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		<title>La gr&#232;ve des &#233;coliers - un &#233;pisode de la guerre sociale en Angleterre (1911)</title>
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		<dc:date>2009-09-11T08:12:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dani&#232;le Ranci&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Editions de la guerre sociale (Dijon)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit pour figurer dans le num&#233;ro 3 de la revue &lt;i&gt;Les R&#233;voltes Logiques&lt;/i&gt;, consacr&#233; au th&#232;me des &#171; Enfants du Capital &#187;, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'automne 1976. Nos amis anglais de &lt;i&gt;History Workshop&lt;/i&gt; nous&lt;br class='autobr' /&gt;
avaient adress&#233; la brochure de Dave Marson sur les gr&#232;ves d'&#233;coliers&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Hull en 1911. Enseignant depuis 1971 au Lyc&#233;e Montaigne,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se trouvait &#224; la pointe de la contestation lyc&#233;enne dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
ann&#233;es 1970 et y ayant connu plusieurs mouvements de gr&#232;ve, je&lt;br class='autobr' /&gt;
m'&#233;tais sentie suffisamment inspir&#233;e par ce texte pour en faire non&lt;br class='autobr' /&gt;
pas une traduction ou un r&#233;sum&#233; mais une libre adaptation.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Dani&#232;le Ranci&#232;re&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot81" rel="tag"&gt;Editions de la guerre sociale (Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH70/arton635-670b6.jpg?1780483934' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='70' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff635.jpg?1227978902&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La gr&#232;ve a commenc&#233; &#224; l'&#233;cole catholique de Sainte Marie quand 13 des gar&#231;ons plus &#226;g&#233;s ont abandonn&#233; les plus jeunes dans la cour de r&#233;cr&#233;ation. Une fois qu'on sut qu'ils &#233;taient en gr&#232;ve, la nouvelle se r&#233;pandit et avant le d&#233;but des classes de l'apr&#232;s-midi, elle avait atteint plusieurs &#233;coles de l'Est de Hull. Aussit&#244;t, il y eut des attroupements d'enfants devant les &#233;coles hur&#173;lant : &#034;dehors&#034; ou bien &#034;jaunes&#034; aux &#233;l&#232;ves qui retournaient en classe &#187; (&lt;i&gt;Hull Daily News&lt;/i&gt;, 13 sep&#173;tembre 1911).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s la rentr&#233;e de septembre 1911, les &#233;l&#232;ves des &#233;coles municipales britanniques se mettaient en gr&#232;ve. De Dundee &#224; Southampton en passant par Liverpool et Dublin, plus de 62 villes &#233;taient touch&#233;es, particu&#173;li&#232;rement dans les secteurs industriels, les r&#233;gions d&#233;sh&#233;ri&#173;t&#233;es et opprim&#233;es. Mouvement national qui dura quinze jours et prit une ampleur consid&#233;rable ; selon les comptes-rendus de presse, ce sont &#171; des centaines d'enfants qui d&#233;fil&#232;rent dans les rues &#187; ; ailleurs, comme &#224; Dundee ou Hull, &#171; des milliers d'enfants d&#233;fiant les autorit&#233;s scolaires &#187;. Dans son ensemble et malgr&#233; quelques articles &#224; la une, la presse a tendance &#224; minimiser les faits, en les pr&#233;sentant comme une parodie des gr&#232;ves d'adulte et de l'agitation sociale de l'&#233;t&#233; 1911 [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; name=&#034;nh1&#034; id=&#034;nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;footnote&#034; title='[1] L' &#034;&#233;t&#233; chaud&#034; de 1911 reste une date mar&#173;quante de l'histoire sociale (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]. &#171; L'&#233;pid&#233;mie de gr&#232;ve qui s&#233;vit actuellement a touch&#233; la jeune g&#233;n&#233;ration et, afin d'&#234;tre &#224; la mode, les &#233;coliers ont d&#233;cid&#233; de poser l'outil. La chose commen&#231;a &#224; l'&#233;cole Bigyn, lorsque les &#233;coliers par solidarit&#233; pour leurs condisciples qui avaient &#233;t&#233; punis, d&#233;cid&#232;rent d'abandonner la classe et de d&#233;filer dans les rues en criant et en chantant &#187; (&lt;i&gt;Llanelly Mercury&lt;/i&gt;, 9 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Autrefois les enfants s'inspiraient des r&#233;cits d'aventures et des &#233;pisodes les plus romanesques de l'histoire rapport&#233;e dans leurs manuels. La presse illustr&#233;e et le cin&#233;ma les ont davantage mis en contact avec les &#233;v&#233;nements quotidiens. La conduite de la gr&#232;ve r&#233;v&#232;le une grande familiarit&#233; avec les m&#233;thodes employ&#233;es par les cheminots et les dockers durant la gr&#232;ve &#187; (&lt;i&gt;Birmingham Daily Mail&lt;/i&gt;, 14 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario de la gr&#232;ve &#233;tait partout plus ou moins semblable. &#192; Dundee : &#171; De v&#233;ritables sc&#232;nes de charivari eurent lieu hier &#224; l'occasion d'une gr&#232;ve d'&#233;coliers. Il n'y avait pas moins de huit &#233;coles concern&#233;es et on a calcul&#233; que vers l'apr&#232;s-midi plusieurs milliers de gar&#231;ons se sont mutin&#233;s. L'agitation commen&#231;a &#224; l'&#233;cole de Cowgate o&#249; il y eut un d&#233;brayage dans la matin&#233;e, et o&#249; l'on vit les chefs du mouvement brutaliser ceux qui refu&#173;saient de les suivre... Vers 11 heures, l'agitation semblait avoir pris fin. Mais la nouvelle de la gr&#232;ve s'&#233;tait largement r&#233;pandue dans la ville et &#224; l'heure du d&#233;jeuner, il y eut des d&#233;fections dans les &#233;coles de Wallacetown, Victoria road, Blackness, Balfour Street et Ann Street ; les gar&#231;ons d&#233;fil&#232;rent &#224; travers la ville, adoptant diff&#233;rentes tactiques pour prot&#233;ger ceux qui voulaient rejoindre leurs rangs. Une bande se rendit &#224; la High School et, arm&#233;e de b&#226;tons et de projectiles, fit une manifestation. Elle ne r&#233;ussit pas &#224; faire la moindre recrue dans cette institution... &#187; (&lt;i&gt;Paisley Daily Express&lt;/i&gt;, 15 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, d&#232;s qu'ils &#233;taient sortis de l'&#233;cole, les gosses s'organisaient en &#233;lisant des comit&#233;s de gr&#232;ve et des piquets volants charg&#233;s d'entra&#238;ner &#224; la gr&#232;ve d'autres &#233;coles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment o&#249; les &#233;coliers rentraient en classe, 10 gr&#233;vistes environ apparurent arm&#233;s de b&#226;tons et de barres de fer et autres armes du m&#234;me type, ils lanc&#232;rent des pierres sur les fen&#234;tres de l'&#233;cole et le policier de garde eut le plus grand mal &#224; ma&#238;&#173;triser le d&#233;sordre &#187;. (&lt;i&gt;The Herald&lt;/i&gt;, 13 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;cole d'Aberdeen, l'arriv&#233;e d'un piquet volant eut un effet &#233;lectrique : &#171; Les gar&#231;ons ayant appris qu'il y avait &#224; l'ext&#233;rieur un grand nombre de gr&#233;vistes se r&#233;volt&#232;rent. Ils claqu&#232;rent leurs pupitres et se ru&#232;rent sauvagement dehors rejoindre les autres gr&#233;vistes... Il s'ensuivit un grand d&#233;sordre, et l'&#233;quipe des enseignants fut incapable de ramener le calme &#187;. (&lt;i&gt;The Greenock Telegraph&lt;/i&gt;, le 16 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut pas mal de bagarres entre gr&#233;vistes et non-&#173;gr&#233;vistes au point que des parents durent s'interposer et qu'il fallut m&#234;me faire appel &#224; la police &#171; pour prot&#233;ger les personnes et les biens &#187;. Les gr&#233;vistes attaqu&#232;rent un peu partout les b&#226;timents scolaires et s'en prirent souvent aux enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Liverpool : &#171; Quand les &#233;coliers du quartier de Edgehill furent l&#226;ch&#233;s &#224; l'heure de la r&#233;cr&#233;ation, ils se mirent en gr&#232;ve et manifest&#232;rent &#224; travers les rues... il y eut des vitres bris&#233;es et des r&#233;verb&#232;res en miettes, quant aux &#034;bons &#233;coliers&#034; ils re&#231;urent des coups de b&#226;ton &#187; (&lt;i&gt;School Government Chro&#173;nicle&lt;/i&gt;, 16 septembre). &#192; Salmon Pastures School, &#224; l'Est de Sheffield, &#171; on jeta des pierres sur une enseignante alors qu'elle montait dans le tram &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les Potteries, &#171; des &#233;coliers arm&#233;s de b&#226;tons et de pierres attaqu&#232;rent deux &#233;coles et une demi-&#173;douzaine de carreaux fut bris&#233;e tandis que des fen&#234;tres d'autres &#233;coles furent d&#233;molies &#187; (&lt;i&gt;The Lancashire Daily Post&lt;/i&gt;, 15 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Liverpool &#233;galement : &#171; Hier matin des troubles ont de nouveau &#233;clat&#233; &#224; l'&#233;cole de Sainte-Anne et les ma&#238;tres ont connu des difficult&#233;s en passant dans les rues pr&#232;s de l'&#233;cole, les plus r&#233;volt&#233;s les ont hu&#233;s, injuri&#233;s et comme l'un des ma&#238;tres avait saisi un assaillant, il re&#231;ut une vol&#233;e de pierres... On a demand&#233; la protection de la police pour les ma&#238;tres et des mesures pour venir &#224; bout de l'agi&#173;tation ont &#233;t&#233; prises &#224; la fois par la police et par les autorit&#233;s scolaires &#187; (&lt;i&gt;Liverpool Daily Post and Mer&#173;cury&lt;/i&gt;, 14 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; West Hartlepool, 100 gar&#231;ons environ d'une &#233;cole municipale sortirent : &#171; Un entrep&#244;t qui se trouvait derri&#232;re un h&#244;tel fut pill&#233; et quelques bouteilles de bi&#232;re et de whisky furent embarqu&#233;es par les gr&#233;vistes ainsi que des bo&#238;tes de cigares, il y eut quelques gar&#231;ons arr&#234;t&#233;s et inculp&#233;s &#187; (&lt;i&gt;The Times&lt;/i&gt;, 15 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;la canne et la m&#233;daille&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Partout, soit sous la forme de d&#233;clarations pr&#233;sen&#173;t&#233;es par les comit&#233;s de gr&#232;ve aux enseignants, soit sur des banderoles, soit encore en les &#233;crivant &#224; la craie sur le pav&#233; et les murs, soit simplement en les scandant dans les manifestations et les meetings, les gr&#233;vistes exprimaient leurs revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Liverpool ils dress&#232;rent la liste suivante :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#194;ge limite fix&#233; &#224; 14 ans,&lt;BR&gt;
Des cours moins longs,&lt;BR&gt;
Des vacances pour le ramassage des pommes de terre,&lt;BR&gt;
Pas de travail &#224; la maison,&lt;BR&gt;
L'abolition de la ceinture,&lt;BR&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des crayons et des gommes gratuites &#187;.&lt;BR&gt;
(The Greenock Telegraph, 19 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Darlington, &#171; des &#233;coliers demand&#232;rent une heure d'instruction gratuite et un shilling par semaine pour suivre les cours &#187; (&lt;i&gt;Northern Daily News&lt;/i&gt;, 15 septembre). &#171; Les &#233;l&#232;ves des &#233;coles municipales de Low Felling demandent &#224; com&#173;mencer l'&#233;cole &#224; 9h30 pour terminer &#224; 12 heures et reprendre l'apr&#232;s-midi &#224; 14h jusqu'&#224; 16h, et si ces conditions ne sont pas accept&#233;es, ils disent que le conseiller municipal Costelloe n'a aucune chance d'&#234;tre maire de Gateshead l'an prochain &#187; (&lt;i&gt;The Illustrated Chronicle&lt;/i&gt;, le 15 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#233;vistes de Hull demandent &#171; une demi-journ&#233;e de cong&#233; par semaine, que les moniteurs soient pay&#233;s un penny et que tous les &#233;l&#232;ves quittent l'&#233;cole &#224; 13 ans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Bradford : &#171; 50 gar&#231;ons de l'&#233;cole municipale de Bolton Woods sortirent, demandant la suppression du surveillant charg&#233; de contr&#244;ler l'assiduit&#233; et un jour de cong&#233; suppl&#233;mentaire en dehors du samedi &#187; (&lt;i&gt;The Star London&lt;/i&gt;, 12 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Coventry, il y eut un meeting o&#249; l'un des ora&#173;teurs d&#233;clara : &#171; Il est entendu que les modestes revendications des &#233;coliers sont : pas de travail scolaire &#224; la maison, l'abolition de la canne, une demi-journ&#233;e de cong&#233; le mercredi, la suppression du surveillant charg&#233; du contr&#244;le des assiduit&#233;s et un penny par semaine pour les moniteurs &#187; (&lt;i&gt;Bir&#173;mingham Daily Mail&lt;/i&gt;, le 13 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Newcastle, &#171; un nombre important de gar&#231;ons se regroup&#232;rent pour demander l'abolition de la canne, une demi-journ&#233;e de cong&#233; par semaine et r&#233;clamer qu'un penny soit donn&#233; tous les vendredi &#224; chaque enfant. Apparemment les socialistes avaient effectu&#233; un certain travail parmi ces jeunes plaisantins &#187; (&lt;i&gt;Northern Daily Mail&lt;/i&gt;, 15 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces revendications sont fonction, les unes des conditions propres aux &#233;coliers britanniques sou&#173;mis au r&#233;gime du ch&#226;timent corporel, les autres aux parti&#173;cularit&#233;s du syst&#232;me &#233;ducatif : principe du monitorat qui est comme un &#233;cho de l'&#233;cole mutuellis&#173;te ; mais la plupart t&#233;moignent de l'appartenance de classe des jeunes r&#233;volt&#233;s. C'est ainsi que la demande d'abolition du contr&#244;le d'as&#173;siduit&#233; s'explique non seulement &#224; partir d'une pratique qui consistait &#224; donner aux &#233;l&#232;ves une m&#233;daille d'assiduit&#233; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; name=&#034;nh2&#034; id=&#034;nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;footnote&#034; title='[2] Il fallait 4 ann&#233;es sans aucune absence pour obte&#173;nir une m&#233;daille de (...)' &gt;2&lt;/a&gt;], mais aussi parce que l'&#233;cole d&#233;livrait un &#171; certificat de caract&#232;re &#187; sur lequel l'absent&#233;isme et les manquements &#224; la discipline fai&#173;saient l'objet d'une mention sp&#233;ciale, que les enfants devaient ensuite pr&#233;senter &#224; leur &#233;ventuel employeur. De m&#234;me la revendication d'un salaire, aussi modique soit-il, non seulement pour les moniteurs qui fournissaient un travail m&#233;ritant salaire, mais aussi pour tous les &#233;coliers suivant r&#233;guli&#232;rement les cours, est directement li&#233;e au d&#233;sir d'abolir le statut d'assist&#233; qui &#233;tait celui de nombreux enfants de familles pauvres. La r&#233;duction de la journ&#233;e de travail ou de la dur&#233;e de la scolarit&#233; se comprend en partie par l'obligation dans laquelle se trouvaient beaucoup d'enfants de travailler pour subvenir &#224; leurs besoins et venir en aide &#224; leur famille [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; name=&#034;nh3&#034; id=&#034;nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;footnote&#034; title='[3] Un ancien ouvrier, raconte Dave Marson, se souvient avoir travaill&#233; pour (...)' &gt;3&lt;/a&gt;]. Il ne faudrait pas pourtant minimiser comme motif de r&#233;volte l'ennui qui r&#233;gnait dans les &#233;coles municipales o&#249; la princi&#173;pale activit&#233; consistait &#224; &#171; r&#233;citer la table de multi&#173;plication et les versets de la Bible &#187; et la col&#232;re des enfants pauvres face &#224; la mani&#232;re dont les ma&#238;tres les traitaient. Ils &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des &#233;l&#232;ves inf&#233;rieurs et soumis &#224; des contr&#244;les et des brimades auxquels les &#233;coliers des High schools &#233;chappaient. C'est ainsi que tous les matins, les &#233;coliers des bas quartiers &#233;taient inspect&#233;s &#171; comme du vulgaire b&#233;tail ou du mobilier &#224; vendre &#187; pour savoir s'ils &#233;taient convenablement lav&#233;s ; &#224; la moindre trace de salet&#233;, les ma&#238;tres les faisaient sortir du rang en les injuriant et les ren&#173;voyaient chez eux se laver, chez eux, c'est-&#224;-dire dans les taudis et les logements exigus qu'ils occu&#173;paient avec leur famille. Les enfants pouvaient bien venir &#224; l'&#233;cole pieds nus sans contrevenir au r&#232;glement, mais l'attitude des ma&#238;tres &#233;tait fonc&#173;tion de la mani&#232;re dont ils &#233;taient habill&#233;s. Les photos prises lors de manifestations sont sur ce point significatives, on y voit des gamins plus ou moins tondus ou coiff&#233;s au bol, la mine creus&#233;e, portant cravate mais les pieds nus. Dans les activit&#233;s sportives aussi, les enfants pauvres &#233;taient trait&#233;s en inf&#233;rieurs, comme ils n'avaient pas d'&#233;quipement et que l'&#233;cole ne pouvait leur fournir ni chaussures de foot ni maillots de bain, quand ils allaient se bai&#173;gner ils y allaient tout nus. Et quand arrivaient le jour de la f&#234;te de l'&#233;cole ou des comp&#233;titions spor&#173;tives, les gar&#231;ons qui n'avaient pas l'habillement r&#233;glementaire ne pouvaient y participer. Sur l'une des photos prises pendant la gr&#232;ve &#224; Hull au bord de la rivi&#232;re, on voit presque tous les gar&#231;ons nus &#233;clater de rire, comme s'ils prenaient une revanche et compensaient soudain leurs sentiments de pauvres honteux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports des gr&#233;vistes avec les enseignants furent particuli&#232;rement violents et t&#233;moignent souvent d'une haine profonde, mais du c&#244;t&#233; des enseignants il n'y eut aucune sympathie &#224; l'&#233;gard des jeunes gr&#233;vistes et l&#224; o&#249; la r&#233;pression put s'exercer elle fut s&#233;v&#232;re et humiliante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Bigyn Boys School, Llanelly, le directeur, donna de la canne &#224; tous les gr&#233;vistes : &#171; Tandis que les enfants &#233;taient en r&#233;cr&#233;ation mardi dernier, on s'aper&#231;ut qu'il en manquait 30 sur 827. Apr&#232;s enqu&#234;te, il m'appara&#238;t qu'il n'est pas juste d'appeler cela une gr&#232;ve, il s'agissait simplement d'insubordi&#173;nation de la part de certains gar&#231;ons... Quand je revins &#224; l'&#233;cole l'apr&#232;s-midi, je donnai des coups de canne &#224; tous les enfants qui s'&#233;taient absent&#233;s &#187; (&lt;i&gt;South Wales Daily Post&lt;/i&gt;, 7 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le directeur de Huntingdon School entendit par&#173;ler de gr&#232;ve, apr&#232;s les pri&#232;res, il fit savoir qu'il pouvait aussi frapper et frapper fort s'il le fallait (jeu de mot intraduisible sur le mot strike qui en anglais veut dire &#224; la fois frapper et faire la gr&#232;ve). Parfois l'autorit&#233; des ma&#238;tres restait enti&#232;re : &#171; &#192; l'&#233;cole de Carlton Road Kentish Town, environ 300 gar&#231;ons et filles sortirent &#224; l'heure du d&#233;jeuner et &#224; 12 h quand la cloche de l'&#233;cole sonna, ils se ras&#173;sembl&#232;rent sur la chauss&#233;e et d&#233;clar&#232;rent au monde et &#224; eux-m&#234;mes avec des cris d'enthousiasme : &#034;nous sommes en gr&#232;ve !&#034;, mais soudain il y eut un grand silence jusqu'&#224; ce qu'on entendit prononcer sur un ton terrifi&#233; : &#034;Ciel, un flic !&#034; La directrice s'occupa des filles, son apparition &#224; la porte troubla aussi les jeunes enfants, et quand elle eut tap&#233; dans ses mains, ils ob&#233;irent au signal avec la mine basse &#187; (&lt;i&gt;Northern Daily Telegraph&lt;/i&gt;, 13 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#233;cole de Bradford, quelques 50 gar&#231;ons de 10 &#224; 14 ans refus&#232;rent de retourner &#224; leurs pupitres, apr&#232;s le repas, et discut&#232;rent avec beaucoup d'excitation de leurs droits ; toutefois, &#224; l'apparition du directeur, ils retourn&#232;rent en classe et cess&#232;rent toute agita&#173;tion &#187; (&lt;i&gt;The Lancashire Daily Post&lt;/i&gt;, 13 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; ils le purent, les enseignants dress&#232;rent les &#233;l&#232;ves les uns contre les autres : &#171; &#192; Maryport, les ma&#238;tres furent capables de mobiliser les &#233;l&#232;ves loyaux pour se battre contre les gr&#233;vistes. Quand un piquet de l'&#233;cole de Grasslot arriva pour entra&#238;ner les gar&#231;ons dans la gr&#232;ve, les &#233;l&#232;ves des grandes classes furent envoy&#233;s dehors pour capturer ceux qui dirigeaient le piquet, il y eut une bataille sur la place du march&#233;, on se servit de pierres et des poings ; quelques-uns des &#233;l&#232;ves de Grasslot furent attrap&#233;s mais ils se battirent avec vigueur et comme ils &#233;taient grands et forts ils purent s'&#233;chapper &#187; (&lt;i&gt;Northern Daily News&lt;/i&gt;, 16 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les endroits o&#249; les enseignants ne jouissaient plus d'aucune autorit&#233; et o&#249; r&#233;gnait une certaine unanimit&#233; parmi les &#233;l&#232;ves, ils firent appel aux parents pour r&#233;tablir l'ordre, en utilisant des argu&#173;ments d'ordre &#233;conomique. Mr Joseph Roberts, ancien pr&#233;sident du comit&#233; de l'&#233;ducation, d&#233;cla&#173;rait dans une interview : &#171; L'absence des enfants &#224; l'&#233;cole diminuerait grandement la subvention du gouvernement. L'absence d'un enfant signifiait une perte d'environ un penny &#224; un penny et demi par demi-journ&#233;e, il invitait donc les parents &#224; veiller &#224; ce que leurs enfants suivent r&#233;guli&#232;rement les cours. Plus la subvention serait grande, plus la par&#173;ticipation des familles serait faible, la diminution des subventions toucherait indirectement les tra&#173;vailleurs, qui auraient &#224; payer davantage &#187; (&lt;i&gt;Llanelly Mercury&lt;/i&gt;, 7 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;je t'en ficherai, moi, des gr&#232;ves !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En fait, la reprise en mains a &#233;t&#233; beaucoup plus l'affaire des parents et en particulier des m&#232;res qui, dans les familles ouvri&#232;res, avaient la responsabilit&#233; de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles font rarement &#233;tat du soutien des parents aux gr&#233;vistes ; ils ne semblent avoir &#233;t&#233; favorables que dans une seule ville, Dundee ; ailleurs, &#171; les gar&#173;&#231;ons pouvaient b&#233;n&#233;ficier de la sympathie de leurs p&#232;res qui comprenaient leurs sentiments, mais ceux-&#173;ci n'intervenaient pas dans les questions d'&#233;cole &#187;. &#171; Les plus actifs briseurs de gr&#232;ve dans beaucoup d'endroits semblent avoir &#233;t&#233; les m&#232;res. Non seule&#173;ment elles exer&#231;aient des pressions sur les enfants quand ils rentraient &#224; la maison &#224; la fin du premier jour de gr&#232;ve, mais dans bien des cas elles interve&#173;naient plus activement, entra&#238;nant les enfants de force les jours suivants, et dans quelques cas elles mont&#232;rent un contre-piquet devant les portes de l'&#233;cole. Par exemple, une tentative de gr&#232;ve &#224; East Wall National School, Dublin, fut tr&#232;s rapidement interrompue par les m&#232;res qui s'&#233;taient rassem&#173;bl&#233;es en force munies de toutes sortes d'armes. Quand les &#233;l&#232;ves se dispers&#232;rent hier apr&#232;s-midi &#224; trois heures, quelques policiers et de nombreuses m&#232;res &#233;taient l&#224; pour prot&#233;ger les gar&#231;ons qui avaient r&#233;sist&#233; &#224; toutes les tentations de s'&#233;carter du droit chemin ; sous escorte f&#233;minine, ils rega&#173;gn&#232;rent leur domicile en s&#233;curit&#233; &#187; (&lt;i&gt;The Irish Times&lt;/i&gt;, 1er septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce furent &#233;galement les m&#232;res qui intervinrent &#224; Londres. De tous c&#244;t&#233;s, on pouvait voir des cor&#173;t&#232;ges de femmes qui conduisaient leurs jeunes espoirs r&#233;calcitrants vers l'&#233;cole, et il devint &#233;vi&#173;dent que la gr&#232;ve battait de l'aile &#187; (&lt;i&gt;The Illustrated Chronicle&lt;/i&gt;, 15 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des comptes-rendus de presse dans tout le pays racontent comment les m&#232;res affrontaient les piquets d'enfants et constituaient en bien des endroits la seule autorit&#233; &#224; laquelle les enfants acceptaient de se rendre. &#192; Londres, &#224; l'&#233;cole de Bath Street, une arm&#233;e de m&#232;res p&#233;n&#233;tra dans l'&#233;cole, tirant &#171; leurs prog&#233;nitures r&#233;calcitrantes devant le directeur &#187; (The Ind&#233;pendant, 15 sep&#173;tembre), et &#224; l'&#233;cole de Radnor Street, dans un autre coin de ce quartier, on vit dans la cage d'escalier une m&#232;re en col&#232;re ame&#173;nant avec elle son fils qui r&#233;sistait : &#171; Je t'en ficherais, moi, des gr&#232;ves ! &#187; (&lt;i&gt;Northern Daily Telegraph&lt;/i&gt;, 13 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que les enfants redoutaient beaucoup plus leur m&#232;re que les policiers qui &#233;taient de garde devant les portes des &#233;coles, et sans elles, ils ne seraient sans doute jamais retourn&#233;s en classe. &#171; Quel changement ce matin, les parents ont amen&#233; leurs enfants &#224; l'&#233;cole, d'autres ont menac&#233; du doigt pour faire comprendre &#224; leur prog&#233;niture ce qui les attendait s'ils persistaient &#224; manquer l'&#233;cole &#187; (&lt;i&gt;Hull Daily News&lt;/i&gt;, 13 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Southampton aussi, les enfants furent reconduits &#224; l'&#233;cole par leurs m&#232;res : &#171; Vendredi matin, prati&#173;quement tous les &#233;coliers avaient repris l'&#233;cole comme &#224; l'ordinaire. Beaucoup de ceux qui avaient particip&#233; aux manifestations des jours pr&#233;c&#233;dents &#233;taient accompagn&#233;s de leur m&#232;re, toutefois le meneur, un gar&#231;on d'apparence robuste, fut conduit par son p&#232;re et gagna l'&#233;cole escort&#233; par un groupe de sympathisants &#187; (&lt;i&gt;The Hampshire Advertiser&lt;/i&gt;, 16 septembre). Simplement l'exception confirme la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les filles ne jou&#232;rent qu'un r&#244;le minime dans la gr&#232;ve, sans doute parce qu'elles &#233;taient plus &#233;troi&#173;tement surveill&#233;es et contr&#244;l&#233;es par leurs m&#232;res. Deux comptes-rendus seulement les mentionnent. &#192; Portsmouth : &#171; 150 gar&#231;ons et filles de deux &#233;coles municipales d&#233;fil&#232;rent &#224; travers les rues et se rendirent dans les autres &#233;coles alentour pour recruter &#187; &lt;i&gt;(The Times&lt;/i&gt;, 15 septembre). En &#201;cosse, les filles de Kirkaldy et Cambuslang se montr&#232;rent plus militantes que les &#233;coli&#232;res d'Angleterre ou du Pays de Galles. Sans doute parce que le syst&#232;me &#233;du&#173;catif &#233;cossais &#233;tait beaucoup plus &#233;galitaire, en ce sens qu'il encourageait les filles aussi bien que les gar&#231;ons &#224; obtenir une &#233;ducation de bon niveau. C'est pourquoi les filles prenaient part &#224; toutes les activit&#233;s scolaires y compris les gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes avaient jou&#233; un r&#244;le de premier plan pendant les gr&#232;ves de l'&#171; &#233;t&#233; chaud &#187; 1911 : non seulement elles avaient pouss&#233; leurs maris &#224; faire gr&#232;ve, mais elles les avaient soutenus activement en manifestant et en se battant avec eux. Mais aussi bien l'&#233;cole n'&#233;tait-elle pas per&#231;ue par les m&#232;res de famille comme l'&#233;cole des flics et des patrons ; leur comportement exprime au contraire tout ce que les classes populaires avaient fini par investir dans le maigre savoir distribu&#233; par l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#233;coles, ouvriers et voyous&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Shirebrock, Notts, on raconte que les gar&#231;ons furent influenc&#233;s par de jeunes voyous qui les incitaient &#224; lire les journaux qui &#233;taient affich&#233;s &#187; (&lt;i&gt;The Weekly Expres&lt;/i&gt;s, 15 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, les autorit&#233;s acad&#233;miques et la presse bien-pensante d&#233;velopp&#232;rent la th&#232;se de la manipulation et des provocateurs ext&#233;rieurs &#224; l'&#233;cole : &#171; &#192; l'&#233;cole d'Altercliffe, Sheffield, on disait que les gar&#231;ons avaient &#233;t&#233; travaill&#233;s par quelques femmes excit&#233;es, chaque fois que les ma&#238;tres arrivaient, elles d&#233;talaient &#187;. Le &lt;i&gt;Times&lt;/i&gt; du 13 septembre focalisait la gr&#232;ve dans les quartiers les plus pauvres de Hull, o&#249; &#171; des femmes incitaient les enfants &#224; suivre l'exemple des gr&#233;vistes &#187;. On a m&#234;me &#233;crit que de jeunes gr&#233;vistes avaient &#233;t&#233; encourag&#233;s par des parents &#171; qui tra&#238;naient devant la porte de leur &#233;cole &#187;. Les enfants en gr&#232;ve eurent certainement le soutien de jeunes travailleurs : &#171; &#192; Leeds, un apprenti m&#233;canicien fut captur&#233; par des ma&#238;tres pendant la manifestation &#187;. &#192; Dublin, &#171; l'un des ma&#238;tres rejeta la responsabilit&#233; de la gr&#232;ve sur quelques gar&#231;ons qui avaient r&#233;cemment quitt&#233; l'&#233;cole. Se r&#233;jouissant d'&#234;tre lib&#233;r&#233;s de la pesante discipline de l'&#233;cole, ces jeunes tra&#173;vailleurs esp&#233;raient all&#233;ger le sort de leurs anciens camarades encore astreints &#224; de tristes corv&#233;es sur les bancs de l'&#233;cole &#187; (&lt;i&gt;The Irish Times&lt;/i&gt;, 15 sep&#173;tembre). Comme les gr&#232;ves se d&#233;velopp&#232;rent surtout dans les quar&#173;tiers populaires &#224; l'Est des villes o&#249; grouillait une population margi&#173;nale, &#171; un peu zonarde &#187;, la fronti&#232;re entre les jeunes scolaris&#233;s et les bandes plus ou moins organis&#233;es de voyous &#233;taient mal d&#233;finie, et ceux-ci vinrent pr&#234;ter main-forte &#224; ceux-l&#224; ; la presse incrimina souvent la &#171; truant class &#187;, la classe des &#233;l&#232;ves faisant l'&#233;cole buissonni&#232;re que l'on trouva au premier rang dans les meetings, les manifestations mais aussi dans les bagarres et les attaques de b&#226;timents scolaires. Mais &#171; l'absent&#233;isme &#187; que les &#233;coliers pauvres prati&#173;quaient plus souvent par obligation que par r&#233;volte n'&#233;tait-il pas d&#233;j&#224; une protestation face &#224; l'ennui et aux brimades qu'ils devaient subir &#224; l'&#233;cole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'eurent probablement pas le soutien des ouvriers adultes, &#224; l'exception de la ville de Dundee o&#249; se trouvaient &#171; les plus gros employeurs d'en&#173;fants de 10 &#224; 14 ans &#187;. D'apr&#232;s Bob Stewart, qui le raconte dans son autobiographie &lt;i&gt;En brisant les cha&#238;nes&lt;/i&gt;, on pratiquait dans cette ville le travail &#224; mi-temps ; les enfants passaient une partie de la semaine &#224; travailler &#224; la fabrication des toiles de jute et une autre partie &#224; suivre les cours dans la salle de classe que la loi obligeait les patrons &#224; construire dans l'enceinte m&#234;me des fabriques. Aux heures des repas, ils &#233;taient &#233;troitement m&#233;lang&#233;s aux ouvriers adultes ; certains parta&#173;geaient leurs repas avec eux, pour payer leur &#233;cot les enfants leur lisaient les journaux. C'est en les parcourant qu'ils apprirent que d'autres enfants &#224; travers le pays s'&#233;taient mis en gr&#232;ve pour faire conna&#238;tre leur condition. Ailleurs, les enfants pauvres prenaient leur repas dans les &#171; coffee shops &#187; aux frais de l'&#233;cole, ils c&#244;toyaient donc les adultes non seulement dans leurs familles mais aussi au travail, puisque beaucoup avaient un emploi dans ces coffee shops, mais cela ne semble gu&#232;re avoir eu d'effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout ce qui a pu s'&#233;crire sur les aspects parodiques de cette gr&#232;ve, les enfants se l'&#233;taient appropri&#233;s et en firent une forme de lutte origina&#173;le et sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;la f&#234;te de la libert&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve fut pour les enfants un moyen d'exprimer leurs sentiments, elle fut surtout une sorte de f&#234;te. Les photos montrent des visages heureux et sou&#173;riants, et les journaux ont beau faire preuve de pr&#233;vention, les compte rendus des faits donnent une description des gr&#233;vistes qui laisse percevoir cet aspect de &#171; f&#234;te de la libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Sunderland, les enfants, tous nus pieds, portaient une &#233;norme branche d'arbre &#187;, dont l'&lt;i&gt;Illustrated Chronicle&lt;/i&gt; semble penser qu'elle avait une signifi&#173;cation mystique. Les &#233;coliers de Pollock, Glasgow, d&#233;fil&#232;rent aussi dans les rues avec des branches d'arbre &#171; en frappant sur des bidons de fer-blanc &#187; (&lt;i&gt;Greenock Telegraph&lt;/i&gt;, 15 septembre). De m&#234;me &#224; Airdrie, les enfants avaient apport&#233; dans les rues par centaines des sifflets et des bo&#238;tes de conserve sur lesquelles ils frappaient et, &#224; Southampton, ils form&#232;rent des orchestres avec des harmonicas et une &#233;norme baignoire en m&#233;tal qui leur servait d'instrument &#224; percussion. &#192; Manchester : &#171; un grand nombre d'enfants se rassembl&#232;rent au voisi&#173;nage de la gare d'Oldham Road, et ils battirent la retraite sur les palissades de bois et les panneaux publicitaires &#187; (&lt;i&gt;The Herald&lt;/i&gt;, 16 septembre). Dans les quartiers industriels, les enfants &#233;crivaient leurs revendications &#224; la craie sur la chauss&#233;e ou bien distribuaient des tracts, surtout ils parcou&#173;raient les rues en chantant au son des sifflets et des harmonicas &#171; une, deux, les gar&#231;ons sont en marche &#187; et &#171; viens-t'en et suis-moi &#187;, le chant de gr&#232;ve le plus populaire dans tout le pays. Les gr&#232;ves ne furent pas toutes violentes. &#192; Hartle&#173;pool, les gar&#231;ons march&#232;rent le long de la plage et pique-niqu&#232;rent. Ailleurs, ils all&#232;rent &#224; la rivi&#232;re nager, parfois ils s'asseyaient simplement en rond pour discuter, ils jouaient aux petits soldats et d&#233;filaient en chantant des chants patriotiques, &#224; Northampton les gr&#233;vistes all&#232;rent cueillir des m&#251;res, partout ils s'amus&#232;rent &#224; composer des chansons, paroles et musiques. Ils montr&#232;rent de l'imagination et de l'originalit&#233;, t&#233;moignant que &#171; malgr&#233; l'&#233;touffoir scolaire, leurs esprits n'avaient pas &#233;t&#233; d&#233;truits par la grise monotonie des salles de classe et contenaient encore des id&#233;es comme la bo&#238;te de peinture des couleurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;la m&#233;moire perdue&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De cette f&#234;te, toute trace devait bient&#244;t dispara&#238;tre non seulement dans la m&#233;moire du pouvoir mais dans celle du peuple. Si elle nous est aujourd'hui restitu&#233;e, c'est parce qu'un docker, Dave Marson, l'a rencontr&#233;e par hasard. Il cherchait autre chose : des renseignements sur l'histoire du mouvement ouvrier. Et quand il l'eut trouv&#233;e, il ne put d'abord y croire : &#171; J'avais toujours cru, dit-il, que les gr&#232;ves &#233;taient quelque chose qui demandait une organisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En poursuivant ses recherches, il trouva que beau&#173;coup de journaux locaux pr&#233;sentaient un manque pour l'ann&#233;e 1911 : destructions, lui dit-on, dues aux bombardements. L'ann&#233;e 1911, commente-t-il sans insister, est la seule &#224; avoir tant souffert de la guerre. Dans cette r&#233;volte oubli&#233;e des enfants, on serait tent&#233; de voir comme le refoul&#233; fondamental de l'histoire sociale, le symbole m&#234;me de la r&#233;pres&#173;sion exerc&#233;e d'en haut sur la m&#233;moire populaire : r&#233;pression du pouvoir sur la m&#233;moire des luttes du peuple ; du mouvement ouvrier sur les gr&#232;ves pour rire ; des adultes sur les luttes m&#234;mes des enfants qu'ils furent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; en rester l&#224; pourtant, on oublierait de s'interro&#173;ger sur cette m&#233;moire populaire cens&#233;e conserver la trace de ce dont le pouvoir ne veut plus entendre parler. Dave Marsons dit avoir r&#234;v&#233; devant une photographie de gr&#233;vistes assembl&#233;s devant les portes de l'&#233;cole o&#249; il fit lui-m&#234;me ses &#233;tudes. Certains avaient pu &#234;tre les parents de ses condisciples. Rien n'&#233;tait rest&#233; de leur lutte. Et ce ne sont pas seulement des souvenirs qui s'&#233;taient perdus, mais des attitudes. Il fut ainsi frapp&#233; par l'anecdote d'un policier qui dut foncer &#224; bicyclette pour disperser un piquet d'&#233;coliers gr&#233;vistes. &#171; La simple vue d'un uniforme, dit-il, suffisait &#224; nous effrayer, moi et mes camarades d'&#233;cole &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous touchons l&#224; quelque chose de plus profond que la &#171; r&#233;pression &#187; de la m&#233;moire populaire : son autocensure. Celle-ci ne fonctionne pas en rejetant une histoire qui serait devenue insupportable, y compris pour ses acteurs, mais plut&#244;t en perdant la trace de ce qui est devenu sans importance. Coinc&#233;e entre l'image de famille du quotidien et la m&#233;moire de l'&#233;v&#233;nement qui fait date, entre l'histoire domes&#173;tique et l'histoire sociale, la gr&#232;ve des &#233;coliers ne peut acqu&#233;rir une signification, une histoire auto&#173;nomes. Elle reste l'appendice d'une gr&#232;ve prise dans la cha&#238;ne historique du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute peut-on dire de cette r&#233;volte d'&#233;coliers, comme on l'a fait de mouvements &#233;tudiants r&#233;cents, qu'un groupe social transitoire est inca&#173;pable de capitaliser ses exp&#233;riences et ses luttes. Mais on pourrait aussi rapprocher leur destin de celui de toutes ces formes de r&#233;sistance au travail salari&#233; et &#224; l'ordre manufacturier qui n'ont jamais pu faire une tradition : gestes mille fois renouvel&#233;s mais en m&#234;me temps vid&#233;s de leur pass&#233; et por&#173;teurs de leur propre oubli, d&#233;cal&#233;s par rapport aux g&#233;n&#233;alogies reconnues de la r&#233;volte et &#224; la comp&#173;tabilit&#233; des &#233;checs et des succ&#232;s du mouvement ouvrier. Toute une s&#233;rie de pratiques de r&#233;sistance tombent ainsi hors de l'histoire. Pour qu'elles y reprennent place, il faut moins la transgression d'une censure que la formation d'un regard nou&#173;veau sur la hi&#233;rarchie des &#233;v&#233;nements. &#171; Je pouvais m'identifier &#224; eux &#187;, dit Dave Marsons en retrou&#173;vant la photographie des gr&#233;vistes de son &#233;cole. Pour que cette identification soit possible, il fallait sans doute cette sensibilit&#233; nouvelle, produite par mai 68 et les r&#233;voltes anti-autoritaires, qui per&#173;mette au regard de se fixer sur la br&#232;ve f&#234;te des &#233;coliers, d'y voir le moment d'une histoire frag&#173;mentaire mais autonome d'une forme sp&#233;cifique de r&#233;sistance &#224; l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;notes&#034;&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; name=&#034;nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;footnote&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] L' &#034;&#233;t&#233; chaud&#034; de 1911 reste une date mar&#173;quante de l'histoire sociale britannique. De juin &#224; ao&#251;t, dans les ports et les princi&#173;pales villes industrielles, un formidable mouvement de gr&#232;ves t&#233;moigna de la volont&#233; des travailleurs d'obtenir des salaires plus &#233;lev&#233;s et de meilleures conditions. Il fallut pour en venir &#224; bout faire intervenir l'arm&#233;e. Une panique s'empara du pouvoir devant la menace d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Un conseiller municipal de Hull jadis t&#233;moin de la Commune de Paris aurait d&#233;clar&#233; n'y avoir rien vu de semblable &#224; ces d&#233;fil&#233;s de &#171; femmes aux cheveux d&#233;faits et &#224; moiti&#233; nues &#187; se ruant dans la rue pour se livrer &#224; la destruc&#173;tion et au saccage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; name=&#034;nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;footnote&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] Il fallait 4 ann&#233;es sans aucune absence pour obte&#173;nir une m&#233;daille de bronze. 6 pour une d'argent et 10 pour une d'or. Les parents ouvriers y attachaient une telle importance qu'ils obli&#173;geaient leurs enfants &#224; aller en classe malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; name=&#034;nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;footnote&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] Un ancien ouvrier, raconte Dave Marson, se souvient avoir travaill&#233; pour un boucher. Il com&#173;men&#231;ait &#224; 6 heures du matin avant d'aller &#224; l'&#233;cole, et terminait le soir aux environs de 10 heures. Beaucoup d'enfants &#233;taient gar&#231;ons de courses ou bien aidaient un adulte de la famille qui tenait un &#233;talage au coin d'une rue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit pour figurer dans le num&#233;ro 3 de la revue &lt;i&gt;Les R&#233;voltes Logiques&lt;/i&gt;, consacr&#233; au th&#232;me des &#171; Enfants du Capital &#187;, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'automne 1976. Nos amis anglais de &lt;i&gt;History Workshop&lt;/i&gt; nous&lt;br class='autobr' /&gt;
avaient adress&#233; la brochure de Dave Marson sur les gr&#232;ves d'&#233;coliers&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Hull en 1911. Enseignant depuis 1971 au Lyc&#233;e Montaigne,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se trouvait &#224; la pointe de la contestation lyc&#233;enne dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
ann&#233;es 1970 et y ayant connu plusieurs mouvements de gr&#232;ve, je&lt;br class='autobr' /&gt;
m'&#233;tais sentie suffisamment inspir&#233;e par ce texte pour en faire non&lt;br class='autobr' /&gt;
pas une traduction ou un r&#233;sum&#233; mais une libre adaptation.&lt;br&gt;
Dani&#232;le Ranci&#232;re&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La Guerre Sociale</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article608</link>
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		<dc:date>2008-10-15T11:00:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Editions de la guerre sociale (Dijon)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Recueil de textes du journal r&#233;volutionnaire du d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces textes et illustrations ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans &#171; &lt;i&gt;La Guerre Sociale, un journal contre&lt;/i&gt; &#187;, ouvrage paru en 1999 aux &#233;ditions des nuits rouges et r&#233;alis&#233; par Raoul Villette. Except&#233;es la pr&#233;face et certaines notes, toute la brochure est issue du bouquin, et nous ne pouvons que conseiller sa lecture, pour une vue plus compl&#232;te des articles du journal, et pour la documentation sur le contexte historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles, r&#233;dig&#233;s entre 1906 et 1910, sont pr&#233;sent&#233;s ici dans l'ordre chronologique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot81" rel="tag"&gt;Editions de la guerre sociale (Dijon)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/arton608-08740.png?1780454737' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff608.png?1220617235&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces textes et illustrations ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans &#171; &lt;i&gt;La Guerre Sociale, un journal contre&lt;/i&gt; &#187;, ouvrage paru en 1999 aux &#233;ditions des nuits rouges et r&#233;alis&#233; par Raoul Villette. Except&#233;es la pr&#233;face et certaines notes, toute la brochure est issue du bouquin, et nous ne pouvons que conseiller sa lecture, pour une vue plus compl&#232;te des articles du journal, et pour la documentation sur le contexte historique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les articles sont pr&#233;sent&#233;s ici dans l'ordre chronologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Guerre sociale est lanc&#233;e fin 1906 par un groupe de r&#233;dacteur-ice-s r&#233;unis autour de Gustave Herv&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Elle rassemble, autour d'une ligne politique se pr&#233;sentant comme &#171; communiste libertaire &#187;, des anarchistes (Miguel Almereyda, qui dirigera la journal lors des p&#233;riodes d'incarc&#233;ration d'Herv&#233;), des syndicalistes r&#233;volutionnaires (Yvetot, Pouget, dirigeants de la CGT, de tendance anarchiste) et des socialistes insurrectionnels (Herv&#233; lui-m&#234;me, Madeleine Pelletier). Les dessinateurs Grandjouan et Delannoy et la chansonnier Gaston Cout&#233; contribuent aussi r&#233;guli&#232;rement au journal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son audience varie entre 20 000 et 50 000 lecteur-ice-s, signe de son influence dans le mouvement ouvrier de l'&#233;poque (&lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; diffuse entre 15 000 et 80 000 exemplaires sur la m&#234;me p&#233;riode).&lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;videmment, la libert&#233; de ton et la virulence politique du journal qui fait son succ&#232;s a pour contrepartie une r&#233;pression f&#233;roce, qui enverra Herv&#233; en prison pour d&#233;lit de presse &#224; de nombreuses reprises (il y passera en tout une cinquantaine de mois entre 1905 et 1912).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes rassembl&#233;s ici sont issus de la p&#233;riode 1906-1910 : en effet, &#224; partir de 1912, le journal, sous l'impulsion de son r&#233;dacteur en chef, passe assez brutalement de l'internationalisme &#224; un patriotisme de plus en plus affirm&#233;, pour finir par se rallier &#224; l'union sacr&#233;e en 1914, et &#234;tre renomm&#233; &lt;i&gt;La Victoire&lt;/i&gt; en 1916. Herv&#233;, qui signait fr&#233;quemment ses articles avant-guerre &#171; un sans patrie &#187;, continuera son &#233;volution nationaliste vers le fascisme, acclamant Mussolini et P&#233;tain (m&#234;me s'il ne collaborera pas pendant l'occupation). Cette trahison des id&#233;aux communistes libertaires, si elle semble aujourd'hui difficile &#224; comprendre, est loin de ne concerner que lui ; elle a m&#234;me &#233;t&#233; massive avec la d&#233;sillusion caus&#233;e par l'&#233;chec de l'offensive r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne du d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle. &#199;a n'excuse rien, mais &#231;a n'enl&#232;ve rien non plus &#224; l'int&#233;r&#234;t des textes de la &#171; p&#233;riode glorieuse &#187; du journal (selon les termes de Raoul Villette).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note des &#233;ditions de la guerre sociale :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un si&#232;cle plus tard plus tard, pourquoi publier des articles de&lt;i&gt; la Guerre sociale&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce que la charge politique et la passion de la r&#233;volution qui transpirent de ces pages &#8212; et de cette &#233;poque &#8212; n'ont pas d'&#226;ge, et qu'elles parlent &#224; tou-te-s celleux qui sont aux prises avec ce monde, finalement pas si diff&#233;rent de la soci&#233;t&#233; de la Belle &#201;poque.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Guerre sociale&lt;/i&gt;, c'est la cristallisation dans un journal de toute l'offensive r&#233;volutionnaire port&#233;e par ce qui s'est appel&#233; le &#171; mouvement ouvrier &#187; ; c'est la grande frousse de la bourgeoisie avant le 1er mai 1906 ; c'est la propagande par le fait des attentats anarchistes des ann&#233;es 1890 ; c'est Marx qui th&#233;orise la lutte des classes ; c'est les soci&#233;t&#233; secr&#232;tes ouvri&#232;res du milieux du XIX&#232;me qui deviennent des &#171; caisses de r&#233;sistances &#187;, puis des chambres syndicales, pour finir par s'agencer dans la CGT et la f&#233;d&#233;ration des Bourses du travail, portant r&#233;ellement et pratiquement le projet d'en finir avec l'organisation capitaliste ; ce n'est d&#233;j&#224; plus la ferveur &#171; r&#233;publicaine &#187;, qui de 1789 &#224; Blanqui et la Commune aura port&#233; le souffle de la r&#233;volution : c'est l'aboutissement de l'&#233;poque charni&#232;re o&#249; la R&#233;publique (et la d&#233;mocratie ?), comme forme affirm&#233;e de la gouvernance capitaliste, devient l'ennemi &#224; abattre ; c'est l'apog&#233;e du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, si ce n'est dans le monde, du moins en France ; c'est la r&#233;alisation proche, si proche, du communisme, qui depuis ce moment n'en finira plus de se d&#233;rober.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la transcription quasi palpable de la puissance r&#233;volutionnaire de l'&#233;poque, ce qui frappe &#224; la lecture des articles publi&#233;s ici, c'est la fa&#231;on dont ils entrent en r&#233;sonance, parfois indirectement, avec des probl&#233;matiques contemporaines :&lt;br class='manualbr' /&gt;L'importance de bloquer les &#171; &lt;i&gt;services de circulation&lt;/i&gt; &#187; pour peser dans le rapport de force, et cons&#233;quemment l'instauration par le gouvernement de la militarisation des &#171; services publics &#187;, anc&#234;tre du service minimum (&#171; services publics et gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187; p.6). &lt;br class='manualbr' /&gt;Le r&#244;le de chien de garde de la presse dans la gestion des mouvements sociaux (&#171; apr&#232;s le sang, la boue &#187; p.12). &lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#171; &lt;i&gt; urgente campagne&lt;/i&gt; [qu']&lt;i&gt;il est n&#233;cessaire d'entreprendre avec acharnement contre la police et les policiers&lt;/i&gt; &#187; (&#171; la journ&#233;e des flics &#187; p.21, par Georges Yvetot, secr&#233;taire de la f&#233;d&#233;ration des Bourses du travail et donc n&#176;2 de la CGT...), et la n&#233;cessit&#233; de tenir t&#234;te aux cond&#233;s dans la rue (&#171; le prestige de la fonction &#187; p.26, &#171; premier avertissement... avec frais &#187; p.26 et &#171; comment on les dresse &#187; p.53), avec si n&#233;cessaire le &#171; &lt;i&gt;citoyen browning&lt;/i&gt; &#187; &#8212; anc&#234;tre du &#171; camarade P38 &#187; italien des ann&#233;es 70 &#8212; (&#171; apr&#232;s la d&#233;faite &#187; p. 55).&lt;br class='manualbr' /&gt;La propagande en faveur des campagnes de sabotages (&#171; r&#233;flexions sur le sabotage &#187;, p.33) qui visaient notamment les c&#226;bles longeant les lignes de chemins de fer (&#171; sabotage et hommes de l'ordre &#187;, p.36) &#8212; pratique qui a r&#233;&#233;merg&#233; lors des gr&#232;ves SNCF de fin 2007, d&#233;but 2008.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les dangers et limites du &#171; front r&#233;publicain &#187;, qui ne s'appelait pas encore &#171; antifasciste &#187; mais qui sous couvert d'anticl&#233;ricalisme ou de lutte contre la droite r&#233;actionnaire et monarchiste assurait la domination de la bourgeoisie parlementaire (&#171; d&#233;fendrons-nous la R&#233;publique ? &#187; p.30).&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;pineuse question de l'organisation, sans cesse renouvel&#233;e, avec les r&#233;flexions et d&#233;bats sur le r&#244;le et les limites d'un parti r&#233;volutionnaire [1] (&#171; quel est le r&#244;le du parti socialiste ? &#187; p.14 et &#171; l'attitude des insurrectionnels &#187; p.48). &lt;br class='manualbr' /&gt;Les embrouilles plus ou moins confraternelles entre tendances du mouvement, avec toutefois la conscience de la n&#233;cessit&#233; de composer avec des camarades plut&#244;t proches (&#171; pour des salauds &#187; p.44, et les diff&#233;rentes piques contre &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt;).&lt;br class='manualbr' /&gt;L'apologie du geste de r&#233;volte de l'&#171; apache &#187;, &#233;quivalent de notre &#171; lascar &#187; moderne, quand il s'en prend radicalement &#224; la police (&#171; l'exemple de l'apache &#187; p.46, &#171; Liabeuf...&amp; Caserio &#187; p.58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains textes permettent aussi de mesurer le chemin parcouru, pas forc&#233;ment dans le bon sens, depuis un si&#232;cle :&lt;br class='manualbr' /&gt;L'affirmation croissante du f&#233;minisme, et de l'&#233;galit&#233; entre les sexes (&#171; le droit &#224; l'avortement &#187; p.23).&lt;br class='manualbr' /&gt;Le rapport de force entre travail et capital, avec une classe ouvri&#232;re qui se payait le luxe de refuser la loi sur l'instauration des retraites propos&#233;e par les mod&#233;r&#233;s du parti socialiste, alors que le temps de travail r&#233;glementaire a aujourd'hui tendance &#224; repartir &#224; la hausse &#8212; une premi&#232;re depuis des d&#233;cennies &#8212; avec la b&#233;n&#233;diction des organisations syndicales (&#171; la classe ouvri&#232;re contre les retraites &#187; p.51).&lt;br class='manualbr' /&gt;L'anticolonialisme, cons&#233;quence directe de l'antipatriotisme et de l'antimilitarisme port&#233; alors par les organisations de classe ouvri&#232;re (&#171; engrenage marocain &#187; p.9).&lt;br class='manualbr' /&gt;La critique de la r&#233;publique et du parlementarisme, sur laquelle s'assoient et se reconnaissent depuis les mouvements r&#233;volutionnaires (&#171; les dangers du parlementarisme &#187; p.27).&lt;br class='manualbr' /&gt;Et, cerise sur le g&#226;teau, la Guerre sociale pr&#233;tendait aussi contribuer &#224; l'&#233;dification culturelle et politique du prol&#233;tariat [2], avec notamment un article sur Karl Marx qui &#233;nonce clairement ce que repr&#233;sente l'auteur du &lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, et qui pose les bases que partageront par la suite les mouvements marxistes anti-autoritaires. (&#171; Karl Marx &#187; p.18)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Evidemment, si cette question se pose toujours aujourd'hui, la r&#233;ponse n'est pour nous pas plus &#224; chercher du c&#244;t&#233; de l'actuel parti socialiste que de celui d'un &#233;ventuel &#171; parti anticapitaliste &#187;...&lt;br&gt;
[2] Dans &#171; &lt;i&gt;La Guerre sociale, un journal contre&lt;/i&gt; &#187;, figurent un certain nombre d'articles traitant de questions culturelles &#8212; d&#233;fendant notamment les pr&#233;mices des avant-gardes artistiques qui marqueront le XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; LA GUERRE SOCIALE &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'elle veut &#234;tre. Ce qu'elle sera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de ce journal a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e &#224; la prison de la Sant&#233; et &#224; Clairvaux o&#249;, pendant plus de six mois, vingt-cinq militants anarchistes ou socialistes furent d&#233;tenus pour insuffisance de patriotisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; ne fait double emploi ni avec &lt;i&gt;Les Temps nouveaux&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt;, feuilles libertaires ou anarchistes, un peu th&#233;oriques ; ni avec &lt;i&gt;La Voix du peuple&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Socialiste&lt;/i&gt;, organes officiels de deux grandes organisations, la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail et le Parti socialiste &#8212; qui ont fatalement les timidit&#233;s et les r&#233;serves de tous les organes officiels &#8212; ni encore moins avec &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; qui est un quotidien entre les mains des socialistes &#171; jauressistes &#187;, c'est-&#224;-dire ultra-r&#233;formistes et parlementaires, et ouvert aux seuls &#233;l&#233;ments syndicalistes mod&#233;r&#233;s ou sur la pente du mod&#233;rantisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; n'est un journal ni exclusivement socialiste, ni exclusivement libertaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle aspire &#224; devenir l'organe :&lt;br class='manualbr' /&gt;- des socialistes &#171; unifi&#233;s &#187; qui d&#233;plorent de voir leur parti devenir de plus en plus un parti d'action &#233;lectorale et parlementaire et qui, &#224; l'int&#233;rieur du Parti, luttent pour l'arracher &#224; son r&#233;formisme, &#224; son respect de la l&#233;galit&#233;, &#224; son r&#233;volutionnarisme purement verbal ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- des syndicalistes qui veulent orienter de plus en plus les organisations ouvri&#232;res dans les voies de l'action directe et de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale violente et maintenir &#8212; en les accentuant &#8212; leurs tendances f&#233;d&#233;ralistes, antipatriotes et antiparlementaires ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- des communistes libertaires qui en ont assez des vaines discussions th&#233;oriques, de l'action purement individuelle, et qui, dans les sections de l'AIA (Alliance internationale anti-militariste) ou dans tout autre groupement, s'efforceront, par une propagande antimilitariste incessante et par une &#233;nergique r&#233;sistance aux men&#233;es et aux brutalit&#233;s polici&#232;res, d'entra&#238;ner les masses pour la prochaine insurrection, lorsqu'une guerre, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, ou toute autre circonstance impr&#233;vue, permettront de la tenter avec quelque chance de succ&#232;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; sera donc un organe de concentration r&#233;volutionnaire, ouvert &#224; tous ceux qui travaillent, autrement que par l'action l&#233;gale, &#224; l'expropriation de la bourgeoisie capitaliste en vue de la socialisation des moyens de production et d'&#233;change.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle dira, au surplus, sur tout et sur tous, ce qu'on n'ose pas dire ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;19 d&#233;cembre 1906&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La militarisation des services publics :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SERVICES PUBLICS ET GR&#200;VE G&#201;N&#201;RALE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;20 mars 1907&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;v&#232;nements r&#233;cents &#8212; comme la gr&#232;ve des facteurs (avril 1906), la formation des syndicats d'instituteurs, la gr&#232;ve des &#233;lectriciens (mars 1907) &#8212; ont fait appara&#238;tre l'&#201;tat sous son v&#233;ritable aspect d'ennemi des travailleurs. L'action du libre-penseur Clemenceau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;sident du conseil (chef du gouvernement) entre 1906 et 1909. Il se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le briseur de gr&#232;ves, a &#233;t&#233; tout particuli&#232;rement instructive &#224; ce sujet.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'histoire de ces derni&#232;res ann&#233;es a montr&#233; que l'&#201;tat, loin de rester impartial dans les conflits du capital et du travail, met toujours sa force au service du plus fort et prend parti pour le capital.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#201;tat n'a de raison d'&#234;tre que comme d&#233;fenseur de la classe poss&#233;dante.&lt;br class='manualbr' /&gt;La conqu&#234;te des municipalit&#233;s, l'entr&#233;e au parlement de repr&#233;sentants de classe, dont on esp&#233;ra tant, de 1893 &#224; 1898, n'ont donn&#233; que des r&#233;sultats mesquins. Le Parlement est alors apparu comme une machine merveilleusement mont&#233;e pour ne jamais aboutir, jamais r&#233;aliser, d&#233;formant les esprits les plus clairs en un cr&#233;tinisme sp&#233;cial que signala Marx, corrompant les plus honn&#234;tes. Il ne semble pas embray&#233;, pour ainsi dire, sur la vie sociale, et tourne dans le vide comme une roue folle, sans action sur le reste de la machine.&lt;br class='manualbr' /&gt;A mesure que l'action ouvri&#232;re provoquait ces constatations historiques, l'importance r&#233;volutionnaire de la Gr&#232;ve G&#233;n&#233;rale s'imposait &#224; tous les esprits.&lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsque l'on parle de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, il faut entendre &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;ralis&#233;e et coordonn&#233;e &#187;, car, outre qu'une cessation universelle et simultan&#233;e du travail semble impossible, l'universalit&#233; de la gr&#232;ve est loin d'&#234;tre indispensable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, transformatrice de la soci&#233;t&#233;, la gr&#232;ve des services de circulation des richesses serait beaucoup plus efficace que la gr&#232;ve des services de production.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'arr&#234;t de la production proprement dite (filatures, forges, construction, etc.) ne serait pas imm&#233;diatement victorieux, car les r&#233;serves du capitalisme, les stocks, permettraient &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise une existence pr&#233;caire, mais possible.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au contraire, l'arr&#234;t des services de circulation (chemins de fer, postes, &#233;clairage, etc.), aboutirait &#224; une mort rapide du capitalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette remarque est pr&#233;monitoire- : trois des plus importants conflits des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;De m&#234;me, le corps humain ne succombe que lentement aux affections organiques &#8212; comme le cancer &#8212;, qui int&#233;ressent la production des tissus, tandis que la mort est foudroyante en cas d'arr&#234;t de la circulation (embolie).&lt;br class='manualbr' /&gt;L'action des tabletiers ou des tourneurs-robinetiers, en cas de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, serait utile mais secondaire. Ce serait la gr&#232;ve des mines, des chemins de fer, des postes, du gaz et de l'&#233;lectricit&#233; qui serait d&#233;cisive. Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces fonctions vitales que, sous le nom de services publics, on va nationaliser, c'est-&#224;-dire militariser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrairement aux craintes de l'auteur, on a vu que, tout au long du XX&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les travailleurs des services publics n'ont pas le droit de gr&#232;ve : en cas de r&#233;volte, l'arm&#233;e les mitraille ou les remplace.&lt;br class='manualbr' /&gt;Rien de plus &#233;lastique que le terme de &#171; services publics &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#232;s que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d'une corporation se r&#233;v&#233;lera comme politiquement dangereuse, il suffira de la baptiser Services publics pour lui retirer le droit de gr&#232;ve. Si les boulangers font la mauvaise t&#234;te, ils seront d&#233;clar&#233;s accomplir un service public et, en cas de gr&#232;ve, la troupe les remplacera au fournil.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est significatif de voir figurer au programme du Parti radical la nationalisation des mines et des chemins de fer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Contre l'&#233;ventualit&#233; redoutable d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de ces corporations, la nationalisation est un rem&#232;de utile pour la bourgeoisie, car c'est la perte du droit de gr&#232;ve, la militarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;mocratie, forme id&#233;ale de la domination capitaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que la r&#233;publique est la forme id&#233;ale de la r&#233;pression bourgeoise (juin 1848, mai 1871, etc.), le radicalisme, promoteur de la nationalisation des services publics, est la forme id&#233;ale du conservatisme capitaliste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les socialistes se sont trop laiss&#233;s envahir par les pr&#233;jug&#233;s d&#233;mocratiques. Ils ne doivent pas se laisser prendre &#224; la com&#233;die parlementaire, soit au petit jeu de bascule entre les conservateurs tories et les lib&#233;raux whigs, comme en Angleterre, ou entre les r&#233;publicains et les d&#233;mocrates, comme aux &#201;tats-Unis, ou bien au petit jeu de manger du cur&#233;, que l'on fait ensuite soigneusement rena&#238;tre, comme en France.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne faut pas se faire d'illusion non plus sur la port&#233;e du suffrage universel, o&#249; la minorit&#233; consciente est &#233;cras&#233;e par le pl&#233;biscite des alcooliques, des boutiquiers, des imb&#233;ciles qui veulent travailler le dimanche, des d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s qui font les jaunes en temps de gr&#232;ve, de tous les poltrons qui ont de la couenne &#224; la place de la cervelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne faut pas croire davantage que la forme politique r&#233;publicaine suit un acheminement vers une l&#233;gislation sociale. En ces mati&#232;res, l'&#233;tat des m&#339;urs importe plus que l'&#233;tiquette politique. Les royaumes d'Angleterre, de Belgique, de Hollande et d'Italie sont parfois plus lib&#233;raux, dans les questions ouvri&#232;res, que les r&#233;publiques de France, de Suisse et surtout des &#201;tats-Unis.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Allemagne imp&#233;riale a une l&#233;gislation sociale plus compl&#232;te que celle de la R&#233;publique fran&#231;aise, et c'est cette R&#233;publique qui annule en fait sous Clemenceau, le droit de gr&#232;ve accord&#233; par l'Empire (1864).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gouvernements &#224; tendance oligarchique ont besoin d'accorder plus de r&#233;formes sociales &#224; l'ouvrier, afin de se le concilier, tandis qu'en proclamant la r&#233;publique, la bourgeoisie fait, pour un temps, l'&#233;conomie des lois sociales.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#201;tat d&#233;mocratique, hypocrite ennemi de l'ouvrier, est l'agent le plus s&#251;r de la conservation capitaliste. En plus des redoutables moyens de duperie et de mensonge dont il dispose, de la fantasmagorie d&#233;cevante du parlementarisme, l'&#201;tat d&#233;mocratique s'arme d&#232;s maintenant contre une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale par la militarisation des services publics.&lt;br class='manualbr' /&gt;S'il avait bien dans la main les services publics, les mines et les chemins de fer nationalis&#233;s, en accordant de petits avantages (s&#233;curit&#233;, retraites, etc.) en divisant son personnel (agents, sous-agents, dames, main d'oeuvre, etc.), en corrompant les secr&#233;taires des syndicats, l'&#201;tat d&#233;mocratique, appuy&#233; sur l'arm&#233;e, pourrait braver les col&#232;res du prol&#233;tariat de l'industrie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andr&#233; Bruck&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les escarpes fran&#231;ais au Maroc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ENGRENAGE MAROCAIN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;3 avril 1907&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;decin fran&#231;ais, intr&#233;pide autant qu'imprudent, a &#233;t&#233; assassin&#233; au Maroc, dans une r&#233;gion peu s&#251;re o&#249; le m&#234;me accident peut arriver &#224; n'importe quel indig&#232;ne- ; aussit&#244;t, une colonne fran&#231;aise de 3000 hommes occupe une province marocaine, situ&#233;e &#224; 500 km du lieu du meurtre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Avec la m&#234;me logique, la premi&#232;re fois qu'un sujet allemand sera assassin&#233; sur les boulevards ext&#233;rieurs, sans qu'on puisse trouver et punir l'assassin, l'empereur d'Allemagne n'aura qu'&#224; faire occuper Nancy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas la m&#234;me chose ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;videmment, les capitalistes allemands ne veulent pas annexer la France pour l'exploiter, comme les capitalistes fran&#231;ais veulent faire pour le Maroc, mais ce serait le m&#234;me proc&#233;d&#233;, le m&#234;me abus du droit du plus fort, et ce ne serait pas plus r&#233;pugnant.&lt;br class='manualbr' /&gt;En ont-ils pouss&#233; des cris de putois les j&#233;suites tricolores, quand on leur a pris leur Alsace !&lt;br class='autobr' /&gt;
Dix ans ne s'&#233;taient pas &#233;coul&#233;s qu'ils volaient la Tunisie ; puis le Tonkin, puis Madagascar, puis le Dahomey. C'est maintenant le tour du Maroc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du moment que les grands-p&#232;res ont vol&#233; l'Alg&#233;rie, ce vol conf&#232;re aux petits-fils des droits incontestables sur le Maroc qui est &#224; deux pas.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et pendant ce temps, ils font pr&#234;cher aux enfants des congr&#233;ganistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis les r&#233;centes lois de s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat, les &#233;coles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des &#233;coles la&#239;ques le vieux clich&#233; chr&#233;tien et r&#233;publicain : &#171; Ne fais pas &#224; autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne faut pas se le dissimuler : le petit doigt est dans l'engrenage marocain ; tout le corps y passera.&lt;br class='manualbr' /&gt;Actuellement, on y met encore les formes ; on h&#233;site ; on crie par-dessus les toits que l'occupation d'Oujda n'est que provisoire. Les Anglais aussi n'ont occup&#233; l'Egypte que provisoirement en 1881 ; aujourd'hui, en 1907, ils y sont encore.&lt;br class='manualbr' /&gt;On &#233;vacuera peut-&#234;tre Oujda ; car nos j&#233;suites tricolores, s'ils n'ont pas peur des Marocains, ont une peur atroce des Allemands ; ils redoutent des complications du c&#244;t&#233; du Rhin ; l&#224; est pour eux le seul frein &#224; l'heure actuelle, et notre seule garantie. Mais on peut s'arranger avec les Allemands : &#171; Passe-moi le s&#233;n&#233;, je te passerai la rhubarbe. &#187; Laisse-moi le Maroc, je te donnerai carte blanche en Syrie. Alors, gare aux Marocains !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait, l'arrangement, intervenu en 1911, portera sur une partie du Congo, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans compter que m&#234;me si notre classe dirigeante ne s'entend pas sur le dos des Marocains avec les dirigeants d'Allemagne, la paix au Maroc est &#224; la merci d'un incident : que quelques tribus marocaines fanatiques ou patriotes ne trouvent pas de leur go&#251;t l'entr&#233;e des troupes fran&#231;aises &#224; Oujda ; que quelques zouaves ou l&#233;gionnaires commettent quelques exactions sur des indig&#232;nes, et c'est assez pour que les fusils partent tout seuls. On n'accumule pas longtemps impun&#233;ment des explosifs pr&#232;s du feu.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quel vacarme e&#251;t fait le Clemenceau de jadis si, il y a vingt ans, c'&#233;tait Jules Ferry qui se f&#251;t laiss&#233; engager dans une telle aventure ! Vous en auriez entendu de beaux discours ! Jules Ferry est mort, mais il est ressuscit&#233;, il s'appelle Clemenceau.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les opportunistes ont &#233;t&#233; chass&#233;s du pouvoir ; mais les radicaux y continuent leur politique de conservation sociale et d'expansion coloniale. Quant aux &#233;lus socialistes, n'en parlons pas ; ils sont rest&#233;s muets comme des carpes lorsque l'occupation d'Oujda a &#233;t&#233; vot&#233;e. Il a suffi que M. Ribot d&#233;clar&#226;t que l'occupation ne serait que provisoire pour qu'ils se taisent, de peur de passer pour de mauvais patriotes et compromettre leur r&#233;&#233;lection.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aussi bien, ce n'est pas sur le parlement, c'est sur eux-m&#234;mes, que doivent compter les prol&#233;taires pour ne pas aller au Maroc, et pour emp&#234;cher les dirigeants de les lancer dans cette aventure qui sera plus co&#251;teuse et plus sanglante qu'on se le figure.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les jeunes gens qui sont sous les drapeaux y ont &#233;t&#233; appel&#233;s sous le fallacieux pr&#233;texte de d&#233;fendre la patrie fran&#231;aise ; s'ils ont du c&#339;ur, qu'ils refusent donc d'aller envahir la patrie marocaine ; il n'y a pas un homme intelligent, f&#251;t-il patriote, qui pourrait d&#233;sapprouver un tel acte de d&#233;sob&#233;issance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et comme des actes individuels n'ont aucune port&#233;e, sinon de donner aux masses moutonni&#232;res de bons exemples, que la CGT n'h&#233;site pas &#224; opposer la force collective du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#224; la premi&#232;re tentative de nos dirigeants pour escamoter le Maroc.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne peut y avoir d'exp&#233;dition coloniale aujourd'hui que si les ouvriers des arsenaux le veulent, que si les dockers, les inscrits maritimes, charg&#233;s d'embarquer le mat&#233;riel de guerre et de conduire le b&#233;tail humain &#224; l'abattoir, le permettent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces syndicats sont capables de se mettre en gr&#232;ve pour des questions de salaire ; ne finiront-ils pas par comprendre que si jamais une gr&#232;ve s'impose, c'est le jour o&#249; nos dirigeants voudront accomplir quelque nouveau brigandage colonial ?&lt;br class='manualbr' /&gt;J'&#233;crivais un jour que j'avais pour les soldats fran&#231;ais morts en annexant Madagascar la vague piti&#233; que j'ai pour les escarpes qui meurent en accomplissant leur difficile profession.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je sais que c'est le sentiment que professent tous les r&#233;volutionnaires de la CGT et du Parti socialiste pour les escarpes en uniforme fran&#231;ais qui viennent d'envahir le territoire marocain.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il ne suffit pas de le penser et de le dire ; il faudrait que le prol&#233;tariat, qui seul a la force, s'habitu&#226;t &#224; traduire sa pens&#233;e par des actes virils&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ahem... mouais... [Nde].&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gustave Herv&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le socialisme, m&#233;connu et calomni&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du citoyen Jaur&#232;s dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, cette apologie &#233;lectorale de l'internationalisme socialiste :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas notre faute si le socialisme est m&#233;connu et calomni&#233; ; si les manifestes du Parti qui proclament le double et indivisible devoir de d&#233;fendre jusqu'&#224; la mort l'ind&#233;pendance des nations menac&#233;es par l'&#233;tranger et de s'opposer par toute la force du peuple, m&#234;me r&#233;volutionnaire, aux guerres offensives, si tout cela ne suffit point &#224; rassurer les d&#233;mocrates sur le patriotisme prol&#233;tarien, c'est qu'ils ne veulent pas comprendre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour rassurer plus compl&#232;tement le Parti radical sur le patriotisme prol&#233;tarien, nous nous faisons un devoir de publier &#224; la suite de ce distingo socialiste entre les guerres offensives et d&#233;fensives &#8212; impossibles &#224; distinguer dans la pratique &#8212; le texte de la motion Yvetot en 1906 au congr&#232;s d'Amiens, vot&#233;e, &#224; une belle majorit&#233;, par la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail, laquelle est peut-&#234;tre plus qualifi&#233;e que Jaur&#232;s pour parler au nom du prol&#233;tariat :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Le congr&#232;s de la CGT, tenant compte de la majorit&#233; significative qui s'est affirm&#233;e sur l'adoption des rapports du comit&#233; conf&#233;d&#233;ral, de la section des Bourses, et de&lt;/i&gt; La Voix du peuple&lt;i&gt;, comprend que les ouvriers organis&#233;s de France ont suffisamment d&#233;montr&#233; leur approbation de la propagande antimilitariste et antipatriotique. Cependant, le congr&#232;s affirme que la propagande antimilitariste et antipatriotique doit devenir plus intense et toujours plus audacieuse. Dans chaque gr&#232;ve, l'arm&#233;e est pour le patronat- ; dans chaque conflit europ&#233;en, dans chaque guerre entre nations ou coloniale, la classe ouvri&#232;re est dup&#233;e ou sacrifi&#233;e au profit de la classe patronale parasitaire et bourgeoise. C'est pourquoi le 15&#232;me congr&#232;s approuve et pr&#233;conise toute action de propagande antimilitariste et antipatriotique, qui peut seule compromettre la situation des arriv&#233;s et des arrivistes, de toute classe et de toute &#233;cole politique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Vive le patriotisme prol&#233;tarien ainsi con&#231;u !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;15 mai 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;APR&#200;S LE SANG, LA BOUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;19 juin 1907&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas que les mercenaires de Flic 1er &#233;gorgent les vignerons du Midi. Il faut encore que ses valets de plume vomissent l'ordure sur ses victimes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour le terre-neuve Maujean&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;nateur de la Seine, directeur du National.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; &lt;i&gt;la r&#233;volution du Midi finit dans un &#233;clat de rire&lt;/i&gt; &#187;. C'est bref et cynique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le basset Henry B&#233;renger, l'honn&#234;te et vertueux B&#233;renger, est plus avis&#233;. Dans &lt;i&gt;l'Action&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lanc&#233;e en mars 1903 comme organe de combat anticl&#233;rical et aussi f&#233;ministe.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce dr&#244;le, qui se connaissant bien, croit conna&#238;tre les autres, demande &#224; quelle source myst&#233;rieuse les vignerons puisent les fonds n&#233;cessaires &#224; leur campagne. Ange de puret&#233; ! Que ne nous &#233;claires-tu sur celles qui alimentent ta feuille sans lecteur !...&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant au n&#233;grier G&#233;rault-Richard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journaliste socialisant, directeur de La Petite R&#233;publique en 1897. Il en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;lu des concussionnaires de la Martinique, il s'&#233;meut du sort des soldats qui ne peuvent cependant pas se laisser &#233;charper par de mauvais garnements. C'est exquis. Presque aussi exquis que ce couplet qui chante en ma m&#233;moire et dont G&#233;rault-Richard doit conna&#238;tre le p&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans vos estomacs bedonnants,&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous ferons, bourgeois ruminants,&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus d'une entaille,&lt;br class='manualbr' /&gt;La lutte sera sans merci&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous aurons le c&#339;ur endurci&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la bataille.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au surplus, les trois tire-laine sont d'accord pour d&#233;noncer la participation de la r&#233;action dans les affaires du Midi. Cela ne peut faire de doute. Partout o&#249; il y a m&#233;contentement, bruit, &#233;meute &#8212; en un mot tout ce qui d&#233;pla&#238;t &#224; la R&#233;publique &#8212;, on doit trouver la r&#233;action. Aussi le gouvernement a-t-il le devoir de s&#233;vir avec rigueur et si, par aventure, la r&#233;pression fait des morts, que la responsabilit&#233; tout enti&#232;re en retombe sur les r&#233;acteurs !&lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224; ce que ce trio a pour mission de r&#233;pandre chaque matin !&lt;br class='manualbr' /&gt;La question qui se pose sera de savoir si les r&#233;volutionnaires seront assez bons gar&#231;ons ou assez couards pour tol&#233;rer plus longtemps ces insolences, ces mensonges et ces calomnies.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant l'Affaire &#8212; celle qui valut &#224; bon nombre des n&#244;tres des mois de prison et qui fit la fortune politique de ces bateleurs &#8212;, les r&#233;volutionnaires insult&#233;s, diffam&#233;s par les feuilles nationalistes inaugur&#232;rent des m&#233;thodes d'action directe qui ne furent pas sans r&#233;sultats. Maintes salles de r&#233;daction pourraient t&#233;moigner de leur efficacit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'est pas impossible de voir les r&#233;volutionnaires revenir &#224; ces m&#233;thodes ! R&#233;cemment, un grand journal du matin se vit contraint par quelques-uns de nos amis &#224; plus de circonspection et de tact. Que MM. Maujean, B&#233;renger et G&#233;rault-Richard n'escomptent pas trop notre longanimit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une goutte suffit &#224; faire d&#233;border un verre trop plein.&lt;br class='manualbr' /&gt;La patience a des bornes si l'abjection de ces messieurs n'en a pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eug&#232;ne Merle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUEL EST LE R&#212;LE DU PARTI SOCIALISTE ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce un parti &#233;lectoral ? Est-ce un parti d'action ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;(&lt;i&gt;26 f&#233;vrier 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes socialiste-syndicaliste ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Vous l'avez dit..., citoyen.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Vous croyez que les syndicats sont les organisations de classe par excellence du prol&#233;tariat, tandis que les groupes socialistes ou anarchistes sont de simples groupements d'opinion o&#249; se coudoient bourgeois et ouvriers ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Vous croyez que les syndicats sont les organes r&#233;volutionnaires qui transformeront la soci&#233;t&#233; par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et insurrectionnelle, d&#232;s que la conscience ouvri&#232;re sera suffisamment d&#233;velopp&#233;e et qu'un nombre assez grand de prol&#233;taires en uniforme sera acquis, dans l'arm&#233;e, &#224; la cause r&#233;volutionnaire !&lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mais alors, &#224; quoi sert le Parti socialiste ? Et pourquoi y restez-vous ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Nous voulons y rester, et nous y resterons, parce que le r&#244;le du Parti nous semble important, et que nous croyons y repr&#233;senter, nous les jeunes, la vieille tradition r&#233;volutionnaire de ceux qui ne furent pas d&#233;put&#233;s, et qui sont morts. Expliquons-nous :&lt;br class='manualbr' /&gt;Mettons-nous, d'abord, d'accord sur un point : nous raisonnons sur les choses telles qu'elles sont et non pas sur les choses telles que nous d&#233;sirerions les voir.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Entendu.&lt;br class='manualbr' /&gt;- C'est un point capital. Lorsqu'on parle raisonnablement du Parti socialiste, on entend le Parti tel qu'il a &#233;t&#233; dans le pass&#233;, tel qu'il est dans le pr&#233;sent, &#8212; et non pas selon notre pieux d&#233;sir de voir le Parti devenir tel ou tel, parce que ce serait alors une question de pure imagination.&lt;br class='manualbr' /&gt;Primo. Dans tous les temps, dans tous les pays, le Parti socialiste a &#233;t&#233; un parti &#233;lectoral.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mais...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Voyons les faits. Tout groupe socialiste passe alternativement par deux &#233;tats. Il est gonfl&#233; pendant un an, il est squelettique l'ann&#233;e suivante. Les r&#233;unions sont nombreuses et suivies pendant l'ann&#233;e des &#233;lections, puis l'effectif se d&#233;gonfle et le marasme r&#232;gne pendant l'ann&#233;e qui s&#233;pare les p&#233;riodes &#233;lectorales.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Pendant l'ann&#233;e grasse, les salles de cent personnes sont trop petites et l'on n'a plus de quoi s'asseoir. Pendant l'ann&#233;e maigre, on se retrouve une vingtaine dans une arri&#232;re-boutique de bistro.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Il y aussi les groupes &#224; &#233;lus tr&#232;s nombreux, avec des petits commer&#231;ants, des francs-ma&#231;ons, des concierges enthousiastes, une bande de postulants aux recettes buralistes. On y d&#233;signe des candidats pour la caisse des &#233;coles et l'on y votaille &#224; propos de botte. Surtout on s'y engueule.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Au contraire, les groupes sans &#233;lus sont maigres, maigres, mais ce sont de petites familles pleines de cordialit&#233;, o&#249; l'on fait de l'&#233;ducation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la Seine, la premi&#232;re cat&#233;gorie tend &#224; dispara&#238;tre au profit de la seconde. Bravo pour la Seine.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Parti &#233;lectoral, soit, mais... dans tous les pays !&lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui.&lt;br class='manualbr' /&gt;- A toutes les &#233;poques ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui.&lt;br class='manualbr' /&gt;- En Russie ?&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est une lutte franchement &#8212; h&#233;ro&#239;quement &#8212; r&#233;volutionnaire, mais son but imm&#233;diat n'est-il pas la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, la conqu&#234;te du parlementarisme ? C'est &#224; quoi, d'ailleurs, elle aboutira, tout comme la grande &#233;pop&#233;e r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie anglaise de 1640 &#224; 1688&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La premi&#232;re r&#233;volution anglaise fut men&#233;e sous l'&#233;gide de Cromwell &#224; partir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et de la bourgeoisie fran&#231;aise de 1789 &#224; 1830.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Cependant, les vieux blanquistes !...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Admirables, mais si peu socialistes ! Ils ne connaissent pas les questions &#233;conomiques. C'&#233;taient des patriotes et des r&#233;publicains r&#233;volutionnaires.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Partons donc de cette double constations de fait :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; 1) Le Parti socialiste est un parti &#233;lectoral.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; 2) La masse de la population ne vient aux r&#233;unions qu'en p&#233;riode &#233;lectorale.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Quand nous avons 80 personnes &#224; une r&#233;union non &#233;lectorale, c'est un succ&#232;s, mais aux r&#233;unions &#233;lectorales, il y vient facilement 500 &#224; 1000 personnes.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Ne venir qu'aux r&#233;unions o&#249; l'on voit la figure d'un candidat peut &#234;tre absurde, mais c'est un pr&#233;jug&#233; tr&#232;s r&#233;pandu. Dans ces r&#233;unions, nous avons l'occasion de toucher des gens &#8212; dont nous avons besoin &#8212; et que nous ne toucherions pas autrement : il serait fou de n&#233;gliger ce moyen, en tant que moyen d'&#233;ducation.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mais, en r&#233;union &#233;lectorale, vous mettez de l'eau dans votre vin.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mon ami, les orateurs qui mettent de l'eau dans leur vin sont des niais, car on n'enl&#232;ve jamais si bien une salle &#8212; sauf quand elle faite d'avance &#8212; qu'avec une affirmation nettement r&#233;volutionnaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Maintenant, la nature du Parti socialiste vous appara&#238;t-elle clairement ? Il r&#233;unit tous les hommes, quelle que soit leur classe, qui croient &#224; la n&#233;cessit&#233; de grouper les prol&#233;taires, sans distinction de patrie, dans le but de d&#233;truire l'&#201;tat et de socialiser les moyens de production et d'&#233;change&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrairement &#224; ses intentions exprim&#233;es quelques paragraphes plus haut, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Sommes-nous d'accord ? Le Parti socialiste est &#233;lectoral et &#233;ducatif, &#233;lectoral parce qu'&#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Est-ce un parti d'action ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Si vous entendez par action les affiches, les r&#233;unions, les manifestations de tapage, oui ; le Parti socialiste est un parti d'action. C'est le parti des &#171; mauvais coucheurs &#187;, de ceux qui n'aiment pas avaler une injustice sans gueuler un bon coup et casser des vitres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Parti socialiste doit aimer descendre dans la rue et faire du boucan, beaucoup de boucan, lancer des p&#233;tards pour faire retourner les gens et les faire r&#233;fl&#233;chir, leur corner des v&#233;rit&#233;s aux oreilles.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Utile, tout cela, mais est-ce la v&#233;ritable action, et faut-il confondre l'action avec la gueule ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'action &#8212; aux heures troubles o&#249; la foule est dans la rue, fi&#233;vreuse, pleine de bonne volont&#233; mais ignorante, aux jours de gr&#232;ve, aux jours d'&#233;meute &#8212; consiste &#224; mener cette foule, aveugle et puissante, comme un &#233;l&#233;ment, &#224; lui sugg&#233;rer les actes n&#233;cessaires, &#224; commettre l'irr&#233;m&#233;diable pour la jeter en avant..., &#224; fusiller [les g&#233;n&#233;raux] Lecomte et Cl&#233;ment-Thomas, parce que d'une &#233;chauffour&#233;e de Montmartre, il en sort la Commune.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Or, de telles initiatives sont n&#233;cessairement spontan&#233;es. Imaginer un &#171; groupe d'action &#187; stable, permanent, est une contradiction dans les termes. Qui dit groupe dit discussion, vote, d&#233;lais. Toute organisation r&#232;gle l'allure de l'&#233;lite sur la lenteur de la moyenne.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; On ne peut pas &#234;tre &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de fait &#224; jet continu ; il n'y a pas de nerfs humains qui r&#233;sisteraient &#224; cette tension perp&#233;tuelle. Tout groupe qui ne veut &#234;tre que d'&#171; action &#187; se dissout, ou finit dans le chiqu&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; L'ancien Parti ouvrier fran&#231;ais [POF, fond&#233; par Jules Guesde] voulait, de 1875 &#224; 1885, &#234;tre le parti r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re. Il a fini d&#232;s 1893 dans le mar&#233;cage parlementaire, dans le chiqu&#233; r&#233;volutionnaire o&#249; l'on &#171; bourre les fusils avec des bulletins de vote &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Les syndicats qui ne veulent &#234;tre que des groupes d'action finissent dans le subventionnisme. Il fut de mode, dans certains milieux &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de consid&#233;rer la subvention... comme une &#171; reprise &#187; !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Il faut des groupements sp&#233;ciaux pour des cas sp&#233;ciaux.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Selon l'acte &#224; accomplir &#8212; nettoyer le grand-duc Serge [Romanov], par exemple &#8212; les hommes que la besogne tente se groupent spontan&#233;ment, s'entraident, accomplissent et se s&#233;parent.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; L'action par sa nature est spontan&#233;e. Elle na&#238;t du libre groupement de ceux qui prennent un plaisir silencieux &#224; ex&#233;cuter par une nuit sans lune... ce dont on ne se vante pas le lendemain.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Avez-vous vu Paris pendant les &#233;chauffour&#233;es du quartier Latin en 1893 ? Cela se faisait &#224; deux ou trois. L'un ameutait la foule, un omnibus &#233;tait arr&#234;t&#233;, vid&#233;, vers&#233;, flamb&#233; ; le populo s'excitait, les deux artistes s'&#233;clipsaient, la police chargeait et, pendant ce temps-l&#224;, les deux m&#234;me recommen&#231;aient un kilom&#232;tre plus loin.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Un beau coup, c'est comme une &#339;uvre d'art : &#231;a se fait d'inspiration. Quand on veut le faire sur commande, on obtient quelque chose d'officiel et de rat&#233;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;En cela comme en tout, la pratique a devanc&#233; la th&#233;orie. En Russie, les coups de main r&#233;volutionnaires sont faits par les organisations de combat du Parti socialiste r&#233;volutionnaire, organisations spontan&#233;es et provisoires, hors des cadres permanents du parti.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils sont faits bien souvent par des hommes &#233;trangers &#224; tout parti.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un exemple plus modeste nous montre &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; ayant sa personnalit&#233; ind&#233;pendante, en-dehors des cadres du Parti qui n'a sur elle qu'un contr&#244;le politique. C'est pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce &#224; cela qu'elle est vivante et qu'elle progresse.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si &lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; &#233;tait l'organe d'une organisation quelconque, socialiste, syndicaliste ou anarchiste, elle ne tirerait pas &#224; 25 000. Les canards guesdistes en sont bien la preuve : le tirage du &lt;i&gt;Travailleur du Nord&lt;/i&gt; et celui du &lt;i&gt;Socialiste&lt;/i&gt; diminuent : les sectaires font avorter tout ce qu'ils touchent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aucune organisation r&#233;guli&#232;re n'aurait pu prendre l'initiative de l'historique &#171; Affiche rouge &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Affiche antimilitariste, qui valut &#224; ses 25 auteurs un s&#233;jour &#224; la prison de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de 1905. Il a fallu que ce geste, qui vint &#224; son heure et fut n&#233;cessaire, f&#251;t accompli par le libre groupement de 28 camarades venus de partout.&lt;br class='manualbr' /&gt;Parti d'action le Parti socialiste ? Soit. Mais n'exag&#233;rons pas : le petit jeu est son affaire. Quand au &#171; grand jeu &#187; &#8212; quand l'heure sonnera de le jouer &#8212;, il reviendra non pas aux cadres r&#233;guliers du Parti, mais &#224; ses francs-tireurs, ses organisations de combat, et tout ce qu'on pourra demander au Parti sera de ne pas le d&#233;savouer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand &#224; pr&#233;sent, le Parti socialiste est un parti d'&#233;ducation mutuelle et d'agitation publique. C'est le parti &#233;lectoral de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. Bruck&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;KARL MARX&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(18 mars 1908)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande figure de Marx commence &#224; se d&#233;gager de toutes les d&#233;formations des pol&#233;miques et, &#224; mesure qu'elle s'&#233;loigne de nous, dans le recul de l'Histoire, nous pouvons mieux juger l'homme et l'&#339;uvre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les pires ennemis de Marx ont &#233;t&#233; ceux qui se disent marxistes ; ces disciples intol&#233;rants, hargneux et dogmatiques ont rendu Marx odieux &#224; ceux qui ne savent pas que ce que l'on donne souvent comme le marxisme est la plus impudente alt&#233;ration de la pens&#233;e de Marx.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Moi, je ne suis pas marxiste- !- &#187; disait Marx lui-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Semblable m&#233;saventure est arriv&#233;e au grand Proudhon que l'on a, bien &#224; tort, envelopp&#233; dans le m&#234;me ridicule que ses piteux disciples. Proudhon, lui aussi, n'&#233;tait pas proudhonien. Beaucoup s'&#233;tonneront en lisant qu'il est peu d'hommes, en France, qui soient plus &#233;loign&#233;s de Marx que Jules Guesde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jules Guesde, fondateur du Parti Ouvrier de France. Stalinien avant l'heure, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On croit commun&#233;ment que Guesde est le repr&#233;sentant de la &#171; pure doctrine &#187; marxiste, et ce n'est pas la moindre illusion qu'a su cr&#233;er autour de lui cet habile metteur en sc&#232;ne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est arriv&#233; &#224; Marx cette &#233;trange aventure que les hommes qui se r&#233;clament de lui sont ceux qui ne repr&#233;sentent pas sa pens&#233;e, et les pseudo-marxistes de France, comme les sociaux-d&#233;mocrates allemands, s'inspirent bien davantage des pires illusions de Lassalle sur la valeur du suffrage universel et le r&#244;le de l'&#201;tat-providence.&lt;br class='manualbr' /&gt;Bebel est un lassallien, comme Guesde, mais dans la mesure o&#249; Lassalle se trompait.&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'est-ce donc que Marx ?&lt;br class='manualbr' /&gt;N&#233; &#224; Tr&#232;ves en 1818, de parents juifs, il fit ses &#233;tudes dans les plus illustres universit&#233;s allemandes ; c'&#233;tait un bourgeois comme d'ailleurs tous les th&#233;oriciens socialistes : Saint-Simon descendait d'un duc, et Kropotkine &#233;tait prince.&lt;br class='manualbr' /&gt;Peut-&#234;tre serait-il devenu un rat de biblioth&#232;que de la science allemande, s'il n'avait pas rencontr&#233;, dans sa jeunesse, celui qui fut l'ami de toute sa vie : Friedrich Engels.&lt;br class='manualbr' /&gt;Fils d'un industriel d'Eberfeld, Engels &#233;tait un homme d'une culture universelle, aussi bien h&#233;g&#233;lien que tacticien militaire, journaliste, &#233;conomiste, directeur d'usine, polyglotte, ne reculant ni devant une partie de chasse au renard ni devant une bonne bouteille, grand contempteur de la &lt;i&gt;respectability&lt;/i&gt; britannique, et qui avait d&#233;j&#224; &#233;crit, &#224; 25 ans, un ouvrage sur la &lt;i&gt;Condition de la classe ouvri&#232;re en Angleterre&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nul doute qu'Engels exer&#231;a une grande influence sur l'orientation des &#233;tudes de Marx et qu'il contribua &#224; tourner ce prodigieux esprit vers les sciences sociales.&lt;br class='manualbr' /&gt;La belle p&#233;riode de la vie de Marx s'&#233;coula de 1843 &#224; 1850, pendant laquelle il fut successivement expuls&#233; de Prusse, de France, et de Belgique bataillant pour la cause r&#233;volutionnaire, dans cette universelle fermentation des ann&#233;es 1848.&lt;br class='manualbr' /&gt;Fix&#233; &#224; Londres, o&#249; il connut la mis&#232;re, le naturel d'homme d'&#233;tudes reprit le dessus et, dans le calme du cabinet d'o&#249; il ne sortit jamais plus, il entreprit son &#339;uvre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce ne fut pas un homme d'action, mais un homme de science, un &lt;i&gt;scholar&lt;/i&gt;, un travailleur acharn&#233;, une des intelligences les mieux meubl&#233;es, les plus m&#233;thodiques, les plus puissantes, les plus claires dont puisse s'enorgueillir la famille humaine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si le th&#233;oricien fut immense, l'homme politique fut mesquin. Il n'&#233;tait pas organisateur, et, de m&#234;me que Comte (qu'il domine cependant de si haut), il ne pouvait souffrir la contradiction.&lt;br class='manualbr' /&gt;Autoritaire et m&#233;disant &#8212; et son ami Engels l'&#233;tait davantage &#8212; sa pr&#233;sence dans l'Internationale fut une calamit&#233; pour le mouvement ouvrier.&lt;br class='manualbr' /&gt;Son penchant naturel lui faisait mener l'Internationale comme un ma&#238;tre d'&#233;cole m&#232;ne sa classe ; comme un patron m&#232;ne une usine. Il combattit avec haine Michel Bakounine, pauvre th&#233;oricien mais admirable homme d'action, bien qu'il fut d'accord avec lui sur tous les points de doctrine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Bakounine avait tout ce qui manquait &#224; Marx, et Marx avait tout ce qui manquait &#224; Bakounine.&lt;br class='manualbr' /&gt;La premi&#232;re Internationale mourut de ces querelles, et il n'y a pas lieu de la regretter ; regardons les pseudo-h&#233;ritiers de Marx, les Guesde et les Ferri, les Bebel et les Plekhanov : la survie d'une Internationale centralis&#233;e eut soumis le mouvement ouvrier &#224; la th&#233;ocratie des cuistres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'on oublie, dans Marx, la m&#233;diocrit&#233; de l'homme d'action et de l'agitateur politique, si l'on d&#233;gage son &#339;uvre des niaiseries des &#171; marxistes &#187; pr&#233;disant la r&#233;volution pour 1893 ou pour 1898, par la vertu du bulletin de vote ; si, au lieu de conna&#238;tre le marxisme de seconde main, par ses commentateurs, on remonte aux sources, si on &#233;tudie Marx dans Marx lui-m&#234;me, on ne peut qu'admirer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Marx ne fut pas un proph&#232;te ; il ne dessina pas le plan de la cit&#233; communiste : il parlait avec ironie de ceux qui composent des &#171; menus de cuisines pour les marmites de la soci&#233;t&#233; future &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est un historien qui, par sa lumineuse analyse du pass&#233;, nous donne une m&#233;thode pour comprendre les ph&#233;nom&#232;nes sociaux : le v&#233;ritable marxisme n'est pas un syst&#232;me, mais une m&#233;thode.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'essentiel dans Marx, ce n'est pas la th&#233;orie de la valeur ou le communisme, d'autres l'avaient dit avant lui ; ce n'est pas la th&#233;orie des crises p&#233;riodiques de ch&#244;mage, Marx ne l'a jamais syst&#233;matis&#233;e ; ce n'est pas la conqu&#234;te des pouvoirs publics, Marx &lt;i&gt;ne l'a jamais pr&#233;conis&#233;e&lt;/i&gt; !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui subsiste dans Marx, c'est la th&#233;orie de la plus-value (&lt;i&gt;mehrgeld&lt;/i&gt;), qui &#233;tablit que ce Capital est n&#233;cessairement du travail vol&#233;. C'est l'aboutissement communiste de la concentration des capitaux, c'est l'antipatriotisme, c'est la croyance dans la sup&#233;riorit&#233; de l'action sur la th&#233;orie : &#171; Toute action, tout mouvement r&#233;el importe plus qu'une douzaine de programmes. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qu'il y a d'essentiel et d'&#233;ternellement vivant dans Marx, ce sont les deux principes fondamentaux de sa m&#233;thode : la lutte de classe et le mat&#233;rialisme historique.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La lutte de classe&lt;/i&gt; o&#249;, se d&#233;gageant des fadaises humanitaires, il montre l'Histoire comme la suite des luttes &#233;piques des classes les unes contre les autres.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le mat&#233;rialisme historique&lt;/i&gt; par lequel il &#233;tablit que la base de la soci&#233;t&#233;, ce qui d&#233;termine tout le reste (institutions politiques, id&#233;es morales, formes familiales), c'est le r&#233;gime de propri&#233;t&#233;, d&#233;termin&#233; lui-m&#234;me par le mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui, selon la saine tradition de saint Thomas, ne nous croiraient pas sur parole, ne pourraient mieux employer les loisirs de leurs soir&#233;es qu'en lisant celles des &#339;uvres de Marx qui sont traduites en fran&#231;ais.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; n'est gu&#232;re accessible qu'aux sp&#233;cialistes ; mais il existe cependant le &lt;i&gt;R&#233;sum&#233; du &#171; Capital &#187;&lt;/i&gt;, par Deville, dont on dit parfois du mal, mais que je trouve fort clair. [...]&lt;br class='autobr' /&gt;
Surtout le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, l'immortel &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. Bruck&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA JOURN&#201;E DES FLICS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;29 avril 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;br class='manualbr' /&gt;Le premier mai, ne pouvant &#234;tre une journ&#233;e s&#233;rieuse pour la classe ouvri&#232;re, sera la journ&#233;e des flics. Ces braves gens (!) la veulent, leur journ&#233;e. Ils l'auront, nom d'un sabre ! Clemenceau se repose sur L&#233;pine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;fet de police de Paris, cf. l'article &#171; -Le prestige de la fonction- &#187; [Nde].&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour la leur donner.&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, ils l'auront aussi parce que le peuple, ce bon troupeau, en souvenir des processions d'autrefois, aime &#224; d&#233;filer devant ses pires ennemis. Seulement, autrefois, il priait et se faisait b&#233;nir. Aujourd'hui, il gueule et se fait assommer. Il n'a que la consolation de se dire : &#231;a ne durera pas toujours !&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, en attendant, &#231;a continue et &#231;a recommence.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si c'est ainsi qu'il pla&#238;t aux travailleurs d'obtenir des am&#233;liorations, ils en auront bien plus qu'ils n'en voudront, au pied de la botte du flic. Cette ann&#233;e, selon la bonne m&#233;thode du Clemenceau de bonne humeur, l'arm&#233;e ne se montrera peut-&#234;tre pas. Mobilis&#233;e, elle se tiendra cach&#233;e. Et la police exercera seule. A Paris, L&#233;pine op&#233;rera lui-m&#234;me. Ses brutes s'en donneront &#224; poings et &#224; bottes-que-veux-tu. Ce sera joli !&lt;br class='manualbr' /&gt;Le lendemain, les journaux c&#233;l&#233;breront l'habilet&#233; du Premier flic et l'&#233;nergie du Second. Et le Premier Mai 1908 aura v&#233;cu ! La pr&#233;fecture de police enregistrera une glorieuse journ&#233;e pour elle !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ah ! mes amis, quelle urgente campagne il est n&#233;cessaire d'entreprendre avec acharnement contre la police et les policiers !&lt;br class='manualbr' /&gt;Que de crimes et de hontes nous supportons de &#231;a !&lt;br class='manualbr' /&gt;Est-il possible qu'un ouvrier, de sang-froid, puissent regarder sans col&#232;re une de ces faces patibulaires, un de ces cr&#226;nes d'abrutis, un de ces groins d'alcooliques malfaisants ? Est-il possible que la masse des locataires d'un immeuble de faubourg puisse supporter le voisinage, supporter la promiscuit&#233; d'un aussi l&#226;che produit de la vie de caserne ? Quelle piti&#233;, quels &#233;gards peut-on avoir pour ce ren&#233;gat de la classe ouvri&#232;re qui a demand&#233; au guichet de la Pr&#233;fecture ou du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur sa gamelle et son collier de chien de garde ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Cet homme d&#233;chu dont le r&#233;giment a d&#233;velopp&#233; les pires instincts, au point d'en faire un mouchard, est tol&#233;r&#233;, parfois respect&#233;, toujours craint. _ Il pullule partout sans danger pour lui-m&#234;me. Il rit, il cause, il boit avec les gens du peuple quand son service ne lui commande pas de rudoyer, d'accuser, de brutaliser, de massacrer ceux auxquels, devant le comptoir d'un empoisonneur, il fait bonne figure !&lt;br class='manualbr' /&gt;Si seulement il n'y avait que ceux qui se so&#251;lent avec lui pour recevoir ses coups, ce serait juste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le mouchard, le flic, a parfois des mani&#232;res hypocritement affables en temps de calme. Si vous &#234;tes bien habill&#233;, si vous avez de l'&#171; ext&#233;rieur &#187;, ou si vous &#234;tes nombreux et qu'il soit seul, il vous respecte. Car ce chien sue la peur et devient l&#226;che quand il ne risque rien. Cet animal est ordinairement f&#233;roce quand on est en bande. Vous tous qui &#234;tes des hommes fiers, dignes, francs ; vous tous, qui osez protester quelquefois et qui vous croyez libres, vous savez quels traitements vous attendent au poste, au D&#233;p&#244;t, &#224; la gendarmerie, en prison !&lt;br class='manualbr' /&gt;Et vous, travailleurs, qui les avez vus &#224; l'&#339;uvre les Premiers Mai pr&#233;c&#233;dents, les jours de r&#233;union &#224; votre Bourse du travail, les jours de manifestation et les jours de gr&#232;ve, vous savez quelle race est celle de ces mufles ignobles qui ont trahi leur cause et leur classe et cognent sur ceux dont le courage et la conscience leur font honte et les affolent ; vous connaissez bien ces bandits !&lt;br class='manualbr' /&gt;Et bien ! le Premier Mai est le jour de leurs grandes man&#339;uvres. Que dis-je ? C'est le jour de gloire pour eux ; car l'ennemi, c'est le peuple, c'est l'ouvrier.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quels que soient l'&#226;ge et le sexe, ils cognent sur ceux que leur chef leur fait voir en rouge... et, comme nous ne sommes pas des jaunes, nous les rendons furieux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme des taureaux, ils foncent, aveugles de rage et d'alcool, sur ceux qui n'ont ni armes ni b&#226;tons. Et ils mettent la loque en pi&#232;ces. Et cela durera tant que le peuple aimera &#224; se faire traiter comme une loque par ces brutes ; cela durera tant qu'il persistera &#224; se mettre en cort&#232;ge pour recevoir des coups en gueulant l'Internationale ou tout autre cantique r&#233;volutionnaire avec les mains dans les poches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Georges Yvetot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE DROIT &#192; L'AVORTEMENT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;20 mai 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gros scandale dans la r&#233;gion ouvri&#232;re du Nord ! On a d&#233;couvert &#224; Tourcoing une demi-douzaine de faiseuses d'anges qui n'y allaient pas de main morte. L'une d'elles qui op&#232;re depuis quarante-cinq ans &#224; raison de deux ou trois op&#233;rations par semaine aurait plusieurs milliers d'&#171; anges &#187; sur la conscience. S'il y en avait comme cela quelques douzaines dans la r&#233;gion, on s'explique que la population de Tourcoing ait diminu&#233; dans des proportions qui doivent para&#238;tre effrayantes &#224; M. Piot.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si j'&#233;tais une vieille catin en retraite ou un vieux monsieur d&#233;cor&#233; courant apr&#232;s les petites filles de 10 ans, un prostitu&#233; du grand journalisme honn&#234;te ou un p&#233;d&#233;raste impertinent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oui, bon, d'accord... [Nde].&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou seulement si j'avais l'&#226;me de larbin sans laquelle on ne fait pas un bon avocat g&#233;n&#233;ral, j'invoquerais la Morale outrag&#233;e et j'appellerais les foudres de la loi sur ces m&#233;g&#232;res.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pauvre France, de combien de soldats t'ont priv&#233;e ces monstres ! Usiniers de mon pays, de combien de serfs, m&#226;les et femelles, elles ont frustr&#233; vos bagnes industriels ? Sainte Vierge, combien d'&#226;mes immortelles elles ont envoy&#233; &lt;i&gt;ad patres&lt;/i&gt; sans les sacrements de l'&#201;glise ?&lt;br class='manualbr' /&gt;La Morale, la Patrie, la Propri&#233;t&#233;, la Religion, la Vie humaine, cette chose sacr&#233;e &#8212; comme dirait Clemenceau, le massacreur de Narbonne et de Casablanca &#8212; , elles n'ont rien respect&#233;, ces harpies !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qu'ils vont en entendre sur ce chapitre les malheureux jur&#233;s qui vont subir le r&#233;quisitoire du d&#233;fenseur officiel et patent&#233; de l'Ordre et de la Soci&#233;t&#233; ! En d&#233;barrassant des milliers de femmes de f&#339;tus de quelques semaines ou de quelques mois, elles ont tu&#233; des germes de vie !&lt;br class='manualbr' /&gt;H&#233; ! cuistre &#224; robe rouge, valait-il mieux qu'elles condamnent &#224; la mis&#232;re, au d&#233;shonneur et au suicide des &#234;tres vivants en pleine conscience ? Tu ne soup&#231;onnes pas les drames auxquels ont assist&#233; ces faiseuses d'anges ! la d&#233;tresse tragique des malheureuses qu'elles ont d&#233;livr&#233;es ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Tu ne devines pas cette religieuse, &#224; qui une &#233;ducation idiote avait impos&#233; une chastet&#233; monstrueuse et qui, un beau jour &#224; l'h&#244;pital, est tomb&#233;e dans les bras de quelque carabin, de quelque infirmier ou de quelque convalescent, lequel s'est empress&#233; de la planter l&#224; avec son ventre ballonn&#233; !&lt;br class='manualbr' /&gt;Tu ne la vois pas cette ouvri&#232;re, m&#232;re de sept enfants, que son mari, un soir d'ivresse, a prise de force et pour qui la perspective d'une huiti&#232;me bouche &#224; nourrir est une catastrophe ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Et cette jeune fille du monde &#8212; de ton monde &#8212; que l'insuffisance de dot a condamn&#233;e &#224; un c&#233;libat contre nature et chez qui, un beau jour ou une belle nuit, la nature s'est r&#233;volt&#233;e, et qui se trouve &#171; d&#233;shonor&#233;e &#187; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Et cette ouvri&#232;re qui gagne 25 sous par jour, pour qui un enfant sera la perte de sa place, la mis&#232;re et la honte &#224; perp&#233;tuit&#233;, parce qu'elle aura &#171; faut&#233; &#187; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Tu ne les vois pas, fonctionnaire enjuponn&#233;, se rendant la t&#234;te basse, la rougeur au front, demander &#224; une de ces m&#233;g&#232;res providentielles que tu poursuis, de les sauver de la honte, du suicide, d'&#233;pargner &#224; leurs proches un malheur qui va empoisonner toute leur vie !&lt;br class='manualbr' /&gt;Car c'est une tare dans la soci&#233;t&#233; d'&#234;tre m&#232;re sans l'autorisation des autorit&#233;s constitu&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mais les m&#233;g&#232;res risquaient de tuer les patientes !&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et bien quoi ! est-ce que les patientes ne sont pas libres de leur corps ? Est-ce qu'on n'a pas le droit, entre deux maux, de choisir le moindre ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Si ton imb&#233;cile Code p&#233;nal n'avait pas pr&#233;vu des peines atroces pour le m&#233;decin qui provoque un avortement, les patientes iraient trouver des mains plus expertes &#8212; et plus propres surtout, moins brouill&#233;es avec l'antiseptie &#8212; qui les d&#233;barrasseraient sans danger et sans attendre le septi&#232;me mois !&lt;br class='manualbr' /&gt;Un jour viendra o&#249;, par l'instruction g&#233;n&#233;rale assur&#233;e &#224; tous les hommes et &#224; toutes les femmes, les pr&#233;jug&#233;s s&#233;culaires ayant disparu, les plus obtus comprendront que condamner quelqu'un &#224; la chastet&#233;, c'est aussi raisonnable, comme disait Luther, &#171; que de d&#233;cr&#233;ter qu'on vivra sans boire et sans manger &#187; et que la morale et l'honneur ont aussi peu &#224; voir dans les relations sexuelles que dans toutes les autres fonctions physiologiques de notre machine humaine, un jour viendra o&#249; tous les enfants porteront le nom de leur m&#232;re, o&#249; il n'y aura plus ni enfants naturels, ni enfants l&#233;gitimes, et o&#249; la soci&#233;t&#233; assurera &#224; toutes les m&#232;res la subsistance de leurs enfants en bas &#226;ge.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand ce jour viendra-t-il ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Il arrivera quand les travailleurs organis&#233;s, dans la CGT, auront mis la main sur les mines, les usines, les banques, les maisons d'habitation, les grands domaines ; quand ils auront, par l'expropriation des parasites, par la suppression des gaspillages de la soci&#233;t&#233; capitaliste et l'organisation de la production sur des bases sociales, assur&#233; &#224; tous les hommes et toutes les femmes de bonne volont&#233;, l'instruction, le bien-&#234;tre et l'ind&#233;pendance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jusque-l&#224;, le seul rem&#232;de &#224; la g&#233;n&#233;ralisation des man&#339;uvres abortives, c'est de propager dans toutes les classes de la soci&#233;t&#233; la connaissance des pratiques malthusiennes qui permettent, on le sait, de ne procr&#233;er qu'&#224; volont&#233;, dans la limite o&#249; l'on a les moyens &#8212; et le droit &#8212; d'avoir des enfants.&lt;br class='manualbr' /&gt;En attendant que les moyens pr&#233;servatifs malthusiens soient connus universellement, c'est &#224; chacun de nous, dans son entourage, dans sa famille, de r&#233;agir contre les pr&#233;jug&#233;s stupides et f&#233;roces dont sont victimes les filles-m&#232;res ; c'est le devoir surtout de tous les esprits libres, au risque de scandaliser les Piot, les B&#233;renger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce magistrat, pr&#233;nomm&#233; Ren&#233; et surnomm&#233; &#171; le P&#232;re-la-pudeur &#187; avait men&#233; une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et toute la race des Tartuffe, des pharisiens et des imb&#233;ciles, de r&#233;clamer hautement le droit &#224; l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Sans-Patrie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oh ! pudeur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; publie chaque semaine quelques lignes de notre &#233;ditorial, avec des amabilit&#233;s dont nous la remercions par des critiques tout amicales, amicales sinon de forme, du moins d'intention.&lt;br class='manualbr' /&gt;La semaine derni&#232;re, elle reproduisit dix lignes de l'article &#171; Le Droit &#224; l'avortement &#187;, en ayant soin de choisir les dix lignes qui pouvaient le moins permettre de deviner de quoi il s'agissait dans l'article.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; cette d&#233;coupure, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; mit un titre comme toujours.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le droit &#224; l'avortement &#233;tait trop &#171; shocking &#187;, trop scabreux.&lt;br class='manualbr' /&gt;On est socialistes, m&#234;me r&#233;volutionnaires, mais on a de la pudeur, et puis, il ne faut pas effaroucher le public.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le filet eut pour titre, nous vous le donnons en mille : &#171; Les Enfants &#187; !&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour une trouvaille, c'est une trouvaille.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand donc notre cons&#339;ur socialiste se gu&#233;rira-t-elle de sa sotte pudibonderie et de sa peur des mots ? Sans doute le jour o&#249; elle acquerra le sens du journalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;27 mai 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE PRESTIGE DE LA FONCTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;27 mai 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me flic de France &#8212; nous avons nomm&#233; L&#233;pine &#8212; continue &#224; jouer les invuln&#233;rables, tels Achille aux pieds l&#233;gers. Et de fait, invuln&#233;rable ou non, il se montre d'une cr&#226;nerie qui n'a d'&#233;gale que le respect de ces bons r&#233;volutionnaires pour sa r&#233;pugnante personne. Dernier exemple : la manifestation de dimanche au Mur des f&#233;d&#233;r&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tandis que les manifestants &#233;taient aux prises avec les ren&#233;gats des groupes Morel et Lajarrige&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la compagnie du Gaz de Paris, hostile aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on vit L&#233;pine se jeter au plus fort de la m&#234;l&#233;e, et n'&#233;tait-ce l'intervention de 3 ou 4 camarades de la &lt;i&gt;Guerre sociale&lt;/i&gt; qui firent &#224; ce moment un beau tapage, on e&#251;t vu cette chose r&#233;jouissante : le pr&#233;fet de police faire cesser &#224; lui seul l'effervescence, imposer le silence &#224; plusieurs centaines de r&#233;volutionnaires &#171; braillards &#187;. Qui nous expliquera le respect superstitieux et paralysant dont jouit ce sinistre fantoche aupr&#232;s des n&#244;tres, m&#234;me parmi ceux qui passent &#224; juste titre pour n'avoir pas froid aux yeux ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Est-ce que M. L&#233;pine poss&#233;derait par hasard un pouvoir d'hypnose insoup&#231;onn&#233; et irr&#233;sistible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;fet de police avait en effet un certain courage physique. C'est ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? R&#233;pondez, les gel&#233;s, les engourdis, les fig&#233;s sur place, si toutefois vous ne pr&#233;f&#233;rez &#234;tre r&#233;veill&#233;s par un passage &#224; tabac !&lt;br class='manualbr' /&gt;En attendant, L&#233;pine le dompteur passe, souriant, intr&#233;pide, intangible, &#224; travers les effervescences et les bagarres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Faut-il l'admirer ? Non, ce qui est admirable, c'est la patience de ses adversaires, de ses victimes...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES DANGERS DU PARLEMENTARISME&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;16 septembre 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de camarades du Parti nous reprochent notre insistance &#224; signaler les dangers du parlementarisme pour le Parti socialiste.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; la veille du congr&#232;s de Toulouse, il faut que nous y revenions pour qu'on comprenne bien la nature de nos critiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les guesdistes, qui ont &#233;t&#233; un temps &#224; la gauche du parti, avaient bien compris les dangers du parlementarisme ; c'est pour cela qu'ils avaient &#233;lev&#233;, dans les r&#232;glements, toute esp&#232;ce d'obstacles pour entraver les &#233;lus dans leur marche naturelle &#224; la direction du Parti et &#224; la conqu&#234;te individuelle du pouvoir ; exclusion des parlementaires de la Commission administrative permanente, refus du budget, interdiction de faire partie d'un minist&#232;re bourgeois, etc., etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais devant la force que donne un mandat l&#233;gislatif, l'obstacle des r&#232;glements est d&#233;risoire. En fait, les &#233;lus, les &#233;lus l&#233;gislatifs surtout, sont les ma&#238;tres du parti, et dans quelques ann&#233;es, il ne restera plus rien des entraves qui les arr&#234;tent dans leur ascension vers la participation au gouvernement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Certains camarades, comme Cambier, affirment que les inconv&#233;nients du parlementarisme ne tiennent qu'&#224; la d&#233;loyaut&#233; de quelques parlementaires et que ces &#233;garements individuels n'enl&#232;vent rien &#224; l'id&#233;e. Ils sont dans l'erreur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Croit-on que les &#233;lus actuels soient des hommes particuli&#232;rement malhonn&#234;tes et que le Parti, tomb&#233; sur une s&#233;rie si mauvaise, ait chance &#224; l'avenir d'en trouver de meilleurs ? Il serait enfantin de le soutenir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les &#233;lus d'aujourd'hui ne sont pas plus criminels que d'autres ; seulement il est tout naturel qu'on ne d&#233;sire pas s&#233;rieusement un bouleversement social alors que, dans l'&#233;tat pr&#233;sent, on gagne quinze-mille francs par an.&lt;br class='manualbr' /&gt;La psychologie de l'ouvrier socialiste qui devient d&#233;put&#233; est bien simple.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jeune, actif, plus intelligent que la masse de ses camarades, il comprend l'horreur de sa situation particuli&#232;re et de celle de sa classe, et il veut que cela change ; le Parti socialiste se pr&#233;sentant alors &#224; lui, il y entre pour pr&#233;parer la r&#233;volution.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; force de parler dans les sections, il devient orateur passable ; il est &#233;cout&#233;, on le d&#233;l&#232;gue aux congr&#232;s et, alors, des ambitions auxquelles il ne songeait pas tout d'abord s'&#233;veillent en lui, il se sent un candidat possible ; et, d&#232;s ce moment, il ti&#233;dit.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'observation et l'exp&#233;rience lui ont appris, tr&#232;s durement parfois, &#224; &#234;tre habile. Il a compris que les intransigeants, ceux qui disent carr&#233;ment ce qu'ils pensent envers et contre tout, ne sont pas aim&#233;s, et que, pour acqu&#233;rir les sympathies, il faut au contraire adopter une attitude conciliatrice, tant vis-&#224;-vis des id&#233;es qu'&#224; l'&#233;gard des individus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il apprend &#224; placer son opinion dans la moyenne, afin de pouvoir sans heurt la faire glisser jusqu'&#224; la tendance la plus forte ; il apprend aussi &#224; &#234;tre aimable, &#224; flatter la foule, et cela lui r&#233;ussit admirablement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une fois &#233;lu, il reste socialiste, certes ; c'est le socialisme qui l'a mis en place ; c'est lui qui l'y maintient. Dans les r&#233;unions, il fait ce qu'il faisait avant : il parle, il combat l'organisation sociale, les partis au pouvoir et, aux yeux du public, aucun changement n'est survenu en lui car il a su, &#224; force de faire des discours, substituer une indication factice &#224; celle qu'il &#233;prouvait jadis r&#233;ellement contre les injustices sociales.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais sa vie mat&#233;rielle s'est compl&#232;tement transform&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il habitait une mauvaise chambre o&#249; vivait toute sa famille ; il a maintenant un appartement confortable, une domestique ; lui, sa femme et ses enfants sont bien habill&#233;s. Aussi, parmi les invit&#233;s d'autrefois, beaucoup commencent &#224; lui peser ; les trop pauvres d&#233;tonnent dans son confort, leur pr&#233;sence m&#234;me est un reproche ; et puis, un jour ou l'autre, ils pourraient lui emprunter cent sous.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;lu commence donc &#224; tenir les gens &#224; distance ; lui qui recevait &#224; toute heure, qui allait lui-m&#234;me chez tout le monde, a maintenant son jour ; afin m&#234;me d'&#234;tre moins d&#233;rang&#233;, il loue pour recevoir ses &#233;lecteurs un logement sp&#233;cial, fort laid le plus souvent, et qu'il meuble de quelques vieilles chaises. L'appartement o&#249; il vit, il en cache l'adresse s'il le peut et le r&#233;serve &#224; l'&#233;lite qu'il s'est choisie pour entourage ; pas des grands bourgeois certes, l'aristocratie moderne n'ouvre pas aussi facilement ses portes. Elle accueillera peut-&#234;tre son fils si le p&#232;re a su en faire un haut fonctionnaire bien sage, mais lui fleure encore trop vivement le hareng prol&#233;tarien.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ses amis, le d&#233;put&#233; ouvrier les choisit parmi ses coll&#232;gues de la Chambre, d'abord, et il y adjoint quelques camarades du Parti tri&#233;s sur le volet, bourgeois de naissance, fonctionnaires moyens, employ&#233;s bien r&#233;tribu&#233;s, commer&#231;ants gagnant largement leur vie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous disions que le candidat &#233;ventuel avait ti&#233;di ; cette description suffit &#224; faire comprendre combien l'&#233;lu est devenu froid. Au fond, il ne d&#233;sire qu'une chose, c'est qu'il y ait longtemps encore un prol&#233;tariat avec un Parti socialiste qui continue de l'envoyer &#224; la Chambre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si seulement il se contentait d'y ex&#233;cuter les volont&#233;s du parti, on pourrait encore passer sur les quinze-mille, quoique... Mais il fr&#233;quente les &#233;lus des partis mod&#233;r&#233;s et, pour placer des parents, pour entrer dans des affaires lucratives, il consent &#224; se laisser mettre un fil &#224; la patte.&lt;br class='manualbr' /&gt;Alors il s'efforce, par une grande habilet&#233;, &#224; ne s'affirmer jamais dans une question compromettante. Pour attaquer le gouvernement, il choisira un point secondaire- ; dans la question militariste, il condamnera la guerre &#8212; ce qui est bien vu de tout le monde &#8212; et se d&#233;clarera patriote ; afin m&#234;me d'&#233;viter ce dernier mot, qui pourrait faire croire..., il se contente de dire qu'il faut travailler &#224; cr&#233;er la patrie, ce qui est d'un clair-obscur plus rassurant.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Parti, il fait tout ce qu'il peut pour le rendre le plus mod&#233;r&#233; possible et il y r&#233;ussit, car son prestige est &#233;norme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans les sections, sa pr&#233;sence suffit &#224; modifier le sens des r&#233;solutions. Il tient les uns par des bienfaits, places, d&#233;corations, services ; d'autres, par l'exp&#233;rience ou la crainte ; et le reste, qui craint ni n'esp&#232;re rien, est subjugu&#233; par l'&#233;loquence, le prestige des v&#234;tements &#233;l&#233;gants, de la richesse relative. D'ailleurs, dress&#233;s par de longues ann&#233;es de pr&#233;paration, les &#233;lus sont si habiles &#224; soutenir simultan&#233;ment des opinions oppos&#233;es, &#224; se d&#233;clarer r&#233;volutionnaires tout en se d&#233;clarant r&#233;formistes, que chaque tendance les croit plus pr&#232;s d'elle que de la tendance adverse.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, pensera-t-on, vous n'allez pas nous faire croire qu'il n'y ait pas un honn&#234;te homme au monde et que l'int&#233;r&#234;t personnel soit absolument tout ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Eh si ! L'int&#233;r&#234;t personnel est tout, absolument tout.&lt;br class='manualbr' /&gt;Songez que pour ne pas se conduire comme le font les &#233;lus, il faudrait &#234;tre plus qu'honn&#234;te, &#234;tre l'homme qui a fait siennes les id&#233;es qu'il soutient et qui les pr&#233;f&#232;re &#224; l'argent, au confort, &#224; l'amiti&#233;, &#224; sa famille m&#234;me ; et croyez-vous qu'il y ait assez d'hommes de cette trempe pour en remplir les bancs de l'extr&#234;me-gauche &#224; la Chambre ?&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;lu, voyez-vous, est un homme moyen ; il faut donc se dire qu'il agira comme tel. Aussi, dans un parti de r&#233;volution, il ne peut &#234;tre qu'une entrave. Certes, des p&#233;riodes &#233;lectorales sont des occasions de propagande, mais il vaut mieux &#234;tre quelques milliers de m&#233;contents qui excitent les prol&#233;taires &#224; la haine des bourgeois, qui pr&#233;parent des gr&#232;ves et des &#233;meutes afin de pr&#233;parer la r&#233;volution, qu'un puissant parti politique destin&#233; &#224; remplacer un jour le Parti radical et &#224; faire faillite &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Madeleine Pelletier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#201;FENDRONS-NOUS LA R&#201;PUBLIQUE ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;3 f&#233;vrier 1909&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition de droite s'agite. Ses pr&#233;textes, il est vrai, sont un peu forc&#233;s ; des coups de canne plomb&#233;e, 30 bless&#233;s, deux cents arrestations, parce qu'un professeur de lyc&#233;e, Thalamas, a dit il y a quelque huit ans qu'on pouvait &#233;lever des doutes sur la mission divine de Jeanne d'Arc ! Mais enfin l'on saisit les pr&#233;textes que l'on peut : &#171; Sans motif, ou avec motif, agitez, agitez ! &#187;, disait jadis Mazzini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un des hommes du Risorgimento italien.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; les royalistes suivent le conseil et, somme toute, ils n'ont pas tort.&lt;br class='manualbr' /&gt;Deviendront-ils une force ? Certes, pour le moment leurs effectifs sont bien jeunes. Les adolescents de quinze et seize ans abondent dans leurs r&#233;unions et leurs manifestations ; et, &#224; cet &#226;ge, on fait de la politique bien plut&#244;t par un impatient d&#233;sir d'&#233;[&lt;i&gt;mastic sur original&lt;/i&gt;]tions qu'on peut avoir encore. Dans cinq ou six ans, ces jeunes gens feront paisiblement leur droit ou leur m&#233;decine, ne songeant plus qu'aux examens &#224; passer et &#224; la situation &#224; acqu&#233;rir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il ne faut pas se dissimuler que derri&#232;re les manifestants il y a des masses de gens qui, s'ils n'aiment pas &#224; crier dans les rues, n'en sont pas moins acquis &#224; la cause de la restauration monarchique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans les milieux les plus divers on entend &#224; l'heure pr&#233;sente la m&#234;me ; &#171; Ah ! la R&#233;publique n'a pas donn&#233; ce qu'elle avait promis. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les &#233;trangers, aux id&#233;es lib&#233;rales &#233;galement, voyant &#233;voluer notre r&#233;gime, n'ont plus aucune envie de l'instaurer chez eux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes, pour nous socialistes, une r&#233;publique, quelle soit-elle, ne saurait, en r&#233;gime capitaliste, r&#233;aliser l'enti&#232;re justice, mais tout de m&#234;me, pour les hommes de la premi&#232;re r&#233;volution et pour ceux qui, durant tout le XIX&#232;me si&#232;cle ont conspir&#233; la chute des gouvernements despotiques, la r&#233;publique avait sa valeur.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'&#233;tait la libert&#233; de pens&#233;e dans toute son &#233;tendue ; c'&#233;tait l'impossibilit&#233; des fortunes scandaleuses par la suppression compl&#232;te de l'h&#233;ritage, l'assurance pour tous d'un minimum de vie, non par des aum&#244;nes d&#233;gradantes et al&#233;atoires, mais par de grands services publics organis&#233;s &#224; cet effet ; c'&#233;tait l'accessibilit&#233; &#224; tous aux plus hautes fonctions de la r&#233;publique par la gratuit&#233; de l'enseignement secondaire et sup&#233;rieur. C'&#233;tait enfin ce d&#233;mocratisme des m&#339;urs, ce sens chez tous de l'&#233;galit&#233; morale dans la diversit&#233; des conditions mat&#233;rielles, par l'effet de quoi le talent, le caract&#232;re, l'intelligence devaient, m&#234;me alli&#233;s &#224; l'indigence, rencontrer partout consid&#233;ration et respect.&lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224; ce qu'&#233;tait la r&#233;publique dans l'esprit des hommes qui pour elle, jadis, ont &#233;t&#233; exil&#233;s, emprisonn&#233;s, tu&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'est-elle, en r&#233;alit&#233;, depuis trente-huit ans que nous en avons fait l'exp&#233;rience ?&lt;br class='manualbr' /&gt;La libert&#233; de penser ? Les ann&#233;es de prison inflig&#233;es &#224; jet continu aux r&#233;dacteurs de ce journal en sont un exemple.&lt;br class='manualbr' /&gt;On en trouve un autre dans le fonctionnaire r&#233;voqu&#233; ou disqualifi&#233; &#224; la moindre vell&#233;it&#233; d'exprimer tout haut des opinions diff&#233;rant tant soit peu de celles que le gouvernement prescrit.&lt;br class='manualbr' /&gt;La suppression de l'h&#233;ritage ! Il y a belle lurette que les radicaux au pouvoir l'ont jet&#233;e au panier.&lt;br class='manualbr' /&gt;La gratuit&#233; de l'enseignement secondaire et sup&#233;rieur ? Les &#233;lus du Parti eux-m&#234;mes ne s'y int&#233;ressent pas, ils aiment mieux la soupe gratuite &#224; l'&#233;cole primaire, pensant qu'il est sans int&#233;r&#234;t &#233;lectoral de donner au prol&#233;tariat une culture intellectuelle qu'il ne r&#233;clame pas, n'en comprenant pas la port&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, sur le d&#233;mocratisme des m&#339;urs, mes lecteurs savent &#224; quoi s'en tenir sans que j'insiste. M&#233;rite, caract&#232;re, intelligence, activit&#233;, d&#233;sint&#233;ressement ! Fausse monnaie que tout cela, la r&#233;publique n'en a que faire. Gagnez une fortune m&#234;me en tenant un gros num&#233;ro&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On rep&#233;rait &#224; cela les bordels, au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et il n'y aura pour vous que sourires accueillants. Mme Steinheil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une des putains de la III&#232;me R&#233;publique, ma&#238;tresse de F&#233;lix Faure, entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; faisant sacrer son mari grand peintre par la seule vertu (si l'on peut dire) de services... sp&#233;ciaux rendus &#224; un pr&#233;sident de la r&#233;publique, est la caract&#233;ristique du r&#233;gime.&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;publique actuelle est si abjecte qu'elle a d&#233;moralis&#233; le peuple tout entier. Les faits r&#233;voltants du n&#233;potisme de Chaumi&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ministre de la Justice en 1905.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'ont, lors de leur divulgation, indign&#233; personne. Il a pu le faire, disait chacun ; il a bien fait ; si j'&#233;tais &#224; sa place, j'en ferais autant. Wilson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le parent par alliance de Jules Gr&#233;vy, pr&#233;sident de la r&#233;publique de 1879 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le gendre de Gr&#233;vy, pourrait revenir aujourd'hui vendre ses d&#233;corations, il ne susciterait plus la belle indignation d'autrefois ; personne seulement ne le remarquerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
La corde patriotique, que nos &#233;lus tiennent tant &#224; m&#233;nager, est aussi pourries que les autres. Des patriotes eussent bondi &#224; la nouvelle que Krupp s'&#233;tait associ&#233; &#224; Schneider, du Creusot, pour exploiter le Maroc ; aucun Fran&#231;ais de France n'a boug&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ce qui assure le ch&#226;timent du r&#233;gime, c'est que cette veulerie o&#249; il a laiss&#233; tomber la masse se tournera contre lui-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus d'enthousiasme pour la forme de gouvernement ; la conserver ou en changer indiff&#232;re au peuple ; on ne crie plus nulle part : &#171; Vive la r&#233;publique ! &#187; Plus de consid&#233;ration pour les hommes au pouvoir ; pour tous, ministres et d&#233;put&#233;s ne sont que des &#171; roublards &#187; qui ont eu de la chance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans opposition de nulle part, les choses pourraient quand m&#234;me aller longtemps ainsi, mais vienne une minorit&#233; royaliste ayant quelque &#233;nergie ; c'en sera fait de Marianne ; nul ne se l&#232;vera pour la d&#233;fendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous, car l&#224; est l'important, la d&#233;fendrons-nous, la r&#233;publique ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut esp&#233;rer que non.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je sais bien qu'ici je vais faire jeter les hauts cris &#224; quelques-uns.&lt;br class='manualbr' /&gt;Comment !!! Mais alors, vous allez laisser triompher la r&#233;action.&lt;br class='manualbr' /&gt;Vous retardez, mes amis, les &#233;tiquettes ne recouvrent plus les m&#234;mes marchandises qu'autrefois. Aujourd'hui, la r&#233;action, c'est la r&#233;publique radicale. Sauver encore une fois la r&#233;publique ; s'allier pour ce faire aux mod&#233;r&#233;s du Parti, aux radicaux, ressusciter l'affaire Dreyfus ; revoir pulluler les jeunes bourgeois arrivistes serrant avec ostentation, pour les essuyer ensuite, les mains des ouvriers des Universit&#233;s populaires en minaudant qu'ils vont &#171; toujours plus &#224; gauche &#187;. Et apr&#232;s, le l&#226;chage sans vergogne, la remise au grenier de &#171; la solidarit&#233; &#187; et m&#234;me de &#171; la justice &#187; et, comme b&#233;n&#233;fice net, quelques Viviani&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anticl&#233;rical, minsitre du Travail de 1906 &#224; 1910 [Nde].&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et quelques Briand&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristide Briand fut d'abord proche du socialisme r&#233;volutionnaire (il fut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de plus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ah, non ! mille fois non !&lt;br class='manualbr' /&gt;Loin de penser &#224; aider les radicaux &#224; sauver Marianne, il vaudrait mieux commencer &#224; envisager la possibilit&#233; de concourir &#224; son &#233;tranglement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une fois le r&#233;gime renvers&#233;, on verrait &#224; tirer le parti le meilleur pour le socialisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Madeleine Pelletier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#201;FLEXIONS SUR LE SABOTAGE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(10 mars 1909)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sabotage est l'arme des l&#226;ches, dit le vieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sabotage est l'arme naturelle de l'exploit&#233;, dit le jeune.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Il y a la gr&#232;ve...&lt;br class='manualbr' /&gt;- La gr&#232;ve ? ha ! ha ! ha ! La gr&#232;ve digne, n'est-ce pas, vieux p&#232;re ! La gr&#232;ve o&#249; l'ouvrier attend placidement que le patron se rende &#224; ses revendications. La lutte du buffet vide contre le coffre-fort bien garni. Ha ! ha ! ha !...&lt;br class='manualbr' /&gt;- C'est toujours ainsi que nous avons lutt&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et c'est toujours ainsi que vous avez &#233;t&#233; roul&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Vois-tu, fiston, c'est plus fort que moi. Jamais je ne pourrai me r&#233;soudre &#224; faire mal ma t&#226;che, &#224; d&#233;grader le mat&#233;riel ou &#224; d&#233;t&#233;riorer les machines. Je suis pour la franchise, moi ; cette lutte sournoise et impersonnelle me d&#233;go&#251;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;- C'est bien &#231;a, tu vas trouver ton patron. Tu lui dis : &#171; Patron, nos salaires sont manifestement insuffisants. Les compagnons et moi demandons de les relever. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Parfaitement !&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et le patron te jette dehors en criant que tu veux le mettre sur la paille.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Alors, on quitte le travail.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et on attend.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Dame...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et les gosses, ta femme, ils attendront que ton patron revienne &#224; de meilleurs sentiments ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Faut bien.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et si le patron (car ses gosses et sa femme &#224; lui peuvent attendre), et si le patron ne c&#232;de pas de plusieurs semaines ou de plusieurs mois ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Nous faisons des d&#233;monstrations dans la rue, nous en appelons &#224; l'opinion publique.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Des d&#233;monstrations pacifiques, hein, vieux sage ?...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Bien entendu.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Bien entendu aussi, la police vous tombe sur le poil, ramasse les plus agit&#233;s, et le brave prolo que tu es rentre chez lui &#233;c&#339;ur&#233;, d&#233;sabus&#233; et pr&#234;t, pour peu que sa femme crie et que les m&#244;mes pleurent, &#224; aller s'aplatir devant le singe.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Eh oui, le sabotage manque de franchise ! Eh oui, il est normal que l'ouvrier loyal que tu es ressente quelque r&#233;pugnance de cette lutte en catimini, dans l'ombre et l'anonymat, alors qu'on sait avoir raison et que l'on r&#234;ve de vaincre par la seule force de son droit dans la pleine lumi&#232;re du jour. Mais est-ce que nous avons le choix des moyens, nous autres ! Est-ce que tu ne sens pas que le patron aura toujours le dessus avec son argent, sa police, avec ses soldats, si tu ne le frappes pas au c&#339;ur avec les armes dont tu disposes !&lt;br class='manualbr' /&gt;- Sans doute, sans doute...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Comment peux-tu esp&#233;rer triompher du patron avec les formidables armes dont il sait s'entourer ! Tu te mets en gr&#232;ve : le patron embauche des jaunes qui seront prot&#233;g&#233;s contre les insultes et les coups.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si les jaunes font d&#233;faut, le patron aura des soldats qui assureront le travail &#224; ta place. Ou bien encore ton patron demandera aide et protection &#224; ses confr&#232;res. Un lock-out se formera. Toutes les usines ou tous les chantiers de ta corporation seront ferm&#233;s par la volont&#233; du patron, en attendant que toi et tes coll&#232;gues soyez redevenus raisonnables.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Tout cela est vrai, mais je n'admets pas ton sabotage.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'ailleurs, le sabotage, neuf fois sur dix, frappe le public plus que le patron.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ce sont les journalistes qui racontent ces sottises. Toutefois, il arrive que le public est atteint. Quand les boulangers font gr&#232;ve, par exemple, et qu'avant de quitter le p&#233;trin, ils rendent les fours inutilisables, le public est atteint puisqu'il lui faudra manger du mauvais pain fabriqu&#233; dans des fours de caserne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais que faire &#224; cela ? Vaut-il mieux que les ouvriers boulangers capitulent avant d'avoir lutt&#233; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Le public, le public ouvrier, celui qui souffre de l'organisation actuelle, celui qui est capable de comprendre la l&#233;gitimit&#233; des revendications corporatives, ce public-l&#224; n'a qu'&#224; prendre parti pour le mitron, il n'a qu'&#224; menacer son boulanger de boycottage s'il ne c&#232;de pas. Il n'a qu'&#224; manifester d'une mani&#232;re positive sa sympathie pour le prol&#233;tariat en r&#233;volte. C'est son devoir, &#224; ce public, et c'est aussi son int&#233;r&#234;t. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui, oui, tout cela est tr&#232;s beau, mais le public ne bouge pas et s'il manifeste son opinion, c'est pour se prononcer contre nous.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Parce que la presse le trompe. Parce que nous n'avons pas encore fait son &#233;ducation sur ce point.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le fait est que si la population nous soutenait...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Il n'y a qu'&#224; le vouloir. Assur&#233;ment, il faut que le sabotage soit pratiqu&#233; intelligemment. Je sais qu'il existe de jeunes compagnons qui pratiquent le sabotage &#224; tort et &#224; travers, comme une revanche de la mis&#232;re sur le luxe bourgeois. Je sais qu'il se produit des actes de sabotage ridicules et inutiles : nuisibles, puisque personne ne les comprend et qu'ils apparaissent plus comme des actes de vandalisme brutal que comme une tactique de lutte r&#233;fl&#233;chie.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Je suis content, fiston, de t'entendre dire &#231;a.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui, vieux p&#232;re, le sabotage doit &#234;tre raisonn&#233;. Appliqu&#233; aveugl&#233;ment, sans raison, pour le plaisir, il est n&#233;faste et condamnable. Appliqu&#233; &#224; bon escient, dans un cas de mauvaise volont&#233; &#233;vidente du patron, comme un moyen d'intimidation ou de pression, le sabotage est l&#233;gitime et de premi&#232;re importance. Il est une des formes de l'action directe de l'exploit&#233; sur l'exploiteur. Il est, en p&#233;riode ordinaire, notre seul instrument s&#233;rieux de d&#233;fense. Le tout est de savoir s'en servir... H&#233;las ! Vieux p&#232;re, voil&#224; que tu sabotes le temps de ton patron. Tu ne vois pas que l'heure de reprendre le boulot est pass&#233;e !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aucun des deux interlocuteurs ne m'a demand&#233; mon avis, mais, en les quittant, je savais bien lequel des deux avait raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bob&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leurs opinions et les n&#244;tres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE SABOTAGE ET LES HOMMES D'ORDRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(16 juin 1909)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Prosper Ferrero est, si nous ne nous trompons pas, d&#233;put&#233; socialiste du Var. Dans &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, organe r&#233;publicain socialiste quotidien, il fl&#233;trit avec &#233;loquence le sabotage des lignes :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans&lt;/i&gt; la Guerre Sociale&lt;i&gt;, Herv&#233; se f&#233;licite de ce que les saboteurs ont coup&#233; des lignes t&#233;l&#233;graphiques le long des voies ferr&#233;es. On imagine les catastrophes de chemin de fer que de pareilles pratiques peuvent amener. Herv&#233; s'en pr&#233;occupe fort peu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Herv&#233; s'en pr&#233;occupe au contraire beaucoup.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Organisation r&#233;volutionnaire secr&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Gilles Heur&#233; [Biographiste d'Herv&#233;], 3000 faits de sabotage ont &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui a organis&#233; le sabotage, de l'aveu des journaux de la bourgeoisie, a m&#234;me bien recommand&#233; de ne pas toucher aux lignes t&#233;l&#233;graphiques et t&#233;l&#233;phoniques qui prot&#232;gent la s&#233;curit&#233; des trains.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les saboteurs doivent d'ailleurs tous savoir que, le long des voies ferr&#233;es, les deux ou trois lignes du bas seules appartiennent aux compagnies de chemin de fer et que toutes les autres, plac&#233;es au-dessus, appartiennent aux lignes de l'&#201;tat : et la meilleure preuve, c'est qu'il n'y a eu aucun accident de chemin de fer.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour lui, cet acte est le commencement du chambardement anarchique qu'il r&#234;ve.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nullement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce sont simplement des repr&#233;sailles pour venger les 650 r&#233;voqu&#233;s des Postes... et une gymnastique r&#233;volutionnaire pour d&#233;traquer le syst&#232;me nerveux de la soci&#233;t&#233; bourgeoisie, le jour o&#249; il sera utile &#224; la cause r&#233;volutionnaire de le d&#233;traquer compl&#232;tement.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt; Si la propagande socialiste n'avait pas d'autre moyen d'action que le sabotage des fils t&#233;l&#233;graphiques, il est probable que le r&#233;sultat atteint serait diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; celui qu'on cherche.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sabotage n'est pas un moyen de propagande socialiste ; c'est un acte de vengeance, un acte de guerre sociale.&lt;br class='manualbr' /&gt;On peut &#234;tre un saboteur accompli, et en m&#234;me temps un bon propagandiste, par la plume et la parole, de l'id&#233;al socialiste.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'un n'emp&#234;che pas l'autre.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour quiconque r&#233;fl&#233;chit, il est des sabotages odieux. Ceux qui risquent de compromettre les vies humaines le sont particuli&#232;rement. Certaines m&#233;thodes de lutte sociale sont antipathiques au grand public. Les bombes tuant stupidement &#224; droite et &#224; gauche, coupables et innocents, amis et ennemis, ont excit&#233; une r&#233;probation g&#233;n&#233;rale, les anarchistes fran&#231;ais y ont renonc&#233;, se contentant de r&#233;pandre journaux et brochures, ce qui est infiniment moins dangereux. Ils pr&#233;conisent encore le sabotage qui, parfois, peut avoir des cons&#233;quences redoutables pour un tas de pauvres diables n'ayant rien &#224; voir dans la bataille engag&#233;e par les r&#233;volutionnaires contre la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sabotage des lignes t&#233;l&#233;graphiques et t&#233;l&#233;phoniques de l'&#201;tat ne risque de compromettre aucune vie humaine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ferrero, tr&#232;s j&#233;suitiquement, feint de croire que les r&#233;volutionnaires tiennent plus que lui &#224; faire d&#233;railler les trains !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous ignorons quels sont les individus qui coupent les lignes t&#233;l&#233;graphiques, mais nous voyons bien que leur geste rend au gouvernement le plus signal&#233; service.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme r&#233;compense de ce signal&#233; service, le gouvernement fait perquisitionner ceux qu'il soup&#231;onne de sabotage, en attendant qu'il les fasse emprisonner.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Il serait singuli&#232;rement imprudent de dire que Clemenceau a invit&#233; des &#233;quipes d'ouvriers des lignes &#224; mettre bas les fils.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce ne serait pas de l'imprudence, ce serait de la niaiserie, digne de notre m&#232;re l'oie &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; ou du citoyen Pauron.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;On se demande pourtant quel but peuvent poursuivre ceux qui op&#232;rent sur toute la surface du territoire, au sommet des poteaux, cisailles en main.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous ne sommes pas dans le secret des dieux... ni des saboteurs... Mais il est visible que leur but est de venger les 650 r&#233;voqu&#233;s des postes, de troubler dans ses affaires et dans ses plaisirs la classe riche et ais&#233;e qui, seule, se sert beaucoup du t&#233;l&#233;graphe et du t&#233;l&#233;phone... classe qui a applaudi aux ex&#233;cutions des postiers. Peut-&#234;tre aussi leur but est-il de se faire la main, de s'entra&#238;ner pour le jour o&#249; le sabotage des fils serait une n&#233;cessit&#233; r&#233;volutionnaire, par exemple, comme dit, para&#238;t-il, l'instruction sur le sabotage, en cas de menace de guerre.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;La gr&#232;ve des PTT est termin&#233;e, impossible de la galvaniser. La gr&#232;ve g&#233;&#173;n&#233;rale n'a pu s'organiser. Il semble que les travailleurs devraient s'organiser pour les luttes futures, et que les engagements d'arri&#232;re-garde devraient cesser sous peine de donner plus de force &#224; l'ennemi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces engagements d'arri&#232;re-garde n'emp&#234;chent nullement la masse des travailleurs de s'organiser pour les luttes futures : ceux qui livrent ces engagements d'arri&#232;re-garde en ce moment seront probablement ceux qui seront comme toujours &#224; l'avant-garde le jour des batailles prochaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La peur du sabotage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plumitif qui a r&#233;dig&#233; dans un quotidien de l'Ouest, &lt;i&gt;La Charente&lt;/i&gt; &#8212; journal qu'un de nos lecteurs nous envoie &#8212;, un v&#233;h&#233;ment article de t&#234;te portant pour titre virulent : &#171; Actes abominables &#187;, exag&#232;re quelque peu : &#171; &lt;i&gt;Fanfaronnades &#224; part, nous sommes donc entr&#233;s dans une nouvelle phase de l'action r&#233;volutionnaire. Battus sur le terrain de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, o&#249; l'immense majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re a refus&#233; de les suivre, les anarchistes ont entrepris la destruction r&#233;guli&#232;re et m&#233;thodique des lignes et des commandes de signaux s&#233;maphoriques sur les voies ferr&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais non ! mais non ! il ne s'agit que des fils t&#233;l&#233;graphiques et t&#233;l&#233;phoniques appartenant &#224; l'Etat, et de ceux-l&#224; seuls !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt; Sous pr&#233;texte de &#034;sabotage&#034;, ils se livrent &#224; de v&#233;ritables attentats, dont la cons&#233;quence pourrait &#234;tre la mort de milliers de personnes innocentes et totalement &#233;trang&#232;res aux d&#233;bats &#233;conomiques ou politiques en raison desquels ces messieurs de la CGT croient urgent de faire d&#233;railler les trains.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est toi qui d&#233;raille ! La CGT n'est absolument pour rien dans le sabotage des fils t&#233;l&#233;graphiques !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous reconnaissons que la r&#233;paration de ces tentatives criminelles est difficile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je te crois.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt; D'abord, parce que les auteurs proc&#232;dent avec une extr&#234;me prudence et se dissimulent dans l'ombre, avec un soin infini. Ces gens, qui font si peu de cas de la vie des autres, ont un profond respect pour leurs pr&#233;cieuses personnes et s'arrangent toujours de fa&#231;on &#224; courir le minimum de risques.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;S'ils s'y prenaient autrement, ce seraient des imb&#233;ciles.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;D'une part, il serait presque impossible de les pincer sur le fait parce qu'on ne peut organiser une surveillance g&#233;n&#233;rale et permanente des lignes t&#233;l&#233;graphiques et des voies ferr&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est &#233;videmment plus facile de sabrer de paisibles manifestants d&#233;sarm&#233;s dans une plaine, comme &#224; Villeneuve-Saint-Georges.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Un journal parisien a propos&#233; un moyen de venir &#224; bout des fous furieux qui se croient &#224; peu pr&#232;s s&#251;rs de l'impunit&#233;, ce serait de promettre des primes &#233;lev&#233;es &#224; ceux qui les feront prendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas tr&#232;s noble, ce n'est pas tr&#232;s chevaleresque, ce n'est pas tr&#232;s fran&#231;ais, observe notre confr&#232;re, mais vous voulez rire ? Est-ce que ces bandits se soucient de noblesse quand ils ruinent l'outillage qui sert &#224; faire vivre tout le monde ? Est- ce qu'ils sont chevaleresques et fran&#231;ais quand ils essaient d'&#233;craser sous les d&#233;bris d'un train des centaines de pauvres diables, de femmes et d'enfants ? Il n'y a aucun scrupule &#224; avoir avec de l&#226;ches assassins comme ces gens-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;cid&#233;ment, cet imb&#233;cile exag&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sabotage n'est pas &#171; fran&#231;ais &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Progr&#232;s de la C&#244;te-d'Or&lt;/i&gt;, qu'un de nos amis nous communique, ne manque pas lui non plus de fins aper&#231;us sur la question- :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Un service comme celui des communications &#233;lectriques remplit dans la vie &#233;conomique du pays un r&#244;le trop primordial pour que le gouvernement puisse laisser jouir d'une plus longue impunit&#233; les sinistres personnages qui ont jur&#233; d'en emp&#234;cher le fonctionnement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est aussi notre avis ! Mais encore faut-il les attraper !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Que si, parfois, il est dans nos habitudes, en France, de nous gausser des agents ou des auxiliaires de la justice, quand ils rentrent bredouilles de leurs exp&#233;ditions, c'est un penchant auquel le grand public ne c&#233;dera certainement pas dans le cas qui nous occupe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#199;a d&#233;pend de quel public ; le public bourgeois, qui se sert journellement du t&#233;l&#233;phone, trouve en effet la plaisanterie de fort mauvais go&#251;t.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y c&#233;dera d'autant moins que les chefs et les professeurs du sabotage en question n'ont pas m&#234;me cette sorte de courage, en soi peu recommandable d'ailleurs, par o&#249; certains malfaiteurs trouvent le moyen de faire impression sur la foule.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;La prochaine fois, ils op&#233;reront en plein jour, apr&#232;s avoir pr&#233;venu 48 heures &#224; l'avance le commissaire de police le plus voisin.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Le sabotage lui-m&#234;me, qui consiste &#224; s'en prendre &#224; des choses sans d&#233;fense, appara&#238;t d&#233;j&#224; comme le plus l&#226;che, et &#224; coup s&#251;r le moins fran&#231;ais, des proc&#233;d&#233;s qui puissent &#234;tre mis au service d'une cause.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ah ! tu nous froisses dans notre patriotisme ! S&#251;rement, quand ils sauront que le sabotage n'est pas un proc&#233;d&#233; fran&#231;ais, nos saboteurs ne manqueront pas d'y renoncer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jeu de la r&#233;action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;R&#233;veil du Nord&lt;/i&gt;, journal des socialistes jaunes et des radicaux tricolores du Nord, M. Desmons, ancien m&#233;decin militaire, officier de la l&#233;gion d'honneur, n'est pas content des saboteurs et il ne nous l'envoie pas dire :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Quant &#224; nous, nous ne cesserons de nous &#233;lever avec tout ce que nous avons de vigueur contre ces actes de barbares indignes de la classe ouvri&#232;re, d'une &#034;classe ouvri&#232;re sortie des langes du premier &#226;ge&#034; comme l'&#233;crit le camarade Marius Andr&#233;. Nous stigmatiserons ces &#233;nergum&#232;nes qui font trop bien le jeu de la r&#233;action en pr&#233;conisant ouvertement la violence, le sabotage, l'insurrection, au sein d'un parti dont c'&#233;tait l'honneur et la force, d'avoir inscrit &#224; la base de sa constitution qu'il poursuivait, par le bulletin de vote, la conqu&#234;te des pouvoirs publics.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces bourgeois repus sont tous les m&#234;mes. Maintenant qu'ils sont install&#233;s confortablement autour de l'assiette au beurre, ils n'aiment pas les &#233;nergum&#232;nes, ils sont pour la l&#233;galit&#233;. On comprend la r&#233;pugnance de M. Desmons pour la r&#233;volution.&lt;br class='manualbr' /&gt;Signe particulier : ce M. Desmons, qui parle avec tant d'amour du Parti socialiste, refuse d'en &#234;tre. C'est un des suiveurs de l'ancien &#233;nergum&#232;ne Briand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos d'un unifi&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le journal socialiste que dirige le citoyen Ringuier, &#224; Saint-Quentin, on s'&#233;l&#232;ve avec force contre le sabotage qui, &#224; Chauny, non loin de l&#224;, a abouti &#224; couper 27 des 33 importants fils qui reliaient Paris &#224; la r&#233;gion du Nord :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Ces actes de sabotage sont compl&#232;tement idiots. Si ceux qui se livrent &#224; ce jeu dangereux se figurent qu'ils sont intelligents, ils se trompent. C'est de la malfaisance b&#234;te. On a interrompu pendant une demi-journ&#233;e toutes les correspondances t&#233;l&#233;phoniques et t&#233;l&#233;graphiques et port&#233; pr&#233;judice au commerce et au grand public. A qui cela profite-t-il- ? A personne. Et puis le sabotage est malhonn&#234;te et ne peut &#234;tre le fait d'hommes conscients.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Signe particulier : le socialiste conservateur qui a accouch&#233; de ce r&#233;quisitoire est un socialiste unifi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que notre m&#232;re l'oie, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, lui avait d&#279;j&#224; donn&#233; le la.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nous le connaissons pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Presque tous les journaux ont publi&#233; une note &#224; peu pr&#232;s ainsi con&#231;ue au sujet de Roussel, l'un des camarades anarchistes arr&#234;t&#233;s sous l'inculpation de d&#233;tention de dynamite : &#171; On affirme, &#224; la CGT, qu'il ne fait plus partie de cette organisation depuis plus d'un an. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;D'autre part, l'Union des syndicats si&#233;geant &#224; la Bourse du travail, d&#233;clare que Roussel a &#233;t&#233; ray&#233; de la liste de ses membres, depuis au moins une ann&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Possible ! Que Roussel, qui &#233;tait l'un des signataires du manifeste de la CGT &#171; Gouvernement d'assassins &#187;, dont douze seulement furent r&#233;cemment poursuivis, n'ait plus rien de commun avec la CGT.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout de m&#234;me cette unanimit&#233; et cet empressement &#224; le renier, au moment o&#249; il est coffr&#233;, d&#233;notent, dans certains milieux syndicalistes, une prudence et une diplomatie qui commencent &#224; devenir inqui&#233;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'organisation de combat reprend la parole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Communication non officielle &lt;br class='autobr' /&gt;
transmise par fil non coup&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons re&#231;u cette nuit le document suivant :&lt;br class='manualbr' /&gt;L'organisation de combat qui s'est occup&#233; d'organiser le sabotage &#224; l'occasion de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale tient &#224; rappeler au public une fois pour toutes :&lt;br class='manualbr' /&gt;1&#176;) Que les cheminots n'ont rien &#224; voir dans cette affaire ; que le sabotage s'accomplit &#224; leur insu et qu'il est enti&#232;rement inutile que certains orateurs se d&#233;solidarisent publiquement d'avec les saboteurs, lesquels sont des militants r&#233;volutionnaires, soucieux de prendre part &#224; la besogne n&#233;cessaire ;&lt;br class='manualbr' /&gt;2&#176;) que le sabotage qui se pratique dans l'int&#233;r&#234;t des cheminots et des autres corporations en gr&#232;ve continuera &#224; s'exercer, m&#234;me lorsque la gr&#232;ve sera termin&#233;e, en repr&#233;sailles contre un gouvernement de jaunes et de tra&#238;tres ;&lt;br class='manualbr' /&gt;3&#176;) que toutes les mesures prises &#8212; perquisitions, arrestations, emprisonnements, poursuites &#8212; contre les saboteurs sont enti&#232;rement inutiles et que rien ne pourra emp&#234;cher le sabotage de se poursuivre m&#233;thodiquement tant que les salari&#233;s en r&#233;volte n'auront pas obtenu compl&#232;te satisfaction.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'ORGANISATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : nous croyons que les auteurs de ce communiqu&#233;, membres de l'organisation de combat, nous l'ont transmis pour r&#233;pondre aux notes aussi tendancieuses qu'idiotes parues &#231;a et l&#224; dans les journaux vendus &#224; Aristide-la-crapule.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PREMIER AVERTISSEMENT... AVEC FRAIS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte fut &#233;crit le lendemain de la manifestation qui suivit l'ex&#233;cution, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(13 octobre 1909)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions averti charitablement qui de droit que nous &#233;tions quelques-uns d&#233;cid&#233;s &#224; ne pas nous laisser assommer par les cosaques de la R&#233;publique. Nous avons tenu parole.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce ne sont pas des malandrins, des apaches qui ont r&#233;sist&#233;, revolver au poing, aux brutes de la garde r&#233;publicaine et des brigades centrales.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est nous, les r&#233;volutionnaires.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous en avons assez de nous laisser cravacher, assommer &#224; coups de casse-t&#234;te, sabrer, par les apaches de l'Ordre chaque fois que nous nous livrons &#224; une manifestation pacifique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sous la R&#233;publique m&#234;me bourgeoise, nous avons le droit de manifester dans la rue, tout comme les citoyens de la monarchie belge ou de la monarchie anglaise.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et si on nous conteste ce droit, nous le prendrons.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et nous avons la pr&#233;tention d'exercer ce droit sans &#234;tre trait&#233;s comme des moujiks russes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le gouvernement avait le droit &#8212; et le devoir si l'on veut &#8212; d'entourer l'ambassade d'Espagne et nous emp&#234;cher de la saccager.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour cela, il n'avait qu'&#224; accumuler d'importantes forces de police autour de l'h&#244;tel du repr&#233;sentant de l'assassin d'Espagne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous n'avions pas du tout l'id&#233;e folle de forcer les barrages, ni de mettre en d&#233;route des forces d'infanterie et de cavalerie, arm&#233;es de fusils et de carabines Lebel.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous venions, boulevard de Courcelles, conspuer les rois d'Espagne et son ambassadeur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'y avait qu'&#224; nous laisser crier notre col&#232;re &#224; cent m&#232;tres de l'ambassade ; puis, nous serions all&#233;s continuer notre manifestation sur les grands boulevards.&lt;br class='manualbr' /&gt;M. L&#233;pine et ses apaches en avaient d&#233;cid&#233; autrement, para&#238;t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier groupe, celui que conduisaient Laisant et Charles Albert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anarchistes animant la d&#233;fense en France de Ferrer.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a &#233;t&#233; charg&#233; et assomm&#233; sans aucune violence, ni sans avoir ripost&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le second groupe, celui que conduisait la r&#233;daction de &lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; charg&#233; au trot, sans sommations, sans invitation &#224; nous arr&#234;ter ; ils ont lanc&#233; leurs chevaux sur nous ; ils nous ont pi&#233;tin&#233;s ; alors, alors seulement, pour se d&#233;fendre, nos amis ont sorti &#171; leur bulletin de vote &#187;, et, comme les gardes municipaux d&#233;gainaient et essayaient de les frapper &#224; grands coups de sabre, ils les ont arr&#234;t&#233;s nets par quelques coups de revolver.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les autres groupes qui ont tir&#233;, n'ont tir&#233; que lorsqu'ils ont &#233;t&#233; charg&#233;s, assomm&#233;s, sabr&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quelques policiers ont &#171; &lt;i&gt;trinqu&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a assez longtemps que nous &#171; trinquons &#187;, nous !&lt;br class='manualbr' /&gt;Chacun son tour.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous sommes d&#233;cid&#233;s &#224; continuer, si la police continue.&lt;br class='manualbr' /&gt;S'il faut se battre, pour conqu&#233;rir le droit &#233;l&#233;mentaire de manifester notre opinion dans la rue, on se battra.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si Briand-la-Jaunisse ne veut pas que le sang coule une autre fois, qu'il mette une museli&#232;re &#224; ses cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gustave Herv&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POUR DES SALAUDS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(3 novembre 1909)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quinze jours, &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt; publiait un article &#8212; tr&#232;s courageusement sign&#233; Karakol &#8212; o&#249;, entre autres cochonneries, il &#233;tait dit que la manifestation pacifique du dimanche 17 octobre avait &#233;t&#233; organis&#233;e de concert entre &#171; &lt;i&gt;Jaur&#232;s, Herv&#233; et L&#233;pine&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s l'&#233;meute du 10 octobre, Herv&#233; renon&#231;a &#224; faire monter les ench&#232;res et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous avons laiss&#233; passer cette salet&#233;. &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt; a sans doute jug&#233; que ce n'&#233;tait pas suffisant. Dans son dernier num&#233;ro, un autre pur &#8212; qui, non moins courageux que le premier, signe Lux &#8212; d&#233;verse un nouveau flot de bave.&lt;br class='manualbr' /&gt;Voici un &#233;chantillon de cette ordure :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est fait. Malgr&#233; les meetings bruyants, les ordres du jour comminatoires, les manifestations burlesques en automobiles, les menaces, les pri&#232;res, les suppliques ; malgr&#233; tout cela, ou plut&#244;t &#224; cause de cela, Ferrer a &#233;t&#233; fusill&#233;. (...)&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous n 'avons rien dit pendant que nos guignols r&#233;volutionnaires agitaient leurs grelots pour effrayer les fusilleurs espagnols. Nous &#233;tions sans illusions, sachant tr&#232;s bien que le bluff des manifestations cocasses, dissimulant une faiblesse r&#233;elle, n'emp&#234;cherait rien. (...)&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Les rodomontades ridicules de ces pitres et de ces fausses-couches sociales n'avaient aucune chance d'aboutir au r&#233;sultat qu'elles pr&#233;tendaient viser. C'&#233;tait du bluff, du tam-tam pour la galerie, comme tout ce que font ces messieurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;(...)&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous admettons parfaitement que des militants anarchistes aient refus&#233; de prendre part &#224; une manifestation dont ils d&#233;sapprouvaient le caract&#232;re. Nous comprenons que des anarchistes critiquent et bl&#226;ment &lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; pour la part qu'elle a prise &#224; la d&#233;monstration du 17. Nos amis de &lt;i&gt;Germinal&lt;/i&gt;, d'Amiens, l'ont fait en termes nets mais amicaux, et nous leur avons r&#233;pondu ici avec une &#233;gale cordialit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ce que nous n'admettons pas, c'est d'&#234;tre diffam&#233;s, calomni&#233;s, par des gens qui se frottent journellement &#224; nous, et, de ce fait, savent pertinemment qu'ils mentent lorsqu'ils &#233;crivent ou laissent imprimer les salet&#233;s d'un Lux ou d'un Karakol !&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut d'ailleurs &#224;&lt;i&gt; L'Anarchie&lt;/i&gt; une certaine effronterie pour nous traiter de &#171; &lt;i&gt;fausses-couches sociales&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt; non-agisseurs&lt;/i&gt; &#187;. _ Quand, dans sa propre maison, et jusque dans sa &#171; ligne directrice &#187;, on a des moineaux comme&lt;i&gt; l'Anarchi&lt;/i&gt;e en poss&#232;de, on &#233;vite de parler d'&#171; agisseurs &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est peut-&#234;tre un &#171; agisseur &#187; ce cr&#233;tin vantard qui a nom Mauricius et qui, de l'avis de quiconque l'approche, est la poltronnerie et la l&#226;chet&#233; personnifi&#233;es ? &#171; Agisseur &#187;, Le vieux [sic] cette poche &#224; fiel, ce diffamateur chronique qui, &#233;loign&#233; de tout groupement, en marge de toute action, loin de Paris, myst&#233;rieux et inconnu, tance, censure, critique, outrage (par la plume) avec une m&#233;chancet&#233; de bouledogue et une mauvaise foi de j&#233;suite, tout ce qui n'a pas l'heur de lui plaire ? &#171; Agisseur &#187; Armand, ce th&#233;oricien (pas sans valeur, d'ailleurs) qui a le go&#251;t de la bataille &#8212; je parle de la bataille o&#249; l'on risque sa libert&#233; ou sa peau &#8212; &#224; peu pr&#232;s comme le chat a le go&#251;t de l'eau bouillante ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Des &#171; agisseurs &#187;, &#231;a ? Ah !... Ah !...&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous ces gens, qu'on ne voit jamais, lorsqu'il y a un risque &#224; courir, passent le plus clair de leur temps, soit &#224; philosopher, &#224; discutailler sur des sujets mille fois rebattus, soit &#224; d&#233;nigrer tout ce qui ne porte pas leur firme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que ces &#171; agisseurs &#187; m&#232;nent leur propagande &#224; leur guise : nous n'y voyons d'inconv&#233;nient que pour l'anarchisme dont ils ont r&#233;ussi &#224; d&#233;tacher bien des sinc&#233;rit&#233;s et bien des &#233;nergies. Mais qu'ils nous foutent la paix : il y a des salet&#233;s que les &#171; fausses-couches &#187; que nous sommes ne supporteront pas !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Miguel Almereyda&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ces lignes ne s'appliquent pas &#224; quelques bons camarades qui fr&#233;quentent &#224; L'Anarchie comme Cachat et Dulac, lesquels m'ont pr&#233;sent&#233; personnellement, et en toute camaraderie, leurs critiques. Ma protestation est dirig&#233;e contre les deux salauds qui signent Lux et Karakol et contre les responsables moraux de L'Anarchie. Je tiens &#233;galement &#224; d&#233;clarer qu'il fut un temps o&#249; les militants de L'Anarchie, s'ils usaient dans leur propagande de moyens que je juge f&#226;cheux, savaient &#224; l'occasion payer de leur personne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'EXEMPLE DE L'APACHE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(12 janvier 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais encore scandaliser les honn&#234;tes gens et les imb&#233;ciles. Savez-vous que cet apache qui vient de tuer l'agent Deray ne manque pas d'une certaine beaut&#233;, d'une certaine grandeur.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est un apache, c'est entendu ; c'est-&#224;-dire un malheureux qui, &#224; dix-neuf ans, a filout&#233;, peut-&#234;tre un jour de ch&#244;mage ; la prison a commenc&#233; &#224; le pourrir, le Bat d'Af&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bataillon d'Infanterie L&#233;g&#232;re d'Afrique, o&#249; &#233;taient affect&#233;s les &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'a achev&#233;. Sorti de l&#224;, rentr&#233; &#224; Paris, il a v&#233;cu en marge du Code, tra&#238;nant son casier judiciaire comme un boulet.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un beau jour, des bourriques des &#171; m&#339;urs &#187; l'ont arr&#234;t&#233;, sous l'inculpation de vagabondage sp&#233;cial et l'ont fait condamn&#233; &#224; trois mois de prison et &#224; cinq ans d'interdiction de s&#233;jour.&lt;br class='manualbr' /&gt;Or, l'apache &#233;tait tout ce qu'on voudra, except&#233; un souteneur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les &#171; m&#339;urs &#187; se sont-ils tromp&#233;s ? C'est possible.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ont-ils menti, fait un faux t&#233;moignage, pour se venger de la femme avec laquelle ils ont trouv&#233; notre homme ?&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est probable : la plupart des bourriques des m&#339;urs cumulent cette honorable profession avec celle de souteneur et ne reculent pas devant un faux t&#233;moignage pour se d&#233;barrasser d'un rival. L'apache fit sa prison.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il en sortit &#224; la mi-d&#233;cembre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une fois libre, il n'eut plus qu'une id&#233;e : la vengeance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'avait pas d'arme ; pour pouvoir en acheter, il travailla, nuit et jour, de son m&#233;tier de cordonnier, avec acharnement, &#233;conomisant pi&#232;ce &#224; pi&#232;ce son salaire : ce fut son r&#233;veillon &#224; lui.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand il eut cent francs, il alla acheter un bon revolver, se fabriqua une &#233;trange cuirasse. Avec du cuir h&#233;riss&#233; de pointes de fer, il affila deux de ses tranchets et, ainsi arm&#233; de pied en cap, envelopp&#233; dans un manteau, il se mit &#224; la recherche des deux policiers qui l'avaient fait condamner.&lt;br class='manualbr' /&gt;On sait le reste et la fa&#231;on magistrale dont il re&#231;ut les agents en bourgeois qui voulaient l'arr&#234;ter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne demande pas pour cet apache le prix Montyon.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais je trouve que dans notre si&#232;cle d'aveulis et d'avachis, il a donn&#233; une belle le&#231;on d'&#233;nergie, de pers&#233;v&#233;rance et de courage, &#224; la foule des honn&#234;tes gens ; &#224; nous-m&#234;mes, r&#233;volutionnaires, il a donn&#233; un bel exemple.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous les jours, il y a d'honn&#234;tes ouvriers qui sont victimes de brutalit&#233;s polici&#232;res, d'ignobles passages &#224; tabac, de condamnations imm&#233;rit&#233;es, d'erreurs judiciaires grossi&#232;res : avez-vous jamais entendu que l'un d'entre eux se soit veng&#233; !&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a parmi nous des militants qui ont &#233;t&#233; insult&#233;s, gifl&#233;s, assomm&#233;s dans les postes de police, par les cosaques de la R&#233;publique ; avez-vous entendu dire qu'un seul ait, avec la t&#233;m&#233;rit&#233; de cet apache, pass&#233; des jours et des nuits &#224; ruminer sa vengeance, &#224; rechercher ses insulteurs et ses assommeurs ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous les jours, les magistrats, avec une l&#233;g&#232;ret&#233;, une inconscience ou une f&#233;rocit&#233; sans nom, dans des jugements rendus le c&#339;ur l&#233;ger et par-dessous la jambe, prom&#232;nent la ruine, la douleur, le d&#233;shonneur dans les familles ; avez-vous jamais ou&#239; qu'une seule de leurs victimes se soit veng&#233;e ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Oh&#233; ! les honn&#234;tes gens ! Passez donc &#224; cet apache la moiti&#233; de votre vertu et demandez-lui en &#233;change le quart de son &#233;nergie et de son courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G. Herv&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le Parti socialiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ATTITUDE DES INSURRECTIONNELS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(19 janvier 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien qu'antiparlementaires, les insurrectionnels pr&#233;sentent des candidats. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes de la f&#233;d&#233;ration de la Seine nous ont reproch&#233; au congr&#232;s de dimanche dernier de faire, dans notre motion, une place &#224; l'action &#233;lectorale. Ils voudraient, ces bons ap&#244;tres, nous voir d'une puret&#233; impeccable, et cela les chiffonne que nous prenions parti dans la question.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Voyons, des antiparlementaires ! Que diable cela peut-il bien vous faire que le Parti pr&#233;sente ou ne pr&#233;sente pas de candidats ? qu'il se maintienne, se d&#233;siste ou se retire au deuxi&#232;me tour ?&lt;br class='manualbr' /&gt;En ce qui me concerne personnellement, j'avoue que cela ne m'emp&#234;che pas de dormir. Seulement, il n'y a pas que moi, il n'y a pas que les insurrectionnels ; il y a le Parti, il y a la masse. Et lorsqu'il s'agit d'amener la masse &#224; soi, il faut commencer par aller vers elle. On ne commande aux foules qu'en leur ob&#233;issant dans une certaine mesure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, le parlementarisme est discutable ; mais il n'est pas mort encore. Dans quelques mois, la foule reprendra le chemin des pr&#233;aux d'&#233;cole ; elle se passionnera pour et contre les candidats. Pense-t-on pouvoir l'arr&#234;ter, la contraindre &#224; venir dans nos r&#233;unions o&#249; nous lui exposerons la n&#233;cessit&#233; absolue de la destruction syst&#233;matique par la subversion totale ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous serons entendus, certes, mais de combien ? Secte restreinte, nous resterons sans action sur l'ensemble du pays et notre intransigeance simpliste n'aboutirait qu'&#224; nous r&#233;duire &#224; l'impuissance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes, notre foi en la gymnastique r&#233;volutionnaire n'a pas diminu&#233;, nous l'avons bien prouv&#233; au 13 octobre et nous le prouverons demain si l'occasion s'y pr&#234;te. Ne tenant ni &#224; &#234;tre &#233;lus ni &#224; faire &#233;lire, nous ne nous g&#234;nerons pas pour pr&#234;cher la n&#233;cessit&#233; de ladite gymnastique dans les r&#233;unions &#233;lectorales. Mais force nous est de parler &#224; la grande foule l&#224; o&#249; elle est ; notre incoh&#233;rence est celle de qui veut agir.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pourquoi, bien qu'antiparlementaires, nous participons &#224; l'agitation &#233;lectorale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais nous nous arr&#234;tons l&#224;, parce que nous savons quel revers est &#224; la m&#233;daille dont nous venons de montrer le beau c&#244;t&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au revers, il y a les compromissions du candidat socialiste forc&#233;, pour &#234;tre &#233;lu, de ch&#226;tier le socialisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a l'&#233;lu lui-m&#234;me qui, tant que le scrutin d'arrondissement fonctionnera, sera toujours, en fait, &#224; peu pr&#232;s ind&#233;pendant du Parti et qui, apr&#232;s, continuera encore trop souvent &#224; mener le Parti.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a la d&#233;gringolade fatale des ministrables du socialisme r&#233;volutionnaire au r&#233;formisme, du r&#233;formisme au socialisme ind&#233;pendant, du socialisme ind&#233;pendant au radicalisme et &#224; l'opportunisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pourquoi, forc&#233;s, pour trinquer avec la masse, de tremper nos l&#232;vres dans l'alcool frelat&#233; du parlementarisme, nous avons &#233;tendu fortement d'eau le poison, et r&#233;duit ainsi &#224; son minimum le danger de l'action &#233;lectorale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette derni&#232;re a un avantage : la propagande qu'elle permet de faire. _ Nous intensifierons donc la propagande et demandons qu'il y ait des candidats socialistes partout.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'action &#233;lectorale pr&#233;sente un gros danger : le second tour avec toutes les corruptions, les maquignonnages qu'il permet. Nous coupons donc court &#224; toutes ces malpropret&#233;s en maintenant nos candidats, quelles que soient leurs chances.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais les r&#233;formistes alors s'&#233;garent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Vaillant (pardonne-lui, ombre de Blanqui !) s'&#233;crie que nous allons emp&#234;cher nos candidats d'&#234;tre &#233;lus. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cela, c'est le cadet de nos soucis.&lt;br class='manualbr' /&gt;Moins il y aura d'&#233;lus, plus le Parti sera propre, et plus il sera r&#233;volutionnaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je n'irai pas jusqu'&#224; dire comme Jobert que les &#233;lus sont des fripouilles, mais c'est un peu parce que, en ma qualit&#233; d'intellectuelle, j'&#233;prouve toujours quelque h&#233;sitation d'appeler un chat un chat. Mais enfin, comme disait une vieille chanson anarchiste (ne soyez pas trop difficile &#224; la rime) :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Mettre une belle poire dans les g&#226;t&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un sale truc pour la garder.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Un bon et actif militant au Parti vaut mieux qu'un socialiste assagi &#224; la Chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dr Madeleine Pelletier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La motion des insurrectionnels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la motion sur laquelle se compteront, &#224; N&#238;mes, les insurrectionnels du Parti unifi&#233;, et que tous nos amis de la Seine et des f&#233;d&#233;rations des d&#233;partements auront &#224; c&#339;ur de d&#233;fendre dans leurs sections respectives :&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Congr&#232;s :&lt;br class='manualbr' /&gt;Constatant l'inefficacit&#233; et l'inutilit&#233; de l'action parlementaire et la faillite compl&#232;te et irr&#233;m&#233;diable du parlementarisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Consid&#233;rant que la conqu&#234;te &#233;lectorale du pouvoir politique par le bulletin de vote est une chim&#232;re et une duperie dans notre r&#233;gime capitaliste o&#249; l'opinion de la majorit&#233; sera toujours faite fatalement par la presse &#224; gros tirage, tout enti&#232;re aux mains des riches, et que la conqu&#234;te de ce pouvoir ne peut avoir lieu que par les seuls moyens r&#233;volutionnaires (gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle, etc.).&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'en r&#233;publique bourgeoise et radicale, comme en monarchie, les parlements sont les instruments dociles des puissances d'argent qui font et d&#233;font les minist&#232;res et les majorit&#233;s et qui ach&#232;tent un &#224; un les chefs des partis parlementaires &#224; mesure que ces partis arrivent au pouvoir, comme le prouve l'exemple des r&#233;publicains opportunistes, des radicaux et des socialistes ind&#233;pendants.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que les pr&#233;occupations &#233;lectorales des partis socialistes de tous les pays ont tu&#233; en eux tout sens r&#233;volutionnaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que l'application de la repr&#233;sentation proportionnelle &#8212; qui n'est qu'une diversion plus ou moins habile pour reconqu&#233;rir leurs si&#232;ges aux candidats compromis par leurs lourdes fautes dans la pr&#233;c&#233;dente l&#233;gislature &#8212; ne changera rien &#224; l'impuissance parlementaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Consid&#233;rant que toutes les r&#233;formettes compatibles avec l'existence du r&#233;gime capitaliste &#8212; nationalisation des mines, des chemins de fer, imp&#244;t sur le revenu, retraites ouvri&#232;res &#8212; seront faites par les partis bourgeois eux-m&#234;mes, int&#233;ress&#233;s &#224; repl&#226;trer l'&#233;difice social, ainsi que le montre l'exemple de l'Angleterre et de l'Allemagne monarchiques, en possession d&#233;j&#224; de l'imp&#244;t sur le revenu et des retraites ouvri&#232;res.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que les lois dites ouvri&#232;res, comme la r&#233;duction des heures de travail, d&#233;pendent, non de la bonne volont&#233; d'un parti politique parlementaire, quel qu'il soit, ni de la composition des Chambres, mais du degr&#233; de d&#233;veloppement &#233;conomique du pays et de l'action directe des organisations syndicales sans lesquels aucune loi ouvri&#232;re n'est appliqu&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Congr&#232;s d&#233;cide :&lt;br class='manualbr' /&gt;1&#176;) Que le Parti pr&#233;sente des candidats dans le but unique de profiter de l'effervescence des p&#233;riodes &#233;lectorales pour d&#233;velopper sans r&#233;ticences ni r&#233;serves, son programme nettement collectiviste ou communiste et une tactique nettement anti-parlementaire et insurrectionnelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;2&#176;) Qu'&#233;galement ennemis de tous les partis bourgeois entre lesquels, apr&#232;s la conduite des radicaux sous le minist&#232;re Clemenceau, il lui est impossible de faire aucune distinction, le Parti maintient tous ses candidats au deuxi&#232;me tour sans les autoriser &#224; se d&#233;sister, ni pour un r&#233;actionnaire sous pr&#233;texte de repr&#233;sentation proportionnelle, ni pour un radical sous ce m&#234;me pr&#233;texte, ou sous pr&#233;texte de la&#239;cit&#233; et de d&#233;fense r&#233;publicaine.&lt;br class='manualbr' /&gt;3&#176;) Que d'ailleurs, pour &#233;viter toute accusation de marchandage &#233;lectoral, le Parti d&#233;clarera, d&#232;s avant le premier tour de scrutin, que tous ses candidats seront maintenus au deuxi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant le congr&#232;s de N&#238;mes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA CLASSE OUVRI&#200;RE
CONTRE LES RETRAITES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(2 f&#233;vrier 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rejet de la loi loi sur les retraites ouvri&#232;res par le congr&#232;s f&#233;d&#233;ral de la Seine tenu dimanche dernier (81 voix &#224; la motion Flancette et 71 voix &#224; la motion M&#233;ric&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor M&#233;ric, un des fondateurs de la Guerre sociale.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) va mettre les r&#233;formistes et surtout les &#233;lus parlementaires dans un bien cruel embarras.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils esp&#233;raient retourner devant les &#233;lecteurs avec l'app&#226;t de cette mirifique r&#233;forme et voil&#224; que la classe ouvri&#232;re ne veut pas de cette r&#233;forme !&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est vexant !&lt;br class='manualbr' /&gt;Aussi faut-il voir les parlementaires et parlementaristes se d&#233;mener.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tant&#244;t ils se font suppliants : &#171; Voyons, soyez gentils, dit Renaudel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jauressiste, administrateur &#224; l'Humanit&#233;.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, votez la loi ; toutes les am&#233;liorations que vous y voudrez, on vous les fera... apr&#232;s les &#233;lections ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Voyons, dit Sembat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;put&#233; socialiste guesdiste.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, voulez-vous que des ouvriers fassent partie du Conseil de gestion des capitaux ! Voulez-vous &#234;tre assur&#233;s que m&#234;me en cas de guerre d&#233;sastreuse vos capitaux seront respect&#233;s ? voulez-vous... ? voulez-vous... ? Mais, je vous en conjure, veuillez d'abord ce que nous voulons ! &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;La conciliation ne prenant pas, ils entrent alors en grande col&#232;re : &#171; Comment, pu&#233;rils que vous &#234;tes ! On vous &#233;labore une belle loi et vous la repoussez ! Vous voulez donc nous forcer &#224; nous d&#233;juger devant le pays ? Ah, non ! par exemple ! cela ne se passera pas comme &#231;a ou nous verrons &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;On ne verra rien du tout, et si le congr&#232;s de N&#238;mes d&#233;cide que les &#233;lus auront &#224; repousser le projet des retraites, je voudrais bien savoir comment ils feront pour le voter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je sais bien des d&#233;cisions de congr&#232;s qui sont rest&#233;es lettre morte. Mais, pour celle-ci, il faudrait d&#233;sob&#233;ir de suite, et &#224; la veille des &#233;lections. Ce serait trop scabreux, les &#233;lus n'oseront pas.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et tout fait pr&#233;voir qu'on se prononcera dans le sens que nous indiquons. Au congr&#232;s de la Seine, des syndicalistes plut&#244;t mod&#233;r&#233;s comme Flancette, des guesdistes qui ne sont nullement antiparlementaires se sont &#233;lev&#233;s contre la loi. C'est qu'en m&#234;me temps que membres du parti ils sont aussi syndiqu&#233;s, et que, sous l'&#233;peron de la CGT, force leur est bien de marcher.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les &#233;lus socialistes auraient pu avoir un beau r&#244;le s'ils avaient eu le courage de rester vis-&#224;-vis du pouvoir dans une opposition constante, irr&#233;ductible, violente.&lt;br class='manualbr' /&gt;De la tribune de la Chambre, gr&#226;ce &#224; la grande presse, la voix porte loin, infiniment plus loin que celle qui se fait entendre dans des r&#233;unions publiques. Si nos d&#233;put&#233;s s'en &#233;taient servis pour d&#233;noncer &#224; tout instant les iniquit&#233;s sociales, pour faire le proc&#232;s de la bourgeoisie, pour &#233;voquer la guerre des classes et les violences prochaines, on leur e&#251;t pardonn&#233; bien des choses, peut-&#234;tre m&#234;me les quinze-mille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un article pr&#233;c&#233;dent, Herv&#233; s'&#233;tait &#233;lev&#233; contre l'augmentation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, pour se maintenir, pour pistonner parents et amis, pour ne pas dire un d&#233;finitif adieu aux fonctions minist&#233;rielles, ils se sont faits les repl&#226;treurs de la soci&#233;t&#233; qu'ils &#233;taient charg&#233;s de d&#233;molir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ont estomp&#233; le programme du Parti, transform&#233; le collectivisme subversif en un vague d&#233;mocratisme... Escomptant l'inertie naturelle des masses, ils ont d&#233;conseill&#233; la violence et pr&#234;ch&#233; la paix sociale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tant pis pour eux s'ils n'ont plus la confiance du prol&#233;tariat !&lt;br class='manualbr' /&gt;Aujourd'hui, la classe ouvri&#232;re les place avec les Ribot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ribot fut l'un des n&#233;gociateurs de l'alliance franco-russe, premier ministre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'autre c&#244;t&#233; de sa barricade...&lt;br class='manualbr' /&gt;La bourgeoisie prenant peur, veut, pour avoir la paix, jeter au prol&#233;tariat un os &#224; ronger, de fallacieuses r&#233;formettes : un repos hebdomadaire qu'on n'applique pas, une retraite de quelques sous par jour, &#224; un &#226;ge que la majorit&#233; des ouvriers ne peut pas atteindre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et les &#233;lus socialistes se sont faits les mandataires de cette bourgeoisie. Plus pr&#232;s de la classe ouvri&#232;re, ils entament avec elle, avant tout combat, la n&#233;gociation d'un trait&#233; ridicule.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tant pis !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce que la classe ouvri&#232;re repousse, il est vrai &#224; l'heure actuelle, ce n'est pas le principe des retraites, c'est seulement la capitalisation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais nous n'en assistons pas moins &#224; une &#233;volution d&#233;cisive du syndicalisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aux offres de la bourgeoisie radicalisante et du Parti socialiste, la classe ouvri&#232;re r&#233;pond par une fin de non-recevoir. Elle fait son premier pas dans la voie du refus des r&#233;formes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que nos &#233;lus se tirent de l&#224; comme ils pourront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dr Madeleine Pelletier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;COMMENT ON LES DRESSE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(9 mars 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Union des syndicats des transports avait organis&#233;, hier soir, salle Vazeille, &#224; Boulogne-sur-Seine, une grande r&#233;union. A la sortie, une cinquantaine d'exalt&#233;s voulant faire du bruit se trouv&#232;rent en pr&#233;sence des agents cyclistes qui, insult&#233;s et menac&#233;s, re&#231;urent du renfort. Une collision s'ensuivit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les manifestants, repouss&#233;s jusqu'&#224; l'avenue des Moulineaux, tir&#232;rent sur les agents plusieurs coups de revolver sans les atteindre, puis se dispers&#232;rent dans toutes les directions. (&lt;/i&gt;Petit Parisien&lt;i&gt;, 3 mars).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; comment la presse &#224; grand tirage raconte l'histoire ! Or, la voici, en toute sinc&#233;rit&#233;, apr&#232;s une enqu&#234;te s&#233;rieuse. Mercredi soir, 2 mars, 600 ouvriers sortent d'une conf&#233;rence &#224; Boulogne-Billancourt o&#249; l'Union des syndicats de la Seine les a convoqu&#233;s pour leur raconter un acte de sauvagerie inou&#239;e commis quelques jours auparavant par un chef d'&#233;quipe et des jaunes de la maison Dessoucher et Cie, qui a un entrep&#244;t de marchandises dans la localit&#233; : au moment o&#249; les deux d&#233;l&#233;gu&#233;s du syndicat des Transports haranguaient les gr&#233;vistes de cette maison, cinq jours auparavant, un chef d'&#233;quipe, sans provocation, s'&#233;tait jet&#233; sur eux &#224; l'aide de quelques jaunes, et les avaient assomm&#233;s sans qu'aucun des 200 gr&#233;vistes pr&#233;sents, ahuris et intimid&#233;s, ait boug&#233; pour les prot&#233;ger.&lt;br class='manualbr' /&gt;A la sortie de la r&#233;union de protestation contre cet attentat, des camarades remarquent deux ou trois des jaunes qui y avaient pris part et qui avaient eu l'aplomb de venir &#224; la r&#233;union ; en un clin d'&#339;il, on les entoure et on leur administre une correction qui les gu&#233;rira &#224; tout jamais de leur jaunisse... si elle n'est pas incurable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quatre gendarmes et huit agents cyclistes accourent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils d&#233;gainent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si les camarades se sauvent, qu'est-ce qu'ils vont prendre !&lt;br class='manualbr' /&gt;Heureusement, ils &#233;taient venus &#224; la r&#233;union avec de bonnes intentions... et beaucoup d'entre eux avec des revolvers, non point de ces m&#233;chants p&#233;tards qui font plus de bruit que de besogne, mais avec de bons brownings, qui valent toutes les armes de nos fr&#232;res flics.&lt;br class='manualbr' /&gt;En voyant le geste de nos fr&#232;res flics, un camarade crie :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; A moi, les copains ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;En une seconde, il a autour de lui plus de 40 camarades, revolver au poing, qui s'alignent et barrent la route.&lt;br class='manualbr' /&gt;La flicaille s'arr&#234;te net.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un copain prend le brigadier de gendarmerie au collet, un autre un agent cycliste, et tous crient : &#171; Salauds ! assassins, on n'est pas &#224; Draveil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au cours de l'&#233;t&#233; 1908, une gr&#232;ve d'ouvrier du b&#226;timent &#224; Draveil et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ici ! Rengainez illico ou on vous descend ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ah, mes amis ! Quel tableau !&lt;br class='manualbr' /&gt;L'un des flics dit en auvergnat : &#171; Nous sommes des p&#232;res de famille comme vous ! Ne nous cassez pas la gueule ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est le mot des gendarmes de B&#233;ziers lorsque les balles du 17&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors de la gr&#232;ve des vignerons de 1907, les soldats du 17&#232;me r&#233;giment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; commenc&#232;rent &#224; siffler au-dessus de leurs t&#234;tes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les autres se laiss&#232;rent arracher les nerfs de b&#339;uf qu'ils portaient &#224; la ceinture.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous, flics et pandores, rengain&#232;rent prestement.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Et puis, maintenant, filez, oust ! et vivement ! Et surtout si vous faites mine de nous suivre, on vous br&#251;le la gueule ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour leur montrer qu'on &#233;tait arm&#233;, les copains tirent en l'air : ce fut une belle p&#233;tarade.&lt;br class='manualbr' /&gt;Penauds, flics et pandores se retir&#232;rent, sans se retourner et sans demander leur reste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un comble : &#224; cent m&#232;tres de l&#224;, derri&#232;re le cimeti&#232;re, se trouvaient une cinquantaine de flics. En entendant la p&#233;tarade, pas un ne broncha ; pas un ne fit un pas en avant pour venir au secours de leurs coll&#232;gues en danger.&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme ils ont &#233;t&#233; gentils, nos amis ne veulent pas &#234;tre en reste d'amabilit&#233; avec eux ; ils nous ont apport&#233; deux des nerfs de b&#339;uf arrach&#233;s &#224; leurs fr&#232;res flics. Nous avons trop le respect de la propri&#233;t&#233; et de la police pour les garder.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils sont &#224; la disposition de leurs l&#233;gitimes propri&#233;taires, dans les bureaux de &lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt;, jusqu'au 1er mai. Pass&#233; ce jour, nous les mettrons comme gros lot &#224; la loterie que nous comptons organiser prochainement au b&#233;n&#233;fice des brigades centrales.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Signal&#233;s...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la bienveillance du fr&#232;re Aristide... et au respect des militants ouvriers : Le BRIGADIER n&#176;10 du XII&#232;me qui, lors de la manifestation des commis-&#233;piciers, dimanche, frappa un manifestant d'un coup de sabre sur la t&#234;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le FLIC n&#176;136, du XI&#232;me qui, le m&#234;me jour, se distingua entre tous ses coll&#232;gues par sa brutalit&#233; et frappa &#224; coups redoubl&#233;s deux femmes coupables de protester contre l'arrestation d'un de leurs parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(15 d&#233;cembre 1909)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s la d&#233;faite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(4 mai 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille du 1er mai, nous avons tir&#233; une &#233;dition sp&#233;ciale, toute &#224; la paix, pour nous mettre &#224; l'unisson des d&#233;clarations pacifiques de l'Union des syndicats, seule organisatrice, seule responsable de la journ&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le lendemain, nous avons tir&#233; une autre &#233;dition sp&#233;ciale, dans laquelle, malgr&#233; notre d&#233;sir de masquer le d&#233;sastre, nous ne pouvions nous emp&#234;cher de dire que la journ&#233;e &#233;tait une d&#233;faite, une d&#233;faite plus douloureuse que la tragique affaire de Villeneuve qui, celle-l&#224;, avait &#233;t&#233; glorieuse et r&#233;confortante.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous nous sommes para&#238;t-il grossi&#232;rement tromp&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il para&#238;t en effet, c'est notre camarade Luquet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;guesdiste, fut secr&#233;taire de la CGT par int&#233;rim pendant l'incarc&#233;ration de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui nous l'affirmait le lendemain en t&#234;te de &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, que cette journ&#233;e atteste &#171; &lt;i&gt;la clairvoyance et la d&#233;cision&lt;/i&gt; &#187; de nos amis de l'Union des syndicats, &#171; &lt;i&gt;la forte discipline des organisations syndicales&lt;/i&gt; &#187; ; quoi encore ? &#171; &lt;i&gt; leur conscience et leur sang-froid !&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mesdames et Messieurs, &#171; &lt;i&gt;ils ont par une tactique habile, dont l'opportunit&#233; prouve la souplesse des organismes, rendu ridicules et vaines les dispositions prises au bois&lt;/i&gt; [de Boulogne] &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apprenez de notre camarade Luquet, qu'&#171; &lt;i&gt; une classe ouvri&#232;re organis&#233;e qui peut au dernier moment, en l'espace de quelques heures, par une discipline ferme et librement consentie, r&#233;fr&#233;ner son d&#233;sir et modifier ses projets peut, &#224; plus forte raison, discipliner une manifestation longuement pr&#233;par&#233;e&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Toujours d'apr&#232;s le m&#234;me, savez-vous ce que prouve la journ&#233;e de dimanche ? Tenez-vous les c&#244;tes, mes amis. Eh bien ! elle prouve &#171; &lt;i&gt;que les travailleurs organis&#233;s gagnent en force, en adresse et en conscience&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Non, vraiment, &#231;a d&#233;passe les bornes !&lt;br class='manualbr' /&gt;Au moins, lorsque nos patriotards ont cal&#233; sur l'affaire de Fachoda&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;affaire diplomatique entre la France et le Royaume Uni, sur fond de conqu&#234;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; devant les menaces du gouvernement anglais, ils ont eu la pudeur et l'intelligence de ne pas crier victoire !&lt;br class='manualbr' /&gt;Si bouch&#233;s que soient les &#233;lecteurs de &lt;i&gt;La Patrie&lt;/i&gt;, ils auraient compris qu'on se payait leur t&#234;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les ouvriers, qui ont mis avec raison toute leur confiance dans la CGT, et qui lisent &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, ne sont pas plus b&#234;tes que les lecteurs de &lt;i&gt;La Patrie&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils savent tr&#232;s bien que si quelqu'un a &#233;t&#233; ridicule dans cette affaire, ce n'est pas le gouvernement, c'est la CGT ; qu'on ne feint pas le mercredi d'ignorer le gouvernement pour aller, le samedi, faire une d&#233;marche aupr&#232;s de lui ; que le fait de d&#233;commander le dimanche matin une manifestation annonc&#233;e &#224; grand fracas est une preuve de prudence si on veut, c'est une preuve de tout ce qu'on voudra, except&#233; une preuve de force.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un esprit de d&#233;cision qui se traduit par de perp&#233;tuelles h&#233;sitations s'appelle en bon fran&#231;ais de l'ind&#233;cision.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une clairvoyance qui consiste, pour les chefs les plus batailleurs et les plus &#233;cout&#233;s, &#224; partir en province, &#224; ne pas d&#233;commander les conf&#233;rences qu'ils y ont organis&#233;es, s'appelle de l'aveuglement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un sang-froid qui am&#232;ne les gens &#224; tomber dans le traquenard de Briand et de L&#233;pine, &#224; prendre &#224; la lettre les racontars alarmistes de la presse polici&#232;re sur les ordres donn&#233;s &#224; la troupe de tirer porte un autre nom : cela s'appelle de l'affolement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une adresse et une conscience qui consiste &#224; croire qu'un gouvernement, r&#233;publicain d'&#233;tiquette, sauf en face d'une r&#233;volution d&#233;cha&#238;n&#233;e, a l'int&#233;r&#234;t, surtout entre deux tours de scrutin, &#224; pr&#233;m&#233;diter un massacre, s'appellent de leur vrai nom maladresse et inconscience ou, si on veut, intelligence politique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce n'est pas des cris de triomphe qui donneront le change &#224; qui que ce soit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je pr&#233;f&#232;re Kouropatkine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;g&#233;n&#233;ral russe [Nde].&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; faisant, apr&#232;s la d&#233;faite, son examen de conscience et l'aveu des fautes commises ; c'est plus courageux et plus intelligent.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est surtout le meilleur moyen de pr&#233;parer la revanche et de montrer aux troupes qu'on a derri&#232;re soi que, si on a commis des fautes, &#8212; tout le monde en commet &#8212; on n'est quand m&#234;me pas tout &#224; fait un imb&#233;cile.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant au &#171; citoyen Browning &#187;, ce n'est pas le monstre alt&#233;r&#233; de sang qu'un tas de bons badauds se figurent, et si on peut, en la circonstance, lui reprocher quelque chose, ce ne sont pas ses rodomontades, mais ses d&#233;clarations pacifiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le &#171; citoyen Browning &#187; n'intervient d'ailleurs jamais pour son plaisir, mais parce qu'il ne peut supporter que des hommes libres, des citoyens fran&#231;ais, dont les p&#232;res ont fait quatre r&#233;volutions victorieuses, soient trait&#233;s comme des moujiks, soient &#224; la manifestation la plus pacifique, assomm&#233;s &#224; coups de matraques, ignominieusement pass&#233;s &#224; tabac, sabr&#233;s ou r&#233;volv&#233;ris&#233;s, sans provocation, sans sommation par des brutes saoules d'alcool, ou &#233;nerv&#233;es par l'attente, la peur ou la col&#232;re.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le &#171; citoyen Browning &#187; ne croit pas qu'&#224; lui tout seul il puisse jamais faire une r&#233;volution ; il a suffisamment conscience de sa faiblesse pour savoir qu'il n'est pas de taille &#224; se frotter &#224; des Lebels et encore moins &#224; de l'artillerie ; sa plus grande tristesse serait d'ailleurs d'avoir &#224; tirer, pour se d&#233;fendre, sur des pioupious, car il aime les pioupious comme des fr&#232;res, au point de ne pouvoir les contempler un jour de manifestation sans les acclamer aux cris de &#171; Vive le 17&#232;me ! &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le &#171; citoyen Browning &#187;, plus modeste, n'a qu'une seule pr&#233;tention : c'est de corriger instantan&#233;ment les policiers qui, sans rime ni raison, voudraient l'assommer, lui ou les femmes, les enfants, les hommes, venus manifester pacifiquement dans la rue ; c'est de les gu&#233;rir, eux et leurs chefs, de leurs m&#339;urs de cosaques qui sont le d&#233;shonneur de notre grand Paris r&#233;publicain, socialiste et r&#233;volutionnaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au surplus, le citoyen Browning constate que les roquets qui affectent d'en rire aujourd'hui parce qu'il n'a pas &#233;lev&#233; la voix le premier mai, n'en riaient pas le soir de Ferrer, autour de l'ambassade espagnole, ni le lendemain ; que les officiers et les gardes municipaux qui ont voulu le sabrer ce soir-l&#224; n'en riaient pas non plus ; et que ce soir-l&#224; enfin, aucun des coll&#232;gues de l'agent Dufresne ne l'a confondu avec M. Chou-fleuri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.H.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#233;dition sp&#233;ciale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LIABEUF... &amp; CASERIO&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(29 juin 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime est consomm&#233;. Ils ont assassin&#233; Liabeuf. Mais il leur a fallu toute une arm&#233;e pour prot&#233;ger leur guillotine, leur bourreau et les aides de leur bourreau : policiers, gendarmes et magistrats.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour que ce matin il n'y ait pas d'&#233;meutes dans les quartiers populaires, pour &#233;loigner d'eux les repr&#233;sailles qu'ils sentent mena&#231;antes, ils en sont r&#233;duits &#224; ouvrir tout grands les &#233;gouts de leur grande presse, &#224; faire r&#233;&#233;diter par elle les inf&#226;mes mensonges que nous leur avions rentr&#233;s dans la gorge, et &#224; faire certifier effront&#233;ment par toutes les grandes feuilles prostitu&#233;es &#224; la police que Liabeuf &#233;tait vraiment un apache et un souteneur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous &#233;tions na&#239;fs de croire que cette bande de peaux-rouges&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ok, ok, &#231;a va... [Nde].&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de requins &#233;tait capable de piti&#233;, d'humanit&#233; et de justice.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nos appels &#224; leur g&#233;n&#233;rosit&#233;, de l'h&#233;breu pour eux !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ne connaissent que la raison d'&#201;tat, en bon fran&#231;ais, la d&#233;fense de leur auge.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ont besoin de la po1ice pour d&#233;fendre leur r&#233;publique d'exploiteurs et d'assassins contre le flot montant du prol&#233;tariat.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle exigeait la t&#234;te de celui que, par de faux t&#233;moignages et une monstrueuse erreur judiciaire, elle avait elle-m&#234;me accul&#233; au meurtre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les hommes d'&#201;tat qui ont la garde de l'&#233;cuelle capitaliste ont eu peur d'une gr&#232;ve de leurs policiers, que les chefs de la Pr&#233;fecture auraient eux-m&#234;mes foment&#233;e sournoisement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ont capitul&#233; devant ceux qui leur assurent, &#224; eux et &#224; toute la bourgeoisie, une paisible digestion.&lt;br class='manualbr' /&gt;Liabeuf a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;, non pas parce qu'il &#233;tait coupable.&lt;br class='manualbr' /&gt;On l'a tu&#233; parce que l'&#233;lite de la classe ouvri&#232;re est coupable de r&#233;bellion contre le patronat et contre &#171; l'ordre &#187; capitaliste.&lt;br class='manualbr' /&gt;On l'a tu&#233; parce que les gr&#232;ves continuelles qui &#233;clatent de toutes parts, depuis quelques ann&#233;es, font de la police la premi&#232;re institution de la R&#233;publique, la plus sacr&#233;e et la plus inviolable.&lt;br class='manualbr' /&gt;On prend d'ailleurs la pr&#233;caution de nous en avertir, car on ne nous cache pas que c'est, notamment, l'attitude de la classe ouvri&#232;re aux obs&#232;ques de Cler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouvrier anarchiste tabass&#233; &#224; mort par la police au cours d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dimanche, qui a d&#233;cid&#233; l'ex&#233;cution de Liabeuf.&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, on a raison ; c'est de la faute aux dix mille travailleurs qui ont suivi le cadavre d'une autre victime de la police, si Liabeuf a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233; ; c'est de leur faute, ils n'auraient pas d&#251; montrer la moindre indignation de la mort de leur camarade- ; et ils auraient d&#251;, au Pont-de-Flandre, se laisser sabrer sans riposter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et m&#234;me, ce n'est pas seulement de leur faute.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est de la faute aussi des cheminots dont la gr&#232;ve est mena&#231;ante.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est de la faute des postiers qui, il y a un an, ont &#233;pouvant&#233; la bourgeoisie.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est de la faute des quinze mille serruriers qui, en ce moment, se dressent comme un seul homme contre leurs patrons dans un admirable mouvement de solidarit&#233; et de r&#233;volte.&lt;br class='manualbr' /&gt;Liabeuf est le bouc-&#233;missaire, la victime expiatoire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il paie pour tout le monde !&lt;br class='manualbr' /&gt;Et c'est parce que toute la classe ouvri&#232;re le sent plus ou moins confus&#233;ment, parce qu'elle va se sentir atteinte dans sa chair et au fond de sa conscience que l'ex&#233;cution de Liabeuf n'est pas seulement un crime, mais une lourde faute politique.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; L'Affaire &#187; Liabeuf sera pour la police ce qu'a &#233;t&#233; pour l'arm&#233;e l'affaire Dreyfus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ah ! on a voulu faire un exemple pour prot&#233;ger &#224; l'avenir gardiens et bourriques !&lt;br class='manualbr' /&gt;Que l'on prenne garde d'avoir seulement raviv&#233; et d&#233;cupl&#233; le m&#233;pris et la haine s&#233;culaire des policiers au c&#339;ur de la classe ouvri&#232;re, et peut-&#234;tre m&#234;me d'avoir rouvert l'&#232;re sanglante des Ravachol, des Vaillant, des &#201;mile Henry et des Caserio !&lt;br class='manualbr' /&gt;Le pr&#233;sident Carnot ne s'&#233;tait pas montr&#233; plus f&#233;roce &#224; l'&#233;gard de Vaillant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auguste (1861-1894), militant anarchiste, guillotin&#233; apr&#232;s un attentat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que le pr&#233;sident Falli&#232;res &#224; l'&#233;gard de Liabeuf quand un de nos camarades italiens lui rappela brutalement que le droit de gr&#226;ce comporte certaines responsabilit&#233;s personnelles et qu'il y a d'autres couteaux que celui de Deibler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La famille Deibler, de p&#232;re en fils et genres, fournissait la III&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Sans-Patrie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;sident du conseil (chef du gouvernement) entre 1906 et 1909. Il se surnommait lui-m&#234;me &#171; -premier flic de France- &#187; [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette remarque est pr&#233;monitoire- : trois des plus importants conflits des ann&#233;es 1907-10 se d&#233;rouleront justement dans ces secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Contrairement aux craintes de l'auteur, on a vu que, tout au long du XX&#232;me si&#232;cle, l'&#201;tat aura pr&#233;f&#233;r&#233; assurer &#171; -la continuit&#233; du service public- &#187; par des garanties d'emploi nettement sup&#233;rieures &#224; celles du priv&#233;, ne se conservant la possibilit&#233; de la r&#233;quisition qu'en dernier ressort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Depuis les r&#233;centes lois de s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat, les &#233;coles tenues par les congr&#233;gations religieuses devaient &#234;tre agr&#233;&#233;es par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait, l'arrangement, intervenu en 1911, portera sur une partie du Congo, laiss&#233;e &#224; l'Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ahem... mouais... [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;nateur de la Seine, directeur du &lt;i&gt;National&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lanc&#233;e en mars 1903 comme organe de combat anticl&#233;rical et aussi f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Journaliste socialisant, directeur de &lt;i&gt;La Petite R&#233;publique&lt;/i&gt; en 1897. Il en partagea la direction avec Jaur&#232;s, soutenant le gouvernement Waldeck-Rousseau. En 1903, le tribun s'en fut, indign&#233; que l'on fit de la publicit&#233; pour les 100 Paletots, maison qui exploitait particuli&#232;rement ses ouvri&#232;res. G&#233;rault-Richard sera chass&#233; du journal en 1906.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La premi&#232;re r&#233;volution anglaise fut men&#233;e sous l'&#233;gide de Cromwell &#224; partir de 1638 ; elle fut notamment marqu&#233;e par la d&#233;capitation de Charles Ier en 1649. Une restauration monarchique suivit la mort du Lord Protector, en 1659. Mais, apr&#232;s les menaces de retour au catholicisme qui se manifest&#232;rent sous le r&#232;gne de Jacques II, un deuxi&#232;me mouvement, beaucoup moins populaire, et appel&#233; &#171; la Glorieuse R&#233;volution &#187;, porta au pouvoir le Stathouder des Pays-Bas, Guillaume d'Orange, en 1689.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Contrairement &#224; ses intentions exprim&#233;es quelques paragraphes plus haut, Bruck&#232;re parle ici du Parti socialiste tel qu'il devrait &#234;tre, et non tel qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Affiche antimilitariste, qui valut &#224; ses 25 auteurs un s&#233;jour &#224; la prison de Clairvaux, et duquel est issu la Guerre sociale (cf. le premier article) [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jules Guesde, fondateur du Parti Ouvrier de France. Stalinien avant l'heure, ses positions doctrinaires et autoritaires masquaient mal son fond r&#233;formiste. Malgr&#233; tout, les guesdistes auront une certaine influence dans la CGT [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;fet de police de Paris, cf. l'article &#171; -Le prestige de la fonction- &#187; [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Oui, bon, d'accord... [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce magistrat, pr&#233;nomm&#233; Ren&#233; et surnomm&#233; &#171; le P&#232;re-la-pudeur &#187; avait men&#233; une campagne pour la r&#233;pression accrue des d&#233;lits de &#171; m&#339;urs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la compagnie du Gaz de Paris, hostile aux r&#233;volutionnaires, dont il est la b&#234;te noire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le pr&#233;fet de police avait en effet un certain courage physique. C'est ainsi qu'en poste en Alger lors des pogroms de 1897, il serait intervenu seul avec quatre agents pour d&#233;fendre les commer&#231;ants juifs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un des hommes du Risorgimento italien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On rep&#233;rait &#224; cela les bordels, au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une des putains de la III&#232;me R&#233;publique, ma&#238;tresse de F&#233;lix Faure, entre beaucoup d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ministre de la Justice en 1905.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le parent par alliance de Jules Gr&#233;vy, pr&#233;sident de la r&#233;publique de 1879 &#224; 1887, fut n&#233;anmoins acquitt&#233; en derni&#232;re instance, en 1889, au motif qu'il n'avait pas le pouvoir d'accorder des d&#233;corations, mais simplement de les promettre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anticl&#233;rical, minsitre du Travail de 1906 &#224; 1910 [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aristide Briand fut d'abord proche du socialisme r&#233;volutionnaire (il fut m&#234;me l'avocat d'Herv&#233; dans une affaire de d&#233;lit de presse en 1900), avant de devenir ministre dans un gouvernement radical, ce qui lui vaudra le surnom de &#171; -jaune- &#187; et en fera une cible de choix des r&#233;volutionnaires [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Gilles Heur&#233; [Biographiste d'Herv&#233;], 3000 faits de sabotage ont &#233;t&#233; recens&#233;s par la police entre octobre 1910 et juin 1911.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte fut &#233;crit le lendemain de la manifestation qui suivit l'ex&#233;cution, &#224; Madrid, du p&#233;dagogue libertaire espagnol Fransisco Ferrer. Elle fit plusieurs centaines de bless&#233;s &#8212; dont le pr&#233;fet L&#233;pine, atteint par une balle tir&#233;e du groupe de la GS, qui lui effleura la joue &#8212; et causa la mort d'un policier. Il y eut aussi des pillages.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anarchistes animant la d&#233;fense en France de Ferrer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s l'&#233;meute du 10 octobre, Herv&#233; renon&#231;a &#224; faire monter les ench&#232;res et persuada ses amis d'organiser pacifiquement une nouvelle d&#233;monstration, qui se d&#233;roulera le 17 octobre. &lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; re&#231;ut alors diverses critiques, dont celles de &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt; qui reprochait &#224; ceux qu'elle nommait des &#171; politiciens de la r&#233;volution &#187; de n'avoir pas tenu des &#171; promesses &#187; de repr&#233;sailles contre certaines personnalit&#233;s bourgeoises. Ulc&#233;r&#233;s, un groupe de militants, men&#233; par Almereyda et Durupt, organisa une descente dans les locaux du journal rival pour infliger &#171; une correction &#187; &#224; ses r&#233;dacteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bataillon d'Infanterie L&#233;g&#232;re d'Afrique, o&#249; &#233;taient affect&#233;s les &#171; d&#233;linquants &#187; lors de leur service militaire [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor M&#233;ric, un des fondateurs de la &lt;i&gt;Guerre sociale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jauressiste, administrateur &#224; &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;put&#233; socialiste guesdiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un article pr&#233;c&#233;dent, Herv&#233; s'&#233;tait &#233;lev&#233; contre l'augmentation de traitement (de 9 000 &#224; 15 000 francs annuels) que les d&#233;put&#233;s, socialistes inclus, venaient de se voter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ribot fut l'un des n&#233;gociateurs de l'alliance franco-russe, premier ministre en 1892-93, puis en 1917, pendant l'offensive Nivelle sur le Chemin des Dames.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1908, une gr&#232;ve d'ouvrier du b&#226;timent &#224; Draveil et Villeneuve Saint-Georges &#224; &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre d'affrontements sanglants entre gr&#232;vistes et forces de l'ordre, (notamment 2 ouvriers tu&#233;s le 2 juin) [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lors de la gr&#232;ve des vignerons de 1907, les soldats du 17&#232;me r&#233;giment d'infanterie de ligne refus&#232;rent de tirer sur les gr&#233;vistes et d&#233;clench&#232;rent une mutinerie. L'&#233;pisode est devenu une r&#233;f&#233;rence en mati&#232;re de propagande r&#233;volutionnaire, notamment gr&#226;ce &#224; la chanson de Montheus &lt;i&gt;Gloire au 17&#232;me&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;guesdiste, fut secr&#233;taire de la CGT par int&#233;rim pendant l'incarc&#233;ration de Griffuelhes en 1908.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;affaire diplomatique entre la France et le Royaume Uni, sur fond de conqu&#234;te coloniale, dont s'&#233;taient empar&#233;s les nationalistes de chaque c&#244;t&#233; de la Manche pour leur propagande [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;g&#233;n&#233;ral russe [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ok, ok, &#231;a va... [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ouvrier anarchiste tabass&#233; &#224; mort par la police au cours d'une manifestation. Son enterrement sera suivi par plusieurs dizaines de milliers de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Auguste (1861-1894), militant anarchiste, guillotin&#233; apr&#232;s un attentat contre la Chambre des d&#233;put&#233;s qui ne fit que des bless&#233;s. Il servit de pr&#233;texte au vote des &#034;lois sc&#233;l&#233;rates&#034;, attentatoires aux libert&#233;s publiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La famille Deibler, de p&#232;re en fils et genres, fournissait la III&#232;me R&#233;publique en bourreaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;cit du mouvement dit anti-CPE &#224; Lyon</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article505</link>
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		<dc:date>2007-11-19T23:50:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Editions de la guerre sociale (Dijon)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce r&#233;cit du mouvement dit &#034;anti-CPE&#034; &#224; Lyon a &#233;t&#233; publi&#233; sur le site d'informations alternatives lyonnais &lt;i&gt;Rebellyon.info&lt;/i&gt;. Il s'appuie en grande partie sur les articles publi&#233;s &#224; l'&#233;poque sur ce site. Il ne pr&#233;tend en aucun cas &#234;tre une retranscription &#034;objective&#034; de ce qu'il s'est pass&#233; pendant ces quelques semaines .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Ce r&#233;cit ne cherche pas &#224; dire la V&#233;rit&#233; sur le mouvement anti-CPE, mais &#224; retranscrire l'atmosph&#232;re, l'agitation, la dynamique du printemps 2006. Notamment pour qu'on n'attende pas dix ans pour relancer ce genre de trucs...&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH115/arton505-4654a.jpg?1780493837' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff505.jpg?1194451197&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Si t'es contre le CPE, tape dans tes mains&#034;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi 7 f&#233;vrier, premi&#232;re manif &#224; l'appel des centrales syndicales, entre 5-000 et 15 000 personnes, peu d'&#233;tudiant-es. &#192; ce moment, les r&#233;unions d'information sur le CPE organis&#233;es &#224; la fac Lyon II [1] par les syndicats &#233;tudiants regroupent p&#233;niblement une centaine de personnes, assez vite saoul&#233;es par les discours des apprentis tribuns des diverses tendances gauchistes locales (UNEF, FSE &#8211; qui rassemble d'assez int&#233;ressants sp&#233;cimens staliniens au sens propre du terme &#8211; LO, LCR). L'AG interpro &#224; la fin de la manif est un peu bord&#233;lique, mais arrive quand m&#234;me &#224; tomber d'accord pour appeler &#224; une manif le jeudi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi l'affreux Villepin viole les nobles principes d&#233;mocratiques qui veulent que ce ne soit pas un type qui d&#233;cide tout seul de la vie de 60 000 000 d'administr&#233;-es, mais 500 d&#233;l&#233;gu&#233;s du peuple, en utilisant le fameux &#171; 49-3 &#187;. Malheureusement il semble que le peuple lyonnais ne soit pas pr&#234;t &#224; prendre les armes pour d&#233;fendre la r&#233;publique en danger, et seul un millier de personnes manifesteront le jeudi ; au cas o&#249; l'esprit des Canuts et de Jean Moulin se serait subitement r&#233;veill&#233; [2], la pr&#233;fecture avait fait suivre le cort&#232;ge par une quinzaine de v&#233;hicules de flics, pr&#233;figurant l'important dispositif porcin qui allait &#234;tre une constante des manifs lyonnaises. Dans le genre &#171; tous ensemble, tous ensemble, ouais ! ouais ! &#187;, on notera aussi la pr&#233;sence (timide) du PS et d'un SO relou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rythme manif mardi-jeudi se met gentiment en place, et le 14 il y a &#224; peu pr&#232;s autant de monde que le 9, essentiellement des lyc&#233;en-es, quelques &#233;tudiant-es, pas forc&#233;ment les m&#234;mes qui &#233;taient &#224; l'AG UNEF-SUD-FSE du matin &#224; la fac de Bron [3]. Pas vraiment de syndicat sauf la CNT (pr&#233;sente &#224; toutes les manifs). On peut assister &#224; un concours du cort&#232;ge le plus affligeant qui oppose l'UNEF &#224; sa petite soeur lyc&#233;enne : une dizaine de diant-diant semble vraiment (c'est &#231;a le pire) se faire plaisir avec des &#171; si t'es contre le CPE tape dans tes mains &#187;, tandis que la FIDL nous a gracieusement envoy&#233; de Paris un camion sono et un Gentil Organisateur qui passe de la soupe &#224; la mode &#224; des lyc&#233;en-es qui ne savent pas encore qu'une manif qui d&#233;borde est incomparablement plus festive qu'une bo&#238;te de nuit.&lt;br&gt;
Le lendemain, mercredi 15, une centaine de personnes se retrouvent devant le rectorat pour &#171; accueillir &#187; le ministre de Robien. M&#234;me si la plupart sont encart&#233;es et que les flics sont plus nombreux, le principe de l'&#171; action &#187; &#233;tait int&#233;ressant : pas de d&#233;l&#233;gation, on ne veut pas discuter, on veut bloquer...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, circule un appel &#224; se rassembler le lendemain matin pour d&#233;brayer des lyc&#233;es. C'est &#233;crit : &#171; si &#231;a ne marche pas cette fois, on recommencera &#187;. Le matin on doit bien &#234;tre 7 ; on recommencera...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi 16 apr&#232;s-midi, m&#234;me manif que le mardi, puis tout le monde part au ski pendant deux semaines, fin du premier acte (attendez, partez pas, &#231;a a pas l'air terrible jusqu'ici mais apr&#232;s &#231;a s'am&#233;liore !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est (re)parti !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reprend le 7 mars, avec le &#171; temps fort syndical &#187;. 15 000 personnes dans la rue, gros cort&#232;ge rouge et noir (500 personnes). L'AG qui suit &#224; la bourse du travail d&#233;signe un &#171; comit&#233; de lutte &#187;, et appelle &#224; des &#171; actions dont les modalit&#233;s restent &#224; d&#233;terminer &#187;, tout &#231;a autour du mot d'ordre &#171; retrait du CPE &#187;. Dans les jours qui suivent, en marge des AG &#224; la fac de Bron, un groupe se charge de mettre en place une action dite &#171; anti-medef &#187;, au sens large, c'est-&#224;-dire qu'elle pouvait frapper les int&#233;r&#234;ts du patronat o&#249; qu'ils se trouvent (bon ok, c'est pas tout &#224; fait comme &#231;a qu'elle a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e). Toujours est-il qu'a circul&#233; un appel &#224; occupation d'un &#171; b&#226;timent symbolique &#187; pour le lundi 13. Les termes de l'appel sont assez int&#233;ressants pour illustrer &#224; la fois l'&#233;volution du mouvement et ses diff&#233;rentes tendances : l'action se devait d'&#234;tre &#171; non-violente &#187;, mais se trouvait justifi&#233;e par le principe &#171; sans justice, pas de paix &#187; ; les revendications ont &#233;t&#233; &#233;tendues au CNE, &#224; la pr&#233;carit&#233;, au retour du statut de pion dans les coll&#232;ges et lyc&#233;es et au soutien aux r&#233;voltes populaires de novembre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi matin 70 personnes se retrouvent &#224; Bellecour, ainsi qu'une ou deux cam&#233;ras et un ou deux RG. &#199;a part en footing sur quelques centaines de m&#232;tres, ce qui affole plus les journaleux que les keufs, direction le local de l'UMP rue Herriot. L&#224; un groupe de complices est d&#233;j&#224; dans la place [4], donc une partie des joggeur-es peut investir les lieux. Les occupant-es ne savent pas trop quoi faire une fois rentr&#233;-es, le choix &#233;tant largement restreint par la pr&#233;sence des cam&#233;ras (journaliste et flic ; journaliste = flic...). Certain-es balancent les affiches de Perben et Sarkozy par les fen&#234;tres &#8211; affiches que celleux qui sont rest&#233;-es en bas se chargent de br&#251;ler, d'autres exproprient une caisse de rouge et des bombes de peintures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les flics ne semblent pas &#234;tre pr&#234;ts &#224; intervenir, et que le groupe d'occupant-es pr&#233;f&#232;re ne pas les attendre, tout le monde se regroupe et d&#233;file joyeusement sur quelques centaines de m&#232;tres, pour se retrouver place de l'Op&#233;ra. La cible la plus proche est alors l'agence ANPE Terreaux, et un conseil improvis&#233; est en train de se mettre d'accord pour aller y faire un tour quand une demi douzaine de voitures de flics d&#233;barquent. L&#224; &#231;a va tr&#232;s vite, les cond&#233;s commencent &#224; encercler, quelques manifestant-es descendent dans une bouche de m&#233;tro, un keuf cravat&#233; gueule &#224; ses gorilles blind&#233;s &#171; arr&#234;tez-les &#187;, et tout le monde s'envole vers les pentes de la Croix Rousse, sauf quelques personnes qui se font embarquer, faute de r&#233;action collective et solidaire. Le temps pour les &#233;chapp&#233;-es de se regrouper et d'envoyer des &#233;missaires &#224; la fac pour rameuter les participant-es &#224; l'AG pour venir soutenir les camarades enferm&#233;-es, et quelques dizaines de personnes se rassemblent devant le commico du premier arrondissement. Les flics s'y attendaient pas, et il n'y a pas de comit&#233; d'accueil, ce qui permet &#224; deux trois &#233;nerv&#233;-es de mettre des coup de lattes dans la porte ferm&#233;e, avant que quelques keufs sortent et se postent devant l'entr&#233;e. &#171; Lib&#233;rez nos camarades &#187;, &#171; les enfants de Cayenne &#187;, &#171; l'Internationale &#187;, &#171; police nationale, milice du capital &#187;, les assi&#233;geant-es r&#233;visent leurs classiques. Enfin, environ une heure apr&#232;s, une centaine de personnes arrivent de la fac, renfor&#231;ant la pression. Les &#171; leaders &#233;tudiants &#187;, qui n'ont &#233;videmment pas particip&#233; &#224; l'action, profitent de la pr&#233;sence des journaleux pour accro&#238;tre leur capital m&#233;diatique en donnant des interviews ; les flics prennent des photos depuis les &#233;tages et renforcent leur pr&#233;sence devant le b&#226;timent (il semblerait qu'un troupeau de lardus ait &#233;t&#233; interrompu dans sa s&#233;ance de natation pour venir filer un coup de main &#224; leurs coll&#232;gues). Le secr&#233;taire d&#233;partemental de FO intervient en faveur de la lib&#233;ration des 8 personnes interpell&#233;es, poursuivies pour violence (imaginaire) envers un umpiste, d&#233;gradation et vol (le carton de vin). La maire du premier arrondissement vient faire sa belle devant les cam&#233;ras et s'entretenir avec le cond&#233;-en-chef. Finalement, les 8 sont rel&#226;ch&#233;-es au compte goutte, et la plainte pour violence est abandonn&#233;e. &#192; ce jour (f&#233;vrier 2007), pas de nouvelles de poursuites judiciaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;La fac, faut qu'&#231;a rock&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sentant le mouvement s'intensifier, et apr&#232;s avoir particip&#233; au d&#233;but d'occupation de Bron, un groupe d'une dizaine de personnes d&#233;cide le lundi soir d'aller occuper Lyon II sur les quais. Rien de bien compliqu&#233; en fait : passer deux trois coups de fils, attendre gentiment que le dernier cours de l'amphi choisi se termine, y entrer, et une fois que les derniers &#233;tudiants sont sortis, barricader. L&#224; on peut faire la teuf un petit moment, genre boire les bouteilles de l'UMP (pas &#224; la hauteur de ce qu'on pouvait imaginer il faut bien le dire) avec certaines des personnes arr&#234;t&#233;es pour f&#234;ter leur sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ensuite les choses s&#233;rieuses commencent avec l'arriv&#233;e de la BAC qui tourne autour de la fac, puis du pr&#233;sident de l'universit&#233;. Celui-ci est un peu &#233;nerv&#233;, d'autant plus qu'il avait n&#233;goci&#233; avec l'AG qu'il n'y aurait pas d'occupation de nuit, en &#233;change de l'arr&#234;t de la p&#233;nalisation des absences et du contr&#244;le continu ; c'est b&#234;te les occupant-es n'&#233;taient pas &#224; l'AG...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant que cet argument (la menace ne sera d'ailleurs pas mise &#224; ex&#233;cution) n'a pas l'air de les convaincre, Puech (le pr&#233;sident), commence &#224; parler d'intervention des forces de l'ordre, mais se ravise finalement quand les occupant-es r&#233;cup&#232;rent des barri&#232;res de chantier pour monter des barricades. &#192; la retraite quelques jours plus tard, il n'a visiblement pas envie de finir son mandat avec l'assaut de sa fac assi&#233;g&#233;e. Donc il finit par se barrer, expliquant que si le lendemain des d&#233;gradations sont constat&#233;es il virera tout le monde (mais &#224; force de pas tenir ses promesses de r&#233;pression il est de moins en moins cr&#233;dible).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup pendant la nuit &#231;a discute de la suite &#224; donner &#224; l'occupation, &#231;a renforce les barricades devant les portes de l'amphi avec le mobilier des salles de cours, et &#231;a pr&#233;pare l'accueil des &#233;tudiant-es le lendemain. Une grande banderole festive &#171; la fac, faut qu'&#231;a rock &#187; sur la fa&#231;ade et une plus agressive &#171; si tu cherches un emploi stable, la police recrute &#187; dans le patio sont d&#233;ploy&#233;es, et une pancarte &#224; l'entr&#233;e de l'amphi indique que les occupant-es se reconnaissent dans la tendance &#171; ni cpe, ni cdi &#187; du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la nuit il a sembl&#233; que c'&#233;tait une bonne id&#233;e d'occuper &#171; l'amphi le plus classe de Lyon &#187; (Laprade pour les connaisseur-es), mais au matin il s'est av&#233;r&#233; que dans l'amphi le plus classe de Lyon, c'est les &#233;tudiant-es les plus abruti-es et les plus bourgeois-es de Lyon qui ont cours. A part quelques un-es qui semblent int&#233;ress&#233;-es par la transformation de leur salle de cours en dortoir, cuisine et lieu d'activit&#233; (projection pr&#233;vue l'apr&#232;s-midi), la grande majorit&#233; est clairement hostile (m&#234;me une connasse avec un sac &#171; che guevara &#187;). Matin&#233;e &#233;prouvante pour les occupant-es : se taper des discussions st&#233;riles avec des fils et filles de bourges au r&#233;veil apr&#232;s deux heures de sommeil c'est pas la joie, heureusement qu'il y a leur gueule d&#233;confite devant l'impossibilit&#233; d'aller en cours (l'horreur !), et quelques perles dans la conversation (&#171; &lt;i&gt;La mis&#232;re &#231;a se vit tout seul. Moi j'ai d'la thune et j'vous emmerde&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s midi du mardi 14 a lieu une AG sur les quais, mais celle-ci est investie par les &#233;tudiant-es v&#233;n&#232;res que leur amphi soit occup&#233;, et l'UNI peut m&#234;me s'y faire applaudir, sans que &#231;a ne choque outre mesure ceux et celles qui sont sens&#233;-es &#234;tre l&#224; pour organiser une lutte. L'AG (environ 300 personnes) vote donc la fin de l'occupation de l'amphi, dont les protagonistes partent d&#233;gout&#233;-es, apr&#232;s avoir essayer de botter le cul d'un mec de l'UNI pour se d&#233;fouler. Pour parfaire son ridicule, l'AG vote aussi le &#171; blocage filtrant &#187; (un an apr&#232;s j'ai toujours pas compris en quoi &#231;a pouvait bien consister) et un appel &#224; la gr&#232;ve des IATOS (tiens j'aimerais bien voir la r&#233;actions des diant-diant-es si les IATOS les appelaient &#224; faire gr&#232;ve en solidarit&#233;, nan mais y doutent de rien...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point positif c'est que le matin l'AG de Bron a vot&#233; le blocage avec occupation, s&#251;rement boost&#233;e par la prise de Laprade. En plus l'administration d&#233;clare la fermeture administrative des campus de Bron et des quais, sans qu'on sache exactement &#224; quoi c'est d&#251; : une nana qui se serait bless&#233;e en essayant de franchir une barricade &#224; Bron, l'occupation sauvage des quais ou les rumeurs de d&#233;brayage par la manif lyc&#233;enne de l'apr&#232;s-midi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les lyc&#233;es, &#231;a swing grave&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chouette manif d'ailleurs, puisque la FIDL et l'UNEF, qui y avait appel&#233; initialement ont finalement renonc&#233; &#224; y participer, du coup il y avait quand m&#234;me environ 150 personnes, essentiellement des lyc&#233;en-nes, sans SO et sans trop de flics. Donc &#231;a part de Bellecour bien dynamique, sans parcours d&#233;pos&#233; &#224; la pref', ce qui permet d'aller d&#233;brayer un premier lyc&#233;e (R&#233;camier &#224; Perrache). Pas de casse &#224; l'int&#233;rieur, il faut dire que y'a pas mal de cam&#233;ra et d'appareil photo journalistico-policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a repart sur Amp&#232;re Bourse, sauf que l&#224; l'administration a ferm&#233; la porte d'entr&#233;e. Qu'&#224; cela ne tienne, les manifestant-es attendront l'heure de la sortie. Mais l'administration a pr&#233;vu le truc : elle se sert du sas d'entr&#233;e, que les manifestant-es investissent aussit&#244;t la porte ouverte. Apr&#232;s avoir p&#233;t&#233; une cam&#233;ra de surveillance et mis deux trois coups de pied dans la deuxi&#232;me porte, la solution vient d'un lyc&#233;en habile qui avec son couteau suisse l'ouvre en douceur. Donc &#231;a part joyeusement en courant dans les couloirs, ne tenant pas compte des r&#233;criminations des proviseurs et CPE du lyc&#233;e. A bout d'un moment, apr&#232;s avoir fait le tour de toute les salles [5], le mot passe que l'administration veut enfermer les manifestant-es &#224; l'int&#233;rieur en attente des flics. Une porte arri&#232;re donnant sur les quais a permis &#224; tout le monde de se barrer avant, &#224; ma connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, l'AG de l'IEP se prononce pour le retrait du CPE et du CNE...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fac occup&#233;e, fac lib&#233;r&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 15 mars, Lyon II est donc ferm&#233;e administrativement, mais les &#233;tudiant-es n&#233;gocient avec la pr&#233;sidence la r&#233;ouverture pour pouvoir occuper. Cette derni&#232;re accepte &#224; condition qu'un seul amphi soit occup&#233; la nuit, l'amphi Cassin, isol&#233; des autres b&#226;timents, et laisse les b&#226;timents strat&#233;giques ferm&#233;s (BU, cafeteria, resto U, salles informatiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup le soir quelques dizaines de personnes dorment sur place, et sont rejoints par 200 autres au matin, pour bloquer totalement ce campus r&#233;put&#233; imblocable. Finalement, cadenas, mobilier, poubelles et sabotage auront raison de l'architecture pr&#233;ventive de ceux qui dans les ann&#233;es soixante-dix croyaient avoir trouv&#233; la r&#233;ponse aux mouvements &#233;tudiants. Une seule entr&#233;e est laiss&#233;e libre pour permettre d'assister aux activit&#233;s (projection, bouffe, d&#233;bats...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu de tensions avec les anti-bloqueurs, une partie des &#233;tudiant-es venu-es pour aller en cours rejoignant l'occupation et une autre promettant de revenir aux manifs. Les seules oppositions sont le d&#233;bloquage d'un amphi, vite rebloqu&#233;, par des &#233;tudiant-es de l'IUT et un feu de poubelle d&#233;clench&#233; par des militants de l'UNI ( !). Suite &#224; ces quelques incidents, un service de s&#233;cu est mis en place, et les &#171; patrouilles anti-uni &#187; et les checkpoints o&#249; des gens tapent le carton donnent un petit c&#244;t&#233; &#171; guerilla sud-am&#233;ricaine &#187; assez sympathique, manquent plus que les casquettes militaires et les kalachnikovs. Sinon, les activit&#233;s &#224; l'int&#233;rieur c'est les diverses commissions, les films, les d&#233;bats, un training &#171; comportement en manif &#187;, et quelques guitares avec leur chevelu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jeudi 16 les lyc&#233;en-nes de Sembat &#224; V&#233;nissieux d&#233;brayent, et viennent rendre une visite &#224; la fac occup&#233;e &#224; Bron. L'UNEF panique, pr&#233;vient la s&#233;curit&#233; de la fac pour des soi-disant bris de r&#233;tro sur le parking, et celle-ci appelle les flics pour des voitures en feu ! Les cond&#233;s rappliquent en nombre, (4 voitures, 5 camions, plus deux BAC), et l'occasion est &#224; nouveau manqu&#233;e de cr&#233;er de v&#233;ritables liens entre les lyc&#233;en-nes dynamiques et les &#233;tudiant-es structur&#233;-es. Alors qu'il semblerait que seul quelques d&#233;gradations des locaux soient &#171; &#224; d&#233;plorer &#187;, l'AG diant-diante (1000 personnes) votera quand m&#234;me une motion d&#233;non&#231;ant la casse (et se prononcera contre la violence en manif)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconduite du blocage est aussi vot&#233;e, ainsi que la n&#233;gociation (avec la CGT ?) pour obtenir des trains gratuit pour aller &#224; la manif centrale &#224; Paris, la demande de r&#233;ouverture des b&#226;timents ferm&#233;s par l'administration, l'affirmation du soutien r&#233;ciproque avec l'AG des personnels de la fac, le d&#233;brayage de Lyon III, et le fait que le mouvement continuera m&#234;me en cas de retrait du CPE. Le m&#234;me jour l'AG de l'IEP vote le blocage, mais la pr&#233;sidence d&#233;cide d'une fermeture administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Syndicats gestionnaires : &#034;des fanions, pas des r&#233;unions&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manif de l'apr&#232;s-midi rassemble 8000 personnes, et un certain nombre d'&#233;tudiant-es ont d&#233;cid&#233; de former un cort&#232;ge &#171; ni cpe ni cdi &#187; (&#171; le CPE on s'en fout, on veut plus de patron du tout &#187;), juste devant celui de la CNT. &#192; nouveau les flics sont massivement de sortie, encadrant les cort&#232;ges lyc&#233;en et &#171; -anar &#187; avec des rang&#233;es de civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette manif, comme dans d'autres, FO joue la r&#233;cup' &#224; fond, distribuant all&#232;grement drapeaux et autocollants, heureusement vite d&#233;tourn&#233;s (la plupart des autoc' sont coll&#233;s apr&#232;s avoir d&#233;chir&#233; la mention FO et certain-es lyc&#233;en-nes ne gardent que l'anse des drapeaux !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'arriv&#233;e place Guichard, la bourse du travail est ferm&#233;e par la CGT par craintes de d&#233;bordements, donc pas d'AG post-manif. Du coup des lyc&#233;en-nes continuent la manif pour aller bloquer le tram. Illes se font vite encercler par les keufs et le SO de l'UNEF emp&#234;che le reste des manifestant-es de les rejoindre et de les soutenir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a bouge &#224; Lyon2, &#231;a fr&#233;mit ailleurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi le blocage de Bron tient bon, une centaine de personnes y ont dormi, 300 les rejoignent le matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lyon1 commence &#224; bouger, un peu : un communiqu&#233; annonce que &#171; Le pr&#233;sident soutient inconditionnellement le mouvement. Les &#233;tudiants sont dispens&#233;s de TD pendant les AG et manifs. &#187; ( ! ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lyon3 , un comit&#233; de mobilisation est form&#233;, et il y a des barrages filtrant &#224; l'entr&#233;e de la fac... tenus par la s&#233;cu... (dans ce cas l&#224; je vois bien ce que c'est un barrage filtrant par contre). Pour donner une id&#233;e de l'&#233;tat de la mobilisation dans cette fac, il suffit de dire que l&#224;-bas l'UNEF est quasi clandestine car consid&#233;r&#233;e comme subversive, les moyens d'action qui lui reste sont de proposer le port d'un &#171; brassard anti-CPE &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AG de Lyon2 est toujours aussi schizophr&#232;ne, elle vote en vrac : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le fait que des d&#233;l&#233;gu&#233;s de syndicats patronaux puissent assister aux AG, si r&#233;ciprocit&#233; ! &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une motion &#171; anti-bureaucrate &#187; (rotation de la tribune) &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le d&#233;marchage des syndicats cheminots pour les trains pour Paris et une demande d'aide financi&#232;re &#224; la mairie. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un appel aux lyc&#233;ens et banlieusards pour les manifs. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le maintien du SO (de justesse apr&#232;s l'attitude du SO UNEF le jeudi, l'AG lui demande quand m&#234;me des excuses...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re vitrine, la premi&#232;re grenade, la premi&#232;re barricade...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manif du samedi 18 mars est la plus grosse &#224; Lyon jusqu'ici, avec environ 25 000 participant-es (dont un millier dans le cort&#232;ge rouge et noir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout l'apr&#232;s manif qui est particulier : juste &#224; l'arriv&#233;e place Bellecour, laissant &#224; peine le temps aux syndicats de remballer leur matos (alors qu'une AG devait se tenir en plein air avec la sono de la c&#233;g&#232;t'), avait lieu une manifestation de nationalistes turcs contre la reconnaissance du g&#233;nocide arm&#233;nien. Environ 5000 personnes, avec des drapeaux turcs et fran&#231;ais et des pancartes n&#233;gationnistes, faisant le signe du mouvement fasciste turc des &#171; loups gris &#187;, se massent sur le centre de la place. Plusieurs centaines de manifestant-es &#171; anti-CPE &#187; expriment leur hostilit&#233;, et un important cordon d'une bonne centaine de gardes mobiles s'interpose entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tension monte, les nationalistes turcs tentent plusieurs fois de charger les contre-manifestant-es, mais sont retenus par leur impressionnant SO (c'est pas tr&#232;s agr&#233;able d'&#234;tre prot&#233;ger par un SO et des flics, mais il faut bien avouer que sans &#231;a on se serait fait r&#233;tamer). Finalement les mobiles repoussent les contre-manifestant-es &#224; coup de lacrymo pour permettre aux fascistes de d&#233;filer (en parlant de fascistes, un petit groupe de sp&#233;cimens locaux se trimbalait aussi dans le coin, attendant on sait pas trop quoi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre manif suit le parcours dans des rues parall&#232;les, pour arriver aux Terreaux, o&#249; la tension monte encore d'un cran : les nationalistes balancent les chaises des terrasses, une vitrine tombe, des petits groupes de lascars du quartier et de manifestant-es du matin commencent &#224; monter une barricade sommaire rue Romarin, profitant de l'occas' pour affronter les flics, et ils sont soutenus par certain-es habitant-es qui leur ouvrent les portes des traboules pour leur permettre de se barrer lors des charges de gardes mobiles. Plusieurs personnes se feront tout de m&#234;me arr&#234;t&#233;es c&#244;t&#233; &#171; anti-CPE &#187;, accus&#233;es d'avoir balancer une barri&#232;re de chantier sur les keufs. Devant le caract&#232;re manifestement arbitraire de l'arrestation de deux d'entre elles, et la mobilisation de quelques personnes venues chercher de leurs nouvelles au commico, elles sortiront apr&#232;s une nuit de garde-&#224;-v' et avec une convocation en maison de justice pour octobre, o&#249; elles seront condamn&#233;es &#224; une amende de quelques centaines d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re manif qui d&#233;borde &#224; Lyon, m&#234;me si c'est dans des conditions particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;---&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Bron le blocage tient, malgr&#233; la pr&#233;sidence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; diant-diant, pas grand chose &#224; signaler pour le mardi 21 mars : l'AG revote l'occupation de nuit, Puech menace de faire intervenir les CRS. On peut quand m&#234;me noter que les questions du contr&#244;le bureaucratique des AG et du r&#244;le du SO se posent de plus en plus. Les n&#233;gociations avec les syndicats pour avoir des trains gratos &#233;chouent, ces derniers pr&#233;f&#233;rant se concentrer sur les &#233;lections professionnelles qui auront lieu le jeudi. La SNCF veut bien affr&#233;ter 3000 places, &#224; un tarif &#224; n&#233;gocier, et le PS paierait le reste...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cot&#233; lyc&#233;en, comme souvent, c'est plus int&#233;ressant : au moins 16 lyc&#233;es touch&#233;s (bloqu&#233;s, ferm&#233;s ou perturb&#233;s), et une manif (environ 800 lyc&#233;en-nes, 200 &#233;tudiant-es) qui excite les flics (une dizaine de voitures dont deux avec cam&#233;ras, 3 fourgons, une cinquantaine de civils en tout genre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 mars (certain-es &#233;tudiant-es cultiv&#233;-es notent l'anniversaire), la situation est contrast&#233;e suivant les facs : &#224; Lyon I, les &#233;tudiant-es d&#233;cident de vendre des g&#226;teaux pour financer le mouvement, une AG de 1000 personnes &#224; Lyon III se prononce contre le CPE (victoire ! l'UNEF n'aura pas oeuvr&#233; en vain), l'IUT de Bron conna&#238;t la premi&#232;re AG de son histoire, l'IEP vote l'occupation de nuit, l'ENS (Ag de 200 &#233;tudiant-es sur 500) la gr&#232;ve interprofessionnelle, et joint sa caisse de gr&#232;ve &#224; celle de Lyon II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Lyon II, la r&#233;action met la pression : des rumeurs circulent d'une descente de l'UNI le lendemain &#224; 9 h &#224; la fac, soit pendant que tout le monde sera &#224; la gare ou dans les trains, et la pr&#233;sidence envoie un petit mail &#224; tout ses administr&#233;-es, reproduit ici in extenso, tellement il est caricatural (m&#234;me la pref est moins r&#233;pressive, puisqu'elle a refus&#233; l'intervention des flics &#224; la fac) : &#171; &lt;i&gt;Le campus de Porte des Alpes a &#233;t&#233; occup&#233; la nuit du 21 au 22 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concours des forces de police pour proc&#233;der &#224; une &#233;vacuation a &#233;t&#233;, malgr&#233; les dangers pour la s&#233;curit&#233; des gardiens et des lieux, refus&#233; &#224; l'Universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la mise en place d'un important dispositif de blocage par une coordination &#233;tudiante au matin, les campus ont &#233;t&#233; ouverts ce mardi 22 mars. Le blocage a emp&#234;ch&#233; une majorit&#233; d'&#233;tudiants de suivre leurs cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s &#224; leur lieu de travail a &#233;t&#233; refus&#233; &#224; certains personnels enseignants ou IATOS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 23 mars, l'Universit&#233; sera ouverte. Il est demand&#233; aux personnels enseignants et IATOS d'assurer leur service et aux &#233;tudiants d'exercer leurs droits dans le respect des libert&#233;s de chacun&lt;/i&gt; &#187;. Ne dites plus &#171; Bonjour monsieur le pr&#233;sident &#187; mais &#171; Cr&#232;ve salope ! &#187;, comme on disait &#224; l'&#233;poque...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Tou-te-s &#224; Paris !&#034; (ou pas)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre truc &#224; plus dire, c'est &#171; merci le PS &#187; (enfin perso je l'avais jamais dit) : les crapules socialos ne financeront finalement que 380 billets pour Paris (la SNCF offrant gracieusement une r&#233;duction de 50%). Les buros qui ont valeureusement n&#233;goci&#233; vont pouvoir pratiquer leur client&#232;lisme habituel pour la distribution de ce maigre butin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement l'AG commence par voter que si c'est comme &#231;a personne ne part &#224; Paris. Et que tout le monde fout le bordel &#224; la gare... heu enfin pas tout &#224; fait, en fait elle vote le principe d'action &#171; non-violentes &#187; (on n'en sortira donc jamais !) sur la presqu'&#238;le. Mais, coup de th&#233;&#226;tre, les buros d&#233;barquent avec leurs billets dans les mains, font revoter le truc, et obtiennent qu'ont les laissent distribuer l'os &#224; ronger que leur &#224; jet&#233; leur grand fr&#232;re socialo, au m&#233;pris de la r&#233;action collective qui avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; jusqu'ici. L'AG qui ne s'est toujours pas &#233;mancip&#233;e de la tutelle bureaucratique refuse de voter une d&#233;nonciation de ces petites manoeuvres ainsi qu'un communiqu&#233; expliquant que le PS et la CGT ont refus&#233; d'aider le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rendez-vous devant la gare est maintenu le lendemain, pour une tentative d'imposer directement la r&#233;quisition de trains, ou servir de point de d&#233;part aux actions du matin. Certains aimeraient m&#234;me venir plus t&#244;t pour emp&#234;cher les heureux &#233;lus de se barrer tout seuls avec les places PS, mais finalement &#231;a se fera pas (tant mieux, qu'ils se barrent ces jaunes, on se marrera mieux sans eux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ 1000 personnes se retrouvent devant la gare Perrache, traversent la galerie commerciale et sont bloqu&#233;es &#224; l'entr&#233;e de la gare par une maigre rang&#233;e de cond&#233;s. Mais les boucliers-matraques-lacrymos semblent plus convaincants et convaincus que les capuches-foulards, donc il n'y aura pas d'affrontements directs &#224; ce moment l&#224;. Quelques camarades &#224; casquettes essaient pourtant d'initier les &#233;tudiant-es &#224; leur pratique offensive, et &#224; une certaine conception pragmatique et radicale du rapport avec les forces de l'ordre (un lascar, parlant des CRS : &#171; &lt;i&gt;eux ils sont l&#224; parce qu'on leur a donn&#233; des ordres, nous on sait pourquoi on est l&#224;, on est d&#233;termin&#233;, on est plus fort qu'eux&lt;/i&gt; &#187;). L'arriv&#233;e des renforts porcins emp&#234;che de justesse l'invasion des voies par une entr&#233;e de c&#244;t&#233;, et les manifestant-es en sont r&#233;duit-es &#224; gueuler des slogans, qui se radicalisent avec le niveau de confrontation, et visent aussi bien l'ennemi du moment (la SNCF), que les ennemis structurels que sont l'Etat, les flics et les patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela ne reste tout de m&#234;me pas juste symbolique, puisqu'un cheminot syndiqu&#233; (&#224; sud ou la c&#233;g&#232;t') informe par t&#233;l&#233;phone les manifestant-es depuis l'int&#233;rieur que tous les trains ont &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;s vers la gare de la Part Dieu.&lt;br&gt;
Une fois qu'il a &#233;t&#233; clair que la pseudo n&#233;gociation de la SNCF ne servait qu'&#224; gagner du temps, le cort&#232;ge s'est rassembl&#233; &#224; nouveau sur la place Carnot. Il semblerait qu'&#224; ce moment une personne ait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, mais il n'y a pas plus d'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les buros &#233;tant partis &#224; Paris ou rentr&#233;s chez eux se pr&#233;parer pour la prochaine AG, l'auto-organisation s'impose, et les manifestant-es font l'exp&#233;rience des prises de d&#233;cisions collectives. Le d&#233;bat porte sur le choix strat&#233;gique de retourner d&#233;fendre la fac contre une possible descente de l'UNI (des rumeurs circulent depuis la veille), de faire une manifestation sauvage sur la presqu'&#238;le ou de viser plus particuli&#232;rement le blocage &#233;conomique. Finalement, sans qu'il soit besoin d'un vote, c'est plut&#244;t la troisi&#232;me solution qui est retenue, avec dans l'id&#233;e de bien montrer aux autorit&#233;s que le mouvement se constitue en une v&#233;ritable force, capable de frapper leurs int&#233;r&#234;ts (&#171; on va leur faire regretter de ne pas nous avoir laisser les trains gratos, le prochain coup on les aura &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus motiv&#233;s d&#233;finissent une cible, le mot circule, et tout le monde part en courant direction le p&#233;riph'. Les voies sont vite occup&#233;es, certain-es commen&#231;ant &#224; les bloquer avec les blocs de b&#233;ton arm&#233; qui d&#233;limitent la chauss&#233;e. Les flics arrivent, passent sous la bretelle o&#249; sont les manifestant-es, et la tentation est grande de s'en faire un ou deux &#224; coup de blocs de b&#233;ton, mais manifestement le niveau de conflictualit&#233; n'en est pas l&#224; &#224; Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiant-es pacifistes se laissent encercler en b&#234;lant &#171; la police avec nous &#187; ou un truc dans le genre, et la plupart des autres se barrent par un talus, certains jetant quand m&#234;me quelques morceaux de b&#233;tons aux cond&#233;s. Les pacifistes se font gazer. Le s&#233;rum phy de ceux et celles qui savent que la police &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt; avec nous circule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, tout le monde (environ 2000 personnes) se retrouve place Carnot, et &#231;a part en manif sauvage, qui tente de d&#233;brayer un lyc&#233;e, mais les flics sont sur place et trop nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; sur le pont de la Guill', des manifestant-es mat&#233;rialisent le clivage qui existe entre eux et les forces de l'ordre au moyen de barri&#232;res de chantier. Les CRS balancent les lacrymos, que quelques personnes &#233;quip&#233;es (foulard lunettes etc) tentent de leur renvoyer, et chargent. Le cort&#232;ge et coup&#233; en deux, mais se r&#233;unifiera vers Lyon II, pour continuer &#224; d&#233;filer, sans chercher l'affrontement avec les flics, mais en essayant plut&#244;t de les balader, et en retardant leur avanc&#233;e en balan&#231;ant sur la route tout ce qui lui tombe sous la main (containers &#224; verre, panneau de signalisation, barri&#232;res...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'un moment, on voit r&#233;appara&#238;tre les petits chefs buros, qui se pointent d'on ne sait o&#249; et qui se placent tout naturellement en t&#234;te de cort&#232;ge, avec leur m&#233;gaphone. On voit m&#234;me des abrutis qui s'imaginent reformer un SO et canaliser la manif en faisant la cha&#238;ne ! La manif perd donc peu &#224; peu de son int&#233;r&#234;t (d'autant que la pr&#233;sence polici&#232;re est de plus en plus massive), et finit par se dissoudre place Guichard, apr&#232;s que tout le monde s'est donn&#233; rendez-vous pour la manif &#171; officielle &#187; de l'apr&#232;s-midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques gamins qui sortent de leur coll&#232;ge aimeraient bien que &#231;a ne s'arr&#234;te pas l&#224; : &#171; &lt;i&gt;h&#233;, vous voulez pas retourner notre coll&#232;ge aussi&lt;/i&gt; ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La jeunesse emmerde la police nationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; lyc&#233;en, &#231;a s'agite aussi pas mal ce jeudi 23 : dans le quartier des Etats-Unis, comme la veille, les lyc&#233;en-nes manifestent dans leurs rues, et sont assez violemment r&#233;prim&#233;-es par les cond&#233;s, mais sont soutenu-es par la population qui voit d'un mauvais oeil l'occupation polici&#232;re du quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques &#233;chauffour&#233;es ont lieu dans la journ&#233;e entre les jeunes casseurs et les forces de l'ordre&lt;/i&gt;, comme on dit &#224; la t&#233;l&#233;. Au lyc&#233;e Diderot, les &#233;l&#232;ves ont d&#233;cid&#233; de bloquer la route devant leur &#233;tablissement &#224; 13h. Les CRS sont pr&#233;sents, et n&#233;gocient que s'il n'y a pas de jets de projectiles (certain-es lyc&#233;en-nes commen&#231;ant &#224; s'&#233;quiper...), ils n'utiliseront pas leurs matraques, leurs flash-balls, ni leurs lacrymos. &#201;videmment on sait ce que vaut une parole de flic, et la commissaire justifiera la charge avec armes par un &#171; &#231;a vous apprendra &#224; respecter la loi &#187;, sans qu'on sache vraiment si c'&#233;tait ironique ou non...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lyc&#233;en-nes se sont r&#233;fugi&#233;-es lors de la charge dans leur lyc&#233;e, sauf un qui a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, et les bless&#233;-es ont &#233;t&#233; soign&#233;-es &#224; l'infirmerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les heurts du matin, la manif' de l'apr&#232;s-m' s'annonce tendue. Et en effet les flics et les SO sont sur les dents, notamment celui de la FIDL qui a recrut&#233; une bande de merdeux qui s'&#233;taient d&#233;j&#224; fait remarquer au d&#233;but du mouvement en agressant des manifestant-es (c'est d'ailleurs &#224; ma connaissance les seuls cas de ce genre &#224; Lyon, rien &#224; voir avec les descriptions m&#233;diatiques des hordes de lascars d&#233;pouillant tout sur leur passage). Des lyc&#233;ens &#224; casquettes courent dans tous les sens pour mettre les nerfs aux bakeux, qui arrivent finalement &#224; les chopper. Le cort&#232;ge s'arr&#234;te pour les soutenir, malgr&#233; les syndicalistes de l'UNSA (police ?), et r&#233;ussit &#224; les faire rel&#226;cher. &#199;a repart, les flics se sentent tout permis et circulent au milieu des manifestant-es en bagnoles, gazant ceux et celles, trop rares, qui tentent de les bloquer, alors que la BAC continue sa chasse &#224; la casquette, non sans se faire l&#233;g&#232;rement caillasser au passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six personnes sont arr&#234;t&#233;es, mais cette fois la manif ne s'arr&#234;te pas, faute de r&#233;flexes de solidarit&#233;. Des &#233;tudiant-es tentent de bloquer la voiture sono de la c&#233;g&#232;t', et les CRS profitent du flottement pour couper le cort&#232;ge en deux. La CGT, sous la pression, contacte ses dirigeants d&#233;partementaux et commence &#224; n&#233;gocier avec les keufs la lib&#233;ration des personnes arr&#234;t&#233;es, mais finalement elle force le passage et repart. Trois personnes sur les six sont lib&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manif continue dans ce climat de tension jusqu'&#224; la place Guichard, o&#249; les manifestant-es d&#233;cident apr&#232;s discussion d'aller jusqu'au palais de justice &#224; une centaine de m&#232;tres pour r&#233;clamer la lib&#233;ration des personnes interpell&#233;es. Seulement les cond&#233;s profitent de l'agencement de la place (une sorte d'ar&#232;ne avec deux entr&#233;es) pour encercler la manif et la disperser. Les lyc&#233;en-nes commencent par fuir devant la charge, puis reviennent, certain-es balan&#231;ant quelques trucs aux flics, plus par rage que dans un r&#233;el but d'affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a charge un peu dans tous le sens, la BAC s'en donne &#224; c&#339;ur joie, usant des flash-ball (parfois &#224; 2 m et dans le dos) pour les lascars et des lacrymos pour les autres. Il y a au moins vingt cinq interpellations, et une permanence est mise en place devant Marius Berliet (le commico central) pour attendre la sortie des personnes arr&#234;t&#233;es et des coups de fils sont pass&#233;s &#224; tous les postes de police pour avoir de leurs nouvelles. &#192; ce moment, l'activit&#233; anti-rep' n'est pas vraiment organis&#233;e, et est plut&#244;t prise en charge par des personnes de la mouvance libertaire ayant un peu d'exp&#233;rience en la mati&#232;re (notamment des gens de l'association t&#233;moins). Une des personnes arr&#234;t&#233;es ce jour l&#224;, accus&#233;e de jets de pierre sur les forces de l'ordre, s'est vue convoqu&#233;e au tribunal en octobre apr&#232;s une nuit de garde-&#224;-vue, et a finalement &#233;t&#233; relax&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Triste d&#233;mocratisme &#233;tudiant et joyeuse agitation lyc&#233;enne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas grand chose &#224; signaler le vendredi 24 du c&#244;t&#233; de la fac, et pour cause, la journ&#233;e est parasit&#233;e par l'in&#233;vitable d&#233;bat en AG entre bloqueur et anti-bloqueur. Le seul point positif de ce petit jeu d&#233;mocratique de la course &#224; la l&#233;gitimit&#233;, c'est la possibilit&#233; de se marrer en &#233;coutant les &#171; propositions alternatives &#187; des anti-bloqueurs, qui n'empi&#233;teraient pas sur leur &#171; droit &#224; &#233;tudier &#187; : gr&#232;ve de la faim g&#233;ante sur le parking de la fac, occupation de la pref, du medef ou de l'h&#244;tel de ville. [6] ! Dommage que le mouvement ne soit pas all&#233; jusqu'&#224; l'annulation des examens, on aurait pu assister au joyeux spectacle de braves apolitiques r&#233;clamant qu'on pende Villepin avec les tripes de Sarkozy plut&#244;t que de les emp&#234;cher de d&#233;crocher leur dipl&#244;me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se rendre bien compte &#224; quel point le d&#233;bat sur le blocage a &#233;t&#233; hypertrophi&#233; et a concentr&#233; toutes les &#233;nergies, on peut citer l'exemple de Lyon III, o&#249; le maigre comit&#233; de mobilisation n'envisageait m&#234;me pas la mise en place de ce type de pratique, et o&#249; c'est le camp des anti-bloqueurs qui a impos&#233; que cette question soit vot&#233;e, avec urnes et tout le folklore d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, c'est des lyc&#233;es que sont venues les initiatives les plus int&#233;ressantes en cette journ&#233;e du 24 : plusieurs &#233;tablissements sont bloqu&#233;s, comme &#224; Fa&#255;s o&#249; les flics d&#233;logent par la force les &#233;l&#232;ves et personnels qui bloquaient l'entr&#233;e. Seulement, une fois l'acc&#232;s d&#233;gag&#233;, personne n'entre, m&#234;me le facteur venu apporter un colis, comme au bon vieux temps o&#249; la dignit&#233; prol&#233;tarienne interdisait de franchir un piquet de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; V&#233;nissieux, une cinquantaine de lyc&#233;en-nes de Sembat-Seguin sont rassembl&#233;-es devant les grilles, pour protester contre la r&#233;pression polici&#232;re de la veille. Leurs petit-es camarades de Jacques Brel entament au m&#234;me moment une tourn&#233;e de d&#233;brayage des lyc&#233;es de la ville. Mais les CRS [7] s'interposent pour &#233;viter la jonction, chargent &#224; tour de r&#244;le les un-es et les autres, gazent tout le monde et font une interpellation. Des lyc&#233;en-nes enferm&#233;-es par la direction dans leur lyc&#233;e foutent le feu &#224; un camion sur le parking, et ceux et celles qui restent dehors p&#232;tent quelques r&#233;tros en se barrant devant la charge des CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Oullins, le lyc&#233;e Jacquard est bloqu&#233; spontan&#233;ment le mercredi 22, puis le blocage est reconduit avec cadenas les jours suivants. Le lundi 27, des lyc&#233;en-nes balancent des oeufs et des pierres sur les vitres de l'&#233;tablissement, et les flics interviennent pour les disperser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;---&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Blocage, actions et manif de masse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 28, plusieurs &#233;tablissements du secondaire sont bloqu&#233;s, comme &#224; St-Genis Laval ou Fa&#255;s &#224; Villeurbanne. Depuis ce dernier, une tentative de d&#233;brayage de Brossolette &#224; la r&#233;cr&#233;e s'organise, et parviendra &#224; vider les cours d'une moiti&#233; de leurs effectifs. Il faut dire que l'administration met la pression sur les profs et les &#233;l&#232;ves et interdit la tenue des AG dans la cour. Des discussions ont lieu &#224; propos de la tactique &#224; adopter : blocage ou autres types d'action, mais il semble qu'&#224; l'inverse des d&#233;bats st&#233;riles des facs, ce soit vraiment de strat&#233;gie qu'il soit question ici, pas de &#171; droit &#224; &#233;tudier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on qu'&#224; Villeurbanne, &#224; Lyon le lyc&#233;e Diderot bloqu&#233; est la base de tentative de d&#233;brayage, notamment de St-Ex' qui est jusqu'ici peu mobilis&#233;, et d'autres lyc&#233;es qui sont barricad&#233;s mais par l'administration. Tout &#231;a dans une ambiance de manif sauvage, sur le parcours de laquelle il semblerait qu'une moto ait &#233;t&#233; br&#251;l&#233;e, et qui se disperse sous la pression polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s des t&#233;moignages sur Rebellyon de lyc&#233;en-nes en lutte, la mobilisation des profs n'est pas &#224; la hauteur, et ils ne sont m&#234;me pas capables de r&#233;agir &#224; la pr&#233;sence de CRS en armes dans leurs &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, les &#233;tudiant-es organisaient une action &#171; symbolique et sympa &#187; (un dying au centre-ville)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manif du mardi 28 apr&#232;s-midi est l'une des plus massives &#224; Lyon (40 000 personnes), mais le m&#234;me jour on en compte 60 000 &#224; Grenoble et 20 000 &#224; Roanne (40 000 habitant-es). Pas grand chose &#224; signaler &#224; priori, &#224; part un sauvageon remis &#224; la police pour avoir shoot&#233; dans une poubelle, apparemment par le SO de la CGT mais il semblerait que &#231;a puisse aussi &#234;tre des flics avec des autocollants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AG &#171; interpro &#187; (mais en grande majorit&#233; &#233;tudiante) qui suit la manif vote l'organisation d'actions pour le jeudi. Les intermittents entrent en piste, avec une action &#171; farine sur la place des terreaux &#187;, mais aussi avec la volont&#233; de d&#233;passer les happenings symboliques (&#231;a serait pas plus mal en effet...). Dans le 9&#232;me arrondissement, des lyc&#233;en-nes tentent de bloquer Jean Perrin, puis mettent en place un piquet sur la route avec des barri&#232;res de chantier. Les CRS arrivent, les barri&#232;res sont lev&#233;es mais les lyc&#233;en-nes font un sitting, et se font gazer fleur &#224; la main sous l'oeil de la direction du lyc&#233;e qui ne r&#233;agit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Lyon II, les anti-bloqueurs utilisent les listes mails de l'administration pour mobiliser, et un appel &#224; d&#233;fendre le blocage est lanc&#233;, en pr&#233;cisant que celui-ci n'est bien qu'un moyen de la lutte et pas sa finalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AG est &#233;gale &#224; elle m&#234;me : quelques initiatives int&#233;ressantes (affirmation de l'&#233;largissement des revendications du CPE &#224; la LEC [8] ; op&#233;ration escargot au p&#233;age du p&#233;riph'), des trucs bizarres ou qui n'ont pas trop de sens (demander aux centrales syndicales la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et la d&#233;mission de gouvernement ; diff' de tracts sur les march&#233;s et devant les bo&#238;tes [9] ; soutien scolaire aux lyc&#233;en-nes et le maintien du mouvement dans l'impuissance (refus de bloquer les voies de communications, de faire une manif qui arrive devant la CGT pour lui mettre la pression et d'exclure les syndicalistes policiers des SO unitaires !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement que le comit&#233; action tient un peu la route : il y a quand m&#234;me un appel &#224; des actions le jeudi, dans lequel il est affirm&#233; que &#171; les manifestations ne suffisent plus &#187;, et qui ne porte plus l'habituel label &#171; action garantie 100% non-violente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien &#224; signaler le mercredi, &#224; part que le blocage est revot&#233; &#224; Bron et que le camp des bloqueur-es se renforce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi 30 au matin, des lyc&#233;en-nes de Tarare tentent de bloquer leur lyc&#233;e mais en sont emp&#234;ch&#233;s par les CRS. Finalement, ils bloquent la circulation une demi-heure en faisant un sitting. Dans cet &#233;tablissement aussi la pression administrative se fait sentir, et certain-es internes sont vir&#233;-es suite &#224; leur participation &#224; la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Manifester ne suffit pas&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;but d'apr&#232;s-midi, un demi millier de personnes se retrouvent &#224; Lyon II quais pour partir en action. Ce genre d'initiatives commence doucement &#224; &#234;tre vraiment organis&#233;, le comit&#233; action a d&#233;fini des cibles, fait des rep&#233;rages, etc. L'anti-rep' se d&#233;veloppe aussi un peu, avec diff' de tracts sur le comportement en manif et garde-&#224;-v' et num&#233;ro d'avocat. Tout le monde part en manif sauvage, et &#233;tonnamment la pr&#233;sence polici&#232;re est limit&#233;e &#224; deux RG. La premi&#232;re cible est Lyon III, avec la volont&#233; plus ou moins affich&#233;e de d&#233;brayer, mais &#233;videmment tout est ferm&#233; &#224; cl&#233; et la s&#233;cu attend derri&#232;re les portes au cas o&#249;. Difficile de tenter quelque chose de ce c&#244;t&#233; l&#224;, et il faut bien dire que c'est politiquement assez peu int&#233;ressant finalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cort&#232;ge continue donc jusqu'au cours Berthelot, et bifurque tout &#224; coup pour investir les voies de chemin de fer au niveau de la gare de la Guilloti&#232;re. Les manifestant-es s'installent sur les rails, esp&#233;rant que comme pr&#233;vu les conducteurs qui doivent passer par l&#224; auront bien &#233;t&#233; pr&#233;venus. Il ne faut pas attendre longtemps pour que les cond&#233;s d&#233;barquent, et le choix est fait de ne pas chercher la confrontation &#224; ce moment l&#224; mais plut&#244;t d'essayer de se barrer avant qu'ils ne bloquent tout le monde. Le probl&#232;me c'est que l'endroit ressemble assez &#224; une sourici&#232;re, puisqu'il faut passer sous un pont pour se d&#233;gager, et &#233;videmment les CRS bloquent l'acc&#232;s. Le face &#224; face dure quelques minutes, et finalement des employ&#233;s de la SNCF ouvrent une autre sortie qui permet &#224; tout le monde de se retrouver &#171; dehors &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manif repart donc direction Saxe, et les flics reprennent leur strat&#233;gie de se maintenir &#224; distance, renfor&#231;ant leur pr&#233;sence par quelques cond&#233;s en scooters. L'ambiance est plut&#244;t joyeuse, m&#234;me s'il est assez clair que l'affrontement est in&#233;vitable si d'autres actions sont pr&#233;vues. C'est peut-&#234;tre pour &#231;a que les &#171; organisateur-es &#187; annoncent apr&#232;s un sitting au carrefour Saxe Gambetta qu'illes n'ont rien pr&#233;vu de plus, et qu'&#224; partir de maintenant la manif doit se dissoudre ou s'auto-organiser. La plupart des personnes pr&#233;sentes sont venues avec l'id&#233;e que &#171; manifester ne suffit pas &#187;, et donc sont motiv&#233;es pour aller bloquer &#224; nouveau le pont de la Guill', comme le jeudi pr&#233;c&#233;dent, en profitant du chantier. Les barri&#232;res sont pos&#233;es, et les renforts porcins arrivent illico, en habit ou en civil, quelques costauds avec capuche-&#233;charpe &#233;tant facilement identifi&#233;s parmi les manifestant-es, sans pour autant qu'ils ne se fassent foutre dehors. Pour gagner quelques minutes, la manif traverse le pont, et une autre barricade (symbolique) est mont&#233;e rue de la Barre pour y attendre les CRS. Ils s'installent en face, font les sommations d'usage, se l&#226;chent une lacrymo dans les pattes, et tirent une premi&#232;re salve de grenade. Mais ils visent trop loin, et les manifestant-es ne bougent pas (trop) ; quelques un-es sont &#233;quip&#233;-es et, la pratique aidant, les &#233;tudiant-es ne sont plus effray&#233;-es par le premier gaz venu, c'est plut&#244;t bon signe. Mais au deuxi&#232;me tir les cond&#233;s visent mieux, et chargent. Les manifestant-es se replient &#224; l'autre bout de la rue, h&#233;sitant &#224; continuer rue de la R&#233; (la grande rue commerciale de Lyon), &#224; se rassembler sur la place Bellecour ou &#224; se disperser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;pression al&#233;atoire ou cibl&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les flics ne leurs laissent pas le temps de prendre une d&#233;cision, chargent &#224; nouveau, et ramassent trois personnes tomb&#233;es dans la fuite. Pour justifier a posteriori ces arrestations, ils parleront de &#171; participation &#224; un groupement arm&#233; &#187;, les deux personnes embarqu&#233;es ayant soi-disant &#233;t&#233; vues en train de charger leur sac avec des pierres lors de l'occupation des voies ferr&#233;es une bonne heure auparavant ( !) ; la troisi&#232;me n'a pas &#233;t&#233; embarqu&#233;e faute de place dans les paniers &#224; salades (re- !). Mais les flics ne se contentent pas de ces prises au hasard, ils ont aussi leur cible : lors de la troisi&#232;me charge, un des flics encapuchon&#233;s et &#171; infiltr&#233;s &#187; ceinture un manifestant [10], et trois autres emp&#234;chent les personnes &#224; c&#244;t&#233; de lui de venir le lib&#233;rer. Il est finalement port&#233; par les cheveux et les jambes de l'autre c&#244;t&#233; de la rang&#233;e de CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne comprend vraiment pourquoi St&#233;phane a &#233;t&#233; cibl&#233;, m&#234;me s'il est clair qu'il s'&#233;tait fait remarquer lors de l'occupation de l'UMP o&#249; il tenait le m&#233;gaphone et dans plusieurs manifs en train d'insulter des flics, d'emmerder un peu des RG, et autres animations de ce genre. Bref, il &#233;tait catalogu&#233; comme &#171; agitateur &#187;. D'ailleurs le motif de son arrestation et plus encore sa condamnation montrent clairement que les flics et les juges avaient envie de se le faire : il est accus&#233; de vol avec violence sur d&#233;positaire de l'autorit&#233; publique, tout &#231;a parce qu'au moment de l'occupation des voies ferr&#233;es, il a un peu tir&#233; sur le sac &#224; main d'une RG, en disant aux personnes qui discutaient avec elle : &#171; lui causez pas, c'est une flic &#187;. &#199;a lui vaudra 6 mois de prison. (Cour d'appel de Lyon : 6 mois ferme pour St&#233;phane ! Incroyable)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; ce moment, les manifestant-es ne sont pas au courant de tout &#231;a. Ils cherchent &#224; r&#233;agir : trouver les noms des personnes arr&#234;t&#233;es (un lyc&#233;en a aussi &#233;t&#233; embarqu&#233; par la BAC pour un bris de r&#233;tro, et deux lyc&#233;ennes dans des circonstances inconnues), contacter l'avocat, &#233;ventuellement se rassembler devant le commico ? Continuer la manif semble vraiment compliqu&#233; vu la forte pr&#233;sence polici&#232;re (de nombreux civils tournent tout autour du groupe au milieu de la place). Plusieurs personnes prennent en charge les trucs urgents &#224; faire, appeler les commicos pour avoir des nouvelles, diffuser l'info, etc., et l'id&#233;e retenue est de profiter de la manif &#171; unitaire &#187; de la fin d'apr&#232;s-m' (17 h) avec les syndicats pour r&#233;clamer la lib&#233;ration des personnes arr&#234;t&#233;es, &#233;ventuellement en la d&#233;tournant vers le commissariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les flics restent sur la place et occupent le terrain en attendant la manif', pendant que les personnes qui se sont rendues au commissariat du 2&#232;me apprennent que les camarades arr&#234;t&#233;-es ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;-es &#224; Marius Berliet (commissariat central). La manif (1500 personnes) d&#233;marre dans une atmosph&#232;re tendue, les flics au cul et le SO qui verrouille toute tentative de d&#233;tournement. Arriv&#233; &#224; Jean Mac&#233;, terminus officiel, l'UNEF d&#233;clare la dissolution, mais le cort&#232;ge CNT et une grande partie des manifestant-es continuent en direction de Marius Berliet. Ils sont suivis par les gardes mobiles et encadr&#233;s par la BAC, et finissent par &#234;tre bloqu&#233;s sur un pont avant d'atteindre leur cible. Tout le monde parvient de justesse &#224; &#233;viter d'&#234;tre pris en sandwich sur le pont [11], et se disperse devant l'impossibilit&#233; de continuer sans devoir se confronter aux lardus qui manifestent bruyamment leur envie de se servir de leur joujou soi-disant non-l&#233;thaux. Quelques lascars de la Duch&#232;re trouvent quand m&#234;me l'id&#233;e chouette d'aller prendre d'assaut le commissariat central pour lib&#233;rer des camarades (et sans doute pour venger les heures d'humiliation qu'ils ont pu y vivre en GAV), et tentent de convaincre les autres de les accompagner, arguant qu'eux ont l'habitude de se friter avec les cond&#233;s.-&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AG du 30 mars au soir condamne les violences polici&#232;res et les arrestations et appelle &#224; un rassemblement de soutien devant le tribunal le lendemain pour soutenir les personnes inculp&#233;es. Si le communiqu&#233; de l'AG reste dans le registre de l'indignation face &#224; la r&#233;pression polici&#232;re sur des &#233;tudiant-es &#171; pacifiques &#187;, une bonne partie des personnes impliqu&#233;es dans le mouvement commence &#224; prendre conscience que la police a pr&#233;cis&#233;ment pour r&#244;le de les r&#233;primer, non-violence ou pas, et &#224; la concevoir comme une ennemie naturelle. L'anti-rep' se d&#233;veloppe parall&#232;lement, avec la cr&#233;ation d'un collectif de soutien aux personnes arr&#234;t&#233;es qui tente pour le moment d'organiser des permanences &#224; la sortie du commico en cas de lib&#233;ration et aux comparutions imm&#233;diates. Des personnes interpell&#233;es la veille, seul St&#233;phane est maintenu en garde-&#224;-vue, et il ne passera pas en comparution imm&#233;diate le vendredi mais devant le juge des libert&#233;s et de la d&#233;tention le samedi, pour d&#233;terminer s'il est lib&#233;r&#233; ou transf&#233;r&#233; en prison en attente de son proc&#232;s. Un rassemblement est donc appel&#233; le samedi devant le tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manif sauvage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi 31, le blocage est reconduit sur les quais, et l'UNEF appelle &#224; un rassemblement pour l'allocution de Chirac &#224; 19h30 place Bellecour. Un autre appel &#224; rassemblement, &#224; 21h aux terreaux, circule &#233;galement, notamment contre la r&#233;pression et en soutien aux personnes interpell&#233;es et pour une fois il n'a pas besoin d'&#234;tre valid&#233; par une AG ou une orga pour &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une &#233;manation du mouvement lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir environ trois cent personnes se retrouvent sur la place des Terreaux, sous les balcons de l'h&#244;tel de ville o&#249; des types apparaissent et se font siffler (la mairie est PS &#224; Lyon pourtant, hi hi hi&#8230;). Tout le monde se retrouve un peu en plan, ne sachant pas trop quoi faire, et quelques personnes essaient de lancer un d&#233;part en manif sauvage. Apr&#232;s quelques discussions, les voies de circulations sont occup&#233;es, sans r&#233;action des quelques cond&#233;s pr&#233;sents. Donc pas de raisons de s'arr&#234;ter l&#224;, et &#231;a part finalement en manif dans les rues du centre ville. Les flics sont toujours aussi peu pr&#233;sents, et seuls quelques bakeux se pointent quand le carrefour du pont la Feuill&#233;e c&#244;t&#233; St-Paul est bloqu&#233; avec des barri&#232;res de chantier. La manif retraverse la Sa&#244;ne et repart sur la presqu'&#238;le, toujours en balan&#231;ant quelques barri&#232;res en travers de la route (parfois pas tr&#232;s intelligemment en s&#233;parant le cort&#232;ge en deux, &#231;a manque d'exp&#233;rience tout &#231;a&#8230;). C'est assez plaisant de voir que m&#234;me les types de l'UNEF (qui ont rejoint le groupe apr&#232;s avoir &#233;cout&#233; Chirac &#224; Bellecour) participent &#224; ce genre d'action sans rien y trouver &#224; redire, aucun rabat-joie ne la ramenant avec des &#171; pourquoi t'es masqu&#233; hein ? c'est pour casser ? tu comprends pas que &#231;a d&#233;cr&#233;dibilise le mouvement ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parcours donne lieu &#224; quelques d&#233;bats en t&#234;te de manif, qui se r&#233;solvent &#224; moiti&#233; &#224; la force de persuasion de la justesse strat&#233;gique de tel ou tel choix et &#224; moiti&#233; au hasard. Une des id&#233;es retenues est d'aller d&#233;brayer les bars rue Ste-Catherine, histoire d'accro&#238;tre la force de frappe par quelques types alcoolis&#233;s, mais &#231;a ne sera pas tr&#232;s probant. Ensuite les manifestant-es bloquent le carrefour du pont Morand, les automobilistes s'&#233;nervent et la BAC commence &#224; s'incruster dans le cort&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manif repart le long des quais, mais s'arr&#234;te &#224; Cordeliers o&#249; la pr&#233;sence des flics en civils est de plus en plus massive, et la motivation des manifestant-es faiblit apr&#232;s une bonne heure de manif sauvage. La plupart de ceux et celles qui sont en &#233;tat de juger du rapport de force d&#233;cident de se barrer, les autres, bourr&#233;-es et/ou n'ayant jamais eu &#224; faire &#224; une charge de flics continuent jusqu'&#224; R&#233;publique, o&#249; ils bloquent la circulation avec des barri&#232;res. L&#224;, un flic manque de se faire &#233;craser par un 4*4 qui entend bien d&#233;fendre son droit de circuler et de polluer &#224; coup de pare-buffle ; le 4*4 se fait &#233;clater sa vitre par un tonfa et les bakeux finissent par le rattraper en r&#233;quisitionnant un taxi ; c'est assez r&#233;jouissant de voir des ennemis s'entre-taper dessus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblerait qu'un type ait assur&#233; aux manifestant-es qu'&#224; Bellecour c'&#233;tait cool, que des gens les y attendaient, et qu'il n'y avait pas de flics. Apparemment c'&#233;tait un RG qui pr&#233;f&#233;rait que le d&#233;bris de manif se fasse charger au milieu d'une place immense et d&#233;serte plut&#244;t que des vitrines de la rue de la R&#233;. C'est d'ailleurs ce qui est arriv&#233; &#224; la poign&#233;e de personnes qui restait, mais l'alcool aidant ils ont quand m&#234;me foutu le bordel jusqu'&#224; 4h du mat' dans le quartier, en se faisant r&#233;guli&#232;rement gazer et au prix de quelques arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain une centaine de personnes sont rassembl&#233;es devant le tribunal, pour la comparution de St&#233;phane devant le juge des libert&#233;s et de la d&#233;tention et pour r&#233;clamer la lib&#233;ration des personnes arr&#234;t&#233;es le vendredi. L'organisation de l'anti-rep' continue, et un groupe tente de trouver des nouvelles, mais les commissariats refusent de donner des infos, m&#234;me aux journaleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un collectif de soutien est cr&#233;&#233;, et il est d&#233;cid&#233; d'intervenir en AG pour faire du soutien &#224; toutes les personnes arr&#234;t&#233;es un axe de lutte et un appel est lanc&#233; &#224; se rassembler le lundi pour le proc&#232;s de St&#233;phane (qui d'ici l&#224; fera un petit tour par la case zonzon), ainsi qu'&#224; participer &#224; la journ&#233;e nationale anti-rep' du mercredi 5. A ce stade du mouvement (le collectif d&#233;nombre une quarantaine de personnes pass&#233;es entre les pattes des poulets), il est clair que la r&#233;pression est partie int&#233;grante de la lutte, et qu'il ne sert &#224; rien de mollement demander qu'elle cesse au nom des valeurs d&#233;mocratiques et r&#233;publicaines, mais qu'il faut en prendre acte et y r&#233;pliquer. Ce dont t&#233;moigne le titre du tract du collectif : &#171; La r&#233;pression s'amplifie ? Ok, on s'organise... &#187; ; ce tract annonce aussi que la question n'est pas de savoir si les flics avaient un motif ou non pour l'arrestation, et que le collectif soutient m&#234;me les innocents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;action du parti de l'ordre, un camarade en fait les frais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e du lundi 3 avril commence &#224; 5h00 pour une poign&#233;e de motiv&#233;-es qui vont differ devant les usines. Dans la journ&#233;e, sur initiative de l'UNI, l'AG de Lyon III vote que la fac ne sera jamais bloqu&#233;e, donnant assez bien la conception que les plus affich&#233;s d&#233;fenseurs de la d&#233;mocratie s'en font : on vote un truc qui r&#233;gira ind&#233;finiment la vie de la fac sans qu'il soit possible de revenir dessus. Cela dit, j'aimerais bien voir leur gueule si une fac votait le blocage d&#233;finitif et l'impossibilit&#233; du d&#233;blocage...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les quais, l'UNI fait aussi des siennes et quelques abrutis tentent de forcer les barrages, mais sont repouss&#233;s &#224; coup de pied au cul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;St&#233;phane est jug&#233; en milieu d'apr&#232;s-midi, il accepte la comparution imm&#233;diate par peur de rester plusieurs semaines en pr&#233;ventive. La salle est pleine et une grosse centaine de personnes attendent devant le tribunal pour le soutenir. &#199;a n'emp&#234;chera pas le juge de le condamner &#224; 2 mois de prison ferme et 250 &#8364; d'amende et frais de justice, s'appuyant sur le fait que St&#233;phane a un casier (notamment outrage et r&#233;bellion), qu'il est au ch&#244;mage [12], qu'il a plus de 26 ans et n'est donc pas concern&#233; par le CPE (sic), et sur des notes des RG retra&#231;ant son comportement &#224; la minute pr&#232;s lors de l'occupation de l'UMP. En fin d'apr&#232;s-midi, les personnes venues le soutenir verront passer le fourgon qui le ram&#232;ne en taule...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;---&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manif, et plus si affinit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 4, y'a de quoi s'occuper d&#232;s le petit matin : diff' devant Brandt &#224; 5h30, rendez-vous &#224; 6h40 pour aider au blocage de lyc&#233;es, et rassemblement &#224; 7h30 devant Sembat &#224; V&#233;nissieux pour manifester contre les charges polici&#232;res de la derni&#232;re semaine. La manif syndicale de 11h rassemble autant de participant que celle du mardi pr&#233;c&#233;dent (45.000), mais un appel circule &#224; continuer en manif sauvage apr&#232;s l'arriv&#233;e &#224; Bellecour. Il faut d'abord commencer par &#171; gentiment expliquer &#187; &#224; deux trois fafs qu'il vaudrait mieux pour eux qu'ils ne se baladent pas au milieu des cort&#232;ges avec leurs patchs tricolores [13]. Le d&#233;part est un peu laborieux, finalement 300 &#224; 400 personnes se motivent (sur 45.000 &#231;a fait quand m&#234;me peu...), et partent en direction du vieux Lyon, suivies par une trentaine de civils. Puis le cort&#232;ge revient sur la presqu'&#238;le, o&#249; les flics l'attendent en nombre &#224; Cordeliers, devant la chambre de commerce et de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite est racont&#233;e par un-e manifestant-e sur Rebellyon : &#171; Devant le manque de volont&#233; collective d'envahir la Chambre de commerce, &#233;tant donn&#233; la tr&#232;s forte pr&#233;sence polici&#232;re tout autour (plusieurs bus de gendarmes mobiles plus tr&#232;s nombreux flics de la Bac) un appel &#224; rejoindre les Terreaux pour dispersion &#224; &#233;t&#233; lanc&#233;, en profitant de la seule issue non bloqu&#233;e par les flics. Des Terreaux un groupe a souhait&#233; tenter l'H&#244;tel de Ville [14]. Pas possible. Direction les quais du Rh&#244;ne &#224; 100m. Blocage du pont de l'op&#233;ra sur le Rh&#244;ne en face du quartier des riches, le 6&#176;. Les gen-gens se d&#233;placent pour former un cordon, les bakeus prennent le pont pour emp&#234;cher l'acc&#232;s au 6&#176;, se regroupent rapidement &#224; une 30aine. Charge impressionante des bakeus, course vers croix-rousse, arrestations (on donne pas cher de leur peau) d&#233;but de guerilla urbaine &#224; moins d'une centaine sur le bas du quartier, rapidement avort&#233;e : les flics savent bien qu'ils ont pas int&#233;r&#234;t &#224; s'engager plus, on est tous chez nous ici... des arrestations, impossibles &#224; d&#233;nombrer, peut &#234;tre une vingtaine ? &#187;. Une des personnes arr&#234;t&#233;es, jug&#233;e en comparution imm&#233;diate pour jet de pierre (il avouera avoir jet&#233; un caillou vaguement en direction des cond&#233;s par rage de s'&#234;tre fait charg&#233; pour rien), a pris 2 mois de sursis et 120 h de TIG. Le proc' avait requis trois mois ferme, mais comme le pr&#233;venu &#233;tait tout ce qu'il y a de plus pr&#233;sentable (fils de profs, pion, blanc, etc.) et qu'il avait un avocat renomm&#233; qui peut se permettre de bousculer un peu les juges [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi a lieu une AG des intermittent-es, qui annonce des actions d'occupation. Enfin, deux interventions symboliques en centre ville sont organis&#233;es par les &#233;tudiant-es : une fausse manif de flics, assez sympa mais bon... ; et un &#171; rassemblement pacifique avec des bougies &#187; (sic) aux Terreaux, l&#224; je crois qu'on touche le fond mais je peux pas vous dire j'y suis pas all&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Actions-r&#233;action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 5, une action &#233;tait pr&#233;vue &#224; 7h du mat' pour bloquer une route, mais comme &#231;a n&#233;cessite un peu plus de monde que de differ un tract, &#231;a a foir&#233;. L'apr&#232;s-m', le blocage est reconduit &#224; Bron, mais pas sur les quais, par 620 voix contre 540 (vote avec carte d'&#233;tudiant ou certificat de scolarit&#233;...). Les intermittent-es et quelques &#233;tudiant-es (une centaine en tout) occupent une assedic, &#224; propos du statut d'intermittent et de la pr&#233;carit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Les occupant-es d&#233;cident de quitter les lieux par eux-m&#234;mes, mais annoncent qu'il y aura d'autres actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, le parquet fait appel du jugement contre St&#233;phane, estimant que deux mois ferme ne sont pas assez pour punir un crime de l&#232;se-RG&#8230; Il passera en appel le 16 mai devant la cour de l'inf&#226;me &lt;i&gt;fini de rire&lt;/i&gt; et prendra 6 mois au lieu de 2. Le soutien est pr&#233;sent, et lui permettra de cantiner tout au long de ses 5 mois d'enfermement (avec les remises de peine) et fera un peu de bruit autour de son affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Demandez l'programme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agenda de la journ&#233;e du 6 sur Rebellyon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 h : RDV Tram Gaston Berger pour partir en action directe non-violente sur la Doua.&lt;br&gt;
10h45 : rdv Place Antonin Poncet pour autre tractage &#224; Rhodia&lt;br&gt;
11h30 : Tractage &#224; la cantine de France T&#233;l&#233;com (Part-dieu, sortie Villette).&lt;br&gt;
14 h : Manif (rdv Bellecour).&lt;br&gt;
20 h : Rassemblement aux Terreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assembl&#233;es G&#233;n&#233;rales et comit&#233; de ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11h45 : Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale &#233;tudiant-es &amp; personnels de Lyon 1, Amphi 4 (d&#233;ambulatoire - Campus de la Doua - Tram Gaston Berger).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unions de commissions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 h : Commission d&#233;bat et modalit&#233;s d'organisation de la coordination nationale (amphi Cassin de Lyon II - Bron).&lt;br&gt;
9h et 15h : Commission &#034;bouffe&#034; au forum de Lyon II - Bron.&lt;br&gt;
12h : Commission &#034;accueil et paperasse&#034; &#224; Lyon II - quais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;bats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le campus de Bron. Vous &#234;tes tous et toutes invit&#233;-e-s &#224; venir participer. (En outre, les personnes qui de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re occupent la fac souhaiteraient qu'il y ait un peu de tournus, que cela ne soit pas toujours les m&#234;mes qui bloquent d&#232;s 6h30).&lt;br&gt;
&#192; partir de 9h30-10h. Amphi D. &#183; Discussion sur la gr&#232;ve de 1986 &#183; Discussion sur la m&#233;moire des mouvements sociaux.&lt;br&gt;
&#192; partir de 14h. Amphi D. Le mouvement ouvrier et les questions de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, une quarantaine de personnes sont pr&#233;sentes le matin &#224; la Doua pour un blocage de voie de circulation, et il y environ 1500 manifestant-es l'apr&#232;s-midi, marqu&#233;-es &#224; la culotte par les bakeus qui restent install&#233;s dans les cort&#232;ges, mais pas d'arrestations cette fois-ci, il faut dire qu'il ne s'est rien pass&#233; de notable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fin de la r&#233;cr&#233;ation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres infos de la journ&#233;e c'est que l'AG de l'IEP revote le blocage perdu le mardi, que le lyc&#233;e R&#233;camier est toujours bloqu&#233;, ainsi qu'un lyc&#233;e priv&#233; &#224; Oullins, et que la pr&#233;sidence de Lyon 2 continue ses coups de bluff en annon&#231;ant la reprise des cours &#224; Bron pour le lundi matin, s'associant dans son communiqu&#233; envoy&#233; par mail &#224; tou-te-s les &#233;tudiant-es aux appels au retour &#224; la normale des medias et des &#171; partenaires sociaux &#187; :&lt;br&gt;
&#171; &lt;i&gt;Nous abordons &#224; pr&#233;sent une &#233;tape nouvelle. Nouvelle parce que la mobilisation syndicale a eu pour effet de vider le projet CPE d'une grande partie de sa substance. Nouvelle parce que les n&#233;gociations sont engag&#233;es, ou vont l'&#234;tre. Mais nouvelle aussi parce que la poursuite du blocage des enseignements met l'ann&#233;e universitaire en p&#233;ril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devons sauver l'ann&#233;e universitaire, nous devons garantir la cr&#233;dibilit&#233; du semestre et des dipl&#244;mes qui seront d&#233;livr&#233;s cette ann&#233;e &#224; l'universit&#233; Lumi&#232;re Lyon 2.&lt;br&gt;
Dans ce but et en accord avec les doyens et directeurs de composantes, l'&#233;quipe pr&#233;sidentielle a pris les d&#233;cisions suivantes. Notre objectif est d'abord l'ouverture de l'Universit&#233;. Elle implique la libre circulation des personnes et la reprise des enseignements. Cette reprise des enseignements pourra s'accompagner sur chaque site du maintien d'un espace permettant le d&#233;bat public. Les enseignements reprendront jeudi 6 avril sur le campus Berges du Rh&#244;ne &#224; partir de 8 heures. La n&#233;cessaire remise en &#233;tat des locaux sur le campus Porte des Alpes permettra une reprise des enseignements lundi 10 avril &#224; 8 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette reprise des enseignements conditionne le maintien du calendrier des examens.&lt;br&gt;
Enfin pour pr&#233;server la valeur des dipl&#244;mes, les &#233;quipes p&#233;dagogiques d&#233;finiront des modalit&#233;s de rattrapage. Nous en appelons &#224; l'esprit de responsabilit&#233; de chacun et chacune d'entre vous. Gardons-nous de toute initiative qui affaiblirait notre Universit&#233; de fa&#231;on durable. L'&#233;quipe pr&#233;sidentielle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt;
Cr&#232;ve salope !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exp&#233;dition dans la haute&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la journ&#233;e du jeudi 6 se finit par une sympathique perturbation du concours de plaidoirie organis&#233; &#224; Lyon 3 en pr&#233;sence du pr&#233;sident du conseil constitutionnel, dont le r&#233;cit nous est fait sur Rebellyon [16] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le rassemblement pour la manif sauvage &#233;tait appel&#233; &#224; 20 h place des Terreaux. Rappelons en un mot le principe de ce mode d'action particuli&#232;rement &#224; la mode : on se r&#233;unit, on avise collectivement de nos buts pour la manif, et on part sans avoir pr&#233;venu ni pr&#233;fecture ni personne sur le parcours qui nous semble le plus appropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but est d'une part de provoquer le maximum de perturbations, d'autre part d'&#233;chapper &#224; la monotonie des d&#233;fil&#233;s officiels, et surtout de pouvoir improviser collectivement en cr&#233;ant l'espace d'un moment une petite zone de d&#233;sordre dans ce monde si polic&#233;. C'est si bon !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref. On attend un peu sur la place, on n'est pas si nombreux/ses que &#231;a aujourd'hui, le mot n'est pas bien pass&#233;. 21 h, on finit par d&#233;cider d'une action : le tr&#232;s chiraquien pr&#233;sident du Conseil Constitutionnel qui a valid&#233; la loi sur l'&#233;galit&#233; des chances, qui autorise et le CPE et le travail de nuit &#224; 15 ans et l'apprentissage &#224; 14 rend une visite de courtoisie chez les bons jeunes Fran&#231;ais, la France qui gagne et qui fait ce soir un concours de plaidoierie devant les responsables de tribunaux &#224; la Manu [Manufacture des tabacs, les locaux de la fac de Droit] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une demi-heure plus tard on arrive aux portes de Lyon III, le rep&#232;re des fachos et des lib&#233;raux, Lyon III l'inf&#226;me, connue dans le monde entier pour sa tol&#233;rance aux nazillons de tous ordres, et dans les bons jours, aux lib&#233;raux les plus extr&#233;mistes. On n'allait pas &#234;tre d&#233;&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;barque &#224; une centaine, apr&#232;s avoir pass&#233; sans difficult&#233; les barri&#232;res de l'entr&#233;e (ni BAC ni RG sur notre chemin, tiens, bizarre), dans une petite sauterie entre gens autoris&#233;s. Un &#034;concours de plaidoierie&#034;, un gala de beaux-parleurs, avec une bonne douzaine de magistrats de la ville, un coktail &#224; la sortie et un Mazeaud en cerise sur le g&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit d&#233;faut de coordination, on n'arrive pas &#224; enfoncer les portes pour aller dire ses deux mots &#224; mister President. On s'invective un peu avec les jeunes gens de bonne famille pr&#233;sents, on cause quelques crises de nerfs, on fait du bruit, on leur fout un peu la trouillle et pis... rien. On vient nous demander d'&#234;tre bien gentil/les et de pr&#233;senter un d&#233;l&#233;gu&#233; pour aller expliquer calmement pourquoi on n'est contre le CPE &#224; l'assembl&#233;e gentiment encline &#224; nous &#233;couter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous on s'en fout, on n'a rien &#224; n&#233;gocier, rien &#224; d&#233;clamer, on veut des actes, des faits, les bonnes paroles sont du vent et n'engagent que celles et ceux qui les croient. Quelques &#233;tudiants insistent dont un gars des JC, qui veulent aller en d&#233;l&#233;gation. Un groupe d&#233;cide de partir avant l'intervention polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, les flics d&#233;barquent. La d&#233;l&#233;gation promise est remerci&#233;e (&lt;i&gt;quoi ? une d&#233;l&#233;gation ? mais il n'en a jamais &#233;t&#233; question&lt;/i&gt;) osera dire sans honte l'un des &#233;tudiants de Lyon III qui nous l'avait propos&#233;. Les derniers manifestants partent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilan ? Les diandiants de droit de la Manu vivent sur Mars, les flics n'en ont rien de foutre de prot&#233;ger le pr&#233;sident du Conseil Constitutionnel [&lt;i&gt;ouais euh... c'est plut&#244;t qu'ils nous prennent pas vraiment pour une menace r&#233;elle, et &#231;a &#231;a craint&lt;/i&gt;] , et c'est vraiment agr&#233;able de mettre la pression &#224; celles et ceux qui nous gouvernent, dommage que cela n'ait pas &#233;t&#233; en face &#224; face. La prochaine fois ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a sent la fin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 8, la manif du matin ne r&#233;unit que 1000 personnes, il faut dire aussi que la passivit&#233; qui r&#232;gne dans les cort&#232;ges lyonnais, soigneusement entretenue par la forte pr&#233;sence polici&#232;re, n'est pas vraiment motivante pour se lever le samedi&#8230; Et au m&#234;me moment a lieu la coordination nationale &#224; Bron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 10 est la journ&#233;e test pour le mouvement lyonnais : d'un c&#244;t&#233; les crapules pr&#233;sidentielles ont annonc&#233; la reprise des cours, et de l'autre Villepin l&#226;che prise sur le CPE. Aucune effusion de joie &#224; l'annonce du retrait, &#224; peine le sentiment d'une demi-victoire, mais la conviction partag&#233;e que tout reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement la matin&#233;e est moins tendue que pr&#233;vu, les bloqueur-e-s sont toujours nombreux et tiennent bon face aux &#233;tudiant-e-s revenu-e-s consommer leurs heures de cours. La pr&#233;sidence agite encore vaguement la menace d'une intervention polici&#232;re, sans plus de cons&#233;quence que d'habitude [17]. Reste donc &#224; attendre l'AG de l'apr&#232;s-midi, ou plut&#244;t le vote de l'apr&#232;s-midi, puisque plus encore que d'habitude l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale sens&#233;e organis&#233;e la lutte tournera principalement autour de &#171; blocage ou pas blocage &#187;. 1800 personnes sont pr&#233;sentes, et il faut donc se r&#233;unir dans un gymnase. Apr&#232;s quelques d&#233;bats pas forc&#233;ment int&#233;ressants, on proc&#232;de au vote, en faisant sortir tout le monde, et rentrer les partisans de chaque camps par une porte diff&#233;rente pour les compter. &#192; 1000 (dont une partie d'&#233;tudiant-es de la fac catho et de Lyon III) contre 800 (dont une partie de non &#233;tudiant-e-s qui tiennent &#224; garder une base pour la lutte), le d&#233;blocage est vot&#233;. Ainsi, le blocage de la fac, qui avait commenc&#233; avec une trentaine de personnes, prend fin avec 800 partisans&#8230; mis&#232;re du d&#233;mocratisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les occupant-es ont &#224; peine le temps de r&#233;cup&#233;rer leurs affaires, press&#233;-e-s par des abruti-e-s qui se sont jusqu'alors bien gard&#233; de prendre parti mais que la position majoritaire rend soudainement agressifs. Sur Rebellyon, les commentaires annoncent que rien n'est perdu (sous-entendant aussi par l&#224; que contrairement au discours de ceux qui aimerait voir finir le mouvement, rien n'est gagn&#233; non plus), qu'il faut continuer, &#171; &lt;i&gt;tou-te-s &#224; la manif demain&lt;/i&gt; &#187;. &#192; la manif, tou-te-s n'&#233;taient pas l&#224;, mais quand m&#234;me un millier de personnes, dont une partie se rend &#224; l'action &#171; -d'occupation de moyenne dur&#233;e &#187; organis&#233;e par des &#233;tudiant-e-s et la CGT ch&#244;meurs, au centre de tri de St Priest. L'accueil est plut&#244;t bon de la part des salari&#233;-e-s, mais les conditions ne sont pas id&#233;ales pour une jonction des luttes, la rencontre s'effectuant sous les yeux de la direction&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 12 se tient une AG de gr&#233;vistes (enfin !), qui maintient l'appel &#224; la gr&#232;ve et exige la dispense d'assiduit&#233;, mais qui ne d&#233;cide pas de bloquer &#224; nouveau. Une action d'autor&#233;duction &#224; la COREP est vot&#233;e, en repr&#233;sailles des dons de cartes de photocopie aux anti-bloqueur-es pour imprimer leurs tracts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, la d&#233;liquescence du mouvement s'exprime dans la multiplication d'appels &#224; des actions plus ou moins bidons, happenings, marche de protestation, etc., qui sont rarement r&#233;alis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re action un peu &#171; massive &#187; a lieu le vendredi 14, avec une occupation de la gare de la Part-Dieu, &lt;i&gt;n&#233;goci&#233;e avec la sncf&lt;/i&gt; ! Au bout d'un quart d'heure sur les voies, les &#171; organisateur-e-s &#187; de l'action annoncent que maintenant il faut y aller, que sinon la sncf va nous envoyer les flics ! D&#233;go&#251;t&#233;e, la plupart des gens pr&#233;f&#232;rent partir pour essayer de foutre le bordel ailleurs que de continuer de participer &#224; cette action merdique. Le cort&#232;ge d&#233;gage donc les voies, se prom&#232;ne un peu &#224; la Part-Dieu sous la menace des flics qui se pr&#233;parent manifestement &#224; arr&#234;ter des gens. L'autre cible du coin c'est le centre commercial, mais le groupe s'effiloche et seul une petite cinquantaine de personne se retrouve devant. Les CRS arrivent, &#224; tout hasard les manifestant-es entrent dans le centre, sans trop savoir qu'y faire. Les vigiles s'excitent, tentent d'attraper une personne cagoul&#233;e, petite empoignade et finalement c'est les flics qui viennent s&#233;parer tout le monde et &#171; raccompagner &#187; les quelques personnes restantes jusqu'&#224; la sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi finit l'agitation de rue &#224; Lyon au printemps 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques tentatives ont lieu par la suite &#224; la fac de relancer le mouvement, prises en charges par les groupes qui se sont form&#233; dans la lutte, mais l'approche des examens a d&#233;finitivement install&#233; le retour &#224; la normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; suivre&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pour situer grossi&#232;rement le paysage universitaire lyonnais, Lyon I c'est le sciences dures (et c'est apolitique), Lyon II les sciences humaines (apolitique de gauche) et Lyon III le droit et les langues (apolitique de droite et politis&#233;e d'extr&#234;me droite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Bon, si vous le permettez, je vais abandonner l&#224; le style citoyenniste r&#233;volutionnaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le campus de Lyon II est divis&#233; entre un partie en centre ville (les quais) et une autre en banlieue lyonnaise, &#224; Bron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] ... gr&#226;ce &#224; un subtil stratag&#232;me qui a consist&#233; &#224; prendre un rendez-vous bidon. Malheureusement, un des occupants a &#233;t&#233; reconnu par un ancien camarade de classe militant umpiste, et se fera plus tard convoquer au commico.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] ... et m&#234;me de la biblioth&#232;que, o&#249; un prof s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; en panique ; apr&#232;s avoir d&#233;fonc&#233; la porte, les assaillant-es ont fait marche arri&#232;re, d&#233;&#231;u-es, pensant certainement trouver quelque chose de plus int&#233;ressant que des bouquins scolaires &#224; piller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6] Malgr&#233; ces efforts d'imagination et ces propositions somme toute constructives, le blocage sera reconduit jusqu'au mercredi suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Au nombre de 250 selon nos informations mais &#231;a me para&#238;t un tantinet exag&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] C'est peu mais c'est un d&#233;but...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En quoi il y a besoin de voter un truc pareil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Puisque pas mal de bruit a &#233;t&#233; fait autour de cette histoire (en tout cas on a essay&#233;), on peut l'appeler par son nom, St&#233;phane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Notamment gr&#226;ce &#224; un camarade qui s'est interpos&#233; devant les camions des mobiles, salut &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] L'enjuponn&#233; : &#171; &lt;i&gt; &#231;a fait trois ans que vous &#234;tes sans activit&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Stephane : &#171; &lt;i&gt;non, j'&#233;tais en cong&#233; paternit&#233;, je ne suis au ch&#244;mage depuis qu'un mois&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt;
L'enjuponn&#233; : &#171; &lt;i&gt;oui, c'est bien ce que je dis, &#231;a fait trois ans que vous ne faites rien&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] C'est arriv&#233; dans plusieurs manifs, et &#224; chaque fois les feufas la jouaient plut&#244;t &#171; profil bas &#187;, la palme de l'excuse bidon revenant &#224; un petit nazillon expliquant que s'il s'affichait avec rangeos, bombers, cr&#226;ne ras&#233;, patch bleu blanc rouge et croix de fer, c'&#233;tait parce qu'il cherchait &#224; rencontrer des skins fachos &#171; pour les &#233;clater &#187; (sic).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Intervention au m&#233;gaphone : &#171; y'a des flics partout, on n'est pas nombreux, mais on s'en fout, ON VA PRENDRE L'HOTEL DE VILLE ! &#187;. Evidemment la maigre rang&#233;e de gardes mobiles devant la grille a suffit &#224; dissuader toute tentative d'instaurer une commune libre &#224; Lyon, mais un peu d'enthousiasme ne fait pas de mal...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] &#192; propos de l'arme du crime : &#034;&lt;i&gt;mais dans un bac &#224; fleur, on ne trouve pas des pierres, on trouve des graviers, tout au plus des petits cailloux&lt;/i&gt;&#034;.&lt;br&gt;
&#192; propos du danger que son client repr&#233;sente pour la soci&#233;t&#233; : &#034;&lt;i&gt;en 68, les &#233;tudiants ont fait bien plus que &#231;a, et regardez ce qu'ils sont devenus aujourd'hui : des professeurs en facult&#233;s, des inspecteurs d'acad&#233;mies&lt;/i&gt;&#034;. Soit dit en passant, m&#234;me si &#231;a permet d'&#233;viter la taule &#224; quelqu'un, &#231;a fait quand m&#234;me chier d'entendre ce genre d'argument qui veut que la r&#233;volte n'engage pas &#224; grand chose, que c'est passager (&lt;i&gt;il faut bien que jeunesse se passe&lt;/i&gt;), que &#231;a ne pr&#234;te pas vraiment &#224; cons&#233;quence...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] s'il y a de plus en plus de copi&#233;-coll&#233; de Rebellyon, ce n'est &#233;videmment pas parce que je commence &#224; en avoir marre de ce r&#233;cit qui s'&#233;ternise, mais bien parce que l'utilisation de ce site internet par le mouvement est de plus en plus au point...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] depuis ces flics rat&#233;s ont eu l'occasion d'assouvir leur d&#233;sir de collaboration : &#224; coup de plaintes pour d&#233;gradations en r&#233;union, pour insultes publiques, etc., ils ont enfin r&#233;ussi &#224; faire venir les cond&#233;s sur le campus et &#224; envoyer des &#233;tudiant-es en garde-&#224;-vue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dossier G.A.R.I</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article470</link>
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		<dc:date>2007-10-23T08:28:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Editions de la guerre sociale (Dijon)</dc:subject>
		<dc:subject>Agitations arm&#233;es</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La brochure &#034;Dossier GARI&#034; de 1975 retrace l'&#233;pop&#233;e des Groupes d'Action R&#233;volutionnaire Internationalistes, et a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e en soutien &#224; leurs membres emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Rapto en Paris&#034; constitue une chronologie d'&#233;v&#233;nements survenus en 1974, agr&#233;ment&#233;e de coupures de presse et de d&#233;tournements de comics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re apparition des GARI est une r&#233;ponse &#224; la r&#233;pression des militants antifascistes en Espagne, et notamment au garotage de Salvador Puig Antich, membre du Mouvement de Lib&#233;ration Ib&#233;rique (MIL), au printemps 74. Plus qu'une organisation, les GARI ont surtout &#233;t&#233; un sigle pour renvendiquer des actions diverses contre le r&#233;gime franquiste en Espagne et la collaboration de la France (attentats contre les symboles de la collaboration franco-franquiste, expropriation de banques, enl&#232;vement...).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot81" rel="tag"&gt;Editions de la guerre sociale (Dijon)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Agitations arm&#233;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH107/arton470-c13eb.jpg?1780459605' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff470.jpg?1186664640&#034; /&gt;
		
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		<title>qcq Editions de la guerre sociale</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article410</link>
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		<dc:date>2007-01-08T12:12:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Editions de la guerre sociale</dc:creator>


		<dc:subject>Editions de la guerre sociale (Dijon)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les &#233;ditions de la guerre sociale, c'est juste un nom utilis&#233; pour
&lt;br class='autobr' /&gt;
diffuser quelques mat&#233;riaux th&#233;oriques visant &#224; comprendre et intensifier
&lt;br class='autobr' /&gt;
cette dite guerre. Mais sans oublier que comme disait l'autre, &#034;Die Waffe
&lt;br class='autobr' /&gt;
der Kritik kann allerdings die Kritik der Waffen nicht ersetzen&#034; (pour les
&lt;br class='autobr' /&gt;
non germanophones : &#231;a veut dire un truc du genre &#034;c'est pas mal de lire et diffuser des brochures mais &#231;a dispense pas d'attaquer des commissariats&#034;)... &lt;br class='autobr' /&gt;
contact : gustave chez riseup poing net&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;Editions de la guerre sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot81" rel="tag"&gt;Editions de la guerre sociale (Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;ditions de la guerre sociale, c'est juste un nom utilis&#233; pour&lt;br class='autobr' /&gt;
diffuser quelques mat&#233;riaux th&#233;oriques visant &#224; comprendre et intensifier&lt;br class='autobr' /&gt;
cette dite guerre. Mais sans oublier que comme disait l'autre, &#034;&lt;i&gt;Die Waffe&lt;br class='autobr' /&gt;
der Kritik kann allerdings die Kritik der Waffen nicht ersetzen&lt;/i&gt;&#034; (pour les&lt;br class='autobr' /&gt;
non germanophones : &#231;a veut dire un truc du genre &#034;&lt;i&gt;c'est pas mal de lire et diffuser des brochures mais &#231;a dispense pas d'attaquer des commissariats&lt;/i&gt;&#034;)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;contact : gustave chez riseup poing net&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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