une sorte de fermeture sur&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ext&#233;rieur ? Y a-t-il incompatibilit&#233; entre ces formes de dynamique ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En parlant d' &#8220; ouverture &#8221;, nous voulons parler d'ouverture sur l'ext&#233;rieur, sur d'autres milieux, d'autres&lt;br class='autobr' /&gt;
collectifs, de rupture du ghetto-squat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des &lt;strong&gt;activit&#233;s&lt;/strong&gt; dans un squat, voici diff&#233;rents exemples de diff&#233;rents lieux :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; squat peu ouvert au public, car les habitant-e-s sont pr&#233;occup&#233;-e-s surtout d'y construire&lt;br class='autobr' /&gt;
une vie collective&lt;/li&gt;&lt;li&gt; activit&#233;s publiques surtout men&#233;es par les non-habitant-e-s&lt;/li&gt;&lt;li&gt; pas d'espace sp&#233;cifique pour la participation de non-habitant-e-s
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelle attention accordons-nous &#224; l'organisation de l'espace dans un lieu ? Sommes-nous&lt;br class='autobr' /&gt;
conscient-e-s de ce qu'elle am&#232;ne ? Comment la concevoir et se donner les moyens de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'appliquer ? Permet-elle l'implication de personnes ext&#233;rieures dans le lieu ? Le rend-elle&lt;br class='autobr' /&gt;
accessible au &#8220; public &#8221; ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le risque des activit&#233;s publiques n'est-il pas de se situer dans une nouvelle forme de&lt;br class='autobr' /&gt;
consommation : le squat fournit des biens de consommation (culturels, contestataires,...), le public&lt;br class='autobr' /&gt;
reste dans une attitude consommatrice...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; A-t-on envie de chercher la reconnaissance d'un public qui viendrait mater comment les&lt;br class='autobr' /&gt;
squatteureuses vivent ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des rapports avec le &lt;strong&gt;voisinage&lt;/strong&gt;, diff&#233;rents exemples de diff&#233;rents lieux :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; tr&#232;s bons contacts avec le quartier -&gt; bouffes de quartier, friperie... -&gt; ces contacts peuvent&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre facilit&#233;s par des coups de mains aux voisin-e-s, par exemple -&gt; nouveaux rapports,&lt;br class='autobr' /&gt;
les squatteureuses ne sont plus per&#231;u-e-s comme des parasites&lt;/li&gt;&lt;li&gt; les squatteureuses ont un bon contact avec le quartier parce qu'ils y &#233;taient locataires avant&lt;br class='autobr' /&gt;
d'y squatter, et qu'ils en connaissent bien les habitant-e-s.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; peu de contacts avec le quartier -&gt; celui-ci conserve une image du squat tr&#232;s n&#233;gative et&lt;br class='autobr' /&gt;
peut m&#234;me aller jusqu'&#224; faire signer des p&#233;titions contre le lieu -&gt; les squatteureuses&lt;br class='autobr' /&gt;
conservent une attitude lucide, pessimiste, voire d&#233;fiante face aux voisin-e-s
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Souhaite-t-on tisser des liens avec les voisin-e-s qui vont au-del&#224; de simples civilit&#233;s ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Est-ce int&#233;ressant de s'ouvrir &#224; un quartier hostile lorsqu'on se revendique en contestation ? Est-il&lt;br class='autobr' /&gt;
plus facile et plus agr&#233;able de nouer des contacts avec le voisinage dans des quartiers populaires ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il arr&#234;ter de squatter dans les quartiers riches ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En quoi est-ce int&#233;ressant d'arriver &#224; entrer en interaction avec un quartier ? Comment le faire ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment arriver &#224; d&#233;passer les st&#233;r&#233;otypes et les incompr&#233;hensions, de part et d'autre ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le probl&#232;me central n'est-il pas un probl&#232;me de communication ? Peut-&#234;tre faut-il d&#233;velopper des&lt;br class='autobr' /&gt;
outils pour arriver &#224; communiquer avec des gens qui vivent des r&#233;alit&#233;s diff&#233;rentes...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des liens avec les &lt;strong&gt;luttes locales&lt;/strong&gt;, diff&#233;rents exemples de diff&#233;rents lieux :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le squat est un lieu de r&#233;union pour des collectifs ext&#233;rieurs -&gt; probl&#232;me de la disponibilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
des habitant-e-s pour les accueillir, pour discuter. Ces collectifs consomment alors un peu le&lt;br class='autobr' /&gt;
lieu comme une maison des assos&lt;/li&gt;&lt;li&gt; les squatteureuses ont &#233;t&#233; appel&#233;-e-s par les habitant-e-s en lutte d'un quartier en danger de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;molition &#224; venir les soutenir. Illes s'installent dans les premi&#232;res maisons expropri&#233;es -&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
probl&#232;me de cohabitation et de coop&#233;ration entre deux conceptions et formes de lutte&lt;br class='autobr' /&gt;
finalement diff&#233;rentes&lt;/li&gt;&lt;li&gt; peu de contacts avec le milieu militant local car pas de compr&#233;hension de leur part du projet de squat
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Est-il important de faire se rencontrer les autres luttes locales et la n&#244;tre ? Si oui, comment le&lt;br class='autobr' /&gt;
faire ? En nourrissant une vision globale de nos luttes ? En faisant du lieu une base arri&#232;re dont&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autres collectifs peuvent se servir ? Un outil commun ? Un lieu de rencontre &#8220; politique &#8221; ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment garder du temps et de la disponibilit&#233; pour le dialogue avec diff&#233;rents collectifs politiques&lt;br class='autobr' /&gt;
locaux, tout en faisant passer notre propre d&#233;marche politique, o&#249; la mise en pratique a autant de&lt;br class='autobr' /&gt;
place que le discours th&#233;orique ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faut-il continuer &#224; accueillir les r&#233;unions de ces collectifs quand il y a peu d'int&#233;r&#234;t r&#233;ciproque ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de l'&lt;strong&gt;accueil&lt;/strong&gt;, diff&#233;rents exemples de diff&#233;rents lieux :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; dire aux arrivant-e-s qu'illes peuvent rester soit moins de 48 heures soit plus de 3 semaines -&gt; pouvoir d&#233;panner les gens de passage, et permettre &#224; d'autres de conna&#238;tre la communaut&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
en profondeur -&gt; se prot&#233;ger en m&#234;me temps des visites &#224; la fois trop lourdes et trop&lt;br class='autobr' /&gt;
superficielles.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; les gens de passage peuvent rester 48h, ensuite il y a rediscussion collective avec elles/eux&lt;br class='autobr' /&gt;
pour savoir s'illes veulent/peuvent rester plus. L'important est de se fixer des &#233;ch&#233;ances&lt;br class='autobr' /&gt;
claires par respect pour tou-t-e-s&lt;/li&gt;&lt;li&gt; les personnes de passage sont &#8220; parrain&#233;es &#8221; par un-e membre du collectif, qui a envie de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'accueillir, lui explique le fonctionnement du lieu, se porte garant-e pour elle face au collectif,&lt;br class='autobr' /&gt;
s'occupe de lui demander son d&#233;part si le collectif l'a d&#233;cid&#233; (&#233;vitant ainsi les situations de&lt;br class='autobr' /&gt;
proc&#232;s en assembl&#233;e).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; par principe, le lieu est totalement ouvert au passage.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; N'oublie-t-on pas parfois que tout le monde ne peut pas, n'a pas envie de vivre, de r&#233;fl&#233;chir et&lt;br class='autobr' /&gt;
d'agir avec tout le monde ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'un autre c&#244;t&#233; laisse-t-on vraiment aux arrivant-e-s la possibilit&#233; de s'int&#233;grer au collectif ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les collectifs peuvent-ils/doivent-ils fixer des limites &#224; leur composition : nombre &#224; ne pas&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;passer, minimum d'affinit&#233; entre les personnes, etc. ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; A force de nouvelleaux arrivant-e-s, le collectif parvient-il &#224; se retrouver, &#224; garder une coh&#233;rence ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'o&#249; les arrivant-e-s peuvent remettre en question le projet initial ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le passage excessif peut-il bouffer le collectif ? Il procure une grande fatigue et emp&#234;che les&lt;br class='autobr' /&gt;
habitant-e-s de trouver le temps et l'espace pour se retrouver, mieux se conna&#238;tre et savoir o&#249; illes&lt;br class='autobr' /&gt;
vont ensemble. Mais il est &#233;galement une richesse -&gt; brassage, multiplicit&#233; et vari&#233;t&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
rencontres et &#233;changes...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un lieu ouvert laisse-t-il la place aux &#8220; profiteurs/teuses &#8221;, qui manquent de respect pour la vie&lt;br class='autobr' /&gt;
collective ? Comment dire &#034;non&#034; ou &#034;virer&#034; des gens ? Quand ce probl&#232;me n'est pas pr&#233;vu/r&#233;fl&#233;chi&lt;br class='autobr' /&gt;
collectivement, on en vient parfois &#224; traiter les gens de mani&#232;re arbitraire...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des &lt;strong&gt;personnes &#8220; fragiles &#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; par leur sant&#233; (maladies, handicaps...) ; par leur &#226;ge (enfants ou personnes &#226;g&#233;es) ; par leur&lt;br class='autobr' /&gt;
psychologie (gens &#8220; paum&#233;s &#8221;...) ...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Beaucoup de gens paum&#233;s trouvent dans le squat un collectif/une tol&#233;rance/une libert&#233; et s'y&lt;br class='autobr' /&gt;
accrochent sans l'alimenter -&gt; poids
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On ne veut pas reproduire les m&#234;mes sch&#233;mas excluants que notre soci&#233;t&#233;, mais a-t-on la&lt;br class='autobr' /&gt;
capacit&#233;/volont&#233; d'aider collectivement les gens &#224; se trouver, &#224; s'impliquer, sans tomber dans&lt;br class='autobr' /&gt;
l'assistanat ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; parfois on accueille des gens paum&#233;s par relents d'humanisme ; il est plus difficile que pr&#233;vu de les&lt;br class='autobr' /&gt;
supporter et de les accompagner ; on finit par les virer ; nous on culpabilise ; elles/eux restent&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi paum&#233;s qu'avant...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une id&#233;e utopique (on en a besoin) : cr&#233;er des lieux squatt&#233;s un peu partout avec une priorit&#233; sur&lt;br class='autobr' /&gt;
cette dimension d'accueil, m&#234;me si cette pr&#233;occupation devrait rester valable ailleurs.
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les accueillant-e-s pourraient tourner et sauraient que leur pr&#233;sence implique un gros travail&lt;br class='autobr' /&gt;
d'accompagnement.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; il s'agirait de fournir des outils aux gens pour qu'ils acc&#232;dent &#224; leur propre autonomie, et pas de leur imposer un mod&#232;le et de les en rendre d&#233;pendants.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class='spip_document_5654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://infokiosques.net/IMG/png/Cheffes_1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH737/Cheffes_1-12213.png?1780500264' width='500' height='737' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5655 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://infokiosques.net/IMG/bin/Cheffes_2png.bin' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='Binary Data - 469.9 kio' type=&#034;application/octet-stream&#034;&gt;&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/bin-15e30.svg?1780500264' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment s'&#233;loigner de la sp&#233;cialisation ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question de super wo-men plein de pouvoirs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dialogue de sourd-e-s&lt;/strong&gt; (fictif mais tr&#232;s r&#233;aliste) :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
&#8220; Si j'ai plus le droit de me sp&#233;cialiser, &#231;a veut dire que je dois r&#233;primer mes envies ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Non, mais tu dois &#234;tre conscient que tu exerces un pouvoir sur les autres, que tu les&lt;br class='autobr' /&gt;
rends d&#233;pendant-e-s de toi.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Oui mais moi j'ai mes go&#251;ts, j'ai envie d'approfondir certains domaines...&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Mais peut-&#234;tre que de nouvelles envies dans de nouveaux domaines pourraient te venir&lt;br class='autobr' /&gt;
si on t'y initie.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Oui mais, j'ai pas envie de sauter d'un truc &#224; l'autre sans rien approfondir. &#8221;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pour les entendant-e-s&lt;/strong&gt; :&lt;br class='manualbr' /&gt;La question de la sp&#233;cialisation pose des probl&#232;mes moraux autant que pratiques...&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
ce qu'on entend par non-sp&#233;cialisation, ce n'est pas s'emp&#234;cher d'approfondir des&lt;br class='autobr' /&gt;
domaines, c'est s'emp&#234;cher de se r&#233;duire &#224; un r&#244;le, une fonction, un m&#233;tier, une&lt;br class='autobr' /&gt;
sp&#233;cialit&#233; &lt;-&gt; se permettre de d&#233;couvrir ses multiples comp&#233;tences -&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;panouissement&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
c'est sortir du conditionnement qui fait que les femmes se sp&#233;cialisent dans la cuisine et&lt;br class='autobr' /&gt;
les hommes dans la m&#233;canique&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
c'est sortir de la hi&#233;rarchisation des t&#226;ches. Les diff&#233;rentes t&#226;ches sp&#233;cialis&#233;es n'ont pas&lt;br class='autobr' /&gt;
la m&#234;me port&#233;e au niveau social, intellectuel... Si elles sont vraiment r&#233;alis&#233;es par tou-&lt;br class='autobr' /&gt;
t-e-s, elles ne constituent plus une valorisation ou une d&#233;valorisation de chacun-e&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
c'est un garde-fou contre les prises de pouvoir d'un individu sur le collectif (le collectif&lt;br class='autobr' /&gt;
devient fragile car d&#233;pendant d'une personne pour telle ou telle comp&#233;tence).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
plus les t&#226;ches sont collectives, plus l'autogestion peut fonctionner.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Reste la &lt;strong&gt;mise en pratique&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
prendre conscience du pouvoir que peut conf&#233;rer la sp&#233;cialisation et le formuler&lt;br class='autobr' /&gt;
collectivement&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
rendre son savoir accessible aux autres -&gt; d&#233;velopper les &#233;changes de savoirs internes&lt;br class='autobr' /&gt;
au collectif -&gt; d&#233;velopper le plaisir de transmettre son savoir en m&#234;me temps que&lt;br class='autobr' /&gt;
celui de l'exercer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Par exemple, faire en sorte que pour chaque t&#226;che, il y ait 2 &#8220;ex&#233;cutant-e-s&#8221; : l'un-e&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;tent-e, et l'autre qui a envie d'apprendre. &#8221;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
d&#233;velopper des ponts entre tous les domaines qu'on peut appr&#233;hender -&gt; aborder un&lt;br class='autobr' /&gt;
domaine avec la logique d'un autre domaine peut &#234;tre tr&#232;s riche&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
les sp&#233;cialistes sont utiles voire indispensables en cas d'urgence -&gt; peut-on se lib&#233;rer&lt;br class='autobr' /&gt;
de certaines situations d'urgence, par exemple en anticipant ? On laisserait ainsi du&lt;br class='autobr' /&gt;
temps aux &#233;changes de savoir.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle communication interne des informations ?
&lt;p&gt; &lt;i&gt;O&#249; il est toujours question de pouvoir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220; L'organisation collective doit servir &#224; limiter la centralisation du pouvoir, &#224; accro&#238;tre le pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
collectif.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;tention d'information est un pouvoir : l'organisation peut &#233;viter la r&#233;tention d'information et,&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi, r&#233;partir le pouvoir sur l'ensemble du collectif. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une communication interne organis&#233;e peut &#234;tre pr&#233;cieuse pour&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
L'efficacit&#233;, la rapidit&#233;, la commodit&#233; (par exemple, on sait ce qu'il y a &#224; faire, on sait qui le fait,&lt;br class='autobr' /&gt;
on a les moyens de le faire, on s'organise et on gaspille moins de forces).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
On s'&#233;loigne du pouvoir en diffusant les infos dans tout le groupe. Ainsi tout le monde a les cl&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
en main pour agir. On s'&#233;loigne du syst&#232;me de sp&#233;cialisation, o&#249; certain-e-s d&#233;tiennent les&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;tences et les infos dans un domaine, et donc deviennent indispensables.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
On &#233;largit le groupe d'acteurices. Difficile de s'investir dans un nouveau projet quand on se sent&lt;br class='autobr' /&gt;
impuissant-e, beaucoup moins efficace que le noyau d'activistes tr&#232;s inform&#233;-e-s...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que &lt;strong&gt;la premi&#232;re &#233;tape&lt;/strong&gt;, pour am&#233;liorer la communication interne des informations,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;est d'&#234;tre tou-te-s motiv&#233;-e pour s'y atteler.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'abord parce que pour qu'une communication fonctionne, il faut que tou-te-s les communicant-e-s,&lt;br class='autobr' /&gt;
sans exception, fassent un effort : les &#233;mettriceurs autant que les r&#233;cepteurices, l'expression autant&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'&#233;coute. Sinon, adieu dialogue. Par exemple, il suffit ne serait-ce que d'une personne, non&lt;br class='autobr' /&gt;
motiv&#233;-e par la communication dans le groupe, pour bloquer, par sa seule force d'inertie, le circuit&lt;br class='autobr' /&gt;
interne d'information. L'obstacle qu'elle pose &#224; la communication ne d&#233;coule pas de son action, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
de sa simple passivit&#233; : l'information s'arr&#234;te quand elle passe par des canaux qui ne coop&#232;rent pas.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Ensuite, le seul fait de comprendre intimement la n&#233;cessit&#233; et l'int&#233;r&#234;t de partager ce pouvoir qu'est&lt;br class='autobr' /&gt;
l'information, suffit souvent &#224; am&#233;liorer grandement la communication. Les personnes convaincues&lt;br class='autobr' /&gt;
(et donc motiv&#233;es) par l'importance du processus de circulation des infos ont peut-&#234;tre d&#233;j&#224; acquis&lt;br class='autobr' /&gt;
une subjectivit&#233;, une spontan&#233;it&#233;, qui leur permet d'inventer leurs propres modes de communication&lt;br class='autobr' /&gt;
interne, et de les modifier &#224; loisir, sans jamais en perdre de vue l'esprit.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les informations qu'on veut diffuser dans le groupe&lt;/strong&gt; : comment faire en sorte qu'elles arrivent&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; tout le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
L'oral peut &#234;tre un syst&#232;me marquant car il est tr&#232;s humain. On retiendra facilement l'info dont&lt;br class='autobr' /&gt;
on a un minimum discut&#233; avec une personne. En revanche, dans les &#8220; grands &#8221; groupes (au-&lt;br class='autobr' /&gt;
del&#224; de 6, 7 personnes ?...), il devient long et r&#233;barbatif de r&#233;p&#233;ter la m&#234;me chose &#224; chaque&lt;br class='autobr' /&gt;
individu, et on finit vite par en oublier certain-e-s...&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Les avantages de l'&#233;crit (par exemple, un panneau d'information) sont le gain de temps (on&lt;br class='autobr' /&gt;
consigne l'info une seule fois pour tou-te-s) et la permanence (l'info reste continuellement&lt;br class='autobr' /&gt;
disponible).&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il n'est pas toujours &#233;vident qu'un panneau fonctionne... :
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; il doit &#234;tre archi-visible : &#224; hauteur d'yeux, dans un lieu de passage (le hall...) ou de glande&lt;br class='autobr' /&gt;
(la machine &#224; caf&#233;...) (non c'est une blague, le t&#233;l&#233;phone...).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; il doit &#234;tre r&#233;guli&#232;rement &#8220; nettoy&#233; &#8221;, des infos d&#233;pass&#233;es par exemple, il ne doit pas &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
surcharg&#233;, sinon il ne donne pas envie de le lire.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; il doit y avoir du papier et des stylos &#224; disposition et &#224; proximit&#233; imm&#233;diate, sinon &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
repr&#233;sente un effort que de consigner l'info, on le fait pas si on est press&#233;-e...&lt;br class='manualbr' /&gt;Le panneau peut aussi &#234;tre le cahier du t&#233;l&#233;phone, o&#249; l'on note &#224; la fois les messages&lt;br class='autobr' /&gt;
personnels, &#224; la fois les infos pour le collectif (les messages persos servant d'app&#226;t ! h&#233;h&#233;h&#233;...).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'information qu'on recherche&lt;/strong&gt; : l'important est que tout le monde sache o&#249; la trouver, qu'en cas&lt;br class='autobr' /&gt;
d'urgence elle soit facile et rapide d'acc&#232;s. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
dossiers/casiers avec les infos juridiques concernant le squat...&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
agenda avec le d&#233;tail des prochains &#233;v&#233;nements pr&#233;vus...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
carnet d'adresses, avec dedans une &#8220; liste d'urgence &#8221; d'ami-e-s, les coordonn&#233;es de diverses&lt;br class='autobr' /&gt;
institutions impliqu&#233;es dans l'histoire du squat, une liste de soutiens (assos, syndicats...), des&lt;br class='autobr' /&gt;
adresses de plans r&#233;cup, etc...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les d&#233;bats de fond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; On oublie trop souvent de prendre des moments pour remettre en question ensemble ce qu'on fait&lt;br class='autobr' /&gt;
ou vit et la fa&#231;on dont on le fait ou vit... Pour se dire ce qui ne va pas dans le fonctionnement ... Pour&lt;br class='autobr' /&gt;
faire des bilans &#224; mi-chemin et pr&#233;ciser ce qu'on recherche ensemble au fur et &#224; mesure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me c'est que certain-e-s sont d&#233;j&#224; surcharg&#233;-e-s de r&#233;unions, et que le rajout de r&#233;unions,&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me pour les d&#233;bats de fond, est rarement accueilli par des exclamations de joie...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Une id&#233;e peut &#234;tre de faire des &lt;strong&gt;&#8220; sondages &#8221;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Par exemple, sur un d&#233;bat de fond : on identifie des questions (et on en rajoute en cours de route si&lt;br class='autobr' /&gt;
besoin est). On discute de ces questions par deux. On prend des notes. A la fin de toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
discussions en petits groupes, on rassemble les notes pour r&#233;sumer les diff&#233;rents points de vue. On&lt;br class='autobr' /&gt;
affiche ces r&#233;sum&#233;s (par exemple sur le panneau...).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les avantages de ce mode de discussion :
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
On est libre de discuter dans des moments improvis&#233;s (il est souvent difficile de trouver et de&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;voir une heure de discussion qui convienne &#224; 6 ou 7 personnes, alors qu'&#224; 2 on peut s'y&lt;br class='autobr' /&gt;
mettre ici ou l&#224;, quand on le sent).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Il est plus facile et plus agr&#233;able de converser &#224; deux plut&#244;t qu'en assembl&#233;e, surtout pour des&lt;br class='autobr' /&gt;
sujets chauds. En effet, la confrontation (pour les sujets chauds en question) se fait au&lt;br class='autobr' /&gt;
travers des r&#233;sum&#233;s sur le mur plut&#244;t qu'en assembl&#233;e, ce qui est souvent plus constructif :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; l'affrontement &#8221; ne d&#233;pend plus de l'habilet&#233; des grandes gueules &#224; parler plus fort. Et sur le&lt;br class='autobr' /&gt;
mur on lit le point de vue de &#8220; l'adversaire &#8221; de bout en bout : on ne peut ni le couper ni&lt;br class='autobr' /&gt;
omettre de l'&#233;couter.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
En utilisant les &#8220; sondages &#8221; pour pr&#233;parer des questions d&#233;licates, qui soul&#232;vent habituellement&lt;br class='autobr' /&gt;
des heures de d&#233;bat en r&#233;unions, on peut raccourcir amplement ces r&#233;unions : tout le monde&lt;br class='autobr' /&gt;
a d&#233;j&#224; un peu r&#233;fl&#233;chi &#224; la question, conna&#238;t les autres avis, le d&#233;bat ira plus vite &#224; l'essentiel.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le probl&#232;me des &#8220; sondages &#8221;, par contre, c'est que c'est long... Il vaut mieux qu'il n'y ait pas qu'un-e&lt;br class='autobr' /&gt;
seul-e sondeur-euse, sinon lae pauvre s'&#233;puise. L'id&#233;al bien s&#251;r c'est que plusieurs soient motiv&#233;-e-s&lt;br class='autobr' /&gt;
pour impulser les discussions par paire, prendre les notes, les r&#233;sumer.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quels moments de discussions/d&#233;cisions
collectives ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question de notre amour des r&#233;unions&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faut-il faire des r&#233;unions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Certains lieux collectifs disent ne pas avoir besoin de r&#233;unions : ils sont tourn&#233;s uniquement vers l'habitation,&lt;br class='autobr' /&gt;
ils sont petits (moins de 5 personnes...), les gens se croisent sans arr&#234;t, tout le monde semble ouvert&lt;br class='autobr' /&gt;
aux discussions, et du coup le d&#233;bat para&#238;t spontan&#233; et permanent.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; D'autres lieux sont plus gros (20 personnes...), ils autog&#232;rent des activit&#233;s publiques, il y a des d&#233;s&#233;quilibres&lt;br class='autobr' /&gt;
entre leurs participant-e-s (certain-e-s personnes sont pr&#233;pond&#233;rantes, plus exp&#233;riment&#233;es, plus&lt;br class='autobr' /&gt;
souvent pr&#233;sentes...). Souvent le besoin de r&#233;unions y para&#238;t plus &#233;vident.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;unions sont des discussions &#224; plein, nous n'y sommes pas toujours habitu&#233;-e-s et la communication n'y&lt;br class='autobr' /&gt;
est pas facile. Des r&#232;gles sont parfois mises en place pour faciliter cette communication collective simultan&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour faire en sorte qu'elle soit une vraie communication, &#233;galitaire, &#233;quilibr&#233;e, et non des tribunes o&#249; les&lt;br class='autobr' /&gt;
grandes gueules monopolisent la parole, ni des tripots o&#249; la discussion part dans tous les sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gles pour de meilleures r&#233;unions&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;union pourrait &#234;tre vue comme un jeu collectif qui, comme tout jeu, a ses r&#232;gles (oh le mot tabou). Le&lt;br class='autobr' /&gt;
but du jeu est d'atteindre un objectif (une r&#233;flexion collective, une prise de d&#233;cision sur tel ou tel sujet...) en&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tant attentifs-ves &#224; ce que tou-te-s celleux qui le souhaitent puissent s'exprimer, et soient &#233;cout&#233;-e-s. Voici&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rentes id&#233;es de r&#232;gles, qui sont appliqu&#233;es dans diff&#233;rents lieux :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Afficher l'ordre du jour de la prochaine r&#233;u plusieurs jours &#224; l'avance, pour que chacun-e puisse le&lt;br class='autobr' /&gt;
compl&#233;ter, et m&#251;rir son avis sur les diff&#233;rents points.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Celleux qui proposent des points &#224; l'ordre du jour devraient le faire sous forme de questions claires et&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cises, et pas juste sous celle de &#8220; points dont il faudrait parler &#8221; style &#8220; le prochain concert &#8221;. Sinon le&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;bat part parfois trop dans toutes les directions.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Faire circuler des &#233;crits (argumentaires, sch&#233;mas techniques...) avant la r&#233;union pour que tout le monde&lt;br class='autobr' /&gt;
ait le m&#234;me niveau d'information et puisse se faire sa propre id&#233;e sur tel ou tel point.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Lire l'ordre du jour au d&#233;but de la r&#233;union, &#233;ventuellement le compl&#233;ter &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
D&#233;cider d'un ordre d'abordage des diff&#233;rents points, en commen&#231;ant par les questions les plus&lt;br class='autobr' /&gt;
importantes. Comme &#231;a on les aborde avec l'esprit frais. Les points rel&#233;gu&#233;s en fin de r&#233;u sont souvent&lt;br class='autobr' /&gt;
b&#226;cl&#233;s, voire zapp&#233;s. C'est pas grave s'ils sont peu urgents, ils peuvent sans doute &#234;tre repouss&#233;s ou&lt;br class='autobr' /&gt;
discut&#233;s sur le mode informel.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Limiter au maximum les interventions purement informatives, pour gagner du temps. Si l'on veut&lt;br class='autobr' /&gt;
informer le collectif, pourquoi ne pas pr&#233;f&#233;rer les infos &#233;crites, par exemple sur un panneau.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Pour all&#233;ger les r&#233;unions, d&#233;placer autant que possible les th&#232;mes qui ne regardent pas tout le monde,&lt;br class='autobr' /&gt;
en programmant des r&#233;unions sp&#233;cifiques &#224; ces th&#232;mes, o&#249; viendront celleux qui voudront.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Se fixer une heure de fin. Par exemple l'heure du d&#238;ner.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
A la fin de la r&#233;u, r&#233;server un moment pour ranger et nettoyer ensemble la pi&#232;ce : on s'autog&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'au bout.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Fixer une date r&#233;guli&#232;re pour les r&#233;unions (tous les lundis, etc...). Il est souvent long et infructueux de&lt;br class='autobr' /&gt;
changer la date &#224; chaque fois, selon les disponibilit&#233;s des un-e-s et des autres... Et une date r&#233;guli&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
constitue un rep&#232;re qui prend plus en compte les personnes moins pr&#233;sentes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour chaque prise de d&#233;cision, respecter &lt;strong&gt;diff&#233;rents temps du d&#233;bat&lt;/strong&gt;. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Commencer par noter ensemble les diff&#233;rentes possibilit&#233;s de r&#233;ponse &#224; la question (les propositions),&lt;br class='autobr' /&gt;
entre lesquelles il faudra choisir.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
D&#233;battre.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Pour marquer une &#233;tape dans le d&#233;bat, visibiliser les avis. Formuler clairement la proposition qui semble&lt;br class='autobr' /&gt;
la plus sollicit&#233;e, et tout le monde exprime son approbation ou sa d&#233;sapprobation, par exemple, si l'on&lt;br class='autobr' /&gt;
est nombreuxses, par un syst&#232;me de gestes (pouce vers le haut ou vers le bas, mains agit&#233;es en l'air...).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Si la proposition ne remporte pas l'unanimit&#233;, demander aux r&#233;fractaires d'expliquer leurs r&#233;ticences.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;battre encore.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Si le d&#233;bat devient chaud, instaurer des tours de paroles, ou des b&#226;tons de parole (qui emp&#234;chent de se&lt;br class='autobr' /&gt;
couper la parole), voire des limitations de temps de parole...&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Si vraiment aucun compromis ne semble pouvoir &#234;tre atteint, voter ?... (Le probl&#232;me c'est de savoir&lt;br class='autobr' /&gt;
comment on d&#233;termine le moment o&#249; il faut voter...)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Demander qui a la force et la motivation d'assumer les efforts qu'impliquent la proposition adopt&#233;e, pour&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;viter les ambigu&#239;t&#233;s et les rancunes... Plut&#244;t que de se dire vaguement &#8220; on le fera &#8221; et qu'au bout du&lt;br class='autobr' /&gt;
compte on le fasse &#224; l'arrache parce qu'on pensait tou-te-s que les autres s'en chargeaient.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Au sujet des &lt;strong&gt;prises de parole&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
&lt;strong&gt;pour ceux qui parlent moins&lt;/strong&gt; :
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Se dire que chaque parole est riche dans le sens o&#249; elle refl&#232;te une autre perception des&lt;br class='autobr' /&gt;
choses. Il y a autant de perceptions qu'il y a d'individus.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Ne pas h&#233;siter au d&#233;part &#224; prendre la parole m&#234;me pour simplement reformuler une&lt;br class='autobr' /&gt;
intervention, ou pour la compl&#233;ter l&#233;g&#232;rement. Petit &#224; petit, la parole se fera plus claire et&lt;br class='autobr' /&gt;
l'intervention plus facile.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Ne pas h&#233;siter &#224; exprimer son ressenti. M&#234;me si tous les arguments semblent avoir &#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
donn&#233;s, reste la dimension du ressenti qu'on a trop tendance a oublier et qui enrichit souvent&lt;br class='autobr' /&gt;
la r&#233;flexion et les actes.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Prendre des notes au pr&#233;alable sur ce qu'on a envie de dire. En prenant la parole, on se sent&lt;br class='autobr' /&gt;
plus &#224; l'aise lorsque notre discours est construit et qu'on est s&#251;r-e de ne rien oublier en route.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;pour ceux qui parlent plus, c'est presque le contraire (p't &#234;tre que comme on se sent plus concern&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
on a plus d&#233;velopp&#233;) :
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Se poser la question de l'utilit&#233; de prendre la parole, &#224; chaque fois qu'on en est tent&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines prises de parole n'apportent rien au d&#233;bat, et ne font que le rallonger. Il est peut-&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre aussi int&#233;ressant de s'attacher &#224; la substance d'une intervention plut&#244;t que de s'arr&#234;ter et&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;agir sur des d&#233;tails. Mieux vaut souvent le faire en t&#234;te-&#224;-t&#234;te, apr&#232;s la r&#233;union.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de prendre la parole. Penser aux mots qui&lt;br class='autobr' /&gt;
exprimeront notre avis de la mani&#232;re la plus claire (pour bien se faire comprendre) et&lt;br class='autobr' /&gt;
synth&#233;tique (pour ne pas appesantir la r&#233;union).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Laisser toujours un silence avant de prendre la parole, le temps que se manifestent les&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rentes personnes qui ont envie de parler. Le climat o&#249;, quand quelqu'un-e a fini de parler,&lt;br class='autobr' /&gt;
tout le monde essaye d'encha&#238;ner plus vite, peut &#234;tre dur, oppressant et &#233;puisant.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Dans le d&#233;bat, ne pas mettre en jeu des histoires d'ego, mais des arguments d&#233;tach&#233;s de&lt;br class='autobr' /&gt;
nous. Ca arrive de dire une b&#234;tise devant tout le monde en r&#233;union, et de s'en rendre compte&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'intervention suivante, qui d&#233;molit nos arguments. Il n'y a pas lieu d'&#234;tre bless&#233; ! Ce qui est&lt;br class='autobr' /&gt;
contest&#233;, c'est nos arguments, pas notre personne, pas notre intelligence : cela pourrait &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
clair pour tout le monde, pour la personne &#8220; contest&#233;e &#8221; comme pour celle &#8220; contestatrice &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'important c'est que le d&#233;bat avance, pas que le groupe nous apporte sa reconnaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reprendre la parole, dans des situations comme &#231;a, ne doit pas servir &#224; se rattraper, se&lt;br class='autobr' /&gt;
justifier ou se d&#233;fendre, mais &#224; pr&#233;ciser son argument si l'on sent qu'il n'a pas &#233;t&#233; bien&lt;br class='autobr' /&gt;
compris.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arbitre&lt;/strong&gt; (ou pr&#233;sident-e de s&#233;ance, ou ma&#238;tre-sse de c&#233;r&#233;monie, ou m&#233;diateurice, ou mod&#233;rateurice...) :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est la personne qui &#8220; cadre &#8221; la r&#233;union, en s'assurant que les diff&#233;rentes r&#232;gles sont bel et bien appliqu&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Elle annonce et cl&#244;t les diff&#233;rents points &#224; l'ordre du jour, elle surveille l'heure, elle recentre les d&#233;bats s'il le&lt;br class='autobr' /&gt;
faut... C'est un pouvoir relatif puisqu'il sert &#224; limiter les prises de pouvoir dans les r&#233;unions, &#224; donner du&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir aux plus faibles et &#224; renforcer le processus collectif de r&#233;union. Mais c'est un pouvoir quand m&#234;me,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ressemble &#224; l'autorit&#233; morale du &#8220; sage &#8221;, du prof ou du chef charismatique...&lt;/li&gt;&lt;li&gt; C'est donc un r&#244;le &#224; faire&lt;br class='autobr' /&gt;
tourner ; s'il n'est pas pr&#233;vu et formalis&#233;, il est souvent assum&#233; implicitement par une ou deux personnes du&lt;br class='autobr' /&gt;
collectif, et ne tourne pas.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Une autre raison de le faire tourner, c'est qu'il peut constituer un bon apprentissage : au bout d'un certain&lt;br class='autobr' /&gt;
temps, peut-&#234;tre que tou-te-s celleux qui l'auront assum&#233; auront acquis des habitudes et des attentions qui le&lt;br class='autobr' /&gt;
rendront obsol&#232;te. Chaque participant-e &#224; la r&#233;union saura prendre la parole et respecter celle des autres&lt;br class='autobr' /&gt;
notamment des plus faibles, des moins exp&#233;riment&#233;-e-s), garder les objectifs de la r&#233;union en t&#234;te et parler &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'essentiel, et enfin, proposer, introduire ou conclure les diff&#233;rents points &#224; l'ordre du jour, c'est-&#224;-dire prendre&lt;br class='autobr' /&gt;
des responsabilit&#233;s et des initiatives dans le d&#233;roulement de la discussion.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle communication des sentiments ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question de ne plus &#234;tre dur de la feuille et noue de la langue&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement ce th&#232;me-l&#224; est accapar&#233; par les manuels spiritualisants et par les cravatteux du&lt;br class='autobr' /&gt;
management... Pas de raison de le leur laisser ! Certains collectifs libertaires ont parmi leurs objectifs&lt;br class='autobr' /&gt;
de chercher et d'exp&#233;rimenter des modes de relations conscients et non-oppressants. Ils connaissent&lt;br class='autobr' /&gt;
et souffrent eux aussi des non-dits, implicites, malentendus, tensions, rancunes, pressions,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; explosions &#8221;, violences verbales, etc. : explorer des formes attentives de communication peut leur&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, plusieurs &lt;strong&gt;interrogations&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
pourquoi les probl&#232;mes de relation et de communication ne sont-ils pas plus pris en&lt;br class='autobr' /&gt;
compte dans les lieux autog&#233;r&#233;s ? N'en sommes-nous pas conscient-e-s ? En sommes-&lt;br class='autobr' /&gt;
nous conscient-e-s mais pr&#233;f&#233;rons-nous nous fixer d'autres priorit&#233;s ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
ces probl&#232;mes relationnels internes ne sont-ils pas une cause d'&#233;chec de projets&lt;br class='autobr' /&gt;
collectifs, autant que les oppressions de l'ext&#233;rieur ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
ne sont-ils pas politiques ( rapports de pouvoir, manque d'attention, de respect ...) ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
ne sont-ils pas importants &#224; r&#233;soudre pour mieux construire collectivement et&lt;br class='autobr' /&gt;
s'exprimer vis &#224; vis de l'ext&#233;rieur ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
l'une des bases de nos projets collectifs ne devrait-elle pas &#234;tre le travail sur nos&lt;br class='autobr' /&gt;
mani&#232;res de communiquer ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Deux &lt;strong&gt;exemples&lt;/strong&gt; ... qui contiennent leurs propres questionnements :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
malgr&#233; un mode de communication spontan&#233; et pos&#233;, avec un effort sur l'&#233;coute, les&lt;br class='autobr' /&gt;
gens ont constat&#233; que des non-dits s'accumulaient : ils ont mis en place un vide-sac&lt;br class='autobr' /&gt;
hebdomadaire (moment collectif consacr&#233; &#224; l'expression et &#224; l'&#233;coute du ressenti de&lt;br class='autobr' /&gt;
chacun-e).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; formaliser un tel moment dispense-t-il de faire des efforts de communication au quotidien&lt;br class='autobr' /&gt;
(d&#233;samorcer les probl&#232;mes d&#232;s qu'ils se posent ?) ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; l'inverse, le vide-sac peut-il &#234;tre un outil pour apprendre &#224; dialoguer, pour construire une&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle spontan&#233;it&#233; ?
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
un mode de communication tr&#232;s direct, parfois v&#233;h&#233;ment, avec peu d'&#233;coute et&lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup d'interruptions, en r&#233;union par exemple -&gt; l'id&#233;e pour certain-e-s est de&lt;br class='autobr' /&gt;
pousser les personnes &#224; bout, pour qu'elles expriment le fond d'elles-m&#234;mes
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les dialogues temp&#233;r&#233;s rendent-ils les relations lisses voire hypocrites ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais un mode de communication brusque tient-il vraiment compte de la diversit&#233; de nos&lt;br class='autobr' /&gt;
fonctionnements ? N'est-il pas blessant pour certaines personnes ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Y'a-t-il contradiction entre communiquer de mani&#232;re attentive et s'exprimer sinc&#232;rement ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faut-il accepter les moments de col&#232;re comme des moments charg&#233;s de sens (dans la forme&lt;br class='autobr' /&gt;
plus que dans le fond : on communique une douleur) ? Pourquoi pas, si lae grondeureuse&lt;br class='autobr' /&gt;
comme lae grond&#233;-e savent les relativiser pour ensuite pouvoir dialoguer (&#234;tre attentifves et&lt;br class='autobr' /&gt;
poser ses arguments).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tous nos modes de communications sont-ils acceptables si les autres membres du collectif en&lt;br class='autobr' /&gt;
sont pr&#233;venus, les comprennent ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Quelques conseils quant &#224; la &lt;strong&gt;communication de ressentiments&lt;/strong&gt; (pioch&#233;s dans divers textes) :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Etre clair-e avec soi-m&#234;me. Savoir ce qu'on sent, pourquoi on le sent, ce qu'on veut, le&lt;br class='autobr' /&gt;
formuler pour soi, pourquoi pas en l'&#233;crivant, avant de le dire. Sinon difficile d'avoir&lt;br class='autobr' /&gt;
une communication constructive.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Arriver &#224; s'exprimer. Pas toujours facile de dire les malaises en face au lieu de les&lt;br class='autobr' /&gt;
garder pour soi. S'exprimer r&#233;guli&#232;rement, pour ne pas accumuler/emm&#234;ler trop&lt;br class='autobr' /&gt;
d'attentes/de rancunes envers quelqu'un-e... Accepter de prendre du temps et des&lt;br class='autobr' /&gt;
forces r&#233;guli&#232;rement pour se dire les choses.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Arriver &#224; bien s'exprimer. &#202;tre clair-e, pr&#233;cis-e, compr&#233;hensible.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Dans sa t&#234;te et dans ses mots, arriver &#224; d&#233;tacher la cause pr&#233;cise du malaise (un&lt;br class='autobr' /&gt;
geste, une action de l'autre...) de l'identit&#233; globale de cellui &#224; qui on fait le reproche&lt;br class='autobr' /&gt;
(par exemple, plut&#244;t que dire &#8220; tu es un-e facho-e &#8221;, dire &#8220; ton comportement &#224; tel&lt;br class='autobr' /&gt;
moment m'a bless&#233; pour telle raison &#8221;)&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Arriver &#224; &#233;couter l'autre, sans l'interrompre, en cherchant vraiment &#224; comprendre son&lt;br class='autobr' /&gt;
raisonnement. Ne pas partir du principe que l'autre a tort et qu'ille ne va dire que des&lt;br class='autobr' /&gt;
conneries. Arriver &#224; se d&#233;tacher momentan&#233;ment de son propre point de vue, et &#224; se&lt;br class='autobr' /&gt;
mettre &#224; la place de l'autre.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Texte &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Brochure castillanophone &#8220; Curarse un@ mism@ sin los peligros de los medicamientos &#8221;, de&lt;br class='autobr' /&gt;
Sumendi (&#8220; association pour l'autogestion de la sant&#233; &#8221;), et sa traduction fran&#231;aise, disponible&lt;br class='autobr' /&gt;
chez Iosk auto-&#233;ditions.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle communication vers l'ext&#233;rieur ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question de faire de la r&#233;clame et de se passer ou pas des m&#233;dias&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi nos lieux autog&#233;r&#233;s choisissent-ils de communiquer vers l'ext&#233;rieur ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un grand nombre d'inconnu-e-s participeraient-illes &#224; la vie de ces lieux si on les informait de ce qui s'y&lt;br class='autobr' /&gt;
passe ? Devons-nous d&#233;velopper nos propres outils et strat&#233;gies de communication ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles relations avec les m&#233;dias&lt;/strong&gt; ? Faut&#8211;il :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Jouer avec eux, apprendre &#224; s'en servir comme des armes, pour faire pression sur les&lt;br class='autobr' /&gt;
autorit&#233;s par exemple ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Jouer avec eux d'une mani&#232;re jouissive et coh&#233;rente, mais pas forc&#233;ment efficace ? (Par&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple, &#233;crire des communiqu&#233;s de presse compl&#232;tement loufoques...)&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Ne les solliciter que dans certains cas d'urgence d&#233;finis &#224; l'avance, et ne pas r&#233;pondre&lt;br class='autobr' /&gt;
aux sollicitations de leur part (avec le risque qu'ils ne viennent jamais, faute de r&#233;els&lt;br class='autobr' /&gt;
contacts au pr&#233;alable) ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Ne pas du tout entrer dans leur jeu et d&#233;velopper nos propres moyens de&lt;br class='autobr' /&gt;
communication ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'autres modes de communication externe&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Le bouche &#224; oreille (un mode tr&#232;s humain et marquant, mais long et r&#233;duit)&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
L'affichage, la diffusion de tracts et de programmes (dans le quartier, aupr&#232;s des m&#233;dias&lt;br class='autobr' /&gt;
alternatifs, dans certains lieux : publics, culturels, associatifs, syndicaux...)&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
D'autres encore &#224; inventer (interventions dans la rue...)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me c'est d'&lt;strong&gt;arriver &#224; se faire entendre au milieu du magma d'informations&lt;/strong&gt; et de&lt;br class='autobr' /&gt;
communications qui se d&#233;verse tous les jours dans la ville... Si l'on ne peut rivaliser avec les m&#233;dias et&lt;br class='autobr' /&gt;
la pub sur l'aspect quantitatif de la diffusion (parce qu'il faut des sous), peut-&#234;tre le peut-on sur l'aspect&lt;br class='autobr' /&gt;
qualitatif (originalit&#233;, humour...) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Spontan&#233;it&#233; ou strat&#233;gie ?&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Les alternatives que nous vivons et d&#233;veloppons doivent-elles se propager&lt;br class='autobr' /&gt;
spontan&#233;ment, gr&#226;ce aux contacts personnels (qui sont parfois plus forts) ? A travers nos&lt;br class='autobr' /&gt;
ami-e-s, puis les leurs, &#224; l'occasion des discussions impromptues ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Ou bien devons-nous opter pour la strat&#233;gie, penser et pr&#233;voir la communication, pour&lt;br class='autobr' /&gt;
faire conna&#238;tre au maximum de monde ce que nous cr&#233;ons dans notre squat ? Et ne pas&lt;br class='autobr' /&gt;
enfermer la vie du lieu dans une sph&#232;re priv&#233;e ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Penser une strat&#233;gie, cela implique-t-il de choisir une &#8220; cible &#8221;, c'est &#224; dire savoir &#224; qui on&lt;br class='autobr' /&gt;
s'adresse, pour quelles raisons ... ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Est-il possible et bon que ces deux visions de la communication cohabitent (voire&lt;br class='autobr' /&gt;
coop&#232;rent) dans un m&#234;me lieu ? Quel &#233;quilibre trouver entre les deux ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
La communication strat&#233;gique peut-elle servir de tremplin &#224; la communication spontan&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
en attirant des nouvelles/eaux venu-e-s chez nous, et en permettant ainsi le contact&lt;br class='autobr' /&gt;
personnel, le tissage de liens, avec des gens qui ne font pas partie de notre milieu et de&lt;br class='autobr' /&gt;
nos clans ? Ou ruine-t-elle au contraire la communication spontan&#233;e, en rameutant trop&lt;br class='autobr' /&gt;
de gens pour que nous puissions &#234;tre personnellement disponibles pour chacun-e d'entre&lt;br class='autobr' /&gt;
elleux ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Autres textes &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; article &#8220; Exploit the media before they exploit you : fun with press releases &#8221;, George&lt;br class='autobr' /&gt;
Monbiot, &lt;a href=&#034;http://www.carbusters.ecn.cz&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.carbusters.ecn.cz&lt;/a&gt; /skillsharing.html&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment sortir de la consommation ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question d'arr&#234;ter d'engraisser le syst&#232;me capitaliste&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comment se lib&#233;rer du syst&#232;me marchand ? Comment l'alimenter le moins possible, ma&#238;triser ses&lt;br class='autobr' /&gt;
pulsions consommatrices ? Est-ce plus facile &#224; la campagne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourrait-on rassembler entre nous des &lt;strong&gt;astuces d'anti-consommation&lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, voici d&#233;j&#224; quelques &lt;strong&gt;pratiques&lt;/strong&gt; rencontr&#233;es dans certains lieux :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Bouffe : r&#233;cups au march&#233;, r&#233;cups de pain dans les boulangeries, poubelles des&lt;br class='autobr' /&gt;
supermarch&#233;s, jardin potager, ...&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Semences : garder des graines de la derni&#232;re r&#233;colte peut permettre de constituer une&lt;br class='autobr' /&gt;
banque de semences &#224; mettre en commun avec d'autres lieux.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Chauffage : l'Allemagne de l'Est jette ses vieux chauffe-eaux &#224; bois -&gt; certain-e-s ont&lt;br class='autobr' /&gt;
des camions, les r&#233;cup&#232;rent et les ram&#232;nent. Ces chauffe-eaux r&#233;chauffent &#224; la fois&lt;br class='autobr' /&gt;
l'eau et la pi&#232;ce.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Lessive : eau de cendre -&gt; recueillir la cendre d'un foyer aliment&#233; avec du bon bois, la&lt;br class='autobr' /&gt;
tamiser, la brasser dans un double volume d'eau, laisser reposer. La cendre tombe au&lt;br class='autobr' /&gt;
fond, il ne reste plus qu'&#224; recueillir l'eau de surface qui constitue une excellente lessive.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Chiottes : se torcher &#224; l'eau plut&#244;t qu'au PQ, histoire de laisser les arbres tranquilles...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les espaces de gratuit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ce sont des espaces o&#249; les gens peuvent transmettre des fringues, des objets, etc., gratuitement. Ils&lt;br class='autobr' /&gt;
servent aussi bien aux habitant-e-s, &#224; leurs ami-e-s de passage, et au &#8220; public &#8221;, qui peut y acc&#233;der&lt;br class='autobr' /&gt;
aux heures d'ouvertures.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; On y d&#233;pose ce dont on veut se d&#233;barrasser, pour que &#231;a puisse servir &#224; d'autres plut&#244;t que de finir &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la d&#233;charge. Et on y prend tout ce qu'on veut : on y d&#233;sapprend &#224; payer.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le seul risque est que des gens du public se servent et revendent ensuite les biens pour leur profit...&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220; Les objets qui sont ici sont sortis du march&#233;, ils n'ont pas &#224; y retourner. &#8221;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Autres textes sur le sujet :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
Article &#8220; l'autonomie conviviale &#8221;, dans la revue Silence de mai 2001&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
Guide de l'anti-consommateur, D. Koechlin-Schwartz et M. Grapas, Poche, 1975&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Petit article sur la zone de gratuit&#233;, dans la &#8220; feuille de soins n&#176;2 &#8221;, Iosk auto-&#233;ditions, 2001&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment atteindre l'autonomie alimentaire ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; nous ne parlons que d'une forme d'autonomie, en regrettant de ne pas parler des autres&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie est un concept libertaire dans la mesure o&#249; pour vivre sa propre libert&#233;, il faut pouvoir se&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;faire de l'assujettissement, de la d&#233;pendance (&#224; un syst&#232;me, &#224; autrui ...). L'id&#233;e est d'entrer en relation&lt;br class='autobr' /&gt;
avec les autres ou avec la soci&#233;t&#233;, par choix, de mani&#232;re consciente, et pas par habitude ni par&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie concerne donc tous les domaines de la vie, aussi bien alimentaires qu'&#233;nerg&#233;tiques ou&lt;br class='autobr' /&gt;
affectifs. Nous traitons ici de l'autonomie alimentaire car c'est une pr&#233;occupation qui nous semble tr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sente dans des collectifs, surtout en milieu rural. Mais il peut &#234;tre int&#233;ressant de lire cette page en&lt;br class='autobr' /&gt;
gardant &#224; l'esprit les autres formes d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi rechercher l'autonomie alimentaire ? Peut-elle &#234;tre un moyen de se passer du travail, des&lt;br class='autobr' /&gt;
allocations ch&#244;mage, du RMI ? Peut-elle &#234;tre un moyen de savoir et de choisir tout ce qu'on mange ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment l'atteindre ? Comporte-t-elle des limites ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Certains collectifs, plut&#244;t v&#233;g&#233;tariens, ont r&#233;ussi &#224; quasiment &lt;strong&gt;atteindre cette autonomie&lt;/strong&gt;, qui se traduit&lt;br class='autobr' /&gt;
par :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; une grande volont&#233; et un projet collectif clairement port&#233; sur ce point&lt;/li&gt;&lt;li&gt; une production de l&#233;gumes suffisante pour nourrir les habitant-e-s, sauf p&#233;riodes d'afflux de&lt;br class='autobr' /&gt;
personnes ext&#233;rieures&lt;/li&gt;&lt;li&gt; des surplus sur certaines cultures -&gt; envoy&#233;s en ville -&gt; &#233;changes -&gt; recherche d'autonomie, pas&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autarcie&lt;/li&gt;&lt;li&gt; des exp&#233;rimentations de diff&#233;rents types de cultures -&gt; permaculture, biodynamie ...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Mais cette autonomie alimentaire ne comporte-t-elle pas certaines &lt;strong&gt;limites&lt;/strong&gt; ? :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; au niveau de la quantit&#233; de travail que cela repr&#233;sente -&gt; moins de temps partag&#233;, moins de&lt;br class='autobr' /&gt;
convivialit&#233;... -&gt; remplace-t-on alors le travail salari&#233; par un autre ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; au niveau de la sp&#233;cialisation que cela peut impliquer&lt;/li&gt;&lt;li&gt; au niveau des autres aspects du projet collectif -&gt; par exemple, pourquoi privil&#233;gier une forme&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autonomie (alimentaire), face &#224; d'autres (&#233;nerg&#233;tique, affective...) ? Est-ce une question de&lt;br class='autobr' /&gt;
choix strat&#233;gique, d'envie ou de capacit&#233; ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ville&lt;/strong&gt;, l'autonomie alimentaire para&#238;t impossible, mais il y a d'autres possibilit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; r&#233;cups sur les march&#233;s -&gt; jouer sur le gaspillage de notre soci&#233;t&#233;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; solidarit&#233; avec les lieux &#224; la campagne -&gt; &#233;changes de l&#233;gumes, de c&#233;r&#233;ales, contre d'autres services&lt;br class='autobr' /&gt;
(participation &#224; chantiers,...)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; jardinage -&gt; exemple de comp&#233;tences et modes de production qu'on peut se r&#233;approprier . Ex :&lt;br class='autobr' /&gt;
jardin collectif squatt&#233;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; caritatif -&gt; inscription au Secours Populaire, Restos du C&#339;ur ...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi y'a des &lt;strong&gt;limites&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; ne reste-t-on pas d&#233;pendant du syst&#232;me en se contentant de ses miettes ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ne favorise-t-on pas le contr&#244;le social qu'il peut exercer sur nous ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; probl&#232;me de la disponibilit&#233; des terres en ville&lt;/li&gt;&lt;li&gt; si on cultive &#224; la p&#233;riph&#233;rie des villes, doit-on polluer avec sa bagnole pour aller jardiner bio ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Peut-on jardiner bio au milieu des usines et des gaz d'&#233;chappements ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Autres textes &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ceux de l'Universit&#233; d'Ecologie Appliqu&#233;e et Solidaire, au sujet de l'autonomie &#233;nerg&#233;tique.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Brochure &#8220; Voyage au c&#339;ur des normes relationnelles &#8221;, printemps 2002, au sujet de l'autonomie&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quels liens ville-campagne ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question de peu de choses malheureusement&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Formes de liens existant entre lieux en ville et lieux &#224; la campagne :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;liens forts entretenus par les amiti&#233;s, les zines...&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
circulation des personnes
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les ruralaux ont un pied-&#224;-terre dans les lieux en ville pour les p&#233;riodes o&#249; illes veulent s'y&lt;br class='autobr' /&gt;
rendre pour un petit boulot / une r&#233;cup / des cours / d'autres activit&#233;s en ville...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les urbain-e-s ont un pied-&#224;-terre dans les lieux &#224; la campagne pour pouvoir y respirer, y&lt;br class='autobr' /&gt;
plonger les mains dans la terre...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les un-e-s et les autres participent mutuellement &#224; leurs activit&#233;s : chantiers collectifs,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;v&#232;nements dans les squats d'activit&#233;s...&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
dons/&#233;changes d'objets ou d'aliments :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les ruralaux profitent des r&#233;cups de mat&#233;riaux en ville...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les urbain-e-s profitent des l&#233;gumes cultiv&#233;s &#224; la campagne, du bois de chauffage ramass&#233; dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la for&#234;t, des chata&#238;gnes et autres cueillettes sauvages...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Faut-il envisager la l&#233;galisation de nos squats ?
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; il est question d'un seuil entre compromis et compromission&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'un c&#244;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L&#233;galisation = un peu de stabilit&#233; dans un monde des squats tr&#232;s eph&#233;m&#232;re, fragile ? Un cadre&lt;br class='autobr' /&gt;
propice &#224; des projets &#224; plus long terme ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L&#233;galisation = une gestion de nos forces ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Rester dans l'ill&#233;galit&#233; bouffe nos forces -&gt; combat permanent, intense. Les gens sont tellement&lt;br class='autobr' /&gt;
crev&#233;s qu'au bout d'un moment ils abandonnent et se rangent.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L&#233;galisation = + d'accessibilit&#233; et + de lieux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Viennent alors des gens qui dans un contexte de clandestinit&#233; ne les auraient jamais connus.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L&#233;galisation = une base arri&#232;re s&#251;re pour soutenir les squats et en ouvrir de nouveaux, lancer de&lt;br class='autobr' /&gt;
nouveaux projets ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'un autre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L&#233;galisation = changement de comportement par rapport au lieu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
On devient &#034;responsable&#034; devant les autorit&#233;s. On se rapproche de la condition de locataire, qui doit&lt;br class='autobr' /&gt;
faire gaffe &#224; :
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; respecter la loi -&gt; les autorit&#233;s ont un droit de regard sur ce qu'on fait&lt;/li&gt;&lt;li&gt; respecter les normes -&gt; &#231;a repr&#233;sente autant de boulot que se battre contre les&lt;br class='autobr' /&gt;
expulsions&lt;/li&gt;&lt;li&gt; faire de grosses d&#233;penses (pour la mise aux normes...) -&gt; &#231;a implique des rentr&#233;es d'argent,&lt;br class='autobr' /&gt;
donc une plus grande d&#233;pendance au syst&#232;me marchand&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L&#233;galisation = division ? Les collectifs sont en concurrence (monter un dossier) et les autorit&#233;s en&lt;br class='autobr' /&gt;
position de g&#233;n&#233;reux donateur-arbitre-roi (octroyer des baux gratuits).&lt;br class='autobr' /&gt;
* L&#233;galisation = assoupissement ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Avec le confort, le mouvement s'endort et r&#233;siste moins quand les autorit&#233;s d&#233;cident d'expulser.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'un troisi&#232;me :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
comment se battre dans l'ill&#233;galit&#233; tout en se m&#233;nageant des forces ? comment un mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
fragile, dont les acteurices s'&#233;puisent, peut ne pas mourir ? faut-il penser et assurer une&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; rel&#232;ve &#8221; ? se pr&#233;occuper de la transmission ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
peut-on pr&#233;server une dimension politique et contestataire dans la l&#233;galisation ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
quelle interaction entre lieux l&#233;gaux et ill&#233;gaux ? peuvent-ils se soutenir mutuellement ? par&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple en se faisant profiter les uns autres des avantages de leur situation particuli&#232;re ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les lieux l&#233;gaux peuvent affirmer publiquement leur soutien aux lieux ill&#233;gaux, informer&lt;br class='autobr' /&gt;
constamment leurs visiteureuses de ce qui s'y passe...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les lieux ill&#233;gaux peuvent rappeler et r&#233;insuffler une dynamique de lutte aux lieux l&#233;gaux qui&lt;br class='autobr' /&gt;
risquent de s'endormir, en les sollicitant r&#233;guli&#232;rement...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Autres textes sur le sujet :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
&#8220; La Monseigneur &#8221;, nov.2001, dossier sur la l&#233;galisation des squats&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
&#8220; Cette semaine &#8221;, mai-juin 2000, article &#8220; squats : lutter ou se l&#233;galiser ? &#8221;, &#233;galement repris&lt;br class='autobr' /&gt;
dans &#8220; Squat-textes &#8221;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
R&#233;ponse &#224; cet article de squatteureuses du Saumaise, &#233;t&#233; 2000&lt;/li&gt;&lt;li&gt;
&#8220; Table ronde 4 1&#8260;2 &#8221;, f&#233;vrier 2002, &#224; propos du colloque &#8220; Nouveaux territoires de l'art &#8221; et des&lt;br class='autobr' /&gt;
tendances r&#233;cup&#233;ratrices de l'Etat-providence&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Pourquoi f&#233;miniser le texte ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par &#8220; f&#233;miniser &#8221; le langage, on entend bousculer cette bonne vieille grammaire, qui voudrait faire&lt;br class='autobr' /&gt;
primer le masculin sur le f&#233;minin. Cet &#233;tat de fait n'est pas anodin. Le langage est un reflet de notre&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233; patriarcale : il entretient la domination d'un genre sur l'autre. Parce qu'il est notre premier&lt;br class='autobr' /&gt;
mode d'expression, il a une fonction fondamentale, et peut &#234;tre utilis&#233; &#224; bien des fins. S'il est&lt;br class='autobr' /&gt;
structur&#233;, le langage est &#233;galement structurant : il conditionne notre pens&#233;e, la formate, il guide&lt;br class='autobr' /&gt;
notre vision du monde. Remodeler le langage c'est refuser une domination, construire d'autres&lt;br class='autobr' /&gt;
inconscients collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi un prix libre ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous diffuserons cette brochure gratuitement tant que nous en aurons les moyens, parce que&lt;br class='autobr' /&gt;
l'argent dans nos poches &#231;a empeste et &#231;a troue nos bas de laine. D'autres peuvent la diffuser &#224; prix&lt;br class='autobr' /&gt;
libre, &#8220; dans la mesure o&#249; peut l'&#234;tre un prix &#8221;, pour cajoler les besoins de la diffuseuse et les moyens&lt;br class='autobr' /&gt;
du lecteur. On n'aime pas l'&#233;change minutieux, comptabilis&#233;, craintif, on pr&#233;f&#232;re les cadeaux, on&lt;br class='autobr' /&gt;
n'aime pas les rapports marchands, on aime les passions, les dons et le vol des hypermarch&#233;s. Le&lt;br class='autobr' /&gt;
profit qu'on attend de cette brochure est le plaisir de la voir alimenter des vies et des pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous refusons toute subvention financi&#232;re de l'&#201;tat et du&lt;br class='autobr' /&gt;
patronat pour garder notre ind&#233;pendance.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avis : on recherche des textes, des r&#233;cits, des&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;moires de pratiques quotidiennes de l'autogestion, on en trouve pas tant,&lt;br class='autobr' /&gt;
et on se dit qu'il peut &#234;tre pr&#233;cieux d'avoir des exemples de ce qui se fait ou&lt;br class='autobr' /&gt;
s'est fait ou ailleurs... de comment d'autres groupes ont r&#233;solu les&lt;br class='autobr' /&gt;
obstacles auxquels on se heurte sur ce terrain... Peut-&#234;tre devrions-nous&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224; noter puis mettre en commun, entre squats et autres lieux autog&#233;r&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
nos propres exp&#233;riences et questionnements et probl&#232;mes et solutions ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cette brochure n'est pas une production du GARAS mais&lt;br class='autobr' /&gt;
nous trouvons int&#233;ressant de diffuser les r&#233;flexions qu'elle&lt;br class='autobr' /&gt;
contient. Nous avons pris quelques libert&#233;s dans sa&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notamment, le titre d'origine &#233;tait &#171; Pour des collectifs&lt;br class='autobr' /&gt;
totalitaires &#187;, mais nous avons pens&#233; qu'il pouvait pr&#234;ter &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
confusion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La brochure initiale a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e &#224; Grenoble en 2002.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Groupe GARAS de Tours&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Groupement d'Action et de R&#233;flexion AnarchoSyndicaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photocopiez et diffusez cette brochure autant que vous le voulez : pas de copyright&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment nous contacter ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Groupe syndical GARAS de Tours :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pour nous rencontrer ou recevoir gratuitement et sans&lt;br class='autobr' /&gt;
engagement 3 num&#233;ros de notre Lettre de liaison, &#233;crivez &#224; :&lt;br class='autobr' /&gt;
STSET, BP 31303, 37013 TOURS cedex 1&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ou envoyez un e-mail &#224; : garas_tours@hotmail.com&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le plan national :&lt;/li&gt;&lt;li&gt; par e-mail : garas@altern.org&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Par la poste : &#233;crivez &#224; Tours, qui transmettra (adresse ci-dessus)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Site internet du GARAS : &lt;a href=&#034;http://garas.over-blog.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://garas.over-blog.org&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>D&#233;troits n&#176;1</title>
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		<dc:date>2007-12-11T23:34:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Edito &lt;br class='autobr' /&gt;
Absence de perspectives politiques, actions au coup par coup, ghettos militants, tourisme politique, id&#233;es r&#233;p&#233;t&#233;es ad nauseam, accumulation de d&#233;faites ! En face : notre volont&#233; de pers&#233;v&#233;rer, de vaincre, de jubiler dans les luttes et la vie quotidienne, bref, de faire p&#233;ter la baraque. De quel c&#244;t&#233; penche la balance ? Nous avons d&#233;cid&#233; de nous permettre de souffrir de ce vide strat&#233;gique abyssal, de retrouver le vertige et l'odeur de la poudre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons d&#233;cid&#233; de ne plus vivre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique45" rel="directory"&gt;iosk&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L136xH150/arton508-cca03.jpg?1780500264' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='136' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff508.jpg?1195341769&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Edito&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absence de perspectives politiques, actions au coup par coup, ghettos militants, tourisme politique, id&#233;es r&#233;p&#233;t&#233;es ad nauseam, accumulation de d&#233;faites ! En face : notre volont&#233; de pers&#233;v&#233;rer, de vaincre, de jubiler dans les luttes et la vie quotidienne, bref, de faire p&#233;ter la baraque. De quel c&#244;t&#233; penche la balance ? Nous avons d&#233;cid&#233; de nous permettre de souffrir de ce vide strat&#233;gique abyssal, de retrouver le vertige et l'odeur de la poudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;cid&#233; de ne plus vivre avec ces habitudes : ne pas comprendre suffisamment ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233; ; ne pas vraiment savoir ce que nous voulons. Ce qui se passe 1) dans nos cercles r&#233;duits, 2) toujours &#224; court-terme, ne suffit plus &#224; nourrir nos &#226;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier num&#233;ro de D&#233;troits vous parvient avec nos premi&#232;res conqu&#234;tes. Non pas des conqu&#234;tes territoriales, mais purement th&#233;oriques. C'est par le plus important que nous avons d&#233;cid&#233; de commencer. En effet, pour forger une strat&#233;gie qui tienne la route, nous nous sommes aper&#231;us qu'il nous fallait d'abord faire une critique de l'existant qui d&#233;bouche sur une vision positive de ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233;. Foin de la critique qui s'arr&#234;te &#224; la critique. Ces pages sont un premier assaut contre la citadelle de nos silences. Commencez &#224; lire et vous verrez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un avertissement :&lt;br class='autobr' /&gt;
Les trois auteurs de ces articles ne pensent pas la m&#234;me chose, d'autant plus qu'ils se sont beaucoup corrig&#233;s leurs articles r&#233;ciproquement. C'est pourquoi ils sont en mesure de signer &#224; trois D3. Synergie des opacit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de passer six jours contre vents et diarrh&#233;es dans une mansarde du Mont Athos. Nous aurions bien voulu &#233;crire ce que nous savons. Mais &#233;crire, c'est penser et rendre caduc ce qui est su.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc du, &#224; notre corps d&#233;fendant, &#233;crire tout au bord de ce qui nous d&#233;passe encore. Nous avons pens&#233; beaucoup, mais pas &#224; votre place. Si vous nous r&#233;pondez : notre gratitude sera profonde. Qu'y a-t-il de plus pr&#233;cieux que l'alli&#233;-e que notre fl&#232;che nous aura fait trouver ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(Une petite astuce.)&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vous courez de front activiste en front militant. Vous ne voulez pas vous arr&#234;ter pour saisir notre invitation &#224; penser. Mais vous voulez quand m&#234;me donner l'impression d'avoir lu D&#233;troits... Que faire ?&lt;br&gt;
Dans vos prochaines discussions politiques, placez &#224; peu pr&#232;s n'importe o&#249; les mots et expressions suivants : &lt;br&gt;
&#034;Elaborer collectivement une vision globale, radicale et explicite&#034;, &#034;perspectives politiques cr&#233;dibles&#034;, &#034;boussole pour orienter l'action&#034;, &#034;pens&#233;e strat&#233;gique&#034;, &#034;construire des liens politiques qui durent&#034;, &#034;le politique est plus que le personnel&#034;, &#034;d&#233;serter la d&#233;sertion&#034;, &#034;ce serait vider le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain&#034;, &#034;abolition du march&#233; du travail et des capitaux&#034;, &#034;d&#233;couplage entre travail et revenus&#034;, &#034;dictature des relations &#233;conomiques sur les relations sociales&#034;, &#034;transformation des rapports sociaux&#034;, &#034;renouveler le regard&#034;, &#034;germes sous la cro&#251;te pourrie&#034;, &#034;bassin de d&#233;cantation&#034; et &#034;caisse de r&#233;sonance&#034;, &#034;m&#233;-pris&#034; et &#034;heuristique&#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trop de luttes sans histoire...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous autres activistes &#171; new generation &#187;, nous tournoyons dans un monde clinquant o&#249; l'on a d&#233;cr&#233;t&#233; la &#171; fin de l'Histoire &#187;, o&#249; la m&#233;moire des subversions a un mal fou &#224; se transmettre, o&#249; l'avenir semble &#234;tre un d&#233;sastre. Il ne nous reste qu'un pr&#233;sent en dents-de-scie. Nous voulons apprendre &#224; choisir nos rythmes et nos &#233;ch&#233;ances, &#224; construire des liens qui durent, &#224; transmettre nos bilans et chercher ceux des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous n'avons pas d'histoire &#187;. Peut-&#234;tre parce que les acad&#233;miciens n'ont de lettres que pour les p&#233;rip&#233;ties des puissants. Ou peut-&#234;tre parce que l'Histoire, nous n'en voulons pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, une g&#233;n&#233;ration nombreuse et rebelle nous a pr&#233;c&#233;d&#233;-e-s, elle est encore (partiellement) &#224; nos c&#244;t&#233;s. Elle porte &#171; 68 &#187; sur son maillot comme l'avant-centre d'une soci&#233;t&#233; qui r&#234;ve de jeunesse fixe. Mais elle ne veut rien nous l&#233;guer ; peut-&#234;tre n'y arrive-t-elle pas ? Certaines de ses &#226;mes ont brouill&#233; leur langue avec celle du fric, et leur nouvel idiome, &#171; lib&#233;ral-libertaire &#187;, nous donne la naus&#233;e. D'autres se taisent et risquent bient&#244;t de se taire &#224; jamais. Peut-&#234;tre parce que cette g&#233;n&#233;ration a voulu se retourner contre le temps lui-m&#234;me ? Elle voulait sortir d'un pass&#233; lourd de sermons, de vieux schnocks &#224; r&#233;v&#233;rer, de gloires identitaires &#224; r&#233;citer. Elle voulait sortir d'un avenir qui signifiait alors &#233;pargne et labeur, ou patience et docilit&#233; avant l'hypoth&#233;tique, lointain mais si grand soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous voulons tout, tout de suite &#187;, a-t-elle proclam&#233;. A l'&#233;poque &#231;a a &#233;t&#233; inou&#239;, une audace qu'on a de la peine &#224; imaginer aujourd'hui. Et dire que cette parole de r&#233;volte a &#233;t&#233; tordue en appel &#224; consommer tout de suite !... Mais un pas a &#233;t&#233; franchi qui n'a pu &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; : nous comprenons fort pourquoi il a bien fallu rompre avec ces chronologies-&#224;-cadenas, cette soci&#233;t&#233; du m&#233;tro-boulot-dodo o&#249; tout semble jou&#233; d'avance, nous comprenons pourquoi l'instant pr&#233;sent est devenu synonyme de libert&#233;. Plus tard punk a fini par chanter : &#171; no future &#187;. L'establishment, apr&#232;s la chute du communisme, s'y est mis lui aussi &#224; sa mani&#232;re : &#171; C'est la fin de l'Histoire. Le Capitalisme est ind&#233;passable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous maintenant, qui sommes les enfants de ce &#171; no future &#187; ? Individus post-modernes, suspendus dans le vide, nous qui ne venons de rien et qui n'allons nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois nous cherchons &#224; d&#233;coller de cette imm&#233;diatet&#233; torrentueuse. Nous voyons bien que le capitalisme y a trouv&#233; son compte, il nous fait tourner comme des toupies autour de ses produits toujours plus vite achemin&#233;s, puis d&#233;pass&#233;s. Nous essayons de voir au loin et nous nous inqui&#233;tons des cons&#233;quences &#233;cologiques de ce train-de-vie. Nous cherchons &#224; prendre du recul et &#224; comprendre &lt;i&gt;dans quel mouvement historique&lt;/i&gt; s'inscrivent toutes ces petites r&#233;formes sinistres que les m&#233;dias, bien assis dans l'actualit&#233; la plus plate, nous annoncent &lt;i&gt;une &#224; une&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me dans nos luttes, les vues d'ensemble ne sont pas ais&#233;es. M&#234;me dans nos luttes, nous ne savons pas vraiment pourquoi nous courons si vite. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me dans nos luttes, nous avons du mal &#224; construire une histoire. Que de projets militants n&#233;s dans l'enthousiasme et morts sans un signe, sauf peut-&#234;tre la baisse muette et r&#233;guli&#232;re des effectifs, r&#233;union apr&#232;s r&#233;union. Que de campagnes dont nous n'avons ma&#238;tris&#233; ni le d&#233;but ni la fin, allum&#233;-e-s par les initiatives du gouvernement puis sonn&#233;-e-s par sa r&#233;pression, ou par les miettes qu'il nous donnait en guise de coupe-faim. Et nous, &#233;parpill&#233;-e-s comme des moineaux, hagards devant notre propre faiblesse d'organisation, pris-es au pi&#232;ge par un capitalisme jamais rassasi&#233; de sa propre vitesse, nous tendions nos yeux tous azimuts vers quelque rebellion spontan&#233;e qui pourrait nous porter &#224; nouveau, ou faute de mieux, vers les urgences mat&#233;rielles et solitaires d'un quotidien qui piaffe d'impatience de redevenir ma&#238;tre du calendrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent continue, on avale tout et on glisse vers l'avant. On flotte, on dispara&#238;t, et les suivants patineront derri&#232;re : notre histoire est trop dilu&#233;e pour leur donner des points d'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma plus grande trouille c'est qu'on se retrouve dans cinq ans comme tous ces soixante-huitards au tournant des ann&#233;es 80, &#224; regarder autour de nous et &#224; voir tel camarade gentil p&#232;re de famille, telle autre conseill&#232;re municipale, tel autre cam&#233; ou suicid&#233;. Sans une parole. Sans qu'on n'ait rien compris de ce qui &#224; un moment a pu clocher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai v&#233;cu deux gr&#232;ves &#233;tudiantes, &#224; plusieurs ann&#233;es de distance. A la fin de la premi&#232;re, c'est les vacances qui ont d&#233;cid&#233; de la fin du mouvement. A la rentr&#233;e on a bien essay&#233; de relancer le truc, mais on &#233;tait vingt aux assembl&#233;es. Alors on a laiss&#233; tomber, chacun est retourn&#233; bosser dans son coin, y'en a qui se sont dipl&#244;m&#233;s, on s'est perdus de vue. La fac c'est pas comme une bo&#238;te o&#249; les employ&#233;s restent l&#224; pendant des ann&#233;es. Alors quand la deuxi&#232;me gr&#232;ve a commenc&#233;, ce n'&#233;tait plus du tout les m&#234;mes gens, sauf quelques gars viss&#233;s &#224; des postes de pouvoir dans les syndicats, et absolument pas motiv&#233;s pour transmettre quoi que ce soit, tu parles, &#231;a les aurait menac&#233;s eux-m&#234;mes. Du coup plein d'erreurs, plein de na&#239;vet&#233;s ont &#233;t&#233; reproduites, c'&#233;tait fou c'&#233;tait presque les m&#234;mes, comme si les gr&#232;ves d'avant n'avaient servi &#224; rien, m&#234;me pas &#224; accumuler de l'exp&#233;rience. Si on n'est quand m&#234;me pas repartis de z&#233;ro, c'est qu'il y avait eu d'autres occupations &#224; peine quelques mois avant, dans d'autres contextes, ailleurs dans la ville, et certains jeunes y avaient particip&#233;. Heureusement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un formidable enjeu &#224; reprendre du pouvoir sur le temps. Certaines critiques des contre-sommets pointaient encore r&#233;cemment le danger de se faire balader au rythme des agendas diplomatiques et de perdre ainsi tout effet de surprise. Il s'agissait de reprendre l'initiative : o&#249;, &#224; partir de quand, &#224; quelle cadence et m&#234;me jusqu'&#224; quand voulons-nous mener telle action ? Par ces questions on allume la pens&#233;e strat&#233;gique, celle qui ose choisir des objectifs, &#224; court-terme, &#224; long-terme. Et on se donne la possibilit&#233; de construire des liens politiques qui &lt;i&gt;durent&lt;/i&gt; au-del&#224; des moments forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous voulons aller plus loin : quand le marketing militant cherche &#224; &#171; innover &#187; sans fin, nous cherchons &#224; construire de l'histoire. Faire exister notre vision de l'Histoire. Aller chercher l'histoire des subversions par la peau des fesses, pour qu'elle nous informe aujourd'hui. Produire des traces instructives au possible pour nos successeurs. Et m&#234;me au sein de notre cheminement politique, nous voulons faire des bilans, tirer des le&#231;ons, d'une mobilisation &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire condamne les vivants &#224; la r&#233;p&#233;ter tant qu'ils ne font pas l'effort de la regarder en face : elle les change en hamsters et les coince dans sa roue.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rapports sociaux et action politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Prologue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 20.000 familles ont d&#233;cid&#233; d'autor&#233;duire leurs loyers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas en 2007.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait &#224; Milan, lors des luttes de l'autonomie italienne, au d&#233;but des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la situation s'est-elle am&#233;lior&#233;e, pour que l'on n'entende plus parler d'une action aussi collective et d&#233;termin&#233;e ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Non, la pr&#233;carit&#233; et le ch&#244;mage ont beaucoup augment&#233; partout dans ces quartiers prol&#233;taires. Les gens ont plus de raisons de se r&#233;volter. Pourquoi alors ne passent-ils pas &#224; l'offensive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'&#224; cette &#233;poque, en autor&#233;duisant leurs loyers ils ne faisaient pas que se d&#233;fendre individuellement contre la &#171; d&#233;gradation de leurs conditions de vie &#187;. Ils ont pris ce risque de rompre la soumission &#224; la l&#233;galit&#233; parce qu'en participant au mouvement d'autor&#233;duction des loyers ils savaient une chose : ils se joignaient &#224; un immense mouvement social port&#233; par une perspective politique. Ce qui &#233;tait en jeu, ce n'&#233;tait pas seulement d'obtenir une diminution des loyers. Bien s&#251;r que cela comptait. Mais dans cette lutte, ce qui &#233;tait vis&#233;, c'&#233;tait changer la vie, abolir la domination capitaliste. Cette perspective a mis l'Italie des ann&#233;es 70 en &#233;bullition parce qu'elle est apparue comme cr&#233;dible &#224; une large partie des masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ces luttes ont &#233;t&#233; vaincues, et nous n'avons d'ailleurs pas encore bien tir&#233; les le&#231;ons de cette d&#233;faite. La perspective, &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait le communisme. Le parti communiste italien, &#224; la fin de la Deuxi&#232;me Guerre Mondiale &#233;tait plus puissant que son fr&#232;re yougoslave. Mais &#224; Yalta Staline a c&#233;d&#233; la Gr&#232;ce et l'Italie contre l'Europe de l'Est. Alors la CIA a jou&#233; son r&#244;le dans la prise de pouvoir de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne lors des &#233;lections au lendemain de la guerre. Cette d&#233;faite n'a cependant pas ruin&#233; dans les c&#339;urs des prol&#233;taires italiens les perspectives et les id&#233;aux pour lesquels les partisans communistes ont lutt&#233; contre le fascisme. Voil&#224; pourquoi le feu s'est rallum&#233; dans les ann&#233;es 70, voil&#224; pourquoi il a &#233;t&#233; possible que plus de 20.000 personnes osent autor&#233;duire leurs loyers. Il y ont cru, &#224; la fin du capitalisme, ils l'ont voulue, elle &#233;tait pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la vision communiste est par-terre. C'est tant mieux, bien s&#251;r, ses aberrations th&#233;oriques &#233;taient trop graves. Ce n'est pas une raison de vider le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les luttes sociales qui ont &#233;t&#233; men&#233;es sous le drapeau du communisme ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de renoncer &#224; penser un projet de soci&#233;t&#233; qui puisse &#234;tre cr&#233;dible. Comment, en effet, pourront rena&#238;tre des mouvements capables de mettre par-terre le capitalisme ? Il y a un vide. Il manque un projet politique, une vision de l'organisation sociale capable d'enflammer les enthousiasmes et de r&#233;unir les forces. Lutter ensemble c'est transformer nos relations sociales. L'addition des r&#233;voltes individuelles, o&#249; chacun d&#233;fend son niveau de vie sans construire d'autres relations sociales, cela ne fait pas un mouvement politique. C'est laisser intacte la dictature des relations &#233;conomiques capitalistes sur les relations sociales. Que voulons-nous ? Peut-on construire un immeuble sans un plan autours duquel les &#233;nergies se conjuguent ? Et une soci&#233;t&#233; ? Aujourd'hui les prol&#233;taires n'autor&#233;duisent pas leurs loyers parce qu'ils ne voient pas comment les luttes pourraient avoir une perspective de vaincre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment construire des perspectives politiques cr&#233;dibles ? La faiblesse des perspectives politiques est une des caract&#233;ristiques essentielles du XXI&#232;me si&#232;cle naissant : notre &#233;poque est celle d'une catastrophe id&#233;ologique majeure. &lt;br&gt;
Ce qui fait peur, c'est que la d&#233;gradation de toutes les relations sociales s'accompagne d'une d&#233;mobilisation politique profonde. Jusqu'&#224; quand les militants ind&#233;crottables qui pers&#233;v&#232;rent &#224; relancer les appels &#224; l'engagement politique arriveront-ils &#224; &#233;viter de se poser la question de la cr&#233;dibilit&#233; de leurs efforts ? Pr&#233;f&#232;rent-ils s'agiter en aveugles dans un cauchemar ?&lt;br&gt;
Nous avons ainsi pris l'habitude de douter s&#233;rieusement qu'il soit possible de construire une vision politique cr&#233;dible. &lt;br&gt;
Le but de cet article est de contribuer &#224; surmonter cette habitude. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin de perspectives politiques, d'une boussole pour orienter l'action. Ces perspectives ne peuvent &#234;tre solides que si elles sont ancr&#233;es dans ce qui se passe effectivement dans la soci&#233;t&#233;. Nous avons donc besoin d'&#233;laborer une claire vision des rapports sociaux existants, actuels. Comment ils fonctionnent et ce qui les perturbe. C'est ce que nous allons tenter de faire ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tome I. L'Aveu : Nous naviguons sans boussole&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Bref aper&#231;u sur l'histoire d'un naufrage id&#233;ologique&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans une &lt;strong&gt;premi&#232;re partie&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; nous &#233;tudierons les cons&#233;quences sur les rapports sociaux de l'irruption du capitalisme. &lt;br&gt;
&lt;i&gt;Dans une &lt;strong&gt;deuxi&#232;me partie&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; nous examinerons les luttes qui ont commenc&#233; en Mai 68 et au d&#233;but des ann&#233;es 70, et la signification de l'action directe pour la transformation des rapports sociaux.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Dans une &lt;strong&gt;troisi&#232;me partie&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; nous pr&#233;senterons comment les difficult&#233;s du mouvement altermondialiste proviennent de sa r&#233;ticence &#224; &#233;laborer une vision des rapports sociaux. Nous montrerons ensuite que la Pens&#233;e Unique tient sa force du fait qu'elle exprime la ma&#238;trise des n&#233;o-lib&#233;raux sur les rapports sociaux. Nous examinerons enfin quelques traits du d&#233;sespoir de la pens&#233;e chez ceux qui ne marchent pas dans la Pens&#233;e Unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La mainmise des rapports de production capitalistes&lt;br class='autobr' /&gt;
sur les rapports sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux notions de base vont jouer un grand r&#244;le dans tout ce que nous allons dire. D&#233;finissons-les :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) &lt;i&gt;Les rapports sociaux.&lt;/i&gt; Ce sont les rapports dans lesquels les humains fonctionnent, dans la mesure o&#249; leurs vies individuelles d&#233;pendent de la vie sociale. La production est sociale, la satisfaction des besoins principaux est sociale, la garantie des droits est sociale. Ces rapports sociaux s'actualisent bien s&#251;r dans des rapports personnels, mais ils ne se confondent pas avec eux. Les personnes d&#233;cident de leurs rapports individuels, tandis qu'ils d&#233;pendent des rapports sociaux pour vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) &lt;i&gt;Les rapports &#233;conomiques de production.&lt;/i&gt; Il s'agit ici de la forme que prend dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e et &#224; une &#233;poque donn&#233;e la r&#233;partition des t&#226;ches productives, et la distribution de ce dont ses membres ont besoin pour vivre. La forme f&#233;odale du servage ne donne pas le m&#234;me r&#244;le &#224; l'argent que la forme capitaliste du salariat. Pour Marx ce sont les rapports &#233;conomiques qui fa&#231;onnent et d&#233;terminent en profondeur tous les rapports sociaux : les fa&#231;ons dont les hommes s'organisent pour satisfaire leurs besoins jouent selon lui le premier r&#244;le dans l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles les rapports sociaux &#233;taient r&#233;gl&#233;s par les dieux, par les mythes.&lt;br&gt;
Les activit&#233;s des individus trouvaient leur sens parce qu'ils reproduisaient les fa&#231;ons de vivre ensemble et de cultiver la terre institu&#233;s par les h&#233;ros fondateurs de la tribu. Marx a racont&#233; comment ces rapports et leurs fondements culturels ont &#233;t&#233; progressivement ruin&#233;s par le d&#233;veloppement des rapports marchands, puis capitalistes. Une nouvelle classe est n&#233;e d'une r&#233;volution qui s'est impos&#233;e dans les faits : les prol&#233;taires. Ceux-ci ont &#233;t&#233;s encha&#238;n&#233;s dans des rapports sociaux &lt;i&gt;qui se sont construits de fa&#231;on uniquement pratique&lt;/i&gt; : &#224; mesure que se d&#233;veloppait le commerce et l'industrie. Les serfs ont &#233;t&#233;s arrach&#233;s de leur attachement traditionnel &#224; la terre et sont devenus libres, libres de gagner leur vie dans les usines. Des rapports de production nouveaux ont ainsi commenc&#233; &#224; fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces rapports &#233;conomiques nouveaux ne sont pas n&#233;s d'un projet de vie sociale coh&#233;rent. Ils ne sont &#233;clair&#233;s par aucune vision culturelle qui puisse &lt;i&gt;donner sens&lt;/i&gt; &#224; la nouvelle situation des travailleurs. &#171; Quel est le sens de ma vie et de mon travail, pourquoi je me l&#232;ve t&#244;t le matin ? &#187; &lt;br&gt;
Pas de r&#233;ponse - si ce n'est de se lever t&#244;t aussi le dimanche matin pour aller &#224; l'&#233;glise. &lt;br&gt;
Une domination nue et brutale. En vendant sa force de travail le prol&#233;taire abdique et d&#233;l&#232;gue au capitaliste ce qui est pourtant constitutif de toute activit&#233; humaine : le sens de ce qu'il fait. C'est le capitaliste qui donne sens &#224; l'activit&#233; du travailleur : il faut que l'argent investi soit rentable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Les rapports sociaux pr&#233;capitalistes &#233;taient fond&#233;s dans la culture : dans des mythes. Les membres de ces soci&#233;t&#233;s ne se concevaient cependant pas comme co-auteurs conscients et libres de leur culture et de leurs dieux. Le fondement culturel &#233;tait &lt;i&gt;donn&#233;&lt;/i&gt;, par la tradition, par les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Le capitalisme s'est &#233;tabli en r&#233;organisant les rapports sociaux sous la coupe de la rentabilisation &#233;conomique. D&#232;s lors ce sont les rapports &#233;conomiques qui ont largement d&#233;termin&#233; tous les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Ces nouveaux rapports de production se sont &#233;tablis par une action pratique, &lt;i&gt;sans fondement culturel&lt;/i&gt;, au contraire destructrice des fondements culturels pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Les penseurs socialistes ont &#233;tudi&#233; apr&#232;s-coup ces nouveaux rapports. Ils en ont fait la critique. Mais ils n'ont pas pos&#233; de nouveaux fondements culturels capables d'instaurer une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e du diktat capitaliste. C'est pourquoi leur conception des rapports sociaux reste d&#233;termin&#233;e par le devenir des rapports &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme s'est impos&#233; en m&#234;me temps que la science moderne. Cette science bourgeoise regarde objectivement le monde et le consid&#232;re de fa&#231;on utilitaire. Elle consid&#232;re la nature comme un objet, tout comme dans les rapports &#233;conomiques elle consid&#232;re la force de travail comme un objet, qu'on peut acheter sur un march&#233;.&lt;br&gt;
Marx et les socialistes ont compl&#232;tement adopt&#233; cette d&#233;marche scientifique. Marx a &#233;tudi&#233; les lois du fonctionnement objectif du capital, il a montr&#233; que ces lois tendaient inexorablement vers la suppression du capitalisme. Dans cette perspective les travailleurs sont l'objet du capital, ils ne font l'Histoire que dans la mesure o&#249; leurs luttes contribuent &#224; acc&#233;l&#233;rer la chute future du capitalisme : &#224; faire venir le Grand Soir ! La social-d&#233;mocratie a bien s&#251;r abandonn&#233; cette illusion, mais elle n'a fait que repousser le Grand Soir aux calendes grecques : pour elle ce sont toujours les rapports de production capitalistes qui r&#232;gnent sur les rapports sociaux. Autant dire qu'ils r&#232;gneront toujours, et que la seule chose &#224; faire est de les adoucir, &#171; de leur donner un visage humain &#187;. Les socialistes finissent ainsi par se trouver d'accord avec les bourgeois, pour qui le capitalisme est le mode de relation &#233;conomique in&#233;luctable. Remarquable cette fa&#231;on d'escamoter la croyance en la pr&#233;pond&#233;rance des rapports &#233;conomiques : renvoyer le probl&#232;me &#224; la fin des temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant le socialisme scientifique a connu le succ&#232;s qu'on conna&#238;t parmi les prol&#233;taires. C'&#233;tait en effet la seule d&#233;marche de pens&#233;e qui mettait en &#233;vidence l'injustice et la brutalit&#233; nue de leur situation. La culture humaniste bourgeoise ne leur disait rien qui parle de leur condition r&#233;elle. &lt;i&gt;La d&#233;nonciation, la critique&lt;/i&gt; de l'emprise des rapports &#233;conomiques sur leurs rapports sociaux v&#233;cus a inspir&#233; leurs luttes. Cette critique est pertinente parce qu'elle montre sans concession ceci : en r&#233;gime capitaliste le travail ne produit des choses utiles ou des services n&#233;cessaires &#224; la vie que dans la mesure o&#249; il produit du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que se passe-t-il lorsqu'on en reste &#224; cette critique ? On se condamne &#224; perp&#232;te &#224; ne voir les travailleurs que comme les &lt;i&gt;objets&lt;/i&gt; qui ne peuvent vivre que s'ils sont achet&#233;s par le capital. Dans cette perspective ils ne peuvent plus rien faire d'autre que se d&#233;fendre, n&#233;gocier &#224; quelle sauce ils vont &#234;tre mang&#233;s. C'est oublier le fait que le capital ne domine le travail que dans la mesure o&#249; il parvient &#224; emp&#234;cher les travailleurs d'organiser leurs relations sociales eux-m&#234;mes ! Et pourtant ! Ils peuvent tr&#232;s bien se passer de la camisole de force des relations &#233;conomiques capitalistes : ils peuvent &lt;i&gt;inventer&lt;/i&gt; de nouveaux rapports sociaux et les instaurer &lt;i&gt;eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'h&#233;ritage de Mai 68 : action directe, critique du parlementarisme, refus du travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 et les luttes du d&#233;but des ann&#233;es 70 marquent la fin d'une &#233;poque et le d&#233;but d'une autre.&lt;br&gt;
&#171; Nous voulons tout, tout de suite ! &#187; a &#233;t&#233; un programme fort. Beaucoup de jeunes se sont d&#233;solidaris&#233;s du fonctionnement normal &#171; m&#233;tro-boulot-dodo &#187; pour changer leur vie &lt;i&gt;sans attendre que la d&#233;mocratie les approuve&lt;/i&gt;. Ils sont pass&#233;s &#224; l'action directe, brisant le jeu parlementaire, imaginant une vie qui ne se laisse pas embrigader par la logique du travail et de l'argent. En fait ils se sont mis &#224; construire d'autres relations sociales au c&#339;ur m&#234;me de l'espace domin&#233; par les relations &#233;conomiques capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes des autonomes italiens de l'automne chaud ont &#233;t&#233; typiques de cette fa&#231;on de faire. C'est le refus brutal de se laisser atteler dans des relations de travail inhumaines. &#171; Rien pour la production, tout pour l'humanit&#233; ! &#187; Sabotages, manifestations &#224; l'int&#233;rieur des usines, gr&#232;ves, occupations. &#171; Prenons la ville ! &#187; Occupations de lieux autog&#233;r&#233;s, cr&#232;ches, maisons de quartier, cantines populaires, radios libres, il y a eu un foisonnement extraordinaire d'initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique de la d&#233;sertion et de la cr&#233;ation pratique de relations sociales contr&#244;l&#233;es par les acteurEs eux-m&#234;mes avait sa force et sa faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Sa force est le fait de se placer d'embl&#233;e &lt;i&gt;sur le terrain des relations sociales effectives&lt;/i&gt; et de les transformer &lt;i&gt;pratiquement&lt;/i&gt; sans se pr&#233;occuper des imp&#233;ratifs de la rentabilisation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Sa faiblesse est d'avoir largement abandonn&#233; le travail &#224; la logique toute-puissante des relations &#233;conomiques capitalistes. Le refus de la dictature capitaliste sur le travail est vite devenu refus du travail lui-m&#234;me, refus de &#171; perdre sa vie &#224; la gagner &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation pratique de relations sociales d&#233;barrass&#233;es des imp&#233;ratifs de l'argent s'est ensabl&#233;e, elle n'est pas devenue mouvement de &lt;i&gt;r&#233;appropriation de la production&lt;/i&gt;. Le mouvement autonome s'est fait &#233;craser en Italie malgr&#233; les dimensions gigantesques qu'il avait prises. Le mouvement social qui a commenc&#233; s'est ainsi laiss&#233; circonscrire &#224; des milieux sociaux plus restreints. Ce qui au d&#233;but d'un mouvement de rupture &#233;tait juste, &lt;i&gt;commencer pratiquement sans attendre l'approbation des masses&lt;/i&gt;, s'est petit &#224; petit transform&#233; en m&#233;pris des gens &#171; normaux &#187;, de ceux qui se laissaient embrigader dans le travail, et qui ne luttaient que pour les conditions auxquelles ils acceptaient de se laisser asservir. Mais ce m&#233;pris pour le travail s'est bient&#244;t vu d&#233;passer par le m&#233;pris proprement capitaliste pour le travail : flexibilisation, pr&#233;carisation, ch&#244;mage. Le mouvement s'est laiss&#233; d&#233;faire, faute d'un projet de soci&#233;t&#233; capable de tenir la route et d'inspirer des strat&#233;gies capables de battre en br&#232;che la contre-offensive n&#233;o-lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, nous ne manquons pas d'atouts. Nous sommes riches de plein d'exp&#233;riences, encore petites, au sein desquelles nous avons d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; vivre une autre histoire. Une histoire que nous aimons, et incarn&#233;e dans des pratiques bien r&#233;elles. Si nous ne voulons pas nous complaire dans de petits &#238;lots entour&#233;s d'un oc&#233;an d'incompr&#233;hension, nous avons besoin d'aller &#224; la rencontre de ceux qui sont aussi pr&#233;caris&#233;s comme nous, mais de mille fa&#231;ons diff&#233;rentes. Alors : comment chercher des alli&#233;Es ? Il faut avoir quelque chose &#224; leur dire ! Dans quelle mesure les id&#233;es que nous avons exp&#233;riment&#233;es &#224; notre petite &#233;chelle peuvent-elles orienter les grands fonctionnements sociaux ? Dans quelle mesure sont-elles insuffisantes, d&#232;s lors qu'on change d'&#233;chelle ? D&#232;s qu'on passe des relations &lt;i&gt;communautaires&lt;/i&gt;, o&#249; les partenaires se connaissent, aux relations &lt;i&gt;sociales&lt;/i&gt;, o&#249; il est impossible que tous les partenaires se connaissent ? La question politique reste pour le moment enti&#232;re autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Les impasses du mouvement altermondialiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste est n&#233; suite &#224; l'appel du mouvement zapatiste. Cet appel a fait le tour du monde parce qu'il amenait un &#233;l&#233;ment nouveau. En effet, les indig&#232;nes ne luttent pas dans la m&#234;me perspective que les mouvements de gauche traditionnels. Ils ne luttent pas pour conqu&#233;rir une hypoth&#233;tique dignit&#233; dans le futur. Ils r&#233;sistent &#224; l'envahissement des rapports capitalistes et de la domination politique qui l'accompagne &lt;i&gt;parce qu'ils prennent leur dignit&#233; comme point de d&#233;part&lt;/i&gt;. Le sentiment de leur dignit&#233; leur est donn&#233; par leur culture traditionnelle. C'est &#224; partir de leur culture qu'ils con&#231;oivent leurs relations sociales. Ils ne con&#231;oivent pas du tout leurs relations sociales comme d&#233;termin&#233;es par les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes leur structure sociale est en train d'&#234;tre boulevers&#233;e par l'int&#233;gration dans le monde capitaliste. Mais ils luttent pour donner leur propre sens &#224; ce processus de transformation, pour le configurer eux-m&#234;mes ; pour cela ils repensent leur h&#233;ritage culturel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous les Blancs ne sommes pas dans la m&#234;me situation. Il y a des si&#232;cles que le capitalisme a d&#233;truit les bases culturelles de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, &#233;branl&#233; les religions jusque dans leurs fondements. Nous n'avons plus de boussole culturelle. La culture chez nous est largement devenue une marchandise, une d&#233;coration pour accompagner la soumission aux rapports &#233;conomiques capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel zapatiste a n&#233;anmoins d&#233;bouch&#233; sur la cr&#233;ation du mouvement altermondialiste. Des actions mondiales contre les grandes institutions de la mondialisation n&#233;o-lib&#233;rale ont &#233;t&#233; organis&#233;es, le Forum Social Mondial est n&#233; &#224; Porto Alegre. Avec les Journ&#233;es Globales d'Action une remise en cause globale des rapports sociaux s'est de nouveau exprim&#233;e dans des actions directes de sabotage des r&#233;unions du G8 ou de l'OMC. Un point culminant a &#233;t&#233; atteint en 1999 &#224; Seattle lorsque toute une g&#233;n&#233;ration de militants est sortie de terre r&#233;ussissant &#224; emp&#234;cher Clinton d'assister &#224; la r&#233;union de l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui plusieurs faiblesses font pi&#233;tiner le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) C'est un mouvement de r&#233;sistance, contre le d&#233;ferlement de la mondialisation n&#233;o-lib&#233;rale. Il est essentiellement critique et d&#233;fensif. Il peine &#224; d&#233;velopper une capacit&#233; de proposition positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Il n'est pour le moment qu'une addition entre une pl&#233;iade de mouvements qui dialoguent, qui se soutiennent mutuellement, mais qui ne sont pas unis autour de la construction d'une vision politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Les actions directes men&#233;es sont souvent devenues plut&#244;t des moyens d'exercer des pressions politiques que des actions de transformation des rapports sociaux eux-m&#234;mes. Il y a bien s&#251;r toujours un lien entre les actions de r&#233;appropriation et le message politique qu'elles v&#233;hiculent. Mais ce n'est pas la m&#234;me chose d'occuper un lieu surtout pour se r&#233;approprier un espace de vie, ou surtout pour alerter les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Le mouvement reste largement polaris&#233; autour des Actions Globales, il peine &#224; se d&#233;velopper au niveau local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des causes de ces faiblesses : l'&#233;laboration collective d'une vision globale est disqualifi&#233;e. &lt;i&gt;Cet effort est le plus souvent consid&#233;r&#233; comme tentative d'imposer de fa&#231;on ext&#233;rieure et finalement arbitraire des priorit&#233;s ou une analyse &#171; r&#233;volutionnaire &#187;&lt;/i&gt;. L'optique qui domine est plut&#244;t d'approfondir la discussion sur les perspectives de chacun, afin d'articuler peu &#224; peu les luttes r&#233;seaux et campagnes sur des aspects partiels. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme si la construction de rapports sociaux &#233;mancip&#233;s de la domination capitaliste allait se faire peu &#224; peu, spontan&#233;ment, &#224; mesure du d&#233;veloppement des luttes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme si toutes ces luttes partielles et locales contenaient en elles implicitement un nouveau projet de soci&#233;t&#233; qui allait devenir clair comme par enchantement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela c'est rester prisonnier du dogme activiste. Bien s&#251;r, il y a des moments pour l'action. Mais il faut aussi reconna&#238;tre enfin qu'il y a des moments pour l'&#233;laboration collective des perspectives, qu'il faut consacrer du temps &#224; d&#233;finir positivement ce que nous voulons, ce vers quoi nous allons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.La domination de la Pens&#233;e Unique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Pens&#233;e Unique orchestre le d&#233;sastre de main de ma&#238;tre, car elle sait attendre que les esprits aient compris qu'il faut passer sous le joug ; elle sait aussi faire taire les cris trop bruyants en conc&#233;dant les miettes n&#233;cessaires pour que son TGV puisse continuer &#224; foncer dans la nuit. La social-d&#233;mocratie lui est encore utile. Les gauches la suivent comme un chien parce que c'est justement au niveau pratique que leurs solutions ont fait faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le rouleau compresseur n&#233;o-lib&#233;ral la gauche n'a rien de s&#233;rieux &#224; proposer. Il faut se demander pourquoi. Voici une hypoth&#232;se : les capitalistes font l'histoire, les gauches ne viennent qu'ensuite pour l'&#233;tudier et en faire la critique. Et si nous nous mettions &#224; faire nous-m&#234;mes l'histoire ? Mais quelle autre histoire voulons-nous raconter ? Tout est l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre du capitalisme est de se pr&#233;senter comme la seule histoire possible, celle qui peut tol&#233;rer toutes les alternatives parce qu'elle sait qu'elles ne peuvent que se faire englober t&#244;t ou tard dans &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; encha&#238;nement des faits. Si la Pens&#233;e Unique r&#232;gne, c'est justement parce qu'en ce moment elle s'impose partout dans les faits. Ses solutions sont concr&#232;tes et sans r&#233;plique. Elles ne sont d&#233;sastreuses qu'en arri&#232;re-plan ! Dommage pour nous : nous arrivons trop tard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Pens&#233;e Unique dit tout haut ce qu'elle fait. Elle ne se heurte pour le moment qu'&#224; des &#233;bauches d'id&#233;es en face, encore &#224; peine balbuti&#233;es. Facile ensuite pour elle de disqualifier comme sp&#233;culation abstraite tout projet global de soci&#233;t&#233; pos&#233; sur d'autres bases que les siennes. Sa sup&#233;riorit&#233;, elle la d&#233;montre pratiquement. C'est pour cela qu'elle se passe de toute d&#233;monstration th&#233;orique. &#171; Nous n'avons pas le choix ! &#187; Quand la Pens&#233;e Unique parle, elle s'appuie sur les chiffres et les faits qu'elle a elle-m&#234;me cr&#233;es : elle s'est arrog&#233;e le monopole de la mise en sc&#232;ne. &#171; Quelle autre mise en sc&#232;ne proposez-vous, Signore Alternativo ? Niente ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.Le d&#233;sespoir de la pens&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons directement l&#224; o&#249; &#231;a fait mal : nous sommes embarqu&#233;s dans un Titanic qui ne sait pas du tout o&#249; il va. Et pourtant : ce qui se passe dans les soci&#233;t&#233;s humaines n'est rien d'autre que le r&#233;sultat de nos interactions. Il y a des faits monstrueux qui se dressent devant nous, et sur lesquels nous n'avons apparemment aucune prise. Nous sommes devant des faits accomplis sans nous. C'est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend vite que les faits sur lesquels nous n'avons aucune prise r&#233;elle sont parfaitement indiff&#233;rents &#224; tous les commentaires que nous pouvons faire sur eux. Bien s&#251;r nous y pensons quand m&#234;me, &#224; tous ces cr&#232;ve-c&#339;ur. Mais nous avons tous une salle d'attente dans laquelle bien malgr&#233; nous nous avons pris l'habitude de ranger les pens&#233;es dont nous ne savons que faire. En attendant. En attendant Godot ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, nous sommes mis devant des faits accomplis. Y a-t-il une fatalit&#233; incompr&#233;hensible qui p&#232;se sur l'Histoire ? Nous finissons par tenir compte de ces faits comme s'ils &#233;taient des r&#233;alit&#233;s incontournables, des points de d&#233;part pour toute pens&#233;e qui se veut r&#233;aliste. Au lieu de les expliquer. &#171; Quarante millions de ch&#244;meurs en Europe ? Que voulez-vous, il n'y a pas assez de travail pour tout le monde ! Et d'ailleurs : les jeunes et les Roumains, est-ce qu'ils veulent vraiment travailler ? &#187;&lt;br&gt;
Tous ces faux arguments qui finissent pas s'imposer et alimentent les populismes : d&#233;faites de la pens&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.R&#233;parons nos lunettes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;parons nos lunettes ! &lt;i&gt;On n'a quitt&#233; une vision que lorsqu'on en a construit une autre&lt;/i&gt;. Ou plut&#244;t, lorsqu'on est en train d'en construire une autre : c'est un processus. Pour avoir quitt&#233; un ancien espace, il faut &#234;tre entr&#233; dans un nouvel espace. Avouons-le : nous avons peut-&#234;tre plein d'id&#233;es et d'aspirations, les luttes existantes signalent qu'un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; monde est d&#233;sir&#233;. C'est d&#233;j&#224; pas mal. Mais &lt;i&gt;quel chemin&lt;/i&gt; voyez-vous, &#244; grand Zorro ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin, c'est la transformation des rapports sociaux eux-m&#234;mes. Examinons de plus pr&#232;s ce qui se passe &lt;i&gt;dans le tissu social, dans les relations humaines&lt;/i&gt;. Mettons en &#233;vidence ce qui fait notre force r&#233;elle, ce qui grouille au sein des rapports vivants. C'est ce dont nous allons parler dans le tome II.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Coup d'envoi pour un projet de soci&#233;t&#233;.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beaucoup de groupes radicaux ancrent leurs projets politiques d'une part dans la petite &#233;chelle du quotidien et des luttes locales, d'autre part dans l'&#233;chelle immense, presque abstraite, des principes &#233;thiques. Mais ils &#233;vitent comme un tabou ce qui se trouve entre les deux : la question importante, &#224; la fois concr&#232;te et plan&#233;taire, d'un projet de soci&#233;t&#233;. Invitation &#224; relever le d&#233;fi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un syndicat social-d&#233;mocrate organise une &#034;action symbolique&#034; pour &#034;alerter les m&#233;dias&#034; sur les dangers de telle r&#233;forme lib&#233;rale mise en oeuvre par le gouvernement. Sous l'oeil des cam&#233;ras, en pleine ville, les gens sont convi&#233;s &#224; venir d&#233;poser une fleur sur un cercueil en carton, le &#034;cercueil de nos acquis sociaux&#034; ; au passage ils sont invit&#233;s &#224; signer une p&#233;tition. Un anarchiste passe par l&#224;, fr&#233;mit, mais comme il est d'une humeur pimpante il prend le temps de parler &#224; un militant du syndicat, une fois n'est pas coutume. Le traitant de r&#233;formiste, il lui explique qu'il fait fausse route, que son action n'a aucun poids, qu'il ne s'attaque pas assez aux probl&#232;mes de fond de cette soci&#233;t&#233;. La discussion aboutit aux trois in&#233;vitables r&#233;pliques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;- J'ai compris, rien de ce que nous proposons n'est assez radical. Mais vous, au fond, vous proposez quoi ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une soci&#233;t&#233; sans classes, sans Etat, sans patrie ni fronti&#232;res, sans argent, sans &#233;cole, sans genres, sans arm&#233;e, sans oppression, sans...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui non mais d'accord, mais je veux dire, concr&#232;tement, elle fonctionnerait comment cette soci&#233;t&#233; ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici il peut y avoir subitement un gla&#231;on dans la gorge. G&#233;n&#233;ralement, les r&#233;ponses cachent mal nos lacunes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce sont des discussions avec un membre du groupe Castoriadis qui nous ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;je ne suis pas stalinien donc je n'ai aucune recette &#224; donner, on verra petit-&#224;-petit en s'auto-organisant&#034; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ou &#034;nous n'avons m&#234;me pas les mots pour dire ce que pourrait &#234;tre cette nouvelle soci&#233;t&#233;, parce que notre cerveau est compl&#232;tement fa&#231;onn&#233; par la soci&#233;t&#233; pourrie d'aujourd'hui&#034; ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ou encore, si le courant passe tr&#232;s bien, &#034;viens boire une bi&#232;re, on va en causer toute la nuit&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est donc abandonn&#233;, ou poursuivi sur un mode privatis&#233;, n&#233;buleux et presque oisif. En clair, nous n'avons pas vraiment de r&#233;ponse. Aujourd'hui personne parmi les r&#233;volutionnaires n'a de r&#233;ponse. Nous avons &#233;t&#233; &#233;chaud&#233;-e-s par ce que des partis &#171; communistes &#187; ont pu faire avec des &#171; projets de soci&#233;t&#233; &#187;, et nous n'osons plus entrer en mati&#232;re. R&#233;action d'humilit&#233;, besoin de reprendre notre souffle : nous avons appris la le&#231;on, nous connaissons maintenant les dangers totalitaires d'une passion pour un id&#233;al de soci&#233;t&#233;. Fort-e-s de cette prudence, de toutes mani&#232;res profond&#233;ment inscrite dans la conscience collective contemporaine, nous sommes pourtant m&#251;r-e-s pour remettre nos imaginations en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin de projets de soci&#233;t&#233; cr&#233;dibles. Pour &#233;voquer ce vers quoi nous voulons tendre, nous donnons souvent une liste de valeurs (entraide, autogestion, autonomie, &#233;mancipation et compagnie) : mais nous ne sommes pas que des philosophes. Nous avons aussi besoin de montrer que ces valeurs peuvent s'incarner, et c'est bien pour cela que nous avons d&#233;velopp&#233; toutes sortes de petites alternatives, squats, cantines ambulantes, infokiosques, jardins collectifs... Il nous reste maintenant un pas &#224; franchir : un changement d'&#233;chelle. Il nous reste &#224; penser comment ces valeurs peuvent, parce que nous sommes persuad&#233;-e-s qu'elles le peuvent, &#234;tre le noyau d'une organisation sociale plus large, voire plan&#233;taire. Penser cette globalit&#233;, c'est penser l'organisation avec l'Autre, aussi lointain et abstrait soit-il : c'est le lieu m&#234;me de la question politique. Sans strat&#233;gie ni projet global de soci&#233;t&#233;, nous surfons en rond entre nos envies imm&#233;diates et nos &#233;thiques a&#233;riennes : cela ne nous suffit plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons quelques pistes. Le f&#233;d&#233;ralisme libertaire, dans l'Espagne de 36, a pu fournir un aper&#231;u de ce que pouvait donner l'autogestion au-del&#224; de ma maison, au-del&#224; de ma fac occup&#233;e, au-del&#224; de mon campement activiste.&lt;br&gt; Il y a aussi Bolo'bolo, un livre qui du fond des ann&#233;es 80 s'autorisait l'imagination d'une soci&#233;t&#233; organis&#233;e en petites collectivit&#233;s tr&#232;s diverses, apr&#232;s la chute du capitalisme.&lt;br&gt;
A chacun de nos groupes aujourd'hui de questionner ces pistes. Et de reprendre le flambeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre c&#244;t&#233;, par exemple, nous pouvons dire que nous ne voulons pas abolir le principe d'organisation en soci&#233;t&#233;, ni le machinisme en soi. Nous nous r&#233;jouissons d'affronter plus finement ces questions et d'en aborder beaucoup d'autres qui vont de pair avec la vision d'une autre soci&#233;t&#233;. Les moyens de subsistance seraient-ils garantis pour tous et toutes, peu importe le travail fourni par chacun-e ? Comment &#233;tablirait-on la liste des quelques t&#226;ches indispensables &#224; la survie de la soci&#233;t&#233;, et &#224; r&#233;partir malgr&#233; tout de mani&#232;re &#233;quitable ? Que se passera-t-il face &#224; quelqu'un-e qui ne veut pas les faire ? Comment les conflits seront-ils accompagn&#233;s, par quel moyen essaierons-nous de les r&#233;soudre ? Y aura-t-il des sanctions ? A quelle &#233;chelle pratiquerons-nous la d&#233;mocratie directe ? Y aura-t-il encore des villes ? Comment serons-nous reli&#233;-e-s aux autres collectivit&#233;s ? Aurons-nous des biens, par exemple, &#224; nous transmettre entre collectivit&#233;s ? Les compterons-nous, garderons-nous une monnaie d'&#233;change ? Que ferons-nous si une autre collectivit&#233; veut d&#233;velopper l'&#233;nergie nucl&#233;aire, ou toute autre chose qui menace les collectivit&#233;s alentour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre groupe, nous comptons faire ce travail de pr&#233;cision. Mais si nous venons un jour avec la proposition noir sur blanc d'un autre mod&#232;le de soci&#233;t&#233;, nous ne le ferons pas en disant : &#171; adoptez notre programme, c'est le meilleur &#187;. Nous le ferons en disant : &#171; voici la balle que nous lan&#231;ons au monde et en particulier &#224; tou-te-s les r&#233;volutionnaires, &#224; vous de la renvoyer avec vos contre-projets. Nous amenons de la mati&#232;re pour que ce d&#233;bat-l&#224; avance &#187;. Parce que ce qui compte le plus &#224; nos yeux, c'est un type de r&#233;flexion o&#249; nos grands principes &lt;i&gt;se mettent &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233;, qui est globale&lt;/i&gt;. Et la meilleure garantie contre les tentations totalitaires de tout mod&#232;le de soci&#233;t&#233;, c'est que chaque groupe de 5 personnes sur cette Terre d&#233;veloppe ce type de r&#233;flexion, de cr&#233;ativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous dit : &#171; moi j'ai une famille &#224; nourrir vous savez &#187;. Cette formule est une alerte, parce qu'elle nous met en face du v&#233;cu, des besoins les plus concrets, de s&#233;curit&#233;s mat&#233;rielles, morales, affectives. Nous devons pouvoir montrer que nous savons, que nous pouvons r&#233;pondre &#224; ces besoins, d&#232;s aujourd'hui dans nos formes de lutte, mais aussi demain dans nos projets de soci&#233;t&#233;. Que contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, une vision &#233;lev&#233;e de l'&#234;tre humain est intimement li&#233;e &#224; la consid&#233;ration de ses pr&#233;occupations les plus terre-&#224;-terre. Que &#171; l'utopie &#187; dans laquelle nous osons nous aventurer est m&#234;me plus &lt;i&gt;efficace&lt;/i&gt; que ce qui existe aujourd'hui. Nous sommes pr&#234;t-e-s &#224; entrer dans ce d&#233;bat &#224; coups de chiffres. Les artistes des math&#233;matiques et de la prospective sont souvent refoul&#233;-e-s au contact de milieux politiques qui si&#232;gent fi&#232;rement, exclusivement dans le monde des belles-lettres et des grands sentiments ; nous ne voulons pas les laisser aux ONG et &#224; l'&#233;cologie technicienne, nous voulons les accueillir, nous avons des &#233;tudes enthousiasmantes &#224; partager avec elles et eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre baluchon est bourr&#233; de propositions en or : il devient urgent de les travailler et d'oser les porter avec aplomb.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Rapports sociaux et action politique&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tome II. Quelques aspects fondamentaux des relations sociales&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Quelques pistes positives pour reconstruire un projet de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il s'agit ici de tentatives mal assur&#233;es de rep&#233;rer ce qui est en jeu concr&#232;tement dans les relations sociales. Dans la premi&#232;re partie nous pouvions nous appuyer sur un certain nombre de r&#233;flexions plus ou moins pr&#233;sentes dans les milieux anticapitalistes. Les r&#233;flexions qui suivent sont beaucoup moins habituelles, d&#233;j&#224; pour nous-m&#234;mes &#224; D&#233;troits. N'importe : nous lan&#231;ons ces petits bateaux comme les enfants dans les bassins du jardin du Luxembourg. Nous verrons jusqu'o&#249; ils arriveront ! Vont-ils couler rapidement ? Vont-ils rencontrer d'autres petits bateaux ? Nous esp&#233;rons qu'ils ouvriront de belles discussions. Explorons ! Osons penser par nous-m&#234;mes ! Il ne suffit pas en effet d'insister sur la n&#233;cessit&#233; de construire une vision des fonctionnements sociaux. Encore faut-il se mettre &#224; l'&#339;uvre. Commen&#231;ons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.Trois diff&#233;rentes modalit&#233;s concr&#232;tes des relations sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sc&#232;ne 1 : Premi&#232;re Approche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous observons tous les jours une foule de relations sociales. Nous voyons le concierge laver l'escalier. Un &#233;picier ouvrir sa boutique le matin. Le bus passer. Les enfants revenir de l'&#233;cole. Un colleur d'affiches. Deux flics en train de contr&#244;ler l'identit&#233; d'une femme basan&#233;e. Une machine &#224; cracher des billets de banque encastr&#233;e dans un mur. Un ado l'oreille planqu&#233;e dans son natel made in Dieu sait o&#249;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne ferions pas les m&#234;mes observations en Afrique. Ou en Europe il y a trois mille ans. Les formes des relations sociales changent. Question : quelles sont les relations sociales de base qui font vivre ces formes multicolores, historiques, locales, &lt;i&gt;celles qui sont les moteurs de l'histoire&lt;/i&gt; ? Nous pouvons en distinguer trois principales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous devons ces id&#233;es &#224; R. Steiner, cf. son livre, paru en 1919, et traduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Les humains font plein de choses les uns pour les autres, ils lavent la vaisselle, ils vont &#224; la chasse, ils se prennent la t&#234;te et publient des revues politiques, ils font la bamboula, ils fabriquent des cercueils pour leur morts. Dans leurs relations sociales ils mettent en jeu &lt;i&gt;leur facult&#233; de faire et de penser.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Les humains mangent, ils vont au cin&#233;ma, ils consultent une voyante, ils dorment dans des lits bien douillets : dans leurs relations sociales &lt;i&gt;leurs besoins&lt;/i&gt; sont en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) &#171; Quand on est un &#234;tre humain, on n'aime pas recevoir un coup de botte dans le visage &#187; (chanson berlinoise). Les humains ont une dignit&#233;, ils demandent le respect. Ils ont un avis sur leurs relations sociales qui doit autant &#234;tre pris en compte que celui de toute autre personne. Dans leurs relations sociales ils ont des &lt;i&gt;droits &#233;gaux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Facult&#233; de faire, besoins, droits : trois fa&#231;ons diff&#233;rentes d'&#234;tre en relation sociale. Elles s'imbriquent bien s&#251;r dans toute relation concr&#232;te. Cherchez des exemples qui ne serait pas l'expression d'un ou plusieurs de ces trois genres de lien social, en trouverez-vous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si vous en trouvez, &#233;crivez-nous de toute urgence, ce serait un beau cadeau.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Ces diff&#233;rents aspects ne divisent pas la vie des personnes et la vie sociale en domaines s&#233;par&#233;s. La vie est une. &lt;i&gt;Mais ils demandent &#224; &#234;tre diff&#233;renci&#233;s car ils demandent des d&#233;marches diff&#233;rentes pour &#234;tre v&#233;ritablement pris en compte.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Fin de la premi&#232;re approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sc&#232;ne 2 : Reprise de la Premi&#232;re Approche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut parler de vie sociale parce qu'il y a des relations entre des individus qui sont irr&#233;m&#233;diablement diff&#233;rents, qui sont autres. Les autres membres de la soci&#233;t&#233; ne sont pas des rouages, mais des &#234;tres vivants. Au fondement de toute vie sociale il y a la relation avec l'autre : l'int&#233;r&#234;t des humains les uns pour les autres est ce qui fait vivre la soci&#233;t&#233;. C'est un fait : qu'il soit consciemment reconnu ou non ! La vie sociale est constitu&#233;e ainsi par une multitude de dialogues, car chacunE ne peut &#234;tre en relation avec les autres en tant que diff&#233;rents que si ses interlocuteurs lui disent ce qu'ils sont et ce qu'ils veulent. Comme ils sont autres, leurs intentions ne peuvent &#234;tre devin&#233;es, elles doivent &#234;tre dites. La parole est au c&#339;ur de la vie sociale, et le langage est un fait social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre l'autre en tant qu'autre implique de diff&#233;rencier plusieurs modes de relation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) D'abord l'autre m'appara&#238;t en tant qu'auteur de ses activit&#233;s et de ses pens&#233;es. Sous cet aspect il se dresse devant moi comme un &#234;tre &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt; : s'il me parle, s'il collabore &#224; quelque action avec moi, c'est par une libre initiative de sa part. Je n'ai de relation avec lui que si je reconnais cette libert&#233; fondamentale qui est la sienne. Chaque individu est un &#234;tre dou&#233; d'une &#171; facult&#233; de faire et de penser &#187; Cette facult&#233; s'actualise concr&#232;tement dans les diff&#233;rentes capacit&#233;s, manuelles et intellectuelles, fruit des dons et histoires diff&#233;rentes de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Ensuite l'autre est aussi pr&#233;sent dans ma vie comme personne ayant des besoins. Besoins culturels, besoins mat&#233;riels : chacunE existe comme d&#233;pendant des autres membres de la soci&#233;t&#233;. ChacunE a des besoins concrets qui ne peuvent &#234;tre satisfaits que par les relations &lt;i&gt;sororales et fraternelles&lt;/i&gt; dans lesquelles les autres seront dispos&#233;s &#224; entrer avec lui. On ne peut reconna&#238;tre l'autre en tant qu'autre sans reconna&#238;tre ses besoins. Chaque individu est un &#234;tre de besoins, de besoins qui le mettent en relation sociale. Ils doivent &#234;tre satisfaits, autant pour qu'il puisse survivre que pour qu'il puisse se d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Enfin l'autre existe dans la soci&#233;t&#233; en tant que personne ayant des droits. C'est ici que la revendication de &lt;i&gt;l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt; est &#224; sa bonne place. Les individus ont des capacit&#233;s diff&#233;rentes, ils ont des besoins diff&#233;rents. On ne peut mesurer ni les capacit&#233;s ni les besoins : impossible alors de les poser comme &#233;gaux entre eux, ce serait r&#233;pressif. Mais en tant qu'adultes capables de d&#233;cider ce qui est juste dans les relations entre eux, les individus sont &#233;gaux. Ils ont chacun le m&#234;me droit &#224; &#234;tre respect&#233;, &#224; participer &#224; l'&#233;laboration des lois. En d&#233;mocratie chacunE a une voix. ChacunE a le m&#234;me droit &#224; s'engager librement dans des relations contractuelles. Les diff&#233;rences entre individus ne doivent justifier aucun rapport de discrimination ou de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous esp&#233;rons que ces petites sayn&#232;tes vous ont intrigu&#233;Es et vous ont donn&#233; envie de monter dans le train. Car maintenant nous allons parler successivement et plus en d&#233;tails de ces trois modalit&#233;s dans lesquelles nous sommes en relation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.La socialisation des activit&#233;s : la collaboration sociale, le travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A. La libert&#233; fonci&#232;re des gestes et de la pens&#233;e, et les contraintes qui p&#232;sent sur elles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit que la caract&#233;ristique principale de la relation sociale dans laquelle les individus entrent par leurs activit&#233;s est la libert&#233;. Chaque individu est l'auteur de ses gestes et de ses pens&#233;es. C'est lui, et lui seul, qui met en mouvement ses bras et sa pens&#233;e. Bien s&#251;r il peut &#234;tre contraint. Mais c'est justement dans sa libert&#233; de bouger et de penser qu'il peut &#234;tre contraint : c'est sa libert&#233; qui peut &#234;tre contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous distinguons deux sortes de contraintes qui peuvent s'exercer dans les relations de travail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Il y a les contraintes inh&#233;rentes &#224; tout travail effectu&#233; dans un rapport de collaboration. Ce rapport est d'autant plus difficile &#224; g&#233;rer &#224; mesure qu'on passe de l'&#233;chelle d'un m&#233;nage, d'une petite entreprise, d'un quartier, &#224; celle d'une ville, d'une r&#233;gion, puis au niveau plan&#233;taire. A tous les niveaux surgissent des contraintes diverses, des malentendus, des conflits ; c'est &#224; travers bien des difficult&#233;s que les travailleurs parviendront &#224; g&#233;rer collectivement &#224; la fois leur propre travail et la fa&#231;on dont ce travail s'inscrit dans la soci&#233;t&#233;. A travers ces difficult&#233;s c'est la libert&#233; &lt;i&gt;concr&#232;te&lt;/i&gt; des travailleurs qui est en jeu. La libert&#233; n'est pas un tr&#233;sor cach&#233; dans le secret des individus, qu'il devrait prot&#233;ger contre les al&#233;as de la vie sociale. La libert&#233; se joue dans les relations concr&#232;tes, c'est le risque de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Il y a la contrainte inh&#233;rente au rapport de production capitaliste. Ici la volont&#233; des travailleurs est soumise &#224; la volont&#233; d'un autre, celui qui a achet&#233; sa force de travail. Ici on peut parler &#224; juste titre d'&lt;i&gt;ali&#233;nation&lt;/i&gt;. Ici le travailleur a vendu sa libert&#233; pour un plat de lentille, sa libert&#233; de configurer lui-m&#234;me ses relations avec ses collaborateurs, de d&#233;cider en collectif de tout ce qui concerne son activit&#233;, en particulier de l'utilit&#233; sociale de son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion entre ces deux aspects est soigneusement entretenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contraintes dues aux rapports de collaboration sont identifi&#233;es aux contraintes dues au commandement capitaliste et &#224; l'exigence de rentabilisation qui se cachent derri&#232;re. C'est ainsi que la propagande capitaliste camoufle sa dictature : il faut bien qu'une direction soit donn&#233;e au travail en commun. L'autogestion ? Ca ne peut pas marcher, c'est bien connu. Il est bien plus avantageux pour les travailleurs de laisser les patrons diriger, quitte &#224; ce que les syndicats les remettent de temps en temps &#224; l'ordre lorsqu'ils exag&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une autre fa&#231;on d'entretenir la confusion, qui n'est pas moins lourde de cons&#233;quences. C'est de dire que le travailleur qui a vendu sa force de travail est radicalement ali&#233;n&#233;. Son activit&#233;, qui lui est pourtant propre, ne lui appartient plus du tout. Il n'est plus qu'un rouage dans le m&#233;canisme broyeur d'humains du capital. Voir le travailleur ainsi c'est le &lt;i&gt;m&#233;-priser&lt;/i&gt;. C'est &#034; mal le prendre &#034; ! Il n'est plus vu comme un &#234;tre humain, comme un &#234;tre libre. Alors que le capitaliste tend &#224; r&#233;duire &lt;i&gt;pratiquement&lt;/i&gt; le travailleur &#224; un objet dont il dispose, cette fa&#231;on de voir r&#233;duit &lt;i&gt;dans la pens&#233;e, dans la th&#233;orie&lt;/i&gt;, le travailleur &#224; un objet. C'est porter &#224; l'absolu la domination capitaliste. La seule solution qui reste au travailleur est alors la fuite. Mais cela rencontre la tactique des capitalistes : &#171; Vous n'&#234;tes pas content ? Vous &#234;tes libre, la porte est l&#224; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux aspects dans la relation de travail en r&#233;gime capitaliste qu'il faut apprendre &#224; distinguer. Le travailleur reste l'auteur de son travail, de ses relations avec ses coll&#232;gues. Il peut &#234;tre fier de lui-m&#234;me, m&#234;me si la domination qui s'exerce sur lui est aussi f&#233;roce que dans les &lt;i&gt;maquilladoras&lt;/i&gt;. Il y a des rapports de force sur lesquels il ne peut avoir de prise individuellement, et &lt;i&gt;il faut respecter sa soumission&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pas facile &#224; entendre pour qui est impatient de se battre ! Mais quand on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'essentiel est que cela ne l'emp&#234;che en rien de lutter. Ni de soigner son travail dans les cas o&#249; il est quand m&#234;me socialement utile, ni de cultiver les relations de solidarit&#233; avec ses coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;B. La schizophr&#233;nie entre activit&#233; et pens&#233;e : la s&#233;paration entre le travail et le sens donn&#233; au travail.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;fini le travail comme &#171; facult&#233; de faire &#187; r&#233;sidant dans tout individu. Cette &#171; facult&#233; de faire &#187; est &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt; &#171; facult&#233; de penser &#187;, de donner un sens &#224; ce qui est fait. Le geste de faire ne peut &#234;tre s&#233;par&#233; du sens que lui donne l'auteur du geste. La s&#233;paration entre travail dit manuel et travail dit intellectuel est impos&#233;e par le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La facult&#233; de penser du travailleur est mise &#224; rude &#233;preuve : va-t-il donner sens &#171; apr&#232;s-coup &#187; &#224; son travail, alors que dans les faits ce n'est pas lui qui est le ma&#238;tre du sens de son travail ? Ou va-t-il &#171; laisser tomber &#187;, car &#171; &#231;a ne sert &#224; rien de se prendre la t&#234;te &#187; ? C'est ce qui se passe : les travailleurs se sont habitu&#233;Es &#224; penser ce qui est pensable : la famille, la tv, la politique. Au Saint Capital de donner au travail son orientation, son sens, pourvu qu'ils nous accorde notre pain quotidien. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le processus de collaboration, d&#233;velopp&#233; sous la domination du capital, est emp&#234;ch&#233; par lui de devenir aussi processus d'&#233;laboration collective par les travailleurs eux-m&#234;mes des buts et du sens du travail.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pens&#233;e ne s'exerce pas au sein m&#234;me du travail, il reste apr&#232;s les heures de travail trop peu de temps pour s'y mettre s&#233;rieusement, d'autant plus que la fatigue est l&#224;. Les syndicats luttent bien contre les exag&#233;rations patronales sur certains aspects du travail, mais en aucun cas sur son sens ou son non-sens. Si Rolex engage du personnel, c'est bien, qu'importe si c'est pour produire des montres &#224; 50.000 francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes trop laiss&#233;s fasciner par la seule critique n&#233;gative de l'asservissement dans le travail. Cette critique ne prend tout son sens que si nous savons aussi voir les forces actives sous le couvercle. Le but n'est pas de d&#233;courager ! Comment est v&#233;cu le travail ? Comment les travailleurs interpr&#232;tent-ils leur r&#244;le, au double sens du mot interpr&#233;ter : comment ils jouent pratiquement leur r&#244;le, et comment ils l'interpr&#232;tent, ce qu'ils en pensent. Nous voulons dire tout haut ce qui se dit tout bas. Il y a une guerre id&#233;ologique trop dissimul&#233;e dans le secret des consciences priv&#233;es. Meilleure fa&#231;on que ces pens&#233;es restent dans le flou, n'accouchent pas d'une conscience claire. C'est en disant les choses que nous cr&#233;ons des liens authentiques, et par l&#224; la possibilit&#233; d'agir ensemble, de prendre des risques ensemble, de lutter. Nous sommes habitu&#233;s &#224; ce que ce soient les capitalistes qui organisent et pensent la coh&#233;rence de la vie productive, de la vie sociale, &#224; notre place. Nous voulons rallumer la guerre id&#233;ologique &lt;i&gt;au plus pr&#232;s&lt;/i&gt; de ce que chacunE &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; pratiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique ne s'est que trop laiss&#233;e confiner au-dessus des activit&#233;s r&#233;elles, au-dessus du travail : manif le samedi, au boulot lundi ! Nous sommes encore trop habitu&#233;Es &#224; penser en &#233;levant nos regards au-dessus du v&#233;cu. Penser politique revient trop souvent &#224; faire abstraction de la banalit&#233; du v&#233;cu quotidien consid&#233;r&#233; comme &#171; anecdotique &#187;. Mais rien de ce que nous faisons ou disons n'est anodin, tout &#224; chaque instant est tr&#232;s significatif. Ce que nous faisons en travaillant est tr&#232;s significatif, et en m&#234;me temps la signification sociale de notre travail ne nous appartient pas vraiment. Dans le travail nous sommes &#224; la fois nous-m&#234;mes et pas nous-m&#234;mes. &#171; Je ne suis pas ce que je fais ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;me de l'individu post-moderne est coup&#233;e en deux morceaux :&lt;br&gt; Premier morceau. Chacun est somm&#233; d'&#234;tre soi-m&#234;me, original, unique, seul contre tous finalement ; il lui est demand&#233; de non plus seulement mettre son corps &#224; la disposition du patron, mais aussi son &#226;me, il doit &#234;tre motiv&#233;, plein d'esprit d'initiative. Il est aussi somm&#233; d'avoir une opinion politique, et m&#234;me d'&#234;tre au clair sur le sens ou le non-sens de sa vie. &lt;br&gt;
Deuxi&#232;me morceau. C'est l'indiff&#233;rence pour ses motivations r&#233;elles : ah, bon ? motiv&#233;, plein d'esprit d'initiative ? Pourquoi alors ne suis-je pas &#233;cout&#233; si j'ai des id&#233;es sur comment faire mieux, dans d'autres rythmes, sur comment am&#233;liorer les relations de travail, si j'ai des id&#233;es sur l'utilit&#233; ou non de ce que nous faisons ? Pourquoi suis-je l&#224; &#224; bosser ? Besoin d'un revenu, d'&#234;tre utile aux autres, int&#233;r&#234;t pour ce m&#233;tier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C. Le travail est la richesse. Mais pour les capitalistes le travail est un co&#251;t.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail est la richesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous devons plusieurs des consid&#233;rations qui suivent &#224; un ouvrier typographe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est le travail qui produit les moyens sociaux de production qui sont actuellement dans les mains des capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finissons ces concepts, car ils sont d'une importance d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les moyens sociaux de production.&lt;/i&gt; C'est tout ce qui permet les activit&#233;s productives. Il y a d'abord la terre, qui au d&#233;part n'appartient &#224; personne. Il y a ensuite tous les b&#226;timents, les machines. Ils sont le fruit du travail. De m&#234;me aussi toutes les innovations technologiques. Tout cela appartient &#224; tous, et ne peut &#234;tre que &lt;i&gt;confi&#233;&lt;/i&gt; &#224; des associations, pour qu'elles les mettent en valeur pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le capital.&lt;/i&gt; Ce sont tous les moyens de production, dans la mesure o&#249; ils ont &#233;t&#233; achet&#233;s par les propri&#233;taires qui disposaient d'assez d'argent. Pour les capitalistes ce sont non seulement les moyens de production qui font partie de son capital, mais aussi les travailleurs qu'il a lou&#233;s sur le march&#233;. Tout ce beau monde, r&#233;uni dans les entreprises, est cens&#233; faire fructifier l'argent ainsi plac&#233;. Si le rendement est meilleur ailleurs, le capitaliste vendra aussit&#244;t l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le subterfuge du capitalisme pr&#233;sente le capital comme la richesse. &#171; Ce sont les investisseurs qui cr&#233;ent des places de travail ! &#187; La finalit&#233; du travail est alors d'augmenter la richesse, c'est-&#224;-dire le capital. &lt;i&gt;Dans cette course &#224; l'accumulation du capital, le travail n'est qu'un co&#251;t.&lt;/i&gt; Le travailleur est sans cesse somm&#233; de justifier le co&#251;t qu'il repr&#233;sente pour le capital : il est en dette chronique. Il doit &#171; gagner sa vie &#187;, gagner le droit de vivre, comme si par sa seule existence il n'&#233;tait encore vivant qu'&#224; moiti&#233;, comme si sa vie, sa facult&#233; de faire, n'&#233;tait pas elle-m&#234;me la richesse, comme s'il n'&#233;tait pas lui-m&#234;me la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'allemand a le m&#234;me mot pour dire la dette et pour dire le p&#233;ch&#233;, la faute : Schuld. Le travailleur doit &#171; racheter &#187; sa vie. Sa venue &#224; l'existence le met en situation de faute, de d&#233;ficit, il doit &#171; justifier &#187; son existence par son travail assidu, il doit justifier ce qu'il co&#251;te &#224; la soci&#233;t&#233;. Sur chaque berceau plane une lourde facture, et chaque humain est cens&#233; passer sa vie &#224; courir apr&#232;s le temps, apr&#232;s le temps qui est sans cesse perdu par le capital pour qu'il puisse survivre, car il n'est qu'un co&#251;t qu'il doit compenser. Une vie salie par le P&#233;ch&#233; Originel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les humains &#233;taient encore tr&#232;s d&#233;munis face aux forces de la nature, celle-ci pouvait appara&#238;tre comme source &#224; la fois de toute richesse et de toute raret&#233;. Maintenant nous ne pouvons plus ignorer que c'est le processus de coop&#233;ration sociale qui est la source de toute richesse. Les inventions techniques, les machines, toute la vertigineuse augmentation de la productivit&#233; du travail, tout cela est le fruit du d&#233;veloppement de la coop&#233;ration sociale. De la cr&#233;ativit&#233; collective des travailleurs, de la transformation par eux des relations dans lesquelles ils travaillent. Sous la f&#233;rule du capital, certes, mais ce n'est pas le fouet qui produit, c'est toujours et encore les travailleurs eux-m&#234;mes. C'est pur f&#233;tichisme que d'attribuer aux machines l'essor de la productivit&#233;. Dans cette optique le travailleur ne serait qu'un appendice de la machine, une partie de ce que co&#251;te la machine au capitaliste, car il faut bien finalement un &#234;tre humain vivant pour &#171; faire marcher la machine &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est faire marcher le monde sur la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois ce sont les dieux qui ont &#233;t&#233;s consid&#233;r&#233;s comme la source de la richesse ; les humains ne s'&#233;taient pas encore d&#233;couverts comme &#233;tant eux-m&#234;mes les auteurs autant des dieux que de toute richesse. Aujourd'hui les dieux ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s de la sc&#232;ne productive, mais le f&#233;tichisme est rest&#233; : les humains n'ont pas fini de se prosterner devant le produit de leurs mains et de leurs imaginations, devant le produit de leurs activit&#233;s vivantes mat&#233;rialis&#233;es dans les marchandises, dans les machines, et finalement dans l'argent qui les re-pr&#233;sente. Ils ne voient pas en eux-m&#234;me la source de la richesse, mais dans les choses, que pourtant ils ont fa&#231;onn&#233;es ; ces choses se dressent ensuite contre leurs auteurs, contre le travail, et l'asservissent. Les capitalistes ne sont rien d'autre que les officiants de ce th&#233;&#226;tre, les pr&#234;tres r&#233;tribu&#233;s de ce Veau d'Or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe du travail en r&#233;gime capitaliste est d'&#234;tre la source de la richesse, &lt;i&gt;mais contrainte &#224; produire son contraire, la raret&#233;&lt;/i&gt;. Le travail existe comme activit&#233; par laquelle les humains surmontent la pr&#233;carit&#233; de leurs existences et la raret&#233;. On peut distinguer trois phases dans l'histoire du d&#233;veloppement du travail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La nature est source de la richesse autant que de la raret&#233; : les humains sont livr&#233;s &#224; ses caprices. Tout le travail est organis&#233; directement au sein des communaut&#233;s. Les relations &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233; pourvoient &#224; tout ce qui est n&#233;cessaire - si la nature le veut bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) L'augmentation de la productivit&#233; du travail permet la cr&#233;ation d'un &lt;i&gt;surplus social sporadique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore merci &#224; notre ami typographe pour ces id&#233;es &#233;clairantes ! Toute cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela permet le d&#233;veloppement du troc, puis des &#233;changes, d'abord &#224; la p&#233;riph&#233;rie des communaut&#233;s, puis de plus en plus largement. L'&#233;change tient sa raison d'&#234;tre des surplus qui apparaissent dans une communaut&#233; et qui deviennent disponibles. Le d&#233;veloppement des &#233;changes r&#233;agit ensuite sur les rapports de production traditionnels de la communaut&#233;, car ensuite l'&#233;change se d&#233;veloppe en son sein. Il na&#238;t une &lt;i&gt;production pour l'&#233;change&lt;/i&gt;, et les relations sociales traditionnelles sont tendanciellement d&#233;truites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) L'augmentation de la productivit&#233; du travail cr&#233;e un &lt;i&gt;surplus social constant&lt;/i&gt; : au niveau social il est produit plus qu'il est n&#233;cessaire pour assurer la seule survie de tous. Dans cette situation la majorit&#233; des relations de travail sont organis&#233;es &#224; travers l'&#233;change des marchandises. Ce mode d'organisation du travail devient irrationnel. La collaboration entre les travailleurs se d&#233;veloppe, les conditions sont r&#233;unies pour qu'ils organisent leurs relations directement eux-m&#234;mes : et pourtant leurs relations d&#233;pendent des al&#233;as du march&#233;. C'est dans cette p&#233;riode que l'immixtion du capitalisme met les travailleurs eux-m&#234;mes sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade, c'est le capital qui s'est interpos&#233;, organisant bien le travail &#224; l'&#233;chelle de toute la soci&#233;t&#233;, mais toujours &#224; travers le march&#233;. Profitant de cette position d'interm&#233;diaire oblig&#233; il s'impose au travail &#224; la fois comme gaspillage forcen&#233; et comme raret&#233; entretenue pour obliger les travailleurs &#224; accepter ses conditions. Le capital ne peut asservir le travail qu'en entretenant artificiellement la raret&#233;. Si la finalit&#233; du travail est de surmonter la raret&#233;, on peut dire que la lutte pour surmonter l'emprise du capital est un aspect essentiel du travail !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La socialisation des besoins&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit que les individus participent aux relations sociales en tant qu'ils ont des besoins. Ces besoins demandent &#224; &#234;tre reconnus &lt;i&gt;sororalement et fraternellement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partons du fait que la collaboration sociale est d&#233;velopp&#233;e jusqu'au niveau plan&#233;taire. Bien s&#251;r il y a des folies qui naissent de l'exploitation capitaliste. On vend ici des pommes du Chili et on laisse tomber par terre les pommes de chez nous. D'un autre c&#244;t&#233; il y a des &#233;changes qui se justifient au niveau plan&#233;taire. Keynes remarquait d&#233;j&#224; que les personnes et les id&#233;es doivent pouvoir circuler librement, tandis qu'il faudrait limiter la circulation des capitaux et des marchandises ; que le capitalisme fait exactement le contraire.&lt;br&gt; Il faut certes produire les choses au niveau le plus local possible. Mais cela ne veut pas dire tomber dans un communautarisme autarcique pour qui chaque village devrait produire tout ce dont il a besoin. Une fabrique de clous dans chaque village ?&lt;br&gt; Tout cela ne pourra se discuter concr&#232;tement qu'&#224; mesure du processus de r&#233;appropriation de la production par les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre soci&#233;t&#233; la collaboration dans la soci&#233;t&#233; est d&#233;velopp&#233;e &#224; un point tel que plus personne ne produit pour soi-m&#234;me, mais seulement pour les autres ; de plus, personne ne produit tout seul : chacun &lt;i&gt;coop&#232;re&lt;/i&gt; &#224; la production sociale des biens et services. Ce que fait chaque travailleur est indissolublement combin&#233; avec ce que font ceux qui travaillent avec lui.&lt;br&gt;
Comment mesurer le travail fourni par chacunE ? Comment le comparer avec le travail fourni par les autres ? C'est tout simplement impossible. C'est comme vouloir comparer l'eau et l'huile. On ne peut pas mesurer le travail. C'est pourquoi les diff&#233;rences salariales actuelles ne naissent pas d'une pr&#233;tendue loi de la valeur du travail individuel, mais ne sont que le r&#233;sultat des rapports de force entre les diff&#233;rentes couches sociales impliqu&#233;es dans la production.&lt;br&gt;
&#171; A travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187; ? M&#234;me si on arrive &#224; penser que deux personnes ont la m&#234;me capacit&#233; de travail, ce qui est d&#233;j&#224; un fantasme, ces deux personnes ne peuvent avoir les m&#234;mes besoins, c'est un fantasme encore plus dangereux.&lt;br&gt;
Pour satisfaire ses propres besoins chacun d&#233;pend totalement de la soci&#233;t&#233;, du travail des autres. Comment va s'effectuer le partage des moyens de subsistance qui ont &#233;t&#233; produits ? D'une fa&#231;on ou d'une autre il faut trouver une solution pour distribuer ce qui a &#233;t&#233; produit par les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'au niveau d'une collectivit&#233; qu'il peut y avoir corr&#233;lation entre la quantit&#233; globale de travail fourni et la quantit&#233; globale de biens que ce travail a produit. La masse des besoins pouvant &#234;tre satisfaits d&#233;pend en effet de la masse des biens et services produits. Ce n'est donc qu'au niveau des collectivit&#233;s que peuvent se prendre les d&#233;cisions concernant la distribution &#224; ses membres tant du travail global que des revenus globaux.&lt;br&gt;
La reconnaissance de ce fait n'implique pas que la collectivit&#233; doive d&#233;terminer pour chaque individu comment il doit mettre ses facult&#233;s en jeu dans la production, ni que la collectivit&#233; doive d&#233;terminer quels sont ses besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire. La responsabilit&#233; individuelle n'a de sens qu'au sein du processus social. C'est une responsabilit&#233; concr&#232;te. Comment chacun met concr&#232;tement en &#339;uvre sa libert&#233; au sein des conditions historiques et sociales dans lesquelles il vit. Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; un principe abstrait de libert&#233;, principe finalement individualiste, et de l'autre les exigences de la vie en soci&#233;t&#233; qui restreindraient ou annihileraient cette libert&#233;. Car c'est en prenant forme dans la vie avec les autres que la libert&#233; s'exerce. Une libert&#233; concr&#232;te, dans laquelle chacun s'affirme avec ses initiatives, sa cr&#233;ativit&#233; ; chacun s'inscrit &#224; sa fa&#231;on dans le jeu social h&#233;rit&#233; des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes ; chacun contribue &#224; fa&#231;onner les activit&#233;s dans lesquelles il coop&#232;re &#224; la production sociale ; chacun est responsable de ses choix en tant que consommateur. Il exerce concr&#232;tement sa libert&#233; au sein de la collectivit&#233; en n&#233;gociant en son sein la part de la production sociale qu'il revendique pour ses besoins. Comme il affirme librement ses besoins en choisissant tel produit ou service, il fa&#231;onne et pilote par l&#224; m&#234;me la production sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;flexions th&#233;oriques ne doivent pas &#234;tre prises comme des directives &#224; appliquer. Par exemple : nous avons reconnu qu'il n'y a pas de couplage direct possible entre travail et revenu. Cette reconnaissance th&#233;orique a pour but de servir de &lt;i&gt;boussole&lt;/i&gt;. Forts de cette clarification nous pouvons orienter les choix &#224; faire dans chaque circonstance concr&#232;te afin de cheminer en direction d'une bonne sant&#233; des relations sociales. Tout d&#233;pend des circonstances locales et historiques, et surtout des d&#233;cisions que prendront les acteurs concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Revenus et motivation pour travailler.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur cette question que les confusions sont le plus habilement entretenues par la propagande capitaliste. La n&#233;cessit&#233; du travail est con&#231;ue comme une sorte de joug qui p&#232;se sur les &#234;tres humains. Le progr&#232;s est con&#231;u comme conqu&#234;te de plus de temps libre gr&#226;ce aux augmentations de la productivit&#233; du travail. On travaille &#171; pour gagner sa vie &#187;, comme si la vraie vie ne commen&#231;ait qu'&#224; partir du moment o&#249; on a fini de d&#233;penser sa sueur pour les autres. C'est un v&#233;ritable drame historique que la gauche et l'extr&#234;me-gauche n'aient fait sur ce point que reprendre la chanson dominante. Le refus de perdre sa vie &#224; la gagner est compl&#232;tement ambigu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Il y a le refus l&#233;gitime de laisser d&#233;terminer la mise en &#339;uvre de sa facult&#233; de faire individuelle par les exigences de valorisation du capital ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Ce refus l&#233;gitime ne doit pas &#234;tre absolutis&#233; et aboutir au refus du travail salari&#233; lui-m&#234;me, consid&#233;r&#233; comme pur asservissement et comme punition. Ce serait vider le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain ! C'est se rendre aveugles au fait que la lutte contre le commandement capitaliste est men&#233;e par les travailleurs partout et tant bien que mal au sein de leur travail. Ces luttes ont un urgent besoin de perspectives autres que seulement r&#233;formistes et d&#233;fensives ! Gorz a autrefois salu&#233; le fait que l'augmentation de la productivit&#233; du travail allait permettre de diminuer cette calamit&#233; du travail asservi aux n&#233;cessit&#233;s de la machine ( et donc du capital) au profit de plus de &#171; temps libre &#187; et d' &#171; activit&#233;s &#187; enfin cr&#233;atrices et dignes de l'&#234;tre humain. La r&#233;volte de 68 est largement tomb&#233;e dans ce panneau, croyant lutter aux c&#244;t&#233;s des travailleurs en luttant contre le travail salari&#233;. Le discours des socialistes sur les 35 heures est du m&#234;me tabac. C'est cette confusion th&#233;orique qui a permis &#224; un Sarkozy de se poser en seul v&#233;ritable d&#233;fenseur de la &#171; France qui se l&#232;ve t&#244;t et qui travaille &#187;, contre les profiteurs qui cherchent &#224; &#233;chapper au travail gr&#226;ce &#224; diff&#233;rentes planques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lever les confusions qui aboutissent &#224; un d&#233;nigrement des motivations des travailleurs il faut distinguer plusieurs aspects dans ces motivations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) On peut partir de la situation du b&#233;b&#233;. Il est assur&#233; des ses besoins par l'abondance du lait maternel, par l'attention et par les soins de ceux qui s'occupent de lui, par tous les dispositifs sociaux qui lui assurent la s&#233;curit&#233; bien avant qu'il puisse en prendre conscience. Fort de ce que lui assure ce cadre, il va se mettre &#224; jouer et d&#233;couvrir le monde. Cette activit&#233; est gratuite et cr&#233;atrice. Elle se retrouve chez l'adulte comme joie d'apprendre et de mettre en &#339;uvre ses facult&#233;s. La satisfaction des besoins pr&#233;c&#232;de le travail. D'aucuns ont pens&#233; que Dieu s'est repos&#233; le septi&#232;me jour. Pour les premiers chr&#233;tiens le dimanche &#233;tait consid&#233;r&#233; comme le premier jour de la semaine : on travaillera apr&#232;s. La soci&#233;t&#233; n'a pas support&#233; cette id&#233;e : les jours o&#249; on ne travaille pas se nomment &lt;i&gt;week-end&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) C'est avec le m&#234;me plaisir gratuit que l'enfant s'associe peu &#224; peu aux activit&#233;s par lesquelles les adultes travaillent &#224; produire les conditions n&#233;cessaires &#224; la vie en communaut&#233;, conditions tant culturelles que pratiques. Il apprend &#224; parler, il apprend &#224; s'habiller, il apprend a collaborer &#224; la cuisine et aux travaux des champs. Il apprend que sa facult&#233; de faire lui permet de vivre avec les autres, c'est-&#224;-dire de vivre humainement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Il se heurte un jour, au plus tard d&#232;s son embrigadement dans l'&#233;cole, au syst&#232;me qui place sa facult&#233; d'apprendre et de faire sous le joug des punitions et r&#233;compenses. Il apprend que sa facult&#233; de faire a besoin d'un motif ext&#233;rieur, autoritaire, pour &#234;tre mise en &#339;uvre. Au XIX&#232;me si&#232;cle de nombreux p&#233;dagogues comme Tolsto&#239;, Ferrer et bien d'autres, se sont oppos&#233;s &#224; ce d&#233;veloppement de l'&#233;cole, que le capitalisme n'a arrach&#233; &#224; l'Eglise que pour l'asservir &#224; l'Etat et &#224; ses fins. Le but du capital est s'asservir la facult&#233; de faire &#224; l'imp&#233;ratif autoritaire et ext&#233;rieur de sa rentabilisation. Il est alors vital pour lui que d&#233;j&#224; la facult&#233; de penser, qui est un aspect essentiel de la facult&#233; de faire, soit soumise d&#232;s l'enfance &#224; l'habitude de se laisser d&#233;terminer par une autorit&#233; ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) D&#232;s lors un cercle vicieux se boucle : le travail comme l'apprentissage scolaire sont v&#233;cus comme des devoirs sociaux. &#171; Sans le jeu de la carotte et du b&#226;ton, les &#233;l&#232;ves partiraient dans les buissons et les travailleurs partiraient &#224; la p&#234;che ! &#187; Ceux qui pensent ainsi ne voient pas l'effet destructeur de ce m&#233;canisme sur la joie d'apprendre qui anime les enfants d&#232;s le berceau. C'est le travail sous la f&#233;rule qui engendre la haine justifi&#233;e du travail. Le motif qui gouverne ce cercle vicieux est le chantage au revenu. Chacun lutte contre tous pour assurer sa survie et son confort. Ceux qui sont plac&#233;s le plus bas dans l'&#233;chelle sociale sont oblig&#233;s de se contenter des travaux les plus p&#233;nibles et les moins bien pay&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Dans cette situation v&#233;ritablement infernale le besoin d'un revenu est une motivation centrale des travailleurs. D&#233;valoriser ce fait serait une grave erreur. C'est une motivation vitale. Ceci constat&#233;, c'est se condamner aux cha&#238;nes &#233;ternelles que de croire que l&#224; est le motif naturel, central et unique du travail. C'est un asservissement historique. C'est faire de la motivation au travail une motivation essentiellement asociale. &#171; Je ne travaille avec vous que pour pouvoir encaisser mon petit salaire. &#187; Une lutte de tous contre tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;samor&#231;age de ce cercle satanique passe par la clarification de cette question :&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment penser le travail salari&#233; hors de son asservissement &#224; l'autorit&#233; du capital ? Comment la libre coop&#233;ration des facult&#233;s de faire propre &#224; chaque personne doit-elle s'articuler concr&#232;tement avec le fait que les travailleurs ont besoin d'&#234;tre assur&#233;s de disposer de ce dont ils ont besoin pour vivre, eux et leurs familles ? Et comme nous ne voulons pas seulement construire une utopie bien-pensante, mais &#233;clairer les luttes actuelles : Comment discerner &lt;i&gt;dans ce qui se passe aujourd'hui&lt;/i&gt; ce qui va dans le sens d'une lib&#233;ration par les travailleurs salari&#233;s de leur asservissement au chantage capitaliste ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment concevoir le processus d'&#233;mancipation des travailleurs &lt;i&gt;au sein m&#234;me du travail exploit&#233;&lt;/i&gt;, et non comme fuite hors du travail exploit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.La garantie sociale des droits.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit que les individus ont des droits. C'est le troisi&#232;me aspect de leurs relations sociales. Dans quelles relations ces droits sont-ils garantis ? Les r&#232;gles qui assurent &#224; chaque individu qu'il puisse agir librement et que ses besoins soient sororalement et fraternellement satisfaits, ces r&#232;gles doivent &#234;tre les m&#234;mes pour touTEs, et la voix de chaque individu doit &#234;tre prise en consid&#233;ration au m&#234;me titre que n'importe quelle autre voix. Il s'agit ici de la justice, des lois, et de la d&#233;mocratie. Ces fonctions sont assur&#233;es actuellement par l'Etat. C'est ici que le jeu d&#233;mocratique a sa place : de veiller sur les droits, sur tout ce en quoi les humains sont &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que dans les deux autres domaines des relations sociales, celui des relations par les activit&#233;s et celui des relations par les besoins, &lt;i&gt;l'Etat n'a pas sa place&lt;/i&gt;. Dans ces domaines les humains ne sont pas &#233;gaux.&lt;br&gt; Dans le domaine des activit&#233;s, les associations de producteurs doivent pouvoir r&#233;gler leurs affaires selon leurs comp&#233;tences sp&#233;cifiques. Les producteurs de chaussures sont seuls &#224; conna&#238;tre leur affaire, et ils sont seuls comp&#233;tents pour d&#233;cider de ce qui les concerne. Dans le domaine des activit&#233;s culturelles l'Etat n'a pas &#224; mettre son grain de sel : les associations culturelles sont libres. La libert&#233; des activit&#233;s culturelles implique que les &#233;coles soient lib&#233;r&#233;es de la tutelle des programmes d&#233;cid&#233;s par des fonctionnaires de l'Etat. Le r&#244;le de l'Etat doit se borner &#224; assurer l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s de touTEs &#224; l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les droits des travailleurs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport entre travail et besoins est d&#233;termin&#233; actuellement par les lois du march&#233; : le march&#233; du travail ! C'est l'essence du capitalisme de faire des travailleurs des marchandises. Les salaires d&#233;pendent de l'offre et de la demande, mais les besoins des travailleurs existent ind&#233;pendamment de ce que peuvent fixer les lois du march&#233;. La reconnaissance de ces besoins ne peut se faire que par des n&#233;gociations entre tous ceux qui travaillent, des n&#233;gociations o&#249; chacunE peut faire valoir ses besoins, quel que soit son niveau de responsabilit&#233; dans une entreprise. Le march&#233; du travail doit &#234;tre aboli. Aux travailleurs de fixer les conditions de revenus auxquels il leur est possible de travailler. &lt;i&gt;Il s'agit de contrats, qui rel&#232;vent du domaine du droit&lt;/i&gt;, et non pas des al&#233;as des m&#233;canismes &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;canismes &#233;conomiques doivent au contraire &#234;tre mis devant les &lt;i&gt;faits accomplis&lt;/i&gt; : les conditions auxquelles les travailleurs sont d'accord de travailler. Tout &#224; fait de m&#234;me que les m&#233;canismes &#233;conomiques sont aussi plac&#233;s devant cet autre fait accompli : les conditions locales, fertilit&#233; plus ou moins grande des terres, machines disponibles, niveau d'instruction de la population, capacit&#233;s locales sp&#233;cifiques, etc. Le jeu des prix se constitue &#224; partir de ces conditions, il n'a pas de prise sur elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;tablit ainsi un d&#233;couplage entre travail et revenus. Ce d&#233;couplage est loin d'&#234;tre une utopie : il est d&#233;j&#224; largement r&#233;alis&#233;, m&#234;me si c'est souvent dans un mauvais sens. (Par exemple, les paysans : ils sont subventionn&#233;s, mais travaillent plus que les autres pour moins de revenu.) Le travail fourni a de moins en moins &#224; voir avec les revenus obtenus. Les conventions collectives, les acquis sociaux, les subventions (agriculture !), les lois du travail, sont d&#233;j&#224; des r&#232;gles impos&#233;es par les travailleurs, et que les m&#233;canismes &#233;conomiques prennent d&#233;j&#224; comme des faits accomplis en dehors d'eux, comme des conditions qui leur sont tout autant impos&#233;es que les conditions naturelles. Le r&#244;le de l'Etat est de garantir l'&#233;galit&#233; dans ces n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement l'Etat n'est manifestement pas en position de garantir cette &#233;galit&#233;. Le d&#233;mant&#232;lement actuel des &#171; acquis sociaux &#187; provient de la position de force du capital, qui place l'employeur dans une position de pouvoir. Comme Marx l'a montr&#233;, le contrat de travail est alors un simulacre de contrat. C'est un contrat de vente entre partenaires radicalement in&#233;gaux. Les d&#233;s sont pip&#233;s. D'o&#249; vient cette position de force du capital ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le droit de disposer de la terre et des moyens sociaux de production.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire d'aller vers l'abolition du march&#233; des capitaux. Le droit de disposer des moyens sociaux de production est vendu &#224; ceux qui ont l'argent n&#233;cessaire pour les acqu&#233;rir. Des droits qui s'ach&#232;tent : c'est la d&#233;finition m&#234;me de la corruption. Le droit est corrompu. Il manque les institutions sociales capables d'accorder ou retirer ce droit selon des crit&#232;res &#233;labor&#233;s d&#233;mocratiquement. Les personnes qui d&#233;montrent la capacit&#233; de faire un usage social des moyens sociaux de production, qui pr&#233;sentent un projet int&#233;ressant pour la soci&#233;t&#233;, doivent pouvoir se faire accorder le droit de disposer librement des moyens n&#233;cessaires. La libre initiative des individus est incontournable. Les entreprises, les associations, les coop&#233;ratives, devraient pouvoir disposer des moyens sociaux de production dont ils ont besoin. Propri&#233;t&#233; conditionnelle, r&#233;vocable s'ils ne remplissent plus leur contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement la discussion sur la propri&#233;t&#233; est largement bloqu&#233;e. L'exp&#233;rience communiste a d&#233;montr&#233; que l'Etat ne peut devenir propri&#233;taire des moyens de production sans devenir une dictature sur les travailleurs. On n'ose pas revenir sur le sujet. Et pourtant la suppression du march&#233; des capitaux n'est pas une lointaine utopie : les droits de propri&#233;t&#233; sont d&#233;j&#224; r&#233;glement&#233;s. C'est un processus qui est d&#233;j&#224; en cours, et qu'il faut continuer &#224; pousser dans le bon sens. Par exemple, les propri&#233;taires de logements ne peuvent pas faire tout ce qu'ils veulent. Les luttes pour l'eau, le p&#233;trole, les services publics imposent des limites aux capitalistes. Ce qui manque, ce sont des affirmations claires : nous ne voulons pas que l'Etat r&#233;gule les march&#233;s des capitaux, nous voulons soustraire les capitaux aux forces du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible d'argumenter en faveur d'une &#233;conomie de march&#233; &#224; condition que le travail et le capital qui ruinent l'&#233;conomie de march&#233; lui soient soustraits. Que les produits du travail soient pr&#233;sent&#233;s aux libres choix des consommateurs sur un march&#233; est pensable. Car ainsi ils peuvent piloter l'&#233;conomie selon leurs d&#233;sirs. Actuellement le jeu des prix est totalement fauss&#233; par ces marchandises qui prennent la premi&#232;re place : les travailleurs, la terre, les machines, les brevets. Ce ne sont des marchandises que par une aberration. Il faut le dire, sinon nos positions sur l'&#233;conomie de march&#233; restent ambigu&#235;s, c'est l'ambigu&#239;t&#233; m&#234;me de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'association de squatters Rhino &#224; Gen&#232;ve est typique : cette association a &#233;t&#233; dissoute et d&#233;clar&#233;e ill&#233;gale parce qu'elle mentionnait dans ses statuts l'objectif de remettre en question le droit absolu des propri&#233;taires. Cet objectif serait en contradiction avec la Constitution suisse qui garantit le droit &#224; la propri&#233;t&#233;. Ce jugement inique du Tribunal F&#233;d&#233;ral n'a provoqu&#233; presque aucune r&#233;action. Il est inique, car il pose le droit de propri&#233;t&#233; comme absolu, alors m&#234;me que dans le droit bourgeois aucun droit de propri&#233;t&#233; n'est en fait absolu. Le Tribunal F&#233;d&#233;ral a fait l&#224; un acte de guerre. &lt;i&gt;Il faudra une formidable accumulation de forces pour imposer un autre r&#233;gime au capital.&lt;/i&gt; Eh bien ! Relevons le d&#233;fi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela il est vital que des positions claires et cr&#233;dibles soient affirm&#233;es haut et fort : esquiver la question, remettre ce d&#233;bat &#224; plus tard, ne pas prendre position ? N'est-ce pas une des raisons pour lesquelles nos luttes manquent de cr&#233;dibilit&#233; ? N'est-ce pas l&#224; que la chatte a mal &#224; la patte ? C'est en affirmant notre refus des march&#233;s du travail et des capitaux que nous sortons de la castration politique. Il s'agit d'un objectif &#224; long terme, bien s&#251;r. Mais il faut l'affirmer clairement. Arr&#234;tons de mettre notre lumi&#232;re sous la table !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le politique est plus que le personnel.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une bataille essentielle des derni&#232;res d&#233;cennies a &#233;t&#233; de montrer les liens entre la sph&#232;re publique (l'histoire de la soci&#233;t&#233; dans sa globalit&#233;) et la sph&#232;re priv&#233;e (nos vies intimes dans leurs d&#233;tails). Quand les luttes politiques se pr&#233;occupaient uniquement de la premi&#232;re, nous avons tir&#233; vers la seconde. Au point d'oublier la premi&#232;re &#224; son tour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ce grand politicien, merveilleux orateur devant les cam&#233;ras, qui travaille ses jeux de mots : tout un attirail discursif de sauts et d'omissions, de promesses finement emm&#234;l&#233;es. Il y a aussi ce jeune homme au m&#233;gaphone, tout entier tendu vers le ciel des id&#233;es, qui tonne contre la classe patronale et chante l'amiti&#233; entre les peuples. Et puis il y a cette femme, qui les empoigne par la main et les fait retomber sur terre. Elle leur plante le nez dans le quotidien capiteux. Elle les tire dans les derniers coins sombres de la &#171; vie priv&#233;e &#187; et leur dit d'ouvrir grand les mirettes, grand, grand, parce que rien d'autre que le blanc de leurs yeux n'&#233;clairera tout ce qui s'y trame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le politique n'est pas born&#233; aux chambres parlementaires ou aux manifestations du samedi. Il est l&#224;, devant soi, dans les besoins quotidiens, dans les gestes et les regards, dans toutes sortes de micro-choix, dans les aises et les inqui&#233;tudes, dans les corps, jusque dans les go&#251;ts. Il est dans les &#171; &#233;vidences &#187; de l'hospitalit&#233; comme dans les &#171; &#233;vidences &#187; de l'ostracisme. Il est dans les petites humiliations r&#233;p&#233;t&#233;es &#224; table. Il est dans les succ&#232;s cr&#233;pitants et leurs poignes de main. Il est dans la disponibilit&#233; qu'une voisine donne &#224; une autre. Il est dans les ventres creux, dans les maladies qui rongent. Il est dans le coeur amoureux qui bat la chamade. Il est dans la honte caverneuse que l'on ressent devant la glace. Il y a d&#233;j&#224; l&#224; des mod&#232;les &#233;conomiques, des rapports de pouvoir, des dominations, des conditionnements, des mod&#232;les de soci&#233;t&#233; &#224; reconduire. Car la structure de cette soci&#233;t&#233; se ramifie jusqu'&#224; l'&#233;chelle des groupes, des individus, et m&#234;me des petits anges et d&#233;mons int&#233;rieurs qui m&#232;nent bataille dans les t&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un courant temp&#233;tueux, gonfl&#233; par l'Histoire, pr&#233;tend &#233;loigner le navire du politique de celui des besoins quotidiens concrets. Le premier fait route vers les hautes-sph&#232;res, la voltige th&#233;orique et les domaines-r&#233;serv&#233;s de quelques &#233;lu-e-s. Le second fait mine de caboter dans ses propres eaux, mais au fond il sait en haussant les &#233;paules qu'il est li&#233; au premier. D'autres courants, plus ou moins subversifs, plus ou moins col&#233;riques, ont voulu casser cette hypocrisie et balancer un c&#226;ble rouge vif entre les deux embarcations : &#171; le personnel est politique &#187;, &#171; le politique est partout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains appellent &#224; la coh&#233;rence : &#171; tu as des grandes id&#233;es ? commence par les appliquer &#224; ton niveau, apr&#232;s on verra. &#187; Certaines, piaffant de hargne devant les jolis jeux vaporeux des rh&#233;teurs-en-cravate, partent t&#234;te baiss&#233;e dans l'humanitaire : les augustes verbiages ne sont sans doute rien &#224; c&#244;t&#233; d'un puits en dur. D'autres travaillent avec minutie sur leurs propres mentalit&#233;s et remanient patiemment leurs r&#233;flexes avec des inconnu-e-s ou dans leur famille. D'autres encore, parfois les m&#234;mes, auto-construisent et bio-labourent avec ardeur. Devant les revendications &#171; sp&#233;cifiques &#187;, homos, fous, h&#233;ro&#239;nomanes, d'aucuns se moquent de trop de dispersion, mais d'autres se r&#233;jouissent d'une politisation cruciale de la vie de tous les jours. Le meilleur ennemi du cynisme, c'est cette recherche incarn&#233;e du sens, ici et maintenant, dans chaque miette de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces courants-l&#224;, ce que nous avons connu de plus pr&#232;s, car certains d'entre nous y ont v&#233;cu (et n'y vivent plus), c'est l'univers ultra-politis&#233; des squats et des mouvements autonomes. Les &#171; maisons franches &#187;, arrach&#233;es &#224; l'imp&#233;ratif du loyer et des salaires que celui-ci rend si n&#233;cessaires, &#233;taient une boule br&#251;lante de libert&#233; : parfaitement hors-la-loi, on pouvait &#171; se r&#233;approprier son temps et son espace de vie &#187;. Ici et maintenant. On n'attendait pas la r&#233;volution pour s'essayer au communisme qu'elle contient en songe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces squats qu'un mauvais journaliste avait qualifi&#233;s de &#171; kibboutz urbains &#187; pouvaient &#234;tre de v&#233;ritables terrains d'aventure sociale. Les formes d'organisation tent&#233;es &#224; l'int&#233;rieur se voulaient plus collectives, solidaires, horizontales. La relation humaine devenait lieu politique, digne de consid&#233;ration et m&#234;me de d&#233;bats appliqu&#233;s, formidablement enrichis par les apports du f&#233;minisme, ou selon les villes, par une id&#233;ologie joyeusement spontan&#233;iste et collectiviste. Le chacun-pour-soi et les oppressions auxquels nous &#233;tions habitu&#233;-e-s &#233;taient traqu&#233;s dans le d&#233;tail du lien entre les personnes et soigneusement renvers&#233;s pour que pas &#224; pas nous puissions devenir plus fort-e-s. Nous apprenions &#224; r&#233;pondre &#224; un besoin relationnel, intime, fort et fier, que les organisations politiques classiques, avec leurs perspectives abstraites et leurs leaders, n'&#233;taient m&#234;me pas en mesure de reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La premi&#232;re marche de l'escalier menant au politique est le soin et l'attention que nous portons &#224; notre propre bien-&#234;tre au sein du groupe o&#249; nous agissons, de m&#234;me qu'au bien-&#234;tre de chacun de ses membres. A quoi bon lutter contre le Mur en Palestine si nous fermons les yeux sur les murs que nous laissons subsister entre nous ? Cette remarque n'est pas moraliste, elle est politique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, mais, mais... Nous avons eu tendance &#224; nous enfermer dans ces marmites de nos r&#234;ves. Les parois de nos squats &#233;taient en fonte : difficile pour quelqu'un-e de l'ext&#233;rieur de rejoindre nos collectifs. Peu d'&#233;lu-e-s &#233;taient pr&#234;t-e-s &#224; renverser tout ce qui dans leur vie les rattachait au vieux monde, depuis les modes d'alimentation jusqu'aux modes d'affection, en passant par le rapport frontal &#224; la justice, &#224; la famille, au travail, aux r&#244;les sociaux &#233;tablis. Et nous marinions dans un bouillon de culture si riche que nous n'avions plus tellement besoin d'en sortir, &#224; part pour faire de la r&#233;cup, ramener du mat&#233;riel, voyager vers une autre marmite. Nos maisons &#233;taient des oasis au milieu d'un d&#233;sert politique. Plus qu'un d&#233;sert politique : un territoire &#233;tranger o&#249; nous ne risquions des incursions que pour l'attaquer, &#224; coups de collages ou d'actions directes. Nous rentrions &#224; la maison en &#244;tant nos manteaux blind&#233;s : &#171; ouf, nous voil&#224; au chaud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, beaucoup de gens sont venus &#224; nous pendant les nombreux &#233;v&#233;nements publics organis&#233;s, mais dans les faits l'accueil n'&#233;tait pas notre fort, et surtout le mouvement inverse &#233;tait rare : &lt;i&gt;nous nous exercions peu &#224; rep&#233;rer ailleurs ce sens politique dont nous &#233;tions friand-e-s et dont nous nous consid&#233;rions un peu comme les seuls d&#233;tenteurs&lt;/i&gt;. Nous ne comptions que sur nous-m&#234;mes. Et pourtant, les belles d&#233;couvertes faites dans les relations avec les proches auraient pu nous aider &#224; percevoir les besoins cach&#233;s sous la normalit&#233; apparente, nous aider &#224; comprendre les gens et &#224; b&#226;tir des liens avec eux tout en ne nous g&#234;nant pas de mettre en avant nos conflits avec certains de leurs comportements et certaines de leurs opinions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'id&#233;e que le &#171; personnel est politique &#187;, nous avons parfois gliss&#233; vers un malentendu, selon lequel il n'y a pas de politique hors de la sph&#232;re du personnel et du quotidien. Nous nous sommes r&#233;tract&#233;-e-s. Nos liens politiques se sont construits surtout sur le mode de l'affinitaire, nous &#233;tions ami-e-s au point de pouvoir habiter ensemble, nous &#233;tions des ra&#239;as. Nous avons parfois oubli&#233; que le politique ne peut se r&#233;duire &#224; la construction de relations affinitaires, aussi chaleureuses et pratiques soient-elles. Le politique, c'est aussi l'apprentissage des actions et des d&#233;cisions avec des inconnu-e-s, parce que je ne me bats pas que pour ma coquille : je suis port&#233; par un projet de soci&#233;t&#233; vers lequel tout le monde, potentiellement, peut converger. Aujourd'hui, toujours dans l'id&#233;e de relier sph&#232;re publique et sph&#232;re priv&#233;e, de n'oublier ni l'une ni l'autre, nous voulons &#234;tre capables de relever des d&#233;fis politiques que la seule forme du groupe affinitaire ne peut affronter. Il est n&#233;cessaire de construire des organisations visibles pour tous et toutes, o&#249; tous et toutes puissent prendre place, quelles que soient les pr&#233;f&#233;rences individuelles concernant les styles de vie. Des organisations o&#249; des gens diff&#233;rents puissent agir ensemble &#171; sur la base d'&#233;nonc&#233;s politiques clairs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous devons ces mots et une part de l'inspiration de ce texte &#224; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;sertion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce texte est une tentative de faire la lumi&#232;re sur la mise en bo&#238;te de notre alt&#233;rit&#233; fondamentale par la soci&#233;t&#233;. Comme l'ont pari&#233; les op&#233;ra&#239;stes italiens lors de l'automne chaud, c'est en nous reliant &#224; notre &#233;tranget&#233; asociale, &#224; la f&#233;rocit&#233; vitale qui nous habite, que nous changerons les rapports sociaux capitalistes. Avec ce privil&#232;ge que nous connaissons d'ores et d&#233;j&#224; les limites de cette &#233;tranget&#233; &#224; nous-m&#234;mes : tandis que la tentation est grande de s'exiler dans un en-dehors id&#233;el, r&#234;v&#233;, la d&#233;sertion sociale ne peut se pratiquer qu'&#224; l'int&#233;rieur de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le besoin de d&#233;sertion est partout&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Pan : &#171; je suis la joie pure, je suis l'innocence, je suis le petit oiseau sorti de sa coquille. Et j'entends le rester pour toujours ; la seule chose qui m'effraie c'est de devoir grandir, d'apprendre des choses graves et &#234;tre un homme &#187;. Ce qui frappe chez Peter Pan, c'est que derri&#232;re le personnage de fiction &#171; gai, innocent et sans c&#339;ur &#187; on entend pleurer un enfant triste. Et ce qui est triste chez Peter Pan, c'est son incapacit&#233; &#224; devenir un &#234;tre humain, condamn&#233; &#224; rester volontairement un personnage de fiction invent&#233; par son auteur et a errer sans fin derri&#232;re l'&#233;cran. Alors qu'il suffirait de le crever pour rejoindre la soci&#233;t&#233;&#8230; et apprendre aux hommes &#224; voler hors des sph&#232;res de la domination !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le film Coffee and Cigarettes de Jarmush, l'accent est mis sur l'incommunicabilit&#233; qui demeure entre les personnages. Au fil des cafeti&#232;res aval&#233;es et des paquets de clopes fum&#233;s ensemble, les personnages qui se parlent &#224; peine semblent incapables de rep&#233;rer qu'il y a malgr&#233; tout interaction entre eux. Jarmusch a fait ce choix : montrer la distance mutuelle que se portent les individus plut&#244;t que l'espace qui les relie. Ce qui m'interpelle, je pense plus particuli&#232;rement au sketch avec Tom Waits et Iggy Pop, c'est la marge que chacun met entre lui et l'autre ; cette nonchalance affich&#233;e dans le dialogue, ce m&#233;pris visiblement assum&#233; envers l'Autre, cette indiff&#233;rence d&#233;fendue contre vents et mar&#233;es, sont le signe d'une adh&#233;sion ind&#233;crottable de chaque personnage &#224; son &#233;tranget&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'&#233;tranget&#233; &#187; est ce qui se per&#231;oit quand nous d&#233;bordons des cases dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Opacit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'opacit&#233; est ce qui persiste entre les &#234;tres quand les mots ne sont pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; latente d&#233;voil&#233;e !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de d&#233;sertion est partout. Il s'incarne chez Peter Pan dans son r&#234;ve de voler au-dessus du Parc de Kensington alors qu'il est un enfant en chair et en os. Parce qu'il y croit dur comme fer, la fiction l'autorise &#224; l'accomplir. Mais de la fiction &#224; la r&#233;alit&#233;, il y a la m&#234;me distance que de la coupe aux l&#232;vres et entre les deux la chute dans la mati&#232;re peut &#234;tre vertigineuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment peut-on &#234;tre assis &#224; la m&#234;me table, partager une cafeti&#232;re et des clopes pendant des heures, et avoir l'impression de ne s'&#234;tre rien &#233;chang&#233; ? Il me semble qu'il faut &#234;tre autiste ! Ou &#234;tre un artiste ! Ou bien s'imaginer que rien mais absolument rien ne se laisse capturer dans une telle promiscuit&#233; silencieuse ? Est-ce que &#231;a laisse entendre qu'on pourrait &#234;tre tout &#224; fait opaques les uns pour les autres ? Qu'on soit irr&#233;m&#233;diablement &#233;tranger les uns aux autres ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les personnages de Jarmusch s'emmerdent coriace. Et ils s'emmerdent si intens&#233;ment qu'on se demande si cette inactivit&#233; n'en masque pas une autre plus profonde : l'action qui vise dans la relation, autour d'un cendrier, &#224; exhiber devant l'autre sa propre opacit&#233;. Tel est l'enjeu : &#171; la supporteras-tu, mon opacit&#233; ? &#187; Et contrairement aux citoyennistes quand ils tendent &#224; r&#233;duire l'humain &#224; son r&#244;le de citoyen, l'opacit&#233; chez les personnages de Jarmusch n'est pas une maladie de l'&#226;me qu'il conviendrait de surmonter pour atteindre la transparence sociale. Au contraire, elle est un besoin &#224; reconna&#238;tre pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le besoin de d&#233;sertion est fond&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Celui qui ose prendre au s&#233;rieux sa pens&#233;e ressentira t&#244;t ou tard ce frisson des Cathares&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Cathares, &#233;blouis par la beaut&#233; lumineuse du Christ, affirmaient que le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : la pens&#233;e cherche le sens de ce qui existe. Et parce qu'elle le cherche, parce qu'elle lui court apr&#232;s, parce que le sens ne vient pas imm&#233;diatement, elle se trouve embarqu&#233;e, par ce d&#233;calage, dans un conflit avec tout ce qui existe. C'est parce que le sens ne se livre pas si facilement qu'il y a conflit. D'o&#249; la tentation de ne percevoir l'intensit&#233; de la pens&#233;e qu'&#224; travers son conflit radical avec l'existant ! Ouais, il en faut du courage pour donner &#224; la pens&#233;e, &#224; l'int&#233;rieur de soi, l'importance qu'elle m&#233;rite, et oser mettre les &#171; faits &#187; visibles &#224; l'&#233;preuve de la pens&#233;e invisible !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du toubib &#224; la caissi&#232;re du supermercado, du chauffeur de tram &#224; Peter Pan, tous sont d'accord pour dire que le monde est en grande partie vou&#233; au Mal. La brutalit&#233; du syst&#232;me capitaliste n'est plus &#224; d&#233;montrer, elle appara&#238;t au grand jour dans toute sa f&#233;rocit&#233;. Les 1001 collaborations m&#234;me minimales qui entretiennent les 1001 rouages de cette essoufflerie mondiale apparaissent dans toute leur m&#233;diocrit&#233;. Et par un r&#233;flexe tout&#173;-&#224;-fait l&#233;gitime, tels Peter Pan, nous sommes terriblement tent&#233;s de consid&#233;rer ce monde, la soci&#233;t&#233;, notre implication l&#224;-dedans, comme &#034;&#233;trangers&#034; &#224; notre vie int&#233;rieure. C'est la d&#233;sertion ! D'o&#249; d&#233;coulent les 1001 replis dans les 1001 refuges sociaux &#233;pars au sein de la soci&#233;t&#233; : du groupuscule affinitaire au squat, de la famille au cercle d'amis cyclistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Invitation &#224; la d&#233;sertion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les progressistes bien-pensants n'osent pas se mesurer &#224; leur opacit&#233; mutuelle comme le font les personnages du film de Jarmusch : ils circulent dans le m&#234;me cr&#233;neau que le capital et ses progr&#232;s parce qu'ils n'ont pas su voir leur propre &#233;tranget&#233; envers toute vie sociale. Sans conscience de leur alt&#233;rit&#233;, de leur &#233;tranget&#233; c'est-&#224;-dire sans avoir tranch&#233; le cordon ombilical qui les relie &#224; la Soci&#233;t&#233;, ils sont trop facilement mobilis&#233;s pour elle. Ils sont trop civilis&#233;s. Qu'ils se d&#233;mobilisent ! Qu'ils s'ensauvagent d'abord, ensuite nous causerons ! &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; est vivante dans la mesure o&#249; ses membres savent imposer le fait qu'ils lui sont toujours partiellement &#233;trangers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;serter en soi-m&#234;me, d&#233;serter du monde en soi, oser se trahir m&#234;me, c'est apprendre &#224; se d&#233;faire de ce qui nous bouffe de l'int&#233;rieur : rep&#232;res identitaires poussi&#233;reux mais toujours en activit&#233;, habitudes relationnelles h&#233;rit&#233;es sans conscience, d&#233;marches sociales sans surprise. Cette qu&#234;te est inh&#233;rente &#224; la recherche r&#233;volutionnaire. Elle r&#233;pond au besoin de se laver de la pression qu'exercent le capital et ses normes toujours plus envahissantes sur le social, et d'abord sur chaque personne, tout en ouvrant de nouvelles pistes d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de d&#233;sertion ne saurait se contenir aux limites de la vie int&#233;rieure dans laquelle se d&#233;bat l'individu. En effet, la d&#233;sertion s'exprime dans des pratiques : tentatives d'autres relations &#233;conomiques, plans r&#233;cup, vol, &#233;cologie radicale, suicide, bouddhisme, d&#233;passement du couple &#171; nous-nous-poss&#233;dons &#187;, d&#233;sob&#233;issance civile ; pratiques r&#233;pandues au sein de la population int&#233;gr&#233;e&#8230; la d&#233;sertion est d&#233;j&#224; en oeuvre dans toutes les couches de la soci&#233;t&#233;. Attention, &#226;mes fragiles : &#231;a s'attrape !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sein de la soci&#233;t&#233;, la d&#233;sertion est un acte politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas nous enfermer dans la critique du tout pour le tout, ni nous p&#226;mer devant la beaut&#233; du n&#233;gatif, bien que nous soyons sensibles aux manifestations ambigu&#235;s du diable et &#224; ses coups de queue d&#233;vastateurs. Nous voulons apprendre &#224; discerner &lt;i&gt;dans ce qui se passe ici-bas&lt;/i&gt; les amorces prometteuses de vie, les germes de subversion. Il faut pour cela crever la b&#226;che des apparences ; r&#233;aliser devant nous-m&#234;mes, par une critique sans piti&#233;, que beaucoup dans ce monde est &#224; d&#233;serter&#8230; pour faire &#233;merger ce qui nous semble prometteur et encourageant : les points d'appui diffus ou vigoureux o&#249; s'ancrent la subversion et l'&#233;mancipation. Parvenir &#224; aff&#251;ter ce regard critique, puis cette attention particuli&#232;re &#224; ce qui doit &#234;tre amplifi&#233;, pr&#233;suppose une rupture pr&#233;alable avec le monde des apparences sociales. Cela pr&#233;suppose une d&#233;sertion des normes : on n'a pas id&#233;e de la direction &#224; suivre si on n'a pas d'abord id&#233;e des chemins &#224; &#233;viter. Cette rupture doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e ensuite, car arrive bient&#244;t le moment o&#249; la d&#233;sertion n'est plus qu'amertume. Suivez cette proposition d'itin&#233;raire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratiquer la d&#233;sertion : de toute &#233;vidence, nous sommes gravement affect&#233;s par la gestion mondiale de la donne actuelle et ses nuisances humaines, &#233;cologiques, sociales et &#233;conomiques. Nous avons toutEs fait l'exp&#233;rience des brimades, manipulations, humiliations, violences que g&#233;n&#232;re &#224; l'&#233;gard de la vie l'organisation du syst&#232;me. &lt;i&gt;Il faut le reconna&#238;tre&lt;/i&gt;. Et rompre autant que faire se peut les liens qui amarrent notre fr&#234;le esquif dans ces eaux puantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;serter la d&#233;sertion : les liens qui nous lient &#224; la d&#233;sertion doivent &#234;tre rompus &#224; leur tour. Dans un premier temps, elle nous a permis de conqu&#233;rir des espaces de vie plus coh&#233;rents, plus sinc&#232;res, des moments de vie qui r&#233;pondent &#224; nos besoins de destruction : elle nous a &#233;t&#233; utile pour nous autoriser &#224; d&#233;tester pleinement la fa&#231;on de &lt;i&gt;ne pas &#234;tre dans le monde&lt;/i&gt;. Dans un deuxi&#232;me temps, c'est la d&#233;sertion qui nous tient, elle nous fascine et nous lie les poings. Par elle, nous sommes reli&#233;s avec ce que nous rejetons pourtant ! Par elle, tr&#244;ne au milieu de notre village imaginaire ce qui n'&#233;tait pourtant vou&#233; qu'&#224; passer, le temps d'apprendre &#224; aimer la beaut&#233; du n&#233;gatif. Et de se d&#233;faire de ses aspects les plus toxiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renouer : une fois mis &#224; plat ce r&#233;seau d'influences mortif&#232;res qui nous emporte, une fois cartographi&#233;e notre participation l&#224;-dedans, &lt;i&gt;une fois que nous avons franchi le pas&lt;/i&gt;, lan&#231;ons-nous dans le plan de construction d'un bateau digne de ce que nous imaginons que nous sommes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, on a compris ! Il est grand temps de se lancer et d'enterrer Peter Pan en consid&#233;rant d'autres &#233;l&#233;ments : nous avons besoin de b&#226;tir un projet avec des mat&#233;riaux qui nous attirent, qui nous plaisent ! Et qui nous donnent de pr&#233;f&#233;rence beaucoup de plaisir ! Sans renier ni la souffrance, ni l'amertume. Comme dans un cante flamenco : des larmes &#224; la joie et inversement ! Inversement comme les deux temps de ce mouvement d&#233;sertion/construction profond&#233;ment entrem&#234;l&#233;s l'un &#224; l'autre. L'essentiel ici est de &lt;i&gt;mettre en lumi&#232;re ce jeu de va-et-vient et cet enchev&#234;trement&lt;/i&gt; trop souvent gard&#233; secret au fond de soi, trop souvent priv&#233;. Parce que nous voulons vous inviter &#224; avoir la ma&#238;trise de ce jeu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inspiration initiale qui nous a donn&#233; la force de rejeter ce monde, cette inspiration doit &#234;tre maintenant lib&#233;r&#233;e, &lt;i&gt;qu'elle aille jusqu'au bout d'elle-m&#234;me&lt;/i&gt; ! D&#233;serter la d&#233;sertion initiale donc ! Pour nous d&#233;lester de ses aspects les plus inhibiteurs, les moins cr&#233;atifs ; pour se laisser p&#233;n&#233;trer de climats plus heuristiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heuristique : se dit d'une ambiance qui encourage la recherche et la d&#233;couverte.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; pour lib&#233;rer les potentialit&#233;s cr&#233;atrices contenues dans nos imaginaires, potentialit&#233;s qui stagnent parce que r&#233;prim&#233;es par l'esprit de la d&#233;sertion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hors soci&#233;t&#233;, la d&#233;sertion est impraticable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux et celles qui ont quitt&#233; la ville de York pour aller fonder New-York pensaient r&#233;aliser en actes la d&#233;sertion absolue, la rupture int&#233;grale. Pourtant, la r&#233;alit&#233; ne leur a laiss&#233; qu'une courte p&#233;riode d'amnistie ; voyez ce qu'est devenue leur presqu'&#238;le perdue : le centre du monde des Affaires, le World Trade Center !!! Si la d&#233;sertion hors de la soci&#233;t&#233; est r&#233;alisable, &#231;a sera aux m&#234;me conditions qu'une d&#233;portation volontaire sur Mars : les nouveaux arrivants deviendront peut-&#234;tre des martiens mais cela ne leur fera pas verdir la bite, ni le clito, ni pousser des antennes sur la t&#234;te. Ils feront toujours partie de l'humanit&#233; : li&#233;s aux terriens par leur condition humaine et leurs besoins sociaux, li&#233;s &#224; la soci&#233;t&#233; des humains. Telle est la limite de toute d&#233;sertion praticable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, toute vie sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que veut dire &#171; vie sociale &#187; ? C'est le tissu des relations entre personnes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'incarne n&#233;cessairement dans des structures. Depuis le langage qui a des formes concr&#232;tes, en passant par le genre, le salariat ou pas, le v&#233;ganisme ou la luxure, jusqu'aux institutions qui permettent nourriture et logement. Sans elles, la vie sociale ne tiendrait pas. Et en m&#234;me temps, ces structures institu&#233;es cristallisent les relations entre personnes dans des formes d&#233;finies et arr&#234;t&#233;es : elles tendent &#224; rendre inop&#233;rante l'alt&#233;rit&#233; des membres de la soci&#233;t&#233;, leur &#233;tranget&#233;, en les r&#233;duisant &#224; ces mod&#232;les. Cette mod&#233;lisation de la vie sociale est donc ambigu&#235; : d'une part sans elle les membres de la soci&#233;t&#233; n'existeraient m&#234;me pas (ils seraient livr&#233;s &#224; la vie nue), pas plus que leurs r&#233;voltes contre ladite mod&#233;lisation ; d'autre part les membres de la soci&#233;t&#233; sont vivants : ils d&#233;bordent par nature toute mod&#233;lisation de leurs rapports. Il y a l&#224; une contradiction radicale qu'il faut oser prendre en compte. Comme les Cathares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;couvert notre &#233;tranget&#233; au monde dans le fait que nous ne sommes pas identiques &#224; ce que la soci&#233;t&#233; nous fait &#234;tre et veut nous faire &#234;tre. Mais cette alt&#233;rit&#233; fondamentale ne peut exister que parce que nous sommes membres de la soci&#233;t&#233;, m&#234;me si celle-ci tend &#224; nier cette &#233;tranget&#233;. Paradoxe !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui se pr&#234;tent corps et &#226;mes au fantasme de la d&#233;sertion int&#233;grale ne tarderont pas &#224; retrouver les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233; dans leurs relations entre eux : dans la mesure o&#249; ils sont organis&#233;s, ils adopteront des mod&#232;les plus ou moins ad&#233;quats, mais qui reposent aussi sur une mod&#233;lisation de leurs relations, avec tous les probl&#232;mes sociaux de d&#233;bordements que cela implique. Il faudra alors recommencer &#224; d&#233;serter, &#224; la limite jusqu'&#224; ce que chaque individu se retrouve tout seul. Pouss&#233;e &#224; son extr&#234;me, cette id&#233;ologie tombe dans l'individualisme : comme pour Rousseau, c'est la vie sociale qui est cens&#233;e pervertir l'individu. C'est aussi une id&#233;ologie spontan&#233;iste : seule la spontan&#233;it&#233; serait vivante et ad&#233;quate, toute structure, toute organisation pervertirait la cr&#233;ativit&#233;, car elle l'enfermerait dans des structures. C'est ne pas voir que les structures sont toujours d&#233;j&#224; l&#224;, plus ou moins bonnes ou mauvaises, et que sans elles aucune cr&#233;ativit&#233; individuelle ne peut exister. Il s'agit de rep&#233;rer ce paradoxe pour pouvoir ma&#238;triser notre implication sociale dans ces structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#224; o&#249; j'ai abouti pour le moment&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentation est grande de s'exiler par la pens&#233;e hors de la r&#233;alit&#233; sociale. Dans un premier temps, avec la d&#233;sinvolture d'un Peter Pan, nous nous posons magiquement en-dehors ou au-dessus de la soci&#233;t&#233; : la tension de la vie s'articule entre tout ce qui existe et un en-dehors id&#233;el, r&#234;v&#233;. Comme je l'ai expliqu&#233;, on d&#233;couvre ensuite que cette tension, cette &#233;tranget&#233; cr&#233;atrice est &#224; l'&#339;uvre au sein m&#234;me des contradictions de la soci&#233;t&#233;. On se d&#233;gage alors pour mieux s'engager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre cette tentation de prendre nos id&#233;aux pour la r&#233;alit&#233;, il faut r&#233;-affirmer que la tension existe &#192; L'INT&#201;RIEUR DE LA R&#201;ALIT&#201; SOCIALE. Entre l'aspect totalitaire du syst&#232;me, reproduisant le statu quo, et les forces subversives qui d&#233;bordent les cadres existants, l&#224; est le n&#339;ud o&#249; nous pouvons agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; construire un projet de soci&#233;t&#233; dans lequel ces pratiques de la d&#233;sertion aujourd'hui s&#233;par&#233;es prendront tout leur sens, reste &#224; construire un projet de soci&#233;t&#233; dans lequel ces retrouvailles avec notre &#233;tranget&#233; aujourd'hui diffuse prendront toute leur acuit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Parti de la S&#233;cession ou Parti de la Conqu&#234;te ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous nous adressons aux Autre-Mondistes en tous genres, depuis les plus timides jusqu'aux Purs, Ceux qui vomissent l'Empire comme s'ils n'en faisaient pas partie ;&lt;br&gt;
A ceux qui voient un autre monde se pr&#233;parer, et qui ne se contentent pas de celui-ci ;&lt;br&gt;
Aux &#233;gar&#233;Es, aux sans-terre, aux enfants barbouill&#233;s du sang des guerres ;&lt;br&gt;
Aux metteurs en sc&#232;ne de manifs perdues,&lt;br&gt;
Aux jeunes filles qui regardent passer les balles de caoutchouc avec l'indiff&#233;rence de Jeanne d'Arc ;&lt;br&gt;
Aux vieillards qui vous plongez dans le mouvement pour le voir avant de mourir ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous adressons &lt;i&gt;&#224; tous les autres&lt;/i&gt;,&lt;br&gt; Etincelles de vie cach&#233;es sous l'anonymat et la soumission apparente, &lt;br&gt;
Que nos imaginations trop faibles encore n'arrivent pas &#224; distinguer dans la p&#233;nombre,&lt;br&gt; Dont ils commencent &#224; &#233;merger, &#233;blouis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un.&lt;br&gt;
Salut &#224; ceux qui osent se mettre &#224; penser, et ainsi &#224; entrer en conflit avec l'existant !&lt;br&gt;
Salut &#224; ceux qui ne se contentent pas des miettes permises, de culture ou de politique !&lt;br&gt;
Salut &#224; ceux qui osent se rendre introuvables pour porter des pierres aux Pyramides !&lt;br&gt;
Salut &#224; ceux qui pr&#233;f&#232;rent les rigueurs du d&#233;sert aux pitances assur&#233;es des esclaves !&lt;br&gt;
Salut aux amoureux de l'inconnu, &#224; ceux qui pr&#233;f&#232;rent croire &lt;i&gt;sur parole&lt;/i&gt;, &lt;br&gt;
Et non &#224; cause de ce qu'ils voient !&lt;br&gt;
Salut &#224; ceux qui savent faire des serments, des plans sur la Com&#232;te,&lt;br&gt;
Et qui ne laissent &#224; personne d'autre le soin d'enfanter le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux.&lt;br&gt;
Ah bah, vous croyez &#234;tre arriv&#233;s parce que vous croyez &#234;tre partis ?&lt;br&gt;
Ah bah, vous quittez encore ? Quand donc aurez-vous fini de quitter ?&lt;br&gt;
Ah bah, ce que vous rejetez vous hante encore, vous ne l'avez pas -jet&#233; ?&lt;br&gt;
Ah bah, n'&#234;tes-vous pas en train de conqu&#233;rir ? O&#249; sont vos prises, vos gains de territoires ?&lt;br&gt;
Ah bah, seriez-vous devenus &lt;i&gt;meilleurs&lt;/i&gt; que les citoyens de l'Empire ?&lt;br&gt; N'&#234;tes-vous pas pires, insortables, germinatifs, impr&#233;visibles, perdus pour lui, &lt;i&gt;comme tout le monde&lt;/i&gt; ?&lt;br&gt;
Ah bah, vous n'osez pas avouer que vous &#234;tes comme tout le monde&lt;br&gt; Toujours accroch&#233;s aux mamelles de l'Empire ?&lt;br&gt;
Ah bah, vous n'osez pas faire comme chez vous -chez lui ?&lt;br&gt;
Ah bah, votre r&#233;volte est-elle une marchandise pour que vous en fassiez ainsi &#233;talage ?&lt;br&gt;
Ah bah, laissez-vous derri&#232;re vous vos alli&#233;Es qui se pr&#233;parent partout &lt;i&gt;dans la p&#233;nombre&lt;/i&gt; ?&lt;br&gt; N'avez-vous vu de l'Empire que ses lumi&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois.&lt;br&gt;
Que puis-je dire de l'Empire ? Toute parole focalis&#233;e sur lui m'oublie : l&#232;se-majest&#233; !&lt;br&gt;
L'Empire ne tire-t-il pas sa nourriture de ceux qui le ha&#239;ssent ?&lt;br&gt;
Si je sais o&#249; habite le Diable, je sais aussi o&#249; habite le Bien : pouah, je ne voudrais pas habiter l&#224; ;&lt;br&gt; Je retourne chez le Diable, mais j'aurai appris quelque chose.&lt;br&gt;
Nous voulons grandir ; &#224; l'Empire de d&#233;cider comment il va diminuer.&lt;br&gt;
Ceux que je vois dans l'Empire, c'est moi qui les y mets.&lt;br&gt;
Ceux que je vois hors de l'Empire, c'est moi qui les y -remets !&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Rapports sociaux et action politique&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tome III. Enjeux de la construction d'une vision :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Renouveler nos regards sur ce qui est en train de se passer&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous avons tent&#233; de montrer comment dans le syst&#232;me capitaliste les rapports sociaux sont format&#233;s par les rapports &#233;conomiques (Tome I). Nous avons essay&#233; de r&#233;fl&#233;chir &#224; ces rapports sociaux eux-m&#234;mes. (Tome II). Notre but en tentant de construire une vision de ces rapports est de devenir capables d'orienter nos strat&#233;gies politiques. C'est ce que nous allons examiner maintenant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Une cl&#233; de lecture r&#233;aliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;flexions que nous avons faites dans le tome II ne doivent pas aboutir &#224; &lt;i&gt;r&#234;ver une soci&#233;t&#233; id&#233;ale &#224; opposer &#224; la soci&#233;t&#233; r&#233;elle&lt;/i&gt;. Elles visent &#224; clarifier le regard que nous portons sur ce qui se passe actuellement. Le but est de discerner dans le fourmillement des initiatives celles qui vont dans le sens de la vie et celles qui sont mortif&#232;res. Construire une vision &#224; partir de ce qui est d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de construire une utopie, mais de construire nos regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'appelons-nous vision ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention, nous jouons sur deux sens qui se renvoient l'un &#224; l'autre :&lt;br&gt;
1) C'est comme disent les opticiens : c'est la capacit&#233; de voir.&lt;br&gt;
2) C'est aussi un ensemble de concepts, &#171; une vision des choses &#187;, dit-on. Car pour voir il ne suffit pas d'avoir des bons yeux. Un citadin qui se balade parfois en for&#234;t aura peut-&#234;tre de bons yeux, il ne verra quasiment rien compar&#233; &#224; un Pygm&#233;e qui vit dedans. La vision implique ici une structuration mentale. Il s'agit d'avoir construit en soi les &lt;i&gt;distinctions&lt;/i&gt; qui permettent de re-marquer ce qu'il y a dans les images que nos yeux nous transmettent. Autre exemple : un petit enfant qui est d&#233;j&#224; physiquement capable de monter sur un v&#233;lo. Mais il n'a pas une vision int&#233;rieure des gestes qu'il lui faut faire pour se maintenir en &#233;quilibre. Autre exemple : un poisson n&#233; dans un aquarium. On le l&#226;che dans un lac. Il continuera &#224; croire qu'il tourne dans le m&#234;me volume d'eau qu'avant, parce qu'il n'a pas une vision de son nouvel espace aquatique. Et pourtant il s'y meut d&#233;j&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, suivant les concepts que nous avons construits dans nos t&#234;tes, nous n'avons pas la m&#234;me vision des rapports entre les humains. Un homme pourra se sentir oblig&#233; d'avoir envers une femme le comportement m&#226;le qu'il a appris, sans se rendre compte que celle-ci n'appr&#233;cie pas du tout ce jeu, et qu'elle serait pr&#234;te pour une tout autre fa&#231;on de se mettre en relation. Comme le poisson de tout &#224; l'heure il se meut dans un espace plus restreint que celui qui lui est offert. Fr&#233;d&#233;ric II de Prusse, &#171; despote &#233;clair&#233; &#187;, remarquait que nombre de serfs qu'il avait lib&#233;r&#233;s par un d&#233;cret se plaignaient d'avoir &#233;t&#233; arrach&#233;s &#224; leur ancien statut : ils restaient attach&#233;s &#224; la vision qui &#233;tait pertinente dans l'aquarium o&#249; ils &#233;taient n&#233;s. Ainsi les travailleurs collectivement : ils produisent les conditions n&#233;cessaires &#224; la vie, il sont les auteurs de toutes les richesses, mais ils passent sous les fourches caudines du march&#233; du travail. Qu'ils soient oblig&#233;s de le faire est compr&#233;hensible, mais qu'ils trouvent ou non que c'est dans l'ordre des choses d&#233;pend de la vision qu'ils ont des rapports sociaux.&lt;br&gt;
De cette vision d&#233;pendra aussi fortement la strat&#233;gie qu'ils adopteront face &#224; cette contrainte sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O paradoxe ! Si on n'a pas une &lt;i&gt;grande&lt;/i&gt; vision, on ne peut pas voir. On ne peut pas voir ce qui est petit, quotidien, on est aveugle pour ce qui est en jeu dans les mille petits &#233;v&#232;nements ! Une illustration saisissante en est le discours que Martin Luther King a tenu devant des dizaines de milliers de Noirs : &#171; I see the Promise Land ! I see the Promise Land ! &#187; Il n'&#233;tait pas fou. Il ne fuyait pas dans le ciel. Sa vision &#233;tait pratique : &lt;i&gt;quand il dit qu'il voit, c'est qu'il voit les chemins&lt;/i&gt;. Mais pour voir les chemins, encore faut-il se forger les lunettes pour. On a toujours d&#233;j&#224; une vision qui conditionne notre regard. C'est pour cela que les visions qui colonisent nos t&#234;tes m&#233;ritent d'&#234;tre sans cesse retravaill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir au-del&#224; de l'horizon imm&#233;diat ne fait pas de nous des absents. Au contraire cela nous engage plus, nous rend plus pr&#233;sents. Ce sont plut&#244;t ceux qui se contentent de courtes vues qui sont en partie absents de leurs propres vies. &#171; &lt;i&gt;Le bonheur est la r&#233;alisation d'un r&#234;ve d'enfance&lt;/i&gt; &#187; (Freud). Il n'a pas voulu dire par l&#224; qu'on est heureux lorsqu'on a r&#233;alis&#233; son r&#234;ve d'enfance, mais que le bonheur c'est d'&#234;tre en train de le r&#233;aliser. Nous sommes pr&#233;sents dans nos visions, nos visions c'est nous-m&#234;mes. L&#224; est justement un des aspects profonds de la pr&#233;carit&#233;, de l'ins&#233;curit&#233; : nous vivons trop d'exp&#233;dients. Que nous ne puissions pas nous sentir parties prenantes d'un projet social qui m&#233;rite notre enthousiasme : &#231;a n'est pas acceptable. Quand nous disons projet social nous entendons projet de transformation sociale, car la soci&#233;t&#233; est en constante transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soignant la vision que nous avons des relations sociales, nous voulons donner toute leur port&#233;e aux germes du futur qui grouillent &#171; sous la cro&#251;te pourrie &#187;. Prendre conscience des habitudes de pens&#233;es qui nous viennent du fait que nous avons toujours v&#233;cu dans une soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;br&gt;
Nous ne cherchons pas des &lt;i&gt;recettes&lt;/i&gt; pour transformer la soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt;
Nous sommes &#224; la recherche d'une boussole qui nous aide &#224; &lt;i&gt;inventer&lt;/i&gt; dans chaque circonstance des propositions qui tiennent compte de la r&#233;alit&#233; de ce qui est v&#233;cu.&lt;br&gt; Au contraire, c'est le capitalisme qui est une utopie, une recette scl&#233;ros&#233;e et irr&#233;aliste, plaqu&#233;e sur la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes plus &#224; l'&#233;poque o&#249; un roi peut &#234;tre investi de la mission (divine) de guider son peuple. Ni m&#234;me &#224; celle de Keynes, l'aristocrate, qui voulait confier &#224; des experts, &#224; des fonctionnaires &#233;clair&#233;s, la t&#226;che de guider les m&#233;canismes &#233;conomiques. Ne parlons m&#234;me pas d'un Parti ou d'une Avant-Garde charg&#233;s d'interpr&#233;ter les t&#226;ches actuelles fix&#233;es par la th&#233;orie. Il ne peut s'agir non plus d'une utopie (utopie veut dire : &#171; ce qui n'a pas -encore- de lieu &#187;) pour laquelle il faudrait gagner des adeptes. Qui n'a pas dans sa t&#234;te des propositions de rem&#232;des aux maux de la soci&#233;t&#233; ! Trop souvent nous nous sommes pos&#233;s en parvenus, (ah, si tout le monde pensait comme nous !), en anticapitalistes d&#233;j&#224; clairvoyants, qui n'ont plus qu'&#224; con-vaincre les masses. Une vision &lt;i&gt;explicite&lt;/i&gt; devrait nous gu&#233;rir de ces bonnes intentions. Il s'agit de trouver des fa&#231;ons d'&#233;laborer collectivement des pens&#233;es qui puissent &lt;i&gt;inspirer&lt;/i&gt; nos pratiques &#224; mesure que celles-ci nous apprennent &#224; conna&#238;tre nos limites et nos possibilit&#233;s, &#224; mesure que grandit le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous posons pas en victimes sociales, qui r&#233;clament des am&#233;liorations &#224; leur statut. Nous ne nous posons pas en consommateurs de solutions qui nous seraient dues, mais en acteurs. Nous nous m&#234;lons de ce qui nous regarde, des causes du caca actuel. Nous sommes des sujets politiques. Nous ne d&#233;fendons pas seulement nos propres int&#233;r&#234;ts dans la guerre actuelle de touTEs contre touTEs, non ! Nous luttons pour une vie sociale dans laquelle chacunE puisse avoir sa place. Nos revendications personnelles, &#171; sectorielles &#187; prennent sens dans une vis&#233;e globale. &lt;i&gt;Sans perspectives globales on ne peut pr&#233;tendre avoir d'existence politique&lt;/i&gt;. L'addition des luttes sectorielles ne fait pas une politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons nous satisfaire du b&#234;lement classique : &#171; les n&#233;olib&#233;raux nous font encore telle et telle vacherie, r&#233;sistons, touTEs uniEs contre eux ! &#187; On fustige les Bourreaux, on d&#233;crit les maux dont nous sommes les Victimes. R&#233;-si-stons ! Bien s&#251;r que le premier pas dans la construction d'une vie sociale solidaire est de se d&#233;fendre collectivement. Mais une d&#233;fense qui exige du loup qu'il soit plus gentil ne peut nous convaincre nous-m&#234;mes que si nous nous prenons pour des moutons. M&#234;me si ces moutons s'arment de pancartes, artistiques ou non, voire de pav&#233;s. Visons plut&#244;t la b&#234;te entre les deux yeux, et, pour cela, prenons le temps d'aiguiser nos dents th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.Comment articuler les visions du fonctionnement social et les strat&#233;gies qui en d&#233;coulent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons apprendre &#224; distinguer deux niveaux. La vision, et les strat&#233;gies qui en d&#233;coulent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'appelons-nous strat&#233;gie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision des processus sociaux nous a permis de discerner les forces qui travaillent sous les formes institu&#233;es des rapports sociaux. La strat&#233;gie est l'ensemble des dispositions pratiques que nous pr&#233;voyons pour favoriser l'&#233;mergence des forces qui vont dans le sens d'une vie sociale plus saine. La strat&#233;gie d&#233;pend des circonstances locales, des rapports de force existants, du degr&#233; de conscience des acteurs. Elle fait le lien entre la situation pr&#233;sente et nos vis&#233;es &#224; plus long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la vision, il s'agit d'&#234;tre radical, enracin&#233; : la vision exprime ce que nous voulons, elle ne se pose pas encore la question des &#233;tapes &#224; franchir pour sa r&#233;alisation. &#171; Soyons r&#233;alistes, voulons l'impossible ! &#187; Toute strat&#233;gie qui ne s'enracine pas dans une vision tombe dans les tactiques &#224; courte-vue et dans l'&lt;i&gt;opportunisme&lt;/i&gt;. Les ultra-gauches font l'erreur inverse. Ils prennent leurs visions radicales pour des programmes &#224; r&#233;aliser imm&#233;diatement : c'est tomber dans un &lt;i&gt;fondamentalisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, il faut distinguer ces deux niveaux, il faut oser avoir une vision radicale, mais pour inspirer nos strat&#233;gies. Paradoxe : plus nos visions sont claires, fermes, plus nos strat&#233;gies peuvent &#234;tre souples et s'adapter aux compromis propos&#233;s, pourvu qu'ils aillent dans la bonne direction. Des visions floues, h&#233;sitantes provoquent la raideur strat&#233;gique : la peur de perdre le cap, de perdre son int&#233;grit&#233;, poussera &#224; affirmer des positions dures pour marquer la diff&#233;rence avec les autres, pour bien marquer qui est l'ennemi. A la limite, la strat&#233;gie devient identitaire : une fa&#231;on de signaler qu'on fait partie d'une certaine famille politique, tout-&#224;-fait comme l'habillement ou les jargons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es qui inspirent nos engagements restent ouvertes, avides d'apprendre. Nous ne cessons pas de chercher &#224; &#233;largir notre horizon, de construire des id&#233;es qui viennent du c&#339;ur. Elles ne peuvent faire par contre l'objet de compromis. Ce sont nos vies qui se jouent, c'est diablement s&#233;rieux : nous ne mettrons pas de l'eau dans notre vin. C'est au niveau strat&#233;gique qu'il s'agit d'&#234;tre souples. Beaucoup de visions hypocrites viennent du fait qu'on croit qu'il faut &#234;tre souple dans ses id&#233;es, s'adapter. C'est se laisser corrompre, devenir une girouette changeant d'avis selon les al&#233;as des alliances. Non, je mourrai peut-&#234;tre avant d'avoir vu ce &#224; quoi j'ose aspirer, mais j'aurai agi dans la direction que je me suis fix&#233;e : c'est ce qui importe, l&#224; est la vie. La vision est d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans les d&#233;marches concr&#232;tes, dans les bons compromis, elle fonde d&#233;j&#224; d'autres relations, car nous sommes en marche. Le chemin, c'est le but !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Transformation des relations sociales et politiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous visons la transformation des rapports sociaux eux-m&#234;mes. Quelle est la place de la politique institutionnelle dans nos strat&#233;gies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Action directe et politique institutionnelle&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le politique contient le jeu des n&#233;gociations dans le cadre de la d&#233;mocratie. L'Etat social-d&#233;mocrate existe, et les lois qui se d&#233;cident en son sein d&#233;pendent de ce qui s'exprime ou non dans les mouvements sociaux. L'&#233;mancipation des travailleurs ne peut &#234;tre que l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes. L'Etat ne peut faire autre chose qu'enregistrer les transformations sociales en cours. C'est d'ailleurs ce qu'il fait avec l'acteur qui domine actuellement la sc&#232;ne : le capitalisme financier.&lt;br&gt;
Exemple : si les travailleurs s'emparent collectivement de la ma&#238;trise sur leur travail, ils ne seront plus dans la situation d'individus qui donnent leur voix en votant - et qui la perdent par l&#224; m&#234;me ! Organis&#233;s en associations ils peuvent contr&#244;ler leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s et les r&#233;voquer &#224; tout moment, ce qui est impossible aux individus atomis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre strat&#233;gie de n&#233;gociation dans le cadre de la d&#233;mocratie ne peut que d&#233;couler de nos visions des rapports sociaux. Nous ancrons notre r&#233;flexion &lt;i&gt;sur un autre terrain&lt;/i&gt; que celui de la politique institutionnelle : nous contenter de ne penser qu'aux pressions politiques serait avoir perdu pied. &lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce &#224; dire qu'il faut &lt;i&gt;opposer&lt;/i&gt; action directe, construction pratique d'autres rapports sociaux, d'une part, et politique institutionnelle, d'autre part ? L'extra-parlementarisme des ann&#233;es septante visait &#224; remettre la transformation effective des rapports sociaux au centre de l'action politique. En effet, une v&#233;ritable strat&#233;gie de transformation des rapports sociaux ne peut na&#238;tre que sur le terrain de la transformation r&#233;elle de ces rapports. C'est une tautologie que de dire cela&#8230; Mais il faut le dire, tellement l'id&#233;e que les changements sociaux se font &#224; travers les pressions politiques est r&#233;pandue aujourd'hui.&lt;br&gt; Cela n'emp&#234;che pas que nos strat&#233;gies prennent en compte l'intervention de l'Etat dans le jeu des forces. Tant mieux si les r&#233;formistes nous soutiennent, m&#234;me partiellement. Tant mieux si les flics n'interviennent pas, ou s'ils sont frein&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. En guise de conclusion : r&#233;sum&#233; des th&#232;ses principales afin d'enflammer les recherches.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous voici parvenu au terme de notre chemin en trois tomes. C'est un chemin d'exploration : inachev&#233;, fragile, h&#233;sitant, parfois audacieux, souvent timide. C'est une invitation : explorons ensemble cette plan&#232;te qui est la n&#244;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Les relations sociales traditionnelles sont fond&#233;es dans les mythes, cr&#233;ations culturelles h&#233;rit&#233;es de la tradition, sur lesquelles les individus n'ont pas de prise. Elles correspondent &#224; une &#233;poque o&#249; la coop&#233;ration sociale et les moyens techniques encore faibles ne produisaient pas ou peu de surplus. Les relations de travail et de consommation sont r&#233;gl&#233;es par la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Avec l'apparition d'un surplus sporadique ont commenc&#233; les &#233;changes, d'abord avec les communaut&#233;s voisines, puis &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des communaut&#233;s, provoquant petit &#224; petit la dissolution des rapports sociaux traditionnels. Car de plus en plus le travail produit non plus dans le cadre des relations traditionnelles, mais en vue de l'&#233;change. Ce sont alors les rapports &#233;conomiques qui tendent de plus en plus &#224; dominer les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Avec l'apparition d'un surplus constant il devient de plus en plus absurde que l'organisation du travail au niveau social soit r&#233;gul&#233;e par l'entremise de l'&#233;change des marchandises. Or c'est maintenant &lt;i&gt;l'ensemble&lt;/i&gt; du travail qui est organis&#233; &#224; travers l'&#233;change. Les conditions sont alors r&#233;unies pour que les travailleurs s'organisent eux-m&#234;mes et r&#232;glent la vie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Ce qui retarde dangereusement cette &#233;volution, c'est le fait que le capital s'interpose dans le jeu. Il s'empare des moyens sociaux de production et fait durer le syst&#232;me de l'organisation du travail par l'interm&#233;diaire du march&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
5)Les socialistes ont fait la critique de la domination &#233;conomique du capital. Ils ne se sont pas appuy&#233;s sur la cr&#233;ativit&#233; culturelle des prol&#233;taires dans leurs luttes pour mettre en place un projet de soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233; de la domination du capital. Ils ont cru que l'&#233;mancipation des travailleurs arriverait gr&#226;ce &#224; la seule critique en acte des rapports &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) Les luttes de Mai 68 et des ann&#233;es 70 ont remis l'action directe de transformation des rapports sociaux au c&#339;ur de la politique. Comme elles n'ont pas &#233;labor&#233; de vision culturelle des rapports sociaux, ni de perspective de r&#233;appropriation de la production, elles ont &#233;t&#233;s vaincues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7) Nous avons examin&#233; ce qui se passe dans les rapports sociaux concrets et d&#233;couvert trois types de relations qui ob&#233;issent &#224; des dynamiques diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8) La vision des rapports sociaux que nous avons commenc&#233; &#224; &#233;laborer ne veut pas &#234;tre un programme, mais une cl&#233; de lecture de ce qui est d&#233;j&#224; en train de se passer dans la soci&#233;t&#233;, une cl&#233; qui nous permette d'&#233;laborer dans chaque situation des strat&#233;gies cr&#233;dibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle &#233;tait notre question de d&#233;part : comment &#233;laborer des perspectives politiques cr&#233;dibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FIN&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un conte du pays mandingue (Guin&#233;e)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le roi de ce grand territoire vient d'&#234;tre vaincu &#224; la guerre par le roi du petit pays voisin. Il est conduit, charg&#233; de cha&#238;nes, devant son vainqueur. Il lui dit : &#171; O roi, tu m'as vaincu. Mais comment se fait-il que toi, roi d'un petit pays, disposant de moins d'&#233;l&#233;phants et de guerriers que moi, tu aies pu faire de moi ton esclave ? &#187; Il lui fut r&#233;pondu : &#171; Tout roi dispose dans sa cour d'un griot, d'un po&#232;te, responsable de lui chanter le courage de ses anc&#234;tres, et de lui ouvrir ainsi, &#224; lui et &#224; son peuple, les voies d'un avenir fertile. Eh bien ! Mon griot est meilleur que le tien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Richesses du retour &#224; la normale.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dialogue entre deux &#171; radicaux &#187; apr&#232;s la mort d'une lutte politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
La retraite (dans le sens strat&#233;gique du terme) pourrait &#234;tre le moment choisi pour tirer les enseignements de ce qui vient de se passer et pour renouveler des perspectives. Pourtant elle n'est v&#233;cue qu'en bilans-bidons, solitudes et amertumes... Quelle est notre part de responsabilit&#233; dans cette errance de d&#233;faites en passages &#224; vide ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un projet de p&#233;riph&#233;rique autour de la ville avait &#233;t&#233; lanc&#233; : il devait passer par une sorte de friche qui, on ne savait par quel miracle administratif, avait &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e jusque l&#224; par les pressions fonci&#232;res. Un arpent de verdure &#233;bouriff&#233;e dans le tintamarre de la banlieue, pas franchement paradisiaque mais quand m&#234;me, quelques h&#234;tres, des hautes herbes, un chemin de terre. Les enfants du coin y avaient leurs cabanes, les joggers le traversaient le matin, illes n'entendaient pas les oiseaux &#224; cause du mp3 dans les oreilles mais il y avait ce petit air champ&#234;tre assez mignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le p&#233;riph&#233;rique s'&#233;tait &#233;tablie l&#224; plus fort qu'ailleurs, parce que le quartier avait peur des camions sous ses fen&#234;tres, que les arbres &#233;taient v&#233;n&#233;rables et que le lieu &#233;tait r&#234;v&#233; pour installer un campement d'opposant-e-s. En l'espace de deux mois, &#224; partir des trois premi&#232;res tentes qui s'y &#233;taient risqu&#233;es, la friche &#233;tait devenue un v&#233;ritable hameau avec sa cuisine autog&#233;r&#233;e, son infokiosque et toute la panoplie. Toutes sortes d'argots et d'accoutrements s'y croisaient chaque jour, des discussions de haut vol fusaient par-dessus le feu jusqu'&#224; 4 heures du matin. Des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales catastrophiques prenaient des quarts de d&#233;cision et apprenaient &#224; devenir plus efficaces &#224; force d'&#234;tre pratiqu&#233;es. Des actions directes y &#233;taient conspir&#233;es et d'&#233;minentes capacit&#233;s de nuisance &#224; la bonne marche du syst&#232;me y &#233;taient transmises. La chose avait pris de l'ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un beau jour une &#233;lue &#233;tait arriv&#233;e tout sourire avec le compromis qu'elle avait r&#233;ussi &#224; &#171; arracher &#187; en haut lieu : sur la portion o&#249; nous campions, l'autoroute allait finalement &#234;tre couverte d'une chape de b&#233;ton, elle-m&#234;me coiff&#233;e d'un gentil parc paysager, avec des jeux bien propres pour les enfants. La moiti&#233; des gens qui soutenaient le campement avait applaudi et en premier lieu les associations de riverains ; les m&#233;dias locaux n'avaient que le mot &#171; victoire &#187; &#224; la bouche. Mais l'autre moiti&#233; des contestataires s'opposait au projet de p&#233;riph&#233;rique en lui-m&#234;me, au tout-automobile, aux sommes colossales d'argent public qui allaient &#234;tre englouties l&#224;-dedans. Et cette position-l&#224; se voyait brusquement isol&#233;e et fragile, comme si on lui avait retir&#233; le sol sous les pieds. D'autant plus que le calendrier des travaux sur les autres portions avait &#233;t&#233; suffisamment bien ficel&#233; pour qu'aucune autre situation du m&#234;me type ne puisse lui donner un nouveau point d'ancrage. Chacun-e &#233;tait rentr&#233; chez soi, sans m&#234;me avoir l'id&#233;e de discuter avec les autres des motifs de son d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je faisais partie des radicaux et Laurent aussi : on s'&#233;tait mieux connus pendant l'histoire et on s'&#233;tait bien entendus. Dix jours apr&#232;s la lev&#233;e du campement on s'est retrouv&#233;s autour d'une bi&#232;re en centre-ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - Comment ils peuvent parler de victoire ? disait Laurent. Elle nous a d&#233;mobilis&#233;s, rien que pour &#231;a c'est une d&#233;faite. Moi je vais te dire : il faut qu'on arr&#234;te de pr&#233;tendre avoir des objectifs r&#233;alisables, apr&#232;s, quand on les atteint, tout le monde se tire, m&#234;me les radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Ah bon ? Tu ne veux que des objectifs irr&#233;alisables ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Pas irr&#233;alisables, mais &#224; long-terme, quoi. Je sais pas, moi au fond je m'en fous de la friche, m&#234;me je m'en fous de ce p&#233;riph&#233;rique, ce que je veux c'est en finir avec ce monde de pollution et de fric.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - A mon avis ce n'est pas contradictoire. Les petites victoires concr&#232;tes ne nous emp&#234;chent pas d'&#234;tre clairs sur ce qu'on veut &#224; long-terme. Et m&#234;me, elles sont n&#233;cessaires pour nous donner du courage. Parce qu'au bout d'un moment c'est harassant de lutter sans que &#231;a d&#233;bouche sur rien. On perd sur le p&#233;riph&#233;rique. On perd sur la r&#233;forme des universit&#233;s. On perd un lieu qui est expuls&#233;. Ca joue sur le moral, plus qu'on le croit, et puis &#231;a nous confirme dans notre croyance selon laquelle ce monde est foutu. A mon avis, au stade o&#249; on en est, les d&#233;faites c'est du luxe, on ne peut plus s'en permettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Autant dire qu'on arr&#234;te de lutter, alors. Les seules victoires qu'on a c'est toutes des d&#233;faites maquill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Tout d&#233;pend de ta strat&#233;gie et de tes objectifs. Evidemment, pour avoir une strat&#233;gie et des objectifs, il faut &#234;tre organis&#233; &#224; l'avance en groupe, et &#231;a on n'a pas l'habitude. Mais prenons l'histoire qu'on vient de vivre. Si au moment de se lancer l&#224;-dedans, on avait discut&#233; avec toi et je sais pas, avec Lucie et Marc par exemple, on aurait analys&#233; la situation, les rapports de force, je pense qu'on aurait pu pr&#233;voir qu'on n'arriverait pas &#224; emp&#234;cher le p&#233;riph' de se construire. Par contre on aurait pu se fixer un but plus petit, &#224; notre port&#233;e. Un objectif qu'on choisit nous et qu'on impose nous, et pas un truc o&#249; on est &#224; la merci d'une &#233;lue qui fait sa n&#233;gociation dans son coin. Ou m&#234;me un objectif pas vraiment &#171; public &#187;, comme consolider des relations politiques entre nous, ou avec un autre groupe qui s'&#233;tait engag&#233; dans la lutte. Ou, je sais pas, en-qu&#234;ter sur comment les habitants du quartier vivaient les choses, jusqu'o&#249; ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; aller. Ou plusieurs de ces petits objectifs &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - L'association de riverains elle avait un objectif concret : &#171; le p&#233;riph d'accord, mais dans le quartier d'&#224; c&#244;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Oui, il y a toujours des gens pour d&#233;fendre la position &#171; N.i.m.b.y. &#187;, &#171; not in my back yard &#187;. On n'aurait jamais d&#233;fendu un objectif pareil bien s&#251;r, on aurait exig&#233; des conditions qui profitent &#224; toute la collectivit&#233;. Pas seulement que le p&#233;riph' soit enterr&#233; partout, mais, je sais pas, qu'en contrepartie les transports en commun soient moins chers et plus fr&#233;quents...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Ouhla, mais tu vires dans le r&#233;formisme, toi ! Tu devrais aller voir les &#233;colos et faire des contre-propositions avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - La diff&#233;rence, c'est que les &#233;colos ne revendiquent rien de plus que leurs petits am&#233;nagements, alors que nous &#224; long-terme on veut un changement de soci&#233;t&#233; &#224; la racine et on l'affirme haut et fort. Comme les autonomes italiens : ils &#233;taient des dangereux r&#233;volutionnaires, et pourtant ils exigeaient des r&#233;formes, augmentations &#233;gales pour tous dans les usines, avortement libre et gratuit, pas de loyer au-dessus de 10% du salaire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Bah, tout ce que t'arracherais serait r&#233;cup&#233;r&#233; par le capitalisme &#224; son profit, comme il l'a fait avec 68, avec le bio, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Peu importe ! C'est sa mani&#232;re de se d&#233;fendre. Si on se laisse endormir par cette strat&#233;gie qu'il a, c'est notre probl&#232;me : c'est qu'on n'est pas clairs sur ce qu'on veut au fond et sur l&#224; o&#249; on va. C'est &#224; ce niveau-l&#224;, dans la conscience collective, qu'on a du travail &#224; faire. On sait que des transports en commun en plus, c'est une seule des cent mille &#233;chardes qu'on va continuer &#224; arracher au capitalisme jusqu'&#224; ses racines. Ceux qui le savent vraiment se laisseront pas embourgeoiser, ils continueront &#224; se battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - En fait pour moi ce travail de conscientisation c'est ce qui compte le plus. Au fond je crois que &#231;a me va de perdre sur des objectifs concrets, du moment qu'on profite de chaque lutte pour faire prendre conscience aux gens des logiques de l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Sauf que les conqu&#234;tes concr&#232;tes comptent autant que la conscientisation, elles doivent aller de pair. Et puis dans notre &#171; travail de conscientisation &#187; on est souvent tr&#232;s abstraits. On n'aborde pas assez chaque situation comme une mine de nouveaux enseignements, on vient avec une th&#233;orie toute faite et on veut que les gens l'adoptent. On veut leur prouver que cette soci&#233;t&#233; est pourrie et forc&#233;ment la r&#233;pression vient nous donner raison, on l'attendrait presque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent a grommel&#233;. Puis il est revenu sur ce que j'avais dit peu avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu sais, c'est facile &#224; dire que si on gagne sur un point on continuera &#224; lutter. Ce qu'on vit l&#224; &#231;a donne pas cette impression, d&#232;s que le moment fort se termine tout le monde s'&#233;parpille. C'est toujours la m&#234;me histoire : quand les luttes finissent je me retrouve seul, moral &#224; z&#233;ro, tout redevient normal, j'ai m&#234;me plus envie de parler de ce qui s'est pass&#233;. Je peux juste esp&#233;rer qu'un autre mouvement d&#233;marre le plus vite possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oooooh ! &#187; pauvre petit Laurent, je l'interrompais avec une tape souriante sur l'&#233;paule. Mais au fond je lui &#233;tais reconnaissant d'exprimer ses sentiments et j'ai fini par le lui dire. C'est vrai que pendant le campement tout allait &#224; cent &#224; l'heure, les rencontres, les exp&#233;riences, les d&#233;calages, m&#234;me la progression des id&#233;es subversives dans nos t&#234;tes : l'accroissement de puissance &#233;tait parmi nous. On &#233;tait tous les jours surpris. On &#233;tait tellement enthousiastes qu'on &#233;tablissait dans la lutte une discipline collective sans s'en rendre compte, on &#233;tait r&#233;ellement pr&#233;sent-e-s, on se serrait les coudes, on manquait pas un rendez-vous, et on d&#233;couvrait tout &#231;a comme une force. C'&#233;tait fou, c'&#233;tait l'aventure. Et maintenant ? Pour moi aussi tout paraissait plat, les frimousses, la circulation, les convivialit&#233;s, tout. Les soucis des gens (et m&#234;me les n&#244;tres) s'exhibaient &#224; nouveau dans leur platitude mortelle, les petits ennuis au boulot, les courses, les jeux vid&#233;o, les soir&#233;es &#233;tudiantes et autres distractions, m&#234;me le militantisme en r&#233;unions du soir et en petites manifs... Les repas en famille, les cours &#224; rattraper &#224; la fac, tout avait encore moins de sens qu'avant. J'avais appris mille fois plus de choses en deux mois de lutte qu'en une ann&#233;e de fac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - C'est exactement &#231;a ! rench&#233;rissait Laurent. D'ailleurs je me dis que je vais arr&#234;ter la fac parce que c'est du temps perdu. Je veux vivre aussi intens&#233;ment que nos deux mois dans la friche, mais pas juste deux mois : tout le temps. &#187; &lt;br&gt;
Il avait marqu&#233; une pause. &#171; Et si on ouvrait un squat ? Ca te dirait ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais mi-figue mi-raisin. Moi parmi les gens qui avaient ouvert des squats, j'en connaissais trop qui avaient laiss&#233; tomber une fois arriv&#233;s &#224; la trentaine. Apparemment, &#171; vivre aussi intens&#233;ment &#187; n'&#233;tait pas tenable dans la dur&#233;e. Epuisant. D'ailleurs dans notre ville, jamais plus de cinquante personnes ne s'&#233;taient vraiment impliqu&#233;es dans les squats : peut-&#234;tre parce que dans un contexte social aussi mou, les gens ne se risquent pas &#224; mettre leurs oeufs dans un panier qui sent la fr&#233;n&#233;sie passag&#232;re. &#171; Est-ce que &#231;a en vaut la peine ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lui - Arr&#234;te, tu parles comme mes parents... Comme l'&#233;lue des Verts, l&#224;, qui dit que &#171; &#231;a va nous passer &#187;. Tu veux quoi du coup ? Le retour &#224; la normale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi - Mais non, c'est pas soit l'un soit l'autre ! Ce que je veux dire c'est que si ouvrir un squat ou monter une communaut&#233;, &#231;a veut dire construire un ghetto de pur jus r&#233;volutionnaire pour qu'il s'effondre six mois ou cinq ans plus tard, il nous faut quelque chose de plus rus&#233;, de plus s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Par exemple ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, nous pourrions apprendre &#224; adopter des tactiques diff&#233;rentes suivant les contextes. Les militaires ne programment pas des assauts continuels : ils envisagent aussi le moment de la retraite comme une force. Les reflux sont des d&#233;faites si tous nos liens se d&#233;font ; des d&#233;faites si on reste au front se faire trucider en h&#233;ros retardataires ; par contre les reflux sont des retraites qui nous renforcent si on les voit comme les &#233;tapes d'une construction politique. Retour &#224; la normale, pourquoi pas ! Mais pour s'y fondre comme dans le maquis, faire des bilans, panser nos plaies, consolider nos bases arri&#232;res, pr&#233;parer la suite. Respiration. Le rythme s'adoucit et nous laisse le temps de prendre du recul, d'analyser le terrain, d'&#233;laborer et de renouveler nos perspectives. Souvent les groupes se dissolvent &#224; la fin d'un combat : c'est parce que nous avons le parti-pris de ne pas faire ce travail. Il faut faire le contraire, apprendre que nos liens ne d&#233;pendent justement pas d'&lt;i&gt;&#233;ruptions&lt;/i&gt;. Ce sont des liens politiques, des liens qui se veulent consistants, qui se raffermissent &#224; mesure que nos objectifs deviennent plus nets et plus profonds. Nous ne sommes pas li&#233;-e-s que par la fi&#232;vre des moments chauds, c'est au contraire dans le froid qu'on &#233;prouve la force de nos perspectives et de nos liens ! Lorsque &#231;a d&#233;marrera de nouveau on se dira : ah, si nous avions plus profit&#233; de l'accalmie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentation de l'&lt;i&gt;&#233;ruptionnisme&lt;/i&gt; est grande et elle fait des ravages : c'est une pure croyance ! Une proph&#233;tie auto-r&#233;alisatrice, comme celui qui dit &#171; je suis moche &#187; : c'est le meilleur moyen de devenir moche. C'est une croyance de ne voir de v&#233;rit&#233; que dans les moments d'intensit&#233;, c'est un f&#233;tichisme de l'imm&#233;diat ; c'est une croyance de dire que les moments o&#249; les luttes retombent sont des rechutes dans la non-vie. C'est une croyance de dire que les solidarit&#233;s qui se sont manifest&#233;es retombent dans la morne indiff&#233;rence. C'est une croyance de dire que les attaches qui se sont forg&#233;es quand nous avons pris des risques ensemble perdent leur actualit&#233;. On ose se croire retomb&#233;-e-s dans la solitude ! Toutes ces croyances font qu'on ne s'imagine m&#234;me pas tout ce qu'on peut faire, tout ce qu'on doit faire quand on revient d'un combat qui s'est termin&#233;. On ne cherche qu'&#224; recr&#233;er l'intensit&#233; perdue et &#224; surnager dedans, on fonde des marmites alternatives, on se pr&#233;cipite dans le volontarismes militant tous-azimuts. On a peur de replonger dans le monde parce qu'on &lt;i&gt;croit&lt;/i&gt; dur comme fer qu'il n'est qu'apathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - En profiter pour faire des bilans, rebondissait Laurent. Pourquoi pas. Ca me rappelle quelque chose que je me disais hier &#224; propos du campement. Je repensais &#224; comment on s'adressait aux gens normaux du quartier qui venaient nous parler. C'&#233;tait bizarre, en fait j'&#233;tais jamais vraiment moi-m&#234;me avec eux. Quand j'&#233;tais en forme je causais, mais je me trouvais toujours hypocrite, parce que je pouvais pas leur dire de but en blanc que toute cette soci&#233;t&#233; c'est de la merde et que leur vie aussi. Et comme &#231;a me d&#233;go&#251;tait d'&#234;tre comme &#231;a, genre militant-d&#233;mago, il y a des fois o&#249; je ne leur parlais juste pas. Mais il y a un truc qui cloche dans tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Oui &#231;a me fait penser &#224; nos embrouilles avec l'association de riverains. Elle &#233;tait toujours sur des positions mod&#233;r&#233;es, c'&#233;tait frustrant. On avait besoin d'elle presque techniquement, elle avait des moyens et une l&#233;gitimit&#233; institutionnelle bien utiles, en m&#234;me temps &#224; plein de moments on &#233;tait bien embarrass&#233;-e-s de l'avoir entre les pattes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Ou plut&#244;t nous de zigzaguer entre ses pattes. Mais oui, en fait on avait un rapport purement strat&#233;gique avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Je dirais, un rapport utilitariste. La strat&#233;gie n'est pas forc&#233;ment utilitariste. Et m&#234;me, une strat&#233;gie utilitariste n'est qu'une mauvaise strat&#233;gie, je pense. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a continu&#233; &#224; discuter un long moment du campement et de tout ce qui s'y &#233;tait pass&#233;. On a essay&#233; de lister tous les ingr&#233;dients qui avaient permis &#224; la lutte de d&#233;marrer et d'&#234;tre si originale. On a parl&#233; de comment les &#233;lu-e-s avaient r&#233;ussi &#224; rouler les gens et de pourquoi on s'&#233;tait pas assez pr&#233;par&#233;-e-s &#224; &#231;a. On a parl&#233; de tous ces trucs de chefferie, avec les grandes gueules qui finalement remportaient toujours les d&#233;cisions en AG, mais aussi les antidotes qu'on avait essay&#233; au bout d'un moment, ces syst&#232;mes de r&#233;partition rationnelle et &#233;galitaire de la parole, mains agit&#233;es en l'air et compagnie, qui n'arrivaient pas non plus &#224; nous satisfaire, en tout cas dans la fa&#231;on dont on les avait pratiqu&#233;s. On a aussi parl&#233; de ce pote qui avait &#224; moiti&#233; agress&#233; une fille dans son sommeil dans une tente, de comment nous les mecs on avait mis du temps &#224; r&#233;agir, de tous les d&#233;bats qu'il y avait eu : le virer, le punir ? Donner notre avis aux filles l&#224;-dessus ? Les laisser agir &#224; leur mani&#232;re, avec leur rage, puis discuter derri&#232;re avec lui du patriarcat ? Quel syst&#232;me juridique on voulait cr&#233;er entre nous ? Parce qu'au fond il s'agissait bien de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup aim&#233; toute cette discussion. J'ai regrett&#233; qu'on n'ait &#233;t&#233; que deux pour se dire et entendre tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui ai dit : &#171; - Mais tu sais quoi ? Avec Lucie et compagnie, on devrait organiser un bilan. On invite plein de gens, au moins les radicaux, peut-&#234;tre pas seulement eux d'ailleurs, et on d&#233;cortique ce qu'on a v&#233;cu ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Je ne sais pas. J'ai l'impression que les bilans collectifs, c'est jamais tr&#232;s int&#233;ressant. On tourne en rond, on r&#233;p&#232;te ce qu'on sait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi : - Mais t'en as d&#233;j&#224; fait, des vrais bilans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui : - Oui bien s&#251;r, il y en a eu des sympas, m&#234;me des week-ends &#224; la campagne, tout &#231;a, des f&#234;tes... Mais bon c'&#233;tait une fa&#231;on de se dire au revoir, rien de plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais emb&#234;t&#233;. Pourquoi &#233;tions-nous capables d'aller si loin &#224; deux, et pourquoi &#233;tait-ce impossible &#224; plus ? Tout le monde tire les le&#231;ons politiques d'une mobilisation dans son for int&#233;rieur et les exprime &#224; peine : au pire en tournant les talons et en haussant les &#233;paules, &#171; on ne m'y reprendra plus &#187;, au mieux en les balan&#231;ant par-dessus la jambe et en claquant la porte. Quant &#224; nos rares bilans collectifs, Laurent avait raison, nous ne sommes manifestement pas capables d'y cr&#233;er les conditions d'&#233;coute suffisantes pour que la parole s'extirpe des refrains et des redites... Nous ne parvenons qu'&#224; des bilans-c&#233;l&#233;bration, qui servent &#224; confirmer le groupe dans ses mythes fondateurs, ses consensus et ses r&#244;les &#233;tablis, comme dans le temps cyclique des soci&#233;t&#233;s dites primitives. Alors les bilans sont-ils condamn&#233;s &#224; &#234;tre soit priv&#233;s d'int&#233;r&#234;t, soit priv&#233;s tout court ? Ou manquons-nous d'outils et d'exercice dans ce domaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'opte pour la deuxi&#232;me r&#233;ponse, c'est parce que les bilans collectifs me semblent &#234;tre des clefs dans une strat&#233;gie politique. Des alambics qui, port&#233;s &#224; la bonne temp&#233;rature, condensent le suc d'une aventure pour en ouvrir plus grand une autre. Ce sont eux qui permettent &#224; un groupe de garder le fil entre diff&#233;rentes exp&#233;riences, d'avancer sans ressasser certaines erreurs, de construire de l'Histoire. Ils sont souvent rejet&#233;s &#224; la p&#233;riph&#233;rie de nos luttes, dans la poussi&#232;re et les coups de balai, alors qu'ils m&#233;ritent une place centrale : ils pourraient &#234;tre le lieu privil&#233;gi&#233; d'une pens&#233;e collective qui s'ancre dans le v&#233;cu concret, qui s'exerce &#224; l'analyse, la synth&#232;se, la cr&#233;ativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fiche pratique : les bilans.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq &#233;tapes &#224; distinguer soigneusement, &#224; valoriser chacune pour elle-m&#234;me, pour que les bilans de nos luttes deviennent les moteurs qu'ils peuvent &#234;tre dans la construction de liens politiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La mati&#232;re premi&#232;re des bilans, ce sont les faits.&lt;/strong&gt; On dresse un grand tableau de ce qui s'est pass&#233; : chronologie, cha&#238;ne de causalit&#233;s, tournants de l'histoire, personnages et forces en pr&#233;sence, visions profondes qui les ont anim&#233;s. On d&#233;balle tout, on liste le plus objectivement possible, on d&#233;crit, on nomme. &lt;i&gt;Sans juger&lt;/i&gt; : ce n'est pas encore le moment de d&#233;finir ce qui s'est bien ou mal pass&#233;, on d&#233;finit ce qui s'est pass&#233;, point. Le d&#233;fi dans cette premi&#232;re &#233;tape, c'est de lui accorder assez de temps : au d&#233;but sortent les grandes lignes, ce que tout le monde sait d&#233;j&#224;, et souvent c'est seulement plus loin qu'apparaissent des anecdotes, des maximes, des d&#233;tails tout-&#224;-fait r&#233;v&#233;lateurs - ce que chaque membre du groupe a pu remarquer et maintenir sous silence parce qu'il ou elle ne savait pas trop quoi en penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Etape suivante : on tire les le&#231;ons.&lt;/strong&gt; On risque des &#233;valuations, des interpr&#233;tations, des analyses. On trouve les mots sur ce que les &#233;v&#233;nements nous ont appris sur nous-m&#234;mes, sur nos alli&#233;-e-s, sur nos ennemi-e-s. Qu'est-ce qui a &#233;t&#233; un succ&#232;s, qu'est-ce qui a &#233;t&#233; un &#233;chec ? Auto-critique. A ce stade les avis seront partag&#233;s et c'est tant mieux. Le groupe, d&#233;j&#224; &#233;tourdi par l'&#233;pop&#233;e qu'il vient de vivre, peut avoir peur des conflits internes... Mais ceux-ci m&#233;ritent d'&#234;tre doucement approfondis pour que l'on puisse percevoir dans tout leur &#233;clat les noeuds et les interrogations sous-jacentes. La progression dans la pens&#233;e est parfois plus importante que la survie sous perfusion d'un collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. On se tourne &#224; 180&#176;, du pass&#233; vers l'avenir.&lt;/strong&gt; Ce que nous avons voulu ensemble ne s'arr&#234;te pas &#224; l'action qui s'est termin&#233;e. En quoi nos objectifs &#224; plus long terme se sont trouv&#233;s &#233;clair&#233;s, enrichis, voire remis en question par l'exp&#233;rience que nous venons de vivre ? Quelles hypoth&#232;ses nous donne-t-elle &#224; v&#233;rifier dans les prochaines actions ? Qu'indique-t-elle au groupe comme &#233;tant n&#233;cessaire de travailler, d'approfondir ? Comment dans le prochain mouvement &#234;tre pr&#234;t-e-s l&#224; o&#249; nous avons &#233;t&#233; fragiles ? Faut-il acqu&#233;rir telles comp&#233;tences ? Se former sur tel sujet politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Le bilan peut prendre une forme po&#233;tique.&lt;/strong&gt; Les r&#233;volutionnaires du si&#232;cle &#233;coul&#233; avaient des chants pour faire vrombir leur m&#233;moire. Nous pouvons aussi produire des chansons, ou des contes, ou du riot-porn, ou toute autre forme romantique-r&#233;volutionnaire. Le but est de construire un discours autour duquel le groupe aura envie de rester ensemble et de continuer l'aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Le bilan est communiqu&#233;.&lt;/strong&gt; Dans son double aspect, analytique et artistique, le bilan est condens&#233; sur un support qui pourra &#234;tre transmis : brochure, expo-photos, document audio ou vid&#233;o... Diffus&#233; &#224; d'autres groupes et &#224; d'autres g&#233;n&#233;rations, il est une arme de toute premi&#232;re importance, une mallette de recommandations pour la raison et d'inspirations pour l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fiche pratique : Les alliances avec des groupes politiques diff&#233;rents.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;De la participation &#224; des comit&#233;s unitaires.&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour beaucoup de groupes radicaux, la participation &#224; des comit&#233;s unitaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comit&#233; unitaire : au coeur d'une lutte (&#233;tudiante, de soutien aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est vue que comme un frein &#224; leur action. Au contraire, nous pensons qu'elle permet des rencontres et des mouvements d'une importance strat&#233;gique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, l'union de diverses tendances autour d'objectifs politiques communs permet l'apprentissage politique aux individus inorganis&#233;s qui participent au mouvement. Au cours des ardentes discussions chacun-e a la possibilit&#233; et le temps de prendre sa place dans la tendance qui correspond &#224; ses propres r&#233;flexions et &#224; sa maturit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, un groupe peut participer &#224; un comit&#233; unitaire tout en gardant sa libert&#233; :&lt;br&gt;
1) D'affirmer ses perspectives politiques particuli&#232;res et le sens particulier qu'il donne &#224; sa participation &#224; l'action unitaire ;&lt;br&gt;
2) D'amener les formes d'action qu'il jugera opportunes, voire de les faire adopter dans le cadre unitaire.&lt;br&gt;
Un exemple frappant est l'action &#171; Stop the City &#187; lanc&#233;e &#224; Londres contre les banques en 1999. Pas moins de 27 tracts diff&#233;rents ont convoqu&#233; &#224; l'&#233;v&#232;nement, les formes d'action allaient de ceux qui distribuaient des tartines d&#233;guis&#233;es en nonnes, &#224; ceux qui lan&#231;aient des pierres, en passant par ceux qui se couchaient par terre ou se mettaient en position de lotus. Un comit&#233; ne doit pas forc&#233;ment succomber aux ayatollah uniformistes qui veulent &#244;ter les ailes &#224; tout ce qui d&#233;passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cisions &#233;tant faites, nous pouvons &#233;voquer diverses attitudes face aux alliances politiques au sein d'un comit&#233; unitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-L'alliance comme outil strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Les revendications d'un comit&#233; unitaire visent toujours des r&#233;formes : y participer donne l'impression de perdre la vis&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;br&gt;
Tout d&#233;pend si les r&#233;formes vis&#233;es vont dans le sens de plus d'autonomie, si elles sont un pas qui fait reculer le commandement capitaliste. Certaines r&#233;formes ne font que renforcer la soumission et doivent &#234;tre combattues. Mais le refus de s'int&#233;resser &#224; quelque r&#233;forme que ce soit vient du refus de penser strat&#233;giquement : la vis&#233;e r&#233;volutionnaire &#224; long terme est prise comme LA revendication &#224; poser dans l'imm&#233;diat alors qu'elle devrait &#234;tre prise comme boussole, orientant les choix strat&#233;giques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ce refus de se com-promettre avec des groupes dont les vis&#233;es politiques ne sont pas assez radicales ? Ce m&#233;-pris des autres vis&#233;es vient-il d'une sur-valorisation des id&#233;es qui animent le groupe radical ? Et derri&#232;re cette sur-valorisation une sous-valorisation : parce qu'on doute qu'en s'alliant on puisse faire valoir ses propres perspectives politiques ? Parce qu'on imagine les autres organisations, UNEF LCR et compagnie, si puissantes et astucieuses qu'elles arriveront automatiquement &#224; nous &#233;crabouiller, nous faire taire, imposer leur loi dans le comit&#233; ? Ce serait capituler avant de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-L'alliance comme rapport utilitariste : un m&#233;pris.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
L'alliance avec d'autres formations politiques n'est parfois envisag&#233;e que par des calculs utilitaristes. Parce qu'elle donne &#224; l'action du groupe minoritaire la caution du plus grand nombre. Parce qu'elle permet d'avoir acc&#232;s &#224; des lieux, &#224; du mat&#233;riel, ou d'avoir une audience plus grande que celle que le groupe tout seul pourrait obtenir. Ou pire, parce qu'on veut se dissimuler dans le mouvement de masse pour &#233;viter de se faire pincer par la r&#233;pression. Tous ces calculs politiciens montrent que le groupe en question veut agir &#171; au-del&#224; de sa positivit&#233; &#187; : il sur-valorise sa position, tout en la sous-valorisant, puisqu'il cherche &#224; se faire entendre non pas en comptant sur ses propres forces de persuasion, mais en instrumentalisant le plus grand nombre, que de telle sorte il m&#233;prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-L'alliance n'implique pas un respect aveugle de la &#171; d&#233;mocratie &#187; dans la lutte.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Souvent un groupe minoritaire per&#231;oit qu'un nombre significatif de participants au mouvement cherche &#224; d&#233;border les organisations cens&#233;es repr&#233;senter l'avis de la majorit&#233;. Il peut alors choisir d'assumer une action minoritaire, par exemple une occupation ou une action directe, sachant qu'elle motivera du monde. Il sera en butte aux critiques des d&#233;mocratistes, qui lui reprocheront de passer outre l'avis de la majorit&#233;, mais l'action ouvre de nouveaux espaces, et elle peut rencontrer un certain succ&#232;s. Si c'est le cas, les organisations r&#233;formistes sont souvent pr&#234;tes &#8211; apr&#232;s-coup &#8211; &#224; d&#233;fendre l'action ainsi que les militant-e-s &#233;ventuellement inculp&#233;-e-s.&lt;br&gt; Un exemple. Un mouvement a &#233;t&#233; lanc&#233; dans une universit&#233; par des trotskystes contre les mesures d'aust&#233;rit&#233; limitant par exemple le nombre des assistant-e-s. Apr&#232;s un certains nombre d'AG assez glauques le mouvement commen&#231;ait &#224; se fatiguer, lorsqu'un groupe proposa aux &#233;tudiant-e-s de venir occuper l'universit&#233; pendant le week-end avec sacs de couchages et grillades sur les pelouses. Gr&#226;ce &#224; cette initiative le mouvement de gr&#232;ve a dur&#233; plus de deux mois, car les &#233;tudiant-e-s ont commenc&#233; &#224; partager des choses plus profondes, &#224; aborder leurs vrais probl&#232;mes, y compris ceux qui d&#233;passent le cadre de l'universit&#233;.&lt;br&gt;
Il arrive que la majorit&#233; du comit&#233; persiste &#224; exclure l'action propos&#233;e, alors le groupe minoritaire peut sortir du comit&#233; tout en continuant &#224; se d&#233;clarer solidaire des revendications qui l'unissent. Quand la s&#233;cession est pos&#233;e a priori, elle n'est souvent comprise que comme une position dogmatique ; quand elle n'intervient qu'&#224; ce stade-l&#224;, ses raisons deviennent plus intelligibles aux yeux de tous et de toutes. Rendre un choix politique le plus clair possible n'est pas une d&#233;magogie mais une marque de consid&#233;ration et, l&#224; encore, une arme dans la construction de liens.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En-qu&#234;te d'alli&#233;-e-s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les murs entre les milieux sociaux forment l'armure principale du status-quo. Lettre d'une personne qui per&#231;oit l'atomisation de la soci&#233;t&#233; et ses cons&#233;quences sur sa propre vie. Lettre adress&#233;e au membre du ghetto voisin, appel &#224; la rencontre. Lettre d'invitation &#224; une en-qu&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui es-tu ? Toi que je croise, les oreilles dans ton baladeur, les yeux sur tes pieds, press&#233; comme moi d'avaler cette rue qui n'est plus qu'un moyen de transport, non pas un espace &#171; public &#187; parce que la vie publique y palpite &#224; peine, mais un espace assez lisse pour qu'on puisse glisser c&#244;te &#224; c&#244;te. Toi la t&#234;te toute enti&#232;re dans ton t&#233;l&#233;phone portable, d&#233;j&#224; arriv&#233; en pens&#233;e dans ton petit groupe convivial, presque-priv&#233;, foyer encore doux. Comment vais-je pouvoir te poser la question : qui es-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux savoir qui tu es, pas juste &#171; ce que tu fais &#187; mais quel sens tu donnes &#224; ce que tu fais, quelles sont tes aspirations profondes, le petit point de force dans l'estomac qui te r&#233;veille le matin. Quelle est ton histoire ? Pourrions-nous devenir alli&#233;-e-s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis en qu&#234;te d'alli&#233;-e-s. Peut-&#234;tre d'ami-e-s, ou d'amant-e-s : mais avant tout, d'alli&#233;-e-s. J'ai compris que toutes les combinaisons possibles de la &#171; d&#233;merde &#187;, depuis le deal jusqu'&#224; la promotion au boulot, ont une jambe cass&#233;e : elles pr&#233;tendent qu'on peut s'en sortir tout-e seul-e. Avec bien s&#251;r, dans le capital in&#233;gal de chaque &#226;me concurrente, un trousseau avis&#233; de &#171; contacts &#187; et de &#171; r&#233;seaux &#187;, et aussi une ch&#233;rie pour arriver &#224; se d&#233;tendre et tenir le coup. Je ne comprends pas encore exactement ce qu'a voulu dire Bakounine avec &#171; ma libert&#233; commence l&#224; o&#249; commence la libert&#233; de l'autre &#187; mais j'y pressens des relations humaines qui sont d'un autre &#233;tage. Et je crois savoir qu'en effet un vrai &#171; mieux &#187; dans nos vies d&#233;pend de liens bien plus consistants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &#231;a se passe, toi, dans ton ghetto ? Nous sommes tous et toutes confin&#233;-e-s dans des ghettos, des cases &#233;toil&#233;es qui se chevauchent sur le territoire sans se trouver. Tous et toutes, banquier-e-s comme activistes. On se toise en silence dans les espaces &#171; publics &#187; de transports. On sait confus&#233;ment que tous ces milieux prennent part &#224; la vie sociale et font d'elle ce qu'elle est : chacun tire de son c&#244;t&#233; et donne son coup de patte, ce qui est pris par les uns manque aux autres, il y a des d&#233;pendances de partout. Mais il n'y a aucune parole directe de tribu &#224; tribu, et pour que toutes ces interactions forment un tableau logique dans nos t&#234;tes, nous en sommes r&#233;duit-e-s &#224; nous raconter des histoires les unes sur les autres. Heureusement que les sociologues m&#233;diatiques sont l&#224; pour nous aider : je crois comprendre &lt;i&gt;au journal t&#233;l&#233;vis&#233;&lt;/i&gt; pourquoi mon voisin a telle ou telle coutume, pourquoi les jeunes marginaux que je vois dans le tram s'habillent comme ci ou &#231;a, ce que viennent faire ces immigr&#233;-e-s dans ma ville, que revendiquait la manif qui est pass&#233;e tout-&#224;-l'heure sous mes fen&#234;tres, comment &#231;a se fait que dans mon quartier tant de gens ont vot&#233; &#224; l'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'ai encore des doutes, j'ai encore des questions. J'ai l'air indiff&#233;rent dans le bus quand je regarde dans la vitre, mais c'est toi que je regarde vraiment, &#224; la d&#233;rob&#233;e comme si tu &#233;tais nu, c'est toi qui m'intrigues. Est-ce que tout ce qu'on dit sur ton monde est vrai ? Tout ce qu'on raconte dans les films ? Si je croyais tout-&#224;-fait aux amalgames qui circulent sur toi, ou m&#234;me aux sciences sociales qui ont l'air de t'avoir d&#233;termin&#233;, je n'aurais plus une miette de curiosit&#233; pour toi &#8211; nous serions des fant&#244;mes dans le firmament de la tol&#233;rance. Tu ne me feras pas croire que tu es un pur &#233;chantillon de ta cat&#233;gorie sociale. Peux-tu me surprendre ? Dis-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez toi qu'est-ce qu'on raconte sur moi, sur nous ? Chez moi dans le ghetto activiste, il y a plein de g&#233;n&#233;ralit&#233;s qui circulent sur les autres. Par exemple, il y a le mythe de l'&#233;meutier de banlieue : sujet intrins&#232;quement r&#233;volutionnaire. Il y a aussi le mythe du petit-bourgeois : sujet intrins&#232;quement ali&#233;n&#233;. Ces &lt;i&gt;objectivations&lt;/i&gt; ne sont pas compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de la plaque, elles reposent sur une sociologie rigoureuse. Elles tiennent compte des diff&#233;rentes conditions sociales, tandis que la pens&#233;e dominante veut nous conter la fable d'un individu lib&#233;ral, &#233;gal, interchangeable. Mais l&#224; o&#249; elles devraient juste nous servir d'indices, d'avertissements, de &lt;i&gt;probabilit&#233;s&lt;/i&gt;, elles prennent toute la place dans notre imaginaire et finalement elles nous &lt;i&gt;dispensent&lt;/i&gt; de rencontrer les gens. Nous croyons com-prendre les autres milieux : au bout du compte nous les m&#233;-prenons, parce que nous ne partons pas &#224; leur &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est assez &#233;tonnant, parce qu'entre activistes il est dit et redit que nous devons &#171; nous unir &#224; d'autres cat&#233;gories exploit&#233;es &#187;. Mais m&#234;me elles, nous avons beaucoup de mal &#224; les rencontrer. Il y a des intentions et des &#171; d&#233;marches d'ouverture &#187; qui ne sont pas insignifiantes, mais le coche est souvent lamentablement rat&#233;. On organise un &#233;v&#233;nement public, une projection, un repas de quartier : seul-e-s trois tondu-e-s parmi nous sont dispos&#233;-e-s &#224; parler aux inconnu-e-s. Des cailleras participent &#224; une manif : on se f&#233;licite d'un maigre slogan repris en choeur ou de quelques oeillades complices derri&#232;re la barricade. Apr&#232;s la manif on cherche &#224; aller plus loin avec elles : on ne pense qu'&#224; l'anti-r&#233;pression, en bout de cha&#238;ne l&#224; o&#249; il ne reste plus de la bataille que le mouvement d&#233;fensif, l&#224; o&#249; en guise d'&#233;change nous ne pouvons avoir qu'un geste unilat&#233;ral de soutien, un bras long d'avocats et d'&#233;rudition juridique. On veut &#171; communiquer &#187; sur un probl&#232;me : affiches et textes sont balanc&#233;s sur les murs ou sur le net comme dans le froid de l'espace intersid&#233;ral. On apprend qu'une association de riverains s'est mont&#233;e contre un projet immobilier, ou que des &#233;tudiant-e-s s'organisent pour soutenir une camarade sans papiers : nous voici &#224; toute vitesse, brochures et modes d'actions en veux-tu en voil&#224; &#8211; et suivant la radicalit&#233; de ce qu'on trouve en arrivant, soit on repart d&#233;courag&#233;-e-s, soit on se greffe &#224; l'histoire, s&#233;lectionnant tout ce qui &#224; l'int&#233;rieur peut co&#239;ncider avec nos refrains politiques. Les gens d'en face finiront par nous voir sortir de leur vie aussi vite que nous y sommes entr&#233;-e-s, et j'imagine parfois, sans trop me l'avouer, la m&#233;fiance pour &#171; les militant-e-s &#187; que nous pouvons laisser en eux. Ce qu'ils essayaient de dire a &#233;t&#233; vaguement entendu par nous, en tout cas &lt;i&gt;instrumentalis&#233;&lt;/i&gt; : relay&#233; avec empressement comme l'&lt;i&gt;illustration&lt;/i&gt; qui-tombe-&#224;-pic d'un discours d&#233;j&#224; boucl&#233; &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'arrive pas &#224; savoir si toutes ces maladresses, qui ont &#233;t&#233; et sont encore en premier lieu les miennes, sont dues &#224; notre manque d'exp&#233;rience ou &#224; de la flemme ; peut-&#234;tre parce que le premier entra&#238;ne la seconde. Le fait est que nous tombons sans cesse &#224; c&#244;t&#233; de la rencontre. Ecoeur&#233;-e-s, certain-e-s d'entre nous concluent que toute alliance est vaine voire p&#233;rilleuse et que les choses changeront, peut-&#234;tre, si chaque ghetto s'occupe de ses affaires en parall&#232;le. Je ne suis pas d'accord avec elles et eux. L'ordre &#233;tabli se maintient en divisant la population, tout va bien pour lui tant qu'il est seul &#224; d&#233;tenir les clefs du lien entre toutes les composantes de la soci&#233;t&#233; : nos sabotages auront beau &#234;tre t&#233;m&#233;raires, nos tags po&#233;tiques et bien plac&#233;s, nos campagnes d'information pr&#233;cises et massives, nous resterons des carpes tant que nous n'aurons pas saisi cette combine. C'est bien dans la construction d'un lien social autonome, au-del&#224; de nos petits milieux, plus consistant et plus profond que la colle conviviale, que nous irons vers le c&#339;ur d'une &#233;mancipation collective. Dans notre soci&#233;t&#233; toutes sortes d'initiatives vont dans ce sens et &#224; la fois rien ne les aide : je crois que c'est &#224; nous de prendre ce d&#233;fi &#224; bras le corps, d'analyser nos erreurs, de d&#233;masquer les fausses pistes citoyennes ; ne nous laissons pas d&#233;courager, poussons en avant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec tout &#231;a que je viens vers toi et que je te demande qui tu es, ce que tu penses au fond, quelle est ton histoire. J'appelle ta parole. Je ne joue plus &#224; deviner ce que tu vas forc&#233;ment me dire, &lt;i&gt;je t'aborde comme une cr&#233;ature &#233;nigmatique&lt;/i&gt;. Je veux c&#233;l&#233;brer ton opacit&#233;. Mon attention ne se refermera pas aux premi&#232;res de tes banalit&#233;s, je sais que tu tends toutes sortes de transparences pour rassurer le public (et toi avec, peut-&#234;tre), mais je devine toujours des myst&#232;res et je veux rester en jeu. Qui es-tu, que portes-tu au c&#339;ur ? Je t'&#233;coute, parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux accueillir ta parole comme une main dans le sable, l'&#233;prouver &#224; l'int&#233;rieur de moi, emprunter, curieux, ses plis particuliers, mais je te mentirais si je pr&#233;tendais n'&#234;tre constitu&#233; que de cette couche friable. J'ai en-dessous un foyer o&#249; je forge mes convictions. J'ai moi aussi des choses &#224; te dire, j'ai une origine sociale, une exp&#233;rience, des motifs, des interpr&#233;tations. J'ai moi aussi des besoins, mat&#233;riels, affectifs. Je ne veux pas avoir peur de les d&#233;rouler sur la table, tout comme je ne veux me scandaliser d'aucune &#171; &#233;normit&#233; &#187; en face. Parce que j'aspire bien &#224; une &lt;i&gt;rencontre&lt;/i&gt; : ni l'&#233;coute cordiale du relativiste correct, ni le discours &#224; sens unique du p&#233;dagogue qui d&#233;tient la v&#233;rit&#233;, mais le mouvement ambigu de la parole vraie qui &lt;i&gt;permet&lt;/i&gt; l'&#233;coute vraie, et vice-versa. Plus je suis clair avec moi-m&#234;me, plus je peux danser avec ta libert&#233; d'expression. Si je sais reconna&#238;tre et formuler mes propres pr&#233;suppos&#233;s, je risque moins de les confondre et de les projeter dans ce que tu me dis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois malgr&#233; tout j'ai peur que par ta bouche tu me menaces psychologiquement, tu me culpabilises, tu poignardes ma confiance. J'ai peur de cette pens&#233;e dominante, de tous ces mots qu'on cloue dans mon courage, dans ce courage si fragile de me dresser contre ce qui m'oppresse. Mais je veux apprendre &#224; ne plus avoir peur, peut-&#234;tre que mes camarades m'aideront en cela. Je ne veux plus avoir peur du conflit, si c'est un conflit &lt;i&gt;heuristique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heuristique : se dit d'une ambiance qui encourage la recherche et la d&#233;couverte.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : un conflit qui nous entra&#238;ne sans chichis vers le fond des v&#233;cus et des pens&#233;es, comme une ancre tombe lentement sans trembler. Je ne veux plus avoir peur de manquer le dernier mot, je ne veux plus avoir peur de mes &#171; je ne sais pas &#187; comme des crevasses, je ne veux plus vivre une discussion comme un danger. Je ne suis plus l&#224; pour &lt;i&gt;gagner&lt;/i&gt; dans le dialogue, mais pour l'&lt;i&gt;ouvrir&lt;/i&gt; et le maintenir en funambule m&#234;me quand une divergence me d&#233;s&#233;quilibre : signal qu'on commence seulement &#224; se parler. Mon id&#233;al ne se d&#233;fend pas en cotte-de-mailles, &#224; coups de sentences. Mon id&#233;al s'approche quand on arrive &#224; desserrer les gaines et &#224; couler vers la radicalit&#233;, c'est-&#224;-dire vers la &lt;i&gt;racine&lt;/i&gt; des choses. Viens : on plonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu n'es pas un monolithe &#224; classer dans une salle du mus&#233;um sociologique, et moi non plus. Nous contenons chacun-e une soci&#233;t&#233; de voix discordantes, nous contenons la soci&#233;t&#233; enti&#232;re &#224; l'int&#233;rieur de nous. M&#234;me si certaines voix en nous ont eu leur chapitre et d'autres moins ; m&#234;me si, surtout &#224; la surface, chacun-e baigne dans le courant chaud des mots de son rang et de son milieu social. En plongeant ensemble dans notre mer de voix nous scannons aussi la soci&#233;t&#233; et nous nous &#233;tonnons de comment elle s'exprime sous nos propres eaux. C'est un beau parcours, o&#249; l'&#233;tonnement n'emp&#234;che pas la recherche de nos pens&#233;es profondes, justement parce que nous les savons forc&#233;ment sociales. Je sais que mes convictions et les tiennes n'ont finalement rien d'exceptionnel parce qu'elles naissent dans l'Histoire de notre soci&#233;t&#233;, je sais que tes &#171; &#233;normit&#233;s &#187; et les miennes ne sont pas tout-&#224;-fait &#233;trang&#232;res, parce que de pr&#232;s ou de loin elles nous ont charpent&#233; l'un et l'autre. Je sais (mais je le dis trop peu) qu'en &#233;tant constern&#233; devant certaines id&#233;es, je me laisse consterner aussi par ce que je pouvais penser moi-m&#234;me il y a de cela pas si longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai des voix dans la t&#234;te, un parlement tout entier. J'ai des voix comme des courants marins dans le placenta et dedans, des mots qui sont des bulles. Certains mots s'&#233;panchent dans certaines voix et sonnent creux dans d'autres. Il y a les mots d'un ghetto et d'un seul. Il y a les mots galvaud&#233;s, ils sont dits pareil partout mais ils ont une signification diff&#233;rente selon les ghettos. Il y a les mots qui ne se disent rien, de ghetto &#224; ghetto, et qui pourtant rec&#232;lent la m&#234;me signification. Il y a les mots-&#224;-scandale : ceux qui tranchent. Notre plong&#233;e amniotique en paroles viendra sonder les pens&#233;es jusqu'&#224; cette unit&#233; de base : quels sont tes mots ? Quelles sont tes r&#233;f&#233;rences culturelles, tes concepts, tes perceptions, tes repr&#233;sentations ? Avons-nous des mots en commun ? Comment comprends-tu les mots qui-vont-de-soi dans mon langage militant ? Comment le traduis-tu dans ton patois &#224; toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re a eu sa Tour de Babel et le n&#233;o-lib&#233;ralisme a voulu l'abattre. Le dernier degr&#233; du lien social est dans la parole : atomiser la soci&#233;t&#233; c'est aussi brouiller les mots, les vider de sens, les retourner contre eux-m&#234;mes. Il y a une guerre m&#233;diatique des mots o&#249; tout nouveau terme qui peut faire sens est l'objet de convoitises et de conqu&#234;tes. Qu'est-ce qui peut &#234;tre &lt;i&gt;commun&#233;ment&lt;/i&gt; admis comme &#171; r&#233;volutionnaire &#187; aujourd'hui &#224; part tel nouveau robot m&#233;nager ? Qui sommes-nous si la &#171; subversion &#187; est c&#233;l&#233;br&#233;e dans les critiques de films du journal Lib&#233;ration ? Qu'allons-nous faire de la &#171; d&#233;mocratie directe &#187; si le maire socialiste de Grenoble se met &#224; la vanter texto dans sa campagne &#233;lectorale, lui qui est pass&#233; ma&#238;tre dans le lancement de forums citoyens sur des projets pharaoniques d&#233;j&#224; vot&#233;s en haut lieu ? Et ce &#171; lien social &#187;, quel sens arriverons-nous &#224; lui donner s'il est &#226;nonn&#233; par les m&#234;mes administrations qui le d&#233;truisent jour apr&#232;s jour ? Un lien social autonome, ind&#233;pendant des logiques marchandes ou institutionnelles, reposera concr&#232;tement sur ce que nous arriverons &#224; faire mais aussi &#224; &lt;i&gt;dire ensemble&lt;/i&gt; du fond du coeur. Des mots discut&#233;s, &#233;labor&#233;s, profond&#233;ment compris ensemble sont les piliers de nos complicit&#233;s, et pour cette raison il me para&#238;t absolument strat&#233;gique d'arriver &#224; refonder une langue des rebelles. Pour cette raison, si nous &#233;crivons un jour un tract ensemble, je te pr&#233;viens, je &#171; chipoterai &#187; sur les mots. Pas pour t'imposer les miens, mais parce que je vois dans ce &lt;i&gt;processus&lt;/i&gt;-l&#224;, dans cette confrontation des &lt;i&gt;intelligibilit&#233;s&lt;/i&gt;, une occasion de s'unir aussi concr&#232;te que la diffusion m&#234;me du texte. Je ne tiens pas forc&#233;ment &#224; mes mots : je tiens &#224; une alliance patiente des mots de nos milieux s&#233;par&#233;s. Et qui sait, &#224; leur transformation, &#224; leur fusion dans un plurilogue plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un autre monde que nous verrions de nos yeux avec d'autres mots. Notre vue est parl&#233;e. &#187; (V. Novarina) L'alliance pour laquelle je viens vers toi se scellera dans des poign&#233;es-de-mots et dans ce qu'elles permettront : un renouvellement du regard, une profondeur des pens&#233;es. Ce sont les id&#233;es les plus claires qui arrivent le mieux &#224; danser avec les mots, les empoigner, les lancer, les reprendre, s'exprimer avec tant&#244;t un langage tant&#244;t un autre. Ind&#233;pendant-e-s dans notre compr&#233;hension globale de la soci&#233;t&#233;, fort-e-s d'une r&#233;flexion partag&#233;e, nous pourrons peut-&#234;tre d&#233;serter la seule id&#233;ologie qui pour l'instant nous semble tenir debout, celle qui dit que la soumission est in&#233;luctable sur cette plan&#232;te. Nous avons int&#233;rioris&#233; cette id&#233;ologie et nous menons tous et toutes, plus ou moins consciemment, un combat intime contre elle. Nous soutenir mutuellement dans cette r&#233;sistance int&#233;rieure est un premier pas. A partir de l&#224;, chacun-e, chaque groupe, suivant son contexte et son histoire, choisira sans doute une strat&#233;gie d'action diff&#233;rente (s&#233;cession, lutte dans le travail, etc.) : tant que nous cultivons l'alliance des consciences, cela ne peut &#234;tre qu'une richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que nos langages resteront s&#233;par&#233;s, mais alors nous saurons un peu mieux pourquoi : nous aurons en tout cas d&#233;pass&#233; ces bribes de savoir &lt;i&gt;abstrait&lt;/i&gt; que nous croyons avoir les un-e-s sur les autres, nous serons &lt;i&gt;concern&#233;-e-s&lt;/i&gt; les un-e-s par les autres, il sera plus facile d'agir ensemble et aussi plus difficile de s'oublier. Mais cette connaissance vive, forc&#233;ment riche, ne sera pas pour autant une d&#233;claration de paix. Tu seras peut-&#234;tre vigile et un jour on te commandera de me barrer la route d'une occupation. Tu seras peut-&#234;tre jeune scientifique et un jour on te soumettra un projet militaire. Tu seras peut-&#234;tre assistante sociale et un jour on te priera de me d&#233;noncer aux autorit&#233;s. Tu seras peut-&#234;tre urbaniste et un jour on t'appellera pour un d&#233;placement de populations dans la ville. Tu feras ton choix, et peut-&#234;tre que l'en-qu&#234;te m'aura permis de mieux comprendre ses raisons, mais &#231;a ne m'emp&#234;chera pas de m'interposer. D&#233;termin&#233; et sans m&#233;-pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu veux tenter l'aventure ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fiche pratique : l'en-qu&#234;te&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tous ces &#234;tres derri&#232;re les vitres fum&#233;es des autres milieux sociaux ne nous apparaissent encore que comme des masses et des points en mouvement. Il faudra enfiler des escarpins pour aller vers eux et pour qu'ils prennent forme humaine. Nous venons &#224; leur rencontre, en-qu&#234;te, pas &#224; pas. Auront-ils le go&#251;t de danser avec nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a. Accroupi-e-s.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier mouvement de l'en-qu&#234;te est encore recentr&#233; sur notre propre groupe. Qui sommes-nous, nous qui partons &#224; la rencontre ? D'o&#249; partons-nous, d'o&#249; parlons-nous, que cherchons-nous ? Nous partageons ces questions et toute la danse qui va suivre avec des camarades : pour nous l'en-qu&#234;te a du sens &#224; l'int&#233;rieur d'un cheminement politique collectif, qui ne na&#238;t pas de rien et ne manquera pas de se poursuivre une fois les bilans esquiss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b. Mains tendues.&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Anciennes amiti&#233;s coll&#233;giennes, coll&#232;gues d'int&#233;rim, camaraderie d'une lutte, complicit&#233; autour d'un instrument de musique ou d'un club de mycologie, inscriptions sans visage sur un forum internet, voisinage prompt aux coups-de-main, pannes providentielles et autres situations de n&#233;cessit&#233;, nu&#233;es espi&#232;gles de m&#244;mes qui viennent chercher des noises... L'oeil averti recense par magie quantit&#233;s d'occasions d'attraper les mains nonchalamment tendues par-dessus les murs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c. Bouche cousue.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois le contact &#233;tabli, le premier r&#233;flexe militant consiste &#224; enfouir l'autre sous une pellet&#233;e d'id&#233;es g&#233;niales. Peut-&#234;tre qu'on pourra planter un drapeau rouge ou noir sur le monticule ainsi form&#233;. Il y a une peur presque hargneuse de rater cette porte exceptionnellement ouverte, alors on sort vite le pack id&#233;ologique de son milieu : c'est la meilleure mani&#232;re de tout fermer. &#171; J'ai la solution &#224; ton probl&#232;me ! &#187;, &#171; A Rennes, dans la m&#234;me situation, ils ont pas h&#233;sit&#233; &#224; tout casser &#187;, &#171; Attention, quand tu dis &#231;a, tu v&#233;hicules la pens&#233;e dominante &#187;, &#171; L'union fait la force, il faut se bouger ! &#187;. Nous sommes charg&#233;-e-s de connaissances belles et occult&#233;es, nous bouillonnons g&#233;n&#233;reusement ou am&#232;rement de ne pouvoir les transmettre... Mais chhht... patience !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d. Oreilles &#233;carquill&#233;es.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les liens les plus forts commencent lorsque l'autre peut aller au bout de ce qu'il ou elle a &#224; dire. Il est rare d'&#233;prouver assez de confiance pour oser exprimer le fond de sa pens&#233;e, on est souvent coup&#233;-e dans son &#233;lan par les r&#233;ponses de circonstance, par les &#171; oui-mais... &#187; : presque des marques d'inattention. Dans l'en-qu&#234;te, quand l'autre se risque &#224; formuler son raisonnement, son ressenti, nous ne l'interrompons pas, nous voulons plut&#244;t l'encourager &#224; le d&#233;rouler jusqu'au noeud de la pelote et m&#234;me plus loin. Loin jusqu'au fond des questions de fond, l&#224; o&#249; on s'explique le monde, l&#224; o&#249; on se sait en contradiction, l&#224; o&#249; on s'avoue fragile et seul-e, l&#224; o&#249; on s'&#233;meut sans avoir besoin de se d&#233;fendre. L'en-qu&#234;te veut &#234;tre le lieu de la qualit&#233; d'&#233;coute par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;e. Synapses enregistrantes.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou dictaphone allum&#233;... Parce que dans la bouche de l'interlocuteur ou de l'interlocutrice, rien n'est banal, rien n'est anodin, y compris les toutes premi&#232;res politesses. Par exemple, quels sont pr&#233;cis&#233;ment les mots employ&#233;s par la personne pour exprimer :&lt;br&gt;
sa dignit&#233; (dans sa facult&#233; de faire, dans son activit&#233; r&#233;mun&#233;r&#233;e ou pas, etc.),&lt;br&gt;
ses relations et notamment ses solidarit&#233;s (avec ses coll&#232;gues, ses voisin-e-s, etc.),&lt;br&gt;
ses besoins profonds et ses strat&#233;gies pour les satisfaire, &lt;br&gt;
les pressions qu'elle est oblig&#233;e d'accepter, parce que les r&#233;sistances individuelles ou m&#234;me de petits groupes ne suffisent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;f. Un pas de retrait.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le moment o&#249; le groupe qui s'est mis en qu&#234;te devient bassin de d&#233;cantation de ce qu'il a entendu. Il prend la plume, qui l'aide &#224; se donner du recul. Qu'est-ce qui a commenc&#233; &#224; &#234;tre dit ? Quels sont les concepts-cl&#233;s, les concepts sous-entendus qui sont mis en oeuvre ? Quelles sont les remarques o&#249; brille la pertinence, et quelles sont les pens&#233;es qui semblent montrer &#224; quel point des pressions ont &#233;t&#233; int&#233;rioris&#233;es ? Ce qui d&#233;cante ici n'est pas seulement ce que les autres nous ont dit : ce sont aussi en m&#234;me temps nos propres repr&#233;sentations de ce qu'est le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;g. Un pas en avant.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le groupe revient alors vers les interlocuteurs et interlocutrices avec un texte, comme une r&#233;ponse, comme une proposition o&#249; &#224; son tour il s'est mis en jeu. Dedans figure ce qu'il a compris et retenu du premier entretien &#224; travers son propre prisme, clairement assum&#233; comme tel. Figurent &#233;galement les ponts jet&#233;s avec ses propres besoins et perspectives. Des mots des un-e-s sont mis en avant, des mots des autres apparaissent, des mots nouveaux sont forg&#233;s comme le r&#233;sultat attentionn&#233; de cette rencontre particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;h. Un pas en retrait, un pas en avant.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte est discut&#233;, les malentendus sont point&#233;s, les flous cern&#233;s, les mots enrichis. Le groupe repart et corrige le texte, puis revient proposer une nouvelle version. Et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;i. Etoile.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Forts d'un texte qui leur convient tous deux, les deux groupes peuvent organiser sa diffusion ensemble dans leurs diff&#233;rents ghettos. Une fa&#231;on de sceller le lien par une petite coop&#233;ration concr&#232;te.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quant &#224; ce point pr&#233;cis, nous sommes redevables envers l'un des trop rares (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;j. Accroupi-e-s&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Retour &#224; la case d&#233;part : et si les deux groupes partaient en-qu&#234;te vers d'autres milieux encore ? Pourquoi pas dans l'id&#233;e de lancer une feuille de chou, comme un fil rouge &#224; travers les attaches enchev&#234;tr&#233;es que toutes ces petites cit&#233;s pourront nouer entre elles ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;troits : une invitation &#224; penser collectivement.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce num&#233;ro de D&#233;troits est un moment dans un processus de discussion nomm&#233; &#171; &lt;i&gt;Elucubrations&lt;/i&gt; &#187;, o&#249; nous exp&#233;rimentons ce que nous appelons l'intelligence collective. Penser ensemble, c'est mieux que tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus a lieu depuis trois ans : &lt;br&gt;
1) sur une liste internet et un wiki,&lt;br&gt;
2) par des rencontres,&lt;br&gt;
3) par l'&#233;dition d'une revue, D&#233;troits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 2007 les trois Pieds Nickel&#233;s de l'&#233;quipe de r&#233;daction de D&#233;troits se sont mis en qu&#234;te, et ils ont visit&#233; des militant-e-s dans les trois villes dont ils proviennent : Bruxelles, Gen&#232;ve et Grenoble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans chaque ville a eu lieu une rencontre de deux jours, &#224; huis-clos : les participant-e-s se sont coup&#233;-e-s du reste de leur vie urbaine normale pour vivre une aventure de pens&#233;e ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce voyage, nos trois lascars se sont &#224; leur tour coup&#233;s du monde pendant quatre jours. Ils ont imit&#233; les vaches qui passent bien du temps &#224; ruminer tranquillement l'herbe brout&#233;e ; ils ont relu les notes prises pendant leur voyage, ils ont discut&#233; chaque question apparue lors des entretiens. Bref, ils sont devenus &#224; trois un &lt;i&gt;bassin de d&#233;cantation&lt;/i&gt; : ils ont laiss&#233; retentir en eux les pens&#233;es qui ont &#233;t&#233; dites, ils ont contempl&#233; les fragments de paysages conceptuels que leur ont fait entrevoir leurs interlocuteurs. Ils ont cherch&#233; les coh&#233;rences qui ont essay&#233; de se dessiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s s'&#234;tre ainsi transform&#233;s en &lt;i&gt;caisse de r&#233;sonance&lt;/i&gt; pour les tr&#233;sors de pens&#233;e qu'ils ont entendus sonner sur les cordes de chacunE, ils sont pass&#233; &#224; l'&#233;tape suivante : l'&#233;criture. Il s'agissait de cristalliser le plus clairement possible ce qui a &#233;t&#233; dit, entendu, travaill&#233;. Cela bien fait, ils se sont aper&#231;us... Comme dit le proverbe : &#171; c'est quand on est arriv&#233; au sommet de la montagne que &#231;a commence &#224; grimper &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il ne suffit pas d'accumuler des t&#233;moignages, encore faut-il disposer des clefs pour les lire. Et ils se sont mis &#224; pondre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque vous aurez lu ces pages, relisez-les encore une fois, il serait anormal que vous ayez tout bien compris du premier coup. Comment pourriez-vous parcourir en trois heures le chemin que nous avons trac&#233; patiemment dans ce d&#233;sert de sel ? Si vous avez du courage, vous ferez un pas de plus. Il se produira peut-&#234;tre quelque chose en vous qui est la suite de ce que nous avons entrepris. Un pas encore serait que vous nous fassiez part de vos r&#233;actions, de vos questions, de vos critiques. Un pas encore sera que nous fassions appara&#238;tre vos r&#233;ponses sur le Wiki d'&#233;lucubrations, une liste o&#249; peuvent s'inscrire tous ceux qui le veulent et sur laquelle a lieu un processus de discussion constante autour de cette question : &lt;i&gt;o&#249; voulons-nous en venir dans cette soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vos r&#233;ponses d&#233;sir&#233;es donc, et plus g&#233;n&#233;ralement pour &#233;crire &#224; la liste : elucubrations |chez| poivron |point| org.&lt;br&gt;
Vous pouvez m&#234;me vous inscrire, et participer aux &#233;changes de r&#233;flexions, anecdotes, fiches de lectures, qui font le processus &#034;Elucubrations&#034;.&lt;br&gt;
Pour consulter le wiki, o&#249; nous d&#233;butons un travail de classement th&#233;matique de ce qui circule sur la liste : &lt;a href=&#034;http://elucubrations.poivron.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://elucubrations.poivron.org&lt;/a&gt;.&lt;br&gt;
Et si la perspective de discussions en chair et en os vous para&#238;t plus captivante, faites-nous signe : nous serions pr&#234;ts &#224; co-organiser une rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les auteurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Borislav Borgia.&lt;/strong&gt; N&#233; dans un torrent de larmes, descendant d'une clarinette et d'un tambour. P&#232;re d'une aiguille. Commence &#224; quitter le corps de Peter Pan. Depuis, se rase &#224; l'huile d'olive et se parfume au cumin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Evariste Favre.&lt;/strong&gt; Enfance dans le Palais de Buckingham. Etudes &#224; l'Ile de P&#226;ques chez la maman de Marx, puis Expert-Consultant en Travers&#233;e des D&#233;serts pendant 33 ans &#224; Buenos-Aires. Prot&#233;g&#233; de Shiva. Eduqu&#233; par quatre enfants. Actuellement en stage de D&#233;sorientation Surveill&#233;e &#224; la Maison des Associations de Bochuz. Ne mange que du poisson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ysengrin.&lt;/strong&gt; Expert en dilemmes, autonome italien dans une vie ant&#233;rieure, gentillet en apparence, ami des phoques. Pr&#233;caire, peut faire peur aux petits enfants. A pass&#233; un tiers de sa vie &#224; dormir, un sixi&#232;me dans un syst&#232;me scolaire qui l'a enrag&#233;, un huiti&#232;me dans des marmites communautaires o&#249; il a bouilli passionn&#233;ment. Entour&#233; d'une gu&#233;parde, d'une luciole et d'un ours dans un terrier l&#233;gal. Approche de la barre fatidique des trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;troits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;troits : d'Otrante, ou de Gibraltar, tous les d&#233;troits : tous les passages &#233;troits, lieux &#233;ph&#233;m&#232;res, transits oblig&#233;s, chemins sur lesquels s'ouvre un nouveau paysage &#8211; et o&#249; se quitte un autre ; lieux r&#234;v&#233;s pour les embuscades, pour les contr&#244;les policiers ; mais aussi d&#233;fil&#233;s par lesquels on peut se faufiler, s'immiscer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;troits, tous les d&#233;troits, ceux qu'il faut passer sur de vieux rafiots fragiles en risquant la noyade et les projecteurs des vedettes de la police, mais aussi d&#233;troits &#224; chaque rencontre : &#224; chaque rencontre risque des projecteurs policiers, risque de noyade, mais aussi risque de courir sur la plage d'un nouveau pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les d&#233;troits : l&#224; o&#249; la mer se r&#233;tr&#233;cit entre deux continents, entre deux cultures ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les d&#233;troits il y a de forts courants marins, il y a du vent, r&#233;cifs et plages de sable, dans les d&#233;troits il y a des histoires, des si&#232;cles de tentatives, des vestiges, d'anciennes fortifications, d'anciennes destructions de fortifications ; les marchands ont pass&#233;, les &#233;toffes inconnues, mais aussi la peste et les canons, les religions y ont fait des croisements contre nature, des langues s'y sont forg&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;troits ! Dans les d&#233;troits nos poteaux de couleurs sont plant&#233;s : nous aussi nous sommes &#224; la recherche de passages, attentifs aux courants dangereux ou salutaires, nous aussi nous avons quitt&#233;&#8230; et pas encore rejoint !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_837 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://infokiosques.net/IMG/pdf/detroits4.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.5 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1780453177' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D&#233;troits n&#176;1
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les luttes sociales qui ont &#233;t&#233; men&#233;es sous le drapeau du communisme ne doivent pas &#234;tre confondues avec celui-ci ! Les gauches, social-d&#233;mocrates et extr&#234;mes, nous le verrons, n'ont pas suffisamment tir&#233; les le&#231;ons du communisme, notamment en ce qui concerne la critique de la relation entre Etat et &#233;conomie. La critique en profondeur du communisme a largement &#233;t&#233; abandonn&#233;e aux penseurs lib&#233;raux. Le message qui en ressort est : le capitalisme est certes difficile, mais il est la seule solution raisonnable et respectueuse de la d&#233;mocratie. Tr&#232;s instructif &#224; ce sujet est le livre de F. Furet, Le pass&#233; d'une illusion, &#233;d. Laffont, Paris 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce sont des discussions avec un membre du groupe Castoriadis qui nous ont aid&#233;s &#224; voir ce point-l&#224; et qui nous ont encourag&#233;s dans le d&#233;veloppement de plusieurs autres points de cette revue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous devons ces id&#233;es &#224; R. Steiner, cf. son livre, paru en 1919, et traduit en fran&#231;ais sous le titre El&#233;ments fondamentaux pour la solution du probl&#232;me social, Gen&#232;ve 1991&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si vous en trouvez, &#233;crivez-nous de toute urgence, ce serait un beau cadeau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pas facile &#224; entendre pour qui est impatient de se battre ! Mais quand on est vraiment parti pour lutter, on sait qu'il y a des r&#233;voltes pr&#233;matur&#233;es. Se lancer dans un combat sans honn&#234;te perspective de vaincre ne peut qu'alimenter le d&#233;faitisme ambiant, ce qui renforce &#233;norm&#233;ment le syst&#232;me. La social-d&#233;mocratie, qui va de d&#233;faite en d&#233;faite, porte une lourde responsabilit&#233; dans la passivit&#233; actuelle. Savoir se soumettre : qui, d'ailleurs, n'est pas soumis d'une fa&#231;on ou d'une autre ? D&#233;j&#224; chaque fois qu'ille compose un code &#224; l'entr&#233;e d'un immeuble au lieu de casser la bo&#238;te &#224; coups de masse ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous devons plusieurs des consid&#233;rations qui suivent &#224; un ouvrier typographe et vieux responsable syndical. Il a eu le courage de tirer les le&#231;ons des &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s des r&#233;sistances syndicales depuis les ann&#233;es 80. Il a os&#233; penser que ce sont carr&#233;ment les concepts de base de la social-d&#233;mocratie qui ne tiennent plus la route. Il s'est mis &#224; l'oeuvre dans son coin et a commenc&#233; &#224; construire une autre fa&#231;on de voir, capable de r&#233;pondre au d&#233;fi de notre &#233;poque de l'h&#233;g&#233;monie du capitalisme financier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encore merci &#224; notre ami typographe pour ces id&#233;es &#233;clairantes ! Toute cette histoire du d&#233;veloppement de la collaboration sociale n'est pas encore bien claire pour nous, et nous la donnons comme nous la comprenons pour le moment pour susciter les discussions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous devons ces mots et une part de l'inspiration de ce texte &#224; des marxistes parisien-ne-s qui ont suivi de tr&#232;s pr&#232;s, entre autres, les luttes des sans-papiers des derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'&#233;tranget&#233; &#187; est ce qui se per&#231;oit quand nous d&#233;bordons des cases dans lesquelles la soci&#233;t&#233; voudrait nous contenir ; nous sommes en effet toujours partiellement autre que le r&#244;le que nous donne cette soci&#233;t&#233;. Les personnages de Jarmusch sont r&#233;ciproquement &#171; &#233;trangers &#187; en ce sens que les mots m&#234;me ne parviennent pas &#224; &#233;lucider l'obstacle qui les emp&#234;che de communiquer, leur propre myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'opacit&#233; est ce qui persiste entre les &#234;tres quand les mots ne sont pas parvenus &#224; &#233;lucider leur &#233;tranget&#233; mutuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Cathares, &#233;blouis par la beaut&#233; lumineuse du Christ, affirmaient que le Royaume de Dieu n'est pas de ce monde. Ils assuraient que ce monde-ci avec ses souffrances absurdes est assombri par le Diable, corrompu par la chair et opacifi&#233; par sa propre mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heuristique : se dit d'une ambiance qui encourage la recherche et la d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que veut dire &#171; vie sociale &#187; ? C'est le tissu des relations entre personnes qui sont chacune &#171; toute autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comit&#233; unitaire : au coeur d'une lutte (&#233;tudiante, de soutien aux sans-papiers, de mal-log&#233;-e-s, etc.), comit&#233; regroupant l'ensemble des organisations qui sont d'accord avec les revendications explicitement avanc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heuristique : se dit d'une ambiance qui encourage la recherche et la d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quant &#224; ce point pr&#233;cis, nous sommes redevables envers l'un des trop rares ex-Maos aujourd'hui encore actifs dans la contestation &#224; Grenoble, et envers la transmission d'exp&#233;riences qu'il rend possible entre g&#233;n&#233;rations &#034;en lutte&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Sarkozy sans peine</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article295</link>
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		<dc:date>2005-12-04T10:37:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Richard Monvoisin</dc:creator>


		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Guides pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Religions et croyances</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nicolas Sarkozy est en 2005 le personnage politique pr&#233;f&#233;r&#233; des fran&#231;ais : &#171; courageux &#187;, &#171; efficace &#187;, il s'est taill&#233; une r&#233;putation de sp&#233;cialiste des dossiers br&#251;lants. En 2003, il r&#233;ussit, l&#224; o&#249; ses pr&#233;d&#233;cesseurs se sont cass&#233;s les dents, &#224; cr&#233;er le Conseil Fran&#231;ais du Culte Musulman, et se forge d'un coup une quadruple r&#233;putation de n&#233;gociateur, d'homme &#224; poigne, d'ami de l'Islam et d'homme-providence sur le pr&#233;tendu probl&#232;me des banlieues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra attendre quelques mois encore pour feuilleter le livre-confidence &#171; la R&#233;publique, les religions l'esp&#233;rance &#187;, co-sign&#233; avec MM. Collin &amp; Verdin : une &#339;uvre qui se veut &#171; contribution majeure &#224; la r&#233;flexion sur les valeurs fondatrices de la R&#233;publique et l'avenir de la la&#239;cit&#233; fran&#231;aise &#187; (sic !). En fait, un carnet faussement intime qui expose, outre sa d&#233;marche, sa foi et ses grands th&#232;mes de &#171; combat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le ton se veut sinc&#232;re et le propos de bon sens, les opinions distill&#233;es sont inqui&#233;tantes : remise en cause de la la&#239;cit&#233;, instrumentalisation des cultes et th&#232;mes les plus r&#233;actionnaires d&#233;filent &#224; grands coups d'amalgames, de client&#233;lisme et de leviers populistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de cette brochure est d'analyser dans les propos de M. Sarkozy sur quoi reposent ses opinions, et en quels actes elles peuvent &#234;tre amen&#233;es &#224; se traduire. Analyse n&#233;cessaire car lorsque l'on apprend qu'en voulant miser sur la religion pour combattre la d&#233;linquance, le ministre de l'Int&#233;rieur a intronis&#233; la frange fondamentaliste de l'Islam en France, et qu'on d&#233;couvre cela dans un ouvrage co-&#233;crit par la fine fleur fondamentaliste, - catholique cette fois -, on n'a plus aucun doute sur le fait que Nicolas Sarkozy, potentiel futur chef de l'&#201;tat, n'est vraiment pas un mod&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;S&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Guides pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot74" rel="tag"&gt;Religions et croyances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L100xH150/arton295-8bfba.jpg?1780461443' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff295.jpg?1130624749&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Nicolas Sarkozy &#171; &lt;i&gt;La R&#233;publique, les religions, l'esp&#233;rance&lt;/i&gt; &#187; &#233;dit&#233; en 2004 aux &#201;ditions du Cerf m'a &#233;t&#233; envoy&#233; par l'AFIS (Association fran&#231;aise pour l'information scientifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'AFIS publie une excellente petite revue, Science &amp; Pseudo-Science (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) en vue d'une fiche de lecture d'une demie page que je m'&#233;tais propos&#233; de r&#233;diger. Cette demie page n'a jamais vu le jour, pour deux raisons tr&#232;s simples. &lt;br /&gt;
D'abord, &#224; moins de faire partie de ces &lt;i&gt;fast-thinkers&lt;/i&gt; qui servent de la &lt;i&gt;fast-culture&lt;/i&gt;, il est des sujets pour lesquels une restriction formelle (la demie page) all&#232;ge tellement le propos qu'il vaudrait mieux s'abstenir. En l'occurrence, parler de l'homme politique fran&#231;ais le plus en vogue et de son avis sur les religions sur un minuscule bout de papier rel&#232;verait soit d'une fumisterie, soit d'une minuscule police de caract&#232;re - et j'ai pens&#233; que parler du chef de la police au grand caract&#232;re avec une petite police de caract&#232;re eut &#233;t&#233; un comble. Hum.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ensuite, ayant d&#233;cid&#233; de ne pas voter tant que les processus &#233;lectoraux fran&#231;ais, que je trouve biais&#233;s, outrageusement mensongers et d&#233;responsabilisants n'auront pas un tant soit peu &#233;volu&#233;s, je n'ai pas acc&#232;s &#224; la bonne conscience empreinte de bonhomie du citoyen, sortant craintif mais satisfait de sa s&#233;ance quinquennale de scrutin. Alors pour &#234;tre en coh&#233;rence avec mes opinions, je pr&#233;f&#232;re exercer le petit &lt;i&gt;peu&lt;/i&gt; d'influence politique dont ce gouvernement me laisse l'usage, sans &#234;tre trop dupe pour autant : cette marge de man&#339;uvre rel&#232;ve moins d'une quelconque bienveillance envers moi que d'un simple manque de moyens de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis je suis n&#233; dans un pays tr&#232;s riche, je n'ai jamais manqu&#233; de nourriture, d'&#233;lectricit&#233; ou d'eau, j'ai encore mes deux bras et mes deux jambes, j'ai &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole et j'ai &#233;t&#233; soign&#233;. Je me dis qu'au nom de tous les cousins, toutes les cousines du reste du monde dont une grande partie cr&#232;ve doucement la bouche ouverte en regardant nos sitcoms, et dont les conditions de vie d&#233;pendent en grande partie des d&#233;cisions politiques qui &#233;manent de chez nous, si moi je n'ouvre pas ma gueule, je ne vois pas qui le fera. Surtout qu'ayant la capacit&#233; de pouvoir lire assez vite et de poss&#233;der un petit bagage analytique, il &#233;tait dans mes cordes d'&#233;baucher une critique sur le dernier livre de celui qui sera certainement notre supr&#234;me repr&#233;sentant : ne serait-ce que pour tenter de faire achopper cette pr&#233;diction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fait : je ne remercierai personne de toutes celles et tous ceux qui m'ont aid&#233;, au cas o&#249; malheureusement cette pr&#233;diction n'achoppe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;thodologie&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Voici comment je m'y suis pris.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er soir : je lis le livre, en poussant des ooh, des aah, et en annotant la marge&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2e soir : je relis (plus vite) en axant mon jugement sur la distinction th&#232;ses / argumentations&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3e soir : je recopie les phrases-cl&#233;s des propos de Nicolas Sarkozy, et je les ordonne par th&#232;me (ce que j'ai appel&#233; ensuite les &lt;i&gt;maillons&lt;/i&gt;).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4e soir : j'op&#232;re une recherche sur Internet sur les &#233;ditions du Cerf, et sur Messieurs Rollin et Verdin, qui men&#232;rent l'entretien avec le ministre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5e, 6e et 7e soir : je tente de rendre intelligibles mes propos (&#233;tape la plus difficile)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8e soir : je le donne &#224; lire &#224; quelques comm&#232;res et comp&#232;res.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je laisse mijoter deux mois, je relis, et voil&#224;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise d'introduction, voici la page de pr&#233;sentation du livre sur le &lt;a href=&#034;http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=6694#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site&lt;/a&gt; des &#201;ditions du Cerf :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Avec ce livre, Nicolas Sarkozy affronte l'un des tabous de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise : la place des religions dans la R&#233;publique. Il aborde sans complexes le d&#233;fi de l'islam comme religion en France, la construction des mosqu&#233;es, le foulard &#224; l'&#233;cole et dans l'administration, le radicalisme de certains imams, l'&#233;lan religieux des jeunes g&#233;n&#233;rations, la formation des pr&#234;tres, les relations avec le Vatican, l'anticl&#233;ricalisme, le contr&#244;le des sectes, l'enseignement du fait religieux, les violences racistes qui prennent pour pr&#233;texte des appartenances religieuses... Sur toutes ces questions, Nicolas Sarkozy s'engage. Il souhaite inventer une la&#239;cit&#233; ouverte et apais&#233;e, o&#249; chacun, quels que soient sa foi ou ses doutes, puisse vivre son esp&#233;rance et participer &#224; la construction de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. Dans la libert&#233; de la conversation, le lecteur d&#233;couvre un homme qui parle de la R&#233;publique, de la foi, de ses rencontres avec des figures spirituelles qui l'ont marqu&#233;, des convictions qu'il veut transmettre &#224; ses enfants. L'autorit&#233; de l'auteur et l'urgence des th&#232;mes abord&#233;s font de cet ouvrage une contribution majeure &#224; la r&#233;flexion sur les valeurs fondatrices de la R&#233;publique et l'avenir de la la&#239;cit&#233; fran&#231;aise.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La trame &lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;coup&#233; en 11 maillons distincts la cha&#238;ne de raisonnement que Nicolas Sarkozy (NS) me semble suivre. Je trouvais l'image de la cha&#238;ne charmante pour l'occasion. Ce d&#233;coupage est certainement discutable, je l'ai d'ailleurs retouch&#233; deux fois. Je vais tenter d'illustrer chacun de ces maillons par les propos de Monsieur Sarkozy, puis&#233;s dans le livre, puis d'&#233;mettre quelques pistes critiques qui n'engagent, bien &#233;videmment que moi et les g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Cha&#238;ne de raisonnement de Nicolas Sarkozy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1er maillon&lt;/strong&gt; : les immigr&#233;s musulmans ont perdu (ou risquent de perdre) leurs racines culturelles.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2e maillon&lt;/strong&gt; : perdre ses racines culturelles m&#232;ne &#224; la d&#233;sesp&#233;rance : on le constate bien dans les banlieues (sous-entendu : les immigr&#233;s d&#233;sesp&#233;r&#233;s habitent les banlieues).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3e maillon&lt;/strong&gt; : l'ath&#233;isme est &#224; proscrire, car cela enl&#232;ve l'espoir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4e maillon&lt;/strong&gt; : or, le manque d'espoir m&#232;ne &#224; l'int&#233;grisme (sous-entendu, les banlieues en sont le lit). &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5e maillon&lt;/strong&gt; : la religion est un excellent vecteur de sens moral. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6e maillon&lt;/strong&gt; : introduire des lieux de culte dans les banlieues est une solution de garantie de la non-d&#233;sesp&#233;rance, et donc de la mort de l'int&#233;grisme.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Apart&#233;&lt;/strong&gt; : quelques propos &#233;tranges&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7e maillon&lt;/strong&gt; : l'&#201;tat doit pour cela user d'un processus de la&#239;cit&#233; active pour promouvoir le d&#233;veloppement des institutions de culte (et y distiller le sens moral souhait&#233;).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8e maillon&lt;/strong&gt; : le maintien de l'ordre public est la condition d'exercice des libert&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9e maillon&lt;/strong&gt; : l'&#201;tat garantit l'exercice de la libert&#233; de culte mais tant que l'ordre public n'est pas troubl&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10e maillon&lt;/strong&gt; : la promotion des institutions cultuelles ne d&#233;bordera pas des religions &#171; d'&#201;tat &#187;, le reste n'&#233;tant que sectes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11e maillon&lt;/strong&gt; : il faut savoir &#171; raison garder &#187; - comme pour la Turquie dans l'Europe.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;En bonus&lt;/strong&gt; : Quelques inclassables&lt;br /&gt; Les co-auteurs&lt;br /&gt; Annexe : interview de Fiammetta Venner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais maintenant essayer d'&#233;tayer mes propos.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1er maillon : les immigr&#233;s musulmans ont perdu (ou risquent de perdre) leurs racines culturelles.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Deux censures p&#232;sent sur la pens&#233;e, &lt;br /&gt;
la censure politique et la censure cl&#233;ricale ; &lt;br /&gt;
l'une garrotte l'opinion, l'autre b&#226;illonne la conscience. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Victor Hugo, intervention &#224; l'assembl&#233;e l&#233;gislative, 19 octobre 1849.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Sarkozy commence ainsi : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le fait religieux n'a pas simplement une dimension spirituelle. Il a aussi une dimension culturelle. Si vous additionnez le besoin d'esp&#233;rance et la n&#233;cessit&#233; de racines culturelles dans la d&#233;finition d'une identit&#233;, vous avez, me semble-t-il, une des raisons de fond qui justifient a posteriori la fameuse phrase qu'on pr&#234;te &#224; Malraux : &lt;/i&gt;&#171; le XXIe si&#232;cle sera religieux ou ne sera pas &#187;. N.S., p. 22&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a, c'est la base de son raisonnement, qui ne d&#233;bute pas trop mal. Effectivement, le fait religieux couple une dimension spirituelle et une dimension typiquement culturelle. On peut ne poss&#233;der qu'une seule de ces dimensions : qu'un bas-Breton, par exemple, n'ayant jamais &#233;t&#233; en Asie, se convertisse au bouddhisme rel&#232;ve &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;du choix spirituel, non du choix culturel. &#193; l'inverse, certains africains ath&#233;es font le &lt;i&gt;ramadan&lt;/i&gt; pour accompagner leur famille, amis, etc. Une majorit&#233; d'ath&#233;es fran&#231;ais f&#234;te par exemple No&#235;l et plante une cr&#232;che au pied du sapin, sans adh&#233;rer ni au dogme chr&#233;tien, ni au dogme celte. Il s'agit d'une pression plus ou moins forte, mais exclusivement culturelle. On pourrait rajouter une troisi&#232;me dimension, qui est l'opportunisme (tant qu'&#224; faire, autant faire bombance), et m&#234;me une quatri&#232;me, l'utilitarisme politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'instar de Charles VII, qui accepte de se faire sacrer sur injonction de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais cela nous &#233;loignerait du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses se g&#226;tent ensuite. On peut le lire de deux mani&#232;res, toutes deux probl&#233;matiques. Si la n&#233;cessit&#233; de racines culturelles dans la d&#233;finition d'une identit&#233; peut &#234;tre admise sans trop de difficult&#233;s, en quoi, mon bon monsieur, le besoin d'esp&#233;rance en est-il un ingr&#233;dient ? Sans esp&#233;rance, point d'identit&#233; ? Surprenant. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Attention : ceci est le paragraphe le plus technique de la brochure !&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sch&#233;matisons.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase finale &#034;&lt;i&gt;Si vous additionnez (...&lt;/i&gt;religieux ou ne sera pas&lt;/i&gt;&#034; &#233;quivaut alors &#224; : &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;(Besoin d'esp&#233;rance &lt;/strong&gt;+&lt;strong&gt; Racines culturelles) &lt;/strong&gt;entrant dans &lt;strong&gt;D&#233;finition d'une identit&#233; &lt;/strong&gt;=&lt;strong&gt; , Raison de fond &lt;/strong&gt;(qui justifie, blablabla)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les puristes de la logique, on pourrait lire : &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;	Besoin d'esp&#233;rance &lt;/strong&gt;+&lt;strong&gt; (Racines culturelles &lt;/strong&gt;entrant dans &lt;strong&gt;D&#233;finition d'une identit&#233;) &lt;/strong&gt;=&lt;strong&gt; , Raison de fond &lt;/strong&gt;(qui justifie, blablabla)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire que seules les racines culturelles entrent dans la d&#233;finition d'une identit&#233;, et que le besoin d'esp&#233;rance se greffe par dessus... bref, inutile d'ergoter, cela sent l'effet de style &#224; plein nez, tombant &#224; plat comme une cr&#234;pe de chandeleur lorsqu'il y a un public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avez-vous remarqu&#233; que la cr&#234;pe retombe dignement dans la po&#234;le quand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie question est alors : quelle &lt;strong&gt;Raison de fond&lt;/strong&gt;, Nicolas ? On n'en sait rien, mais elle justifie la religion, notamment par la fameuse phrase qu'on pr&#234;te &#224; Malraux, indiscutable autorit&#233; morale ! Par un tour de passe-passe, la religion est introduite comme cons&#233;quence directe de la d&#233;finition de l'identit&#233;. Et le tour est jou&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'affaire Malraux, elle est event&#233;e : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'une part, plus grand monde ne la pr&#234;te &#224; Malraux - celui-ci ayant r&#226;l&#233; plusieurs fois de son vivant sur la question ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'autre part, Nicolas Sarkozy la recopie mal : la phrase pr&#233;tendument &#171; pr&#234;t&#233;e &#187; &#224; Malraux &#233;tait &lt;i&gt;le XXIe si&#232;cle sera &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;spirituel&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;[et non &lt;strong&gt; &lt;i&gt;religieux&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;]&lt;i&gt; ou ne sera pas&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir remis&#233; Malraux et fini de ricaner, on se rend mieux compte que la conclusion ne d&#233;coule pas des pr&#233;misses et que des raisonnements comme celui de notre ministre sont tr&#232;s pratiques. En voici un, tout de mon cru :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Si vous additionnez le besoin d'esp&#233;rance et la n&#233;cessit&#233; de racines culturelles dans la d&#233;finition d'une identit&#233;, vous avez, me semble-t-il, une des raisons de fond qui justifient a posteriori la fameuse phrase qu'on pr&#234;te &#224; Paul Val&#233;ry : &lt;/i&gt;&#171; La politique c'est l'art d'emp&#234;cher les gens de se m&#234;ler de ce qui les regarde. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y croit, non ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, Nicolas Sarkozy tente de nous faire comprendre de force que la religion est une valeur identitaire. &lt;br /&gt;
&#199;a n'a l'air de rien, comme &#231;a. Mais regardez o&#249; &#231;a nous m&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je note que les juifs non pratiquants sont souvent pr&#233;sents dans les synagogues pour Kippour, que les musulmans non pratiquants consid&#232;rent que l'islam fait &#233;galement partie de leur identit&#233;. Pourquoi ? Parce que nombre d'entre eux se sentent juifs ou musulmans dans le regard de l'autre. Le reniement ou l'indiff&#233;rence &#224; l'endroit d'un engagement religieux revient presque &#224; se d&#233;solidariser d'une communaut&#233; de naissance, comme si on abandonnait un h&#233;ritage, une facette de sa vie&lt;/i&gt; &#187;. N.S., p. 21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire cela de fa&#231;on syst&#233;matique, c'est faux, en France tout du moins. C'est en outre tr&#232;s dangereux. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faux parce qu'il y a un paquet de catholiques, musulmans, juifs ayant renonc&#233; &#224; leur croyance qui ne se sentent pas d&#233;solidaris&#233;s de leur communaut&#233;. Il en est certainement qui font le grand dam de leur p&#232;re ou de leur m&#232;re, de la m&#234;me fa&#231;on que les derni&#232;res g&#233;n&#233;rations fran&#231;aises g&#233;n&#233;r&#232;rent des cris d'orfraie chez les vieilles mamies &#224; crucifix. Mais de l&#224; &#224; insinuer une &#8216;d&#233;solidarisation', cela colporte une vision simpliste et somme toute un peu tribale de ces communaut&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faux parce qu'on peut renoncer &#224; sa croyance sans renoncer &#224; l'h&#233;ritage re&#231;u. Ce n'est pas parce que je suis ath&#233;e que j'en ai oubli&#233; la teneur de l'enseignement cat&#233;chiste re&#231;u jusqu'&#224; onze ans, ce n'est pas parce qu'un musulman s'indiff&#232;re de sa religion qu'il en oublie l'histoire de Mahomet ou les sourates qu'il a apprises. Je pousserai m&#234;me le vice &#224; croire qu'un ancien musulman ath&#233;e qui f&#234;te l'A&#239;d-el-k&#233;bir vient plus pour le go&#251;t du mouton et des condiments, pour le regroupement social et familial que la c&#233;r&#233;monie engendre, que pour ne pas abandonner un quelconque h&#233;ritage. Cela reviendrait &#224; dire que les catholiques f&#234;tent P&#226;ques pour ne pas perdre leur h&#233;ritage culturel, et pour ne pas se d&#233;solidariser de leur communaut&#233; de naissance. Moi je f&#234;te P&#226;ques pour le chocolat.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dangereux parce que c'est une man&#339;uvre politique &#224; la Damocl&#232;s : jouant sur l'effroi, la menace de la d&#233;solidarisation, Nicolas Sarkozy encourage les braves petits musulmans pullulants dans les cages d'escalier &#224; rentrer dans le giron de la religion. Quand, apr&#232;s dissection de son livre, on sait ce qu'il entend par la&#239;cit&#233; active, on comprend qu'il s'agisse d'une man&#339;uvre d&#233;tourn&#233;e de parcage ovin des sauvageons par le biais du culte : en clair, si tu renonces &#224; l'islam, tu perds ton bagage culturel et tes racines, tu n'es plus rien dans le regard des autres, donc tu n'es plus rien du tout. Alors rentre vite dans le rang avec ta famille et ton couscous, le Conseil R&#233;gional du Culte Musulman que moi, Nicolas S., j'ai aid&#233; &#224; cr&#233;er dans ta r&#233;gion g&#233;rera les d&#233;cisions de ta communaut&#233; (dont tu ne peux t'extraire), et t&#8216;encouragera dans une politique s&#233;curitaire et dans un vote pr&#233;sidentiel en ma faveur, quand, en 2007, tu regarderas mon visage de vainqueur appara&#238;tre sur ton &#233;cran, laissant b&#233;er ta bouche pleine de tajine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N.B. : on retrouve ce type de proc&#233;d&#233; en entreprise ou dans les corps de m&#233;tier &#224; tradition : raffermir le tissu social entre les gens dans ces groupes socioprofessionnels (en cherchant la fameuse &#171; culture d'entreprise &#187;, en cr&#233;ant de toutes pi&#232;ces des &#171; &#233;v&#233;nementiels &#187;, anniversaire de la bo&#238;te, etc. plus ou moins ritualis&#233;s), quitte &#224; menacer (exemple : &#8216;ne trahissez pas &#171; l'esprit de l'entreprise &#187;', etc.) ceci afin d'y placer discr&#232;tement une nasse politique et morale dont il est, au bilan, tr&#232;s difficile de s'extraire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand on parle des juifs, on ne d&#233;signe pas ceux qui vont &#224; la synagogue, mais ceux qui appartiennent &#224; cette communaut&#233;. Il en va de m&#234;me avec les musulmans. Il ne s'agit pas de d&#233;signer ceux qui vont &#224; la mosqu&#233;e, mais ceux qui ont re&#231;u, de par leur histoire individuelle, l'islam en h&#233;ritage culturel et non seulement culturel. Je ne vois pas en quoi la d&#233;nomination de &#171; musulman fran&#231;ais &#187; est choquante ou r&#233;ductrice&lt;/i&gt; &#187;. N.S., p. 22&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'est ni choquante ni r&#233;ductrice, elle est purement stigmatisante. Si l'origine culturelle devait &#234;tre toujours indiqu&#233;e, l'auteur de ces lignes (moi) serait d'origine culturelle fran&#231;aise moyenne, catholique, provinciale et conservatrice, ce qui ne manquerait de semer le trouble en imposant une grille de lecture sur les propos ou les actes qu'il commettrait. Mais une grille, dans tous les sens du terme, est une s&#233;paration arbitraire. Lorsque la confession, qui rel&#232;ve de la sph&#232;re priv&#233;e, devient un crit&#232;re, et que ce crit&#232;re devient une marque n&#233;cessaire, il y a moult raisons historiques (dont certaines ne sont gu&#232;re lointaines de craindre la d&#233;rive). Par cons&#233;quent, la d&#233;nomination de &#171; musulman fran&#231;ais &#187; contient au moins un mot de trop&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je ne suis pas loin de penser que, la nationalit&#233; n'incombant &#224; une personne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que faire des gens ayant renonc&#233; &#224; l'islam : sont-ce selon le maire de Neuilly des &#171; musulmans ath&#233;es &#187;, des &#171; musulmans agnostiques &#187; ? Malgr&#233; le ridicule de ces d&#233;nominations, Nicolas Sarkozy y pense. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dit plus loin page 22 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;dire les &#171; musulmans de France &#187;, ce n'est pas exclure les musulmans ath&#233;es ou agnostiques ; c'est au contraire donner un nom &#224; une composante de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise dont nous devons organiser l'int&#233;gration &lt;/i&gt;[...] &#187;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stigmate, vous dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En passant, Nicolas Sarkozy nous explique, toujours p. 22, que : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [...]&lt;i&gt; certains affirment qu'il conviendrait plut&#244;t de parler des Arabes. Je m'inscris en faux contre cette expression car les quatre cent mille turcophones qui vivent en France n'en sont pas ; pas plus que les musulmans d'Afrique noire. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Comme dit Odon Vallet, parler d'Arabes &#224; propos de musulmans est &#224; double tranchant : c'est une erreur g&#233;ographique - les arabes, m&#234;me en ajoutant les berb&#232;res, ne repr&#233;sentant qu'une minorit&#233; du milliard cent millions de musulmans -, mais c'est une v&#233;rit&#233; th&#233;ologique : tout comme les catholiques sont tous des &#171; Romains &#187; et les chr&#233;tiens tous &#171; spirituellement des s&#233;mites &#187; selon l'expression du pape Pie XI, les musulmans sont tous arabes, de c&#339;ur et d'au moins un peu de langue, ne serait-ce parce que le Coran fut r&#233;v&#233;l&#233; &#224; Mahomet en arabe, que l'arabe est la langue liturgique de l'islam et que la Mecque est en Arabie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Odon Vallet, Petit lexique des id&#233;es fausses en religion, Albin Michel, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bref, on ne peut en vouloir &#224; Nicolas S. de ne pas &#234;tre fin connaisseur de l'Islam : mais on peut lui reprocher son populisme. Il refuse un stigmate (arabe) pour plaire et faire le gentil protecteur des minorit&#233;s ethniques musulmanes, mais en rajoute un autre (musulman) parce que quand m&#234;me, faut pas pousser. Il faut bien qu'on les rep&#232;re, pour qu'on puisse &lt;i&gt;organiser leur int&#233;gration&lt;/i&gt; (cf. ci-dessus).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais mienne au passage la remarque de mon comp&#232;re Dami&#224;n O. Une autre r&#233;cup&#233;ration politique devient par le m&#234;me processus possible : &#171; &lt;i&gt;Si certains ath&#233;es ou agnostiques sont &#171; musulmans &#187;, d'autres ath&#233;es et agnostiques sont aussi &#171; chr&#233;tiens &#187; ou &#171; catholiques &#187;. Il devient alors facile de proclamer &#171; La France, grand pays catholique &#187;, car 70 ou 80% de la population devient catholique selon cette acception, bien que le nombre de r&#233;els croyants soit des plus r&#233;duits. Sachant que le d&#233;compte du nombre de croyants a des effets politiques importants (attributions financi&#232;res en Alsace, r&#244;le politique du Vatican accept&#233;, etc.) la d&#233;marche n'est pas gratuite : elle permet de stigmatiser une partie de la population, tout en mettant sous perfusion une &#233;glise catholique moribonde.&lt;/i&gt; &#187; Rappelons-nous : nous n'avons pas &#233;t&#233; les derniers en France &#224; diffuser les obs&#232;ques du pape Jean-Paul II en boucle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En boucle, la diffusion, pas le pape - qui &#233;tait assez d&#233;garni.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il insiste finement dans la m&#234;me page :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;D'autres pr&#233;f&#232;rent parler des Fran&#231;ais d'origine immigr&#233;e. Ce vocable est absurde, car nous sommes tous quasiment fils de l'immigration. De surcro&#238;t, c'est une phras&#233;ologie lep&#233;niste, qui distingue les Fran&#231;ais de l'immigration des Fran&#231;ais de souche. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re phrase requiert tous les suffrages. Comme l'&#233;crit P. Bourdieu, &lt;i&gt;comment peut-on parler d' &#171; &lt;/i&gt;immigr&#233;s&lt;i&gt; &#187; &#224; propos de gens qui n'ont &#171; &lt;/i&gt;&#233;migr&#233;&lt;i&gt; &#187; de nulle part et dont on dit par ailleurs qu'ils sont &#171; &lt;/i&gt;de seconde g&#233;n&#233;ration ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bourdieu P. Contre-feux, le sort des &#233;trangers comme Schibboleth, Raison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pardon ! Avec &lt;i&gt;musulman&lt;/i&gt;, c'est exactement la m&#234;me chose que vous fa&#238;tes, Monsieur Sarkozy. Entre Fran&#231;ais d'origine immigr&#233;e, musulman fran&#231;ais et bougnoule, il y a autant de diff&#233;rence qu'entre mal-entendant, sourd et bouch&#233; &#224; l'&#233;meri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2e maillon : perdre ses racines culturelles m&#232;ne &#224; la d&#233;sesp&#233;rance : on le constate bien dans les banlieues &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(sous-entendu : les immigr&#233;s d&#233;sesp&#233;r&#233;s habitent les banlieues).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Peu m'importent mes chances&lt;br /&gt;
peu m'importe le temps, &lt;br /&gt;
ou la d&#233;sesp&#233;rance... &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;i&gt;J. Brel, la Qu&#234;te, &lt;/i&gt;1968&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [Les fran&#231;ais]&lt;i&gt; ont d&#233;sert&#233; la campagne pour les villes. La France profonde, c'est maintenant la France des banlieues&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 129&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Partout en France, et dans les banlieues plus encore qui concentrent toutes les d&#233;sesp&#233;rances &lt;/i&gt;[...] &#187; N.S., p. 15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Sarkozy est assez cavalier. D'abord, la notion de &lt;i&gt;France Profonde&lt;/i&gt;, comme celle de la &lt;i&gt;France d'en bas, &lt;/i&gt;fleure la pestilentielle arrogance du parvenu. &#199;a sent l'ordre moral, le haut Moyen-&#194;ge et la pi&#233;taille, &#231;a sent le foin et le palefrenier. &#199;a tente d'imposer la figure rustaude et rubiconde du bonhomme profond, un peu laid mais comment voulez-vous, les horaires de la ferme &#231;a use, &#231;a rend vilain et r&#226;peux, mais allez, c'est pittoresque, venez dans mes bras, on fera une photo. Personne mieux que Val&#233;ry Giscard d'Estaing qui s'invitait &#224; d&#238;ner chez des gens &#171; du peuple &#187; n'a mieux incarn&#233; cette sup&#233;riorit&#233;, malgr&#233; une splendide tentative d'Edouard Balladur de faire &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; en feignant de faire du stop. Condescendance typiquement parisianiste, o&#249; l'on prend en m&#234;me temps un ton emprunt&#233; et un cocktail parasol pour gloser sur le bon sens du paysan auvergnat, glousser &#224; l'id&#233;e d'une traite, rosir &#224; celle d'une saillie chevaline, et fr&#233;mir d'horreur &#224; la simple &#233;vocation de l'odeur de l'ensilage un peu dat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les banlieues ne concentrent pas toutes les d&#233;sesp&#233;rances, loin s'en faut. Sans faire de comparaisons quantitatives, il est d'assez vertigineuses d&#233;sesp&#233;rances africaines ou Moyen-orientales qui &#233;pargnent nos braves banlieues. Les d&#233;sesp&#233;rances rampant &#224; Sarcelles sont diff&#233;rentes de celles qui p&#233;n&#232;trent les h&#232;res survivants de Grozny&#239;, celles du Val Fourr&#233; &#224; mille lieux de celles de Gaza. Somme toute, cela t&#233;moigne d'une mauvaise connaissance des banlieues, o&#249; fleurissent des esp&#233;rances qui feraient certainement se plisser encore un peu plus nos dirigeants et ol&#233;agineux &#233;narques, si jamais ils se hasardaient &#224; comparer la d&#233;sesp&#233;rance banlieusarde avec le c&#244;t&#233; &#171; &lt;i&gt;tirelipinpon sur le chihuahua f&#234;te du slip&lt;/i&gt; &#187; de notre guilleret parlement et de nos gaudriolesques conseils des ministres, de nos primesauti&#232;res cours de justice, de nos hilarants commissariats, de nos paillards minist&#232;res, de nos &#233;grillardes chambres de commerce et de tribunaux p&#233;naux d&#233;bordant d'espoir. Par ailleurs c'est regrouper sous le terme substantialiste &lt;i&gt;banlieue&lt;/i&gt; les maux dont notre soci&#233;t&#233; souffrirait : technique typiquement populiste du bouc &#233;missaire qui a pour utilit&#233; de rassurer nos petits boutiquiers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'est &#233;videmment pas question de stigmatiser les petits commer&#231;ants mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, friands d'exutoires simples et de contes doucereux o&#249; si le m&#233;chant n'est pas noir, c'est quand m&#234;me mieux s'il est basan&#233;. Or, de fait, &#171; banlieue &#187; est un terme g&#233;n&#233;rique impropre, car simplement g&#233;ographique ; par essence, la banlieue n'est naturellement mauvaise qu'aux yeux de certains villageois haut-savoyards et limougeauds&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Haut savoyards et limougeauds peuvent &#234;tre remplac&#233;s sans grande perte de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, trop veules pour tenter de p&#233;n&#233;trer les raisons politiques de leur mal-&#234;tre mais &#224; tel point d&#233;sireux de s'octroyer une once de pouvoir qu'ils adopteraient n'importe quel chien galeux, pour le simple pouvoir de l'accuser de la rage et y fatiguer leur ressentiment en coups de pieds dans le poitrail.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vall&#233;es consanguines des Alpes, par exemple, troquent ainsi contre une cr&#233;tinisation politique leur traditionnel cr&#233;tinisme qui, les laissant auparavant esseul&#233;s avec un goitre de deux kilos, ne leur permettait pas ces joyeux regroupements claniques et arros&#233;s de diabolisation du bougnoule-des-banlieues-qui-&#233;gorge-nos-filles-et-nos-compagnes-et-chourave-nos-autoradios, grand'messes des soir&#233;es de comptoir qui garantirent les plus magnifiques scores de la frange extr&#234;me droite de notre champ politique lors de l'expression du jet de gourme quinquennal octroy&#233; dans sa grande largesse par l'ordre &#233;tabli au petit peuple. Mais je m'&#233;gare&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bon, c'est pour rire un peu. La consanguinit&#233;, forc&#233;e, comme le cr&#233;tinisme - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la France des banlieues est profonde, la r&#233;flexion sarkozienne, pour le coup, ne l'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Quel est le probl&#232;me de nos banlieues ? C'est qu'elles se sentent abandonn&#233;es, y compris par l'&#201;tat. On y installe des terrains de sports, c'est tr&#232;s bien. Mais est-ce suffisant pour satisfaire les aspirations des jeunes ? Je ne le pense pas, car ces derni&#232;res ne rel&#232;vent pas que du domaine temporel&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 130&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'un des &lt;i&gt;leitmotive&lt;/i&gt; de Nicolas Sarkozy : l'opposition &lt;i&gt;temporel - spirituel&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;temporel&lt;/i&gt; &#233;tant le ressort de l'&#201;tat, le &lt;i&gt;spirituel&lt;/i&gt; celui de la religion, nous est resservie presque une dizaine de fois dans son livre. On le retrouve en particulier page 147 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;le principe de s&#233;paration des &#201;glises et de l'&#201;tat, du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et page 152 &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans tous les pays europ&#233;ens, le pouvoir temporel est s&#233;par&#233; du pouvoir spirituel&lt;/i&gt;. &#187; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Distinguer le temporel du spirituel&lt;/i&gt; &#187; &lt;br /&gt;
est pour le coup le titre du sous-chapitre page 22.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aurait tort de s'en priver ; car il s'agit de son concept le plus &#233;labor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il explique :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;La morale r&#233;publicaine, c'est le respect de la loi. Est moral ce qui se conforme &#224; la loi. Dans le domaine spirituel, on ne se situe pas dans le m&#234;me ordre. N'est pas forc&#233;ment moral ce qui respecte la loi, et n'est pas forc&#233;ment immoral ce qui ne la respecte pas. On est dans une autre logique et je pense que les deux se renvoient, se compl&#232;tent, s'&#233;quilibrent et s'enrichissent &#224; vivre en interaction&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 163-164&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que c'est un d&#233;coupage relativement pauvre, &#233;tant donn&#233; que le pouvoir temporel peut &#234;tre spirituel (rois, dala&#239;-Lama, clique &#233;vang&#233;liste de la famille Bush, etc.) et le pouvoir spirituel temporel (par exemple le pape). Au final, tout se m&#233;lange. Bien que des paradis leur soient promis, les pouvoirs spirituels n'oublient pas de profiter un tantinet des pouvoirs temporels qu'il leur est loisible d'exercer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Partout en France, et dans les banlieues plus encore qui concentrent toutes les d&#233;sesp&#233;rances, il est bien pr&#233;f&#233;rable que des jeunes puissent esp&#233;rer spirituellement plut&#244;t que d'avoir dans la t&#234;te, comme seule &#171; religion &#187;, celle de la violence, de la drogue ou de l'argent&lt;/i&gt; &#187;. N.S., p. 18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre l'amalgame banlieue / d&#233;sesp&#233;rance d&#233;j&#224; discut&#233;, Nicolas Sarkozy commet ici plusieurs erreurs tr&#232;s communes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, on entre rarement dans la &#171; religion &#187; de la violence, la drogue ou l'argent, tout simplement parce que les principaux ingr&#233;dients d'une religion - ligand social, foi, dogme et clerg&#233; - y sont absents. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais employer ce terme laisse accroire l'id&#233;e du choix d&#233;lib&#233;r&#233;, pour le jeune-des-banlieues (musulman fran&#231;ais, devrais-je pr&#233;ciser) d'un culte &#224; ces valeurs. Or, ces valeurs sont rarement &#233;rig&#233;es en valeurs morales.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le recours &#224; la violence comme crit&#232;re d'insertion sociale existe (des enfants soldats du Lib&#233;ria au Sentier Lumineux p&#233;ruvien pour des exemples forts, des bizutages des grandes &#233;coles aux camps scouts qui &#171; aguerrissent &#187; pour des exemples d&#233;crits comme badins par leurs promoteurs), son &#233;rection en culte reste l'apanage de la fiction. M&#234;me dans le film &#171; Fight-Club &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fight Club, film de David Fincher, 1999.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; elle est un moyen, non une fin en soi. Elle fut un transfuge de notions floues et m&#233;di&#233;vales telles que l'honneur, ce qui, &#224; moins d'&#234;tre h&#233;ritier de Scarface, Il Padrino ou Pablo Escobar, se fait aussi rare de nos jours que les duels &#224; 20 pas au petit matin clairet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de la drogue, il faut signaler que la fuite syst&#233;matique dans une autre r&#233;alit&#233; ne ressemble en rien &#224; un acte de foi. Elle s'apparente :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit &#224; un loisir (couches sociales en moyenne relativement ais&#233;es, ne serait-ce que pour assumer le co&#251;t du produit psychotrope), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit &#224; un commerce (couches sociales en moyennes peu ais&#233;es, qui trouvent, en fournissant le loisir des couches plus ais&#233;es, un fond fiduciaire non n&#233;gligeable et un des rares statuts ne demandant pas d'&#233;ventuels dipl&#244;mes), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit &#224; un d&#233;ni plus ou moins complet de la r&#233;alit&#233; : on ne peut, dans ce dernier cas faire l'&#233;conomie d'une r&#233;flexion sur les raisons qui am&#232;neraient un &#171; jeune &#187;, ou m&#234;me un &#171; vieux &#187;, &#224; d&#233;nier la r&#233;alit&#233; en optant pour des paradis artificiels. Il faudra alors se rendre &#224; l'&#233;vidence que le coupable n'est pas tant le fuyard que ceux qui ont eu et ont en charge la r&#233;alit&#233;, mais qui, malheureusement, ne font rien pour la rendre viable &#224; un taux concurrentiel des psychotropes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'argent, il est un tantinet surfait de parler de &lt;i&gt;religion de l'argent&lt;/i&gt; chez les petites frappes de banlieues, lorsque l'on regarde de pr&#232;s le montant des malversations &#171; en col blanc &#187; dans les sph&#232;res politiques ou p&#233;ri-politiques. Il faudrait cr&#233;er un collectif de coop&#233;ratives inter-banlieues de chouraves pour subtiliser des sommes d'argent qui feraient rougir les Carignon, Messier, Bez, Tapie, Jupp&#233;, Chirac. Quand bien m&#234;me on y arriverait, il serait bien plus malais&#233; pour nos d&#233;tourneurs de fonds officiels de justifier leurs &#233;carts par d'&#233;ventuels probl&#232;mes d'acc&#232;s aux services fondamentaux que pour la majorit&#233; de ces petites frappes. Le probl&#232;me n'est pas de justifier moralement le vol (ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fait ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une introduction lapidaire, lire la d&#233;claration interdite de Ravachol (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), mais d'expliquer en quoi il est socialement mieux accept&#233; de voir voler gros par un blanc ais&#233; suant dans sa chemise que voler peu par un basan&#233; pauvre se pelant le cul en anorak.&lt;br /&gt;
Parler d'adh&#233;sion &#224; une religion de l'argent, de la violence ou de la drogue t&#233;moigne d'une tr&#232;s mauvaise compr&#233;hension des gen&#232;ses sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je pense que ce qui est le plus important dans chaque existence, c'est l'esp&#233;rance, et ce quels que soient son &#226;ge et son parcours. Peu importe &#224; la rigueur la mani&#232;re d'esp&#233;rer. La vraie c&#233;sure, elle se situe entre ceux qui esp&#232;rent et ceux qui n'esp&#232;rent pas. D'ailleurs, existe-t-il des hommes qui n'esp&#232;rent pas ? Peut-on vivre sans esp&#233;rance ? Il y a des personnes qui affirment ne pas esp&#233;rer. Est-ce une attitude sinc&#232;re ? Est-ce davantage qu'une posture ou qu'une provocation ? J'en doute souvent. Il y a un besoin d'esp&#233;rance consubstantiel &#224; la vie humaine. L'homme n'est pas fait pour supporter et assumer le d&#233;sespoir. Le doute est d&#233;j&#224; tr&#232;s difficile &#224; vivre. Alors la certitude de n&#233;ant... ce serait bien pire !&lt;/i&gt; &#187;. N.S., p. 35&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;sure n'est pas entre ceux qui esp&#232;rent et ceux qui n'esp&#232;rent pas, mais entre ceux qui esp&#232;rent pour ce monde-ci et ceux &#224; qui on apprend &#224; esp&#233;rer un autre monde dans l'au-del&#224;. Faire miroiter sans preuve un autre monde au-del&#224; du Styx, c'est une ali&#233;nation. Quant &#224; savoir comment qualifier ceux qui n'esp&#232;rent pas, non sinc&#232;res, posturaux ou provocateurs, je pr&#233;f&#232;re un autre terme, comme par exemple &lt;i&gt;activistes romantiques&lt;/i&gt; : activistes dans le sens o&#249; le seul espoir temporel un tant soit peu nutritif est l'espoir politique d'influencer la chose publique. Romantiques parce qu'il y a eu un v&#233;ritable rapt de cet espoir-l&#224;. Logique, donc, que des gens survivent sans espoir aucun. Ils se seraient volontiers suicid&#233;s si l'ordre pseudo-public le leur permettait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3e maillon : l'ath&#233;isme est &#224; proscrire, car cela enl&#232;ve l'espoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est Lautr&#233;amont qui se perd &lt;br /&gt;
Dans les d&#233;serts, l&#224; o&#249; il pr&#234;che&lt;br /&gt;
O&#249; devant rien on donne la messe &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Noir D&#233;sir, les &#233;corch&#233;s, 1989&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage, Nicolas Sarkozy n'op&#232;re pas une distinction claire entre ath&#233;isme et agnosticisme, et alterne les deux termes. Si la distinction est fondamentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au cas o&#249; : Les agnostiques ne nient pas l'existence du divin mais la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle ne l'est pas pour notre propos. N. Sarkozy nous fait comprendre que l'ath&#233;isme est un ph&#233;nom&#232;ne contemporain qui expliquerait un certain nombre de crises spirituelles. Il faut d'embl&#233;e mettre court &#224; cette id&#233;e : l'ath&#233;isme est loin d'&#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne contemporain. Sans parler de D&#233;mocrite, des &#233;picuriens, il y eut les mat&#233;rialistes Ajita Keshakambala, du temps de Bouddha, puis Sanjaya Belatthaputta ; plus tard, il y eut au XIIe si&#232;cle la vague des po&#232;tes persans et arabes ath&#233;es et libertins, comme Omar Khayy&#226;m. M&#234;me les H&#233;breux avaient leurs ath&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ceux qui s'affirment non-croyants se d&#233;finissent par rapport &#224; ce qu'ils ne croient pas. Leur ath&#233;isme est affirm&#233;, scand&#233; parfois avec force. Cela ne les emp&#234;che pas d'esp&#233;rer en l'avenir, d'avoir des enfants, d'agir selon une morale. Ce sont des attentes communes.&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il faut y aller par morceaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est inexact de dire que &lt;i&gt;ceux qui s'affirment non-croyants se d&#233;finissent par rapport &#224; ce qu'ils ne croient pas&lt;/i&gt;. Un exemple : le z&#233;t&#233;ticien, qui investigue scientifiquement les ph&#233;nom&#232;nes extraordinaires, ne croit &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;pas en l'astrologie. Sa d&#233;marche ne se d&#233;finit absolument pas par rapport &#224; l'astrologie, mais par rapport &#224; la pens&#233;e rationnelle, l'investigation critique et la d&#233;construction des mythes ali&#233;nants. De m&#234;me pour un bon nombre d'ath&#233;es ou d'agnostiques : la question m&#233;taphysique qui sous-tend la discussion sur Dieu peut leur sembler int&#233;ressante. C'est la r&#233;ponse, impos&#233;e, qui leur semble consternante. Le d&#233;ni d'une autorit&#233; divine, d'un clerg&#233; participe bien plus d'une d&#233;nonciation d'une ali&#233;nation morale et sociale que d'un simple nihilisme. Esth&#233;tiquement parlant, il leur semble bien plus int&#233;ressant de vivre sans &#233;tai, sans canne, sans perfusion continue de soporifique social, et de puiser leur force et leur responsabilit&#233; ailleurs. Est-ce cela, un renoncement &#224; toute esp&#233;rance ? A mon avis, c'est l'inverse. Comme me le susurre mon ami Kandjare, N. Sarkozy cr&#233;e un stigmate social laissant croire que chaque individu se d&#233;finit seulement par rapport &#224; une entit&#233; transcendante (groupe, nation, patrie, religion, clan) d'ordre plus ou moins divin. D'ailleurs, l'id&#233;e qu'il puisse exister des personnes qui ne raisonnent pas du tout vis-&#224;-vis de &#231;a mais &#224; partir plut&#244;t de choix &#171; moraux &#187; immanents, par exemple, ne l'effleure semble-t-il m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cela ne les emp&#234;che pas d'esp&#233;rer en l'avenir, d'avoir des enfants, d'agir selon une morale Ce sont des attentes communes.&lt;/i&gt; &#187;. Phrase-bidon. On peut tr&#232;s bien d&#233;sesp&#233;rer en ayant un Dieu &#224; ses c&#244;t&#233;s. En Palestine, bien nombreux sont ceux des deux camps qui revendiquent la gloire de Dieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui prouve bien que Dieu est un cercle dont le centre est partout et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut d'ailleurs d'autant mieux esp&#233;rer en l'avenir sans Dieu que l'avenir radieux avec Dieu est &lt;i&gt;post-mortem&lt;/i&gt;. On peut avoir des enfants et agir selon une morale sans que l'engendrement de ces enfants et que ladite morale soient transcendants.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en quel sens est employ&#233; &#171; &lt;i&gt;Ce sont des attentes communes&lt;/i&gt; ? &#187; Communes au sens de r&#233;pandues ? OK. Communes au sens de partag&#233;es par tous ? C'est une lecture &#224; rebours, de la cat&#233;gorie du noir paresseux, du juif aux doigts crochus, de la femme docile et de l'animal qui ne souffre pas. L'espoir en l'avenir n'est pas une obligation - surtout en regard du monde tel qu'il est. Faire des enfants non plus : le r&#244;le social de pondeuse d&#233;volu aux femmes a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;construit par les f&#233;ministes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela ne semble malheureusement pas suffisant : ouvrir un magazine dit &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela ne veut &#233;videmment pas dire que faire des enfants serait s'assujettir, mais en faire au nom d'une f&#233;minit&#233; &#233;panouie selon les canons de l'ordre moral public serait une all&#233;geance : &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; des femmes st&#233;riles, des lesbiennes, des transsexuelles, des travesti-es, des m&#233;nopaus&#233;es, des pr&#233;pub&#232;res ? Peut-on leur d&#233;nier une quelconque &#171; f&#233;minit&#233; &#187;, sachant de surcro&#238;t que ce concept, et plus largement celui de genre, est fortement discutable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une introduction sur la question, Fran&#231;oise H&#233;ritier, Masculin / (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Agir selon une morale est, en revanche, quasi-g&#233;n&#233;ral : reste &#224; savoir quelle morale. L'inconv&#233;nient dans la morale, c'est que c'est toujours celle des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je me suis toujours dit qu'il y avait de l'arrogance dans la certitude de la non-existence divine. J'esp&#232;re que chacun a en lui cette part de doute qui permet de continuer &#224; esp&#233;rer&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 119&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Celui qui ne croit pas n'est pas indiff&#233;rent &#224; la question de Dieu puisqu'il exprime une conviction sur elle. Il fait de ses doutes une certitude. Il pense que l'homme est le fruit du hasard et sa propre fin. Je ne juge pas cette attitude. Je m'interroge toutefois sur la possibilit&#233; de vivre sans avoir vraiment aucune esp&#233;rance dans le registre des fins derni&#232;res&lt;/i&gt; &#187;. N.S., p 171&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rare et non rationnelle est la certitude de la non-existence divine. De la m&#234;me fa&#231;on qu'il est irrationnel d'&#234;tre certain de l'existence de Dieu, il est irrationnel d'&#234;tre certain de son inexistence. Arrogant, pourquoi pas. La seule posture qui tienne rationnellement est la posture sceptique : douter, maintenir son jugement suspendu, placer son propre curseur &#171; vraisemblance &#187; entre ces deux certitudes et agir en cons&#233;quence. Quant &#224; savoir si le doute permet d'esp&#233;rer, je crois qu'il permet surtout de r&#234;ver&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais &#171; le droit au r&#234;ve a pour pendant le devoir de vigilance &#187;, nous r&#233;p&#232;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et pr&#233;f&#233;rer une vie avec des joies concr&#232;tes pr&#233;sentes plut&#244;t que des promesses d'avenir et un hypoth&#233;tique avenir ail&#233;, c'est finalement bien pragmatique, et pas si dur que &#231;a &#224; vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il est plus ais&#233; de vivre avec l'espoir qu'avec le d&#233;sespoir. D'une certaine mani&#232;re, il n'y a pas tellement de m&#233;rite &#224; croire. C'est tellement sinistre de ne pas avoir de perspectives&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 119&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ath&#233;isme n'est pas synonyme de d&#233;sespoir, et le refus d'une ob&#233;issance contrite dans l'attente d'une vie apr&#232;s la mort n'est pas une absence de perspective. Nicolas Sarkozy le sait certainement, mais il lui est probablement difficile d'ins&#233;rer cela dans un livre d'entretiens avec Thibaud Collin et le p&#232;re Philippe Verdin. Plus que de ne pas avoir de perspective, c'est Thibaud Collin qui m&#233;rite le plus l'adjectif &#233;pith&#232;te &lt;i&gt;Sinistre&lt;/i&gt;. (cf. Co-auteurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;[...] c'est sans doute l'attitude de Fran&#231;ois Mitterrand qui incarne le mieux ce que vivent beaucoup de nos concitoyens en mati&#232;re de foi. Il croyait en quelque chose de difficilement d&#233;finissable, une force, une puissance surnaturelle. C'&#233;tait une fa&#231;on de croire sans le formuler. C'&#233;tait surtout une fa&#231;on de refuser la d&#233;sesp&#233;rance du vide&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 119&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
C'est une fa&#231;on de croire et c'est tout &#224; fait formul&#233;. Je hasarde tout de m&#234;me deux remarques. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble tr&#232;s probable que l'Homme est &#224; la mesure de toute chose, notamment du sens de son existence. Le sens d'une vie est celui que l'on veut bien lui donner, point. Il n'y a aucune raison logique de penser qu'une finalit&#233; cach&#233;e est &#224; l'&#339;uvre, qu'elle soit une conscience cosmique, un dieu, une &#233;volution dirig&#233;e etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une r&#233;futation puissante de plusieurs types de finalismes ou de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Devant la latitude que cela donne, on peut &#234;tre pris de vertige, c'est vrai, mais ce vide m&#233;taphysique qu'il appartient &#224; chacun de combler n'est pas du tout d&#233;sesp&#233;rant. Au contraire, dans la mesure o&#249; toutes les po&#233;tiques, toutes les constructions mentales y sont permises et peuvent s'y exprimer, il est bien plus vecteur d'espoir imm&#233;diat qu'une hypoth&#233;tique &#233;ternit&#233; dans un paradis blanc, assis sur un nuage et r&#233;ajustant sa feuille de vigne si tant est que le jugement dernier vous ait trouv&#233; digne de ne pas aller r&#244;tir dans un des nombreux limbes crasseux de l'Enfer.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma deuxi&#232;me remarque consiste &#224; dire que si refuser la d&#233;sesp&#233;rance du vide implique l'intrusion de Germaine &#171; &#201;lisabeth &#187; Teissier dans les affaires d'&#201;tat, et que c'est cette &lt;i&gt;attitude&lt;/i&gt; &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; &lt;i&gt;incarne le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;mieux ce que vivent beaucoup de nos concitoyens en mati&#232;re de foi&lt;/i&gt;, j'ai le droit l&#233;gitime d'&#234;tre inquiet sur les propositions de foi de Nicolas Sarkozy et sur la salubrit&#233; des d&#233;cisions prises, contre mon gr&#233;, en mon nom par le gouvernement qui pr&#233;tend me repr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une petite bulle en passant : &lt;br /&gt; &lt;/strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y a un fond anticl&#233;rical dans notre pays. Quand, de surcro&#238;t, cet anticl&#233;ricalisme peut se fondre avec une forme de racisme antimusulman, alors on se retrouve devant un m&#233;lange d&#233;tonant&lt;/i&gt; &#187; N.S., p.91&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phrase &#233;nigmatique. Le fond anticl&#233;rical, quoique plus d&#233;velopp&#233; en France que dans beaucoup d'autres pays, est assez clairsem&#233; et ne se fond &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;pas avec une forme de racisme antimusulman, ceci pour deux raisons assez simples : lorsqu'on comprend le m&#233;canisme de l'oppression cl&#233;ricale, et qu'on fait v&#339;u de la d&#233;noncer ou de la d&#233;molir, on a g&#233;n&#233;ralement d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; le stade du racisme, levier oppressif du m&#234;me genre mais bien plus facile &#224; circonscrire ; et surtout, le racisme peut &#234;tre antis&#233;mite, anti-noir, anti-asiatique, mais pas antimusulman - sauf chez Monsieur Sarkozy pour qui, nous l'avons lu, le fait d'&#234;tre musulman rev&#234;t un int&#233;r&#234;t majeur dans le cadre d'une int&#233;gration devant &#234;tre orchestr&#233;e par l'&#201;tat. M&#234;me l&#224;, il faudrait parler de s&#233;gr&#233;gation antimusulmane, et non de racisme, afin d'&#233;viter ce m&#233;lange des genres qui am&#232;ne les individus les moins scrupuleux &#224; cr&#233;er de grands sacs dans lesquels tout mixte Arabo-musulmano-basano-terroristo-alqaido-voil&#233; peut &#234;tre fourr&#233;. Relevons au passage que le m&#233;lange (d&#233;tonant selon notre ministre) &lt;i&gt;anticl&#233;ricalisme &lt;/i&gt;+ &lt;i&gt;racisme&lt;/i&gt; n'a jamais explos&#233; nulle part &#224; ma connaissance, et en tous les cas drastiquement moins que le m&#233;lange &lt;i&gt;cl&#233;ricalisme&lt;/i&gt; + &lt;i&gt;racisme&lt;/i&gt;, qui lui, nous a enflamm&#233; parmi les plus flambants brasiers de l'Histoire. Dont acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4e maillon : or, le manque d'espoir m&#232;ne &#224; l'int&#233;grisme &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(sous-entendu, les banlieues en sont le lit)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quand sonne le tocsin sur leur bonheur pr&#233;caire&lt;br /&gt;
Contre les &#233;trangers tous plus ou moins barbares&lt;br /&gt;
Ils sortent de leur trou pour mourir &#224; la guerre&lt;br /&gt;
Les imb&#233;ciles heureux qui sont n&#233;s quelque part. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;i&gt;G. Brassens, La ballade des gens qui sont n&#233;s quelque part&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici l'argument cl&#233; de Nicolas Sarkozy pour justifier une retouche de la la&#239;cit&#233;. La d&#233;sesp&#233;rance, d&#233;crite comme le lot des banlieues, m&#232;ne &#224; l'int&#233;grisme, donc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'int&#233;grisme r&#232;gne dans les d&#233;serts spirituels. &lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 129&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hop ! Le saut est fait. Pour notre ancien ministre de l'Int&#233;rieur, des banlieues &#224; l'int&#233;grisme, il n'y a qu'un entrechat. Les fameux &lt;i&gt;probl&#232;mes&lt;/i&gt; des banlieues et l'int&#233;grisme auraient le m&#234;me humus : le manque de spiritualit&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce glissement est quasi-totalement faux car :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a.	les probl&#232;mes des banlieues sont sociaux, non spirituels. Ils sont la cons&#233;quence quasi-directe d'une politique sociale d'exclusion, commenc&#233;e d&#232;s le d&#233;but des vagues d'immigration d'apr&#232;s-guerre. Quel que soit votre &#233;tat spirituel, grandir dans un cha&#226;ba&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un cha&#226;ba est un de ces bidonvilles dans lesquels habitaient les immigr&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; augure plus de difficult&#233;s que dans les 600 m2 du ministre Herv&#233; Gaymard.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b.	L'&lt;i&gt;int&#233;grisme&lt;/i&gt; est un mot fourre-tout qui, comme le mot &lt;i&gt;barbare&lt;/i&gt;, stigmatise toujours l'Autre, le voisin, l'&#233;tranger. Reprenons le cas de Herv&#233; Gaymard : il est catholique rigide, h&#233;ritier id&#233;ologique de son oncle feu le sinistre Professeur Lejeune, chef de file des &lt;i&gt;pro-vie&lt;/i&gt; (expression qui teinte de feutrine les gens anti-avortement). Thibaud Collin est lui aussi ce que l'on pourrait appeler un int&#233;griste catholique (cf. Auteurs). &#199;a ne semble paradoxalement pas g&#234;ner outre mesure Monsieur Sarkozy, qui cosigne ce livre avec lui, et bosse avec le pr&#233;c&#233;dent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c.	L'int&#233;grisme ne r&#232;gne pas dans les d&#233;serts spirituels : Thibaud Collin, par exemple, n'est pas exempt de spiritualit&#233;. Et pourtant. Penser que l'int&#233;grisme religieux de type islamiste r&#232;gne dans l'absence de spiritualit&#233; est la cons&#233;quence d'une profonde inculture. Prenons l'int&#233;grisme islamiste du FIS, ou le juda&#239;sme &lt;i&gt;total &lt;/i&gt;des groupes Stern. Il ne viendrait &#224; personne l'id&#233;e de remettre en cause qu'ils ont bel et bien une spiritualit&#233;. Non, c'est la spiritualit&#233; qui est &#224; discuter : quand elle promeut l'homophobie, l'abstinence sexuelle, le d&#233;ni de l'avortement et l'in&#233;galit&#233; des sexes (ce qui est le lot commun de tous ces int&#233;grismes religieux, de l'Opus Dei &#224; Al-Qaida), n'est-on pas en droit de lui pr&#233;f&#233;rer un d&#233;sert spirituel, &#224; peine parsem&#233; de quelques cactus &#233;galitaires et libertaires ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d.	L'int&#233;grisme ne na&#238;t pas dans les banlieues : il na&#238;t dans les d&#233;serts &#233;ducatifs, comme &#224; peu pr&#232;s toutes les id&#233;es r&#233;actionnaires de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [...] &lt;i&gt;car les incroyants sont des d&#233;sesp&#233;r&#233;s, et c'est &#231;a qui fait les drames&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce sont des millions de croyants qui se trouvent mis en cause par l'attitude de quelques fanatiques insens&#233;s se r&#233;clamant d'une foi et d'une esp&#233;rance qui professent l'inverse de ce qu'ils sont devenus. Ces fous de Dieu n'ont rien &#224; voir avec Lui. Ils sont ivres de haine, de vengeance, de sang, de destruction, de cruaut&#233;&lt;/i&gt;. &#187; N.S., Avant-propos, p.9&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;...quelques fanatiques insens&#233;s se r&#233;clamant d'une foi et d'une esp&#233;rance qui professent l'inverse de ce qu'ils sont devenus &lt;/i&gt; : M. Sarkozy d&#233;signe ici bien s&#251;r les int&#233;gristes islamistes. Mais ils ne sont que la pouss&#233;e extr&#233;miste des failles de morale de la religion, et la cons&#233;quence des ex&#233;g&#232;ses ultra-scripturaires, c'est-&#224;-dire coll&#233;es &#224; la lettre au texte sacr&#233;. Ils sont une cons&#233;quence pr&#233;visible de tout syst&#232;me religieux bas&#233; sur une &#201;criture Sainte et des pr&#233;ceptes fig&#233;s. Ils ne sont donc pas l'inverse de ce que pr&#244;ne leur foi : ils n'en forment qu'une (souvent monstrueuse) excroissance. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ces fous de Dieu n'ont rien &#224; voir avec Lui&lt;/i&gt;. (Lui, c'est Dieu, et non N. Sarkozy - je le dis pour ceux qui avaient un doute). &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ils sont ivres de haine, de vengeance, de sang, de destruction, de cruaut&#233;&lt;/i&gt;. Faux et archi-faux : ils ne sont ivres de rien, et &#224; ce qu'on peut en lire, leur d&#233;marche est r&#233;fl&#233;chie. La haine et la vengeance sont souvent pr&#233;sentes, mais elles n'apparaissent pas &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;, et les pays imp&#233;rialistes, comme les &#201;tats-Unis, ou la France dans son pr&#233; carr&#233;, ont su g&#233;n&#233;rer parfois volontairement ces haine et soif de vengeance. Par contre, le go&#251;t du sang, de la destruction et de la cruaut&#233; rel&#232;ve d'un folklorisme de mauvais aloi. On retrouve souvent ces &#233;l&#233;ments folkloriques dans la pens&#233;e petit-bourgeoise : pr&#233;tendus go&#251;t du sang et cruaut&#233; d'Action Directe, du FLNC, du FIS, des &#233;meutes anti-fran&#231;aises en C&#244;te d'Ivoire, des Tch&#233;tch&#232;nes, go&#251;t de la destruction des Black Blocks, de Jos&#233; Bov&#233;, des ind&#233;pendantistes Basques, des anti-G8, des anti-Davos etc. Mais, entre nous, c'est tellement plus rassurant de &#171; monstruosifier &#187; ce qui nous est &#233;tranger. Le mot &lt;i&gt;terroriste&lt;/i&gt; remplit une fonction similaire. Quand on entend le mot &lt;i&gt;terrorisme&lt;/i&gt;, je crois qu'il faut examiner en premier lieu la bouche en cul-de-poule qui le prononce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais peut-on condamner ceux qui esp&#232;rent au nom d'une minorit&#233; pouss&#233;e &#224; la folie par le d&#233;sespoir et la manipulation ?&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 35&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Mais le probl&#232;me r&#233;side dans ce que la minorit&#233; en question est rarement pouss&#233;e &#224; la folie, et que si les moyens peuvent &#234;tre discut&#233;s, les causes sont ent&#233;rin&#233;es. Ce n'est pas parce qu'on ne cautionne pas leurs m&#233;thodes que l'on peut se permettre de faire l'&#233;conomie d'une r&#233;flexion sur la gen&#232;se de la revendication de ces minorit&#233;s, quasiment toujours ni&#233;e et n'ayant pratiquement pas de tribune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici, en apart&#233;, le genre de question pos&#233;e par MM. Collin et Verdin :&lt;br /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Pour une religion qui tend, par nature, &#224; l'expansion, peut-on r&#233;ellement croire que ce &#171; fondamentalisme r&#233;publicain &#187; pourra r&#233;sister &#224; l'int&#233;grisme ?&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 89&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Islam tend, comme tout courant religieux pros&#233;lyte, &#224; l'expansion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait &#233;voquer &#224; ce sujet ce que d'aucuns appellent le &#171; syndrome de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais de l&#224; &#224; invoquer un fait de &lt;i&gt;nature, &lt;/i&gt;il faudra d&#232;s lors trouver une &lt;i&gt;nature &lt;/i&gt;expansionniste commune &#224; la religion chr&#233;tienne, championne toute cat&#233;gorie de l'expansion, et expliquer pourquoi personne ne s'inqui&#232;te, assur&#233;ment &#224; tort, de la mont&#233;e de l'int&#233;grisme chr&#233;tien. Peut-&#234;tre que tout simplement l'int&#233;grisme n'est pas un corollaire direct des religions, et que certains &#233;l&#233;ments primordiaux (exog&#232;nes, comme par exemple le maccarthysme am&#233;ricain ; ou endog&#232;nes comme l'indigence d'un peuple) sont opportun&#233;ment occult&#233;s dans les circulaires gouvernementales.&lt;br /&gt;
Notons qu'il est tout &#224; fait seyant d'employer ici le terme de &lt;i&gt;fondamentalisme r&#233;publicain&lt;/i&gt; pour M. Sarkozy (cf. plus bas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On craint les imams, l'islamisme : &#171; ces imams qui embrigadent les jeunes ! &#187; Au d&#233;but du si&#232;cle dernier, on disait la m&#234;me chose des cur&#233;s. On regardait d'un mauvais &#339;il les patronages et les groupes scouts. Aujourd'hui, les sociologues et les historiens reconnaissent le r&#244;le majeur des patronages dans la constitution des meilleures &#233;quipes de sport, et du scoutisme dans la formation des cadres syndicaux et politiques. &#187; &lt;/i&gt;N.S., pp. 130 - 131.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas qu'il faille s'&#233;tendre sur la facilit&#233; argumentaire du ministre de l'Int&#233;rieur, mais il vaut mieux pr&#233;ciser que : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;primo&lt;/i&gt;, si des sociologues et des historiens reconnaissent les r&#244;les que M. Sarkozy pr&#234;te aux patronages et au scoutisme, ils ne sont &#224; ma connaissance pas l&#233;gion, bien au contraire ; Kandjare m'&#233;crit : &#171; &lt;i&gt;N.S. n'h&#233;site pas &#224; convoquer des arguments scientifiques : &#034;les sociologues et les historiens&#034;. Il n'en cite, ceci dit, aucun avec pr&#233;cision ; un autre probl&#232;me &#233;tant qu'il les convoque tous dans leur globalit&#233; comme &#231;a, on ne risque pas d'en louper un-e seul-e : il ne dit pas &#034;DES sociologues et DES historiens&#034;, ce qui serait concevable, mais &#034;LES sociologues et LES historiens&#034; ce qui est, au pire, malhonn&#234;te, au mieux, maladroit, ce qui dans tous les cas est inexact. Ceci laisse &#224; penser que N.S. se construit une vision historique sans fondement historique pr&#233;cis, et la balance, aux yeux de tou-te-s, comme LA vision pouvant influencer le cours de l'histoire pr&#233;cis&#233;ment : d'o&#249; l'id&#233;e de &#034;proph&#233;tie auto-r&#233;alisatrice bas&#233;e probablement sur une inversion historique&#034;. La boucle est boucl&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;. On pourrait presque parler d'imposture historiographique&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Kandjare enfonce le dernier clou du cercueil de l'argument du ministre : &#171; &lt;i&gt;Inversion chronologique probablement, car, contrairement &#224; ce qu'affirme N.S. ici, certaines &#233;tudes laissent &#224; penser que la tendance g&#233;n&#233;rale des soci&#233;t&#233;s occidentales &#233;quivaut &#224; une d&#233;cl&#233;ricalisation des pratiques, sans pour autant qu'on puisse parler d'une d&#233;religiosit&#233; (voir par exemple, Olivier Tschannen&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Tschannen, Les th&#233;ories de la s&#233;cularisation, Gen&#232;ve, Droz, 1992.&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On en revient &#224; sa d&#233;claration initiale qui sonne, du coup, comme une profession de foi : &lt;/i&gt;&#034;le 21e si&#232;cle sera religieux ou ne sera pas&#034;&lt;i&gt; ; c'est celui qui l'a dit qui l'a fait. C'est l'illustration de comment un discours peut construire de toute pi&#232;ce une vision des choses et, par l&#224;, ces choses elles-m&#234;mes ; ou comment couvrir sa repr&#233;sentation subjective d'une aur&#233;ole pr&#233;tendument objective. &#199;a renvoie de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale aux questions de repr&#233;sentations historiographiques, et aux impostures objectives qu'on peut parfois en tirer&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et Kandjare d'ajouter : &#171; L'exemple le plus criant (car, peut-&#234;tre, le plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;secundo&lt;/i&gt;, quitte &#224; chercher l'efficacit&#233;, les techniques berlusconiennes ont de bien meilleurs r&#233;sultats que les patronages traditionnels dans la constitution des meilleures &#233;quipes de sport, et les jeunesses hitl&#233;riennes et mussoliniennes furent &#233;galement excellentes dans la formation des cadres politiques. D'accord, j'exag&#232;re. De nos jours, le scoutisme est formateur, mais encore faut-il survivre aux stages de voile force 6 &#224; 7 de l'Abb&#233; Cottard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En juillet 1998, plusieurs jeunes scouts et un plaisancier avaient trouv&#233; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, le message, quoique mal argument&#233;, est clair : &lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&#171; Je crois que c'est parce qu'il n'y a pas assez de lieux de culte musulmans publics qu'il y a une progression de l'int&#233;grisme aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 131.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5e maillon : la religion est un excellent vecteur de sens moral.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La morale moderne consiste &#224; accepter les crit&#232;res de son &#233;poque. &lt;br /&gt;
Je consid&#232;re pour ma part qu'accepter les crit&#232;res de son &#233;poque &lt;br /&gt;
est faire preuve de l'immoralit&#233; la plus grossi&#232;re. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Oscar Wilde, Les ailes du paradoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons de quelle mati&#232;re est faite l'esp&#233;rance de N. Sarkozy.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les religions constituent un enjeu majeur pour notre soci&#233;t&#233; car elles sont le support d'une esp&#233;rance. Le fait religieux est un &#233;l&#233;ment primordial en ce qu'il &#171; inscrit &#187; la vie dans un processus qui ne s'arr&#234;te pas avec la mort.&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 14&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici de la m&#233;tempsycose, c'est-&#224;-dire de la vie dans l'au-del&#224;, qui, bien s&#251;r, est porteuse d'espoir. N&#233;anmoins, il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence que c'est un espoir &lt;i&gt;post-mortem&lt;/i&gt;. On retrouve alors exactement ce que fut la religion durant au moins les deux mill&#233;naires &#233;coul&#233;s : un l&#233;nitif social, qui apaise la vie &lt;i&gt;ante-mortem&lt;/i&gt; de l'individu, en lui faisant accepter au nom d'un espoir ult&#233;rieur des conditions sociales qu'il n'aurait certainement pas support&#233;es autrement. On le retrouve dans les propos suivants : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;[...] l'esp&#233;rance dans un au-del&#224; meilleur est un facteur d'apaisement et de consolation pour la &#171; vie d'aujourd'hui &#187;. &lt;/i&gt;N.S., p. 35&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esp&#233;rance en question s'apparente surtout &#224; un carcan moral, sorte de garantie du maintien de l'ordre public (cf. maillon n&#176;8 ) et de la paix sociale. Car contrairement &#224; la fa&#231;on dont elle est pr&#233;sent&#233;e, cette esp&#233;rance n'est pas gratuite : l'au-del&#224; meilleur, qui se monnayait au Moyen Age, s'&#233;change de nos jours contre un p&#233;ch&#233; originel persistant, une culpabilit&#233; que ni contrition ni confesse ne r&#233;sorbe, la reconnaissance d'un clerg&#233;, l'onction d'au moins quelques sacrements et le d&#233;lestage d'un certain nombre de deniers du culte dans les s&#233;biles vou&#233;es &#224; cet effet juste apr&#232;s l'eucharistie. C'est une esp&#233;rance co&#251;teuse, qui g&#233;n&#232;re ses peurs et qui a un prix. Notons qu'au vu des obligations d'aum&#244;nes comme le zakat ou le denier du culte, la Fran&#231;aise des Jeux n'a finalement pas invent&#233; grand-chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Sans &#234;tre un militant d'aucune religion, je pense que l'on peut reconna&#238;tre la religion comme une source d'apaisement utile au fonctionnement de la R&#233;publique&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 157&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement cela. Soulignons l'emploi immod&#233;r&#233;, dans la sph&#232;re politique, du mot &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, jamais assorti de la d&#233;finition qu'on lui pr&#234;te. Pour se d&#233;tendre, relire la phrase du ministre en rajoutant apr&#232;s &#171; R&#233;publique &#187; les compl&#233;ments suivants : &lt;br /&gt;
a.	&#171; de Weimar &#187;&lt;br /&gt;
b.	&#171; Populaire de Chine &#187; &lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;c.	&#171; D&#233;mocratique du Congo &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [L'esp&#233;rance dans un au-del&#224; meilleur] &lt;i&gt;appelle au respect de la vie, elle condamne la violence et bannit toutes formes d'exploitation &#187;. &lt;/i&gt;N.S., p. 35&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je crois profond&#233;ment que les valeurs de tol&#233;rance, de respect de la vie, d'amour du prochain, port&#233;es par l'&#201;glise catholique peuvent &#234;tre utiles &#224; la Corse.&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 47&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans beaucoup de pays, les d&#233;fis que doivent relever les peuples de l'h&#233;misph&#232;re Sud le seront avec l'aide de l'&#201;glise catholique.&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 25&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Sarkozy n'a pas d&#251; se relire. Si le respect de la vie corroborait l'esp&#233;rance en un au-del&#224; meilleur, alors Papon, Pinochet, Sidi Amin Dada, les Carabinieri de Berlusconi et ses propres CRS seront vou&#233;s aux Enfers, les pauvres, et lui avec. Si la condamnation de la violence est une clause de l'acc&#232;s &#224; un au-del&#224; meilleur, comment expliquer la propension au crime de l'Empereur Constantin, la deuxi&#232;me Croisade de Saint Bernard de Clairveaux, le bain de sang Saint Barth&#233;l&#233;mien de Charles IX ou le bombardement de civils vietnamiens par le moine-amiral G. T. d'Argenlieu ? Peu seront ceux qui, dans les services d'ordre &#233;tatique, dans les services diplomatiques fran&#231;africains pro-Eyadema, pro-Ben Ali, les acteurs de l'op&#233;ration Turquoise au Rwanda ne r&#244;tiront pas chez Satan. Si le bannissement de toutes les formes d'exploitation est un incontournable du paradis, alors les contrema&#238;tres de Michelin, Accor, TOTALFinaELF, Peugeot, des chantiers navals de Lorient risquent de se tortiller quelques si&#232;cles dans un &#226;pre purgatoire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, vanter &lt;i&gt;les valeurs de tol&#233;rance, de respect de la vie, d'amour du prochain, port&#233;es par l'&#201;glise catholique &lt;/i&gt;n'est pas vraiment convaincant. Il suffit de demander aux Bagas de Guin&#233;e, aux S&#233;n&#233;galais c&#244;tiers si les missionnaires, m&#234;me de nos jours, t&#233;moignent de beaucoup de tol&#233;rance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je ne parle m&#234;me pas des cas comme celui du pr&#234;tre Fran&#231;ois Lefort, grand &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les bulles papales condamnant le pr&#233;servatif font douter du respect de la vie des populations en danger potentiel de contamination par le SIDA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une (l&#233;g&#232;re) d&#233;charge de N. Sarkozy, il &#233;crit page 47 : &#171; Je ne veux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et c'est certainement le m&#234;me amour du prochain qui arma les arquebuses des trois fr&#232;res Pizarro dans le P&#233;rou des Incas, et provoqua une d&#233;concertante inertie au Vatican durant l'entreprise d'extermination des Slaves, Tziganes, juifs, homosexuels, handicap&#233;s etc.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Pour finir, l'&#201;glise aidera les pays de l'H&#233;misph&#232;re Sud dans les d&#233;fis qu'ils rel&#232;veront. Oui, mais quels d&#233;fis ? C'est s&#251;r, s'il s'agit de faire rentrer en Australie le Cr&#233;ationnisme, elle sait s'y prendre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pire sc&#233;nario sur la question a &#233;chu &#224; Ian Plimer, qui y a laiss&#233; sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baaah... Dieu reconna&#238;tra les chiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6e maillon : introduire des lieux de culte dans les banlieues est une solution de garantie de la non-d&#233;sesp&#233;rance, et donc de la mort de l'int&#233;grisme &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Des &#233;coles sans Dieu et des ma&#238;tres sans foi, &lt;br /&gt;
d&#233;livrez-nous Seigneur &#187;&lt;br /&gt;
Pri&#232;re bretonne&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Ren&#233; R&#233;mond, l'anticl&#233;ricalisme en France de 1815 &#224; nos jours, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les religions ont-elles par ailleurs une importance sp&#233;cifique pour l'&#233;quilibre de notre soci&#233;t&#233; ? Je n'h&#233;site pas &#224; r&#233;pondre deux fois oui. Oui parce que la religion catholique a jou&#233; un r&#244;le en mati&#232;re d'instruction civique et morale pendant des ann&#233;es, li&#233; &#224; la cat&#233;ch&#232;se qui existait dans tous les villages de France. Le cat&#233;chisme a dot&#233; des g&#233;n&#233;rations enti&#232;res de citoyens d'un sens moral assez aiguis&#233;.&lt;br /&gt;
Cela permettait d'acqu&#233;rir des valeurs qui comptaient pour l'&#233;quilibre de la soci&#233;t&#233;. Incontestablement, l'&#201;glise catholique, quasi h&#233;g&#233;monique jusque dans la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;/i&gt;e&lt;i&gt; si&#232;cle, a jou&#233; un r&#244;le d'&#233;ducateur et m&#234;me d'int&#233;grateur dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 17 - 18&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;[...] je pense que les religieux, les femmes et les hommes spirituels, les hommes de foi sont un &#233;l&#233;ment apaisant. Oserai-je dire un &#233;l&#233;ment civilisateur ?&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 18-19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben voyons. C'est au nom de la religion, de la foi, et de l'apport de la civilisation que pr&#232;s de 10 millions de Nord-Am&#233;rindiens ont &#233;t&#233; r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de macchab&#233;es. C'est au nom de ces m&#234;mes religion, foi et civilisation que des millions de Sud-Am&#233;ricains ont &#233;t&#233; massacr&#233;s, que les r&#233;voltes anticoloniales en Afrique se sont termin&#233;es (et se terminent encore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les situations au Togo et en C&#244;te d'Ivoire, pour ne prendre que ces deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) dans le sang. La foi est &#224; la vertu civilisatrice ce que la f&#233;rule j&#233;suite est &#224; l'apprentissage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kandjare souligne encore le message colonisateur plus ou moins subliminal : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; savoir si &lt;i&gt;le cat&#233;chisme&lt;/i&gt; &lt;i&gt;a dot&#233; des g&#233;n&#233;rations enti&#232;res de citoyens d'un sens moral assez aiguis&#233;&lt;/i&gt;, &lt;br /&gt;
C'est ind&#233;niable...mais quel sens moral fut aiguis&#233; ? Ou plut&#244;t le sens de quelle morale ? Celui des national-socialistes allemands, par exemple, &#233;tait finement aiguis&#233;. N. Sarkozy p&#234;che ici par une consid&#233;ration universelle de sa morale, en l'occurrence chr&#233;tienne, et qui est loin d'&#234;tre la morale la plus fine : r&#233;actionnariat politique, ali&#233;nation de la femme, culpabilit&#233; ind&#233;l&#233;bile et adh&#233;sion &#224; un ordre moral divin ne me semblent pas relever d'une grande finesse de sens moral. De dire que &lt;i&gt;l'&#201;glise catholique [...] a jou&#233; un r&#244;le d'&#233;ducateur et m&#234;me d'int&#233;grateur dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise&lt;/i&gt; est vrai. Cela n'affranchit pas son auteur de se demander si l'&#233;ducateur fut bon, et l'int&#233;grateur partial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ces points de convergences &lt;/i&gt;[de l'ensemble des messages religieux]&lt;i&gt; sont plus nombreux qu'on ne le croit et donnent en r&#233;alit&#233; une coh&#233;rence d'ensemble au fait spirituel : il existe une vie apr&#232;s la mort, un seul et unique Dieu, un sens &#224; l'histoire, une possibilit&#233; de r&#233;demption, une morale naturelle commune &#224; toutes les civilisations en r&#233;f&#233;rence avec un absolu&lt;/i&gt; &#187;. N.S., pp.159 - 160&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans s'appesantir sur les assertions m&#233;taphysiques ouvertes, du genre &lt;i&gt;il existe une vie apr&#232;s la mort&lt;/i&gt; ou&lt;br /&gt;
[Il existe]&lt;i&gt; un seul et unique Dieu&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelez-vous : p. 119, Je me suis toujours dit qu'il y avait de l'arrogance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, regardons de pr&#232;s la suite : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Il existe]&lt;i&gt; un sens &#224; l'histoire &lt;/i&gt; : c'est une conception historiciste finaliste tr&#232;s dangereuse. Au nom d'une n&#233;cessaire direction de l'Histoire, et par extrapolation d'un but conf&#233;r&#233; &#224; l'humanit&#233;, ont &#233;t&#233; l&#233;gitim&#233;s nombre de choses discutables, comme l'&#233;radication de minorit&#233;s ethniques ou le progressisme scientiste. Ce n'est pas fortuit de constater que les principaux philosophes th&#233;oriciens du sens de l'Histoire - Hegel en t&#234;te, mais aussi le courant &lt;i&gt;Naturphilosophie &lt;/i&gt;(Goethe et Schelling en particulier) ont ensuite servi de pavois moral &#224; de nombreux courants conservateurs, pour ne pas dire d'extr&#234;me droite - le national-socialisme allemand, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Il existe]&lt;i&gt; une possibilit&#233; de r&#233;demption &lt;/i&gt; : encore faut-il avoir faut&#233;, et craindre d'encourir un jugement divin, pour voir miroiter une possibilit&#233; de r&#233;demption. Nous sommes encore dans une dialectique ici-bas / au-del&#224;, avec application des sermons mis&#233;ricordieux dans le champ incontr&#244;l&#233; par l'individu - l'au-del&#224;, bien s&#251;r. C'est sur ce genre de discours que se justifient les pires choses. L'exemple classique en est la peine de mort : &lt;i&gt;s'il est ex&#233;cut&#233; ici bas, ce n'est pas grave, puisqu'il y a une vie apr&#232;s la mort dans laquelle il sera en mesure de racheter ses fautes. Et Dieu reconna&#238;tra les siens.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Il existe]&lt;i&gt; une morale naturelle commune &#224; toutes les civilisations en r&#233;f&#233;rence avec un absolu&lt;/i&gt; : il n'existe pas de morale naturelle. La morale est un produit social. Ce n'est d'ailleurs pas le fait qu'elle se b&#226;tisse en r&#233;f&#233;rence avec un absolu qui soit un vrai probl&#232;me : le hic se loge dans ce qu'un clerg&#233; devienne intercesseur de cet absolu, et que le non-clerg&#233; (la pi&#233;taille, quoi) devienne d&#233;pendant de ces d&#233;positaires de la connaissance. Parfois, le vice est pouss&#233; jusqu'&#224; faire l'intercession avec l'absolu en latin ou en arabe classique, ce qui n'est quand m&#234;me pas tr&#232;s gentil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce qui me para&#238;t n&#233;cessaire, c'est d'affirmer que la religion joue un r&#244;le et que nous n'avons aucun int&#233;r&#234;t &#224; sa disparition ou &#224; la r&#233;duction de son influence&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 158&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette phrase est une magnifique phrase-puits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Effet puits : &#171; plus un discours est profond, profond dans le sens de creux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Apprendre en s'amusant : &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Exercice de phrase-puits : reprenons la phrase en question, et rempla&#231;ons &lt;strong&gt; &lt;i&gt;la religion &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;par ce qu'on veut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce qui me parait n&#233;cessaire, c'est d'affirmer que &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;l'&#339;uvre de Clint Eastwood&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; joue un r&#244;le et que nous n'avons aucun int&#233;r&#234;t &#224; sa disparition ou &#224; la r&#233;duction de son influence&lt;/i&gt;. &#187; Imparable, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On essayera avec &lt;br /&gt;
&#183;	&#171; &lt;i&gt;l'art pompier&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&#183;	&#171; &lt;i&gt;la pens&#233;e de Charles De Gaulle&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&#183;	&#171; &lt;i&gt;le Costa-Rica&lt;/i&gt; &#187; &lt;br /&gt;
&#183;	&#171; &lt;i&gt;Sylvie Vartan&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] &lt;i&gt;nous n'avons aucun int&#233;r&#234;t &#224; sa disparition ou &#224; la r&#233;duction de son influence&lt;/i&gt; : sauf erreur, le &#171; nous &#187; int&#233;gratif d&#233;signe le pouvoir politique en place (le m&#234;me qui d&#233;cide de l'ordre public, cf. maillon n&#176;8). Dans la mesure o&#249; la religion joue un r&#244;le d'opiac&#233;e sociale, elle devient un levier politique tr&#232;s maniable. Par cons&#233;quent, il est &#233;vident que N. Sarkozy n'a aucun int&#233;r&#234;t &#224; la voir dispara&#238;tre. C'est l&#224; que se loge son id&#233;e, qu'il per&#231;oit comme r&#233;volutionnaire : plut&#244;t que d'emp&#234;cher l'enracinement de l'islam, il se propose, en lui flattant la croupe, de l'int&#233;grer dans la panoplie des leviers moraux, s'offrant ainsi du pain b&#233;nit en mati&#232;re d'asservissement d'un peuple immigr&#233; dont selon lui le seul bien commun, hormis le statut de paria, est justement le culte musulman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le message universel du christianisme est un message d'ouverture et d'acculturation. Les responsables catholiques devraient se r&#233;jouir de ce que des jeunes aient la foi, plut&#244;t qu'un agnosticisme d&#233;sesp&#233;r&#233;, que ce soit la foi du credo catholique ou la foi musulmane&lt;/i&gt; &#187;. N.S., p. 53&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot est l&#226;ch&#233; : acculturation. C'est par cela que l'ancien ministre des finances voit la paix sociale qui lui est si ch&#232;re, ce qui pr&#233;suppose du m&#234;me coup que nous soyons en &#171; guerre sociale &#187; - ce avec quoi je suis assez d'accord, mais pas pour les m&#234;mes raisons que lui. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument de N. Sarkozy &#224; l'endroit des responsables catholiques est en revanche tr&#232;s bien trouv&#233;, et ressemble &#224; une lame &#224; double tranchant : &lt;i&gt;voyons, pr&#234;tres, presbyt&#233;riens, &#233;v&#234;ques et pr&#233;lats, ne pensez-vous pas que, m&#234;me si ces arabes et ces n&#232;gres sont musulmans, (N.D.T. : c'est-&#224;-dire d'une foi archa&#239;que et moyen&#226;geuse), c'est toujours mieux que des agnostiques d&#233;sesp&#233;r&#233;s, non ?&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le sch&#233;ma moral sarkozien, nous avons donc :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; catholique &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; protestant (un peu moins bien, mais ce n'est quand m&#234;me pas juif) &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; juif (parce qu'il faut bien m&#233;nager Isra&#235;l et puis parce qu'il y a des juifs &#224; des postes importants, et puis parce que c'est un excellent fer de lance pour se d&#233;marquer du FN) &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; musulman &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; int&#233;griste islamiste sanguinaire (pl&#233;onasme pour N. Sarkozy, cf. 4&#232;me maillon), et &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; agnostique / ath&#233;e d&#233;sesp&#233;r&#233; (pl&#233;onasme, encore cf. 2&#232;me maillon).&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'am&#232;ne &#224; un dilemme : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit, en tant qu'ath&#233;e plein d'espoir, je suis une bizarrerie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit je suis class&#233; derri&#232;re Oussama Ben Laden et le Mollah Omar...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;un ministre du culte - qu'il soit rabbin pr&#234;tre, imam, pasteur - est une source de fraternit&#233;, de compr&#233;hension, d'&#233;coute ; c'est un vecteur de dialogue. &lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 129&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne devons-nous pas trouver douteux que, devant le saccage de la main gauche de l'&#201;tat, -ses services publics, de ses travailleurs sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[...] tous ceux qu'on appelle les &#171; travailleurs sociaux &#187; - assistantes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;-, ce soit la main droite de l'&#201;tat coercitive et vengeresse que le ministre de l'Int&#233;rieur incarne si bien, qui propose de promouvoir la fraternit&#233;, et qui plus est propose des ministres du culte comme vecteurs de dialogue ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la politique n'&#233;tait pas kidnapp&#233;e par une caste professionnelle (&#233;narque bien souvent), caste vantant un individualisme et un utilitarisme lib&#233;ral extr&#234;mes, alors ce r&#244;le de vecteur de dialogue, de source de fraternit&#233;, de compr&#233;hension pourrait tr&#232;s bien redevenir le lot de tout individu &lt;i&gt;lambda.&lt;/i&gt; C'est un tantinet plus universaliste que d'attendre les ministres du culte, promoteurs d'une r&#233;ponse m&#233;taphysique et d'une construction morale fig&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je pense donc utile que soit cr&#233;&#233;e une grande mosqu&#233;e dans celles de nos grandes villes qui en sont d&#233;pourvues. [...] si l'on partage l'opinion qu'il s'agit d'un enjeu pour que la vie soit meilleure dans nos banlieues, il convient d'en tirer les cons&#233;quences et d'&#234;tre inventif&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 130&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre inventif, pour Nicolas Sarkozy, c'est rompre avec la loi de s&#233;paration des &#201;glises et de l'&#201;tat, et financer des ministres du culte. Je n'exag&#232;re pas : &lt;br /&gt;
&#171; &lt;i&gt;A mon sens, il est temps de poser la question du financement national des grandes religions et celle de la formation &#171; nationale r&#233;publicaine &#187; des ministres du culte&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 123&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en bon chantre de la d&#233;centralisation des pouvoirs, il avance :&lt;br /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Je ne crois pas aux n&#233;gociations nationales, j'y crois d'ailleurs de moins en moins [...] je crois au contraire &#224; la r&#233;gulation r&#233;gionale qui permet &#224; chacun de trouver des am&#233;nagements en fonction du rythme de la vie locale dans laquelle on se trouve&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 160&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
En d'autres termes : &lt;i&gt;pour certains trucs (sauf les pouvoirs de police &#233;videmment), je crois &#224; la d&#233;concentration du pouvoir : le pouvoir n'est pas supprim&#233;, il est juste d&#233;concentr&#233;, c'est ce que je viens de vous dire : c'est quand m&#234;me plus sympa d'avoir un repr&#233;sentant de l'&#201;tat qui vous contr&#244;le, qui a la m&#234;me religion que la v&#244;tre, - comment, vous &#234;tes ath&#233;e ? Bon alors qui a la m&#234;me couleur de peau que la v&#244;tre ou la m&#234;me origine g&#233;ographique que vous &#224; peu de choses pr&#232;s et qui en plus sera ainsi cens&#233; vous repr&#233;senter parce que mon petit/ma petite vous &#234;tes bien incapable de vous repr&#233;senter vous m&#234;me. C'est donc quand m&#234;me plus sympa d'&#234;tre contr&#244;l&#233; par un chef du coin, d'ailleurs non &#233;lu mais nomm&#233;, que par un chef presque fant&#244;me qui vient de la capitale. En plus c'est plus pratique, parce que lui au moins est toujours sur place, et n'a pas &#224; contenter l'&#233;lecteur - il n'en a pas&lt;/i&gt; (rire sardonique).&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;je pense que les pr&#234;tres, les rabbins, les pasteurs, les imams, ou les la&#239;cs les repr&#233;sentant, doivent &#234;tre les bienvenus dans les discussions sur l'organisation du temps scolaire pour la cat&#233;ch&#232;se.&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 160&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y est. Bienvenue au XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note :&lt;/strong&gt; &#224; propos du Conseil Fran&#231;ais du Culte Musulman (CFCM) - un des th&#232;mes trait&#233;s par N.Sarkozy dans son livre -, je renvois aux propos r&#233;cents de Fiammetta Venner, qui dit plus clairement que je ne pourrais le dire, et en bien moins de mots, mon opinion sur le sujet (cf. Annexe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apart&#233; : quelques propos &#233;tranges&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le boulanger du coin a quitt&#233; ses fourneaux&lt;br /&gt;
Pour s'en venir cracher sur mon corps d&#233;j&#224; froid,&lt;br /&gt;
Il dit &#8216;j'suis pas raciste, mais quand m&#234;me les bicots,&lt;br /&gt;
D&#232;s qu'y un sale coup, ben ils faut qu'ils en soient' &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Renaud S&#233;chan, Les charognards, 1977&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il me semble en revanche que l'on doit trouver un moyen terme, qui respecte l'esprit de la loi de 1905 et aide en m&#234;me temps les religions &#224; &#234;tre utiles &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; se couper d'influences &#233;trang&#232;res qui ne sont pas apaisantes. &lt;br /&gt;
Ainsi l'on pourrait r&#233;fl&#233;chir &#224; la possibilit&#233; pour l'&#201;tat et les collectivit&#233;s locales de garantir les emprunts pour la construction d'&#233;difices religieux, &#224; l'instauration d'avantages fiscaux plus importants pour les fid&#232;les qui participent au denier du culte&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avouons que c'est assez &#233;norme d'entendre &#231;a. Il s'agit de faire un virement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;, &#224; une red&#233;finition des travaux de &#171; confortement &#187;, ou encore &#224; la consolidation juridique du recours aux baux emphyt&#233;otiques. Pour la formation des ministres du culte,l'&#201;tat pourrait participer &#171; en nature &#187; en quelque sorte, en mettant &#224; disposition des enseignants dans les mati&#232;res autres que spirituelles, en pr&#234;tant des locaux, en signant des conventions avec les repr&#233;sentants des religions pour former des ministres du culte fran&#231;ais. Je ne vois pas en quoi cela nuirait &#224; l'ind&#233;pendance des ministres du culte, et &#224; leur lien privil&#233;gi&#233; avec leur hi&#233;rarchie religieuse. En revanche, cela permettrait d'assurer un enracinement national et &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;de se prot&#233;ger d'un certain nombre d'influences &#233;trang&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, notamment &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;s'agissant d'islam&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La mise en gras est de mon fait. RM&#034; id=&#034;nh3-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; N.S., pp. 124-125&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas qu'il soit n&#233;cessaire d'&#233;piloguer sur ce contre-pied flagrant de la loi la&#239;que fran&#231;aise que propose Monsieur Sarkozy. Je soulignerai seulement la derni&#232;re phrase, qui t&#233;moigne d'abord du fait que si les moyens qu'il se propose d'employer sont pr&#233;sent&#233;s emball&#233;s dans du papier-cadeau, les ambitions sont extr&#234;mement conservatrices. &#192; croire qu'il s'agisse d'une technique propre au n&#233;o-gaullisme : Jacques Chirac d&#233;fend ses int&#233;r&#234;ts commerciaux p&#233;troliers en refusant la guerre, passant pour le pacifiste qu'il n'est pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a d'ailleurs re&#231;u un IgNobel de la paix pour sa reprise des essais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Nicolas Sarkozy, par peur de l'invasion de l'islam, circonscrit la chose en s'accaparant de la mainmise de l'&#201;tat sur les &#233;ventuels lieux de culte, les Conseils musulmans, et par cons&#233;quent toute une population par trop r&#233;tive au gouvernement... en passant pour un &#339;cum&#233;nique bienfaiteur de l'islam. Il s'agit, il faut le reconna&#238;tre, de prouesses m&#233;diatiques rares. Il s'agit aussi d'une illustration du proverbe bantou cher &#224; Patrice Lumumba : &#171; la main qui donne, la main qui dirige &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la derni&#232;re phrase fait craindre le pire, car elle ne d&#233;tonnerait pas chez un Bruno M&#233;gret. Plusieurs embrasures de ce genre sur les pr&#233;jug&#233;s sarkoziens sont m&#233;nag&#233;es dans son livre, dont voici quelques-unes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il en a d'ailleurs &#233;t&#233; de m&#234;me dans les familles de religion ou de tradition juive ou protestante dont les valeurs individuelles et sociales sont en r&#233;alit&#233; communes avec celles de l'&#201;glise catholique et qui ont apport&#233;, en plus, leurs sp&#233;cificit&#233;s &#224; la construction de l'identit&#233; nationale : entre autres, un attachement profond &#224; la R&#233;publique et une volont&#233; exemplaire d'int&#233;gration pour les juifs, le souci aigu de la libert&#233; de conscience chez les protestants&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juif, juive, protestante, protestant, faudrait-il que vous aimiez vous laisser flatter la croupe et regarder les dents pour laisser le champ libre &#224; ce genre de stupidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il faut quand m&#234;me dire les choses telles qu'elles sont : ce qu'on reproche aujourd'hui aux musulmans, dans les pays musulmans, nous l'avons v&#233;cu il y a quelques si&#232;cles avec une imbrication totale du pouvoir religieux et du pouvoir royal&lt;/i&gt; &#187;. N.S., p. 19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette assertion m&#233;riterait un commentaire s&#233;rieux de nombreuses pages, mais pour faire succinct : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; nous avons v&#233;cu une imbrication du pouvoir religieux et du pouvoir royal qui a rarement &#233;t&#233; totale (le summum, dans les &#171; quelques si&#232;cles &#187; pr&#233;sent&#233;s par Sarkozy, ayant certainement &#233;t&#233; Louis XIV, et Bonaparte pour qui &#171; les conqu&#233;rants habiles ne se sont jamais brouill&#233;s avec les pr&#234;tres &#187; - ce qui me rappelle quelqu'un). La fin du XIXe par exemple, fut un monument d'ath&#233;isme, tout comme quelques vell&#233;it&#233;s &#233;parses et lumineuses de la seconde moiti&#233; du XVIII e.&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la France est ces derniers temps de moins en moins la&#239;que. L'&#201;tat subventionne directement ou indirectement les religions. Qu'on s'en f&#233;licite ou qu'on le d&#233;plore, il faut se plonger dans les documents budg&#233;taires (les bleus de la loi de finances) pour mesurer l'importance de cette &#233;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourra utilement se r&#233;f&#233;rer sur la question &#224; Odon Vallet, op. cit. pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Alors je pense qu'il va falloir un jour faire comprendre au ministre qu'il est temps de tordre le cou &#224; cette m&#233;di&#233;valisation de l'islam, qui ressemble dans ses traits &#224; la vision tribale et belliqueuse sans cesse ressass&#233;e &#224; propos des africains, le caract&#232;re ladre des juifs aux doigts crochus et &#224; l'ind&#233;crottabilit&#233; du tzigane moyen, autant de poncifs de la pens&#233;e facile des &#226;mes blanches civilisatrices et bourr&#233;es de pr&#233;jug&#233;s qui font la lie des meilleurs tonneaux racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si l'on veut aborder cette question de mani&#232;re sereine, il faut reconna&#238;tre qu'il n'y a pas que l'islam qui rend difficile la vie des femmes musulmanes. Il y aussi la pauvret&#233;, il y a le sous-d&#233;veloppement, la mis&#232;re, la ghetto&#239;sation de certains quartiers. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 95&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense philosophe arabe du XXIe si&#232;cle, Jamel Debbouze, fait dans son dernier spectacle une remarque sur ce th&#232;me que je paraphrase de m&#233;moire : &lt;i&gt;Ah, c'est facile pour les fran&#231;ais de rigoler sur le sort des femmes musulmanes, mais il n'y a pas si longtemps que le sort des femmes de France a un tantinet &#233;volu&#233;, encore que. Et puis nous, dans les banlieues, l'information circule mal, alors c'est certainement d&#251; au temps que &#231;a nous parvienne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je reconnais que, parfois, m&#234;me sans projection de son engagement religieux, il existe des comportements ambigus au regard de nos r&#232;gles r&#233;publicaines. Certaines confessions ou traditions o&#249; l'on se flagelle, certaines repr&#233;sentations caricaturales, l'expression fanatique de foules manipul&#233;es peuvent mettre en cause le consensus. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 37&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#244;pital rit de la charit&#233;. Il est des confessions o&#249; certains se flagellent, d'autres gravissent &#224; genou des calvaires avec des croix et s'extasient devant de purulents stigmates. Il est des liesses populaires, notamment autour de faux miracles comme celui du sang de Saint Janvier &#224; Milan, qui sont des expressions fanatiques de foules manipul&#233;es (puisqu'on pr&#233;tend &#224; un miracle alors que le principe de la liqu&#233;faction du faux sang est connu depuis plus d'un si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La premi&#232;re d&#233;mythification remonte &#224; Pierre Larousse, dans son Grand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). On sent poindre le m&#233;pris chez notre ancien ministre de l'Int&#233;rieur, m&#233;pris tr&#232;s partial. Quant au consensus invoqu&#233; &#224; la fin, s'il porte sur les r&#232;gles r&#233;publicaines, il est une vue de l'esprit (sain bien entendu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Selon vous, le port du voile est-il le reflet d'une certaine pratique culturelle des pays arabes ou a -t-il une signification religieuse ?&lt;br /&gt;
Je me garderai bien de trancher ce d&#233;bat th&#233;ologique qui fait l'objet de nombreux commentaires, y compris chez les musulmans les plus &#233;rudits. &#187; &lt;/i&gt;N.S., pp. 96-97&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question stupide (qu'on ne pose pas au fichu fran&#231;ais ou au bigouden breton) et r&#233;ponse mar&#233;cageuse. En l'occurrence ce n'est pas du tout un d&#233;bat th&#233;ologique. Vallet, encore, nous pr&#233;cise que &#171; le voile des femmes n'est pas plus islamique que le b&#233;ret basque n'est catholique &#187;. Il ajoute que la tradition du voile est ant&#233;rieure de plusieurs mill&#233;naires au proph&#232;te Mohamed, la premi&#232;re mention de son port obligatoire remontant aux lois assyriennes (tablette A, 40) attribu&#233;es au roi T&#233;glat-Phalazar 1er&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;c&#233;l&#232;bre pour ses pantalons.&#034; id=&#034;nh3-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, vers 1000 avant l'&#200;re Chr&#233;tienne. Mais la Bible &#233;galement &#233;voque le voile dans le livre de la Gen&#232;se (24,65) et le Cantique des cantiques (4,1), et fait elle aussi d'une t&#234;te non voil&#233;e un symbole de prostitution. Vallet termine : &#171; on n'a jamais entendu parler de &#171; voile juif &#187; ou de &#171; voile chr&#233;tien &#187;, m&#234;me si Saint-Paul en exige le port pour les pri&#232;res : &#171; &lt;i&gt;toute femme qui prie ou proph&#233;tise t&#234;te nue fait affront &#224; son chef&lt;/i&gt; &#187; (1 Corinthiens 11,5). L&#224; encore, se couvrir la t&#234;te rel&#232;ve plus de la tradition que de la religion, sans quoi il faudrait sacraliser les chapeaux de la reine d'Angleterre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vallet O., op. cit. pp.266-267&#034; id=&#034;nh3-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Foin de d&#233;bat th&#233;ologique, donc. Mais N.S. nous confiera plus loin (page 118) : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Je ne me pique pas de percer les secrets de la civilisation arabe ou musulmane, d'&#234;tre un &#233;rudit. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Effectivement, mais on pourrait attendre un peu plus sur un ministre des Cultes se consacrant pr&#232;s de deux ans &#224; la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il [le voile, NdR] est une r&#233;action au regard hostile que les jeunes filles musulmanes rencontrent dans la soci&#233;t&#233; ou qu'elles ont le sentiment de rencontrer. Lass&#233;es et bless&#233;es d'&#234;tre en permanence musulmanes dans le regard des autres, elles provoquent : &#171; puisque tu me vois comme musulmane, je vais te montrer que je le suis bien r&#233;ellement, et encore davantage. C'est une r&#233;action compr&#233;hensible. Ne sous-estimons pas combien ce regard peut &#234;tre douloureux &#224; vivre. Les catholiques ne sont pas catholiques dans le regard de l'autre. Le probl&#232;me est que rien ne se r&#233;sout par la provocation ou par l'affirmation caricaturale d'une identit&#233;. &#187;&lt;/i&gt; N.S., p. 97&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser que le port du voile ne puisse &#234;tre qu'une affirmation caricaturale d'une identit&#233; est le degr&#233; 0 de la probl&#233;matique. Il sort du cadre de ce texte de parler du probl&#232;me du voile, qui n'est abord&#233; que succinctement par N. Sarkozy, mais je ne r&#233;siste pas &#224; citer le r&#233;cent film documentaire &#171; &lt;i&gt;un racisme &#224; peine voil&#233;&lt;/i&gt; &#187;, qui l&#232;ve un peu le voile sur le fait que le probl&#232;me est ailleurs et qu'&#224; l'inverse, la probl&#233;matisation de ce voile ressemble plus au fruit d'une politique s&#233;gr&#233;gationniste &#224; peine cach&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un racisme &#224; peine voil&#233; &#187; de J&#233;rome Host, La Fl&#232;che Production, 2004.&#034; id=&#034;nh3-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici encore quelques savoureux passages sur la question des &#233;ventuelles r&#233;formes sarkoziennes, qui je vous le rappelle, sont pr&#233;sent&#233;es comme une &#171; &lt;i&gt;contribution majeure &#224; la r&#233;flexion sur les valeurs fondatrices de la R&#233;publique et l'avenir de la la&#239;cit&#233; fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au nom de quoi nos universit&#233;s seraient-elles ferm&#233;es aux ministres du culte ? Un plus grand brassage entre les s&#233;minaristes et les autres &#233;tudiants dans les universit&#233;s n'apporteraient que de la compr&#233;hension et de l'enrichissement mutuels. Sans aller jusqu'&#224; un soutien en num&#233;raire, l'&#201;tat pourrait offrir une aide sous la forme d'affectations de professeurs. Pour les imams, il pourrait prendre &#224; sa charge l'apprentissage de l'arabe par les imams fran&#231;ais et l'apprentissage du fran&#231;ais par les imams arabes. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 126&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faut r&#233;fl&#233;chir &#224; l'&#233;laboration de conventions entre l'&#201;tat et le s&#233;minaire isra&#233;lite de France, ou les s&#233;minaires catholiques. Une d&#233;l&#233;gation de professeurs, des cr&#233;dits d'heure, ce sont des choses qui sont, non seulement possibles, mais de surcro&#238;t, de mon point de vue, souhaitables. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 127&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il est regrettable que l'attrait du s&#233;minaire p&#226;tisse des conditions de vie fa&#238;tes aux &#233;tudiants s&#233;minaristes et aux pr&#234;tres. Enfin, donner un statut aux imams pour mieux assurer la stabilit&#233; de leur situation juridique, &#233;conomique, sociale, ne pourra que favoriser un discours d'apaisement. Comment aider &#224; int&#233;grer dans les banlieues si l'on est soi-m&#234;me en situation pr&#233;caire ? &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 126&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simple : en s'arrangeant pour que personne ne soit pr&#233;caire dans les banlieues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;A contrario&lt;i&gt;, maintenant que les lieux de cultes officiels et publics sont si absents de nos banlieues, on mesure combien cet apport spirituel a pu &#234;tre un facteur d'apaisement et quel vide il cr&#233;e quand il dispara&#238;t. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, rien ne prouve que ces fameux lieux de culte aient effectivement disparu. Une banlieue peut &#234;tre soit une vieille commune phagocyt&#233;e par une agglom&#233;ration, soit une ville-dortoir nouvelle ; dans le premier cas, la commune n'est s&#251;rement pas exempte d'au minimum un lieu de culte traditionnel (une &#233;glise bien s&#251;r) ; dans le deuxi&#232;me cas, on peut supputer l'existence d'&#233;glises &#224; l'architecture contemporaine type Le Corbusier, &#233;glises &lt;i&gt;new style&lt;/i&gt; et parfois &lt;i&gt;new age&lt;/i&gt; assez r&#233;pandues par exemple &#224; Grenoble et ses faubourgs. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a typiquement confusion entre corr&#233;lation et causalit&#233;. Il faudrait pouvoir comparer deux p&#233;riodes extr&#234;mement diff&#233;rentes sur une kyrielle de param&#232;tres pour conclure qu'un quelconque vide est imputable &#224; une absence de lieu de culte. Quand on conna&#238;t l'intelligence de l'auteur de cette confusion, on pr&#233;sume plus d'un proc&#233;d&#233; rh&#233;torique facile que d'une faute de raisonnement. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7e maillon : l'&#201;tat doit pour cela user d'un processus de la&#239;cit&#233; active pour promouvoir le d&#233;veloppement des institutions de culte (et y distiller le sens moral souhait&#233;).&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La bonne foi est une vertu essentiellement la&#239;que, &lt;br /&gt;
qui remplace la foi tout court. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Andr&#233; Gide, 13 d&#233;cembre 1927&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je crois en une la&#239;cit&#233; positive, c'est-&#224;-dire une la&#239;cit&#233; qui garantit le droit de vivre sa religion comme un droit fondamental de la personne. La la&#239;cit&#233; n'est pas l'ennemie des religions. Bien au contraire. La La&#239;cit&#233;, c'est la garantie pour chacun de pouvoir croire et vivre sa foi. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 14&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vision fauss&#233;e : la la&#239;cit&#233;, c'est la s&#233;paration des affaires cultuelles des affaires d'&#201;tat ; c'est le caract&#232;re non-confessionnel. La La&#239;cit&#233; ne garantit rien en soi, si ce n'est la non-immixtion des cultes dans les affaires gouvernementales. Elle ne garantit pas le droit de vivre sa religion comme un droit fondamental (&#231;a, ce sont les Droits de l'Homme, peut &#234;tre ne les a-t-il plus en t&#234;te), ni de pouvoir croire et vivre sa foi. La la&#239;cit&#233; implique que la foi (priv&#233;e) et les services (publics) soient deux mondes qu'il convient de s&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour ma part, je n'ai pas une vision sectaire de la la&#239;cit&#233;. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p.87&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est une vision sectaire de la la&#239;cit&#233; ? Je prends sa phrase pr&#233;c&#233;dente : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; En revanche, je dis que nous devons revenir &#224; une la&#239;cit&#233; active, et non passive ou honteuse parce qu'il s'agit de religion &#187;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours pas clair ? Je prends la suivante : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Cela n'aurait pas de sens, &#224; l'aune de l'Histoire de France, de consid&#233;rer tout ce qui concerne le religieux comme dangereux, ill&#233;gitime, suspect&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin il pr&#233;cise que nombre de responsables politiques ou syndicaux ont eu une vision sectaire de la la&#239;cit&#233;, &#171; &lt;i&gt;une vision marqu&#233;e par un souci de revanche&lt;/i&gt; &#187;, (page 88) et il cite Fouad Alaoui et le terme d'&#171; int&#233;grisme la&#239;que &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas qu'on puisse avoir une vision sectaire de la la&#239;cit&#233; : soit elle est, et les cultes sont bien s&#233;par&#233;s de l'&#201;tat, soit elle n'est pas. C'est tout. Il n'y a pas de petites connivences possibles pour un &#233;tat dit la&#239;que - ce qui permet de douter de la la&#239;cit&#233; du n&#244;tre (Accords Briand-Ceretti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le descriptif de ces accords est fait dans l'ouvrage de N. Sarkozy, page 23, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, statuts de l'Alsace et de la Lorraine, financement d'&#233;coles religieuses, etc.)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela me fait penser aux accusations de la science sectaire, refusant l'entr&#233;e du spiritualisme dans son champ. Il s'agit non d'un choix, mais d'une n&#233;cessit&#233; ontologique. La science (comme d&#233;marche, bien s&#251;r, pas comme institution) ne peut tol&#233;rer une seule incursion de ce genre, au risque de voir tout l'&#233;difice s'effondrer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce propos, lire Bricmont, comment peut-on &#234;tre positiviste ? Dogma, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Non, la la&#239;cit&#233; n'est pas au service des religions car cela signifierait qu'elle serait domin&#233;e par elles &#187;. &lt;/i&gt;N.S., p. 16&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effet de style. Faut-il, lorsque Nicolas Sarkozy, ancien ministre des finances, se dit au service de la population, y voir une domination de la population sur lui ? Auquel cas, comment se fait-il que vous et moi, membres de la population, n'ayons aucun moyen ni d'orienter ses d&#233;cisions, ni de le d&#233;mettre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les religions constituent un enjeu majeur pour notre soci&#233;t&#233; car elles sont le support d'une esp&#233;rance. Le fait religieux est un &#233;l&#233;ment primordial en ce qu'il &#171; inscrit &#187; la vie dans un processus qui ne s'arr&#234;te pas avec la mort. C'est pourquoi je n'ai pas une conception sectaire de la la&#239;cit&#233;. Pas m&#234;me la vision d'une la&#239;cit&#233; indiff&#233;rente. Je crois au besoin de religieux pour la majorit&#233; des femmes et des hommes de notre si&#232;cle. La place de la religion dans la France de ce d&#233;but de troisi&#232;me mill&#233;naire est centrale. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 16&lt;br /&gt;
Le ton solennel imposerait presque un silence contrit.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : on peut tr&#232;s bien donner &#224; la religion une place centrale, mais sur une petite chaise, et &#224; l'ombre, bien s&#233;par&#233;e de la chose publique. Quant au besoin de &#8216;religieux', il est d'autant plus fort que les personnes sont dans la mis&#232;re. On l'a appel&#233;e pour cela une maladie de pauvre. Je crois malheureusement beaucoup plus au besoin de pognon et de biens publics garantis pour la majorit&#233; des femmes et des hommes de ce si&#232;cle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8&#232;me maillon : le maintien de l'ordre public est la condition d'exercice des libert&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Jamais la loi n'a rendu les hommes plus justes d'une seule once, &lt;br /&gt;
mais, en raison du respect qu'ils lui portent, &lt;br /&gt;
il arrive chaque jour que m&#234;me des gens dot&#233;s des meilleures dispositions &lt;br /&gt;
se fassent les agents de l'injustice. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Henry D. Thoreau, D&#233;sob&#233;ir&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;J'ajoute que le maintien de l'ordre public, qui est la responsabilit&#233; premi&#232;re du ministre de l'Int&#233;rieur, n'est pas une fin en soi, mais la condition d'exercice des libert&#233;s &#187;. &lt;/i&gt;N.S., p. 14&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysons sur un plan logique cette assertion. Il y a 4 parties et une &#233;quivalence. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les 4 parties :&lt;br /&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;	l'ordre public&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;	le maintien (de l'ordre public) (A)&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;	l'exercice des libert&#233;s&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;	la condition (d'exercice des libert&#233;s) (B)&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'&#233;quivalence :&lt;br /&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;	(A) est (B)&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ordre public&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour faire au plus court sans &#233;crire 25 pages, l'ordre public, c'est le somme des lois qui r&#233;gissent la vie des individus appartenant &#224; une soci&#233;t&#233; donn&#233;e et qui, par dommage collat&#233;ral, r&#233;gissent m&#234;me la vie des rares individus qui ne veulent pas sp&#233;cialement appartenir &#224; cette soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Essayez de vous installer sur le chemin des Ermites, au Saint-Eynard, pr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La somme de ces lois, appel&#233;e &lt;i&gt;corpus&lt;/i&gt; pour faire savant, n'est d&#233;cid&#233;e que par une fraction infime de la population, issue d'un syst&#232;me de repr&#233;sentation par &#233;lection, elle-m&#234;me contrebalanc&#233;e par une institution non &#233;lue par le peuple, le S&#233;nat, et par quelques divines engeances dot&#233;e d'un abusif droit de regard sur la question, corroborant ainsi l'adage &#171; &lt;i&gt;l'avenir est &#224; ceux qui ont le veto&lt;/i&gt; &#187;. Jusqu'&#224; preuve du contraire, l'ordre public n'a de public que le nom. Le syst&#232;me politique dont nous d&#233;pendons ne permet pratiquement aucune intrusion de l'individu &lt;i&gt;lambda&lt;/i&gt; dans la d&#233;finition de cet ordre public, - ni d'ailleurs de l'individu qui remettrait en cause le fondement lui-m&#234;me de cette notion. Par contre, cet ordre s'impose &#224; tous, sans aucune discussion.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les candides qui pensaient que le d&#233;putat est tout de m&#234;me l'expression votante de l'individu &lt;i&gt;lambda&lt;/i&gt;, qu'ils se demandent quels processus, assortis de quelles compromissions, quelles m&#233;canismes de castes ils devraient emprunter pour parvenir eux-m&#234;mes au statut de d&#233;putables. Acc&#232;s aux m&#233;dias, cooptation, client&#233;lisme, consociativisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Consociativisme : terme trop peu usit&#233;, emprunt&#233; &#224; Arend Lijphart, d&#233;signant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des &#233;lites... Devant de tels obstacles, ils parviendront rapidement au constat lapidaire du pilier de la pens&#233;e philosophico-politique fran&#231;aise, le groupe Soldat Louis : &#171; &lt;i&gt;D&#233;put&#233; c'est d&#233;j&#224; cher, alors pr&#233;sident, j'te dis pas, faut des biffetons par containers ou un pote secr&#233;taire d'&#201;tat ; t'imagines, moi pour m'pr&#233;senter, le nombre d'autoradios vol&#233;s, de bouteilles &#224; d&#233;consigner, de p&#233;tard &#224; dealer&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le refrain est le suivant : &#171; Escrocs, pourris, bons &#224; rien, vous qui r&#234;vez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le droit d'inf&#233;rence dans l'ordre public devient &lt;i&gt;de facto &lt;/i&gt;un droit d'&#233;lite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ordre &#233;tait vraiment public, son maintien incomberait directement ou quasi-directement au public (c'est-&#224;-dire nous) soit par une internalisation des valeurs v&#233;cues collectivement comme n&#233;cessaires &#224; l'ordre souhait&#233; par le public, soit par un syst&#232;me de repr&#233;sentation momentan&#233;, localis&#233; et r&#233;vocable de cet ordre. Or c'est loin d'&#234;tre le cas : s'approprier la valeur d'une justice lorsque les in&#233;galit&#233;s que celle-ci proroge sont criantes est un exercice qui ne fonctionne que dans les casernes. Sur le syst&#232;me de repr&#233;sentation, il faut souligner la non-&#233;lection du ministre de l'int&#233;rieur - et de tous les autres -, son irr&#233;vocabilit&#233; - hormis, &#224; la rigueur, lors de ce simulacre de d&#233;mocratie qu'est le vote quinquennal, qui garantit autant le renouveau chantant que les v&#339;ux de Nouvel An ne garantissent une ann&#233;e meilleure que la pr&#233;c&#233;dente. En clair, en quoi la gestion de l'ordre public par le ministre est repr&#233;sentative ? De qui ? Ces questions ne semblent pas devoir &#234;tre soulign&#233;es. De surcro&#238;t, si l'ordre &#233;tait public, l'id&#233;e m&#234;me de caisse noire, de police parall&#232;le, de Renseignements G&#233;n&#233;raux, de tractation &#224; huis clos lors des sommets dirigeants tels que le G8 serait caduques. L'acc&#232;s &#224; la connaissances des avoirs de l'&#201;tat, par exemple, serait libre (alors qu'il est actuellement quasi-inaccessible, m&#234;me pour un d&#233;put&#233;).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la notion d'ordre public est une notion r&#233;serv&#233;e &#224; une frange tr&#232;s r&#233;duite et pl&#233;nipotentiaire. Ca porte un nom. Aristocratie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Simili-conclusion : l'ordre public n'est pas public. Il n'est que l'imposition de l'ordre souhait&#233; par la caste dirigeante.&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le maintien (de l'ordre public)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident, dans ces conditions, que le maintien de l'ordre public rel&#232;ve plus de la conservation des privil&#232;ges des classes dominantes que d'un r&#233;el ordre public n&#233;goci&#233; et, dans l'id&#233;al, ren&#233;gociable constamment. Les nombreux travaux de l'&#233;quipe de Bourdieu assoient tr&#232;s bien ce type de processus social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une jolie et claire entr&#233;e en mati&#232;re, se procurer &#171; Initiation &#224; une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasardons deux remarques : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le maintien de lois qui n'incluent pas l'individu &lt;i&gt;lambda&lt;/i&gt;, mais qui servent la couche d&#233;cisionnaire (donc sup&#233;rieure) est un maintien l&#233;gal, mais ill&#233;gitime.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Si d'aventure la majorit&#233; des individus &lt;i&gt;lambda&lt;/i&gt; souhaitait un changement d'ordre public, ils n'auraient d'autre solution que de s'opposer &#224; ce maintien, solution non pr&#233;vue dans la vision politique classique dont Nicolas Sarkozy est le chantre, et solution n&#233;cessairement violente. L'all&#233;gorie est possible avec des menottes : vous mettre des menottes est n&#233;cessairement violent. Soit vous les contestez, et il vous faudra les briser, soit on vous a donn&#233; les cl&#233;s avec, ce qui annihile toute utilit&#233; &#224; ces menottes. Soit vous les supportez tr&#232;s bien, puisqu'on vous a convaincu de la n&#233;cessit&#233; de les porter &lt;i&gt;pour votre bien&lt;/i&gt;. Un maintien de l'ordre public (coercitif et arm&#233; - les policiers et les gendarmes &#233;tant, comme leur nom l'indique des gens d'armes) contient, sous des dehors apaisant et l&#233;nitifs, les germes de la violence l&#233;gitime pour qui voudra s'extraire de cette domination.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Simili-conclusion : le maintien (arm&#233;) de l'ordre public (pas public) est ill&#233;gitime&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exercice des libert&#233;s (et sa condition)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un expos&#233; de l'id&#233;e d'exercice des libert&#233;s ne peut faire l'&#233;conomie d'une discussion sur l'id&#233;e de libert&#233;, ce que je ne ferai pas ici, tant par manque de place que par manque de talent devant la litt&#233;rature disponible.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me contenterai de deux petites instillations : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux fa&#231;ons de voir l'exercice des libert&#233;s, notamment des autres (qui sont plus nombreux que moi) : soit vis-&#224;-vis de moi, soit par devers moi. &lt;i&gt;Vis-&#224;-vis de moi&lt;/i&gt; signifie que la &#171; libert&#233; des uns commence l&#224; o&#249; s'arr&#234;te celle des autres &#187;, et que, comme les autres sont souvent hargneux, barbares et costauds, il faut bien une force d'interposition : la police, bras arm&#233; de l'instance gouvernante. Mais le b&#233;mol vient du constat qu'imposer ma libert&#233; &#224; quelqu'un par le truchement d'une incontournable police me semble une restriction drastique de ma propre libert&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je propose l'exercice des libert&#233;s &lt;i&gt;par devers&lt;/i&gt; moi. Si je raisonne de fa&#231;on globale sur mon groupe social, je suis oblig&#233; d'&#233;largir mon empathie m&#234;me sur mon voisin hargneux, barbare et costaud. Lui-m&#234;me, malgr&#233; sa hargne et sa barbarie, sera oblig&#233; de faire pareil. La r&#233;solution des probl&#232;mes s'effectuera alors de fa&#231;on optimale par consensus, puisque les n&#233;cessit&#233;s de l'autres seront devenues miennes. C'est le m&#234;me r&#233;sultat que la charit&#233; chr&#233;tienne, sans la charit&#233; chr&#233;tienne. &#192; partir de l&#224;, il sera d&#233;licat de voir autre chose qu'une forme d'intrusion violente dans toute action de r&#233;gulation et de restriction de la libert&#233; d'autrui de type polici&#232;re. L'adage deviendrait alors &#171; la libert&#233; des uns commence l&#224; o&#249; commence celles des autres &#187;. Bien plus responsabilisant, et ne n&#233;cessitant aucune conditionnalit&#233; - et certainement pas celle d'un quelconque maintien de l'ordre public. Pour rassurer cell-eux qui estiment que ce mod&#232;le soci&#233;tal est irr&#233;alisable, c'est effectivement le cas &#224; grande &#233;chelle, et pour le moment. Mais irr&#233;alisable ne signifie pas irr&#233;aliste, et il existe d&#233;j&#224; en France quelques &#238;lots de tentatives de gestion de la libert&#233; de l'autre par devers soi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ne donner qu'un exemple local, la Charade, la Loupiotte, la Mordue, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
L'&#233;chelle de ces groupes sociaux ne d&#233;passe pas la trentaine de personnes, mais entre nous, peu sont ceux qui entretiennent des rapports soutenus avec des hordes plus grandes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Simili-conclusion : l'exercice des libert&#233;s garanti par la force est un non-sens&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;quivalence : [le maintien de l'ordre public] = [la condition d'exercice des libert&#233;s]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une contradiction logique dans la pens&#233;e de NS : l'exercice de la libert&#233; de &lt;i&gt;changer d'ordre public &lt;/i&gt;n'est pas garanti par la vision sarkozienne. Cela montre bien que la notion d' &#171; ordre public &#187; exog&#232;ne, c'est-&#224;-dire impos&#233;e de l'ext&#233;rieur sur le public, mais serin&#233;e sans cesse jusqu'&#224; incorporation b&#234;lante, est consubstantielle au maintien du pouvoir en place et au conservatisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bilan : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;le maintien (ill&#233;gitime et arm&#233;) de l'ordre public (non public) n'est certainement pas une condition d'exercice des libert&#233;s, ne serait-ce que parce qu'il n'inclut nullement la possibilit&#233; de changer d'ordre public (ou de conditions de maintien de cet ordre).&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;9e maillon : l'&#201;tat garantit l'exercice de la libert&#233; de culte &lt;i&gt;mais &lt;/i&gt;tant que l'ordre public n'est pas troubl&#233;.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il ne faut pas confondre &#8216;La soci&#233;t&#233; m'opprime'&lt;br /&gt;
et &#8216;le syst&#232;me m'&#233;trique' &#187;&lt;br /&gt;
Anonyme&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un splendide raisonnement en boucle dans ce maillon de raisonnement : le maillon n&#176;8 clame que &lt;strong&gt;le maintien de l'ordre public est la condition d'exercice des libert&#233;s&lt;/strong&gt;. Le maillon n&#176;9 nous dit que l'exercice des libert&#233;s, en l'occurrence celle du culte, est garantie par l'&#201;tat tant que l'ordre public n'est pas troubl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Sarkozy raisonne &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;comme ceci : &lt;br /&gt;
A (maintien de l'ordre public&lt;strong&gt;) &lt;/strong&gt;est condition de B (exercice des libert&#233;s) - maillon n&#176;8&lt;br /&gt;
Mais B, c'est tr&#232;s bien, tant que &#231;a n'emp&#234;che pas A - maillon n&#176;9&lt;br /&gt;
Auquel cas il faut conclure tragiquement que A (le maintien de l'ordre &#233;tabli) prime sur B (l'exercice des libert&#233;s). Pour quelqu'un qui aime le parler-franc, monsieur le ministre aurait mieux fait de le dire tout de suite, d'autant qu'il nous assurait tant&#244;t que &#171; le maintien de l'ordre public n'est pas une fin en soi &#187;. Les doublures de sa veste doivent boulocher, &#224; force de retournements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il le dit un peu plus loin, &#224; sa fa&#231;on : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; D'ailleurs, il n'y a pas d'&#233;mancipation possible en dehors du respect des lois de la R&#233;publique. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 103&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mgr de Berranger n'avait pas besoin de moi pour comprendre la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;vacuation des sans-papiers de sa cath&#233;drale. L'exasp&#233;ration des fid&#232;les progressait chaque jour. [...] &#187;. &lt;/i&gt;N.S. p.28&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'exasp&#233;ration des fid&#232;les catholiques prime sur l'exasp&#233;ration des fid&#232;les au poste de la r&#233;gularisation, les petits matins frisquets de consulat. Amusant de voir que dans le cheminement spirituel du catholique d&#233;crit ici par N.S., le besoin de prier (qu'on peut assouvir pourtant partout) surpasse le besoin de voir son voisin &#233;tranger se faire traiter correctement, au point de demander la charge de CRS, avec un S, certainement, signifiant syncr&#233;tisme.&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a aucune raison pour que la communaut&#233; catholique soit syst&#233;matiquement victime de ces occupations d'&#233;glises &#187;. &lt;/i&gt;N.S. p.28&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;trange. Je croyais que c'&#233;taient ces gens fuyant pour la plupart leur pays en guerre - guerres dont les ressorts restent rarement longtemps sans &#234;tre retendus par une quelconque main fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans entrer dans les (sinistres) d&#233;tails, Ha&#239;ti, C&#244;te d'Ivoire, Congo, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - ces gens apatrides, ayant voyag&#233; dans des conditions peu douces en emportant pour tout bien un peu de lat&#233;rite natale sous leurs semelles, je croyais que c'&#233;taient ces gens-l&#224;, et non les bigotines, qui &#233;taient les victimes. Et puis, entre nous : p.20 N. Sarkozy nous dit que les &#233;glises sont vides. Du 28 juin au 22 ao&#251;t 1996, l'&#233;glise Saint-Bernard avait 300 &#171; fid&#232;les &#187; tous les jours, sans compter les quelques dizaines de personnes en mitre bleue et en crosse de caoutchouc le dernier jour. En clair, une fr&#233;quentation record sur les 20 derni&#232;res ann&#233;es. Si la communaut&#233; catholique ne va presque plus dans les &#233;glises hormis en la voussure de quelques grenouilles de b&#233;nitier, en quoi est-elle syst&#233;matiquement victime de ces occupations ? J'ai une hypoth&#232;se : en contribution en co&#251;t de cierge. C'est dans ces moments-l&#224; que l'on r&#233;alise que si l'effort, valeur ch&#232;re &#224; Nicolas S., doit &#234;tre commun, le tronc, lui, ne l'est gu&#232;re.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;L&#224;, N. Sarkozy nous offre une de ses perles : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; La police s'oppose &#224; la violence sans &#234;tre elle-m&#234;me une violence. Elle n'est m&#234;me pas une &#171; violence l&#233;gitime &#187;. Elle est une force au service de la loi et des libert&#233;s &#187;. N.S., &lt;/i&gt;p.50&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il persistera plus loin, fulgurant : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Nous sommes reconnus &#224; travers le monde comme protecteurs du droit des minorit&#233;s. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 114&lt;br /&gt;
C'est le genre de phrase qui m&#233;riterait une minute de silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police s'oppose &#224; la violence sans &#234;tre elle-m&#234;me une violence : le jour o&#249; le citoyen Nicolas S. sera en mesure de convaincre les Roms d'Ach&#232;res la For&#234;t, les r&#233;fugi&#233;s de Sangatte, les manifestants de Marseille du 11 mars 1997, les squatteurs politiques ou non de Grenoble, les pr&#233;caires de l'incin&#233;rateur de Fumel et les alg&#233;riens survivants des quais de Javelle que la police n'est pas une violence ; le jour o&#249; le citoyen Nicolas S. persuadera les familles des multiples morts des zones d'attente de la Police A&#233;rienne des Fronti&#232;res que le b&#226;illon, le coussin et la matraque participent d'une &lt;i&gt;force au service de la loi et des libert&#233;s&lt;/i&gt;, alors je m'engagerai dans les forces de &lt;i&gt;l'ordre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, sur la question du r&#244;le du ministre de l'int&#233;rieur dans le processus de nomination des &#233;v&#234;ques, qui consiste &#224; saisir le pr&#233;fet, sur injonction du Minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res, enjoint lui-m&#234;me par le nonce apostolique, ambassadeur du Vatican en France &#224; regarder s'il y a des &#233;l&#233;ments &#224; charge contre le pr&#234;tre pressenti pour &#234;tre &#233;v&#234;que, NS le juge aussi formel que satisfaisant. Surprenant ? Non point : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les &#233;l&#233;ments &#224; charge susceptibles d'&#234;tre retenus sont d'&#233;ventuelles prises de position publiques contraires &#224; l'ordre public [...]. Depuis les ann&#233;es 1950, il n'y a eu que deux refus : en 1952, pour un pr&#234;tre guadeloup&#233;en ind&#233;pendantiste et, en 1968 pour un pr&#234;tre du dioc&#232;se de Rennes qui avait appel&#233; &#224; la gr&#232;ve des imp&#244;ts &#187;. &lt;/i&gt;N.S., p. 24&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme quoi parfois, les affaires temporelles l'emportent sur les d&#233;marches spirituelles. Faut pas d&#233;conner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;10e maillon : la promotion des institutions cultuelles ne d&#233;bordera pas des religions &#171; d'&#201;tat &#187;, le reste n'&#233;tant que sectes.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai ainsi dissous 550 milliards de d&#233;mons terrestres&lt;br /&gt;
et ressuscit&#233;s d'entre les morts 350 milliards &lt;br /&gt;
de d&#233;mons inf&#233;rieurs, devenus des serviteurs de la lumi&#232;re&lt;br /&gt;
entre l'ann&#233;e 84 et 85 &#187;.&lt;br /&gt;
Gilbert Bourdin, alias Messie Cosmo-Plan&#233;taire, Mandarom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'on veut promouvoir une conception plus active de la la&#239;cit&#233; et aider, d'une mani&#232;re ou d'un autre, les religions &#224; jouer un r&#244;le constructif dans la soci&#233;t&#233;, il faut bien distinguer les religions et les &#171; nouvelles religiosit&#233;s &#187;, dont le poids est quand m&#234;me tr&#232;s diff&#233;rent. Il faut aussi proposer quelques crit&#232;res qui permettent de montrer quand la ligne est franchie entre ce qui est authentique religieux et ce qui est &#8220;d&#233;rive sectaire&#8220;. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 141&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On voit bien les caract&#233;ristiques fondamentales qui permettent d'identifier une religion. Le nombre des fid&#232;les, l'universalit&#233; du message et, plus encore, son anciennet&#233;, sont des crit&#232;res objectifs de distinction. Si on voulait essayer de trouver une d&#233;finition de la religion par rapport aux sectes, je pense que l'un des crit&#232;res les plus pertinents serait celui de la p&#233;rennit&#233; historique, car on doit convenir que l'authenticit&#233; du message spirituel est en quelque sorte l&#233;gitim&#233; par sa p&#233;rennit&#233; au travers des g&#233;n&#233;rations. [...] tout ne se vaut pas&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 136&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. Sarkozy est un peu primesautier. La distinction sectes-religions n'est qu'un v&#339;u pieux. Il est impossible de les distinguer r&#233;ellement, car il n'y a pas de d&#233;finition pr&#233;cise de la secte. Vallet : &#171; &lt;i&gt;une religion est une secte qui a r&#233;ussi, un petit groupe devenu grand, une chapelle rebaptis&#233;e &#201;glise.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;pour distinguer une secte d'une religion, on a essay&#233; le crit&#232;re du nombre qui ferait d'une secte une religion de poche. Il est vrai que la plupart des sectes ont du mal &#224; prosp&#233;rer &#224; cause de leur intransigeance et que les grandes religions sont d'anciennes sectes qui ont accept&#233; des compromis. Si une &#201;glise chr&#233;tienne exigeait de ses membres qu'ils suivent &#224; la lettre l'ordre du Christ &#171; Viens, quitte tout et suis-moi &#187;, ce suivisme aveugle serait sectaire&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vallet O. op.cit., p. 220&#034; id=&#034;nh3-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Quelques tentatives de crit&#233;rier le statut sectaire ont &#233;t&#233; men&#233;es : la commission d'enqu&#234;te parlementaire sur les sectes, sous l'&#233;gide de Jacques Guyard s'appuie sur les infractions p&#233;nales (troubles &#224; l'ordre public, d&#233;tournement de fonds, atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; physique, etc.) ; Mgr Jean Vernette, secr&#233;taire du service national &#171; Pastorale, sectes et nouvelles croyances &#187; propose les trois concupiscences de la morale catholique : le pouvoir abusif ou l'oppression, le savoir confisqu&#233; ou l'endoctrinement, l'avoir d&#233;tourn&#233; ou l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &lt;br /&gt;
1) ces crit&#232;res englobent les religions d'&#233;tat, finalement&lt;br /&gt;
2) les notions comme &#171; trouble &#224; l'ordre public &#187; sont porteuses de ferments moraux dangereux (cf. maillon pr&#233;c&#233;dent) &lt;br /&gt;
3) ces crit&#232;res sont tr&#232;s vite amalgamants, voire partiaux, et cr&#233;ent des normes sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment le texte de Rapha&#235;l Verrier intitul&#233; Loi anti-secte. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On voit bien les caract&#233;ristiques fondamentales qui permettent d'identifier une religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le nombre des fid&#232;les : &lt;/i&gt;Sauf N. Sarkozy, &#171; aucun sp&#233;cialiste s&#233;rieux des sectes ne retient comme crit&#232;re le petit nombre des adeptes (les zoroastriens sont &#224; peine cent mille dans le monde mais sont les ultimes repr&#233;sentants d'une grande religion), ni la nouveaut&#233; du mouvement (le caoda&#239;sme vietnamien n'a pas cent ans mais n'est s&#251;rement pas une secte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le caoda&#239;sme emprunte aux baha&#239;s la v&#233;n&#233;ration d'Abraham, Mo&#239;se, Zoroastre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- et, plus encore, son anciennet&#233;,&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Il ajoute plus loin&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Je pense qu'il faut faire confiance aux grands courants spiritualistes qui ont fait leur preuves au travers des si&#232;cles pour organiser, et m&#234;me encourager, la diversit&#233; dans leurs rangs. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 141&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'universalit&#233; est un facteur positif quand elle permet, comme pour la religion chr&#233;tienne, de promouvoir les valeurs de la vie, de l'&#233;galit&#233; entre les &#234;tres humains et de la n&#233;cessit&#233; du pardon. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 137&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Survivre au temps n'est pas un crit&#232;re de justesse. Sinon, il faudrait l&#233;gitimer les flagellations, les lapidations, se r&#233;jouir des corridas et se f&#233;liciter du renouvellement continuel des guerres. &#192; l'instar des r&#233;gimes politiques, certaines religions employ&#232;rent des techniques de maintien &#224; travers les si&#232;cles requ&#233;rrant plus le sabre que l'encens. Et puis d'importants courants sont tr&#232;s r&#233;cents : le kimbanguiste za&#239;rois n'a pas un si&#232;cle, et de nombreuses &#233;glises &#233;vang&#233;liques am&#233;ricaines ne se d&#233;veloppent que depuis cinquante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La confusion entre les religions, les nouveaux mouvements spirituels et les sectes, ou encore l'impression qu'il n'est pas possible de distinguer les uns des autres, trouvent en partie leur origine dans une sacralisation extr&#234;me de la libert&#233;. M&#234;me au nom de la libert&#233;, on ne peut laisser faire n'importe quoi : le droit de se droguer, le droit de se prostituer, le droit de s'avilir si on le veut. Je ne pense pas que cette conception de la libert&#233; permette la vie sociale et le service du bien commun. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 139 - 140&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re phrase est fausse : Monsieur le ministre devrait savoir que la raison principale &#224; la non-distinction est qu'il ne peut exister, en droit fran&#231;ais, aucune d&#233;finition d'une religion et, donc, d'une secte. En effet, selon l'article 2 de la loi du 9 d&#233;cembre 1905 concernant la s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat, &#171; la R&#233;publique ne reconna&#238;t aucun culte &#187;. Monsieur Sarkozy ignore, ou feint d'ignorer la loi qu'il pr&#233;tend incarner.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il faut ouvrir l'&#339;il : insensiblement, la discussion sur les sectes glisse et N. Sarkozy laisse entendre que c'est la m&#234;me conception de la libert&#233; qui promeut l'indistinction secte-religion et &lt;i&gt;le droit de se droguer, le droit de se prostituer, le droit de s'avilir si on le veut.&lt;/i&gt; D'une part on retrouve&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la pens&#233;e moraliste r&#233;actionnaire de l'auteur (la d&#233;nonciation de ces mis&#232;res sociales comme autant de p&#233;ch&#233;s) - et on rel&#232;vera avec contrition que la solution propos&#233;e par NS revient &#224; enfermer les prostitu&#233;es (cf. la loi sur le racolage passif sous son minist&#232;re), les drogu&#233;s et autres &#171; t&#226;ches &#187; sociales. D'autre part, pas besoin d'&#234;tre un inconditionnel des sectes pour trouver que de telles associations d'id&#233;es sont outranci&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les seules limites que l'&#201;tat doit faire respecter sont celles de l'ordre public. Il y a ensuite les mouvements qui sont organis&#233;s pour l'exploitation de la faiblesse des gens, l'abus sexuel, la manipulation mentale, la violence physique et la contrainte. [...] je veux rappeler que, sauf d&#233;rive, ce ne sont pas les rabbins, les imams ou les cur&#233;s qui abusent de leurs paroissiens ou exploitent financi&#232;rement leurs fid&#232;les en leur faisant croire qu'ils gagneront la vie dans l'au-del&#224; ! On ne peut placer dans la m&#234;me cat&#233;gorie tel ou tel gourou, qui viole tous les membres de sa secte, et les ministres du culte de nos grandes religions ! Les diff&#233;rences sautent quand m&#234;me aux yeux. Il faut &#234;tre frapp&#233; de c&#233;cit&#233; ou de particuli&#232;re mauvaise foi pour ne pas le mesurer.&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 139&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'une majorit&#233; des NMR (Nouveaux Mouvements Religieux) sentent l'abus de confiance et l'ali&#233;nation, tous ne sont pas organis&#233;s &lt;i&gt;pour l'exploitation de la faiblesse des gens, l'abus sexuel, la manipulation mentale, la violence physique et la contrainte... &lt;/i&gt;ou alors, ils ne cumulent pas toutes ces caract&#233;ristiques en m&#234;me temps. Il s'agit d'un amalgame. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;je veux rappeler que, sauf d&#233;rive, ce ne sont pas les rabbins, les imams ou les cur&#233;s qui abusent de leurs paroissiens ou exploitent financi&#232;rement leurs fid&#232;les en leur faisant croire qu'ils gagneront la vie dans l'au-del&#224; !&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca s'appelle faire fi de l'histoire, et par exemple des lucratives ventes d'indulgences ou de l'aum&#244;ne islamique obligatoire. Actuellement, le fonctionnement de certains ordres monastiques et groupes du genre Opus Dei font vaciller les distinctions propos&#233;es par N. Sarkozy.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;On ne peut placer dans la m&#234;me cat&#233;gorie tel ou tel gourou, qui viole tous les membres de sa secte, et les ministres du culte de nos grandes religions ! Les diff&#233;rences sautent quand m&#234;me aux yeux&lt;/i&gt;, mais les yeux sont parfois cill&#233;s, notamment lorsqu'on se contente de transf&#233;rer d'une paroisse &#224; l'autre des pr&#234;tres auteurs d'attouchement sexuel sur enfants (cf. note 24). Amusant comme N. Sarkozy en appelle au bon sens populaire, &#224; travers des phrases qui pourraient volontiers &#234;tre suivies de &#171; voyons, ma brave dame &#187; sur un ton mi-plaisanterie mi-reproche. L'appel au bon sens populaire, qui est parfois mal plac&#233;, est un des ingr&#233;dients des meilleurs populismes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question du populisme, on pourra lire Meny Y., Surel Y., Par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; L'autorit&#233; incarn&#233;e par les &#233;v&#234;ques permet d'&#233;viter les ph&#233;nom&#232;nes de gourous, ou la prolif&#233;ration de croyances aveugles propos&#233;es par des d&#233;s&#233;quilibr&#233;s. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 143&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phrase d'une (fausse) na&#239;vet&#233; incroyable, et colportant des pr&#233;jug&#233;s : les Nouveaux Mouvements Religieux ne sont pas tous sectaires, n'ont pas tous des gourous, ne prolif&#232;rent pas (&lt;i&gt;prolif&#233;rer&lt;/i&gt; s'applique usuellement aux bact&#233;ries !) et ne sont pas toutes dirig&#233;es par des d&#233;s&#233;quilibr&#233;s - il faudrait d'ailleurs d&#233;finir ce qu'est le &lt;i&gt;d&#233;s&#233;quilibre&lt;/i&gt;, hors du cadre de marginalisation classique que r&#233;serve le conservatisme ambiant aux &lt;i&gt;drogu&#233;s&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;d&#233;linquants&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;fous&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question des d&#233;viances et de leur emploi politique, il existe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Je pense en revanche que les NMR poss&#232;dent de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale la facult&#233; d'ab&#234;tir (&#224; grands renforts de techniques de d&#233;veloppement notamment), la facult&#233; de donner un sens arbitraire &#224; l'existence, et celle de cr&#233;er, au travers une ex&#233;g&#232;se de connaissances &#233;sot&#233;riques, une hi&#233;rarchisation entre les membres initi&#233;s et les disciples, avec toutes les cases interm&#233;diaires possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Croyez-moi, ce n'est pas tr&#232;s difficile de voir quand les gens sont viol&#233;s, quand leur patrimoine est dilapid&#233;, quand les enfants ne sont pas soign&#233;s, quand on a abus&#233; des plus fragiles. Ce n'est pas impossible &#224; discerner, &#224; comprendre, &#224; analyser. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 145&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Sarkozy est vraiment tr&#232;s fort, et remplacerait efficacement des armadas d'assistants sociaux. Il a d'ailleurs d&#251; se tromper de minist&#232;re.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque : c'est assez ignoble et mensonger de dire que &lt;i&gt;ce n'est pas tr&#232;s difficile de voir quand les gens sont viol&#233;s&lt;/i&gt;. Si c'&#233;tait si simple, &#231;a se saurait. Il peut &#234;tre int&#233;ressant pour le lecteur de savoir que la notion de viol &#233;marge souvent du clich&#233; &#171; spectaculaire &#187; et fait son principal lit dans les sph&#232;res conjugales. Le viol prend pour forme principale en France les relations sexuelles conjugales contre le gr&#233; de l'un des partenaires, et bien malin qui pourra pr&#233;tendre, comme N. Sarkozy, que ce n'est pas tr&#232;s difficile &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;11e maillon : il faut savoir &#171; raison garder &#187; - comme pour la Turquie dans l'Europe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si la Turquie &#233;tait chr&#233;tienne, il n'y aurait aucun probl&#232;me. &#187;&lt;br /&gt;
Uluc Ozulker, ambassadeur de Turquie en France, &lt;/i&gt;Le Parisien&lt;i&gt;, 11 octobre 2004&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce paragraphe pourrait s'appeler &lt;strong&gt;De l'inconv&#233;nient d'&#234;tre turc : l'acculturation de Sarkozy s'arr&#234;te au Bosphore. &lt;/strong&gt;Voici un panel des r&#233;flexions sarkoziennes sur le sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Rappelons d'abord que 98 % de son territoire n'est pas situ&#233; en Europe, mais en Asie. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 149&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'Europe a, qu'on le veuille ou non, une d&#233;clinaison g&#233;ographique qui s'arr&#234;te au Bosphore. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est une r&#233;alit&#233; qu'on apprend &#224; l'&#233;cole. Cette dimension exclut la Turquie, au moins de ce point de vue. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 151&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons. Mais dans ce cas, il faudrait que N. Sarkozy conclue que J&#233;sus &#233;tait, selon cette d&#233;finition, un asiatique, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'entr&#233;e d'un pays aussi important que la Turquie sur le plan d&#233;mographique, qui deviendrait rapidement la premi&#232;re nation europ&#233;enne, et en outre de culture musulmane, m&#234;me si son &#233;tat est la&#239;que, risque de changer la nature de l'identit&#233; commune et de d&#233;naturer le projet europ&#233;en. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 151&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En outre, je ne suis pas persuad&#233; que nos concitoyens comprendraient que la premi&#232;re nation d'Europe en termes d&#233;mographiques dans vingt ans soit une nation de culture musulmane. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 149&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bizarre bizarre. Les gouvernements gaullistes fran&#231;ais et les concitoyens de l'&#233;poque n'avaient gu&#232;re de probl&#232;mes pour comprendre la pr&#233;sence dans le pr&#233; carr&#233; fran&#231;ais de pays africains, et sous certaines conditions, n'auraient pas rechign&#233; &#224; garder l'Alg&#233;rie par exemple, dont tout le territoire, paradoxalement, est sur le continent africain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lira plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On voit bien dans quelle logique nous entra&#238;nerait l'adh&#233;sion de la Turquie : comment pourrait-on ensuite refuser &#224; l'Alg&#233;rie, qui &#233;tait fran&#231;aise il y a moins de cinquante ans, ce que l'on reconna&#238;trait aux Turcs ? &#187;&lt;/i&gt; N.S., p. 150&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudainement, la peur d'une horde turque arm&#233;e de quelconques cimeterres et emmen&#233;es par un g&#233;n&#233;ral Mustafa Kemal moderne et sanguinaire refait surface, empruntant en cela le syndrome de Poitiers, sorti tout droit de l'imaginaire collectif des membres du Front National (cf. note 21).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple est ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Int&#233;grer tout le monde en l'Europe, y compris les pays qui ne sont pas europ&#233;ens, c'est prendre le risque de diluer l'identit&#233; europ&#233;enne au profit de la conception anglo-saxonne du grand march&#233; &#187;. &lt;/i&gt;N.S., p. 149&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Enfin, nous sommes d&#233;sormais 25 pays : est-ce que l'&#233;largissement ind&#233;fini de l'Europe ne risque pas &#224; terme de diluer l'Europe et donc de l'an&#233;antir ?&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 151&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle identit&#233; europ&#233;enne parle-t-il ? Quelle est &#8216;&lt;i&gt;la nature de l'identit&#233; commune&lt;/i&gt;'&lt;i&gt; &lt;/i&gt; ? Elle n'existe pas - &#224; moins que la blancheur de la peau, toute relative et variant avec la saison, n'en soit le ciment. L'Europe n'est qu'une construction &#233;conomique, et bien peu sociale. Elle ne porte aucune identit&#233; globale, hormis le fait d'&#234;tre plant&#233;e sur une plaque de terre coinc&#233;e entre Caucase, Oural et M&#233;diterran&#233;e. Aurions-nous peur d'une dilution de notre identit&#233;, nous-m&#234;mes milk-shakes ambulants de Celtes, d'Allobroges, d'Ostrogoths, de Francs ripuaires, de Lombards et d'&#201;trusques... ? Signalons que la peur de la &lt;i&gt;dilution&lt;/i&gt; d'identit&#233; a toujours &#233;t&#233; le ferment des pens&#233;es racistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un exemple ? http://www.francaisdabord.info/editorialgollnisch_detail.php?id_int&#034; id=&#034;nh3-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et ne serait-ce que le mot &#171; diluer &#187; me fait penser &#224; l'une de sauces &#233;paisses et p&#226;teuses qu'on voudrait me faire avaler de force.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons aussi que la r&#233;f&#233;rence &#224; la conception anglo-saxonne de grand march&#233;, est gonfl&#233;e. Il feint de d&#233;noncer le libre-&#233;change, alors qu'il suffit de regarder les octrois de fonds dans le cadre de la Politique Agricole Commune pour comprendre que la loi de la jungle - pardon, d'offre et de la demande - r&#233;git les rapports europ&#233;ens ; sans compter qu'en plusieurs occasions N. Sarkozy n'a pas feint de montrer son admiration pour ce mod&#232;le &#171; anglo-saxon &#187; qu'il fait semblant ici de m&#233;priser. Le th&#232;me de l'int&#233;gration dans l'Europe et son conditionnement ne devrait emprunter que des logiques sociales. Ce n'est malheureusement pas le cas, malgr&#233; le v&#339;u pieux de N. Sarkozy.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se d&#233;tendre, on peut comparer le leitmotiv &#171; &lt;i&gt;on ne peut pas int&#233;grer en Europe tous les pays du monde&lt;/i&gt; &#187; avec le pr&#233;ambule de la Constitution Europ&#233;enne qui d&#233;clare avec emphase : &#171; &lt;i&gt;Convaincus que l'Europe [...] souhaite [...] oeuvrer pour la paix, la justice et la solidarit&#233; dans le monde&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://europa.eu.int/eur-lex/lex/LexUriServ/site/fr/oj/2004/c_310/c_31020041216f&#034; id=&#034;nh3-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous avons tout int&#233;r&#234;t &#224; stabiliser ce grand pays, qui t&#233;moigne d'une prestigieuse civilisation. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 149&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de phrase embaume la condescendance dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233; (m&#233;di&#233;valisation de l'islam + bonhomisation de la France profonde). Bourdieu appelait cela les &lt;i&gt;strat&#233;gies de condescendance&lt;/i&gt;. D'ailleurs, qu'est la France pour pr&#233;tendre stabiliser un autre pays ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ca me rappelle un pseudo-&#233;lu guin&#233;en de la ville de Kindia qui me disait en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Elle ferait mieux d'arr&#234;ter d'en d&#233;stabiliser d'autres - je pense &#224; son op&#233;ration Licorne en C&#244;te d'Ivoire, &#224; la pr&#233;caution de principe autour du coup d'&#233;tat du fils Eyadema au Togo, au soutien jusqu'il y a quelques jours de Gaston Flosse en Polyn&#233;sie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Quant &#224; l'id&#233;e d'une int&#233;gration du Maghreb]&lt;i&gt; &#171; Il y aurait une union &#233;conomique, mais plus d'union fond&#233;e sur une culture commune. Il existe plusieurs fa&#231;ons de tuer l'id&#233;e europ&#233;enne. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 150&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette culture commune n'existe pas. Quel lien culturel y a t'il entre le Danemark et la Roumanie - hormis la blancheur chr&#233;tienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il y a &#233;galement le crit&#232;re d'une communaut&#233; de valeurs d&#233;mocratiques. La Turquie n'est pas encore un pays aux habitudes d&#233;mocratiques aussi ancr&#233;es qu'en Espagne ou en Su&#232;de.&lt;/i&gt; &#187; N.S., p. 151&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons-en, justement, des habitudes d&#233;mocratiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de la Su&#232;de : pour notre gouverne, entre 1935 et 1976, en Su&#232;de, 62000 personnes, dont 93% de femmes, ont &#233;t&#233; st&#233;rilis&#233;es. En 1934 puis en 1941, les diff&#233;rents gouvernements ont adopt&#233; deux lois de st&#233;rilisation &#224; ces fins, autorisant cet acte d'abord pour les &#171; d&#233;ficients mentaux &#187; puis pour tous les &#171; asociaux &#187; : handicap&#233;s mentaux, femmes aux &#171; mauvaises m&#339;urs &#187; ou ne pouvant entretenir leurs enfants, &#171; marginaux &#187;, tziganes, mauvais &#233;l&#232;ves, et toutes personnes per&#231;ues comme entraves au d&#233;veloppement d'une soci&#233;t&#233; moderne ! Ces pratiques, d&#233;cid&#233;es par un Comit&#233; national saisi de demandes &#233;crites des h&#244;pitaux psychiatriques, des ma&#238;tres d'&#233;cole, des maisons de correction, &#233;taient, selon les mots de l'historienne Maija Runcis &#171; &lt;i&gt;per&#231;ues comme une intervention humanitaire profitable &#224; tous, permettant d'&#233;liminer les maladies et la pauvret&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 27 ao&#251;t 1997. Voir &#233;galement et son livre Maija Runcis, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est qu'en 1997 qu'un journal su&#233;dois a r&#233;v&#233;l&#233; au grand public le scandale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de Maciej Zaremba, dans le Dagens Nyheter. Pour toucher du doigt (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peut-on parler d'habitude d&#233;mocratique ancr&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de l'Espagne : il est interdit d'&#233;clater de rire sur l'ancrage des habitudes d&#233;mocratiques de l'Espagne, qui ne commence timidement qu'en novembre 1975 &#224; la mort d'un certain g&#233;n&#233;ral Franco, et conna&#238;t r&#233;guli&#232;rement quelques hoquets -derni&#232;rement, l'engagement par Jos&#233; Mari&#224; Aznar de l'Espagne dans le bourbier irakien n'&#233;tait pas des plus pl&#233;biscit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de chez nous : allez, une petite liste des entorses &#224; la d&#233;mocratie en France. Impossibilit&#233; de d&#233;mettre un &#233;lu, non prise en compte du vote blanc ou nul, impossibilit&#233; de d&#233;clencher un r&#233;f&#233;rendum de fa&#231;on populaire, budgets de l'&#233;tat occult&#233;s, projets pr&#233;sidentiels, caisses noires, pas de droit de regard sur la r&#233;partition des imp&#244;ts, autorit&#233;s non &#233;lues par le peuple (s&#233;nateurs, pr&#233;fets, ministres), impunit&#233;s parlementaires, minist&#233;rielles et pr&#233;sidentielles, caution d'entit&#233;s ill&#233;gitimes comme le G8, le quadrilat&#232;re de la Banque Mondiale ou le FMI, entretiens de paradis fiscaux et de soci&#233;t&#233;s de clearing, complicit&#233;s de crimes politiques ou de g&#233;nocide non jug&#233;es, pillage de pays pauvres et j'en passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ajoute qu'&#224; partir du moment o&#249; il y a dix nouveaux pays qui viennent d'entrer dans l'Union, dont l'un, la Pologne, a quarante millions d'habitants, le temps est, en tout &#233;tat de cause venu de faire une pause. &#187;&lt;/i&gt; N.S., p. 151&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime beaucoup cette phrase, qui laisse para&#238;tre que la voix des peuples est essouffl&#233;e et que le thaumaturge artisan de l'Europe a, comme Dieu, besoin du repos le 7&#232;me jour de la cr&#233;ation du monde... lorsqu' &#171; il vit que cela &#233;tait bien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques inclassables&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'id&#233;al r&#233;publicain d'&#233;galit&#233; des chances, de m&#233;ritocratie, de d&#233;veloppement de tous les territoires, d'&#233;ducation pour tous, reste d'une actualit&#233; br&#251;lante &#187;. &lt;/i&gt;N.S., p. 19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s br&#251;lante. &#192; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, les lyc&#233;ens fran&#231;ais qui &#233;taient dans la rue au printemps sont tra&#238;n&#233;s en justice pour s'&#234;tre oppos&#233;s, entre autres au th&#232;me br&#251;lant de l'in&#233;galit&#233; des chances - mais comme le disait Luc Ferry le soir du dimanche 20 f&#233;vrier 2005 sur France 3, &lt;i&gt;il ne faut pas laisser les enfants d&#233;cider, nous vivons dans un monde d'adultes&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Je ne savais pas, en revanche, que le d&#233;veloppement de tous les territoires relevait de l'id&#233;al r&#233;publicain. C'est le retour &#224; Charlemagne. Quant &#224; la &lt;i&gt;m&#233;ritocratie&lt;/i&gt;, elle est comme &lt;i&gt;l'ordre public&lt;/i&gt;, un concept vide sans r&#233;f&#233;rentiel : qui pr&#233;juge du &lt;i&gt;m&#233;rite&lt;/i&gt; de quelqu'un ? Vis-&#224;-vis de quelle valeur morale ? Puisque les valeurs morales d&#233;velopp&#233;es institutionnellement sont toujours celles de la classe dominante, j'ai bien peur que ce soit la &lt;i&gt;m&#233;ritocratie&lt;/i&gt; sarkozienne, &#233;rig&#233;e au rang de mamelle de la R&#233;publique, qui soit justement l'une des causes de l'in&#233;galit&#233; des chances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vrac :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; [...] ind&#233;pendamment de mes choix personnels, il &#233;tait naturel qu'en tant que ministre des Cultes, &#224; l'&#233;poque, je participe aux grandes f&#234;tes religieuses du principal culte de France. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 154&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qui ne m'emp&#234;che pas de retourner dans le combat du monde, parce que c'est ma nature et sans doute ma vocation. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 42&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai toujours eu la volont&#233; de convaincre. Bien avant d'&#234;tre avocat, d&#233;j&#224; au coll&#232;ge ! Pourquoi ? sans doute parce que c'&#233;tait dans ma nature. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 44&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons le nombre de fois que N.S. invoque une quelconque &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt;, essentialiste, que ce soit &#224; propos de l'Europe, de l'Ordre public ou de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Constatons plut&#244;t que l'Europe centrale et orientale est frapp&#233;e par une d&#233;christianisation qui s'explique par la fin de la r&#233;pression communiste. Cette r&#233;pression, ajout&#233;e &#224; la d&#233;sesp&#233;rance marxiste, entretenait en r&#233;action une esp&#233;rance spirituelle qui permettait d'envisager un avenir plus cl&#233;ment pour ceux qui n'en avaient pas dans leur quotidien imm&#233;diat &#187;. &lt;/i&gt;N.S., p. 153&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au cours de notre d&#233;bat, j'ai tr&#232;s vite senti que Tariq Ramadan &#233;tait tr&#232;s &#224; l'aise pour d&#233;velopper de longs et harmonieux raisonnements, mais qu'il pouvait perdre pied d&#232;s qu'on lui demandait d'&#234;tre pr&#233;cis et de s'engager. Sa proposition de moratoire sur la lapidation des femmes restera pour moi un grand moment. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p.80&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; [...] mais ne sous-estimez pas les questions de forme pour autant. Les juristes le disent &#224; leur mani&#232;re : &#171; la forme tient le fond en l'&#233;tat &#187;. La forme, c'est important, c'est m&#234;me parfois aussi important que le fond. Je ne suis pas de ceux qui font une diff&#233;rence entre la forme et le fond. &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le respect formel des proc&#233;dures, c'est la garantie des libert&#233;s. &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les mises en gras sont de mon fait. RM&#034; id=&#034;nh3-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;N.S., p. 145&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Cela dit, le sport est incontestablement une valeur civilisatrice&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. &#187; &lt;/i&gt;N.S., p. 38&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, voici le passage que je consid&#232;re comme le plus repr&#233;sentatif du livre de Monsieur Sarkozy. Oscillant entre pr&#233;jug&#233;s classiques et refus de la compr&#233;hension des gen&#232;ses sociales, empruntant quelques glissements faciles et quelques pseudo-causalit&#233;s opportunes, il annonce ouvertement des lendemains peu chantants. Remarquez, on ne pourra pas dire qu'il ne nous avait pas pr&#233;venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il n'y a aucune cause religieuse possible au racisme et &#224; l'antis&#233;mitisme. Attaquer un juif parce qu'il est juif, c'est un acte de d&#233;linquance, cela n'a rien &#224; voir avec l'islam ou avec le juda&#239;sme. Il y a trop de complaisance de certains milieux ou de certains militants pour expliquer, ou pire, justifier, des actes de d&#233;linquance sous couvert de religion. C'est faire d&#233;choir la religion dans l'arsenal des voyous. Pour ma part, je n'ai pas l'intention d'expliquer cet acte de d&#233;linquance et de l&#226;chet&#233; par des raisons religieuses. De la m&#234;me fa&#231;on que poser une bombe en Corse n'est pas un acte politique, c'est un crime tout court. Ou que le viol d'une adolescente dans une cave sordide ne souffre aucune explication. C'est un crime odieux, un acte de barbarie que ni la pauvret&#233;, ni le manque d'&#233;ducation ou d'instruction ne peut le moins du monde excuser ou expliquer. On n'aime pas les juifs, mais s'il n'y a pas de juifs dans le quartier, on n'aimera pas la personne &#226;g&#233;e qui rentre dans le hall de son immeuble ou toute cat&#233;gorie &#224; qui l'on reprochera simplement d'exister&lt;/i&gt;. [...] &lt;i&gt;Voil&#224; bien l'une des maladies du si&#232;cle : &#224; force de chercher l'inexplicable, on finit par excuser l'inexcusable. On cherche des raisons et des explications &#224; tout. Forc&#233;ment, on finit par croire qu'on en a trouv&#233;. Une fois celles-ci install&#233;es, r&#233;pandues, on en arrive &#224; justifier les actes les plus pitoyables et r&#233;pr&#233;hensibles. Il en va ainsi de l'antis&#233;mitisme, qui n'est pas plus justifiable parce qu'Ariel Sharon est Premier ministre en Isra&#235;l, ou du racisme anti-musulman, qui n'est pas plus acceptable parce que Ben Laden arme des exalt&#233;s terroristes. [...] La situation au Moyen-Orient, la d&#233;tresse des Palestiniens, l'Intifada n'ont rien &#224; voir avec l'agression d'un adolescent juif dans une patinoire ou d'une femme qui se rend depuis 20 ans dans la synagogue de son quartier. C'est m&#234;me insulter les victimes que d'avancer de telles explications. Je ne rentrerai pas dans le pi&#232;ge o&#249; sont tomb&#233;s tant d'autres. En la mati&#232;re, il n'y a rien &#224; expliquer et tout &#224; r&#233;primer&lt;/i&gt;. &#187; N.S., p. 134&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Co-Auteurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si tout le monde conna&#238;t, ou croit conna&#238;tre Nicolas Sarkozy, qui sont donc Thibaud Collin et Philippe Verdin, co-signataires des entretiens de M. Nicolas Sarkozy ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier d'entre eux est &lt;strong&gt;Thibaud Collin &lt;/strong&gt; : philosophe agr&#233;g&#233;, enseignant en classe pr&#233;paratoire&lt;br /&gt; &lt;i&gt;(source : &lt;a href=&#034;http://www.quartiergay.com/noticias/772.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.quartiergay.com/noticias/772.shtml&lt;/a&gt;)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son agr&#233;gation de philosophie lui sert &#224; commettre des choses du genre : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Les Fran&#231;ais sont en majorit&#233;, sans le savoir, &#034; h&#233;t&#233;rosexistes &#034;... et probablement la majorit&#233; des d&#233;put&#233;s UMP. Ceux-ci risquent de l'apprendre &#224; leur d&#233;pens dans quelques mois quand, s'opposant au &#034; mariage &#034; homosexuel, et au nom de la loi qu'ils auront vot&#233;e, ils seront poursuivis pour propos homophobes. &#187; &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;D&#233;cryptage&lt;/i&gt;, 11 juin 2004). &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il milite hargneusement contre le mariage homosexuel. Il est ouvertement homophobe, mais on ne peut pas lui dire, car selon lui l'homophobie est &lt;i&gt;un v&#233;ritable cheval de Troie libertaire&lt;/i&gt; qui &lt;i&gt;sert le Lobby gay&lt;/i&gt;. Il l'explique dans le livre &lt;i&gt;Le Mariage gay, &lt;/i&gt;Eyrolles, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il contribue &#224; &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;, nouvelle revue d'id&#233;es chr&#233;tienne publi&#233;e par l'&lt;i&gt;Association pour la Fondation de Service Politique&lt;/i&gt;, ou AFSp. L'AFSp, cr&#233;&#233;e en 1992, proche de &lt;i&gt;l'Opus De&#239;&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;est un laboratoire d'id&#233;es qui travaille &#224; la promotion d'une pens&#233;e politique fran&#231;aise coh&#233;rente avec l'enseignement social de l'&#201;glise. S'y retrouvent des Fran&#231;ais attach&#233;s aux valeurs fondatrices de la civilisation europ&#233;enne et &#224; la vocation de la France, qu'ils veulent libre, g&#233;n&#233;reuse et souveraine&lt;/i&gt; &#187;. Tout un programme. Les activit&#233;s de cette fondation sont soutenues et financ&#233;es par deux &#233;manations du Vatican : la sinistre &lt;i&gt;Alliance pour les droits de la vie&lt;/i&gt;, pr&#233;sid&#233;e par Christine Boutin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ADV a pour objet de &#034; promouvoir sur le terrain social, politique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et la s&#233;pulcrale &lt;i&gt;Fondation J&#233;r&#244;me-Lejeune&lt;/i&gt;, du nom du tristement c&#233;l&#232;bre Professeur Lejeune sp&#233;cialis&#233; dans les commandos anti-avortement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir http://www.reseauvoltaire.net/article1937.html&#034; id=&#034;nh3-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant que la crise sociale est d'abord une crise morale, l'AFSp est la pierre d'achoppement entre milieux catholiques traditionalistes et n&#233;o-conservateurs. Dans cette mouvance se croisent des anti-avortement, des anti-Euro souverainistes, des eccl&#233;siastiques, des anti-&#201;tat-providence, des &#233;lus, des royalistes... On y a remarqu&#233;, entre autres, outre Mme Boutin, Philippe de Villiers, quelques membres du MPF (P.M. Couteaux, F. Seillier, D. Souchet...), Patrice de Plunkett (ex-r&#233;dacteur en chef du Fig-Mag), Fran&#231;ois Guillaume (ex-pr&#233;sident de la FNSEA), Pierre Chaunu, Jean Foyer et Jean Royer, membres de D&#233;mocratie Lib&#233;rale, Chantal Delsol l'&#233;pouse de Charles Millon, quelques historiens r&#233;visionnistes de Lyon-III et des patrons comme Yvon Chotard et Fran&#231;ois Michelin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir&#034; id=&#034;nh3-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Ajoutez &#224; cela d'anciens hommes politiques des pays de l'Est, des cadres dirigeants, des eccl&#233;siastiques, des militaires, des juristes, des universitaires, des membres du Club de l'Horloge, etc. Bref, Thibaud Collin est bien entour&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revue &lt;i&gt;libert&#233; politique &lt;/i&gt;a sa propre agence de presse, &lt;i&gt;D&#233;cryptage&lt;/i&gt; ; le site, &lt;a href=&#034;http://www.libertepolitique.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.libertepolitique.com&lt;/a&gt;, est administr&#233; par Pr&#233;sident Francis Jubert (entre autre vice-pr&#233;sident fondateur de l'&lt;i&gt;Alliance pour les droits de la vie&lt;/i&gt;, qui nous l'avons dit soutient l'AFSp). En somme, une grande famille. Monsieur Collin y trouve certainement son compte, lui qui est en outre contre le droit &#224; l'avortement. Dans ses luttes pl&#233;thoriques, il trouve la force de mener campagne contre l'adh&#233;sion de la perfide Turquie &#224; l'Union Europ&#233;enne (&lt;a href=&#034;http://www.libertepolitique.com/public/initiatives/petition.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.libertepolitique.com/public/initiatives/petition.php&lt;/a&gt;) et il participe &#233;galement &#224; la Fondation Guil&#233;, notamment en co-signant &#171; &lt;i&gt;La&#239;cisation et s&#233;cularisation, questions pour l'Europe de demain&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir http://www.thesisverlag.ch/guile-laicisation.htm&#034; id=&#034;nh3-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Actes du 4&#232;me Colloque International de la Fondation Guil&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fondation Guil&#233; est un &#034; centre europ&#233;en de spiritualit&#233; &#034;, &#233;manant de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aux c&#244;t&#233;s de Jean Staune, &#233;minence de l'association Universit&#233; Interdisciplinaire de Paris (UIP), association s'infiltrant par tous les orifices possibles dans les plus &#233;clectiques colloques, et dont le but est de r&#233;concilier co&#251;te que co&#251;te science et religion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce sujet l'article &#171; L'Universit&#233; Interdisciplinaire de Paris &#187; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tient par ailleurs des propos fascinants, dont voici deux extraits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le site Christcity (&lt;i&gt;le portail de la nouvelle &#233;vang&#233;lisation)&lt;/i&gt; : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; L'id&#233;ologie de la lib&#233;ration sexuelle est encore &#224; l'&#339;uvre quand sous couvert de pr&#233;vention du sida, on initie les enfants aux pratiques sexuelles et on normalise les relations pr&#233;coces. &#187; &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
(in &lt;i&gt;Le cadavre de la r&#233;volution sexuelle bouge encore&lt;/i&gt;, 2 mars 2001)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;www.christicity.com/4daction/web_gen_mail/fsp/78&#034; id=&#034;nh3-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Figaro du 18 mars 2005 : &lt;br /&gt; &#171; [Thibaud Collin] &lt;i&gt;L'enjeu pour lequel lutte le lobby gay, c'est une r&#233;volution dans la conception de la sexualit&#233;. [...] Si l'on votait une loi en faveur du mariage gay, cela changerait profond&#233;ment la soci&#233;t&#233;. Il y aurait un co&#251;t humain important, cela &#233;branlerait les fondements des relations humaines. &lt;/i&gt;[...] &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;[&lt;/strong&gt;Laurence de Charette] &lt;i&gt;N'en est-il pas ainsi de chaque &#233;volution de la soci&#233;t&#233; ? Le divorce &#233;tait banni, aujourd'hui les familles recompos&#233;es sont nombreuses et la loi s'adapte...&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;[Thibaud Collin] &lt;i&gt;Quoi qu'on en dise, le divorce est toujours v&#233;cu comme un &#233;chec. Il a un co&#251;t dans la soci&#233;t&#233;. Son existence m&#234;me fragilise le mariage et les individus. Si l'on instaurait le mariage gay, la soci&#233;t&#233; se recomposerait &#224; long terme avec un co&#251;t qui, selon moi, n'est pas souhaitable. Surtout, cette revendication est la face &#233;merg&#233;e d'un iceberg vers lequel nous filons, insouciants. &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
(In&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Les militants du mariage gay veulent changer la sexualit&#233;&lt;/i&gt;, Thibaud Collin, interview&#233; par Laurence de Charette)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte disponible sur http://www.minorites.org/article.php?IDA=7529&#034; id=&#034;nh3-67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second s'appelle&lt;strong&gt; Philippe Verdin &lt;/strong&gt; : pr&#234;tre et religieux dominicain, 39 ans.&lt;br /&gt;
(&lt;i&gt;Source : &lt;a href='https://infokiosques.net/prev.figaro.net/traitpourtrait/20041026.FIG0202.html'&gt;prev.figaro.net/traitpourtrait/20041026.FIG0202.html&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arri&#232;re petit-fils du g&#233;n&#233;ral Mangin, ancien louveteau, responsable de la formation des chefs chez les Scouts unitaires de France et aum&#244;nier, il se veut l'un des b&#226;tisseurs de la &lt;i&gt;spiritualit&#233; scout&lt;/i&gt;. Il est l'auteur de l'essai &#171; &lt;i&gt;Les pieds sur terre et la t&#234;te dans le ciel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Spiritualit&#233; du scoutisme&lt;/i&gt; &#187;, aux &#201;ditions du Cerf, 2002, et d'un roman, &#171; &lt;i&gt;La Grande tribu&lt;/i&gt; &#187;, aux &#201;ditions de la Table-Ronde, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;galement directeur de la revue &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.esprit-et-vie.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Esprit &amp; Vie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, revue catholique de formation permanente, qui compte parmi ses plumes des gens comme Thierry Magnin, membre de... l'UIP (cf. note 65), ainsi que de la revue &#171; &lt;a href=&#034;http://www.signe-de-piste.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Signe des Pistes&lt;/a&gt; &#187;, revue destin&#233;es aux scouts catholiques. Il pr&#233;side accessoirement l'association des &lt;i&gt;Amis du Signe de Piste.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a &#233;t&#233; &#233;diteur des &#233;ditions du Cerf, maison d'&#233;dition des dominicains, pendant cinq ans, et y a &#233;dit&#233; le livre qui nous pr&#233;occupe, &lt;i&gt;La r&#233;publique, les religions, l'esp&#233;rance&lt;/i&gt;, - ce qui lui a valu dans la presse l'appellation de &#171; confesseur du ministre &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre d'entretiens avec N. Sarkozy aurait-il &#233;t&#233; per&#231;u comme un peu trop libre ? Monsieur Verdin, de fa&#231;on surprenante, vient de se faire muter au S&#233;n&#233;gal, bien loin de la sph&#232;re parisienne. Et si le Figaro &#233;crit : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au fait, pourquoi toutes ces caisses ? &lt;br /&gt;
&#171; Je suis nomm&#233; &#224; l'aum&#244;nerie de la facult&#233; de Dakar, pour donner un coup de main aux fr&#232;res dominicains africains. L&#224;-bas, 80% des &#233;tudiants sont musulmans. Il y a du travail. &#187; A peine les projecteurs sont-ils tourn&#233;s vers lui qu'il semble se d&#233;rober. Derri&#232;re les fines lunettes, les yeux se plissent : &#171; C'est la vie dominicaine... &#187; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Verdin, le confesseur de Nicolas, par Bertrand Galimard Flavigny, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site &lt;i&gt;PACTE au Service du Royaume&lt;/i&gt;, lui, juge autrement les ressorts de la vie dominicaine : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Est-ce un hasard d'ailleurs si Philippe Verdin a &#233;t&#233; brutalement envoy&#233; au S&#233;n&#233;gal par ses sup&#233;rieurs ? Le manifeste la&#239;que que ce jeune dominicain plein d'avenir signe avec Nicolas Sarkozy, &#171; La r&#233;publique, les religions, l'esp&#233;rance &#187;, publi&#233; par les &#201;ditions du Cerf, a eu le don de d&#233;plaire souverainement aux &#233;v&#234;ques... L'ex-ministre de l'Economie y exposait largement ses th&#232;ses sur la n&#233;cessaire r&#233;forme (en faveur de l'&#233;lectorat musulman) de la loi canonique. Aujourd'hui, pour les &#233;v&#234;ques de France, toucher &#224; la loi de 1905, c'est risquer de perdre le contr&#244;le des innombrables &#233;glises construites ant&#233;rieurement au XXe si&#232;cle, qui appartiennent &#224; l'&#201;tat et sont d&#233;volues &#224; la hi&#233;rarchie catholique officielle. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://site.pacte.free.fr/pacte/89/pacte89a.htm Il faut dire que Pacte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est semble-t-il tr&#232;s d'accord avec Thibaud Collin et ses th&#232;ses homophobes, flattant la croupe des m&#234;mes id&#233;es r&#233;actionnaires et trempant son esprit dans les m&#234;mes auges conservatrices que son co-auteur et affid&#233; - pour s'en convaincre, contempler la revigorante et primesauti&#232;re revue du livre de Collin &lt;i&gt;Du mariage au bordel : l'offensive id&#233;ologique du lobby gay&lt;/i&gt;, publi&#233; le Lundi 20 Juin 2005 sur &lt;a href=&#034;http://prodeo.over-blog.com/article-490219.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://prodeo.over-blog.com/article-490219.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;En cadeau&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Un entretien avec Philippe Verdin, Editeur du livre de Nicolas Sarkozy &lt;i&gt;La R&#233;publique, les religions, l'esp&#233;rance&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avoir propos&#233; &#224; Monsieur Nicolas Sarkozy de publier un livre d'entretiens sur les religions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert, au premier semestre 2003, dans la presse, l'engagement du ministre de l'Int&#233;rieur pour faire avancer l'invention du CFCM (ndlr le conseil fran&#231;ais du culte musulman), son souci de rencontrer les &#233;v&#234;ques fran&#231;ais, sa volont&#233; de rassurer la communaut&#233; juive. J'ai pens&#233; que la France avait pour la premi&#232;re fois depuis longtemps un ministre de l'Int&#233;rieur qui s'int&#233;ressait aux cultes, qui envisageait la relation de la R&#233;publique avec les religions de mani&#232;re sereine, inventive, bienveillante et f&#233;conde. D&#233;s lors, je lui ai propos&#233; ce livre d'entretiens. Il a accept&#233; rapidement, apr&#232;s que nous ayons fait connaissance au minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proche des milieux Villepin, Gaymard, avez-vous d&#233;couvert un homme &#233;loign&#233; de l'image que vous pouviez en avoir ? Comment d&#233;finiriez-vous Nicolas Sarkozy ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'imaginais Nicolas Sarkozy comme une sorte d'Ast&#233;rix le gaulois, petit teigneux plein de malice et d'ambition. J'ai d&#233;couvert un homme &#224; la vivacit&#233; intellectuelle remarquable, un homme passionn&#233;, un homme qui &#233;coute - ce qui est rare en politique - les engagements de ses interlocuteurs, surtout s'ils ont un art de vivre diff&#233;rent du sien. Il a beaucoup d'imagination et de culot. Je trouve qu'il ressemble finalement beaucoup au Pr&#233;sident de la R&#233;publique : il aime les gens, se passionnent [sic] pour leur vie, a un immense talent d'orateur et une grande fid&#233;lit&#233;. En outre, comme Jacques Chirac, il n'est pas id&#233;ologue, mais pragmatique. Il s'appuie surtout sur son exp&#233;rience pour inventer des solutions aux probl&#232;mes embourb&#233;s. J'ai &#233;t&#233; en outre frapp&#233; de la qualit&#233; et de la rigueur de son travail, remarquablement relaill&#233;s [sic] par une &#233;quipe qui l'a suivi de la place Beauvau &#224; Bercy et l'accompagnera sans doute &#224; l'UMP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que retenez-vous de ces entretiens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retiens de ces entretiens que Nicolas Sarkozy me para&#238;t avoir la stature d'un chef d'&#201;tat. En politique, avec des personnalit&#233;s comme la sienne, on peut imaginer que des probl&#232;mes compliqu&#233;s et des situations coinc&#233;es, dans l'impasse trouveront leurs solutions, &#224; force de concertation, d'imagination, de courage et de talent. M&#234;me si on n'est pas d'accord avec toutes ses initiatives ou ses prises de position, on ne peut que reconna&#238;tre son courage, son opini&#226;tret&#233; et son talent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Un p&#232;re dominicain qui confesse un politique, de surcro&#238;t Ministre d'&#201;tat, que vous inspire cette image ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, je n'ai pas confess&#233;, mais j'ai dialogu&#233;. Nicolas Sarkozy, avec ce livre, affronte un tabou de la politique fran&#231;aise qui choisit depuis longtemps la d&#233;fiance ou le d&#233;dain vis-&#224;-vis des religions, ignorant en aveugle le r&#244;le important qu'elles jouent dans l'&#226;me de la Nation, dans le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; et dans la vie de beaucoup de citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Julien Serey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait du site &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.avecsarko.org/livre_verdin.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comit&#233; des jeunes avec Sarkozy&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.primo-europe.org/interview.php?numdoc=In-887080168&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fiammetta Venner r&#233;pond &#224; Primo-Europe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'AFIS publie une excellente petite revue, Science &amp; Pseudo-Science (SPS), et g&#232;re un site, &lt;a href=&#034;http://www.pseudo-sciences.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pseudo-sciences.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'instar de Charles VII, qui accepte de se faire sacrer sur injonction de Jeanne d'Arc, non pour, comme elle le croit, &#234;tre en rapport avec Dieu, mais pour avoir une longueur d'avance et cacher son ill&#233;gitimit&#233; sur Henri V d'Angleterre, auquel pourtant le Trait&#233; de Troyes, sign&#233; par un Charles VI un peu &#233;br&#233;ch&#233; de la cafeti&#232;re, confiait la r&#233;gence de la France. &#192; titre informatif, le champion de ce genre de man&#339;uvre politique concordiste fut sans conteste Bonaparte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avez-vous remarqu&#233; que la cr&#234;pe retombe dignement dans la po&#234;le quand personne ne vous regarde, et choit lamentablement dans le tas de poussi&#232;re pr&#232;s du balai d&#232;s qu'un quelconque jette un &#339;il sur vous ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne suis pas loin de penser que, la nationalit&#233; n'incombant &#224; une personne que par le plus pur des hasards, il n'y pas beaucoup de raisons moralement justifiables d'&#234;tre fier ou honteux de son pays d'origine, - et donc peu de raisons valables d'&#234;tre contraint de pr&#233;ciser sa provenance. Chaque individu a le droit de se revendiquer d'un creuset culturel comme la France, le Cambodge ou le Kabinda, mais &#224; mon avis aucune institution ne devrait en exiger la stipulation sur des papiers d'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Odon Vallet, Petit lexique des id&#233;es fausses en religion, Albin Michel, 2002, pp.30-32&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En boucle, la diffusion, pas le pape - qui &#233;tait assez d&#233;garni.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bourdieu P. &lt;i&gt;Contre-feux&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;le sort des &#233;trangers comme Schibboleth&lt;/i&gt;, Raison d'Agir, 2002, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'est &#233;videmment pas question de stigmatiser les petits commer&#231;ants mais de pointer nos petits foyers ladres et jaloux les uns des autres, vivotant &#224; peine mais pr&#233;f&#233;rant se faire concurrence, houspiller l'ouvrier arabe qui mange le pain des fran&#231;ais et conspuer le fonctionnaire paresseux, l'instit fain&#233;ant plut&#244;t que s'approprier sa r&#233;volte. J'emprunte ce terme &#224; celui qui contre toute attente reste encore un mod&#232;le politique pour de nombreux fran&#231;ais, Napol&#233;on, qui parla de &#171; l'Angleterre, cette nation de boutiquiers &#187; dans un sens je crois assez proche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Haut savoyards et limougeauds peuvent &#234;tre remplac&#233;s sans grande perte de substance par d'autre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bon, c'est pour rire un peu. La consanguinit&#233;, forc&#233;e, comme le cr&#233;tinisme - d&#251; principalement au manque d'iode - n'ont pas grand-chose &#224; voir avec la stupidit&#233; politique. Mais des fois, &#231;a fait du bien de craquer un peu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Fight Club&lt;/i&gt;, film de David Fincher, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une introduction lapidaire, lire &lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/imprimersans2?id_article=10&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la d&#233;claration interdite de Ravachol&lt;/a&gt; sur infokiosques.net&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au cas o&#249; : &lt;br /&gt;
Les agnostiques ne nient pas l'existence du divin mais la possibilit&#233; pr&#233;sente ou d&#233;finitive d'en avoir connaissance. &lt;br /&gt;
Les ath&#233;es consid&#232;rent que le besoin d'une divinit&#233; n'est qu'un &#233;l&#233;ment de renfort psychique, une sorte d'antid&#233;presseur.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui prouve bien que Dieu est un cercle dont le centre est partout et la circonf&#233;rence nulle part, m&#234;me pas sur le Mur de J&#233;rusalem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela ne semble malheureusement pas suffisant : ouvrir un magazine dit &#171; f&#233;minin &#187; nous condamne &#224; 3 genres d'articles. Les articles mode / bijoux / tendance (femme objet sexuel), les articles b&#233;b&#233; / grossesse / famille (femme pondeuse), et l'&#233;sot&#233;risme-facile-chez-soi, astrologie, horoscope chinois, psychog&#233;n&#233;alogie, je-suis-mon propre-m&#233;decin-en-8-jours, etc. (en clair, contre-culture bon march&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une introduction sur la question, Fran&#231;oise H&#233;ritier, &lt;i&gt;Masculin / F&#233;minin, la pens&#233;e de la diff&#233;rence&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais &#171; le droit au r&#234;ve a pour pendant le devoir de vigilance &#187;, nous r&#233;p&#232;te Henri Broch, dans son livre &#171; Au c&#339;ur de l'extraordinaire &#187;, Ed. Book-i-book.com, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une r&#233;futation puissante de plusieurs types de finalismes ou de t&#233;l&#233;ologies, on lira avantageusement Dubessy, Lecointre &amp; al. &lt;i&gt;Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en sciences&lt;/i&gt;, Syllepse 2001, ainsi que le r&#233;cent Dubessy, Lecointre, Silberstein &amp; al, &lt;i&gt;Les mat&#233;rialismes et leurs d&#233;tracteurs, &lt;/i&gt;2004, m&#234;me &#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un cha&#226;ba est un de ces bidonvilles dans lesquels habitaient les immigr&#233;s alg&#233;riens des ann&#233;es 50. Ce mot est c&#233;l&#232;bre depuis le film &#171; le gone du cha&#226;ba &#187;, r&#233;alis&#233; par Azouz Begag en 1997 - qui a par ailleurs r&#233;alis&#233; l'impressionnante prouesse de mettre &#224; jour certains &#233;l&#233;ments de gen&#232;se sociale de la mis&#232;re &amp; d'appartenir &#224; l'UMP, qui a une tendance r&#233;currente &#224; nier ces &#233;l&#233;ments ou &#224; en naturaliser les sympt&#244;mes. Il a accept&#233; de rentrer en 2005 au gouvernement de De Villepin en tant que ministre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Promotion de l'&#201;galit&#233; des chances, ce qui ne laisse pas d'inqui&#233;ter sur sa probit&#233; quand on regarde le recul des acquis sociaux, notamment en terme d'&#233;galit&#233; des chances et d'acc&#232;s &#233;galitaires aux biens publics, orchestr&#233; par le &#171; clan &#187; de Jacques Chirac ces dix derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait &#233;voquer &#224; ce sujet ce que d'aucuns appellent le &#171; syndrome de Poitiers &#187;, hantise que l'inexorable chevauch&#233;e musulmane reprenne 1300 ans apr&#232;s avoir &#233;t&#233; difficilement stopp&#233;e par Charles Martel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Tschannen, &lt;i&gt;Les th&#233;ories de la s&#233;cularisation&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Droz, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et Kandjare d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;L'exemple le plus criant (car, peut-&#234;tre, le plus gros qui perdure) est celui du &#034;Moyen-&#194;ge &#034; (voir notamment &#224; ce sujet,&lt;/i&gt; R&#233;gine Pernoud&lt;i&gt;, Pour en finir avec le Moyen-&#194;ge&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1977). &lt;i&gt;Au 16e si&#232;cle, certains th&#233;oriciens affirmaient qu'ils vivaient une p&#233;riode de &#171; renaissance &#187; de l'antiquit&#233;. Ils effa&#231;aient ainsi d'un trait, le fait que les r&#233;f&#233;rences &#224; l'antiquit&#233; n'avaient pas disparu durant la p&#233;riode qui se vit tax&#233;e, au mieux, de &#171; pr&#233;c&#233;dente &#187;, au pire de &#171; &lt;/i&gt;Moyen-&#194;ge &lt;i&gt; &#187;... D&#232;s lors le message est pass&#233; et s'est transform&#233; en vision historiographique quasi-dogmatique faisant de cette p&#233;riode un trou noir irr&#233;cup&#233;rable, alors que la richesse de cette p&#233;riode qu'on occulte tr&#232;s souvent, fut marqu&#233;e de vives tensions structurelles entre centralisme et autonomisme. On pourrait aussi citer la repr&#233;sentation historiographique qui a construit le mythe des &#034;rois fain&#233;ants&#034; ; mythe certainement d&#233;velopp&#233; par les chroniqueurs du r&#233;gime carolingien afin de d&#233;nier les pr&#233;d&#233;cesseurs m&#233;rovingiens, histoire, entres autres, de se donner plus de prestige et de l&#233;gitimit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En juillet 1998, plusieurs jeunes scouts et un plaisancier avaient trouv&#233; la mort &#224; cause de l'incurie de l'Abb&#233; Cottard, ayant envoy&#233; les adolescents faire de la voile par mauvais temps pour les aguerrir. Soulignons qu' hormis une m&#232;re, aucun autre parent des victimes n'a voulu accuser l'abb&#233;, estimant que la conduite de ce dernier ne relevait pas de la justice des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne parle m&#234;me pas des cas comme celui du pr&#234;tre Fran&#231;ois Lefort, grand &#171; humanitaire &#187; condamn&#233; entre autres pour le viol de mineurs s&#233;n&#233;galais le 24 juin 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une (l&#233;g&#232;re) d&#233;charge de N. Sarkozy, il &#233;crit page 47 : &#171; &lt;i&gt;Je ne veux pas r&#233;duire les religions &#224; leurs caricatures si communes : l'int&#233;grisme de l'islam, la position du pape sur le pr&#233;servatif, face &#224; l'&#233;vidence que l'acte sexuel n'est pas li&#233; seulement &#224; la reproduction, mais aussi au plaisir, le refus d'ordonner des femmes pr&#234;tres. Ces discussions ne portent pas forc&#233;ment &#224; l'apaisement dans les d&#233;bats de soci&#233;t&#233;. L'engagement religieux peut &#234;tre synonyme d'ouverture&lt;/i&gt;. &#187; Tr&#232;s flou, tr&#232;s politique. Mais le cacher eut &#233;t&#233; accommoder le propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le pire sc&#233;nario sur la question a &#233;chu &#224; Ian Plimer, qui y a laiss&#233; sa chemise et sa sant&#233; ; pour plus d'information, lire &lt;i&gt;Science contre cr&#233;ationnisme en Australie, in&lt;/i&gt; Dubessy, Lecointre &amp; al, 1997, pp.271-280, ainsi que G. Lecointre, &lt;i&gt;Anatomie d'un titre, &lt;/i&gt;m&#234;me volume, pp. 23-68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Ren&#233; R&#233;mond, l'anticl&#233;ricalisme en France de 1815 &#224; nos jours, &#201;ditions Complexe, 1992, p. 295&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les situations au Togo et en C&#244;te d'Ivoire, pour ne prendre que ces deux exemples sont des situations coloniales, dont il ne faut pas attendre l'instruction du proc&#232;s avant au moins 15 ans (comme pour le Rwanda). Si vous souhaitez devancer ce d&#233;lai &#171; r&#233;glementaire &#187;, voir entre autre le communiqu&#233; de presse de Survie du 8 d&#233;cembre 2004 &#171; &lt;a href=&#034;http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=456&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Fermer les bases militaires de la Fran&#231;afrique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, et le tout frais &#171; &lt;i&gt;Le choix vol&#233; des Togolais. Rapport sur un coup d'&#201;tat &#233;lectoral perp&#233;tr&#233; avec la complicit&#233; de la France et de la communaut&#233; internationale&lt;/i&gt; &#187;, ouvrage collectif, L'Harmattan, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kandjare souligne encore le message colonisateur plus ou moins subliminal : apr&#232;s avoir reconquis militairement &#171; nos &#187; banlieues sous les cris de ralliement du genre : &#171; il faut reconqu&#233;rir nos banlieues &#187;, paten&#244;tre des pr&#233;d&#233;cesseurs de N. Sarkozy, on va leur envoyer nos pr&#234;tres missionnaires pour que tout rentre dans le droit chemin et brimer toute contestation &#224; l'encontre des pouvoirs normatifs... Le pr&#234;tre qui &#233;paule le militaire ou qui devient m&#234;me moine-soldat : c'est le sch&#233;ma classique des missions &#233;vang&#233;lisatrices, qu'elles soient teutonnes et su&#233;doises au XIIIe si&#232;cle pour aller convertir les &#171; barbares &#187; grouillants de l'Europe de l'Est, qu'elle soit orthodoxe ou pa&#239;enne au XVIe si&#232;cle pour aller &#171; civiliser &#187; les &#171; sauvages &#187; d'Am&#233;rique, ou &#339;cum&#233;nique au XIXe si&#232;cle pour imposer la &#171; sainte et blanche &#187; bible en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelez-vous : p. 119, &lt;i&gt;Je me suis toujours dit qu'il y avait de l'arrogance dans la certitude de la non-existence divine&lt;/i&gt;. Je trouve qu'il y a encore plus d'arrogance dans la certitude de l'existence divine, surtout lorsque cette existence nous place au centre de sa Cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Effet puits : &#171; plus un discours est profond, profond dans le sens de creux, plus les personnes qui l'&#233;coutent peuvent se reconna&#238;tre et se reconna&#238;tre majoritairement dans ce discours &#187; (Broch H., &lt;i&gt;Le paranormal, &lt;/i&gt;Seuil, 2001, pp. 194-195). C'est l'un des ph&#233;nom&#232;nes psychologiques class&#233;s d' &#171; effet Barnum &#187;, d&#233;crit par le psychologue B.R. Forer. Lire par exemple &lt;a href=&#034;http://charlatans.free.fr/effet_barnum.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://charlatans.free.fr/effet_barnum.shtml&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;http://www.sceptiques.qc.ca/SD/forer.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.sceptiques.qc.ca/SD/forer.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;[...] tous ceux qu'on appelle les &#171; travailleurs sociaux &#187; - assistantes sociales, &#233;ducateurs, magistrats de base et aussi, de plus en plus, professeurs et instituteurs - constituent ce que j'appelle la main gauche de l'&#201;tat, l'ensemble des agents des minist&#232;res dits d&#233;pensiers qui sont la trace, au sein de l'&#201;tat, des luttes sociales du pass&#233;. Ils s'opposent &#224; l'&#201;tat de la main droite, aux &#233;narques du minist&#232;re des Finances [...] &#187;, P. Bourdieu, &lt;i&gt;Contre-feux I&lt;/i&gt;, Liber-Raisons d'Agir, 1998, p.9&lt;br&gt;
&#171; [...] ceux que l'on envoie en premi&#232;re ligne remplir des fonctions dites &#171; sociales &#187; et suppl&#233;er les insuffisances les plus intol&#233;rables de la logique du march&#233; sans leur donner les moyens d'accomplir vraiment leur mission. &#187; ibid, p. 11. &lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/lexique/m/maingauche.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/lexique/m/maingauche.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avouons que c'est assez &#233;norme d'entendre &#231;a. Il s'agit de faire un virement bancaire de l'argent public vers l'argent du culte, et, comme un virement, &#231;a passe comme une lettre &#224; la poste !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La mise en &lt;strong&gt;gras &lt;/strong&gt;est de mon fait. RM&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il a d'ailleurs re&#231;u un IgNobel de la paix pour sa reprise des essais nucl&#233;aires en Pacifique le jour du cinquanti&#232;me anniversaire d'Hiroshima, en 1996. Voir &lt;a href=&#034;http://www.improb.com/ig/ig-pastwinners.html#ig1996&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.improb.com/ig/ig-pastwinners.html#ig1996&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourra utilement se r&#233;f&#233;rer sur la question &#224; Odon Vallet, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;pp. 118-122&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La premi&#232;re d&#233;mythification remonte &#224; Pierre Larousse, dans son Grand Dictionnaire Universel du XIXe si&#232;cle. Voir &#224; ce sujet Broch H., &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, 1989, p 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;c&#233;l&#232;bre pour ses pantalons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vallet O., &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt;pp.266-267&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Un racisme &#224; peine voil&#233; &#187; de J&#233;rome Host, La Fl&#232;che Production, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le descriptif de ces accords est fait dans l'ouvrage de N. Sarkozy, page 23, sous forme de note : &lt;br /&gt;
&#171; Les relations diplomatiques entre la France et le Saint-Si&#232;ge ont &#233;t&#233; rompues &#224; la veille de la promulgation de la loi de 1905 concernant la s&#233;paration des &#201;glises et de l'&#201;tat. En effet, cette loi mettait fin au Concordat de 1801 de fa&#231;on unilat&#233;rale. &#192; l'issue de la Premi&#232;re Guerre mondiale, le gouvernement fran&#231;ais a cherch&#233; &#224; se rapprocher du Saint-Si&#232;ge, ce qui a donn&#233; lieu &#224; des &#233;changes de lettres entre Aristide Briand, alors pr&#233;sident du Conseil, et ses successeurs et Mgr Ceretti, repr&#233;sentant du Saint-Si&#232;ge &#224; Paris. Ces &#233;changes de lettres diplomatiques, appel&#233;s &#171; accords Briand-Ceretti &#187;, avaient pour but de trouver des solutions &#224; diff&#233;rents probl&#232;mes li&#233;s &#224; la loi de s&#233;paration, en particulier celui des associations dioc&#233;saines. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce propos, lire Bricmont, &lt;i&gt;comment peut-on &#234;tre positiviste ? &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;http://dogma.free.fr/JB-Positiviste.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dogma&lt;/a&gt;, et encore &lt;i&gt;Pour un monisme m&#233;thodologique&lt;/i&gt;, du m&#234;me auteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Essayez de vous installer sur le chemin des Ermites, au Saint-Eynard, pr&#232;s de Grenoble. Je pense que 3 mois &#224; peine s'&#233;couleront avant que l'on ne vienne vous r&#233;clamer une taxe d'habitation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Consociativisme : terme trop peu usit&#233;, emprunt&#233; &#224; Arend Lijphart, d&#233;signant notamment un syst&#232;me de concertation entre &#233;lites partisanes, aboutissant &#224; une pratique consensuelle du pouvoir politique et &#224; l'existence de coalitions qui en deviennent majoritaires. &lt;br /&gt;
Attention : je ne connais pas correctement, et donc me garde de recommander les travaux d'A. Lijphart.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le refrain est le suivant : &#171; &lt;i&gt;Escrocs, pourris, bons &#224; rien, vous qui r&#234;vez d'&#234;tre des gens biens, dev'nez la Roll's du citoyen, dev'nez politiciens&lt;/i&gt; &#187;. Soldat Louis, &lt;i&gt;Juste une gigue en do&lt;/i&gt;, Pavillon noir, 1990&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une jolie et claire entr&#233;e en mati&#232;re, se procurer &#171; &lt;i&gt;Initiation &#224; une sociologie critique, lire Bourdieu&lt;/i&gt; &#187; d'Alain Accardo&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ne donner qu'un exemple local, la Charade, la Loupiotte, la Mordue, Golgoth-AXXX, la traverse des 400 couverts, squats politiques de Grenoble et de ses alentours, d&#233;veloppent ou ont d&#233;velopp&#233; des modes de gestion de ce type. Il est surprenant que ces lieux aient &#233;t&#233; expuls&#233;s &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt;, ou soient en instance d'&#233;viction &#224; l'heure d'&#233;criture de ces lignes, alors que l'alternative qui tente d'y &#234;tre d&#233;velopp&#233;e d&#233;passe d'assez loin en finesse et en projection politique les oeuvres sociales &#233;tatiques ou communales. Pour plus d'information, &lt;a href=&#034;http://www.inventati.org/nebuleuse/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.inventati.org/nebuleuse/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans entrer dans les (sinistres) d&#233;tails, Ha&#239;ti, C&#244;te d'Ivoire, Congo, Tchad, Burkina Faso, Rwanda... pour une excellente &#233;tude de ces rapports fran&#231;africains, voir l'&#339;uvre du regrett&#233; F-X. Verschave, dont &lt;i&gt;la Fran&#231;afrique, le plus gros scandale de la R&#233;publique&lt;/i&gt;, Stock 1998 ou Noir Silence, Les Ar&#232;nes 2000, ainsi que les &#233;ditions &lt;i&gt;Agone&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vallet O.&lt;i&gt; op.cit.&lt;/i&gt;, p. 220&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire notamment le texte de Rapha&#235;l Verrier intitul&#233; &lt;i&gt;Loi anti-secte. Le rem&#232;de empoisonn&#233; d'un mal imaginaire&lt;/i&gt;, accessible sur le &lt;a href=&#034;http://lmsi.net/rubrique.php3?id_rubrique=21&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site&lt;/a&gt; du collectif &#171; les mots sont importants &#187;. Ce texte passe notamment au peigne fin les crit&#232;res sur lesquels la commission de loi a tent&#233; de d&#233;finir les &#034;sectes&#034; &#224; interdire. L'auteur du texte montre le caract&#232;re flou, voire amalgamant, de ces crit&#232;res qui, s'ils &#233;taient strictement appliqu&#233;s, mettraient du &#034;beau monde&#034; hors-la-loi - en l'occurrence tout ce qui peut ressembler &#224; des rassemblements collectifs id&#233;ologiques comme l'&#201;tat, les religions, les entreprises priv&#233;es, l'Education nationale, l'arm&#233;e, les partis politiques, la famille, la plupart des associations... Par exemple, la loi &#233;vite soigneusement d'inclure l'Opus Dei dans sa liste, alors que cette organisation, qui s'av&#232;re &#234;tre &#034;ouvertement occulte&#034;, rentre convenablement dans ces crit&#232;res. Mais il faut imaginer que si &#231;a avait &#233;t&#233; le cas, beaucoup de membres de la caste dirigeante, ainsi que leurs partenaires europ&#233;ens, auraient &#233;t&#233; f&#226;cheusement compromis (Christine Boutin, Herv&#233; Gaymard, Raymond Barre, Louis Schweitzer, Didier Pineault-Valenciennes...). Kandjare me fait cette remarque : &#171; &lt;i&gt;C'est comme si ces crit&#232;res se voilaient un peu la face : en voulant traquer uniquement les pouvoirs &#034;occultes&#034;, on faisait ellipse sur les pouvoirs &#034;visibles&#034;, qui ont probablement plus de poids sur le quotidien de la plupart des individus et qui marquent les populations d'empreintes structurales, lesquelles s'av&#232;rent &#234;tre en g&#233;n&#233;ral sources de domination... Le probl&#232;me de cette loi et de ses crit&#232;res, c'est leur caract&#232;re partial sous couvert d'objectivit&#233; (objectivit&#233; qui avait alors &#233;t&#233; soigneusement pr&#233;par&#233;e par la plupart des m&#233;dias). Cette loi soul&#232;ve ainsi des craintes puisqu'elle peut menacer les libert&#233;s &#034;publiques&#034; (ou priv&#233;es, c'est comme on veut). Au cours de son &#233;laboration, elle a ainsi pu &#234;tre tent&#233;e d'amalgamer dans ses crit&#232;res, des pratiques pas tr&#232;s normatives qui, de surcro&#238;t, contestaient radicalement les structures de pouvoir. Maloka, un collectif anarchiste dijonnais, a re&#231;u la visite d'un membre de cette commission qui enqu&#234;ta avant de rendre son rapport qui allait aboutir &#224; la loi anti-secte en 2000-2001. Ce qui semblait avoir mis la puce &#224; l'oreille de la commission, c'&#233;tait le v&#233;g&#233;talisme revendiqu&#233; par ce collectif &#224; travers une remise en question mat&#233;rialiste de l'exploitation animale (ce qu'on appelle l'anti-sp&#233;cisme). M&#234;me si ce collectif ne fut pas class&#233; au final dans la liste des &#034;sectes&#034;, la d&#233;marche inquisitoriale (au sens premier juridique) dont il fut l'objet, montre que tout-e ce qui sort des normes sociales peut &#234;tre vite soup&#231;onn&#233;-e d'ill&#233;gitimit&#233; ou de dangerosit&#233;. Par ailleurs, dans son texte, Rapha&#235;l V. note que c'est &#224; partir d'une loi similaire que Mussolini s'&#233;tait lanc&#233; dans la r&#233;pression contre le Parti Communiste Italien d&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir en 1922&lt;/i&gt; &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le caoda&#239;sme emprunte aux baha&#239;s la v&#233;n&#233;ration d'Abraham, Mo&#239;se, Zoroastre, Bouddha, J&#233;sus et Mahomet, mais aussi Lao-tseu, et Confucius ; surtout, elle re&#231;oit des messages spirites d'Allan Kardec, de Jeanne d'Arc (!), Descartes, (!!), Camille Flammarion ( !!!), et Victor Hugo, &#224; tel point que son portrait est d&#233;pos&#233; dans certains oratoires de ce culte. Je ne l'invente pas, c'est sur &lt;a href=&#034;http://lecaodaisme.free.fr/Html/histoire-philo-gobron_02.htm.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lecaodaisme.free.fr/Html/histoire-philo-gobron_02.htm.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la question du populisme, on pourra lire Meny Y., Surel Y., &lt;i&gt;Par le peuple, pour le peuple, le populisme et les d&#233;mocraties, &lt;/i&gt;Fayard 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la question des d&#233;viances et de leur emploi politique, il existe de nombreux ouvrages : la notion de folie, Foucault M. &lt;i&gt;Histoire de la folie&lt;/i&gt;, sur la notion de d&#233;viance Becker Howard S., &lt;i&gt;Outsiders. Etudes de sociologie de la d&#233;viance&lt;/i&gt;, Paris, M&#233;taili&#233;, coll. &#171; Observations &#187;, 1985, sur la notion &#233;pist&#233;mologique de pathologie, voir Canguilhem G., &lt;i&gt;Le normal et le pathologique&lt;/i&gt;, Paris, Presses Universitaires de France, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un exemple ? &lt;a href=&#034;http://www.francaisdabord.info/editorialgollnisch_detail.php?id_inter=3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.francaisdabord.info/editorialgollnisch_detail.php?id_inter=3&lt;/a&gt;, dernier paragraphe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://europa.eu.int/eur-lex/lex/LexUriServ/site/fr/oj/2004/c_310/c_31020041216fr00030010.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://europa.eu.int/eur-lex/lex/LexUriServ/site/fr/oj/2004/c_310/c_31020041216fr00030010.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ca me rappelle un pseudo-&#233;lu guin&#233;en de la ville de Kindia qui me disait en 2001 : &#171; vous les fran&#231;ais, l&#224;, vous me fa&#238;tes bien rire. Vous venez chez nous jouer les professeurs de d&#233;mocratie, mais nous, au moins, on ne fait pas voter nos morts &#187; (Allusion &#224; l'&#233;lection calamiteuse de la mairie de Paris)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Monde, 27 ao&#251;t 1997. Voir &#233;galement &lt;a href=&#034;http://www.historia.su.se/personal/maija_runcis&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.historia.su.se/personal/maija_runcis&lt;/a&gt; et son livre Maija Runcis&lt;i&gt;, Sterilisation in the Swedish Welfare State&lt;/i&gt;. Stockholm University. Ardfront, Stockholm, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de Maciej Zaremba, dans le &lt;i&gt;Dagens Nyheter&lt;/i&gt;. Pour toucher du doigt les &#171; d&#233;lais r&#233;glementaires &#187; dont nous parlions plus haut (cf. note 29) on peut se reporter &#224; &lt;a href=&#034;http://www.lexpress.presse.fr/info/monde/dossier/suede/dossier.asp?ida=418470&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lexpress.presse.fr/info/monde/dossier/suede/dossier.asp?ida=418470&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Mais d&#232;s 1986, deux journalistes de l'agence de presse nationale su&#233;doise avaient r&#233;v&#233;l&#233; l'affaire au public. En 1991, un journaliste de la radio su&#233;doise, Bosse Linqvist, avait consacr&#233; une s&#233;rie d'&#233;missions aux victimes, en diffusant sur les ondes leurs t&#233;moignages. Mais, &#224; l'&#233;poque, il n'y avait pratiquement pas eu de r&#233;actions&lt;/i&gt; &#187;. D'autres infos sur &lt;a href=&#034;http://michel151.chez.tiscali.fr/A.M.I./AMI_Accueil.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://michel151.chez.tiscali.fr/A.M.I./AMI_Accueil.html&lt;/a&gt;, le site de l'Association Nationale de D&#233;fense des Malades Invalides et Handicap&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les mises en &lt;strong&gt;gras&lt;/strong&gt; sont de mon fait. RM&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ADV a pour objet de &#034; promouvoir sur le terrain social, politique et culturel, les initiatives des personnes, physiques ou morales ; des individus ou partis, d&#233;cid&#233;s &#224; agir sur le terrain de la d&#233;fense de la Vie, des droits qui sont attach&#233;s &#224; toute vie humaine, et en faveur du rayonnement de la France, fille a&#238;n&#233;e de l'&#201;glise, chaque fois que ses int&#233;r&#234;ts vitaux sont menac&#233;s, en se donnant , gr&#226;ce au Fonds commun pour la vie, les moyens n&#233;cessaires &#224; la r&#233;alisation de son objet &#034;. Leur principale activit&#233; est l'organisation de comit&#233;s anti-IVG et &#224; faire pression sur les parlementaires lors des d&#233;bats portant sur la bio&#233;thique. Le site de cette joyeuse association bon-enfant (!) est &lt;a href=&#034;http://www.adv.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.adv.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.reseauvoltaire.net/article1937.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.reseauvoltaire.net/article1937.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.humanite.fr/journal/2002-09-20/2002-09-20-40080&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.humanite.fr/journal/2002-09-20/2002-09-20-40080&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.thesisverlag.ch/guile-laicisation.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.thesisverlag.ch/guile-laicisation.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &lt;a href=&#034;http://www.guile.net/fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fondation Guil&#233;&lt;/a&gt; est un &#034; centre europ&#233;en de spiritualit&#233; &#034;, &#233;manant de l'Ordre des L&#233;gionnaires du Christ et tourn&#233;e vers les hommes d'affaires et les d&#233;cideurs. Cet ordre a &#233;t&#233; fond&#233; le 3 janvier 1941 par un la&#239;c mexicain, Marcial Maciel dont l'id&#233;e premi&#232;re &#233;tait de former de tr&#232;s jeunes gar&#231;ons &#224; &#171; devenir de petits soldats du Christ &#187;. Pour les y contraindre : &#233;ducation paramilitaire et discipline &#171; de fer &#187;, afin de devenir le bras arm&#233; du Vatican. La fondation Guil&#233;, excroissance de cette L&#233;gion, est.install&#233;e dans le ch&#226;teau de Boncourt, pr&#232;s de B&#226;le, offert par un milliardaire suisse, le cigarettier Charles Burrus. &lt;br /&gt;
Voir Le Monde diplomatique - d&#233;cembre 1996, &lt;a href=&#034;http://www.reseauvoltaire.net/article91.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;seau Voltaire&lt;/a&gt; et Charlie Hebdo (22.12.2004). Lire aussi &lt;a href=&#034;http://www.unadfi.com/actualite/themes/legionnaires_christ.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.unadfi.com/actualite/themes/legionnaires_christ.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce sujet l'article &#171; &lt;i&gt;L'Universit&#233; Interdisciplinaire de Paris&lt;/i&gt; &#187; de Guillaume Lecointre, paru dans &lt;a href=&#034;http://www.pseudo-sciences.org/uip.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Science &amp; Pseudo-Sciences&lt;/i&gt; N&#176;244&lt;/a&gt; ou la Newsletter N&#176;9 de &lt;a href=&#034;http://www.observatoire-zetetique.org/page/news.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'Observatoire Z&#233;t&#233;tique&lt;/a&gt;. Quelques personnalit&#233;s ayant fait les frais de la technique de la &#171; photo de famille &#187; de l'UIP, les responsables de l'Ann&#233;e Mondiale de la Physique &#224; Grenoble ont eu la pr&#233;sence d'esprit, avec le soutien de l'Observatoire Z&#233;t&#233;tique, de d&#233;loger l'UIP d'une table ronde d'Avril 2005 qu'elle avait totalement phagocyt&#233; - m&#234;me le mod&#233;rateur &#233;tait l'un d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.christicity.com/4daction/web_gen_mail/fsp/78&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.christicity.com/4daction/web_gen_mail/fsp/78&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.minorites.org/article.php?IDA=7529&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.minorites.org/article.php?IDA=7529&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Philippe Verdin, le confesseur de Nicolas&lt;/i&gt;, par Bertrand Galimard Flavigny, Le figaro, 27 octobre 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://site.pacte.free.fr/pacte/89/pacte89a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://site.pacte.free.fr/pacte/89/pacte89a.htm&lt;/a&gt; Il faut dire que Pacte, diffus&#233;e notamment &#224; l'&#233;glise Saint-Nicolas du Chardonnet, n'est pas une revue plaisantine : l'abb&#233; Guillaume de Tano&#252;arn (vicaire de l'&#233;glise et chef de la r&#233;daction) et Claude Rousseau (collaborateur) ont &#233;t&#233; poursuivis pour diffamation, injures &#224; caract&#232;res raciste et provocation &#224; la haine raciale. Dans un article, Rousseau avait compar&#233; les Arabes &#224; des &#171; prol&#233;taires exotiques &#187; et les juifs &#224; des &#171; financiers transnationaux &#187;. Il existe une &#171; solidarit&#233; fonci&#232;re entre ces deux mondes &#187;, une &#171; collusion d'int&#233;r&#234;ts &#187; pour affaiblir la France. Il avait ajout&#233; que les Maghr&#233;bins sont des &#171; benladenistes en herbe &#187;, que les &#171; arabes envahissant Lut&#232;ce, Lugdunum ou Phoc&#233;e, c'est la France qu'ils menacent d'&#233;trangler &#187;. La Ligue des droits de l'Homme s'&#233;tait port&#233;e partie civile. Ils furent condamn&#233;s le 17 octobre 2003 &#224; 3000 Euros d'amende chacun.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;cits et analyses de l'occupation du parc Paul Mistral</title>
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		<dc:date>2005-11-21T23:02:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie radicale</dc:subject>
		<dc:subject>Urbanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;t&#233;moignages, analyses et images&lt;/i&gt; rassembl&#233;s dans cette brochure ont pour but d'alimenter la m&#233;moire collective des luttes... en l'occurrence, celle d'une opposition aux projets destruction d'un parc et de construction d'un grand stade en pleine ville.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;R&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Ecologie radicale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Urbanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L115xH150/arton230-adb5b.jpg?1780461443' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='115' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff230.jpg?1128977611&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les efforts des autorit&#233;s publiques pour gommer le souvenir de l'occupation aussit&#244;t apr&#232;s l'expulsion nous font saisir &#224; quel point la transmission de cette exp&#233;rience est utile au prolongement de la mobilisation locale, &#224; la diffusion des pratiques qui s'y sont d&#233;velopp&#233;es et &#224; l'invention de foule d'autres, toutes aussi enthousiasmantes. Eviter les proc&#232;s collectifs - et donc leur m&#233;diatisation -, d&#233;truire scrupuleusement les derni&#232;res traces de l'occupation (cabanes, affiches sur les murs de la ville, graffitis sur les palissades autour du parc) et &#233;carter les revendications par leur r&#233;duction &#224; la d&#233;fense &#8220; aussi noble que donquichotesque &#8221; de quelques arbres, c'est minimiser le &#8220; risque &#8221; qu'un mouvement continue &#224; vivre au-del&#224; de l'&#233;v&#233;nement qui l'a fait na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;moire que nous voulons cr&#233;er ne doit pas &#234;tre (seulement) un gentil album photo, mais aussi une pratique syst&#233;matique et diffuse de l'&#233;change de savoirs, n&#233;cessaire &#224; l'&#233;volution et &#224; l'adaptation des formes de luttes et &#224; la construction des rapports de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons aider &#224; la r&#233;appropriation, au d&#233;passement collectif de ce type d'actions. Nous voulons encourager l'occupation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de tous les espaces publics (et priv&#233;s) disponibles, vides de sens et vides tout court. L'exp&#233;rience de Grenoble contribue au d&#233;frichage de terrains et de modes de lutte encore peu explor&#233;s en France (&#224; part dans la vall&#233;e d'Aspe), et sur lesquels il y a vraiment moyen de s'amuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons que tou-tes les gen-tes qui veulent de l'info non m&#233;di-argh-tique puissent avoir acc&#232;s &#224; une foule de points de vue sur la vie qui s'est d&#233;roul&#233;e au parc, sur les obstacles qu'elle a pu rencontrer dans son organisation, sur des choses chouettes et moins chouettes qui y ont eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces textes sont enfin les reflets d'un &#233;v&#233;nement qui nous travaille, d'interpr&#233;tations plus ou moins bancales, et certainement pas fig&#233;es. Ces textes sont partiels, subjectifs, excessifs. Alors ce serait super bien d'&#234;tre critiqu&#233;-es, corrig&#233;-es, comment&#233;-es, et ce serait vraiment encore plus mieux si tou-tes celleux qui ont particip&#233; &#224; cette exp&#233;rience de pr&#232;s, de loin, du trottoir d'en face, ou &#224; d'autres encore, d&#233;crivaient leurs ressentis, leurs analyses pour les diffuser sous forme de brochure(s), d'articles dans les m&#233;dias alternatifs, de tracts...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PETITE HISTOIRE DE L'OCCUPATION DU PARC MISTRAL &#192; GRENOBLE, NOVEMBRE 2003 - F&#201;VRIER 2004&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sorte de petite introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici des bribes de souvenirs v&#233;cus et glan&#233;s par nous deux, c'est-&#224;-dire une fille qui vit dans un squat et un gar&#231;on inscrit &#224; la fac (poils aux &#233;tiquettes), mais pas que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re parcellaire et approximative, nous avons voulu raconter l'occupation dans sa dur&#233;e et sa complexit&#233; en m&#234;me temps que nos propres &#233;motions, interpr&#233;tations, interrogations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire fait donc la part belle aux moments o&#249; nous &#233;tions pr&#233;sent-es plut&#244;t qu'&#224; ceux, nombreux, que nous avons manqu&#233;s. Elle retrace surtout les &#233;tapes de notre implication sur le parc, progressive et tardive, sans vouloir figer/limiter les moments, les ambiances et les personnes &#224; notre propre compr&#233;hension de cette aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce sujet, il peut &#234;tre utile de pr&#233;ciser que nous appartenons l'une comme l'autre &#224; un groupe d'occupant-es du parc (plusieurs groupes affinitaires, g&#233;ographiques, ou de hasard se sont form&#233;s tout au long de l'occupation) : cellez&#233;ceux du &#8220; diwa &#8221;, groupe compos&#233; d'une bande de potes de la campagne, de squatteureuses et d'autres copain-ines grenoblois-es... Les deux premiers mois de l'occupation [novembre-d&#233;cembre] sont ainsi abord&#233;s avec un regard ext&#233;rieur sur les occupant-es du parc, tandis que la description des suivants [janvier-f&#233;vrier], o&#249; nous sommes devenues occupant-es, sont centr&#233;s sur ce groupe affinitaire auquel nous nous sommes int&#233;gr&#233;-es et indentifi&#233;-es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOVEMBRE : occupation surprise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant l'occupation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire commence sans doute avec l'association &#8220; SOS parc Paul Mistral &#8221; (&#8220; SOS PPM &#8221; de son petit nom). Elle rassemble depuis 2001 des habitant-es du quartier qui veulent s'opposer &#224; la construction d'un gigantissime stade de foot, &#224; cheval sur l'emplacement de l'ancien stade et sur le parc, et &#224; l'abattage de 292 arbres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons au passage que dans Grenoblecity, ville industrialo-technologique de 400.000 personnes compress&#233;es entre les montagnes, il faut &#233;carter le nuage de pollution avec des palmes pour trouver les espaces verts. Heureusement que les autorit&#233;s lancent de grands projets, de b&#234;tification de masse et de fa&#231;adisme, pour convaincre les promoteurs et les grands dipl&#244;m&#233;s qu'il fait bon vivre... Le parc Mistral est l'un des seuls espaces du centre ville qui permet - presque - d'&#233;chapper au bruit des voitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, en septembre 2003, l'association organise une manif pour porter les revendications des riverain-es qui s'attachent moins &#224; une politisation du d&#233;bat qu'&#224; la pr&#233;servation de leur espace de vie et de promenade. Le 24 octobre, la &#8220; f&#234;te des arbres &#8221; rassemble au parc plusieurs centaines de sympathisant-es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#8220; platane insoumis &#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 novembre, dans le prolongement de ces premi&#232;res mobilisations, trois amis amateurs d'escalade et acrobranchistes, montent dans un platane au centre de la zone du parc qui doit &#234;tre d&#233;truite. Encourag&#233;s par des membres de SOS PPM, ils pensent sans doute rester l&#224; une semaine, le temps de cr&#233;er l'&#233;v&#233;nement m&#233;diatique, avant de redescendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pied du &#8220; platane insoumis &#8221;, ils dressent une table avec quelques tracts et une p&#233;tition contre la destruction du parc. Des riverain-es les ravitaillent en caf&#233;, th&#233;, et g&#226;teaux. Au bout de quelques jours, des dessins d'arbres faits par des enfants de passage sont accroch&#233;s aux plus basses branches dans des pochettes en plastiques. Vision un peu &#8220; grelottante &#8221; et fragile. Cette occupation temporaire se pr&#233;sente comme une action &#8220; &#233;colo et apolitique &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le hall Nord de la facult&#233; de lettres de Grenoble est occup&#233; jour et nuit par une cinquantaine d'&#233;tudiant-es impliqu&#233;-es dans les gr&#232;ves ; un groupe d'intermittent-es occupent le th&#233;&#226;tre Le Rio. Dans ces deux cas la volont&#233; est d'investir et de faire vivre des lieux menac&#233;s de privatisation, comme au parc. Nous sommes l'une et autre impliqu&#233;-es dans ces mobilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Full chantier&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, le nombre des occupant-es s'accro&#238;t sur le parc, avec l'arriv&#233;e d'une petite bande d'ami-es de Chamb&#233;ry, qui ont d&#233;j&#224; fait l'exp&#233;rience d'actions dans les arbres (construction de cabanes dans la for&#234;t), ainsi que de personnes plus isol&#233;es et assez diff&#233;rentes les unes des autres : traveler-euses, &#233;tudiant-es, journalistes ind&#233;pendant-es, lyc&#233;en-nes, etc., s'agglom&#232;rent une &#224; un. A chacun de nos passages, il y a plus de monde qui se presse autour de la petite table d'information. Trois cabanes sont construites dans les arbres environnants (la yourte, le tibet, et le nid de marsupilami). Une cuisine permanente est organis&#233;e au sol, sous une tente de jardin. 7 ou 8 personnes occupent le lieu de mani&#232;re permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constitu&#233; tr&#232;s spontan&#233;ment, ce groupe fonctionne au jour le jour, sans beaucoup d'organisation formelle ni parole commune, ce qui rend son approche difficile. Rassembl&#233;-es autour d'un brasero le soir, illes boivent du vin chaud, du th&#233; et de la bi&#232;re pour se r&#233;chauffer. Des promeneur-euses de tous &#226;ges passent, en journ&#233;e et le soir, go&#251;ter un peu de convivialit&#233; et d'information. Certain-es, et en particulier des personnes &#226;g&#233;es du quartier, apportent chaque jour &#224; manger pour les occupant-es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est pourtant difficile, si l'on ne parvient pas &#224; rester pr&#232;s du feu pour appr&#233;cier l'ambiance dispers&#233;e, de saisir le sens de cette mobilisation et de trouver les moyens de s'impliquer. Quelques personnes concentrent les responsabilit&#233;s et assument p&#234;le-m&#234;le les t&#226;ches de communication, de logistique au sol, et dans les cabanes. L'absence d'organisation de la vie quotidienne rend &#233;galement difficile l'expression des positions collectives propres aux occupant-es, ce qui peut laisser l'impression qu'ils ne sont que les supporters des revendications de SOS PPM. Les adh&#233;rent-es de l'association qui passent sur le parc, fournissent les tracts et apportent un soutien financier et en nourriture. Illes consid&#232;rent un peu les occupant-es comme &#8220; leurs jeunes &#8221;. Tout cela laisse une impression incongrue de mamies qui &#8220; parrainent leurs punks &#8221;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mediamania&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but d&#233;cembre un article plut&#244;t favorable &#224; l'occupation para&#238;t dans Lib&#233;ration. D&#232;s le lendemain, c'est la bousculade aux parc : un visiteur sur deux est un journaliste t&#233;l&#233; ou de presse &#233;crite. Certain-es se pr&#234;tent au jeu de la &#8220; starification &#8221;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que nous ayons soyons g&#233;n&#233;ralement enclin-es &#224; refuser les contacts avec la presse, nous continuons &#224; nous interroger sur le r&#244;le de la m&#233;diatisation dans la cr&#233;ation du rapport de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les amalgames, le sensationnalisme et les formules toutes faites pr&#233;valent comme de coutume dans les m&#233;dias. Ainsi les premier-&#232;res occupant-es se voient plaquer les labels &#8220; d'&#233;cocitoyens &#8221;, &#8220; d'accrobranch&#233;s &#8221;, ou &#8220; d'&#233;cowarriors &#8221;, faute de pouvoir formuler leurs propres intentions. Les articles renvoient une image tronqu&#233;e des occupant-es : jeunes, rebelles, sympas et incons&#233;quent-es, illes s'opposent &#224; un processus &#8220; d&#233;mocratique &#8221;, &#224; une d&#233;cision approuv&#233;e par un conseil d'&#233;lu-es repr&#233;sentaif-ives. Les portraits et de petites citations des &#8220; &#233;cocitoyens &#8221; font contraste avec les larges tribunes offertes aux pouvoirs institutionnels (les communiqu&#233;s officiels sont ainsi rapport&#233;s mot pour mot, par le Dauphin&#233; Lib&#233;r&#233;, torchon local, &#8220; daub&#233; &#8221; de son petit nom).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La couverture de l'&#233;v&#233;nement place &#233;galement les socialistes au pouvoir dans une situation d&#233;licate : il s'agit de garder une cr&#233;dibilit&#233; &#8220; de gauche &#8221;, en r&#233;primant mais pas trop.... Sans nous avancer trop sur la part r&#233;elle de la m&#233;diatisation dans la cr&#233;ation du rapport de force, celui-ci est en tout cas propice &#224; une occupation durable et relativement &#8220; tranquille &#8221;, sans violence polici&#232;re excessive (du moins &#224; l'&#233;gard des occupant-es lors de l'expulsion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurait-on pu se passer des grands m&#233;dias ? Devait-on accepter cette info tronqu&#233;e sans m&#234;me r&#233;fl&#233;chir &#224; la visibilisation de la vie propre &#224; l'occupation du parc ? Nous n'avons en tout cas pas su le faire, malgr&#233; les discussions que nous avons entam&#233;es au mois de janvier avec les premie-&#232;res occupant-es. Nous ne pouvons que constater et nous interroger sur le r&#244;le des m&#233;dias dans cette aventure, et expliciter nos fortes r&#233;ticences &#224; leur &#233;gard (&#224; ce sujet, voir dans la m&#234;me brochure le chouette texte d'analyse critique des communiqu&#233;s des autorit&#233;s parus dans le Daub&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#201;CEMBRE : d&#233;mobilisation et mobilisations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Froid et alcool&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait plus froid. Il y a un peu moins de monde qu'en novembre, m&#234;me si les cabanes se sont multipli&#233;es. Manque de personnes pour organiser et g&#233;rer l'espace au sol. Quelques personnes continuent cependant &#224; passer pour aider &#224; faire &#224; manger, couper du bois, proposer des informations sur les risques juridiques d&#233;coulant de l'occupation etc. Les occupant-es sont elles-eux m&#234;mes dans une attitude un peu passive o&#249; illes sont aliment&#233;-es par les vieux-eilles du quartier. Les d&#233;cisions collectives sont rarement/difficilement respect&#233;es. La sensation g&#233;n&#233;rale est que l'occupation se limite &#8220; &#224; tenir malgr&#233; le froid &#8221;. Trop difficile pour chercher &#224; d&#233;velopper des revendications et une organisation plus offensives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pouvoir nous investir plus pleinement sur le parc, nous sommes dans l'attente d'une dynamique de groupe qui ne parvient pas &#224; se d&#233;velopper (mais que nous sommes aussi conscient-es de ne pas contribuer &#224; cr&#233;er). Si l'on trouve chouette l'id&#233;e de s'impliquer dans l'occupation, &#231;a reste difficile : les informations se perdent assez vite, l'ambiance est parfois tr&#232;s alcoolis&#233;e le soir, les comportements virilistes, parfois violents, sexistes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'atmosph&#232;re donne une certaine impression de &#8220; d&#233;j&#224; vu &#8221; assez d&#233;motivante pour nous, mais qui n'emp&#234;che pas un certaine joie &#224; constater que c'est &#8220; parti de presque rien &#8221; et que &#8220; &#231;a tient malgr&#233; tout &#8221;. A y repenser, l'important ne se joue pas l&#224; dans l'accumulation des arguments contre le stade, mais dans la cr&#233;ation et le maintien d'une vie quotidienne dans une espace menac&#233;. Par leur seule pr&#233;sence, les occupant-es t&#233;moignent d'une force qui suscite l'enthousiasme. L'acharnement &#224; pr&#233;server une sorte de &#8220; cellule de vie &#8221; prend une intensit&#233; touchante, &#233;mouvante, prenante, qui donne envie de poursuivre, malgr&#233; les difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Blocages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 d&#233;cembre l'occupation du parc est jug&#233;e ill&#233;gale au tribunal administratif de Grenoble et les occupant-es sont condamn&#233;-es &#224; une astreinte journali&#232;re (de 100 neurones par personne et par jour). A partir de ce moment-l&#224;, les pouvoirs publics cherchent &#224; lancer le chantier c&#244;t&#233; parc. Depuis le 16 d&#233;cembre la liste t&#233;l&#233;phonique est activ&#233;e jour apr&#232;s jour pour emp&#234;cher physiquement la pose des barri&#232;res qui doivent cl&#244;turer l'espace du chantier. Chaque matin, les ouvriers sont confront&#233;s aux habitant-es du quartier et autres sympathisant-es qui les emp&#234;chent de d&#233;charger leurs barri&#232;res et palissades, d&#233;pla&#231;ant les bornes en b&#233;ton, rechargeant elles-eux-m&#234;mes le mat&#233;riel dans les camions, s'asseyant sur les pelleteuses etc. La division des t&#226;ches entre les occupant-es des arbres et cellez&#233;ceux qui les soutiennent : les un-es occupent et finissent leur nuit pendant que les autres se mobilisent entre 5 et 9 h du matin, &#224; 100 m&#232;tres des cabanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin d&#233;cembre, c'est &#233;galement la fin de l'occupation de l'universit&#233; de lettres. Certain-es &#233;tudiant-es commencent alors &#224; se rendre plus r&#233;guli&#232;rement et longuement sur le parc. Certain-es grimpent dans les cabanes, pendant que d'autres participent aux blocages matinaux, au risque de voir passer les pelleteuses &#224; 1 m&#232;tre de leur t&#234;te, alors qu'illes &#233;taient endormi-es &#224; m&#234;me le sol en limite d'un parking.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La duret&#233; des conditions de vie sur le parc (froid et d&#233;mobilisation), provoquant l'admiration, voire la starification des occupant-es, explique en partie cette mobilisation au sol malgr&#233; l'al&#233;a des ambiances et le manque d'affinit&#233;. D'autre part, ces actions quotidiennes d'interposition rendent l'action plus concr&#232;te et prenante pour ces &#8220; non-occupant-es &#8221;. Ces blocages sont l'occasion de nombreuses et longues discussions, favorisent les rencontres entre habitant-es du quartier, militant-es et &#233;tudiant-es. Les altercations sont aussi nombreuses avec certains ouvriers du chantier qui comprennent mal que nous fassions obstruction &#224; leur travail et font parfois de l'exc&#232;s de z&#232;le, malgr&#233; nos appels au ralliement. Ces actions d'interposition se prolongeront tout au long du mois de janvier au point d'emp&#234;cher tous travaux jusqu'au lundi 2 f&#233;vrier, date des premiers abattages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;cup&#233;rations et rapports de force politiciens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la r&#233;cup&#233;ration est amen&#233;e par la pr&#233;sence des &#233;lus de la minorit&#233; ADES (alternatifs &#233;colo) qui prennent position contre la majorit&#233; municipale PS, commanditaire du stade. Elle se pose surtout avec la prise de position de l'UMP : pour se remettre en selle, Alain Carignon (ex maire de Grenoble RPR, &#233;cart&#233; &#224; cause du scandale de la Lyonnaise des eaux en 1995) lance sa campagne &#233;lectorale avec pour mot d'ordre l'opposition au stade et &#224; la destruction du parc. Ces conflits traversent l'association SOS PPM qui rassemblent des habitant-es aux affinit&#233;s politiciennes de tous bords. L'option de l'association (qui reste la seule &#224; d&#233;livrer un message global aux m&#233;dias) est donc de conserver un apolitisme de fa&#231;ade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation se complique encore de divergences entre la mairie, la Metro (agglom&#233;ration des communes de la cuvette grenobloise) et la pr&#233;fecture. Dans un premier temps, il semble que la mairie PS, second&#233;e par la Metro, tente de mettre un terme &#224; l'occupation en lan&#231;ant des recours en justice contre les occupant-es. Mais elle se heurte &#224; la r&#233;ticence de la pr&#233;fecture, pilot&#233;e depuis Paris par le gouvernement UMP, sans doute trop heureux de faire durer le conflit pour discr&#233;diter la majorit&#233; grenobloise. Le pr&#233;fet rechigne visiblement &#224; envoyer les forces de l'ordre. Les blocages se font sans aucune interposition arm&#233;e, sinon &#224; quelques reprises pour &#233;viter les altercations entre opposant-es au stade et groupes de footballeurs supporters. Cette tension mairie/pr&#233;fecture semble s'&#234;tre invers&#233;e sur la fin : au moment de l'expulsion, la municipalit&#233;, probablement d&#233;pass&#233;e par le ridicule de l'intervention arm&#233;e et le scandale m&#233;diatique qu'il pouvait provoquer, a cherch&#233; &#224; minimiser &#8220; la casse &#8221; et l'&#233;tendue de la r&#233;pression dans son propre int&#233;r&#234;t politicien, &#224; un mois et demi des &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le refus g&#233;n&#233;ral des man&#339;uvres politiciennes m&#232;ne les occupant-es, d&#232;s le mois de d&#233;cembre, &#224; revendiquer elles-eux-m&#234;mes l'apolitisme de principe, pour se concentrer sur des th&#233;matiques &#233;cologiques . Notre propre culture militante, s'articulant sur une r&#233;appropriation de l'action politique contre les politiques politiciennes, est sans doute &#224; la source de maladresses, de m&#233;fiances et d'incompr&#233;hensions r&#233;ciproques. Cela explique en partie notre difficult&#233; &#224; nous investir et &#224; nous faire accepter du groupe d&#233;j&#224; constitu&#233; des occupant-es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie est-elle un film d'action ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions exceptionnelles de cette mobilisation (vivre dans des arbres, &#224; 12 ou 20 m&#232;tres de hauteur au c&#339;ur d'une ville, pendant de longues semaines, sous la pluie, la neige, le vent et le froid, arborer un baudrier cliquetant de mousquetons, tels les &#233;perons du cow-boy solitaire hum) ont pour effet de projeter tout-es les occupant-es dans une &#8220; autre dimension &#8221; : impression que toute la vie se passe au parc ; que les routines quotidiennes du travail, des &#233;tudes, du rythme familial etc. sont d&#233;risoires et creuses ; d&#233;phasage, d&#233;calage de plus en plus grand entre ces conditions d'existence extr&#234;mes et l'indiff&#233;rence d'une ville qui continue &#224; fonctionner &#8220; comme si de rien n'&#233;tait &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impression de vivre dans un r&#234;ve est renforc&#233;e par la m&#233;diatisation nationale ou la convergence de personnes aux r&#233;alit&#233;s antagoniques (punks des rues et mammies bourgeoises). L'attention m&#233;diatique des occupant-es (ou d'une partie d'entre elles-eux qui devient logiquement la plus voyante, la plus entendue) qui se laissent prendre au jeu de la flatterie les transforme en h&#233;ro-&#239;nes et martyres d'un film d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cela nous semble probl&#233;matique tant que nous en sommes spectateur-trices et explique aussi notre difficult&#233; &#224; nous investir, nous nous y sommes sans aucun doute laiss&#233;-es prendre quelques semaines plus tard, lorsque nous nous sommes mis-es &#224; habiter au parc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JANVIER : second d&#233;collage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#8220; diwa &#8221; et les squatteureuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e de nouvelles-aux occupant-es sur le parc, le 4 janvier marque pour nous un tournant d&#233;cisif. Cette dizaine d'ami-es (en grande majorit&#233; des gars) sont rapidement assimil&#233;-es par les autres occupant-es &#224; la r&#233;gion de Die o&#249; illes ont pass&#233; quelques ann&#233;es ensembles et leur cabane devient le &#8220; diwa &#8221; (diois). Illes sont fort-es d'une pratique collective d&#233;velopp&#233;e sur des chantier de construction. Descendus &#224; Grenoble pour voir ce qui se passe sur le parc quelques jours, ils d&#233;cident d&#232;s leur arriv&#233;e de rassembler du mat&#233;riel pour s'installer plus durablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une dizaine de squatteureuses grenoblois-es (et quelques-un-es d'autres villes), puis, en f&#233;vrier, pour une quinzaine d'&#233;tudiant-es sorti-es des gr&#232;ves et des examens, c'est enfin l'occasion et le pr&#233;texte pour s'impliquer plus concr&#232;tement : les &#8220; gens du diwa &#8221; apportent avec elles-eux du mat&#233;riel d'escalade et de sp&#233;l&#233;ologie, des outils, un savoir-faire et un enthousiasme qui permet de d&#233;passer notre embarras devant l'escalade et la construction. L'arriv&#233;e du &#8220; diwa &#8221; d&#233;clenche ainsi l'implication plus concr&#232;te des squatteureuses ; r&#233;ciproquement, la venue des squatteureuses favorise l'installation des gens du diwa et les aidera &#224; &#8220; rester jusqu'au bout &#8221; , malgr&#233; l'&#233;puisement et les doutes r&#233;currents. Les squats servent aussi &#224; dormir une nuit un peu plus au chaud, se r&#233;unir, avoir un acc&#232;s Internet etc. ; le ralliement de squatteureuses, permet &#233;galement d'acc&#233;der &#224; divers plan r&#233;cup' de mat&#233;riel de construction et de bouffe, d'enrichir les revendications de textes, de brochures, d'images, de films et d'exp&#233;riences d'autres occupations, ou encore d&#233;velopper un fonctionnement collectif plus structur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les deux groupes sont assimil&#233;s l'un &#224; l'autre dans le parc, leurs affinit&#233;s et leurs ressemblances r&#233;ciproques masquent, en interne, une curiosit&#233; mutuelle pour des pratiques et des exp&#233;riences tr&#232;s diff&#233;rentes. Cette d&#233;couverte r&#233;ciproque s'enrichit &#224; n'en pas douter de forts liens affectifs. Le caract&#232;re exceptionnel de l'occupation, les conditions extr&#234;mes de vie, la promiscuit&#233; permanente des corps et, sans doute, la politisation par les squatereuses des rapports affectifs, de genre et des sexualit&#233;s (&#8220; &#224; d&#233;construire et &#224; reconstruire &#8221;), accroissent l'intensit&#233; des histoires qui se nouent. Ajoutons que parmi des groupes d'occupant-es majoritairement constitu&#233;s d'hommes, la majorit&#233; de filles squateuses - et f&#233;ministes - contribue &#224; cr&#233;er une ambiance qui rompt un peu avec le virilisme ambiant. La pratique d'une vie collective et d'une r&#233;flexion commune permet l'&#233;laboration progressive d'une confiance qui aboutira &#224; la constitution d'un groupe v&#233;cu comme r&#233;ellement affinitaire au moment de l'expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre implication plus enti&#232;re nous fait d&#233;couvrir et formuler le sens politique de l'occupation pour elle-m&#234;me. Elle cesse ainsi &#224; nos yeux d'&#234;tre l'expression un peu passive des revendications de SOS PPM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Intensification de l'occupation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, la dynamique s'acc&#233;l&#232;re surtout, en parall&#232;le des constructions [cabanes, chiottes s&#232;ches], avec une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements, &#224; partir de mi-janvier, auxquels nous participons plus directement (les premiers mois de l'occupation sont &#233;galement marqu&#233;s par des rassemblements tels que la &#8220; f&#234;te des arbres &#8221;, la labelisation &#8220; arbres remarquables &#8221; etc., mais comme nous n'&#233;tions pas pr&#233;sent-es, nous n'avons pas su ni voulu les restituer dans ce t&#233;moignage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cabane &#8220; infokiosk &#8221; est construite sous celle du diwa. On y trouve tous les jours, en libre acc&#232;s, des brochures sur les th&#232;mes de l'autonomie alimentaire et &#233;nerg&#233;tique, de la remise en cause des rapports d'autorit&#233; et de domination, des m&#233;thodes d'action directe etc. En plus de mettre &#224; disposition ces r&#233;flexions et savoirs-faire, l'infokiosk, accessible par une &#233;chelle de meunier, se transforme en espace de r&#233;union, permet &#224; un plus grand nombre de sympatisant-es sans cabanes de dormir au parc &#224; l'occasion, et aux promeneurs de &#8220; monter eux aussi dans une des cabanes &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 17 janvier, le th&#233;&#226;tre occup&#233; du Rio nous accueille pour la projection publique d'un documentaire militant : &#8220; Life in fast lane &#8221;. Ce film retrace une ann&#233;e d'occupation de maisons et d'arbres sur le trac&#233; de la voie rapide M11 dans la p&#233;riph&#233;rie de Londres en 1994, par des habitant-es et des squatteureuses. Le mouvement d'occupation, tr&#232;s populaire, s'est achev&#233; par une expulsion spectaculaire de trois jours et &#224; l'annulation de nombreux projets d'am&#233;nagement routiers par le minist&#232;re des transports anglais. Ce documentaire, par le sens tr&#232;s politique qu'il donne aux mouvements d'occupation autonomes, par l'ampleur de l'&#233;v&#233;nement et la violence d'Etat dont il t&#233;moigne, donne sans doute une port&#233;e nouvelle &#224; l'occupation du parc. La projection est suivie de d&#233;bats en petits groupes puis en grande assembl&#233;e, de 22h &#224; 1h du matin, qui rassemblent les premier-&#232;res occupant-es du parc, le diwa, les squatereuses et les &#233;tudiant-es, des curieu-ses et des sympathisant-es. Voulant discuter des moyens d'accentuer la mobilisation, la plupart des groupes en viennent &#224; &#233;voquer le probl&#232;me de l'organisation interne de l'occupation. Cette question est le plus souvent pos&#233;e par des personnes ext&#233;rieures ou toutes nouvelles sur le parc. Il en r&#233;sulte une impression de confrontation un peu dure, par la remise en cause de deux mois d'occupation par des gens qui n'y ont pas particip&#233; et tentent d'expliquer (un peu facilement ?) les raisons de leur retrait. La critique un peu facile laisse les premiers occupant-es d&#233;sarm&#233;-es, face &#224; des d&#233;tracteur-teuses embarass&#233;-es. Mais ces discussions sont aussi l'occasion de d&#233;velopper plein d'id&#233;es nouvelles : nous abordons ensemble les questions de la m&#233;diatisation, du rapport aux forces de l'ordre, du sens politique &#233;largi de l'occupation, de la possibilit&#233; de construire de nouvelles structures dans le parc, d'organiser des &#233;v&#233;nements et des animations en journ&#233;e et le week-end etc. C'est l'occasion d'une prise de conscience de nombreuses personnes de la possibilit&#233;, voire de l'obligation - pour certain-es d'entre nous - de s'impliquer pleinement dans l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 18 janvier, un petit groupe compos&#233; d'occupant-es de la premi&#232;re heure, de gens du diwa et de squatteureuses ach&#232;ve l'&#233;criture d'un tract et le propose en &#8220; assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale &#8221; au parc d&#232;s le lendemain. Ce texte, le premier - et l'un des seuls - &#233;crit par des occupant-es, met en cause la politique de la ville en mati&#232;re d'urbanisme, de d&#233;mocratie locale &#8220; consultative &#8221;, et &#233;largit l'occupation &#224; une contestation des structures de pouvoir politiques, industrielles et scientifiques, de l'id&#233;ologie sportive etc. (ce tract est reproduit dans cette brochure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la semaine, succession des tentatives d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales autour du brasero et des r&#233;unions en petits groupes pour pr&#233;parer la manif pour le samedi suivant, discuter de nos rapports aux m&#233;dias, pr&#233;parer des conf&#233;rences de presse, &#233;changer des savoirs juridiques et des m&#233;thodes d'action, organiser la vie collective... A cette activisme se superpose encore une p&#233;riode de d&#233;fense des squats &#224; Grenoble, dans laquelle s'impliquent quelques-un-es des occupant-es du parc : les matin&#233;es se transforment souvent en rendez-vous au Tribunal de Grande Instance pour assister aux jugements des squatteureuses ; en soutien au squat Golgoth-a-xxx, expusable sans d&#233;lais et toujours sans &#233;lectricit&#233;, un rassemblement dans le local commercial de la GEG (Gaz Electricit&#233; de Grenoble) est organis&#233; le mardi 20 ; en r&#233;action &#224; l'avis d'expulsion sans d&#233;lais du squat La Flibusti&#232;re, un rassemblement est organis&#233; devant la pr&#233;fecture le mercredi 21, qui se solde par une forte r&#233;pression (7 personnes arr&#234;t&#233;es et lourdement inculp&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 24 janvier la manifestation pour la d&#233;fense du parc Mistral et contre la construction du grand stade rassemble 4000 &#224; 5000 personnes dans les rues de Grenoble. Entre autres anecdotes, rappelons les longues controverses sur le texte des banderoles trop ou pas assez citoyennistes selon les avis ; mais aussi les tentatives pour virer Alain Carignon (UMP) et sa horde de gorilles du cort&#232;ge...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que ce week-end marque le retour du soleil, quelques squatereuses prennent l'initiative de lancer un repas de quartier le dimanche, amenant dans leurs carrioles des jeux en bois, des d&#233;guisements, un peu de musique et de quoi dresser des tables pour manger ensemble. Plusieurs centaines de promeneur-euses du dimanche passent dans l'apr&#232;s-midi. Enthousiasm&#233;-es par la convivialit&#233; que cette initiative a su cr&#233;er, les occupant-es et sympathisant-es organisent des repas de quartier au parc Mistral tous les dimanches jusqu'au moment de l'expulsion... et jusqu'&#224; maintenant, alors que la coupe des arbres a mis fin &#224; l'expulsion depuis pr&#232;s d'un mois et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les al&#233;as de la coexistence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard de nos exp&#233;riences d'occupations ant&#233;rieures, la bande du diwa nous semble adopter un fonctionnement assez informel, plut&#244;t port&#233; sur les r&#233;alisations concr&#232;tes que sur l'intellectualisme squattero-urbain dans lequel nous sommes pris-es. Mais au yeux des premier-&#232;res occupant-es du parc - et sans doute aussi parce que nous sommes peu &#224; peu assimil&#233;-es au diwa - cellesz&#233;ceux-ci passent sans conteste pour des intellos formalistes. Ce contraste entre diwa/squatteureuses et premier-&#232;res occupant-es se traduit par une certaine tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La complicit&#233; des premier-&#232;res occupant-es, mais aussi la rudesse des soir&#233;es alcoolis&#233;es auxquelles illes sont - un peu vite ? - assimil&#233;-es, conduisent les nouveaux-velles venu-es &#224; se retrancher par affinit&#233;s. La grande majorit&#233; masculine, dont d&#233;coulent plein de rapports genr&#233;s, ainsi que l'effet de groupe implique une atmosph&#232;re assez dure, d'h&#233;ro&#239;sme, de fiert&#233;. Les comportements sexistes, homophobes et virilistes sont si r&#233;currents qu'il nous devient parfois difficile de simplement discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En adoptant nos modes de fonctionnement habituels et en proposant &#224; quelques reprises nos propres codes dans un mouvement qui s'est construit sur des bases diff&#233;rentes, et au moment pr&#233;cis o&#249; le rythme des &#233;v&#233;nements commence &#224; s'emballer, nous provoquons des incompr&#233;hensions, des r&#233;ticences et des ranc&#339;urs. Notre pr&#233;sence prend sans doute la forme d'une d&#233;pr&#233;ciation de ce qui a &#233;t&#233; fait les premiers mois. Nos questionnements, mais aussi notre prise d'espace et de parole remettent en cause des positions de pouvoirs construites au fil de l'occupation. Le r&#244;le moteur de certains occupants et de certain-es membres de SOS PPM en est sans doute &#233;branl&#233;. De nos discussions &#8220; entre diwas &#8221; ressort la crainte que les occupant-es interpr&#232;tent notre arriv&#233;e massive comme le rapt de leur mouvement, sa r&#233;cup&#233;ration par des squatteureuses politicien-nes &#8220; 1er-&#232;res de la classe &#8221;. Notre arriv&#233;e en nombre accentue encore l'effet d'imposition : depuis le d&#233;but de l'occupation, c'est sans doute la premi&#232;re fois qu'un groupe aussi important d&#233;barque d'un seul coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration est surtout visible dans l'espace, puisque les cabanes qui entourent le brasero (le platane insoumis, la yourte, la chine, le tibet, le nid de marsupilami, la plate-forme, la canadienne, l'orme, etc.) sont &#224; une centaine de m&#232;tres du &#8220; bosquet du diwa &#8221; (la maison m&#232;re, l'infokiosk, la vigie jurassienne puis, en f&#233;vrier, l'optimiste), sous lequel est fabriqu&#233; un second po&#235;le (puis une cuisine en f&#233;vrier). Avec deux sources de chaleur, deux lieux de convergence au sol se dessinent. Si beaucoup s'agglom&#232;rent par affinit&#233;s autour des feux le soir, les occupant-es du diwa se m&#234;lent peu &#224; ces groupes, pr&#233;f&#233;rant se regrouper en hauteur dans leurs cabanes pour manger et discuter. En journ&#233;e, le dialogue se limite souvent &#224; des questions pratiques et furtives d'&#233;change de mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que nous vivons cette occupation comme une aventure, une lutte de quelques semaines avant de retourner &#224; nos activit&#233;s habituelles, nous saisissons que certain-es ont l&#226;ch&#233; leur job et leur appart' pour s'impliquer depuis novembre, ou n'avaient pas, pour d'autres, de domicile avant leur installation au parc. Ces trois mois pass&#233;s sur le parc rev&#234;tent pour eux un sens bien plus crucial que pour nous puisqu'ils repr&#233;sentent la construction d'un espace de survie mat&#233;rielle et d'investissement affectif autrement plus entier. Le d&#233;calage entre nos pratiques et nos aspirations r&#233;ciproques se transforme trop facilement en m&#233;pris d'un c&#244;t&#233; et en ranc&#339;ur de l'autre. Les altercations du soir et les formules gliss&#233;es &#224; mi-mots t&#233;moignent de la tension rentr&#233;e qui peut r&#233;gner en journ&#233;e : &#8220; intellos qui se prennent la t&#234;te &#8221;/ &#8220; derniers de la classe &#8221;, &#8220; organis&#233;s &#8221;/ &#8220; fouteurs de merde &#8221;, &#8220; bourges &#8221;/&#8220; punks &#224; chiens zonards &#8221;... et nous passons sur les insultes homophobes et les surnoms &#8220; tendrement paternalistes &#8221;. Les premier-&#232;res occupant-es restent parfois en retrait des activit&#233;s ; les dernier-&#232;res arriv&#233;-es abandonnent l'id&#233;e d'un fonctionnement collectif pour concentrer leur &#233;nergie sur leur groupe affinitaire ; et la vie sur le parc continue avec autant d'intensit&#233; que de questionnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ressentons - jusqu'&#224; aujourd'hui - une vraie g&#234;ne devant l'instauration de ce rapport d&#233;s&#233;quilibr&#233; o&#249; nous nous sentons en position de domination par la ma&#238;trise du langage et notre bagage militant, voire de notre relatif confort mat&#233;riel. Comment dire vraiment les choses sans risquer la langue-de-bois et les jugements h&#226;tifs ? Notre embarras devant ces probl&#232;mes nous rend leur restitution difficile. Ces tensions sont d'autant plus complexes &#224; analyser que les frictions et les frustrations se combinent avec la naissance d'une nouvelle dynamique qui r&#233;jouit tout le monde, ainsi que des moments forts partag&#233;s au-del&#224; des groupes affinitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce tableau dominant, de nombreuses personnes, occupant-es ou sympathisant-es se sont sans doute senti-es en retrait. Illes l'ont en tout cas suffisamment &#233;t&#233; &#224; nos yeux pour que nous ayons du mal &#224; les &#233;voquer avec autant de nettet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#201;VRIER : radicalisation et construction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lundi 2 f&#233;vrier, coup d'essai rat&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre blocages physiques et recours en justice initi&#233;s par SOS PPM et l'ADES pour faire obstruction au d&#233;marrage du chantier, les tentatives de cl&#244;ture de la zone &#233;chouent jour apr&#232;s jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 2 f&#233;vrier marque un changement strat&#233;gique des autorit&#233;s. A d&#233;faut d'isoler les occupant-es ou d'obtenir leur d&#233;part, l'intervention se tourne vers la zone de chantier d&#233;j&#224; cl&#244;tur&#233;e - emplacement de l'ancien stade r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de vaste terrain vague - qui jouxte la zone occup&#233;e du parc. En bordure de ce grillage haut de 2 ou 3 m&#232;tres, c&#244;t&#233; chantier, existe encore une rang&#233;e d'une quinzaine de grands platanes de 20/30 m&#232;tres de haut, sur 300 m&#232;tres de long. A l'exception du premier arbre de cette rang&#233;e dont les branches portent suffisamment du c&#244;t&#233; parc pour qu'une cabane, le baobab, y ait &#233;t&#233; construite, les autres platanes sont inaccessibles. Apr&#232;s avoir r&#233;ussi - par un beau petit coup de bluff des flics - &#224; faire descendre sans heurts les deux occupants de cette cabane les ouvriers b&#251;cherons abattent ce premier arbre puis toute la rang&#233;e et les d&#233;bitent dans la foul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'arbre t&#233;l&#233;phonique, des sympathisant-es affluent en ordre dispers&#233;. 100 &#224; 200 personnes restent rassembl&#233;es toute la journ&#233;e de l'autre c&#244;t&#233; du grillage poussant des cris de col&#232;re &#224; chaque arbre qui tombe. Les insultes fusent. Les caillasses aussi. Retranch&#233;s derri&#232;re le grillage, les ouvriers poursuivent leur t&#226;che toute la journ&#233;e sans &#234;tre g&#234;n&#233;s, seulement d&#233;fendus par une trentaine de CRS qui font le pied de grue &#8220; au cas o&#249; &#8221;. Ils interviennent en fin de matin&#233;e pour retenir le &#8220; b&#251;cheron fou &#8221; pr&#234;t &#224; passer le grillage pour r&#233;pondre avec les poings aux insultes de la foule... C'est le sentiment d'impuissance qui domine. En milieu d'apr&#232;s-midi, des groupes de manifestant-es se rassemblent &#224; la mairie (&#224; 500 m&#232;tres de l&#224;), ce qui provoque la mise en place d'un dispositif policier devant le b&#226;timent, pour les 15 jours suivants. Certain-es occupant-es passent leur journ&#233;e &#224; la cime de leur arbre pour pr&#233;venir tout abattage surprise c&#244;t&#233; parc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin d'apr&#232;s-midi alors que les derniers platanes vont &#234;tre coup&#233;s, la foule parvient &#224; faire une br&#232;che dans le grillage et une soixantaine de personnes s'engouffrent sur le chantier pour s'allonger au pied de plusieurs arbres. Les CRS robocopis&#233;s interviennent aussit&#244;t &#224; coups de gaz lacrymog&#232;nes et de matraques, envoyant quatre personnes aux urgences et quatre autres en garde-&#224;-vue. La violence polici&#232;re, film&#233;e et photographi&#233;e passera bien dans la presse d&#232;s le lundi soir... mais avec la contre-information que l'expulsion des occupant-es a eu lieu, alors qu'une seule cabane sur les 17 existantes a &#233;t&#233; d&#233;gomm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir m&#234;me, une r&#233;union qui rassemble environ 80 personnes est organis&#233;e &#224; la MJC toute proche pour faire le bilan de la journ&#233;e et r&#233;fl&#233;chir &#224; la suite des &#233;v&#233;nements. De nombreux-ses riverain-nes, adh&#233;rent-es de SOS PPM, expriment leur incompr&#233;hension. Choqu&#233;-es et scandalis&#233;-es, illes restent un moment sans voix, avant d'exprimer leur d&#233;termination &#224; continuer la r&#233;sistance. Cette journ&#233;e est analys&#233;e comme un coup d'essai pour voir si l'heure est &#224; la d&#233;mobilisation ou au durcissement de la lutte. Nous &#233;tions conscient-es, les mois pr&#233;c&#233;dents, que nous ne d&#233;fendions plus tout &#224; fait les arbres, mais surtout la vie qui s'&#233;tait cr&#233;e sur le site. Cette journ&#233;e donne une nouvelle dimension &#224; la lutte, exprim&#233;e par un riverain : si les personnes rassembl&#233;es se mobilisaient pour des arbres, ils sont maintenant mus par la r&#233;volte contre les m&#233;thodes employ&#233;es par les autorit&#233;s pour r&#233;pondre &#224; la contestation. Les &#233;v&#233;nements de l'apr&#232;s-midi sont l'occasion de rappeler &#224; celles et ceux qui en doutaient que la fonction des flics est de frapper et que ce qui est v&#233;cu comme un geste inadmissible et exceptionnel se reproduit chaque jour &#224; leur insu dans cette fRance de - argh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion entre membres de l'association SOS PPM t&#233;moigne surtout d'une v&#233;ritable banalisation des actes d'interposition et d'action directe, fruit des longs mois de blocages matinaux : des riverain-nes &#226;g&#233;-es appellent &#8220; les vieux &#224; se mettre en premi&#232;re ligne, plut&#244;t que d'exposer des jeunes sur lesquel-les on ose taper &#8221; ; d'autres tentent d'imaginer des moyens &#8220; plus discrets &#8221; de d&#233;foncer le grillage ; d'autres encore s'int&#233;ressent aux m&#233;thodes d'encha&#238;nement et de cadenassage aux arbres... Si de telles r&#233;actions nous enthousiasment, nous nous interrogeons encore sur les cons&#233;quences d'une radicalisation par le traumatisme de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'occupation au sol&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;action &#224; l'intervention du lundi 2 f&#233;vrier, plusieurs affiches sont placard&#233;es sur les murs de la ville la nuit m&#234;me. Elles informent des violences polici&#232;res de la journ&#233;e, appellent &#224; la mobilisation contre la construction du grand stade et &#224; l'occupation massive du parc mistral, dans les arbres, mais aussi au sol, avec l'invitation &#224; une &#8220; grande camping partie &#8221;. Les deux semaines suivantes, ces affiches sont l'objet d'un d&#233;collage cibl&#233;... mais sont recoll&#233;es presque tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;pondant &#224; cet appel, quelques &#233;tudiant-es, sorti-es de leurs partiels depuis la fin janvier, entreprennent de monter une premi&#232;re yourte au sol, afin de dormir au pied des arbres. Les tentes au sol se multiplient pendant la semaine et permettent la constitution de nouveaux groupes affinitaires et de nouveaux projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certain-es d'entre nous construisent une cabane au sol qui se transforme en cuisine/salon de th&#233;, sous &#8220; l'arbre &#224; palabres &#8221; volontairement choisi pour sa position hors du p&#233;rim&#232;tre des arbres &#224; abattre, (position d'abord r&#233;prouv&#233;e par pas mal d'occupant-es). Pendant l'expulsion, ce lieu servira de point de convergence, d'interface avec le groupe des cabanes assi&#233;g&#233;es et permettra les premiers soins m&#233;dicaux - contre les gaz lacrymos -, avant d'&#234;tre d&#233;truit par les CRS et reconstruit quelques m&#232;tres plus loin... En attendant, cette cabane permet des rencontres entre enfants, adultes, djeunes autour de bouffes, d'infusions, de galettes, et de jeux et ouvre le p&#233;rim&#232;tre occup&#233; vers les all&#233;es o&#249; se prom&#232;nent les riverain-es qui n'osaient pas encore s'approcher des autres cabanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment d'urgence, m&#234;l&#233; &#224; l'impression que l'occupation peut tout aussi bien durer jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; provoque une constructomania, tant au sol (avec de nouvelles tentes, des lieux de cuisine, des fours, des hamacs et des b&#226;ches tendues, etc.) que dans les arbres (nouvelles cabanes, plates-formes, filets tendus entre les arbres, etc.). Avec le retour du soleil, l'affluence au parc est plus importante chaque jour. Des concerts acoustiques sont improvis&#233;s, des matchs de foot mixtes et interg&#233;n&#233;rationnels se disputent sur pelouse, enfants et adultes sont invit&#233;-es &#224; monter au diwa pour redescendre sur 50 m&#232;tres de tyrolienne, la fr&#233;quentation des repas de quartier se fait plus massive, jongleureuses et dormeureuses se multiplient, certain-es pr&#233;voient d&#233;j&#224; pour la semaine suivantes un programme d'animations en plein air...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de semaine, des bruits circulent, depuis les couloirs de la mairie et de la Metro, qui nous annoncent l'imminence de l'expulsion sans que nous puissions y croire tout &#224; fait. La r&#233;sistance s'organise cependant, avec de nouveaux ateliers juridiques et m&#233;dicaux, et le tout d&#233;but de r&#233;flexions strat&#233;giques en petits groupes affinitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille de l'expulsion, plus d'une soixantaine de personnes dorment dans la vingtaine de cabanes, et peut-&#234;tre une trentaine d'autres sous des b&#226;ches et des tentes au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'expulsion : du mardi 10 f&#233;vrier, 5H du matin, au jeudi 12 f&#233;vrier, 14H30&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Je crois qu'on a bien rigol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hum. Moi aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'&#233;tait difficile aussi, des fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pas mal, ouaip. Si tu leur lisais un de ces nombreux t&#233;moignages poignants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Illes ont qu'&#224; le faire elles-eux-m&#234;mes : c'est dans la brochure... &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;sorte de conclusion rapide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fichage en r&#232;gle auquel furent soumi-ses les occupant-es dans la foul&#233;e de l'expulsion n'a pour l'instant &#233;t&#233; suivi d'aucune poursuite en justice. Quelques personnes auront cependant un proc&#232;s dans les jours et mois &#224; venir, pour s'&#234;tre fait arr&#234;t&#233;-es - voire tabass&#233;-es en r&#232;gle - au cours de l'occupation. Les principales inculpations d&#233;noncent le &#8220; d&#233;montage de palissades &#8221; et/ou des outrages et r&#233;sistances aux agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tenons aussi &#224; souligner le contraste, pendant l'expulsion, entre notre v&#233;cu dans les arbres (hors d'atteinte, enthousiastes, en confiance, passif-ves, sans rien d'autre &#224; faire que dormir, crier des slogans et se faire des bisous... et pourtant r&#233;ceptionn&#233;-es en &#8220; rock stars &#8221;) et celui des sympathisant-es au sol (soumis-es aux lacrymog&#232;nes et aux matraques, nombreux-ses &#224; s'&#234;tre mobilis&#233;-es dans l'urgence, sans avoir v&#233;cu l'intensit&#233; et la continuit&#233; de la vie au parc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvons marrant de remarquer que tout au long de cette occupation, les organisations politiques traditionnelles de ce qu'on appelle l'extr&#234;me-gauche n'ont jamais montr&#233; le bout de leur nez (par contre, l'UMP a &#233;t&#233; tr&#232;s tr&#232;s pr&#233;sente comme principale instigatrice des tentatives de r&#233;cup&#233;ration politique de l'okup'...d'ailleurs, leur slogan pour les r&#233;gionales &#224; Grenoble c'est : &#034;Non &#224; la destruction du parc !&#034;...Hum...) : pas trace de LCR, de SUD, d'AC !...sinon quelques-un-es de leurs militant-es venu-es &#224; titre individuel.... Sans doute ce mouvement &#233;tait-il si inhabituel dans sa forme et sa dur&#233;e que les organisations &#8220; traditionnelles &#8221; n'ont pas su comment r&#233;agir et jouer un r&#244;le en son sein. Tant mieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait aussi que le projet d'am&#233;nagement de la Bastille (une sorte de &#8220; luna parc &#8221; avec mini golf, ski sur pelouse etc.) est pour l'instant mis au placard, la peur des &#034;&#233;cocitoyen-nes&#034; semblant rester vivace chez les politocard-es du cru...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on sait aussi que la plupart des occupant-es ne sont pas tout &#224; fait redescendu-es : certain-es envisagent d&#233;j&#224; de partir occuper d'autres espaces publics menac&#233;s, d'autres ont la ferme intention de construire un village plus durable dans des arbres un peu moins menac&#233;s &#224; court terme, d'autres ouvrent des squats, organisent des chantiers-&#233;changes de savoirs sur la construction de cabanes en paille, d'autres voyagent dans des camtards, d'autres s'appr&#234;tent &#224; r&#233;sister fermement face &#224; l'expulsion printani&#232;re de leurs squats... L'occupation du parc n'a laiss&#233; personne indemne, et a permis &#224; de nouveaux projets de na&#238;tre, &#224; une forte dynamique collective de se cr&#233;er sur Grignoble et &#231;a ben c'est chouette quand m&#234;me (non ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 mars 2004&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POURQUOI PRENONS-NOUS FROID DANS LES ARBRES ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Tract diffus&#233; par des occupant-es du parc)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AU DEL&#192; DE LA DESTRUCTION DU PARC MISTRAL, S'OPPOSER &#192; UNE LOGIQUE DE D&#201;VELOPPEMENT ET D'URBANISME.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis deux mois l'occupation des arbres du parc Mistral &#224; permis de faire conna&#238;tre la r&#233;sistance pour la pr&#233;servation de cet espace. Aujourd'hui encore, cette action, pla&#231;ant la mairie dans une situation de porte a faux, remet en cause la construction du stade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des actions de r&#233;sistances quotidiennes ont permis d'emp&#234;cher l'avanc&#233;e du chantier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant tout cela n'aurait pas &#233;t&#233; possible sans le soutien massif et concret de nombreuses personnes que nous remercions. (Blocage quotidien des tentatives d'encerclement et d'abattage, soutien logistiques : mat&#233;riaux, nourriture et chauffage, sourires...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au del&#224; des arbres pourquoi s'opposer &#224; la destruction du parc Paul mistral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ENVIRONNEMENT ET URBANISME.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques centaines d'arbres peuvent para&#238;tre bien d&#233;risoires... Mais dans une soci&#233;t&#233; suicidaire, en proie &#224; la pollution, au r&#233;chauffement plan&#233;taire et &#224; l'extinction rapide des ressources naturelles, chaque espace pr&#233;serv&#233;, chaque acte de r&#233;sistance compte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pendant ce temps l&#224; nos &#233;lus ont d&#233;j&#224; travaill&#233; dur, en t&#233;moigne les projets achev&#233;s de la nef-chavant, d'europ&#244;le, et de la place de Verdun...Ils ont pr&#233;vu de faire encore plus fort :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rocade nord et son tunnel, A 51... projets pharaoniques alors qu'il est temps d'envisager d'autres alternatives aux &#171; tout bagnole &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Crolles II, MinaTech, biopolis...o&#249; vont se d&#233;velopper d'inqui&#233;tantes bio nano technologies &#224; ajouter au nucl&#233;aire et &#224; la chimie d&#233;j&#224; bien pr&#233;sente &#224; Grenoble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Luna parc, transformant un autre patrimoine public en parc d'attraction priv&#233;... et payant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avant projet d'agglom&#233;ration pr&#233;par&#233; en 2002 par la m&#233;tro nous en donne un avant go&#251;t : on y apprend que &#171; Le sillon alpin conna&#238;t une croissance d&#233;mographique et urbaine importante jusqu'&#224; constituer d'ici &#224; 20 ans une continuit&#233; urbaine de Gen&#232;ve a Voiron voire Valence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;galoPole qu'ils nous pr&#233;parent ne laissera plus de place qu'aux espaces de consommation et de travail au d&#233;triment des lieux de rencontre, de d&#233;tente, et d'&#233;change non marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lutte pour la parc constitue un tremplin pour r&#233;fl&#233;chir &#224; de nombreuses autres solutions concr&#232;tes en terme de vie et d'urbanisme : moins consommer et gaspiller, produire localement et se nourrir autrement, mettre en place des transports en commun gratuits, utiliser des &#233;nergies renouvelables et bio carburants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps de penser en terme de d&#233;croissance plut&#244;t que de b&#233;tonner et de d&#233;penser plus. (Sp&#233;cial d&#233;dicace a Bouygues b&#233;ton hein j&#233;r&#244;me )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;POUR NOUS, DEFENDRE CES ARBRES C'EST COMBATRE CETTE POLITIQUE D'URBANISATION MASSIVE.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN PROCESSUS D&#201;MOCRATIQUE ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire du parc/stade est r&#233;v&#233;latrice d'une d&#233;mocratie de fa&#231;ade o&#249; le pouvoir est d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; quelques personnes qui l'exercent ensuite &#224; leur profit, sans prendre en compte les personnes concern&#233;es par leurs d&#233;cisions. La mairie d&#233;pense ensuite 1,41 millions d'euro par an (Daub&#233; du 14/01/03, budget 2001) en communication et encarts co&#251;teux en couleurs, pour nous laver le cerveau et faire croire qu'un stade constitue un espace vert et que couper des arbres est bon pour la couche d'ozone. (cf. tracts distribu&#233;s dans vos boites au lettres ces jours ci, ATTENTION : photo non contractuelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous accuse de faire le jeu de la droite contre la gauche. Ne soyons pas dupes, la droite au pouvoir porterait le m&#234;me type de projets. elle avait m&#234;me propos&#233; pire par le pass&#233; (souvenez vous de l'ancien Quartier de la Friche/Europ&#244;le). Il ne s'agit pas d'un probl&#232;me de partis mais d'un syst&#232;me politique corrompu au service d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exp&#233;rimentons d'autres modes d'organisation:Autogestion, d&#233;mocratie directe ,il est temps de prendre en main collectivement la gestion de notre ville, notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;POUR NOUS, DEFENDRE CES ARBRES C'EST CE REAPPROPRIER LA VIE POLITIQUE DE NOTRE VILLE ET PRESERVER UN DES RARES LIEUX QUI N'EST PAS DEDIE UNIQUEMENT A LA PUBLICITE, A LA CONSOMMATION, AUX VOITURES ET AU TRAVAIL : MULTIPLIONS CES LIEUX !!!&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FOOT, STADE ET CULTURE !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aimons les jeux et le sport. Mais quand le sport devient simple synonyme de comp&#233;tition, de consommation, de fric et de pression au dopage... constitue-t-il vraiment un mod&#232;le ou projet int&#233;ressant pour la collectivit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne devient-il pas un spectacle qui nous d&#233;tourne des probl&#232;mes r&#233;el et d'une participation active &#224; la vie sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stade est un &#233;norme d&#233;tournement de fond public au profit de quelques industriels et organisations maffieuses (ligue et f&#233;d&#233;ration de foot), alors que les grenoblois-es qui voudraient pratiquer ou jouer (pas seulement contempler &#224; la t&#233;l&#233;vision ou dans un stade) ne disposent que de tr&#232;s peu d'espace pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors A.Pilaud, adjoint aux sports, nous explique pour justifier le grand stade et le financement public du GF 38 que le foot professionnel est n&#233;cessaire &#171; comme mod&#232;le pour motiver les plus jeunes &#224; faire du sport &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salaires ind&#233;cents, transferts exorbitants, virilit&#233; obligatoire et souvent sexiste, Porsche et villas trop&#233;ziennes, c'est cela que l'on veut inculquer aux enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on ne vienne pas pleurer sur les violences des m&#244;mes qui comprennent qu'ils ne deviendront jamais ni champions, ni riches, ni puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;POUR NOUS, DEFENDRE CES ARBRES C'EST REVENDIQUER QUE LE SPORT RESTE UN JEU ET NON UN CENTRE DE CONVERGENCE D'INTERETS FINANCIERS&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la lutte pour le parc montre que, quelque soit notre age et notre fa&#231;on de faire, il est possible de r&#233;sister concr&#232;tement et de d&#233;sob&#233;ir quand on consid&#232;re que les politiques nous manipulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle, un recours en justice contre le permis de construire a &#233;t&#233; pos&#233; par des associations et des individu-e-s et sera jug&#233; le 27 janvier. La justice n'est cependant pas neutre, elle est souvent du cot&#233; du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le permis de construire est autoris&#233;, il faut emp&#234;cher jusqu'au bout et par tous les moyens utiles (notamment l'occupation des arbres) la destruction du parc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, au final, la mairie s'acharne dans sa b&#234;tise et construit le stade, cette r&#233;sistance est utile. Elle est une &#233;tape forte et symbolique qui montre que politiques et industriels ne pourront plus s'attaquer aux populations et &#224; leur environnement sans y perdre argent, temps et cr&#233;dibilit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;sistance est d'ores et d&#233;j&#224; victorieuse par toutes les rencontres et solidarities qu'elle a permises (avec les riverain-e-s, les occupant-e-s de diff&#233;rents squats et du th&#233;&#226;tre le Rio et beaucoup de grenoblois-e-s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour plus de lecture, de discussions et d'information, sur les th&#232;mes abord&#233;s, un info kiosque (ouvert de 12 &#224; 18 h) et un espace d'accueil vous attendent au parc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES OCCUPANT-E-S DU PARC ET SOLIDAIRES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; &lt;a href=&#034;http://www.piecesetmaindoeuvre.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.piecesetmaindoeuvre.com&lt;/a&gt; pour leur documentation.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IMPRESSIONS IMPR&#201;CISES D'UN OKUPANT AU SOL&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#233;riode de la derni&#232;re semaine avant l&#8216;expulsion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits sont totalement subjectifs en raison des circonstances de l'okupation du parc : fatigue, alcool, froid, traumatismes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premier soir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;barqu&#233; au parc apr&#232;s qu'un copain eut install&#233; un campement au sol. Comme je n'avais pas de baudrier, je ne pouvais donc okuper qu'au sol, et le petit bivouac me donna une premi&#232;re alternative qui tombait &#224; pic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e au premier soir ne s'est pas diff&#233;renci&#233;e des soir&#233;es suivantes. L'ambiance est tr&#232;s particuli&#232;re autour du brasero principal qui sert de chauffage et de feu de cuisine. En tant qu'&#233;tudiant fra&#238;chement au courant de certaines pratiques en milieu de squat et d'occupation comme l'autogestion et surtout les d&#233;bats hyper construits j'ai &#233;t&#233; assez surpris de voir des gens durer depuis pr&#232;s de trois mois avec une telle absence de concertation g&#233;n&#233;rale et d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Spontan&#233;isme et formalisme deux p&#244;les antagonistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a ne veut pas dire que c'eut &#233;t&#233; mieux avec une meilleure gestion et tout plein de r&#233;unions mais il en r&#233;sulte qu'il m'a &#233;t&#233; difficile de savoir &#224; qui m'adresser pour des questions mat&#233;rielles, id&#233;ologiques et pratiques. Alors j'ai install&#233; mon hamac dans mon coin et j'ai abandonn&#233; parce qu'il faisait moins 40 la nuit en plein vent et que je me voyais mal faire mon Robinson en milieu nordique. J'ai donc dormi avec les genTEs que je connaissais d&#233;j&#224; tr&#232;s bien en nous organisant comme d'habitude avec les m&#234;me genTEs que d'habitude...dommage mais &#231;a devait changer peu &#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la pluriethnie du parc, c'est-&#224;-dire la r&#233;union d'une soixantaine de genTEs compl&#232;tement diff&#233;rentEs au niveau politique et pratique, permit de former des groupes affinitaires et de s'organiser avec les genTEs qui fonctionnaient comme soi. Ainsi la souche dure des &#233;cowarriorEs (appel&#233;s par le commun des mortels citoyennistes &#171; ecocitoyenNEs &#187;) se d&#233;brouillaient dans une organisation plut&#244;t spontan&#233;iste, les squatteureusEs &#233;taient tr&#232;s au fait d'un mode libertaire et les autres se d&#233;merdaient comme ils voulaient. J'ai entendu parl&#233; d'une lutte des classes entre ceux qui grimpaient et ceux au sol et nouveLLES, ancienNEs mais je ne l'ai pas trop ressenti, il m'a plus sembl&#233; que chacun &#233;tait libre d'okuper comme ille l'entendait, tant qu'ille ne g&#234;nait pas les autres, en th&#233;orie du moins, de sorte que l'okup' &#233;tait relativement ouverte &#224; n'importe qui car exempt de pratiques &#233;sot&#233;riques et totalement obscures. Par contre une absence de f&#233;d&#233;ration de tous ces mini groupes engendre l'impossibilit&#233; d'une volont&#233; bien d&#233;finie de l'okup' : pas moyen de savoir de quel matos et ressources on dispose, de faire des r&#233;u' d'information et de conseils en cas de &#171; capture &#187; ou m&#234;me d' &#171; attaque &#187; de savoir ce que touTEs veulent faire et pas faire au parc...etc. Pour r&#233;sumer l'ambiance g&#233;n&#233;rale n'&#233;tait pas particuli&#232;rement accueillante (ce qui n'est pas son but d'ailleurs) mais arborait une grande tol&#233;rance quant aux nouvelles/aux et aux autres modes de fonctionnement et autres motivations/politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi apr&#232;s quelques jours j'ai quelque peu abandonn&#233; mon campement initial au sol pour construire ma cabane que j'envisageais comme interm&#233;diaire entre sol et air. Nous avons pris avec un copain l'initiative d'un projet de campement qui r&#233;unissait mon envie de cabane et son envie de lien avec l'ext&#233;rieure. Nous avons beugl&#233; &#224; la ronde que nous organisions la premi&#232;re r&#233;union &#034;fondatrice&#034; de notre projet et nous nous sommes retrouv&#233;s &#224; trois : lui moi et sa guitare. L'id&#233;e -d'abords assez mal vue- &#233;tait de s'&#233;tablir en dehors du futur p&#233;rim&#232;tre de s&#233;curit&#233; pour &#224; la fois capter l'attention des promeneurEs en journ&#233;e pour ensuite les canaliser vers le foyer central de l'okup', ensuite de faire un campement accessible par les sans-bodar et les enfants et enfin d'&#234;tre assez loin des autres ethnies pour en &#234;tre ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arbre &#224; palabre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc tous les trois baptis&#233; notre campement l'arbre &#224; palabre &#224; l'ombre d'un chouette tronc aux branches ramifi&#233;es et accueillantes. On a essay&#233; d'&#234;tre tr&#232;s formaliste ce qui est assez facile &#224; trois surtout quand la troisi&#232;me est une guitare. On a &#233;crit une charte tr&#232;s courte qui engageait &#224; pouvoir la r&#233;voquer, &#224; ne pas fumer de gros blunts ni boire avec, si je me souviens bien une volont&#233; anticapitaliste/libertaire et v&#233;g&#233;tarienne/bio aussi un peu. Pendant cette premi&#232;re r&#233;u' dite pow wow qui se tenait quand le cr&#233;puscule fond sur la plaine nous avons d&#233;cid&#233; de commencer le &#034;chantier&#034; le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au petit jour un pillage spontan&#233; de chantiers nous a fourni le bois n&#233;cessaire, des b&#226;ches ont &#233;t&#233; achet&#233;es et on s'est lanc&#233;. Les quinze premi&#232;res tentatives de cabane se sont syst&#233;matiquement effondr&#233;es sur mes pieds jusqu'&#224; ce que des copains d'autres groupes nous filent un s&#233;rieux coup de main. En deux jours la cabane -si modeste soit elle- fut &#233;difi&#233;e et op&#233;rationnelle. Haute de deux m&#232;tres d'une superficie de quatre m&#232;tres carr&#233;s elle consistait en une simple m&#232;dezanine accol&#233;e &#224; l'arbre. Les gosses pouvaient grimper sans soucis, aucun clou et s&#233;curit&#233; sur toute la surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le campement poss&#233;dait aussi une cantine autonome, un salon de th&#233; et de pol&#233;mique plus un coin enfant histoire qu'ils puissent graffer la cabane et les tables en se gavant de g&#226;teaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Op&#233;ration &#034;palabre&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le campement est pr&#234;t le dimanche, jour de pr&#233;dilection des familles et des habitantEs du quartier. Un grand repas de quartier se tient au milieu des arbres et le rythme des outils au travail r&#233;pond aux pizzicatos des contrebasses. On discute avec plein de chouette genTEs qui passe dans le coin et l'arbre &#224; palabre est noir de gosses. L'op&#233;ration palabre marche comme pr&#233;vu en interpellant les simples passantEs et en accueillant les familles &#224; gaminEs. C'est ce que j'appelle de la communication ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous dormons &#224; l'arbre qui est en dehors du p&#233;rim&#232;tre malgr&#233; de s&#233;rieuses rumeurs d'attaque pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi c'est-&#224;-dire le lendemain tout ce passe bien et l'op&#233;ration palabre continue, m&#234;me succ&#232;s que la veille. Les rumeurs paraissant de plus en plus fond&#233;es moins de personnes dorment &#224; l'arbre et je r&#233;int&#232;gre mon campement initial &#224; l'int&#233;rieur du p&#233;rim&#232;tre. Ce campement est enti&#232;rement au niveau du sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jour J&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des clameurs nous pr&#233;viennent de l'imminence d'une attaque. J'enfile une paire de jeans et de ranjos en abandonnant le matos avec lequel j'ai affront&#233; la nuit. Il doit &#234;tre 5h45 et nous montons tant bien que mal au filet fix&#233; horizontalement &#224; cinq m&#232;tres du sol. Nous sommes sept personnes, certaines okupent depuis une semaine d'autres dorment &#224; l'ext&#233;rieur en temps normal. Le filet permet &#224; cellez&#233;ceux-qui-ne-montent-pas de ne pas se faire virer pendant la premi&#232;re salve des CRS. On assiste en m&#234;me temps que cellez&#233;ceux-dans-les-arbres &#224; l'expulsion des personnes au sol parfois brutale et &#224; la destruction syst&#233;matique de toute construction au sol par des bulldopanzers. On se dit qu'on est bien o&#249; on est plut&#244;t que dans l'ar&#232;ne que dressent les ouvriers en un temps record avec des t&#244;les de deux m&#232;tres de haut solidement boulonn&#233;es sur des poutres verticales elles-m&#234;mes boulonn&#233;es &#224; des piquets &#224; deux m&#232;tres d'intervalle fich&#233;s dans le sol par une machine sur rail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Et soudain c'est le drame&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans le filet les plus accessibles aux forces de l'empire. Les CRS jouent &#224; faire la tortue fa&#231;on l&#233;gionnaires en Armorique pendant que quelques gendarmes essayent de nous amadouer avec un humour gaulois. L'un de nous menace de sauter du filet s'ils approchent et une autre crie qu'elle ne veut pas qu'ils nous fassent tomber. Ils nous rassurent et coupent un c&#244;t&#233; du filet et on se casse la gueule. Leur id&#233;e &#233;tait d'attacher leurs cordes &#224; une extr&#233;mit&#233; du filet, de couper celles d'origine et de descendre doucement le filet et rel&#226;chant petit &#224; petit leurs cordes. Sauf qu'ils s'y prennent comme des pieds et que donc un c&#244;t&#233; du filet l&#226;che et nous projette de l'horizontal &#224; la verticale d'un coup. Un copain tombe de cinq m&#232;tres sur le dos et est tra&#238;n&#233; sans m&#233;nagement. Trois autres descendent du filet puisqu'ils sont trop bas et qu'ils sont agripp&#233;s aux chevilles par les starshipstroppers, les trois derniers sont assez hauts sur le filet pour grimper dans l'arbre ou le filet est rest&#233; accroch&#233;. Il fait tr&#232;s froid, l'un descend et part sans probl&#232;me, le second tente de descendre pour grimper dans un autre arbre et foire et le troisi&#232;me reste environ douze heures debout sur une branche avant de descendre &#233;puis&#233; apr&#232;s un enregistrement d'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un occupant du sol&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VOIL&#192; DONC LE R&#201;CIT DE TROIS JOURS D'EXPULSION PAR DEUX OCCUPANT-ES D'UN BOSQUET D'ARBRES DU PARC PAUL MISTRAL DE GRENOBLE.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, merci &#224; Suzanne et tous nos ami-es au sol, qui ont permis par leur pr&#233;sence massive &#224; ce que notre exp&#233;rience ne se finisse pas dans l'anonymat et &#224; la merci d'une r&#233;pression plus f&#233;roce. Cette foule enthousiaste a ramass&#233; dans la gueule tout ce que la hauteur nous a &#233;pargn&#233; : lacrymos, coups de matraques, et cohabitation forc&#233;e avec des individus peu recommandables que l'on nomme CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre part, on a eu droit &#224; tous les cot&#233;s positifs de la lutte : l'exp&#233;rience en elle-m&#234;me, passionnante &#224; vivre et enrichissante personnellement, la solidarit&#233; entre nous et avec celles et ceux de dehors et, bien sur, &#234;tre des rock stars ultra m&#233;diatis&#233;es pendant quelques jours...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons exp&#233;riment&#233; dans la joie de nouveaux modes de vie : comment dormir &#224; 10 dans 8 m&#232;tres carr&#233;s, comment faire caca et pipi &#224; 10 dans le m&#234;me espace, comment survivre avec deux bo&#238;tes de cassoulet quand on est v&#233;getarien-es, combien de slogans et chanson d&#233;biles peut-on trouver quand on reste 3 jours sur un arbre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour enlever tout de suite du cr&#233;dit &#224; l'image de militants hypers organis&#233;s que nous aurions pu &#234;tre, pr&#233;cisons d'abord que l'un de nos soucis principaux pendant ces trois jours a &#233;t&#233; le manque de nourriture. Comme nous ne nous attendions pas (dans notre bosquet &#171; optimiste &#187; en particulier) &#224; ce que l'Etat soit aussi mauvais et mette plus de trois jours &#224; nous expulser, nous n'avions pas pr&#233;vu de provisions nous permettant de supporter un si&#232;ge de longue dur&#233;e. Ce qui, quand on se pr&#233;pare a une expulsion de cette sorte est loin d'&#234;tre malin (nous avions tout de m&#234;me pens&#233; &#224; l'eau que nous avions en grande quantit&#233;, pour une quinzaine de jours au moins).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mardi avant l'aube&lt;/strong&gt; quand les CRS envahissent sauvagement le campement, nous sommes 20 personnes &#224; dormir dans nos cabanes &#224; 12 m&#232;tres du sol, bient&#244;t rejoint-es par 3 naufrag&#233;-es fuyants les flics. Nous occupons trois cabanes install&#233;es dans trois arbres reli&#233;s par des ponts de singes. Une trentaine d'autres personnes occupent les 14 cabanes restantes du campement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; r&#233;veill&#233;-es et pr&#233;venu-es de l'arriv&#233;e des flics par des guetteureuses, nous assistons un peu inquiet-&#232;tes &#224; leur entr&#233;e en sc&#232;ne fracassante : tr&#232;s vite, on a senti que les CRS ne se sentaient plus. Ils commencent par d&#233;loger brutalement les occupant-es au sol en d&#233;vastant litt&#233;ralement les tentes sous les arbres. Vue d'en haut cette sc&#232;ne est m&#233;morable : c'est tout de m&#234;me assez frappant de voir ces soi disant gardiens de notre soi disant d&#233;mocratie se comporter comme des mercenaires en pleine d&#233;truisant avec un plaisir manifeste a coup de pieds et de matraques des cabanes qui furent construites avec tant d'all&#233;gresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Crs s'attaquent ensuite &#224; un filet tendu &#224; 5m de hauteur ou se trouvent 6 personnes. Avec leur d&#233;licatesse l&#233;gendaire et malgr&#233; nos cris, ils coupent tout simplement les cordes du filet, et c'est un miracle que seule une personne soit tomb&#233;e et qu'elle s'en soit sortie sans blessure. Un garcon r&#233;ussit n&#233;anmoins a rester sur l'arbre. Il y restera toute la journ&#233;e, dans une position inconfortable et sans nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, un des personnages centraux de l'expulsion entre en sc&#232;ne : le paysagiste, c'est le nom qu'on donne au b&#251;cheron dans notre soci&#233;t&#233; hypocrite. Pendant ces trois jours en voil&#224; un qui a montr&#233; plus de z&#232;le qu'aucun flic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a d'abord tent&#233; de tron&#231;onner un arbre ou se trouvait une femme. Heureusement elle a r&#233;sist&#233; avec vaillance &#224; cette pression ridicule et ce sont les flics qui ont du le retenir. L'occupante de l'arbre restera elle aussi toute la journ&#233;e, seule sur une branche avec quasiment rien &#224; manger. Elle r&#233;ussira dans un moment ou plus personne ne s'occupe d'elle &#224; rejoindre d'autres occupants dans une cabane voisine, traversant le parc au nez et &#224; la barbe des CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysagiste viril s'est ensuite tourn&#233; vers une autre cible, et de taille : la cabane de l'infokiosk, chalet &#171; Do it yourself &#187; sur deux &#233;tages, temple de la subversion, ou se trouvaient toutes les brochures maudites qui colportaient d'odieux messages : prends ta vie en main, r&#233;siste, prouve que tu existes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont ce type s'est attaqu&#233; &#224; cette cabane r&#233;sume toute la stupidit&#233; de ce personnage &#224; la solde de l'autorit&#233;. Sans m&#234;me regarder a l'int&#233;rieur, il a commenc&#233; par tron&#231;onner l'&#233;chelle de meunier qui permettait de monter a l'infokiosque. Mais il a bien &#233;t&#233; emb&#234;t&#233; ensuite quand il s'est aper&#231;u que la cabane &#233;tait accroch&#233;e a l'int&#233;rieur et qu'il a du utiliser une nacelle pour y monter. En plus, l'infokiosque qui se trouvait au sol &#233;tait situ&#233; sous une de nos trois cabanes. Une des branches de l'arbre traversait la cabane. Malgr&#233; nos cris, ils ont d&#233;cid&#233; de tirer la cabane avec un tracteur, risquant d'entra&#238;ner tout l'arbre ainsi que les occupant-es de cet arbre. Finalement par une nouvelle chance inou&#239;e il n'y a pas eu de d&#233;g&#226;t, et l'arbre a r&#233;sist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'arriv&#233;e des cam&#233;ras et de plus en plus de gens en bas, les choses se sont un peu calm&#233;es pour nous, le b&#251;cheron et ses amis CRS &#233;tant un peu moins excit&#233;s envers nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par contre, les flics &#233;rigent des barri&#232;res tout autour du campement,&lt;/strong&gt; nous laissant isol&#233;-es dans un p&#233;rim&#232;tre de s&#233;curit&#233;. Nous ne pouvons plus communiquer avec les gens d'en bas qu'avec des porte-voix improvis&#233;s gr&#226;ce &#224; des c&#244;nes de chantiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;-haut nous avons une vision lointaine de se qui se passe ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses paraissent d&#233;mesur&#233;es, une cinquantaine de personnes accroch&#233;es &#224; quelques arbres assi&#233;g&#233;es par une centaine de flics et cette immense barri&#232;re ridicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambiance semble de plus en plus tendue. On entend des cris, des altercations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'en haut nous observons le comportement des troupeaux de crs, qui ressemblent a s'y m&#233;prendre a ceux des moutons, se tenant par l'&#233;paule, courant au hasard par groupe de cinq. A ce moment la, on a le sentiment qu'ils sont d&#233;bord&#233;s. Les gens en bas commencent a s'attaquer &#224; la barri&#232;res en tapant dessus. On la voit s'ouvrir a plusieurs endroits. Pour nous c'est un grand moment de stress et d'euphorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;meute va-t-elle enflammer grenoble ?&lt;/strong&gt; Mais non, les choses se calment plus ou moins &#224; grand renfort de coups de matraques et de gaz lacrymog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On apprendra plus tard que les CRS avaient &#224; un moment charg&#233; environ 600 personnes &#224; travers le parc, gazant des mamies et des enfants (alors m&#234;me que nous sommes au pied du Vercors, haut lieu de la r&#233;sistance !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arbres qui peuvent &#234;tre coup&#233;x le sont, et les gros camions d&#233;filent sous nos arbres et s'embourbent. En quelques heures le parc est transform&#233; en grand chantier boueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit approche et on se demande s'ils vont arriv&#233;r &#224; nous d&#233;loger aujourd'hui. A chaque passage de la nacelle, ou relais entre les r&#233;giments de CRS et gardes mobiles, on se dit que c'est pour nous. Mais en fait ils sont maintenant flipp&#233;s sous la pression publique et ne savent plus du tout comment faire pour nous d&#233;loger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bande de beaux gars muscl&#233;s finit par arriver en voitures avec escorte, inspecte chaque arbre et fait des plans. C'est les troupes d'&#233;lites (GIPN ou PGHN ???), ils jouent les sympas. Les rumeurs disent qu'ils ne veulent finalement pas intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous la question de la nourriture commence &#224; se poser, et on se partage une boite de cassoulet froid. Nous sommes assez content-es que &#231;a dure. On d&#233;cide de se relayer pour la nuit, deux personnes surveillant en continue que les choses ne se pr&#233;cipitent pas. Mais la nuit se passe. Divers cris et hurlements nous rappellent qu'un bon groupe de personne veille au sol pr&#232;s de l'orme et que la police n'est pas totalement inactive. Les bruits des percussions des gens en bas nous r&#233;chauffent le coeur pendant une partie de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une ambiance nazi-hollywoodienne, on voit des troupes de gens arm&#233;s aux boucliers luisants faire des rondes dans le parc sous les sunlights des projecteurs install&#233;s pour la surveillance nocturne de la barri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept des siestes collectives entass&#233;es les unes sur les autres nous permet de lutter efficacement contre le froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, nous sommes r&#233;veill&#233;es &#224; 6 heures par de nouvelles &#233;chauffour&#233;es entre les manifestant-es au sol et des CRS. On entrevoit quelques individu-es masqu&#233;es s'interposer face aux CRS. C'est beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques fum&#233;es irritantes remontent jusqu'&#224; nos cabanes. Les flics d&#233;truisent le nouveau camp de base &#233;tablis par les gens. Des habitu&#233;-e-s du parc font leur footing et se mettent &#224; pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ensuite commence une longue journ&#233;e d'attente et d'excitation pendant laquelle la pr&#233;fecture s'essaye &#224; n&#233;gocier&lt;/strong&gt; notre redescente en nous envoyant ses sbires en costard, ces messieurs dames des renseignements g&#233;n&#233;raux. Nous connaissions d&#233;j&#224; la perfidie de ces professionnels de la d&#233;lation et nous n'avions pas l'intention d'accorder le moindre cr&#233;dit &#224; leur discours de discorde. N&#233;anmoins isol&#233;s des autres cabanes, et sachant leur capacit&#233; &#224; manipuler et embrouiller les esprits, nous n'&#233;tions pas surs que tout le monde r&#233;agirait comme nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les RG proposaient un march&#233; : qu'on descende, et peut &#234;tre que la pr&#233;fecture ferait passer un moratoire prot&#233;geant les arbres pendant 3 mois. Bien sur, nous serions rel&#226;ch&#233;s sans aucune poursuite, a condition de sortir maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vue du parc d&#233;j&#224; d&#233;vast&#233; et des 15 arbres isol&#233;s au milieu du chantier suffisaient &#224; nous faire rire devant cette proposition. Par contre plusieurs personnes &#171; infiltr&#233;es &#187; comme &#034;m&#233;diateurs-trices&#034; ont r&#233;ussi a nous faire passer de la nourriture (et du chocolat !) et un portable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, personne n'a &#233;t&#233; dupe de la tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de la pr&#233;fecture pour nous faire descendre, malgr&#233; les menaces finales &#034;si vous restez, on ne pourra pas tenir les CRS, ils vous gazeront s&#251;rement... etc&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dizaine de personnes ont d&#233;cid&#233; de descendre pour des raisons personnelles, mais nous restions encore une quarantaine perch&#233;s dans les arbres, dont 19 dans notre bosquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des autres animateurs de cette longue journ&#233;e, fut ce jeune gar&#231;on bien propre sur lui que l'on nomme Olivier Noblecourt et qui tient lieu de chef de cabinet au maire de grenoble. Ce social tra&#238;tre de haut vol, a pu essuyer nos quolibets &#224; chacune de ses entr&#233;es dans le campement. Et plus d'une fois nous avons pu nous r&#233;jouir de le voir se retirer avec pr&#233;cipitation sous les hurlements &#034;olivier, si la gauche a exist&#233; un jour, elle te vomit&#034;. En tout cas, bien que nous ne nous faisons aucune illusion sur sa capacit&#233; de remise en cause personnelle, nous pensons avoir au moins d&#233;clench&#233; un ulc&#232;re ou une pouss&#233; d'urticaire, car m&#234;me les plus m&#233;prisants des notables ont un corps qui r&#233;agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien constant de la population du parc &#233;tait un autre motif d'euphorie pour nous. Les multiples discussions &#233;chang&#233;es gr&#226;ce aux porte-voix avec des inconnus et des amies difficiles &#224; reconna&#238;tre donnait un petit cot&#233; dada&#239;ste a cette situation surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette journ&#233;e c'est finie en beaut&#233; pour nous, par un vrai repas cuit sur un feu de bois improvis&#233; sur une branche &#224; 10m du sol. On reprend des forces avant une nouvelle nuit de veille. Une nuit qui se passe plus calmement que la pr&#233;c&#233;dente, du moins c'est la vision qu'on a de nos arbres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi matin vers 8 heures,&lt;/strong&gt; on voit arriver sur le parking des v&#233;hicules du SAMU. Peu apr&#232;s, les beaux gosses muscl&#233;s du gign ou du pghm, refont leurs apparitions. Et on se dit que &#231;a sent le roussi. Ils inspectent les cabanes et nous disent que c'est sans doute notre derni&#232;re journ&#233;e dans les arbres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, les nacelles se remettent en route et des camions charg&#233;s de gros matelas d&#233;barquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arbre t&#233;l&#233;phonique est lanc&#233; et la foule commence &#224; arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nacelles et les matelas encerclent d'abord un premier arbre. La chine est menac&#233;e. C'est le nom de la premi&#232;re cabane &#224; tomber sous le joug de l'oppresseur l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois jours en &#233;tat de si&#232;ge, nous les avons pass&#233;s dans une ambiance militaire de surveillance constante et bien que le vocabulaire guerrier ne soit pas notre tasse de th&#233; il nous vient &#224; la bouche plus facilement que d'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu les cabanes sont vid&#233;es de leurs occupant-es. L'expulsion se passe relativement calmement. La plupart des occupant-es sont assez vite ramen&#233;-es au sol, alors que d'autres font un peu de r&#233;sistance. Certains montent &#224; la cime de leurs arbres pour &#234;tre plus difficile &#224; attraper. On en voit un qui en circulant sur les ponts de singes arrive a retarder plus d'une demi-heure les expulseurs. Il vient se poser sur la nacelle et remonte ensuite sur ses cordes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement les expulseurs commencent &#224; s'int&#233;resser a nos cabanes. Des matelas sont install&#233;s en bas et on voit s'&#233;lever vers nous une nacelle et trois gar&#231;ons assez muscl&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se d&#233;battent pas mal avec les branches qui les emp&#234;chent de s'approcher facilement. En &#233;tudiant leur fa&#231;on de faire, on se rend vite compte qu'on aurait facilement pu installer plus de choses qui les auraient retard&#233;s assez longtemps. On s'en souviendra pour la prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de nos co-habitant-es des arbres sont intercept&#233;s facilement et redescendus. Les paramilitaires qui s'occupent de nous faire descendre sont tr&#232;s calmes et jouent aux gentils secouristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons au passage que ces &#171; sympathiques gars du gign, dont la ma&#238;trise et le calme &#187; ont &#233;pat&#233; politiciens et journaleux, sont quand m&#234;me des tueurs professionnels, des tueurs l&#233;gaux, certes, mais dont le m&#233;tier consiste &#224; descendre froidement des gens et &#224; ma&#238;triser de multiples fa&#231;ons d'assassiner. Evidement, notre soci&#233;t&#233; a les h&#233;ros qu'elle m&#233;rite, des h&#233;ros fait &#224; son image : r&#233;pressifs et dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas surpris non plus que ce soient nous (les gens dans les arbres ou celles et ceux qui ont r&#233;sist&#233; au sol) que messieurs Migauds et Destot traitent d'extr&#233;mistes ou de fanatiques, nous comprenons des gens qui s'organisent, r&#233;fl&#233;chissent et r&#233;sistent sont plus dangereux pour les politiciens que des assassins a la solde de l'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes r&#233;cup&#233;r&#233;s en bas par deux RG, qui nous escortent jusqu'&#224; le police pour un contr&#244;le d'identit&#233;. L'ambiance est d&#233;j&#224; nettement moins sympathique. Les flics ont l'air assez &#233;nerv&#233;s et crisp&#233;s, m&#234;me si cela semble &#234;tre une habitude chez eux. Ce dur moment passe finalement et nous sommes rel&#226;ch&#233;-es un-e par un-e. La police tente tout de m&#234;me une derni&#232;re petite blague ; celle de n'en garder qu'un, notre meneur &#233;videmment. C'est vraiment ne rien comprendre &#224; nos modes d'organisation que de croire que nous avons besoin de chefs. Apr&#232;s quelques frayeurs, notre ami est aussi rel&#226;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plein de gens nous accueillent &#224; la sortie avec des montagnes de victuailles. Mais en fait ce qui nous r&#233;conforte c'est de pouvoir toucher et parler avec tous ces gens qui pendant trois jours nous ont soutenu jours et nuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste encore un arbre occup&#233; et nous nous joignons &#224; la foule au pied de l'orme pour soutenir les dernier-es habitant-es du parc. Apparemment il semble que les occupant-es de l'orme aient d&#233;cid&#233; de s'attacher pour emp&#234;cher les expulseurs de les descendre facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a marche assez bien puisque les flics mettent assez longtemps a les d&#233;loger mais eux aussi finissent par descendre....&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#201;CIT &#192; CHAUD DE TROIS JOURS D'&#201;TAT DE SI&#200;GE AU PARC MISTRAL &#192; GRENOBLE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 3 novembre 2003, des arbres du parc Mistral de Grenoble &#233;taient occup&#233;s et habit&#233;s afin d'emp&#234;cher la destruction d'une partie du parc. L'expulsion devait venir un jour ou l'autre, et elle se faisait s&#233;rieusement sentir depuis quelques jours (voir les liens cit&#233;s plus bas pour en savoir plus sur l'histoire et les raisons de l'occupation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 8 f&#233;vrier 2004, les occupant-e-s du parc s'attendaient &#224; voir d&#233;bouler les flics encore plus nombreux que le 2 f&#233;vrier (o&#249; ils avaient tabass&#233; quelques personnes et expuls&#233; une cabane, pendant que des arbres commen&#231;aient &#224; &#234;tre tron&#231;onn&#233;s...) &#224; partir de mardi matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, &#224; partir de 6 heures du matin &lt;strong&gt;le 10 f&#233;vrier&lt;/strong&gt;, des dizaines de flics ont envahi le parc en chassant les gens pr&#233;sent-e-s au sol, d&#233;truisant &#224; peu pr&#232;s tout sur leur passage (les installations au sol, tentes et autre mobilier). Plusieurs dizaines de personnes occupaient alors les tentes et cabanes perch&#233;es dans les arbres. Ce sont les seules &#224; n'avoir pas &#233;t&#233; attaqu&#233;es par la police. Et encore... Un filet install&#233; &#224; quatre m&#232;tres de haut entre deux arbres a &#233;t&#233; litt&#233;ralement arrach&#233; par les flics, les quelques personnes qui s'y trouvaient s'y agrippant au dernier moment, sauf une personne qui a fait une chute de quatre m&#232;tres pour &#234;tre ensuite tra&#238;n&#233;e face contre terre par des flics survolt&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le superbe infokiosque install&#233; dans un arbre &#224; trois-quatre m&#232;tres de haut a &#233;t&#233; imm&#233;diatement d&#233;truit &#233;galement. L'offensive polici&#232;re et &#233;tatique ne faisait que commencer et d&#232;s lors, plus d'une centaine de policiers allaient &#234;tre en permanence sur le parc, se relayant nuit et jour pour en finir avec l'occupation du parc Mistral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence polici&#232;re ne suffisant pas pour &#233;loigner d&#233;finitivement les personnes pr&#233;sentes au sol, la r&#233;sistance continuait pour emp&#234;cher la mise en place de cl&#244;tures autour des arbres occup&#233;s. Des dizaines, puis des centaines, plusieurs centaines de personnes, d&#233;passant largement le millier au cours de l'apr&#232;s-midi, ont afflu&#233; ce mardi pour protester contre l'op&#233;ration polici&#232;re et soutenir activement les occupant-e-s des arbres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses altercations ont eu lieu entre policiers et personnes solidaires de l'occupation du parc (que nous appellerons &#034;manifestant-e-s&#034; pour simplifier mais le terme est en l'occurrence insatisfaisant) : en d&#233;but d'apr&#232;s-midi, les palissades install&#233;es dans la matin&#233;e pour d&#233;limiter un p&#233;rim&#232;tre de &#034;s&#233;curit&#233;&#034; avec d'un c&#244;t&#233; les arbres occup&#233;s et de l'autre les dizaines de CRS repoussant les quelques assauts des manifestant-e-s. Ceux-celles-ci ont essay&#233; en vain de briser les palissades hautes d'au moins 2 m&#232;tres, &#224; coups de pied surtout, et &#224; quelques endroits &#224; coups de barri&#232;res en m&#233;tal, r&#233;ussissant parfois &#224; les percer, mais pas assez pour les franchir compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRS n'h&#233;sitent pas &#224; charger et &#224; &#234;tre plus que mena&#231;ants. Quelques pierres volent en leur direction, mais pas trop. Des fumig&#232;nes sont allum&#233;s autour du parc par des manifestant-e-s. On assiste &#224; des sc&#232;nes de mini &#233;meute, auxquelles participent plus ou moins toutes sortes d'individus pr&#233;sents (des personnes &#226;g&#233;es aux coll&#233;gien-ne-s...). Les flics sont oblig&#233;s de garder le parc occup&#233; et ne s'en &#233;loignent pas trop (c'est un peu la &#034;zone rouge&#034; du moment...). La mairie, grandement responsable de la destruction du parc Mistral, est &#224; deux pas, mais elle aussi est sous bonne surveillance polici&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit tombant, les manifestant-e-s se font de moins en moins nombreux-euses, contrairement aux flics. L'ambiance commence &#224; refroidir un peu mais le campement ext&#233;rieur est bien install&#233;, tout pr&#232;s des palissades, la solidarit&#233; avec les occupant-e-s des arbres se fait sentir tout au long de la nuit, avec musique et feux de camp. Les occupant-e-s du parc ne seront jamais seul-e-s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 11 f&#233;vrier&lt;/strong&gt;, tr&#232;s t&#244;t le matin, le campement ext&#233;rieur est attaqu&#233; par la police, &#224; coups de matraque et de lacrymog&#232;nes. Apr&#232;s un repli imm&#233;diat, les manifestant-e-s ne tardent pas &#224; se r&#233;installer, pour finalement &#234;tre red&#233;plac&#233;-e-s par un nombre cons&#233;quent de flics municipaux, peu avant midi, lorsque cet endroit &#233;tait relativement d&#233;laiss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s midi, nous apprenons que quelques occupant-e-s des arbres en sont sorti-e-s, pour diff&#233;rentes raisons personnelles, mais que la plupart (une bonne trentaine) sont toujours l&#224; haut. Aucune arrestation n'a lieu lors des sorties de ces premi&#232;res personnes. Des n&#233;gociations sont lanc&#233;es par la police, mais n'aboutissent &#224; rien. La trentaine d'occupant-e-s des arbres d&#233;cident de rester jusqu'au bout malgr&#233; le manque de nourriture et le refus cat&#233;gorique de la police de leur laisser parvenir ce que de nombreuses personnes leur apportent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 14h30, une dizaine de fumig&#232;nes sont allum&#233;s sur la route et sur la voie de tram &#224; un carrefour tr&#232;s passant en bordure du parc Mistral (c&#244;t&#233; Nef Chavant / Biblioth&#232;que municipale). La pr&#233;sence de manifestant-e-s en cet apr&#232;s-midi est moins importante que la veille, l'ambiance est moins chaude mais l'occupation continue. Des rumeurs circulent quant &#224; une &#233;ventuelle intervention du GIPN ou du GIGN dans l'apr&#232;s-midi. Cette intervention de forces sp&#233;ciales n'aura jamais lieu. Les occupant-e-s des arbres et les manifestant-e-s se parlent, &#231;a rappelle fortement les parloirs sauvages dans les prisons. La pr&#233;sence polici&#232;re est toujours aussi permanente, les changements d'&#233;quipes sont tr&#232;s r&#233;guliers (toutes les deux ou trois heures). A l'int&#233;rieur, les nacelles installent des projecteurs mais ne s'attaquent pas aux arbres. Tout cela ressemble juste de plus en plus &#224; un camp de d&#233;tention/r&#233;tention... Il continue d'y avoir du monde autour du p&#233;rim&#232;tre de s&#233;curit&#233;, de fa&#231;on constante, le long de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au petit matin du &lt;strong&gt;jeudi 12 f&#233;vrier&lt;/strong&gt;, l'alerte est d&#233;clench&#233;e et de nombreuses personnes affluent aux abords des palissades : trois nacelles passent &#224; l'attaque des arbres occup&#233;s. L'intervention n'est pas le fait du GIPN ou du GIGN mais d'un corps de gendarmerie sp&#233;cialis&#233; en haute montagne (dont les initiales seraient le PSGHM...). Ils doivent d&#233;loger une trentaine de personnes dans des cabanes ou des tentes plac&#233;es parfois &#224; plus de vingt m&#232;tres de haut. Certain-e-s des occupant-e-s ont m&#234;me quitt&#233; ces cabanes et tentes pour grimper encore plus haut dans les arbres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez vite, quelques centaines de personnes entourent le parc, mais la police est encore plus nombreuse que mardi et mercredi. Les manifestant-e-s conversent avec les occupant-e-s, gr&#226;ce &#224; des plots de r&#233;cup'. La solidarit&#233; fait chaud au coeur, m&#234;me si bien s&#251;r, elle ne suffira pas &#224; emp&#234;cher la r&#233;pression polici&#232;re. Des slogans sont scand&#233;s de part et d'autres, dont, parmi les plus repris : &#034;Ni Etat ni b&#251;cherons, Autogestion !&#034;, &#034;Ni Destot ni Carignon*, Autogestion !&#034; (le terme &#034;Autogestion&#034; &#233;tant quelquefois remplac&#233; par &#034;R&#233;volution&#034;) et &#034;R&#233;sistance, Existence&#034;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil de la matin&#233;e, quelques personnalit&#233;s n'ont pas eu honte de se pointer en pleine expulsion des occupant-e-s du parc. Parmi ces individus peu fr&#233;quentables, le vice-pr&#233;sident de la M&#233;tro (communaut&#233; d'agglom&#233;ration Grenoble Alpes M&#233;tropole, hautement responsable du projet de grand stade / destruction du parc Mistral, voir &lt;a href=&#034;http://www.la-metro.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.la-metro.org&lt;/a&gt;) s'est point&#233; et s'est fait tr&#232;s vite alpagu&#233; par une femme qui l'a reconnu et insult&#233; copieusement. Suivie par d'autres manifestant-e-s le huant et lui proposant vivement de se casser, celui-ci est parti vite fait. Ce que n'eut pas la d&#233;cence de faire tout de suite Alain Pilaud, d&#233;l&#233;gu&#233; aux sports &#224; la mairie de Grenoble. Celui-ci s'est fait insulter dans un premier temps, puis une course-poursuite s'est engag&#233;e car des manifestant-e-s voulaient le remercier pour ses projets... Il s'est r&#233;fugi&#233; avec ses associ&#233;s, au pas de course (sportif, le bonhomme...), jusque dans la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, un certain D'Enquin, membre du cabinet du maire, se serait fait taper dessus par des personnes ulc&#233;r&#233;es par les &#233;v&#233;nements r&#233;cents (devant les cam&#233;ras qui plus est... info &#224; confirmer cependant). Un peu plus t&#244;t, une personne a &#233;t&#233; oblig&#233;e de faire recours &#224; la protection de plus d'une douzaine de CRS pour quitter le parc Mistral, face au m&#233;contentement des manifestant-e-s (impossible de savoir qui &#233;tait vraiment cette personne, un chef des flics ou un &#233;lu ? en tout cas il en a pris pour son grade puisque de nombreux CRS ont alors du d&#233;laisser les palissades un court moment pour prot&#233;ger ce monsieur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ces quelques altercations peu douloureuses, signalons que les violences polici&#232;res ont &#233;maill&#233; ces trois jours d'&#233;tat de si&#232;ge de fa&#231;on relativement constante, avec de nombreux coups de matraque au corps et quelques arcades sourcili&#232;res explos&#233;es... Et ce jeudi, trois jeunes se sont fait d&#233;molir par des travailleurs (des vigiles ?) du chantier du stade et sont actuellement &#224; l'h&#244;pital !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les illusions perdues envers la d&#233;mocratie et nos bons politiciens se sont faites plus que ressentir. Pourtant, le manque d'organisation des manifestant-e-s hors du p&#233;rim&#232;tre de s&#233;curit&#233; s'est &#233;galement fait cruellement ressentir. Beaucoup se sentaient d&#233;sempar&#233;-e-s face &#224; la machine polici&#232;re et &#233;tatique et nous avons de bonnes raisons de l'&#234;tre mais aussi de d&#233;passer cet &#233;tat de fait. Multiplions les exp&#233;riences autonomes d'auto-organisation, les exp&#233;rimentations de fonctionnement autog&#233;r&#233;, sans chef ni suiveur-e-s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu avant 14h, les occupant-e-s des arbres ont fini par &#234;tre tou-te-s expuls&#233;-e-s, sans aucune mise en d&#233;tention/garde-&#224;-vue parmi eux-elles, apr&#232;s avoir toutefois subi un contr&#244;le d'identit&#233; et &#233;t&#233; photographi&#233;-e-s par la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re &#233;tait encore tr&#232;s pr&#233;sente sur le parc, et un slogan prenait le relais : &#034;Le stade n'est pas construit, la lutte n'est pas finie !&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A bon-ne entendeur-euse...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grenoble, le 12 f&#233;vrier &#224; 17h30, un simple anarchiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : D&#233;sol&#233; pour le c&#244;t&#233; tr&#232;s factuel de ce texte, mais les mass m&#233;dias (du Dauphin&#233; Lib&#233;r&#233; &#224; TF1 en passant par France 3 &#233;dition r&#233;gionale et tous les m&#233;dias commerciaux) ont d&#233;vers&#233; des tonnes de mensonges sur l'occupation du parc et en particulier ces derniers jours. De plus, on a pu lire quelques approximations dommageables sur Indymedia-Paris quant &#224; cette fameuse intervention du GIGN (ou GIPN), ce serait pas mal que les m&#233;dias ind&#233;pendants r&#233;ussissent &#224; sortir du &#034;sensationnel&#034;, mais il s'agit l&#224; d'un autre d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;i&gt;Michel Destot est l'actuel maire PS de la ville de Grenoble, Alain Carignon a &#233;t&#233; maire RPR de Grenoble il y a quelques ann&#233;es et est probablement le futur candidat de la droite aux prochaines &#233;lections r&#233;gionales. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objet&lt;/strong&gt; rapport du parc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De&lt;/strong&gt; Richeboule&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Date&lt;/strong&gt; Mer 11 F&#233;vrier 2004 08:23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richboule au rapport, les yeux piquants et mort de fatigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier mardi, nous avons subi les charges des forces de l'ordre (quel ordre, d'ailleurs ?) et j'ai vu devant moi Suzanne, 84 ans, tra&#238;n&#233;e comme un sac d'excr&#233;ment sur une dizaine de m&#232;tres. J'ai vu des enfants pleurer de lacrymos, des dames de la cinquantaine se faire bastonner et le parc Mistral sous juridiction Destot (maire Parti qui n'a de Socialiste que la rose) coup&#233; par une palissade qui lui donne un teint de Palestine. Les charges injustifi&#233;es, les CRS provocateurs mais d&#233;sordonn&#233;s au possible, rapidement : on a fait 3 trous dans le mur en faisant b&#233;lier dessus / on a fait faire de l'exercice aux CRS bedonnants / on a ravitaill&#233; plus ou moins facilement les copains-copines dans les branches (ils sont environ 30 encore l&#224;-haut) / il y a eu qq annonces en ville / on a hu&#233; les RG rep&#233;r&#233;s dans la foule (dt le grand connard avec son chapeau Stetson) / on a houspill&#233; M. Jean-Christophe Sarrazin, r&#233;dacteur des articles r&#233;actionnaires suintant la colique des jours tristes dans le Dauphin&#233; Lib&#233;r&#233;, &#233;lu organe de presse le plus r&#233;trograde de la zone..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;bref, je suis cuit faut que je dorme, continuons la lutte, pas pour le parc, mais pour la conscience politique alternative qui na&#238;t chez les milliers de gens qui passent constater les affres de l'&#233;tat policier que les urnes nous ont d&#233;cern&#233;. On peut se balader de loin sans risque et prendre des photos ou filmer sans aucun danger, m&#234;me avec des m&#244;mes). Mais si on veut forcir l'existence, si vous vous fa&#238;tes embarquer par les bleus, ne d&#233;clarez que votre nom, adresse et source de revenu, rien d'autre ; emportez pour le parc du liquide physio pour les yeux, du citron ou du vinaigre pour les &#233;charpes, un m&#233;lange eau-talc (recette du Richboule) pour la face, &#231;a absorbe les lacrymos, une pi&#232;ce d'identit&#233; et 5 euros en poche (ils vous commettent d'office un casse dalle inf&#226;me &#224; 3 euros au commissariat). L'objectif n'&#233;tant bien s&#251;r de ne pas se faire ramasser, de ne pas attiser la violence, mais de d&#233;fendre nos droits &#233;l&#233;mentaires et nous r&#233;approprier ce monde d&#233;liquescent. Les lieux publics nous appartiennent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais me coucher peut &#234;tre que le lendemain sera chantant...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;UNE PETITE ANALYSE DES COMMUNIQU&#201;S DES AUTORIT&#201;S GRENOBLOISES PENDANT L'OCCUPATION DU PARC MISTRAL&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#233;dias et autorit&#233;s politiques font bon m&#233;nage, et notamment lors de conflits sociaux. Les autorit&#233;s ont les moyens de salarier des professionnel-le-s de la communication, qui savent adapter leurs discours aux exigences spectaculaires des m&#233;dias. Et les m&#233;dias, eux, r&#233;pondent pr&#233;sent, puisqu'ils reproduisent souvent de longs extraits de ces discours, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des articles, offrant ainsi une vaste tribune aux dirigeant-e-s, positivement connot&#233;e par cette vaste fumisterie qu'est l'objectivit&#233; journalistique. A c&#244;t&#233;, les paroles des contestataires, souvent recueillies sur le vif, sont retranscrites dans un style oral, en phrases courtes voire en simples slogans, ce qui leur conf&#232;re beaucoup moins de cr&#233;dibilit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit essaie de faire l'inventaire des arguments et des proc&#233;d&#233;s rh&#233;toriques utilis&#233;s dans les m&#233;dias par les autorit&#233;s dans une situation de ce genre. En l'occurrence, le contexte est celui de l'occupation du parc Mistral, &#224; Grenoble l'hiver 2003-2004, en opposition &#224; un projet de stade qui doit y &#234;tre construit. Nous avons tent&#233; de d&#233;cortiquer bri&#232;vement les communiqu&#233;s et les propos de MD, maire de Grenoble, et de DM, pr&#233;sident de la communaut&#233; de communes (Metro), parus dans le journal local, le DL. Le but n'est pas d'&#233;tudier l'ensemble de la propagande des autorit&#233;s, qui utilisa aussi d'autres supports (plaquettes distribu&#233;es dans les bo&#238;te aux lettres, affiches publicitaires...), ni de recenser la totalit&#233; des m&#233;thodes d'influence de l'opinion publique par le DL, qui prirent &#233;galement d'autres formes (iconographiques, stylistiques, etc. etc.).Le texte se restreint &#224; l'observation de la rencontre et de l'alliance entre la communication politique officielle et la communication m&#233;diatique, qui &#224; plusieurs &#233;gards utilisent des techniques tr&#232;s proches. Il est d&#233;coup&#233; suivant les diff&#233;rents arguments et th&#232;mes avanc&#233;s par les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;EXTR&#233;MISTES,&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fanatiques, int&#233;gristes, jusqu'au-boutistes, radicaux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#034;Ceux qui jouent avec le feu, poussent un certain nombre de personnes &#224; l'int&#233;grisme et au fanatisme, et je pense que ce n'est pas souhaitable dans une d&#233;mocratie&#034; DM 7/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous regrettons le caract&#232;re radical de la r&#233;ponse n&#233;gative qui nous a &#233;t&#233; apport&#233;e (exigence d'arr&#234;t total du chantier), qui t&#233;moigne d'une forme de jusqu'au-boutisme assez inqui&#233;tante&#034; DM, MD, 12/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Extr&#233;miste&#034; a toujours &#233;t&#233; un mot-magique, pratique pour discr&#233;diter les opposant-e-s ou les marginaux/ales de tout poil. Le principe du mot-magique, c'est qu'il a une connotation tr&#232;s forte et tr&#232;s consensuelle : il suffit de le placer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quelque part dans un discours pour provoquer le sentiment esp&#233;r&#233; (adh&#233;sion, r&#233;probation...) chez le public. Tr&#232;s utilis&#233; en communication et dans les m&#233;dias, il permet d'&#234;tre &#233;conomique, rapide et &#034;efficace&#034; dans l'argumentation ; en r&#233;alit&#233; il court-circuite l'argumentation. En traitant certaines personnes d'extr&#233;mistes, DM et MD ne prennent pas le temps d'expliquer les raisons de leur d&#233;saccord, ils se contentent d'invalider les propos de leurs adversaires, par un qualificatif commode et sans appel. On n'est plus sur le terrain du d&#233;bat, ce qui n'est pas tr&#232;s &#233;tonnant dans les m&#233;dias, ni dans un communiqu&#233; de presse, dont le but est de correspondre aux logiques des m&#233;dias, pour &#234;tre s&#251;r d'y &#234;tre reproduit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Extr&#233;miste&#034;, &#034;extr&#233;miste&#034;... Mais par rapport &#224; qui, &#224; quoi ? O&#249; d&#233;finit-on le point d'&#233;quilibre &#224; partir duquel certain-e-s seront &#034;mod&#233;r&#233;-e-s&#034; et d'autres &#034;extr&#233;mistes&#034; ? Qui le d&#233;finit, avec quel syst&#232;me de valeurs ? D'apr&#232;s mon &#233;chelle de valeurs, DM et MD, et peut-&#234;tre m&#234;me cette fameuse &#034;majorit&#233;&#034; des fran&#231;ais-es, sont extr&#233;mistes. Une soci&#233;t&#233; qui file &#224; toute vitesse vers la croissance &#233;conomique (rebaptis&#233;e &#034;d&#233;veloppement durable&#034;), la rentabilit&#233;, une culture du spectacle et de la consommation, est pour moi une soci&#233;t&#233; extr&#233;miste, qui court &#224; sa perte, d&#233;truit la plan&#232;te et g&#233;n&#233;ralise la mis&#232;re, qu'elle soit mat&#233;rielle, sentimentale ou existentielle. De quel droit mon acception des extr&#234;mes serait moins valable que celle de DM et MD ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a pour dire qu'apr&#232;s tout, l'argument des extr&#234;mes n'est pas un argument, qu'il ne sert &#224; rien, pas m&#234;me, &#224; mon avis, dans les discours dits &#034;de gauche&#034;. Il fait trop facilement l'&#233;conomie d'un d&#233;bat plus profond, sur les choix de valeurs et de soci&#233;t&#233; qui nous animent. Il pr&#233;suppose l'existence pour tou-te-s d'un avis conforme et g&#233;n&#233;ralis&#233; (l'envers des extr&#234;mes), une &#034;opinion publique&#034;, un consensus mou, qui peut me faire aussi peur que les &#034;extr&#234;mes&#034; dont on me parle. Quand je trouve certaines positions graves, je pr&#233;f&#232;re expliquer directement pourquoi, plut&#244;t que d'en passer par un adjectif trop court et trop confortable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux termes &#034;int&#233;gristes&#034;, &#034;fanatiques&#034;, &#034;jusqu'au boutistes&#034;, ils laissent &#224; penser que les personnes vis&#233;es sont aveugl&#233;es par un dogme qu'elles reproduisent m&#233;caniquement, sans r&#233;fl&#233;chir. D'autres mots-magiques qui permettent toutes sortes d'amalgames, et qui &#233;pargnent l'effort d'aller entendre et comprendre les raisons des opposant-e-s. Comment se fait-il que des gens tiennent tant &#224; certains id&#233;aux, d&#233;pensent tant d'&#233;nergie et posent tant d'actes pour les d&#233;fendre ? C'est qu'ils doivent &#234;tre fanatiques. Mais la &#034;justice&#034;, elle, qui dispose de moyens d&#233;mesur&#233;s, qui n'h&#233;site pas &#224; frapper, r&#233;primer, enfermer, non, elle n'est pas fanatique, elle est neutre, c'est &#231;a ? Encore une fois, remettons en question ce genre de termes et essayons de voir &#224; partir de quelle &#233;chelle de valeurs on les formule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VIOLENT-E-S&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;le climat de violence qui a &#233;t&#233; entretenu&#034; DM, 13/02&#034;Un certain nombre de limites ont &#233;t&#233; franchies, et pas de notre fait&#034; DM, 13/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, faisons le point. Une longue lutte d'une association de riverain-e-s, puis une lutte quotidienne de plusieurs dizaines de personnes durant trois mois, qui occupent les arbres et qui rencontrent un large soutien dans la population, n'est pas entendue ni n'obtient la moindre once de modification dans le projet initial des dirigeant-e-s. Un matin &#224; six heures, un d&#233;ploiement massif d'hommes casqu&#233;s et arm&#233;s fait place nette autour des arbres occup&#233;s. Des barri&#232;res sont install&#233;es et solidement gard&#233;es, elles marquent une fronti&#232;re infranchissable entre la population et les occupant-e-s des arbres. Au moindre pr&#233;texte, les forces de la r&#233;pression matraquent toutes les personnes qui ont le malheur d'&#234;tre en premi&#232;re ligne, plusieurs sont bless&#233;es. Des gaz lacrymog&#232;nes sont l&#226;ch&#233;s &#224; plusieurs reprises, sans manquer de toucher de simples badauds. Qui entretient le &#034;climat de violence&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de remettre en cause l'image de &#034;provocateurs&#034; que les dirigeant-e-s aiment &#224; donner de certain-e-s manifestant-e-s pour justifier la r&#233;pression. Dans le discours dominant, la police est neutre et elle r&#233;pond machinalement, &#034;parce qu'il le faut&#034; (&#034;elle fait son travail&#034;), aux provocations de certain-e-s excit&#233;-e-s : les choses ne sont pas aussi simples. Les gens qui sont all&#233;s au parc Mistral durant les trois jours d'expulsion l'auront vu de leurs propres yeux : si les CRS entretiennent une image effectivement froide et robotique, ils ne se g&#234;nent pas, &#224; divers moments, pour jouer de leur r&#244;le et de leur toute-puissance, titiller les manifestant-e-s, vocif&#233;rer, insulter, faire ostensiblement du d&#233;lit de faci&#232;s. Leur seuil d'appr&#233;ciation de la &#034;provocation&#034;, qui entra&#238;nera leur r&#233;ponse muscl&#233;e, peut varier et peut &#234;tre tr&#232;s bas aux moments voulus. Et surtout, on ne r&#233;alise pas assez combien l'ordre des choses, &#224; la base, peut &#234;tre une v&#233;ritable provocation, bien plus violente que les acc&#232;s d'&#233;motion qu'elle peut susciter chez les manifestant-e-s, parfois nombreux/ses mais bien d&#233;muni-e-s face aux forces organis&#233;es et &#233;quip&#233;es de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;FENDRE LA POLICE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Si la police est intervenue, c'est parce que des infractions ont &#233;t&#233; commises&#034; DM, 7/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Nous avons demand&#233; au Pr&#233;fet de l'Is&#232;re d'assurer la s&#233;curisation de l'espace de chantier pour permettre aux entreprises de reprendre le travail pour lequel elles ont &#233;t&#233; mandat&#233;es.&#034; DM, MD, 11/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s utilisent divers proc&#233;d&#233;s de communication pour faire passer la pilule de leur usage de la &#034;violence l&#233;gitime&#034;. Elles commencent bien s&#251;r, comme on l'a vu, par rejeter sur les manifestant-e-s l'enti&#232;re responsabilit&#233; des actes de r&#233;pression. Elles d&#233;crivent par ailleurs les op&#233;rations de police avec force euph&#233;mismes : on &#034;s&#233;curise&#034; l'espace de chantier &#8212; tandis qu'on l'&#233;vacue, le barricade, le garde &#224; grands renforts de vigiles, chiens et CRS ; la police &#034;intervient&#034; &#8212; quand elle frappe et envoie des gens &#224; l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DM et MD saluent tous deux &#034;le professionnalisme des policiers du GIPN&#034;... satisfaits que l'op&#233;ration &#034;se soit pass&#233;e sans aucune violence&#034;. 13/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'&#233;vacuation des occupants du chantier du stade (...) s'est d&#233;roul&#233;e dans le calme, sans aucune violence.&#034; MI, 13/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ressantes d&#233;clarations, faites le dernier jour d'expulsion des arbres, qui par un formidable tour de passe-passe, &#233;ludent compl&#232;tement les gazages et matraquages des jours pr&#233;c&#233;dents, en braquant les projecteurs sur la toute derni&#232;re &#233;vacuation des accro-branchistes (effectivement calme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Nous saluons le sang-froid et le professionnalisme des autorit&#233;s et les forces de police qui ont pu ainsi faire appliquer les d&#233;cisions de justice&#034; M. Issindou 13/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les quelques phrases que les politicien-ne-s mettent en avant dans leurs discours aux m&#233;dias, dans des moments de fortes tensions sociales, se faufile toujours une ode &#224; la police... Surprenant, non ? Quelle est la fonction de cette phrase, &#224; qui s'adresse-t-elle, &#224; quoi sert-elle ? Surprenant, d'autant plus que son auteur, M. Issindou, n'est pas membre d'un parti conservateur, mais du PASC : Pour une Agglom&#233;ration Sociale et Citoyenne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE MINORIT&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;trang&#232;re, politis&#233;e et manipul&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Une minorit&#233; agissante, radicalis&#233;e et politis&#233;e, ne peut emp&#234;cher la mise en oeuvre de d&#233;cisions d&#233;mocratiques valid&#233;es par la justice.&#034; DM, MD, 11/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une &#233;poque pas si lointaine, les politicien-ne-s &#034;de gauche&#034; et autres th&#233;oricien-ne-s en vogue d&#233;ploraient la d&#233;politisation des &#034;jeunes&#034;, leur apathie, leur repli sur la sph&#232;re individuelle et consommatrice, leur manque d'int&#233;r&#234;t pour les questions de soci&#233;t&#233;. Aujourd'hui, les choses ont chang&#233;, n'est-ce pas, et les menaces pour la &#034;d&#233;mocratie&#034; viennent bien des personnes &#034;politis&#233;es&#034;, et non de celles qui boivent passivement les d&#233;cisions des &#233;lu-e-s... Etonnant revirement de discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un discours qui navigue &#233;galement sur la fantasmagorie du complot, qu'il ne faut pas r&#233;server &#224; l'extr&#234;me-droite : il faut s'attendre &#224; la retrouver &#224; divers moments, diffuse et sous diff&#233;rentes formes, comme une d&#233;clinaison de la peur de l'autre. Ne nous &#233;tonnons donc pas d'observer, chez celles et ceux qui ont pour m&#233;tier de gagner la confiance du peuple, des phrases comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Un certain nombre de personnes qui sont dans les arbres ignore tout du projet d'agrandissement du parc, d'autant plus qu'ils ne connaissent pas notre agglom&#233;ration&#034; DM 7/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux cat&#233;gories, &#034;celle des opposants mais seulement au stade, avec sans doute des raisons tr&#232;s sinc&#232;res, mais pas franchement contre la politique globale de la M&#233;tro au sujet des transports publics ou du logement social, par exemple.&#034; Mais on constate &#034;chez d'autres une opposition totale contre toute d&#233;cision d&#233;mocratique. Et l'on devine bien d'o&#249; cela vient.&#034; DM, MD, 10/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On devine bien d'o&#249; cela vient&#034;... A plusieurs reprises, DM et MD ont pr&#233;sent&#233; les opposant-e-s au stade comme les marionnettes de &#034;formations politiques&#034; qu'ils accusaient &#224; mots couverts de ne chercher, derri&#232;re toute cette histoire, qu'un pr&#233;texte pour affaiblir politiquement la municipalit&#233;... Or, plusieurs occupant-e-s du parc ont souvent tr&#232;s nettement marqu&#233; les distances avec les partis qui ont effectivement tent&#233; de r&#233;cup&#233;rer le mouvement, au point m&#234;me de tomber dans des confusions un peu regrettables &#224; mon go&#251;t, o&#249; &#034;&#234;tre autonome vis-&#224;-vis des partis politiques&#034; est exprim&#233; comme &#034;&#234;tre apolitique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, et m&#234;me si des partis ont pu essayer de jouer de la na&#239;vet&#233; des occupant-e-s des arbres, il est int&#233;ressant de relever combien DM et MD ont pu insister sur cette image simplificatrice de militant-e-s manipul&#233;-e-s par des m&#233;chant-e-s haut-plac&#233;-e-s... Et de militant-e-s &#233;tranger-e-s qui plus est : le &#034;ils ne connaissent pas notre agglom&#233;ration&#034; ressemble fort au &#034;ils ne sont m&#234;me pas de Grenoble&#034; qui circulait plus cr&#251;ment parmi les pro-stade, ou au &#034;vous n'&#234;tes pas de Saint-Martin-d'H&#232;res&#034; que la mairie communiste pouvait r&#233;p&#233;ter aux squatteurs/euses de la Charade pour justifier leur refus de tout dialogue. Depuis combien de temps faut-il r&#233;sider dans un territoire pour avoir le droit de s'int&#233;resser aux probl&#233;matiques politiques locales ? Faut-il y &#234;tre n&#233;-e ? Un-e immigr&#233;-e qui veut prendre position dans des enjeux de soci&#233;t&#233; doit-ille se contenter de suivre la vie politique internationale ? Ou celle de son territoire d'origine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES BON-NE-S ET LES MAUVAIS-ES MANIFESTANT-E-S&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il y a des gens tr&#232;s sinc&#232;res et d'autres avec des d&#233;marches politiques&#034; DM, 29/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait le distinguo entre &#034;des jeunes s&#251;rement sinc&#232;res dans leur d&#233;marche&#034; et ceux qui ont fait &#034;preuve de beaucoup trop de fanatisme aveugle&#034;. DM 13/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; quelques propos dans la droite ligne des fameuses &#034;deux cat&#233;gories&#034; &#233;voqu&#233;es dans une citation pr&#233;c&#233;dente... C'est l'occasion de replacer l'&#233;v&#233;nement dans un contexte global (ce que les m&#233;dias s'abstiennent bien de faire), d'aller chercher en d'autres lieux et en d'autres temps, dans des situations similaires, ce qui a pu se dire. Nous nous apercevrons que la probl&#233;matique de l'&#233;v&#233;nement d&#233;passe de loin le cadre grenoblo-grenoblois, et qu'elle touche aux fonctionnements de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que fait l'autorit&#233; face &#224; un mouvement social qui la conteste ? Elle trie. Elle d&#233;signe les bon-ne-s contestataires et les mauvais-es. Les bon-ne-s sont &#233;videmment les plus dispos&#233;-e-s &#224; l'entendre et &#224; n&#233;gocier avec elle : elle les qualifie de &#034;raisonnables&#034;. Les mauvais-es sont celles et ceux qui lui &#233;chappent le plus. Les bon-ne-s l'arrangent doublement : d'une part illes restent sur un terrain connu de l'autorit&#233;, illes sont plus transparent-e-s et possiblement plus contr&#244;lables, d'autre part illes garantissent la l&#233;gitimit&#233; &#034;d&#233;mocratique&#034; de l'autorit&#233;, en assumant le r&#244;le socialement conforme &#034;d'aiguillon du pouvoir&#034;, qui conteste (prouvant qu'il existe une &#034;libert&#233; d'expression&#034;) et qui signe des accords (donnant &#224; l'autorit&#233; l'opportunit&#233; de montrer qu'elle est &#224; l'&#233;coute des revendications et qu'elle &#233;volue - m&#234;me si c'est d'un pas en avant, puis trois en arri&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distinguer les &#034;bon-ne-s&#034; des &#034;mauvais-es&#034; est donc une strat&#233;gie classique pour l'autorit&#233;, utile en termes d'image comme d'efficacit&#233; r&#233;pressive. Un survol de l'histoire des luttes sociales donnera une profusion d'exemples. Face aux mouvements de gr&#232;ve, aux contre-sommets, aux mouvements de squat, l'autorit&#233; s'empresse de d&#233;clarer et d'insister sur une pseudo-diff&#233;renciation en deux camps bien tranch&#233;s, ni plus ni moins, des contestataires, alors qu'en r&#233;alit&#233; les choses sont toujours beaucoup plus complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Cette succession d'actes ill&#233;gaux marque le caract&#232;re radical de certaines oppositions, bien &#233;loign&#233;es des r&#232;gles d&#233;mocratiques et r&#233;publicaines. (...) Nous attendons des responsables associatifs qu'ils condamnent les actions ill&#233;gales de militants radicaux.&#034; DM, MD, 07/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette citation est particuli&#232;rement &#233;loquente. En distinguant les &#034;bon-ne-s&#034; manifestant-e-s des &#034;mauvais-es&#034; (ici, les &#034;radicaux&#034; &#034;ill&#233;gaux&#034;, deux termes que l'on r&#233;p&#232;te), les dirigeant-e-s essayent &#233;galement d'attiser des conflits et des divisions &#224; l'int&#233;rieur des mouvements de contestation. Incapables d'imaginer une structure &#233;galitaire, illes cherchent les chef-fe-s (ici, les &#034;responsables associatifs&#034;) et tentent d'en faire les relais de leur autorit&#233;, &#233;conomisant ainsi un affrontement direct. Les leadeurs/euses des mouvements sociaux sont des cibles de manipulation parmi d'autres, ligot&#233;-e-s comme illes le sont souvent par la cr&#233;dibilit&#233; qu'illes essayent de se donner face aux m&#233;dias et aux d&#233;cideurs/euses. Dans l'histoire r&#233;cente, l'exemple le plus &#233;vident est celui d'ATTAC, organisation &#034;citoyenne&#034; et v&#233;n&#233;rable, qui &#224; G&#234;nes jouera parfaitement le jeu des autorit&#233;s en condamnant, surveillant, r&#233;primant toute tentative d'action directe, assimilant les black blocs &#224; de simples &#034;casseurs&#034; et participant ainsi aux amalgames r&#233;ducteurs lanc&#233;s par le pouvoir, alors que dans d'autres pays, les manifestant-e-s qui choisissent diff&#233;rentes formes d'action peuvent se comprendre, &#234;tre solidaires, coop&#233;rer et se prot&#233;ger mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;HIERARCHIE DES LUTTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appelle &#224; &#034;hi&#233;rarchiser les probl&#232;mes de la vie&#034;, &#034;l'essentiel aujourd'hui pour tous les Grenoblois, ce ne sont pas les incidents autour du stade, c'est l'emploi, le logement, la sant&#233; publique&#034;. MD, 13/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je regrette qu'on mette autant de violence verbale, parfois de violence tout court, de fanatisme dans ce dossier. Il faut replacer les choses dans leur juste proportion, il y a beaucoup de choses plus graves qui se passent en France et dans le monde et qui peuvent mobiliser les &#233;nergies&#034; DM, 13/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de tournures &#233;l&#233;gantes pour dire ce que dit Romain, supporter du GF 38, le 9/01 au DL : &#034;s'ils veulent sauver les arbres, ils n'ont qu'&#224; aller en Amazonie !&#034;. Certes il convient de garder un recul et une compr&#233;hension globale des probl&#232;mes du monde. Mais la tentation de la hi&#233;rarchisation des luttes m&#232;ne trop souvent &#224; des &#233;cueils d&#233;nonc&#233;s notamment par les critiques f&#233;ministes : sauver le Tiers-monde, par exemple, nous para&#238;tra prioritaire au point de justifier notre manque d'attention et de r&#233;action face &#224; ce que nous pouvons reproduire ici et maintenant, dans nos comportements et dans notre entourage, comme oppressions et dominations... Alors qu'une vision globale des choses nous encouragerait elle-m&#234;me &#224; mettre en lien nos critiques macro-sociales et nos actes quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui cause la ruine des pays du Sud ? Pourquoi raye-t-on l'Amazonie de la carte ? D'o&#249; viennent les probl&#232;mes de logement, de pr&#233;carit&#233; ? D'un syst&#232;me &#233;conomique et moral profond&#233;ment in&#233;galitaire, o&#249; r&#232;gne le profit, l'exploitation des un-e-s et l'abrutissement des autres, une culture de la hi&#233;rarchie, de la consommation, de la comp&#233;tition. Reconna&#238;tre la racine des probl&#232;mes sociaux, c'est aussi rep&#233;rer leurs liens, leurs inter-connections, et comprendre que si les enfants chinois-es sont asservi-e-s pour produire des ballons de foot, c'est aussi que j'en ach&#232;te ici, qu'en parall&#232;le tout est fait pour que le march&#233; du foot fleurisse dans les pays riches, c'est comprendre que leurs employeurs sont les meilleurs amis des pontes pour lesquels mes proches ont vot&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles logiques pr&#233;sident &#224; la construction d'un stade dans le Parc Mistral ? Les m&#234;mes qui causent des ravages dans nombre de recoins de la plan&#232;te : spectaculaires et marchandes. Le stade Mistral, c'est remplacer un espace public et gratuit par un espace priv&#233; et payant, c'est promouvoir le sport-spectacle, ses enjeux financiers et ses cultures identitaires et guerri&#232;res, c'est d&#233;penser une tonne d'argent public dans un ouvrage &#034;de prestige&#034;, dans une image de ville attractive pour les investisseurs/euses... Ce sont ces logiques, au fond, qui me r&#233;voltent, et elles me r&#233;voltent autant quand elles &#233;crasent frontalement les plus d&#233;favoris&#233;-e-s que quand elles se rappellent &#224; moi tous les jours, &#224; une rue de chez moi, chaque matin quand je prends mon v&#233;lo et que je longe le chantier du parc, malgr&#233; tout le camouflage publicitaire et reluisant que l'on peut vouloir donner &#224; un &#233;quipement &#034;de loisirs&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un politicien me dit d'aller voir ailleurs la mis&#232;re du monde, je lui r&#233;ponds qu'il ne s'en tirera pas aussi facilement, et que les raisons qui me pousseraient &#224; aller lutter ailleurs sont les m&#234;mes qui m'encouragent &#224; rester vigilant ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IRRESPONSABLES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Avec ce projet de stade, nous nous inscrivons dans le d&#233;veloppement durable avec coh&#233;rence&#034; dit MD dans le DL du 29/01, avant de s'expliquer, en une seule et maigre phrase, par l'&#233;vocation des futures lignes de transports en commun qui desserviront le stade. &#034;C'est une raison de fond, ce n'est pas un probl&#232;me de &#034;on aime ou on aime pas&#034;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une &#034;opposition que l'on rencontre chaque fois qu'il y a une insertion urbaine dans cette ville&#034; (Nef-Chavant, rues pi&#233;tonnes, Verdun) MD, 13/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A plusieurs reprises, les dirigeant-e-s relativiseront le discours des opposant-e-s en les pr&#233;sentant comme une populace irresponsable, &#233;go&#239;ste, capricieuse, r&#233;actionnaire, pleurnicheuse. Comment peut-on oser qualifier l'engagement de dizaines et de centaines de personnes, sur plusieurs mois, comme &#034;un probl&#232;me de on aime ou on aime pas&#034; ? C'est se prendre pour la seule &#233;lite &#233;clair&#233;e, d&#233;tentrice du souci du bien commun, et c'est prouver qu'on n'a pas m&#234;me cherch&#233; &#224; comprendre les &#034;raisons de fond&#034; de la lutte au parc Mistral. Etait-ce trop inconfortable, pour cette pauvre &#233;lite, de seulement envisager leur existence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il serait souhaitable qu'&#224; l'avenir, les d&#233;bats d&#233;mocratiques et les d&#233;cisions qui en d&#233;coulent l'emportent sur l'agitation politicienne...&#034; MI 13/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette belle phrase pr&#234;te le flanc &#224; un facile retour &#224; l'envoyeur... Il serait effectivement souhaitable, &#224; l'avenir, que des d&#233;bats v&#233;ritablement d&#233;mocratiques l'emportent sur l'agitation typiquement politicienne qui a vu DM, MD et leurs acolytes faire des pieds et des mains pour s'agripper &#224; leur projet de stade. On s'aper&#231;oit encore une fois que la communication des autorit&#233;s n'est qu'une succession de grands mots, d'effets de style, efficaces en surface mais bien inconsistants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il faut que tous ceux qui ont &#233;t&#233; opposants acceptent cette d&#233;cision [de justice] dans un esprit citoyen, de responsabilit&#233;.&#034; MD 29/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rh&#233;torique citoyenne, vous disiez, conforme au pouvoir et r&#233;cup&#233;r&#233;e par lui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;MOCRATIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le dernier mot a &#233;t&#233; donn&#233; &#224; la d&#233;mocratie&#034; DM, MD, 13/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici un autre, de mot-magique : la fameuse &#034;d&#233;mocratie&#034;, que chacun-e invoque pour justifier sa position. Les dirigeant-e-s disent d&#233;fendre la d&#233;mocratie, leurs opposant-e-s aussi. C'est qu'il doit y avoir une confusion quelque part...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il n'y a pas de raison que nous revenions sur cette d&#233;cision qui a &#233;t&#233; prise dans des conditions de l&#233;galit&#233; et de concertation qui ne m&#233;ritent pas ce que l'on peut entendre&#034; DM 7/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le terme de &#034;concertation&#034; m&#233;riterait des flots de paroles et d'encre, tant la municipalit&#233; l'emploie de mani&#232;re hypocrite. Rendez-vous &#224; une r&#233;union de &#034;concertation&#034; publique &#224; laquelle la ville de Grenoble invite tout-e habitant-e de tel ou tel quartier, pour tel ou tel projet d'urbanisme, vous verrez que l'on ne vous y concertera en rien, mais que l'on vous pr&#233;sentera le projet. C'est tout. A la rigueur on &#233;coutera vos remarques, mais au fil de vos questions on vous fera comprendre que les expert-e-s ont d&#233;j&#224; pens&#233; &#224; tout, et que les id&#233;es des non-expert-e-s sont toujours compliqu&#233;es et irr&#233;alisables. A la rigueur vous pourrez donner votre avis sur la couleur des fa&#231;ades. Ce que la mairie appelle &#034;r&#233;unions de concertation publique&#034; n'est autre qu'une op&#233;ration de promotion de ses projets, agr&#233;ment&#233;e d'une sauce citoyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Un projet normalement adopt&#233; et valid&#233; par des &#233;lus du peuple, &#224; travers une bonne soixantaine de d&#233;lib&#233;rations&#034; DL 9/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous avons largement pris le temps du d&#233;bat, de l'&#233;change. Les assembl&#233;es concern&#233;es ont de nouveau d&#233;lib&#233;r&#233; pour confirmer leur accord au projet.&#034; DM, MD, 11/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un premier indice de ce que les dirigeant-e-s appellent d&#233;mocratie : il s'agit bien de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, et seulement elle. La &#034;d&#233;lib&#233;ration&#034; des &#034;&#233;lu-e-s du peuple&#034; et de leurs &#034;assembl&#233;es&#034; suffit comme crit&#232;re de d&#233;mocratie, de &#034;d&#233;bat&#034;, &#034;d'&#233;change&#034;. &#034;La d&#233;mocratie, c'est nous&#034;, insinuent les &#233;lu-e-s, comme toujours imbu-e-s de leur pr&#233;tendue repr&#233;sentativit&#233;, incapables de penser qu'un mis&#233;rable vote tous les cinq ans, sur un programme en papier glac&#233; ridiculement court et sur leurs talents d'orateurs/trices charismatiques, ne les investit certainement pas de la l&#233;gitimit&#233; sacr&#233;e qu'illes clament en toute circonstance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Pour ce qui est de la d&#233;mocratie, le rejet par le tribunal administratif des requ&#234;tes en r&#233;f&#233;r&#233; d&#233;pos&#233;es contre le permis de construire du stade d'agglom&#233;ration permet de mettre les points sur les &#034;i&#034;.&#034; MD, 29/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Une minorit&#233; agissante, radicalis&#233;e et politis&#233;e, ne peut emp&#234;cher la mise en oeuvre de d&#233;cisions d&#233;mocratiques valid&#233;es par la justice.&#034; DM, MD, 11/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment qui d&#233;finit la d&#233;mocratie des dirigeant-e-s : la Justice, institution au nom trompeur, tr&#232;s fortement connot&#233;. La Justice est l'ensemble des r&#232;gles que certain-e-s sp&#233;cialistes &#233;crivent, et que d'autres sp&#233;cialistes votent, pour r&#233;gir la vie sociale ; la Justice n'est pas forc&#233;ment juste, elle n'est jamais aussi impartiale que son &#233;g&#233;rie aux yeux band&#233;s. Elle est issue d'un certain syst&#232;me social, avec un certain syst&#232;me de valeurs, et elle est mise en place par un certain type de personnes, qui ne sont pas arriv&#233;es par hasard &#224; flirter avec le pouvoir. Elle est loin du principe neutre et purement d&#233;mocratique qu'on veut faire voir en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Certains opposants continuent de refuser les r&#232;gles qui r&#233;gissent notre d&#233;mocratie.&#034;DM, MD, 11/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous y sommes ! Le fond de la question est bien l&#224;, au-del&#224; de l'orme, du gingko ou de l'orientation du stade : c'est la question des r&#232;gles de notre soci&#233;t&#233;, celles qui permettent &#224; des politicien-ne-s et &#224; leurs alli&#233;-e-s &#233;conomiques de dessiner l'avenir d'une ville et de r&#233;primer sans inqui&#233;tudes les protestations de la population. Cette d&#233;mocratie et ses r&#232;gles nous satisfont-elles ? Quelle d&#233;mocratie voulons-nous ? Repr&#233;sentative, participative, directe ? Voil&#224; une probl&#233;matique sous-jacente &#224; toutes les empoignades m&#233;diatiques autour du mot-magique &#034;d&#233;mocratie&#034;, essentielle et pourtant jamais clairement pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POUR CONCLURE CETTE BROCHURE ...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut penser que d&#233;sormais les politicien-nes grenoblois y r&#233;fl&#233;chiront &#224; deux fois avant de prendre de grandes d&#233;cisions sur la ville quand il y a un d&#233;saccord d'une grande partie de la population. Et effectivement, le r&#233;cent recul de la municipalit&#233; sur le projet qui vise &#224; transformer la montagne de la Bastille libre et gratuite en un parc d'attraction payant et surveill&#233; est certainement une victoire qui d&#233;coule de la lutte du parc. Le comble du burlesque est que le Tribunal Administratif vient de juger un &#233;ni&#232;me recours d'opposition au chantier et de faire annuler le permis de construire, ce qui met une halte temporaire (et peut-&#234;tre longue) au travaux du grand stade alors que le parc a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; transform&#233; en champ de bataille. Par ailleurs, en pleine vague rose aux r&#233;gionales et alors que tout au long de la lutte, beaucoup de gens de &#171; gauche &#187; nous accusaient de faire le jeu de la droite en nous opposant &#224; un projet du PS, ce sont en fait, cas unique en France, les verts (seul parti de gauche &#224; s'&#234;tre oppos&#233; de mani&#232;re un tant soit peu cons&#233;quente au stade) qui ont &#233;t&#233; &#233;lu dans le canton du centre-ville tenu par un &#233;lu PS. C'est pas qu'on croit aux &#233;lections, mais cela fait toujours plaisir de couler les politicien-ne-s au pouvoir ! Ce type de campement d'action permanent pour prot&#233;ger un site ou emp&#234;cher un grand projet, et notamment l'utilisation d'un village a&#233;rien, a encore relativement peu &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233; en france. La lutte du parc mistral a donc pu cr&#233;er un pr&#233;cieux terrain d'apprentissage et d'&#233;changes. Ceci dans un contexte o&#249; des campements d'actions de ce type, qui ont pu aider &#224; cr&#233;er des rapports de force cons&#233;quent au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie dans d'autres pays europ&#233;ens (en Angleterre quelques centaines de projets de construction routi&#232;re et de destruction de sites ont d&#251; &#234;tre abandonn&#233; dans les ann&#233;es 90 suite &#224; un mouvement massif et d&#233;termin&#233;), pourraient &#234;tre envisag&#233;s pour emp&#234;cher la construction de nouvelles prisons, centre de r&#233;tention, supermarch&#233;s, routes et autres centrales nucl&#233;aires...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POUR EN SAVOIR PLUS SUR LE WEB&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DO OR DIE - Voices from the Ecological Resistance &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des articles sur la r&#233;sistance &#233;cologique et des actions directes en Angleterre et ailleurs publi&#233;s une fois par an par Earth First ! sous forme de livres et consultable sur leur &lt;a href=&#034;http://www.eco-action.org/dod/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site web&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &lt;a href=&#034;http://ecocitoyenwebsite.ifrance.com/ecocitoyenwebsite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site&lt;/a&gt; des &#201;COCITOYEN-NES de Grenoble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &lt;a href=&#034;http://perso.wanadoo.fr/arbresvenerables/ACTUALITES/Bagasse/Bagasse.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; o&#249; on peut trouver des infos &#224; propos de l'occupation d'une for&#234;t &#224; FERNAY VOLTAIRE (contre l'extension de l'a&#233;roport de gen&#232;ve)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques liens &#224; propos de l'occupation du parc Paul Mistral sur SQUAT.NET ! :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://squat.net/fr/news/grenoble020104.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'historique + br&#232;ve pr&#233;sentation des raisons politiques de l'occupation du parc Mistral&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://squat.net/fr/news/grenoble300104.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Actualit&#233; de la lutte sur le parc (fin janvier 2004)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://squat.net/fr/news/grenoble040204.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tentative d'expulsion du parc et violences polici&#232;res (le 2 f&#233;vrier 2004)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://squat.net/fr/news/grenoblepm090204.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Court appel &#224; mobilisation (les 8 et 9 f&#233;vrier 2004)&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://squat.net/fr/news/grenobleppm090204.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;et un deuxi&#232;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://squat.net/fr/news/grenoble100204.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bref r&#233;cit de la journ&#233;e de mardi (10 f&#233;vrier 2004)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour plus d'infos sur le contexte grenoblois :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;a href=&#034;http://www.piecesetmaindoeuvre.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pi&#232;ces et main d'oeuvre&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://www.inventati.org/nebuleuse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;N&#233;buleuse&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://grenoble.squat.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Grenoble.squat.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Autogestion et hi&#233;rarchie</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article247</link>
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		<dc:date>2005-08-18T02:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cornelius Castoriadis</dc:creator>


		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#8220;Nous vivons dans une soci&#233;t&#233; dont l'organisation est hi&#233;rarchique. [...]&lt;br class='autobr' /&gt;
et la hi&#233;rarchie du commandement et du pouvoir co&#239;ncide de plus en plus&lt;br class='autobr' /&gt;
avec la hi&#233;rarchie des salaires et des revenus. De sorte que les gens&lt;br class='autobr' /&gt;
n'arrivent presque plus &#224; s'imaginer qu'il pourrait en &#234;tre autrement, et&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils pourraient eux-m&#234;mes &#234;tre quelques chose de d&#233;fini autrement que&lt;br class='autobr' /&gt;
par leur place dans la pyramide hi&#233;rarchique.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici justement un texte p&#233;dagogique qui nous donne des id&#233;es pour une&lt;br class='autobr' /&gt;
autre organisation sociale... l'autogestion !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH132/arton247-3af08.jpg?1780461443' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='132' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff247.jpg?1128977617&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous vivons dans une soci&#233;t&#233; dont l'organisation est &lt;i&gt;hi&#233;rarchique&lt;/i&gt;, que ce&lt;br class='autobr' /&gt;
soit dans le travail, la production, l'entreprise ; ou dans&lt;br class='autobr' /&gt;
l'administration, la politique, l'Etat ; ou encore dans l'&#233;ducation et la&lt;br class='autobr' /&gt;
recherche scientifique. La hi&#233;rarchie n'est pas une invention de la&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233; moderne. Ses origines remontent loin -bien qu'elle n'ait pas&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours exist&#233;, et qu'il y ait eu des soci&#233;t&#233;s non hi&#233;rarchiques qui ont&lt;br class='autobr' /&gt;
tr&#232;s bien fonctionn&#233;. Mais dans la soci&#233;t&#233; moderne le syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchique (ou, ce qui revient &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me, bureaucratique) est&lt;br class='autobr' /&gt;
devenu pratiquement universel. D&#232;s qu'il y a une activit&#233; collective&lt;br class='autobr' /&gt;
quelconque, elle est organis&#233;e d'apr&#232;s le principe hi&#233;rarchique, et la&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchie du commandement et du pouvoir co&#239;ncide de plus en plus avec la&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchie des salaires et des revenus. De sorte que les gens n'arrivent&lt;br class='autobr' /&gt;
presque plus &#224; s'imaginer qu'il pourrait en &#234;tre autrement, et qu'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
pourraient eux-m&#234;mes &#234;tre quelque chose de d&#233;fini autrement que par leur&lt;br class='autobr' /&gt;
place dans la pyramide hi&#233;rarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les d&#233;fenseurs du syst&#232;me actuel essaient de le justifier comme le seul&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;logique&#8221;, &#8220;rationnel&#8221;, &#8220;&#233;conomique&#8221;. On a d&#233;j&#224; essay&#233; de montrer que ces&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;arguments&#8221; ne valent rien et ne justifient rien, qu'ils sont faux pris&lt;br class='autobr' /&gt;
chacun s&#233;par&#233;ment et contradictoires lorsqu'on les consid&#232;re tous&lt;br class='autobr' /&gt;
ensemble. Nous aurons l'occasion d'y revenir plus bas. Mais on pr&#233;sente&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi le syst&#232;me actuel comme le seul possible, pr&#233;tend&#251;ment impos&#233; par&lt;br class='autobr' /&gt;
les n&#233;cessit&#233;s de la production moderne, par la complexit&#233; de la vie&lt;br class='autobr' /&gt;
sociale, la grande &#233;chelle de toutes les activit&#233;s, etc. Nous tenterons&lt;br class='autobr' /&gt;
de montrer qu'il n'en est rien, et que l'existence d'une hi&#233;rarchie est&lt;br class='autobr' /&gt;
radicalement incompatible avec l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AUTOGESTION ET HI&#201;RARCHIE DU COMMANDEMENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;D&#233;cision collective et probl&#232;me de la repr&#233;sentation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que signifie, socialement, le syst&#232;me hi&#233;rarchique ? Qu'une couche de la&lt;br class='autobr' /&gt;
population dirige la soci&#233;t&#233; et que les autres ne font qu'ex&#233;cuter ses&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cisions ; aussi, que cette couche, recevant les revenus les plus grands,&lt;br class='autobr' /&gt;
profite de la production et de travail de la soci&#233;t&#233; beaucoup plus que&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autres. Bref, que la soci&#233;t&#233; est divis&#233;e entre une couche qui dispose&lt;br class='autobr' /&gt;
du pouvoir et des privil&#232;ges, et le reste, qui en est d&#233;poss&#233;d&#233;. La&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchisation -ou la bureaucratisation- de toutes les activit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
sociales n'est aujourd'hui que la forme, de plus en plus pr&#233;pond&#233;rante,&lt;br class='autobr' /&gt;
de la division de la soci&#233;t&#233;. Comme telle, elle est &#224; la fois r&#233;sultat et&lt;br class='autobr' /&gt;
cause du conflit qui d&#233;chire la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	S'il en est ainsi, il devient ridicule de se demander : est-ce que&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autogestion, est-ce que le fonctionnement et l'existence d'un syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
social autog&#233;r&#233; est compatible avec le maintien de la hi&#233;rarchie ? Autant&lt;br class='autobr' /&gt;
se demander si la suppression du syst&#232;me p&#233;nitenciaire actuel est&lt;br class='autobr' /&gt;
compatible avec le maintien de gardiens de prisons, de gardiens-chefs et&lt;br class='autobr' /&gt;
de directeurs de prison. Mais comme on sait, ce qui va sans dire va&lt;br class='autobr' /&gt;
encore mieux &#233;tant dit. D'autant plus que, depuis des mill&#233;naires, on&lt;br class='autobr' /&gt;
fait p&#233;n&#233;trer dans l'esprit des gens d&#232;s leur plus tendre enfance l'id&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il est &#8220;naturel&#8221; que les uns commandent et les autres ob&#233;issent, que&lt;br class='autobr' /&gt;
les uns aient trop de superflu et les autres pas assez de n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous voulons une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e. Qu'est-ce que cela veut dire ? Une&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233; qui se g&#232;re, c'est-&#224;-dire se dirige, elle-m&#234;me. Mais cela doit&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre encore pr&#233;cis&#233;. Une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e est une soci&#233;t&#233; o&#249; toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cisions sont prises par la collectivit&#233; qui est, chaque fois, concern&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
par l'objet de ces d&#233;cisions. C'est-&#224;-dire un syst&#232;me o&#249; ceux qui&lt;br class='autobr' /&gt;
accomplissent une activit&#233; d&#233;cident collectivement ce qu'ils ont &#224; faire&lt;br class='autobr' /&gt;
et &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; le faire, dans les seules limites que leur trace leur&lt;br class='autobr' /&gt;
coexistence avec d'autres unit&#233;s collectives. Ainsi, des d&#233;cisions qui&lt;br class='autobr' /&gt;
concernent les travailleurs d'un atelier doivent &#234;tre prises par les&lt;br class='autobr' /&gt;
travailleurs de cet atelier ; celles qui concernent plusieurs ateliers &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la fois, par l'ensemble des travailleurs concern&#233;s, ou par leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;lus et r&#233;vocables ; celles qui concernent toute l'entreprise, par tout le&lt;br class='autobr' /&gt;
personnel de l'entreprise ; celles concernant un quartier, par les&lt;br class='autobr' /&gt;
habitants du quartier ; et celles qui concernent toute la soci&#233;t&#233;, par la&lt;br class='autobr' /&gt;
totalit&#233; des femmes et des hommes qui y vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Mais que signifie d&#233;cider ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D&#233;cider, c'est d&#233;cider soi-m&#234;me. Ce n'est pas laisser la d&#233;cision &#224; des&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;gens comp&#233;tents&#8221;, soumis &#224; un vague &#8220;contr&#244;le&#8221;. Ce n'est pas non plus&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;signer les gens qui vont, eux, d&#233;cider. Ce n'est pas parce que la&lt;br class='autobr' /&gt;
population fran&#231;aise d&#233;signe, une fois tous les cinq ans, ceux qui feront&lt;br class='autobr' /&gt;
les lois, qu'elle fait les lois. Ce n'est pas parce qu'elle d&#233;signe, une&lt;br class='autobr' /&gt;
fois tous les sept ans, celui qui d&#233;cidera de la politique du pays,&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle d&#233;cide elle-m&#234;me de cette politique. Elle ne d&#233;cide pas, elle&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;ali&#232;ne&lt;/i&gt; son pouvoir de d&#233;cision &#224; des &#8220;repr&#233;sentants&#8221; qui, de ce fait&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me, ne sont pas et ne peuvent pas &#234;tre ses repr&#233;sentants. Certes, la&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;signation de repr&#233;sentants, ou de d&#233;l&#233;gu&#233;s, par les diff&#233;rentes&lt;br class='autobr' /&gt;
collectivit&#233;s, comme aussi l'existence d'organes -comit&#233;s ou conseils-&lt;br class='autobr' /&gt;
form&#233;s par de tels d&#233;l&#233;gu&#233;s sera, dans une foule de cas, indispensable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais elle ne sera compatible avec l'autogestion que si ces d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
repr&#233;sentent v&#233;ritablement la collectivit&#233; dont ils &#233;manent, et cela&lt;br class='autobr' /&gt;
implique qu'ils restenbt soumis &#224; son pouvoir. Ce qui signifie, &#224; son&lt;br class='autobr' /&gt;
tour, que celle-ci non seulement les &#233;lit, mais peut aussi les r&#233;voquer&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque fois qu'elle le juge n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Donc, dire qu'il y a hi&#233;rarchie du commandement form&#233; par des &#8220;gens&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;tents&#8221; et en principe inamovibles ; ou dire qu'il y a des&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;repr&#233;sentants&#8221; inamovibles pour une p&#233;riode donn&#233;e (et qui, comme&lt;br class='autobr' /&gt;
l'exp&#233;rience le prouve, deviennent pratiquement inamovibles &#224; jamais),&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est dire qu'il n'y a ni autogestion, ni m&#234;me &#8220;gestion d&#233;mocratique&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela &#233;quivaut en effet &#224; dire que la collectivit&#233; est dirig&#233;e par des&lt;br class='autobr' /&gt;
gens dont la direction des affaires communes est d&#233;sormais devenue&lt;br class='autobr' /&gt;
l'affaire sp&#233;cialis&#233;e et exclusive, et qui, en droit ou en fait,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;chappent au pouvoir de la collectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;D&#233;cision collective, formation et information&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D'autre part, d&#233;cider, c'est d&#233;cider en &lt;i&gt;connaissance de cause&lt;/i&gt;. Ce n'est&lt;br class='autobr' /&gt;
plus la collectivit&#233; qui d&#233;cide, m&#234;me si formellement elle &#171; vote &#187;, si&lt;br class='autobr' /&gt;
quelqu'un ou quelques-uns disposent seuls des informations et d&#233;finissent&lt;br class='autobr' /&gt;
les crit&#232;res &#224; partir desquels une d&#233;cision est prise. Cela signifie que&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui d&#233;cident doivent disposer de &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les informations&lt;br class='autobr' /&gt;
pertinentes. Mais aussi, qu'ils puissent d&#233;finir eux-m&#234;mes des crit&#232;res &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
partir desquels ils d&#233;cident. Et pour ce faire, qu'ils disposent d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
formation de plus en plus large. Or, une hi&#233;rarchie du commandement&lt;br class='autobr' /&gt;
implique que ceux qui d&#233;cident poss&#232;dent -ou plut&#244;t pr&#233;tendent poss&#233;der-&lt;br class='autobr' /&gt;
le monopole des informations et de la &lt;i&gt;formation&lt;/i&gt;, et en tout cas, qu'ils y&lt;br class='autobr' /&gt;
ont un acc&#232;s privil&#233;gi&#233;. La hi&#233;rarchie est bas&#233;e sur ce fait, et elle&lt;br class='autobr' /&gt;
tend constamment &#224; le reproduire. Car dans une organisation hi&#233;rarchique,&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes les informations montent de la base au sommet et n'en redescendent&lt;br class='autobr' /&gt;
pas, ni ne circulent (en fait, elles circulent, mais &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; les r&#232;gles de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'organisation hi&#233;rarchique). Aussi, toutes les d&#233;cisions descendent du&lt;br class='autobr' /&gt;
sommet vers la base, qui n'a qu'&#224; les ex&#233;cuter. Cela revient &#224; peu pr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
au m&#234;me de dire qu'il y a hi&#233;rarchie du commandement, et de dire que ces&lt;br class='autobr' /&gt;
deux circulations se font chacune &#224; sens unique : le sommet collecte et&lt;br class='autobr' /&gt;
absorbe toutes les informations qui montent vers lui, et n'en rediffuse&lt;br class='autobr' /&gt;
aux ex&#233;cutants que le minimum strictement n&#233;cessaire &#224; l'ex&#233;cution des&lt;br class='autobr' /&gt;
ordres qu'il leur adresse, et qui &#233;manent de lui seul. Dans une telle&lt;br class='autobr' /&gt;
situation, il est absurde de penser qu'il pourrait y avoir autogestion,&lt;br class='autobr' /&gt;
ou m&#234;me &#171; gestion d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comment peut-on d&#233;cider, si l'on ne dispose pas des informations&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;cessaires pour bien d&#233;cider ? Et comment peut-on &lt;i&gt;apprendre&lt;/i&gt; &#224; d&#233;cider,&lt;br class='autobr' /&gt;
si l'on est toujours r&#233;duit &#224; ex&#233;cuter ce que d'autres ont d&#233;cid&#233; ? D&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'une hi&#233;rarchie du commandement s'instaure, la collectivit&#233; devient&lt;br class='autobr' /&gt;
opaque pour elle-m&#234;me, et une &#233;norme gaspillage s'introduit. Elle devient&lt;br class='autobr' /&gt;
opaque, parce que les informations sont retenues au sommet. Un gaspillage&lt;br class='autobr' /&gt;
s'introduit, parce que les travailleurs non inform&#233;s ou mal inform&#233;s ne&lt;br class='autobr' /&gt;
savent pas ce qu'ils devraient savoir pour mener &#224; bien leur t&#226;che, et&lt;br class='autobr' /&gt;
surtout parce que les capacit&#233;s collectives de se diriger, comme aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
l'inventivit&#233; et l'initiative, formellement r&#233;serv&#233;es au commandement,&lt;br class='autobr' /&gt;
sont entrav&#233;es et inhib&#233;es &#224; tous les niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Donc, vouloir l'autogestion -ou m&#234;me la &#171; gestion d&#233;mocratique &#187;, si le&lt;br class='autobr' /&gt;
mot de d&#233;mocratie n'est pas utilis&#233; dans des buts simplement d&#233;coratifs-&lt;br class='autobr' /&gt;
et vouloir maintenir une hi&#233;rarchie du commandement est une contradiction&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les termes. Il serait beaucoup plus coh&#233;rent, sur le plan formel, de&lt;br class='autobr' /&gt;
dire, comme le font les d&#233;fenseurs du syst&#232;me actuel : la hi&#233;rarchie du&lt;br class='autobr' /&gt;
commandement est indispensable, donc, il ne peut pas y avoir de soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
autog&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Seulement, cela est faux. Lorsqu'on examine les fonctions de la&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchie, c'est-&#224;-dire &#224; quoi elle sert, on constate que, pour une&lt;br class='autobr' /&gt;
grande partie, elles n'ont un sens et n'existent qu'en fonction du&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me social actuel, et que les autres, celles qui garderaient un sens&lt;br class='autobr' /&gt;
et une utilit&#233; dans un syst&#232;me social autog&#233;r&#233;, pourraient facilement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre collectivis&#233;es. Nous ne pouvons pas discuter, dans les limites de ce&lt;br class='autobr' /&gt;
texte, la question dans toute son ampleur. Nous tenterons d'en &#233;clairer&lt;br class='autobr' /&gt;
quelques aspects importants, nous r&#233;f&#233;rant surtout &#224; l'organisation de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'entreprise et de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une des fonctions les plus importantes de la hi&#233;rarchie actuelle est&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;d'organiser la contrainte&lt;/i&gt;. Dans le travail, par exemple, qu'il s'agisse&lt;br class='autobr' /&gt;
des ateliers ou des bureaux, une partie essentielle de l' &#171; activit&#233; &#187; de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'appareil hi&#233;rarchique, des chefs d'&#233;quipe jusqu'&#224; la direction,&lt;br class='autobr' /&gt;
consiste &#224; surveiller, &#224; contr&#244;ler, &#224; sanctionner, &#224; imposer directement&lt;br class='autobr' /&gt;
ou indirectement la &#171; discipline &#187; et l'ex&#233;cution conforme des ordres&lt;br class='autobr' /&gt;
re&#231;us par ceux qui doivent les ex&#233;cuter. Et pourquoi faut-il organiser la&lt;br class='autobr' /&gt;
contrainte, pourquoi faut-il qu'il y ait contrainte ? Parce que les&lt;br class='autobr' /&gt;
travailleurs ne manifestent pas en g&#233;n&#233;ral spontan&#233;ment un enthousiasme&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;bordant pour faire ce que la direction veut qu'ils fassent. Et pourquoi&lt;br class='autobr' /&gt;
cela ? Parce que ni leur travail, ni son produit ne leur appartiennent,&lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'ils se sentent ali&#233;n&#233;s et exploit&#233;s, parce qu'ils n'ont pas&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cid&#233; eux-m&#234;mes ce qu'ils ont &#224; faire et comment le faire, ni ce qu'il&lt;br class='autobr' /&gt;
adviendra de ce qu'ils ont fait ; bref, parce qu'il y a un conflit&lt;br class='autobr' /&gt;
perp&#233;tuel entre ceux qui travaillent et ceux qui dirigent le travail des&lt;br class='autobr' /&gt;
autres et en profitent. En somme donc : il faut qu'il y ait hi&#233;rarchie,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour organiser la contrainte -et il faut qu'il y ait contrainte, parce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il y a division et conflit, c'est-&#224;-dire aussi, parce qu'il y a&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Plus g&#233;n&#233;ralement, on pr&#233;sente la hi&#233;rarchie comme &#233;tant l&#224; pour r&#233;gler&lt;br class='autobr' /&gt;
les conflits, en masquant le fait que l'existence de la hi&#233;rarchie est&lt;br class='autobr' /&gt;
elle-m&#234;me source d'un conflit perp&#233;tuel. Car aussi longtemps qu'il y aura&lt;br class='autobr' /&gt;
un syst&#232;me hi&#233;rarchique, il y aura, de ce fait m&#234;me, renaissance&lt;br class='autobr' /&gt;
continuelle d'un conflit radical entre une couche dirigeante et&lt;br class='autobr' /&gt;
privil&#233;gi&#233;e, et les autres cat&#233;gories, r&#233;duites &#224; des r&#244;les d'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On dit que s'il n'y a pas de contrainte, il n'y aura aucune discipline,&lt;br class='autobr' /&gt;
que chacun fera ce qui lui chantera et que ce sera le chaos. Mais c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#224; encore un sophisme. La question n'est pas de savoir s'il faut de la&lt;br class='autobr' /&gt;
discipline, ou m&#234;me parfois de la contrainte, mais quelle discipline,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cid&#233;e par qui, contr&#244;l&#233;e par qui, sous quelles formes et &#224; quelles&lt;br class='autobr' /&gt;
fins. Plus les fins que sert une discipline sont &#233;trang&#232;res aux besoins&lt;br class='autobr' /&gt;
et aux d&#233;sirs de ceux qui doivent les r&#233;aliser, plus les d&#233;cisions&lt;br class='autobr' /&gt;
concernant ces fins et les formes de la discipline sont ext&#233;rieures, et&lt;br class='autobr' /&gt;
plus il y a besoin de contrainte pour les faire respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une collectivit&#233; autog&#233;r&#233;e n'est pas une collectivit&#233; sans discipline,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais une collectivit&#233; qui d&#233;cide elle-m&#234;me de sa discipline et, le cas&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;ch&#233;ant, des sanctions contre ceux qui la violent d&#233;lib&#233;r&#233;ment. Pour ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui est, en particulier, du travail, on ne peut pas discuter s&#233;rieusement&lt;br class='autobr' /&gt;
de la question en pr&#233;sentant l'entreprise autog&#233;r&#233;e comme rigoureusement&lt;br class='autobr' /&gt;
identique &#224; l'entreprise contemporaine sauf qu'on aurait enlev&#233; la&lt;br class='autobr' /&gt;
carapace hi&#233;rarchique. Dans l'entreprise contemporaine, on impose aux&lt;br class='autobr' /&gt;
gens un travail qui leur est &#233;tranger et sur lequel ils n'ont rien &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
dire. L'&#233;tonnant n'est pas qu'ils s'y opposent, mais qu'ils ne s'y&lt;br class='autobr' /&gt;
opposent pas infiniment plus que ce n'est le cas. On ne peut croire un&lt;br class='autobr' /&gt;
seul instant que leur attitude &#224; l'&#233;gard du travail resterait la m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
lorsque leur relation &#224; leur travail sera transform&#233;e et qu'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
commenceront &#224; en devenir les ma&#238;tres. D'autre part, m&#234;me dans&lt;br class='autobr' /&gt;
l'entreprise contemporaine, il n'y a pas &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; discipline, mais &lt;i&gt;deux&lt;/i&gt;. Il y&lt;br class='autobr' /&gt;
a la discipline qu'&#224; coups de contrainte et de sanctions financi&#232;res ou&lt;br class='autobr' /&gt;
autres l'appareil hi&#233;rarchique essaie constamment d'imposer. Et il y a la&lt;br class='autobr' /&gt;
discipline, beaucoup moins apparente mais non moins forte, qui surgit au&lt;br class='autobr' /&gt;
sein des groupes de travailleurs d'une &#233;quipe ou d'un atelier, et qui&lt;br class='autobr' /&gt;
fait pas exemple que ni ceux qui en font trop, ni ceux qui n'en font pas&lt;br class='autobr' /&gt;
assez ne sont tol&#233;r&#233;s. Les groupes humaines n'ont jamais &#233;t&#233; et ne sont&lt;br class='autobr' /&gt;
jamais des conglom&#233;rats chaotiques d'individus uniquement mus par&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;go&#239;sme et en lutte les uns contre les autres, comme veulent le faire&lt;br class='autobr' /&gt;
croire les id&#233;ologues du capitalisme et de la bureaucratie qui&lt;br class='autobr' /&gt;
n'expriment ainsi que leur propre mentalit&#233;. Dans les groupes, et en&lt;br class='autobr' /&gt;
particulier ceux qui sont attel&#233;s &#224; une t&#226;che commune permanente,&lt;br class='autobr' /&gt;
surgissent toujours des normes de comportement et une pression collective&lt;br class='autobr' /&gt;
qui les fait respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Autogestion, comp&#233;tence et d&#233;cision&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Venons-en maintenant &#224; l'autre fonction essentielle de la hi&#233;rarchie, qui&lt;br class='autobr' /&gt;
appara&#238;t comme ind&#233;pendante de la structure sociale contemporaine : les&lt;br class='autobr' /&gt;
fonctions de d&#233;cision et de direction. La question qui se pose est la&lt;br class='autobr' /&gt;
suivante : pourquoi les collectivit&#233;s concern&#233;es ne pourraient-elles pas&lt;br class='autobr' /&gt;
accomplir elles-m&#234;mes cette fonction, se diriger d'elles-m&#234;mes et d&#233;cider&lt;br class='autobr' /&gt;
pour elles-m&#234;mes, pourquoi faudrait-il qu'il y ait une couche&lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;re de gens, organis&#233;s dans un appareil &#224; part, qui d&#233;cident et&lt;br class='autobr' /&gt;
qui dirigent ? A cette question, les d&#233;fenseurs du syst&#232;me actuel&lt;br class='autobr' /&gt;
fournissent deux sortes de r&#233;ponses. L'une s'appuie sur l'invocation du &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
savoir &#187; et de la &#171; comp&#233;tence &#187; : il faut que ceux qui savent, ou ceux&lt;br class='autobr' /&gt;
qui sont comp&#233;tents, d&#233;cident. L'autre affirme, &#224; mots plus ou moins&lt;br class='autobr' /&gt;
couverts, qu'il faut de toute fa&#231;on que quelque-uns d&#233;cident, parce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'autrement ce serait le chaos, autrement dit parce que la collectivit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
serait incapable de se diriger elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Personne ne conteste l'importance du savoir et de la comp&#233;tence, ni,&lt;br class='autobr' /&gt;
surtout, le fait qu'aujourd'hui &lt;i&gt;un certain savoir&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;une certaine&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;tence&lt;/i&gt; sont r&#233;serv&#233;s &#224; une minorit&#233;. Mais, ici encore, ces faits ne&lt;br class='autobr' /&gt;
sont invoqu&#233;s que pour couvrir des sophismes. Ce ne sont pas ceux qui ont&lt;br class='autobr' /&gt;
le plus de savoir et de comp&#233;tence en g&#233;n&#233;ral qui dirigent dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me actuel. Ceux qui dirigent, ce sont ceux qui se sont montr&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
capables de monter dans l'appareil hi&#233;rarchique, ou ceux qui, en fonction&lt;br class='autobr' /&gt;
de leur origine familiale et sociale, y ont &#233;t&#233; d&#232;s le d&#233;part mis sur les&lt;br class='autobr' /&gt;
bons rails, apr&#232;s avoir obtenu quelques dipl&#244;mes. Dans les deux cas, la &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;tence &#187; exig&#233;e pour se maintenir ou pour s'&#233;lever dans l'appareil&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchique concerne beaucoup plus la capacit&#233; de se d&#233;fendre et de&lt;br class='autobr' /&gt;
vaincre dans la concurrence que se livrent individus, cliques et clans au&lt;br class='autobr' /&gt;
sein de l'appareil hi&#233;rarchique-bureaucratique, que l'aptitude &#224; diriger&lt;br class='autobr' /&gt;
un travail collectif. En deuxi&#232;me lieu, ce n'est pas parce que quelqu'un&lt;br class='autobr' /&gt;
ou quelques-uns poss&#232;dent un savoir ou une comp&#233;tence technique ou&lt;br class='autobr' /&gt;
scientifique, que la meilleure mani&#232;re des les utiliser est de leur&lt;br class='autobr' /&gt;
confier la direction d'un ensemble d'activit&#233;s. On peut &#234;tre un excellent&lt;br class='autobr' /&gt;
ing&#233;nieur dans sa sp&#233;cialit&#233;, sans pour autant &#234;tre capable de &#171; diriger&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; l'ensemble d'un d&#233;partement d'une usine. Il n'y a du reste qu'&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
constater ce qui se passe actuellement &#224; cet &#233;gard. Techniciens et&lt;br class='autobr' /&gt;
sp&#233;cialistes sont g&#233;n&#233;ralement confin&#233;s dans leur domaine particulier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#171; dirigeants &#187; s'entourent de quelques conseillers techniques,&lt;br class='autobr' /&gt;
recueillent leurs avis sur les d&#233;cisions &#224; prendre (avis qui souvent&lt;br class='autobr' /&gt;
divergent entre eux) et finalement &#171; d&#233;cident &#187;. On voit clairement ici&lt;br class='autobr' /&gt;
l'absurdit&#233; de l'argument. Si le &#171; dirigeant &#187; d&#233;cidait en fonction de&lt;br class='autobr' /&gt;
son &#171; savoir &#187; et de sa &#171; comp&#233;tence &#187;, il devrait &#234;tre savant et&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;tent &#224; propos de tout, soit directement, soit pour d&#233;cider lequel,&lt;br class='autobr' /&gt;
parmi les avis divergents des sp&#233;cialistes, est le meilleur. Cela est&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;videmment impossible, et les dirigeants tranchent en fait&lt;br class='autobr' /&gt;
arbitrairement, en fonction de leur &#171; jugement &#187;. Or ce &#171; jugement &#187; d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
seul n'a aucune raison d'&#234;tre plus valable que le jugement qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
formerait dans une collectivit&#233; autog&#233;r&#233;e, &#224; partir d'une exp&#233;rience&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;elle infiniment plus ample que celle d'un seul individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Autogestion, sp&#233;cialisation et rationnalit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Savoir et comp&#233;tence sont par d&#233;finition sp&#233;cialis&#233;s, et le deviennent&lt;br class='autobr' /&gt;
davantage chaque jour. Sorti de son domaine sp&#233;cial, le technicien ou le&lt;br class='autobr' /&gt;
sp&#233;cialiste n'est pas plus capable que n'importe qui d'autre de prendre&lt;br class='autobr' /&gt;
une bonne d&#233;cision. M&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de son domaine particulier, du&lt;br class='autobr' /&gt;
reste, son point de vue est fatalement limit&#233;. D'un c&#244;t&#233;, il ignore les&lt;br class='autobr' /&gt;
autres domaines, qui sont n&#233;cessairement en interaction avec le sien, et&lt;br class='autobr' /&gt;
tend naturellement &#224; les n&#233;gliger. Ainsi, dans les entreprises comme dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les administrations actuelles, la question de la coordination &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
horizontale &#187; des services de direction est un cauchemar perp&#233;tuel. On en&lt;br class='autobr' /&gt;
est venu, depuis longtemps, &#224; cr&#233;er des sp&#233;cialistes de la coordination&lt;br class='autobr' /&gt;
pour coordonner les activit&#233;s des sp&#233;cialistes de la direction -qui&lt;br class='autobr' /&gt;
s'av&#232;rent ainsi incapables de se diriger eux-m&#234;mes. D'un autre c&#244;t&#233; et&lt;br class='autobr' /&gt;
surtout, les sp&#233;cialistes plac&#233;s dans l'appareil de direction sont de ce&lt;br class='autobr' /&gt;
fait m&#234;me s&#233;par&#233;s du processus r&#233;el de production, de ce qui s'y passe,&lt;br class='autobr' /&gt;
des conditions dans lesquelles les travailleurs doivent effectuer leur&lt;br class='autobr' /&gt;
travail. La plupart du temps, les d&#233;cisions prises par les bureaux apr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de savants calculs, parfaites sur le papier, s'av&#232;rent inapplicables&lt;br class='autobr' /&gt;
telles quelles, car elles n'ont pas tenu suffisamment compte des&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions r&#233;elles dans lesquelles elles auront &#224; &#234;tre appliqu&#233;es. Or ces&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions r&#233;elles, par d&#233;finition, seule la collectivit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
travailleurs les conna&#238;t. Tout le monde sait que ce fait est, dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
entreprises contemporaines, une source de conflits perp&#233;tuels et d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
gaspillage immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Par contre, savoir et comp&#233;tence peuvent &#234;tre rationnellement utilis&#233;s si&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui les poss&#232;dent sont replong&#233;s dans la collectivit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
producteurs, s'ils deviennent une des composantes des d&#233;cisions que cette&lt;br class='autobr' /&gt;
collectivit&#233; aura &#224; prendre. L'autogestion exige la coop&#233;ration entre&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui poss&#232;dent un savoir ou une comp&#233;tence particuliers, et ceux qui&lt;br class='autobr' /&gt;
assument le travail productif au sens strict. Elle est totalement&lt;br class='autobr' /&gt;
incompatible avec une s&#233;paration de ces deux cat&#233;gories. Ce n'est que si&lt;br class='autobr' /&gt;
une telle coop&#233;ration s'instaure, que ce savoir et cette comp&#233;tence&lt;br class='autobr' /&gt;
pourront &#234;tre pleinement utilis&#233;s ; tandis que, aujourd'hui, ils ne sont&lt;br class='autobr' /&gt;
utilis&#233;s que pour une petite partie, puisque ceux qui les poss&#232;dent sont&lt;br class='autobr' /&gt;
confin&#233;s &#224; des t&#226;ches limit&#233;es, &#233;troitement circonscrites par la division&lt;br class='autobr' /&gt;
du travail &#224; l'int&#233;rieur de l'appareil de direction. Surtout, seule cette&lt;br class='autobr' /&gt;
coop&#233;ration peut assurer que savoir et comp&#233;tence seront mis&lt;br class='autobr' /&gt;
effectivement au service de la collectivit&#233;, et non pas de fins&lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une telle coop&#233;ration pourrait-elle se d&#233;rouler sans que des conflits&lt;br class='autobr' /&gt;
surgissent entre les &#171; sp&#233;cialistes &#187; et les autres travailleurs ? Si un&lt;br class='autobr' /&gt;
sp&#233;cialiste affirme, &#224; partir de son savoir sp&#233;cialis&#233;, que tel m&#233;tal,&lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'il poss&#232;de telles propri&#233;t&#233;s, est le plus indiqu&#233; pour tel outil&lt;br class='autobr' /&gt;
ou telle pi&#232;ce, on ne voit pas pourquoi et &#224; partir de quoi cela pourrait&lt;br class='autobr' /&gt;
soulever des objections gratuites de la part des ouvriers. M&#234;me dans ce&lt;br class='autobr' /&gt;
cas, du reste, une d&#233;cision rationnelle exige que les ouvriers n'y soient&lt;br class='autobr' /&gt;
pas &#233;trangers -par exemple, parce que les propri&#233;t&#233;s du mat&#233;riau choisi&lt;br class='autobr' /&gt;
jouent un r&#244;le pendant l'usinage des pi&#232;ces ou des outils. Mais les&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cisions vraiment importantes concernant la production comportent&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours une dimension essentielle relative au r&#244;le et &#224; la place des&lt;br class='autobr' /&gt;
hommes dans la production. L&#224;-dessus, il n'existe -par d&#233;finition- aucun&lt;br class='autobr' /&gt;
savoir et aucune comp&#233;tence qui puisse primer le point de vue de ceux qui&lt;br class='autobr' /&gt;
auront &#224; effectuer r&#233;ellement le travail. Aucune organisation d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
cha&#238;ne de fabrication ou d'assemblage ne peut &#234;tre, ni rationnelle, ni&lt;br class='autobr' /&gt;
acceptable, si elle a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e sans tenir compte du point de vue de&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui y travailleront. Parce qu'elles n'en tiennent pas compte, ces&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cisions sont actuellement presque toujours bancales, et si la&lt;br class='autobr' /&gt;
production marche quand m&#234;me, c'est parce que les ouvriers s'organisent&lt;br class='autobr' /&gt;
entre eux pour la faire marcher, en transgressant les r&#232;gles et les&lt;br class='autobr' /&gt;
instructions &#171; officielles &#187; sur l'organisation du travail. Mais, m&#234;me si&lt;br class='autobr' /&gt;
on les suppose &#171; rationnelles &#187; du point de vue &#233;troit de l'efficacit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
productive, ces d&#233;cisions sont inacceptables pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elles&lt;br class='autobr' /&gt;
sont, et ne peuvent qu'&#234;tre, exclusivement bas&#233;es sur le principe de l' &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
efficacit&#233; productive &#187;. cela veut dire qu'elles tendent &#224; subordonner&lt;br class='autobr' /&gt;
int&#233;gralement les travailleurs au processus de fabrication, et &#224; les&lt;br class='autobr' /&gt;
traiter comme des pi&#232;ces du m&#233;canisme productif. Or cela n'est pas d&#251; &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la m&#233;chancet&#233; de la direction, &#224; sa b&#234;tise, ni m&#234;me simplement &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
recherche du profit. (A preuve que l' &#171; Organisation du travail &#187; est&lt;br class='autobr' /&gt;
rigoureusement la m&#234;me dans les pays de l'Est et les pays occidentaux).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela est la cons&#233;quence directe et in&#233;vitable d'un syst&#232;me o&#249; les&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cisions sont prises par d'autres que ceux qui auront &#224; les r&#233;aliser ;&lt;br class='autobr' /&gt;
un tel syst&#232;me &lt;i&gt;ne peut pas&lt;/i&gt; avoir une autre &#171; logique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e ne peut pas suivre cette &#171; logique &#187;. Sa&lt;br class='autobr' /&gt;
logique est toute autre, c'est la logique de la lib&#233;ration des hommes et&lt;br class='autobr' /&gt;
de leur d&#233;veloppement. La collectivit&#233; des travailleurs peut tr&#232;s bien&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cider -et, &#224; notre avis, elle aurait raison de le faire- que pour elle,&lt;br class='autobr' /&gt;
des journ&#233;e de travail moins p&#233;nibles, moins absurdes, plus libres et&lt;br class='autobr' /&gt;
plus heureuses sont infiniment pr&#233;f&#233;rables que quelques bouts&lt;br class='autobr' /&gt;
suppl&#233;mentaires de camelote. Et, pour de tels choix, absolument&lt;br class='autobr' /&gt;
fondamentaux, il n'y a aucun crit&#232;re &#171; scientifique &#187; ou &#171; objectif &#187; qui&lt;br class='autobr' /&gt;
vaille : le seul crit&#232;re est le jugement de la collectivit&#233; elle-m&#234;me sur&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qu'elle pr&#233;f&#232;re, &#224; partir de son exp&#233;rience, de ses besoins et de ses&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cela est vrai &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Aucun crit&#232;re &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
scientifique &#187; ne permet &#224; qui que ce soit de d&#233;cider qu'il est&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;f&#233;rable pour la soci&#233;t&#233; d'avoir l'ann&#233;e prochaine plus de loisirs&lt;br class='autobr' /&gt;
plut&#244;t que plus de consommation ou l'inverse, une croissance plus rapide&lt;br class='autobr' /&gt;
ou moins rapide, etc. Celui qui dit que de tels crit&#232;res existent est un&lt;br class='autobr' /&gt;
ignorant ou un imposteur. Le seul crit&#232;re qui dans ces domaines a un&lt;br class='autobr' /&gt;
sens, c'est ce que les hommes et les femmes formant la soci&#233;t&#233; veulent,&lt;br class='autobr' /&gt;
et cela, eux seuls peuvent le d&#233;cider et personne &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AUTOGESTION ET HIERARCHIE DES SALAIRES ET DES REVENUS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Il n'y a pas de crit&#232;res objectifs qui permettent de fonder une&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchie des r&#233;mun&#233;rations.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pas plus qu'elle n'est compatible avec une hi&#233;rarchie du commandement,&lt;br class='autobr' /&gt;
une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e n'est compatible avec une hi&#233;rarchie des salaires&lt;br class='autobr' /&gt;
et des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D'abord, la hi&#233;rarchie des salaires et des revenus correspond&lt;br class='autobr' /&gt;
actuellement avec la hi&#233;rarchie du commandement -totalement, dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
pays de l'Est, pour une tr&#232;s bonne partie, dans les pays occidentaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore faut-il voir comment cette hi&#233;rarchie est-elle recrut&#233;e. Un fils&lt;br class='autobr' /&gt;
de riche sera un homme riche, un fils de cadre a toutes les chances de&lt;br class='autobr' /&gt;
devenir cadre. Ainsi, pour une grande partie, les couches qui occupent&lt;br class='autobr' /&gt;
les &#233;tages sup&#233;rieurs de la pyramide hi&#233;rarchique se perp&#233;tuent&lt;br class='autobr' /&gt;
h&#233;r&#233;ditairement. Et cela n'est pas un hasard. Un syst&#232;me social tend&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours &#224; s'autoreproduire. Si des couches sociales ont des privil&#232;ges,&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs membres feront out ce qu'ils peuvent -et leurs privil&#232;ges&lt;br class='autobr' /&gt;
signifient pr&#233;cis&#233;ment qu'ils peuvent &#233;norm&#233;ment &#224; cet &#233;gard- pour les&lt;br class='autobr' /&gt;
transmettre &#224; leurs descendants. Dans la mesure o&#249;, dans un tel syst&#232;me,&lt;br class='autobr' /&gt;
ces couches ont besoin d' &#171; hommes nouveaux &#187; -parce que les appareils de&lt;br class='autobr' /&gt;
direction s'&#233;tendent et prolif&#232;rent- elles s&#233;lectionnent, parmi les&lt;br class='autobr' /&gt;
descendants des couches &#171; inf&#233;rieures &#187;, les plus &#171; aptes &#187; pour les&lt;br class='autobr' /&gt;
coopter en leur sein. Dans cette mesure, il peut appara&#238;tre que le &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
travail &#187; et les &#171; capacit&#233;s &#187; de ceux qui ont &#233;t&#233; coopt&#233;s ont jou&#233; un&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#244;le dans leur carri&#232;re, qui r&#233;compense leur &#171; m&#233;rite &#187;. Mais, encore une&lt;br class='autobr' /&gt;
fois, &#171; capacit&#233;s &#187; et &#171; m&#233;rite &#187; signifient ici essentiellement la&lt;br class='autobr' /&gt;
capacit&#233; de s'adapter au syst&#232;me r&#233;gnant et de mieux le servir. De telles&lt;br class='autobr' /&gt;
capacit&#233;s n'ont pas de sens pour une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e et de son point de&lt;br class='autobr' /&gt;
vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Certes, des gens peuvent penser que, m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e, les&lt;br class='autobr' /&gt;
individus les plus courageux, les plus tenaces, les plus travailleurs,&lt;br class='autobr' /&gt;
les plus &#171; comp&#233;tents &#187;, devraient avoir droit &#224; une &#171; r&#233;compense &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;re, et que celle-ci devrait &#234;tre financi&#232;re. Et cela nourrit&lt;br class='autobr' /&gt;
l'illusion qu'il pourrait y avoir une hi&#233;rarchie des revenus qui soit&lt;br class='autobr' /&gt;
justifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette illusion ne r&#233;siste pas &#224; l'examen. Pas plus que dans le syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
actuel, on ne voit pas sur quoi on pourrait fonder logiquement et&lt;br class='autobr' /&gt;
justifier de mani&#232;re chiffr&#233;e des diff&#233;rences de r&#233;mun&#233;ration. Pourquoi&lt;br class='autobr' /&gt;
telle comp&#233;tence devrait valoir &#224; son possesseur quatre fois plus de&lt;br class='autobr' /&gt;
revenu qu'&#224; un autre, et non pas deux ou douze ? Quel sens cela a de dire&lt;br class='autobr' /&gt;
que la comp&#233;tence d'un bon chirurgien vaut exactement autant -ou plus, ou&lt;br class='autobr' /&gt;
moins- que celle d'un bon ing&#233;nieur ? Et pourquoi ne vaut-elle pas&lt;br class='autobr' /&gt;
exactement autant que celle d'un bon conducteur de train ou d'un bon&lt;br class='autobr' /&gt;
instituteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une fois sortis de quelques domaines tr&#232;s &#233;troits, et priv&#233;s de&lt;br class='autobr' /&gt;
signification g&#233;n&#233;rale, il n'y a pas de crit&#232;res objectifs pour mesurer&lt;br class='autobr' /&gt;
et comparer entre eux les comp&#233;tences, les connaissances et le savoir&lt;br class='autobr' /&gt;
d'individus diff&#233;rents. Et, si c'est la soci&#233;t&#233; qui supporte les frais&lt;br class='autobr' /&gt;
d'acquisition du savoir par un individu -comme c'est pratiquement d&#233;j&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
maintenant le cas- on ne voit pas pourquoi l'individu qui a d&#233;j&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
b&#233;n&#233;fici&#233; une fois du privil&#232;ge que cette acquisition constitue en&lt;br class='autobr' /&gt;
elle-m&#234;me, devrait en b&#233;n&#233;ficier une deuxi&#232;me fois sous forme d'un revenu&lt;br class='autobr' /&gt;
sup&#233;rieur. La m&#234;me chose vaut du reste pour le &#171; m&#233;rite &#187; et &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'intelligence &#187;. Il y a certes des individus qui naissent plus dou&#233;s que&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autres relativement &#224; certaines activit&#233;s, ou le deviennent. Ces&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rences sont en g&#233;n&#233;ral r&#233;duites, et leur d&#233;veloppement d&#233;pend&lt;br class='autobr' /&gt;
surtout du milieu familial, social et &#233;ducatif. Mais en tout cas, dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
mesure o&#249; quelqu'un a un &#8220;don&#8221;, l'exercice de ce &#8220;don&#8221; est en lui-m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
une source de plaisir s'il n'est pas entrav&#233;. Et, pour les rares&lt;br class='autobr' /&gt;
individus qui sont exceptionnellement dou&#233;s, ce qui importe n'est pas une&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;r&#233;compense&#8221; financi&#232;re, mais de cr&#233;er ce qu'ils sont irr&#233;sistiblement&lt;br class='autobr' /&gt;
pouss&#233;s &#224; cr&#233;er. Si Einstein avait &#233;t&#233; int&#233;ress&#233; par l'argent, il ne&lt;br class='autobr' /&gt;
serait pas devenu Einstein -et il est probable qu'il aurait fait un&lt;br class='autobr' /&gt;
patron ou un financier assez m&#233;diocre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On met parfois en avant cet argument incroyable, que sans une hi&#233;rarchie&lt;br class='autobr' /&gt;
des salaires la soci&#233;t&#233; ne pourrait pas trouver des gens qui acceptent&lt;br class='autobr' /&gt;
d'accomplir les fonctions les plus &#8220;difficiles&#8221; -et l'on pr&#233;sente comme&lt;br class='autobr' /&gt;
telles les fonctions de cadre, de dirigeant, etc. On conna&#238;t la phrase si&lt;br class='autobr' /&gt;
souvent r&#233;p&#233;t&#233;e par les &#8220;responsables&#8221; : &#8220;si tout le monde gagne la m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
chose, alors je pr&#233;f&#232;re prendre le balai.&#8221; Mais dans des pays comme la&lt;br class='autobr' /&gt;
Su&#232;de, o&#249; les &#233;carts de salaire sont devenus beaucoup moindres qu'en&lt;br class='autobr' /&gt;
France, les entreprises ne fonctionnent pas plus mal qu'en France, et&lt;br class='autobr' /&gt;
l'on n'a pas vu les cadres se ruer sur les balais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce que l'on constate de plus en plus dans les pays industrialis&#233;s, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
plut&#244;t le contraire : les personnes qui d&#233;sertent les entreprises, sont&lt;br class='autobr' /&gt;
celles qui occupent les emplois vraiment les plus difficiles
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c'est-&#224;-dire les plus p&#233;nibles et les moins int&#233;ressants. Et&lt;br class='autobr' /&gt;
l'augmentation des salaires du personnel correspondant n'arrive pas &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
arr&#234;ter l'h&#233;morragie. De ce fait, ces travaux sont de plus en plus&lt;br class='autobr' /&gt;
laiss&#233;s &#224; la main-d'oeuvre immigr&#233;e. Ce ph&#233;nom&#232;ne s'explique si l'on&lt;br class='autobr' /&gt;
reconna&#238;t cette &#233;vidence, qu'&#224; moins d'y &#234;tre contraints par la mis&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
les gens refusent de plus en plus d'&#234;tre employ&#233;s &#224; des travaux idiots.&lt;br class='autobr' /&gt;
On n'a jamais constat&#233; le ph&#233;nom&#232;ne inverse, et l'on peut parier qu'il&lt;br class='autobr' /&gt;
continuera d'en &#234;tre ainsi. On arrive donc &#224; cette conclusion, d'apr&#232;s la&lt;br class='autobr' /&gt;
logique m&#234;me de cet argument, que ce sont les travaux les plus&lt;br class='autobr' /&gt;
int&#233;ressants qui devraient &#234;tre le moins r&#233;mun&#233;r&#233;s. car, sous toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions, ce sont l&#224; les travaux les plus attirants pour les gens,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est-&#224;-dire que la motivation pour les choisir et les accomplir se&lt;br class='autobr' /&gt;
trouve d&#233;j&#224;, pour une grande partie, dans la nature m&#234;me du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Autogestion, motivation au travail et production pour les besoins&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais &#224; quoi reviennent finalement tous les arguments visant &#224; justifier&lt;br class='autobr' /&gt;
la hi&#233;rarchie dans une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e, quelle est l'id&#233;e cach&#233;e sur&lt;br class='autobr' /&gt;
laquelle ils se fondent ? C'est que les gens ne choisissent un travail et&lt;br class='autobr' /&gt;
ne le font que pour gagner plus que les autres. mais cela, pr&#233;sent&#233; comme&lt;br class='autobr' /&gt;
une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle concernant la nature humaine, n'est en r&#233;alit&#233; que&lt;br class='autobr' /&gt;
la mentalit&#233; capitaliste qui a plus ou moins p&#233;n&#233;tr&#233; la soci&#233;t&#233; (et qui,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme le montre la persistance de la hi&#233;rarchie des salaires dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
pays de l'Est, reste aussi dominante l&#224;-bas). Or cette mentalit&#233; est une&lt;br class='autobr' /&gt;
des conditions pour que le syst&#232;me actuel existe et se perp&#233;tue -et&lt;br class='autobr' /&gt;
inversement, elle ne peut exister que pour autant que le syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
continue. Les gens attachent une importance aux diff&#233;rences de revenu,&lt;br class='autobr' /&gt;
parce que de telles diff&#233;rences existent, et parce que, dans le syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
social actuel, elles sont pos&#233;es comme importantes. Si l'on peut gagner&lt;br class='autobr' /&gt;
un million par mois plut&#244;t que cent mille francs, et si le syst&#232;me social&lt;br class='autobr' /&gt;
nourrit par tous ses aspects l'id&#233;e que celui qui gagne un million vaut&lt;br class='autobr' /&gt;
plus, est meilleur que celui qui ne gagne que cent mille francs -alors&lt;br class='autobr' /&gt;
effectivement, beaucoup de gens (pas tous du reste, m&#234;me aujourd'hui)&lt;br class='autobr' /&gt;
seront motiv&#233;s &#224; tout faire pour gagner un million plut&#244;t que cent mille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si une telle diff&#233;rence n'existe pas dans le syst&#232;me social ; s'il&lt;br class='autobr' /&gt;
est consid&#233;r&#233; comme tout aussi absurde de vouloir gagner plus que les&lt;br class='autobr' /&gt;
autres que nous consid&#233;rons aujourd'hui absurde (du moins la plupart&lt;br class='autobr' /&gt;
d'entre nous) de vouloir &#224; tout prix faire pr&#233;c&#233;der son nom d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
particule, alors d'autres motivations, qui ont, elles, une valeur sociale&lt;br class='autobr' /&gt;
vraie, pourront appara&#238;tre ou plut&#244;t s'&#233;panouir : l'int&#233;r&#234;t du travail&lt;br class='autobr' /&gt;
lui-m&#234;me, le plaisir de bien faire ce que l'on a soi-m&#234;me choisi de&lt;br class='autobr' /&gt;
faire, l'invention, la cr&#233;ativit&#233;, l'estime et la reconnaissance des&lt;br class='autobr' /&gt;
autres. Inversement, aussi longtemps que la mis&#233;rable motivation&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomique sera l&#224;, toutes ces autres motivations seront atrophi&#233;es et&lt;br class='autobr' /&gt;
estropi&#233;es depuis l'enfance des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car un syst&#232;me hi&#233;rarchique est bas&#233; sur la concurrence des individus, et&lt;br class='autobr' /&gt;
la lutte de tous contre tous. Il dresse constamment les hommes les uns&lt;br class='autobr' /&gt;
contre les autres, et les incite &#224; utiliser tous les moyens pour&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;monter&#8221;. Pr&#233;senter la concurrence cruelle et sordide qui se d&#233;roule dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la hi&#233;rarchie du pouvoir, du commandement, des revenus, comme une&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;comp&#233;tition&#8221; sportive o&#249; les &#8220;meilleurs&#8221; gagnent dans un jeu honn&#234;te,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est prendre les gens pour des imb&#233;ciles et croire qu'ils ne voient pas&lt;br class='autobr' /&gt;
comment les choses se passent r&#233;ellement dans un syst&#232;me hi&#233;rarchique,&lt;br class='autobr' /&gt;
que ce soit &#224; l'usine, dans les bureaux, dans l'Universit&#233;, et m&#234;me de&lt;br class='autobr' /&gt;
plus en plus dans la recherche scientifique depuis que celle-ci est&lt;br class='autobr' /&gt;
devenue une immense entreprise bureaucratique. L'existence de la&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchie est bas&#233;e sur la lutte sans merci de chacun contre tous les&lt;br class='autobr' /&gt;
autres -et elle exacerbe cette lutte. C'est pourquoi d'ailleurs la jungle&lt;br class='autobr' /&gt;
devient de plus en plus impitoyable au fur et &#224; mesure que l'on monte les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;chelons de la hi&#233;rarchie -et que l'on ne rencontre la coop&#233;ration qu'&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la base, l&#224; o&#249; les possibilit&#233;s de &#8220;promotion&#8221; sont r&#233;duites ou&lt;br class='autobr' /&gt;
inexistantes. Et l'introduction artificielle de diff&#233;renciations &#224; ce&lt;br class='autobr' /&gt;
niveau, par la direction des entreprises, vise pr&#233;cis&#233;ment &#224; briser cette&lt;br class='autobr' /&gt;
coop&#233;ration. Or, du moment o&#249; il y aurait des privil&#232;ges d'une nature&lt;br class='autobr' /&gt;
quelconque, mais particuli&#232;rement de nature &#233;conomique, rena&#238;trait&lt;br class='autobr' /&gt;
imm&#233;diatement la concurrence entre individus, en m&#234;me temps que la&lt;br class='autobr' /&gt;
tendance &#224; s'agripper aux privil&#232;ges que l'on poss&#232;de d&#233;j&#224;, et, &#224; cette&lt;br class='autobr' /&gt;
fin, &#224; essayer aussi d'acqu&#233;rir plus de pouvoir et &#224; le soustraire au&lt;br class='autobr' /&gt;
contr&#244;le des autres. D&#232;s ce moment-l&#224;, il ne peut plus &#234;tre question&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Enfin, une hi&#233;rarchie des salaires et des revenus est tout autant&lt;br class='autobr' /&gt;
incompatible avec une organisation rationnelle de l'&#233;conomie d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e. Car une telle hi&#233;rarchie fausse imm&#233;diatement et&lt;br class='autobr' /&gt;
lourdement l'expression de la demande sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une organisation rationnelle de l'&#233;conomie d'une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
implique, en effet, aussi longtemps que les objets et les services&lt;br class='autobr' /&gt;
produits par la soci&#233;t&#233; ont encore un &#8220;prix&#8221; -aussi longtemps que l'on ne&lt;br class='autobr' /&gt;
peut pas les distribuer librement-, et que donc il y a un &#8220;march&#233;&#8221; pour&lt;br class='autobr' /&gt;
les biens de consommation individuelle, que la production est orient&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
d'apr&#232;s les indications de ce march&#233;, c'est-&#224;-dire finalement par la&lt;br class='autobr' /&gt;
demande solvable des consommateurs. Car il n'y a pas, pour commencer,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autre syst&#232;me d&#233;fendable. Contrairement &#224; un slogan r&#233;cent, que l'on ne&lt;br class='autobr' /&gt;
peut approuver que m&#233;taphoriquement, on ne peut pas donner &#224; tous &#8220;tout&lt;br class='autobr' /&gt;
et tout de suite&#8221;. Il serait d'autre part absurde de limiter la&lt;br class='autobr' /&gt;
consommation par rationnement autoritaire qui &#233;quivaudrait &#224; une tyrannie&lt;br class='autobr' /&gt;
intol&#233;rable et stupide sur les pr&#233;f&#233;rences de chacun : pourquoi&lt;br class='autobr' /&gt;
distribuer &#224; chacun un disque et quatre tickets de cin&#233;ma par mois,&lt;br class='autobr' /&gt;
lorsqu'il y a des gens qui pr&#233;f&#232;rent la musique aux images, et d'autres&lt;br class='autobr' /&gt;
le contraire -sans parler des sourds et des aveugles ? Mais un &#8220;march&#233;&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
des biens de consommation individuelle n'est vraiment d&#233;fendable que pour&lt;br class='autobr' /&gt;
autant qu'il est vraiment d&#233;mocratique -&#224; savoir, que les bulletins de&lt;br class='autobr' /&gt;
vote de chacun y ont le m&#234;me poids. Ces bulletins de vote, sont les&lt;br class='autobr' /&gt;
revenus de chacun. Si ces revenus sont in&#233;gaux, ce vote est imm&#233;diatement&lt;br class='autobr' /&gt;
truqu&#233; : il y a des gens dont la voix compte beaucoup plus que celles des&lt;br class='autobr' /&gt;
autres. Ainsi aujourd'hui, le &#8220;vote&#8221; du riche pour une villa sur la C&#244;te&lt;br class='autobr' /&gt;
d'Azur ou un avion personnel p&#232;se beaucoup plus que le vote d'un mal log&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
pour un logement d&#233;cent, ou d'un manoeuvre pour un voyage en train&lt;br class='autobr' /&gt;
seconde classe. Et il faut se rendre compte que l'impact de la&lt;br class='autobr' /&gt;
distribution in&#233;gale des revenus sur la structure de la production des&lt;br class='autobr' /&gt;
biens de consommation est immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un exemple arithm&#233;tique, qui ne pr&#233;tend pas &#234;tre rigoureux, mais est&lt;br class='autobr' /&gt;
proche de la r&#233;alit&#233; en ordre de grandeur, permet de l'illustrer. Si l'on&lt;br class='autobr' /&gt;
suppose que l'on pourrait grouper les 80% de la population fran&#231;aise aux&lt;br class='autobr' /&gt;
revenus les plus bas autour d'une moyenne de 20 000 par an apr&#232;s imp&#244;ts&lt;br class='autobr' /&gt;
(les revenus les plus bas en France, qui concernent une cat&#233;gorie fort&lt;br class='autobr' /&gt;
nombreuse, les vieux sans retraite ou avec une petite retraite, sont de&lt;br class='autobr' /&gt;
loin inf&#233;rieurs au S.M.I.C.) et les 20% restants autour d'une moyenne de&lt;br class='autobr' /&gt;
80 000 par an apr&#232;s imp&#244;ts, on voit par un calcul simple que ces deux&lt;br class='autobr' /&gt;
cat&#233;gories se partageraient par moiti&#233; le revenu disponible pour la&lt;br class='autobr' /&gt;
consommation. Dans ces conditions, un cinqui&#232;me de la population&lt;br class='autobr' /&gt;
disposerait d'autant de pouvoir de consommation que les autres quatre&lt;br class='autobr' /&gt;
cinqui&#232;mes. Cela veut dire aussi qu'environ 35% de la production de biens&lt;br class='autobr' /&gt;
de consommation du pays sont &lt;i&gt;exclusivement&lt;/i&gt; orient&#233;s d'apr&#232;s la demande du&lt;br class='autobr' /&gt;
groupe le plus favoris&#233; et destin&#233;s &#224; sa satisfaction, &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt; satisfaction&lt;br class='autobr' /&gt;
des besoins &#8220;&#233;l&#233;mentaires&#8221; de ce m&#234;me groupe ; ou encore, que 30% de&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes les personnes employ&#233;es travaillent pour satisfaire les &#8220;besoins&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;non essentiels&lt;/i&gt; des cat&#233;gories les plus favoris&#233;es (en supposant que le&lt;br class='autobr' /&gt;
rapport consommation/investissement est de 4 &#224; 1 -ce qui est en gros&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ordre de grandeur observ&#233; dans la r&#233;alit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On voit donc que l'orientation de la production que le &#8220;march&#233;&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
imposerait dans ces conditions ne refl&#233;terait pas les besoins de la&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233;, mais une image d&#233;form&#233;e, dans laquelle la consommation non&lt;br class='autobr' /&gt;
essentielle des couches favoris&#233;es aurait un poids disproportionn&#233;. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
est difficile de croire que, dans une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e, o&#249; ces faits&lt;br class='autobr' /&gt;
seraient connus de tous avec exactitude et pr&#233;cision, les gens&lt;br class='autobr' /&gt;
tol&#233;reraient une telle situation ; ou qu'ils pourraient, dans ces&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions, consid&#233;rer la production comme leur propre affaire, et se&lt;br class='autobr' /&gt;
sentir concern&#233;s -sans quoi il ne pourrait une minute &#234;tre question&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La suppression de la hi&#233;rarchie des salaires est donc le seul moyen&lt;br class='autobr' /&gt;
d'orienter la production d'apr&#232;s les besoins de la collectivit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;liminer la lutte de tous contre tous et la mentalit&#233; &#233;conomique, et de&lt;br class='autobr' /&gt;
permettre la participation int&#233;ress&#233;e, au vrai sens du terme, de tous les&lt;br class='autobr' /&gt;
hommes et de toutes les femmes &#224; la gestion des affaires de la&lt;br class='autobr' /&gt;
collectivit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Texte &#233;crit en collaboration avec Daniel Moth&#233; et publi&#233; dans &lt;i&gt;CFDT Aujourd'hui&lt;/i&gt;, n&#176;8, juillet-aout 1974.&lt;br&gt;
Repris dans &lt;i&gt;Le contenu du socialisme&lt;/i&gt;, UGE 10/18, 1979.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Ces &#034;&#233;v&#233;nements&#034;... qui n'existent pas !</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article220</link>
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		<dc:date>2005-03-05T16:27:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Brune</dc:creator>


		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias de masse, autom&#233;dia</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#8220;11 septembre 2001, New York : 3000 personnes p&#233;rissent dans l'effondrement de deux tours, &#224; la suite d'une attaque terroriste. C'est un &#233;v&#232;nement. Immense, infiniment comment&#233;, tragique. L'Apocalypse, a-t-on dit... Chaque jour, sur Terre : 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent de malnutrition et de maladies infectieuses. C'est un fait. Regrettable. Parfois rappel&#233;, au hasard des infos... Mais alors, qu'est-ce qu'un &#8220;&#233;v&#232;nement&#8221;, parmi les milliards de faits qui &#224; tout moment &#233;maillent la surface de notre plan&#232;te ?&#8221; Fran&#231;ois Brune se livre ici &#224; une analyse critique, claire et sans concession du syst&#232;me m&#233;diatique. (Extrait de son livre &lt;i&gt;De l'id&#233;ologie aujourd'hui&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;M&#233;dias de masse, autom&#233;dia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L142xH150/arton220-d2205.jpg?1780461443' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='142' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff220.jpg?1128977607&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11 septembre 2001, New York&lt;/strong&gt; : 3000 personnes p&#233;rissent dans l'effondrement de deux tours, &#224; la suite d'une attaque terroriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est un &lt;i&gt;&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;. Immense, infiniment comment&#233;, tragique. L'Apocalypse, a-t-on dit...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Chaque jour, sur Terre&lt;/strong&gt; : 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent de malnutrition et de maladies infectieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est un &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt;. Regrettable. Parfois rappel&#233;, au hasard des infos...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais alors, qu'est-ce qu'un &#171; &#233;v&#233;nement &#187;, parmi les milliards de faits qui &#224; tout moment &#233;maillent la surface de notre plan&#232;te ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1/ La notion d'&#233;v&#233;nement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Cinq &#233;l&#233;ments plus ou moins constituants permettent de caract&#233;riser la notion d'&#233;v&#233;nement. Chacune de ces approches nous permet de mieux voir en quoi l'emploi de ce terme trahit les r&#233;alit&#233;s qu'il feint de traduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A/ &lt;strong&gt;L'&#233;v&#233;nement, c'est ce qui advient, ce qui se produit en dehors de toute pr&#233;visibilit&#233;.&lt;/strong&gt; C'est la d&#233;finition en quelque sorte &#233;tymologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A vrai dire, &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; &#233;tait consid&#233;r&#233; &#224; l'&#233;poque classique comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui &lt;i&gt;advient&lt;/i&gt; (evenit) ne &lt;i&gt;pr&#233;vient&lt;/i&gt; pas. Cela semble surgir tout &#224; coup, comme un effet sans cause. Il faut m&#234;me que l'on soit surpris. Lorsque &#171; ce qui se passe &#187; est devenu habituel, on a l'impression qu'il ne se passe rien... Plus est &lt;i&gt;brutale&lt;/i&gt; l'information qui &#171; &#233;clate &#187; soudain dans le champ m&#233;diatique, plus elle semble m&#233;riter le nom d'&lt;i&gt;&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt; - l'exemple type &#233;tant celui de l'explosion accidentelle dans une usine ou un immeuble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parfait contre exemple, li&#233; aussi &#224; l'explosion quotidienne des moteurs &#171; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bien entendu, ce mot (avec son &#233;clat) renvoie toujours &#224; une certaine r&#233;alit&#233;. Mais il importe d&#232;s &#224; pr&#233;sent de distinguer :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'une part la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; en soi ainsi qualifi&#233;e, qu'on supposera complexe et multidimensionnelle ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'autre part, l'acte qui la nomme &lt;i&gt;&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt; (ou la dramatise comme telle), choisissant de percevoir et montrer cette r&#233;alit&#233; avant tout sous son aspect ph&#233;nom&#233;nal, voire &#233;piph&#233;nom&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Certes, lorsqu'il y a manifestation inattendue de quelque chose, on devine qu'il y a une multitude de causes et d'effets qui faudrait d&#233;brouiller pour expliquer et comprendre vraiment le ph&#233;nom&#232;ne. Mais pr&#233;cis&#233;ment, s'empresser de nommer un fait &#171; &#233;v&#233;nement &#187;, c'est privil&#233;gier une &lt;i&gt;modalit&#233; de perception&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; qui l'enferme dans son surgissement, par opposition &#224; d'autres formes de saisie du r&#233;el. On se laisse aller &#224; ce bon vieux pr&#233;suppos&#233; id&#233;ologique selon lequel toute chose n'est en ce monde que le fruit d'une g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e, &#224; mille lieues de l'approche analytique qui tente de saisir l'intelligence des choses et de leurs inter-relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tr&#232;s vite, l'effet de surprise, le frisson soudain, deviennent le crit&#232;re essentiel de l'&#233;v&#233;nement, et conduisent le journaliste &#224; ne chercher dans le r&#233;el que ce qui va produire ce frisson, &#234;tre spectaculaire, photog&#233;nique, t&#233;l&#233;g&#233;nique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aussi les producteurs de films, aux USA, appellent-ils &#171; technical events &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, etc. Et &#224; en r&#233;p&#233;ter les images &lt;i&gt;en boucle&lt;/i&gt;, pour amplifier l'en soi de la chose, son &lt;i&gt;irruption hors toute causalit&#233;&lt;/i&gt;, au lieu d'en expliquer la gen&#232;se. Faut-il souligner que cette approche &#233;v&#233;nementielle du monde est par nature &lt;i&gt;d&#233;politisante&lt;/i&gt;, puisqu'elle d&#233;connecte de leurs causes multiples toutes les r&#233;alit&#233;s dont elle parle, soit qu'elle les falsifie par les exigences de la mise en sc&#232;ne, soit qu'elle les feutre en en masquant la dimension sp&#233;cifique (c'est ainsi qu'on parlait des &#171; &#233;v&#233;nements d'Alg&#233;rie &#187;, note Barthes, pour &#233;viter de prononcer le mot &#171; guerre &#187;) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	B/ &lt;strong&gt;L'&#233;v&#233;nement, heureux ou non, se pr&#233;sente le plus souvent comme l'effet d'un destin ou d'une providence.&lt;/strong&gt; C'est dans la logique de ce qui pr&#233;c&#232;de : puisque le fait ou le ph&#233;nom&#232;ne appara&#238;t comme un effet sans cause apparente, il est imm&#233;diatement interpr&#233;table comme un signe du destin, comme une faveur ou une d&#233;faveur des dieux. La religion de l'information, &#224; l'image des religions traditionnelles, c&#233;l&#232;bre toujours dans l'&#233;v&#233;nement une dimension m&#233;taphysique (parfois tr&#232;s explicitement, voir Football et id&#233;ologie). L'exemple type est ici le d&#233;c&#232;s de la princesse Diana, qui a donn&#233; lieu, r&#233;troactivement, &#224; la pr&#233;sentation hagiographique de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bien entendu, ce sont le plus souvent les catastrophes (et pas seulement les catastrophes &#171; naturelles &#187;) qui donnent lieu &#224; la pr&#233;sentation de l'&#233;v&#233;nement comme le fruit, dans le th&#233;&#226;tre du monde, d'un &lt;i&gt;Deus ex machina&lt;/i&gt; qui conduit tout en fonction de ses desseins secrets. Le ch&#339;ur tragique des &#233;ditorialistes, en orchestrant l'&#233;motion collective (qu'il contribue &#224; produire), ne manque pas de renforcer au passage la vision d&#233;politis&#233;e du monde soulign&#233;e ci-dessus. Il est vrai que, de plus en plus, la meute journalistique cherche maintenant des responsables et multiplie les entretiens qui accusent (cf. la catastrophe de Toulouse en 2001, ou le &#171; crash &#187; du Boeing &#233;gyptien, d&#233;but 2004). Mais dans la perspective m&#233;taphysique o&#249; les m&#233;dias se placent majoritairement, cette recherche s'apparente surtout &#224; une qu&#234;te de coupables, propre &#224; nourrir l'&#233;c&#339;urement de la foule en &#171; trompant &#187; sa faim de causalit&#233;. Car ce ne sont pas de vraies explications, qui lui sont offertes, ce sont des sacrifices expiatoires. On ne sort pas de la magie du lynchage, qui vise &#224; apaiser les dieux plut&#244;t qu'&#224; rendre justice aux hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C/ &lt;strong&gt;L'&#233;v&#233;nement d&#233;signe aussi, bien s&#251;r, dans la foul&#233;e des amplifications pr&#233;c&#233;dentes, tout fait qui para&#238;t r&#233;ellement d'importance, notamment d'un point de vue historique.&lt;/strong&gt; Le mur de Berlin peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme l'exemple type de cette acception du mot. De m&#234;me la bataille de Waterloo, ou encore l'effondrement des twin towers en sept. 2001. Les historiens, les &#233;ditorialistes s&#233;rieux nommeront &#171; &#233;v&#233;nements &#187; ces faits jug&#233;s capitaux : ils &#171; font date &#187;, en effet ; apr&#232;s eux, &#171; plus rien ne sera comme avant &#187; dans l'histoire de tel ou tel pays...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais ce sens, qui semble si bien contredire le caract&#232;re &#233;piph&#233;nom&#233;nal des pr&#233;c&#233;dents, n'en reste pas moins tributaire. En se centrant sur telle &#171; date-clef &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autant l'utilisation des dates est pertinente lorsqu'il s'agit de baliser &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en associant l'historicit&#233; du fait signal&#233; &#224; son d&#233;roulement souvent spectaculaire, l'historien qui l'&#233;rige en &#233;v&#233;nement ne se d&#233;partit pas de cette vision du monde qui confond le sympt&#244;me et la cause. Il tombe sous le coup de cette sentence de Montesquieu :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; &lt;i&gt;Si le hasard d'une bataille - c'est-&#224;-dire une cause particuli&#232;re, a ruin&#233; un &#233;tat, il y avait une cause g&#233;n&#233;rale qui faisait que cet &#233;tat devait p&#233;rir par une seule bataille.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ainsi, celui qui privil&#233;gie la bataille comme &#233;v&#233;nement historique risque de manquer l'analyse du r&#233;el, celle qui montre en quoi l'irruption de ce fait n'avait rien de surprenant, mais ne fut que la partie visible (ph&#233;nom&#233;nale) d'un essentiel qui est ailleurs, - le complexe enchev&#234;trement des causes profondes : c'est ainsi que, replac&#233; dans son contexte, l'attentat du 11 sept. 2001, ne fut qu'un petit effet boomerang d'une violence am&#233;ricaine qui n'a cess&#233; de s&#233;vir dans le tiers-monde depuis plusieurs d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On le dit d'ailleurs de plus en plus : n'en d&#233;plaise aux m&#233;dias dominants, &#171; l'histoire &#233;v&#233;nementielle &#187; n'est pas l'histoire v&#233;ritable. M&#234;me dans son acception historique, l'&#171; &#233;v&#233;nement &#187; n'existe donc que dans la vision &#233;v&#233;nementialiste de celui qui le nomme comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D/ &lt;strong&gt;L'&#233;v&#233;nement, dans son emploi le plus fr&#233;quent, se d&#233;finit par son imm&#233;diatet&#233;.&lt;/strong&gt; Il est indissociable de l'instant pr&#233;sent o&#249; il fait &#171; irruption &#187;. Son acuit&#233; se mesure &#224; son caract&#232;re minut&#233;, &#224; son instantan&#233;it&#233; : la Cha&#238;ne Info (LCI) nous promet ainsi un &#233;v&#233;nement toutes les trois minutes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut se dire que s'il faut trois minutes &#224; LCI pour nous apprendre &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Quand &#171; ce qui se produit &#187; dure des mois ou des ann&#233;es, cela devient vite trop banal pour m&#233;riter le nom d'&#233;v&#233;nement, et &#234;tre v&#233;cu comme tel : ce fut le cas par exemple, entre les deux guerres d'Irak, o&#249; les dix ans d'embargo meurtrier et de continuels bombardements am&#233;ricains apparaissaient comme des informations de routine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais m&#234;me lorsqu'un &#233;v&#233;nement de taille se produit &#171; &#224; chaud &#187;, son usure peut &#234;tre fort rapide : au bout de cinq jours, la seconde guerre d'Irak donna ainsi lieu &#224; un gavage d'informations creuses qui laissaient le public sur sa faim (on savait que les troupes am&#233;ricaines progressaient, qu'elles finiraient par gagner, etc., mais, mais... il n'y avait &lt;i&gt;rien de nouveau&lt;/i&gt; !). Continuer d'en parler, c'&#233;tait saturer &#171; l'actualit&#233; &#187; de ce que l'on savait d&#233;j&#224;, c'&#233;tait arr&#234;ter la cha&#238;ne &#233;v&#233;nementielle en emp&#234;chant tout nouvel &#233;v&#233;nement de se manifester, au grand dam du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'&#233;v&#233;nement doit absolument &#234;tre &#171; actuel &#187;, ou n'&#234;tre pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voici un autre exemple &#233;clairant. Si, au cours de l'ann&#233;e 1999 vous avez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Or, cette imm&#233;diatet&#233; de &#171; ce qui se passe &#187;, et qui doit passer pour c&#233;der la place &#224; ce qui doit encore advenir, est aussi ce qui conf&#232;re &#224; l'&#233;v&#233;nement son caract&#232;re imp&#233;ratif : &lt;i&gt;il ne faut pas le manquer&lt;/i&gt;. Ou alors, ce serait manquer ce qui nous arrive, &#224; travers tout ce qui entoure et d&#233;termine &lt;i&gt;hic et nunc&lt;/i&gt; nos existences. On peut ici rapprocher deux verbes qui ont la m&#234;me racine, l'anglais &lt;i&gt;To happen&lt;/i&gt; et le fran&#231;ais &lt;i&gt;happer&lt;/i&gt;. L'&#233;v&#233;nement que je veux &#171; saisir &#187; est lui-m&#234;me &#171; saisissant. En m&#234;me temps que je crois le happer, c'est lui qui me happe, qui me &#171; surprend &#187; et me prend, comme tout &#171; happening &#187; qui se respecte... La notion d'&#233;v&#233;nement comporte donc en puissance le vertige du &lt;i&gt;consommateur consomm&#233;&lt;/i&gt;, tel qu'il est r&#233;gi par le spectacle publicitaire : c'est en s'offrant &#224; la possession que le produit poss&#232;de celui qu'il met en &#233;tat de besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	E/ &lt;strong&gt;L'&#233;v&#233;nement n'existe que dans le regard du public ; mais aussi, le public n'existe que dans sa saisie de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/strong&gt; Il n'y a pas d'&#233;v&#233;nement en soi. Il peut seulement y avoir &lt;i&gt;&#233;v&#233;nement pour&lt;/i&gt;. Je voyage en TGV, un train jaillit en sens inverse : pour mes voisins et moi, l'&#233;v&#233;nement fr&#233;missant, c'est ce jaillissement du rapide qui nous croise. Mais pour les voyageurs d'en face, l'&#233;v&#233;nement, c'est notre TGV qui les fait fr&#233;mir en passant, &#224; la m&#234;me seconde. L'&#233;v&#233;nement et son &#171; public &#187; ne cessent d'&#234;tre relatifs l'un &#224; l'autre, ne cessent de se cr&#233;er mutuellement. Le public des m&#233;dias a ainsi besoin, pour se constituer comme tel, d'&#234;tre saisi par &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187;. Et corr&#233;lativement, l'&#233;v&#233;nement a besoin de l'attestation du public pour exister : il ne peut &#233;clater comme actuel que dans le regard du plus grand nombre. Sinon, il n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D'o&#249; le besoin qu'ont les professionnels des m&#233;dias de l'approbation du public, comme pour croire eux-m&#234;mes &#224; l'importance objective de ce qu'ils pr&#233;sentent comme &#233;v&#233;nements. Ce protocole de ratification se reproduit maintes fois : on se pr&#233;cipite vers les sondages, on recueille &#224; la va-vite l'avis des personnalit&#233;s qui adorent opiner dans les m&#233;dias, on court les rues pour r&#233;colter quelques micro-trottoirs, on met en sc&#232;ne les r&#233;actions des gens... et l'on en d&#233;duit gravement, puisque la rue r&#233;agit &#224; l'&#233;v&#233;nement, que l'&#233;v&#233;nement &#233;tait bien un &#233;v&#233;nement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un million de morts de faim, en Afrique, en pr&#233;sence d'un seul t&#233;moin, c'est une r&#233;alit&#233; affligeante ; un enfant qui meurt &#224; la t&#233;l&#233;vision, devant un million de spectateurs, c'est un &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2/ L'arbitraire de l'&#233;v&#233;nement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	La notion d'&#233;v&#233;nement doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un cas particulier de la nomination du monde, celle-ci reposant sur un double arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;A/ Le double arbitraire du langage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;L'arbitraire de la s&#233;lection.&lt;/strong&gt; Nommer une chose, c'est la choisir et l'isoler pour la &#171; saisir &#187;. Ce rep&#233;rage la fait exister aussit&#244;t dans le langage : une part du monde, jusqu'alors informelle, &#233;merge &#224; nos yeux et prend en quelque sorte le statut de &#171; r&#233;el &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On a pu dire : &#171; Parler des choses, c'est les cr&#233;er. &#187;, en grossissant la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Toute langue qui s'&#233;labore, en r&#233;p&#233;tant ind&#233;finiment cette op&#233;ration, forme un syst&#232;me de mots qui &lt;i&gt;semble&lt;/i&gt; refl&#233;ter les structures du r&#233;el mais qui, en v&#233;rit&#233;, n'en constitue qu'une image partielle et toujours provisoire, une &#171; construction &#187; empirique au gr&#233; des al&#233;as de l'histoire, une &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt;. La comparaison entre les langues montre combien est arbitraire ce rep&#233;rage s&#233;lectif, ce pr&#233;-d&#233;coupage du r&#233;el par lequel chacune quadrille le monde &#224; sa fa&#231;on. Tout langage est infiniment lacunaire et approximatif, si l'on en juge par la complexit&#233; du monde, mais il n'en forme pas moins un &lt;i&gt;syst&#232;me d'interpr&#233;tation&lt;/i&gt; du R&#233;el qui, si pratique et si riche qu'il soit (c'est l&#224; le &#171; g&#233;nie &#187; de la langue), doit tout de m&#234;me &#234;tre consid&#233;r&#233; pour ce qu'il est : une grille &lt;i&gt;id&#233;ologique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'illusion des usagers d'une langue, c'est alors de prendre cette nomination s&#233;lective pour un &lt;i&gt;reflet objectif&lt;/i&gt; des choses, et de croire qu'ils &#171; poss&#232;dent &#187; la r&#233;alit&#233; du monde &#224; travers le r&#233;seau des mots. Or, cette illusion est dominante en nous. Elle nous devient &#171; naturelle &#187; avec la pratique du langage. On dit couramment qu'il faut &#171; &lt;i&gt;appeler les choses par leur nom&lt;/i&gt; &#187; , oubliant que la nomination ne les saisit que par le petit bout de nos lorgnettes savantes, qu'elle les ordonne selon des concepts bien arbitraires, et impose &#224; chaque locuteur une perception pr&#233;-construite, donc tronqu&#233;e, du r&#233;el. C'est ainsi que, selon Cl. L&#233;vi-Strauss, une ethnie n'a qu'un mot pour dire &#224; la fois &#171; &lt;i&gt;joli et jeune&lt;/i&gt; &#187; et un autre pour dire &#171; &lt;i&gt;vieux et laid&lt;/i&gt; &#187;... Il est vrai que notre langue m&#233;diatiquement correcte progresse &#224; grands pas vers ce type d'indistinction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;L'arbitraire de la d&#233;signation.&lt;/strong&gt; Le vocable qu'on invente ou choisit pour d&#233;signer une r&#233;alit&#233; est en principe sans rapport avec la chose signifi&#233;e. &#192; l'arbitraire de la s&#233;lection (le d&#233;coupage qui fait exister les choses) s'ajoute ainsi un second arbitraire, celui des signes dont on les couvre. C'est par convention qu'on appelle &#171; arbre &#187; un arbre : il n'y a pas de lien naturel entre le signe et la chose signifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais cet arbitraire de la d&#233;signation est, lui aussi, m&#233;connu et ni&#233; par notre usage quotidien de la langue : nous identifions &#224; tout moment la r&#233;alit&#233; d'une chose au nom qui la d&#233;signe (&#224; commencer d'ailleurs par nos propres noms et pr&#233;noms, lorsque nous disons &#171; &lt;i&gt;Je suis X, Je suis Y&lt;/i&gt; &#187;). Mus par la &lt;i&gt;&#171; tendance &#224; l'expressivit&#233; &#187;&lt;/i&gt; (que les linguistes appellent aussi &lt;i&gt;&#171; tendance iconique &#187;&lt;/i&gt;) nous nous plaisons &#224; entretenir cette &#171; illusion r&#233;aliste &#187; selon laquelle, chaque chose &#171; ayant son nom &#187;, chaque &#171; nom &#187; dans ses sonorit&#233;s m&#234;mes est comme &#171; l'essence &#187; de la chose. D&#232;s lors, il suffit de jouer sur les mots (charg&#233;s de &#171; connotations &#187;) pour tenter de colorer ou modifier la &#171; nature &#187; des choses que l'on nomme, et &#171; l'identit&#233; &#187; des gens dont on parle. C'est ce que nous faisons couramment lorsque nous d&#233;finissons, pr&#233;sentons ou jugeons autrui. &#224; chaque fois que nous &#171; d&#233;signons &#187; quelqu'un, nous montrons cette personne selon un certain angle, nous voulons la faire voir selon un certain point de vue. Nommer, c'est toujours plus ou moins enfermer dans une &#171; essence &#187;, m&#234;me lorsque le propos est flatteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans telle &#233;mission de radio (Le t&#233;l&#233;phone sonne) ou de t&#233;l&#233;vision (Le juste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La nomination se veut ou se croit toujours plus ou moins &#171; performative &#187; (cf. le commentaire de ce terme, pp.00-30).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;B/ Le double arbitraire de l'&#233;v&#233;nement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cas particulier de la Nomination, la notion d'&#233;v&#233;nement est le fruit d'un &#171; arbitraire &#187; double, lui aussi : tant dans le &#171; pr&#233;l&#232;vement &#187; de r&#233;el qu'il effectue sur le monde que dans l'emballage dont il le rev&#234;t pour nous le livrer. Aucun &#233;v&#233;nement n'existe &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt;, chacun on l'a vu &lt;i&gt;existe pour&lt;/i&gt; : c'est le t&#233;moin, le journaliste ou l'historien qui le saisit et le r&#233;percute comme tel. Certes, un certain nombre de r&#233;alit&#233;s existent bien en elles-m&#234;mes, et de fa&#231;on parfaitement incontournables puisqu'elles sont. Mais les nommer &#171; &#233;v&#233;nements &#187; est bien un acte arbitraire qui d&#233;pend de ceux qui en parlent, en fonction de leur subjectivit&#233; ou de leur id&#233;ologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Petite anecdote. En 1980, au lendemain du week-end o&#249; Jaruzelski prend (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et ceci, aux deux niveaux que nous avons distingu&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;La s&#233;lection, d'abord.&lt;/strong&gt; Parmi les milliards de ph&#233;nom&#232;nes ou de simples faits qui se produisent &#224; travers le monde au m&#234;me instant, dans tous les pays, dans toutes les classes, dans toutes les vies, celui qui ose d&#233;cider d'en nommer certains &#171; &#233;v&#233;nements &#187; (en fonction de quels crit&#232;res ?) les &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt; &#233;videmment comme tels bien plus qu'il ne les constate. Une grille mentale est &#224; l'&#339;uvre qui, en s&#233;lectionnant ceux-ci (pr&#233;tendus &#171; repr&#233;sentatifs &#187;), revient du m&#234;me coup &#224; &#233;vacuer tous les autres de la vaste R&#233;alit&#233;. Quels que soient les m&#233;dias dont on &#233;tudie la &#171; repr&#233;sentation du monde &#187; (avec leurs rubriques privil&#233;gi&#233;es, leurs hi&#233;rarchies plus ou moins implicites, leurs titres et gros titres cens&#233;s &#171; prouver &#187; l'ampleur des faits annonc&#233;s, les publicit&#233;s qu'on y observe, etc.), on s'aper&#231;oit vite que celle-ci ne repr&#233;sente... que leur repr&#233;sentation du monde : ce sch&#233;ma mental, cette &#171; vision des choses &#187; d&#233;j&#224; en place dans la t&#234;te des journalistes, et souvent &#224; leur insu. Comme l'&#233;crit magistralement Alain Accardo, &lt;i&gt;&#171; Les journalistes croient ce qu'ils racontent parce qu'ils racontent ce qu'ils croient. &#187;&lt;/i&gt; Le mod&#232;le &#233;v&#233;nementiel qu'ils ont int&#233;rioris&#233; les conduit &#224; ne lire, dans le monde, que les &#171; &#233;v&#233;nements &#187; confirmant l'id&#233;e pr&#233;con&#231;ue qu'ils se font du monde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans ces conditions, il va de soi que le pot-pourri d'informations h&#233;t&#233;rog&#232;nes qui constitue &#171; l'actualit&#233; &#187; ne donne jamais qu'un tableau partiel, partial, et mensonger, de cette &#171; &#233;poque &#187; que les professionnels pr&#233;tendent hautement refl&#233;ter ou &#171; couvrir &#187;. Le concept m&#234;me d'&lt;i&gt;actualit&#233;&lt;/i&gt; est un coup de force quotidien : d'une part parce qu'on pourrait chaque jour faire la liste d'une multitude d'&lt;i&gt;actualit&#233;s&lt;/i&gt; qui sont exclues de l'Actualit&#233; avec un grand A, d'autre part parce que cette derni&#232;re est une vue de l'esprit, une promesse d&#233;miurgique et totalitaire, comme l'indique d'ailleurs la lettre m&#234;me du slogan de France-Info : &lt;i&gt;&#171; Le monde en direct, 24 heures sur 24 &#187;&lt;/i&gt;. On pourrait en dire autant de journaux qui se donnent comme titre : &lt;i&gt;L'&#233;v&#233;nement, Le Monde, Le Temps&lt;/i&gt;... Quelle forfanterie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;La d&#233;signation, ensuite.&lt;/strong&gt; Le mot &#171; &#233;v&#233;nement &#187;, on l'a compris, est une &#233;tiquette, un prisme, une &lt;i&gt;modalit&#233; d'&#233;nonciation&lt;/i&gt; qui renvoie &#224; certaines r&#233;alit&#233;s, mais qui n'est pas la r&#233;alit&#233;. L'&#233;v&#233;nement appara&#238;t comme le texte de ce dont le fait est le simple pr&#233;-texte. En collant donc la cat&#233;gorie &#171; &#233;v&#233;nement &#187; sur certaines r&#233;alit&#233;s factuelles, comme si elle leur &#233;tait transparente, le journaliste nous oblige d&#232;s lors &#224; les voir ou &#224; les propager comme des ph&#233;nom&#232;nes ayant surgi ainsi par g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e (cf. les cinq traits d&#233;finissant la notion d'&#233;v&#233;nement). On a beau savoir la minceur (voire l'inanit&#233;) d'un fait, son traitement &#233;v&#233;nementiel (grand titre &#224; la une, &#233;nonciation dramatisante, rythme qui fait entrer dans la suppos&#233;e cadence de notre temps, etc.) capte notre attention comme s'il s'agissait d'un grandissime effet de l'&#233;poque, comme si le &#171; mot &#187; fa&#231;onnait la chose... Comme si la nomination journalistique proc&#233;dait d'un vertige d&#233;miurgique d&#233;sireux de &#171; cr&#233;er &#187; le monde &#224; coup de performatifs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Or, m&#234;me lorsqu'il s'agit d'une r&#233;alit&#233; qu'on peut juger importante, la percevoir ou la montrer &lt;i&gt;comme &#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;, en la couvrant des signes arbitraires de l'&#233;v&#233;nementialit&#233;, c'est pr&#233;tendre &#233;puiser cette r&#233;alit&#233; dans la consid&#233;ration de son seul aspect ph&#233;nom&#233;nal. C'est donc la d&#233;naturer, la &#171; d&#233;politiser &#187;, s'interdire de l'appr&#233;hender sur le mode de l'analyse rationnelle. Et priver simultan&#233;ment de cette approche ceux que l'on &#171; informe &#187;. L'arbitraire de l'&#233;v&#233;nement, qui r&#232;gne sur l'Information moderne et r&#233;git ceux qui l'ont en charge, c'est cette terrible r&#233;duction id&#233;ologique, cette imposture qui ne cesse de r&#233;duire le R&#233;el &#224; l'actuel, de ne saisir les faits que comme des &#171; nouvelles &#187;, bref de &#171; nommer &#187; le monde selon la grille &#233;v&#233;nementielle en faisant croire p&#233;remptoirement que &lt;i&gt;c'est-&#231;a-le-monde&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce double arbitraire permet de jeter un double regard sur toute information (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;C/ Imposture et pouvoir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette imposture, souvent inconsciente d'elle-m&#234;me, qui dit repr&#233;senter le monde ''tel qu'il est'', alors qu'elle le &lt;i&gt;construit&lt;/i&gt; en usant d'un code arbitraire pr&#233;tendument ''naturel''&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'arbitraire de l'&#233;v&#233;nement, qui se r&#233;it&#232;re chaque jour, se manifeste sur un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;tait d&#233;j&#224; celle du roman r&#233;aliste &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Nos romanciers faisaient des enqu&#234;tes, s&#233;lectionnaient des faits jug&#233;s &#171; repr&#233;sentatifs &#187;, puis inventaient intrigues et personnages qu'ils mettaient &#171; en sc&#232;ne &#187; et, par les jeux de l'&#233;criture, ''recomposaient'' le r&#233;el. Le r&#233;sultat, c'est que leurs romans avaient l'air d'autant plus ''r&#233;alistes'' qu'ils &#233;taient mis&#233;rabilistes. S'ils &#233;taient repr&#233;sentatifs, ce n'est pas du ''monde tel qu'il est'', mais d'une vision du monde &#171; naturaliste &#187; tout &#224; fait dat&#233;e, que le romancier partageait avec des lecteurs tacitement d'accord pour identifier cette &#171; repr&#233;sentation &#187; arbitraire &#224; ''la'' r&#233;alit&#233;. Ce qui amuse, apr&#232;s coup, c'est la &lt;i&gt;pr&#233;tention&lt;/i&gt; de nos artistes &#224; vouloir poss&#233;der ainsi la v&#233;rit&#233; du monde. Derri&#232;re cette pr&#233;tention, il y avait comme un d&#233;sir de pouvoir... L'un des meilleurs d'entre eux, Maupassant, n'&#233;tait d'ailleurs pas dupe : &lt;i&gt;&#171; Les R&#233;alistes de talent devraient plut&#244;t s'appeler des Illusionnistes. &#187;&lt;/i&gt; &#233;crivait-il (Pr&#233;face de &lt;i&gt;Pierre et Jean&lt;/i&gt;). Cette pr&#233;tention se retrouve chez le journaliste de talent, son cas &#233;tant tout de m&#234;me plus grave en ce qu'il pr&#233;tend refl&#233;ter cet inaccessible &lt;i&gt;monde tel qu'il est&lt;/i&gt; en le limitant &#224; l'&lt;i&gt;instantan&#233;&lt;/i&gt; du monde tel qu'il &lt;i&gt;para&#238;t&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vouloir &#171; repr&#233;senter le monde tel qu'il est &#187;, si l'on y r&#233;fl&#233;chit bien, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certes il y a une fatalit&#233; du &#171; journalisme &#187; qui, par d&#233;finition, se donne &#171; le jour &#187; pr&#233;sent pour cadre et pour objet. Prisonnier du &#171; quotidien &#187;, devant la complexit&#233; du r&#233;el, l'homme des m&#233;dias est sans doute excusable de n'en donner qu'une repr&#233;sentation tronqu&#233;e. Le probl&#232;me, c'est qu'il se vante de tenir un discours objectif sur la r&#233;alit&#233;, qu'il pr&#233;sente sa &lt;i&gt;mise en sc&#232;ne&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;certains&lt;/i&gt; faits comme la photo du &#171; monde en direct &#187;, et ne veut surtout pas reconna&#238;tre cet &#171; arbitraire &#187; de l'&#233;v&#233;nement qui le traverse ou qu'il manipule, chaque fois qu'il &#171; couvre &#187; des situations dont il croit ou d&#233;cide qu'elles sont significatives de notre temps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette c&#233;cit&#233; quasi professionnelle est sans doute r&#233;v&#233;latrice de ce qu'elle masque : un pouvoir. Car il faut bien en venir &#224; la question sensible : pourquoi, pour quoi, veut-on faire du &lt;i&gt;journalisme&lt;/i&gt; ? Pour &lt;i&gt;informer&lt;/i&gt; ? mais de quoi, - le r&#233;el est si vaste ? Pour vivre intens&#233;ment en se situant toujours ''&lt;i&gt;au c&#339;ur&lt;/i&gt; de l'actualit&#233;'' ou de l'&#233;poque, - mais ce serait laisser croire que l'&#233;poque a un ''c&#339;ur'' comme on croyait jadis que l'univers avait un centre ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vouloir &#234;tre au c&#339;ur de l'actualit&#233; est un pr&#233;jug&#233; romanesque. Stendhal le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Pour poss&#233;der le monde en le repr&#233;sentant ? Ou pour poss&#233;der ses lecteurs/spectateurs en leur imposant cette repr&#233;sentation du monde ? &#224; vrai dire, si comme le dit Orwell le vrai pouvoir est le pouvoir sur l'esprit d'autrui, si comme le dit Barthes &lt;i&gt;&#171; discourir c'est assujettir &#187;&lt;/i&gt;, si l'acte de nomination du monde est en m&#234;me temps prise de pouvoir sur la conscience de ceux qu'on conditionne &#224; voir le monde tel qu'on le nomme, alors on comprend la propension du discours m&#233;diatique &#224; r&#233;duire le monde au mod&#232;le &#233;v&#233;nementiel et &#224; se donner sur la foule le pouvoir de ceux qui ont ''les clefs de l'actualit&#233;''. Ce faisant, les ma&#238;tres des m&#233;dias se font ma&#238;tres... ou plut&#244;t ''pr&#234;tres'' de l'&#233;poque, dont ils c&#233;l&#232;brent &#224; toute heure du jour et de la nuit les divines manifestations &#233;v&#233;nementielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;D/ La mystique de l'&#233;poque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De m&#234;me que la cha&#238;ne des mots forme une phrase porteuse de signification, de m&#234;me la cha&#238;ne des &#233;v&#233;nements, d'actualit&#233; en actualit&#233;, forme un discours global qui nous dit : voici le r&#233;el du monde contemporain, voici l'&#233;poque que nous vivons. Il faut donc ... y croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Et de m&#234;me qu'on peut &#233;crire une formule fausse avec des mots &#171; vrais &#187; (ayant du sens), de m&#234;me on peut dresser un tableau du monde parfaitement fictif &#224; partir de faits totalement av&#233;r&#233;s. Tout est dans l'arbitraire du choix et dans l'art du dispositif. C'est ainsi que s'organise la &#171; religion &#187; de l'&#233;poque, avec ses contenus dogmatiques, son culte, ses c&#233;l&#233;brations rituelles (les &lt;i&gt;grand'messes&lt;/i&gt; t&#233;l&#233;vis&#233;es) et ses fid&#232;les (dont l'audimat et les sondages mesurent la &lt;i&gt;ferveur&lt;/i&gt;). Il faut prendre ici le mot &#171; religion &#187; au sens large, sociologique, que Durkheim lui pr&#234;tait, celui d'un &lt;i&gt;ensemble de croyances et de pratiques qu'une communaut&#233; estime d'autant plus indiscutable que cet ensemble fonde et confirme son unit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une m&#234;me mystique unit ainsi l'homme de la rue qui s'informe pour &lt;i&gt;&#171; &#234;tre de son &#233;poque &#187;&lt;/i&gt; (comme s'il pouvait n'en &#234;tre pas !) et le journaliste qui promeut, par &#171; l'Info en direct &#187;, une radio &lt;i&gt;&#171; moderne et porteuse de toutes les tendances de l'&#233;poque &#187;&lt;/i&gt; (Philippe Labro, pr&#233;sentant les Instantan&#233;s RTL). Lorsqu'il faudra s&#233;lectionner et ordonner les informations, on fera donc jouer l'imp&#233;ratif &#171; il faut &#234;tre de son &#233;poque &#187; &lt;i&gt;sur les r&#233;alit&#233;s elles-m&#234;mes&lt;/i&gt;, ne retenir que celles qui sont recevables (m&#233;diatiquement correctes ?), et faire l'impasse sur celles qui ne seraient pas &#171; dans l'air du temps &#187;. Et la boucle sera boucl&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il n'est rien de tel, pour ma&#238;triser l'Opinion, que de ma&#238;triser le &#171; r&#233;el &#187; sur lequel va s'exercer l'Opinion. L'&#233;poque selon les m&#233;dias correspond &#224; ce &#171; r&#233;el &#187; s&#233;lectif, partiel, doctrinal. Elle incarne l'id&#233;ologie de la modernit&#233;, et s'impose, comme toute id&#233;ologie, en se pr&#233;tendant le reflet &#233;vident du monde tel qu'il va. Comment l'homme de la rue pourrait-il alors nier l'&#233;v&#233;nement qui lui est donn&#233; comme &#233;mergence du r&#233;el ? Comment &#233;chapper &#224; l'information, qui est toujours institution, &lt;i&gt;prescription&lt;/i&gt;, puisqu'elle se donne comme &#171; le &#187; r&#233;el qu'on ne saurait mettre en cause ? Comment &#233;chapper de m&#234;me &#224; la d&#233;sinformation : ne puise-t-elle pas sa force dans la cr&#233;dulit&#233; m&#234;me du public face &#224; l'&#233;v&#233;nement quel qu'il soit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L&#224; se situe le pouvoir journalistique, le ressort secret de son r&#234;ve performatif. En d&#233;cr&#233;tant l'&#233;poque, il d&#233;cr&#232;te la soumission &#224; l'&#233;poque. Comme Big Brother, &lt;i&gt;l'&#233;v&#233;nement vous regarde&lt;/i&gt;, aux deux sens du mot : il vous concerne, il ne vous l&#226;che pas des yeux. Et gare au m&#233;cr&#233;ant qui ne se laisse pas fasciner, puisqu'il y a toujours du divin dans son surgissement. Si l'&#233;v&#233;nement vous constitue en public, ce n'est pas pour vous transformer en assembl&#233;e d&#233;mocratique, c'est pour vous massifier en foule de fid&#232;les. Et r&#233;ciproquement, on l'a vu, cette foi de la foule est n&#233;cessaire &#224; l'authentification de l'&#233;v&#233;nement. L'exemple de l'&#233;mission Loft Story (justement nomm&#233;e &#171; Big Brother &#187; - mais c'&#233;tait elle qui regardait la foule pour l'emp&#234;cher de regarder ailleurs !) est &#233;loquente &#224; ce sujet. Une campagne &#171; d'information &#187; annonce plusieurs mois &#224; l'avance cet &#171; &#233;v&#233;nement &#187; qui va nous arriver. Au jour dit, une large part du public jeune, en se pr&#233;cipitant sur l'&#233;mission pour ne pas manquer pareille nouveaut&#233;, &lt;i&gt;cr&#233;e&lt;/i&gt; l'&#233;v&#233;nement. Surpris par ce mouvement, le reste du public -les parents voulant s'informer, les sociologues voulant expliquer, etc.- rejoint l'hyst&#233;rie collective dans le na&#239;f d&#233;sir d'en comprendre l'ampleur. Les &#171; observateurs &#187; patent&#233;s aux &#233;ditoriaux proph&#233;tiques (ceux-l&#224; m&#234;mes dont la fonction est de d&#233;couvrir tous les six mois une mutation sociale), fascin&#233;s &#224; leur tour, concluent victorieusement &#224; un ph&#233;nom&#232;ne de soci&#233;t&#233; inou&#239;, qui pr&#233;pare une &#232;re toute nouvelle. Et le tour est jou&#233;, - en attendant qu'un nouvel appel religieux &#224; &lt;i&gt;l'&#233;v&#233;nement qu'il ne faut pas manquer&lt;/i&gt; jaillisse au sein des milieux m&#233;diatiques : par exemple, le lancement d'un film &#224; gros budget, &#171; made in USA &#187; bien s&#251;r, avec &#171; pour &#187; ou &#171; contre &#187; dans T&#233;l&#233;rama...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce type de battage, en racolant sans fin le &#171; public &#187;, fait croire &#224; ce dernier que la valeur d'une information est proportionnelle &#224; l'importance ou au &#171; bruit &#187; de sa diffusion. Plus augmente le nombre de spectateurs, plus la r&#233;alit&#233; dont on parle &#171; devient &#187; r&#233;elle. Plus on est de fous &#224; y croire, plus elle est l'expression de notre temps. Et plus on se &#171; branche sur elle &#187;, plus on se sent &#171; exister &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais si le public bon enfant aide ainsi les journalistes &#224; croire &#224; l'importance de ce qu'ils racontent, elle exige en retour d'eux qu'ils nourrissent le besoin qu'ils ont fait na&#238;tre. Sachant que &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; au sens courant est par nature &#233;ph&#233;m&#232;re et al&#233;atoire, il va falloir &lt;i&gt;produire&lt;/i&gt; de &#171; l'&#233;v&#233;nement qui se produit &#187;, &lt;i&gt;produire&lt;/i&gt; de l'&#233;poque repr&#233;sentative de l'&#233;poque, qu'il s'agisse d'amplifier les choses les plus futiles, ou de r&#233;duire les r&#233;alit&#233;s essentielles &#224; du th&#233;&#226;tre m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;E/ L'&#233;v&#233;nement-produit, ou la consommation du monde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans les m&#233;dias dominants, financ&#233;s par la publicit&#233;, &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; n'&#233;chappe pas &#224; l'id&#233;ologie de la consommation : une pub, une info. Le fait que le public absorbe les &#171; nouvelles &#187; au moment o&#249; il mange favorise l'amalgame. Ces m&#234;mes journalistes qui se font les bateleurs de l'&#233;v&#233;nement se font simultan&#233;ment &#224; l'antenne les valets de la propagande commerciale. Ils sont d'ailleurs eux-m&#234;mes les produits-stars de leurs m&#233;dias, que des campagnes c&#233;l&#232;brent pour attirer la client&#232;le. De leurs c&#244;t&#233;s, les publicitaires qui se disent les h&#233;rauts de la modernit&#233;, ne manquent pas de &#171; lancer &#187; les produits comme des &#171; &#233;v&#233;nements &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les exemples sont l&#233;gion. Carrefour lance ainsi, en octobre 1999, un &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s lors, un seul et unique &lt;strong&gt;effet d'annonce&lt;/strong&gt;, portant tant&#244;t sur la Marchandise, tant&#244;t sur l'&#233;poque, ne cesse de cultiver dans le public ce que j'ai coutume d'appeler la &#171; pulsion consommatrice &#187;. C'est donc un m&#234;me imp&#233;ratif collectif, qui nous commande de ne pas manquer les &#233;v&#233;nements qui caract&#233;risent notre &#233;poque, et nous enjoint de ne pas manquer les produits qui nous font membres &#224; part enti&#232;re de la soci&#233;t&#233; de consommation. Amateurs d'identit&#233; branch&#233;e, gobez le tout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D&#232;s lors, dire de &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; qu'il est &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt;, et non pas qu'il &#171; se produit &#187; n'est pas un mince nuance. L'information n'est plus - et n'a jamais &#233;t&#233;- le miroir du monde : elle est une fabrique d'&#171; &#233;v&#233;nements-produits &#187; bien consommables, ob&#233;issant aux lois de &#171; l'&#233;conomie de march&#233; &#187;. Ils doivent ainsi &#234;tre &lt;i&gt;cibl&#233;s&lt;/i&gt; (en fonction de l'audience recherch&#233;e : on taira donc tous les faits qui &lt;i&gt;&#171; n'int&#233;ressent pas les gens &#187;&lt;/i&gt;). Ils doivent &#234;tre autant que possible &lt;i&gt;&#171; consensuels &#187;&lt;/i&gt; (histoire de conqu&#233;rir la plus grande part du march&#233;). Ils doivent &#234;tre - c'est en quelque sorte leur &#171; emballage &#187; temporel - &lt;i&gt;minut&#233;s&lt;/i&gt; (au bout d'une minute trente, le public se lasserait). Ils doivent surtout &#234;tre &lt;i&gt;rythm&#233;s&lt;/i&gt;, ins&#233;r&#233;s dans la cha&#238;ne &#233;v&#233;nementielle qui vous emp&#234;che de vous d&#233;connecter et vous entra&#238;ne dans la consommation simultan&#233;e des choses du monde et du monde des choses (le recul critique tuerait l'adh&#233;sion-r&#233;flexe). Ils doivent aussi, ne l'oublions pas, &#234;tre &lt;i&gt;toujours nouveaux&lt;/i&gt;... ou en avoir l'air : c'est-&#224;-dire surprendre, engendrer l'&#233;bahissement ou la consternation, en apparaissant comme r&#233;v&#233;lateurs d'une r&#233;alit&#233; en perp&#233;tuelle &#233;volution, et signes d'une &#233;poque en constante acc&#233;l&#233;ration. Le tout, enfin, doit satisfaire &#224; l'exigence supr&#234;me que nous rappelle Alain Accardo : l'&#233;v&#233;nement-produit doit &lt;i&gt;&#171; rapporter davantage qu'il ne co&#251;te &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Accardo, Derri&#232;re la subjectivit&#233; des journalistes, colloque du CRAC, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car il n'est en d&#233;finitive que le &#171; produit d'appel &#187; qui, en &#171; accrochant &#187; et fid&#233;lisant l'audience, l'entra&#238;ne dans le tunnel publicitaire dont elle ne sortira plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bien entendu, ce calibrage quotidien bute sur la r&#233;alit&#233; du monde : il n'y a pas tous les jours de &#171; grands &#233;v&#233;nements &#187; qui semblent s'imposer en soi, ni m&#234;me de ces faits qui se pr&#234;tent facilement au traitement &#233;v&#233;nementiel requis, notamment, par les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Non pas que les faits manquent, il en est de cruciaux que les m&#233;dias passent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que faire alors, pour maintenir la foule en &#233;tat d'hypnose quotidienne ? On peut citer ici, parmi d'autres, deux proc&#233;d&#233;s de fabrication largement &#233;prouv&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;er &#187; l'&#233;v&#233;nement&lt;/strong&gt; : le proc&#233;d&#233; est connu. Il s'agit de faire comme si se passait quelque chose qui ne se passe pas. Publier un sondage, par exemple, qui fait croire que le peuple a parl&#233;. D&#233;sinformer, lancer de fausses nouvelles suivies de vrais d&#233;mentis, pr&#233;senter des montages d'images comme des &#171; interviewes &#187; r&#233;elles, nourrir &#171; l'actualit&#233; &#187; de bidonnages de toutes sortes, orchestrer de faux d&#233;bats (autour par exemple de spectacles hardis, de livres probl&#233;matiques, de phrases-d&#233;rapages de certains hommes publics), r&#233;chauffer toutes sortes de &#171; viandes froides &#187; ou de &#171; marronniers &#187; (la drogue &#224; la une, le salaire des cadres, la rentr&#233;e sociale, les enfants de la t&#233;l&#233;, la crise de ceci ou de cela), etc. Les journalistes sont aid&#233;s en cela, d'ailleurs, par tous les groupes de pression, par toutes les organisations militantes, par tous ceux finalement qui veulent se manifester de fa&#231;on &#171; moderne &#187;, c'est-&#224;-dire en &#171; existant m&#233;diatiquement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;v&#233;nement est une &#171; parole &#187;, disions-nous, dans la mesure o&#249; les faits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; c&#244;t&#233; de cela, le plus commode sera d'inventer des &#233;v&#233;nements parfaitement ma&#238;trisables, voire pr&#233;visibles. Les &#171; personnalit&#233;s &#187; reconnues comme telles (ou &lt;i&gt;produites&lt;/i&gt; comme telles), avec leurs actes et leurs &#339;uvres, sont ainsi une mine in&#233;puisable d'&#233;v&#233;nements-produits, surtout lorsqu'elles aspirent elles-m&#234;mes &#224; &#171; se produire &#187; pour &#171; se vendre &#187;. autre filon majeur, &lt;i&gt;les dates&lt;/i&gt;, qui d&#233;coulent de l'arbitraire du temps (cf. note 12) : leur caract&#232;re &#171; historique &#187; persuade le public de leur r&#233;alit&#233; &#171; naturelle &#187;, leur programmation &#171; int&#233;resse &#187; tous les &#171; promoteurs &#187; qui ont quelque marque &#224; c&#233;l&#233;brer ou quelque marchandise &#224; vendre, de sorte qu'on ne compte plus les anniversaires (cinquantenaires, centenaires, morts ou naissances, artistes ou inventeurs), les annonciations, les comm&#233;morations, qui sont autant d'&#233;v&#233;nements au second degr&#233; (guerres, r&#233;volutions, victoires, paix, etc.), et servent &#224; longueur d'ann&#233;e &#224; produire un r&#233;el &#233;v&#233;nementiel qui n'existe pas, &#224; dramatiser et nourrir le mythe de l'&#233;poque qui est vraiment alors une &lt;i&gt;repr&#233;sentation imaginaire&lt;/i&gt;, id&#233;ologiquement pr&#233;-d&#233;termin&#233;e. La c&#233;l&#233;bration de l'an 2000, issue du f&#233;tichisme du syst&#232;me d&#233;cimal et d'une erreur grossi&#232;re sur la naissance de J&#233;sus-Christ&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les historiens s'accordent pour dater la naissance de J&#233;sus-Christ environ (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais v&#233;cue comme un fantastique basculement de l'Humanit&#233; dans une &#232;re nouvelle (cf. France Info, le 1-01-2000 &#224; 18h15 : &lt;i&gt;&#171; Toute la terre est maintenant entr&#233;e dans l'an 2000 &#187;&lt;/i&gt;), illustre parfaitement cette apparente &#171; d&#233;rive &#187; collective... ce solipsisme qui est pourtant dans la pure logique du syst&#232;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;&#171; Corser &#187; l'&#233;v&#233;nement&lt;/strong&gt; : l'autre proc&#233;d&#233; habituel consiste &#224; &#171; &#233;v&#233;nementialiser &#187; des faits trop minces ou trop communs. Et ceci, de diverses mani&#232;res dont l'une, de plus en plus fr&#233;quente, consiste &#224; focaliser l'int&#233;r&#234;t du public sur l'ensemble des moyens techniques qui ont &#233;t&#233; n&#233;cessaires &#224; la production du fait lui-m&#234;me. On a par exemple l'&#233;v&#233;nement-film, valoris&#233; et sur-valoris&#233; par des reportages sur les innombrables difficult&#233;s de sa r&#233;alisation technique, qu'il soit ou ne soit pas &#171; int&#233;ressant &#187; en tant que tel. On a l'&#233;v&#233;nement-sauvetage d'un sportif en perdition, en pleine montagne, au fond d'un gouffre dont les eaux montent, ou en pleine temp&#234;te dans une mer d&#233;cha&#238;n&#233;e : ce fait divers va &#234;tre sur-dimensionn&#233; par l'attirail technologique qu'il aura mobilis&#233; (perceuses g&#233;antes, grues, h&#233;licopt&#232;res, satellites d'observation, etc.). Le &#171; direct &#187; est ici essentiel : lors de l'&#233;clipse de soleil d'ao&#251;t 99, ph&#233;nom&#232;ne naturel hautement pr&#233;visible et qui a donn&#233; lieu &#224; un incroyable battage technologico-m&#233;diatique, on a eu droit sur TF1 &#224; des Mirages qui suivaient en direct &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; en se d&#233;pla&#231;ant &#224; la m&#234;me vitesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour justifier cette dramatisation de l'actualit&#233;, on emploie parfois un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Dans tous ces cas, les m&#233;dias tentent de cr&#233;er l'impression que le monde entier est d&#233;j&#224; mobilis&#233; par l'&#233;v&#233;nement sur-dimensionn&#233;, de sorte que l'audience doit aller &#224; l'audience. Il faut en mettre &lt;i&gt;plein la vue&lt;/i&gt; de ceux qui consomment &lt;i&gt;par les yeux&lt;/i&gt;. On voit alors &#171; l'information &#187; servir de pr&#233;texte &#224; une c&#233;l&#233;bration de la Technique, devenue le v&#233;ritable &#233;v&#233;nement qu'on c&#233;l&#232;bre, - ce qui n'est bien s&#251;r pas id&#233;ologiquement innocent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais l'essentiel, c'&#233;tait que le public ne se d&#233;connecte pas de la cha&#238;ne &#233;v&#233;nementielle. Il fallait &#171; satisfaire son besoin &#187;. Son besoin ? quel besoin ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3/ Pourquoi s'int&#233;resse-t-on &#224; l'&#233;v&#233;nement ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;A/ Quelques motivations traditionnelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La curiosit&#233; (saine ou malsaine), le d&#233;sir d'informations qui brisent la monotonie des jours, ne sont pas des tendances d'aujourd'hui. Le go&#251;t de &#171; nouvelles &#187;... n'est pas nouveau ! Si l'on va au fond des choses, ce qui appelle en nous l'&#233;v&#233;nement, c'est le grand besoin de &lt;strong&gt;divertissement&lt;/strong&gt;, au sens pascalien du terme : c'est-&#224;-dire, la profonde n&#233;cessit&#233; de fuir l'angoisse m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au si&#232;cle de Louis XIV comme au n&#244;tre, le mariage de Mademoiselle, la mort de Madame, les batailles de Louis, les cabales litt&#233;raires, les f&#234;tes rituelles du beau monde, les querelles entre puissants, les chasses, etc., d'une part aidaient les privil&#233;gi&#233;s de la Cour &#224; oublier leur ennui du quotidien, d'autre part leur donnait le sentiment de participer au mouvement de la vie, &#224; tout ce qui bougeait, remuait, faisait parler de soi dans &#171; le monde &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#192; la base de cet int&#233;r&#234;t pour l'&#233;v&#233;nementiel, il y avait donc, et il y a encore, tout bonnement, la &lt;i&gt;peur de la mort&lt;/i&gt; : non pas la mort comme simple &#233;pisode terminal de l'existence, mais la &lt;i&gt;mort au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; chaque moment la fin de chaque moment, - ce que conjure pr&#233;cis&#233;ment l'actualit&#233; en apportant &#224; &lt;i&gt;chaque instant&lt;/i&gt; une &#171; nouvelle &#187;, un &#171; renouveau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De ce point de vue, l'&#233;v&#233;nement &lt;i&gt;m&#234;me tragique&lt;/i&gt; est une sorte de conjuration de la mort, et la consommation des journaux, l'&#233;lixir anti-destin du soir ou du matin. De sorte qu'il n'y a peut-&#234;tre que deux types d'&#233;v&#233;nements : ceux qui nous font oublier la mort, et ceux qui nous la repr&#233;sentent comme catharsis. L'&#233;v&#233;nement id&#233;al &#233;tant celui qui cumule les deux effets : nous faire compatir &#224; la mort des autres, tout en nous faisant oublier la n&#244;tre... Paul Val&#233;ry notait d&#233;j&#224;, vers 1930 : &lt;i&gt;&#171; Les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes sont demand&#233;s comme une nourriture. S'il n'y a point ce matin quelque grand malheur dans le monde, nous nous sentons un certain vide. &#8220;Il n'y a rien aujourd'hui dans les journaux&#8221;, disent-ils. &#187;&lt;/i&gt; (&#171; Propos sur l'intelligence &#187;, &lt;i&gt;Vari&#233;t&#233;&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce d&#233;sir d'&#233;v&#233;nement est d'ailleurs aussi classiquement un d&#233;sir de &lt;i&gt;communion&lt;/i&gt; dans l'&#233;v&#233;nement, une volont&#233; ou une illusion de &lt;i&gt;participation collective&lt;/i&gt; au th&#233;&#226;tre du monde que m&#232;ne le Destin. Ce qu'illustre Bossuet dans sa fameuse oraison fun&#232;bre sur la mort de Madame : &lt;i&gt;&#171; &#212; nuit d&#233;sastreuse ! &#244; nuit effroyable o&#249; retentit tout &#224; coup comme un &#233;clat de tonnerre cette &#233;tonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frapp&#233; &#224; ce coup, comme si quelque tragique accident avait d&#233;sol&#233; sa famille ? &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; Comme si &#187;, dit-il. Les accidents qui frappaient les Grands ne devaient pas manquer, d&#233;j&#224;, de toucher les plus humbles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais on comprend aussi, en &#233;coutant Bossuet se faire journaliste, combien le messager de la Mort participe par le verbe au pouvoir du Destin. Celui qui &lt;i&gt;dit&lt;/i&gt; la mort partage son empire, l'espace d'un moment. Diffuser l'&#233;v&#233;nement (surtout tragique), c'est en &#234;tre partiellement le ma&#238;tre, sinon le producteur, -c'est en tout cas se donner la sup&#233;riorit&#233; de &lt;i&gt;celui qui sait&lt;/i&gt; sur ceux qui ne savent pas encore. D'o&#249;, dans toute soci&#233;t&#233;, et pas seulement dans le microcosme journalistique, une sorte de rivalit&#233; mim&#233;tique qui conduit les individus &#224; vouloir &#234;tre les &lt;i&gt;premiers &#224; savoir&lt;/i&gt; pour, aussit&#244;t, &#233;craser les ignorants d'un : &lt;i&gt;&#171; Quoi, tu n'es pas au courant ? &#187;&lt;/i&gt; &lt;br&gt; Ainsi, tout consommateur de nouvelles se fait potentiellement journaliste &#224; l'&#233;gard de son entourage, c'est-&#224;-dire d&#233;tenteur de ce pouvoir d'informer qui est aussi le pouvoir de faire trembler son interlocuteur, en lui balan&#231;ant &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; dans les gencives...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;B/Le d&#233;sir d'&#233;v&#233;nement, aujourd'hui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ces motivations traditionnelles demeurent et s'intensifient, gr&#226;ce aux innombrables possibilit&#233;s de les satisfaire : multiplication de faits susceptibles d'&#234;tre connus, de m&#233;dias capables de les divulguer, de moyens techniques aptes &#224; les dramatiser ; branchement, d&#232;s le plus jeune &#226;ge, du consommateur d'infos sur ce qu'on lui dit &#234;tre &#171; le monde d'aujourd'hui &#187; ; pouvoir enfin de zapper d'un &#171; &#233;v&#233;nement &#187; &#224; un autre et de se maintenir toujours en &#233;tat de diversion. La cons&#233;quence, c'est qu'il y a toujours en chacun de nous une sorte d'int&#233;r&#234;t potentiel, un &#171; horizon d'attente &#187;, une avidit&#233; r&#233;flexe, qui nous poussent &#224; nous jeter sur l'Info, &#224; faire comme si nous nous int&#233;ressions m&#234;me... &#224; ce qui ne nous int&#233;resse pas, pourvu que cela nous divertisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#192; cela s'ajoutent au moins six traits sp&#233;cifiques, dont nous avons d&#233;j&#224; pressenti la teneur, et qu'il convient de &#171; s&#233;rier &#187; maintenant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	1/ C'est d'abord &lt;i&gt;le puissant vertige de l'&#233;volution&lt;/i&gt;, ce mythe d'un temps fl&#232;che dont la courbe est forc&#233;ment ascendante, qui nous garantit que nous progressons avec l'&#233;poque qui progresse. &lt;i&gt;&#171; L'actualit&#233; va vite. Tr&#232;s vite. Pourquoi se laisser d&#233;passer ? &#187;&lt;/i&gt;, nous avertit la publicit&#233; de France-Info. Il faut &lt;i&gt;coller &#224; l'&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;. Participer affectivement, collectivement et virtuellement &#224; &#171; ce qui se passe &#187;, f&#251;t-il le plus futile, ce n'est donc pas seulement &#234;tre diverti de la pens&#233;e de la mort : c'est se sentir cro&#238;tre avec le monde dans le temps m&#234;me o&#249; notre corps r&#233;gresse, c'est conjurer le sentiment que nous poursuivons un existence mortelle par l'illusion que nous ne cessons de &#171; muter &#187; avec l'&#233;poque en mutation... C'est ainsi qu'Armand Salacrou faisait d&#233;j&#224; dire &#224; l'un de ses personnages : &lt;i&gt;&#171; Non ! Non ! Non ! Je ne vous laisserai pas raisonner en 1492 comme on raisonnait en 1482 [...] Nous ne sommes plus dans le pass&#233;, nous vivons enfin une &#233;poque actuelle, contemporaine, d&#233;finitive. Nous sommes en 1492 et &#224; Florence ! Vous comprenez ? &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La Terre est ronde&lt;/i&gt;, 1938)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	2/ C'est ensuite, on l'a vu, l'irr&#233;pressible &#171; pulsion consommatrice &#187; qui, ne se suffisant pas des biens mat&#233;riels, a besoin pour s'assouvir de multiplier &#224; l'infini les &#171; biens symboliques &#187;. Comme l'a montr&#233; Baudrillard, la consommation de produits d&#233;bouche sur la &#171; consommation de signes &#187;, qui a l'avantage d'&#234;tre illimit&#233;e. Parmi ces produits-signes, il y a les &#233;v&#233;nements, avec tout ce qui leur est li&#233;, et l'identit&#233; branch&#233;e qu'ils vous procurent. Que savoure-t-on exactement dans la &#171; consommation &#187; d'&#233;v&#233;nements ? Souvent ces m&#234;mes &#233;motions troubles que l'on recherche dans les fictions : la catastrophe (qui m'&#233;pargne), la r&#233;volte (qui m'honore), la grandeur (du &#171; h&#233;ros &#187; embl&#233;matique auquel je m'identifie), le suspense (qui va gagner la guerre d'Irak ?), la compassion (provisoire), le sadisme (qui me flatte et que je d&#233;nonce aussit&#244;t), bref tout un &#171; imaginaire &#187; li&#233; &#224; une complaisante d&#233;gustation de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	3/ C'est encore la satisfaction de l'instinct gr&#233;gaire. L'app&#233;tit &lt;i&gt;collectif&lt;/i&gt; (d'&#233;v&#233;nements) d&#233;multiplie la faim personnelle. Alors que la traditionnelle pulsion d'achat reste souvent individuelle, la &#171; pulsion consommatrice &#187; est &#224; base de pulsion gr&#233;gaire. C'est pour cela qu'on s'empresse de se brancher &lt;i&gt;aux m&#234;mes heures&lt;/i&gt; sur l'information, que l'on veut &lt;i&gt;d&#233;s leur sortie&lt;/i&gt; voir les m&#234;mes films. La ritualit&#233; de l'&#233;v&#233;nement l'emporte sur l'&#233;v&#233;nement, puisque c'est la chaleur du rassemblement devant le spectacle que l'on recherche. Il faut dire aussi que si notre app&#233;tit de nouveau est une conjuration illusoire de la mort, comme on l'a not&#233; ci-dessus en citant P. Val&#233;ry, cette illusion ne fonctionne bien que si elle est collectivement partag&#233;e. Plus on est de fous &#224; croire que l'irruption de l'&#233;v&#233;nement peut r&#233;ellement combler le vide de notre existence, mieux on oublie la mort de chaque instant, et donc mieux on se porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	4/ L'&#233;v&#233;nement satisfait aussi, &#224; ce niveau collectif, notre besoin d'un &lt;i&gt;faux semblant de vie d&#233;mocratique&lt;/i&gt;. On se laisse gagner par la vague id&#233;e qu'il nous fait citoyens par le seul fait qu'on se branche sur lui, qu'on devient &#171; peuple souverain &#187; en absorbant ensemble et en direct les m&#234;mes nouvelles (notamment &#171; politiques &#187;), et qu'il suffira d'en parler pour acc&#233;der au statut d'Opinion... Bref, &#224; condition de le &#171; suivre &#187; assid&#251;ment, l'&#233;v&#233;nement nous offre l'illusion d'une participation collective sous les esp&#232;ces d'une consommation consensuelle. Il devient le &#171; lieu commun &#187; d'un pseudo-forum. &lt;i&gt;&#171; Sans les &#233;v&#233;nements&lt;/i&gt;, me dit un ami, &lt;i&gt;on n'aurait rien &#224; dire dans les d&#238;ners en ville. &#187;&lt;/i&gt; Le Directeur de l'Information de TF1 &#233;nonce d'ailleurs la r&#232;gle : &lt;i&gt;&#171; Il faut savoir chaque jour ce qui va faire parler les gens le lendemain &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans le Canard encha&#238;n&#233; du 29/10/03, p.4.&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On voit que l'arbitraire de l'&#233;v&#233;nement ne s'exerce plus tout &#224; fait au hasard : il faut donner au peuple/public/consommateur du &#171; pr&#234;t-&#224;-opiner &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	5/ En m&#234;me temps que l'&#233;v&#233;nement fournit au citoyen ce leurre de vie d&#233;mocratique, il exacerbe en lui une &lt;i&gt;illusion individualiste de domination du monde&lt;/i&gt;. Gaston Bachelard, qui se plaisait &#224; entendre en fond sonore les informations du matin jusqu'au soir, n'&#233;tait pas dupe de cette illusion puisqu'il disait de lui-m&#234;me : &lt;i&gt;&#171; Comme cela, j'ai l'impression que le monde tourne autour de moi. &#187;&lt;/i&gt; Mais le grand public, lui, est dupe. Plus nous sommes saisis par les &#233;v&#233;nements, plus nous sommes fortifi&#233;s dans le sentiment que &#171; l'&#233;poque &#187; existe bien, et que nous nous situons en plein centre, dans ce fameux &#171; c&#339;ur &#187; de l'actualit&#233; que les journalistes poursuivent comme le Saint Graal. Qu'importe si les &#233;v&#233;nements sont r&#233;p&#233;titifs, jamais vraiment nouveaux, factices, mortif&#232;res, irr&#233;els et th&#233;&#226;traux : la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; m&#233;diatique, c'est cette repr&#233;sentation qui joue &#224; &#234;tre le monde et, r&#233;p&#233;tons-le, que les journalistes ont besoin de faire croirepour continuer d'y croire eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	6/ Sixi&#232;me et ultime int&#233;r&#234;t qu'on peut trouver &#224; &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187;, -je n'ose &#224; peine le dire car j'allais l'oublier-, c'est le d&#233;sir d'&#234;tre inform&#233;. C'est assez rare. Ce n'est en g&#233;n&#233;ral qu'un alibi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anecdote. En allant chez un voisin vers 15h30, le 11 sept. 2001, je le vois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cela existe. C'est l'exception qui confirme la r&#232;gle. Car la repr&#233;sentation &#233;v&#233;nementielle a le m&#234;me avantage que l'imagination selon Pascal : elle est &lt;i&gt;&#171; d'autant plus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;C/Le solipsisme collectif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le &#171; solipsisme &#187; est cette conception philosophique selon laquelle le sujet est &#224; lui-m&#234;me la seule r&#233;alit&#233; existante : le monde qu'il per&#231;oit est donc consid&#233;r&#233; par lui comme une simple projection de son esprit. Dans son utopie totalitaire, &lt;i&gt;1984&lt;/i&gt;, Orwell d&#233;crit une soci&#233;t&#233; solipsiste. Les dirigeants, fous de pouvoir, d&#233;sireux de gouverner la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, et voulant donc absolument que le monde soit conforme &#224; leur vision pr&#233;&#233;tablie, obligent la population &#224; discipliner ses pens&#233;es pour ne pas le voir autrement. Ils parviennent ainsi &#224; voir eux-m&#234;mes les choses comme ils ont r&#233;ussi &#224; faire croire qu'elles &#233;taient. C'est du &lt;i&gt;solipsisme collectif&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le mod&#232;le &#233;v&#233;nementiel qui s&#233;vit autour de nous semble avoir la m&#234;me vis&#233;e. L'&#233;poque et les &#171; &#233;v&#233;nements &#187; (choisis) qui la constituent ressemblent &#224; une vaste projection mentale en laquelle nous devons croire, comme s'il s'agissait de la r&#233;alit&#233; en soi, alors qu'il ne s'agit que d'une construction quotidienne, d'un perp&#233;tuel cin&#233;ma que nous nous faisons &#224; nous-m&#234;mes, avec la complicit&#233; du journalisme qui nous en a donn&#233; le go&#251;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S'il est vrai que, dans toute soci&#233;t&#233;, le solipsisme inh&#233;rent au langage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette grille solipsiste, qui craint toujours d'&#234;tre d&#233;rang&#233;e, ne cesse de se prot&#233;ger elle-m&#234;me, de se reconstituer &#224; tout moment en produisant des &#233;v&#233;nements-types qui confortent ses sch&#233;mas et en passant sous silence une infinit&#233; de &#171; faits r&#233;els &#187; (qu'elle s'emp&#234;che de voir), ignorant les interrogations essentielles que le monde jette sans fin &#224; l'assaut de la grille. En cela consiste la &lt;i&gt;dictature&lt;/i&gt; de l'&#233;v&#233;nement. Cette cons&#339;ur de la &lt;i&gt;tyrannie&lt;/i&gt; de l'audimat...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A vrai dire, &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; &#233;tait consid&#233;r&#233; &#224; l'&#233;poque classique comme l'issue d'un processus ant&#233;rieur : il &#233;tait certes une manifestation spectaculaire, mais la cause n'en &#233;tait pas occult&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parfait contre exemple, li&#233; aussi &#224; l'explosion quotidienne des moteurs &#171; &#224; explosion &#187; : le nombre des morts sur les routes ! Vingt tu&#233;s par jour, c'est devenu un fait divers, ce n'est jamais un &#171; &#233;v&#233;nement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aussi les producteurs de films, aux USA, appellent-ils &#171; &lt;i&gt;technical events&lt;/i&gt; &#187; (litt&#233;ralement : &#171; &#233;v&#233;nements techniques &#187;) ce qu'on traduit par &#171; effets sp&#233;ciaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autant l'utilisation des dates est pertinente lorsqu'il s'agit de baliser &#171; l'histoire &#187; et faciliter sa m&#233;moire, autant le &#171; culte &#187; des dates-clefs la falsifie en lui imposant des choix arbitraires (cf. la note 10).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut se dire que s'il faut trois minutes &#224; LCI pour nous apprendre &lt;i&gt;&#171; quelque chose de nouveau &#187;&lt;/i&gt;, on doit &#224; chaque fois patienter et s'ennuyer ferme pendant 179 secondes ! RTL fait mieux, en lan&#231;ant &lt;i&gt;&#171; les Instantan&#233;s RTL &#187;&lt;/i&gt; (en sept. 98), qui &lt;i&gt;&#171; acc&#233;l&#232;rent l'info &#187;&lt;/i&gt; : il s'agit d'intervenir sur l'antenne &lt;i&gt;&#171; &#224; la seconde m&#234;me o&#249; se produit l'&#233;v&#233;nement &#187;&lt;/i&gt;, et l'on nous pr&#233;cise que &lt;i&gt;&#171; la configuration id&#233;ale est celle qui permet de d&#233;velopper une information tout au long de la journ&#233;e avec des rebondissements, comme on a pu le vivre lors de la prise d'otage des enfants &#224; Neuilly. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; ponctualit&#233; &#187; in&#233;vitable de l'&#233;v&#233;nement est parfois all&#233;gu&#233;e comme justification par les journalistes : on ne peut s'attarder dans des approfondissements qui lasseraient le public. Cependant, quand ils le veulent bien, nos informateurs savent faire durer l'information sur ce qui leur semble d'importance, comme le montre le rappel, pendant plusieurs mois, chaque soir au journal t&#233;l&#233;vis&#233;, de la situation des otages au Liban, en 1985. Il est vrai qu'il s'agissait de journalistes. Pourquoi ne ferait-on pas la m&#234;me chose avec les 30 000 enfants qui meurent chaque jour ? Pour une raison bien simple : c'est que tout le monde le sait, voyons...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voici un autre exemple &#233;clairant. Si, au cours de l'ann&#233;e 1999 vous avez entendu prononcer le mot &#171; Titanic &#187;, cela n'&#233;voquait certainement pas dans votre esprit l'adjectif &#171; titanique &#187;, lui-m&#234;me synonyme de &#171; titanesque &#187;. Ce &#224; quoi vous avez d&#251; penser, ce n'&#233;tait pas vraiment non plus &#224; l'histoire effective de ce transatlantique qui a sombr&#233; corps et biens en 1912 (cela est redevenu un &#171; fait &#187;, ce n'est plus un &#171; &#233;v&#233;nement &#187;). Non, votre r&#233;flexe imm&#233;diat a d&#251; vous renvoyer au film tir&#233; de ce fait, film-ph&#233;nom&#232;ne c&#233;l&#233;br&#233; pendant des mois comme &#171; &#233;v&#233;nement &#187; parce que &lt;i&gt;tellement&lt;/i&gt; contemporain, et donc ne devant pas &#234;tre manqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On a pu dire : &#171; &lt;i&gt;Parler des choses, c'est les cr&#233;er.&lt;/i&gt; &#187;, en grossissant la vertu &#171; performative &#187; du langage (voir notre commentaire, p. 00) Cela est vrai dans la mesure o&#249; elles n'existent que dans la conscience qui les entend ainsi nomm&#233;es. Mais il est vrai aussi que ce &#171; jugement de fait &#187; qui &#171; r&#233;v&#232;le &#187; leur existence jusqu'alors ignor&#233;e est en m&#234;me temps un &#171; jugement de valeur &#187; qui les pose comme importantes -en bien ou en mal- &lt;i&gt;puisqu'on en parle&lt;/i&gt;, par opposition &#224; toutes celles que l'on tait. Le redoutable pouvoir qu'ont les m&#233;dias de &#171; juger &#187; le monde &#224; travers la simple &#171; observation &#187; s&#233;lective qu'ils en font, comme on va le voir &#224; propos du &#171; double arbitraire &#187;, est d&#233;j&#224; inh&#233;rent &#224; la langue. Bien entendu, l'ambigu&#239;t&#233; de la formule &#171; &lt;i&gt;parler des choses, c'est les cr&#233;er&lt;/i&gt; &#187; ne doit pas pour autant l&#233;gitimer la manipulation d&#233;lib&#233;r&#233;e : faire croire que ce qu'on dit correspond &#224; ce qui existe, faire croire qu'existe... ce qui n'existe pas (voir note 8).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans telle &#233;mission de radio (Le t&#233;l&#233;phone sonne) ou de t&#233;l&#233;vision (Le juste prix), on d&#233;signe les invit&#233;s par leur pr&#233;nom. On r&#233;f&#232;re bien &#224; leur identit&#233;, mais en m&#234;me temps, cette pr&#233;sentation qui para&#238;t si naturelle n'est pas un choix insignifiant : alors que le patronyme d&#233;signe la personne civile, le citoyen dans ses multiples dimensions, le pr&#233;nom fait voir le sujet dans sa r&#233;alit&#233; priv&#233;e, plus intime, plus familiale, d&#233;context&#233;e de sa situation sociopolitique. Ce choix est &lt;i&gt;id&#233;ologique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nomination, comme pouvoir, est donc pr&#233;cis&#233;ment un pouvoir &lt;i&gt;arbitraire&lt;/i&gt;. En parlant d'une &#171; r&#233;alit&#233; &#187; quelle qu'elle soit, celui qui manie la langue lui donne un certain statut, donc la fait exister ; mais en m&#234;me temps, il oblige les autres &#224; ne voir cette r&#233;alit&#233; qu'en fonction du &#171; d&#233;coupage &#187;, de l'&#233;tiquetage qu'il lui impose en la nommant. Il leur fait ainsi penser, r&#233;p&#233;tons-le, que sa repr&#233;sentation du r&#233;el est le r&#233;el, ce qui est le fondement de toute id&#233;ologie. Un autre bon exemple de l'ambigu&#239;t&#233; de la nomination est celui des signes astrologiques : pour celui qui s'en sert de rep&#233;rage, ils sont une premi&#232;re connaissance, &#233;l&#233;mentaire, de la vo&#251;te c&#233;leste ; pour celui qui les croit r&#233;ellement existants, confondant leur configuration apparente avec des animaux c&#233;lestes, c'est l'ali&#233;nation, le d&#233;lire, l'horoscope, etc. Car la Grande Ourse... n'existe pas !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Petite anecdote. En 1980, au lendemain du week-end o&#249; Jaruzelski prend brutalement le pouvoir en Pologne, j'interroge mes &#233;l&#232;ves par &#233;crit sur &#171; ce qui s'est pass&#233; depuis quarante huit heures &#187;. Leurs r&#233;ponses doivent rester anonymes : je d&#233;sire en effet tester leur conscience de l'actualit&#233;, croyant encore moi-m&#234;me &#224; l'&#233;v&#233;nement &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt;. Et voici que je trouve, parmi la trentaine de textes fort int&#233;ressants, une grande feuille blanche o&#249; il est &#233;crit simplement : &lt;i&gt;&#171; Je suis vachement amoureuse &#187;&lt;/i&gt;. Telle &#233;tait la r&#233;alit&#233;, &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; pour cette jeune fille ; et elle n'avait pas tort, car &#171; ce qui se produit &#187; dans le monde n'a pas &#224; prendre la place de &#171; ce que je vis &#187; dans ma vie, ce qui serait pr&#233;cis&#233;ment une ali&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce simple exemple montre combien la croyance en &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187;, comme toute foi qui se veut partag&#233;e, est potentiellement violente : je d&#233;sire toujours que l'&#233;v&#233;nement &lt;i&gt;pour moi&lt;/i&gt; soit n&#233;cessairement l'&#233;v&#233;nement pour tous les autres ; et donc, qu'ils s'y soumettent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corollairement, qualifier de &lt;i&gt;&#171; non &#233;v&#233;nement &#187;&lt;/i&gt; une nouvelle artificiellement grossie, et totalement d&#233;pourvue d'int&#233;r&#234;t, a toujours l'inconv&#233;nient de laisser entendre qu'il y en a de &lt;i&gt;vrais&lt;/i&gt; (en soi)... Seul le fait est v&#233;ridique. L'isoler/l'amplifier, c'est d&#233;j&#224; le falsifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;racit&#233; d'un fait, mensonge de l'&#233;v&#233;nement qui, en &#233;lisant celui-ci, &lt;i&gt;n&#233;antise&lt;/i&gt; les autres...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce double arbitraire permet de jeter un double regard sur toute information qui nous arrive, dans le paquet h&#233;t&#233;roclite des &#171; nouvelles &#187; quotidiennes. On examinera donc :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a)-d'une part, en fonction de quelle repr&#233;sentation du monde la r&#233;alit&#233; dont on nous parle a-t-elle &#233;t&#233; choisie ; et jusqu'&#224; quel point est-elle isol&#233;e ou non de son contexte (socio-&#233;conomique) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b)-d'autre part, au niveau de son traitement plus ou moins &#171; &#233;v&#233;nementiel &#187;, dans quel dispositif m&#233;diatique et communicationnel elle s'ins&#232;re, au service de quelle &#171; reconstruction &#187; du r&#233;el elle est ainsi soumise (calibr&#233;e comme une annonce publicitaire, enr&#233;giment&#233;e dans l'id&#233;ologie n&#233;o-lib&#233;rale, etc.) ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'arbitraire de l'&#233;v&#233;nement, qui se r&#233;it&#232;re chaque jour, se manifeste sur un fond beaucoup plus g&#233;n&#233;ral qui est &lt;i&gt;l'arbitraire du temps&lt;/i&gt;, tel que le code chronologique nous le fait percevoir. Le temps qui passe existe bien, mais contrairement &#224; ce qu'on r&#233;p&#232;te partout aujourd'hui, il ne &#171; s'acc&#233;l&#232;re &#187; pas, et il est parfaitement indiff&#233;rent &#224; la fa&#231;on dont nous le mesurons et d&#233;coupons. Forts de notre grille d&#233;cimale, nous croyons voir dans la r&#233;alit&#233; des secondes, des minutes, des heures, des jours, des semaines, des mois, des ann&#233;es, des si&#232;cles, des mill&#233;naires, etc. Mais rien de cela n'existe en soi, c'est de l'invention, de la convention humaine. Pratique sans doute, mais arbitraire. Nous c&#233;l&#233;brons des &#171; dates &#187;, mais elles ne sont rien par elles-m&#234;mes. Nous c&#233;l&#233;brons des &#171; anniversaires &#187;, mais ils n'existent que dans la grille &#233;v&#233;nementielle que nous projetons sur le Temps. Le &#171; ce qui se passe, ce qui se produit &#187; ne prend sens que dans le cadre du mythe occidental selon lequel le &#171; Temps &#187; est &#171; Histoire &#187; : grille de perception d'autant plus imaginaire que nous avons invent&#233; une &#233;poque dite &#171; pr&#233;historique &#187; o&#249;, justement, tout semblait fig&#233; avant de vraiment &#171; commencer &#187;. Alors est arriv&#233;, comme Zorro sur son cheval, le Progr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait de m&#234;me parler d'un &lt;i&gt;arbitraire de l'espace&lt;/i&gt;, avec ses d&#233;coupes bien humaines, ses pays et ses fronti&#232;res, son local et son global, ses ethnocentrismes, sa repr&#233;sentation hi&#233;rarchique de la plan&#232;te avec le Nord en haut et le sud en bas, sa toute nouvelle perception-r&#233;duction de la Terre au fameux &#171; village plan&#233;taire &#187;, etc. Cette grille spatiale sert &#224; &#171; cadrer &#187; l'&#233;v&#233;nement, - comme la cam&#233;ra cadre les images d'un film, en produisant les m&#234;mes &#171; effets de r&#233;el &#187;, au moyen des m&#234;mes artifices, qui toujours &lt;i&gt;en montrant&lt;/i&gt;, cachent ce qui reste dans l'ombre....&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vouloir &#171; repr&#233;senter le monde tel qu'il est &#187;, si l'on y r&#233;fl&#233;chit bien, est une d&#233;lirante absurdit&#233;. Il faudrait d'abord le conna&#238;tre. S'agissant de la moindre &#171; r&#233;alit&#233; &#187;, il faudrait &#224; la fois la vivre du dedans et la voir du dehors, dans toutes ses dimensions, et sous tous ses angles... De plus, l'entreprise m&#234;me qui consiste &#224; observer/conna&#238;tre/repr&#233;senter une r&#233;alit&#233; contribue, par son incidence, &#224; la modifier, et l'on sait que c'est sur ce point que butent nombre d'observations scientifiques. Enfin, le journaliste, le sociologue, l'&#233;crivain, le peintre ou le cin&#233;aste qui tente de &#171; repr&#233;senter &#187; &#171; le monde tel qu'il est &#187;, faisant lui-m&#234;me partie de ce monde qu'il envisage de repr&#233;senter, devrait s'inclure dans son tableau. Vaste programme !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vouloir &#234;tre &lt;i&gt;au c&#339;ur de l'actualit&#233;&lt;/i&gt; est un pr&#233;jug&#233; romanesque. Stendhal le montre bien en d&#233;crivant les &#233;tonnements de Fabrice del Dongo &#224; Waterloo : le jeune homme ne comprend rien &#224; ce qui se passe, mais s'&#233;crie n&#233;anmoins : &lt;i&gt;&#171; J'ai vu le feu ! Me voici un vrai militaire. &#187;&lt;/i&gt;... Vrai militaire, ou apprenti journaliste ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les exemples sont l&#233;gion. Carrefour lance ainsi, en octobre 1999, un &#171; &lt;i&gt;discount historique&lt;/i&gt; &#187; pour &lt;i&gt;&#171; c&#233;l&#233;brer la fin du si&#232;cle &#187;&lt;/i&gt;. Au m&#234;me moment para&#238;t dans le m&#233;tro cette annonce r&#233;volutionnaire : &lt;i&gt;&#171; Mardi 12-10-99 : le Printemps l&#233;galise le shopping pour hommes &#187;&lt;/i&gt;. Le 15-11-2003, la &#171; nouvelle Golf &#187; est pr&#233;sent&#233;e dans les journaux comme &lt;i&gt;&#171; un r&#233;sum&#233; de ce qui s'est pass&#233; dans le monde aujourd'hui &#187;&lt;/i&gt;. Mais la palme revient &#224; La Redoute, qui tient &#224; la disposition de ses clientes un Guide &#171; &#233;v&#233;nement &#187;, et leur envoie, avant les f&#234;tes, un &lt;i&gt;&#171; Ch&#232;que-&#233;v&#233;nement No&#235;l &#187;&lt;/i&gt; &#224; d&#233;duire des achats... jusqu'au 24 d&#233;cembre ! D&#233;p&#234;chez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Accardo, &lt;i&gt;Derri&#232;re la subjectivit&#233; des journalistes&lt;/i&gt;, colloque du CRAC, Valence, novembre I999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Non pas que les faits manquent, il en est de cruciaux que les m&#233;dias passent sous silence. Mais ce qui parfois leur manque, ce sont des faits bien nets et bien dodus, bien rep&#233;rables et bien amplifiables, allant clairement dans le sens de l'id&#233;ologie dominante, du mythe de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;v&#233;nement est une &#171; parole &#187;, disions-nous, dans la mesure o&#249; les faits c&#233;l&#233;br&#233;s comme tels ne sont choisis que pour ce qu'ils &#171; signifient &#187;. C'est encore plus vrai lorsque des manifestants, d&#233;sirant ressaisir &#224; leur profit l'arbitraire de l'&#233;v&#233;nement, ne &#171; cr&#233;ent l'&#233;v&#233;nement &#187; (d&#233;fil&#233;s, bris de vitrines, violences, arrestations, etc.) que pour se faire &lt;i&gt;entendre&lt;/i&gt; au journal de 20 heures.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les historiens s'accordent pour dater la naissance de J&#233;sus-Christ environ quatre ou cinq ans avant l'&#232;re chr&#233;tienne. M&#234;me si l'on accepte l'arbitraire du calendrier chr&#233;tien, -en tant que mesure conventionnelle du Temps plan&#233;taire-, force est de constater que l'an 2000 a &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233; avec plus de quatre ans de retard sur la marche du monde ! Erreur historique, dont la seule consolation se trouve peut-&#234;tre dans le nombre de sympathiques b&#233;b&#233;s qu'elle a engendr&#233;s ! Mais allez-vous dire, chacune de ces naissances n'est-elle pas un &#233;v&#233;nement en soi ? Certes non ! Une naissance &#233;tant un fait essentiel qui, selon ma grille humaniste, est gen&#232;se d'un infini, ce serait en r&#233;duire l'importance que de la nommer &#171; &#233;v&#233;nement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour justifier cette dramatisation de l'actualit&#233;, on emploie parfois un argument p&#233;dagogique : il faut accepter de &#171; saisir &#187; les gens par un peu de sensationnalisme, car c'est d&#233;j&#224; les informer, les &#171; int&#233;resser &#187;, et donc les pr&#233;parer aux &#233;clairages qui vont suivre. L'ennui, c'est que l'&#233;v&#233;nement, devenu drogue, ne peut attendre. Pas de pause r&#233;flexive ! La cha&#238;ne &#233;v&#233;nementielle commande : il faut que le paroxysme de l'&#233;v&#233;nement pr&#233;sent soit imm&#233;diatement suivi du paroxysme de l'&#233;v&#233;nement suivant, de sorte que le &#171; recul &#187; qui permettrait une prise intelligible sur le monde, dans la logique des m&#233;dias actuels, est structurellement impossible. Ce qui n'est sans doute pas un hasard (cf. note 23)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans &lt;i&gt;le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; du 29/10/03, p.4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anecdote. En allant chez un voisin vers 15h30, le 11 sept. 2001, je le vois focalis&#233; sur les tours qui s'effondrent &#224; New York. J'apprends par la m&#234;me occasion &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187;, qui me semble aussi irr&#233;el qu'un film catastrophe. Pour ne pas d&#233;ranger mon ami dans sa fascination, je lui propose de revenir le soir apr&#232;s le journal t&#233;l&#233;vis&#233;. Il m'informe alors de ce qu'on vient d'annoncer sur sa cha&#238;ne : le journal de 20 heures sera prolong&#233; toute la soir&#233;e. Et d'ajouter : &lt;i&gt;&#171; Heureusement, d'ailleurs, parce qu'il n'y avait vraiment rien, ce soir, &#224; la t&#233;l&#233; &#187;&lt;/i&gt;... Au m&#234;me moment, Le Monde pr&#233;parait son grand titre du lendemain : &#171; &lt;strong&gt;L'Am&#233;rique frapp&#233;e, le monde saisi d'effroi&lt;/strong&gt; &#187;. Nous sommes d&#233;cid&#233;ment tous am&#233;ricains, mais chacun &#224; sa mani&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S'il est vrai que, dans toute soci&#233;t&#233;, le solipsisme inh&#233;rent au langage menace l'ensemble du discours public, il faut noter qu'il y a des diff&#233;rences dans la nature des discours (-certains d&#233;masquent pr&#233;cis&#233;ment l'ali&#233;nation qu'entretiennent les autres-) et des degr&#233;s dans la responsabilit&#233; de ceux qui les tiennent. Tout d&#233;pend de qui parle &#224; qui, et dans quelles conditions, au sein de champs politiques et sociaux o&#249; l'id&#233;ologie dominante sert les pouvoirs dominants. Alain Accardo, qui a lu ce chapitre estime que je ne mets pas assez l'accent sur cet aspect. Il a raison. S'il y a un arbitraire de l'&#233;v&#233;nement, en effet, cet arbitraire ne na&#238;t nullement du hasard : les d&#233;terminations sociales ou &#233;conomiques sont l&#224; pour faire &#034;produire&#034; aux journalistes la vision falsifi&#233;e du &#034;r&#233;el&#034; dont ont besoin, pour maintenir leur domination, les int&#233;r&#234;ts et les puissances qui m&#232;nent le monde. Ainsi, pr&#233;cise Alain Accardo, ce qu'on peut essentiellement reprocher aux journalistes, &lt;i&gt;&#171; c'est de se complaire dans une ali&#233;nation sp&#233;cifique qui fait d'eux des manipulateurs manipul&#233;s, &#224; la fois victimes et complices d'un abominable syst&#232;me de domination sociale. De quoi la vision journalistique des faits souffre-t-elle le plus ? De ce que l'esprit humain est infirme et ne parvient jamais qu'&#224; une vision fragmentaire, arbitraire et fantasm&#233;e du r&#233;el, ou bien de ce qu'elle est soumise &#224; des d&#233;terminations historiques, &#233;conomiques et sociales qui font que la vision journalistique du r&#233;el est AUSSI, par ses lacunes, son arbitraire et ses fantasmes propres, la vision dont le n&#233;o-lib&#233;ralisme a besoin aujourd'hui pour asseoir et l&#233;gitimer la domination mondiale du Capital ? &#187;&lt;/i&gt; Des deux, bien s&#251;r. Merci, Alain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est un extrait de &lt;i&gt;De l'id&#233;ologie aujourd'hui&lt;/i&gt;, Fran&#231;ois Brune, &#233;d Parangon, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reproduit ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une &#233;thique de la manipulation ?!</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article219</link>
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		<dc:date>2005-03-04T15:39:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Brune</dc:creator>


		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Antipub</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias de masse, autom&#233;dia</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Peut-on, en mati&#232;re de communication, employer des moyens frauduleux au service de fins &#233;thiques ? Peut-on lutter contre la pub avec des slogans ? Fran&#231;ois Brune s'interroge ici avec jubilation sur la question des moyens et des fins dans toute d&#233;marche m&#233;diatique et politique. (Extrait de son bouquin &lt;i&gt;De l'id&#233;ologie aujourd'hui&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique26" rel="directory"&gt;U&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Antipub&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;M&#233;dias de masse, autom&#233;dia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L139xH150/arton219-e869b.jpg?1780481639' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='139' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff219.jpg?1128977607&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on, en mati&#232;re de communication, employer des moyens frauduleux au service de fins &#233;thiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Telle est en substance la question sur laquelle, en mai 2002, un respectable universitaire, ni sot ni cynique, m'a demand&#233; de r&#233;fl&#233;chir pour une contribution &#224; un ouvrage collectif. Puisque chacun manipule chacun, n'est-ce pas, comment convertir ce mal en bien, et &lt;i&gt;positiver&lt;/i&gt; dans le sens de la modernit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quelle question ! Quelle tentation ! Que r&#233;pondre &#224; cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On se contentera de mettre en question la question...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, nous sommes en effet confront&#233;s &#224; l'&#233;ternelle opposition entre les fins et les moyens, entre &#233;thique et politique, entre morale et efficacit&#233;. Opposition que les j&#233;suitismes de l'Ordre &#233;tabli &#171; r&#233;solvent &#187; classiquement par de magnifiques &#233;nonc&#233;s paradoxaux : on a le droit de tuer au nom de la vie (guerres, peine de mort) ; il faut parfois &#234;tre injuste au nom de la Justice (machiav&#233;lismes) ; on doit risquer d'&#234;tre inhumain au nom de l'Humanit&#233; (r&#233;volutions) ; il est permis d'opprimer au nom de la libert&#233; (p&#233;dagogies dogmatiques) ; il faut parfois recourir au mensonge pour servir la v&#233;rit&#233; (recours aux mythes pour enseigner la Sagesse), et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ces conciliations de l'inconciliable -et notamment l'usage de proc&#233;d&#233;s trompeurs pour faire croire des choses vraies- me paraissent d&#232;s le d&#233;part ind&#233;fendables. Gandhi disait d&#233;j&#224; que l'usage d'un &#171; moyen &#187;, quel qu'il soit, implique toujours par lui-m&#234;me des finalit&#233;s qui lui sont inh&#233;rentes, et sont donc susceptibles de compromettre la fin recherch&#233;e. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'une conscience extr&#234;mement attentive aux m&#233;thodes dont on use. Une action dont les moyens et les fins sont contradictoires se hasarde toujours &#224; &#234;tre non seulement immorale, mais inefficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Par exemple, si l'on poursuit comme &#171; fin &#233;thique &#187; le Bien commun de la Cit&#233;, il est douteux qu'on puisse l'atteindre par une &#171; communication &#187; flattant l'&#233;go&#239;sme du citoyen (ce qui est souvent le cas, il faut le r&#233;p&#233;ter, des publicit&#233;s dites &#171; d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187;). De m&#234;me, si pour mieux combattre les th&#232;ses racistes d'un leader d'extr&#234;me droite, un hebdomadaire illustre son dossier par une &lt;i&gt;photographie&lt;/i&gt; en gros plan, de fa&#231;on &#224; faire ressembler le leader d&#233;test&#233; &#224; un boule-dogue (visage en contre-plong&#233;e, m&#226;choires en avant), il rate sa fin par son moyen : cette trop habile photo, en faisant correspondre les traits (suppos&#233;s d&#233;testables) d'un visage avec l'essence (suppos&#233;e ha&#239;ssable) d'un homme, s'inscrit pr&#233;cis&#233;ment dans la logique de tous les racismes, celle du &lt;i&gt;d&#233;lit de faci&#232;s&lt;/i&gt;. Si, pour combattre un raciste, on renforce dans l'esprit du public le sch&#233;ma fondamental de tout racisme, on aboutit au contraire de son objectif. Ce n'est vraiment pas de la bonne &#171; communication &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors des pr&#233;sidentielles d'avril 2002, cette photo de Le Pen n'a &#233;t&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand la mauvaise communication chasse la bonne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Mais qu'appelle-t-on au juste &#171; communication &#187; ? L'&#233;nonc&#233; de la question pos&#233;e -&#171; &lt;i&gt;en mati&#232;re de communication&lt;/i&gt; &#187;- semble pr&#233;senter celle-ci comme un moyen neutre en soi, une &#171; mati&#232;re &#187;, une discipline, une technique pouvant &#234;tre bien ou mal utilis&#233;e. Or, ce que l'on couvre d&#233;sormais du vocable de communication n'est-il pas &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; une pratique moralement condamnable, par son caract&#232;re oppressif et mensonger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Deux d&#233;finitions du mot sont en effet possibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;en th&#233;orie&lt;/strong&gt;, on peut d&#233;finir la communication, au sens originel et &#233;tymologique, comme la forme m&#234;me du dialogue &#224; armes &#233;gales, entre des interlocuteurs qui &lt;i&gt;mettent en commun&lt;/i&gt; (c'est cela, &lt;i&gt;communiquer&lt;/i&gt;) ce qu'elles ont &#224; se dire, &#224; &#233;changer, &#224; discuter, pour pr&#233;ciser leurs points d'accord ou de d&#233;saccord. Cela suppose effectivement une alternance dans l'&#233;change et une distribution &#233;galitaire des messages (verbaux ou non) que ces personnes s'adressent au cours de leur &lt;i&gt;interlocution&lt;/i&gt;. Cette d&#233;finition correspond tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce que d&#233;crit Montaigne dans le chapitre des &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; intitul&#233; &#171; De l'art de conf&#233;rer &#187;. Bien entendu, cette communication authentique, dans un climat d'honn&#234;tet&#233; intellectuelle parfaite, est un id&#233;al vers lequel on ne s'achemine pas ais&#233;ment : il n'en permet pas moins de consid&#233;rer avec la distance qui s'impose ce qu'est devenu l'emploi de ce mot dans le champ public (politique, m&#233;diatique, social) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;dans la pratique&lt;/strong&gt;, ce qu'on appelle &#171; communication &#187;, aujourd'hui, couvre un ensemble d'op&#233;rations publicitaires ou de &#171; relation publique &#187;, entrant dans le champ g&#233;n&#233;ral des &#171; industries culturelles &#187; (bel oxymore !), con&#231;ues avec toutes les techniques manipulatoires que les sciences humaines ont mises &#224; la disposition du &#171; marketing &#187;, et dont la manifestation dans le champ social ob&#233;it aux caract&#232;res suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; il s'agit d'une transmission de messages &lt;i&gt;&#224; sens unique&lt;/i&gt;. On &#171; communique &#224; &#187;. On ne regarde le proc&#232;s de communication que dans sa phase de diffusion (verbale, iconique, etc.), allant de l'&#233;metteur &#224; un destinataire qui n'a pas la parole, et se r&#233;duisant donc &#224; la &#171; fonction impressive &#187; du langage, mise en valeur par le linguiste Jakobson ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; il s'agit d'une communication dans laquelle, le plus souvent, l'&#233;nonciateur repr&#233;sente un &lt;i&gt;pouvoir&lt;/i&gt; qui s'adresse, pour l'influencer, &#224; un public-cible qui n'a pas de possibilit&#233; de r&#233;ponse, -ni sur-le-champ, -ni &#224; armes &#233;gales. Que le message vise une personne identifiable, un groupe, une entit&#233; sociale, il &#233;mane en effet la plupart du temps d'une force &#233;conomique, d'une autorit&#233; administrative ou politique, d'une institution &#171; l&#233;gitime &#187;, lesquelles veulent &lt;i&gt;agir sur&lt;/i&gt; les individus ou les groupes sociaux, que cela soit ou non pour leur bien ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce public a d'autant moins le pouvoir de r&#233;pondre, comme le supposerait une vraie de communication, qu'il est saisi &lt;i&gt;massivement&lt;/i&gt; dans des lieux o&#249; il ne peut &#234;tre que r&#233;cepteur, spectateur, consommateur, &#171; gouvern&#233; &#187;, &#171; administr&#233; &#187;, etc. &#224; travers les diff&#233;rents vecteurs du syst&#232;me &#233;conomico-politico-m&#233;diatique, cette communication fait irruption dans son existence de citoyen &lt;i&gt;sans qu'il l'ait d&#233;sir&#233;e&lt;/i&gt; (cf. la profusion des messages publicitaires auxquels il ne peut se soustraire). Il est d'ailleurs saisi &#224; un niveau dont il n'a pas conscience (qu'il s'agisse des connaissances sociologiques qu'on pense avoir de lui ou de la &#171; psychologie des profondeurs &#187;). On court-circuite ainsi ses d&#233;fenses rationnelles en le p&#233;n&#233;trant de fa&#231;on sciemment clandestine, ce qui est fonci&#232;rement malhonn&#234;te, quelle que soit la fin recherch&#233;e. Au cours des diverses &#171; campagnes &#187; de communication (expression r&#233;v&#233;latrice), on pourra certes lui octroyer des miettes d'expression (&#233;missions interactives, questions &#171; en direct &#187;, pr&#233;sence &#224; la t&#233;l&#233;vision de panels de t&#233;l&#233;spectateurs suppos&#233;s repr&#233;sentatifs, etc.) ; mais &#224; chaque fois, c'est moins pour entendre sa r&#233;ponse que pour donner &#224; la &#171; communication &#187; produite une apparence d'&#233;change, un simulacre de dialogue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette simulation de d&#233;mocratie, dans la bouche des &#171; communicants modernes &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui ne servent qu'&#224; le faire taire en lui donnant l'impression qu'il est &#233;cout&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le comble de cette &#171; communication &#187; est que ses auteurs &lt;i&gt;m&#233;connaissent&lt;/i&gt; le plus souvent ceux &#224; qui ils s'adressent, comme l'ont encore montr&#233;, aux pr&#233;sidentielles 2002, les b&#233;vues des organismes de sondage ou les erreurs tragiques des politiques abus&#233;s par leurs conseils en &#171; marketing &#187;. Les communicants du monde actuel (dans le cadre m&#233;diatico-publicitaire) s'adressent en effet, non pas &#224; des hommes ou &#224; des publics r&#233;els, mais le plus souvent aux repr&#233;sentations abstraites (nourries de moyennes statistiques) qu'on leur a donn&#233; d'eux, d'o&#249; r&#233;sultent ces figures fictives que sont &#171; le consommateur &#187;, &#171; la m&#233;nag&#232;re de moins de cinquante ans &#187;, ou m&#234;me &#171; l'opinion &#187;. Toute personne est en effet ce qu'elle est dans sa totalit&#233; : pr&#233;tendre s'adresser &#224; elle &#224; travers une grille de pens&#233;e qui la r&#233;duit &#224; la fonction de m&#233;nag&#232;re, &#224; sa tranche d'&#226;ge, &#224; ses achats, etc., qui ne sont que des aspects partiels de son &#234;tre multidimensionnel, &lt;i&gt;c'est manquer l'interlocution authentique qu'on pr&#233;tend tisser avec elle&lt;/i&gt;. Ainsi, techniquement si j'ose dire, les communicateurs ne communiquent pas : ils n'&#233;coutent pas ce que disent leurs interlocuteurs, ils ne voient pas leurs visages. Ils sont au-dessus, ou &#224; c&#244;t&#233;. Ils ne s'adressent qu'aux repr&#233;sentations mentales qu'ils se font des gens. Ils ne s'adressent jamais aux gens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On pourra certes discuter dans le d&#233;tail et nuancer ces remarques. Il n'en reste pas moins que, quand les responsables les mieux intentionn&#233;s veulent &#171; communiquer &#187;, c'est toujours prisonniers de ces sch&#233;mas unilat&#233;raux, et c'est toujours avec des moyens d'action disproportionn&#233;s. Pour qui consid&#232;re les limites du &#171; contre-pouvoir &#187; langagier dont le citoyen est suppos&#233; b&#233;n&#233;ficier dans notre &#171; r&#233;publique &#187;, la position dominante qu'occupent les &#171; communicateurs &#187; est toujours un d&#233;menti cinglant de la puret&#233; des intentions qu'ils affichent. On assiste sans cesse au spectacle d'une classe de prescripteurs d'opinion qui veulent &#171; faire croire, faire penser, faire agir &#187;, c'est-&#224;-dire en d&#233;finitive qui veulent conditionner ou manipuler, en croyant ou en jouant &#224; croire qu'ils ne font qu'&#233;changer, et en ayant sans cesse &#224; la bouche le mot &#171; d&#233;mocratie &#187; dont leurs pratiques sont un perp&#233;tuel d&#233;menti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En d'autres termes, le mot &#171; communication &#187; n'est, dans son acception actuelle dominante, que le synonyme m&#233;diatiquement correct du mot propagande. Il est notable que personne ne d&#233;nonce plus le coup de force s&#233;mantique op&#233;r&#233; par les publicitaires lorsqu'ils ont confisqu&#233; le mot pour euph&#233;miser leur pratique oppressive, ce qui a d'ailleurs conduit Florence Amalou &#224; donner &#224; son pamphlet, &lt;i&gt;Le livre noir de la publicit&#233;&lt;/i&gt;, ce sous-titre bien mal inspir&#233; : &#171; &lt;i&gt;Quand la communication va trop loin&lt;/i&gt; &#187; ! Elle ratifiait ainsi la mensong&#232;re &#233;quivalence publicit&#233;=communication, qui est &#224; lire dans les deux sens. Au reste, voil&#224; plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224; que certains journalistes ont d&#233;nonc&#233; la communication en s'alarmant de ce que &#171; &lt;i&gt;la communication tue l'information&lt;/i&gt; &#187;, comme si cette d&#233;rive n'&#233;tait pas en germe dans la simple perversion publicitaire du terme, que les m&#233;dias ont accept&#233;e et consacr&#233;e, avant que les universitaires ne leur embo&#238;tent le pas. La communication aujourd'hui, n'ob&#233;issant plus &#224; aucune r&#232;gle de v&#233;rit&#233;, ni &#224; aucun principe de d&#233;mocratie, est devenue par essence manipulatrice, et donc immorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il ne s'agit donc pas de se demander si, &#171; en mati&#232;re de communication &#187;, on peut employer des moyens frauduleux puisque celle-ci, &lt;i&gt;&#233;tant ce qu'elle est dans sa pratique aujourd'hui&lt;/i&gt;, est intrins&#232;quement perverse. On ne peut que d&#233;plorer qu'elle soit, et qu'elle soit ce qu'elle est. Recourir &#224; la &#171; communication &#187;, au mot d'abord, &#224; la chose ensuite, sachant que la signification &lt;i&gt;th&#233;orique&lt;/i&gt; du mot ne sert qu'&#224; masquer la pratique mensong&#232;re des &#171; communicants &#187;, me para&#238;t aux antipodes de l'&#233;thique humaniste, dont l'un des pr&#233;ceptes fondamentaux &#224; rappeler est &lt;strong&gt;le droit de tout homme &#224; n'&#234;tre pas manipul&#233;&lt;/strong&gt;. Pr&#233;cepte qui risque, il est vrai, de mettre au ch&#244;mage la plupart des entreprises de &#171; communication &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour une &#233;thique du discours&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	En rester &#224; ce constat, bien s&#251;r, serait un peu vite enterrer un d&#233;bat dont il est plus f&#233;cond de reformuler les termes. Revenons donc &#224; la situation de base o&#249; quelqu'un essaie de dire honn&#234;tement quelque chose &#224; quelqu'un d'autre. Oublions le mot pi&#233;g&#233; de &#171; communication &#187; (sauf &#224; l'utiliser dans le sens p&#233;joratif que je viens de d&#233;finir). Pr&#233;f&#233;rons-lui le terme de &#171; discours &#187; au sens le plus large : ensemble de propos, d'images, de signes utilis&#233;s pour exprimer des id&#233;es, recommander des conduites, chercher &#224; convaincre ou simplement informer autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On peut reprendre alors la question initiale en la posant sous cette autre forme : quelle peut &#234;tre l'&#233;thique d'un discours &#171; vrai &#187; ? Y aurait-il deux &#233;thiques, l'une visant les actions recommandables (le &#171; vivre &#187;) et l'autre r&#233;gissant l'art de les recommander (le &#171; dire &#187;), l'une concernant les choses et l'autre leurs repr&#233;sentations, la seconde &#233;tant consid&#233;r&#233;e comme plus mall&#233;able et pouvant &#234;tre enfreinte pour mieux servir la premi&#232;re ? Ne faut-il pas au contraire, quand on veut mettre le &#171; discours &#187; au service de causes nobles ou l&#233;gitimes, chasser &#224; tout prix de ce discours les proc&#233;d&#233;s moins nobles qui contredisent ses finalit&#233;s morales ? Et quand bien m&#234;me la langue serait toujours potentiellement manipulatoire, y compris lorsqu'elle veut servir le &#171; Bien &#187;, comment faire en sorte qu'elle manipule le moins possible, et respecte &#224; la fois la v&#233;rit&#233; de ce que l'on veut dire et la libert&#233; de ceux &#224; qui l'on parle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'emploi ici du mot discours ne pr&#233;suppose nullement que le &#171; discours &#187; serait le langage de v&#233;rit&#233; par opposition &#224; la &#171; communication &#187; qui en serait la corruption (m&#234;me si elle amplifie consid&#233;rablement ce danger). Car il est vrai que le discours aussi manipule, ruse, &#171; tronque &#187; ou fait violence. Et personne ne l'ignore. Contrairement donc &#224; l'usage du mot &#171; communication &#187;, choisir le mot &#171; discours &#187; masque &lt;i&gt;beaucoup moins&lt;/i&gt; son fr&#233;quent caract&#232;re de propagande ou d'&#233;nonc&#233; id&#233;ologique. On sait que le discours peut &#234;tre un &#171; beau discours &#187; mensonger, on sait que sous des dehors rationnels il persuade aussi en flattant la part irrationnelle (inconsciente, imaginaire, esth&#233;tique) de son interlocuteur, on sait que les sophismes du langage sont toujours pr&#234;ts &#224; convaincre pour &#233;garer, on sait que celui qui parle ne le fait jamais sans arri&#232;re-pens&#233;e, et on sait tellement tout cela que certains politiciens ont pr&#233;tendu acc&#233;der au &#171; parler vrai &#187; pour d&#233;samorcer l'esprit trop critique du public. Bref, parce qu'on sait tout cela, &lt;i&gt;l'emploi du mot discours a l'avantage de susciter la m&#233;fiance&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un journal provincial, le 11 mai 2002, un &#233;ditorialiste qui commente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Enfon&#231;ons le clou. Tout langage manipule. On peut renvoyer aux propos de Barthes : &#171; &lt;i&gt;la langue est fasciste&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;discourir c'est assujettir&lt;/i&gt; &#187;. Ces formules ont choqu&#233;, comme excessives. C'est pourtant d'elles qu'il faut partir si l'on veut esquisser ce que pourrait &#234;tre une &#233;thique du discours, sachant qu'il n'y a pas de langage de v&#233;rit&#233; en soi, quand bien m&#234;me on veut faire partager ce qu'on croit &#234;tre la v&#233;rit&#233;. Dans la chaleur de la conviction, on est toujours port&#233; &#224; se servir des deux armes que comporte tout langage : la violence et la ruse. C'est-&#224;-dire, sommairement, d'abuser de la &lt;i&gt;nomination&lt;/i&gt;, qui est violence, et de la &lt;i&gt;rh&#233;torique&lt;/i&gt;, qui est ruse. La nomination, premier acte langagier, est violence en ce qu'elle enferme toujours les choses ou les &#234;tres dans des mots qui sont autant d'essences impos&#233;es, non sans d'ailleurs jouer de d&#233;tournements de sens pour faire croire que le r&#233;el correspond &#224; ce qu'on en dit (c'est ce qu'op&#232;re justement la confusion, d&#233;nonc&#233;e ci-dessus, entre les termes &#171; communication &#187; et &#171; publicit&#233; &#187;). La rh&#233;torique, avec ses &#171; fleurs &#187; ou ses d&#233;tours, est toujours ruse, puisqu'elle m&#234;le l'esth&#233;tique &#224; l'&#233;thique, donne &#224; croire que ce qui est &#171; beau &#187; est n&#233;cessairement &#171; vrai &#187;, que la r&#233;ussite de la forme signifie la justesse du fond, ou suffit &#224; faire croire &#224; sa r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais s'il n'y a pas de langage de la v&#233;rit&#233;, il reste qu'il y a des fa&#231;ons &lt;i&gt;plus ou moins&lt;/i&gt; mensong&#232;res de s'exprimer. On peut surveiller son langage, d&#233;finir les mots qu'on emploie et pr&#233;ciser leurs limites. On peut s'abstenir de proc&#233;d&#233;s oratoires faciles, voire d&#233;loyaux, comme de m&#233;taphores suspectes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chaque figure de rh&#233;torique, dans un discours (parole ou &#233;crit), doit &#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou d'antith&#232;ses manich&#233;ennes. On peut &#233;viter d'user dans le discours des formes d'intimidation qui font taire. On peut toujours recommander &#224; ceux &#224; qui l'on parle de prendre conscience de nos sophismes ou de nos pr&#233;suppos&#233;s. Et accepter, voire rechercher la r&#233;ponse, le d&#233;bat. Le discours n'est que trop port&#233; &#224; fuir le contrepouvoir, &#224; &lt;i&gt;forcer&lt;/i&gt; l'adh&#233;sion en esquivant toute situation o&#249; il pourrait &#234;tre d&#233;battu. Toute tribune devrait chercher &#224; s'inscrire dans un dispositif qui puisse permettre de la contester, ou dont les lois du genre soient parfaitement claires (-dans le cas, par exemple, des textes d&#233;lib&#233;r&#233;ment pol&#233;miques ou provocateurs, auxquels d'autres discours pourront &#234;tre oppos&#233;s). Car il y a &#171; fascisme &#187; au niveau du langage quand il n'est pas possible d'opposer le discours au discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On aimerait rappeler ici le parall&#232;le c&#233;l&#232;bre de Pascal sur la violence et la v&#233;rit&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est une &#233;trange et longue guerre que celle o&#249; la violence essaie d'opprimer la v&#233;rit&#233;. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la v&#233;rit&#233; et ne servent qu'&#224; la relever davantage. Toutes les lumi&#232;res de la v&#233;rit&#233; ne peuvent rien pour arr&#234;ter la violence, et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante d&#233;truit la moindre ; quand on oppose les discours aux discours, ceux qui sont v&#233;ritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'on que la vanit&#233; et le mensonge ; mais la violence et la v&#233;rit&#233; ne peuvent rien l'une sur l'autre.&lt;/i&gt; &#187; (Pascal, fin de la XII&#232;me Provinciale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#192; ce texte, qui nous avertit que la violence &lt;i&gt;ne peut pas&lt;/i&gt; combattre la v&#233;rit&#233;, l'une et l'autre n'&#233;tant pas du m&#234;me ordre, il faut logiquement ajouter que la violence ne peut pas non plus &lt;i&gt;servir&lt;/i&gt; la v&#233;rit&#233;. Ceux qui, consciemment ou non, croient bien faire en introduisant de la violence ou de la fraude dans leurs proc&#233;d&#233;s langagiers compromettent leur objectif (l'&#233;nonc&#233; de la v&#233;rit&#233;) autant qu'ils m&#233;prisent le public qu'ils pr&#233;tendent &#233;difier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La question est alors de savoir pourquoi ils font, en toute bonne conscience, un aussi mauvais calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse est, selon moi, qu'ils m&#233;connaissent au fond d'eux-m&#234;mes leur secr&#232;te volont&#233; de puissance. Ceux qui produisent des discours frauduleux pour servir des int&#233;r&#234;ts cyniques ou d&#233;magogiques n'ont pas besoin, eux, de se cacher leur d&#233;sir de pouvoir et de manipulation. Mais ceux qui se proposent d'employer les artifices du discours ou les techniques de la &#171; communication &#187; au nom d'une v&#233;rit&#233;, d'un &#171; int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187;, ou du &#171; Bien commun &#187;, m&#233;ritent la suspicion. Car vouloir manipuler autrui dans son int&#233;r&#234;t bien compris implique toujours, au fond, deux d&#233;sirs simultan&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le d&#233;sir de faire le bien, en admettant qu'il soit sinc&#232;re (&#171; quelque part &#187;) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le d&#233;sir d'agir sur l'autre, d'entrer en connivence avec ceux qui disent disposer des moyens techniques d'y parvenir, de se sentir aupr&#232;s d'eux dans une position sup&#233;rieure, bref, de jouir d'un pouvoir (cf. la fascination des Associations humanitaires pour les publicitaires qui leur disent qu'ils vont assurer le succ&#232;s de leurs campagnes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Et trop souvent le second d&#233;sir, qu'on ne s'avoue pas, prend le pas sur le premier, qu'on affiche. Et ceci quand bien m&#234;me on s'en remet aux adjectifs &#171; &#233;thique &#187; ou &#171; citoyen &#187; pour se masquer la chose d'abord &#224; soi-m&#234;me. Ce n'est pas ce que l'on dit vouloir faire qui &#233;claire ce que l'on fait, c'est ce que l'on fait (objectivement) qui r&#233;v&#232;le ce qu'on d&#233;sirait profond&#233;ment faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je pose donc que tout locuteur qui recourt pour s'exprimer &#224; des moyens frauduleux poursuit, en r&#233;alit&#233;, une fin elle-m&#234;me douteuse. Qu'il s'agisse du niveau purement interpersonnel (le parent qui &#171; truque &#187; dans le discours qu'il tient &#224; l'enfant &#171; pour son bien &#187;) ou du niveau collectif (le ministre qui lance une campagne d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, -par exemple en faveur de l'environnement-, pour ne changer les choses... qu'au niveau du discours !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le fait m&#234;me qu'on puisse se poser la question de savoir si on peut utiliser de semblables moyens est le sympt&#244;me d'une &#171; soci&#233;t&#233; de communication &#187; fort malade au niveau de la recherche de la v&#233;rit&#233; et du souci de l'&#233;thique... Car nous ne sommes plus l&#224; dans le cadre inter-individuel du cas de conscience classique o&#249; celui qui parle se sent autoris&#233; &#224; farder la v&#233;rit&#233; pour des raisons que l'on peut d&#233;fendre (le m&#233;decin qui ne dit pas brutalement la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; au malade atteint du cancer). Nous sommes dans le cadre d'une soci&#233;t&#233; d'annonces et d'informations g&#233;n&#233;ralis&#233;es o&#249; la moindre entorse au principe de v&#233;rit&#233; finit par l&#233;gitimer et amplifier un univers social fond&#233; sur le leurre, le mensonge, et l'inauthenticit&#233;. O&#249; tout peut &#234;tre dit sur n'importe quoi. O&#249; tout peut &#234;tre justifi&#233; au nom de n'importe quoi. O&#249; l'on emploie &#224; tout bout de champ le mot &#171; &#233;thique &#187;, mais o&#249; le fait de prendre une position ouvertement morale sur un certain nombre de sujets est consid&#233;r&#233; en soi comme archa&#239;que ou ill&#233;gitime. O&#249; enfin de respectables universitaires demandent sans sourciller &#224; de respectables journalistes si l'on peut justifier, au nom de l'&#233;thique, des pratiques radicalement contraires &#224; l'&#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comme si ces l&#233;gitimations devenaient n&#233;cessaires !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lors des pr&#233;sidentielles d'avril 2002, cette photo de Le Pen n'a &#233;t&#233;, notons-le, qu'un cas parmi d'autres de la &#171; communication &#187; g&#233;n&#233;rale faite par les m&#233;dias &#224; son encontre. Entre les deux tours, la campagne unilat&#233;rale diabolisant aussi bien le &#171; vote Le Pen &#187; que le &#171; vote blanc &#187; est apparue comme un vaste d&#233;ni de d&#233;mocratie au nom de la d&#233;mocratie. C'est l&#224; un cas d'esp&#232;ce historique, caricatural, de ce que peut donner une communication m&#233;diatique frauduleuse dans les meilleures intentions, une &#171; manipulation &#233;thique &#187; d'une France d'en haut sans scrupule au nom d'un &#171; bien &#187; qu'elle veut imposer &#224; une &#171; France d'en bas &#187; ignorante. Avec ses cons&#233;quences probables : ne parvenir qu'&#224; renforcer le mal en cherchant trop &#224; en masquer le sympt&#244;me. Cf. l'article d'E.Roskis, &#171; Chronique d'un orph&#233;on m&#233;diatique &#187;, Le &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, Juin 2002. Il semble bien que dans notre soci&#233;t&#233; &#233;prise de consensus, la &#171; communication &#187; en faveur d'une cause jug&#233;e bonne ne puisse plus se faire que dans des termes absolument manich&#233;ens. C'est &#224; dire immoraux...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette simulation de d&#233;mocratie, dans la bouche des &#171; communicants modernes &#187; (patrons ou ex-patrons de type Jean-Marie Messier, par exemple), se manifeste de plus en plus comme un semblant d'ouverture au discours de leurs adversaires : &#171; Il nous faut des Jos&#233; Bov&#233;, il nous faut des organisations alter-mondialistes, il nous faut une contestation &#233;cologiste, etc. &#187;, disent-ils, hypocritement, pour donner l'impression qu'ils les ont entendus. Mais c'est en r&#233;alit&#233; pour les faire taire, en &lt;i&gt;r&#233;cup&#233;rant&lt;/i&gt; d'avance leur argumentation. Cette fa&#231;ade m&#233;diatique cultive &#224; grande &#233;chelle la strat&#233;gie rh&#233;torique de la concession. Il s'agit de neutraliser -en lui conc&#233;dant quelque m&#233;rite- le discours de l'opposant, pour continuer d'agir sans frein dans le domaine moins visible de l'action r&#233;elle, -cette vaste jungle de la pr&#233;dation &#233;conomico-politique qu'est devenue la &#171; mondialisation &#187; lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un journal provincial, le 11 mai 2002, un &#233;ditorialiste qui commente les premiers pas du Gouvernement Raffarin &#233;crit pr&#233;cis&#233;ment qu'il va lui falloir &#171; communiquer sans trop parler &#187;. C'est tout dire ! D'abord que la &#171; com. &#187; est bien une forme euph&#233;mistique de propagande publicitaire ou politique. Ensuite que la parole publique, qui ob&#233;it aux m&#234;mes objectifs, a d&#233;sormais le tort de trop appara&#238;tre comme manipulatrice. Il faut donc communiquer, certes, mais &lt;i&gt;sans trop parler&lt;/i&gt; ! D'une certaine fa&#231;on, le refus de J. Chirac de d&#233;battre avec J.-M. Le Pen, puis celui de N. Sarkosy de d&#233;battre avec B. Gollnisch, en avril 2002, ont &#233;t&#233; tout &#224; fait symptomatiques de ce &#171; refus de parler &#187; pour mieux &#171; communiquer &#187;...Pr&#232;s de deux ans apr&#232;s, on peut juger de ce qu'ont donn&#233; les &#171; strat&#233;gies &#187; de communication du gouvernement Raffarin. Un affligeant d&#233;ni de discours r&#233;ellement &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. Cette remarque nous guide imm&#233;diatement vers ce que doit &#234;tre au contraire le d&#233;bat en d&#233;mocratie : un lieu o&#249; les acteurs osent &lt;i&gt;parler&lt;/i&gt; en refusant de &lt;i&gt;communiquer&lt;/i&gt;. Un lieu o&#249; chacun doit assumer la parole, dire ce qu'il veut dire, et non pas enrober de &#171; communication &#187; et de &#171; strat&#233;gie d'image &#187; les projets ou les politiques qu'il soumet aux citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chaque figure de rh&#233;torique, dans un discours (parole ou &#233;crit), doit &#234;tre pes&#233;e &#224; l'aune de la v&#233;rit&#233;. D'abord dans son rapport &#224; l'objet dont on parle (honn&#234;tet&#233;, justesse du mot), ensuite dans son rapport avec la s&#233;mantique g&#233;n&#233;rale de la langue qu'on emploie. Par exemple, si une publicit&#233; de boisson p&#233;tillante et sucr&#233;e a pour slogan &#171; &lt;i&gt;Buvez la vie&lt;/i&gt; &#187;, je puis d'abord suspecter l'emphase d'une m&#233;taphore qui identifie ce breuvage &#224; la &#171; vie &#187;, mais aussi, corollairement, m'interroger sur une formule qui, en faisant de la vie quelque chose qui se boit, renforce dans le langage courant cette id&#233;ologie ambiante qui fait de toute chose un objet de consommation... De m&#234;me, si une marque de v&#234;tement adresse au futur client la devise emprunt&#233;e &#224; Nietzsche &#171; &lt;i&gt;Deviens ce que tu es&lt;/i&gt; &#187;, on peut d'abord ironiser sur le fait que &#171; l'&#234;tre &#187; d'un individu soit contenu dans le port de sa chemise, et qu'il ait comme seul &#171; devenir &#187; ce que des fabricants de textile ont programm&#233; pour lui ; mais plus profond&#233;ment, on peut s'interroger sur une formule philosophique qui est ici d&#233;tourn&#233;e de son sens. En effet, quand Nietzsche &#233;crit dans &lt;i&gt;Ecce homo&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Comment je suis devenu l'homme que je suis&lt;/i&gt; &#187;, il entend bien expliquer comment, en usant de sa libert&#233;, il a forg&#233; son &#234;tre. Au contraire, dans l'usage publicitaire de la formule, l'&#234;tre humain n'a pas &#224; se construire, mais seulement &#224; se conformer &#224; une &#171; essence &#187; pr&#233;&#233;tablie, ce qui est la n&#233;gation m&#234;me de sa libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Post Scriptum 1&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une bonne manip' : la D&#233;claration des Droits de l'homme publicitaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	En d&#233;cembre 98, les publicitaires se sont affich&#233;s au service de la D&#233;claration des Droits de l'homme pour mettre la D&#233;claration des Droits de l'homme &#224; leur service...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tout les y poussait, et en particulier le gouvernement Jospin, qui avait cr&#233;&#233; pour l'occasion sur Internet un site officiel (&lt;a href=&#034;http://www.droithomme.gouv.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.droithomme.gouv.fr&lt;/a&gt;) o&#249; l'on pouvait lire : &#171; &lt;i&gt;La mise &#224; disposition des espaces publicitaires est offerte par les afficheurs fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le r&#233;sultat de cette synergie d&#233;sint&#233;ress&#233;e ? Une &#233;tonnante campagne m&#233;tropolitaine illustrant la vocation lib&#233;ratrice de l'humanisme publicitaire, au moyen d'affirmations bien senties qui semblaient tout &#224; fait illustrer la D&#233;claration universelle. Voici cinq ou six axiomes m&#233;ritant d'&#234;tre m&#233;dit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;La libert&#233; d'expression est n&#233;e sur les murs.&lt;/i&gt; &#187; Tr&#232;s juste ! Il est vrai que la propagande aussi s'&#233;tale sur les murs. C'est la preuve qu'il y a de la place pour tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Les afficheurs vous offrent la possibilit&#233; de vous exprimer.&lt;/i&gt; &#187; Une &#233;vidence ! Et m&#234;me, ils vous l'offrent gratuitement, sans intervention de votre part. Car ils font si bien leurs sondages et &#233;tudes de march&#233; que vos d&#233;sirs se trouvent &lt;i&gt;d&#233;j&#224; exprim&#233;s&lt;/i&gt; dans leurs affiches, sans que vous ayez &#224; vous donner la peine de prendre la parole. On comprend d&#232;s lors que soient poursuivis devant les tribunaux les passants &#233;tourdis qui y ajoutent d'inutiles graffitis, ou les &#171; barbouilleurs &#187; d'images qui vandalisent le spectacle de leur propre bonheur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Ca fait cinquante ans qu'elle emm... les dictateurs&lt;/i&gt; &#187;. Bravo, la publicit&#233; ne m&#226;che pas ses mots ! &#224; noter que les dictateurs, peu vindicatifs, ne manquent pas pour autant de recourir &#224; elle. Toute la question est de savoir si la dictature des publicitaires viendra &#224; bout du libre-arbitre des dictateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Depuis un demi-si&#232;cle, elle a la haine de l'exclusion.&lt;/i&gt; &#187; Et elle l'a prouv&#233;. Elle ne s'est jamais content&#233;e d'appeler &#224; la surconsommation les peuples de pauvres et de ch&#244;meurs : elle s'adresse aussi, un peu partout dans le monde, &#224; ces minoritaires que demeurent les plus riches. C'est l&#224; ce qu'on peut appeler sa vocation religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Nul ne sera l'objet d'immixtion arbitraire dans sa vie priv&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Il ne manquerait plus que cela ! Tout est question de d&#233;finition. Si l'on consid&#232;re que la vie priv&#233;e est ce lieu pr&#233;cis, &#224; l'int&#233;rieur de soi, qui &#233;chappe encore au syst&#232;me m&#233;diatique, on en d&#233;duira sans peine que l'intrusion des publicit&#233;s dans nos foyers par la t&#233;l&#233;vision, le t&#233;l&#233;phone ou le courrier, -choses tr&#232;s &lt;i&gt;publiques&lt;/i&gt;- ne saurait nullement &#234;tre tax&#233;e d'immixtion. En tout cas, pas d'immixtion &lt;i&gt;arbitraire&lt;/i&gt;, puisque la loi l'autorise...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Toute personne a droit &#224; l'&#233;ducation.&lt;/i&gt; &#187; R&#233;fl&#233;chissons : &#233;ducation = communication. Or, publicit&#233; = communication. En cons&#233;quence : publicit&#233; = &#233;ducation. Il est donc scandaleux que les bienfaits du syst&#232;me publicitaire ne soient pas encore au programme de l'&#233;ducation civique, en attendant que les cours de nos meilleurs professeurs soient parrain&#233;s par les meilleures marques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les &#233;l&#232;ves ont &lt;i&gt;droit&lt;/i&gt; &#224; la pub !&lt;br class='autobr' /&gt; Et d'ailleurs, leurs parents aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mieux : nous avons tous &lt;i&gt;droit &#224; la manipulation&lt;/i&gt;. Pour peu qu'elle soit &#233;thique, bien entendu...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Post Scriptum 2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Oxymores et tautologies...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	L'oxymore est cette figure de style qui allie deux mots de sens contraires, pour frapper le lecteur d'une sorte de dissonance expressive, tant&#244;t po&#233;tique (&#171; &lt;i&gt;le soleil noir de la m&#233;lancolie&lt;/i&gt; &#187;), tant&#244;t ironique (&#171; &lt;i&gt;une sublime horreur&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais l'emploi du proc&#233;d&#233; n'ob&#233;it pas toujours &#224; des intentions litt&#233;raires. Dans les discours de propagande, l'objectif est trop souvent de tromper les bonnes &#226;mes en affectant de concilier l'inconciliable : il suffit en effet, pour absoudre un substantif suspect, de lui accoler un adjectif &#224; vocation prophylactique. Ainsi sont n&#233;es la &#171; guerre propre &#187; et ses &#171; frappes chirurgicales &#187;. Les sordides r&#233;alit&#233;s de la domination ou de l'exploitation se trouvent alors &#171; blanchies &#187; par l'artifice de mots qui ne changent rien aux choses...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle, chaque fois qu'on trouve alli&#233;s deux termes antinomiques, est donc d'observer lequel r&#233;cup&#232;re l'autre. Dans le cadre de la mondialisation actuelle par exemple, la vogue du &#171; &lt;i&gt;commerce &#233;quitable&lt;/i&gt; &#187; appara&#238;t comme une astucieuse chim&#232;re destin&#233;e &#224; abuser ceux qui veulent ignorer la f&#233;rocit&#233; de la comp&#233;tition &#233;conomique : &#224; l'&#232;re de la marchandisation du monde, le commerce n'est-il pas pr&#233;cis&#233;ment d'autant plus florissant qu'il est in&#233;quitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	M&#234;me chose avec l'id&#233;al d'une &#171; &lt;i&gt;consommation solidaire&lt;/i&gt; &#187;. Cette formule, s&#233;duisante pour l'homme de bonne foi, fait croire qu'on va corriger les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques par la vertu d'un adjectif r&#233;habilitant. Or, la logique de la &#171; soci&#233;t&#233; de consommation &#187; (que ses &#171; penseurs &#187; voudraient plan&#233;taire) est de cultiver un h&#233;donisme individualiste qui identifie sup&#233;riorit&#233; sociale et surconsommation. L'&#233;go&#239;sme, la &#171; hi&#233;rarchite &#187;, en sont le moteur essentiel. En appeler d&#232;s lors &#224; une consommation solidaire, ou encore citoyenne, et la vouloir mondiale, c'est conforter l'illusion selon laquelle on peut supprimer l'injustice inh&#233;rente au syst&#232;me sans changer le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quant aux &#171; investissements &#233;thiques &#187; &#224; la mode, on a vu comment, par la gr&#226;ce d'un qualificatif vertueux, ils &#171; purifient &#187; la substantielle mat&#233;rialit&#233; des profits r&#233;colt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais c'est peut-&#234;tre avec le &#171; &lt;i&gt;capitalisme syndical&lt;/i&gt; &#187; de Nicole Notat, dernier avatar du &#171; capitalisme &#224; visage humain &#187;, que nous atteignons le sommet, l'oxymore des oxymores. Il fallait associer des termes aussi historiquement conflictuels, &#224; l'occasion du d&#233;bat sur les retraites et des fonds de pension &#224; la fran&#231;aise...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, la vogue de l'oxymore ne doit pas nous cacher la permanence de la tautologie, autre figure basique des discours ali&#233;nants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La tautologie est cette figure de style qui consiste &#224; d&#233;finir un mot par lui-m&#234;me , ou par une expression de type pl&#233;onastique (&#171; &lt;i&gt;un &#233;tudiant c'est un &#233;tudiant&lt;/i&gt; &#187; ; ou &#171; &lt;i&gt;c'est quelqu'un qui &#233;tudie&lt;/i&gt; &#187;). Mais souvent, sous couvert d'&#233;noncer une &#233;vidence, la tautologie ne r&#233;p&#232;te le mot que pour imposer comme une essence la chose &#224; laquelle il renvoie : l'auditeur ne peut que s'incliner sans comprendre. Ainsi, dans des &#233;nonc&#233;s comme &#171; &lt;i&gt;la France c'est la France&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;Une femme c'est une femme&lt;/i&gt; &#187;, le &#171; c'est &#187; &#233;quivaut &#224; un &#171; doit &#234;tre &#187;, il n'y a pas &#224; discuter. De m&#234;me, lorsque le g&#233;n&#233;ral de Gaulle fustige les acteurs de &#171; mai 68 &#187; qui emp&#234;chent &#171; &lt;i&gt;les &#233;tudiants d'&#233;tudier, les enseignants d'enseigner, les travailleurs de travailler&lt;/i&gt; &#187;, il d&#233;fend l'ordre &#233;tabli en le fondant sur des essences immuables, par la gr&#226;ce de la tautologie (allocution du 30-05-1968).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce discours demeure largement au service de l'id&#233;ologie, aujourd'hui. L'expression &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, &#224; mon sens, est peut-&#234;tre plus proche de la tautologie que de l'oxymore (elle signifie : le vrai d&#233;veloppement c'est le d&#233;veloppement). En ce qui concerne les publicit&#233;s, on appr&#233;ciera &#224; quel point les slogans suivants renseignent sur la nature concr&#232;te des produits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; &lt;i&gt;Sa Supercinq, plus cinq que la cinq&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;205 GTI, plus GTI que jamais&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Caf&#233; Grand-M&#232;re : Noir c'est Noir&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Il est seul parce qu'il est unique&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Chez les politiciens, les tautologies demeurent une valeur s&#251;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Giscard&lt;/strong&gt; (proposant le changement) :&#171; &lt;i&gt;Le changement pourquoi ? Parce que le monde change, parce que le temps change, parce que vous changez et que la politique fran&#231;aise doit s'adapter &#224; ce changement.&lt;/i&gt; &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Fabius&lt;/strong&gt; (se diff&#233;renciant de Mitterrand) : &#171; &lt;i&gt;Lui, c'est lui ; moi, c'est moi&lt;/i&gt; &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mitterrand&lt;/strong&gt; (tautologie au second degr&#233;) : &#171; &lt;i&gt;Sans tomber dans un exc&#232;s de r&#233;alisme, c'est tout de m&#234;me la moindre des choses de consid&#233;rer que l'Allemagne est en Europe&lt;/i&gt; &#187; (25-03-90) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Chirac&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Un chef c'est fait pour cheffer&lt;/i&gt; &#187; (b&#234;tisier Internet) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Raffarin&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Les jeunes sont destin&#233;s &#224; devenir des adultes&lt;/i&gt; &#187; (b&#234;tisier Internet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien d'autres tautologies dans l'univers politique, par exemple ce fameux slogan invent&#233; par des publicitaires pour nous faire ratifier l'euro : &#171; &lt;i&gt;Je suis en Europe, donc je pense en Euro&lt;/i&gt; &#187;, ou cette d&#233;claration d'un Premier ministre n&#233;erlandais &#224; propos de la guerre d'Afganistan : &#171; &lt;i&gt;Personne ne souhaite que les op&#233;rations militaires se prolongent au-del&#224; de ce qui est n&#233;cessaire.&lt;/i&gt; &#187; (5-11-2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Jospin ? J'allais l'oublier. Il faut noter que son discours ne donnait pas dans le simili-gaullien. Il pratiquait plut&#244;t le langage techno-comp&#233;tent, comme par exemple dans cette pr&#233;sentation d'un remaniement minist&#233;riel : &#171; &lt;i&gt;J'aurai &#224; proc&#233;der &#224; certains ajustements pour renforcer le dispositif gouvernemental. C'est une respiration normale en d&#233;mocratie.&lt;/i&gt; &#187; (25-03-2000). Langage &#171; fonctionnel &#187; : &lt;i&gt;ajustement&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt;. Langage &#171; bio-naturel &#187; : &lt;i&gt;respiration normale&lt;/i&gt;. Deux mani&#232;res d'&#233;vacuer toute explication de nature politique... Est-ce bien &#171; normal &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un extrait de &lt;i&gt;De l'id&#233;ologie aujourd'hui&lt;/i&gt;, Fran&#231;ois Brune, &#233;d Parangon, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reproduit ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dictionnaire antipsychiatrique</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article157</link>
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		<dc:date>2005-02-07T19:16:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Giuseppe Bucalo</dc:creator>


		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Antipsychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quatre petits extraits de ce petit bouquin tr&#232;s clair, encore in&#233;dit en fran&#231;ais, qui expose les principes de base de l'antipsychiatrie et r&#233;pond aux questions ou critiques sur le sujet.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant une traduction compl&#232;te du livre...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Antipsychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH137/arton157-02dee.jpg?1780461444' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='137' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff157.jpg?1128977583&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'exp&#233;rience de &lt;strong&gt;Rosenham&lt;/strong&gt;, conduite par des professionnel-le-s am&#233;ricain-e-s et cit&#233;e plusieurs fois dans les textes de critique de la psychiatrie (cf.Antonucci 1986, Forti 1979), est une autre preuve de l'absurde pr&#233;tention de la psychiatrie de savoir et pouvoir distinguer le &lt;i&gt;sain&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;fou&lt;/i&gt;. Un groupe de professionnel-le-s se pr&#233;senta dans une s&#233;rie de structures psychiatriques aux diff&#233;rentes orientations &lt;i&gt;th&#233;rapeutiques&lt;/i&gt; en essayant de se faire interner. Tou-te-s affirmaient avoir entendu des voix qui de mani&#232;re confuse pronon&#231;aient des choses comme &#171; &lt;i&gt;inutile&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;vide&lt;/i&gt; &#187;. Pendant l'entretien d'admission, les &lt;i&gt;patient-e-s&lt;/i&gt; avaient r&#233;pondu aux questions correctement par rapport &#224; leur situation sociale, leurs exp&#233;riences et leurs rapports. Tout de suite apr&#232;s leur internement illes avaient arr&#234;t&#233; de se plaindre du &lt;i&gt;sympt&#244;me&lt;/i&gt; pour lequel illes avaient &#233;t&#233; intern&#233;-e-s et illes avaient commenc&#233; &#224; collaborer activement avec le personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toute la dur&#233;e de l'internement, aucun membre de l'&#233;quipe n'a avanc&#233; de doutes sur leur &lt;i&gt;maladie&lt;/i&gt;. Dans leur rapport, les acteurs et actrices de l'exp&#233;rience citent le fait paradoxal que les seul-e-s &#224; nourrir des doutes sur leur identit&#233; ont &#233;t&#233; d'autres intern&#233;-e-s, qui les ont accus&#233;-e-s de ne pas &#234;tre des &lt;i&gt;patient-e-s&lt;/i&gt;, mais des personnes qui &#233;taient l&#224; pour quelque recherche ou contr&#244;le. Que les &lt;i&gt;patient-e-s&lt;/i&gt; soient des observateurs et observatrices sensibles et attentifs/ves de la r&#233;alit&#233; ne doit pas nous surprendre, ce que nous devons plut&#244;t nous demander, et que les acteurs/trices oublient de signaler dans leur rapport, c'est si ces intern&#233;-e-s qui les ont reconnu-e-s et, probablement, d&#233;nonc&#233;-e-s aux m&#233;decins du service, ont &#233;t&#233; &lt;i&gt;soign&#233;-e-s&lt;/i&gt; de ce &lt;i&gt;d&#233;lire&lt;/i&gt;. Et, dans le cas d'une r&#233;ponse affirmative, qu'ont pens&#233; ces &lt;i&gt;th&#233;rapeutes&lt;/i&gt; quand il leur a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; que leurs &lt;i&gt;patient-e-s&lt;/i&gt; avaient raison ? Comment ont-ils justifi&#233; cette &lt;i&gt;erreur&lt;/i&gt; ? Et comment pouvait-elle &#234;tre &#233;vit&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois n'avoir jamais entendu dans la bouche ou lu dans les &#233;crits d'aucun-e psychiatre un seul mot d'auto-critique claire et sinc&#232;re concernant les &lt;i&gt;horreurs&lt;/i&gt; auxquelles il ou elle avait particip&#233;, parfois ignare et inconscient-e, d'autres fois conscient-e et sadique. Chaque lobotomie, castration, fi&#232;vre paludique, mitard, camisole de force, interdiction, &#233;lectro-choc... a &#233;t&#233; justifi&#233; comme le prix &#224; payer sur l'autel de la recherche m&#233;dicale pour combattre cette terrible &lt;i&gt;maladie&lt;/i&gt;. Une maladie &lt;i&gt;terrible&lt;/i&gt; au point que les gens n'ont jamais admis de l'avoir, une maladie qui n'a jamais &#233;t&#233; aussi &lt;i&gt;terrible&lt;/i&gt; que les &lt;i&gt;th&#233;rapies&lt;/i&gt; qui ont essay&#233; de la &lt;i&gt;soigner&lt;/i&gt;. En psychiatrie on ne se trouve pas face &#224; des th&#233;rapies, mais &#224; des exp&#233;rimentations. Ce que font les psychiatres ne sert pas tant &#224; soigner qu'&#224; d&#233;montrer l'existence de la maladie mentale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui nous sommes peut-&#234;tre sinc&#232;rement scandalis&#233;-e-s par le fait que des &lt;i&gt;innocent-e-s&lt;/i&gt; aient pu finir &#224; l'asile. En r&#233;alit&#233;, qui a enferm&#233; pour des d&#233;cennies et consid&#233;r&#233; &lt;i&gt;sympt&#244;me&lt;/i&gt; de maladie mentale l'adult&#232;re, la masturbation ou l'homosexualit&#233;, n'a rien fait de diff&#233;rent de qui aujourd'hui interne ou soigne Franck parce qu'il ne trouve plus son visage. A l'&#233;poque comme aujourd'hui les psychiatres sanctionnent, avec leurs soins, tous les comportements et opinions qui ne respectent pas l'Ordre mental, familial et social, constitu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r on peut toujours, pour l'exp&#233;rience de Rosenham, soulever des doutes quant &#224; la professionnalit&#233; des personnes qui ont sign&#233; les internements et &#233;labor&#233; les diagnostics. Beaucoup d&#233;fi&#232;rent Rosenham, comme on peut le comprendre, de r&#233;p&#233;ter l'exp&#233;rience aupr&#232;s de leur structure o&#249; certainement une erreur de ce genre ne pourrait pas &#234;tre constat&#233;e. (...) Rosenham r&#233;pondit au d&#233;fi de ses coll&#232;gues en changeant l'&#233;nonc&#233; de l'exp&#233;rience. Des &lt;i&gt;fausses&lt;/i&gt; patientes et des &lt;i&gt;faux&lt;/i&gt; patients auraient tent&#233;, dans les trois prochains mois, de se faire interner dans l'une de ces cliniques qui d&#233;claraient user d'un diagnostic scientifique et s&#251;r. Le d&#233;fi, que leur relan&#231;ait Rosenham, &#233;tait d'essayer d'&#234;tre capables de reconna&#238;tre les acteurs et actrices quand illes se seraient pr&#233;sent&#233;-e-s. Durant la p&#233;riode de l'exp&#233;rience un grand nombre d'internements furent refus&#233;s dans les diff&#233;rentes structures, et dans de nombreux cas, un ou plusieurs chef-fe-s signalaient des doutes quant &#224; l'identit&#233; des patient-e-s. En r&#233;alit&#233;, aucun &lt;i&gt;faux&lt;/i&gt; patient et aucune &lt;i&gt;fausse&lt;/i&gt; patiente ne s'est pr&#233;sent&#233;-e durant cette p&#233;riode aupr&#232;s de ces structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire qu'il existe de &lt;i&gt;vrai-e-s&lt;/i&gt; patient-e-s, mais simplement que les psychiatres ne sont m&#234;me pas capables de reconna&#238;tre avec certitude chez les gens les aspects qu'elleux-m&#234;mes d&#233;finissent comme &lt;i&gt;sympt&#244;mes&lt;/i&gt; de maladie. Les internements et les soins psychiatriques sont seulement en partie justifi&#233;s par les diagnostics, souvent les diagnostics m&#234;mes sont justifi&#233;s par la tentative d'intervenir et de r&#233;soudre les &lt;i&gt;conflits&lt;/i&gt; sociaux et relationnels dans lesquels nous sommes impliqu&#233;s. Une injection de neuroleptiques n'est pas le &lt;i&gt;soin&lt;/i&gt; d'une quelconque &lt;i&gt;maladie&lt;/i&gt;, mais le moyen pour bloquer un individu qui est en train de mettre la maison sens dessus dessous &#224; la recherche de son propre livret d'&#233;pargne, que nous lui avons &lt;i&gt;th&#233;rapeutiquement&lt;/i&gt; soustrait et cach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r il existe des situations dans lesquelles le &lt;i&gt;conflit&lt;/i&gt; para&#238;t impossible ou incompr&#233;hensible, comme dans le cas o&#249; Franco s'&#233;chauffe contre son p&#232;re parce qu'il ne supporte pas sa mani&#232;re de se tenir &#224; table, ou dans le cas o&#249; Francesca accuse ses parents de vouloir l'empoisonner. Il y a le &lt;i&gt;conflit&lt;/i&gt; entre Nino qui ne dort pas la nuit et tra&#238;ne dans les rues du village en criant et ses voisin-e-s qui doivent retourner travailler le matin. Ce sont des conflits difficiles, bien s&#251;r, mais pas des &lt;i&gt;maladies&lt;/i&gt;. Les appeler ainsi sert seulement &#224; les nier, &#224; ne pas les affronter et les affiner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je me souviens d'avoir demand&#233; une fois &#224; &lt;strong&gt;Louise&lt;/strong&gt; : &#171; De quoi as-tu besoin ? Qu'est-ce qui peut t'aider ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Louise me r&#233;pondit : &#171; Je voudrais &#234;tre une chenille et ramper sur le sol. Je voudrais qu'il y ait quelqu'un, mais je ne voudrais pas qu'il m'arr&#234;te, me remette debout, m'emp&#234;che de le faire. Je voudrais que cette personne reste l&#224; et me regarde, sans intervenir. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens de lui avoir dit : &#171; Peut-&#234;tre qu'ainsi cette chenille pourra enfin devenir un papillon ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Louise me regarda, sourit et ne dit plus rien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que fallait-il &#224; Louise ? Un t&#233;moin ! Combien cette aide peut &#234;tre loin de celle qu'elle avait eu de ses th&#233;rapeutes (et que des millions d'autres individus ont des sp&#233;cialistes de la sant&#233; mentale). M&#234;me quand on te laisse ramper par terre, personne ne te regarde, personne n'est t&#233;moin. La seule attention que tu peux esp&#233;rer avoir est qu'on te pousse hors de ses all&#233;es et venues quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramper par terre : th&#233;rapeutique, quand ce sont elles/eux qui t'y plaquent pour t'immobiliser et t'endormir avec une piq&#251;re ; pathologique, quand c'est toi qui le fais, pour te sentir chenille, pour dispara&#238;tre, te prostrer ou prier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me suis jamais exp&#233;riment&#233; chenille, mais il m'est arriv&#233; d'&#234;tre &lt;i&gt;t&#233;moin&lt;/i&gt; de merveilleuses ou inqui&#233;tantes m&#233;tamorphoses. Personne ne peut &#233;tablir avec certitude si c'est de t&#233;moins qu'on a besoin &#224; certains moments plut&#244;t que d'une correction sonore ou d'une dose massive de tranquillisants. La seule chose qui est s&#251;re, c'est que cette aide est plus difficile &#224; donner, c'est celle qui nous implique d'une certaine mani&#232;re dans la folie de l'autre et nous entra&#238;ne dans un territoire inconnu. Nous savons tr&#232;s bien utiliser nos mains pour frapper quelqu'un-e ou lui enfoncer une seringue dans le bras, mais tr&#232;s peu ou pas du tout participer &#224; ce qui lui arrive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque fois que je tentais de dialoguer avec les infirmier-e-s et les chef-fe-s du service pour tenter de leur faire entrevoir les &lt;i&gt;raisons&lt;/i&gt; de &lt;strong&gt;Giovanni&lt;/strong&gt;, elles et eux me regardaient comme quelqu'un-e qui est en train de perdre du temps apr&#232;s des fantaisies et des philosophies utopiques. Cela semblait paradoxal, mais ces hommes et ces femmes ne l'avaient jamais &#233;cout&#233; : juste &lt;i&gt;gard&#233;&lt;/i&gt; &#224; vue. Illes &#233;taient capables de me lister toutes les infractions &#224; l'ordre de vie du service, m&#234;me loin dans le pass&#233;, mais illes ne semblaient pas avoir jamais suivi un seul de ses discours ou &#233;cout&#233; une seule de ses plaintes ou requ&#234;tes. Illes &lt;i&gt;regardaient&lt;/i&gt; ses paroles et ses pens&#233;es comme illes gardaient un &#339;il sur ses actions. Illes &lt;i&gt;regardaient&lt;/i&gt; seulement si ces paroles et ces pens&#233;es pouvaient &#234;tre ins&#233;r&#233;es dans le groupe de &lt;i&gt;sympt&#244;mes&lt;/i&gt; de la cat&#233;gorie de &lt;i&gt;l'am&#233;lioration&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;l'aggravation&lt;/i&gt;. Ce qu'il disait, &#224; qui et &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt;, semblait ne pas les int&#233;resser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est ce que Giovanni a &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; (ou que les autres craignaient qu'il &lt;i&gt;puisse&lt;/i&gt; faire) qui a convaincu ses parents d'appeler la police psychiatrique et de le faire interner. Mais c'est ce qu'il &lt;i&gt;dit&lt;/i&gt; qui d&#233;termine le fait qu'il soit remis en libert&#233;. S'il accepte de &lt;i&gt;se sentir&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; malade et d'avoir, en cons&#233;quence, besoin de ces soins, on le jugera &lt;i&gt;am&#233;lior&#233;&lt;/i&gt; et il pourra esp&#233;rer une &lt;i&gt;libert&#233; surveill&#233;e&lt;/i&gt;. S'il insiste &#224; consid&#233;rer &lt;i&gt;arbitraire&lt;/i&gt; son incarc&#233;ration et &#224; revendiquer son droit &#224; la libre communication et au mouvement, ses conditions seront d&#233;clar&#233;es &lt;i&gt;graves&lt;/i&gt; et il sera soumis &#224; un durcissement des mesures restrictives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur Lorenzo Mandalari, psychiatre et premier directeur de l'asile de Messine, d&#233;j&#224; au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle, vantait une moyenne de &lt;i&gt;gu&#233;rison&lt;/i&gt; de 40%. Les &lt;i&gt;th&#233;rapies&lt;/i&gt; exp&#233;riment&#233;es ces ann&#233;es-l&#224; allaient de l'application de sangsues &#224; l'inoculation de la malaria, de l'isolement &#224; la camisole de force, de la castration &#224; l'ablation des ovaires, et &#224; d'autres &lt;i&gt;tortures&lt;/i&gt; du genre. 40% de ses victimes &lt;i&gt;gu&#233;rissaient&lt;/i&gt; et ne revenaient plus pour un autre cycle de &lt;i&gt;th&#233;rapies&lt;/i&gt;. Je crois que des pourcentages de ce genre sont semblables &#224; ceux des personnes qui, parmi les victimes de la torture, dans diff&#233;rentes &#233;poques de l'Histoire et sous toutes les formes de r&#233;gime totalitaire, se sont trahies elles-m&#234;mes, ont reni&#233; leurs id&#233;es et accept&#233; les id&#233;es de leurs bourreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au pouvoir de la psychiatrie nous ne pouvons &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; beaucoup, m&#234;me si ce qu'il y a &#224; &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; n'est pas peu. L'infirmier qui fait dispara&#238;tre du service les instruments d'immobilisation &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; certainement quelque chose de concret pour limiter la violence psychiatrique. Ainsi faisait Fiorenzo quand il s'&#233;lan&#231;ait pour frapper les m&#233;decins et les infirmier-e-s dans la tentative disproportionn&#233;e de d&#233;fendre les intern&#233;-e-s tra&#238;n&#233;-e-s de force et de mani&#232;re violente dans le service. Qui le condamne devra essayer de m'expliquer ce qu'il ou elle ferait &#224; sa place. Beaucoup d'entre nous croient avoir affaire &#224; des personnes &lt;i&gt;sens&#233;es&lt;/i&gt; quand ils ou elles pensent aux responsables des services psychiatriques. Des personnes avec lesquelles Fiorenzo pourrait parler et expliquer ses &lt;i&gt;raisons&lt;/i&gt;. On l'a pens&#233; aussi du docteur Mandalari, du docteur Ugo Cerletti exp&#233;rimentateur de l'&#233;lectro-choc, du docteur Moniz, prix Nobel de m&#233;decine, et du docteur Coda, psychiatre turinois qui &lt;i&gt;dialoguait&lt;/i&gt; avec ses patient-e-s en leur appliquant des &#233;lectrodes sur les testicules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, pour autant que cela puisse nous sembler paradoxal, c'est justement la volont&#233; d'exposer sont propre point de vue qui d&#233;termine l'intervention psychiatrique. Les patient-e-s ne peuvent pas avoir des opinions ou exprimer des jugements sur elles/eux-m&#234;mes ou sur le personnel : ils et elles doivent seulement partager les opinions et les jugements de leurs th&#233;rapeutes. Quand les opinions des un-e-s et des autres sont en conflit, la question est r&#233;solue par la s&#233;dation et la limitation de la capacit&#233; de pens&#233;e et de mouvement de la patiente ou du patient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne devons pas &#233;tonner du tout de la fr&#233;quence avec laquelle les psychiatres rencontrent chez leurs patient-e-s ce grave sympt&#244;me de maladie mentale que nous appelons &#171; comportement autiste &#187;. Une attitude de ce genre est prescrit, et est consid&#233;r&#233; comme leur devoir, aux prisonniers de guerre qui tombent en mains ennemies. Est-il si insens&#233; de penser qu'une personne puisse choisir de ne pas parler avec qui la retient dans un lieu o&#249; elle ne veut pas &#234;tre ? La facult&#233; de ne pas r&#233;pondre est un droit sanctionn&#233; par la loi. Est-il irrationnel de choisir de ne pas r&#233;pondre parce que l'on est s&#251;r-e que ce que l'on dit sera utilis&#233; contre soi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;finissant le comportement de Giovanni comme autiste, les psychiatres veulent dire en r&#233;alit&#233; qu'illes ne sont ni ses maton-ne-s ni ses accusateurs/trices, mais des m&#233;decins qui agissent en son int&#233;r&#234;t. Il est pourtant difficile, si ce n'est pas impossible, de penser &#224; une privation de libert&#233; plus radicale que l'internement psychiatrique ou &#224; des cruaut&#233;s plus atroces que celles que les psychiatres, en plus d'un si&#232;cle d'histoire, ont inflig&#233; &#224; leurs patient-e-s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;strong&gt;Matthew&lt;/strong&gt; ne sait pas pourquoi le docteur lui a prescrit un traitement m&#233;dicamenteux. Quand il en demande la raison &#224; une infirmi&#232;re elle lui r&#233;pond qu'il est malade et que le m&#233;dicament lui fera du bien. Matthew dit au personnel que &#231;a ne doit pas &#234;tre le bon m&#233;dicament pour lui, vu qu'il se sentait bien avant de le prendre et que maintenant il se sent mal. Le m&#233;decin lui r&#233;pond que le fait qu'il se sentait bien avant de prendre le m&#233;dicament ne prouve pas qu'il n'&#233;tait pas malade, parce que les patient-e-s en psychiatrie, souvent, ne se rendent pas compte d'&#234;tre malades. Les infirmi&#232;res, dans une r&#233;union du service, lui disent qu'il devrait avoir confiance en son m&#233;decin, sachant que celui-ci est un expert dans ce domaine alors que lui ne l'est pas, et que la m&#233;fiance est un sympt&#244;me de maladie mentale. Il se sent confus. Il n'a pas confiance en celles et ceux qui lui disent qu'il &#233;tait malade quand il se sentait bien et que le m&#233;dicament qu'on lui donne peut l'aider &#224; se sentir mieux alors m&#234;me qu'il lui fait du mal. Il a encore moins confiance en elleux quand illes lui disent qu'il est malade s'il n'a pas confiance en elleux. Comment convaincre le m&#233;decin de changer le traitement et cacher son manque de confiance dans le traitement ? Il dit qu'illes sont en train de l'empoisonner. De cette mani&#232;re il cache sa m&#233;fiance, et en m&#234;me temps la r&#233;v&#232;le. Comme il ne sait pas que le docteur a fait un diagnostic de schizophr&#233;nie parano&#239;aque et a prescrit le m&#233;dicament pour traiter cette maladie, il ne se rend pas compte qu'en disant &#234;tre empoisonn&#233; il provoque ce dont il a peur, c'est-&#224;-dire une augmentation de la dose du m&#233;dicament. &#187;&lt;/i&gt; (M. Shatzman)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La recherche vue de l'int&#233;rieur</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article208</link>
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		<dc:date>2004-11-22T19:35:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Carlos Ojeda</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Technocritique</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Jusqu'&#224; un pass&#233; r&#233;cent, l'avance techno-scientifique des &#201;tats-Unis tenait au fait que c'&#233;tait le seul pays o&#249; l'on avait su &#034;transformer avec efficacit&#233; la science en business&#034;, selon un chercheur de l'Universit&#233; de Chicago. Cette transformation est aujourd'hui universellement r&#233;alis&#233;e. Partout l'obsession de la comp&#233;titivit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le renversement ne sera possible que si les chercheurs eux-m&#234;mes, aiguillonn&#233;s par un sursaut de conscience de leur situation (un savant prol&#233;tariat qui s'ignore, auquel manque pr&#233;cis&#233;ment la &lt;i&gt;conscience&lt;/i&gt; de ce qu'il est), (...) en viennent &#224; s'insurger contre l'indignit&#233; de leur condition, cessant enfin de m&#233;riter le m&#233;pris dans lequel les tient la partie la plus consciente de la population.&#034;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;R&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Critiques du travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Technocritique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot57" rel="tag"&gt;Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH106/arton208-62360.jpg?1780461444' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff208.jpg?1128977601&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins du d&#233;p&#233;rissement des hommes de la science (&#8230;) la plupart de ceux qui par le temps actuel ont l'air de savants, d&#233;guisent la v&#233;rit&#233; par le mensonge, ne d&#233;passent pas les limites de l'imposture et de l'ostentation savante et ne font servir la quantit&#233; de savoir qu'ils poss&#232;dent qu'&#224; des buts mat&#233;riels et vils. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Omar Khayam (1050-1123) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alg&#232;bre, &#233;d. fr. F. Woepecke, 1851. Cit&#233; par A. Velter, Pr&#233;face aux Rubayat, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; La recherche moderne dispose d'outils si puissants que les forces qu'elle met en &#339;uvre &lt;i&gt;concurrencent&lt;/i&gt; ouvertement celles de la nature. Comme l'&#233;crivait G&#252;nther Anders&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#252;nther Anders, De la bombe et de notre aveuglement face &#224; l'apocalypse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, son laboratoire est maintenant &lt;i&gt;coextensif au globe&lt;/i&gt;, son champ d'exp&#233;rience est la plan&#232;te elle-m&#234;me. Il est possible, donc courant, de bouleverser l'environnement mat&#233;riel, psychologique et social des hommes. Une telle puissance impose la prise de conscience des conditions mat&#233;rielles et psychologiques dans lesquelles la science se fait si elle ne veut pas sombrer dans le d&#233;lire parano&#239;aque et autistique de la &lt;i&gt;fausse conscience&lt;/i&gt;. A travers l'exp&#233;rience v&#233;cue des pratiques de recherche dans les laboratoires de biologie, nous essaierons de montrer l'environnement ali&#233;nant dans lequel la recherche est men&#233;e ainsi que les aberrations qui entachent la diffusion de ses produits en direction d'un public dont on n'attend plus que l'adh&#233;sion vaguement r&#233;sign&#233;e qu'il t&#233;moigne &#224; toute chose, persuad&#233; d'&#234;tre d&#233;pourvu de tout titre &#224; refuser sa confiance aux experts. Qu'un malheur survienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Colborn, Dumanoski &amp; Myers, L'Homme en voie de disparition ?, &#233;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce sera la faute &#224; &lt;i&gt;pas d'chance&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une ali&#233;nation &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de d&#233;finir d'abord les conditions &#233;conomiques qui r&#233;gissent - en France au moins - la vie d'un laboratoire de recherche en biologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les locaux, appareillages, salaires des personnels statutaires sont pris en charge par l'institution publique (CNRS, INSERM, INRA, etc.). S'y ajoutent les salaires d'une petite part des hors-statut et ceux des CDD (&#171; Contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e &#187;, donc pr&#233;caires) de nombreux chercheurs et personnels techniques ou administratifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cr&#233;dits de fonctionnement (produits chimiques, animaux, etc. n&#233;cessaires &#224; la conduite des exp&#233;riences) ainsi que les salaires de la majorit&#233; des hors-statut sont financ&#233;s &#224; 70 ou 80 % par des &#171; contrats externes &#187; (priv&#233;s ou europ&#233;ens). Les 20 &#224; 30 % restant sont assur&#233;s par l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; il ressort que si, sur le total des financements, la part de l'&#201;tat atteint 98 % et celle des contrats externes seulement 2 %, ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces 2 % qui &#171; pilotent &#187; les programmes de recherche. Le chercheur se trouve en somme dans la situation du chauffeur de taxi auquel on aurait offert une voiture, le cas &#233;ch&#233;ant luxueuse, mais d&#233;pourvue de carburant. Qui &lt;i&gt;d&#233;cidera&lt;/i&gt; du trajet de la course (le programme de recherche) sinon le client (le signataire du contrat) qui paie le plein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien en d&#233;duire que la pr&#233;sentation rassurante selon laquelle seuls 2 % des cr&#233;dits seraient finalement allou&#233;s &#224; la recherche priv&#233;e recouvre une r&#233;alit&#233; plus cynique dans laquelle 70 % des programmes de recherche sont sous contr&#244;le priv&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Day, &#171; Ces articles scientifiques financ&#233;s par les labos &#187; ; Sheryl (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi une telle situation ? Au proc&#232;s du CIRAD, les 8 et 9 f&#233;vrier 2001 &#224; Montpellier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On en trouvera une relation dans : Ren&#233; Riesel, Aveux complets des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, M. Guy Riba, directeur scientifique &#224; l'INRA, avouait cr&#251;ment les priorit&#233;s que la recherche agronomique publique s'&#233;tait reconnues dans les ann&#233;es 80 : favoriser l'emploi et la comp&#233;titivit&#233; des entreprises. De deux fa&#231;ons. Tout d'abord en autorisant les transferts de technologie vers le secteur priv&#233;. C'est ainsi qu'on cr&#233;a les LIRIS (Laboratoires d'interface Recherche-Industrie-Service). Un exemple, calamiteux, en est fourni par le CESG (Centre europ&#233;en des sciences du go&#251;t) de Dijon dont la mission &#233;tait, d'apr&#232;s sa brochure de pr&#233;sentation en anglais &#171; d'assurer l'interface entre recherche fondamentale et programmes de recherche appliqu&#233;e initi&#233;s par la demande de l'industrie agro-alimentaire&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, en permettant aux agents les plus performants des instituts de recherche de cr&#233;er leur propre entreprise - un Philippe Kourilsky, actuellement directeur g&#233;n&#233;ral de l'Institut Pasteur et ci-devant &lt;i&gt;consultant&lt;/i&gt; en mati&#232;re de pr&#233;caution, n'est pas un specimen rare - en leur assurant une aide financi&#232;re au d&#233;marrage (notamment le maintien de leur salaire pour une dur&#233;e limit&#233;e, deux ou trois ans), et en leur laissant le choix de demeurer dans l'entreprise ou de r&#233;int&#233;grer leur institution d'origine ; ce qu'ils font g&#233;n&#233;ralement, en conservant, de mani&#232;re plus ou moins discr&#232;te, une position dans le conseil d'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin souligner &#224; quel point l'institution n'a cess&#233; de favoriser et d'encourager le d&#233;tachement temporaire de chercheurs vers le secteur priv&#233; ou leur participation, &#224; titre de conseillers (r&#233;mun&#233;r&#233;s), aux d&#233;partements R&amp;D (recherche et d&#233;veloppement) des grandes firmes pharmaceutiques, chimiques ou agro-alimentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces faits incontest&#233;s, et souvent fi&#232;rement revendiqu&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se souvient d'All&#232;gre proclamant que les chercheurs ne doivent pas &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il ressort que sous les dehors d'une apparente ind&#233;pendance intellectuelle garantissant la &#171; libert&#233; de choix &#187; de leurs th&#233;matiques de recherche, les chercheurs sont en r&#233;alit&#233; assujettis &#224; des th&#232;mes dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne leur sont pas spontan&#233;ment dict&#233;s pas la pure curiosit&#233; scientifique mais qu'ils sont plus trivialement consid&#233;r&#233;s comme &#171; porteurs &#187;, en termes de profit &#233;conomique ou id&#233;ologique, par les industriels qui les financent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concernant cette libert&#233; de choix, on ne s'abuse &#233;videmment pas ici sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; nue de ce qu'est effectivement un chercheur se juge plus v&#233;ridiquement, on en conviendra, &#224; l'aune de sa vie quotidienne r&#233;elle qu'&#224; l'id&#233;e qu'il veut bien s'en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ann&#233;es de formation du chercheur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons pour exemple le parcours d'&#233;tudiants universitaires lambda (on ne retiendra pas ceux qui passent par les &#171; Grandes &#201;coles &#187; - ENS, Polytechnique, etc. - dont le parcours nous est moins familier. De plus, les objectifs de ces p&#233;pini&#232;res des couches dirigeantes sont plus carr&#233;s ; le directeur de l'ENS de Cachan, par exemple, accueillerait ainsi ses nouveaux &#233;l&#232;ves : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes l'&#233;lite de la Nation. Vendez-vous au priv&#233; et faites-vous payer cher !&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ann&#233;es de Dipl&#244;me d'&#233;tudes universitaires g&#233;n&#233;rales (DEUG), une ann&#233;e de Licence et une ann&#233;e de Ma&#238;trise, durant laquelle ils auront souvent d&#251; travailler seuls, sans v&#233;ritable suivi, les &lt;i&gt;happy few&lt;/i&gt; (sur 700 &#224; 800 &#233;l&#232;ves entamant un DEUG, 40 &#224; 60 ach&#232;vent une Ma&#238;trise - on peut juger de l'efficacit&#233; de l'&#233;cr&#233;meuse &#224; d&#233;truire du potentiel humain) pourront int&#233;grer un laboratoire de recherche. Une ann&#233;e de Dipl&#244;me d'&#233;tudes approfondies (DEA) plus tard, ils entameront deux &#224; trois ans de recherches doctorales (th&#232;se). Dans quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour obtenir sa th&#232;se, l'&#233;tudiant doit, pendant qu'il s'y consacre, publier deux ou trois articles, sign&#233;s &lt;i&gt;en premier auteur&lt;/i&gt;, dans des &#171; revues internationales &#187;. Cela suppose qu'il soit &#171; op&#233;rationnel &#187; d&#232;s ses d&#233;buts au laboratoire ; aussi l'att&#232;le-t-on &#224; la fois &#224; des th&#232;mes &#171; porteurs &#187; (rentables) et &#224; des manips &#171; qui marchent bien &#187;. On lui apprend donc le plus vite possible &#224; servir autant qu'&#224; utiliser les appareils auxquels il doit recourir, sans perdre de temps &#224; l'instruire sur leurs principes de fonctionnement. Il doit &#171; tomber de la manip &#187; ; ainsi le chercheur qui l'encadre aura-t-il aussi mati&#232;re &#224; publication. La charge de travail qui en r&#233;sulte m&#233;nage peu de temps pour une v&#233;ritable formation, th&#233;orique et pratique, permettant de faire du doctorant une personne autonome, capable de r&#233;fl&#233;chir et de d&#233;finir par elle-m&#234;me ses objectifs scientifiques ou les techniques pour les atteindre. Ce travail est, dans la plupart des cas, tr&#232;s mal r&#233;mun&#233;r&#233; (notons que l'ann&#233;e de DEA n'est, le plus souvent, pas r&#233;mun&#233;r&#233;e du tout). La r&#233;mun&#233;ration proviendra donc de bourses - en quantit&#233; limit&#233;e par rapport aux postulants -, ou de contrats externes et de CDD, ou, plus simplement encore, de ses propres deniers : certains travaillent en m&#234;me temps &#224; autre chose, alors qu'ils sont cens&#233;s consacrer tout leur temps &#224; leur th&#232;se, tandis que d'autres font appel &#224; la manne parentale. Ce contingent &#171; d'&#233;tudiant-chercheurs &#187; forme le gros des troupes du laboratoire, &#171; petites mains &#187; attach&#233;es &#224; la paillasse, sans statut r&#233;glementaire ni s&#233;curit&#233; d'emploi. On imagine la charge de stress &#233;prouv&#233;e et l'&#233;tat de d&#233;pendance, intellectuelle et mat&#233;rielle, ressenti vis-&#224;-vis du patron&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. l'excellente &#233;tude d'Isabelle Poumir, Jeune chercheur, souffrance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un tel statut, qui s'apparente fort au &lt;i&gt;p&#233;onage&lt;/i&gt;, est tr&#232;s &#233;loign&#233; de la libert&#233; critique que se propose, para&#238;t-il, de leur donner leur formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parcours initiatique achev&#233;, notre th&#233;sard doit encore s'exiler deux ou trois ans dans un laboratoire prestigieux (l'&#233;tranger est ce qui se fait de mieux) ; l&#224;, il continue &#224; produire (il faut bien se faire un dossier !) en reconduisant, mais pour un autre patron, le type d'exp&#233;riences qu'il a si durement appris &#224; mener, ou , s'il est dou&#233;, en apprenant d'autres techniques. Avec l'espoir qu'il puisse en rapporter quelques autres se r&#233;sume tout l'enrichissement escompt&#233; de son &#171; exp&#233;rience &#233;trang&#232;re &#187;, nul ne songeant &#224; en attendre autre chose, un quelconque enrichissement humain par exemple. A nouveau, la r&#233;mun&#233;ration est li&#233;e aux bourses (les &lt;i&gt;Grants&lt;/i&gt;) qu'accordent des Fondations priv&#233;es, et plus rarement des organismes d'&#201;tat. S'il est chanceux, notre &#233;tudiant, d&#233;grossi &#224; la tron&#231;onneuse et aur&#233;ol&#233; de quelques publications - dont tout le prestige tient &#224; celui des revues qui l'auront accueilli -, peut enfin &lt;i&gt;rentrer au pays&lt;/i&gt; : c'est fr&#233;quemment un retour au laboratoire d'origine, un auto-recrutement &#224; connotations f&#233;odales pr&#233;valant encore largement en France. &#192; l'aff&#251;t d'une occasion d'embauche, il y occupe derechef, quelques ann&#233;es durant, un emploi pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tudiant-chercheur est maintenant suffisamment aguerri pour envisager de se pr&#233;senter au concours de recrutement d'un institut de recherche. Encore un peu de patience toutefois : deux ou trois ans ; c'est en effet le nombre moyen de pr&#233;sentations requis, &#224; raison d'un concours par an, pour esp&#233;rer int&#233;grer un poste de Charg&#233; de recherche (CR) ou un poste universitaire de Ma&#238;tre de conf&#233;rence. Ces ann&#233;es-l&#224; sont financ&#233;es par un poste d'Attach&#233; Temporaire d'Enseignement et de Recherche (ATER), un CDD ou un contrat externe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le Graal ! Il n'aura fallu en moyenne que treize ans &#224; l'&#233;tudiant pour int&#233;grer un service de Recherche publique et b&#233;n&#233;ficier d'un salaire mensuel enviable : 13 500 francs &#224; l'INSERM par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette douloureuse &lt;i&gt;initiation&lt;/i&gt; aura suffisamment courb&#233; l'&#233;chine et vid&#233; l'esprit de l'&#233;tudiant pour qu'il soit enfin pr&#234;t, au terme de ce parcours, &#224; imprimer &#224; son tour sur d'autres l'image de ce qu'on a fait de lui. Le voil&#224; pr&#234;t &#224; se cloner lui-m&#234;me : c'est &#224; lui de former les nouvelles g&#233;n&#233;rations d'&#233;tudiants. Rompu &#224; la soumission, apologiste de la &lt;i&gt;fausse conscience&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lecteur curieux se reportera avec profit &#224; : Joseph Gabel, La fausse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui la l&#233;gitime, fier de sa blouse synth&#233;tique, ce vrai pauvre se rassure en s'imaginant appartenir &#224; l'&lt;i&gt;&#233;lite&lt;/i&gt; : ne participe-t-il pas, en personne, &#224; des congr&#232;s internationaux si prestigieux qu'il leur arrive d'&#234;tre financ&#233;s par d'importantes firmes internationales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La carri&#232;re du chercheur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si bien &lt;i&gt;format&#233;&lt;/i&gt;, le malheureux n'en a pour autant pas fini avec l'humiliation. Il lui faut encore demeurer stagiaire - c'est &#224; dire &#224; l'essai ! - pendant au moins dix-huit mois avant d'acc&#233;der &#224; la dignit&#233;, quasi austro-hongroise, de charg&#233; de recherche de premi&#232;re classe (CR1) qui consacre son int&#233;gration finale &#224; l'organisme de recherche (cela vaut aussi pour les carri&#232;res universitaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son travail sera maintenant &#233;valu&#233; tous les deux ans. Il devra fournir les preuves quantitatives de son activit&#233;, sous la forme d'un rapport, int&#233;grant les articles publi&#233;s dans des revues &#224; comit&#233; de lecture. Compos&#233;es de membres pour partie &#233;lus par la &#171; communaut&#233; scientifique &#187; et pour partie d&#233;sign&#233;s par le minist&#232;re de tutelle, les commissions d'&#233;valuation jugeront de sa carri&#232;re. Le nombre de dossiers &#224; traiter les rend mat&#233;riellement incapables de se livrer &#224; la moindre analyse approfondie. D'autant moins qu'outre l'&#233;valuation des chercheurs elles ont &#233;galement en charge celle des laboratoires, et que c'est &#224; elles qu'il revient &#233;galement d'attribuer les financements, etc. C'est pourquoi les &#171; experts &#187; qui ont &#224; juger de ses travaux s'en &#233;conomisent la lecture, le prestige de la revue &#171; internationale &#187; tenant lieu de garantie. &#171; L'impact index &#187; est ici tr&#232;s s&#233;rieusement pris en compte alors qu'il a &#233;t&#233; montr&#233; combien ce crit&#232;re est sinon fallacieux du moins peu significatif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tobias Opthof, &#171; Sense and nonsense of the impact factor &#187;, Cardiovascular (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On fait grand cas aussi du rang auquel appara&#238;t son nom, l'ordre des signatures &#233;tant cens&#233; rendre compte de l'importance prise par le chercheur dans le travail ; pour pallier cet &#233;tat de fait et ne l&#233;ser personne, nombre de laboratoires pratiquent d'ailleurs la permutation circulaire des signatures. Remarquons ici que le march&#233; de la &#171; publication &#187; est loin d'&#234;tre n&#233;gligeable : &#171; &lt;i&gt;Reed Elsevier, le plus grand &#233;diteur de publications scientifiques, a r&#233;alis&#233; dans le domaine m&#233;dical et scientifique 252 millions de livres de b&#233;n&#233;fice (3 milliards de francs fran&#231;ais) pour un chiffre d'affaires de 693 millions de livres&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;James Meek, Courrier international, n&#176;559, 2001, p.43.&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le financement de ses recherches d&#233;pendant du nombre de contrats externes qu'il sera capable d'obtenir (voir ci-dessus), notre chercheur se transforme en repr&#233;sentant de commerce vantant sa marchandise, son potentiel d'innovation ou de service, etc. aupr&#232;s des grandes entreprises de son secteur d'activit&#233;s. Le temps d&#233;volu &#224; la &#171; promotion &#187; n'est &#233;videmment pas disponible pour du travail &#224; la paillasse, d'o&#249; le recours aux th&#233;sards d&#233;crit plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un chapitre de son rapport est consacr&#233; &#224; la &lt;i&gt;valorisation&lt;/i&gt; de ses recherches (d&#233;p&#244;ts de brevets, transferts de technologie, etc.), qui contribue aussi, on s'en doute, &#224; l'&#233;valuation de sa carri&#232;re. Notre chercheur est &#171; naturellement &#187; amen&#233; aux sujets porteurs - c'est actuellement le cas de la biologie mol&#233;culaire et de la g&#233;n&#233;tique appliqu&#233;e vers quoi s'orientent la plupart des laboratoires car elles sont riches, non seulement de l'inflation s&#233;mantique requise (g&#233;nomique, prot&#233;omique, m&#233;tabolome, etc.) mais surtout de sources de financements, sinon d'int&#233;r&#234;t scientifique intrins&#232;que. On s'&#233;loigne ainsi toujours davantage d'une recherche fondamentale qui exige quant &#224; elle une v&#233;ritable curiosit&#233; scientifique, un acharnement th&#233;orique et exp&#233;rimental et un sens aigu de l'ind&#233;pendance d'esprit. De tels travaux exigent en g&#233;n&#233;ral de deux &#224; cinq ans de recherches qui aboutiront, le cas &#233;ch&#233;ant, &#224; une seule publication. Ce qui est tr&#232;s &#233;loign&#233; des deux publications annuelles attendues sinon exig&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;ification scientiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche scientifique moderne qui s'&#233;bauche &#224; la fin du XVI&#176; si&#232;cle, est finalement fond&#233;e au cours des XVII&#176; et XVIII&#176; si&#232;cles, avec la g&#233;n&#233;ralisation de la m&#233;thode exp&#233;rimentale, par la transgression d'un monde fond&#233; sur le mythe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mirko D. Grmek, La premi&#232;re r&#233;volution biologique, Payot, 1990 ; Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;veloppement de la dissection, le d&#233;but de la description, d'abord observationnelle mais bient&#244;t m&#233;caniste, du monde vivant avait &#224; briser &#224; la fois les tabous de l'immuabilit&#233; du monde et de l'univers, et ceux de l'intangibilit&#233; du corps mort. Il s'agissait de d&#233;monter, pi&#232;ce par pi&#232;ce, le monde vivant, en g&#233;n&#233;ralisant &#224; la totalit&#233; du monde, vivant compris, l'application de la th&#233;orie m&#233;caniste issue de la physique puis de la chimie. Le premier aboutissement de ce mouvement allait y soumettre le vivant &#224; travers le d&#233;veloppement de la physiologie du XIX&#176; si&#232;cle puis de la biochimie du d&#233;but du XX&#176;. Cette &lt;i&gt;r&#233;ification&lt;/i&gt; du monde, rendue n&#233;cessaire par l'exigence interne, th&#233;orique et pratique, de sens critique, &#233;tait encore &#233;mancipatrice : elle allait permettre d'en finir avec la religion, faire surgir le mat&#233;rialisme moderne ; elle signait le triomphe de la bourgeoisie sur l'ancien monde f&#233;odal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : Michel Tibon-Cornillot, Les Corps transfigur&#233;s, m&#233;canisation du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle fut aussi l'occasion de riches d&#233;bats et de pol&#233;miques enflamm&#233;es jusqu'au milieu du XX&#176; si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Andr&#233; Pichot, Histoire de la notion de g&#232;ne, Champs-Flammarion, 1999 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XX&#176; si&#232;cle voit l'&#233;mergence de l'industrie de masse, dont l'h&#233;g&#233;monie est assur&#233;e &#224; la faveur des deux conflits mondiaux, et l'int&#233;gration conjointe et syst&#233;matique de la science, et de ses objets, dans le monde marchand, &#224; travers la recherche exclusive de l'efficacit&#233; &#224; court terme. Cette int&#233;gration va de pair avec un abandon progressif des valeurs fondamentales de rigueur et d'objectivit&#233; qui avaient caract&#233;ris&#233; la d&#233;marche scientifique des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents. L'av&#232;nement du &lt;i&gt;d&#233;lire scientiste&lt;/i&gt; qui a saisi la biologie contemporaine (le r&#244;le central qu'elle joue d&#233;sormais dans le processus &#224; travers sa valorisation forcen&#233;e du r&#233;ductionnisme n'est visiblement pas sans liens avec le morcellement du travail et l'&#233;miettement de la vie humaine largement g&#233;n&#233;ralis&#233;s par ailleurs) para&#238;t marquer le terme de cette involution : une fois pos&#233; le triomphe sans partage de l'universalit&#233; marchande, quel besoin de th&#233;oriciens, fussent-ils scientifiques ? Id&#233;ologie s&#233;cularis&#233;e, la science ne se reconna&#238;t plus que dans les sciences appliqu&#233;es dont les seuls secteurs productifs, ceux o&#249; des transferts de technologie sont envisageables &#224; court terme, se voient effectivement soutenus, m&#234;me si - sait-on jamais ? une d&#233;couverte importante ? - on continue de maintenir ici ou l&#224; quelques &#171; p&#244;les d'excellence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pensera peut-&#234;tre que c'est l&#224; grossi&#232;re exag&#233;ration. Pour convaincre le lecteur, on se contentera de la r&#233;ponse, exemplairement amn&#233;sique,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On doit remarquer &#224; quel point l'amn&#233;sie est un des ressorts centraux de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'un prix Nobel, le suisse Werner Arber. Elle s'adresse &#224; Andr&#233; Pichot soulignant &#224; nouveau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme l'avait fait son t&#233;moignage au proc&#232;s de Montpellier. Cf. note 5.&#034; id=&#034;nh6-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le d&#233;faut de th&#233;orie pr&#233;sidant aux bricolages actuels de la g&#233;n&#233;tique mol&#233;culaire. Qu'on en juge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout au plus les th&#233;ories peuvent soit sugg&#233;rer de nouvelles strat&#233;gies exp&#233;rimentales, soit stimuler les chercheurs &#224; d&#233;velopper des mod&#232;les alternatifs. Bien qu'il s'agisse l&#224; d'objectifs valables en soi, les th&#233;ories ne remplacent pas le d&#233;marche exp&#233;rimentale en biologie. Cette approche repose sur l'&#233;laboration d'un plan exp&#233;rimental susceptible de r&#233;pondre &#224; des questions sp&#233;cifiques des exp&#233;riences et ensuite dans l'interpr&#233;tation des r&#233;sultats, ce qui guide en g&#233;n&#233;ral le chercheur dans sa formulation de nouvelles questions destin&#233;es au cycle d'exp&#233;riences ult&#233;rieures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Critique de la g&#233;n&#233;tique, une dispute en trois actes &#187;, in Polyrama, juin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus question donc de faire de la th&#233;orie (qui doit r&#233;soudre les contradictions dans la confrontation avec l'exp&#233;rience), la th&#233;orie n'est qu'un &#034;dogme scientifique&#034;&lt;/i&gt; [sic] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce prix Nobel, la science se r&#233;sume donc &#224; un empilement d'exp&#233;riences r&#233;ductionnistes, toujours renouvel&#233;es, qui ne constitueront au mieux qu'une accumulation de savoir-faire aveugles mais reconduisent sans cesse le besoin d'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche somnambulique est le lot g&#233;n&#233;ral des laboratoires de biologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos : Arthur Koestler, Les somnambules, Calmann-Levy, 1960.&#034; id=&#034;nh6-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quelques voix s'&#233;l&#232;vent pourtant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citons : Jean-Pierre Berlan, op. cit. ; Kupiek et Sonigo, Ni dieu ni g&#232;ne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; contre cette tendance lourde de la science biologique contemporaine, aux raisonnements si simplistes qu'ils frisent parfois l'escroquerie pure et simple. Surm&#233;diatisation, bluff flagorneur mais impitoyable (demain tout soignable, tous gu&#233;ris), annonce par voie de presse de r&#233;sultats non encore publi&#233;s, ou critiqu&#233;s par la &#171; communaut&#233; scientifique &#187;, on ne peut que constater la g&#233;n&#233;ralisation de pratiques de voyous de bas-&#233;tage, desquelles Jean-Marc L&#233;vy-Leblond remarque justement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La science s'est toujours targu&#233;e de s'incliner devant le tribunal des faits, la voil&#224; aux prises avec celui des faits-divers. Et d&#233;sormais, quand on dira d'un r&#233;sultat scientifique qu'il est juste, il faudra pr&#233;ciser si c'est au sens de la justesse ou &#224; celui de la justice&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, Impasciences, Bayard, 2000.&#034; id=&#034;nh6-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut citer ici un passage, au ton fort mesur&#233;, de Bertrand Jordan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bertrand Jordan, Les imposteurs de la g&#233;n&#233;tique, Seuil, 2000.&#034; id=&#034;nh6-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; propos de la th&#233;rapie g&#233;nique et de l'exploitation des espoirs des malades :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (...) &lt;i&gt;association de malades, l'AFM&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association fran&#231;aise contre les myopathies.&#034; id=&#034;nh6-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;se devait de justifier sa politique par des retomb&#233;es th&#233;rapeutiques et, dans le climat euphorique de l'&#233;poque, elle a beaucoup (trop ?) mis&#233; sur la th&#233;rapie g&#233;nique ; rappelons-nous le slogan d'un T&#233;l&#233;thon de cette p&#233;riode : &#171; Des g&#232;nes pour gu&#233;rir &#187;&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Le coup d'arr&#234;t est venu des &#201;tats-Unis, fin 1995, avec ce que l'on a appel&#233; le &#171; rapport Varnus &#187;. Harold Varnus, directeur du National Institute of Health (le principal organisme de recherche nord-am&#233;ricain, qui d&#233;pense environ 200 millions de dollars par an pour les recherches sur la th&#233;rapie g&#233;nique), avait demand&#233; &#224; un comit&#233; ad hoc un examen de l'&#233;tat de ces travaux.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;ce rapport fit l'effet d'une bombe. Tout en affirmant le potentiel de la th&#233;rapie g&#233;nique, il faisait un constat tr&#232;s critique des recherches men&#233;es, d&#233;taillait les probl&#232;mes que j'ai pr&#233;sent&#233;s plus haut et &#233;mettait un jugement peu flatteur sur le nombre de recherches men&#233;es sans fondement scientifique suffisant ou dans des conditions o&#249; leurs r&#233;sultats n'&#233;taient pas interpr&#233;tables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; l'impression du comit&#233; est que seule une minorit&#233; des &#233;tudes cliniques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il concluait en recommandant de mettre l'accent sur les travaux fondamentaux visant &#224; comprendre les m&#233;canismes, travaux men&#233;s principalement in vitro ou sur des mod&#232;les animaux, et conseillait de limiter les essais cliniques &#224; des cas tr&#232;s pr&#233;cis, &#233;tudi&#233;s dans des conditions irr&#233;prochables permettant d'aboutir &#224; des conclusions solides. Au passage, le rapport constatait que les chercheurs et leurs sponsors avaient &#171; survendu &#187;&lt;/i&gt; (oversold) &lt;i&gt;leurs r&#233;sultats et demandait un effort concert&#233; pour diffuser des informations plus r&#233;alistes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire &#224; quel point, et de l'aveu d'une institution scientifique d'&#201;tat, les crit&#232;res de recherche de base, non respect&#233;s par les chercheurs eux-m&#234;mes, ont cess&#233; d'&#234;tre fiables. C'est aussi dire comment des scientifiques d&#233;barrass&#233;s de tout sens moral embo&#238;tent le pas de leurs pires a&#238;n&#233;s, &#171; &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ticiens qui ont, soit directement, soit par l'interm&#233;diaire d'associations qu'ils contr&#244;laient, influenc&#233; leur gouvernements respectifs.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;ce ne sont pas les nazis qui ont les premiers adopt&#233; l'eug&#233;nisme, mais les d&#233;mocraties confiantes en leurs experts scientifiques (les &#201;tats-Unis, le Canada, le Danemark et la Suisse ont eu les premi&#232;res lois eug&#233;nistes avant l'Allemagne). Aux &#201;tats-Unis (la premi&#232;re loi eug&#233;niste y date de 1907), le principal centre eug&#233;niste &#233;tait la c&#233;l&#232;bre station de recherche de Cold Spring Harbor, cr&#233;&#233;e et dirig&#233;e pendant trente ans par le g&#233;n&#233;ticien Charles Davenport (dont l'adjoint, Harry Laughlin, &#233;tait conseiller du prince, en l'occurrence la Chambre des Repr&#233;sentants). C'est un c&#233;l&#232;bre g&#233;n&#233;ticien, Hermann Muller (prix Nobel en 1946) qui, en 1937, a propos&#233; &#224; Staline de mettre en place un programme d'eug&#233;nisme positif en URSS (cinq mois apr&#232;s que l'ing&#233;nieur agricole Himmler, conseill&#233; par l'agronome Walter Dar&#233;, e&#251;t cr&#233;&#233; le Labesborn). Et c'est le pouvoir politique (en l'occurrence le dit Staline) qui a refus&#233; (et qui a envoy&#233; au goulag les g&#233;n&#233;ticiens qui s'&#233;taient acoquin&#233;s avec Muller - c'est &#224; cette occasion que Lyssenko mettra le grappin sur la g&#233;n&#233;tique russe). En Angleterre &#233;galement, c'est le pouvoir politique (en l'occurrence la Chambre des Communes) qui, dans les ann&#233;es 30, a refus&#233; de mettre en place les lois eug&#233;nistes que les associations et les scientifiques r&#233;clamaient. En 1941, le g&#233;n&#233;ticien anglais Julian Huxley s'est m&#234;me illustr&#233; en &#233;crivant que l'eug&#233;nisme &#233;tait la religion de l'avenir (&#224; l'&#233;poque les nazis gazaient les malades mentaux au vu et au su du monde entier et dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale). Huxley sera nomm&#233; directeur de l'Unesco en 1946 (l'ann&#233;e m&#234;me ou Muller aura le prix Nobel). Etc. Si vous connaissez des g&#233;n&#233;ticiens qui se sont oppos&#233;s &#224; ces d&#233;lires, merci de me les signaler. Moi, je ne connais gu&#232;re que Haldane &#224; l'avoir fait en 1938, et de mani&#232;re assez peu virulente (dans son ouvrage&lt;/i&gt; H&#233;r&#233;dit&#233; et politique&lt;i&gt;).&lt;/i&gt; &#187; On me pardonnera d'avoir eu, encore, recours &#224; une longue citation. Elle est due, de nouveau, &#224; Andr&#233; Pichot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponse in&#233;dite &#224; Werner Arber, Jacques Dubochet et Jean-Dominique Vassali.&#034; id=&#034;nh6-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et se suffit &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lira aussi avec int&#233;r&#234;t le livre de Stephen Jay Gould &lt;i&gt;La mal-mesure de l'homme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stephen Jay Gould, La mal-mesure de l'homme, Ramsay, 1983, en fran&#231;ais chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ou la d&#233;claration de James Watson lors d'une conf&#233;rence &#224; l'Universit&#233; de Californie en 1998 : &#171; &lt;i&gt;Il faudra que certains aient le courage d'intervenir sur la lign&#233;e germinale (humaine) sans &#234;tre s&#251;rs du r&#233;sultat. De plus, et personne n'ose le dire, si nous pouvions cr&#233;er des &#234;tres humains meilleurs gr&#226;ce &#224; l'addition de g&#232;nes provenant de plantes ou d'animaux, pourquoi s'en priver ? O&#249; est le probl&#232;me ?&lt;/i&gt; &#187; D&#232;s lors comment &#234;tre surpris de l'intemp&#233;rant cynisme d'un Kourilsky, moins onctueux &#224; la barre qu'&#224; la plume&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Kourilsky, La science en partage, Odile Jacob, 1998.&#034; id=&#034;nh6-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, clamant au proc&#232;s de Montpellier : &#171; &lt;i&gt;En recherche, je ne tol&#232;re aucune limite, et ceux qui pr&#233;tendent en mettre sont des fascistes&lt;/i&gt; &#187; ? Mais s'il fallait distinguer un mod&#232;le de soumission et de manque de caract&#232;re, c'est sans doute &#224; un autre t&#233;moin de la partie civile au proc&#232;s de Montpellier que reviendrait la m&#233;daille Fields : ce Jean-Didier Vincent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Didier Vincent [&#233;tait &#224; l'&#233;poque] directeur de l'Institut de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;clarant, impavide : &#171; &lt;i&gt;Je suis venu dire ce qu'on m'a demand&#233; de dire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent &#224; consid&#233;rer l'humanisme et l'&#233;thique des sciences biologiques actuelles, valeurs dont on se goberge d'autant plus qu'elles sont devenues quasi &#233;trang&#232;res &#224; l'exercice quotidien du m&#233;tier de chercheur. Les techno-sciences, et d'abord les transg&#233;n&#232;ses v&#233;g&#233;tales et/ou animales, seraient appel&#233;es &#224; soigner toutes les maladies et, qui plus est, &#224; nourrir un tiers-monde qui ne sombrerait que faute de r&#233;coltes suffisantes ou de pharmacop&#233;es miraculeuses. Nos grandes &#226;mes se gardent bien de relever combien les m&#234;mes firmes qui les sponsorisent, les m&#234;mes &#201;tats qui les stipendient, en fomentant guerres, massacres de masse et famines pour mieux le piller, portent la responsabilit&#233; du malheur auquel nos vertueux chercheurs pr&#233;tendent mettre un terme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire : Fran&#231;ois-Xavier Verschave, La Fran&#231;afrique, le plus long scandale de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qu'il est difficile, lorsqu'on a &#233;t&#233; longuement conditionn&#233; &#224; la mis&#232;re de la soumission et au morcellement de la pens&#233;e, jusqu'&#224; y voir un privil&#232;ge, d'avoir ce sursaut de fiert&#233; qui dresse contre l'indignit&#233; des conditions existantes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers un renversement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un renversement de tendance est-il possible ? Rien n'est moins s&#251;r. Les laboratoires sont devenus de v&#233;ritables entreprises. &#171; &lt;i&gt;Nos laboratoires sont aujourd'hui des unit&#233;s de production&lt;/i&gt; &#187;, selon le mot d'un coll&#232;gue chercheur (de son propre aveu, sur France-Inter, celui de M. Axel Kahn comprend 600 personnes et le nombre total de chercheurs et employ&#233;s de la recherche travaillant en France est tel que c'est un secteur &#233;conomique g&#233;n&#233;rateur de profits &#224; part enti&#232;re). Jusqu'&#224; un pass&#233; r&#233;cent, l'avance techno-scientifique des &#201;tats-Unis tenait au fait que c'&#233;tait le seul pays o&#249; l'on avait su &#171; &lt;i&gt;transformer avec efficacit&#233; la science en business&lt;/i&gt; &#187;, selon un chercheur de l'Universit&#233; de Chicago. Cette transformation est aujourd'hui universellement r&#233;alis&#233;e. Partout l'obsession de la comp&#233;titivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renversement ne sera possible que si les chercheurs eux-m&#234;mes, aiguillonn&#233;s par un sursaut de conscience de leur situation (un savant prol&#233;tariat qui s'ignore, auquel manque pr&#233;cis&#233;ment la &lt;i&gt;conscience&lt;/i&gt; de ce qu'il est), par les saboteurs de l'insubordination civile ou par l'inqui&#233;tude qu'ils suscitent, en viennent &#224; s'insurger contre l'indignit&#233; de leur condition, cessant enfin de m&#233;riter le m&#233;pris dans lequel les tient la partie la plus consciente de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendons donc hommage &#224; ceux qui ont su pr&#233;server la dignit&#233; de leur m&#233;tier et donner une image plus flatteuse d'une science faite avec honn&#234;tet&#233; et rigueur, quoi qu'il advienne de leur carri&#232;re. Et parmi ceux l&#224; &#224; Jean-Fran&#231;ois Viel, qui a montr&#233; les liens entre retraitement des d&#233;chets nucl&#233;aires et leuc&#233;mies ; Jean-Pierre Berlan, pour sa rigoureuse d&#233;nonciation de l'escroquerie mercantile des hybrides et des OGM ; Andr&#233; Cicolella pour ses travaux sur l'effet des &#233;thers de glycol sur le f&#339;tus ; Roger et Bella Belb&#233;och, les physiciens antinucl&#233;aires ; Jean-Jacques Melet pour la mise &#224; jour des risques des plombages au mercure ; Jean-Fran&#231;ois Narbonne qui a r&#233;v&#233;l&#233; la pr&#233;sence de dioxines dans les aliments ; Henri P&#233;zerat qui a d&#233;voil&#233; les dangers de l'amiante &#224; Jussieu ; ainsi qu'Ellen Imbernon qui a mis au point un outil de recherche sur les maladies professionnelles &#224; EDF.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Alg&#232;bre&lt;/i&gt;, &#233;d. fr. F. Woepecke, 1851. Cit&#233; par A. Velter, Pr&#233;face aux &lt;i&gt;Rubayat&lt;/i&gt;, Po&#233;sie/Gallimard, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#252;nther Anders, &lt;i&gt;De la bombe et de notre aveuglement face &#224; l'apocalypse&lt;/i&gt;, &#233;ditions Titanic, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Colborn, Dumanoski &amp; Myers, &lt;i&gt;L'Homme en voie de disparition ?&lt;/i&gt;, &#233;ditions Terre Vivante, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Day, &#171; Ces articles scientifiques financ&#233;s par les labos &#187; ; Sheryl Gay Stelberg, &#171; Des liens de d&#233;pendance qui manquent de transparence &#187;, pp. 37-38, &lt;i&gt;Courrier international&lt;/i&gt; n&#176;396.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On en trouvera une relation dans : &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article384&#034;&gt;Ren&#233; Riesel, &lt;i&gt;Aveux complets des v&#233;ritables mobiles du crime commis au CIRAD le 5 juin 1999&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#233;ditions de l'Encyclop&#233;die des nuisances, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se souvient d'All&#232;gre proclamant que les chercheurs ne doivent pas &#171; &lt;i&gt;raser les murs&lt;/i&gt; &#187; quand ils font du business !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concernant cette libert&#233; de choix, on ne s'abuse &#233;videmment pas ici sur les d&#233;terminations id&#233;ologiques qui orientaient plus classiquement les recherches publiques nationales ; ou aujourd'hui supranationales dans le cadre de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. l'excellente &#233;tude d'Isabelle Poumir, &lt;i&gt;Jeune chercheur, souffrance identitaire et d&#233;sarroi social&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1998. &#201;galement : Christophe Desjours, &lt;i&gt;Travail, usure mentale&lt;/i&gt;, Bayard, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le lecteur curieux se reportera avec profit &#224; : Joseph Gabel, &lt;i&gt;La fausse conscience (essai sur la r&#233;ification)&lt;/i&gt;, &#233;ditions de Minuit, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tobias Opthof, &#171; Sense and nonsense of the impact factor &#187;, &lt;i&gt;Cardiovascular research&lt;/i&gt;, vol. 33, pp. 1-7, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;James Meek, &lt;i&gt;Courrier international&lt;/i&gt;, n&#176;559, 2001, p.43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mirko D. Grmek, &lt;i&gt;La premi&#232;re r&#233;volution biologique&lt;/i&gt;, Payot, 1990 ; &lt;i&gt;Le chaudron de M&#233;d&#233;e, l'exp&#233;rimentation sur le vivant dans l'Antiquit&#233;&lt;/i&gt;, &#233;d. Institut Synth&#233;labo, &#171; Pour le progr&#232;s de la connaissance &#187;, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : Michel Tibon-Cornillot, &lt;i&gt;Les Corps transfigur&#233;s, m&#233;canisation du vivant et imaginaire de la biologie&lt;/i&gt;, &#233;ditions du Seuil, 1992 ; et Mirko D. Grmek, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Andr&#233; Pichot, &lt;i&gt;Histoire de la notion de g&#232;ne&lt;/i&gt;, Champs-Flammarion, 1999 ; et &lt;i&gt;Histoire de la notion de vie&lt;/i&gt;, Gallimard, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On doit remarquer &#224; quel point l'amn&#233;sie est un des ressorts centraux de la marche moderne de la science. Cf. Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, &lt;i&gt;La pierre de touche&lt;/i&gt;, Gallimard 1996, qui y consacre un chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme l'avait fait son t&#233;moignage au proc&#232;s de Montpellier. Cf. note 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Critique de la g&#233;n&#233;tique, une dispute en trois actes &#187;, in &lt;i&gt;Polyrama&lt;/i&gt;, juin 2001, pp. 38-47 (publication de l'&#201;cole polytechnique de Lausanne).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos : Arthur Koestler, &lt;i&gt;Les somnambules&lt;/i&gt;, Calmann-Levy, 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Citons : Jean-Pierre Berlan, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; ; Kupiek et Sonigo, &lt;i&gt;Ni dieu ni g&#232;ne&lt;/i&gt;, &#233;ditions du Seuil, 2001 ; Lewontin, &lt;i&gt;Biology as Ideology. The doctrine of DNA&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; ; Levins et Lewontin, &lt;i&gt;The dialectical biologist&lt;/i&gt;, Harvard University Press, 1985 ; Henri Atlan, &lt;i&gt;Entre le cristal et la fum&#233;e, essai sur l'organisation du vivant&lt;/i&gt;, Seuil, 1973 ; ou &lt;i&gt;La fin du tout-g&#233;n&#233;tique ? Essai sur de nouveaux paradigmes en biologie&lt;/i&gt;, INRA &#233;ditions, 1999 ; Stuart A. Kauffmann, &lt;i&gt;The origins of order, self organisation and selection in evolution&lt;/i&gt;, Oxford University Press, 1993 ; ainsi que : Bertrand Jordan, &lt;i&gt;Les imposteurs de la g&#233;n&#233;tique&lt;/i&gt;, Seuil, 2000 ; Stephen Jay Gould, &lt;i&gt;L'&#233;ventail du vivant, le mythe du progr&#232;s&lt;/i&gt;, Seuil, 1997, pour les soubassements id&#233;ologiques qui sous-tendent les interpr&#233;tations abusives du darwinisme ; et &#233;galement &lt;i&gt;Remarques sur l'agriculture g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;e et la d&#233;gradation des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, Encyclop&#233;die des nuisances, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, &lt;i&gt;Impasciences&lt;/i&gt;, Bayard, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bertrand Jordan, &lt;i&gt;Les imposteurs de la g&#233;n&#233;tique&lt;/i&gt;, Seuil, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Association fran&#231;aise contre les myopathies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; l'impression du comit&#233; est que seule une minorit&#233; des &#233;tudes cliniques&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;ont &#233;t&#233; con&#231;ues de mani&#232;re &#224; donner des informations fondamentales utiles&lt;/i&gt; (...) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse in&#233;dite &#224; Werner Arber, Jacques Dubochet et Jean-Dominique Vassali&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stephen Jay Gould, &lt;i&gt;La mal-mesure de l'homme&lt;/i&gt;, Ramsay, 1983, en fran&#231;ais chez Odile Jacob, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Kourilsky, &lt;i&gt;La science en partage&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Didier Vincent [&#233;tait &#224; l'&#233;poque] directeur de l'Institut de neurobiologie A. Fessard, CNRS, &#224; Gif sur Yvette.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire : Fran&#231;ois-Xavier Verschave, &lt;i&gt;La Fran&#231;afrique, le plus long scandale de la R&#233;publique&lt;/i&gt;, Stock, 1999 ; et &lt;i&gt;Noirs silences, qui arr&#234;tera la Fran&#231;afrique ?&lt;/i&gt;, Ar&#232;nes, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Article paru initialement dans &lt;i&gt;L'Ecologiste&lt;/i&gt; n&#176;5, automne 2001, pp. 35-41.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du mensonge radioactif et de ses pr&#233;pos&#233;s</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article207</link>
		<guid isPermaLink="true">https://infokiosques.net/spip.php?article207</guid>
		<dc:date>2004-11-11T23:38:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Association contre le nucl&#233;aire et son monde</dc:creator>


		<dc:subject>Iosk Editions (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Nucl&#233;aire et &#233;nergies industrielles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Au moment o&#249;, en France, le pouvoir nucl&#233;ariste consid&#232;re qu'il s'est suffisamment&lt;br class='autobr' /&gt;
renforc&#233; pour pouvoir envisager de lancer le renouvellement du parc nucl&#233;aire, nous&lt;br class='autobr' /&gt;
avons jug&#233; utile de montrer en partie sur quel terrain cette certitude se fonde : &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
fois sur la volont&#233; de compromettre chacun avec l'industrie nucl&#233;aire (&#224; coups de&lt;br class='autobr' /&gt;
campagnes de propagande publicitaire) et sur le fait que toute opposition s'est dissoute&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le verbiage citoyenniste qu&#233;mandeur et respectueux de l'&#201;tat.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Nouvelle &#233;dition augment&#233;e par&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques ennemis du meilleur des mondes.)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Iosk Editions (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Nucl&#233;aire et &#233;nergies industrielles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/arton207-ae943.jpg?1780461444' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff207.jpg?1128977601&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait il y a longtemps&lt;br class='autobr' /&gt;
et ce n'est pas vrai. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vasilij Saragovedz, un des liquidateurs de Tchernobyl,&lt;br class='autobr' /&gt;
mort en 1999. &lt;br class='autobr' /&gt;
(in Le Sacrifice, film de Wladimir Tchertkoff)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avant-propos (mars 2004)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis la publication des textes qui suivent, onze ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es. Elles&lt;br class='autobr' /&gt;
ont vu un monde prendre forme, celui construit notamment sur la politique&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;gationniste des &#201;tats nucl&#233;aristes au lendemain de Tchernobyl.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les nucl&#233;aristes qui couvrent le d&#233;sastre de Tchernobyl depuis dix-huit ans,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;pr&#232;s de 8 millions de personnes vivent actuellement dans des territoires contamin&#233;s par&lt;br class='autobr' /&gt;
l'accident de la centrale nucl&#233;aire de Tchernobyl en 1986. Ces territoires repr&#233;sentent pr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de 140 000 km2 et sont situ&#233;s dans trois r&#233;publiques de l'ex-URSS : la F&#233;d&#233;ration de&lt;br class='autobr' /&gt;
Russie, l'Ukraine et la R&#233;publique du B&#233;larus.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Programme Core, financ&#233; par l'Union europ&#233;enne (Coop&#233;ration pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nucl&#233;aristes ne peuvent plus parler comme en 1986 de &#171; radiophobie &#187; (selon&lt;br class='autobr' /&gt;
les experts, &#171; peur de la radioactivit&#233; d&#233;nu&#233;e de tout fondement &#187; ) tant ce mot a suscit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de rejet parmi les &#234;tres humains contraints de survivre sur des territoires contamin&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
pour des centaines d'ann&#233;es. En B&#233;larus, les d&#233;fenseurs de l'industrie nucl&#233;aire&lt;br class='autobr' /&gt;
collaborent avec le r&#233;gime n&#233;o-stalinien et mafieux en place pour dissocier les&lt;br class='autobr' /&gt;
pathologies observ&#233;es de la radioactivit&#233; (alors que 80% des enfants de B&#233;larus sont&lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui malades). Des scientifiques sinc&#232;res (parfois inconscients des int&#233;r&#234;ts en&lt;br class='autobr' /&gt;
jeu) rompent l'&lt;i&gt;omert&#224;&lt;/i&gt; et ne peuvent plus s'exprimer publiquement. Certains sont&lt;br class='autobr' /&gt;
pers&#233;cut&#233;s, comme le professeur Youri Bandajevsky, qui cr&#232;ve aujourd'hui dans une&lt;br class='autobr' /&gt;
prison de Gomel pour avoir &#233;tabli le r&#244;le du c&#233;sium 137 dans l'apparition de multiples&lt;br class='autobr' /&gt;
pathologies : il a &#233;t&#233; condamn&#233; en 1999 &#224; huit ans de prison &#224; r&#233;gime s&#233;v&#232;re par&lt;br class='autobr' /&gt;
un tribunal militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la houlette des experts nucl&#233;aires fran&#231;ais, flanqu&#233;s d&#233;sormais de communicants&lt;br class='autobr' /&gt;
sp&#233;cialis&#233;s dans la gestion du risque social (en ce moment Mutadis&lt;br class='autobr' /&gt;
Consultants) des &#233;quipes se relaient afin de tenter de restaurer ce qu'ils appellent la&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; confiance sociale &#187; et d'&#171; occuper le terrain &#187;, comme l'a d&#233;clar&#233; l'un d'eux. Apr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Ethos 1 et 2 (1996-2001), ils viennent de lancer en 2002, Core&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. note 1.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, programme de&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; d&#233;veloppement durable sous contrainte radiologique &#187;. Voici, &#224; travers quelques&lt;br class='autobr' /&gt;
citations, la mani&#232;re dont les experts internationaux s'int&#233;ressent aux cons&#233;quences&lt;br class='autobr' /&gt;
de Tchernobyl et contribuent au maintien et &#224; la soumission des populations sur&lt;br class='autobr' /&gt;
les territoires contamin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans un contexte de m&#233;fiance sociale envers les autorit&#233;s et les experts, les populations se&lt;br class='autobr' /&gt;
sont trouv&#233;es d&#233;poss&#233;d&#233;es et incapables de faire face par elles-m&#234;mes &#224; la situation et ont par&lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quent subi un haut degr&#233; de stress (...) la &#171; sur-psychologisation &#187; de la situation reposait&lt;br class='autobr' /&gt;
sur des concepts erron&#233;s comme &#171; radiophobie &#187; et a &#233;t&#233; per&#231;ue par la population comme&lt;br class='autobr' /&gt;
un d&#233;ni de ses propres inqui&#233;tudes, et a contribu&#233; &#224; renforcer sa d&#233;tresse, tout en accroissant&lt;br class='autobr' /&gt;
sa m&#233;fiance envers les autorit&#233;s m&#233;dicales.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heriard Dubreuil, directeur de Mutadis Consultants, The Ethos Project in Belarus (1996-1998)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Document disponible sur le site www.cepn.asso.fr&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous devons apprendre aux gens &#224; vivre avec la radiation, surtout aux enfants et aux jeunes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La n&#233;cessit&#233; d'impliquer les gens eux-m&#234;mes dans le travail pour la r&#233;habilitation des&lt;br class='autobr' /&gt;
territoires sinistr&#233;s est incontestable. La population ne doit pas rester passive envers son avenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et notre objectif commun est de tout faire pour cr&#233;er des conditions pour activer les&lt;br class='autobr' /&gt;
gens, cr&#233;er des possibilit&#233;s d'&lt;strong&gt;autogestion des risques radiologiques&lt;/strong&gt;. Cette approche co&#239;ncide&lt;br class='autobr' /&gt;
compl&#232;tement avec le principe national &#233;nonc&#233; plusieurs fois par le pr&#233;sident de notre&lt;br class='autobr' /&gt;
pays Alexandre Grigirievitch Loukachenko. Il a dit que nous tous nous devons travailler&lt;br class='autobr' /&gt;
manches retrouss&#233;es. Chacun doit prendre en charge son propre destin.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actes du s&#233;minaire international sur la r&#233;habilitation des conditions de vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tsalko Vladimir, pr&#233;sident du Comit&#233; Tchernobyl&lt;br class='autobr' /&gt;
de Belarus, organisme de l'&#201;tat de B&#233;larus. &#201;quipe Ethos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La &lt;strong&gt;qualit&#233; radiologique&lt;/strong&gt; est recherch&#233;e dans la d&#233;marche Core comme la r&#233;sultante&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une dynamique de d&#233;veloppement durable (sanitaire, alimentaire, environnementale,&lt;br class='autobr' /&gt;
agricole...) des territoires contamin&#233;s et non pas de fa&#231;on isol&#233;e. (...) Un &lt;strong&gt;d&#233;veloppement&lt;br class='autobr' /&gt;
sous contrainte radiologique&lt;/strong&gt; n'est envisageable que par une mise en synergie des acteurs&lt;br class='autobr' /&gt;
locaux, nationaux et internationaux dans le cadre d'une action en commun organis&#233;e pour&lt;br class='autobr' /&gt;
faciliter leur implication.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. note 1.&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Programme Core&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un des effets de l'accident de Tchernobyl c'est aussi d'ajouter une dimension, une qualit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
suppl&#233;mentaire, aux choses et &#224; la vie. Cela se traduit par l'&lt;strong&gt;irruption dans le langage de&lt;br class='autobr' /&gt;
nouveaux mots, de nouvelles expressions, de nouvelles unit&#233;s plus ou moins compr&#233;hensibles&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun doit s'approprier tout cela si il veut rester en prise avec cette nouvelle&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233;. La mesure de son environnement direct et des produits qu'il mange et la mesure&lt;br class='autobr' /&gt;
de son propre corps sont la seule fa&#231;on pour chacun de s&#8216;approprier la r&#233;alit&#233; de Tchernobyl&lt;br class='autobr' /&gt;
et de ses cons&#233;quences. Sans la mesure, le monde reste &#233;tranger, et les discours des experts&lt;br class='autobr' /&gt;
th&#233;oriques et incompr&#233;hensibles.Toutes les personnes engag&#233;es dans la co-expertise ont donc&lt;br class='autobr' /&gt;
fait beaucoup de mesures elles-m&#234;mes et aussi ont fait faire beaucoup de mesures aux radiam&#233;tristes&lt;br class='autobr' /&gt;
des villages et aux professionnels de sant&#233;. (...) il a fallu s'appuyer sur les sp&#233;cialistes qui ont beaucoup travaill&#233; et progressivement trouv&#233; leur r&#244;le dans le processus de coexpertise&lt;br class='autobr' /&gt; : ceux des centres locaux du contr&#244;le radiologique et de l'h&#244;pital de Stolyn, ceux&lt;br class='autobr' /&gt;
de la station sanitaire et &#233;pid&#233;miologique et ceux de l'Institut Belrad.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. note 4.&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Lochard, Ethos, directeur du CEPN, Centre d'&#233;tudes sur l'&#233;valuation de la protection dans le domaine nucl&#233;aire&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;&#233; par EDF, le CEA et la Cogema&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans un tel contexte, le principal enjeu est d'&#233;tablir les bonnes conditions pour que l'exercice&lt;br class='autobr' /&gt;
de ces diff&#233;rentes fonctions se d&#233;roule dans la transparence et le pluralisme qui sont les&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions de base de la confiance sociale, au-del&#224; d'apporter &#224; la population toutes les informations&lt;br class='autobr' /&gt;
et les &#233;clairages qu'elle est en droit d'attendre sur les modalit&#233;s de surveillance et de&lt;br class='autobr' /&gt;
contr&#244;le des activit&#233;s qui g&#233;n&#232;rent des expositions et sur les caract&#233;ristiques et les effets de ces&lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;res. Dans le domaine de la radioprotection de la population, &lt;strong&gt;les modalit&#233;s de gouvernance&lt;br class='autobr' /&gt;
des activit&#233;s sont donc aussi importantes, sinon plus, que les mesures r&#233;glementaires,&lt;br class='autobr' /&gt;
organisationnelles et techniques qui assurent en dernier ressort la qualit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de la protection de chacun.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Priorit&#233;s en radioprotection - Propositions pour une meilleure protection&lt;br class='autobr' /&gt;
des personnes contre les dangers des rayonnements ionisants.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rapport de la commission Vrousos remis &#224; Andr&#233;-Claude Lacoste,&lt;br class='autobr' /&gt;
directeur g&#233;n&#233;ral de la s&#251;ret&#233; nucl&#233;aire et de la radioprotection, le 2 mars 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera que des mots et des expressions qui ne concernaient que les travailleurs&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'industrie nucl&#233;aire (&#171; culture radiologique &#187;, &#171; qualit&#233; radiologique &#187;)&lt;br class='autobr' /&gt;
ont vu, avec les progr&#232;s de la contamination radioactive, leur champ d'application&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;tendre &#224; la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Il s'agit d'impliquer le &#171; non-expert &#187; (la victime !) &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui lui est impos&#233; et inflig&#233; : l'adapter &#224; une nouvelle nature &#233;trang&#232;re et mena&#231;ante&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;&#233;e par l'int&#233;gration d'un mode de production mutag&#232;ne et canc&#233;rig&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; On peut consid&#233;rer que ce sont 80 &#224; 90 % des cancers qui sont caus&#233;s par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
faut diluer les responsabilit&#233;s et laisser crever en silence. Le rapport fran&#231;ais de la&lt;br class='autobr' /&gt;
commission Vrousos, intitul&#233; &lt;i&gt;Priorit&#233;s en radioprotection - Propositions pour une&lt;br class='autobr' /&gt;
meilleure protection des personnes contre les dangers des rayonnements ionisants&lt;/i&gt;, rendu&lt;br class='autobr' /&gt;
public le 2 mars 2004, vient confirmer que les experts fran&#231;ais ont d&#233;j&#224; int&#233;gr&#233; dans&lt;br class='autobr' /&gt;
leur novlangue destin&#233;e aux populations ce qu'ils ont exp&#233;riment&#233; &#224; Tchernobyl&lt;br class='autobr' /&gt;
(dans le jargon des experts, c'est le &lt;i&gt;retour d'exp&#233;rience&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; l'issue du projet Ethos, la Commission europ&#233;enne a reconnu l'int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ...). Aussi, chacun doit savoir&lt;br class='autobr' /&gt;
que, lorsque &#233;clatera la &#171; surprise &#187; (comme le directeur du CEPN, Jacques Lochard,&lt;br class='autobr' /&gt;
a r&#233;cemment appel&#233; la catastrophe nucl&#233;aire &#224; venir), ce n'est pas de radioactivit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
dont l'arm&#233;e s'occupera mais bien de contenir la col&#232;re et l'angoisse des populations&lt;br class='autobr' /&gt;
pour assurer la continuit&#233; du &#171; service public &#187; de l'&#233;lectricit&#233; &#171; nucl&#233;aire &#187;. Il faudra&lt;br class='autobr' /&gt;
donc que les irradi&#233;s avalent ce n&#233;o-langage, qu'il acceptent avec fatalisme de survivre&lt;br class='autobr' /&gt;
et de mourir en comptant les becquerels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;cid&#233; de republier la d&#233;nonciation de ce n&#233;gationnisme que certains&lt;br class='autobr' /&gt;
d'entre nous avaient faite en 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249;, en France, le pouvoir nucl&#233;ariste consid&#232;re qu'il s'est suffisamment&lt;br class='autobr' /&gt;
renforc&#233; pour pouvoir envisager de lancer le renouvellement du parc nucl&#233;aire, nous&lt;br class='autobr' /&gt;
avons jug&#233; utile de montrer en partie sur quel terrain cette certitude se fonde : &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
fois sur la volont&#233; de compromettre chacun avec l'industrie nucl&#233;aire (&#224; coups de&lt;br class='autobr' /&gt;
campagnes de propagande publicitaire) et sur le fait que toute opposition s'est dissoute&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le verbiage citoyenniste qu&#233;mandeur et respectueux de l'&#201;tat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des OGM et du citoyen, Quelques ennemis du meilleur des mondes, janvier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons ajout&#233; au texte original &lt;i&gt;Sage comme des images&lt;/i&gt;, texte r&#233;pondant &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'apparition du &#171; R&#233;seau pour sortir du nucl&#233;aire &#187;, en 1998. Il montre comment les&lt;br class='autobr' /&gt;
diverses variantes d'une opposition d&#233;faite se sont cristallis&#233;es pour ne laisser place&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; un lobby indigent dont les perspectives d&#233;risoires consistent &#224; culpabiliser le&lt;br class='autobr' /&gt;
citoyen sur sa consommation d'&#233;nergie, alors que ces fameux &#171; choix &#233;nerg&#233;tiques &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
se font de toute fa&#231;on sans lui. Soucieux de l'avenir d'EDF, ce r&#233;seau veut &#171; d&#233;velopper&lt;br class='autobr' /&gt;
les &#233;conomies et les &#233;nergies renouvelables [ce qui cr&#233;erait selon lui] &#171; un formidable&lt;br class='autobr' /&gt;
gisement d'emplois utiles et durables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le nucl&#233;aire n'est pas un accident de l'histoire. Il s'inscrit dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la course &#224; l'industrialisation du monde, qui, avec ou sans &#233;nergies &#171; renouvelables&lt;br class='autobr' /&gt; &#187;, s'accompagne d'un cort&#232;ge toujours plus impressionnant de destructions de&lt;br class='autobr' /&gt;
masse, de guerres, et surtout d'un chaos social qui s'annonce d&#233;sormais comme les&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions de vie &#171; normales &#187; dans notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ennemis du meilleur des mondes&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; propos de ce que nous avons fait (1993)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; travers leurs campagnes de publicit&#233; qui se succ&#232;dent depuis&lt;br class='autobr' /&gt;
maintenant un an et demi, les nucl&#233;aristes cherchent, selon&lt;br class='autobr' /&gt;
le commentaire mi-bouffon, mi-mafieux d'un journaliste de t&#233;l&#233;vision,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#224; mouiller les Fran&#231;ais avec le nucl&#233;aire &#187;, en martelant sa place dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la soci&#233;t&#233; actuelle. Ils voulaient frapper les esprits des populations&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ticentes mais d&#233;sarm&#233;es, en claironnant effront&#233;ment leur r&#233;ussite :&lt;br class='autobr' /&gt;
75% de l'&#233;lectricit&#233; est d'origine nucl&#233;aire, et donc une perceuse&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;lectrique est d'abord nucl&#233;aire, Bach est d'abord un laser, un gratin&lt;br class='autobr' /&gt;
dauphinois est d'abord un four &#224; micro-ondes et l'amour n'existerait&lt;br class='autobr' /&gt;
pas sans l'&#233;nergie nucl&#233;aire. Il leur fallait enfoncer le clou pour&lt;br class='autobr' /&gt;
parachever la banalisation du nucl&#233;aire et l'occultation de son risque,&lt;br class='autobr' /&gt;
connu effectivement depuis Tchernobyl. L'essentiel est d'amplifier&lt;br class='autobr' /&gt;
et de peindre en verd&#226;tre et en bleu E.D.F. la r&#233;signation &#224; ce qui advient&lt;br class='autobr' /&gt;
et, dans cette r&#233;signation, de faire rimer &#171; bien-&#234;tre &#187; avec nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mettre en &#233;vidence l'engagement bien particulier des uns&lt;br class='autobr' /&gt;
et des autres dans la banalisation et l'occultation du nucl&#233;aire et de ses&lt;br class='autobr' /&gt;
risques, nous avons trouv&#233; plaisant, nous aussi, de repeindre, mais en rouge&lt;br class='autobr' /&gt;
sang, quelques-uns des auteurs les plus repr&#233;sentatifs de cette moderne&lt;br class='autobr' /&gt;
ignominie. Il ne s'agissait pas de cr&#233;er une autre v&#233;rit&#233; construite&lt;br class='autobr' /&gt;
de toute pi&#232;ce comme c'est le cas dans leur offensive actuelle, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
de mettre en lumi&#232;re les m&#233;canismes qui ont permis de la construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, pour faire scandale, il faut l'&#233;vidence de quelques&lt;br class='autobr' /&gt;
centaines de morts au sein d'une petite communaut&#233; organis&#233;e, comme&lt;br class='autobr' /&gt;
par exemple 4 000 h&#233;mophiles en France. Par contre, les effets dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le public de faits, d'actes ou de propos illustrant, sur un point particulier,&lt;br class='autobr' /&gt;
le rejet universel du scandale des conditions existantes, ne suscite gu&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
d'int&#233;r&#234;t. Le quadrillage des m&#233;dias y a rem&#233;di&#233;, diabolisant, banalisant&lt;br class='autobr' /&gt;
ou dissimulant &#224; loisir le sens de tout acte exemplaire. Ce que nous avons&lt;br class='autobr' /&gt;
fait subira, bien s&#251;r, le m&#234;me sort. Dans le cas o&#249; nous &#233;chapperions&lt;br class='autobr' /&gt;
au silence organis&#233;, les uns parleront d'exc&#232;s, voire d'actes terroristes&lt;br class='autobr' /&gt;
tandis que les autres y verront le signe d'un folklore &#233;tudiant hors saison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous revient donc de dire ce que nous avons fait.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du secret, de la sp&#233;cialisation,&lt;br class='autobr' /&gt;
de la d&#233;responsabilisation et de la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la puissance de l'organisation sociale est telle que les dirigeants&lt;br class='autobr' /&gt;
de la soci&#233;t&#233; peuvent ouvertement agir sur l'inconscient des individus pour&lt;br class='autobr' /&gt;
leur faire accepter les cons&#233;quences mortif&#232;res des choix qu'ils ont fait pour&lt;br class='autobr' /&gt;
eux. Aussi faut-il commencer par redonner un sens aux mots. C'est ce que&lt;br class='autobr' /&gt;
nous avons cherch&#233; &#224; faire dans une &#233;poque o&#249; la l&#226;chet&#233; se donne pour&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; responsable mais pas coupable &#187;, derni&#232;re expression de l'irresponsabilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le langage gouvernemental. Cette mani&#232;re de faire permet, selon les&lt;br class='autobr' /&gt;
moments, de s'abriter derri&#232;re les d&#233;cisions d'une autorit&#233; sup&#233;rieure, toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
insaisissable, ou derri&#232;re les actes de lampistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sp&#233;cialistes et politiques se l&#233;gitiment mutuellement dans la plus totale&lt;br class='autobr' /&gt;
irresponsabilit&#233;. L'un apportant sa cr&#233;dibilit&#233;, l'autre le pouvoir n&#233;cessaire&lt;br class='autobr' /&gt;
au premier pour l'exercice de sa fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les sp&#233;cialistes et les experts, le seul langage commun est celui&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'argent et du pouvoir bureaucratique. Chacun s'occupe des &#233;troites limites&lt;br class='autobr' /&gt;
de son domaine et, pour les vues d'ensemble, se fie aux sp&#233;cialistes des&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rentes repr&#233;sentations de la totalit&#233;. De fait, chacun compte sur la clairvoyance&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'&#201;tat et sur la main invisible du march&#233;. &#171; Ceux qui ont besoin&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'expert, ce sont, pour des motifs diff&#233;rents, le falsificateur et l'ignorant. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(G. Debord, &lt;i&gt;Commentaires sur la Soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, la d&#233;responsabilisation de chacun face aux&lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quences de ses actes est facilit&#233;e par la parcellarisation des t&#226;ches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; cette atomisation nous nous sommes donn&#233; pour but de faire appara&#238;tre,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le domaine particulier de la banalisation du nucl&#233;aire, le lien&lt;br class='autobr' /&gt;
entre les diff&#233;rents constituants d'une organisation dont le centre et les&lt;br class='autobr' /&gt;
finalit&#233;s restent cach&#233;s. Le secret ambiant ne domine que gr&#226;ce &#224; la soumission&lt;br class='autobr' /&gt;
aveugle aux autorit&#233;s et &#224; la volont&#233; de ne pas savoir ce qui&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;range. On ne peut vivre trop longtemps aupr&#232;s de l'horreur sans en&lt;br class='autobr' /&gt;
refouler la perception. Les hommes de l'&#201;tat sont les gardiens actifs de ce&lt;br class='autobr' /&gt;
sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs cat&#233;gories actuelles de sp&#233;cialisation et de hi&#233;rarchisation,&lt;br class='autobr' /&gt;
les diff&#233;rentes professions, si &#233;loign&#233;es de ce que l'on a appel&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;tiers, contribuent &#224; l'&#233;tablissement et &#224; la perp&#233;tuation de la vie d&#233;poss&#233;d&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici se d&#233;couvre toute une arm&#233;e de mercenaires, pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre&lt;br class='autobr' /&gt;
n'importe quoi, pourvu que cela leur rapporte et entretienne leur statut et&lt;br class='autobr' /&gt;
leur parcelle de pouvoir. Ils sont aveugles et voudraient nous crever les&lt;br class='autobr' /&gt;
yeux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tchernobyl,&lt;br class='autobr' /&gt;
catastrophe inassumable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion de la centrale nucl&#233;aire de Tchernobyl est intervenue au&lt;br class='autobr' /&gt;
moment o&#249; l'implantation de l'industrie nucl&#233;aire &#233;tait un fait accompli. Par&lt;br class='autobr' /&gt;
elle-m&#234;me, elle &#233;tait le d&#233;menti pratique de la pr&#233;tention &#224; une s&#233;curit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
absolue. En &#244;tant aux nucl&#233;aristes une bonne part de leur cr&#233;dibilit&#233;, le&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sastre a laiss&#233; transpara&#238;tre au grand jour un d&#233;menti plus g&#233;n&#233;ral de&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes leurs pr&#233;tentions &#224; ma&#238;triser la fission nucl&#233;aire et les effets des&lt;br class='autobr' /&gt;
radiations, &#224; g&#233;rer l'ensemble du cycle du combustible, cela aggrav&#233; par&lt;br class='autobr' /&gt;
l'inexistence des progr&#232;s de la science, annonc&#233;s depuis plus de vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaiblissement du pouvoir sovi&#233;tique, alors, n'a plus permis une&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;tention de l'information comparable &#224; celle qui eut lieu &#224; Tch&#233;liabinsk en&lt;br class='autobr' /&gt;
1957. &#192; cette &#233;poque, les services secrets occidentaux pass&#232;rent sous&lt;br class='autobr' /&gt;
silence, en toute connaissance de cause, l'existence de cet accident majeur&lt;br class='autobr' /&gt;
pour ne pas nuire au d&#233;veloppement de l'industrie nucl&#233;aire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En France, c'est seulement en 1988 que put para&#238;tre la traduction du seul (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En mai 1986,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'antagonisme Est-Ouest n'ayant pas encore disparu, la presse occidentale,&lt;br class='autobr' /&gt;
mise au courant par hasard, crut trouver l&#224; un moyen de discr&#233;diter d&#233;finitivement&lt;br class='autobr' /&gt;
le r&#233;gime sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que la presse et les pouvoirs occidentaux ont&lt;br class='autobr' /&gt;
voulu nous faire croire &#224; partir de ce moment-l&#224;, la catastrophe de&lt;br class='autobr' /&gt;
Tchernobyl n'a pas tant montr&#233; l'incomp&#233;tence du pouvoir sovi&#233;tique que le&lt;br class='autobr' /&gt;
caract&#232;re ing&#233;rable d'une catastrophe nucl&#233;aire - et par l&#224; du nucl&#233;aire tout&lt;br class='autobr' /&gt;
entier. Un nuage au trajet capricieux ne connaissant de fronti&#232;res ni nationales&lt;br class='autobr' /&gt;
ni id&#233;ologiques, l'existence d'une zone contamin&#233;e, grande comme la&lt;br class='autobr' /&gt;
moiti&#233; de la France, rendant n&#233;cessaire le d&#233;placement de millions de personnes&lt;br class='autobr' /&gt;
vivant dans ces r&#233;gions : autant d'&#233;l&#233;ments qui ne sont, sans aucun&lt;br class='autobr' /&gt;
doute, ni ma&#238;trisables ni assumables d'un point de vue technique et sanitaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour quelque pouvoir que ce soit. Ces &#233;l&#233;ments m&#232;nent avant tout,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans leur hypoth&#233;tique r&#233;solution, &#224; une gestion inhumaine des personnes&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;duites &#224; l'&#233;tat de &#171; mat&#233;riel biologique &#187;. Seul un &#201;tat dont on peut &#224; peine&lt;br class='autobr' /&gt;
mesurer la teneur totalitaire est &#224; m&#234;me de traiter avec quelque efficacit&#233; les&lt;br class='autobr' /&gt;
effets d'une catastrophe nucl&#233;aire pour se consacrer en priorit&#233; &#224; sa survie&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; la mise au pas des populations en laissant de c&#244;t&#233; les morts et ceux qui&lt;br class='autobr' /&gt;
sont contraints de vivre dans ces conditions mortif&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, les effets de la catastrophe continuent, les terres et les &#234;tres&lt;br class='autobr' /&gt;
humains restent irradi&#233;s. Le sarcophage de b&#233;ton permet de moins en moins&lt;br class='autobr' /&gt;
de maintenir le r&#233;acteur sous l'&#233;teignoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela semblerait m&#234;me &#234;tre devenu un &#233;trange enjeu technologique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; l'image du mensonge des experts&lt;br class='autobr' /&gt;
qui doit se faire toujours plus &#233;pais pour justifier l'&#233;nergie nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la gestion&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'inassumable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, tous les pouvoirs nucl&#233;aristes se sont mis sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fensive. Quand leur force le leur permettait, ils ont cherch&#233; &#224; se faire&lt;br class='autobr' /&gt;
oublier et, lorsque l'existence d'un fort sentiment antinucl&#233;aire rendait la&lt;br class='autobr' /&gt;
chose impossible, ils ont d&#251; se replier sur des positions plus fragiles, allant&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; accepter de remettre en cause ponctuellement le d&#233;veloppement&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'industrie nucl&#233;aire, comme en Su&#232;de et en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le consensus entre tous les pays nucl&#233;aristes pour g&#233;rer ce qu'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
appellent &#171; la crise sur les populations &#187;, autrement dit la peur du nucl&#233;aire&lt;br class='autobr' /&gt;
ayant &#233;t&#233; r&#233;tablie, leur premier objectif pour reconqu&#233;rir le terrain perdu a&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233; de pr&#233;senter cette situation inassumable comme ma&#238;tris&#233;e, c'est-&#224;-dire&lt;br class='autobr' /&gt;
de transformer la perception de la catastrophe et de ses effets en pr&#233;sentant&lt;br class='autobr' /&gt;
les mesures prises comme largement suffisantes. Ils cr&#233;&#232;rent une&lt;br class='autobr' /&gt;
zone interdite de 30 kilom&#232;tres de diam&#232;tre seulement. Ils envoy&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt;
entre 600 000 et un million de liquidateurs (selon les sources), sans tenue&lt;br class='autobr' /&gt;
de protection, &#224; une irradiation certaine. Ils organis&#232;rent l'impossibilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une appr&#233;ciation r&#233;elle de la contamination. Ils firent tomber dans l'oubli&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;chec technologique des robots allemands et japonais qui, en p&#233;n&#233;trant&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les zones fortement irradi&#233;es, tombaient syst&#233;matiquement en&lt;br class='autobr' /&gt;
panne. Ils employ&#232;rent les quelques m&#233;decins capables, par leur formation&lt;br class='autobr' /&gt;
et par leur place dans l'&#171; establishment &#187; nucl&#233;aire, de faire le rapport&lt;br class='autobr' /&gt;
entre les radiations et les effets sur les hommes, pour en rejeter officiellement&lt;br class='autobr' /&gt;
le lien de cause &#224; effet. Ils envoy&#232;rent Pellerin, directeur en France&lt;br class='autobr' /&gt;
du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants, proposer&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#224;-bas des doses admissibles 10 fois plus &#233;lev&#233;es que celles reconnues&lt;br class='autobr' /&gt;
par les organismes internationaux. &#171; Mais de toutes fa&#231;ons vous&lt;br class='autobr' /&gt;
n'avez pas les moyens de faire d&#233;m&#233;nager la population &#187;, a-t-il alors&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;clar&#233; en priv&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport&#233; par Al&#232;s Adamovitch, d&#233;put&#233; bi&#233;lorusse.&#034; id=&#034;nh7-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nucl&#233;aristes ont cr&#233;&#233; un nouvel organisme international, la&lt;br class='autobr' /&gt;
WANO (World Association of Nuclear Operator), pour renforcer leur&lt;br class='autobr' /&gt;
contr&#244;le de l'information. On a pu mesurer la qualit&#233; de son activit&#233;, compl&#233;tant&lt;br class='autobr' /&gt;
celle de l'AIEA, au moment de l'accident de Sosnovy-Bor pr&#232;s de&lt;br class='autobr' /&gt;
Leningrad le 24 mars 1992. Leur intervention &#224; la source, malgr&#233; les contradictions&lt;br class='autobr' /&gt;
des versions officielles, a permis de cacher la r&#233;alit&#233; de l'accident.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parall&#232;lement, en 1989, l'AIEA, l'organisation internationale des &#201;tats pour&lt;br class='autobr' /&gt;
la promotion de l'industrie nucl&#233;aire, s'est attel&#233;e &#224; la t&#226;che de pr&#233;sentation&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;cessaire : une infrastructure gigantesque fut mise en place pour&lt;br class='autobr' /&gt;
prouver scientifiquement - c'est-&#224;-dire selon l'acception moderne du terme&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; scientifique &#187;, &#224; l'aide d'un ar&#233;opage d'experts servant fid&#232;lement leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
employeurs nucl&#233;aristes - l'absence de cons&#233;quences notables de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'accident et le s&#233;rieux exag&#233;r&#233; des choix sovi&#233;tiques sur le moment. Cette&lt;br class='autobr' /&gt;
falsification internationale des &#201;tats a bien s&#251;r abouti et ses r&#233;sultats ont &#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
rendus publics au cours du printemps 91 lors d'une conf&#233;rence de l'AIEA &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la difficult&#233; des nucl&#233;aristes &#224; organiser une&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fensive &#224; cause de la m&#233;fiance des populations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, ce retrait d&#233;fensif allait se r&#233;v&#233;ler difficile &#224; maintenir pour&lt;br class='autobr' /&gt;
l'industrie nucl&#233;aire confront&#233;e &#224; ses probl&#232;mes de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but, le probl&#232;me des d&#233;chets radioactifs &#233;tait pr&#233;sent&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
comme un probl&#232;me d'intendance annexe r&#233;soluble en temps utile. Au&lt;br class='autobr' /&gt;
moment o&#249; leur accumulation a atteint un seuil qui exige une solution&lt;br class='autobr' /&gt;
rapide et, puisque aucun progr&#232;s n'avait &#233;t&#233; fait, les nucl&#233;aristes ont voulu,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; partir de l'automne 87, imposer en France, comme par le pass&#233;, une solution&lt;br class='autobr' /&gt;
en catimini, quitte &#224; employer &#233;ventuellement la force, si la m&#233;thode&lt;br class='autobr' /&gt;
du secret se r&#233;v&#233;lait impossible. Le camouflage en profondeur des d&#233;chets&lt;br class='autobr' /&gt;
devait leur permettre, avant tout, de continuer au moindre prix. Mais, dans&lt;br class='autobr' /&gt;
un contexte de m&#233;fiance g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; l'&#233;gard du nucl&#233;aire, cette m&#233;thode&lt;br class='autobr' /&gt;
a imm&#233;diatement soulev&#233; une opposition farouche des populations&lt;br class='autobr' /&gt;
concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de l'&#233;poque a pr&#233;f&#233;r&#233; geler ces projets par un&lt;br class='autobr' /&gt;
moratoire en f&#233;vrier 1990, parce que les r&#233;actions qu'ils entra&#238;naient&lt;br class='autobr' /&gt;
auraient pu &#234;tre trop co&#251;teuses politiquement. Simultan&#233;ment, pour jeter&lt;br class='autobr' /&gt;
un peu de poudre aux yeux et tester l'opinion, un pseudo-d&#233;bat scientifique&lt;br class='autobr' /&gt;
fut organis&#233; dans quelques revues sp&#233;cialis&#233;es ou officines parlementaires&lt;br class='autobr' /&gt;
pour &#233;tablir la validit&#233; de la d&#233;marche. C'est dans ces circonstances&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'un certain Ghislain de Marsilly apporta son petit caillou &#224; cette grande&lt;br class='autobr' /&gt;
oeuvre. (&lt;i&gt;voir annexe 2&lt;/i&gt; : &#171; Lettre ouverte &#224; Ghislain de Marsilly &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre de l'acceptation du nucl&#233;aire, depuis le d&#233;but, les experts&lt;br class='autobr' /&gt;
scientifico-techniciens &#233;taient l&#224; &#224; leur affaire. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les&lt;br class='autobr' /&gt;
techniciens ne sont pas les humanistes en qu&#234;te de connaissances que les&lt;br class='autobr' /&gt;
scientifiques purent &#234;tre. Ils sont intimement li&#233;s &#224; l'arm&#233;e qui a le droit&lt;br class='autobr' /&gt;
de cuissage sur tous les brevets qu'ils d&#233;posent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre l'acceptation du d&#233;p&#244;t d'un brevet et son utilisation, six mois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ils sont surtout aux&lt;br class='autobr' /&gt;
ordres de l'industrie qui, ayant d&#233;fini &#224; chacun son champ de travail&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;par&#233;, fait appel &#224; tous ses salari&#233;s pour jouer la sc&#232;ne de la science unifi&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
outrag&#233;e par l'&#171; obscurantisme &#187; de ceux qui r&#233;v&#232;lent ses nuisances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple, pour l'expression r&#233;cente de ce genre d'exhalaison, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont pour fonction de justifier syst&#233;matiquement tout ce qui advient. Ce&lt;br class='autobr' /&gt;
sont des producteurs d'ignorance, car il leur suffit de ne pas regarder un&lt;br class='autobr' /&gt;
probl&#232;me pour qu'il n'existe pas. Ils sont formels. Ils tirent leur valeur marchande de l'ignorance qu'ils entretiennent dans les populations en&lt;br class='autobr' /&gt;
semant la confusion. De la m&#234;me mani&#232;re qu'ils couvraient l'industrie chimique&lt;br class='autobr' /&gt;
en assenant l'argument que tout est chimie, assimilant la biochimie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la chimie industrielle, ils disent que tout est atomique, sans pr&#233;ciser que&lt;br class='autobr' /&gt;
sur les 109 &#233;l&#233;ments de la classification des atomes, 19 d'entre eux,&lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui largement diffus&#233;s sur la surface de la Terre, n'existent qu'&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
cause de l'industrie nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'opposition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 70, l'opposition qui se constituait sur le terrain &#233;cologique&lt;br class='autobr' /&gt;
n'avait pas r&#233;ussi &#224; remettre en cause la soci&#233;t&#233; en critiquant les effets de&lt;br class='autobr' /&gt;
la logique &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette impuissance a amen&#233;, dans les ann&#233;es 80, une bonne part des&lt;br class='autobr' /&gt;
membres de cette opposition d&#233;faite &#224; chercher une solution aux probl&#232;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
de leur activit&#233; sur le terrain &#233;lectoral. C'est-&#224;-dire sur le terrain de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat. Aujourd'hui, tous les m&#233;dias saluent leurs perc&#233;es &#233;lectorales comme&lt;br class='autobr' /&gt;
autant de victoires, alors que l'appareil des Verts, n'ayant pas su tirer les&lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quences du refus qu'il pr&#233;tend repr&#233;senter, se contente d&#233;sormais de&lt;br class='autobr' /&gt;
discuter du rythme de la d&#233;gradation en s'associant &#224; sa gestion.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'inexistence pr&#233;sente d'une autre alternative leur permet pour le moment&lt;br class='autobr' /&gt;
de figurer le changement. Cette &#233;volution de l'opposition explique en partie&lt;br class='autobr' /&gt;
l'absence d'un refus cons&#233;quent, &#224; m&#234;me d'exiger ne serait-ce que&lt;br class='autobr' /&gt;
l'arr&#234;t du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Tchernobyl, les quelques scientifiques non soumis &#224; la version&lt;br class='autobr' /&gt;
officielle des nucl&#233;aristes et d&#233;cid&#233;s &#224; ne pas accepter cette situation,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient isol&#233;s. Leur opposition n'&#233;tant pas port&#233;e par des forces sociales&lt;br class='autobr' /&gt;
permettant de donner consistance aux perspectives induites par leurs positions,&lt;br class='autobr' /&gt;
elle ne pouvait que rester dans le cadre de la vision des choses&lt;br class='autobr' /&gt;
dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, sur ce terrain aussi, les nucl&#233;aristes peuvent associer&lt;br class='autobr' /&gt;
petit &#224; petit certains de ces opposants sur la d&#233;fensive &#224; une esp&#232;ce de&lt;br class='autobr' /&gt;
cogestion, d'autant qu'ils se donnent, quant &#224; eux, quelque apparence de&lt;br class='autobr' /&gt;
souci de l'environnement (pr&#233;occupation sur l'effet de serre, etc.), en&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tournant le langage &#233;cologique pour les besoins de leur propagande. Le&lt;br class='autobr' /&gt;
jeu pip&#233; des experts et des contre-experts en est l'illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la r&#233;alit&#233; de la puissance des nucl&#233;aristes&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la banalisation du nucl&#233;aire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lobby nucl&#233;ariste a plusieurs fois r&#233;ussi &#224; se tirer des mauvais pas dans&lt;br class='autobr' /&gt;
lesquels il s'&#233;tait fourvoy&#233;, notamment &#224; l'occasion de l'accident de&lt;br class='autobr' /&gt;
Windscale en 1957 (rebaptis&#233; aujourd'hui Sellafield afin d'en effacer la&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;moire) et de Three Miles Island, o&#249; les c&#233;l&#232;bres enceintes de confinement&lt;br class='autobr' /&gt;
n'ont pu emp&#234;cher l'explosion qu'au prix d'importants l&#226;chers de&lt;br class='autobr' /&gt;
radioactivit&#233; dans l'atmosph&#232;re. Le pouvoir que ce lobby a acquis dans&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat gr&#226;ce &#224; son imbrication avec le militaire ne pouvait que se renforcer&lt;br class='autobr' /&gt;
en s'&#233;tendant au domaine civil, puisqu'il s'est agit alors pour lui, de g&#233;rer&lt;br class='autobr' /&gt;
de mani&#232;re centralis&#233;e un domaine sensible, celui de l'&#233;nergie, &#233;l&#233;ment&lt;br class='autobr' /&gt;
essentiel pour soumettre la soci&#233;t&#233; humaine &#224; l'&#233;conomie. Cette gestion a&lt;br class='autobr' /&gt;
donc exist&#233; sans contredit et en dehors de tout probl&#232;me de rentabilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
directe (le co&#251;t du nucl&#233;aire est incalculable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchernobyl fut un accident autrement plus s&#233;rieux que Three Miles&lt;br class='autobr' /&gt;
Island, puisqu'il &#233;tait impossible d'en cacher la r&#233;alit&#233; : rien n'avait emp&#234;ch&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
ni confin&#233; l'explosion et donc rien ne permettait d'en contester l'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout observateur impartial, c'est-&#224;-dire non soumis au brouillage des&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;dias, aurait pu pronostiquer une fin relativement proche du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de cet accident et de la confusion qui a suivi, il &#233;tait logique&lt;br class='autobr' /&gt;
de voir les nucl&#233;aristes au banc des accus&#233;s. Cela n'a &#233;t&#233; le cas que pendant&lt;br class='autobr' /&gt;
un court moment. Leur volont&#233; de se faire oublier a rapidement port&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
ses fruits. Alors que les populations restaient sans voix, le d&#233;bat sur le&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aire est retourn&#233; rapidement dans le giron des sp&#233;cialistes, le refus&lt;br class='autobr' /&gt;
s'est laiss&#233; accapar&#233; par toute une pl&#233;thore de sp&#233;cialistes de la contestation&lt;br class='autobr' /&gt;
soudainement promue au rang de repr&#233;sentation cogestionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;ussite des nucl&#233;aristes tient dans le fait que, bien que&lt;br class='autobr' /&gt;
la confiance aveugle en cette technique ait &#233;t&#233; largement &#233;branl&#233;e par les&lt;br class='autobr' /&gt;
faits, les programmes nucl&#233;aires &#224; longue &#233;ch&#233;ance n'ont pas &#233;t&#233; infl&#233;chis&lt;br class='autobr' /&gt;
de mani&#232;re notoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si un certain ralentissement se manifeste depuis quelque temps, il faut le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une situation qui semblait d&#233;sesp&#233;r&#233;e, les nucl&#233;aristes ont r&#233;ussi &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
se sortir quasiment indemnes. Le v&#233;ritable tour de force consiste &#224; avoir&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;tabli rapidement un tr&#232;s large consensus, bien que construit sur la r&#233;signation&lt;br class='autobr' /&gt; : les r&#233;alisations technologiques les plus prestigieuses d'un mod&#232;le&lt;br class='autobr' /&gt;
social qui domine le monde apparaissent n&#233;cessaires partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat, pour promouvoir le nucl&#233;aire, s'&#233;tait avant tout appuy&#233; sur les&lt;br class='autobr' /&gt;
scientifiques et les m&#233;decins charg&#233;s d'&#171; &#233;tablir &#187; la fiabilit&#233; et l'innocuit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
la technique et organiser l'invisibilit&#233; de ses effets. Parall&#232;lement, quelques&lt;br class='autobr' /&gt;
architectes, connus pour leur z&#232;le de chevaliers de l'urbanisme qui d&#233;truisent&lt;br class='autobr' /&gt;
les villes historiques pour y substituer des villes nouvelles et des caricatures&lt;br class='autobr' /&gt;
d'habitations, avaient &#233;t&#233; soigneusement choisis afin de donner un&lt;br class='autobr' /&gt;
peu d'&#171; esprit &#187; au projet d&#233;ment des centrales. Apr&#232;s avoir abandonn&#233; le&lt;br class='autobr' /&gt;
projet initial de cacher les centrales sous terre, ces architectes ont su en&lt;br class='autobr' /&gt;
faire des temples &#224; la gloire de notre temps, qu'on visite comme Beaubourg&lt;br class='autobr' /&gt;
ou l'arche de la D&#233;fense. C'est pourquoi il nous a sembl&#233; d'utilit&#233; publique&lt;br class='autobr' /&gt;
de murer l'agence de Willerval, un de ces chantres de l'urbanisme (&lt;i&gt;voir&lt;br class='autobr' /&gt;
annexe 1&lt;/i&gt; : &#171; Des m&#232;tres cubes par centaine, des curies par milliers &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui dans un monde transform&#233; par ce d&#233;sastre, les nucl&#233;aristes&lt;br class='autobr' /&gt;
tirent parti de l'&#233;tat de fait et profitent du caract&#232;re illusoire de l'opposition&lt;br class='autobr' /&gt;
existante. C'est ainsi que nous les voyons, sans vergogne, redonner un&lt;br class='autobr' /&gt;
nouveau sens &#171; humain &#187; &#224; leur activit&#233;, pour acqu&#233;rir une nouvelle cr&#233;dibilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
en remplacement de celle qu'ils ont perdue. Leur emprise sur la soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
est telle que m&#234;me la disparition de l'affrontement Est-Ouest, qui entra&#238;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
petit &#224; petit la disparition de leur n&#233;cessit&#233; militaire, ne remet pas en cause&lt;br class='autobr' /&gt;
leur existence au-del&#224; de quelques probl&#232;mes tactiques. Ici en France, ils&lt;br class='autobr' /&gt;
sont au-dessus du petit jeu politique ; ils savent pertinemment que les d&#233;cisions&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un gouvernement aux abois, comme par exemple celle de l'arr&#234;t de&lt;br class='autobr' /&gt;
Creys-Malville, ne sont que de circonstances. Ils sont plus proches des int&#233;r&#234;ts&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'&#201;tat que les gouvernants qui se succ&#232;dent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout en &#233;tablissant internationalement une version officielle volontairement&lt;br class='autobr' /&gt;
confuse de la catastrophe de Tchernobyl, les nucl&#233;aristes se sont&lt;br class='autobr' /&gt;
attach&#233;s, dans l'organisation de leur d&#233;fensive, &#224; transformer la perception&lt;br class='autobr' /&gt;
du nucl&#233;aire et de ses effets au quotidien. Pour mettre en place la police&lt;br class='autobr' /&gt;
de la perception &#224; m&#234;me de r&#233;aliser cette t&#226;che, ils ont fait appel &#224; tous les&lt;br class='autobr' /&gt;
moyens que l'&#233;poque pouvait leur procurer. Pour faire accepter l'id&#233;e que&lt;br class='autobr' /&gt;
le nucl&#233;aire, tout comme leur existence, est indispensable, ils ont eu&lt;br class='autobr' /&gt;
recours &#224; toute une palette de mercenaires, utilisant des v&#233;t&#233;rans (m&#233;decins,&lt;br class='autobr' /&gt;
scientifiques, architectes) ou faisant appel &#224; des professions qu'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
n'avaient pas sollicit&#233;es jusque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De leur d&#233;fensive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque les nucl&#233;aristes n'avaient pas affaire &#224; une opposition construite&lt;br class='autobr' /&gt;
qui les aurait contraints &#224; faire face publiquement au d&#233;menti pratique et&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la dangerosit&#233; de leurs hypoth&#232;ses scientifiques, il leur a suffi de qualifier&lt;br class='autobr' /&gt;
d'irrationnels et d'inconscients les opposants qui n'&#233;taient pas assez complaisants&lt;br class='autobr' /&gt;
pour se laisser entra&#238;ner dans la cogestion. Ils ont alors engag&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
une guerre contre l'&#171; irrationalit&#233; &#187;. Le conflit ne se r&#233;alise d&#233;sormais plus &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'aide d'arguments d'apparence objective, mais consiste &#224; manipuler l'opinion&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; policer les subjectivit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous a bien fallu commencer par les cur&#233;s, car dans ce domaine ce&lt;br class='autobr' /&gt;
sont les plus vieux sp&#233;cialistes. Si la&#239;c soit-il, un pouvoir requiert l'approbation&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autorit&#233;s surnaturelles pour asseoir sa l&#233;gitimit&#233;. Dans ce sens, il&lt;br class='autobr' /&gt;
importe de savoir que le Vatican poss&#232;de des repr&#233;sentants &#224; l'AIEA. Au lendemain&lt;br class='autobr' /&gt;
des luttes sur les sites d'enfouissement de d&#233;chets radioactifs au&lt;br class='autobr' /&gt;
printemps 1990, par peur de voir les autorit&#233;s catholiques suivre ce mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
par opportunisme - tel l'&#233;v&#234;que d'Angers qui alors avait d&#233;j&#224; pris&lt;br class='autobr' /&gt;
parti pour ses ouailles - les nucl&#233;aristes se sont empress&#233;s de se faire &#233;tablir&lt;br class='autobr' /&gt;
un certificat de moralit&#233;. L'absolution du nucl&#233;aire ne d&#233;pareille pas des&lt;br class='autobr' /&gt;
simoniaques habitudes des hi&#233;rarques religieux : quand ces marchands du&lt;br class='autobr' /&gt;
temple louent le nucl&#233;aire, ils font leurs b&#233;ats, et les sacr&#233;s mensonges de&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs clients deviennent des mensonges sacr&#233;s. La maison d'&#233;dition des&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarques lyonnais ayant r&#233;dig&#233; le certificat de moralit&#233; demand&#233;, elle a&lt;br class='autobr' /&gt;
re&#231;u la visite d'un collectif contre le paradis nucl&#233;aire. (&lt;i&gt;voir annexe 1&lt;/i&gt; : &#171; Le&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aire vaut bien une messe &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me tout-puissant, un pouvoir doit d&#233;velopper une culture refl&#233;tant&lt;br class='autobr' /&gt;
son appartenance &#224; l'humanit&#233;. Apr&#232;s 86, les nucl&#233;aristes en ont multipli&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
les manifestations. Les &#171; artistes &#187; &#224; la solde ne se contentent plus&lt;br class='autobr' /&gt;
d'enjoliver leurs ma&#238;tres dans des portraits de commande. C'est leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;jections que leur labeur les contraint maintenant &#224; travestir en chefsd'oeuvre&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un monde &#171; naturel et humain &#187;. Auparavant, d&#233;j&#224;, un certain&lt;br class='autobr' /&gt;
Cardot avait re&#231;u des tripes en pleine figure pour avoir install&#233; des moutons&lt;br class='autobr' /&gt;
en plastique sur la pelouse de la centrale de Cattenom. Tout comme&lt;br class='autobr' /&gt;
un certain nombre d'autres peintres, sculpteurs ou artistes, Pierret aurait&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;rit&#233; un traitement similaire apr&#232;s avoir reproduit &#171; l'&#232;re du Verseau &#187; sur&lt;br class='autobr' /&gt;
la centrale de Cruas. Il l'a &#233;chapp&#233; belle, celui qui peint des fresques au&lt;br class='autobr' /&gt;
talkie-walkie et aux jumelles, comme on repeint la cage d'escalier avant&lt;br class='autobr' /&gt;
les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La supr&#233;matie d'un pouvoir se mesure &#224; l'efficacit&#233; de son organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
du travail. La m&#233;canisation et l'informatisation du travail qui pouvaient&lt;br class='autobr' /&gt;
lib&#233;rer les hommes de ses contraintes ont surtout servi &#224; cr&#233;er plus de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;pendance par rapport &#224; l'emploi ou &#224; son manque. Avec les syndicats, les&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aristes ont trouv&#233; une complicit&#233; id&#233;ale. D&#233;fenseurs de l'outil de travail,&lt;br class='autobr' /&gt;
quel qu'il soit, ceux-ci n'ont pas d'&#233;tats d'&#226;me. On a encore vu r&#233;cemment&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes les organisations syndicales locales manifester pour le red&#233;marrage&lt;br class='autobr' /&gt;
de Superphenix. Le 3 juin, &#171; des individus, non contents de se passer&lt;br class='autobr' /&gt;
de syndicats, ont copieusement asperg&#233; de sang les locaux de la Vie&lt;br class='autobr' /&gt;
Ouvri&#232;re, organe de la CGT, afin de d&#233;noncer sa collaboration morbide au&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aire &#187;. (&lt;i&gt;voir annexe 1&lt;/i&gt; : &#171; il faut savoir terminer une &#233;poque &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;rim, forme avanc&#233;e de l'esclavagisme moderne, partie int&#233;grante&lt;br class='autobr' /&gt;
de plus en plus n&#233;cessaire de l'organisation du travail, appara&#238;t tout&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; fait adapt&#233;e aux basses besognes de l'industrie nucl&#233;aire. Il prend le&lt;br class='autobr' /&gt;
visage de la libert&#233; et du &#171; droit au travail &#187;. Pour les employeurs, nul besoin&lt;br class='autobr' /&gt;
de m&#233;nager des montures si ais&#233;ment rempla&#231;ables. Le suivi m&#233;dical ne&lt;br class='autobr' /&gt;
dure que le temps de l'emploi, et les cons&#233;quences &#224; plus ou moins long&lt;br class='autobr' /&gt;
terme se trouvent occult&#233;es pour les nombreux int&#233;rimaires travaillant dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les centrales fran&#231;aises, comme ce fut le cas pour &#171; les liquidateurs &#187; de&lt;br class='autobr' /&gt;
Tchernobyl, si fatalement liquid&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'irradiation brutale de trois int&#233;rimaires &#224; Forbach, le directeur&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'agence int&#233;rim qui leur avait propos&#233; cet emploi aller-simple fut&lt;br class='autobr' /&gt;
asperg&#233; de sang, en m&#234;me temps que son bureau (&lt;i&gt;voir annexe 1&lt;/i&gt; : &#171; trois&lt;br class='autobr' /&gt;
irradi&#233;s &#224; Forbach &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un pouvoir utilisant des moyens sophistiqu&#233;s dans la domination&lt;br class='autobr' /&gt;
de la nature doit d'abord faire valoir que son activit&#233;, non seulement&lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pas n&#233;faste, mais est b&#233;n&#233;fique &#224; la vie des populations. C'est &#224; ce&lt;br class='autobr' /&gt;
rude labeur que s'emploie la bureaucratie m&#233;dicale, tout comme le font les&lt;br class='autobr' /&gt;
scientifico-techniciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui avaient vaincu la variole ou la l&#232;pre &#233;taient autres que ceux&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ont bassement capitul&#233; devant les radiations nucl&#233;aires, la chimie agroalimentaire&lt;br class='autobr' /&gt;
ou les modernes conditions de vie. Celles-ci ne se contentent&lt;br class='autobr' /&gt;
pas de d&#233;primer les psychismes, mais d&#233;priment &#233;galement l'immunit&#233;, faisant&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi le lit des maladies infectieuses et des cancers. L'occultation du&lt;br class='autobr' /&gt;
psychosomatique et des causes sociales des maladies &#171; naturelles &#187; reste&lt;br class='autobr' /&gt;
une n&#233;cessit&#233; pour d&#233;douaner la soci&#233;t&#233;, et d&#233;responsabiliser les consciences.&lt;br class='autobr' /&gt;
Distribuer des camisoles chimiques permet &#224; ces techniciens charg&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de la maintenance des travailleurs de concilier les int&#233;r&#234;ts de l'industrie chimique&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'acceptation de la survie dans cette organisation sociale si pathog&#232;ne. Contradictoirement, mais en toute logique avec ses int&#233;r&#234;ts, chaque&lt;br class='autobr' /&gt;
fois que leur continuation s'oppose &#224; cette r&#232;gle, ils savent casser le dogme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque l'immunit&#233; est &#233;galement la cible des radiations ionisantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Ukraine et en Bi&#233;lorussie on parle de &#171; Sida des radiations &#187;.&#034; id=&#034;nh7-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
la bureaucratie m&#233;dicale fut contrainte, pour d&#233;douaner les radiations, de&lt;br class='autobr' /&gt;
reconna&#238;tre brutalement l'importance sociale et l'origine psychique des&lt;br class='autobr' /&gt;
maladies. Apr&#232;s Tchernobyl, quand il ne semblait plus possible de nier les&lt;br class='autobr' /&gt;
effets des radiations, ils invent&#232;rent la &#171; radiophobie &#187;, peur par d&#233;finition&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; irrationnelle &#187; des radiations qui serait la principale responsable des&lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quences de l'accident. (&lt;i&gt;voir annexe 2&lt;/i&gt; : &#171; Au temps du mensonge&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;concertant &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la contre-offensive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;tabli leurs lignes de d&#233;fense et investi, avec succ&#232;s, le champ&lt;br class='autobr' /&gt;
de la vie sociale, le moment &#233;tait venu pour les nucl&#233;aristes de reprendre&lt;br class='autobr' /&gt;
l'initiative. Ce sont les publicitaires qui ont eu la charge de r&#233;aliser ce passage&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la contre-offensive. Leur fonction est, en effet, de dresser des individus&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; prendre les carences de leur vie pour un &#233;panouissement, gr&#226;ce &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
divers ersatz qu'ils peuvent acheter, et de les emp&#234;cher de voir ce qu'ils ont&lt;br class='autobr' /&gt;
devant les yeux pour ne retenir que des images idylliques. &#201;tant &#233;tabli que&lt;br class='autobr' /&gt;
le nucl&#233;aire &#233;tait un domaine r&#233;serv&#233; aux sp&#233;cialistes, il ne restait plus aux&lt;br class='autobr' /&gt;
publicitaires qu'&#224; forger et implanter l'id&#233;e qu'il &#233;tait le passage oblig&#233; du&lt;br class='autobr' /&gt;
progr&#232;s, de la vie moderne : &#171; le nucl&#233;aire ou l'&#226;ge de pierre &#187; ; de sorte que&lt;br class='autobr' /&gt;
cette id&#233;e puisse exister comme un r&#233;flexe conditionn&#233; en toutes circonstances&lt;br class='autobr' /&gt;
et surtout en cas de sondage. (&lt;i&gt;voir annexe 2&lt;/i&gt; : &#171; les branch&#233;s devant,&lt;br class='autobr' /&gt;
le nucl&#233;aire derri&#232;re &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des conditions modernes&lt;br class='autobr' /&gt;
de la vie sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les rencontres que nous avons faites avec quelques mercenaires des&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aristes et celles que nous avons diff&#233;r&#233;es sont loin de constituer une&lt;br class='autobr' /&gt;
liste exhaustive des compromissions dans la banalisation du nucl&#233;aire. Elles&lt;br class='autobr' /&gt;
suffisent pourtant &#224; donner un aper&#231;u r&#233;v&#233;lateur de la mani&#232;re dont la&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fensive des nucl&#233;aristes s'est attach&#233;e depuis l'automne 87 &#224; dominer les&lt;br class='autobr' /&gt;
secteurs qui participent &#224; la constitution d'une fausse conscience. Les professions&lt;br class='autobr' /&gt;
sur lesquelles ils s'appuient refl&#232;tent parfaitement les conditions&lt;br class='autobr' /&gt;
de la vie moderne. Ils b&#233;n&#233;ficient donc aussi du concours des sp&#233;cialistes&lt;br class='autobr' /&gt;
de la gestion de l'opinion publique par lesquels l'organisation sociale voudrait&lt;br class='autobr' /&gt;
substituer &#224; la vie publique sa repr&#233;sentation. Ils sont l&#224;, avec les instituts&lt;br class='autobr' /&gt;
de sondage qui voudraient remplacer les manifestations de l'opinion&lt;br class='autobr' /&gt;
publique par le sondage ; avec les hommes politiques qui voudraient se&lt;br class='autobr' /&gt;
contenter de cet escamotage pour se borner &#224; la gestion de l'&#201;tat ; avec les&lt;br class='autobr' /&gt;
journalistes pay&#233;s pour pr&#233;senter cette mis&#232;re comme une grandeur ou,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour les plus retors, comme une mal&#233;diction n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organismes de sondage servent tout autant &#224; distinguer et &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
mesurer certaines caract&#233;ristiques de l'opinion qu'&#224; fabriquer de toutes pi&#232;ces&lt;br class='autobr' /&gt;
une certaine repr&#233;sentation. Par le biais de l'interrogatoire d'&#233;chantillons&lt;br class='autobr' /&gt;
moutonniers, arbitrairement tax&#233;s de &#171; repr&#233;sentatifs &#187;, le public,&lt;br class='autobr' /&gt;
spectateur de l'opinion qu'on lui pr&#234;te, est incit&#233; &#224; plier devant les &#171; inf&#233;rences&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; statistiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terme de leur jargon qui, derri&#232;re son apparence scientifique, renvoie &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la mise en sc&#232;ne de l'apparence &#171; d&#233;mocratique &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
il faut noter la difficult&#233; d'une telle activit&#233;. La fabrication d'une repr&#233;sentation&lt;br class='autobr' /&gt;
s'oppose &#224; une information effective des d&#233;cideurs sur l'&#233;tat&lt;br class='autobr' /&gt;
d'esprit des populations. De sorte que, si les r&#233;sultats des sondages&lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;cutifs aux campagnes de publicit&#233; d'E.D.F. n'ont pas &#233;t&#233; rendus&lt;br class='autobr' /&gt;
publics, c'est parce qu'ils n'avaient pas atteint leur but et &#233;taient encore&lt;br class='autobr' /&gt;
inutilisables comme moyens de propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'&#233;croulement du cadre de leurs id&#233;ologies qui s'est acc&#233;l&#233;r&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
avec la disparition de l'affrontement Est-Ouest, les politiciens ne peuvent&lt;br class='autobr' /&gt;
plus dissimuler qu'ils sont d'abord des techniciens de la gestion &#233;tatique et&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomique. Pour &#233;chapper au m&#233;pris g&#233;n&#233;ralis&#233; qu'ils suscitent, ils&lt;br class='autobr' /&gt;
essayent de r&#233;nover leurs moyens de domination et de retrouver une cr&#233;dibilit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais ils le justifient &#224; chaque fois. Leur exp&#233;rimentation les a amen&#233;s &#224; voler au secours du nucl&#233;aire en butte &#224; la m&#233;fiance des populations. En 1974, toutes tendances confondues, ils avaient donn&#233; carte&lt;br class='autobr' /&gt;
blanche aux nucl&#233;aristes. On peut lire l'&#233;volution des masques de leur soumission&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les rapports successifs de l'Office Parlementaire d'&#201;valuation&lt;br class='autobr' /&gt;
des Choix Scientifiques et Technologiques. Dans le rapport Bataille, command&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
au moment du moratoire impos&#233; par les luttes sur les sites d'enfouissement&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;chets hautement radioactifs en 1990, il a d'abord &#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
question de transparence, de mettre le nucl&#233;aire sous la tutelle de la d&#233;mocratie&lt;br class='autobr' /&gt;
que repr&#233;senterait le parlement. Un an plus tard, un calme apparent&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tant revenu, le rapport Le D&#233;aut s'aligne ouvertement sur les positions des&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aristes et leur laisse tous leurs anciens privil&#232;ges. Il se contente de&lt;br class='autobr' /&gt;
conseiller de repeindre la maison. Apr&#232;s de laborieuses recherches, ils ont&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;couvert que tout le mal venait de ces populations qui croient de moins&lt;br class='autobr' /&gt;
en moins ce qu'on leur dit en d&#233;clarant : &#171; les minorit&#233;s ne doivent pas&lt;br class='autobr' /&gt;
imposer leur phobie &#187;. (Christian Bataille, le 12/1/93).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vanit&#233; contemporaine de l'activit&#233; des &#171; politiques &#187; trouve ses&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fenseurs chez les apologistes de cette organisation sociale. Les journalistes,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se pr&#233;sentent eux-m&#234;mes comme le &#171; 4e pouvoir &#187; cens&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
garantir le fonctionnement de ce qu'ils appellent la d&#233;mocratie, sont en fait&lt;br class='autobr' /&gt;
la force de persuasion qui frappe les esprits et les soumet &#224; la propagande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marchandises eux-m&#234;mes, ils ne sont que des producteurs de marchandises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre autres qualit&#233;s, ils ont celle d'&#234;tre v&#233;naux. Avec Tchernobyl, les&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoirs ont appris que pour rester ma&#238;tres de l'information, il &#233;tait devenu&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;cessaire de reprendre en main l'&#233;ducation et le contr&#244;le des journalistes ;&lt;br class='autobr' /&gt;
ils en ont test&#233; les moyens pendant la guerre du Golfe o&#249; l'on a pu voir&lt;br class='autobr' /&gt;
toute cette valetaille se mettre sans pudeur au garde-&#224;-vous face au massacre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour s'assurer les services de nombre d'entre eux, les nucl&#233;aristes les&lt;br class='autobr' /&gt;
soudoient. Du fait des origines scientifiques du nucl&#233;aire, ils peuvent se&lt;br class='autobr' /&gt;
payer des Chevalet sans encourir l'opprobre de ceux qui s'offrent un PPDA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'image &#224; la r&#233;alit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
le risk-management&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;riodiquement, la presse claironne les derni&#232;res victoires de la science &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'actif des nucl&#233;aristes. Mais avant que les questions suscit&#233;es par ces victoires&lt;br class='autobr' /&gt;
aient pu &#234;tre pos&#233;es, elles ont disparu de la sc&#232;ne. Et pour cause, puisqu'elles&lt;br class='autobr' /&gt;
renvoient &#224; une situation post-catastrophe : wagon de Pellerin pour&lt;br class='autobr' /&gt;
trier les rescap&#233;s d'une catastrophe nucl&#233;aire, exp&#233;rience de l'IPSN (Institut&lt;br class='autobr' /&gt;
de Protection et de S&#251;ret&#233; Nucl&#233;aire) pour tester une catastrophe en miniature,&lt;br class='autobr' /&gt;
exp&#233;rimentation par l'IPSN de plantation de datura &#224; Tchernobyl pour&lt;br class='autobr' /&gt;
pi&#233;ger la radioactivit&#233; (en r&#233;alit&#233;, le c&#233;sium seulement), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La catastrophe est l&#224;, au centre des pr&#233;occupations de cette &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais, il s'agit de coordonner toutes les forces disponibles pour l'avant,&lt;br class='autobr' /&gt;
le pendant et l'apr&#232;s de celles &#224; venir. Leur caract&#232;re ing&#233;rable&lt;br class='autobr' /&gt;
explique les diff&#233;rentes &#233;coles qui s'opposent sur les principes, tout en se&lt;br class='autobr' /&gt;
rejoignant sur les buts. Les anciens : les Pellerin, Tubiana et consorts,&lt;br class='autobr' /&gt;
conform&#233;ment aux traditions de la caste nucl&#233;ariste, parient aveugl&#233;ment&lt;br class='autobr' /&gt;
sur la puissance incontest&#233;e de la force publique et, finalement, militaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les modernes, eux, soutiennent que ces forces, seules en mesure de&lt;br class='autobr' /&gt;
maintenir l'existence de l'&#201;tat, doivent &#234;tre &#233;paul&#233;es id&#233;ologiquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi qu'une nouvelle sp&#233;cialisation sociologique est n&#233;e : la risquologie,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est-&#224;-dire l'&#233;tude des conditions et des moyens de la survie de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat et du mode de production en situation de catastrophe, pr&#233;sent&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
comme relevant de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Au-del&#224; de la pr&#233;vention des catastrophes,&lt;br class='autobr' /&gt;
il s'agit de pr&#233;parer les populations &#224; leur possibilit&#233; : mise en&lt;br class='autobr' /&gt;
place d'une culture du risque pour faciliter la communication de crise lors&lt;br class='autobr' /&gt;
des accidents &#224; venir et permettre &#224; l'ordre muscl&#233; de g&#233;rer des millions&lt;br class='autobr' /&gt;
de personnes humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes rendus chez Patrick Lagadec, un des fondateurs&lt;br class='autobr' /&gt;
de cette &#233;cole. Apr&#232;s une br&#232;ve explication sur le sens de ses actes, nous&lt;br class='autobr' /&gt;
l'avons quitt&#233; rouge de ... (&lt;i&gt;voir Annexe 1&lt;/i&gt; : &#171; La risquologie face au risque au&lt;br class='autobr' /&gt;
logis &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est minuit&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans cette &#233;poque, celui qui veut &#233;chapper &#224; la chape de plomb&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;diatique et savoir ce qu'elle cache, peut facilement discerner qu'en&lt;br class='autobr' /&gt;
mati&#232;re de nucl&#233;aire il ne s'agit pas d'adapter celui-ci &#224; une soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
humaine, mais, vaille que vaille et quel qu'en soit le prix, de soumettre&lt;br class='autobr' /&gt;
l'humanit&#233; au nucl&#233;aire. Comme pour tout le reste, il s'agit de continuer la&lt;br class='autobr' /&gt;
fuite en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous avons fait avait pour but de souligner, de diverses&lt;br class='autobr' /&gt;
mani&#232;res, la fa&#231;on insidieuse dont une r&#233;alit&#233; aberrante est banalis&#233;e de&lt;br class='autobr' /&gt;
nos jours et le point atteint par &#171; ... les forces de l'inertie, d&#233;valant toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
plus vite la pente de l'horreur programm&#233;e... &#187; (Encyclop&#233;die des&lt;br class='autobr' /&gt;
Nuisances, &lt;i&gt;Discours pr&#233;liminaire&lt;/i&gt;). Au-del&#224; de cette d&#233;nonciation, notre but&lt;br class='autobr' /&gt;
est de contribuer &#224; remettre en discussion l'aberration pr&#233;sente, pour&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;chapper &#224; sa logique suicidaire. &#171; C'est une machine, vivante il est vrai,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais compos&#233;e de rouages humains ; mais elle marche devant elle, comme&lt;br class='autobr' /&gt;
anim&#233;e d'une force aveugle et pour l'arr&#234;ter ; il ne faudra rien moins que la&lt;br class='autobr' /&gt;
puissance collective, insurmontable d'une r&#233;volution. &#187; (&#201;. Reclus)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, il est bon de pr&#233;ciser que l'activit&#233; que nous avons eue ici&lt;br class='autobr' /&gt;
n'est qu'un moment li&#233; &#224; la faiblesse de l'opposition. En mettant en &#233;vidence&lt;br class='autobr' /&gt;
le lien entre diff&#233;rents secteurs apparemment s&#233;par&#233;s, nous avons&lt;br class='autobr' /&gt;
voulu montrer que la d&#233;possession est le fondement sur lequel est&lt;br class='autobr' /&gt;
construite l'unit&#233; de la soci&#233;t&#233; existante.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANNEXE 1&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE NUCL&#201;AIRE VAUT BIEN UNE MESSE !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quelques comportements d'eccl&#233;siastiques au cours des cinq derni&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
ann&#233;es lors de probl&#232;mes locaux ont fait craindre &#224; des responsables d'EDF&lt;br class='autobr' /&gt;
une r&#233;action &#8220;globalement n&#233;gative&#8221; des autorit&#233;s religieuses en cas&lt;br class='autobr' /&gt;
d'incidents graves. Pour pr&#233;venir les malentendus, il leur a paru bon&lt;br class='autobr' /&gt;
d'informer avec exactitude et de dialoguer de fa&#231;on approfondie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chacun pressent qu'il y a l&#224; des choix politiques qui nous concernent, bon&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#233; mal gr&#233;, nos responsabilit&#233;s sont engag&#233;es. Pourtant qu'y pouvons-nous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La question morale est aussi celle de nos contradictions entre les soucis&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;cologiques et la demande croissante de consommation d'&#233;nergie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monseigneur G&#233;rard Defois &#171; Pour une &#233;thique de l'&#233;nergie nucl&#233;aire &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Les cahiers de l'Institut Catholique de Lyon).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat, cet apprenti-sorcier, joue &#224; l'alchimiste moderne &#224; l'aide d'incantations&lt;br class='autobr' /&gt;
politiques, et ne parvient que trop bien &#224; faire miroiter de l'or et de l'argent &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
partir du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Tchernobyl et autres exp&#233;riences malencontreuses ayant mis &#224; jour la&lt;br class='autobr' /&gt;
supercherie, l'&#201;tat demande &#224; ses comp&#232;res d'EDF d'aller trouver les cur&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
bouffons sinistres si habiles en saintes illusions, pour recevoir la confession de&lt;br class='autobr' /&gt;
son infortune et leur donner sujet &#224; croisade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absolution ne tarde pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouvant l&#224; l'occasion de revenir &#224; la cour s'engraisser quelque peu, ces bouffeurs&lt;br class='autobr' /&gt;
d'hostie pr&#234;chent &#224; coups de sermons modernes les bienfaits du nucl&#233;aire,&lt;br class='autobr' /&gt;
cette corne d'abondance dispensatrice de travail, de progr&#232;s, de luxe..., et &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
laquelle on s'est si bien habitu&#233; qu'il serait immoral et impie de s'en s&#233;parer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile &#224; faire croire ? Que non !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si prestes sont-ils &#224; servir leurs ma&#238;tres, qu'ils r&#233;ussissent &#224; transformer aux yeux&lt;br class='autobr' /&gt;
des cr&#233;dules le poisson irradi&#233; en poison moraliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Faussaires et tricheurs courent de par le monde et sont avec les fous comme&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ongle avec le doigt. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous apprendrez &#224; vos d&#233;pens, curetons-bouffis, que vous n'&#234;tes pas les&lt;br class='autobr' /&gt;
seuls &#224; vous pr&#234;ter aux fac&#233;ties...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Collectif contre le paradis nucl&#233;aire, &lt;br class='autobr' /&gt;
Lyon, le 7 avril 1992&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TROIS EMPLOY&#201;S GRAVEMENT IRRADI&#201;S
PAR UN ACC&#201;L&#201;RATEUR DE PARTICULES A FORBACH&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde 10/09/91&#034; id=&#034;nh7-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#201;taient-ils au moins inform&#233;s des dangers qu'il y avait&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur de la machine ? Je pense que oui,&lt;br class='autobr' /&gt;
et puis il y a des r&#232;gles de s&#233;curit&#233; strictes &#224; respecter,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme j'ai pu moi-m&#234;me m'en rendre compte. &#187; (Interview de S. Vuillemain,&lt;br class='autobr' /&gt;
directeur de l'agence Manpower&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;publicain Lorrain 10/09/91)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ordure joue la respectabilit&#233;, s'accrochant &#224; l'image idyllique que l'int&#233;rim&lt;br class='autobr' /&gt;
veut donner de lui-m&#234;me : un &#233;l&#233;ment &#224; part enti&#232;re de la vie &#233;conomique qui&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pond &#224; toutes les demandes et peut faire face &#224; toutes les situations au mieux&lt;br class='autobr' /&gt;
des int&#233;r&#234;ts des entreprises, et qui d'autre part procure une libert&#233; sans bornes&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; tous ceux qui lui font confiance pour trouver du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand la m&#233;canique se d&#233;r&#232;gle, la r&#233;alit&#233; de l'int&#233;rim, plus triviale, perce &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
travers ce brouillard d'absurdit&#233;s mensong&#232;res. L'image de s&#233;rieux dont jouissent&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'&#233;conomie ces n&#233;griers modernes s'explique ais&#233;ment : ils n&#233;gocient&lt;br class='autobr' /&gt;
au mieux la marchandise humaine, ils ont constitu&#233; un march&#233; du travail parall&#232;le&lt;br class='autobr' /&gt;
adapt&#233; &#224; la demande fluctuante des entreprises, participant activement &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
dissolution des anciens rapports de travail, et leur savoir-faire permet &#224; leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
clients de faire de substantielles &#233;conomies. Ainsi, il leur procure les moyens de&lt;br class='autobr' /&gt;
contourner les co&#251;teuses r&#232;gles de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On savait d&#233;j&#224; qu'avec la b&#233;n&#233;diction des autorit&#233;s, notamment par l'interm&#233;diaire&lt;br class='autobr' /&gt;
du SCPRI de Pellerin, leur activit&#233; avait occasionn&#233; un assouplissement&lt;br class='autobr' /&gt;
des normes dans la gestion de l'industrie nucl&#233;aire, les travailleurs int&#233;rimaires&lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;tant pas soumis aux m&#234;mes contr&#244;les que les autres travailleurs du nucl&#233;aire.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Lib&#233;ration 23/10/91).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, au moment o&#249; le d&#233;veloppement de la radioactivit&#233; artificielle a atteint le&lt;br class='autobr' /&gt;
point o&#249; sa diffusion incontr&#244;l&#233;e met des sources radioactives entre les mains&lt;br class='autobr' /&gt;
les plus douteuses, celles d'un Magnen ou d'un Muller, directeurs d'Electron&lt;br class='autobr' /&gt;
Beam Service, il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; trouver ces nouveaux maquignons en&lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;re ligne. Dans une r&#233;gion d&#233;vast&#233;e par les al&#233;as de l'histoire &#233;conomique,&lt;br class='autobr' /&gt;
ils peuvent pousser plus loin la manipulation des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irresponsabilit&#233; qu'a revendiqu&#233;e &#224; cette occasion cette salope en parlant&lt;br class='autobr' /&gt;
d'erreur humaine exprime bien plut&#244;t sa responsabilit&#233; pleine et enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Amis de Libertad - St Avold, le 8/04/92&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DES M&#200;TRES CUBES PAR CENTAINES,
DES CURIES PAR MILLIERS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'architecte &#233;tait le serviteur des princes et de l'&#233;glise, il limitait son&lt;br class='autobr' /&gt;
champ d'action aux palais et lieux de cultes et pouvait encore pr&#233;tendre selon&lt;br class='autobr' /&gt;
son talent &#224; la r&#233;alisation d'oeuvres d'art &#224; la gloire de ses ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il n'est plus qu'un des sp&#233;cialistes de la d&#233;possession, celui qui&lt;br class='autobr' /&gt;
construit le cadre de la dissolution des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut, comme Jean Willerval, r&#233;pandre son b&#233;ton en Zones &#224; Urbaniser en&lt;br class='autobr' /&gt;
Priorit&#233; (ZUP), en usine Pernod, en bureaux &#224; la D&#233;fense, en Palais de justice &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lille, en &#233;glises ou en &#171; pavillons &#187; de p&#233;age et de contr&#244;le de trafic sur les autoroutes&lt;br class='autobr' /&gt;
qui relient ces lieux s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que sp&#233;cialiste, il fait partie de ces professionnels dont l'&#226;pret&#233; au gain&lt;br class='autobr' /&gt;
est la motivation principale, sans la moindre inqui&#233;tude sur les cons&#233;quences&lt;br class='autobr' /&gt;
de ce qu'ils peuvent &#234;tre amen&#233;s &#224; r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour ces qualit&#233;s qu'en 1974, EDF est venu le chercher avec cinq autres&lt;br class='autobr' /&gt;
mercenaires de sa profession pour int&#233;grer les centrales nucl&#233;aires dans leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
sites naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec leur cynisme habituel, ils ont d&#233;pass&#233; les esp&#233;rances de leur commanditaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
en renversant les donn&#233;es du probl&#232;me. La construction de la centrale de&lt;br class='autobr' /&gt;
Belleville par Willerval a ainsi permis &#224; son acolyte Claude Parent de formuler&lt;br class='autobr' /&gt;
cette approbation complice : &#171; La cenrale est v&#233;ritablement pos&#233;e en bordure du&lt;br class='autobr' /&gt;
fleuve, elle se substitue au paysage, elle le constitue. L'artificiel l'emporte sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit plus de dissimuler les centrales comme le souhaitait &#224; l'origine E.D.F.,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais de les mettre au premier plan du paysage et de leur donner un sens autre,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un mysticisme grossier, en coiffant les r&#233;acteurs d'un d&#244;me. Il faut rev&#234;tir la&lt;br class='autobr' /&gt;
centrale de l'image d'une &#171; cath&#233;drale du XXe si&#232;cle &#187;, devant laquelle la population&lt;br class='autobr' /&gt;
est convi&#233;e &#224; communier abstraitement dans un consensus social&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cervel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que pensent ces nucl&#233;ocrates, ce que les si&#232;cles futurs&lt;br class='autobr' /&gt;
retiendront du n&#244;tre, ce seront, avec ces horreurs monumentales, les radiations&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils contiennent tant bien que mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; nous, nous n'attendrons pas d'hypoth&#233;tiques g&#233;n&#233;rations futures : pour&lt;br class='autobr' /&gt;
emp&#234;cher Willerval de nuire plus longtemps, nous avons mur&#233; son agence&lt;br class='autobr' /&gt;
d'architecture, utilisant ainsi &#224; meilleur escient que lui des mat&#233;riaux de construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paris le 12 avril 1992, &lt;br class='autobr' /&gt;
Des Bellevillois&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IL FAUT SAVOIR TERMINER UNE &#201;POQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'abandon de Creys signifierait pour longtemps le renoncement &#224; la fili&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aire &#8220;rapide&#8221;, laquelle para&#238;t indispensable &#224; toute politique&lt;br class='autobr' /&gt;
d'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique du pays compte tenu des tr&#232;s grandes&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomies d'uranium qu'elle est seule &#224; permettre. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(La vie Ouvri&#232;re du 13 au 19 avril 1992)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence plus ou moins prosp&#232;re des industries nuisibles &#224; la vie ou &#224; la finalit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
meurtri&#232;re, n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me de conscience &#224; la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle repr&#233;sente l'arch&#233;type du partisan inconditionnel du salariat : en tant&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'appareil protecteur du salariat, en marchandant le prix de la force de travail&lt;br class='autobr' /&gt;
des salari&#233;s, c'est sa propre r&#233;alit&#233; qu'elle d&#233;fend, ainsi que les lieux d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le principe m&#234;me du salariat a &#233;t&#233; attaqu&#233;, comme en 68, elle&lt;br class='autobr' /&gt;
s'est empress&#233;e de voler &#224; son secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syndicat est pour beaucoup dans le triomphe du nucl&#233;aire en France o&#249; 75%&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'&#233;lectricit&#233; produite est d'origine nucl&#233;aire. Il a &#233;t&#233; associ&#233; &#224; son d&#233;veloppement,&lt;br class='autobr' /&gt;
et son soutien aux choix fondamentaux du gouvernement en mati&#232;re de&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aire lui a permis d'obtenir un quasi-monopole de la repr&#233;sentation syndicale&lt;br class='autobr' /&gt;
chez E.D.F. Ce regroupement d'ex&#233;cutants, aveugl&#233;ment fid&#232;les &#224; ces&lt;br class='autobr' /&gt;
choix, organisait m&#234;me, lors de construction de centrales civiles, &#224; Cattenom par&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple, des manifestations contre les anti-nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans r&#233;fl&#233;chir aucunement sur les cons&#233;quences du pari pro-nucl&#233;aire pris par&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat, la CGT est devenue un partenaire sans faille du lobby nucl&#233;ariste participant&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi &#224; la destruction de pans entiers du secteur industriel qui assuraient&lt;br class='autobr' /&gt;
jusque-l&#224; la production d'&#233;nergie... Et qui, ironie du sort, se trouvaient aussi &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
des bastions c&#233;g&#233;tistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont aussi les cons&#233;quences de cette pens&#233;e simpliste qui assimile les&lt;br class='autobr' /&gt;
avanc&#233;es tous azimuts de la technique au progr&#232;s humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agonisante, alors que sa r&#233;ussite l'a d&#233;pass&#233;e - s'il n'y a pas de mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
organis&#233; mena&#231;ant les rapports sociaux, l'&#233;volution actuelle du salariat permet&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; celui-ci de faire l'&#233;conomie de tels d&#233;fenseurs archa&#239;ques -, la CGT bouge&lt;br class='autobr' /&gt;
encore. Elle s'imagine pouvoir rena&#238;tre de ses cendres avec le red&#233;marrage de&lt;br class='autobr' /&gt;
Superph&#233;nix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous pla&#238;t de rappeler, tout en crachant sur le corps moribond de ceux qui,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme la CGT, ont toujours soutenu l'&#201;tat dans son d&#233;lire nucl&#233;ariste, que&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me dans les nouvelles conditions o&#249; nous vivons, le projet prol&#233;tarien reste&lt;br class='autobr' /&gt;
la mort du patronat, la fin du salariat et de l'&#201;tat par l'auto-organisation, sans&lt;br class='autobr' /&gt;
interm&#233;diaire, du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des prol&#233;taires antinucl&#233;aires, le 27 mai 1992&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA RISQUOLOGIE FACE AUX RISQUES DU LOGIS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CRISE : d&#233;ferlement de difficult&#233;s humaines, techniques, financi&#232;res et commerciales imputables &#224; la catastrophe&lt;br class='autobr' /&gt;
et aboutissant &#224; la mise en question des choix fondamentaux de l'entreprise, voire de sa survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PLAN DE SURVIE : &#233;tude des proc&#233;d&#233;s &#224; mettre en oeuvre lorsque survient une catastrophe, afin de permettre&lt;br class='autobr' /&gt;
la continuit&#233; du service &#224; la client&#232;le, d'&#233;viter la d&#233;gradation de l'image de marque, d'assurer&lt;br class='autobr' /&gt;
momentan&#233;ment la production par des moyens de remplacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RISK-MANAGER : ce nouveau gestionnaire d'entreprise a pour mission de pr&#233;server la perennit&#233; de l'entreprise&lt;br class='autobr' /&gt;
et de ma&#238;triser le co&#251;t global du risque par la mise en oeuvre de moyens techniques, juridiques et&lt;br class='autobr' /&gt;
financiers adapt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois d&#233;finitions sont tir&#233;es d'un dossier pr&#233;sentant la gestion du risque technologique majeur paru&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le Monde du 11/02/1992.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde domin&#233; par la raison marchande, l'&#233;conomie est tout, l'&#234;tre humain n'est&lt;br class='autobr' /&gt;
rien. Tout au plus appara&#238;t-il comme un facteur de risques qui ne doit pas entraver la&lt;br class='autobr' /&gt;
bonne marche des entreprises. Ainsi est-il int&#233;gr&#233; dans les plans de gestion sous le terme&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; ressources humaines &#187;, et pris en compte comme possibilit&#233; de dysfonctionnement dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la machine industrielle ; il doit &#234;tre adapt&#233; au monde moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons vivre aujourd'hui avec la menace perp&#233;tuellement suspendue sur nos t&#234;tes,&lt;br class='autobr' /&gt;
non plus seulement de catastrophes naturelles mais de plus en plus souvent technologiques&lt;br class='autobr' /&gt; : le progr&#232;s l'implique, le sens des mots y participe. Puisque des choix de production&lt;br class='autobr' /&gt;
ont &#233;t&#233; faits et qu'ils ne peuvent &#234;tre remis en cause, de nouveaux sp&#233;cialistes sont&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;cessaires ; ils sont le produit de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Co&#251;te que co&#251;te ceux-ci doivent assurer la continuit&#233; de la production dans un environnement&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours plus hostile. En cas de catastrophe ils doivent maintenir la p&#233;rennit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
rapports sociaux alors que le risque est grand de voir des populations irresponsables&lt;br class='autobr' /&gt;
demander des comptes sur les causes de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Lagadec, brillant chercheur militaire, est le th&#233;oricien de la gestion des crises. Il planifie&lt;br class='autobr' /&gt;
la pacification pour ces p&#233;riodes o&#249; l'ordre social est objectivement remis en jeu. Il cherche&lt;br class='autobr' /&gt;
les diff&#233;rents moyens de &#171; stabiliser quelque peu ce monde incertain, que l'on nomme&lt;br class='autobr' /&gt;
bien approximativement le public &#187; (&#201;tats d'urgence, d&#233;faillance technologique et d&#233;stabilisation&lt;br class='autobr' /&gt;
sociale, &#233;ditions sociales). En effet, &#171; la d&#233;faillance en mati&#232;re de communication&lt;br class='autobr' /&gt;
publique &#233;tant sans doute aujourd'hui l'une des voies royales de la d&#233;route &#187;. (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;), il sait&lt;br class='autobr' /&gt;
bien qu'au-del&#224; des banales difficult&#233;s techniques de la stabilit&#233; des pouvoirs en d&#233;pend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses recherches ne doivent pas &#234;tre prises &#224; la l&#233;g&#232;re. Elles ne sont pas le fait d'un simplle bureaucrate&lt;br class='autobr' /&gt;
angoiss&#233; par son avenir. Elles sont l'expression d'une tendance essentielle dans l'&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
de la soci&#233;t&#233; actuelle. Celle qui r&#234;ve de rester sourde aux rappels &#224; l'ordre de la r&#233;alit&#233; pour pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
continuer un peu plus longtemps sa fuite en avant. Bref, celle qui veut assurer le triomphe&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'&#233;conomie sur l'humanit&#233; et assister &#224; la fin de l'histoire. Dans la soci&#233;t&#233; pourrissante, cette&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; science &#187; de la gestion du risque est en passe de r&#233;ussir l&#224; o&#249; la sociologie et autres sciences&lt;br class='autobr' /&gt;
humaines, apparues avec la soci&#233;t&#233; bourgeoise, ont &#233;chou&#233;. Leurs pr&#233;tentions &#224; l'universalit&#233; se&lt;br class='autobr' /&gt;
sont toujours bris&#233;es sur l'expression du vivant dans les conditions dominantes. En tendant &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
supprimer la part d'al&#233;atoire de celui-ci, le but devient accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Lagadec pense &#224; l'avenir, mais pr&#233;sentement il n'a su &#233;viter la d&#233;gradation de son&lt;br class='autobr' /&gt;
image face au risque mineur qu'ont repr&#233;sent&#233;s quelques &#234;tres humains venus le rencontrer&lt;br class='autobr' /&gt;
chez lui avant d'&#234;tre r&#233;duits par une catastrophe au statut de &#171; difficult&#233;s humaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fontenay aux Roses, Les Impond&#233;rables&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANNEXE 2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vu le grand &#226;ge, la situation de famille o&#249; l'&#233;tat de sant&#233; de nos rencontres&lt;br class='autobr' /&gt;
projet&#233;es, les difficult&#233;s pour mener ces actions sans bavures se sont accumul&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail n&#233;cessaire &#224; un petit regroupement d'individus pour mener&lt;br class='autobr' /&gt;
cette campagne l'a transform&#233; en labeur. Nous communiquons toutefois les textes&lt;br class='autobr' /&gt;
des actions projet&#233;es.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES BRANCH&#201;S DEVANT, LE NUCL&#201;AIRE DERRI&#200;RE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde lav&#233; toujours plus blanc, o&#249; la vie d'un &#234;tre humain se mesure&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; son taux d'endettement, la publicit&#233; a trouv&#233; son terrain d'&#233;lection. C'est bien&lt;br class='autobr' /&gt;
parce que les hommes semblent &#234;tre devenus inertes et abouliques que la mise&lt;br class='autobr' /&gt;
en sc&#232;ne d'une vie artificielle fond&#233;e sur les marchandises et &#233;tal&#233;e &#224; tout va&lt;br class='autobr' /&gt;
peut se pr&#233;senter comme une image du &#171; bonheur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les rep&#232;res se perdent, tout et son contraire peut &#234;tre dit, puisqu'il ne&lt;br class='autobr' /&gt;
s'agit que de diffuser en masse produits ou id&#233;es. Rh&#244;ne Poulenc, un des plus&lt;br class='autobr' /&gt;
grands pollueurs de la plan&#232;te, peut d&#233;sormais se pr&#233;senter avec impudence&lt;br class='autobr' /&gt;
comme le champion de la d&#233;pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Baptiste Mondino, en tant que photographe publicitaire, est un &#233;l&#233;ment&lt;br class='autobr' /&gt;
essentiel &#224; l'existence et &#224; l'extension de ce nouvel art du monde moderne. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
est celui qui met en image une r&#233;alit&#233; morbide sous des dehors chatoyants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a montr&#233; l'ampleur de son savoir-faire au cours de la fameuse campagne de&lt;br class='autobr' /&gt;
publicit&#233; sur le nucl&#233;aire du printemps 1991, dans laquelle EDF ass&#233;nait que&lt;br class='autobr' /&gt;
75% de l'&#233;lectricit&#233; est d'origine nucl&#233;aire et que notre servitude tout &#233;lectrique&lt;br class='autobr' /&gt;
ent&#233;rine de fait les orientations des nucl&#233;ocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opposants au nucl&#233;aire y &#233;taient pr&#233;sent&#233;s comme des marginaux grotesques&lt;br class='autobr' /&gt;
et ringards. Dans une telle repr&#233;sentation, les opposants r&#233;els n'existent&lt;br class='autobr' /&gt;
plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JBM, ce g&#233;nie sans bouillir vient de s'apercevoir que les certitudes de ses&lt;br class='autobr' /&gt;
employeurs sur la r&#233;signation r&#233;gnante sont pour le moins h&#226;tives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet avant-gardiste de la marchandise aura l'occasion d'exhiber les photos exclusives&lt;br class='autobr' /&gt;
de son d&#233;fil&#233; surprise aupr&#232;s de ses comparses Goude, Gauthier et autres&lt;br class='autobr' /&gt;
zombies branch&#233;s, qui le r&#233;v&#232;lent tel qu'en lui-m&#234;me : plein de merde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; L'ATTENTION DE M. GHISLAIN DE MARSILY&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Code de d&#233;ontologie professionnelle des g&#233;ologues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.1.1. Le g&#233;ologue se refuse &#224; effectuer lui-m&#234;me ou &#224; faire effectuer, sous son autorit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
des travaux dont les cons&#233;quences pr&#233;visibles nuiraient &#224; la s&#233;curit&#233; des personnes&lt;br class='autobr' /&gt;
et des biens.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;ologie, science de l'histoire de la Terre, par la d&#233;couverte aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'immensit&#233; du temps (l'&#226;ge de la Terre passant de quelques milliers d'ann&#233;es &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
plusieurs millions, avant d'&#234;tre de quelques milliards d'ann&#233;es), a boulevers&#233; le&lt;br class='autobr' /&gt;
monde et passionn&#233; les savants de l'&#233;poque. Mais nos g&#233;ologues actuels, s'ils se&lt;br class='autobr' /&gt;
passionnent toujours pour l'immensit&#233; du temps, c'est, plus prosa&#239;quement, en&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;terminant pour plusieurs mill&#233;naires l'enfoussissement des d&#233;chets radioactifs, qui&lt;br class='autobr' /&gt;
risquent fort de perturber l'histoire de la Terre et de remettre en cause celle de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'humanit&#233;. Sans r&#233;flexion aucune sur les risques actuels de l'utilisation de l'&#233;nergie&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aire ni m&#234;me de ses d&#233;chets, votre seule inqui&#233;tude, M.G. de Marsily, qui &#234;tes&lt;br class='autobr' /&gt;
charg&#233; de l'&#233;tude de l'enfouissement de ces derniers en votre qualit&#233; d'hydrog&#233;ologue,&lt;br class='autobr' /&gt;
est le risque d'une intrusion humaine dans des sites de stockage dans...&lt;br class='autobr' /&gt;
quelques mill&#233;naires, apr&#232;s la prochaine glaciation : &#171; Nous sommes persuad&#233;s que&lt;br class='autobr' /&gt;
la m&#233;moire du site sera perdue et qu'il faut craindre des incursions ult&#233;rieures &#187; (cf.&lt;br class='autobr' /&gt;
Science et Avenir, avril 1990). Il est probable que ce lourd h&#233;ritage ne r&#233;jouira gu&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
les hommes des temps futurs... s'il en reste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez raison de vous soucier de la perte de m&#233;moire, tant vous en manquez en&lt;br class='autobr' /&gt;
oubliant - anc&#234;tre ou simple homonyme ? - L.F. de Marsigli, g&#233;ographe, naturaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
du XVIIIe si&#232;cle, et surtout pr&#233;curseur de l'oc&#233;anographie. Les oc&#233;ans ne sont plus&lt;br class='autobr' /&gt;
pour vous que d'excellentes et tr&#232;s s&#251;res poubelles pour les d&#233;chets nucl&#233;aires !&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, l'&#233;tude des courants marins sera simplifi&#233;e : il suffira de suivre &#224; la trace les&lt;br class='autobr' /&gt;
particules radioactives. Quoiqu'il n'ait pas &#233;t&#233; n&#233;cessaire d'attendre votre amour&lt;br class='autobr' /&gt;
oc&#233;anique pour que des d&#233;chets radioactifs coulent des jours paisibles au fond des&lt;br class='autobr' /&gt;
eaux en compagnie de quelques sous-marins nucl&#233;aires et autres avions bombardiers&lt;br class='autobr' /&gt;
atomiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vieil Oc&#233;an, tes eaux sont am&#232;res&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La passion pour la science a bien chang&#233; ; car si la science a toujours recherch&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
applications &#224; ses connaissances, son but essentiel &#233;tait la compr&#233;hension de notre&lt;br class='autobr' /&gt;
monde. Mais aujourd'hui, dans ce monde domin&#233; par la production fr&#233;n&#233;tique de&lt;br class='autobr' /&gt;
marchandises - et de d&#233;chets -, les scientifiques ont abandonn&#233; toute v&#233;ll&#233;it&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
comprendre le monde, et ne sont plus que les salari&#233;s de l'industrie, de l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
et de l'&#201;tat ; aussi, leur r&#244;le - de techno-scientifiques - ne consiste plus qu'&#224; inventer&lt;br class='autobr' /&gt;
de toujours nouvelles marchandises. Il n'est pas surprenant, alors, que la fonction&lt;br class='autobr' /&gt;
principale des g&#233;ologues soit celle de l'&#233;tude du stockage de ces d&#233;chets, et la v&#244;tre,&lt;br class='autobr' /&gt;
monsieur l'hydrog&#233;ologue, l'enfouissement des d&#233;chets radioactifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, Monsieur, pour vous d&#233;barrasser des d&#233;chets que voici, &#233;tudiez &#224; loisir les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;coulements souterrains des &#233;go&#251;ts (rivi&#232;res, oc&#233;ans et nappes phr&#233;atiques devenant&lt;br class='autobr' /&gt;
tels), c'est l&#224; votre mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;AU TEMPS DU MENSONGE D&#201;CONCERTANT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... Toute dose de radioactivit&#233; est dangereuse - qu'elle soit faible ou importante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous en constatons les effets : faible r&#233;sistance &#224; diverses maladies,&lt;br class='autobr' /&gt;
effondrement des syst&#232;mes physiologiques vitaux, fragilisation du syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
immunitaire (qui &#233;vite le d&#233;veloppement de tumeurs) et de s&#233;rieux dommages&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;tiques. Par exemple, dans la r&#233;gion de Khoiniki, sur 200 naissances d'enfants,&lt;br class='autobr' /&gt;
il y a 30 malform&#233;s. (...) Les appels &#224; l'aide des personnes vivant l&#224; se perdent&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la d&#233;sinformation et les discours (...) Par cons&#233;quent, les menaces&lt;br class='autobr' /&gt;
pour la sant&#233; s'&#233;tendent de plus en plus. Au lieu de se pr&#233;occuper de la sant&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
des gens, les responsables du minist&#232;re de la Sant&#233; d'URSS nous accusent de&lt;br class='autobr' /&gt;
radiophobie... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre ouverte du Comit&#233; d'action des femmes de Gomel (Bi&#233;lorussie), &#171; Enfants de Tchernobyl &#187;, avril&lt;br class='autobr' /&gt;
1990. Lettre reproduite dans Tchernoussenko, Insight from the inside, Springer-Verlag, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Radiophobie. Il s'agit d'un &#233;tat chronique d'angoisse et de stress, d&#233;crit dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les populations m&#234;l&#233;es &#224; l'accident et responsable de douleurs erratiques, de&lt;br class='autobr' /&gt;
troubles du comportement, d'insomnies, de difficult&#233;s scolaires. Des sympt&#244;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
plus ou moins graves de radiophobie s'observent actuellement chez la&lt;br class='autobr' /&gt;
majorit&#233; des enfants et sont entretenus par l'anxi&#233;t&#233; de leurs parents. Ils sont&lt;br class='autobr' /&gt;
li&#233;s au traumatisme caus&#233; par l'accident (modification du mode de vie, inqui&#233;tude&lt;br class='autobr' /&gt;
sur les risques encourus), &#224; des perturbations dans l'alimentation (sousnutrition,&lt;br class='autobr' /&gt;
carences alimentaires) et surtout &#224; une perte totale de confiance des&lt;br class='autobr' /&gt;
populations dans les autorit&#233;s sovi&#233;tiques. Cette perte de confiance est li&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'incoh&#233;rence des propos tenus et au manque d'information. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans la revue du praticien n&#176; 20, &#233;crit en juin 1991 et sign&#233; par sept m&#233;decins : trois&lt;br class='autobr' /&gt;
appartenant &#224; l'association fran&#231;aise &#171; Les Enfants de Tchernobyl &#187; : A. Moutet, M. Schlumberger,&lt;br class='autobr' /&gt;
M.L. Simonet ; un appartenant &#224; l'Institut Gustave Roussy : C. Parmentier ; deux appartenant &#224; l'IPSN&lt;br class='autobr' /&gt;
du CEA : N. Parmentier, J.C. Nenot ; et celui qui n'&#233;tait alors que secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; l'action humanitaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
Bernard Kouchner.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1990, les populations vivant sur les zones contamin&#233;es par l'accident de&lt;br class='autobr' /&gt;
Tchernobyl s'organisaient parce qu'elles ne voulaient pas &#234;tre sacrifi&#233;es aux&lt;br class='autobr' /&gt;
imp&#233;ratifs &#233;conomiques de l'ex-&#201;tat sovi&#233;tique. Celui-ci &#233;tait incapable de faire&lt;br class='autobr' /&gt;
face, et d'abord &#233;conomiquement comme tout autre &#201;tat de la plan&#232;te dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me situation, aux cons&#233;quences ing&#233;rables de son d&#233;lire nucl&#233;ariste : ni sur&lt;br class='autobr' /&gt;
les soins &#224; apporter aux milliers d'enfants contamin&#233;s, ni sur la d&#233;contamination&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une surface grande comme la France, ni sur l'&#233;vacuation n&#233;cessaire des&lt;br class='autobr' /&gt;
millions de personnes vivant dans ces lieux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, organisant une aide humanitaire m&#233;diatique centr&#233;e sur les enfants -&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est-&#224;-dire qui ne concernait qu'une infime partie d'entre eux -, les nucl&#233;aristes&lt;br class='autobr' /&gt;
fran&#231;ais et quelques comparses, s'appropriaient le nom &#171; Enfants de&lt;br class='autobr' /&gt;
Tchernobyl &#187;. En reprenant le concept de radiophobie des autorit&#233;s sovi&#233;tiques,&lt;br class='autobr' /&gt;
ils renvoyaient les effets des radiations &#224; l'incurie de ces m&#234;mes autorit&#233;s et &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'irrationalit&#233; des populations locales. En reconnaissant ainsi aux autorit&#233;s sovi&#233;tiques&lt;br class='autobr' /&gt;
le droit de sacrifier la sant&#233; de millions de gens sur l'autel des n&#233;cessit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomiques et nucl&#233;aires, ils construisaient une autre barri&#232;re de confinement&lt;br class='autobr' /&gt;
autour des r&#233;actions de rejet du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Schlumberger, jeune membre des &#171; Enfants de Tchernobyl &#187; et assistant &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'Institut Gustave Roussy, veut rejoindre la bureaucratie m&#233;dicale. Celle qui a&lt;br class='autobr' /&gt;
capitul&#233; devant les radiations nucl&#233;aires, la chimie agro-alimentaire ou les&lt;br class='autobr' /&gt;
modernes conditions de vie ; celle qui m&#232;ne le troupeau m&#233;dical &#233;lev&#233; dans&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ignorance des effets de la radioactivit&#233; ; celle qui rend compatibles les maladies&lt;br class='autobr' /&gt;
avec les besoins de l'&#201;tat et de l'&#233;conomie ; bref, celle qui a permis l'exploitation&lt;br class='autobr' /&gt;
du nucl&#233;aire civil en &#233;tablissant totalitairement l'absence de danger de l'industrie&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il croit que cette bande jouit de la plus totale impunit&#233; et que, chaque fois&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle se fait prendre en flagrant d&#233;lit de mensonge face aux cons&#233;quences&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sastreuses de son activit&#233;, elle peut s'&#233;crier telle une Georgina Dufoix : &#171; Je&lt;br class='autobr' /&gt;
suis responsable, mais pas coupable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tronche de neutron a maintenant des raisons de m&#233;diter sur la relativit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de ses certitudes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANNEXE 3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;COMMUNIQUE A LA POPULATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le mercredi 5 janvier 1994, &#224; 18h45 et devant l'entr&#233;e principale de France Inter&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; il allait participer &#224; l'&#233;mission &#171; Le t&#233;l&#233;phone sonne &#187;, le d&#233;put&#233; Christian&lt;br class='autobr' /&gt;
Bataille a &#233;t&#233; couvert de sang et le tract ci-joint a &#233;t&#233; laiss&#233; sur les lieux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mon r&#244;le c'est justement de prendre les coups...&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
... &#224; la place des &#233;lus, de leur donner du courage en d&#233;tournant&lt;br class='autobr' /&gt;
les oppositions sur ma personne. &#187;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Christian Bataille dans Lib&#233;ration le 14/12/93&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les campagnes qui n'ont pas &#233;t&#233; totalement d&#233;vast&#233;es par l'agriculture&lt;br class='autobr' /&gt;
industrielle ni d&#233;sertifi&#233;es par le d&#233;veloppement &#233;conomique moderne, les&lt;br class='autobr' /&gt;
individus peuvent encore entretenir des liens leur permettant de discuter des&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions de vie qu'on leur impose. En 1987, l'&#201;tat a pris une d&#233;cision unilat&#233;rale&lt;br class='autobr' /&gt;
portant sur le choix de quatre r&#233;gions destin&#233;es &#224; devenir des sites d'enfouissement&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;chets radioactifs &#224; vie longue. Cette d&#233;cision a suscit&#233; une&lt;br class='autobr' /&gt;
opposition massive et d&#233;termin&#233;e. En 1991, la vigueur de la r&#233;action des populations&lt;br class='autobr' /&gt;
choisies a contraint l'&#201;tat &#224; imposer un moratoire d'un an &#171; &lt;i&gt;pour calmer&lt;br class='autobr' /&gt;
les esprits&lt;/i&gt; &#187;. Pour autant, l'&#201;tat ne renonce pas, il a nomm&#233; un m&#233;diateur, le&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;put&#233; socialiste Christian Bataille, pour trouver des r&#233;gions aux populations&lt;br class='autobr' /&gt;
moins r&#233;calcitrantes. Mais le rejet unanime de ces derni&#232;res s'est presque syst&#233;matiquement&lt;br class='autobr' /&gt;
manifest&#233; quand un nouveau site &#233;tait pressenti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe politique ne saurait tol&#233;rer que des populations longtemps r&#233;sign&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
au d&#233;veloppement technologique et &#224; l'abondance marchande, refusent&lt;br class='autobr' /&gt;
soudain d'en payer le prix. Pourtant, les retomb&#233;es du &#171; progr&#232;s &#187; contribuent &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
fa&#231;onner un monde o&#249;, moins que jamais, la satisfaction des int&#233;r&#234;ts de l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
ne peut passer pour celle des individus. Cette dissociation appara&#238;t tout&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi manifeste entre les projets des politiques et les int&#233;r&#234;ts de ceux qu'ils sont&lt;br class='autobr' /&gt;
cens&#233;s repr&#233;senter. La classe politique participe au saccage du monde qui a fait&lt;br class='autobr' /&gt;
sa prosp&#233;rit&#233; afin de lui conserver jusqu'au bout ses dirigeants. C'est sur ces&lt;br class='autobr' /&gt;
bases que Christian Bataille, au plus fort de l'opposition aux poubelles nucl&#233;aires,&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvait d&#233;clarer &#224; l'Assembl&#233;e nationale, le 25 juin 1991 : &#171; &lt;i&gt;Tous les groupes&lt;br class='autobr' /&gt;
politiques repr&#233;sent&#233;s dans cette assembl&#233;e ont, &#224; un moment ou &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
un autre, particip&#233; &#224; la promotion de l'&#233;nergie nucl&#233;aire dans notre pays.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, en dehors de quelques brebis galeuses qui ont voulu localement&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;nager leur &#233;lectorat, cette unanimit&#233; de la classe politique ne s'est jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;mentie alors qu'elle devait affronter une d&#233;fiance de la soci&#233;t&#233; vis &#224; vis du&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aire en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, 70% de notre &#233;nergie provient du nucl&#233;aire et les d&#233;chets&lt;br class='autobr' /&gt;
sont l&#224;. Il faut donc bien trouver une solution, et cette solution c'est l'enfouissement&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; (Christian Bataille le 14/12/93). L'argument d&#233;cisif de ce d&#233;vou&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
irresponsable se r&#233;sume &#224; la pr&#233;sence incontournable des d&#233;chets qu'il &#171; nous &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
faut donc g&#233;rer. Derri&#232;re cet appel &#224; la &#171; raison &#187; se cache la volont&#233; politique de&lt;br class='autobr' /&gt;
poursuivre, quoi qu'il arrive, le programme nucl&#233;aire fran&#231;ais (et donc de produire&lt;br class='autobr' /&gt;
de plus en plus de d&#233;chets) : l'enfouissement irr&#233;versible, au prix d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle augmentation plus ou moins rapide mais in&#233;luctable de la radioactivit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
artificielle, est la m&#233;thode la moins on&#233;reuse qui permet de perp&#233;tuer le mythe&lt;br class='autobr' /&gt;
de la rentabilit&#233; du nucl&#233;aire et de continuer &#224; transformer la plan&#232;te en un&lt;br class='autobr' /&gt;
gigantesque champ d'exp&#233;rimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la mission du m&#233;diateur Bataille, loin de s'exposer aux al&#233;as d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
dialogue difficile, s'est r&#233;duite &#224; la recherche d'un terrain balis&#233; par la complicit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;lus faciles &#224; soudoyer. L'apathie de populations atomis&#233;es susceptibles&lt;br class='autobr' /&gt;
de se soumettre aux arguments &#233;conomiques est devenue le crit&#232;re scientifique&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;terminant sur lequel reposera le choix du site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opposants peuvent, gr&#226;ce &#224; leur d&#233;termination, refuser le projet chez&lt;br class='autobr' /&gt;
eux. Mais c'est seulement en adoptant des positions antinucl&#233;aires qu'ils pourront&lt;br class='autobr' /&gt;
emp&#234;cher les nucl&#233;aristes de trouver leur d&#233;potoir souterrain, en France ou&lt;br class='autobr' /&gt;
ailleurs. Quel que soit le site choisi, les radiations seront pour tous. La seule&lt;br class='autobr' /&gt;
fa&#231;on d'enterrer le nucl&#233;aire, c'est d'en arr&#234;ter la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on avait pu le voir de 1987 &#224; 1991 sur les premiers sites choisis,&lt;br class='autobr' /&gt;
des formes d'organisation construites sur des rapports sans interm&#233;diaires et sur&lt;br class='autobr' /&gt;
le contr&#244;le des mandats, emp&#234;chent que les individus soient d&#233;poss&#233;d&#233;s de&lt;br class='autobr' /&gt;
leur lutte par toutes sortes de repr&#233;sentants ou d'arrivistes. Ces formes d'organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
constituent des moyens efficaces pour faire &#233;chec au diktat des nucl&#233;aristes&lt;br class='autobr' /&gt;
et de leurs relais politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bataille pense qu'il m&#233;rite des coups ! Nous partageons son avis sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
fonction de d&#233;put&#233;. En le couvrant de sang, nous nous sommes content&#233;s, cette&lt;br class='autobr' /&gt;
fois, de le marquer du seau de l'infamie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paris le 5/01/1994&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SAGES COMME DES IMAGES...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lettre ouverte &#224; ceux qui ont vers&#233; 500 ou 100 francs,&lt;br class='autobr' /&gt;
afin de faire partie d'un pr&#233;tendu r&#233;seau pour sortir du nucl&#233;aire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, surtout, &#224; ceux qui n'ont rien d&#233;bours&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul besoin d'&#234;tre extralucide pour voir que la fermeture du r&#233;acteur &#224; neutrons&lt;br class='autobr' /&gt;
rapides Superph&#233;nix est li&#233;e &#224; la prise en compte d'un ensemble de r&#233;alit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomico-politiques et non &#224; l'activit&#233; d'un groupe antinucl&#233;aire dont la&lt;br class='autobr' /&gt;
seule force est m&#233;diatique. Comme le d&#233;clare Claude All&#232;gre, ministre de la&lt;br class='autobr' /&gt;
Recherche et z&#233;l&#233; d&#233;fenseur du nucl&#233;aire, cette fermeture est une garantie de&lt;br class='autobr' /&gt;
la poursuite de l'ensemble du programme. Les choix du retraitement et de la&lt;br class='autobr' /&gt;
fili&#232;re &#224; neutrons rapides ont perdu avec le temps leurs justifications : l'&#233;puisement&lt;br class='autobr' /&gt;
rapide des r&#233;serves d'uranium redout&#233; dans les ann&#233;es 70 n'a pas eu lieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;couverte de nouveaux gisements a entra&#238;n&#233; la baisse des cours de l'uranium&lt;br class='autobr' /&gt;
au point d'amener le fermeture des mines fran&#231;aises qui n'&#233;taient plus&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;titives. Par ailleurs, installation industrielle construite pr&#233;matur&#233;ment -&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est-&#224;-dire avant d'avoir acquis la ma&#238;trise des moyens techniques &#224; mettre en&lt;br class='autobr' /&gt;
oeuvre (pour autant que ce genre de monstruosit&#233; soit ma&#238;trisable -&lt;br class='autobr' /&gt;
Superph&#233;nix n'a pu fonctionner qu'un an sur une p&#233;riode de dix ans &#224; cause de&lt;br class='autobr' /&gt;
toute une s&#233;rie de probl&#232;mes techniques impr&#233;vus et insolubles. D&#232;s lors son&lt;br class='autobr' /&gt;
sort &#233;tait r&#233;gl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, en raison des investissements colossaux et des&lt;br class='autobr' /&gt;
contraintes li&#233;es &#224; la complexit&#233; et &#224; l'opacit&#233; du montage financier europ&#233;en&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la soci&#233;t&#233; exploitatrice Nersa, cette entreprise d&#233;mesur&#233;e, ruineuse et&lt;br class='autobr' /&gt;
encombrante pour EDF fut laiss&#233;e comme jouet aux nucl&#233;aristes, particuli&#232;rement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ceux du CEA. Ainsi en 1993, B&#233;r&#233;govoy a encore accept&#233; l'hypoth&#232;se&lt;br class='autobr' /&gt;
fumeuse de le transformer en sous-g&#233;n&#233;rateur. Mais l'approche de 1998, date&lt;br class='autobr' /&gt;
des d&#233;buts de la lib&#233;ralisation de la production d'&#233;lectricit&#233;, contraint les politiciens&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; essayer de mettre fin &#224; ce maintien en survie artificielle. En effet, par le&lt;br class='autobr' /&gt;
biais d'une concurrence contr&#244;l&#233;e, cette &#171; lib&#233;ralisation &#187; va introduire une relative&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;rit&#233; des co&#251;ts. En 1996, les timides tentatives d'intervention de Jupp&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
pour ramener &#224; la raison la vieille garde nucl&#233;ariste sont rest&#233;es sans r&#233;sultat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles furent opportun&#233;ment suivies, la m&#234;me ann&#233;e, par la publication du rapport&lt;br class='autobr' /&gt;
de la cour des comptes qui r&#233;v&#233;lait l'ampleur du gaspillage (600 millions&lt;br class='autobr' /&gt;
de francs par an pour ne pas fonctionner et 60 milliards de francs dilapid&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
depuis le d&#233;but).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; campagnes &#187; de cartes postales et les &#171; marches &#187; en camionnette des&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Europ&#233;ens contre Superph&#233;nix&lt;/i&gt; ne sont intervenues en rien dans la d&#233;cision. Elle&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;sulte des tractations politiques pour la constitution d'une majorit&#233; gouvernementale&lt;br class='autobr' /&gt;
et parlementaire et elle a permis aux Verts de parler d'une victoire sur&lt;br class='autobr' /&gt;
le nucl&#233;aire, tout en acceptant la poursuite du programme &#233;lectronucl&#233;aire fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce terme de &#171; victoire &#187; est d'autant plus d&#233;plac&#233; que le d&#233;mant&#232;lement du&lt;br class='autobr' /&gt;
surg&#233;n&#233;rateur Superph&#233;nix - de plus en plus report&#233; - va ouvrir un nouveau&lt;br class='autobr' /&gt;
chantier nucl&#233;aire &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e et &#224; hauts risques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le progr&#232;s ne sait pas seul venir. Le pire qui &#233;tait &#224; venir, est advenu : accumulation&lt;br class='autobr' /&gt;
irr&#233;versible de la radioactivit&#233;, trou dans la couche d'ozone, amiante,&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;chauffement de la plan&#232;te, etc. Les probl&#232;mes li&#233;s &#224; l'activit&#233; &#233;conomique&lt;br class='autobr' /&gt;
apparaissent comme tels lorsque leurs effets mortif&#232;res ne peuvent plus &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
occult&#233;s. On voit alors les responsables de cette activit&#233;, lesquels avec leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
experts, ont toujours ni&#233; l'existence de ces effets, se pr&#233;senter comme les seuls&lt;br class='autobr' /&gt;
capables d'y rem&#233;dier. Il s'agit toujours de continuer dans la logique de l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
marchande avec tout ce que &#231;a implique comme course vers l'ab&#238;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui donc que les int&#233;r&#234;ts de l'&#233;conomie marchande, toujours d&#233;fendue&lt;br class='autobr' /&gt;
par les &#201;tats sous le nom d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, ont diverg&#233; des int&#233;r&#234;ts des hommes&lt;br class='autobr' /&gt;
et s'opposent explicitement &#224; eux et m&#234;me &#224; la survie de l'esp&#232;ce, il n'y a plus&lt;br class='autobr' /&gt;
de force organis&#233;e &#224; m&#234;me d'opposer &#224; la victoire de celle-l&#224; un projet humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
En lieu et place, nous voyons une cohorte de lobbies monter au cr&#233;neau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun pour d&#233;fendre son Truc contre les autres. Mais dans les conditions&lt;br class='autobr' /&gt;
actuelles, le dernier mot reste toujours &#224; ceux qui pr&#233;sentent le meilleur int&#233;r&#234;t&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomique : qu'il s'agisse de gaz, de p&#233;trole ou de charbon, voire des hypoth&#233;tiques&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;nergies renouvelables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;cisions du gouvernement ne correspondent pour l'instant qu'&#224; une&lt;br class='autobr' /&gt;
prise en compte de la lib&#233;ralisation de l'&#233;lectricit&#233; en 1998, qu'&#224; la rentabilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
tout &#224; fait relative du nucl&#233;aire par rapport aux autres sources d'&#233;nergie (notamment&lt;br class='autobr' /&gt;
des turbines &#224; gaz) et qu'&#224; une rationalisation de la gestion du nucl&#233;aire&lt;br class='autobr' /&gt;
dans ce nouveau cadre. Il est trop t&#244;t pour discerner si cette volont&#233; de se&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;barrasser des poids morts pour d&#233;velopper une strat&#233;gie cons&#233;quente ira jusqu'&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
une remise en cause de la Hague et de l'enfouissement des d&#233;chets. Mais&lt;br class='autobr' /&gt;
quoi qu'il en soit, les campagnes de cartes postales, la principale activit&#233; propos&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
par ce &#171; r&#233;seau &#187;, resteront dans ce qui subsistera de m&#233;moire comme un&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple de l'abasourdissement et de l'impuissance des hommes de cette fin de&lt;br class='autobr' /&gt;
si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aveuglement des promoteurs d'un &lt;i&gt;R&#233;seau pour sortir du nucl&#233;aire&lt;/i&gt; sur les&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;sultats de l'activit&#233; des &lt;i&gt;Europ&#233;ens contre Superph&#233;nix&lt;/i&gt;, sur les conditions&lt;br class='autobr' /&gt;
socio&#233;conomiques du moment et sur les effets esp&#233;r&#233;s de l'usage des m&#233;dia&lt;br class='autobr' /&gt;
correspond &#224; l'&#233;poque de la disparition et du discr&#233;dit orchestr&#233; de tout projet&lt;br class='autobr' /&gt;
historique positif fond&#233; sur la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de l'humanit&#233;, au moment&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; r&#232;gne une r&#233;signation g&#233;n&#233;rale dans la population. Cette incompr&#233;hension&lt;br class='autobr' /&gt;
cache mal que ce qu'ils proposent comme une avanc&#233;e est en fait un abandon&lt;br class='autobr' /&gt;
de toute volont&#233; de construire une opposition autonome capable de mettre en&lt;br class='autobr' /&gt;
discussion les choix et la logique d'un syst&#232;me bureaucratique. &#192; la place, ce&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;tendu r&#233;seau se constitue comme un lobby.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution d'un &#233;tat major salari&#233; calqu&#233; sur l'entreprise Greenpeace, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
quoi se r&#233;sume ce r&#233;seau, ne laisse de place qu'aux m&#233;dia et aux experts. Un&lt;br class='autobr' /&gt;
lobby conf&#232;re de fait &#224; l'&#201;tat le r&#244;le d'arbitre au-dessus de toute discussion et&lt;br class='autobr' /&gt;
ent&#233;rine la d&#233;possession de chacun sur tout ce qu'il produit et sur sa vie. Sur le&lt;br class='autobr' /&gt;
terrain de la lutte, il renforce et reproduit la passivit&#233; - ce qui est depuis longtemps&lt;br class='autobr' /&gt;
le v&#233;ritable probl&#232;me. De plus, les initiateurs de ce r&#233;seau ignorent ou&lt;br class='autobr' /&gt;
feignent d'ignorer que m&#234;me dans ces m&#233;dia qu'ils courtisent, l'esbroufe appara&#238;t&lt;br class='autobr' /&gt;
comme telle et qu'en l'&#233;tat actuel du rapport de force, cette perspective de&lt;br class='autobr' /&gt;
lobby est une illusion, une mauvaise farce pour des enfants : avec ses flonflons,&lt;br class='autobr' /&gt;
ses ballons, ses poupons, ses trompettes, ses cartes postales, ses bo&#238;tes de&lt;br class='autobr' /&gt;
conserve, etc. ; et &#233;videmment un marche-pied politique pour certains. M&#234;me si&lt;br class='autobr' /&gt;
ce r&#233;seau arrivait &#224; exister, ses &lt;i&gt;adh&#233;rents&lt;/i&gt; ne seront jamais rien d'autre que les&lt;br class='autobr' /&gt;
laiss&#233;s-pour-compte de politiques d&#233;cid&#233;es ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien se demander quel int&#233;r&#234;t commun il peut exister entre les membres&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un r&#233;seau pour sortir du nucl&#233;aire et ceux d'un parti qui participe &#224; un&lt;br class='autobr' /&gt;
gouvernement pronucl&#233;aire. Le comportement de la ministre Voynet est &#224; cet&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;gard &#233;loquent : cornaqu&#233;e par Perret-Strauss-Kahn-Alphand&#233;ry-All&#232;gre, elle&lt;br class='autobr' /&gt;
refuse de se faire photographier quand elle visite la centrale fissur&#233;e de&lt;br class='autobr' /&gt;
Flamanville, o&#249; d'ailleurs elle &#171; &lt;i&gt;ne voit rien&lt;/i&gt; &#187; des d&#233;fauts g&#233;n&#233;riques de l'installation,&lt;br class='autobr' /&gt;
et qui, pour ne pas se mouiller, laisse un membre de son cabinet, contrairement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'usage, signer les autorisations de rejets radioactifs pour la centrale de&lt;br class='autobr' /&gt;
Civaux. M&#234;me si elle continue &#224; vouloir liquider quelques aberrations criantes&lt;br class='autobr' /&gt;
du syst&#232;me nucl&#233;aire (comme Superph&#233;nix), elle collabore simplement &#224; ce qui&lt;br class='autobr' /&gt;
bient&#244;t sera pr&#233;sent&#233; comme la d&#233;fense d'un nucl&#233;aire raisonnable. Pour &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quent avec ses buts affich&#233;s, un tel r&#233;seau devrait commencer par se&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;barrasser de tous les Verts qui refuseraient de quitter leur parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous para&#238;t &#233;vident que, si jusqu'ici, aucun mouvement contre le nucl&#233;aire&lt;br class='autobr' /&gt;
n'a &#233;t&#233; viable, c'est &#224; cause de l'incapacit&#233; de poser comme base commune une&lt;br class='autobr' /&gt;
remise en cause de l'ensemble des conditions sociales qui permettent l'existence&lt;br class='autobr' /&gt;
du nucl&#233;aire et de l'incapacit&#233; de tirer toutes les conclusions de ce qu'un&lt;br class='autobr' /&gt;
refus pratique et th&#233;orique doit affronter. Ainsi, plut&#244;t que de se contenter de&lt;br class='autobr' /&gt;
chercher des substituts aux sources d'&#233;nergie n&#233;cessaires &#224; la production&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;lectricit&#233;, il s'agirait, comme certains avaient commenc&#233; &#224; le faire dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
ann&#233;es 70 (par exemple le groupe &lt;i&gt;Survivre et Vivre&lt;/i&gt;), de mettre en question&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&lt;i&gt;emploi&lt;/i&gt; de l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode particulier de production et de consommation d'&#233;nergie que nous&lt;br class='autobr' /&gt;
subissons aujourd'hui est celui d'une soci&#233;t&#233; qui trouve son unique raison d'&#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la production massive, la diffusion et le renouvellement incessant des&lt;br class='autobr' /&gt;
marchandises. La consommation des marchandises qui renvoie chacun &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'isolement s'est impos&#233; dans toute la vie sociale au point de l'avoir d&#233;truite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seule une rupture avec les modes de communication unilat&#233;raux dominants&lt;br class='autobr' /&gt;
permettrala r&#233;apparitionde laviesociale et d'envisager de sortir des comportements&lt;br class='autobr' /&gt;
du consommateur-citoyen isol&#233;. &#192; partir de l&#224;, seul un mouvement r&#233;el&lt;br class='autobr' /&gt;
pourra intervenir pour s'opposer &#224; la fuite en avant que nous impose l'organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
sociale. Il s'agit de ne pas reprendre les armes de l'ennemi et d'&#234;tre lucide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce que cherche &#224; promouvoir ce r&#233;seau n'est qu'une mise en sc&#232;ne, une&lt;br class='autobr' /&gt;
ridicule parodie de certains aspects de la &#171; vie publique &#187; am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes partisans d'un n&#233;cessaire d&#233;bat qui semble avoir &#233;t&#233; bien&lt;br class='autobr' /&gt;
absent lors des discussions pr&#233;paratoires &#224; la r&#233;daction de la charte du r&#233;seau&lt;br class='autobr' /&gt;
dont aucune des 3 versions successives n'am&#233;liorait la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes partisans d'un arr&#234;t imm&#233;diat du nucl&#233;aire sans en ignorer les&lt;br class='autobr' /&gt;
implications sociales. Pour toutes ces raisons, nous ne rejoindrons pas ce r&#233;seau&lt;br class='autobr' /&gt;
en formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, sur les bases que nous venons d'exposer, nous sommes ouverts&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paris, le 30/01/1998&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;ASSOCIATION CONTRE LE NUCL&#201;AIRE ET SON MONDE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B.P. 178, 75967 Paris cedex 20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C.C.P. 34683E Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1re &#233;dition : f&#233;vrier 1993, nouvelle &#233;dition augment&#233;e : mars 2004&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Programme Core, financ&#233; par l'Union europ&#233;enne (Coop&#233;ration pour la r&#233;habilitation des conditions de vie dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les territoires de Bi&#233;lorussie contamin&#233;s par l'accident de Tchernobyl, 15 novembre 2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. note 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Document disponible sur le site &lt;a href=&#034;http://www.cepn.asso.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.cepn.asso.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Actes du s&#233;minaire international sur la r&#233;habilitation des conditions de vie dans les territoires contamin&#233;s par l'accident&lt;br class='autobr' /&gt;
de Tchernobyl : la contribution de l'approche Ethos, Stolyn, Bi&#233;lorussie, 15-16 novembre 2001. Document disponible&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le site &lt;a href=&#034;http://www.cepn.asso.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.cepn.asso.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. note 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. note 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; On peut consid&#233;rer que ce sont 80 &#224; 90 % des cancers qui sont caus&#233;s par la d&#233;gradation de notre environnement&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; (Ces maladies cr&#233;&#233;es par l'homme, Dominique Belpomme, p. 30). Ce canc&#233;rologue est charg&#233; de mission pour&lt;br class='autobr' /&gt;
la mise en oeuvre du plan Cancer en France. Ce serviteur de l'&#201;tat tr&#232;s soucieux de strat&#233;gie m&#233;diatique s'affirme&lt;br class='autobr' /&gt;
exclusivement sp&#233;cialiste des cancers d'origine chimique. Interrog&#233; r&#233;cemment par un journaliste de Fr&#233;quence Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
Plurielle pour une &#233;mission sur le nucl&#233;aire, il a refus&#233; de r&#233;pondre pour &#171; ne pas &#234;tre d&#233;cr&#233;dibilis&#233; &#187;. &#171; En ce moment,&lt;br class='autobr' /&gt;
il ne faut pas parler du nucl&#233;aire , il y a l'effet de serre &#187; a-t-il affirm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#192; l'issue du projet Ethos, la Commission europ&#233;enne a reconnu l'int&#233;r&#234;t d'engager une r&#233;flexion sur les&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions et les moyens d'application de la d&#233;marche pour l'Europe occidentale et, &#224; cette fin, soutient le projet&lt;br class='autobr' /&gt;
Sage. Ce dernier vise &#224; &#233;laborer un cadre strat&#233;gique pour le d&#233;veloppement d'une culture de protection&lt;br class='autobr' /&gt;
radiologique pratique en cas de contamination radioactive &#224; long terme, aussi faible soit-elle, suite &#224; un accident&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aire ou tout autre &#233;v&#233;nement ayant entra&#238;n&#233; une dispersion de radioactivit&#233; dans l'environnement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Strategies and Guidance for Establishing a Practical Radiological Protection Culture in Europe in Case of Long Term&lt;br class='autobr' /&gt;
Radioactive Contamination after Nuclear Accident&lt;/i&gt; (EC contract FIKR-CT2002-00205)&lt;br class='autobr' /&gt;
Document disponible sur le site &lt;a href=&#034;http://www.ec-sage.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.ec-sage.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Des OGM et du citoyen&lt;/i&gt;, Quelques ennemis du meilleur des mondes, janvier 1999, publi&#233; par nos soins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En France, c'est seulement en 1988 que put para&#238;tre la traduction du seul livre d'enqu&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
sur cet accident. Ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit en 1979 par Jaur&#232;s Medvedev - son obstination et sa t&#233;nacit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
lui ayant permis de reconstituer le fil des &#233;v&#233;nements, dont il trouva ensuite la confirmation dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les archives de la CIA (&lt;i&gt;D&#233;sastre nucl&#233;aire en Oural&lt;/i&gt;, &#233;dition Iso&#235;t).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela semblerait m&#234;me &#234;tre devenu un &#233;trange enjeu technologique et financier, tant les m&#233;dias&lt;br class='autobr' /&gt;
semblent s'int&#233;resser aujourd'hui &#224; ce seul monstrueux d&#233;chet. Il est vrai que contrairement&lt;br class='autobr' /&gt;
aux &#171; liquidateurs &#187; il n'est pas, lui, pr&#234;t d'&#234;tre liquid&#233; ! Voil&#224; un &#171; challenge &#187; &#224; la mesure de cette &#233;poque :&lt;br class='autobr' /&gt;
faire oublier techniquement ses d&#233;jections.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport&#233; par Al&#232;s Adamovitch, d&#233;put&#233; bi&#233;lorusse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre l'acceptation du d&#233;p&#244;t d'un brevet et son utilisation, six mois doivent &#234;tre laiss&#233;s &#224; l'arm&#233;e pour&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cider si elle use ou non de son droit de pr&#233;emption.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple, pour l'expression r&#233;cente de ce genre d'exhalaison, l'appel de Heidelberg.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si un certain ralentissement se manifeste depuis quelque temps, il faut le comprendre comme&lt;br class='autobr' /&gt;
une saturation du parc plut&#244;t que comme une volte-face des autorit&#233;s (depuis dix ans, la production&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;lectricit&#233; d'origine nucl&#233;aire s'est accrue dans le monde de 143%, selon l'AIEA). De plus, il ne faut pas&lt;br class='autobr' /&gt;
oublier les implantations et investissements dans les pays de l'Est et dans le Tiers-Monde (depuis la&lt;br class='autobr' /&gt;
catastrophe de Tchernobyl, toujours selon l'AIEA, 80 r&#233;acteurs ont &#233;t&#233; coupl&#233;s au r&#233;seau dans le monde).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En Ukraine et en Bi&#233;lorussie on parle de &#171; Sida des radiations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Terme de leur jargon qui, derri&#232;re son apparence scientifique, renvoie &#224; l'extrapolation&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; la d&#233;formation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Monde 10/09/91&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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