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		<title>Le Mouvement de lib&#233;ration animale : sa philosophie, ses r&#233;alisations, son avenir</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article133</link>
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		<dc:date>2004-04-06T19:37:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Peter Singer</dc:creator>


		<dc:subject>Antisp&#233;cisme, v&#233;ganisme</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Texte fondateur du mouvement antisp&#233;ciste, qui remet en cause la domination de l'homme sur les animaux non humains en se basant notamment sur ce principe : &lt;i&gt;La question n'est pas &#034;peuvent-ils raisonner ?&#034; ni &#034;peuvent-ils parler ?&#034; mais &#034;peuvent-ils souffrir ?&#034;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;M&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Antisp&#233;cisme, v&#233;ganisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L107xH150/arton133-a2842.jpg?1780461316' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Note rajout&#233;e : &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peter Singer, l'auteur de ce texte validiste, a &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; comme tr&#232;s probl&#233;matique (raciste, soutien &#224; des milliardaires, sexiste, ultra-capitaliste, etc) dans le texte &#034;Pour un antisp&#233;cisme d&#233;barass&#233; de Peter Singer, d&#233;veloppons un antisp&#233;cisme intersectionnel&#034;, que l'on peut retrouver &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article1710&#034;&gt;en suivant ce lien&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur l'auteur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Singer est professeur de philosophie et directeur actuel du Centre for Human Bioethics &#224; Monash University, Melbourne, Australie. N&#233; en 1946 &#224; Melbourne de parents autrichiens ayant fui le nazisme, il fit ses &#233;tudes de philosophie &#224; Melbourne University et &#224; Oxford University (Royaume-Uni), o&#249; il se sp&#233;cialisa dans l'&#233;thique et dans la philosophie politique. Il a enseign&#233; &#224; University College &#224; Oxford, &#224; New York University, &#224; University of Colorado &#224; Boulder, et &#224; University of California &#224; Irvine.&lt;br /&gt;
Ce fut la publication en 1975 de son &lt;i&gt;Animal Liberation - A New Ethics for our Treatment of Animals&lt;/i&gt; (traduction fran&#231;aise &lt;i&gt;La Lib&#233;ration animale&lt;/i&gt;, &#201;d. Grasset, 1992), qui le fit conna&#238;tre du grand public. Souvent qualifi&#233; de &#171; Bible du mouvement de lib&#233;ration animale &#187;, cet ouvrage &#233;non&#231;ait dans un langage simple et clair les bases th&#233;oriques et pratiques en rupture avec le point de vue paternaliste des organisations traditionnelles de d&#233;fense des animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Propos de l'&#233;diteur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait maintenant seize ans qu'est parue la premi&#232;re &#233;dition de &lt;i&gt;La Lib&#233;ration animale&lt;/i&gt; de Peter Singer ; et depuis cette &#233;poque, le mouvement de lib&#233;ration animale n'a cess&#233; de se d&#233;velopper, dans les pays de langue anglaise, puis au Japon, en Pologne, en Tch&#233;coslovaquie, en Italie et dans les pays scandinaves. En Angleterre, une personne sur quinze ne mange plus de viande, et, parmi les jeunes, pr&#232;s de la moiti&#233; des adolescents d&#233;clarent qu'ils n'en mangeraient plus, s'ils en avaient la possibilit&#233;. Dans ces pays, ce mouvement de lib&#233;ration est devenu un d&#233;bat public et une lutte, au m&#234;me titre que d'autres mouvements de lib&#233;ration qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, les mouvements des Noirs ou des femmes - dont il s'inspire, tant au niveau des principes th&#233;oriques qu'au niveau des m&#233;thodes d'action non violentes, l&#233;gales ou ill&#233;gales, ayant pour but d'aider les victimes et de convaincre le public. Et tout comme les mouvements antiracistes et antisexistes, le mouvement antisp&#233;ciste non seulement se fonde sur une pens&#233;e rationnelle, mais correspond &#224; l'irruption de la pens&#233;e rationnelle dans un domaine o&#249; &lt;i&gt;l'&#233;vidence&lt;/i&gt; de comportements s&#233;culaires semblait &#224; jamais pouvoir remplacer la rationalit&#233; ; et il correspond &#233;galement &#224; l'espoir que, malgr&#233; les grandes difficult&#233;s, la pens&#233;e rationnelle et l'&#233;thique pourront l'emporter sur les pr&#233;jug&#233;s et l'&#233;go&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mots :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Animal&lt;/i&gt; : Peter Singer, comme la plupart des auteurs du mouvement de lib&#233;ration animale, d&#233;signe souvent par &#171; animaux &#187; les animaux &lt;i&gt;y compris&lt;/i&gt; les &#234;tres humains. Ceci est conforme aux enseignements de la biologie la plus &#233;l&#233;mentaire, mais contraire &#224; l'usage courant, qui r&#233;unit sous un m&#234;me mot des &#234;tres aussi diff&#233;rents que les hu&#238;tres et les chimpanz&#233;s, tout en s&#233;parant radicalement ces derniers des humains.&lt;br /&gt;
L'usage habituel est n&#233;anmoins parfois retenu pour &#233;viter les lourdeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Sp&#233;cisme&lt;/i&gt; : ce terme n'est pas encore entr&#233; dans l'usage courant en fran&#231;ais comme le sont racisme et sexisme. On peut d&#233;finir le sp&#233;cisme comme la priorit&#233; syst&#233;matique accord&#233;e &#224; la satisfaction des int&#233;r&#234;ts des membres de l'esp&#232;ce humaine, ou comme l'opinion selon laquelle l'esp&#232;ce &#224; laquelle appartient un &#234;tre serait en elle-m&#234;me une caract&#233;ristique moralement pertinente. N&#233;anmoins, plus qu'une simple opinion, le sp&#233;cisme est, tout comme le racisme et le sexisme, un fait culturel profond&#233;ment enracin&#233;, qui exige pour &#234;tre combattu, comme le dit Peter Singer, un v&#233;ritable travail de retournement de point de vue.&lt;br /&gt;
Lyon, mai 1991&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Mouvement de lib&#233;ration animale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question n'est pas : peuvent-ils raisonner ? &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;ni : peuvent-ils parler ? mais : peuvent-ils souffrir ?&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Jeremy Bentham (1748 - 1832)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, le public a progressivement pris conscience de l'existence d'une nouvelle cause : celle de la lib&#233;ration animale. Ce fut d'abord par des articles de journaux, souvent du genre &#171; ils ne savent plus quoi inventer &#187; ; puis les cam&#233;ras de t&#233;l&#233;vision port&#232;rent dans des millions de foyers l'image de marches et de manifestations dirig&#233;es contre l'&#233;levage industriel, contre l'exp&#233;rimentation animale ou la chasse au phoque au Canada. Vinrent enfin les actes ill&#233;gaux : les slogans couvrant les magasins de fourrure, et les visites clandestines dans des laboratoires et les animaux sauv&#233;s.&lt;br /&gt;
Quelles sont les id&#233;es qui inspirent le mouvement de lib&#233;ration animale ? Vers quoi se dirige-t-il ? C'est &#224; ces question que je tente de r&#233;pondre ici.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il peut &#234;tre bon de commencer par un peu d'histoire, pour mettre le mouvement de lib&#233;ration animale en perspective. La prise en compte de la souffrance des animaux est pr&#233;sente dans la pens&#233;e hindoue, et la compassion est pour le bouddhisme une notion universelle qui s'applique aussi bien aux animaux qu'aux humains. Mais il n'existe rien de tel dans nos traditions occidentales. Il y a bien quelques lois dans l'Ancien Testament qui t&#233;moignent d'une certaine pr&#233;occupation pour le bien-&#234;tre des animaux, mais il n'y a rien du tout dans ce sens dans le Nouveau Testament, ni dans les courants de pens&#233;e principaux qui repr&#233;sent&#232;rent le christianisme pendant ses premiers dix-huit si&#232;cles.&lt;br /&gt;
Paul rejeta d&#233;daigneusement l'id&#233;e que Dieu e&#251;t pu se pr&#233;occuper du bien-&#234;tre des boeufs, et Augustin interpr&#233;ta l'histoire biblique des porcs de Gadar&#232;ne, selon laquelle J&#233;sus exp&#233;dia des d&#233;mons dans un troupeau de cochons qui se jet&#232;rent alors dans la mer et s'y noy&#232;rent, comme signifiant que nous n'avons aucun devoir envers les animaux. Cette interpr&#233;tation fut admise par Thomas d'Aquin, qui d&#233;clara que la seule objection possible &#224; la cruaut&#233; envers les animaux &#233;tait qu'elle pouvait favoriser la cruaut&#233; envers les humains - car selon lui, il n'y avait rien de mal &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt; &#224; faire souffrir les animaux. Ceci devint le point de vue officiel de l'Eglise Catholique Romaine, tant et si bien (ou si mal) que, encore au milieu du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, le Pape Pie IX refusa d'autoriser la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; pour la pr&#233;vention de la cruaut&#233; envers les animaux, parce qu'une telle autorisation e&#251;t impliqu&#233; que les &#234;tres humains ont des devoirs envers les cr&#233;atures inf&#233;rieures.&lt;br /&gt;
M&#234;me en Angleterre, dont les habitants ont la r&#233;putation d'&#234;tre fous des animaux, les premiers efforts pour obtenir une protection l&#233;gale pour les membres d'autres esp&#232;ces que l'esp&#232;ce humaine datent de moins de deux si&#232;cles. Ils furent accueillis par la d&#233;rision. &lt;i&gt;The Times&lt;/i&gt; &#233;tait &#224; tel point incapable de concevoir que la souffrance des animaux f&#251;t quelque chose &#224; emp&#234;cher, qu'il d&#233;clara &#224; l'encontre d'une proposition de loi pour interdire le &#171; sport &#187; de &lt;i&gt;bull-baiting&lt;/i&gt; (activit&#233; consistant &#224; faire attaquer et mettre &#224; mort un taureau par des chiens) : &#171; Est tyrannie tout ce qui interf&#232;re avec l'usage priv&#233; et personnel que l'homme fait de son temps et de sa propri&#233;t&#233;. &#187; Les animaux, pour cet auguste journal, n'&#233;taient clairement que propri&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
C'&#233;tait en 1800, et cette proposition de loi fut repouss&#233;e. Il fallut encore vingt ans avant que n'entr&#226;t dans la l&#233;gislation britannique le premier texte s'opposant &#224; la cruaut&#233;. La prise en compte, aussi limit&#233;e f&#251;t-elle, des int&#233;r&#234;ts des animaux, repr&#233;sentait un pas en avant significatif compar&#233; au point de vue selon lequel les fronti&#232;res de notre esp&#232;ce traceraient les fronti&#232;res de la moralit&#233;. N&#233;anmoins, ce pas en avant &#233;tait limit&#233;, car il ne remettait pas en cause notre droit de faire des autres esp&#232;ces tout &lt;i&gt;usage&lt;/i&gt; &#224; notre convenance. Seuls &#233;taient interdits les actes de cruaut&#233; - c'est-&#224;-dire ceux qui font souffrir sans raison, par pur sadisme ou par indiff&#233;rence grossi&#232;re. Les &#233;leveurs qui refusent &#224; leurs cochons la place qui leur est n&#233;cessaire pour se mouvoir ne commettent pas d'acte cruel, selon ce point de vue, car ils ne font que ce qu'ils estiment devoir faire pour produire du bacon. De m&#234;me, les chercheurs qui empoisonnent cent rats avec un quelconque nouvel aromatisant pour dentifrice, dans le but d'en d&#233;terminer la dose l&#233;tale, ne sont pas cruels - ils se soucient seulement de se conformer aux proc&#233;dures reconnues pour d&#233;terminer l'innocuit&#233; des nouveaux produits.&lt;br /&gt;
Le mouvement contre la cruaut&#233; du si&#232;cle dernier &#233;tait fond&#233; sur le pr&#233;suppos&#233; que les int&#233;r&#234;ts des animaux non humains ne m&#233;ritent protection que quand aucun int&#233;r&#234;t humain s&#233;rieux n'est en cause. Dans cet esprit , les animaux restent tr&#232;s clairement des &#171; cr&#233;atures inf&#233;rieures &#187;, et les &#234;tres humains tout-&#224;-fait &#224; part et infiniment au-dessus de toutes les formes de vie animale. Pour peu qu'il y e&#251;t conflit entre nos int&#233;r&#234;ts et les leurs, il ne pouvait y avoir de doute quant &#224; ceux qui devaient c&#233;der : dans tous les cas, ce sont les int&#233;r&#234;ts des animaux qui &#233;taient sacrifi&#233;s.&lt;br /&gt;
C'est la remise en question de ce pr&#233;suppos&#233; qui donne son sens et son importance au nouveau mouvement de lib&#233;ration animale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La th&#232;se de l'&#233;galit&#233; animale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, un certain nombre de groupes opprim&#233;s ont men&#233; des campagnes vigoureuses pour conqu&#233;rir l'&#233;galit&#233;. L'exemple classique est le mouvement de lib&#233;ration des Noirs, qui r&#233;clame la fin des pr&#233;jug&#233;s et discriminations qui ont fait des Noirs des citoyens de seconde cat&#233;gorie. L'attrait imm&#233;diat que ce mouvement a exerc&#233;, ainsi que le succ&#232;s initial, bien que limit&#233;, qu'il eut, en ont fait un mod&#232;le pour d'autres groupes opprim&#233;s. On vit alors appara&#238;tre les mouvements de lib&#233;ration des Am&#233;ricains du Nord hispaniques, des homosexuels, et de diverses autres minorit&#233;s. Quand un groupe majoritaire - celui des femmes - se mit en campagne, certains pens&#232;rent qu'on &#233;tait arriv&#233; &#224; la fin du chemin. Il a &#233;t&#233; dit que la discrimination sexuelle &#233;tait la derni&#232;re forme de discrimination universellement accept&#233;e et ouvertement pratiqu&#233;e, y compris dans ces milieux progressistes qui, longtemps, se sont vant&#233;s de leur absence de pr&#233;jug&#233;s &#224; l'encontre des minorit&#233;s raciales.&lt;br /&gt;
Il vaut mieux toujours se garder de parler de &#171; derni&#232;re forme de discrimination &#187;. S'il n'y avait qu'une seule chose &#224; retenir des mouvements de lib&#233;ration, ce devrait &#234;tre la difficult&#233; qu'il y a &#224; prendre conscience des pr&#233;jug&#233;s cach&#233;s que peuvent receler nos attitudes envers des groupes particuliers, tant que ces pr&#233;jug&#233;s ne nous sont pas mis sous les yeux par la force.&lt;br /&gt;
Un mouvement de lib&#233;ration implique un &#233;largissement de notre horizon moral, ainsi qu'une extension, ou une r&#233;interpr&#233;tation, du principe moral fondamental d'&#233;galit&#233;. Des pratiques ant&#233;rieurement consid&#233;r&#233;es comme naturelles et in&#233;vitables en viennent alors &#224; appara&#238;tre comme &#233;tant le r&#233;sultat de pr&#233;jug&#233;s injustifiables. Qui peut dire en toute certitude qu'aucune de ses attitudes et pratiques ne peut &#234;tre l&#233;gitimement remise en question ? Si nous voulons &#233;viter de nous compter du nombre des oppresseurs, nous devons &#234;tre pr&#234;ts &#224; repenser jusqu'&#224; nos attitudes les plus fondamentales. Nous devons les envisager du point de vue o&#249; sont plac&#233;s ceux que ces attitudes, et les pratiques qui en d&#233;coulent, d&#233;savantagent le plus. Si nous sommes capables de cet inhabituel retournement de point de vue, nous d&#233;couvrirons peut-&#234;tre alors &#224; la base de ces attitudes et pratiques une constante, un leitmotiv, ayant pour effet syst&#233;matique de servir les int&#233;r&#234;ts du m&#234;me groupe - en g&#233;n&#233;ral, il s'agira du groupe auquel nous appartenons nous-m&#234;mes - aux d&#233;pens des int&#233;r&#234;ts d'un autre. Et ainsi, nous r&#233;aliserons peut-&#234;tre que se justifie un nouveau mouvement de lib&#233;ration. Le but des militants de la lib&#233;ration animale est de nous inciter &#224; op&#233;rer ce retournement mental dans le regard que nous portons sur nos attitudes et pratiques envers un tr&#232;s grand groupe d'&#234;tres : envers les membres des esp&#232;ces autres que la n&#244;tre. En d'autres termes, ces militants r&#233;clament que nous &#233;tendions aux autres esp&#232;ces ce m&#234;me principe fondamental d'&#233;galit&#233; que la plupart d'entre nous acceptons de voir appliquer &#224; tous les membres de notre esp&#232;ce.&lt;br /&gt;
Une telle extension est-elle vraiment plausible ? Est-il possible de prendre vraiment au s&#233;rieux le slogan de &lt;i&gt;La ferme des animaux&lt;/i&gt; de George Orwell : &#171; Tous les animaux sont &#233;gaux &#187; ?&lt;br /&gt;
Il est bon de commencer par examiner la th&#232;se famili&#232;re selon laquelle tous les humains sont &#233;gaux. Lorsque nous disons que tous les &#234;tres humains, quels que soit leur race, leur croyance ou leur sexe, sont &#233;gaux, qu'entendons-nous par l&#224; ? Ceux qui d&#233;sirent d&#233;fendre une soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchique et in&#233;galitaire ont souvent mis en avant que, quel que soit le crit&#232;re retenu, il reste parfaitement faux de dire que tous les humains sont &#233;gaux. Que cela nous plaise ou non, nous devons faire face au fait que les humains existent dans des tailles et des formes diff&#233;rentes, viennent avec des capacit&#233;s morales diff&#233;rentes, des capacit&#233;s intellectuelles diff&#233;rentes, des quantit&#233;s diff&#233;rentes de sentiments bienveillants et de sensibilit&#233; envers les besoins des autres, des aptitudes diff&#233;rentes &#224; communiquer efficacement, et des susceptibilit&#233;s diff&#233;rentes &#224; ressentir le plaisir et la douleur. En bref, si l'exigence d'&#233;galit&#233; devait &#234;tre bas&#233;e sur l'&#233;galit&#233; de fait de tous les &#234;tres humains, nous devrions cesser d'exiger l'&#233;galit&#233;. Car cette exigence serait injustifiable.&lt;br /&gt;
Fort heureusement, la revendication de l'&#233;galit&#233; des &#234;tres humains ne d&#233;pend pas de l'&#233;galit&#233; de leur intelligence, capacit&#233; morale, force physique, ou de tout autre fait particulier de ce genre. L'&#233;galit&#233; est une notion morale, et non une simple affirmation de faits. Il n'y a pas de raison logique qui impose de faire d&#233;couler d'une diff&#233;rence de fait dans les capacit&#233;s que poss&#232;dent deux personnes une diff&#233;rence quelconque dans la quantit&#233; de consid&#233;ration que nous devons porter &#224; la satisfaction de leurs besoins et int&#233;r&#234;ts. Le principe d'&#233;galit&#233; entre les humains n'est pas l'affirmation d'une hypoth&#233;tique &#233;galit&#233; de fait ; il est une prescription portant sur la mani&#232;re dont nous devrions traiter les humains.&lt;br /&gt;
Jeremy Bentham int&#233;gra dans son syst&#232;me &#233;thique la base essentielle du principe d'&#233;galit&#233; morale au travers de la formule : &#171; Chacun compte pour un et nul ne compte pour plus d'un. &#187; En d'autres termes, tous les int&#233;r&#234;ts susceptibles d'&#234;tre affect&#233;s par un acte doivent &#234;tre pris en compte, quel que soit l'&#234;tre dont ce sont les int&#233;r&#234;ts, avec le m&#234;me poids que le sont les int&#233;r&#234;ts semblables de tout autre &#234;tre.&lt;br /&gt;
Il d&#233;coule de ce principe d'&#233;galit&#233; que la pr&#233;occupation que nous devons avoir pour les autres &#234;tres, la disposition que nous devons avoir &#224; prendre en compte leurs int&#233;r&#234;ts, ne devraient pas d&#233;pendre des caract&#233;ristiques ou aptitudes de ces &#234;tres - bien que les d&#233;cisions exactes que cette pr&#233;occupation implique que nous devons prendre puissent, elles, d&#233;pendre des caract&#233;ristiques des &#234;tres qui en seront affect&#233;s. C'est sur cette base que doit reposer, en derni&#232;re analyse, la r&#233;futation du racisme, tout comme celle du sexisme ; et c'est en fonction de ce principe que le sp&#233;cisme doit lui aussi &#234;tre condamn&#233;. Si le fait pour un humain de poss&#233;der un degr&#233; d'intelligence plus &#233;lev&#233; qu'un autre ne justifie pas qu'il se serve de cet autre comme moyen pour ses fins, comment cela pourrait-il justifier qu'un humain exploite des &#234;tres non humains ?&lt;br /&gt;
Beaucoup de philosophes ont propos&#233; comme principe moral fondamental l'&#233;galit&#233; de consid&#233;ration des int&#233;r&#234;ts, sous une forme ou une autre ; mais peu d'entre eux ont reconnu que ce principe s'applique aussi bien aux membres des autres esp&#232;ces qu'&#224; ceux de la n&#244;tre. Bentham fut parmi les rares qui virent cela. Dans un passage tourn&#233; vers l'avenir, datant d'une &#233;poque o&#249; les esclaves noirs &#233;taient encore trait&#233;s dans les colonies britanniques &#224; peu pr&#232;s comme nous traitons aujourd'hui les animaux non humains, Bentham d&#233;clara :&lt;br /&gt;
Le jour viendra peut-&#234;tre o&#249; le reste de la cr&#233;ation animale obtiendra ces droits que seule la main de la tyrannie a pu lui refuser. Les Fran&#231;ais ont d&#233;j&#224; d&#233;couvert que la noirceur de la peau n'est en rien une raison pour qu'un &#234;tre humain soit abandonn&#233; sans recours aux caprices d'un bourreau. On reconna&#238;tra peut-&#234;tre un jour que le nombre de pattes, la pilosit&#233; de la peau, ou la fa&#231;on dont se termine le sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes pour abandonner un &#234;tre sensible &#224; ce m&#234;me sort. Et quel autre crit&#232;re devrait-on prendre pour tracer la ligne infranchissable ? Est-ce la facult&#233; de raisonner, ou peut-&#234;tre la facult&#233; de discourir ? Mais un cheval ou un chien adultes sont incomparablement plus rationnels, et aussi ont plus de conversation, qu'un nourrisson d'un jour, d'une semaine ou m&#234;me d'un mois. Et s'il en &#233;tait autrement, qu'est-ce que cela changerait ? La question n'est pas : &#171; Peuvent-ils raisonner ? &#187;, ni : &#171; Peuvent-ils parler ? &#187;, mais : &#171; Peuvent-ils souffrir ? &#187;&lt;br /&gt;
Dans ce passage, Bentham d&#233;signe comme caract&#233;ristique essentielle devant d&#233;terminer si un &#234;tre a ou non droit &#224; l'&#233;galit&#233; de consid&#233;ration des int&#233;r&#234;ts, sa capacit&#233; &#224; souffrir. Cette capacit&#233; - ou, plus rigoureusement, la capacit&#233; &#224; souffrir et/ou &#224; &#233;prouver du plaisir ou du bonheur - n'est pas une simple caract&#233;ristique comme une autre, comparable &#224; la capacit&#233; &#224; parler ou &#224; comprendre les math&#233;matiques sup&#233;rieures. Ce que dit Bentham n'est pas que ceux qui tentent de tracer cette &#171; ligne infranchissable &#187; devant d&#233;terminer si les int&#233;r&#234;ts d'un &#234;tre sont &#224; prendre en compte, se sont simplement tromp&#233;s de caract&#233;ristique. La capacit&#233; &#224; souffrir ou &#224; &#233;prouver du plaisir est une condition n&#233;cessaire pour avoir un int&#233;r&#234;t quel qu'il soit au d&#233;part, elle est une condition qui doit &#234;tre remplie faute de quoi cela n'a aucun sens de parler d'int&#233;r&#234;ts. Cela n'a aucun sens de dire qu'il est contraire aux int&#233;r&#234;ts d'une pierre de recevoir le coup de pied d'un enfant. Une pierre n'a pas d'int&#233;r&#234;ts, parce qu'elle ne peut pas souffrir. Rien de ce que nous pouvons faire ne peut avoir de cons&#233;quence pour son bien-&#234;tre. Une souris, au contraire, a un int&#233;r&#234;t &#224; ne pas &#234;tre tourment&#233;e, parce que si on la tourmente, elle souffrira.&lt;br /&gt;
Si un &#234;tre souffre, il ne peut y avoir de justification morale pour refuser de tenir compte de cette souffrance. Quelle que soit la nature de l'&#234;tre qui souffre, le principe d'&#233;galit&#233; exige que sa souffrance soit prise en compte autant qu'une souffrance similaire - pour autant que des comparaisons grossi&#232;res soient possibles - de tout autre &#234;tre. Dans le cas o&#249; un &#234;tre n'est pas capable de souffrir, ou de ressentir de la joie ou du bonheur, il n'y a rien &#224; prendre en compte. C'est pourquoi c'est la sensibilit&#233; (pour employer cette expression courte, mais l&#233;g&#232;rement inexacte, pour parler de la capacit&#233; &#224; souffrir et/ou &#224; ressentir le plaisir) qui seule est capable de fournir un crit&#232;re d&#233;fendable pour d&#233;terminer o&#249; doit s'arr&#234;ter la prise en compte des int&#233;r&#234;ts des autres. Limiter cette prise en compte selon tout autre crit&#232;re, comme l'intelligence ou la rationalit&#233;, serait la limiter de fa&#231;on arbitraire - pourquoi choisir tel crit&#232;re plut&#244;t qu'un autre, comme la couleur de la peau ?&lt;br /&gt;
Les racistes violent le principe d'&#233;galit&#233; en accordant plus de poids aux int&#233;r&#234;ts des membres de leur propre race, quand ces int&#233;r&#234;ts sont en conflit avec ceux des membres d'une autre race. De m&#234;me, les sp&#233;cistes permettent aux int&#233;r&#234;ts des membres de leur propre esp&#232;ce de l'emporter face &#224; des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs des membres d'autres esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;galit&#233; de consid&#233;ration des int&#233;r&#234;ts&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la th&#232;se de l'&#233;galit&#233; animale est fond&#233;e, quelles en sont les cons&#233;quences ? Cette th&#232;se n'implique pas, bien &#233;videmment, qu'il faille accorder aux animaux tous les droits que nous estimons devoir accorder aux humains - par exemple, le droit de vote. La th&#232;se de l'&#233;galit&#233; animale d&#233;fend l'&#233;galit&#233; de consid&#233;ration des int&#233;r&#234;ts, et non l'&#233;galit&#233; des droits. Mais qu'est-ce que cela signifie exactement en pratique ? Il faut ici entrer un peu dans le d&#233;tail.&lt;br /&gt;
Si je gifle vigoureusement un cheval sur son flanc, il sursautera peut-&#234;tre, mais on peut supposer que sa douleur sera faible. Sa peau est assez &#233;paisse pour le prot&#233;ger d'une simple gifle. Si par contre je gifle un b&#233;b&#233; avec la m&#234;me force, celui-ci pleurera et sans doute souffrira, sa peau &#233;tant plus sensible. Il s'ensuit qu'il est plus grave de gifler un b&#233;b&#233; qu'un cheval, si les deux gifles sont de m&#234;me force. Il doit n&#233;anmoins y avoir une fa&#231;on de frapper un cheval - je ne sais pas exactement laquelle, peut-&#234;tre avec un gros b&#226;ton - qui lui occasionnera autant de douleur qu'en occasionne une gifle &#224; un enfant. C'est l&#224; ce que j'entends par &#171; m&#234;me quantit&#233; de douleur &#187; ; et si nous consid&#233;rons qu'il est mal d'infliger sans raison valable cette quantit&#233; de douleur &#224; un enfant, alors nous devons, si nous ne sommes pas sp&#233;cistes, consid&#233;rer comme tout aussi mal d'infliger sans raison valable la m&#234;me quantit&#233; de douleur &#224; un cheval.&lt;br /&gt;
Entre les humains et les animaux il y a encore d'autres diff&#233;rences, qui seront cause d'autres complications. Les humains adultes normaux ont des capacit&#233;s mentales qui, dans certaines circonstances, les am&#232;neront &#224; souffrir plus que ne souffriraient des animaux plac&#233;s dans les m&#234;mes circonstances. Si, par exemple, nous d&#233;cidons d'effectuer des exp&#233;riences scientifiques extr&#234;mement douloureuses ou mortelles sur des adultes humains normaux, kidnapp&#233;s &#224; cette fin au hasard dans les jardins publics, alors tout adulte entrant dans un jardin public ressentirait la peur d'&#234;tre kidnapp&#233;. Cette terreur repr&#233;senterait une souffrance suppl&#233;mentaire s'ajoutant &#224; la douleur de l'exp&#233;rience.&lt;br /&gt;
La m&#234;me exp&#233;rience effectu&#233;e sur des animaux non humains causerait moins de souffrance, puisqu'eux ne ressentiraient pas la peur due &#224; l'anticipation de la capture et de l'exp&#233;rience &#224; subir. Cela &lt;i&gt;ne justifie pas&lt;/i&gt;, bien entendu, le fait lui-m&#234;me d'effectuer l'exp&#233;rience sur des animaux, mais implique seulement qu'il existe une raison &lt;i&gt;non sp&#233;ciste&lt;/i&gt; pour pr&#233;f&#233;rer utiliser des animaux plut&#244;t que des adultes humains normaux, si tant est au d&#233;part que l'exp&#233;rience soit &#224; faire. Il faut remarquer, n&#233;anmoins, que ce m&#234;me argument nous donne aussi une raison de pr&#233;f&#233;rer, pour faire des exp&#233;riences, &#224; l'emploi d'humains adultes normaux l'emploi de nourrissons humains - orphelins, par exemple - ou d'humains mentalement retard&#233;s, puisqu'eux non plus n'auraient aucune id&#233;e de ce qui les attend.&lt;br /&gt;
Pour tout ce qui d&#233;pend de cet argument, les animaux non humains, les nourrissons humains et les d&#233;biles mentaux humains sont dans la m&#234;me cat&#233;gorie ; et si cet argument nous sert &#224; justifier l'exp&#233;rimentation sur des animaux non humains, nous devons nous demander si nous sommes aussi pr&#234;ts &#224; permettre l'exp&#233;rimentation sur des nourrissons humains et sur des adultes handicap&#233;s mentaux. Et si nous distinguons ces derniers des animaux, sur quelle base pouvons-nous justifier cette discrimination, si ce n'est par une pr&#233;f&#233;rence cynique, et moralement ind&#233;fendable, en faveur des membres de notre propre esp&#232;ce ?&lt;br /&gt;
Il y a de nombreux domaines dans lesquels les aptitudes mentales sup&#233;rieures de l'adulte humain normal - ses capacit&#233;s &#224; anticiper, &#224; se souvenir de fa&#231;on plus d&#233;taill&#233;e, &#224; mieux savoir ce qui se passe, et ainsi de suite - font une diff&#233;rence. Mais celle-ci ne va pas toujours dans le sens d'une souffrance plus grande pour l'&#234;tre humain normal. Il arrive parfois au contraire que la compr&#233;hension limit&#233;e qu'ont les animaux puisse augmenter leur souffrance. Si nous capturons un humain, par exemple un prisonnier au cours d'une guerre, nous pouvons lui expliquer qu'il devra subir la capture, la fouille et la d&#233;tention, mais qu'il ne lui sera fait aucun mal par ailleurs, et qu'il sera lib&#233;r&#233; &#224; la fin des hostilit&#233;s. Si par contre nous capturons un animal sauvage, nous ne pouvons pas lui expliquer que nous ne mena&#231;ons pas sa vie. Un animal sauvage ne peut pas distinguer une tentative de le tuer d'une tentative de le ma&#238;triser et de le d&#233;tenir ; sa terreur sera donc aussi grande dans un cas que dans l'autre.&lt;br /&gt;
On peut objecter qu'il est impossible de faire des comparaisons entre les souffrances ressenties par des membres d'esp&#232;ces diff&#233;rente, et que, par cons&#233;quent, quand il y a conflit entre les int&#233;r&#234;ts des animaux et ceux des &#234;tres humains, le principe d'&#233;galit&#233; ne peut nous guider. Il est sans doute effectivement impossible de comparer avec pr&#233;cision la souffrance de membres d'esp&#232;ces diff&#233;rentes ; mais la pr&#233;cision n'est pas essentielle. M&#234;me si nous ne devions cesser de faire souffrir les animaux que dans les cas o&#249; il est tout-&#224;-fait certain que les int&#233;r&#234;ts des &#234;tres humains n'en seront pas affect&#233;s dans une mesure comparable &#224; celle o&#249; sont affect&#233;s les int&#233;r&#234;ts des animaux, nous serions oblig&#233;s d'apporter des changements radicaux dans la fa&#231;on dont nous les traitons - lesquels changements concerneraient notre r&#233;gime alimentaire, les m&#233;thodes employ&#233;es en agriculture, les proc&#233;dures exp&#233;rimentales utilis&#233;es dans de nombreux domaines scientifiques, notre attitude envers la faune sauvage et la chasse, le pi&#233;geage des animaux et le port de la fourrure, ainsi que des domaines r&#233;cr&#233;atifs comme les cirques, les rod&#233;os et les zoos. Et ainsi serait &#233;vit&#233;e une quantit&#233; &#233;norme de souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce aussi un probl&#232;me que de tuer ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent j'ai beaucoup parl&#233; du fait d'infliger de la souffrance aux animaux, mais je n'ai rien dit concernant le fait de les tuer. Cette omission est d&#233;lib&#233;r&#233;e. L'application du principe d'&#233;galit&#233; au fait de faire souffrir est assez directe, du moins en th&#233;orie. La douleur et la souffrance sont des choses mauvaises, qui doivent &#234;tre pr&#233;venues ou minimis&#233;es quels que soient la race, le sexe ou l'esp&#232;ce de l'&#234;tre qui les ressent. La douleur est d'autant plus mauvaise qu'elle est plus intense et qu'elle dure plus longtemps, mais une grandeur donn&#233;e de douleur est aussi mauvaise quelle que soit l'esp&#232;ce.&lt;br /&gt;
Alors que des caract&#233;ristiques comme la conscience de soi, l'intelligence, la capacit&#233; &#224; entretenir des relations significatives avec les autres, et ainsi de suite, ne sont pas pertinentes par rapport &#224; la question de la douleur - puisque la douleur est de la douleur, quelles que soient les capacit&#233;s de l'&#234;tre qui la ressent, d&#232;s lors qu'il poss&#232;de la capacit&#233; &#224; la ressentir -, ces caract&#233;ristiques peuvent au contraire &#234;tre pertinentes en ce qui concerne le probl&#232;me de tuer. Il n'est pas arbitraire de dire que la vie d'un &#234;tre conscient de lui-m&#234;me, capable de penser abstraitement, d'&#233;laborer des projets d'avenir, de communiquer de fa&#231;on complexe, et ainsi de suite, a plus de valeur que la vie d'un &#234;tre qui n'a pas ces capacit&#233;s.&lt;br /&gt;
Pour bien saisir la diff&#233;rence qui existe entre la question de la douleur et celle de tuer, nous pouvons consid&#233;rer comment nous choisirions dans des cas concernant des membres de notre propre esp&#232;ce. Si nous devions choisir entre sauver la vie, soit d'un &#234;tre humain normal, soit d'un &#234;tre humain handicap&#233; mental,nous choisirions probablement celle de l'humain normal ; mais si nous devions choisir entre faire cesser la souffrance, soit d'un humain normal, soit d'un humain handicap&#233; - si par exemple tous deux souffrent de blessures superficielles mais douloureuses, sans que nous ayons assez d'analg&#233;sique pour les deux - il est beaucoup moins clair quel devrait &#234;tre notre choix. La m&#234;me conclusion vaut encore quand nous consid&#233;rons des &#234;tres appartenant &#224; d'autres esp&#232;ces. La valeur n&#233;gative de la douleur est en elle-m&#234;me ind&#233;pendante des autres caract&#233;ristiques de l'&#234;tre qui ressent cette douleur ; la valeur de la vie, au contraire, est affect&#233;e par ces autres caract&#233;ristiques.&lt;br /&gt;
Cela signifiera en g&#233;n&#233;ral que si nous devons choisir entre la vie d'un &#234;tre humain et celle d'un autre animal, nous devons choisir de sauver celle de l'humain ; mais il peut aussi y avoir des cas particuliers o&#249; le contraire sera vrai, quand l'&#234;tre humain en question ne poss&#232;de pas les capacit&#233;s d'un &#234;tre humain normal. Une telle position n'est pas sp&#233;ciste, bien qu'elle puisse le para&#238;tre &#224; premi&#232;re vue.&lt;br /&gt;
La pr&#233;f&#233;rence pour la vie d'un &#234;tre humain normal sur celle d'un animal - &lt;i&gt;dans les cas o&#249; ce choix se pose&lt;/i&gt; - se fonde surlescaract&#233;ristiquesque cet &#234;tre humain normal poss&#232;de r&#233;ellement, et non sursa simple appartenance &#224; notre esp&#232;ce. C'est pourquoi lorsqu'il s'agit des membres de notre esp&#232;ce qui n'ont pas les caract&#233;ristiques normales d'un &#234;tre humain, nous ne pouvons plus affirmer que leurs vies sont toujours &#224; pr&#233;f&#233;rer &#224; celles d'autres animaux. En pratique, n&#233;anmoins, la question de savoir exactement quand il est injustifi&#233; de tuer (sans souffrance) un animal est une question &#224; laquelle il n'est pas n&#233;cessaire de r&#233;pondre pr&#233;cis&#233;ment. Aussi longtemps que nous gardons &#224; l'esprit que nous devons respecter la vie d'un animal autant que nous respectons celle d'un &#234;tre humain de m&#234;me niveau de d&#233;veloppement mental, nous ne serons pas loin de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les objectifs du mouvement&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous avons vu quelle philosophie sous-tend le mouvement de lib&#233;ration animale, nous pouvons nous tourner vers ses objectifs. Que tente d'accomplir le mouvement de lib&#233;ration animale ?&lt;br /&gt;
On peut en &#233;noncer le but en une seule phrase : mettre fin au parti-pris sp&#233;ciste actuel qui emp&#234;che que soient pris en compte s&#233;rieusement les int&#233;r&#234;ts des animaux non humains. Mais par quoi faut-il commencer ? Ce but est tellement vaste qu'il est n&#233;cessaire de se fixer des objectifs plus pr&#233;cis.&lt;br /&gt;
Les organisations traditionnelles de protection des animaux se concentrent sur la t&#226;che de faire cesser les mauvais traitements envers ceux d'entre eux qui appartiennent aux esp&#232;ces avec lesquelles nous avons le plus facilement des relations. Les chiens, les chats et les chevaux sont bien plac&#233;s sur leurs listes, parce que nous avons ces animaux comme compagnons. Ensuite il y a ceux des animaux sauvages que nous trouvons particuli&#232;rement attirants - les b&#233;b&#233;s phoques, avec leurs grands yeux bruns et leurs douces et blanches fourrures, les myst&#233;rieuses baleines et les dauphins joueurs. Les militants de la lib&#233;ration animale eux aussi, &#233;videmment, sont oppos&#233;s &#224; la souffrance et &#224; la mort qu'on impose sans n&#233;cessit&#233; aux chiens, chats, chevaux, phoques, baleines et dauphins, comme &#224; tous les autres animaux. Mais ils ne consid&#232;rent pas que l'attirance plus ou moins grande qu'un animal exerce sur nous ait quoi que ce soit &#224; voir avec le fait qu'il soit mal de le faire souffrir. A la place, ce qui leur importe est la gravit&#233; de la souffrance, ainsi que le nombre d'animaux impliqu&#233;s.&lt;br /&gt;
Ceci signifie qu'il y a plus de chance de voir le mouvement de lib&#233;ration animale manifester en d&#233;fense des rats de laboratoire, ou des poules &#233;lev&#233;es en batterie, que pour les chiens ou les chats que maltraitent leurs propri&#233;taires. Car il y a quelque 45 &lt;i&gt;millions&lt;/i&gt; de rats et de souris consomm&#233;s chaque ann&#233;e dans les seuls laboratoires des Etats-Unis ; et dans ce m&#234;me pays, chaque ann&#233;e, plus de trois &lt;i&gt;milliards&lt;/i&gt; de poulets sont &#233;lev&#233;s dans des fermes industrielles, tass&#233;s dans des caisses sur des camions, pendus par les pattes &#224; la cha&#238;ne d'abattage. La quantit&#233; de souffrance impliqu&#233;e dans ces formes institutionnalis&#233;es de sp&#233;cisme domine largement tout le mal fait aux chiens et aux chats par des propri&#233;taires n&#233;gligeants ou m&#234;me cruels.&lt;br /&gt;
Les groupes de lib&#233;ration animale s'opposent &#224; toute exploitation des animaux ; mais leur attention s'est ainsi dirig&#233;e principalement vers l'exp&#233;rimentation sur les animaux et vers leur utilisation comme aliments. Nous allons nous pencher un peu plus sur ces deux domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les animaux outils pour la recherche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sp&#233;cisme est &#224; l'oeuvre dans la pratique tr&#232;s r&#233;pandue consistant &#224; exp&#233;rimenter sur d'autres esp&#232;ces pour voir si certaines substances sont inoffensives pour les humains, ou pour tester la validit&#233; de telle ou telle th&#233;orie psychologique sur l'influence des punitions s&#233;v&#232;res dans l'apprentissage, ou pour tester divers produits chimiques nouveaux juste au cas o&#249; ils feraient preuve de propri&#233;t&#233;s int&#233;ressantes. Les gens pensent parfois que toutes ces exp&#233;riences sont faites dans des buts m&#233;dicaux essentiels, et qu'ainsi il en r&#233;sultera une diminution de la souffrance totale. Cette croyance est tr&#232;s confortable, mais tr&#232;s loin de la v&#233;rit&#233;.&lt;br /&gt;
Voici un exemple de test tr&#232;s courant pratiqu&#233; par des fabricants de cosm&#233;tiques comme Revlon, Avon et Bristol-Myers avec de nombreuses substances, lorsqu'ils ont l'intention de s'en servir dans leurs produits. Ce test est appel&#233; le test de Draize, d'apr&#232;s le nom de son inventeur. Vous prenez six lapins albinos ; vous saisissez chacun d'eux fermement d'une main, et de l'autre, vous tirez sur la paupi&#232;re inf&#233;rieure d'un oeil de fa&#231;on &#224; l'&#233;carter du globe oculaire et &#224; former ainsi entre les deux une sorte de cuvette. Dans cette cuvette, vous placez avec une pipette quelques gouttes de n'importe quelle substance &#224; tester. Enfin, vous tenez les deux paupi&#232;res ferm&#233;es pendant une seconde et vous rel&#226;chez. Vous revenez le lendemain pour noter si les paupi&#232;res sont tum&#233;fi&#233;es, si l'iris est enflamm&#233;, si la corn&#233;e est ulc&#233;r&#233;e et si le lapin est devenu aveugle de cet oeil.&lt;br /&gt;
Ce test est un test standard, pratiqu&#233; sans anesth&#233;sie pour pratiquement toute substance vendue, d&#232;s lors qu'elle risque d'entrer dans l'oeil de quelqu'un. Parmi les autres tests commerciaux il y a la DL 50 - &#171; DL &#187; signifie &#171; dose l&#233;tale &#187; (mortelle), et &#171; 50 &#187; est le pourcentage des animaux pour lesquels cette dose est mortelle. En d'autres termes, pour faire un test de DL 50, vous prenez un &#233;chantillon d'animaux - de rats, de souris, de chiens ou d'autres - et vous leur administrez des quantit&#233;s de la substance que vous testez, sous forme concentr&#233;e, jusqu'&#224; ce que vous ayez r&#233;ussi &#224; ce que la moiti&#233; soient morts empoisonn&#233;s. Vous avez alors trouv&#233; la dose qui est l&#233;tale pour 50 % de votre &#233;chantillon. Cette dose, appel&#233;e &#171; valeur DL 50 &#187;, est cens&#233;e donner une indication sur la dangerosit&#233; que cette substance peut avoir pour les &#234;tres humains. Mais en plus de la mis&#232;re qu'il inflige aux animaux, qui en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale deviennent tous malades, et dont la moiti&#233; deviennent tellement malades qu'ils en meurent, on remarque que ce test est tr&#232;s peu fiable en tant qu'indication donn&#233;e sur la s&#233;curit&#233; d'une substance pour les &#234;tres humains. Il y a trop de variations d'une esp&#232;ce &#224; l'autre. La thalidomide, pour ne prendre que cet exemple c&#233;l&#232;bre, produit des d&#233;formations chez les nouveau-n&#233;s humains mais pas chez la plupart des autres esp&#232;ces animales.&lt;br /&gt;
Ces tests sont des tests de routine dans les laboratoires commerciaux. Dans les universit&#233;s, il y a aussi de nombreuses exp&#233;riences qu'aucune personne, pour peu qu'elle prenne au s&#233;rieux les int&#233;r&#234;ts des animaux non humains, ne pourrait consid&#233;rer comme justifi&#233;es. Dans les d&#233;partements de psychologie, des exp&#233;rimentateurs con&#231;oivent des variations et des r&#233;p&#233;titions sans fin d'exp&#233;riences qui d&#233;j&#224; &#224; l'origine n'avaient que peu de valeur. On infligera &#224; des animaux des chocs &#233;lectriques comme punition, ou on les &#233;l&#232;vera en isolation totale pour voir jusqu'&#224; quel point cela les rend fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les animaux aliments&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contact le plus direct que la plupart des &#234;tres humains, surtout ceux de soci&#233;t&#233;s urbaines et industrielles, ont avec des membres d'autres esp&#232;ces, a lieu au moment des repas ; nous les mangeons. Par l&#224;, nous les traitons simplement comme des moyens pour nos fins. Nous consid&#233;rons leur vie et leur bien-&#234;tre comme subordonn&#233;s &#224; notre go&#251;t pour un plat donn&#233;. Et il s'agit bien de go&#251;t : ce qui est en cause est uniquement le plaisir du palais. Il ne peut exister aucune d&#233;fense valable de la pratique de l'alimentation carn&#233;e qui soit fond&#233;e sur la satisfaction de nos besoins nutritifs, puisqu'il a &#233;t&#233; &#233;tabli sans la moindre ombre d'un doute que nous pourrions couvrir nos besoins en prot&#233;ines et autres nutriments n&#233;cessaires de fa&#231;on bien plus efficace avec un r&#233;gime qui remplace la chair animale par des produits v&#233;g&#233;taux riches en prot&#233;ines.&lt;br /&gt;
Il n'y a pas que le fait de tuer qui soit une indication de ce que nous sommes pr&#234;ts &#224; infliger &#224; d'autres esp&#232;ces dans le but de nous faire plaisir &#224; nous-m&#234;mes. La souffrance que nous infligeons aux animaux pendant qu'ils sont encore en vie montre peut-&#234;tre encore plus clairement notre sp&#233;cisme que ne le montre le fait que nous sommes pr&#234;ts &#224; les faire mourir. Dans le but de mettre de la viande sur notre table pour un prix qui soit abordable pour la plupart des gens, notre soci&#233;t&#233; tol&#232;re des m&#233;thodes de production qui impliquent d'entasser pendant leur vie enti&#232;re des &#234;tres sensibles dans des environnements surpeupl&#233;s et inadapt&#233;s &#224; leurs besoins. Les animaux sont trait&#233;s comme des machines &#224; convertir le fourrage en chair, et toute innovation qui permette d'augmenter ce &#171; rapport de conversion &#187; est susceptible d'&#234;tre employ&#233;e.&lt;br /&gt;
Comme le dit une autorit&#233; reconnue en la mati&#232;re, &#171; la cruaut&#233; d'un acte n'est reconnue que quand cet acte n'est pas rentable &#187;. Les poules sont donc entass&#233;es &#224; trois ou quatre par cage sur 40 x 46 cm, soit moins que la surface d'une seule page de journal. Le sol de ces cages est en grillage, pour r&#233;duire le co&#251;t de nettoyage ; mais ce grillage est inadapt&#233; &#224; leurs pattes. Le sol est inclin&#233;, pour que les oeufs se rassemblent sur un c&#244;t&#233;, rendant ainsi la r&#233;colte plus facile ; mais cela emp&#234;che les poules de se reposer &#224; leur aise. Dans ces conditions, elles ne sont en mesure de satisfaire aucun de leurs instincts naturels ; elles ne peuvent ni &#233;tendre enti&#232;rement leurs ailes, ni marcher librement, ni se baigner dans la poussi&#232;re, ni gratter la terre, ni construire un nid. On a not&#233; que, bien qu'elles n'aient jamais v&#233;cu dans des conditions o&#249; elles auraient pu accomplir ces actes, elles tentent n&#233;anmoins en vain de le faire. La frustration qui r&#233;sulte de l'impossibilit&#233; de satisfaire leurs instincts les am&#232;ne souvent &#224; d&#233;velopper ce que les &#233;leveurs appellent des &#171; vices &#187;, &#224; s'entre-tuer &#224; coups de bec. Comme mesure pr&#233;ventive, les &#233;leveurs coupent le bec aux poussins.&lt;br /&gt;
Ce genre de traitement n'est pas r&#233;serv&#233; uniquement &#224; la volaille. Les cochons sont maintenant &#233;lev&#233;s en hangar dans des stalles. L'intelligence des cochons est comparable &#224; celle des chiens, et il leur faut un environnement vari&#233; et stimulant, sous peine de souffrir de stress et d'ennui. Quiconque garderait un chien dans les conditions o&#249; sont fr&#233;quemment maintenus les cochons tomberait sous le coup de la loi, mais, parce que l'int&#233;r&#234;t que nous avons dans l'exploitation des cochons est sup&#233;rieur &#224; celui que nous avons dans l'exploitation des chiens, nous nous opposons &#224; la cruaut&#233; envers les chiens tout en mangeant le produit de la cruaut&#233; envers les cochons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La lib&#233;ration animale aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de lib&#233;ration animale a obtenu au cours des quelques derni&#232;res ann&#233;es des victoires sans pr&#233;c&#233;dent. Alors qu'il y a peu le public des pays les plus d&#233;velopp&#233;s &#233;tait en majorit&#233; inconscient de la nature de l'&#233;levage intensif moderne, aujourd'hui, en Grande Bretagne, en Allemagne, dans les pays scandinaves, de larges secteurs de l'opinion inform&#233;e sont oppos&#233;s au confinement des poules pondeuses dans de petites cages en grillage, et des cochons et des veaux dans des stalles si petites qu'ils ne peuvent faire un seul pas ni m&#234;me se retourner. En Grande Bretagne, un comit&#233; d'agriculture de la chambre des communes a recommand&#233; que les cages pour les poules pondeuses soient progressivement abandonn&#233;es. La Suisse a fait un pas de plus, allant jusqu'&#224; voter une loi interdisant ces cages &#224; partir de 1992. Un tribunal d'Allemagne F&#233;d&#233;rale a jug&#233; le syst&#232;me de cages contraire &#224; la l&#233;gislation contre la cruaut&#233; du pays - et, bien que le gouvernement ait trouv&#233; un moyen de rendre ce verdict sans cons&#233;quence, l'Etat ouest-allemand de Hesse a annonc&#233; qu'il suivrait l'exemple suisse et commencerait &#224; abandonner le syst&#232;me des cages.&lt;br /&gt;
C'est peut-&#234;tre dans le domaine le pire de l'&#233;levage industriel, celui de la &#171; viande de veau blanche &#187;, qu'a eu lieu le pas en avant le plus important pour les animaux d'&#233;levage britanniques. La fa&#231;on d'&#233;lever les veaux qui &#233;tait devenue la norme consistait &#224; les maintenir dans le noir pendant vingt-deux heures par jour, dans des stalles individuelles tellement &#233;troites qu'ils n'y pouvaient se retourner. Ils n'avaient aucune paille sur laquelle se coucher, les &#233;leveurs voulant &#233;viter qu'en la m&#226;chant ils enl&#232;vent &#224; leur chair sa douce p&#226;leur, et ils recevaient un r&#233;gime alimentaire d&#233;lib&#233;r&#233;ment carenc&#233; en fer, de fa&#231;on &#224; garder &#224; leur chair cette blancheur qui lui donne tant de valeur sur le march&#233; des d&#233;licatesses pour restaurants de luxe. Une campagne contre la viande de veau entra&#238;na un boycott de la part d'une grande partie des consommateurs ; il en r&#233;sulta que le principal producteur britannique de viande de veau admit qu'un changement &#233;tait n&#233;cessaire : il sortit ses veaux de leurs stalles de bois brut de 60 x 150 cm et les groupa en cases avec suffisamment de place pour se mouvoir et de la paille pour se coucher.&lt;br /&gt;
L'autre domaine majeur de pr&#233;occupation du mouvement de lib&#233;ration animale, en raison du nombre des animaux impliqu&#233;s et de la quantit&#233; de souffrance en jeu, est l'exp&#233;rimentation animale. Ici aussi il y a eu des victoires importantes, bien que, en contraste avec la situation dans l'&#233;levage industriel, ces victoires aient surtout &#233;t&#233; remport&#233;es aux Etats-Unis. La premi&#232;re eut lieu en 1976, suite &#224; une campagne contre le American Museum of Natural History (mus&#233;um d'histoire naturelle am&#233;ricain). Ce mus&#233;um fut choisi comme cible parce qu'il menait une s&#233;rie d'exp&#233;riences particuli&#232;rement futiles, qui consistaient &#224; mutiler des chats et &#224; examiner quelles cons&#233;quences cela avait pour leur vie sexuelle. En juin 1976, des militants de la lib&#233;ration animale commenc&#232;rent &#224; &#233;tablir des piquets devant le mus&#233;um pour distribuer des tracts, &#224; &#233;crire des lettres, &#224; faire de la publicit&#233; et &#224; s'attirer des soutiens. Ils continu&#232;rent jusqu'en d&#233;cembre 1977, date &#224; laquelle il fut annonc&#233; que les exp&#233;riences en question cesseraient d'&#234;tre financ&#233;es.&lt;br /&gt;
Cette victoire permit sans doute &#224; seulement peut-&#234;tre une soixantaine de chats d'&#233;chapper &#224; des exp&#233;riences douloureuses, mais elle a montr&#233; qu'une campagne bien planifi&#233;e et bien men&#233;e peut emp&#234;cher les chercheurs d'en user selon leur bon plaisir avec des animaux de laboratoire. Henry Spira, ancien marin de la marine marchande de New York, ancien militant des droits civiques, mena cette campagne contre le mus&#233;um, et fit de la victoire obtenue un tremplin pour des campagnes plus importantes. Il anime maintenant deux coalitions de groupes de d&#233;fense animale, qui concentrent leurs actions contre le test de Draize sur les yeux des lapins et contre le test de toxicit&#233; DL 50, test grossier qui date de plus de cinquante ans. Ces deux seuls tests, rien qu'aux Etats-Unis, plongent dans la d&#233;tresse et la souffrance plus de cinq millions d'animaux chaque ann&#233;e.&lt;br /&gt;
D&#233;j&#224; ces deux coalitions ont commenc&#233; &#224; obtenir la r&#233;duction &#224; la fois du nombre des animaux utilis&#233;s, et de l'intensit&#233; de leurs souffrances. Les agences gouvernementales am&#233;ricaines ont r&#233;agi aux campagnes contre le test de Draize en remettant en question certaines des pratiques dont la cruaut&#233; &#233;tait la plus flagrante. Elles d&#233;clar&#232;rent que les substances connues comme &#233;tant des irritants caustiques, telles la soude, l'ammoniaque et m&#234;me les produits pour nettoyer les fours, n'avaient pas besoin d'&#234;tre &#224; chaque fois retest&#233;es sur les yeux de lapins conscients. Si ce fait peut sembler trop &#233;vident pour avoir besoin d'&#234;tre sp&#233;cifi&#233; par une agence gouvernementale, cela montre simplement o&#249; en &#233;taient les choses avant cette campagne. Ces agences ont aussi r&#233;duit de moiti&#233; ou du tiers le nombre de lapins recommand&#233; pour les tests de Draize sur les autres produits. Deux des principaux fabricants, Procter and Gamble et Smith, Kline and French, ont annonc&#233; des programmes d'am&#233;lioration de leurs tests de toxicologie qui devraient r&#233;duire substantiellement la somme de souffrance inflig&#233;e aux animaux. Une autre compagnie, Avon, annon&#231;a une r&#233;duction de 33% du nombre d'animaux qu'elle utilisait.&lt;br /&gt;
Un autre pas en avant r&#233;cent eut lieu lorsque la FDA (Food and Drug Administration, administration am&#233;ricaine qui autorise la mise sur le march&#233; des m&#233;dicaments) annon&#231;a qu'elle n'exigeait pas que soient effectu&#233;s les tests de DL 50. D'un coup s'&#233;croula l'excuse principale qu'avan&#231;aient les compagnies d&#233;veloppant de nouveaux produits pour justifier l'emploi de ce test : ils pr&#233;tendaient que la FDA les obligeait &#224; le faire avant d'autoriser la mise sur le march&#233; am&#233;ricain de leurs produits.&lt;br /&gt;
D'autres victoires spectaculaires eurent lieu gr&#226;ce au travail patient de militants individuels. Par exemple, Alex Pacheco se fit embaucher dans le laboratoire d'un certain Dr. Edward Taub. Pacheco y d&#233;couvrit que le travail de Taub sur des singes impliquait la coupure de connexions nerveuses dans leurs bras, pour observer dans quelle mesure ils en r&#233;cup&#233;raient ensuite l'usage. De plus, les conditions de vie dans le laboratoire &#233;taient infectes, et lorsque les singes s'infligeaient eux-m&#234;mes des blessures, ils ne recevaient aucun soin v&#233;t&#233;rinaire. Patiemment Pacheco rassembla des preuves, puis il s'adressa &#224; la police. Taub fut convaincu de cruaut&#233; ; c'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'un chercheur am&#233;ricain se voyait condamn&#233; pour ce d&#233;lit. La condamnation fut ult&#233;rieurement annul&#233;e pour des raisons de forme, relatives &#224; la possibilit&#233; d'appliquer la loi de l'Etat dans les cas o&#249; sont en jeu des cr&#233;dits d'origine f&#233;d&#233;rale ; mais cela fit perdre &#224; Taub une importante subvention gouvernementale et l'image qu'avait l'exp&#233;rimentation animale aupr&#232;s du public fut largement entam&#233;e.&lt;br /&gt;
Cette image devait encore plus souffrir en 1984/85 lorsque des membres du Front de Lib&#233;ration des Animaux entr&#232;rent par effraction dans un laboratoire de recherche sur les blessures de la t&#234;te &#224; l'universit&#233; de Pennsylvanie, &#224; Philadelphie. Le Dr. Thomas Gennarelli s'y &#233;tait sp&#233;cialis&#233; dans le fait d'infliger &#224; des babouins des blessures &#224; la t&#234;te. Ces militants ne d&#233;livr&#232;rent aucun des babouins, mais rapport&#232;rent plusieurs heures d'enregistrement de vid&#233;os qui avaient &#233;t&#233; effectu&#233;es par les exp&#233;rimentateurs eux-m&#234;mes. Quand des extraits en furent diffus&#233;s par les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision nationales, le public fut horrifi&#233;. On pouvait voir les exp&#233;rimentateurs plaisantant joyeusement pendant qu'ils manipulaient les babouins avec brutalit&#233;, se moquant d'eux et les traitant de &#171; godiches &#187;. Les enregistrements d&#233;montraient aussi clairement que, contrairement &#224; ce qu'affirmait Gennarelli, les babouins n'&#233;taient pas anesth&#233;si&#233;s correctement au moment o&#249; on leur infligeait les blessures. Apr&#232;s de nombreuses protestations, un sit-in dans les bureaux du National Institute of Health, agence gouvernementale qui finan&#231;ait ces exp&#233;riences, amena une victoire spectaculaire : le minist&#232;re am&#233;ricain de la sant&#233; (United States Secretary for Health and Human Services) annon&#231;a qu'il y avait des pr&#233;somptions de &#171; manquements mat&#233;riels &#187; aux r&#232;gles qui r&#233;gissent l'utilisation des animaux, et le financement du laboratoire fut suspendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'avenir de la lib&#233;ration animale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui vivent de l'exploitation des animaux sont maintenant sur la d&#233;fensive. La communaut&#233; des chercheurs est sp&#233;cialement inqui&#232;te. Beaucoup de laboratoires ont renforc&#233; leurs dispositifs de s&#233;curit&#233;, mais cela co&#251;te cher, et on peut supposer que l'argent ainsi d&#233;pens&#233; en grillages et en salaires de gardiens est autant d'argent en moins pour la recherche - tel est justement le but recherch&#233; par les militants de la lib&#233;ration animale. Cela co&#251;terait encore plus cher de faire garder chaque &#233;levage industriel. Il n'est donc pas &#233;tonnant que ceux qui font des exp&#233;riences sur les animaux, ou qui les &#233;l&#232;vent pour la nourriture, esp&#232;rent que le mouvement de lib&#233;ration animale s'av&#233;rera n'avoir &#233;t&#233; qu'une mode passag&#232;re.&lt;br /&gt;
Leur espoir sera sans aucun doute d&#233;&#231;u. Le mouvement de lib&#233;ration animale est l&#224; pour durer. Cela fait maintenant plus de dix ans qu'il se construit progressivement. Il existe maintenant un soutien venant de larges secteurs de l'opinion publique en faveur de l'id&#233;e que nous avons tort de traiter les animaux comme de simples choses, &#224; notre disposition pour n'importe quel usage, que ce soit pour notre divertissement dans la chasse ou comme outils de laboratoire pour tester tel ou tel nouveau colorant alimentaire.&lt;br /&gt;
Mais la question de la direction que prendra le mouvement de lib&#233;ration animale reste pos&#233;e. En son sein, certaines formes d'action directe b&#233;n&#233;ficient d'un large soutien. Sous la condition qu'aucune violence ne soit exerc&#233;e &#224; l'encontre d'un animal quel qu'il soit, humain ou non, de nombreux militants estiment justifi&#233; de lib&#233;rer des animaux auxquels des souffrances sont injustement impos&#233;es, et de les placer dans de bons foyers. Ils comparent cela &#224; l'&#171; Underground Railroad &#187;, qui aidait des esclaves noirs dans leur fuite vers la libert&#233; ; il s'agit l&#224;, disent-ils, du seul moyen qui existe pour venir en aide aux victimes de l'oppression.&lt;br /&gt;
Appliqu&#233; aux pires des cas d'exp&#233;rimentations ind&#233;fendables, cet argument est sans aucun doute correct ; mais il y a une autre question que doit se poser celui qu'int&#233;resse non seulement la lib&#233;ration imm&#233;diate de dix, ou cinquante, ou cent animaux, mais aussi la perspective d'un changement concernant des millions d'animaux. L'action directe est-elle efficace en tant que tactique ? Son seul effet n'est-il pas de polariser le d&#233;bat et de durcir l'opposition &#224; tout changement ? Jusqu'&#224; pr&#233;sent, il faut bien admettre que l'action directe a plus aid&#233; le mouvement qu'elle ne l'a desservi, au travers de la publicit&#233; qu'elle lui a fait, et de la sympathie incontestable du public pour les animaux lib&#233;r&#233;s. Ceci est en grande partie d&#251; au choix judicieux des cibles, gr&#226;ce auquel ces op&#233;rations ont pu r&#233;v&#233;ler au public des exp&#233;rimentations particuli&#232;rement ind&#233;fendables.&lt;br /&gt;
Je ne pense pas que les actes ill&#233;gaux soient toujours injustifi&#233;s. Il y a, m&#234;me dans une d&#233;mocratie, des circonstances dans lesquelles il est moralement justifi&#233; de contrevenir &#224; la loi ; et la question de la lib&#233;ration animale fournit de bons exemples de telles circonstances. Si le processus d&#233;mocratique ne fonctionne pas correctement, si des sondages r&#233;p&#233;t&#233;s confirment qu'une large majorit&#233; de l'opinion publique s'oppose &#224; de nombreuses sortes d'exp&#233;riences, mais que le gouvernement n'entreprend aucune action efficace pour les faire cesser, si le public est maintenu pour une large part dans l'ignorance de ce qui se produit dans les &#233;levages et dans les laboratoires ; alors l'action ill&#233;gale peut &#234;tre le seul moyen qui reste pour aider les animaux et pour obtenir des informations et des preuves sur ce qui se passe.&lt;br /&gt;
Ce qui me pr&#233;occupe n'est pas la violation de la loi en elle-m&#234;me ; c'est plut&#244;t la crainte que la confrontation ne devienne violente, et qu'elle ne m&#232;ne &#224; un climat de polarisation rendant impossible l'usage de la raison, &#224; un climat dont les animaux eux-m&#234;mes finiraient par &#234;tre les victimes. La polarisation est peut-&#234;tre in&#233;vitable entre les militants de la lib&#233;ration animale, d'une part, et les &#233;leveurs industriels et au moins une partie de ceux qui exp&#233;rimentent sur animaux, d'autre part. Par contre, les actions impliquant le public en g&#233;n&#233;ral, ou les actions violentes blessant physiquement des personnes, aboutiraient &#224; une bipolarisation de toute la communaut&#233;.&lt;br /&gt;
Le mouvement de lib&#233;ration animale se doit de jouer son r&#244;le dans la pr&#233;vention de cette vicieuse escalade de la violence. Les militants de la lib&#233;ration animale doivent se prononcer de fa&#231;on irr&#233;vocable contre l'emploi de la violence, m&#234;me quand leurs adversaires l'emploient &#224; leur encontre. Par violence, j'entends toute action qui cause un dommage physique direct &#224; un humain ou &#224; un animal ; et j'irai m&#234;me au-del&#224;, pour inclure dans ce terme les actes qui causent un mal psychologique comme la peur ou la terreur. Il est facile de penser que parce que certains chercheurs font souffrir des animaux, il n'est pas grave de les faire souffrir eux-m&#234;mes. Cette attitude est erron&#233;e. Nous pouvons bien &#234;tre convaincus de la brutalit&#233; et de l'insensibilit&#233; compl&#232;te de telle ou telle personne qui maltraite des animaux ; mais nous nous abaissons &#224; son niveau, et nous nous mettons dans notre tort si nous lui causons du mal ou si nous mena&#231;ons de le faire. Le mouvement de lib&#233;ration animale est bas&#233; enti&#232;rement sur la force de son implication &#233;thique. Il ne doit pas abandonner sa position de sup&#233;riorit&#233; morale.&lt;br /&gt;
Au lieu de s'enfoncer dans le chemin de la violence croissante, le mouvement de lib&#233;ration animale aura bien plus int&#233;r&#234;t &#224; suivre l'exemple des deux plus grands - et aussi, ce n'est pas un hasard, des deux plus efficaces - leaders de mouvements de lib&#233;ration des temps modernes : Gandhi et Martin Luther King. Avec un courage et une r&#233;solution immenses, ils se maintinrent fermement dans leur principe de non-violence malgr&#233; les provocations, et les attaques souvent violentes, que firent leurs adversaires. Et en fin de compte ils furent vainqueurs, parce que la justesse de leur cause ne pouvait &#234;tre ni&#233;e, et leur comportement toucha les consciences m&#234;me de ceux qui les avaient combattus. La lutte pour l'extension de la sph&#232;re de pr&#233;occupation morale aux animaux non humains sera peut-&#234;tre encore plus longue et difficile, mais si elle est poursuivie avec la m&#234;me t&#233;nacit&#233; et la m&#234;me r&#233;solution morale, alors elle aussi, on peut en &#234;tre certain, sera victorieuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://tahin-party.org/singer.html" class="spip_out"&gt;http://tahin-party.org/singer.html&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par David Olivier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte r&#233;sume les th&#232;ses que le m&#234;me auteur expose dans &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La Lib&#233;ration animale&lt;/i&gt;, &#233;d. Grasset, 1993.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle &#233;dition fran&#231;aise : &lt;i&gt;L'&#201;galit&#233; animale&lt;br class='autobr' /&gt;
expliqu&#233;e aux humains&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;d. Tahin Party, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ditions Tahin Party,&lt;br class='manualbr' /&gt;20 rue Cavenne,&lt;br class='manualbr' /&gt;69007 Lyon, Fr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:tahin.party at free.fr&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;tahin.party at free.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Site &#224; visiter : &lt;a href=&#034;https://www.cahiers-antispecistes.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cahiers antisp&#233;cistes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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