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		<title>&#171; L'Insurrection qui vient &#187;, construction identitaire et alternative existentielle</title>
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		<dc:date>2009-12-28T10:50:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain C.</dc:creator>


		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Espa&#241;ol</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte n'est pas une &#233;tude critique des th&#232;ses expos&#233;es dans le livre &lt;i&gt;L'insurrection qui vient&lt;/i&gt;, ni une tentative de &#171; d&#233;montage th&#233;orique &#187; de celui-ci. L'id&#233;e m'est d'abord venue de l'aborder ainsi, et je ne suis sans doute pas le seul. Bien des choses avanc&#233;es dans ce livre pourraient en effet &#234;tre discut&#233;es. Mais rapidement, j'ai eu le sentiment de l'inutilit&#233; de cette d&#233;marche. Ce sentiment, cette intuition plut&#244;t &#233;tait celle de l'impossibilit&#233; du dialogue avec ce livre, ou d'un dialogue toujours rompu en un point d&#233;termin&#233;. J'ai eu le sentiment d&#233;courageant que ce texte ne pouvait pas &#234;tre critiqu&#233; : il m'a sembl&#233; qu'autre chose &#233;tait en jeu, qui n'&#233;tait pas quelque chose dont on puisse discuter, pas une simple divergence de vues, que ce qui &#233;tait central dans le texte n'&#233;tait pas ce qui y &#233;tait affirm&#233;, mais l'affirmation elle-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette volont&#233; rageuse d'affirmation, c'est ce qui donne sa force au texte, mais aussi sa raideur, c'est ce qui le rend imperm&#233;able au dialogue. Je n'y vois pas seulement un effet de style, mais une structure profonde, propre &#224; tous les &#233;nonc&#233;s doctrinaux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il m'est donc apparu ceci : si &lt;i&gt;L'insurrection qui vient&lt;/i&gt; d&#233;fend bien des id&#233;es, une vision du monde ou un projet politique, ce qu'expose ce texte est toujours conditionn&#233; par l'affirmation d'une identit&#233;. C'est sous cet angle que je l'aborderai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alain C.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;Espa&#241;ol&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH140/arton766-8388c.jpg?1780565244' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='140' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff766.jpg?1259755651&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte n'est pas une &#233;tude critique des th&#232;ses expos&#233;es dans le livre &lt;i&gt;L'insurrection qui vient&lt;/i&gt; (IQV), ni une tentative de &#171; d&#233;montage th&#233;orique &#187; de celui-ci. L'id&#233;e m'est d'abord venue de l'aborder ainsi, et je ne suis sans doute pas le seul. Bien des choses avanc&#233;es dans ce livre pourraient en effet &#234;tre discut&#233;es. Mais rapidement, j'ai eu le sentiment de l'inutilit&#233; de cette d&#233;marche. Ce sentiment, cette intuition plut&#244;t &#233;tait celle de l'impossibilit&#233; du dialogue avec ce livre, ou d'un dialogue toujours rompu en un point d&#233;termin&#233;. J'ai eu le sentiment d&#233;courageant que ce texte ne pouvait pas &#234;tre critiqu&#233; : il m'a sembl&#233; qu'autre chose &#233;tait en jeu, qui n'&#233;tait pas quelque chose dont on puisse discuter, pas une simple divergence de vues, que ce qui &#233;tait central dans le texte n'&#233;tait pas ce qui y &#233;tait affirm&#233;, mais l'affirmation elle-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette volont&#233; rageuse d'affirmation, c'est ce qui donne sa force au texte, mais aussi sa raideur, c'est ce qui le rend imperm&#233;able au dialogue. Je n'y vois pas seulement un effet de style, mais une structure profonde, propre &#224; tous les &#233;nonc&#233;s doctrinaux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il m'est donc apparu ceci : si l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt; d&#233;fend bien des id&#233;es, une vision du monde ou un projet politique, ce qu'expose ce texte est toujours conditionn&#233; par l'affirmation d'une identit&#233;. C'est sous cet angle que je l'aborderai.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'identit&#233; et ses propri&#233;t&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire de d&#233;finir ce qu'est une identit&#233; pour la conna&#238;tre, pas plus qu'il n'est n&#233;cessaire de d&#233;finir un chat pour savoir ce qu'est un chat.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un individu peut avoir des tics, c'est un individu ; mille individus qui ont les m&#234;mes tics, cela peut-&#234;tre une coutume ou une &#233;pid&#233;mie ; mille individus qui &lt;i&gt;d&#233;fendent&lt;/i&gt; un tic, c'est une identit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une identit&#233;, c'est ce qui fonde un groupe en permettant &#224; chaque individu qui s'y implique de se d&#233;finir activement &#224; travers elle. Pour l'individu, c'est une d&#233;marche de suj&#233;tion active qui lui permet de revendiquer cette identit&#233;. En retour, l'identit&#233; conf&#232;re &#224; l'individu le b&#233;n&#233;fice d'un renforcement subjectif. Le b&#233;n&#233;fice le plus simple est de pouvoir dire : &#171; Je suis &#187;, et surtout &#171; Je ne suis pas &#187; ceci ou cela.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une identit&#233; se distingue par des contigu&#239;t&#233;s, des fronti&#232;res, des confins. Il y a Nous et les autres, qui se d&#233;finissent par rapport &#224; Nous.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'identit&#233; veut &#234;tre rep&#233;rable. D'o&#249; gestes, costumes, paroles et leur utilit&#233; directe : assurer la visibilit&#233;, le tranchant de l'identit&#233;. De ce point de vue, il est assez &#233;vident que les masques ne sont pas l&#224; pour cacher des visages, mais pour manifester une identit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une identit&#233;, &#231;a ne r&#233;sout rien, mais &#231;a a r&#233;ponse &#224; tout. Face &#224; tout probl&#232;me, toute contradiction, toute mise en danger, elle r&#233;agit spontan&#233;ment, avec pour seules finalit&#233;s sa sauvegarde et son renforcement. Comment se distinguer, comment trancher, comment reconstituer autour d'elle l'ordre sc&#233;nographique de son monde : elle r&#233;pond &#224; tout ceci avec la promptitude d'un r&#233;flexe vital.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'ordre sc&#233;nographique de son monde : aucune identit&#233; ne repose sur une simple vision du monde, mais sur une mise en sc&#232;ne active de celui-ci. Le monde est activement construit comme un r&#233;cit, au sein duquel l'identit&#233; joue un r&#244;le &#233;minent ou tragique. L'identit&#233; d&#233;teste le superflu, l'ind&#233;termin&#233;, ce qui ne permet pas de juger ou de prendre position. L'identit&#233; aime l'ordre. &#171; Mettre de l'ordre dans les lieux communs de l'&#233;poque. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour l'individu qu'elle habite, l'identit&#233; est toujours &#224; construire. Quelque chose &#233;chappe toujours &#224; la parfaite identification de l'individu : il y a toujours des failles, toujours de nouveaux renforcements &#224; cr&#233;er. L'identit&#233; est toujours une qu&#234;te d'identit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'identit&#233; occulte l'ennemi sit&#244;t qu'elle le fait para&#238;tre. Parce qu'elle le fait para&#238;tre selon ses propres besoins sc&#233;nographiques, elle parvient &#224; le d&#233;signer, mais pas &#224; le conna&#238;tre. Elle en polit aussit&#244;t les asp&#233;rit&#233;s contradictoires et superflues. L'ennemi n'est comme toute autre chose que pr&#233;texte &#224; sa propre confirmation. L'identit&#233;, en ceci comme ailleurs, s&#233;lectionne.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'identit&#233;, trouvant en elle-m&#234;me tout ce dont elle a besoin, ne sent pas ses propres limites : elle est semblable en cela &#224; l'alcoolique ou au drogu&#233;, gueule de bois et descente en moins. Une identit&#233;, c'est l'ivresse permanente du Moi.&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;sir de l'unit&#233; du Moi, de la mise en conformit&#233; des id&#233;es et de la vie, horreur du doute et de l'informe, besoin d'affirmation, de coh&#233;rence, coh&#233;sion, contraction : identit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une identit&#233; ne peut, sans se mettre en danger, se conna&#238;tre comme identit&#233;. Que les philosophes du XVIIIe si&#232;cle aient pu montrer les gestes de la religion comme des gestes, c'&#233;tait la preuve d'une f&#234;lure irr&#233;m&#233;diable dans l'identit&#233; chr&#233;tienne. Et vice versa.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une identit&#233;, objet social, a son utilit&#233; propre dans l'&#233;conomie du social. En particulier, les identit&#233;s marginales jouent un r&#244;le de vaccin pour l'identit&#233; globale (la soci&#233;t&#233;), qu'elles aident &#224; se red&#233;finir et &#224; se renforcer. Le christianisme n'a pas surv&#233;cu longtemps &#224; la fin des h&#233;r&#233;sies qu'il a lui-m&#234;me produites. Et vice versa.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'identit&#233; est une r&#233;alit&#233; cognitive ancr&#233;e dans des individus, mise au service de besoins sociaux particuliers.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Etc., etc.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au d&#233;but &#233;tait le Moi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce bref d&#233;tour un peu aride et forc&#233;ment incomplet par la description g&#233;n&#233;rale de ce que j'entends par le terme d'identit&#233; permet de saisir un peu mieux celle qui se manifeste dans l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;On comprend en particulier pourquoi elle est si attach&#233;e aux probl&#233;matiques du Moi : c'est qu'elle a quelque chose &#224; en faire. L'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt; est une offre d'identit&#233;. Elle se sent en mesure de proposer un projet de vie &#224; des Moi &#224; la d&#233;rive. Ce qu'elle offre, c'est moins un projet politique qu'une alternative existentielle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui &#233;tait explicite dans l'&lt;i&gt;Appel&lt;/i&gt;, &#224; savoir la volont&#233; de constituer des groupes id&#233;ologiquement et existentiellement distincts et coh&#233;rents, se retrouve &#224; l'&#233;tat dilu&#233; dans l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt;, dans une version &#171; grand public &#187;. Le propos est cependant toujours le m&#234;me : convaincre, appeler, rallier. Le premier renforcement auquel songe l'identit&#233;, c'est le renforcement num&#233;rique. &#171; On n'est pas assez nombreux &#187; reste son perp&#233;tuel lamento. Il faut sans cesse convaincre, balayer les objections, acculer les autres groupes &#224; la reddition : convertir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, pour rendre cette offre cr&#233;dible et n&#233;cessaire, L'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt; trace d'abord le tableau d'un monde en ruines. Les sept cercles de l'Enfer ne sont pas de trop pour d&#233;crire cette ruine mat&#233;rielle et spirituelle. Mat&#233;rielle d'abord, et cela tout le monde le sait, les images de la catastrophe encombrent les &#233;crans et les statistiques. Mais &#171; spirituelle &#187; surtout, car c'est bien la d&#233;liquescence suppos&#233;e du sujet qui offre un espace propice &#224; la reconstruction identitaire propos&#233;e. On ne reb&#226;tit que sur des ruines. Et donc la premi&#232;re figure de l'enfer, c'est le Moi-tout-seul, le sujet isol&#233; et sa fi&#232;re devise, &#171; I am what I am &#187;. Et derri&#232;re lui, le sujet v&#233;ritable, souffrant, inadapt&#233;, d&#233;prim&#233;, qui ne se ressaisit de sa propre r&#233;alit&#233; que dans la r&#233;volte, c'est-&#224;-dire dans l'endossement de l'identit&#233; propos&#233;e. &#171; Rejoins-nous, et tu seras sauv&#233; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Alternative existentielle, l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt; a besoin de pr&#233;supposer un &#171; pr&#233;sent sans issue &#187;, afin de barrer le passage aux Moi qui seraient tent&#233;s de s'accommoder de cet insupportable monde, de s'y trouver des niches. Il leur faudra au contraire traverser avec d&#233;go&#251;t les cercles de l'Enfer, afin de trouver le Paradis d'un projet, d'un but, d'une certitude : un choix de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La travers&#233;e des cercles de l'Enfer et le projet auxquels elle m&#232;ne rel&#232;ve de cette dynamique de r&#233;cit propre &#224; l'identit&#233;, con&#231;ue comme sujet actif et central du monde : c'est elle seule qui lui donne le sens dont il est par lui-m&#234;me d&#233;pourvu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne manquerai pas de signaler au passage mon accord relatif avec la d&#233;finition du Moi comme point de passage d'une exp&#233;rience singuli&#232;re et collective du monde, et la rapide critique du coin&#231;age identitaire dont elle est assortie. Je regrette simplement que les cons&#233;quences n'en aient pas &#233;t&#233; tir&#233;es. Je regrette surtout que cette d&#233;finition ne s'&#233;tende pas &#224; ce qui d&#233;termine socialement le Moi, mais se borne &#224; en faire une chose neutre, une subjectivit&#233; pure &#233;gar&#233;e dans un monde socialement indiff&#233;renci&#233;. Et l'oubli de tout ce qui fait que le monde est pour certains &#171; Moi &#187; moins ce qui les traverse que ce &#224; quoi, perp&#233;tuellement, ils se heurtent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cependant, l'exp&#233;rience singuli&#232;re comme r&#233;alit&#233; du sujet dispara&#238;t tr&#232;s rapidement derri&#232;re la valorisation du &#171; lien &#187;. On ne l'a donc d&#233;tach&#233; un instant, le Moi, que pour lui flanquer la frousse, la peur du vide, et pour de nouveau lui proposer la fraternelle ligature. Le lien, le lien personnel s'entend, et non pas le b&#234;te &#171; lien social &#187; dont parlent les politiques, est ce qui est de nouveau propos&#233; au Moi pris de vertige. Et qu'est-ce qui lie mieux qu'une identit&#233; particuli&#232;re, restreinte, chaleureuse et de surcro&#238;t r&#233;volutionnairement extensible &#224; tous, le Nous ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Outil de conversion, L'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt; retrouve les bonnes vieilles m&#233;thodes de la pr&#233;dication : faire peur d'abord, faire entrevoir l'enfer, et proposer ensuite une planche de salut. M&#233;thode rh&#233;torique, m&#233;thode de dressage et d'appropriation aussi ; faire sauter un b&#233;b&#233; en l'air pour le rattraper aussit&#244;t, menacer un ennemi pour lui tendre la main ensuite. Une identit&#233; est avant tout un processus de suj&#233;tion, et elle en conna&#238;t et en applique d'instinct tous les ressorts.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Le bon moment, qui ne vient jamais &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et naturellement, le Moi n'a pas le choix : consentir &#224; continuer &#224; vivre dans la couveuse anxiog&#232;ne du monde tel qu'il est, c'est se condamner &#224; p&#233;rir avec lui. Puisque la cause est jug&#233;e : la Babylone mondiale est en voie d'effondrement. D&#232;s lors, la seule alternative est p&#233;rir avec, ou vivre contre. Enfin, de nouveau, &#171; la libert&#233; ou la mort &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nulle part n'est &#233;voqu&#233;e, ne serait-ce qu'&#224; titre d'hypoth&#232;se, la possibilit&#233; que le capitalisme dure encore un peu, que son effondrement puisse &#234;tre l&#233;g&#232;rement diff&#233;r&#233;, ou peut-&#234;tre si lent qu'il risque de prendre plusieurs si&#232;cles. Que ferons-nous dans ce cas ? Cette possibilit&#233; doit-elle influer sur notre action, ou est-il plus sage de n'en tenir aucun compte ? Dans quelle temporalit&#233; situons-nous notre action ? Naturellement, ces mesquins calculs rationnels puant le lib&#233;ralisme r&#233;pugnent &#224; notre identit&#233; r&#233;volutionnaire, qui ne r&#234;ve que de brandir de nouveau &#171; l'&#233;tendard de la bonne vieille cause &#187; et de monter &#224; l'assaut, d&#251;t-elle y p&#233;rir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sc&#233;nographiquement, pour une identit&#233;, des propositions du genre &#171; ce n'est peut-&#234;tre pas le bon moment &#187; sont parfaitement nulles. Une identit&#233; ne se construit pas sur des sc&#233;narios du genre &lt;i&gt;D&#233;sert des Tartares&lt;/i&gt;. Elle aime bien mieux entendre les clairons de la bataille. On ne constitue pas une identit&#233; sur des incertitudes.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pourquoi il est bien inutile d'argumenter sur les difficult&#233;s pratiques ou le caract&#232;re inopportun de telle ou telle entreprise o&#249; l'identit&#233; se sera engag&#233;e : on ne discute pas de probl&#232;mes pratiques avec une identit&#233; qui a besoin de se manifester. Le possible et l'impossible, &#231;a n'existe pas pour une identit&#233;, et c'est bien sa force, puisque c'est la force qu'elle cherche, son propre renforcement &#224; travers celui des individus qui la portent. Elle ne s'ajuste pas au monde en fonction de r&#233;alit&#233;s objectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que le bon moment ne vient jamais, c'est dire qu'on ne sait jamais avec certitude si c'est le bon moment ou pas : il faut bien franchir le pas sans avoir l'assurance de r&#233;ussir. C'est vrai, mais cela ne signifie pas qu'il ne faille pas tenir compte du moment, c'est-&#224;-dire questionner le r&#233;el, et pas attendre qu'il r&#233;ponde &#224; nos d&#233;sirs. Quitte &#224; foncer dans le tas le moment venu.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le &#171; bon moment &#187; pour les luttes ne d&#233;pend directement d'aucun des acteurs, il n'est soumis &#224; la d&#233;cision ou au choix d'aucun comit&#233;, invisible ou pas. En r&#233;alit&#233;, il est toujours l'objet d'un conflit. C'est vrai en particulier aujourd'hui, o&#249; les luttes sont de moins en moins d&#233;pendantes des partis et des syndicats, cherchent de plus en plus &#224; se donner d'autres formes, sans doute pas plus &#171; radicales &#187;, mais en tout cas moins saisissables. On en a vu l'exemple avec la lutte contre le CPE de 2006, o&#249; le mouvement cens&#233; &#234;tre termin&#233; apr&#232;s le retrait du CPE s'est tout de m&#234;me &#233;tir&#233; en longueur, parce que simplement tout le monde n'&#233;tait pas d'accord pour s'arr&#234;ter l&#224;. Il a pourtant bien fallu s'arr&#234;ter, m&#234;me &#224; contrec&#339;ur, parce que continuer aurait &#233;t&#233; absurde. Un mouvement social est aussi construit comme un r&#233;cit, avec un d&#233;but, un milieu et une fin. Il a donc, qu'on le veuille ou non, des moments. Pour reprendre l'exemple de 2006, son vrai bon moment aurait &#233;t&#233; de pouvoir continuer le &#171; mouvement &#187;, alors que &#231;a n'&#233;tait &#171; plus le moment &#187;. Mais les &#171; bons moments &#187; viennent et passent ; ils ne d&#233;pendent pas seulement de nos choix. Il ne s'agit pas de c&#233;der &#224; la mauvaise temporalit&#233; des mouvements sociaux qui ne veulent que rester ce qu'ils sont, mais de mettre en conflit cette temporalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Le sentiment de l'imminence de l'effondrement &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mort imminente du capitalisme, voil&#224; bient&#244;t deux si&#232;cles qu'on nous la pr&#233;dit. Tous ceux qui ont d&#233;sir&#233; la fin du capitalisme ont aussi essay&#233; d'en faire un destin historique. Dans les formulations marxistes, on a eu droit aux &#171; contradictions mortelles &#187;, &#224; la &#171; d&#233;cadence &#187;. Voil&#224; maintenant qu'il &#171; s'effondre &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Effondrement a ses caract&#233;ristiques : lorsqu'un b&#226;timent s'effondre, c'est que les mat&#233;riaux qui le constituaient, et lui permettaient jusqu'ici de rester debout, se sont d&#233;grad&#233;s et corrompus, de telle sorte qu'ils ne le soutiennent plus. C'est un processus d'ensemble, d'abord lent et insensible, qui atteint une phase critique, et enfin une brusque acc&#233;l&#233;ration, o&#249; les parties encore solides c&#232;dent sous le poids de celles qui sont totalement d&#233;grad&#233;es. On peut le diagnostiquer, mais pas en pr&#233;voir le moment pr&#233;cis.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est un processus d'ensemble, mais un processus de d&#233;solidarisation. Chaque pi&#232;ce de l'ensemble se d&#233;tache du tout, cesse d'en faire une unit&#233; organique. Du point de vue biologique, cela ressemblerait &#224; la d&#233;composition d'un corps.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui est d&#233;ni&#233; au capitalisme, et plus largement &#224; tout le monde social, &#224; travers la notion d'effondrement, c'est sa capacit&#233; &#224; faire un tout &lt;i&gt;coh&#233;rent&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; ce manque suppos&#233; de coh&#233;sion, l'identit&#233; oppose sa coh&#233;rence &#233;thique propre, infiniment sup&#233;rieure &#224; cette chose informe. &#192; cette d&#233;solidarisation s'oppose la solidarit&#233;, la densit&#233; des liens, voire l'imperm&#233;abilit&#233; du groupe.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; ces liens qui se d&#233;font, l'identit&#233; oppose la puissance des liens qu'elle r&#233;institue. Toute identit&#233;, club de supporters ou secte quelconque, a son moment scissionniste, qui est aussi bien celui de sa fondation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que dans cette conception le capitalisme (ou l'empire, ou comme on voudra) est con&#231;u comme une chose, et comme une ext&#233;riorit&#233;. Cela peut aussi &#234;tre une machine, que l'usure de ses pi&#232;ces finit par d&#233;truire.&lt;br class='manualbr' /&gt;La chose ext&#233;rieure est bien ce dont une identit&#233; &#224; besoin pour se constituer. Son souci de rejeter &#224; l'ext&#233;rieur tout ce qui n'est pas elle lui fait r&#233;pugner &#224; l'id&#233;e qu'elle puisse participer &#224; ce qu'elle d&#233;teste. Le capitalisme, c'est l'ennemi. L'ennemi ne peut pas &#234;tre en Nous, il est hors de Nous, c'est une ext&#233;riorit&#233;, une chose.&lt;br class='manualbr' /&gt;Son destin d'effondrement d&#233;crit donc le capital comme ext&#233;riorit&#233; pure, face &#224; laquelle on n'est contraint que superficiellement, puisqu'elle ne saurait nous habiter ou influer sur nos choix autrement que de fa&#231;on occasionnelle. Face &#224; cela, la d&#233;brouille et les combines sont des r&#233;ponses amplement suffisantes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le capitalisme est ni&#233; non seulement comme rapport social, mais comme rapport social contraint. Le fait que l'on puisse &#234;tre oblig&#233; de travailler, et que l&#224; est bien le probl&#232;me, est compl&#232;tement occult&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si le capitalisme s'effondre, c'est aussi parce qu'il est devenu une fiction, &#224; laquelle personne ne croit plus. Tous les efforts que fait l'empire pour survivre se limitent &#224; ceci : maintenir la fiction de sa propre existence. Ce monde n'est pas r&#233;el, il fait semblant d'exister. C'est un n&#233;ant, une abstraction, qu'il faut moins abattre que dissiper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; imminence &#187; de l'effondrement donne son cadre tragique aux aventures de l'identit&#233; : c'est la toile de fond, le d&#233;cor de son r&#233;cit. L'&#171; imminence &#187; inscrit ce r&#233;cit dans une temporalit&#233; de l'urgence permanente. Le temps du monde ne s'&#233;coule plus sans direction d&#233;termin&#233;e, au gr&#233; de fluctuations contingentes : il a un sens, et un sens tragique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si rien n'est dit de v&#233;ritablement pr&#233;cis &#224; propos de l'effondrement, c'est qu'il n'est pas n&#233;cessaire qu'il soit r&#233;ellement envisag&#233; : ce qui importe, c'est bien le &lt;i&gt;sentiment&lt;/i&gt; que l'on en a. La conviction de vivre dans cet effondrement renforce le besoin que l'on a de l'identit&#233;, pour d&#233;passer la crainte de l'effondrement, y survivre, en faire l'opportunit&#233; d'un nouveau renforcement, voire d'une r&#233;alisation totale du contenu identitaire. Micro contrat social, l'identit&#233; garantit protection et salut &#224; ceux qui y adh&#232;rent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que l'effondrement ne vienne jamais, cela n'est pas un probl&#232;me : on pourra toujours en d&#233;crypter les signes, &#224; l'infini. Les mill&#233;naristes, qui cent fois ont pr&#233;dit la date du Mill&#233;nium et ne l'ont jamais vu arriver, ne se sont pas d&#233;courag&#233;s pour autant. La foi, c'est-&#224;-dire l'aveuglement collectivement organis&#233;, les soutenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; d&#233;composition des rapports sociaux &#187; est une id&#233;e tr&#232;s r&#233;pandue. La plupart du temps, elle s'appuie sur la nostalgie des &#171; vrais &#187; rapports sociaux d'autrefois. Est suppos&#233; un temps meilleur, ou chacun avait sa place sociale d&#233;termin&#233;e, attribu&#233;e une fois pour toutes. Cette nostalgie un peu vague se superpose aujourd'hui &#224; la nostalgie citoyenne des Trente glorieuses, d'un temps o&#249; l'&#201;tat veillait paternellement sur nous.&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;alit&#233; est que le capitalisme entra&#238;ne une d&#233;composition sociale perp&#233;tuelle, et que c'est sa fa&#231;on de survivre. Il lui a fallu pour se constituer d&#233;truire un monde paysan mill&#233;naire, afin de cr&#233;er un monde ouvrier qu'il entreprend aujourd'hui de d&#233;truire (c'est-&#224;-dire de recomposer) &#224; son tour, du moins dans les pays d&#233;velopp&#233;s. Identifier cette dynamique de destruction vitale &#224; un effondrement est un leurre, parce que cela renvoie le cours du capital &#224; un processus naturel de d&#233;composition, sans permettre de percevoir les enjeux qui sont engag&#233;s dans ce processus.&lt;br class='manualbr' /&gt;On ne peut comprendre le sens d'une guerre simplement par la description des d&#233;g&#226;ts qu'elle occasionne. Dire &#171; on a ras&#233; Dresde &#187; ne dit rien sur la Seconde Guerre mondiale. Dire &#171; les rapports sociaux se d&#233;font &#187; ne dit rien sur le capitalisme. Il faut encore montrer pourquoi ils se d&#233;font. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais pour une identit&#233;, qui veut sans cesse polariser le monde selon les n&#233;cessit&#233;s du r&#233;cit qui lui permet de s'y engager, comprendre, c'est accepter. Le monde ne &#171; cesse d'&#234;tre supportable &#187; que d&#232;s lors qu'il appara&#238;t &#171; sans cause ni raison &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'identit&#233; qui se constitue autour d'un refus consid&#232;re comme une compromission le fait de tenter de comprendre ce qu'on refuse. Le refus suffit bien : &#224; quoi bon tenter de comprendre ? Chercher &#224; comprendre, c'est le d&#233;but de la trahison. Il suffit de manifester son refus, sa r&#233;volte, et si l'on doit comprendre des choses, c'est seulement en vue d'alimenter cette r&#233;volte. Le reste est superflu.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a bien des causes et des raisons au monde capitaliste, mais ce que sous-entend l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt;, c'est que ces raisons sont folles, c'est-&#224;-dire injustifiables. Que le capitalisme ne soit pas &#233;thiquement justifiable ne lui &#244;te en rien sa r&#233;alit&#233; ni sa coh&#233;rence propre, pour notre malheur. Le refus &#233;thique ne suffit pas. Les raisons du capitalisme ne sont certes pas les n&#244;tres. Saisir ce que sont ces raisons est ce qui permet d'affirmer le caract&#232;re inconciliable de ce conflit, et de le situer avec pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Ce qui se passe quand des &#234;tres se trouvent &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le tableau de d&#233;solation que l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt; nous fait du monde finit par aboutir &#224; une idylle. Soudain, des &#171; &#234;tres &#187; se trouvent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ayant soigneusement barr&#233; le chemin &#224; toute forme de regroupement qui ne serait pas elle, l'identit&#233; nous fait entrevoir la r&#233;compense. Enfin, nous serions des &#171; &#234;tres &#187;. Pas des sujets sociaux, conflictuellement ancr&#233;s dans une classe, porteurs de contradictions, mais simplement des &#171; &#234;tres &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Des &#171; &#234;tres &#187; enfin d&#233;faits de tous liens, libres et indiff&#233;renci&#233;s, d&#233;cap&#233;s de toutes les scories que l'existence sociale y a d&#233;pos&#233;es. L'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt; dit les &#171; &#234;tres &#187; comme l'humanisme dit l'Homme. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les &#171; &#234;tres &#187; ont la transparence des anges et des belles abstractions. Ils peuvent prendre toutes les formes, se choisir librement. Enfin nettoy&#233;s de tout particularisme, ils sont pr&#234;ts &#224; endosser les habits neufs qu'on leur propose.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le conflit &#233;tant rejet&#233; &#224; l'ext&#233;rieur, il r&#232;gne &#224; l'int&#233;rieur une ambiance fusionnelle, &#233;tant acquis que ce qui se forme entre les &#171; &#234;tres &#187; ne peut pas &#234;tre un horrible &#171; milieu &#187;, puisque les milieux ont &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement critiqu&#233;s. Le lien entre les &#171; &#234;tres &#187; est d'une toute autre nature, pure et ineffable.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'identit&#233; ne peut se penser comme identit&#233;. On voit mal toutefois en vertu de quelle magie ces &#171; &#234;tres &#187;-l&#224; &#233;chapperaient de la sorte &#224; toute conflictualit&#233;, autrement que par la suspension de leur propre jugement critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se dessine l&#224;, &#224; travers la libre constitution des &#171; &#234;tres &#187; en &#171; communes &#187;, c'est la perspective d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement pacifi&#233;e, transparente &#224; elle-m&#234;me, d&#233;pourvue d'antagonismes : le vieux r&#234;ve mill&#233;nariste d'un communisme &lt;i&gt;naturel&lt;/i&gt;, reposant sur l'id&#233;e d'une nature communiste de l'homme. Que ce soit sous la forme d'un Age d'or &#233;d&#233;nique, ou sous la forme anthropologique d'un &#171; communisme primitif &#187; qui prendrait sa source &#224; l'aube du social, c'est toujours le communisme, l'&#233;galit&#233; absolue entre les hommes, qui sont pr&#233;suppos&#233;s comme &#233;tant la v&#233;ritable nature sociale des hommes.&lt;br class='manualbr' /&gt;On a ainsi tendance &#224; valoriser la tribu, la bande, ou m&#234;me la meute, cens&#233;es &#234;tre plus naturelles, plus v&#233;ritablement sociales que les soci&#233;t&#233;s &#171; complexes &#187; du monde capitaliste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le &#171; primitif &#187; est cens&#233; ne pas avoir de probl&#232;me d'identit&#233; : il est strictement ce qu'il est, c'est-&#224;-dire sa propre place au sein de la tribu. Il est d&#233;fait du poids de sa propre singularit&#233;. Il est une identit&#233; pure, accomplie. Il est l'essence anthropologique de l'homme : le communisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#232;s lors, la r&#233;volution n'est qu'un probl&#232;me d'organisation mat&#233;rielle : il suffit de couper l'herbe sous le pied &#224; toutes les institutions de la soci&#233;t&#233; complexe pour que le naturel social revienne au galop : c'est &lt;i&gt;tout de suite&lt;/i&gt; le communisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le communisme, nature sociale de l'homme, s'est &#233;gar&#233; en chemin au cours de l'histoire : il suffit de lui ouvrir la voie pour qu'il resurgisse aussit&#244;t. L'exemple des catastrophes naturelles comme l'ouragan Katrina le montre : il suffit qu'une br&#232;che s'ouvre dans l'organisation capitaliste pour que la &#171; base &#187; s'organise elle-m&#234;me, retrouve ses instincts partageurs, se communise.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais le r&#233;el est certainement plus complexe. Si l'humain n'est pas la cr&#233;ature de Hobbes, celle de la guerre originelle de chacun contre tous qui fonde tous les contrats sociaux, s'il est imm&#233;diatement social, cette socialit&#233; ne se manifeste pas seulement par une tendance inn&#233;e au partage. La tendance sociale &#224; la domination, la structuration sociale autour de l'appropriation par quelques-uns du pouvoir et /ou des biens, et m&#234;me celle &#224; l'accumulation maniaque des biens, est bien plus ancienne que le capitalisme (auquel elle a sans doute ouvert la voie), et s&#251;rement plus ancienne que l'homme lui-m&#234;me. L'homme est un animal social comme les autres. Il y a des chefferies chez les grands singes aussi : le m&#226;le dominant s'approprie la meilleure part de la nourriture et les femelles. Cela n'emp&#234;che pas l'entraide entre les individus du groupe. Simplement, pour des raisons ayant trait &#224; la s&#233;lection naturelle, les dominants mettent d'embl&#233;e en place des dispositifs qui les rendent encore plus forts, et affaiblissent encore les faibles. Pourquoi l'homme serait-il &lt;i&gt;par nature&lt;/i&gt; diff&#233;rent ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Bien entendu, l'homme pense ses propres soci&#233;t&#233;s, et agit sur elles. Sa plasticit&#233; sociale est infiniment sup&#233;rieure &#224; celle de ses cong&#233;n&#232;res non-humains. Il a un rapport &#224; sa propre socialit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ce rapport n'est pas simplement &lt;i&gt;un rapport&lt;/i&gt; instrumental : il prend souvent l'aspect d'une idol&#226;trie. L'homme est la cr&#233;ature qui f&#233;tichise sa propre soci&#233;t&#233;. Et c'est le f&#233;tiche qui finit par prendre le contr&#244;le de ses adorateurs. Une identit&#233; n'est rien d'autre que ce genre de f&#233;tiche. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le communisme n'est pas une variante particuli&#232;rement avantageuse du contrat social. D&#233;faisant les liens construits autour de l'appropriation, de la domination, de l'accumulation, du territoire, il ne d&#233;fait pas seulement une soci&#233;t&#233;, mais l'&#234;tre social lui-m&#234;me. Ce que cr&#233;e la communisation, c'est un monde au-del&#224; du sacrifice de chacun socialement consenti au b&#233;n&#233;fice d'un tout suppos&#233; : le social. Cette id&#233;e est aussi difficile &#224; concevoir aujourd'hui qu'un monde sans Dieu au XIIIe si&#232;cle. L'id&#233;e d'un monde au-del&#224; du social n'&#233;voque spontan&#233;ment que la barbarie ou la bestialit&#233; : elle fait peur, comme l'id&#233;e d'un monde sans Dieu aurait terrifi&#233; un chr&#233;tien du moyen-&#226;ge.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une telle id&#233;e est manifestement &lt;i&gt;dangereuse&lt;/i&gt;, et on voit bien tout ce qu'elle peut susciter de d&#233;lirant. Il est clair que cette id&#233;e est propre &#224; cr&#233;er une panique irrationnelle, non seulement chez ceux qui y seraient oppos&#233;s, mais encore chez ceux qui pourraient l'accepter. Une des manifestations de cette panique est la conception d'un &#233;tat fusionnel entre les individus, ou d'une fusion des individus avec le social, c'est-&#224;-dire une conception r&#233;gressive du d&#233;passement du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nier le social dans la perspective de l'&#233;tablissement d'un pur rapport fusionnel entre des &#171; &#234;tres &#187;, c'est vouloir d&#233;passer le social en l'ignorant. La n&#233;gation des classes sociales n'est pas la n&#233;gation de leur &lt;i&gt;existence&lt;/i&gt;, c'est au contraire &#224; partir de leur existence conflictuelle qu'elle doit &#234;tre pens&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nier l'&lt;i&gt;existence&lt;/i&gt; du capitalisme, des classes, des rapports sociaux est ce &#224; quoi aboutit n&#233;cessairement cette construction identitaire qu'est l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt;. Nous avons montr&#233; que la tendance au d&#233;ni du r&#233;el est au c&#339;ur de toute identit&#233;, parce qu'une identit&#233; ne per&#231;oit pas le r&#233;el, mais seulement sa propre existence comme identit&#233;. Elle s'affirme donc en d&#233;niant l'existence &#224; tout ce qui n'est pas elle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais nier l'existence du capitalisme ne le fera pas dispara&#238;tre. Et cette n&#233;gation m&#234;me trouve ses racines dans la r&#233;alit&#233; du monde capitaliste, et en particulier dans sa r&#233;alit&#233; en tant que soci&#233;t&#233; de classes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La complainte des classes moyennes (chanson r&#233;aliste)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'identit&#233; qui se pense comme universelle, et partant sans identit&#233;, c'est une certaine classe sociale : l'&lt;i&gt;upper middle class&lt;/i&gt; occidentale. Elle est sans identit&#233;, parce qu'elle est la classe sociale &#233;talon, le r&#233;f&#233;rent abstrait de toutes les autres classes, et donc de l'Homme en g&#233;n&#233;ral. C'est ce qu'elle nomme &#171; universalisme &#187;. C'est bien elle qui est d&#233;crite, sans jamais &#234;tre nomm&#233;e, par l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt;. C'est aussi, naturellement, vers elle (et contre elle) que l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt; dirige son discours.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est elle qui ne per&#231;oit la soci&#233;t&#233; que comme un &#171; vague agr&#233;gat &#187; d'institutions et d'individus, une &#171; abstraction d&#233;finitive &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est elle qui ne voit dans toute la vie des &#171; cit&#233;s &#187; que des policiers et de jeunes &#233;meutiers.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est bien elle pour qui travailler signifie n&#233;gocier et vendre au meilleur prix ce qui n'est plus &#171; force de travail &#187; mais comp&#233;tence cognitive et relationnelle, et qui souffre logiquement de ce avec quoi elle travaille.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est elle qui cultive son pr&#233;cieux et probl&#233;matique Moi &#224; coups de d&#233;veloppement personnel, de yoga et de psychanalyse.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est elle qui souffre de la &#171; castration scolaire &#187; et r&#234;ve, en son enfance, de br&#251;ler son &#233;cole, parce qu'elle est la voie n&#233;cessaire de son int&#233;gration, et ne le fait pas, pour la m&#234;me raison.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est elle encore qui, cern&#233;e de marchandises dont elle veut ignorer qu'elles ont bien d&#251; &#234;tre produites, trouve que le travail industriel est obsol&#232;te, les ouvriers surnum&#233;raires et que l'&#233;conomie est d&#233;sormais &#171; virtuelle &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est elle seule qui existe politiquement, se soucie &#233;cologiquement et vote d&#233;mocratiquement. C'est elle aussi dont une partie de la jeunesse va se constituer en black blocs contre tous les G20 de la terre.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est elle enfin &#171; la classe qui nie toutes les classes &#187;, non pas pour qu'elles disparaissent mais pour qu'elles existent &#224; jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci dit non pour expulser cette classe hors du champ des luttes, mais pour montrer qu'aucune identit&#233; ne peut se situer hors d'un monde socialement d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; La joie d'&#233;prouver une puissance commune &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si ce texte a une utilit&#233;, c'est de parvenir &#224; susciter un peu plus de m&#233;fiance envers les groupes que nous sommes amen&#233;s &#224; constituer. Se rassembler est n&#233;cessaire. Mais trop souvent, le dicton selon lequel &#171; qui se ressemble s'assemble &#187; a tendance &#224; se renverser. La question n'est pas de ne ressembler &#224; personne, mais d'&#234;tre attentifs &#224; ne pas laisser une identit&#233; s'emparer de nous.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ne pas laisser, par exemple, une identit&#233; nous mettre ses mots dans la bouche, ne pas se laisser s&#233;duire par la promesse d'obtenir une coh&#233;rence plus grande que celle que nous pourrions produire par nous-m&#234;mes, au prix du renoncement &#224; notre capacit&#233; de juger. Il faut se m&#233;fier aussi de la coh&#233;rence. Rien n'est plus coh&#233;rent ni mieux organis&#233; qu'un cristal, dernier stade de la min&#233;ralisation, rien n'est plus mort aussi.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aujourd'hui, l'identit&#233; promue par l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt; se manifeste entre autres par l'essaimage de ses mots dans de nombreuses bouches : on entend &#171; amiti&#233;s &#187;, &#171; corps &#187;, &#171; flux &#187;, &#171; s'organiser &#187;, on sait &lt;i&gt;ce qui&lt;/i&gt; parle, et on n'entend plus rien. On n'&#233;tablit pas un langage commun avec des perroquets.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il n'y a pas que l'&lt;i&gt;IQV&lt;/i&gt; : si j'ai parl&#233; en particulier de celle-ci, c'est qu'elle est suffisamment explicite et coh&#233;rente, et aussi assez largement connue pour en faire le point de d&#233;part d'une discussion collective. Il y a d'autres identit&#233;s, celles par exemple pour lesquelles les mots &#171; lutte des classes &#187; et &#171; guerre sociale &#187; sont moins des questions qui se posent qu'autant d'&#233;tendards qu'on agite, pour mieux se distinguer de l'identit&#233; d'en face. La lutte entre les identit&#233;s est litt&#233;ralement sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair qu'aucun groupe isol&#233; ne peut aujourd'hui s'abstraire du monde et r&#233;aliser le communisme dans son coin. Cela ne nous emp&#234;che pas, et nous le faisons d&#233;j&#224;, de rechercher des pratiques anti-hi&#233;rarchiques, de questionner nos modes d'appartenance, etc. Tout en sachant que cela aussi peut se figer en coin&#231;age identitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut participer &#224; un groupe sans pour autant s'y identifier. La fonction d'un groupe devrait &#234;tre de donner plus d'autonomie &#224; ceux qui y participent, de permettre le d&#233;veloppement de leurs capacit&#233;s. Le surinvestissement affectif dans un groupe finit trop souvent par ne cr&#233;er que des d&#233;pendances, et par susciter d'affectueuses chefferies.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un groupe n'est pas une fin en soi. L'amiti&#233; n'y est pas n&#233;cessaire. On peut se regrouper &lt;i&gt;provisoirement&lt;/i&gt; pour une t&#226;che pr&#233;cise, et &#224; cette fin s'entendre, et le groupe peut n'exister qu'&#224; cette fin pr&#233;cise, sans d&#233;border pour autant sur d'autres domaines. Il y a des gens qui sont nos amis, avec lesquels on ne fait rien, que partager de bons moments, et d'autres avec lesquels on se regroupe pour accomplir une t&#226;che, mener un projet, et qui ne sont pas pour autant nos amis. Le communisme n'est pas la communaut&#233;. Il n'y a pas &#224; faire perdurer un groupe au-del&#224; des fins pour lesquelles il nous est n&#233;cessaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un groupe constitu&#233; pour des fins particuli&#232;res peut m&#234;me se permettre de se donner des &#171; chefs &#187;, employ&#233;s &#224; des t&#226;ches pr&#233;cises. Pour man&#339;uvrer un trois-m&#226;ts, il est imp&#233;ratif que quelqu'un dirige la man&#339;uvre : c'est une question de coordination. Par contre, on peut se passer d'un capitaine, et prendre ensemble les d&#233;cisions qui r&#233;gissent la vie du navire, choisir la direction &#224; prendre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons spontan&#233;ment tendance &#224; survaloriser nos groupes, et plus un groupe est marginal, plus cette survalorisation est intense. C'est un m&#233;canisme essentiel du renforcement identitaire. Le d&#233;celer et s'en m&#233;fier, c'est d&#233;j&#224; commencer &#224; lui faire barrage.&lt;br class='manualbr' /&gt;De plus, la survalorisation identitaire de groupes marginaux (ce qui peut simplement vouloir dire &#171; restreints &#187;) les conduit &#224; se marginaliser plus encore, les conduisant &#224; devenir d'utiles repoussoirs pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Quelques punks consolident beaucoup de cadres. Et ceci n'est pas une erreur strat&#233;gique de la part des identit&#233;s, mais est produit socialement : on finit par devenir ce que l'on veut que nous soyons. Tout groupe restreint court donc le risque de se changer en sa propre caricature, pour exister selon le mode socialement attendu de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se constituer d'embl&#233;e en sachant qu'on n'est qu'une partie d'un ensemble plus vaste, au sein duquel on existe au m&#234;me titre que ceux qu'on consid&#232;re comme ses ennemis, qu'on existe dans un monde ouvert et non pas polaris&#233; selon les n&#233;cessit&#233;s d'un r&#233;cit, c'est une base sur laquelle on peut tenter de constituer des groupes qui ne se referment pas en identit&#233;s. Exister dans les luttes qui le permettent sur cette base-l&#224; serait un bon d&#233;but. Personnellement, il m'a sembl&#233; en voir une esquisse dans l'&#171; AG en lutte &#187; de la rue Servan, &#224; Paris, en 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair toutefois que l'enfermement identitaire est bien souvent ce &#224; quoi nous restons socialement accul&#233;s. On ne peut qu'esp&#233;rer que rep&#233;rer cet enfermement, le rendre visible l&#224; o&#249; il s'op&#232;re, peut permettre de commencer &#224; le rompre. S'en d&#233;faire compl&#232;tement est l'objet d'une r&#233;volution communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt; Alain C.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr noshade size=&#034;1&#034; align=&#034;left&#034; color=&#034;black&#034; width=&#034;400 px&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pour d'autres points de vue sur cette question, notamment en ce qui concerne &#171; l'affaire de Tarnac &#187; et ses suites, on peut lire le texte &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/spip.php?article761&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contribution aux discussions sur la r&#233;pression antiterroriste&lt;/a&gt; &lt;/i&gt;, disponible sur Internet. Je souscris largement &#224; ce qui y est dit, et je me suis donc dispens&#233; de revenir sur des points qui y sont d&#233;j&#224; trait&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'impasse citoyenniste</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article443</link>
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		<dc:date>2007-07-19T02:21:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain C.</dc:creator>


		<dc:subject>Hobolo (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques du citoyennisme</dc:subject>
		<dc:subject>Portugu&#234;s </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Si les citoyennistes peuvent parler de crise, c'est que l'&#201;tat en a parl&#233; d'abord. Depuis trente ans, la France est, para&#238;t-il, en crise. Cette &#171; crise &#187;, bien r&#233;elle au d&#233;but, a bien plut&#244;t &#233;t&#233; ensuite une fa&#231;on de justifier l'exploitation. Aujourd'hui, c'est la &#171; reprise &#187; qui joue ce r&#244;le, et les r&#233;formistes sont bien emb&#234;t&#233;s. Les voil&#224; contraints de r&#233;ajuster leur discours, toujours calqu&#233; sur celui de l'&#201;tat, et ceux qui il y a six mois nous parlaient d'une crise mondiale g&#233;n&#233;ralis&#233;e nous parlent aujourd'hui de &#171; r&#233;partir les fruits de la croissance &#187;. O&#249; est la coh&#233;rence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; sont-ils donc, ces keyn&#233;siens antilib&#233;raux, ces r&#233;formistes sans r&#233;formes, ces &#233;tatistes qui ne peuvent participer &#224; un &#201;tat, ces citoyennistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est simple : ils sont dans une impasse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;I&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot65" rel="tag"&gt;Hobolo (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Critiques du citoyennisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot140" rel="tag"&gt;Portugu&#234;s &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L107xH150/arton443-e223d.jpg?1780591025' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff443.jpg?1180092955&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote&gt;
&#171; &lt;i&gt;Si la logique de la fausse conscience ne peut se conna&#238;tre elle-m&#234;me v&#233;ridiquement, la recherche de la v&#233;rit&#233; critique sur le spectacle doit aussi &#234;tre une critique vraie. Il lui faut lutter pratiquement parmi les ennemis irr&#233;conciliables du spectacle, et admettre d'&#234;tre absente l&#224; o&#249; ils sont absents. Ce sont les lois de la pens&#233;e dominante, le point de vue exclusif de l'actualit&#233;, que reconna&#238;t la volont&#233; abstraite de l'efficacit&#233; imm&#233;diate, quand elle se jette vers les compromissions du r&#233;formisme ou de l'action commune de d&#233;bris pseudo-r&#233;volutionnaires. Par l&#224; le d&#233;lire s'est reconstitu&#233; dans la position m&#234;me qui pr&#233;tend le combattre. Au contraire, la critique qui va au del&#224; du spectacle doit savoir attendre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt; Guy Debord. &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle.&lt;/i&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses rassembl&#233;es ici n'ont pas la pr&#233;tention de dire le dernier mot sur le sujet dont elles traitent. Elles sont plut&#244;t un ensemble de pistes dont certaines pourront &#234;tre suivies, approfondies, et d'autres peut-&#234;tre simplement abandonn&#233;es. Si nous parvenons &#224; donner quelques points de rep&#232;res (historiques, entre autres) &#224; une critique qui se cherche encore, nous aurons pleinement atteint notre but. Nous pensons &#233;galement que ni ce texte ni aucun autre ne pourra, par la seule force de la th&#233;orie, abattre le citoyennisme. La v&#233;ritable critique du citoyennisme ne se fera pas sur le papier, mais sera l'&#339;uvre d'un mouvement social qui devra forc&#233;ment contenir cette critique, ce qui ne sera pas, loin s'en faut, son seul m&#233;rite. A travers le citoyennisme, et parce que le citoyennisme y est contenu, c'est l'ordre social pr&#233;sent tout entier qui sera remis en cause. Le moment nous semble bien choisi pour commencer cette critique. Si le citoyennisme a pu, &#224; ses d&#233;buts, entretenir un certaine confusion autour de ce qu'il &#233;tait r&#233;ellement, il est aujourd'hui contraint par son succ&#232;s m&#234;me &#224; s'avancer de plus en plus &#224; d&#233;couvert. A plus ou moins court terme, il devra montrer son vrai visage. Ce texte vise &#224; anticiper sur ce d&#233;masquage, pour qu'au moins certains ne soient pas alors pris de court, et sachent peut-&#234;tre r&#233;agir de mani&#232;re appropri&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. D&#233;finition pr&#233;alable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous ne donnerons ici qu'une d&#233;finition pr&#233;alable du citoyennisme, c'est &#224; dire ne portant que sur ce qu'il est le plus &#233;videmment. L'objet de ce texte sera de commencer &#224; le d&#233;finir de fa&#231;on plus pr&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par citoyennisme, nous entendons d'abord une id&#233;ologie dont les traits principaux sont 1&#176;) la croyance en la d&#233;mocratie comme pouvant s'opposer au capitalisme 2&#176;) le projet d'un renforcement de l'&#201;tat (des &#201;tats) pour mettre en place cette politique 3&#176;) les citoyens comme base active de cette politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but avou&#233; du citoyennisme est d'humaniser le capitalisme, de le rendre plus juste, de lui donner, en quelque sorte, un suppl&#233;ment d'&#226;me. La lutte des classes est ici remplac&#233;e par la participation politique des citoyens, qui doivent non seulement &#233;lire des repr&#233;sentants, mais agir constamment pour faire pression sur eux afin qu'ils appliquent ce pour quoi ils sont &#233;lus. Les citoyens ne doivent naturellement en aucun cas se substituer aux pouvoirs publics. Ils peuvent de temps en temps pratiquer ce qu'Ignacio Ramonet a appel&#233; la &#171; d&#233;sob&#233;issance civique &#187; (et non plus &#171; civile &#187;, qui rappelle trop f&#226;cheusement la &#171; guerre civile &#187;), pour contraindre les pouvoirs publics &#224; changer de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le statut juridique de &#171; citoyen &#187;, compris simplement comme ressortissant d'un &#201;tat, prend ici un contenu positif, voire m&#234;me offensif. Pris comme adjectif, &#171; citoyen &#187; d&#233;crit en g&#233;n&#233;ral tout ce qui est bon et g&#233;n&#233;reux, soucieux et conscient de ses responsabilit&#233;s, et plus g&#233;n&#233;ralement, comme on disait autrefois, &#171; social &#187;. C'est &#224; ce titre qu'on peut parler &#171; d'entreprise citoyenne &#187;, de &#171; d&#233;bat citoyen &#187;, de &#171; cin&#233;ma citoyen &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;ologie se manifeste &#224; travers une n&#233;buleuse d'associations, de syndicats, d'organes de presse et de partis politiques. Pour la France on a des associations comme ATTAC, les amis du Monde Diplomatique, AC !, Droit au Logement, l'APOC (objecteurs de conscience), la Ligue des Droits de l'Homme, le r&#233;seau Sortir du nucl&#233;aire, etc. Il est &#224; noter que la plupart du temps les personnes qui militent au sein de ce mouvement font partie de plusieurs associations &#224; la fois. C&#244;t&#233; syndicats on a la CGT, SUD, la Conf&#233;d&#233;ration Paysanne, l'UNEF, etc. Les partis politiques sont repr&#233;sent&#233;s par les partis trotskistes, et les Verts. Les partis politiques ont toutefois un statut &#224; part dans le citoyennisme, mais nous y reviendrons. A l'extr&#234;me gauche du citoyennisme, on peut inclure la F&#233;d&#233;ration Anarchiste, la CNT et les anarchistes antifascistes, qui se mettent le plus souvent &#224; la remorque des mouvements citoyennistes pour y rajouter leur grain de sel libertaire, mais se trouvent de fait sur le m&#234;me terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;chelle mondiale on a des mouvements comme Greenpeace, etc., et tout ce qui s'est retrouv&#233; &#224; Seattle en fait de syndicats, associations, lobbies, tiers-mondistes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste compl&#232;te serait fastidieuse &#224; donner. L'important est que tous ces groupements se retrouvent id&#233;ologiquement sur le m&#234;me terrain, avec des variantes locales. Le citoyennisme est d&#233;sormais un mouvement mondial, qui repose sur une id&#233;ologie commune. De Seattle &#224; Belgrade, de l'Equateur au Chiapas, on assiste &#224; sa mont&#233;e en force, et il s'agit donc maintenant, pour lui comme pour nous, de savoir au juste quel chemin il prendra, et jusqu'o&#249; il pourra aller.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Pr&#233;misses et fondements&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les racines du citoyennisme sont &#224; chercher dans la dissolution du vieux mouvement ouvrier. Les causes de cette dissolution sont &#224; la fois l'int&#233;gration de la vieille communaut&#233; ouvri&#232;re et l'&#233;chec manifeste de son projet historique, lequel a pu se manifester sous des formes extr&#234;mement diverses (disons du marxisme-l&#233;ninisme au conseillisme). Ce projet se ramenait, dans ses diverses manifestations, &#224; une reprise du mode de production capitaliste par les prol&#233;taires, mode de production duquel ils sont les enfants et donc les h&#233;ritiers. L'accroissement des forces productives, dans cette vision du monde, &#233;tait &#233;galement la marche vers la r&#233;volution, le mouvement r&#233;el &#224; travers lequel le prol&#233;tariat se constituait comme future classe dominante (la dictature du prol&#233;tariat), domination qui menait ensuite (apr&#232;s une tr&#232;s probl&#233;matique &#171; phase de transition &#187;) au communisme. L'&#233;chec r&#233;el de ce projet a eu lieu dans les ann&#233;es 1920, et en 1936-38 en Espagne. Le mouvement international des ann&#233;es 1968 a souvent &#233;t&#233; nomm&#233; &#171; deuxi&#232;me assaut prol&#233;tarien contre la soci&#233;t&#233; de classe &#187;, venant apr&#232;s celui de la premi&#232;re moiti&#233; du XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 70, puis les ann&#233;es 80, avec la crise et la mise en place de la mondialisation sous sa forme moderne, marquent le d&#233;clin et la disparition de ce projet historique. Cette mondialisation se caract&#233;rise par l'automation croissante, donc par le ch&#244;mage de masse, et les d&#233;localisations dans les pays les plus pauvres, qui jettent hors de l'usine le vieux prol&#233;tariat industriel des pays les plus d&#233;velopp&#233;s. On observe ici une tendance des entreprises &#224; se &#171; d&#233;barrasser &#187; au moins formellement d'une bonne partie leur secteur productif pour le rel&#233;guer dans la sous-traitance, pour id&#233;alement ne plus s'occuper que de marketing et de sp&#233;culation. C'est ce que les citoyennistes nomment la &#171; financiarisation du capital &#187;. Une entreprise comme Coca-Cola ne poss&#232;de aujourd'hui directement quasiment plus aucune unit&#233; de production mais se contente de &#171; g&#233;rer la marque &#187;, de faire fructifier son capital boursier, et &#171; r&#233;investir &#187; en rachetant des concurrents plus petits auxquels elle fait &#233;galement subir une d&#233;localisation forcen&#233;e, etc. On a un double mouvement de concentration du capital et d'&#233;miettement de la production. Une voiture peut se composer de pare-chocs fabriqu&#233;s au Mexique, de composants &#233;lectroniques ta&#239;wanais, le tout &#233;tant assembl&#233; en Allemagne, tandis que les b&#233;n&#233;fices transitent par Wall-Street.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats quant &#224; eux accompagnent cette mondialisation en se d&#233;faisant du secteur public h&#233;rit&#233; de l'&#233;conomie de guerre (d&#233;nationalisations), en &#171; flexibilisant &#187; et en r&#233;duisant autant qu'il est possible le co&#251;t du travail. Cela donne en France la loi sur les 35 heures que r&#233;clamait a cor et &#224; cri le tr&#232;s citoyenniste (dans ses manifestations officielles du moins) mouvement des ch&#244;meurs de 1998, et le PARE. L'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir en 1981 et le mouvement des &#233;tudiants et des cheminots en 1986 sont des rep&#232;res qui nous permettent de situer les progr&#232;s de cette dissolution et le remplacement progressif du vieux mouvement ouvrier par le citoyennisme, dans le cadre de la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de 1968, en France comme dans le monde, a bien &#233;t&#233; le &#171; dernier assaut contre la soci&#233;t&#233; de classes &#187;. Son &#233;chec marque la liquidation historique de ce qu'a &#233;t&#233; jusqu'&#224; ce moment-l&#224; le vieux r&#234;ve de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, &#224; savoir le r&#234;ve de l'assomption historique du prol&#233;tariat comme prol&#233;tariat, c'est &#224; dire comme classe du travail. L'autogestion et les conseils ouvriers ont &#233;t&#233; la limite extr&#234;me de ce mouvement. Nous ne le regrettons pas. C'est aussi toute une contestation sociale beaucoup plus large et multiforme qui a &#233;t&#233; liquid&#233;e au sortir de ces ann&#233;es-l&#224;, lorsque s'est abattue sur le monde la chape de plomb des ann&#233;es quatre-vingt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on l'entend encore dans des manifestations, le slogan &#171; tout est &#224; nous, rien n'est &#224; eux &#187; est l'exact contraire de la r&#233;alit&#233;, et l'a toujours &#233;t&#233; Bien entendu, il fait aujourd'hui allusion &#224; une illusoire &#171; r&#233;partition des richesses &#187; (et de quelles &#171; richesses &#187; peut-on aujourd'hui parler ?), mais il provient en droite ligne du vieux mouvement ouvrier, qui entendait g&#233;rer par lui-m&#234;me le monde capitaliste. On voit &#224; travers ce slogan &#224; la fois une r&#233;surgence, une continuit&#233; et un d&#233;tournement des id&#233;aux du vieux mouvement ouvrier (naturellement dans ce qu'il avait de moins r&#233;volutionnaire) par le citoyennisme. C'est ce qu'on appelle l'art d'accommoder les restes. Nous y reviendrons plus loin. La disparition de la conscience de classe et de son projet historique, rendus caducs par l'&#233;clatement et la parcellarisation du travail, par la disparition progressive de la grande usine &#171; communautaire &#187;, et &#233;galement par la pr&#233;carisation du travail (tout ceci r&#233;sultant non d'un complot visant &#224; museler le prol&#233;tariat mais du processus d'accumulation du capital qui l'a men&#233; jusqu'&#224; la mondialisation actuelle), ont laiss&#233; le prol&#233;tariat aphone. Il en vient m&#234;me &#224; douter de sa propre existence, doute qui fut encourag&#233; par nombre d'intellectuels et par ce que Debord a d&#233;fini comme &#171; spectaculaire int&#233;gr&#233; &#187;, qui n'&#233;tait que l'int&#233;gration au &#171; spectacle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Priv&#233;e de perspectives, la lutte des classes ne pouvait que s'enfermer dans des luttes d&#233;fensives, parfois d'ailleurs tr&#232;s violentes comme en Angleterre. Mais cette &#233;nergie &#233;tait surtout l'&#233;nergie du d&#233;sespoir. On peut aussi noter que cette perte de perspectives positives s'est souvent manifest&#233;e, chez les individus qui avaient connu les ann&#233;es 60-70, par un d&#233;sespoir personnel tr&#232;s r&#233;el, parfois pouss&#233; jusqu'&#224; ses derni&#232;res cons&#233;quences, suicide ou terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyennisme vient s'inscrire dans ce cadre. Le deuil de la r&#233;volution ayant &#233;t&#233; fait, plus aucune force ne se sentant en mesure d'entreprendre &#224; nouveau de transformer radicalement le monde, il fallait bien, l'exploitation suivant son cours, que s'exprime une contestation. Ce fut le citoyennisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son acte officiel de naissance peut &#234;tre situ&#233; en d&#233;cembre 1995. Ce mouvement, sur la base tr&#232;s r&#233;elle de l'opposition &#224; la privatisation du secteur public et donc de l'aggravation des conditions de travail et de la perte de sens de ce travail lui-m&#234;me, ne pouvait dans la situation pr&#233;sente se manifester que comme d&#233;fense du service public, et non comme remise en question de la logique capitaliste en g&#233;n&#233;ral, telle qu'elle se manifeste dans le service public. Cette d&#233;fense du service public implique logiquement que l'on consid&#232;re que le service public soit ou plut&#244;t doive &#234;tre en dehors de la logique capitaliste. C'est un mauvais proc&#232;s que l'on a fait &#224; ce mouvement lorsqu'on lui a reproch&#233; d'&#234;tre un mouvement de privil&#233;gi&#233;s, ou simplement d'&#233;go&#239;stes corporatistes. Mais on peut constater que m&#234;me les actions les plus radicales et les plus g&#233;n&#233;reuses de ce mouvement en portaient la limite. Alimenter gratuitement en &#233;lectricit&#233; des foyers est une chose, r&#233;fl&#233;chir sur la production et l'emploi de l'&#233;nergie en est une autre. On peut voir &#224; travers ces actions que l'&#201;tat est ici con&#231;u comme une communaut&#233; parasit&#233;e par le capital, lequel viendrait s'intercaler entre les citoyens-usagers et l'&#201;tat. Le citoyennisme ne dit pas autre chose. On peut constater que le citoyennisme ne r&#233;cup&#232;re pas un mouvement qui serait plus radical. Ce mouvement est simplement absent, pour l'heure. Le citoyennisme se d&#233;veloppe comme l'id&#233;ologie n&#233;cessairement produite par une soci&#233;t&#233; ne concevant plus de perspectives de d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre constatation que l'on peut faire, c'est que le mouvement de 1995, acte de naissance du citoyennisme, fut un &#233;chec, m&#234;me dans ses objectifs limit&#233;s. La privatisation du secteur public continue de plus belle, et il peut m&#234;me se situer en avant-garde de l'id&#233;ologie du priv&#233;, comme entreprise participative, implication dans la gestion, etc. On y d&#233;graisse &#233;galement, et on y cr&#233;e des emplois pr&#233;caires, les &#171; emplois-jeunes &#187;. On y supprime des postes et surcharge de travail les postes restants. Le secteur public est &#233;galement en premi&#232;re ligne pour l'application de la loi sur les trente-cinq heures, et donc la flexibilisation. Une fois de plus, s'il en &#233;tait besoin, on peut voir que la logique de l '&#201;tat et celle du capital ne s'opposent en rien, et c'est l&#224; une des limites internes du citoyennisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Le rapport &#224; l'&#201;tat, le &#171; r&#233;formisme &#187; et le keyn&#233;sianisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rapport du citoyennisme &#224; l'&#201;tat est &#224; la fois un rapport d'opposition et de soutien, disons de soutien critique. Il peut s'y opposer, mais ne peut se passer de la l&#233;gitimation qu'il lui offre. Les mouvements citoyennistes doivent tr&#232;s rapidement se poser en interlocuteurs, et pour cela ils doivent parfois entreprendre des actions &#171; radicales &#187;, c'est &#224; dire ill&#233;gales ou spectaculaires. Il s'agit l&#224; &#224; la fois de se poser en victime, de prendre l'&#201;tat en d&#233;faut (c'est &#224; dire opposer l'&#201;tat id&#233;al &#224; l'&#201;tat r&#233;el), et d'arriver plus vite &#224; la table de n&#233;gociations. L'arriv&#233;e des CRS est le signe qu'on a &#233;t&#233; entendu. Naturellement, tout ceci doit se passer sous l'&#339;il des cam&#233;ras. La r&#233;pression est l'acte de naissance des mouvements citoyennistes, elle n'est plus comme autrefois le moment de l'affrontement o&#249; l'on mesure le rapport de force, mais celui d'une l&#233;gitimation symbolique. D'o&#249;, par exemple, le malentendu entre Ren&#233; Riesel et les quelques autres de la Conf&#233;d&#233;ration Paysanne qui voulaient cr&#233;er ce rapport de force, et Jos&#233; Bov&#233; (et manifestement la plus grande partie de la Conf&#233;d&#233;ration), qui par une action spectaculaire entendait poser son mouvement comme interlocuteur de l'&#201;tat, ce en quoi il a d'ailleurs partiellement r&#233;ussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat lui m&#234;me ent&#233;rine bien volontiers ces pratiques, et n'importe qui aujourd'hui peut faire une petite manifestation, par exemple bloquer le p&#233;riph&#233;rique, et &#234;tre ensuite re&#231;u officiellement pour exposer ses griefs. Les citoyennistes s'indignent d'ailleurs de cet &#233;tat de fait qu'ils ont contribu&#233; &#224; cr&#233;er, trouvant qu'on ne peut tout de m&#234;me pas d&#233;ranger l'&#201;tat pour rien. Les interlocuteurs privil&#233;gi&#233;s voient d'un mauvais &#339;il les parasites, les pique-assiettes de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des pratiques citoyennistes sont &#233;galement promues directement par l'&#201;tat, comme le montrent les &#171; conf&#233;rences citoyennes &#187; ou les &#171; concertations citoyennes &#187; par lesquelles l'&#201;tat entend &#171; donner la parole aux citoyens &#187;. Il est int&#233;ressant de constater &#224; quel point les citoyennistes se contentent facilement de n'importe quel ersatz de dialogue, et veulent bien admettre tout ce qu'on voudra, pourvu qu'on les ait &#233;cout&#233;s, et que des experts aient &#171; r&#233;pondu &#224; leurs inqui&#233;tudes &#187;. L'&#201;tat joue ici le r&#244;le de m&#233;diateur entre la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; et les instances &#233;conomiques, comme les citoyennistes seront ensuite m&#233;diateurs du programme de l'&#201;tat (qui n'est que l'accompagnement de la dynamique du capital), r&#233;vis&#233; de fa&#231;on critique, vers la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187;. On l'a vu avec la loi sur les 35 heures. Ils jouent ici le r&#244;le qui &#233;tait classiquement d&#233;volu aux syndicats dans le monde du travail, pour tout ce qu'on appelle &#171; les probl&#232;mes de soci&#233;t&#233; &#187;. L'ampleur de la mystification montre aussi l'ampleur du champ de la contestation possible, qui s'est &#233;tendu &#224; tous les aspects de la soci&#233;t&#233;. Dans leur rapport &#224; l'&#201;tat, les citoyennistes commencent aussi, en tout cas en France, &#224; &#234;tre malades de leur victoire. De plus en plus, le mouvement se scinde, et se recompose, entre ceux qui ont tendance &#224; faire confiance au pouvoir (&#224; la gauche) et ceux, plus radicaux, qui entendent continuer le combat. Mais le probl&#232;me essentiel n'en reste pas moins pos&#233;. La gauche &#233;tant au pouvoir, pour qui d'autre pourront-ils voter ? Faut-il plus de Verts au gouvernement, ou faut-il au contraire que les Verts se retirent du pouvoir pour mieux jouer leur r&#244;le d'opposants ? Mais &#224; quoi peut servir un parti politique, si ce n'est &#224; entrer dans l'ar&#232;ne d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyennisme est constitutivement incapable de se concentrer en un parti, en tout cas dans les soci&#233;t&#233;s qui sont d&#233;j&#224; d&#233;mocratiques. Il faut une dictature ou une d&#233;mocratie autoritaire pour que les aspirations de la petite et moyenne bourgeoisie entrent en r&#233;sonance avec une contestation plus vaste, et puissent se concentrer en un parti d&#233;mocratique d'opposition radicale. On l'a vu a Belgrade ou au Venezuela avec le national-populiste Chavez. Mais partout o&#249; la d&#233;mocratie est d&#233;j&#224; l&#224;, des partis correspondant tant bien que mal aux aspirations de cette petite et moyenne bourgeoisie existent d&#233;j&#224;, et c'est justement ce syst&#232;me de partis dont une large part des citoyennistes se m&#233;fient. Dans les pays les plus avanc&#233;s, le citoyennisme se concentre essentiellement autour d'un d&#233;sir de d&#233;mocratie plus directe, &#171; participative &#187;, une d&#233;mocratie de &#171; citoyens &#187;. Ils ne se proposent naturellement aucun moyen d'y parvenir, et ce d&#233;sir de d&#233;mocratie directe finit comme toujours devant une urne, ou dans l'abstention impuissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Verts sont int&#233;ressants &#224; cet &#233;gard, puisqu'ils manifestent cette limite du citoyennisme. Issus des mouvements &#233;cologistes des ann&#233;es 70, ils ont parfaitement pris le tournant des ann&#233;es 80. Mais ils restent &#233;galement sur le vieux mod&#232;le d'un Parti, forme concentr&#233;e qui est antinomique &#224; la nature n&#233;buleuse des forces vives du citoyennisme. Ils couraient donc par leur nature m&#234;me le risque de se retrouver face &#224; l'exercice r&#233;el du pouvoir, et c'est bien ce qui s'est pass&#233;. C'est l&#224; en fait le dernier risque politique que courent les &#171; r&#233;formistes &#187;, celui de gouverner. Militer, dans ce cadre l&#224;, n'est pas toujours sans cons&#233;quences, comme les Verts ont pu le constater &#224; leurs d&#233;pens. Ce qui permet de contourner ce risque, c'est le lobbying. Les lobbies n'exercent jamais directement le pouvoir. On ne peut leur imputer les &#171; &#233;checs &#187; de l'&#201;tat. Le militantisme de lobby est sans fin, dans tous les sens du terme. Voil&#224; qui est tr&#232;s satisfaisant pour des individus d&#233;sireux de s'engager sans courir ce risque politique. Dans un lobby, on est entre soi, et il n'est pas n&#233;cessaire de se chercher une base sociale, comme dans un parti classique, par des moyens plus ou moins d&#233;magogiques. On peut en toute s&#233;curit&#233; se montrer &#171; radical &#187; On peut tranquillement se poser en conseiller critique du Prince, sans affronter les difficult&#233;s du gouvernement. On peut &#233;ternellement se lamenter sur le manque de &#171; volont&#233; politique &#187;, en mati&#232;re de nucl&#233;aire, d'immigration ou de sant&#233; publique sans consid&#233;rer si peu que ce soit ce qu'il est effectivement possible de faire, pour un &#201;tat, dans le contexte capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des exemples les plus d&#233;lirants de cet &#233;tat de fait est l'in&#233;narrable association ATTAC. Il est de notori&#233;t&#233; publique que l'id&#233;e m&#234;me d'une taxation des transactions boursi&#232;res fait se contorsionner d'hilarit&#233; l'&#233;conomiste le plus stupide. Il est &#233;galement &#233;vident que l'application dans un seul &#201;tat de cette taxation le plongerait imm&#233;diatement dans une crise noire, et qu'il est manifestement impossible d'appliquer mondialement une telle mesure. Il cr&#232;ve aussi les yeux que m&#234;me dans le cas o&#249;, prise de folie, une organisation comme l'OMC en viendrait &#224; pr&#233;coniser une telle mesure, le toll&#233; mondial serait tel qu'elle n'aurait plus qu'&#224; la remettre dans sa musette. Et, pour pousser jusqu'&#224; l'absurde, que si m&#234;me une telle mesure &#233;tait appliqu&#233;e, il s'ensuivrait automatiquement une aggravation mondiale de l'exploitation, pour corriger les pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci n'emp&#234;che pas les &#233;conomistes d'ATTAC de p&#233;rorer &#224; ce sujet, avec courbes et graphiques, dans l'indiff&#233;rence amus&#233;e de ceux qui exercent r&#233;ellement le pouvoir. On veut bien &#233;galement les recevoir de temps en temps, pour rire un peu, et surtout pour bien montrer &#224; quel point l'&#201;tat est attentif &#224; toutes les propositions que les citoyens voudront bien lui faire. Il faut toutefois reconna&#238;tre &#224; ATTAC le m&#233;rite d'avoir introduit, dans une discipline aussi sinistre que l'&#233;conomie, cet &#233;l&#233;ment de comique qui lui faisait encore d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons ici que son impuissance n'est pas encore un probl&#232;me pour le citoyennisme. Presque personne ne songe encore &#224; le juger sur ses r&#233;sultats, puisque l'urgence d'obtenir des r&#233;sultats ne se fait pas encore r&#233;ellement sentir. Lorsque cela commencera &#224; &#234;tre fait &#224; une vaste &#233;chelle, il n'est pas douteux qu'il n'en aura plus pour tr&#232;s longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#224; ce stade de notre propos naturellement conduits &#224; &#233;voquer la question du &#171; r&#233;formisme &#187; citoyenniste. On sait que les citoyennistes se donnent eux-m&#234;mes volontiers ce qualificatif. On comprend qu'ils veulent par l'emploi de ce terme sugg&#233;rer qu'ils sont plus pragmatiques, plus r&#233;alistes que ces sacr&#233;s id&#233;alistes de r&#233;volutionnaires. Et en effet on peut bien voir jusqu'o&#249; va leur pragmatisme et leur r&#233;alisme avec une association comme ATTAC. Nous autres, pauvres r&#233;volutionnaires, compensons en tout cas notre manque de pragmatisme par la mauvaise habitude de souvent juger des choses en ayant recours &#224; l'histoire, c'est &#224; dire &#224; ce qui s'est r&#233;ellement produit jusqu'&#224; pr&#233;sent. Et force nous est de constater que le r&#233;formisme surgit toujours dans des moments de crise du syst&#232;me capitaliste. Le Front Populaire, par exemple, &#233;tait r&#233;formiste. Dans un moment o&#249; l'insurrection ouvri&#232;re &#233;tait partout, o&#249; les usines &#233;taient occup&#233;es, la r&#233;ponse, entre autres, du Front Populaire &#224; &#233;t&#233; de donner aux ouvriers des cong&#233;s pay&#233;s, qu'ils n'avaient jamais demand&#233; Keynes aussi &#233;tait un r&#233;formiste, et la crise de 1929 y fut pour quelque chose. Mais il n'y a actuellement pas de gr&#232;ves insurrectionnelles, pas de baisse des investissements, pas de baisse significative de la consommation. M&#234;me la r&#233;cente et relative hausse des taux d'int&#233;r&#234;ts, apr&#232;s une d&#233;cennie de baisse continuelle, et la tr&#232;s pr&#233;visible d&#233;b&#226;cle des &#171; valeurs technologiques &#187; sont plus per&#231;ues comme une consolidation des march&#233;s que comme un risque de crise. Il n'y a pas actuellement de crise r&#233;elle du capital. Il ne saurait donc y avoir de r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, toutes les r&#233;formes entreprises dans le capitalisme ne l'ont &#233;t&#233; que pour sauver le capitalisme lui-m&#234;me. Il n'y a pas de r&#233;formes anticapitalistes. Keynes ne se cachait pas d'&#234;tre un lib&#233;ral, et de vouloir sauver le syst&#232;me lib&#233;ral mis en danger par la crise de 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut ici nous attarder un instant sur Keynes, pr&#233;sent&#233; par le citoyennisme comme l'&#233;conomiste-miracle, rem&#232;de &#224; tous nos maux. Il faut d'abord dire de l'homme lui-m&#234;me qu'il connaissait tr&#232;s bien le capitalisme de son temps, puisqu'il avait amass&#233; une fortune personnelle de 500 000 dollars, en se consacrant seulement une heure et demie par jour aux transactions internationales en devises et en biens, tout en travaillant pour le gouvernement anglais. On comprend que le Krach de 1929 ne l'ait pas laiss&#233; indiff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Krach de 1929 marque l'entr&#233;e du capitalisme dans sa p&#233;riode moderne. Il est le r&#233;sultat de la formidable expansion du XIX&#232;me si&#232;cle, qui ne semblait devoir trouver devant elle aucune limite, en particulier en Am&#233;rique. Le r&#234;ve am&#233;ricain battait son plein, qui allait se terminer en cauchemar. Ce r&#234;ve reposait sur l'esprit d'entreprise, sur l'audace entrepreneuriale des h&#233;ritiers des conqu&#233;rants de l'Ouest, et il fut abattu par la r&#233;alit&#233; du capitalisme, o&#249; les investissements ne se font pas par go&#251;t du risque ou esprit d'entreprise, mais pour r&#233;aliser des profits. Le capitalisme parvenu &#224; maturit&#233; stagnait, et on commen&#231;ait &#224; s'apercevoir qu'une croissance ind&#233;finie n'&#233;tait pas acquise, comme une loi naturelle. Les investissements baiss&#232;rent, ou plut&#244;t s'effondr&#232;rent. Les th&#233;ories &#233;conomiques classiques postulaient que puisqu'il y a toujours de l'offre, il y aurait toujours de la demande, n&#233;gligeant le fait que les entreprises ne produisent pas pour fournir des biens, mais pour extraire la plus-value de cette production. Keynes intervint dans ce contexte. Ce qu'il fallait, c'&#233;tait de l'investissement, &#224; savoir cr&#233;er de nouveaux march&#233;s, inventer de nouveaux produits, entrer dans le monde de la consommation de masse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le contexte de la crise, c'&#233;tait &#224; l'&#201;tat &#171; d'amorcer la pompe &#187;, c'est &#224; dire de remettre les gens, tant bien que mal, au travail, d'&#233;tablir une politique mon&#233;taire inflationniste et de cr&#233;er des infrastructures sur la base desquelles le capital priv&#233; pourrait r&#233;investir. Qui va fabriquer des automobiles, dit Keynes, s'il n'y a pas assez de routes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Roosevelt avait d'ailleurs d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; mettre en pratique cette politique, sans le pr&#233;cieux appui th&#233;orique que Keynes lui apportera plus tard. Il ne faut pas oublier que la crise de 1929 avait aussi jet&#233; quelques millions de ch&#244;meurs sur les trottoirs et sur les routes, et que les &#171; raisins de la col&#232;re &#187; commen&#231;aient &#224; dangereusement m&#251;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit en tout cas que le keyn&#233;sianisme est essentiellement lib&#233;ral. Il dit simplement que le lib&#233;ralisme &#224; lui tout seul ne peut se r&#233;guler, que le simple jeu de l'offre et de la demande n'est pas le moteur qui permettrait au capital de s'accro&#238;tre ind&#233;finiment, et que c'est donc &#224; l'&#201;tat de (re)construire les conditions de la croissance, pour ensuite laisser la place aux investisseurs priv&#233;s. En 1934 Keynes &#233;crit dans une lettre au New York Times : &#171; Je vois le probl&#232;me du redressement de la fa&#231;on suivante : combien de temps faudra-t-il aux entreprises ordinaires pour venir &#224; la rescousse ? A quelle &#233;chelle, par quels moyens et pendant combien de temps les d&#233;penses anormales du gouvernement doivent-elles se poursuivre en attendant ? &#187; Nous soulignons &#171; anormales &#187;. On voit bien que l'id&#233;e de Keynes n'&#233;tait nullement celle d'un contr&#244;le permanent et continu du capital priv&#233; par l'&#201;tat ou des instances internationales. Keynes n'&#233;tait pas socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il l'&#233;tait d'ailleurs si peu qu'il &#233;crivit en 1931, en parlant du &#171; communisme &#187; : &#171; Comment puis-je adopter une doctrine qui, pr&#233;f&#233;rant la vase au poisson, exalte le prol&#233;tariat crasseux au d&#233;triment de la bourgeoisie et de l'intelligentsia qui, en d&#233;pit de tous leurs d&#233;fauts, sont la quintessence de l'humanit&#233; et sont certainement &#224; l'origine de toute &#339;uvre humaine ? &#187; Il est vrai que la bourgeoisie &#233;tait alors bien diff&#233;rente de ce qu'elle est devenue, et qu'elle ne sentait pas encore le besoin de se lamenter, avec Viviane Forrester, sur ce qu'il est d&#233;sormais convenu d'appeler &#171; l'horreur &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut indiquer pour finir que les th&#233;ories de Keynes avaient leurs limites, et que le capitalisme a d'autres m&#233;thodes pour &#171; relancer les investissements &#187; : dix ans apr&#232;s la crise de 1929 commen&#231;ait la guerre qui allait ravager le monde, donner un coup de fouet inesp&#233;r&#233; au progr&#232;s technologique, et faire entrer le monde industrialis&#233; dans l'&#226;ge bienheureux de la consommation de masse. Keynes lui-m&#234;me apporta d'ailleurs sa contribution &#224; cette &#171; relance des investissements &#187; en &#233;crivant un opuscule intitul&#233; Comment financer la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les citoyennistes pr&#233;tendent critiquer le lib&#233;ralisme, et se r&#233;clament de Keynes. Comme ils n'ont jamais pr&#233;tendu non plus &#234;tre anticapitalistes, on en d&#233;duit donc que s'ils sont contre le lib&#233;ralisme tout en restant procapitalistes, ils sont pour ce qu'on appelait autrefois le &#171; socialisme &#187;, c'est &#224; dire le capitalisme d'&#201;tat. On comprend mieux alors la pr&#233;sence de trotskistes dans leurs rangs. Mais, bien entendu, ils se d&#233;fendent aussi de cela. On a d&#233;cid&#233;ment du mal &#224; savoir ce qu'ils veulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous affirmons qu'il n'y a pas actuellement de crise capitaliste, et eux naturellement affirment le contraire. En effet, il faut bien qu'il y ait crise pour que l'on fasse appel &#224; eux. La crise est l'&#233;l&#233;ment naturel du r&#233;formiste. Ils ont cru en trouver une en Asie du sud-est, mais cette crise-l&#224; &#233;tait bien plut&#244;t la preuve que le capitalisme a bien retenu les le&#231;ons de Keynes, et qu'il ne croit plus que le lib&#233;ralisme va se r&#233;guler tout seul. La crise asiatique a donc &#233;t&#233; tr&#232;s rapidement jugul&#233;e, avec toutefois quelques &#171; cons&#233;quences sociales &#187;. Mais le capitalisme se moque des &#171; cons&#233;quences sociales &#187;, tant qu'il n'est pas centralement remis en cause. Il n'y aura plus de keyn&#233;sianisme social, plus de Trente Glorieuses. Cela aussi est derri&#232;re nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les citoyennistes peuvent parler de crise, c'est que l'&#201;tat en a parl&#233; d'abord. Depuis trente ans, la France est, para&#238;t-il, en crise. Cette &#171; crise &#187;, bien r&#233;elle au d&#233;but, a bien plut&#244;t &#233;t&#233; ensuite une fa&#231;on de justifier l'exploitation. Aujourd'hui, c'est la &#171; reprise &#187; qui joue ce r&#244;le, et les r&#233;formistes sont bien emb&#234;t&#233;s. Les voil&#224; contraints de r&#233;ajuster leur discours, toujours calqu&#233; sur celui de l'&#201;tat, et ceux qui il y a six mois nous parlaient d'une crise mondiale g&#233;n&#233;ralis&#233;e nous parlent aujourd'hui de &#171; r&#233;partir les fruits de la croissance &#187;. O&#249; est la coh&#233;rence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; sont-ils donc, ces keyn&#233;siens antilib&#233;raux, ces r&#233;formistes sans r&#233;formes, ces &#233;tatistes qui ne peuvent participer &#224; un &#201;tat, ces citoyennistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est simple : ils sont dans une impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut para&#238;tre saugrenu d'affirmer qu'un mouvement qui occupe si manifestement tout le terrain de la contestation puisse se trouver dans une impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains y verront une affirmation gratuite, dict&#233;e par on ne sait quel ressentiment. Nous avons pourtant &#233;voqu&#233; tout &#224; l'heure la d&#233;composition et la disparition d'un mouvement bien plus ancien, et pourvu d'une base sociale infiniment plus large et plus combative, sans pour cela avoir &#224; prendre de pr&#233;cautions oratoires particuli&#232;res, tant cette disparition semble aujourd'hui &#233;vidente. De la m&#234;me mani&#232;re, nous pensons qu'un autre mouvement social est possible, sur des bases jusqu'alors in&#233;dites.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Citoyennisme et citoyens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Ignacio Ramonet parle de d&#233;sob&#233;issance &#171; civique &#187; et non plus de d&#233;sob&#233;issance &#171; civile &#187;, il marque une distinction r&#233;v&#233;latrice du rapport du citoyennisme avec sa propre base. Le mot &#171; civil &#187; se rapporte objectivement, de fa&#231;on neutre, au citoyen d'un &#201;tat, celui qui n'a pas choisi d'y na&#238;tre. &#171; Civique &#187; est ce qui est le propre du bon citoyen, c'est &#224; dire celui qui manifeste activement son appartenance &#224; ce m&#234;me &#201;tat. On voit ici que la distinction est essentiellement d'ordre moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en effet, une des forces du citoyennisme est bien d'&#234;tre un mouvement essentiellement moral, pour ne pas dire moralisateur. On voit avec quelle aisance il passe au-dessus des faits et ne s'embarrasse pas d'analyses lorsqu'il s'agit de passer de la d&#233;nonciation de la &#171; crise &#187; &#224; la &#171; r&#233;partition des fruits de la croissance &#187;. C'est qu'il s'agit &#224; chaque fois d'avoir la position la plus &#171; civique &#187;, c'est &#224; dire la position la plus g&#233;n&#233;reuse, la plus morale. Et en effet, tout le monde est pour la paix, contre la guerre, contre la &#171; mal-bouffe &#187;, pour la &#171; bien-bouffe &#187;, contre la mis&#232;re, pour la richesse. En somme, il vaut mieux vivre riche et en bonne sant&#233; en temps de paix, que pauvre et malade en temps de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne se vend mieux que la morale, en ce monde qui se situe r&#233;solument, un si&#232;cle apr&#232;s Nietzsche, par del&#224; bien et mal. Mais ce besoin de consolation est impossible &#224; rassasier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir par exemple l'embarras qu'a caus&#233; dans les rangs citoyennistes la triste affaire de Givers. Cette r&#233;volte avait la particularit&#233; d'&#234;tre &#224; la fois une r&#233;surgence archa&#239;que de l'action ouvri&#232;re, et la manifestation d'un d&#233;sespoir bien moderne. Un citoyenniste pendant cette affaire se demandait dans Le Monde si on pouvait qualifier l'action des ouvriers de CELLATEX &#171; d'action citoyenne &#187;.. Nous pouvons lui r&#233;pondre. Le couteau sur la gorge, absolument d&#233;boussol&#233;s, et sans le recours de cet optimisme soucieux propre aux lecteurs du Monde Diplomatique, les salari&#233;s de Givers n'&#233;taient pas des citoyens, et ils n'ont pas agi en tant que tels. L'impuissance des citoyennistes &#224; r&#233;agir dans cette circonstance montre quel type de r&#233;actions ils pourront avoir dans d'autres circonstances, &#224; une &#233;chelle plus grande. Ils ne tarderont naturellement pas &#224; en appeler &#224; la r&#233;pression des mauvais citoyens, au nom de la d&#233;mocratie, de l'&#201;tat de Droit, et de la morale. C'&#233;tait d'ailleurs bien le propos du citoyenniste du Monde, qui entendait par son insidieux questionnement (tout &#224; fait objectif, bien s&#251;r) couper l'herbe sous le pied d'une sympathie naissante, et rappeler les citoyens &#224; la raison, pour pr&#233;parer l'&#233;ventuelle r&#233;pression qui naturellement n'a pas eu lieu, puisque, dans la situation actuelle, les salari&#233;s ne pouvaient que n&#233;gocier. Il est en tout cas int&#233;ressant de constater comment, dans cette mini-crise, un citoyenniste va s'empresser de proposer &#224; l'&#201;tat ses services de m&#233;diateur. Le citoyennisme est potentiellement un mouvement contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple montre &#233;galement l'incapacit&#233; du citoyennisme &#224; trouver une r&#233;action face &#224; un mouvement qu'il n'a pas lui-m&#234;me cr&#233;&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi souligner que la base sociale du citoyennisme est consid&#233;rablement plus large et aussi plus floue que les seuls militants associatifs et syndicaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le citoyennisme est l'expression des pr&#233;occupations d'une certaine classe moyenne cultiv&#233;e et d'une petite bourgeoisie qui a vu ses privil&#232;ges et son influence politique fondre comme neige au soleil, en m&#234;me temps que disparaissait la vieille classe ouvri&#232;re. La restructuration &#224; l'&#233;chelle mondiale du capitalisme a laiss&#233; sur le carreau l'ancien capital national, et donc la bourgeoisie qui en &#233;tait d&#233;tentrice et les classes moyennes qu'elle employait. La vieille soci&#233;t&#233; bourgeoise du XIX&#232;me si&#232;cle, aux relents persistants d'Ancien R&#233;gime, a bel et bien disparu. La consolidation de l'&#201;tat et la critique de la mondialisation jouent ici comme nostalgie du vieux capital national et de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la critique des multinationales comme nostalgie de l'entreprise familiale. Encore une fois, ils se lamentent sur un monde perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et deux fois perdu, puisque le terme de citoyen veut aussi se r&#233;f&#233;rer &#224; la vieille appellation r&#233;publicaine, sans doute plus celle des premiers temps de la r&#233;volution bourgeoise que celle de la Commune de Paris (encore qu'un film interminable et volontairement anachronique tourn&#233; r&#233;cemment sur ce sujet semble indiquer que l'on voudrait r&#233;cup&#233;rer cela aussi). Mais cette r&#233;volution, justement, a &#233;t&#233; faite, et nous vivons dans le monde qu'elle a cr&#233;&#233;. Les sans-culottes seraient sans doute &#233;tonn&#233;s de voir ce qu'est devenue la R&#233;publique qu'ils ont contribu&#233; &#224; &#233;tablir, mais les morts ne reviennent pas plus qu'on ne se baigne deux fois dans le m&#234;me fleuve. Il n'est par contre pas impossible que de futurs sans-culottes tra&#238;nent en Nike sur le parking d'une tr&#232;s moderne cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes moyennes en d&#233;sh&#233;rence se reconstituent &#224; travers le citoyennisme une identit&#233; de classe perdue. Un salon &#171; bio &#187; peut ainsi se d&#233;clarer &#171; vitrine des modes de vie et de pens&#233;e citoyenne &#187;.. Que ceux qui ne mangent pas &#171; bio &#187; se le disent : ils ne sont pas &#171; citoyens &#187;. Un jeune citoyenniste peut alors synth&#233;tiser de fa&#231;on fulgurante ses doutes sur le prol&#233;tariat : &#171; Que veux-tu attendre d'eux ? Ils font leurs courses chez Auchan. &#187; Les citoyennistes ne peuvent en tout cas, sur les bases qu'ils occupent actuellement, r&#233;cup&#233;rer un &#233;ventuel mouvement social plus radical, duquel il sont visc&#233;ralement coup&#233;s. Ils ne pourront &#224; ce moment-l&#224; qu'offrir &#224; l'&#201;tat qu'ils d&#233;fendent une caution morale &#224; la r&#233;pression. Les pseudo-solutions qu'ils avancent, face &#224; une crise r&#233;elle, appara&#238;tront alors comme ce qu'elles sont, &#224; savoir un moyen de maintenir l'ordre des choses existant. On ne peut se contenter d'opposer abstraitement et &#224; perte de vue l'&#201;tat au capital, la &#171; vraie &#187; d&#233;mocratie &#224; la d&#233;mocratie telle qu'elle est, &#171; l'&#233;conomie solidaire &#187; au lib&#233;ralisme, lorsque des masses de gens commencent &#224; chercher des r&#233;ponses &#224; leur situation concr&#232;te. Un mouvement n&#233; d'une crise majeure, c'est &#224; dire de la remise en question des conditions d'existence m&#234;mes ne saurait se satisfaire durablement de telles amusettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils pourront tout de m&#234;me, puisqu'ils sont l&#224;, occuper un moment la r&#233;volte, qui pourra aussi se manifester par un nationalisme exacerb&#233;, qu'ils auront auparavant contribu&#233; &#224; entretenir et d&#233;velopper (on en voit actuellement les pr&#233;misses &#224; travers l'anti-am&#233;ricanisme d&#233;velopp&#233; par Bov&#233; et bien d'autres). Mais la critique du capital mondialis&#233; n'a pas face &#224; elle l'alternative d'un retour au capital national, d&#233;fendu par l'&#201;tat. Si cette alternative tr&#232;s hautement improbable est mise en jeu, on aura plut&#244;t la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons l&#224; que rien ne nous garantit que le prochain mouvement social soit r&#233;volutionnaire. Il contribuera en tout cas &#224; d&#233;masquer d&#233;finitivement le citoyennisme, et laissera peut-&#234;tre le champ libre &#224; une remise en jeu du tr&#232;s vieux projet d'une transformation du monde, au del&#224; de l'&#201;tat et du capital.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. Citoyennisme et r&#233;volution.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout l'ancien mouvement r&#233;volutionnaire reposait sur la reprise en main par les ouvriers du mode de production capitaliste, dont ils se sentaient virtuellement possesseurs en raison de la place effective qu'ils occupaient dans la production. Cette place effective, ce rapport r&#233;el du prol&#233;tariat avec la production a &#233;t&#233; lamin&#233; dans les ann&#233;es 70 par l'automation et la pr&#233;carisation. Certains radicaux, comme ceux de l'Encyclop&#233;die des Nuisances ou Camatte (Invariance) on senti ou th&#233;oris&#233; cette transformation, mais ils ne pouvaient sortir de cette conception ancienne de la r&#233;volution sans abandonner la r&#233;volution elle-m&#234;me, et c'est bien ce qui se passa. L'I.S. apr&#232;s tout ne pr&#233;conisait qu'un &#171; meilleur emploi des forces productives &#187;, pour la cr&#233;ation de situations, par le biais des conseils ouvriers. Ils ne voyaient pas (mais &#224; ce moment-l&#224; qui pouvait le voir ?) en quoi le mode de production capitaliste &#233;tait capitaliste, en quoi l'automation qu'ils vantaient n'&#233;tait pas un moyen de lib&#233;rer du temps pour &#171; vivre sans temps mort et jouir sans entraves &#187;, mais une fa&#231;on de d&#233;gager du profit pour le capital. Et apr&#232;s la &#171; contre-r&#233;volution &#187; des ann&#233;es 70-80 ils ont simplement identifi&#233; cette m&#234;me production, que les ouvriers avaient &#233;chou&#233; &#224; reprendre, comme source de tous les maux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de percevoir la disparition du vieux mouvement ouvrier comme nouvelle condition d'un mouvement r&#233;volutionnaire &#224; venir, et surtout comme chance de ce mouvement, il l'ont per&#231;ue comme catastrophe. Et ce fut bien une catastrophe pour l'ancien mouvement ouvrier, son arr&#234;t de mort. La plus grande partie de la g&#233;n&#233;ration post soixante-huitarde s'est ainsi engloutie dans le vide laiss&#233; par cette d&#233;faite. Et nous ne songeons certes pas &#224; le leur reprocher, une conception vieille d'un si&#232;cle ne s'oublie pas en un jour, ni m&#234;me en vingt ans. Aujourd'hui ce bilan peut commencer &#224; se faire. Nous avons eu, depuis 1995, le privil&#232;ge douteux de voir une id&#233;ologie se reb&#226;tir sur les ruines de la r&#233;volution. Si nous l'avons assez rapidement identifi&#233;e dans ce qu'elle avait de nouveau, il a &#233;t&#233; un peu plus long pour nous de la percevoir dans ce qu'elle avait d'archa&#239;que, c'est &#224; dire d'historiquement d&#233;termin&#233;. Nous avons indiqu&#233; plus haut que cette id&#233;ologie, le citoyennisme, pratiquait l'art &#171; d'accommoder les restes &#187; du vieux mouvement r&#233;volutionnaire. C'est parce qu'au fond le vieux mouvement r&#233;volutionnaire ne constituait pas un d&#233;passement du capitalisme, mais une gestion de celui-ci par la &#171; classe montante &#187; qu'&#233;tait cens&#233; &#234;tre le prol&#233;tariat, que le citoyennisme se veut aujourd'hui &#171; r&#233;formiste &#187;. La &#171; gestion ouvri&#232;re &#187; du capital s'est simplement aujourd'hui transform&#233;e en &#171; r&#233;partition des richesses &#187;, en &#171; taxation du capital &#187;, la production disparaissant derri&#232;re le profit, derri&#232;re le capital financier, derri&#232;re l'argent. &#171; De l'argent, il y en a, dans les poches du patronat &#187;, dit le slogan. Certes oui, mais au nom de quoi cet argent devrait-il atterrir dans les poches des prol&#233;taires, pardon, des &#171; citoyens &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux mouvement ouvrier n'ayant pu aboutir &#224; la communaut&#233; humaine se change ainsi en simple int&#233;ressement aux profits capitalistes, de fa&#231;on obsc&#232;ne et r&#233;v&#233;latrice (il faut toutefois noter que si on ne demande &#171; que &#187; de l'argent au capitalisme, c'est aussi parce que l'on sait ne rien pouvoir en attendre d'autre). Il y a certes l&#224; de quoi &#233;c&#339;urer un vieux r&#233;volutionnaire, un de ceux qui pensaient pouvoir construire un monde meilleur. Mais s'il &#233;tait d&#233;j&#224; illusoire de penser pouvoir construire ce monde par la gestion ouvri&#232;re du capital, ils l'est tout &#224; fait de penser pouvoir contraindre le capitalisme &#224; partager ses profits pour le bonheur de tous les &#171; citoyens &#187;, &#224; supposer m&#234;me que leur argent puisse faire notre bonheur. Le citoyennisme touche au point central d'une illusion vieille d'un si&#232;cle, et cette illusion, d&#233;j&#224; morte dans les faits, est sur le point d'&#234;tre d&#233;truite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout est &#224; nous, rien n'est &#224; eux &#187;, s'obstinent-ils &#224; chanter dans leurs manifestations. Mais le capital, cette masse d'argent ne visant qu'&#224; s'accumuler par la domination de l'activit&#233; humaine, et donc par la transformation de cette activit&#233; suivant ses propres normes, a cr&#233;&#233; un monde o&#249; &#171; tout est &#224; lui, rien n'est &#224; nous &#187;. Et il ne s'agit pas seulement de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, mais &#233;galement de leur nature et de leurs buts. Le capital ne s'est pas simplement appropri&#233; ce qui &#233;tait n&#233;cessaire &#224; la survie de l'humanit&#233;, ce qui n'&#233;tait que le premier moment de sa domination, il l'a &#233;galement transform&#233;, par l'industrialisation et la technologie, de telle mani&#232;re qu'aujourd'hui presque plus rien n'est produit pour &#234;tre consomm&#233;, mais simplement pour &#234;tre vendu. Produire pour nos besoins ne peut &#234;tre le fait du capitalisme. Presque plus rien ne subsiste de l'activit&#233; humaine pr&#233;capitaliste. Le monde est bel et bien devenu une marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital n'est pas une force neutre qui, si on &#171; l'orientait &#187; convenablement, pourrait aussi bien faire le bonheur de l'humanit&#233; qu'il fait sa perte. Il ne peut pas &#171; d&#233;polluer aussi bien qu'il pollue &#187;, comme l'a pr&#233;tendu un citoyenniste &#233;cologiste, puisque c'est son mouvement m&#234;me qui l'am&#232;ne in&#233;luctablement &#224; polluer et &#224; d&#233;truire, c'est &#224; dire que le mouvement d'accumulation et de production pour l'accumulation passe par-dessus toute id&#233;e de &#171; besoin &#187;, et donc &#233;galement du besoin vital qu'est pour l'humanit&#233; la pr&#233;servation de son environnement. Le capital ne suit que ses propres fins, il ne peut &#234;tre un projet humain. Il n'y a pas une &#171; autre mondialisation &#187;. Il n'a pas face &#224; lui les besoins de l'humanit&#233;, mais la n&#233;cessit&#233; de l'accumulation. S'il se met &#224; recycler, par exemple, la branche ainsi cr&#233;&#233;e fera tout pour avoir toujours de quoi recycler. Le recyclage, qui n'est qu'une autre fa&#231;on de produire de la mati&#232;re premi&#232;re, cr&#233;e toujours plus de d&#233;chets &#171; recyclables &#187;. En outre, il pollue bien autant que n'importe quelle autre activit&#233; industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons ici, pour &#233;viter toute confusion, nous porter en faux contre cette id&#233;e quelque peu parano&#239;aque que v&#233;hiculent certains &#171; radicaux &#187;, selon laquelle le capital polluerait pour cr&#233;er un march&#233; de la d&#233;pollution, ou en tout cas que chaque d&#233;g&#226;t provoqu&#233; par le capitalisme engendrerait des march&#233;s pour la r&#233;paration de ces d&#233;g&#226;ts, suivant le sch&#233;ma du &#171; pompier incendiaire &#187; Il y a des d&#233;g&#226;ts, et ils sont nombreux, que personne ne veut r&#233;parer, simplement parce que leur r&#233;paration ne constitue pas un march&#233;. La preuve en est que ce sont la plupart du temps les &#201;tats qui doivent assumer seuls le co&#251;t d'une d&#233;pollution, et le conflit peut se situer l&#224;, entre les &#201;tats et les entreprises, et tout le d&#233;bat sur les &#171; pollueurs-payeurs &#187; en est la manifestation. Limiter la casse, et surtout les frais, sans pour autant faire fuir les investisseurs, telle est la quadrature du cercle que le &#171; capitalisme &#233;cologique &#187; doit r&#233;soudre, tel est le v&#233;ritable enjeu des &#171; r&#232;glementations &#233;cologiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit en tout cas jamais de ne plus polluer, mais de savoir qui doit payer dans le cas o&#249; la pollution est par trop catastrophique et visible. Le pr&#233;tendu &#171; march&#233; de la d&#233;pollution &#187;, contrairement &#224; celui du recyclage, n'existe pas vraiment, parce qu'il ne produit aucun b&#233;n&#233;fice en retour, sinon celui tr&#232;s relatif de se mettre en conformit&#233; avec certaines r&#233;glementations, et n'est donc qu'une pure charge pour les entreprises, charge qu'elles ont int&#233;r&#234;t &#224; limiter au maximum. Personne ne veut d&#233;polluer, et on l'a vu &#224; la r&#233;cente conf&#233;rence de la Haye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions d&#233;velopper plus longuement tout ceci, mais cela d&#233;borderait notre propos. Nous voyons en tout cas ici qu'il ne saurait &#234;tre question d'une gestion &#171; humaine &#187; de la production capitaliste, et encore moins de reprendre telle quelle cette production. Tout est &#224; reconstruire. La r&#233;volution sera aussi le moment du &#171; grand d&#233;mant&#232;lement &#187;, et de la reprise sur des bases in&#233;dites de l'activit&#233; humaine, aujourd'hui presque enti&#232;rement domin&#233;e par le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux mouvement ouvrier manifestait le lien unissant capitalisme et prol&#233;tariat. Le plus exploit&#233; des ouvriers pouvait se sentir d&#233;positaire, &#224; travers son travail, d'un monde futur, o&#249; le travail dominerait le capital. Le Parti &#233;tait &#224; la fois une famille et un &#201;tat ouvrier en germe, chaque chef syndical pouvait se sentir li&#233; &#224; la communaut&#233; ouvri&#232;re &#224; la fois pr&#233;sente et &#224; venir. Les transformations du mode de production capitaliste au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es ont lamin&#233; tout ceci, g&#233;n&#233;ralisant la s&#233;paration des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son expansion, le capitalisme a d&#251; d&#233;truire les vieilles communaut&#233;s de souche paysanne pour cr&#233;er la classe ouvri&#232;re qui lui &#233;tait n&#233;cessaire. A peine cette classe ouvri&#232;re cr&#233;&#233;e, il doit de nouveau la d&#233;truire, et se trouve face au probl&#232;me de l'int&#233;gration de millions d'individus &#224; son monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les citoyennistes apportent une r&#233;ponse d&#233;risoire en tentant de reconstituer le lien qui unissait autrefois la &#171; classe ouvri&#232;re &#187; par celui qui unirait les &#171; citoyens &#187;, c'est &#224; dire l'&#201;tat. Cette recherche de la reconstitution du lien &#224; travers l'&#201;tat se manifeste dans le nationalisme latent des citoyennistes. Le capital abstrait et sans visage est remplac&#233; par des figures nationales, par la moustache de Jos&#233; Bov&#233;, ou la r&#233;habilitation de l'hymne tsariste en Russie (il ne s'agit plus l&#224; de citoyennisme, bien s&#251;r, mais de la manifestation d'un nationalisme bien plus g&#233;n&#233;ral, et &#233;galement sans issue). Mais l'&#201;tat ne peut offrir que des symboles, des ersatz de lien, parce qu'il est lui m&#234;me pour ainsi dire satur&#233; de capital, et qu'il ne peut agiter ces symboles que dans le sens qui lui est dict&#233; par la logique capitaliste &#224; laquelle il appartient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; citoyen &#187; comme lien est la manifestation d'un vide, ou plut&#244;t du fait qu'il appartient maintenant au capitalisme, et &#224; lui seul, d'int&#233;grer ces milliards de gens priv&#233;s de la communaut&#233; Et nous sommes oblig&#233;s de constater qu'il le fait, jusqu'&#224; pr&#233;sent, tant bien que mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le capitalisme est toujours confus&#233;ment per&#231;u comme une force ext&#233;rieure et hostile &#224; l'humanit&#233;, soit qu'il la prive de pain, soit qu'il la prive de &#171; sens &#187;. Dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes avanc&#233;es, cela se manifeste par la fuite des individus s&#233;par&#233;s dans ce que les sociologues nomment la &#171; sph&#232;re priv&#233;e &#187;, les loisirs, la famille ou ce qu'il en reste, la bande de copains, etc. Ceci d&#233;veloppe tr&#232;s logiquement un march&#233; de la s&#233;paration, qui se manifeste &#224; travers les outils de communication-consommation, mais cette consommation de &#171; l'&#234;tre ensemble &#187; se r&#233;sout finalement, dans le monde de la marchandise, en un &#171; avoir tout seul &#187; qui replonge dans la s&#233;paration qu'elle &#233;tait cens&#233;e pallier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail lui-m&#234;me, qui est toujours la principale force d'int&#233;gration du capital, est de plus en plus per&#231;u comme une contrainte ext&#233;rieure et il n'est plus que marginalement ce qui d&#233;crit l'identit&#233; d'individus toujours plus nivel&#233;s dans la masse. Et cela n'a rien d'&#233;tonnant, &#224; l'heure de la disparition des m&#233;tiers, remplac&#233;s par des fonctions ne r&#233;clamant aucune comp&#233;tence particuli&#232;re. Le &#171; monde du travail &#187; est aussi devenu celui de l'incomp&#233;tence. Cette dynamique de d&#233;qualification peut-&#234;tre per&#231;ue par certains comme une d&#233;cadence (et la dynamique de l'int&#233;gration par le capital cr&#233;e bien ses propres &#171; barbares &#187; de l'int&#233;rieur), mais elle est &#233;galement une d&#233;moralisation du travail, o&#249; celui-ci appara&#238;t r&#233;ellement &#224; chacun comme vide de sens, pur arbitraire, contrainte ext&#233;rieure, exploitation. La morale du travail, autrefois partag&#233;e &#233;galement par la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, est en train de se dissoudre dans le mouvement de l'int&#233;gration capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration capitaliste (probl&#232;me central sur lequel il nous faudra revenir) se fait de plus en plus sentir comme artificielle, elle est en tout cas tr&#232;s probl&#233;matique, et elle induit ce qu'on pourrait nommer une n&#233;vrose de masse, li&#233;e au sentiment de n'avoir plus aucune prise sur sa vie. Le prochain mouvement r&#233;volutionnaire ne pourra faire l'&#233;conomie de ce constat, puisque cette impuissance, qui est &#233;galement ce que l'on nommait autrefois ali&#233;nation, fait partie int&#233;grante de notre rapport au monde capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI. &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, je n'ai pas de conseils &#224; vous donner ! &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous donnerons pas le ridicule de pr&#233;senter ici ce que devra &#234;tre le prochain mouvement r&#233;volutionnaire. Personne ne peut le dire avec certitude, sans tomber dans une id&#233;ologie de rechange. Nous pouvons toutefois imaginer, &#224; partir de ce qui est d&#233;j&#224; l&#224;, ce que ce mouvement pourra &#234;tre, c'est &#224; dire ce qui dans la situation pr&#233;sente est le germe d'une situation future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation du capital et la dissolution des capitaux nationaux impliquent qu'il s'agira d'un mouvement mondial, et pas sous la forme caricaturale d'une action contre l'OMC ou la CNUCED. Il ne s'agira pas d'aller mettre le feu &#224; Francfort ou &#224; Bruxelles, mais d'agir face au capitalisme tel qu'il se pr&#233;sente ici, l&#224; o&#249; nous sommes, parce qu'ici, l&#224; o&#249; nous sommes, c'est l&#224; que se joue r&#233;ellement la mondialisation. La mondialisation du capital est aussi la mondialisation de la lutte, et lorsqu'on d&#233;cide &#224; New York de ce qui est produit au Mexique et emball&#233; dans le Pas-de-Calais, toute attaque locale a des r&#233;percussions globales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissolution de la conscience de classe et du vieux mouvement ouvrier ont &#233;galement pour cons&#233;quence que chacun se trouve, dans sa vie, seul face &#224; tous les aspects de la domination et de l'exploitation, simultan&#233;ment. Il n'y a plus de refuge, plus de communaut&#233; o&#249; se replier. L'identit&#233; que l'on se construisait &#224; travers le travail tend &#224; se dissoudre, au profit d'une tentative de recomposition autour du priv&#233;, de la bande de copains ou la famille, des loisirs. Mais avec les loisirs de masse, la d&#233;composition de la famille et la brutalit&#233; des rapports sociaux, le particulier se retrouve &#224; chaque fois r&#233;expuls&#233; vers le g&#233;n&#233;ral. L'homme moderne est un homme public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais dans l'histoire de l'humanit&#233; les individus n'ont &#233;t&#233; contraints &#224; se penser de fa&#231;on aussi globale, en tant qu'humanit&#233;, &#224; l'&#233;chelle mondiale. Ceci est &#224; la fois une souffrance (et on comprend mieux ici ce qui peut attirer certains chez Zerzan ou Kaczinski, entre autres r&#233;gressions) et la condition m&#234;me de la lib&#233;ration. Les primitivistes veulent se lib&#233;rer de l'humanit&#233;, revenir &#224; cette harmonie ant&#233;rieure de la communaut&#233; restreinte isol&#233;e. Mais ce retour est impossible. Il n'y a pas d'en dehors du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1860, Marx pouvait encore &#233;crire dans le Capital : &#171; Pour rencontrer le travail commun, c'est &#224; dire l'association imm&#233;diate, nous n'avons pas besoin de remonter &#224; sa forme naturelle primitive, telle qu'elle nous appara&#238;t au seuil de l'histoire de tous les peuples civilis&#233;s. Nous en avons un exemple tout pr&#232;s de nous dans l'industrie rustique et patriarcale d'une famille de paysans qui produit pour ses propres besoins (&#8230;). &#187; Cet &#171; exemple &#187; a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'activit&#233; humaine ou presque est d&#233;sormais r&#233;gie par le capitalisme, ce qui pousse certains, comme Zerzan ou Kaczinski, et bien d'autres avec eux, &#224; regretter le &#171; bon vieux temps &#187;, qu'il soit primitif-fusionnel, ou patriarcal-artisanal. Mais toutes ces formes d'organisation sociale n'ont pas su r&#233;sister au capitalisme, et on voit mal d&#232;s lors comment elles pourraient &#234;tre son avenir, &#224; moins de postuler une nature de l'humanit&#233; dont ces formes seraient la manifestation, et &#233;galement une autodestruction catastrophique du capitalisme (c'est &#224; dire du monde), apr&#232;s laquelle elles pourraient tout naturellement retrouver leur place momentan&#233;ment usurp&#233;e. Mais cette &#171; autodestruction &#187; du capitalisme serait &#233;galement la n&#244;tre, et c'est donc &#224; partir du capitalisme qu'il nous faut envisager l'avenir, que cela nous plaise ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que la globalisation des individus d&#233;borde largement les limites du travail salari&#233;. Chaque aspect de la vie est soumis &#224; cette globalisation, et c'est donc chaque aspect de la vie qui demandera a &#234;tre transform&#233;, unitairement. Dit plus simplement, on ne peut aujourd'hui rien changer sans finalement tout changer. Cela sera la principale condition de la r&#233;volution &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s concr&#232;tement, chaque probl&#232;me que le capitalisme nous l&#233;guera ne pourra se r&#233;soudre qu'&#224; l'&#233;chelle d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;re. D&#233;chets nucl&#233;aires, transports, agriculture, tout ceci nous conduira &#224; des choix et des modes d'organisation qui devront &#234;tre conduits globalement, hors de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de la division hi&#233;rarchique du travail. Et il ne s'agira pas seulement de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; monde sans fronti&#232;res &#187; que le capitalisme a cr&#233;&#233; pour la marchandise sera bel et bien un monde sans fronti&#232;res pour l'humanit&#233;. Il n'y aura pas de droits de douane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous remettrons &#224; plus tard le soin de d&#233;velopper ce que tout cela implique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pourrions &#233;galement &#233;voquer ce que pourraient &#234;tre les modes d'organisation que les hommes se donneront alors, mais il nous semble que l'immensit&#233; des probl&#232;mes pratiques qui se poseront alors sera telle que des solutions in&#233;dites devront &#234;tre alors mises en &#339;uvre, et sans doute souvent dans l'urgence. L'initiative individuelle sera peut-&#234;tre alors aussi n&#233;cessaire que la concertation g&#233;n&#233;rale, et jamais l'une ne saurait remplacer l'autre. Le d&#233;bat reste ouvert, et c'est aussi sur toutes ces questions qu'il nous faut &#171; savoir attendre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII. Conclusion provisoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes efforc&#233;s ici d'&#233;voquer les principales limites et faiblesses du citoyennisme, et l'on voit que ce ne sont pas simplement des limites ou des faiblesses &#171; th&#233;oriques &#187;, mais qu'elles sont bien r&#233;elles et lui seront s&#251;rement fatales, &#224; plus ou moins court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, il n'est pas question de rester assis les bras crois&#233;s &#171; en attendant &#187; que le citoyennisme s'&#233;croule, pour laisser magiquement la place &#224; la r&#233;volution. Ce mouvement a bien des ressources encore, et il est sans doute capable de s'adapter &#224; de nouvelles conditions. Nous avons cependant pr&#233;cis&#233; ici &#224; quelles &#171; conditions &#187; il ne saurait s'adapter. Nous n'avons en tout cas qu'&#224; peine &#233;bauch&#233; cette critique, qui sera poursuivie par d'autres. La question &#224; laquelle nous avons aussi voulu tenter de r&#233;pondre, c'est celle de la mani&#232;re dont il nous semble qu'il convient d'aborder la critique. Trop souvent, des r&#233;volutionnaires critiquent ceux qu'ils pr&#233;tendent &#234;tre les &#171; r&#233;formistes &#187;, sous le simple pr&#233;texte qu'ils ne seraient pas r&#233;volutionnaires. C'est pr&#233;senter les choses comme s'il s'agissait au fond d'un simple d&#233;bat d'opinions, au fond &#233;gales, c'est &#224; dire &#233;galement vides, paroles creuses face &#224; la toute-puissante objectivit&#233; du monde. A ce compte-l&#224;, on peut d&#233;fendre n'importe quoi, et pr&#233;f&#233;rer les Indiens de Zerzan aux cow-boys de Kaczynski, la Renaissance &#224; la soci&#233;t&#233; industrielle, les prol&#233;taires &#224; casquette aux jeunes rapeurs en Nike.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prochain mouvement r&#233;volutionnaire devra aussi trouver son propre langage. Il ne s'exprimera s&#251;rement pas dans les termes que nous employons ici, qui sont ceux d'une certaine tradition th&#233;orique. Le langage th&#233;orique que nous employons est un outil pour comprendre la r&#233;volution &#224; venir, il n'est pas cette r&#233;volution elle-m&#234;me. Il nous faudra cependant sortir de l'emploi magique-affectif du langage, qui est le langage de l'ali&#233;nation contemporaine, le langage de ceux qui n'ont aucune prise pratique sur le monde, et ne peuvent donc que le r&#234;ver. Seuls ceux qui n'ont aucun pouvoir sur le monde peuvent dire n'importe quoi, sans crainte d'&#234;tre jamais d&#233;mentis, puisqu'ils savent que leurs propos sont sans cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde de l'int&#233;gration capitaliste, il n'y a plus ni v&#233;rit&#233; ni mensonge, juste des sensations &#233;ph&#233;m&#232;res ; il nous faut cesser d'avoir peur de la v&#233;rit&#233;. Si souvent nous voyons dans la pr&#233;tention &#224; dire la v&#233;rit&#233; une domination, un &#171; fascisme &#187;, une volont&#233; d'h&#233;g&#233;monie du discours, c'est que dans le monde capitaliste seuls ceux qui dominent peuvent pr&#233;tendre &#224; dire la &#171; v&#233;rit&#233; &#187;, puisqu'ils la cr&#233;ent eux-m&#234;mes, et d&#233;tiennent le monopole de la &#171; parole vraie &#187;. Mais cette &#171; v&#233;rit&#233; &#187; est si manifestement fausse, et notre impuissance &#224; y r&#233;pondre si &#233;crasante, que nous finissons par &#234;tre d&#233;go&#251;t&#233;s de toute tentative de rechercher la v&#233;rit&#233;, et doutons de la possibilit&#233; de dire quoi que ce soit de vrai, c'est &#224; dire de rendre, autant qu'il nous est possible, intelligible le monde o&#249; nous vivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'arbitraire du spectacle, tout est question de &#171; point de vue &#187;. Chacun, &#171; de son point de vue &#187;, peut avoir &#224; la fois tort et raison, et l'indiff&#233;rence lib&#233;rale &#224; autrui se manifeste dans le respect de toutes les &#171; opinions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel &#171; r&#233;volutionnaire &#187; &#224; la subjectivit&#233;, r&#233;sidu du surr&#233;alisme et du situationnisme vaneigemiste, est plus que jamais r&#233;actionnaire, &#224; l'heure o&#249; le capitalisme lui-m&#234;me en appelle &#224; la s&#233;paration jouissive : &#171; r&#234;vez, nous ferons le reste &#187;. C'est au contraire un langage commun qu'il nous faut retrouver. Notre subjectivit&#233; m&#234;me ne peut se construire r&#233;ellement que si nous sommes capables, avec d'autres, de saisir l'objectivit&#233; du monde que nous partageons. Comprendre, c'est dominer, et donc pouvoir changer le monde. Commencer &#224; tenter de comprendre, c'est r&#233;tablir la communication avec ce qui nous entoure, fissurer la glace de la s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas critiqu&#233; ici les citoyennistes parce que nous n'aurions pas les m&#234;mes go&#251;ts ou les m&#234;mes valeurs, pas la m&#234;me subjectivit&#233;. Nous n'avons d'ailleurs pas critiqu&#233; les citoyennistes en tant que personnes, mais le citoyennisme, en tant que fausse conscience et en tant que mouvement r&#233;actionnaire, comme on disait autrefois, c'est &#224; dire qui concourt &#224; &#233;touffer ce qui n'est encore qu'en germe. Nous l'avons critiqu&#233; historiquement, ou du moins avons tent&#233; de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne doutons d'ailleurs pas que nombre d'individus qui sont aujourd'hui englu&#233;s dans les contradictions du citoyennisme par louable d&#233;sir d'agir sur le monde, n'en viennent un jour &#224; rejoindre ceux qui d&#233;sirent r&#233;ellement le transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes ni plus ni moins &#171; radicaux &#187; que le moment dans lequel nous sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le m&#234;me sujet, on peut se r&#233;f&#233;rer avec profit aux th&#232;ses sur le d&#233;mocratisme radical de la revue &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; (Roland Simon, B.P. 17, 84300 Les Vign&#232;res) et au texte &lt;i&gt;Des Organismes G&#233;n&#233;tiquement Modifi&#233;s et du citoyen sign&#233;&lt;/i&gt; par &#034;Quelques ennemis du meilleur des mondes transg&#233;nique&#034;(c/o ACNM, B.P. 178, 75967 Paris Cedex 20). Voir aussi &lt;a href=&#034;http://web.tiscali.it/anticitoyennisme&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://web.tiscali.it/anticitoyennisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;dition, en 2001, par &#034;&lt;strong&gt;en attendant&#8230;&lt;/strong&gt;&#034; 5, rue du Four 54000 Nancy, fr. &lt;a href=&#034;mailto:en_attendant((((AAAAAA))))hotmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;mail&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>John Zerzan et la confusion primitive</title>
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		<dc:date>2004-02-03T09:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain C.</dc:creator>


		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Antinaturalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Portugu&#234;s </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les &#233;ditions l'Insomniaque ont fait para&#238;tre deux recueils d'articles de John Zerzan : &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt;, en d&#233;cembre 1998 (d'abord publi&#233; par Autonom&#233;dia, New York, 1994) et &lt;i&gt;Aux sources de l'ali&#233;nation&lt;/i&gt;, en octobre 1999 (&lt;i&gt;Elements of refusal&lt;/i&gt;, Left Bank Books, Seattle, 1988).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Nous disons que ces textes sont une r&#233;&#233;criture id&#233;ologique de l'histoire de l'humanit&#233;, que John Zerzan se sert de diff&#233;rents travaux de pr&#233;historiens, d'anthropologues et de philosophes &#224; seule fin d'&#233;tablir une id&#233;e pr&#233;con&#231;ue de ce qu'est l'humanit&#233;, de ce qu'elle a &#233;t&#233; et de ce qu'elle doit devenir. L'id&#233;ologie de Zerzan est sans doute g&#233;n&#233;reuse, et soul&#232;ve par ailleurs des probl&#232;mes int&#233;ressants, mais elle n'est qu'une id&#233;ologie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les th&#232;ses de Zerzan ne semblent en outre, dans le petit milieu o&#249; elles ont &#233;t&#233; diffus&#233;es, n'avoir soulev&#233; aucun d&#233;bat, et n'avoir rencontr&#233; qu'une approbation ou une r&#233;probation vague, du moins &#224; notre connaissance. Le but de cette brochure est &#233;galement de lancer ce d&#233;bat, sur des bases plus concr&#232;tes.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- I - La pr&#233;histoire manipul&#233;e&lt;br class='manualbr' /&gt;- II - Aux sources de l'ali&#233;nation : un mixage id&#233;ologique&lt;br class='manualbr' /&gt;- III - Le communisme ne peut pas &#234;tre &#034;primitif&#034;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot140" rel="tag"&gt;Portugu&#234;s &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH97/arton94-9c407.jpg?1780495977' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff94.jpg?1128977631&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;ditions l'Insomniaque ont fait para&#238;tre r&#233;cemment deux recueils d'articles de John Zerzan : &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt;, en d&#233;cembre 1998 (d'abord publi&#233; par Autonom&#233;dia, New York, 1994) et &lt;i&gt;Aux sources de l'ali&#233;nation&lt;/i&gt;, en octobre 1999 (&lt;i&gt;Elements of refusal&lt;/i&gt;, Left Bank Books, Seattle, 1988).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disons que ces textes sont une r&#233;&#233;criture id&#233;ologique de l'histoire de l'humanit&#233;, que John Zerzan se sert de diff&#233;rents travaux de pr&#233;historiens, d'anthropologues et de philosophes &#224; seule fin d'&#233;tablir une id&#233;e pr&#233;con&#231;ue de ce qu'est l'humanit&#233;, de ce qu'elle a &#233;t&#233; et de ce qu'elle doit devenir. L'id&#233;ologie de Zerzan est sans doute g&#233;n&#233;reuse, et soul&#232;ve par ailleurs des probl&#232;mes int&#233;ressants, mais elle n'est qu'une id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses de Zerzan ne semblent en outre, dans le petit milieu o&#249; elles ont &#233;t&#233; diffus&#233;es, n'avoir soulev&#233; aucun d&#233;bat, et n'avoir rencontr&#233; qu'une approbation ou une r&#233;probation vague, du moins &#224; notre connaissance. Le but de cette brochure est &#233;galement de lancer ce d&#233;bat, sur des bases plus concr&#232;tes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. La pr&#233;histoire manipul&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que nous savons de l'aube de l'humanit&#233;, nous le savons par l'&#233;tude des traces mat&#233;rielles que les premiers hommes ont laiss&#233;es, et qui sont parvenues jusqu'&#224; nous. Ces traces sont essentiellement, pour les premiers temps, des ossements animaux et humains, et des pierres taill&#233;es. Leur disposition dans des sites particuliers apporte &#233;galement de pr&#233;cieuses informations. Le fait essentiel est que ces traces sont extr&#234;mement fragmentaires, impossibles &#224; dater avec une grande pr&#233;cision. A partir de ces traces, les pr&#233;historiens &#233;tablissent des hypoth&#232;ses, puis b&#226;tissent des th&#233;ories, souvent bouscul&#233;es par des d&#233;couvertes ult&#233;rieures. La pr&#233;histoire est un domaine de la connaissance tr&#232;s mouvant, toujours soumis &#224; des changements : l'id&#233;e que nous nous faisons de cette p&#233;riode, ou plut&#244;t de ces p&#233;riodes, ne peut &#234;tre aussi pr&#233;cise que celle que nous nous faisons de p&#233;riodes plus r&#233;centes. Les certitudes sont rares, et plut&#244;t g&#233;n&#233;rales que pr&#233;cises. Les trente derni&#232;res ann&#233;es, avec de nombreuses d&#233;couvertes et l'&#233;volution des m&#233;thodes, ont consid&#233;rablement affin&#233; l'image caricaturale de la pr&#233;histoire qui a pr&#233;valu jusqu'au milieu du XX&#232;me si&#232;cle. En m&#234;me temps, d'autres probl&#232;mes sont apparus, tendant &#224; rendre les questions toujours plus compliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition m&#234;me de l'homme pose probl&#232;me. On compte g&#233;n&#233;ralement pour toute la p&#233;riode pal&#233;olithique, qui s'&#233;tend sur environ 2,5 ou 3 millions d'ann&#233;es, quatre repr&#233;sentants du genre Homo : d'abord le plus ancien, Homo habilis, d'o&#249; descendent les trois esp&#232;ces plus r&#233;centes, chronologiquement : Homo erectus (Pith&#233;canthropiens), Homo sapiens archa&#239;que (N&#233;andertaliens), et enfin l'homme &#034; moderne &#034;, le seul qui reste aujourd'hui pr&#233;sent sur la plan&#232;te, Homo sapiens sapiens. Avant le plus ancien repr&#233;sentant du genre Homo, on a diff&#233;rentes esp&#232;ces d'Australopith&#232;ques, qu'Homo habilis c&#244;toya longtemps, lui-m&#234;me descendant d'un type d'Australopith&#232;que dit gracile. Ces primates anthropo&#239;des se servaient d'outils de pierre et d'os et pratiquaient sans doute la chasse organis&#233;e, mais ne font pas partie (pour l'instant du moins) du club Homo. Il est &#233;galement &#224; noter que bien qu'appartenant au genre Homo, l'Homo habilis n'est g&#233;n&#233;ralement pas consid&#233;r&#233; comme faisant partie de la m&#234;me esp&#232;ce qu'Homo sapiens sapiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ces quelques donn&#233;es de base, on peut d&#233;j&#224; apercevoir les manipulations op&#233;r&#233;es par Zerzan. Au vu des nombreuses citations auxquelles il a recours dans ses articles, on ne peut le soup&#231;onner d'&#234;tre ignorant du sujet dont il parle. Les omissions, ou plut&#244;t le choix qu'il fait de certaines th&#233;ories au d&#233;triment d'autres marquent donc une volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e de sa part. Zerzan veut dresser un tableau idyllique des d&#233;buts de l'humanit&#233; : il va donc rechercher les &#233;l&#233;ments qui vont lui permettre de dresser ce tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe d'abord &#224; notre id&#233;ologue de faire remonter l'humanit&#233; le plus loin possible, et ce pour une raison pr&#233;cise : plus l'homme &#233;volue vers sa forme &#034; moderne &#034;, plus les &#233;l&#233;ments montrant l'existence de ce que Zerzan nomme &#034; ali&#233;nation &#034; (pratiques artistiques et religieuses, langage articul&#233;, sens du temps et du projet, etc.) deviennent incontestables. Il lui faut donc se tourner vers les moments les plus archa&#239;ques de l'&#233;volution humaine. Les N&#233;andertaliens m&#234;me (300 &#224; 400 000 ans) lui paraissent un peu trop &#034; cultiv&#233;s &#034;. Il ira donc chercher ses exemples de pr&#233;f&#233;rence chez les tous premiers humains, les fameux Homo habilis. Mais m&#234;me cette solution pose pas mal de probl&#232;mes. Zerzan s'en sortira au prix de contorsions intellectuelles &#224; la limite de l'honn&#234;tet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il annonce d'ailleurs lui-m&#234;me ce que sera sa m&#233;thode au d&#233;but de &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt; : apr&#232;s avoir &#233;mis des r&#233;serves de bon aloi sur la science s&#233;par&#233;e, il consent &#224; reconna&#238;tre que ce qu'il appelle avec m&#233;pris la &#034; litt&#233;rature sp&#233;cialis&#233;e &#034;, c'est &#224; dire scientifique, &#034; peut n&#233;anmoins fournir une aide hautement appr&#233;ciable &#034;. Et qu'est ce qui d'autre &#034; pourrait &#034; nous la fournir, cette &#034; aide&#034;, &#224; moins de devenir nous-m&#234;mes arch&#233;ologues, c'est &#224; dire tenants de l'affreux savoir s&#233;par&#233; ? S'imagine-t-il que les premiers hommes vont ressusciter pour venir nous raconter comment ils vivaient ? L'arch&#233;ologie est la seule source disponible pour qui veut savoir ce que fut l'humanit&#233; des premiers temps. Et donc, quoiqu'on puisse en dire par ailleurs, nous sommes oblig&#233;s de raisonner &#224; partir de ses d&#233;couvertes. Elle n'est pas une &#034; aide &#034;, elle est tout ce que nous avons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour Zerzan, les d&#233;couvertes scientifiques ne sont qu'un moyen de d&#233;velopper son id&#233;ologie. C'est pourquoi il entend aborder la science &#034; avec la m&#233;thode et la vigilance appropri&#233;es &#034;, et qu'il se d&#233;clare &#034; d&#233;cid&#233; &#224; en franchir les limites &#034;. En clair, il ne tiendra aucun compte de ce qui le g&#234;ne, se r&#233;servera le droit d'utiliser l'argument de l'autorit&#233; scientifique (avec, il faut le noter, plus de certitude que les scientifiques eux-m&#234;mes) lorsque cela lui conviendra, et de le rejeter lorsqu'il aura cess&#233; de lui convenir. C'est l&#224; l'essentiel de la &#034; m&#233;thode &#034; de Zerzan, qui se retrouve dans tous ses textes. Il s'agit d'instrumentaliser la science, qui, parce qu'elle n'est qu'une institution culturelle, ne peut jamais &#234;tre objective, et doit donc &#234;tre prise comme telle. C'est l&#224; une vieille conception de l'activit&#233; scientifique mise au service d'une id&#233;ologie, que les braves docteurs Lyssenko et Mengele illustr&#232;rent brillamment au cours du si&#232;cle pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#034; m&#233;thode &#034; pos&#233;e, observons-en les d&#233;veloppements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut commencer par le probl&#232;me de la chasse : Zerzan est non-violent, s&#251;rement v&#233;g&#233;tarien, et donc il consid&#232;re que manger de la viande est immoral, puisque cela implique de tuer des animaux, et mauvais pour la sant&#233;. En outre, c'est fatigant et oblige &#224; s'organiser. La cueillette doit donc avoir &#233;t&#233; l'&#233;tat naturel de la &#034; bonne &#034; humanit&#233;, c'est &#224; dire de celle qui ressemble le plus &#224; Zerzan lui-m&#234;me. Reste &#224; le d&#233;montrer. Il ne le d&#233;montre pas, il l'affirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon lui, &#034; on admet d&#233;sormais couramment &#034; que la cueillette constituait &#034; la principale ressource alimentaire &#034;. Qui admet ceci, et &#224; partir de quoi, il ne le dit pas. Et la &#034; principale &#034; ressource ne signifie pas la &#034; seule &#034; ressource. Mais &#231;a n'est pas grave : cette affirmation, noy&#233;e dans des consid&#233;rations sur la non-division sexuelle du travail (Zerzan est aussi f&#233;ministe, bien s&#251;r), permet, par un simple effet de langage, de donner l'impression que les premiers humains &#233;taient v&#233;g&#233;tariens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il va plus loin : il affirme, avec un certain Binford, &#034; qu'aucune trace tangible de pratiques bouch&#232;res n'indique une consommation de produits animaux jusqu'&#224; l'apparition, relativement r&#233;cente, d'humains anatomiquement modernes. &#034; Revoil&#224; donc ces foutus N&#233;andertaliens, porteurs de tous les maux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tout de m&#234;me un probl&#232;me. Comme nous l'avons indiqu&#233; au d&#233;but, la connaissance de la pr&#233;histoire repose sur les d&#233;couvertes de sites arch&#233;ologiques. Je ne sais sur quoi s'appuie Binford pour affirmer l'absence de consommation de viande, ou plus exactement de &#034; pratiques bouch&#232;res &#034; avant une date si &#034; r&#233;cente &#034;, mais il y a au moins un site, parmi les plus connus et les plus anciens ( 1,8 millions d'ann&#233;es) qui d&#233;montrerait le contraire : le site d'Olduva&#239;, au Nord de la Tanzanie, o&#249; l'on a d&#233;couvert entre 1953 et 1975 les restes de premiers Homo habilis, nos plus lointains anc&#234;tres, donc. On y a &#233;galement trouv&#233; les restes d'un &#233;l&#233;phant, m&#234;l&#233; &#224; plus de 200 outils, ayant servi au d&#233;pe&#231;age. On pourrait dire que cela n'indique pas la chasse, mais peut-&#234;tre une pratique charognarde, il n'en reste pas moins que le d&#233;pe&#231;age est bien une &#034; pratique bouch&#232;re &#034;. Sur le m&#234;me site, on a &#233;galement d&#233;couvert trois cr&#226;nes de la m&#234;me esp&#232;ce d'antilope portant la m&#234;me fracture, r&#233;sultant d'un coup port&#233; &#224; l'aide d'un galet ou d'une massue. Cela indique sans doute une pratique d'abattage d&#233;j&#224; codifi&#233;e, suivant des r&#232;gles pr&#233;cises, et d&#233;ment en tout cas la th&#232;se d'une consommation de viande seulement occasionnelle, et encore plus celle d'un v&#233;g&#233;tarisme g&#233;n&#233;ralis&#233; jusqu'&#224; l'apparition de l'homme &#034; moderne &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, sur le site du Vallonnet, d&#233;couvert en 1962 et remontant &#224; 950 000 ans, on a retrouv&#233; les restes d'une baleine certainement &#233;chou&#233;e sur une plage voisine, qui fut tra&#238;n&#233;e jusqu'&#224; cette grotte pour y &#234;tre d&#233;pec&#233;e. Les premiers outils de pierre n'ont donc pas uniquement et tous servi, comme il est assez &#233;vident, au &#034; travail des mati&#232;res v&#233;g&#233;tales &#034;. La citation que fait l'auteur en p.38 de &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt; d'outils r&#233;serv&#233;s &#224; cet usage, n'est donc valable, si elle est exacte, que dans le cas particulier qu'il cite, cas particulier qu'il tente, par une m&#233;thode oratoire classique, de faire passer pour une g&#233;n&#233;ralit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre objectif dans cette brochure n'est pas de trancher des d&#233;bats sur la pr&#233;histoire : nous n'en avons ni les moyens ni le d&#233;sir. Nous observons simplement que Zerzan, qui n'ignore rien du site d'Olduva&#239;, puisqu'il en fait mention p.44 de &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt;, pour vanter la beaut&#233; de la hache acheul&#233;enne, et conna&#238;t tr&#232;s certainement celui du Vallonet, les oublie purement et simplement lorsqu'il s'agit d'&#233;voquer des th&#232;ses qui ne le satisfont pas. Lorsqu'on avance une th&#232;se, en arch&#233;ologie comme ailleurs, il semble &#233;vident que l'on doit au moins citer, et au mieux d&#233;monter, les th&#232;ses qui pourraient contredire celle qu'on avance. Zerzan ignore la contradiction, ou plus exactement, il la tait. Ne pas soulever la contradiction est une pratique courante du mensonge social organis&#233; que Zerzan voudrait d&#233;noncer. Employant ses m&#233;thodes, m&#234;me dans un autre but, Zerzan fait partie de ce mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;voquer &#233;galement la question du f&#233;minisme de Zerzan, et de sa projection dans l'&#233;tude de la pr&#233;histoire. Pour &#233;tayer la th&#232;se de la non-division sexuelle du travail, Zerzan avance d'abord la pr&#233;dominance de la cueillette, comme &#233;tant &#034; naturellement &#034; une activit&#233; non divis&#233;e sexuellement. Malgr&#233; ce que nous avons dit plus haut, la pr&#233;dominance de la cueillette est &#224; peu pr&#232;s certaine. Nous avons seulement pr&#233;cis&#233; qu'elle n'&#233;tait certainement pas la seule activit&#233; nourrici&#232;re des premiers hommes. Pour autant, que pouvons nous savoir de la division sexuelle ou pas de cette t&#226;che &#224; cette &#233;poque ? Nous pouvons extrapoler &#224; partir des chasseurs-cueilleurs existant aujourd'hui. Mais les chasseurs-cueilleurs d'aujourd'hui ne sont pas plus &#034; primitifs &#034; que nous ne le sommes nous-m&#234;mes. En clair, il sont aussi sapiens sapiens que nous. Tout ce qu'on peut dire de la culture des premiers hommes d'il y a deux millions d'ann&#233;es ne sera jamais qu'extrapolations et suppositions. Il est aussi absurde de supposer que les conditions sociales des ces groupes premiers n'ont pas &#233;volu&#233; en deux millions d'ann&#233;es que de parler de &#034; l'homme pr&#233;historique &#034;, comme d'une seule et m&#234;me esp&#232;ce, une entit&#233; unique. Ne parlons m&#234;me pas dans ce cadre d'&#233;voquer la &#034; condition de la femme &#034; pr&#233;historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zerzan donne &#233;galement pour argument, faisant cette fois appel &#224; Joan Gero, que &#034; les outils de pierre pouvaient avoir &#233;t&#233; aussi bien ceux d'hommes que de femmes &#034;. Certes. Mais cela ne signifie absolument pas qu'ils l'aient &#233;t&#233;. Dans ce cas, le plus honn&#234;te est de dire qu'on n'en sait rien. Mais l'honn&#234;tet&#233;, comme on l'a vu, n'est pas le souci principal de Zerzan. De m&#234;me, nous dit cette fois Poirier, il n'existe &#034; aucune preuve arch&#233;ologique &#224; l'appui de la th&#233;orie selon laquelle les premiers humains aient pratiqu&#233; une division sexuelle du travail &#034;. Ce qui, pour Poirier, n'est qu'une absence de preuve, en constitue visiblement une pour Zerzan. Ce qui ressort simplement de ces citations, c'est seulement que nous ne pouvons pas dire qu'une telle division ait exist&#233;. Il est &#233;galement possible que les femmes aient particip&#233; aux chasses primitives, voire m&#234;me les enfants. Le probl&#232;me est qu'en l'absence de preuves arch&#233;ologiques, nous ne pouvons rien dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de son f&#233;minisme, Zerzan produit aussi une th&#233;orie de la r&#233;duction du dimorphisme sexuel, et en particulier de la diminution de la taille des canines chez les m&#226;les. Il dit que &#034; la disparition des grandes canines chez le m&#226;le &#233;taye fortement la th&#232;se selon laquelle la femelle de l'esp&#232;ce aurait op&#233;r&#233; une s&#233;lection en faveur des m&#226;les sociables et partageurs &#034;. Mais la disparition des grandes canines ne vient rien &#034; &#233;tayer &#034; de semblable, et encore moins &#034; fortement &#034;. La disparition des grandes canines est le r&#233;sultat d'un processus, elle n'est pas l&#224; pour &#034; &#233;tayer &#034; quoi que ce soit. On voit mal pourquoi les jeunes qui auraient les &#034; dents longues &#034; seraient moins &#034; sociables et partageurs &#034; que les autres, ni surtout en quoi &#234;tre &#034; sociable et partageur &#034; ferait en soi raccourcir les dents. Des tas de primates &#034; sociables et partageurs &#034; ont encore aujourd'hui les &#034; dents longues &#034;. Mais c'est parce que, nous dit Zerzan, chez les primates, la femelle &#034; n'a pas ce choix &#034;. Un des r&#233;sultats de la lib&#233;ration de la femme au pal&#233;olithique aurait &#233;t&#233; de faire raccourcir les dents des jeunes m&#226;les. C'est assez confondant, mais cela r&#233;v&#232;le surtout la repr&#233;sentation que se fait Zerzan, f&#233;ministe am&#233;ricain, de la &#034; lutte des sexes &#034;, et sa projection de cette repr&#233;sentation dans l'&#233;tude de la pr&#233;histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, et bien qu'encore une fois notre objectif ne soit pas de discuter des th&#232;ses arch&#233;ologiques, nous indiquerons simplement qu'une autre th&#232;se couramment admise consid&#232;re que la diminution de la taille de la dentition soit due &#224; cette &#233;poque &#224; l'allongement de la dur&#233;e de l'enfance et de l'adolescence. L'enfant &#233;tant ainsi plac&#233; plus longtemps sous la protection des adultes, ce qui lui permet d'acqu&#233;rir les comp&#233;tences techniques complexes que n&#233;cessite l'industrie lithique, subvient plus tard &#224; ses besoins alimentaires, ce qui fait que sa dentition cro&#238;t, au fil des g&#233;n&#233;rations, avec plus de lenteur. Cette th&#233;orie vaut bien celle de la s&#233;lection directe par les femelles. Mais elle est moins spectaculaire, moins f&#233;ministe, et surtout tend &#224; montrer que l'organisation sociale en ces temps recul&#233;s avait d&#233;j&#224; atteint un degr&#233; de complexit&#233; tel que quelque chose comme un apprentissage sp&#233;cialis&#233; soit d&#233;j&#224; devenu n&#233;cessaire. La th&#232;se folklorique de la s&#233;lection par les femelles est donc l&#224; pour masquer le &#034; probl&#232;me &#034; d'une socialisation complexe d&#232;s les d&#233;buts de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade de notre analyse du texte de Zerzan, on voit clairement que m&#234;me en faisant remonter l'humanit&#233; &#224; ses plus anciens repr&#233;sentants, il ne parvient pas, et pour cause, &#224; d&#233;montrer l'existence de la &#034; bonne &#034; humanit&#233; qu'il recherche. Ne la trouvant pas, il la sugg&#232;re par diff&#233;rents moyens, d'ordre essentiellement rh&#233;torique, et par la dissimulation d'informations qu'il d&#233;tient incontestablement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne disons pas que tout ce qu'il a avanc&#233; est faux. Nous disons qu'il cherche &#224; dresser un tableau uniforme de la vie des hommes pr&#233;historiques, &#224; partir d'a priori et de projections de sa propre id&#233;ologie. Ce qui est un danger essentiel lorsqu'on &#233;tudie d'autres cultures, et d'autant plus dans le cas de cultures si &#233;loign&#233;es dans le temps et sur lesquelles nous avons si peu d'informations que les cultures pal&#233;olithiques, &#224; savoir le danger de projeter sa propre culture sur celle des autres, Zerzan l'&#233;rige en m&#233;thode. Cette tendance inh&#233;rente &#224; toutes les sciences humaines, dont aucune science humaine ne pourra jamais se d&#233;faire (l'homme se prenant lui-m&#234;me pour objet d'&#233;tude &#233;tant &#233;galement un sujet, faisant partie d'une culture, et raisonnant &#224; partir d'elle), oblige &#224; la plus grande prudence. Le plus s&#251;r moyen de se tromper face &#224; quelque r&#233;alit&#233; que ce soit est de vouloir &#224; tout prix lui faire dire quelque chose. Nous ne disons pas non plus qu'il soit interdit de prendre des risques, ni qu'il faille bannir toute intuition. Nombre de grandes d&#233;couvertes sont le fruit d'une intuition premi&#232;re. On peut tout au moins, &#224; partir de faits concrets, poser des hypoth&#232;ses, et, si ces hypoth&#232;ses se v&#233;rifient, aller jusqu'&#224; la th&#233;orie. Mais Zerzan ne va pas jusqu'&#224; la th&#233;orie, puisque les &#034; hypoth&#232;ses &#034; sont pour lui d&#233;j&#224; la r&#233;ponse. Et, faisant ceci, il ne se &#034; trompe &#034; m&#234;me pas. C'est pire que &#231;a. Il manipule d&#233;lib&#233;r&#233;ment des informations. En un mot, il ment, c'est &#224; dire qu'il veut tromper les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cas que nous avons &#233;tudi&#233;s, celui de la chasse et celui de la division sexuelle des t&#226;ches, ne sont finalement que des d&#233;tails de l'id&#233;ologie de Zerzan. Dans &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt; est exprim&#233;e une th&#232;se, qui se retrouve dans tous ses articles et semble v&#233;ritablement en &#234;tre la th&#232;se centrale (cf. le titre original d'&lt;i&gt;Aux sources de l'ali&#233;nations&lt;/i&gt; : Elements of Refusal) de cette reconstruction historique boiteuse. Cette th&#232;se, il l'exprime ainsi, &#224; la p.47 de &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt; : &#034; Il me para&#238;t &#224; l'inverse tr&#232;s plausible que l'intelligence, donc la conscience des richesses que procure l'existence du cueilleur-chasseur, soit la raison m&#234;me de cette absence marqu&#233;e de &#034; progr&#232;s &#034;. A l'&#233;vidence, l'esp&#232;ce a d&#233;lib&#233;r&#233;ment refus&#233; la division du travail, la domestication et la culture symbolique jusqu'&#224; une date relativement r&#233;cente. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut une nouvelle fois admirer la fa&#231;on dont il se sert du langage, qu'il d&#233;nonce ailleurs comme instrument de domination. Une nouvelle fois l'hypoth&#232;se devient imm&#233;diatement conclusion. On passe du &#034; il para&#238;t plausible &#034; &#224; &#034; l'&#233;vidence &#034;. Entre les deux, il n'y a rien. Juste le point qui s&#233;pare une phrase d'une autre. Juste le vide d'une pens&#233;e qui se paye de mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule ombre d'argument qu'il donne pour &#233;tayer cette th&#232;se centrale, la th&#232;se du refus conscient du progr&#232;s par l'humanit&#233;, c'est que -1) les humains pal&#233;olithiques &#233;taient aussi &#034; intelligents &#034; que nous, et que donc ils avaient les moyens intellectuels de ce progr&#232;s -2) ce progr&#232;s n'a pas eu lieu, pendant plus de deux millions d'ann&#233;es. C'est donc, &#034; &#224; l'&#233;vidence &#034;, que les humains ont refus&#233; ce progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut s'en douter, les choses sont un peu plus compliqu&#233;es que &#231;a. Il n'est d'ailleurs pas n&#233;cessaire d'avoir des connaissances approfondies dans le domaine de la pr&#233;histoire pour voir ce que ce &#034; raisonnement &#034; a de vicieux. Ce n'est pas tellement que la th&#232;se de d&#233;part soit si absurde que &#231;a : apr&#232;s tout, pourquoi pas ? Seulement, il faudrait la d&#233;montrer. Comment pourrait-on d&#233;montrer cette th&#232;se ? Tout simplement par des d&#233;couvertes arch&#233;ologiques, et un raisonnement logique &#224; partir de ces d&#233;couvertes, puisque nous n'avons pas d'autre moyen de d&#233;montrer quoi que ce soit pour cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Posons donc un peu le probl&#232;me. Pour pouvoir parler de &#034; refus &#034;, il faut que la personne ou le groupe concern&#233; ait connaissance de ce qu'il refuse. On ne refuse que ce qui nous est &#034; propos&#233; &#034;, que ce qui se pr&#233;sente &#224; nous. On peut, par exemple, parler du &#034; refus &#034; du m&#233;tier &#224; tisser par les ouvriers du textile anglais de 1830. Il faudrait donc, pour qu'on puisse parler du refus de l'agriculture et de l'&#233;levage par les humains pal&#233;olithiques, que ces pratiques se soient pr&#233;sent&#233;es &#224; eux, qu'ils les aient exp&#233;riment&#233;es, puis rejet&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait donc pour d&#233;montrer cette th&#232;se que soit trouv&#233; un site d&#233;montrant que des humains aient commenc&#233;, &#224; un moment donn&#233; de la pr&#233;histoire, &#224; pratiquer l'&#233;levage ou l'agriculture, puis les aient brutalement abandonn&#233;s, pour reprendre leur vie de chasseur-cueilleur. On pourrait bien dans ce cas parler de &#034; refus &#034;. Mais pour l'instant, un tel site n'a pas &#233;t&#233; d&#233;couvert. S'il l'avait &#233;t&#233;, Zerzan se serait empress&#233; de l'indiquer, et il aurait eu raison. Mais &#231;a n'est pas le cas. En fait, d&#232;s que les humains ont pratiqu&#233; l'agriculture ou l'&#233;levage, ils ne sont plus jamais revenus &#034; en arri&#232;re &#034;. On a des cas, au tout d&#233;but du n&#233;olithique, d'humains s&#233;dentaires pratiquant aussi la cueillette et la chasse, mais ces groupes ont ensuite &#233;volu&#233; vers l'agriculture seule, et n'ont pas, &#224; notre connaissance, d&#233;truit leurs maisons &#034; en dur &#034;, abandonn&#233; leurs champs et repris leur vie nomade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'aurait d&#251; &#234;tre la d&#233;marche de Zerzan : &#224; partir d'une hypoth&#232;se de d&#233;part, rechercher des &#233;l&#233;ments concrets, articul&#233;s par une d&#233;marche logique, pouvant la confirmer. Aussi longtemps qu'aucun &#233;l&#233;ment n'est l&#224; pour la d&#233;montrer, une hypoth&#232;se n'est que ce qu'elle est : une vue de l'esprit, qui peut &#234;tre f&#233;conde, ou au contraire s'av&#233;rer inop&#233;rante. Pour l'instant, l'hypoth&#232;se de Zerzan est inop&#233;rante. Nous ne lui reprochons pas de l'avoir avanc&#233;e, nous ne disons m&#234;me pas qu'elle ne sera jamais d&#233;montr&#233;e. Nous disons qu'il rel&#232;ve d'une pratique mensong&#232;re et id&#233;ologique d'avancer une hypoth&#232;se comme &#034; &#233;vidente &#034; alors qu'il n'y a pas le d&#233;but d'une preuve pour l'&#233;tayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zerzan aurait pu aussi explorer une autre voie pour d&#233;montrer son hypoth&#232;se (au passage, il est tout de m&#234;me assez scandaleux que nous soyons contraints de faire ce travail &#224; sa place). Il y a des r&#233;gions, aujourd'hui encore, o&#249; des chasseurs-cueilleurs c&#244;toient de plus ou moins loin des agriculteurs s&#233;dentaires. On peut parler par exemple de certains Bushmen d'Afrique, dont certaines enqu&#234;tes ethnologiques ont r&#233;v&#233;l&#233; qu'ils trouvaient l'agriculture &#034; inutile ou &#233;puisante &#034;. Il y aurait bien l&#224; un &#034; refus &#034; en connaissance de cause. Cependant, &#224; notre connaissance, ces Bushmen ne sont jamais pass&#233;s eux-m&#234;mes par l'agriculture, qu'ils auraient rejet&#233; &#034; de l'int&#233;rieur &#034;. On peut dire selon ce point de vue qu'ils rejettent l&#224;, avant tout, un mode de vie qui est ext&#233;rieur &#224; leur propre culture. Il est d'ailleurs notable &#224; ce sujet, que si les nomades ne vont pas vers les s&#233;dentaires, les s&#233;dentaires ne vont pas non plus vers les nomades. Quels arguments donneraient les agriculteurs pour justifier leur &#034; refus &#034; de l'&#233;tat de chasseur-cueilleur ? Zerzan dirait sans doute qu'ils sont d&#233;j&#224; irr&#233;m&#233;diablement ab&#238;m&#233;s par la culture ali&#233;n&#233;e, et qu'ils sont donc incapables de revenir &#224; la &#034; bonne &#034; humanit&#233;. Peut-&#234;tre bien, mais nous n'avons r&#233;ellement aucun moyen d'estimer le degr&#233; d'ali&#233;nation d'une culture par rapport &#224; une autre, ni m&#234;me de savoir si le concept &#034; d'ali&#233;nation &#034; est pertinent dans ce cas l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est int&#233;ressant dans ce cas de figure, c'est que les groupes semblent &#034; &#233;tanches &#034; les uns aux autres, et que le &#034; refus &#034; de se renomadiser des s&#233;dentaires marque le fait qu'ils &#034; pr&#233;f&#232;rent &#034; conserver leur propre culture plut&#244;t qu'adopter un genre de vie radicalement diff&#233;rent, quelque satisfaction qu'il puisse, individuellement, leur donner. La culture s&#233;dentaire, une fois form&#233;e, n'est plus abandonn&#233;e, quel que soit le pr&#233;judice subi par les individus composant cette culture.&lt;br class='autobr' /&gt;
En outre, Zerzan conna&#238;t ce cas du contact de groupes s&#233;dentaires et de chasseurs-cueilleurs, puisqu'il cite l'exemple de s&#233;dentaires ayant recours &#224; des chasseurs-cueilleurs pour leur venir en aide en p&#233;riode de disette. Il n'en tire cependant aucune conclusion quant &#224; sa th&#232;se du &#034; refus &#034;, que ce soit pour tenter de l'&#233;tayer ou pour la remettre en cause. En fait, Zerzan ne tire jamais aucune conclusion, puisqu'une conclusion est le fruit d'un raisonnement et qu'il semble allergique &#224; tout raisonnement. Il se contente de citer les conclusions des autres, ou du moins les conclusions qui lui plaisent le plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le passage au n&#233;olithique on constate une v&#233;ritable &#034; r&#233;volution &#034;, comme il est classique de le dire. On peut &#233;galement parler, de fa&#231;on moins connot&#233;e, d'une gigantesque rupture. Un mode de vie, rest&#233; plus ou moins stable, du moins dans ses grandes lignes, durant 2,5 millions d'ann&#233;es, se transforme brutalement en un autre mode de vie qui, en poursuivant son &#233;volution, finit par devenir radicalement diff&#233;rent. Tout ceci ne s'est naturellement pas fait en un jour, mais la rapidit&#233; de progression de la rupture n&#233;olithique est, face aux &#034; lenteurs &#034; du pal&#233;olithique, quasiment exponentielle. Trois ou quatre mille ans ont suffi &#224; la g&#233;n&#233;raliser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Zerzan indique, en citant Binford que &#034; la question &#224; poser n'est pas de savoir pourquoi l'agriculture ne s'est pas d&#233;velopp&#233;e partout mais plut&#244;t pourquoi elle s'est d&#233;velopp&#233;e tout court &#034;. Et c'est en effet bien la question, &#224; laquelle notre id&#233;ologue se garde bien de tenter de r&#233;pondre. Il faudrait pour ce faire mettre de c&#244;t&#233; la question purement n&#233;gative du &#034; refus &#034;, et se mettre &#224; entrer dans les d&#233;tails. Or, on sait bien que &#034; le diable g&#238;t dans les d&#233;tails &#034;, c'est &#224; dire le doute et les difficult&#233;s. Il faudrait commencer &#224; parler des facteurs climatiques, de la d&#233;mographie, de la structure m&#234;me des soci&#233;t&#233;s pr&#233;-n&#233;olithiques, et d'un tas d'autres choses pas tr&#232;s po&#233;tiques. Il est a noter tout de m&#234;me que le passage au n&#233;olithique reste assez myst&#233;rieux, dans l'&#233;tat actuel des connaissances. Il n'y a, comme d'habitude, que des th&#233;ories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe la th&#233;orie d'un changement climatique ayant modifi&#233; profond&#233;ment le milieu humain, qui aurait pouss&#233; les humains &#224; &#034; s'adapter &#034; en pratiquant l'agriculture. On peut opposer &#224; cette th&#233;orie le fait qu'en 3 millions d'ann&#233;es, il y a eu suffisamment de changements climatiques de cette sorte pour permettre une quinzaine de r&#233;volutions n&#233;olithiques, qui n'ont cependant manifestement pas eu lieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les rapports de l'homme et de son milieu, nous avons ici des &#233;l&#233;ments int&#233;ressants. D&#232;s l'Acheul&#233;en moyen (entre 400 000 et 300 000 ans, &#224; la fronti&#232;re entre erectus et sapiens archa&#239;que), pendant la glaciation Riss, on observe la m&#234;me progression dans la taille des outils (la fameuse hache acheul&#233;enne vant&#233;e par Zerzan), que ce soit en Europe, en Afrique, ou dans le Proche-Orient. Cela signifie donc que nous avons l&#224; une m&#234;me culture, qui &#233;volue, du moins dans son aspect technique, ind&#233;pendamment des contraintes du milieu naturel. La fameuse &#034; harmonie avec la nature &#034; est donc s&#233;rieusement remise en cause. Le milieu naturel semble en effet agir assez peu sur les cultures pal&#233;olithiques, m&#234;me si ces cultures n'agissent pas encore massivement, comme au n&#233;olithique, sur le milieu naturel. Mais la &#034; rupture &#034;, du moins tendanciellement, est d'ores et d&#233;j&#224; consomm&#233;e. C'est &#224; dire que l'&#233;volution humaine est plus conditionn&#233;e, d&#232;s le d&#233;part, par ses propres structures sociales que par l'influence du milieu naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;galement int&#233;ressant de noter que dans ce cadre, les id&#233;es de Marx sur la &#034; ma&#238;trise de la nature &#034;, qui ont contribu&#233; &#224; fonder l'id&#233;ologie progressiste de l'ancien mouvement ouvrier, sont &#233;galement &#224; remettre en cause, mais d'une tout autre mani&#232;re que celle de Zerzan. La domination de la nature n'est pas inscrite dans la destin&#233;e des soci&#233;t&#233;s humaines. Lorsque les hommes taillent des outils, ils ne cherchent pas &#224; &#034; ma&#238;triser la mati&#232;re inerte &#034;, mais &#224; produire ce dont leurs soci&#233;t&#233;s ont besoin. Ils ne cherchent pas d'embl&#233;e &#224; ma&#238;triser le milieu naturel, qu'ils ont pris tel qu'il &#233;tait durant tout le pal&#233;olithique, ce qui ne signifiait pas non plus qu'ils &#233;taient plus en &#034; harmonie &#034; avec lui qu'ult&#233;rieurement avec l'&#233;levage et l'agriculture. On pourrait dire &#224; la limite que le &#034; milieu naturel &#034; n'existe pas pour les soci&#233;t&#233;s humaines, si on ne craignait pas de tomber dans une extrapolation &#224; la Zerzan. Les soci&#233;t&#233; humaines semblent en tout cas viser plus &#224; leur propre conservation, au maintien de leurs propres structures, qu'&#224; la domination du milieu environnant. Ce qui s'est pass&#233; au n&#233;olithique, c'est que la conservation des structures sociales passait par la domination du milieu naturel, domination qui entra&#238;nait &#224; son tour la cr&#233;ation de nouvelles structures. Cette domination n'&#233;tait donc pas le but de l'humanit&#233; (sa &#034; t&#226;che historique &#034; comme celle du prol&#233;tariat serait de faire la r&#233;volution), mais la cons&#233;quence d'une socialisation nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant cette th&#233;orie, le passage au n&#233;olithique ne serait donc ni une adaptation aux contraintes du milieu, ni comme semble le sugg&#233;rer Zerzan une sorte de conspiration de l'Esprit de la Domination contre l'Esprit de la Libert&#233;, mais une mutation li&#233;e &#224; une modification de la structure sociale elle-m&#234;me. A quoi attribuer cette modification ? Le facteur le plus probable est un facteur social interne mais aussi &#034; naturel &#034; (quoiqu'on pourrait s&#233;rieusement discuter de l'aspect &#034; naturel &#034; de ce facteur pour les soci&#233;t&#233; humaines), &#224; savoir l'accroissement d&#233;mographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que les soci&#233;t&#233;s de chasseurs-cueilleurs, lorsque les tensions internes ou la pression sur l'environnement deviennent trop fortes, &#034; scissionnent &#034; pour former un nouveau groupe. On peut imaginer qu'&#224; un moment donn&#233; la d&#233;mographie &#233;tant devenue trop importante pour permettre cette &#034; scission &#034;, la s&#233;dentarisation s'est alors impos&#233;e comme la meilleure solution possible. On aurait l&#224;, avec la construction de maisons &#034; en dur &#034; l'apparition premi&#232;re d'espaces &#034; priv&#233;s &#034;, permettant de limiter les tensions &#224; l'int&#233;rieur du groupe, sans toutefois avoir recours &#224; la &#034; scission &#034; devenue probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se implique que les humains se seraient d'abord s&#233;dentaris&#233;s, et n'auraient que plus tardivement pratiqu&#233; l'agriculture et l'&#233;levage. On peut l'&#233;tayer arch&#233;ologiquement gr&#226;ce aux sites Natoufiens, dans la r&#233;gion Syrie-Palestine, qui remontent &#224; environ 10 000 ans, donc aux tout d&#233;buts du n&#233;olithique. Les Natoufiens b&#226;tissaient des maisons &#034; en dur &#034;, mais ne pratiquaient, au d&#233;but du moins de leur implantation, ni l'agriculture ni l'&#233;levage. En fait ils avaient encore recours essentiellement &#224; la cueillette et moindrement &#224; la chasse. Mais le village &#233;tait devenu leur point d'ancrage essentiel. Ils &#233;taient toujours des chasseurs-cueilleurs, mais s&#233;dentaires. Et comme ils se nourrissaient essentiellement de c&#233;r&#233;ales sauvages, on peut supposer que c'est le stockage de ces graines dans un lieu fixe qui rendit possible l'agriculture. On peut &#233;galement penser qu'un village de cette sorte a d&#251; attirer les animaux de toutes sortes, dont certains se sont peut-&#234;tre auto-domestiqu&#233;s progressivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, ce type de site semble confirmer la th&#232;se d'une s&#233;dentarisation initi&#233;e par la modification de certaines structures sociales, une &#034; r&#233;volution &#034; entra&#238;n&#233;e par le danger encouru par les soci&#233;t&#233;s humaines de ne plus pouvoir reproduire telle quelle la socialisation pr&#233;c&#233;dente. Paradoxalement, on pourrait dire que le n&#233;olithique est apparu par la tentative de la soci&#233;t&#233; pal&#233;olithique de se pr&#233;server elle-m&#234;me. La r&#233;volution n&#233;olithique fut d'abord l'instrument de cette nouvelle socialisation, qui allait entra&#238;ner les cons&#233;quences que l'on sait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit, on est, dans ce mod&#232;le qui vaut ce qu'il vaut mais qui pr&#233;sente tout de m&#234;me l'avantage de pouvoir &#234;tre d&#233;montr&#233;, bien loin de la th&#232;se du &#034; refus &#034; de Zerzan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons quitter l&#224; &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt; pour nous occuper plus rapidement de l'autre recueil d'articles de Zerzan, &lt;i&gt;Aux sources de l'Ali&#233;nation&lt;/i&gt;. L'id&#233;ologie de Zerzan est essentiellement bas&#233;e sur la conception qu'il se fait des premiers temps de l'humanit&#233;. Nous avons d&#233;montr&#233; assez clairement que cette conception &#233;tait partiale, partielle, et que la th&#232;se centrale du &#034; refus &#034; ne reposait sur rien. A ce compte l&#224;, que reste-t-il de &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt; ? Pas grand- chose. A peu pr&#232;s tout ce qui s'y trouve d'autre est expos&#233; dans le livre de M. Sahlins, Age de Pierre, Age d'abondance. On le lira avec plus de profit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour d&#233;monter &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt;, il n'&#233;tait pas besoin d'&#234;tre sp&#233;cialiste de la pr&#233;histoire ou de quoi que ce soit d'autre. Sans beaucoup de connaissances pr&#233;alables, une semaine de travail, un peu de logique, et un seul livre de r&#233;f&#233;rence, l'Introduction &#224; la Pr&#233;histoire de G. Camps, assorti du Dictionnaire de la Pr&#233;histoire de Leroi-Gourhan, nous ont suffi. N'importe qui d'autre aurait pu le faire. Zerzan a vraisemblablement mis&#233; sur le fait que personne ne le ferait. C'est &#224; dire qu'il a mis&#233; sur l'ignorance et le manque de curiosit&#233; de ses lecteurs. Il a essentiellement mis&#233; sur le fait qu'on le croirait sur parole. Cette attitude rel&#232;ve selon nous de la plus basse propagande.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Aux Sources de l'Ali&#233;nation :
un mixage id&#233;ologique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous pencher sur le &#034; fond &#034; de l'id&#233;ologie zerzanienne, observons-en un peu la forme. Ce qui saute d'abord aux yeux, lorsqu'on feuillette ses livres, c'est la masse de citations qu'il emploie. Ainsi, dans &lt;i&gt;Aux Sources de l'Ali&#233;nation&lt;/i&gt; (nous emploierons l'abr&#233;viation S.A.), il y en a pr&#232;s de 300, ce qui nous donne &#224; peu pr&#232;s trois citations par page. Lorsqu'on emploie une telle masse de citations, c'est qu'on est soit scrupuleux &#224; l'extr&#234;me, soit qu'on veut &#233;pater le lecteur par sa culture, lui donner l'impression qu'on a absorb&#233; une masse de connaissances qui vont nous permettre d'en savoir plus que lui, d'avoir le dernier mot. Il nous est tous arriv&#233;s de croiser ce genre d'individu, qui dresse une sorte de mur de culture entre lui et son interlocuteur, se retranche derri&#232;re ce mur, pour &#233;viter de se d&#233;voiler, et pour dominer l'autre gr&#226;ce &#224; l'instrument culturel, employ&#233; comme une massue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zerzan se sert de ces citations pour donner &#224; son discours par ailleurs d&#233;cousu une apparence de scientificit&#233;. En outre, il se sert des auteurs qu'il cite comme le ventriloque se sert de ses marionnettes : ils apparaissent un instant, disent ce qu'on leur fait dire, et disparaissent. Les auteurs ainsi cit&#233;s pr&#233;sentent &#233;galement l'avantage de la cr&#233;dibilit&#233; : puisqu'Untel l'a dit, il est inutile de discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais il ne d&#233;montre ce que ces auteurs avancent, les citations sont toujours faites hors contexte, et surtout hors de tout raisonnement. Zerzan ne produit jamais de raisonnement, ne d&#233;montre jamais rien : il exhibe des mots. Comme dans &lt;i&gt;Futur Primitif&lt;/i&gt;, il pratique le terrorisme de l'&#233;vidence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but du livre, il veut &#034; d&#233;clarer d'embl&#233;e une intention et une strat&#233;gie : la soci&#233;t&#233; technologique ne pourra &#234;tre dissoute (et emp&#234;ch&#233;e de se recycler) qu'en annulant le temps et l'histoire. &#034; Vaste programme, certes. L'homme ne manque pas d'ambition, ce que personne ne songerait &#224; lui reprocher. Mais qu'est ce que tout &#231;a signifie au juste ? Comment compte-t-il s'y prendre pour &#034; d&#233;truire le temps et l'histoire &#034; ? Compte-t-il le faire tout seul, ou avec d'autres ? Et quels autres ? On n'en sait rien. Ni cette &#034; intention &#034; ni cette &#034; strat&#233;gie &#034; ne sont d&#233;velopp&#233;es par la suite. C'est assez d&#233;cevant, mais bien caract&#233;ristique du fouillis de la pens&#233;e zerzanienne : il dit une chose, puis passe &#224; une autre, par association d'id&#233;es, association qui le chasse vers une autre, ainsi de suite. Cette m&#233;thode naturellement le fait tourner en rond. Il rebondit de citation en citation, d'une remarque &#224; l'autre, et &#224; la fin de son texte on n'a pas avanc&#233; d'un pouce, et pour cause : tout &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;, d&#232;s le d&#233;but. Et comme il ne remet jamais rien en cause, tout ne peut que rester en l'&#233;tat. A notre connaissance, c'est l&#224; la d&#233;finition m&#234;me de la &#034; r&#233;ification &#034;, concept marxiste dont il fait une utilisation abondante. Zerzan tourne en rond dans la nuit, et il ne consume rien d'autre que son temps, qu'il ferait mieux d'employer &#224; autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette absence de m&#233;thode est &#233;galement un des fondements de son id&#233;ologie. Il s'agit d'une id&#233;ologie du refus de la logique, comme &#034; conscience ali&#233;n&#233;e &#034;, qu'il exprime en citant Horkheimer et Adorno : &#034; M&#234;me la forme d&#233;ductive de la science exprime la hi&#233;rarchie et la coercition. &#034; (S.A. p.46). Pourquoi pas, mais alors, pourquoi autant de citations d'origine scientifique ? Zerzan veut bien utiliser les d&#233;couvertes de la science, quand elles l'arrangent, mais refuse la m&#233;thode scientifique, comme trop contraignante, ou comme &#034; antinaturelle &#034;. Il est en ceci semblable &#224; tous les autres consommateurs, qui veulent les supermarch&#233;s sans la vache folle, l'&#233;lectricit&#233; dans toutes les pi&#232;ces sans les dangers du nucl&#233;aire, deux bagnoles par foyer sans les mar&#233;es noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique et la d&#233;duction sont peut-&#234;tre des instruments imparfaits, et certainement impr&#233;gn&#233;s de l'id&#233;ologie de notre culture, mais, pauvres de nous, c'est tout ce dont nous disposons. Sans ces instruments, ces m&#233;thodes, on n'aurait jamais rien su des conditions de vie des premiers humains, et Zerzan aurait &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; se taire, ce &#224; quoi visiblement il aspire. Personne d'ailleurs ne l'en emp&#234;che.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme tous les consommateurs, Zerzan veut &#034; vivre au pr&#233;sent &#034;, dans le &#034; mouvement bariol&#233; de la vie &#034;. (Essayez de r&#233;p&#233;ter sans rire trois fois de suite ces mots : &#034; le mouvement bariol&#233; de la vie &#034;) Ce &#034; mouvement bariol&#233; &#034; est bien plut&#244;t celui de la succession des vid&#233;o-clips sur MTV. Au mieux, il &#233;voque une bande de hippies &#224; foulards color&#233;s d&#233;valant une pente fleurie sur l'air de la Petite Maison dans la Prairie, pour aller se casser la gueule dans la d&#233;charge situ&#233;e en contrebas.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affinit&#233; de Zerzan avec le spontan&#233;isme baba-cool, il l'affirme lui-m&#234;me en p.41 de S.A. : &#034; Par bonheur, &#233;galement dans les ann&#233;es 60, d'aucuns commen&#231;aient &#224; d&#233;sapprendre comment vivre dans l'histoire, ainsi que cela se manifesta avec la mise au rancart des montres-bracelets, l'usage des drogues psych&#233;d&#233;liques et, paradoxalement peut-&#234;tre, ce slogan &#224; l'emporte-pi&#232;ce lanc&#233; par les insurg&#233;s fran&#231;ais de mai 1968 : &#034; Vite ! &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il revenir sur l'introduction av&#233;r&#233;e par les services secrets am&#233;ricains des drogues psych&#233;d&#233;liques dans les campus am&#233;ricains ? Faut-il encore revenir sur la catastrophe que furent ces fameux &#034; mouvements de la jeunesse &#034; des ann&#233;es 60, qui n'eurent pour effet que de former une nouvelle classe sp&#233;cialis&#233;e de consommateurs, et d'ouvrir ainsi de nouveaux march&#233;s au post-fordisme, tout en maintenant durablement la soci&#233;t&#233; dans son abrutissement ? Et ce &#034; Vite ! &#034; de 68, qu'est-il sinon l'annonce de l'impatience d&#233;bile des consommateurs de fast-food, de vid&#233;o-clips, et de pens&#233;e pr&#233;dig&#233;r&#233;e &#224; la sauce Zerzan ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Zerzan voudrait faire croire que nous sommes ali&#233;n&#233;s par l'empire de la raison. Et effectivement, le monde capitaliste est domin&#233; par la logique de l'&#233;conomie, et plus concr&#232;tement par la n&#233;cessit&#233; vitale pour lui de l'extraction toujours croissante de plus-value. Mais cette rationalit&#233; dominante se fait sur un monde d'individus de plus en plus priv&#233;s des outils de la raison, sur l'appauvrissement du langage au profit de son ersatz m&#233;diatique, et sur l'illettrisme qui se d&#233;veloppe sous toutes ses formes. La soci&#233;t&#233; capitaliste nous appauvrit non seulement mat&#233;riellement, par l'abondance falsifi&#233;e comme par le manque pur et simple, mais aussi intellectuellement. Ce que Debord appelait &#034; la perte de tout langage ad&#233;quat aux faits &#034; est un des aspects de la mis&#232;re capitaliste, et un des aspects qui assoit le mieux sa domination. Nous devons lutter contre cet appauvrissement. Zerzan en appelle &#224; encore plus de pauvret&#233; mentale. Il en donne lui-m&#234;me l'exemple par ses textes, mis&#233;rables hachis de textes ant&#233;rieurs, v&#233;ritables &#034; zappings &#034; de la pens&#233;e. La &#034; pens&#233;e &#034; de Zerzan est un pur produit de l'ali&#233;nation contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Le communisme ne peut pas
&#234;tre &#034;primitif&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie de Zerzan n'est que l'&#233;ni&#232;me surgissement d'un vieux romantisme primitiviste, qui remonte &#224; Rousseau et m&#234;me, avant lui, &#224; Montaigne (cf. &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Des Cannibales&lt;/i&gt;). Il repose sur le postulat que notre culture serait &#034; mauvaise &#034;, parce qu'elle aurait perdu le &#034; contact avec la nature &#034; qui ferait &#034; l'authenticit&#233; &#034; (&#034; Les Lotantiques, c'est des fleurs qui poussent dans les livres &#034;, comme fait dire Pagnol au pauvre Ugolin) des cultures primitives. Cette attitude est celle d'un colonialisme invers&#233;, qui ferait de notre culture la seule &#034; vraie &#034; culture, c'est &#224; dire le mal incarn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu pr&#233;c&#233;demment que, d&#232;s le d&#233;part, l'humanit&#233; s'est non pas &#034; affranchie des contraintes du milieu naturel &#034;, comme le dirait une conception marxo-utilitariste des soci&#233;t&#233;s, mais d&#233;velopp&#233;e comme ind&#233;pendamment de lui. Ce qui ne signifie pas que les hommes vivent sans lien avec leur environnement, ce qui serait absurde, mais que ce sont les structures symboliques des soci&#233;t&#233;s humaines qui conditionnent leur rapport avec le milieu naturel, et non l'inverse. On ne peut donc d&#232;s lors parler de &#034; proximit&#233; &#034; ou &#034; d'&#233;loignement &#034; avec la nature, &#224; aucun moment de l'histoire humaine, mais seulement de diff&#233;rents types de rapports avec le milieu, rapports qui sont eux-m&#234;mes une cons&#233;quence du type de rapports que les hommes entretiennent au sein de leurs soci&#233;t&#233;s, de leur mode de vie au sens large du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;senter la vie des chasseurs-cueilleurs comme plus &#034; naturelle &#034; que celle des s&#233;dentaires n'a donc pas de sens. Le simple fait que les chasseurs-cueilleurs aient eu une vie plus facile, avec plus de &#034; temps de loisir &#034; et plus de socialit&#233; &#034; gratuite &#034; que les s&#233;dentaires n'est pas en soi un argument. Par ailleurs, il existe des soci&#233;t&#233;s s&#233;dentaires, pratiquant l'agriculture, qui ont un &#034; temps de loisir &#034; tr&#232;s comparable &#224; celui des chasseurs-cueilleurs, en pratiquant la sous-exploitation et en maintenant une basse densit&#233; de population. On peut citer les Chimbu de Nouvelle-Guin&#233;e, qui exploitent seulement 60% de la terre cultivable, les Yagaw des Philippines ou les Iban de Born&#233;o qui maintiennent leur population de 30 &#224; 50% au-dessous de la densit&#233; que leur permettrait une agriculture plus pouss&#233;e. Dans ces cultures, on observe des &#034; journ&#233;es de travail &#034; tr&#232;s courtes, 4 ou 5 heures, suivies en g&#233;n&#233;ral de plusieurs jours de repos. Chez les Papous Kapauku, les hommes consacraient en moyenne 2h18mn par jour &#224; la production agricole, et les femmes 1h42mn. Il y a bien d'autres exemples qu'il serait fastidieux de citer tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture, contrairement aux &#233;quations simplistes du genre agriculture/&#233;levage = ma&#238;trise de la nature = domination sociale, n'est donc pas porteuse du &#034; mal absolu &#034; que Zerzan voudrait d&#233;tecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura sans doute aussi des acharn&#233;s de la recherche du Mal qui voudront aller le chercher dans le stockage (manifestation de la &#034; conscience du temps et du nombre &#034;, selon Zerzan), suppos&#233; &#234;tre la pr&#233;figuration de l'accumulation capitaliste, et l'entr&#233;e dans la vie humaine du p&#233;ch&#233; d'avarice. H&#233;las, il s'av&#232;re &#233;galement que nombre de chasseurs-cueilleurs pratiquaient le stockage, comme on peut l'imaginer facilement. A moins de prendre les primitifs pour des imb&#233;ciles, on aurait du mal &#224; croire qu'ils vont se contenter de ramasser ce qu'ils trouvent, rassasiant leur faim imm&#233;diate pour ensuite aller se coucher b&#233;atement &#224; l'ombre du gros Bananier d'Abondance. Glands de ch&#234;nes, noix et autres chata&#238;gnes sauvages seront au contraire collect&#233;s par les chasseurs-cueilleurs dans des vanneries (l'apparition tardive de la poterie ne signifiant pas qu'on ignorait auparavant tout autre r&#233;cipient, mais seulement que nous n'avons plus trace de ces r&#233;cipients tress&#233;s, faits de mat&#233;riaux p&#233;rissables) et mis &#224; s&#233;cher, en pr&#233;vision d'une consommation ult&#233;rieure. La notion zerzanienne du &#034; pr&#233;sent perp&#233;tuel &#034; en prend un coup, puisque tout ceci indique une anticipation sur une longue dur&#233;e des besoins et la mise en place d'une strat&#233;gie pour y subvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le Mal absolu ne se trouve ni dans le stockage, ni dans l'agriculture, ni dans des formes organisationnelles plus ou moins complexes ou &#034; abstraites &#034; (quoi de plus complexe et &#034; abstrait &#034; que les syst&#232;mes de lignage transversaux de la parent&#233; dans certaines cultures &#034; primitives &#034;), et encore moins dans la conscience du temps, dans les math&#233;matiques ou dans le langage. En fait, il n'y a pas de &#034; mal absolu &#034;. Arr&#234;tons un peu de faire de la morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zerzan est un farouche ennemi de toute organisation. Pour lui, toute action concert&#233;e et orient&#233;e dans un but pr&#233;cis serait forc&#233;ment ali&#233;n&#233;e. Il voit des sorciers partout. Ce qui le rebute dans les soci&#233;t&#233;s modernes, c'est principalement cette organisation. Qu'elle soit pr&#233;sentement ali&#233;n&#233;e ne fait aucun doute. Pour autant, doit-on souscrire &#224; cet anarchisme b&#234;ta, qui voit dans tout regroupement de plus de trois personnes un facteur de domination ou d'ali&#233;nation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zerzan parle d'une &#034; soci&#233;t&#233; du face-&#224;-face &#034;, d'une &#034; soci&#233;t&#233; d'amants &#034;. Il rejoint l&#224; T. Kaczynski, dit Unabomber, qui dans son Manifeste d&#233;clare que &#034; l'individu &#034; est frustr&#233; de ce qu'il appelle son &#034; auto-accomplissement &#034; &#034; lorsque les d&#233;cisions collectives sont prises par un groupe trop &#233;tendu pour que le r&#244;le de chacun ait une signification quelconque. &#034; Zerzan r&#234;ve des chasseurs-cueilleurs, Kaczynski des hommes de la conqu&#234;te de l'Ouest. Dans tous les cas, des petits groupes isol&#233;s, avec un taux de peuplement tr&#232;s faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;ologie marque un d&#233;sir tr&#232;s caract&#233;ristique de l'individualisme de masse : le d&#233;sir d'auto-valorisation, le d&#233;sir de reconnaissance par autrui. Ce d&#233;sir refl&#232;te un manque tr&#232;s r&#233;el, mais, produit de l'ali&#233;nation, il parle son langage. C'est l'&#234;tre humain s&#233;par&#233; qui s'exprime l&#224;, car dans sa s&#233;paration, tout ce qui lui reste c'est sa propre solitude, ce qu'il appelle son individualit&#233;. Priv&#233;s que nous sommes de toute action collective consciente, nous ne parvenons m&#234;me plus &#224; imaginer qu'une telle action soit possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut affirmer au contraire qu'une telle action est possible, est qu'elle est possible parce qu'au point o&#249; nous en sommes aujourd'hui elle est n&#233;cessaire. La soci&#233;t&#233; du &#034; face-&#224;-face &#034;, la soci&#233;t&#233; des &#034; petits groupes &#034; sont des produits de l'individualisme bless&#233;, du &#034; sac &#224; viande &#034; isol&#233; qui veut exister &#034; pour et par lui-m&#234;me &#034;, avec quelques copains. Les probl&#232;mes que pose aujourd'hui le capitalisme, et qu'il ne r&#233;soudra pas parce que nous seuls, en tant que communaut&#233; humaine, sommes capables de les r&#233;soudre, ne se r&#233;soudront pas au niveau du &#034; petit groupe &#034;. Lorsque par exemple, une fois la r&#233;volution faite (ce qui ne saurait tarder, bien entendu) nous nous occuperons de reboiser intelligemment les millions d'hectares saccag&#233;s par l'agriculture industrielle, ce ne pourra pas &#234;tre par l'action de &#034; petits groupe isol&#233;s &#034;. Et si, en tant qu'individu, j'ai le bonheur de participer &#224; cette action collective, je ne me soucierai gu&#232;re d'inscrire mon nom sur chaque arbre que j'aurai plant&#233;, et que d'ailleurs je ne verrai sans doute jamais &#224; sa maturit&#233;. Je ne m'en sentirai pas moins individu pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce que Zerzan et Kaczynski sugg&#232;rent, c'est l'id&#233;e tr&#232;s d&#233;mocratique selon laquelle l'organisation des groupes humains par eux-m&#234;mes serait impossible au degr&#233; de peuplement aujourd'hui atteint. Comme tous les d&#233;mocrates, ils ne con&#231;oivent pas du tout qu'une soci&#233;t&#233; compos&#233;e de milliards d'individus puisse &#234;tre &#034; g&#233;r&#233;e &#034; autrement qu'elle l'est aujourd'hui, &#224; savoir par des Etats, par de la repr&#233;sentation, par du flicage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne con&#231;oivent pas la communaut&#233; humaine comme d&#233;passement des conditions actuelles et de toutes les situations du pass&#233;, mais comme une r&#233;gression vers ce pass&#233;. Et leur pens&#233;e, qui se veut r&#233;volutionnaire, constitue effectivement une r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'objet de ce texte n'est pas d'avancer une nouvelle th&#233;orie de la r&#233;volution. Nous nous sommes simplement propos&#233;s de critiquer l'id&#233;ologue Zerzan, et nous consid&#233;rons que c'est fait. Nous voulions &#233;galement ouvrir un d&#233;bat sur des bases concr&#232;tes. Les bases sont l&#224;, le d&#233;bat peut maintenant avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alain C., avec l'inestimable concours de Marielle&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est diffus&#233; &#233;galement sous forme de brochure gratuite. Vos commandes et critiques sont &#224; envoyer &#224; cette adresse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; En attendant &#034;, 5 rue du Four, 54000 Nancy, fr.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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