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		<title>Empire et ses pi&#232;ges</title>
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		<dc:date>2008-02-21T14:18:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claudio Albertani</dc:creator>


		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Anticapitalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Voici un article qui lance une critique contre la pens&#233;e de Negri d'une mani&#232;re relativement calme et document&#233;e, pour ceux que la nouvelle gauche italienne n'enthousiasme pas, ni le salaire garanti et autres d&#233;tournements de la lutte. Vous aurez ici aussi une bonne introduction au contexte historique de l'Italie des ann&#233;es 1970, bouillonnantes de d&#233;bats passionnants et d'engagements dont il nous reste beaucoup &#224; d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez deux couvertures au choix... et hop !&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;E&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Anticapitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L138xH150/arton541-7620b.jpg?1780462099' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='138' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff541.jpg?1203607012&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Extrait de : &lt;i&gt;A contretemps&lt;/i&gt; N&#176; 13, septembre 2003&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt; et ses pi&#232;ges - Toni Negri
et la d&#233;concertante trajectoire de l'op&#233;ra&#239;sme italien&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On a cru jusqu'ici que la mythologie chr&#233;tienne sous l'Empire romain ne fut possible que parce qu'on n'avait pas encore invent&#233; l'imprimerie. C'est tout le contraire.&lt;br&gt;
La presse quotidienne et le t&#233;l&#233;graphe qui diffusent leurs inventions en un clin d'oeil sur toute l'&#233;tendue du globe, fabriquent plus de mythes en un jour qu'on pouvait autrefois en fabriquer en un si&#232;cle. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Marx &#224; Kugelmann, 27 juillet 1871.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;BAUDELAIRE qualifiait les auteurs de trait&#233;s qui exposent en un tournemain l'art de devenir riches, savants et heureux, d'&#171; entrepreneurs de bonheur public &#187;. Il me semble que la d&#233;finition pourrait parfaitement s'appliquer aux auteurs d'Empire, lesquels nous assurent avoir des r&#233;ponses satisfaisantes aux grandes questions de notre temps (1). Pr&#233;sent&#233; comme la bible du mouvement anti-mondialisation, le livre a fait l'objet d'une op&#233;ration publicitaire de grande ampleur, aux Etats-Unis d'abord (en 2000), puis en France et, enfin, en Italie et dans le reste du monde. B&#233;n&#233;ficiant d'un v&#233;ritable succ&#232;s international (avec un demi-million d'exemplaires vendus &#224; ce jour), traduit dans de nombreuses langues &#8211; dont le chinois et l'arabe &#8211;, Empire a &#233;t&#233; re&#231;u par la presse am&#233;ricaine et europ&#233;enne comme une contribution de premier ordre &#224; la compr&#233;hension du nouvel ordre mondial. Le quotidien n&#233;o-conservateur The New York Times n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; le qualifier d'&#171; oeuvre la plus importante de cette derni&#232;re d&#233;cennie &#187;, ce qui ne manque pas de sel si l'on songe que ses auteurs se tiennent pour des radicaux et se proposaient de faire rien de moins qu'une actualisation du Manifeste communiste. En Am&#233;rique latine, en revanche, les r&#233;actions ont &#233;t&#233; plus ti&#232;des et m&#234;me parfois franchement hostiles bien que, comme on le verra plus loin, pour de mauvaises raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN VERNIS NEUF POUR UNE VIEILLE IDEOLOGIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons d'embl&#233;e que si Empire ne rel&#232;ve en rien du manifeste, il est encore moins un manuel pour activistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un livre long (plus de 500 pages) et bourr&#233; de concepts obscurs comme bio-pouvoir, commandement global, souverainet&#233; imp&#233;riale, auto-valorisation, d&#233;territorialisation, production immat&#233;rielle, hybridation, multitude, et beaucoup d'autres, d'acc&#232;s difficile pour des lecteurs non initi&#233;s. Une compr&#233;hension parfaite du livre requiert sans doute une certaine familiarisation avec diverses &#233;coles de pens&#233;e : le poststructuralisme fran&#231;ais, les th&#233;ories sociologiques d'Am&#233;rique du Nord et, comme on va le voir, l'op&#233;ra&#239;sme italien. A tout cela, il convient d'ajouter, outre la meilleure bonne volont&#233; du monde, une certaine connaissance de la philosophie politique, d'Aristote &#224; John Rawls, en passant par Polybe, Machiavel et Carl Schmitt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois avouer que, dans mon cas, lire l'ouvrage en entier m'a co&#251;t&#233; quelques mois d'efforts, y compris les longues interruptions n&#233;cessaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon ses propres auteurs, Empire se pr&#234;te &#224; de multiples lectures : les lecteurs peuvent proc&#233;der du d&#233;but &#224; la fin, de la fin au d&#233;but ou encore par th&#232;mes partiels, en divisant l'ouvrage selon leurs centres d'int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
On me permettra d'y ajouter une autre suggestion : la lecture par slogan ou par mots-cl&#233;s, ces mots-cl&#233;s dont le maniement &#233;l&#233;gant est aujourd'hui le signe d'appartenance &#224; la nouvelle gauche ou, plus prosa&#239;quement, celui d'un aggiornamento intellectuel indispensable pour qui veut faire bonne figure dans les salons litt&#233;raires &#224; la mode.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre pr&#233;tend explorer la nouvelle configuration du syst&#232;me capitaliste induite par la mondialisation n&#233;o-lib&#233;rale et remettre en question les cat&#233;gories fondamentales de la politique l&#233;gu&#233;es par la modernit&#233;. Les auteurs se situent dans la tradition marxiste, bien qu'ils admettent, sans le dire explicitement, que le marxisme-l&#233;ninisme orthodoxe a cess&#233; d'&#234;tre pertinent. Si on se doit de saluer ce renoncement &#224; une id&#233;ologie qui servit si bien les int&#233;r&#234;ts du totalitarisme, comment ne pas s'&#233;tonner, cependant, de constater qu'il manque &#224; ce livre non seulement une analyse &#233;conomique s&#233;rieuse, mais encore et surtout le point de vue de la critique de l'&#233;conomie politique qui demeure, &#224; mes yeux, le seul h&#233;ritage vivant de cette m&#234;me tradition marxiste. En outre, il faut noter que, alors qu'Empire consacre des dizaines de pages &#224; l'&#233;tude de la Constitution des Etats-Unis, il ne contient aucune r&#233;flexion s&#233;rieuse sur la r&#233;volution russe et sur le l&#233;ninisme. Pourtant, il est clair aujourd'hui que le mod&#232;le sovi&#233;tique ouvre et ferme, &#224; la fois, l'espace des r&#233;volutions du XXe si&#232;cle. Son &#233;chec n'est d'ailleurs pas sans rapports avec le surgissement du nouvel ordre mondial, qui est pr&#233;cis&#233;ment le th&#232;me de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la trag&#233;die des r&#233;volutions qui se d&#233;vorent elles-m&#234;mes n'y est pas non plus &#233;voqu&#233;, et on n'y trouve aucune tentative pour juger &#224; sa juste mesure l'apport des courants critiques du socialisme, tant marxistes que libertaires, pass&#233; jusqu'ici sous le boisseau. Dans les rares pages consacr&#233;es &#224; la chute du bloc sovi&#233;tique, les auteurs se bornent &#224; remarquer que la discipline y &#171; agonisait &#187; et affirment, sans plus, qu'on n'&#233;tait pas en pr&#233;sence de soci&#233;t&#233;s totalitaires mais d'une dictature bureaucratique (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proc&#233;dons par ordre. Empire fut &#233;crit entre 1994 et 1997, c'est-&#224;-dire apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volte zapatiste et avant la bataille de Seattle. Une fois le livre achev&#233;, Negri, dirigeant politique de la gauche extraparlementaire italienne des ann&#233;es 1970, professeur d'universit&#233;, auteur de volumineux trait&#233;s sur Marx et sur Spinoza, se livra, apr&#232;s quatorze ans d'exil en France, &#224; la justice italienne pour r&#233;pondre devant elle de d&#233;lits en rapport avec la lutte arm&#233;e. Depuis quelques mois, il vit en r&#233;sidence surveill&#233;e dans son appartement romain, o&#249; il travaille au tome II d'Empire. Hardt, lui, est professeur de litt&#233;rature &#224; l'universit&#233; de Duke, en Caroline du Nord. J'ignore quelle est sa trajectoire, et je ne me propose donc pas d'analyser ici sa contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous nous trouvons en pr&#233;sence d'un livre d'une &#233;norme ambition, il convient de se demander d'entr&#233;e en quoi il pourrait aider &#224; une meilleure compr&#233;hension du monde actuel. Ma r&#233;ponse est qu'il y contribue bien peu, en v&#233;rit&#233;. Sa th&#232;se principale, &#233;nonc&#233;e d&#232;s les premi&#232;res lignes, et reprise par la suite de fa&#231;on presque obsessionnelle, peut s'&#233;noncer ainsi : avec le surgissement de la mondialisation et la crise de l'Etat-nation, apparaissent de nouvelles formes de souverainet&#233; et un syst&#232;me social in&#233;dit, l'&#171; Empire &#187;, dont il faut mettre les attributs en lumi&#232;re. Nos auteurs expliquent que les Etats-Unis y occupent une place importante mais non centrale, pour la simple raison que l'Empire n'a pas de centre. Il s'agirait en quelque sorte d'un Empire sans imp&#233;rialisme, illusion partag&#233;e avec la pens&#233;e n&#233;o-conservatrice. L'Empire, nous disent-ils, en effet, est un non-lieu sans limites, d&#233;centralis&#233; et &#171; d&#233;territorialis&#233; &#187;, qui s'approprie la totalit&#233; de la vie sociale. Aucune fronti&#232;re ne peut restreindre son pouvoir puisqu'il est &#171; un ordre qui suspend effectivement le cours de l'histoire et fixe par l&#224; m&#234;me l'&#233;tat pr&#233;sent des affaires pour l'&#233;ternit&#233; &#187; (3). Il ressort de telles affirmations que l'Empire ne co&#239;ncide pas avec le syst&#232;me imp&#233;rialiste des Etats souverains en concurrence entre eux. A la diff&#233;rence de ceux-ci, il n'a ni centre ni p&#233;riph&#233;rie, et pas plus de &#171; dedans &#187; que de &#171; dehors &#187;, ce qui implique qu'on ne puisse plus parler des vieilles divisions entre premier et tiers monde ou m&#234;me de guerres imp&#233;rialistes. Si Negri et Hardt admettent l'existence de contradictions inter-imp&#233;rialistes, ils soutiennent qu'elles ne sont pas r&#233;ductibles aux m&#233;canismes classiques. Qu'en est-il, par ailleurs, des classes sociales dans l'Empire ? Il n'y a plus de prol&#233;tariat, et encore moins de paysannerie (4). Ce qui existe, en revanche, c'est un nouveau &#8211; et myst&#233;rieux &#8211; sujet r&#233;volutionnaire, la multitude (au singulier, comme le Saint-Esprit), dont les auteurs c&#233;l&#232;brent l'existence d&#232;s l'introduction, sans se soucier de pr&#233;ciser les contours du concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois lus ces pr&#233;ambules, plusieurs choix s'offrent au lecteur critique. Il peut, bien s&#251;r, renoncer &#224; s'attaquer &#224; un texte aussi abscons, mais il peut aussi s'armer de patience et passer au crible le contenu des 470 pages (sans compter les quelque 40 pages de notes) qui suivent l'introduction. C'est ce qu'a fait Atilio Boron qui, atterr&#233; par les extravagances de Negri et Hardt, leur consacre un livre entier (5). Toutefois, si ce choix a pour m&#233;rite de mettre &#224; la disposition du lecteur un inventaire fourni, quoique non exhaustif, des sottises du livre, Boron fait fausse route quand il qualifie les auteurs de post-modernes, alors que, en v&#233;rit&#233;, s'ils empruntent des concepts &#224; Foucault (bio-pouvoir, bio-politique) ou &#224; Deleuze (d&#233;territorialisation, nomadisme), leur argumentation est directement tributaire de ce qu'on a appel&#233; l'op&#233;ra&#239;sme italien, un courant auquel Negri adh&#233;ra dans les ann&#233;es 1960 et qu'il n'a jamais reni&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion des auteurs de l'ouvrage ne proc&#232;de ni du d&#233;sir de remettre en cause les &#171; grandes narrations &#187; ni d'une sensibilit&#233; post-moderne, &#171; attentive &#224; la singularit&#233; des &#233;v&#233;nements &#187; (6), mais avant tout d'une vorace et totalisatrice volont&#233; h&#233;g&#233;lienne : &#233;galement oppos&#233;s &#224; la modernit&#233; et &#224; la post-modernit&#233;, les auteurs se situent en fait dans une sorte d'&#233;ther &#171; post-marxiste &#187; (7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, plut&#244;t que de reprendre point par point les th&#232;ses du livre &#8211; parfois franchement d&#233;lirantes &#8211;, la critique peut choisir une autre voie et opter pour l'exploration des origines du champ dans lesquelles elles s'inscrivent. La tentative est d'autant moins oiseuse que, apr&#232;s les Etats-Unis et l'Europe, l'arsenal id&#233;ologique de Negri et Hardt est en train d'envahir l'Am&#233;rique latine. A notre sens, on ne peut comprendre Empire si on ne conna&#238;t pas, au moins dans ses traits les plus significatifs, les forces et les faiblesses de l'op&#233;ra&#239;sme italien.&lt;br class='autobr' /&gt;
En des temps d&#233;j&#224; lointains, ce courant apporta une contribution ind&#233;niable &#224; la reconstruction de la pratique r&#233;volutionnaire et de la pens&#233;e critique. Son interpr&#233;tation du marxisme a marqu&#233; une &#233;poque du conflit social en Italie, mais il existe une assez grande confusion quant &#224; sa nature profonde. Dans la litt&#233;rature de langue espagnole, par exemple, on parle de &#171; marxismo autonomista &#187; et, dans l'anglaise, de &#171; autonomist marxism &#187; (8), termes qui &#233;voquent l'id&#233;e d'une revendication de l'&#171; autonomie &#187; des mouvements sociaux &#224; l'&#233;gard des organisations et partis politiques, ce qui, s'agissant des seuls Toni Negri et Mario Tronti &#8211; les deux repr&#233;sentants les plus connus de ce courant hors d'Italie &#8211; est loin de correspondre &#224; la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IL ETAIT UNE FOIS LA CLASSE OUVRIERE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant marxiste qu'on conna&#238;t en Italie sous le nom d'op&#233;ra&#239;sme est n&#233; dans les ann&#233;es 1960 autour des revues Quaderni Rossi et Classe Operaia. Parmi leurs collaborateurs les plus importants, on peut citer Raniero Panzieri, Romano Alquati, Mario Tronti, Sergio Bologna, Alberto Asor Rosa, Gianfranco Faina et Antonio Negri lui-m&#234;me (9). A l'&#233;poque , l'Italie vivait la fin du capitalisme agraire et du miracle &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;taient les ann&#233;es sombres de la guerre froide et le pays subissait la double ing&#233;rence des Etats-Unis&lt;br class='autobr' /&gt;
et de l'URSS. Derri&#232;re une fa&#231;ade mena&#231;ante, le Parti communiste italien acceptait de bon gr&#233; les r&#232;gles du jeu qu'impliquait son &#233;loignement permanent du pouvoir central, en &#233;change d'une part (r&#233;duite) de pouvoir local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure dominante dans les luttes sociales &#233;tait l'ouvrier professionnel, c'est-&#224;-dire ce travailleur qui&lt;br class='autobr' /&gt;
exerce encore un certain contr&#244;le sur le processus productif, qui poss&#232;de un bagage important de connaissances techniques et qui est conscient de pouvoir administrer l'entreprise mieux que le patron. On avait affaire en l'occurrence &#224; des travailleurs dot&#233;s d'une forte m&#233;moire et d'une conscience antifasciste tr&#232;s marqu&#233;e, qui d&#233;claraient avec fiert&#233; &#171; appartenir &#224; la nation ouvri&#232;re &#187; (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses ne tard&#232;rent pas &#224; changer. L'exode rural, le d&#233;collement industriel, la croissance du secteur tertiaire et la diffusion de la consommation de masse, tout cela modifia profond&#233;ment la structure sociale du pays. L'existence de secteurs d'ouvriers non qualifi&#233;s n'&#233;tait certes pas une chose nouvelle, mais &#224; ce moment-l&#224; les industries du nord &#233;prouvaient un besoin croissant de main-d'oeuvre bon march&#233; afin d'impulser le d&#233;veloppement des secteurs automobile et p&#233;trochimique. La production fut fragment&#233;e et, avec la diffusion de la cha&#238;ne de montage, surgit une nouvelle g&#233;n&#233;ration de jeunes &#233;migrants en provenance du sud, qui n'avaient ni la culture politique ni les valeurs de la R&#233;sistance. Ils vivaient une situation particuli&#232;rement difficile, puisque la soci&#233;t&#233; locale ne les acceptait pas et que le syndicat se m&#233;fiait d'eux. Pourtant, ils allaient devenir bient&#244;t les acteurs d'importants mouvements de protestation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion de Quaderni Rossi, dont le premier num&#233;ro parut en 1961, fut consacr&#233;e &#224; l'analyse de cette nouvelle et complexe r&#233;alit&#233;. La revue &#233;tait &#233;dit&#233;e &#224; Turin, centre nerveux de Fiat et des formes in&#233;dites d'organisation du travail. Son directeur, Raniero Panzieri, &#233;tait un ex-dirigeant du Parti socialiste, de tendance luxemburgiste, qui maintenait des relations avec la gauche internationale non stalinienne. Quelques ann&#233;es avant, dans de pol&#233;miques Th&#232;ses sur le contr&#244;le ouvrier, il avait d&#233;fendu l'id&#233;e d'une d&#233;mocratie ouvri&#232;re de base et soutenu l'id&#233;e que &#171; le parti, con&#231;u d'abord comme instrument de classe devient une fin en lui-m&#234;me, un instrument pour l'&#233;lection de d&#233;put&#233;s [&#8230;] et un &#233;l&#233;ment de conservation &#187; (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Panzieri chercha &#224; &#233;manciper le marxisme du contr&#244;le des partis politiques et &#224; assumer un &#171; point de vue ouvrier &#187;, en relisant Marx &#224; partir de la lutte des classes (12). Il concentra son attention sur la planification, et interpr&#233;ta le capital comme pouvoir social et non plus seulement comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Intervenant directement dans la production, l'Etat n'&#233;tait plus seulement le garant, mais l'organisateur de l'exploitation. Dans la quatri&#232;me section du tome I du Capital, il trouva les concepts de &#171; commandement capitaliste &#187;, d'&#171; ouvrier social &#187; (&#171; travailleur collectif &#187;, dans la traduction espagnole que j'ai consult&#233;e) (13) et d'&#171; antagonisme &#187;, qui sont rest&#233;s, depuis, des r&#233;f&#233;rences th&#233;oriques incontournables de l'op&#233;ra&#239;sme. Il fut, de surcro&#238;t, un des premiers &#224; &#233;tudier des oeuvres de Marx jusqu'alors pratiquement inconnues, comme les Grundrisse (en particulier, le passage sur la machinerie) et le VIe chapitre (in&#233;dit) du Capital, en r&#233;cup&#233;rant le concept fondamental de &#171; critique de l'&#233;conomie politique &#187; et les cat&#233;gories de&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; soumission formelle &#187; et &#171; r&#233;elle &#187; du travail au capital (14).&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la gauche officielle s'embourbait dans l'id&#233;ologie du d&#233;veloppement, Panzieri &#233;tudia l'entrelacs de la technique et du pouvoir, qui l'amena &#224; cette id&#233;e que l'incorporation de la science dans le processus productif est un moment-cl&#233; du despotisme capitaliste, et de l'organisation de l'Etat. De la sorte, Panzieri r&#233;alisa une inversion du marxisme orthodoxe &#8211; une v&#233;ritable r&#233;volution copernicienne &#8211; et ouvrit la voie &#224; la critique des id&#233;ologies sociologiques, de la th&#233;orie des organisations notamment, qu'il interpr&#233;ta comme des techniques destin&#233;es &#224; neutraliser les luttes ouvri&#232;res (15). Bien plus que d'autres, cet auteur pr&#233;matur&#233;ment disparu (il mourut en 1964) essaya de construire une pens&#233;e politique distincte de la pens&#233;e communiste, en s'&#233;mancipant du sch&#233;ma de l'&#171; intellectuel organique &#187;, o&#249; l'intellectuel est beaucoup moins l'expression organique de la classe ouvri&#232;re que du seul parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre personnage important de cette premi&#232;re phase de l'op&#233;ra&#239;sme, Romano Alquati se chargea d'entreprendre des enqu&#234;tes empiriques dans les usines, en recourant &#224; la m&#233;thode de l'&#171; enqu&#234;te participative &#187; (en italien, conricerca), laquelle impliquait une rencontre d'&#233;gal &#224; &#233;gal entre le sujet et l'objet de la recherche &#8211; c'est-&#224;-dire entre les intellectuels et les ouvriers &#8211; en vue d'une lib&#233;ration commune. Alquati baptisa du nom d'&#171; ouvrier-masse &#187; (en anglais, unskilled worker ou mass production worker) le nouveau sujet politique : le travailleur migrant non qualifi&#233; et totalement s&#233;par&#233; des moyens de production, lequel &#233;tait en train de supplanter l'ouvrier professionnel. L'ouvrier-masse &#233;tait la concr&#233;tisation de trois ph&#233;nom&#232;nes parall&#232;les : 1) le fordisme, c'est-&#224;-dire la production de masse et la r&#233;volution du march&#233; ; 2) le taylorisme, soit l'organisation scientifique du travail et la cha&#238;ne de montage ; 3) le keyn&#233;sianisme, autrement dit les politiques capitalistes &#224; grande port&#233;e de l'Etat- providence. L'ensemble de ces mesures exprimait la r&#233;ponse du capital aux ouvriers qui avaient entrepris de prendre &#171; le ciel d'assaut &#187; au cours des ann&#233;es 1920-1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;ra&#239;stes pensaient que, en Italie comme ailleurs, les grandes transformations fordistes avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; men&#233;es &#224; leur terme et qu'on &#233;tait en train de passer &#224; l'&#233;tape du &#171; refus du travail &#187;, autrement dit &#224; cette ali&#233;nation totale de l'ouvrier &#224; l'&#233;gard des moyens de production, qui d&#233;bouchait sur l'absent&#233;isme et une remise en question plus radicale du m&#233;canisme de l'exploitation. De ce point de vue, l'histoire de la classe ouvri&#232;re apparaissait comme un formidable roman &#233;pique o&#249; les grandes transformations productives, de la r&#233;volution industrielle jusqu'&#224; l'automation, semblaient promettre la r&#233;alisation progressive du plus vieux r&#234;ve de l'humanit&#233; : se lib&#233;rer de l'effort au travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle approche s'&#233;cartait radicalement de l'&#233;thique du travail, cheval de bataille du PCI. D'apr&#232;s Sergio Bologna, &#171; Quaderni Rossi a broy&#233; l'h&#233;g&#233;monie sur les presses de Mirafiori &#187;, ce qui &#233;tait une fa&#231;on de dire que la revue s'&#233;loignait de la pens&#233;e du fondateur du Parti, Antonio Gramsci (16). A mon sens, la relation des op&#233;ra&#239;stes avec Gramsci &#233;tait plus complexe qu'il n'y para&#238;t : s'ils n'approuvaient gu&#232;re l'historicisme de ce dernier (Tronti et Asor Rosa, par exemple, avaient &#233;t&#233; des &#233;l&#232;ves de Galvano Della Volpe, un antigramscien convaincu), ils appr&#233;ciaient les notes sur &#171; Am&#233;ricanisme et fordisme &#187;, o&#249; Gramsci pressentait la transition vers les nouvelles formes de domination capitaliste. Comme lui, ils suivaient attentivement les transformations du capitalisme am&#233;ricain : &#171; En Am&#233;rique, &#233;crivait Gramsci, la rationalisation a d&#233;termin&#233; la n&#233;cessit&#233; d'&#233;laborer un nouveau type humain conforme au nouveau type de travail et de processus productif. &#187; (17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, les op&#233;ra&#239;stes eurent la certitude que le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;migration int&#233;rieure tendait &#224; rendre caducs les anciens d&#233;s&#233;quilibres entre nord et sud, axe des pr&#233;occupations de Gramsci. Et ceci non pas parce que le capitalisme italien les avait supprim&#233;s mais, au contraire, parce que la &#171; question m&#233;ridionale &#187; &#233;tait en train de s'&#233;tendre au pays entier, en particulier aux usines du nord, o&#249; s'accumulait la rage de ce nouveau prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des r&#233;ussites de ces auteurs fut l'&#233;laboration du concept de &#171; composition de classe &#187;. De m&#234;me que, chez Marx, la composition organique du capital exprime une synth&#232;se entre composition technique et valeur, pour les op&#233;ra&#239;stes, la composition de classe met l'accent sur le lien entre traits techniques &#171; objectifs &#187; et traits politiques &#171; subjectifs &#187;. La synth&#232;se des deux aspects d&#233;termine le potentiel subversif des luttes, et cela permet de d&#233;couper l'histoire en p&#233;riodes, chacune d'entre elles &#233;tant caract&#233;ris&#233;e par la pr&#233;sence d'une figure &#171; dynamique &#187;. Chaque fois, le capital r&#233;pond &#224; une certaine composition de classe par une restructuration &#224; laquelle succ&#232;de une recomposition politique de la classe, autrement dit le surgissement d'une nouvelle figure &#171; dynamique &#187; (18). De m&#234;me, les diff&#233;rentes expressions de cette recomposition favorisent une &#171; circulation des luttes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;t&#233; 1960, on avait pu observer une premi&#232;re manifestation de cette nouvelle composition quand, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'occasion d'une convention du parti n&#233;o-fasciste &#8211; qui participait alors &#224; un gouvernement de centre droit &#8211; devant se tenir &#224; G&#234;nes, une s&#233;rie de manifestations violentes avaient secou&#233; cette ville et quelques autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles se sold&#232;rent par plusieurs morts, presque tous des jeunes gens, et la presse avait parl&#233;, sur un ton m&#233;prisant, d'&#171; une r&#233;bellion de rockers criminels &#187; (de &#171; teddy boys &#187;, selon l'expression alors &#224; la mode). En revanche, dans une chronique &#233;crite par un auteur proche de l'op&#233;ra&#239;sme, nous lisons que &#171; les faits de juillet sont la manifestation de classe de cette nouvelle g&#233;n&#233;ration &#233;lev&#233;e dans le climat de l'apr&#232;s-guerre. [&#8230;] Une g&#233;n&#233;ration situ&#233;e hors des partis &#187; (19).&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1962, &#233;clata l'affaire Fiat. Une fois expir&#233;s les contrats de travail du secteur automoteur, la corporation se trouva au centre d'un grave conflit du travail qui d&#233;boucha sur les violents affrontements de la Piazza Statuto (7, 8 et 9 juillet), &#224; Turin. Accus&#233;s d'avoir sign&#233; des contrats-poubelle, les syndicats officiels furent ignor&#233;s par des dizaines de milliers d'ouvriers en gr&#232;ve qui d&#233;clench&#232;rent une v&#233;ritable r&#233;volte urbaine. La police ne put reprendre la Piazza Statuto qu'apr&#232;s trois jours d'affrontements et apr&#232;s avoir re&#231;u des renforts en provenance d'autres villes. Les protagonistes des &#233;v&#233;nements, une fois de plus, &#233;taient de jeunes m&#233;ridionaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCI prit imm&#233;diatement position, en d&#233;non&#231;ant les insurg&#233;s comme des &#171; provocateurs fascistes &#187;. C'&#233;tait le d&#233;but d'une nouvelle &#233;tape de l'histoire italienne : au fur et &#224; mesure qu'apparaissaient de nouvelles pratiques d'affrontement des classes, on voyait augmenter la distance entre la gauche historique et les mouvements contestataires. La discussion fut tr&#232;s vive au sein de Quaderni Rossi et elle d&#233;boucha, en 1963, sur une premi&#232;re rupture. Si tous ses membres &#233;taient d'accord sur la potentialit&#233; r&#233;volutionnaire de la nouvelle situation, il existait de s&#233;rieuses diff&#233;rences quant &#224; l'attitude &#224; adopter. Panzieri optait pour la prudence, quand Tronti, Alquati, Negri, Bologna, Asor Rosa et Faina voulaient passer &#224; l'action. En 1964, ces derniers fond&#232;rent Classe Operaia, &#171; p&#233;riodique politique des ouvriers en lutte &#187;. Le groupe se proposait non seulement de contribuer &#224; la recherche th&#233;orique mais aussi de consolider le r&#233;seau de relations et de contacts &#233;bauch&#233;s les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes (20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES PARADOXES DE MARIO TRONTI&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sign&#233; par son directeur, Mario Tronti, l'&#233;ditorial du premier num&#233;ro de Classe Operaia &#8211; &#171; L&#233;nine en&lt;br class='autobr' /&gt;
Angleterre &#187; &#8211; indiquait le chemin &#224; suivre : &#171; On voit pointer une nouvelle &#233;poque de la lutte des classes. Les ouvriers l'ont impos&#233;e aux capitalistes avec la force objective des forces organis&#233;es en usine. [&#8230;] La classe ouvri&#232;re conduit et impose un certain type de d&#233;veloppement du capital. [&#8230;] Un nouveau commencement est n&#233;cessaire. &#187; (21)&lt;br class='autobr' /&gt;
Penseur discut&#233; et paradoxal, Tronti &#233;tait convaincu que la r&#233;cente intensification des luttes ouvri&#232;res ouvrait la voie &#224; une transformation r&#233;volutionnaire. Mais, au lieu de se fier &#224; la spontan&#233;it&#233; des masses, &#224; l'instar de Panzieri, il croyait plut&#244;t &#224; l'intervention du parti. Ses id&#233;es trouv&#232;rent leur formulation d&#233;finitive en 1966, avec la publication de Operai e Capitale, un livre plein d'intuitions brillantes et d'images suggestives, qui condensait les splendeurs et les mis&#232;res de la seconde &#233;tape de l'op&#233;ra&#239;sme. Alors qu'ailleurs les n&#233;o-marxistes se perdaient dans d'interminables discussions sur les th&#233;ories de la crise et l'effondrement du capitalisme du fait de ses propres contradictions, Tronti affirmait la centralit&#233; politique de la classe ouvri&#232;re, mettait l'accent sur le facteur subjectif et proposait une analyse dynamique des relations de classe. L'usine n'&#233;tait plus le lieu de la domination capitaliste, mais le coeur m&#234;me de l'antagonisme. Son approche allait &#224; rebours de la tradition r&#233;formiste : la lutte pour le salaire &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une lutte imm&#233;diatement r&#233;volutionnaire d&#232;s l'instant qu'elle parvenait &#224; faire plier le pouvoir du capital. La crise n'&#233;tait plus comprise comme le produit d'abstraites contradictions intrins&#232;ques, mais r&#233;sultait de la capacit&#233; ouvri&#232;re d'arracher des revenus au capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours de Tronti se concentrait sur les tendances, ce qui allait &#234;tre &#224; l'avenir une constante de la pens&#233;e op&#233;ra&#239;ste : il s'agissait de construire un mod&#232;le th&#233;orique qui permettrait d'anticiper le cours des choses. C'est pourquoi il fallait mettre &#171; Marx &#224; Detroit &#187;, c'est-&#224;-dire &#233;tudier les comportements du prol&#233;tariat dans le pays le plus avanc&#233;, l&#224; o&#249; le conflit apparaissait sous sa forme la plus pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle approche pourrait para&#238;tre s&#233;duisante, mais les propositions pratiques qu'on en tirait &#233;taient, elles, franchement d&#233;cevantes : &#171; La tradition d'organisation de la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine est la plus politique au monde, parce que la force de ses luttes annonce la d&#233;faite &#233;conomique de l'adversaire et la rapproche non de la conqu&#234;te du pouvoir pour construire une autre soci&#233;t&#233; dans le vide, mais de l'explosion du salariat pour r&#233;duire le capital et les capitalistes &#224; une position subalterne dans cette m&#234;me soci&#233;t&#233; &#187; (22). D&#233;faite de l'adversaire ? Aux Etats-Unis ? Non, pr&#233;cisait Tronti : de toutes fa&#231;ons, &#171; la pure lutte syndicale ne peut nous faire sortir du syst&#232;me [&#8230;], il faut une organisation de type l&#233;niniste &#187; (23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus int&#233;ressante &#233;tait, en revanche, l'analyse de la relation entre usine et soci&#233;t&#233; : &#171; Au niveau le plus &#233;lev&#233; du d&#233;veloppement capitaliste, la soci&#233;t&#233; enti&#232;re devient une articulation de la production. Autrement dit, toute la soci&#233;t&#233; vit en fonction de l'usine, et l'usine &#233;tend sa domination &#224; toute la soci&#233;t&#233;. &#187; (24) Contre l'interpr&#233;tation selon laquelle l'extension du secteur tertiaire signifiait un affaiblissement de la classe ouvri&#232;re, Tronti soutenait qu'avec la g&#233;n&#233;ralisation du travail salari&#233;, un nombre toujours plus &#233;lev&#233; de personnes &#233;tait en voie de prol&#233;tarisation, ce qui ne faisait qu'amplifier l'antagonisme au lieu de le r&#233;duire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'Operai e Capitale soit devenu une r&#233;f&#233;rence oblig&#233;e pour les militants de 68, on peut noter curieusement que l'auteur de cet ouvrage ne quitta jamais le PCI et qu'aujourd'hui encore, il demeure membre du post-communiste PDS. Mieux m&#234;me : il y a peu, Tronti a expliqu&#233; que l'interpr&#233;tation gauchiste de son livre avait &#233;t&#233; le fruit d'une erreur. &#171; Je n'ai jamais &#233;t&#233; spontan&#233;iste. J'ai toujours pens&#233; que la conscience politique devait venir du dehors. &#187; (25)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;pendamment des opinions que professent Tronti aujourd'hui, il est, cependant, &#233;vident que, dans les ann&#233;es 1960, lui et les op&#233;ra&#239;stes ouvrirent un front contre la tradition nationale-populaire de la gauche italienne, qui embrassait non seulement la politique, mais aussi la culture (philosophie, litt&#233;rature, cin&#233;ma et sciences humaines), et qu'ils donn&#232;rent une premi&#232;re r&#233;ponse aux th&#233;ories de la &#171; domination totale &#187; accept&#233;es par tous, y compris par la gauche critique. Ce qui semble le plus actuel dans Operai e Capitale, c'est s&#251;rement la critique du logos technico-productiviste, tant marxiste que lib&#233;ral, et de l'id&#233;e &#8211; d&#233;j&#224; pr&#233;sente chez Panzieri &#8211; que la connaissance est li&#233;e &#224; la lutte, qu'elle n'est pas neutre, mais partisane (26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Tronti demeure une tentative s&#233;rieuse de r&#233;novation du marxisme, m&#234;me si elle n'a d&#233;bouch&#233; sur rien (27). Son &#171; subjectivisme &#187; exprima une r&#233;bellion contre l'objectivisme du marxisme vulgaire, celui de l'Ecole de Francfort compris, si on y excepte Marcuse. Tronti per&#231;ut le &#171; projet &#187; du capital de contr&#244;ler la soci&#233;t&#233; dans sa totalit&#233;, mais, &#224; rebours d'Adorno, il l'interpr&#233;ta comme une strat&#233;gie pour contenir la protestation ouvri&#232;re (28). Ce subjectivisme fut, en m&#234;me temps, la source de nombreuses erreurs, la plus grave &#233;tant de consid&#233;rer que la logique du d&#233;veloppement capitaliste ne reposait pas sur l'extraction du profit, mais sur la combativit&#233; ouvri&#232;re. Une telle approche l'&#233;loignait de Panzieri et du premier op&#233;ra&#239;sme qui concevait le capital et la classe ouvri&#232;re comme deux r&#233;alit&#233;s antagoniques &#233;galement &#171; objectives &#187;. Panzieri, en outre, ne commit pas la b&#233;vue de penser que les augmentations de salaire pouvaient provoquer la rupture du syst&#232;me (29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans vouloir &#224; tout prix revendiquer un &#171; vrai &#187; marxisme, il semble &#233;vident que l'approche de Tronti repose sur une lecture partielle de Marx et, davantage encore, sur une grossi&#232;re simplification de la r&#233;alit&#233;. S'il est bien vrai que Marx a &#233;crit que la lutte des classes est le moteur de l'Histoire, son analyse se centre sur la relation sociale entre deux p&#244;les contradictoires : d'un c&#244;t&#233;, le capital comme puissance sociale, travail &#171; mort &#187;, objectivit&#233; pure, esprit du monde, et, de l'autre, le travail &#171; vivant &#187;, la classe ouvri&#232;re qui, partie et fondement de la relation, fonde, en m&#234;me temps, sa n&#233;gation. L'origine de la contradiction est due &#224; la double nature du travail ouvrier qui est &#224; la fois travail abstrait, producteur de plus-value, et travail concret, producteur de valeurs d'usage. Le probl&#232;me &#8211; ajoutait-il &#8211; est que &#171; la valeur ne porte pas inscrite sur son front ce qu'elle est &#187; (30). Selon Marx, les antinomies entre &#171; subjectivisme &#187; et &#171; objectivisme &#187; ne peuvent pas &#234;tre r&#233;solues dans la th&#233;orie, mais dans la pratique (31), puisque seule la cr&#233;ation d'un nouveau mode de production &#8211; la fameuse n&#233;gation de la n&#233;gation ou expropriation des expropriateurs &#8211; peut y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Tronti, en revanche, il y a bien hypostase du p&#244;le subjectif : &#171; le capital comme fonction de la classe ouvri&#232;re &#187; (32). Cela le conduisit &#224; transformer la classe ouvri&#232;re en fondement ontologique de la r&#233;alit&#233;. La subjectivit&#233; n'&#233;tait plus la force concr&#232;te d'individus conscients qui s'organisent pour changer le monde, mais &#8211; pour Tronti &#8211; une simple cat&#233;gorie herm&#233;neutique pour la compr&#233;hension du capitalisme. Quant au n&#233;gatif, il &#233;tait parti en fum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de signaler que, presque quarante ans plus tard, le m&#234;me sch&#233;ma est constamment &#224; l'&#339;uvre dans Empire. Ici, le subjectivisme extr&#234;me, la lecture de l'Histoire &#224; partir de la &#171; puissance &#187; ouvri&#232;re, devient pur d&#233;lire : &#171; De la manufacture jusqu'&#224; l'industrie &#224; grande &#233;chelle, du capital financier &#224; la restructuration transnationale et la mondialisation du march&#233;, ce sont toujours les initiatives de la main-d'oeuvre organis&#233;e qui d&#233;terminent les configurations du d&#233;veloppement capitaliste. &#187; Ou encore : &#171; Nous arrivons ainsi au d&#233;licat passage par lequel la subjectivit&#233; de la lutte des classes transforme l'imp&#233;rialisme en Empire. &#187; C'est pourquoi il est n&#233;cessaire de comprendre &#171; la nature mondiale de la lutte des classes prol&#233;tarienne et sa capacit&#233; &#224; anticiper et pr&#233;figurer les d&#233;veloppements du capital vers la r&#233;alisation du march&#233; mondial &#187; (33). Dans ce passage, et tant d'autres similaires, la dialectique ouvriers-capital &#8211; cette &#171; grammaire de la r&#233;volution &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
selon la magnifique expression d'Alexandre Herzen &#8211; s'&#233;vanouit dans l'apologie d'un pr&#233;sent sans contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les ouvriers sont d'ores et d&#233;j&#224; si forts et puissants, pourquoi devraient-ils faire la r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RUPTURES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale fonction de Classe Operaia fut sans doute d'impulser l'articulation de divers groupes locaux ,qui travaillaient sur la question ouvri&#232;re en divers lieux du pays. Le groupe, cependant, eut une vie br&#232;ve, puisqu'il se saborda en 1966 (34). Pourquoi ? Au cours d'une r&#233;union tenue &#224; Florence vers la fin 1966, Tronti, Asor Rosa et Negri lui-m&#234;me se pos&#232;rent la question de l'urgence d'un virage politique. Le th&#232;me central &#233;tait la relation classe-parti : la classe incarnait la strat&#233;gie et le parti la tactique. Il y avait un probl&#232;me, n&#233;anmoins : si la premi&#232;re &#233;tait tr&#232;s consciente du travail de d&#233;molition qui l'attendait, le second &#233;tait en train de perdre le nord. Dans ces conditions, plut&#244;t que de jeter de l'huile sur le feu des protestations ouvri&#232;res, il fallait faire de l'entrisme dans les syndicats, et surtout dans le PCI. L'id&#233;e &#233;tait de former une sorte de direction ouvri&#232;re afin de lui faire jouer le r&#244;le de &#171; cale &#187; (telle &#233;tait l'expression utilis&#233;e) dans le Parti et modifier du coup son &#233;quilibre interne (35).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut signaler que, jusqu'alors, l'op&#233;ra&#239;sme avait &#233;t&#233; un laboratoire collectif, une sorte de r&#233;seau informel form&#233; d'intellectuels, de syndicalistes, d'&#233;tudiants et de r&#233;volutionnaires de tendances diverses qui avaient tous en commun une sensibilit&#233; anti-bureaucratique, et la d&#233;couverte d'un nouveau monde ouvrier en lutte. A l'exception de Tronti, personne n'y avait affront&#233; ouvertement la question du l&#233;ninisme. On acceptait le L&#233;nine qui avait compris la convergence entre crise &#233;conomique, crise politique et tendance ouvri&#232;re vers l'autonomie, mais on n'abordait pas la question du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une minorit&#233; libertaire &#8211; int&#233;gr&#233;e par Gianfranco Faina, Ricardo d'Este et d'autres militants de G&#234;nes et de Turin &#8211; n'accepta pas ce choix en faveur de l'entrisme. Tel qu'eux l'entendaient, l'op&#233;ra&#239;sme &#233;tait fond&#233; sur l'id&#233;e que les forces subversives se regroupaient hors de la logique des partis et des syndicats officiels. Ils trouv&#232;rent une source d'inspiration dans le communisme des conseils (36), chez les anarchistes espagnols et chez Amadeo Bordiga (37). Les ann&#233;es suivantes, ils partag&#232;rent les positions libertaires du groupe Socialisme ou Barbarie et de l'Internationale situationniste, et rompirent d&#233;finitivement avec toute pr&#233;tention &#224; &#171; diriger &#187; le mouvement (38). Une autre tendance, dirig&#233;e par Sergio Bologna, essaya de s'en tenir &#224; l'op&#233;ra&#239;sme originel, en revenant &#224; son travail de fourmi au sein de la Fiat et de quelques usines lombardes (39). De sorte que le virage annonc&#233; n'eut pas lieu et que Tronti dut reconna&#238;tre qu'on n'&#233;tait pas parvenu &#224; &#171; r&#233;aliser le cercle vertueux de la lutte, de l'organisation [et non de l'auto-organisation, NdA] et de la possession du terrain politique &#187; (40).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, des &#233;v&#233;nements importants compliqu&#232;rent le projet de convertir le PCI &#224; l'op&#233;ra&#239;sme (41). En 1968, la temp&#233;rature sociale en Italie commen&#231;a &#224; monter &#224; des niveaux pr&#233;occupants. Des ferments culturels nouveaux et de plus en plus intenses commen&#231;aient &#224; se propager. Les probl&#232;mes nationaux se m&#234;laient &#224; la situation internationale de la fin des ann&#233;es 1960 (manifestations contre la guerre au Vietnam, Black Panthers, etc.), en inaugurant une p&#233;riode de grands changements. Les premiers &#224; entrer en mouvement furent les &#233;tudiants qui occup&#232;rent les principales universit&#233;s du pays : Trente, Milan, Turin et Rome. Ils commenc&#232;rent par mettre en cause l'autoritarisme universitaire et termin&#232;rent par faire la critique du capitalisme, de l'Etat, de la patrie, de la religion, de la famille, etc. Ils manifestaient un m&#233;pris tout particulier pour les partis de gauche qu'ils accusaient d'&#234;tre devenus des engrenages fondamentaux du r&#233;gime. A la fin de l'ann&#233;e 1968, et surtout en 1969, quand les protestations ouvri&#232;res s'intensifi&#232;rent, le syst&#232;me entra en crise. La grande rupture sociale, qui ailleurs s'&#233;tait consum&#233;e en quelques mois, s'&#233;tendit, en Italie, sur pr&#232;s de dix ans, et c'est l&#224; que r&#233;side sans doute la singularit&#233; de ce mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va sans dire que cette explosion de radicalit&#233; l&#233;gitimait les hypoth&#232;ses op&#233;ra&#239;stes les plus audacieuses. La &#171; strat&#233;gie du refus &#187; &#233;tait en train de se r&#233;aliser. Pourtant, Tronti affirma alors qu'on n'assistait pas &#224; la naissance d'une nouvelle &#233;poque, mais plut&#244;t &#224; la derni&#232;re des pouss&#233;es &#8211; et la plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'entre elles &#8211; d'un cycle de luttes qui touchait &#224; sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est loisible aujourd'hui de percevoir d'ind&#233;niables &#233;l&#233;ments de v&#233;rit&#233; dans ce pessimisme, mais, &#224; l'&#233;poque, tout semblait encore en suspens. Soudain, Tronti accordait &#224; l'Etat des attributs qui constituaient la n&#233;gation de tout ce qu'il avait &#233;crit jusqu'alors. Il n'y a plus, pr&#233;cisait-il &#171; d'autonomie, d'autosuffisance, d'autoreproduction de la crise hors du syst&#232;me de m&#233;diation politique des contradictions sociales &#187;. Traduit dans un langage plus clair, cela voulait dire que la lutte &#233;conomique ne pouvait plus &#234;tre politique, et que la classe ouvri&#232;re, consid&#233;r&#233;e jusque-l&#224; comme une force antagoniste, devenait la &#171; seule rationalit&#233; de l'Etat moderne &#187; (42). En v&#233;rit&#233;, aux yeux de Tronti, l'utopie touchait &#224; sa fin, et c'est cela qu'il cherchait &#224; signifier en parlant d'&#171; autonomie de la politique &#187;, une id&#233;ologie qui eut une vie courte, bien qu'elle accompagn&#226;t l'&#233;volution d'une partie des op&#233;ra&#239;stes &#8211; le critique litt&#233;raire Alberto Asor Rosa ou le jeune germaniste Massimo Cacciari &#8211; vers l'acad&#233;misme et le PCI, o&#249; ils furent accueillis comme des repentis. La croyance en l'existence d'une sph&#232;re politique &#171; pure &#187; &#224; l'int&#233;rieur de l'Etat servit de justification &#224; d'autres pour entamer une longue marche au sein des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'int&#233;rieur du PCI, se d&#233;roula un (court) d&#233;bat sur l'opportunit&#233; de chevaucher le tigre du mouvement, mais, &#224; la fin, pr&#233;valurent les positions les plus conservatrices, au point qu'on en vint &#224; exclure le groupe du Manifesto (Rossanda, Pintor, Magri). C'est ainsi que, de mani&#232;re peu glorieuse, conclut le trajet d'un secteur des &#171; marxistes autonomistes &#187;. Quant aux autres, la majorit&#233; d'entre eux, dont Antonio Negri, vit dans la nouvelle situation la possibilit&#233; d'impulser une politique r&#233;volutionnaire hors des partis de gauche, et m&#234;me contre eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1969, on assista &#224; la multiplication de groupes et de groupuscules d'extr&#234;me gauche qui se proposaient tous de reproduire en Italie la strat&#233;gie bolchevique &#8211;dans ses diff&#233;rentes versions : l&#233;niniste, trotskiste, stalinienne et mao&#239;ste &#8211;, par la cr&#233;ation d'un parti pur et dur visant &#224; la prise du pouvoir. Les op&#233;ra&#239;stes fond&#232;rent Potere Operaio et Lotta Continua, formations qui gravitaient &#233;galement dans l'orbite du marxisme-l&#233;ninisme bien qu'elles n'aient pas manifest&#233; une sympathie particuli&#232;re pour le mod&#232;le sovi&#233;tique ni m&#234;me, reconnaissons-le, pour le chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le projet &#233;tait irr&#233;el, les conflits, eux, &#233;taient bel et bien authentiques, et &#224; mesure que les groupes subversifs gagnaient du terrain, l'Etat devenait de plus en plus agressif. Le d&#233;nouement fut la &#171; strat&#233;gie de la tension &#187;, soit une s&#233;rie d'attentats et d'assassinats commis par les services secrets italiens entre 1969 et 1980 avec la complicit&#233; des gouvernements successifs. Il n'y a pas le moindre doute, en effet &#8211; et il existe des dizaines de documents pour le prouver &#8211;, que, en Italie, le terrorisme fut, dans un premier temps, l'apanage de l'Etat lui-m&#234;me, et non des mouvements d'extr&#234;me gauche (43).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de ces &#233;v&#233;nements tragiques &#233;tant hors des objectifs de la pr&#233;sente &#233;tude (44), je me contenterai ici de signaler les trois points suivants : 1) en adoptant en 1974 la strat&#233;gie du compromis historique &#8211; laquelle visait, pour les communistes, &#224; entrer au gouvernement gr&#226;ce &#224; une alliance strat&#233;gique avec les d&#233;mocrates-chr&#233;tiens &#8211;, le PCI se d&#233;pla&#231;a encore plus vers la droite, en contribuant ainsi &#224; l&#233;gitimer la criminalisation de toute dissidence ; 2) cette &#233;volution, ainsi que les massacres d'Etat finirent par convaincre un grand nombre de militants que la seule voie praticable &#233;tait la voie militaire et qu'il fallait un parti structur&#233; de mani&#232;re verticale, hi&#233;rarchique et clandestine ; 3) la lutte arm&#233;e fut une erreur aux cons&#233;quences incalculables, qui entra&#238;na le mouvement vers un affrontement sanglant &#8211; et vou&#233; &#224; l'&#233;chec &#8211; avec l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES MESAVENTURES DE L'OUVRIER SOCIAL&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que nous devons analyser la pens&#233;e de celui qui prit le relais de l'op&#233;ra&#239;sme : Antonio Negri. Il a souvent racont&#233; lui-m&#234;me sa trajectoire. Originaire d'une famille modeste, il &#233;tudia &#224; l'universit&#233; de Padoue, o&#249; il fit une th&#232;se sur l'historicisme allemand, avant de prolonger ses &#233;tudes en Allemagne et en France. Il a connu une brillante carri&#232;re universitaire, et a publi&#233; quelque vingt livres, ainsi qu'un nombre impressionnant d'articles dans des revues du monde entier. A partir de la fin des ann&#233;es 1950, et &#224; c&#244;t&#233; de ses activit&#233;s d'enseignement, il s'engagea dans l'action politique, d'abord dans les secteurs catholiques, puis au sein du Parti socialiste et enfin dans la mouvance op&#233;ra&#239;ste (45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa premi&#232;re &#233;tape, et jusqu'&#224; Classe Operaia, l'apport de Negri ne fut pas d&#233;cisif, mais il devint d&#233;terminant avec la fondation de Potere Operaio. Le groupe naquit pendant l'&#233;t&#233; 1969, dans le contexte d'une crise du mouvement &#233;tudiant, dont la cause, du point de vue marxiste-l&#233;niniste, tenait au fait que les r&#233;voltes &#233;tudiantes n'avaient de sens que subordonn&#233;es &#224; une &#171; h&#233;g&#233;monie ouvri&#232;re &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; la ligne de l'organisation. Il &#233;tait donc urgent, dans cette optique, de construire une direction politique pour les canaliser en ce sens. Negri impulsa, alors, l'id&#233;e d'&#233;difier un parti centralis&#233;, &#171; compartiment&#233; &#187; et vertical. &#171; Notre analyse se fonde sur l'oeuvre des classiques, de Marx, de L&#233;nine, de Mao. Il n'y a pas de place, dans notre organisation, pour les &#233;tats d'&#226;me ni pour les vell&#233;it&#233;s &#187;, &#233;crivait-il dans un texte qui ne permet gu&#232;re d'interpr&#233;tations &#171; autonomistes &#187; (46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; Lotta Continua (LC), un groupe plut&#244;t port&#233; sur l'activisme, Potere Operaio (PO) accordait une certaine importance &#224; l'&#233;laboration th&#233;orique tournant autour d'une interpr&#233;tation extr&#233;miste de l'op&#233;ra&#239;sme des origines. La subjectivit&#233; ne r&#233;sidait plus dans la classe, mais dans l'avant-garde communiste, c'est-&#224;-dire dans le groupe PO. Il convenait donc de centraliser et de radicaliser les antagonismes spontan&#233;s pour les transformer en action insurrectionnelle contre l'Etat. Une fois de plus, la tentative &#233;choua. Le cycle de luttes entam&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1970 entra dans sa phase d&#233;clinante et l'une de ses derni&#232;res manifestations fut l'occupation de la Fiat Mirafiori (&#224; Turin) qui, en mars 1973, mit fin &#224; l'&#233;poque des grands affrontements entre les ouvriers et le capital. Un des legs de cette lutte fut le Statut des travailleurs, un ensemble de dispositions favorables au monde du travail, aujourd'hui r&#233;duit &#224; une coquille vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la fin de la d&#233;cennie, les conflits sociaux persist&#232;rent, mais leur centre de gravit&#233; ne se trouvait&lt;br class='autobr' /&gt;
plus dans les usines. Dans le m&#234;me temps que les principales formations extra-parlementaires entraient en crise (PO se dissout en 1973 et LC en 1976), naissait une constellation de petits groupes autour du slogan &#171; Prenons la ville &#187;. Quelques-uns de ces groupes prirent le nom d'&#171; Indiens m&#233;tropolitains &#187; ou de &#171; Prol&#233;tariat juv&#233;nile &#187;. Ils occupaient des immeubles, formaient des centres sociaux, fondaient des revues, mettaient en marche des projets de communication alternative, cr&#233;aient des associations f&#233;ministes et &#233;cologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une base militante situ&#233;e tant dans les usines que dans les quartiers, ces groupes commen&#231;aient &#224; abandonner les vieilles conceptions du parti s&#233;par&#233; et du dirigisme l&#233;niniste pour aller &#224; la recherche d'alternatives dans l'organisation d'espaces de coexistence et d'&#233;change social autonomes par rapport &#224; la l&#233;galit&#233; dominante. Pour mettre en valeur leur ind&#233;pendance politique, ils utilisaient des sigles o&#249; apparaissait le mot &#171; autonome &#187; &#8211; par exemple, &#171; Prol&#233;taires autonomes &#187; ou &#171; Assembl&#233;e autonome &#187; &#8211; de telle sorte qu'on commen&#231;a &#224; les identifier sous le nom de &#171; zone de l'autonomie ouvri&#232;re &#187; (47).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Negri interpr&#233;ta la nouvelle &#233;tape avec un triomphalisme militant qui &#233;tait &#224; l'extr&#234;me oppos&#233; du pessimisme de Tronti (et de son &#171; autonomie du politique &#187;). Pour lui, il n'y avait plus de retour en arri&#232;re possible : le refus du travail tayloriste avait jet&#233; &#224; bas les murs qui s&#233;paraient l'usine du territoire. Tout le processus social &#233;tait maintenant mobilis&#233; pour la production capitaliste, augmentant de la sorte l'importance du travail productif. Dans cette nouvelle situation, l'ouvrier-masse sortait de l'usine pour se d&#233;placer vers le territoire, l'usine diffuse, et devenir l'ouvrier social, le nouveau sujet dont notre auteur commen&#231;a de proclamer la centralit&#233;. Techniciens, &#233;tudiants, enseignants, ouvriers, &#233;migr&#233;s, squatters finissaient tous dans le m&#234;me sac, sans que Negri porte la moindre attention &#224; leurs diff&#233;rences, &#224; leurs sp&#233;cificit&#233;s et &#224; leurs contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se proposant de renverser (en italien, rovesciare) les cat&#233;gories de Marx, il introduisit dans son analyse la cat&#233;gorie d'auto-valorisation (la m&#234;me que celle qui r&#233;appara&#238;tra, sans autres explications, un quart de si&#232;cle plus tard, dans Empire) (48). De quoi s'agit-il ? Alors que la valorisation capitaliste se fonde sur la valeur d'&#233;change, l'auto-valorisation &#8211; pivot de l'&#233;difice th&#233;orique de Negri &#8211; serait fond&#233;e, elle, sur la valeur d'usage et sur les nouveaux besoins des prol&#233;taires. G&#233;n&#233;ralisant sur tout le territoire &#8211; l'usine diffuse &#8211; les pratiques d'auto-valorisation, l'ouvrier social devait d&#233;sormais lutter pour le &#171; salaire garanti &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, chez Negri, le noyau du conflit (et, partant, de l'analyse) se d&#233;pla&#231;ait vers l'Etat. Il pensait que l'Etat keyn&#233;sien &#8211; qu'il appelait l'Etat-plan &#8211; avait inscrit les acquis de la r&#233;volution d'Octobre au c&#339;ur du d&#233;veloppement capitaliste, en transformant le &#171; pouvoir ouvrier &#187; en une &#171; variable ind&#233;pendante &#187;. Pour lui, la lutte principale avait lieu maintenant sur le terrain de l'auto-valorisation et, puisqu'il n'y avait plus de reproduction du capital hors de l'Etat, la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; cessait d'exister, en laissant seuls, face &#224; face, deux grands adversaires : les prol&#233;taires et l'Etat (49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de son apparente coh&#233;rence, ce raisonnement partait d'une interpr&#233;tation erron&#233;e du concept marxiste de valeur. Pour Negri, la valeur d'usage exprimait la radicalit&#233; ouvri&#232;re, sa potentialit&#233; subjective, en tant qu'antagoniste de la valeur d'&#233;change. Elle &#233;tait en quelque sorte le &#171; bon &#187; c&#244;t&#233; de la relation. Pourtant, si on adopte le point de vue de la critique de l'&#233;conomie politique, une telle approche n'a pas de sens, car, comme l'expliquait Marx dans le premier chapitre du tome I du Capital, la valeur d'usage n'est en aucune mani&#232;re une cat&#233;gorie morale, mais la base mat&#233;rielle de la richesse capitaliste, la condition de son accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, &#224; un moment quelconque du proc&#232;s de circulation, les valeurs d'usage ne se transforment pas en valeurs d'&#233;change, elles cessent d'&#234;tre des valeurs et, en ce sens, elles limitent et conditionnent le processus de valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des sources de Negri &#233;tait Agn&#232;s Heller, une des exposantes les plus connues de l'&#233;cole de Budapest, laquelle avait mis au centre de sa r&#233;flexion sur Marx le concept de besoins radicaux. Elle prenait bien garde, toutefois, de tomber dans l'apologie des besoins imm&#233;diats. &#171; Le besoin &#233;conomique, &#233;crivait-elle, est une expression de l'ali&#233;nation capitaliste dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la fin de la production n'est pas la satisfaction des besoins, mais la valorisation du capital, o&#249; le syst&#232;me des besoins repose sur la division du travail et la demande du march&#233;. &#187; (50) Negri, lui, n'&#233;vita pas l'apologie, et s'&#233;carta ainsi du marxisme critique, en oubliant qu'on ne peut pas combattre un monde ali&#233;n&#233; d'une fa&#231;on ali&#233;n&#233;e. L'autonomie, en outre, ne peut s'exprimer dans la condition imm&#233;diate de la classe. Sous la domination du capital, l'autonomie est un projet, une tendance ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, une tension. Elle ne peut se constituer en r&#233;alit&#233; pratique que dans les moments de rupture, dans les espaces d&#233;colonis&#233;s. Quand cette r&#233;alit&#233; pratique se socialise, viennent alors les grands moments de crise de l'administration, comme en France en 1968 ou en Italie en 1977. Contrairement &#224; ce que pense Negri, le communisme n'est pas &#171; l'&#233;l&#233;ment dynamique constitutif du capitalisme &#187; (51), mais une autre soci&#233;t&#233; sans antagonismes de classes, sans pouvoir d'Etat et sans f&#233;tichisme mercantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le parti ? &#171; Dans ma conscience et ma pratique r&#233;volutionnaire, je ne peux ignorer ce probl&#232;me &#187;, &#233;crivait celui qui se voyait lui-m&#234;me comme le L&#233;nine italien, en pr&#233;cisant qu'il &#233;tait &#171; urgent de lancer le d&#233;bat sur la dictature communiste &#187; (52). Le parti, en effet, restait une t&#226;che en suspens, bien qu'il exist&#226;t d&#233;j&#224; en embryon, avec l'Autonomie organis&#233;e (avec une majuscule, pour bien la distinguer de l'autre autonomie), c'est-&#224;-dire l'ensemble des organisations semi-clandestines et leurs services d'ordre militaris&#233;s qui, pouss&#233;s par la r&#233;pression &#233;tatique, pratiquaient la lutte des classes avec l'intention de &#171; filtrer &#187; et de &#171; recomposer &#187; l'antagonisme des masses dans l'attente de la lutte finale (53).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat fut catastrophique. Le r&#234;ve de la prise de pouvoir se heurta bien vite contre les brisants de la r&#233;alit&#233;. A partir de 1977, derni&#232;re grande saison cr&#233;ative du &#171; laboratoire Italie &#187;, le PC fit front uni avec la d&#233;mocratie-chr&#233;tienne au pouvoir. La r&#233;pression entra dans une nouvelle phase, &#233;crasant tout ce qui se pla&#231;ait au-del&#224; de la gauche parlementaire, et annulant la diff&#233;rence entre terrorisme et protestation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de son c&#244;t&#233;, et souvent en concurrence l'une contre l'autre, l'Autonomie organis&#233;e &#8211; ou, plut&#244;t, certaines de ses organisations (54) &#8211; et les n&#233;o-staliniennes Brigades rouges continu&#232;rent leur absurde assaut contre le &#171; coeur de l'Etat &#187; (comme si l'Etat avait un coeur !), entra&#238;nant dans leur ruine le riche et complexe tissu de l'autonomie avec un &#171; a &#187; minuscule (55).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore en 1978, &#224; l'occasion de l'ex&#233;cution d'Aldo Moro par les Brigades rouges (une des erreurs les plus n&#233;fastes et les plus lourdes de cons&#233;quences n&#233;gatives jamais commises par un groupe r&#233;volutionnaire), et tout en manifestant son d&#233;saccord, Negri pouvait &#233;crire que le c&#244;t&#233; positif de l'action &#233;tait d'avoir impos&#233; au mouvement la &#171; question du parti &#187; (56). Le 7 avril 1979, l'hallucination prit fin de la fa&#231;on la plus tragique, quand Negri et des dizaines de militants de l'Autonomie furent emprisonn&#233;s sous la (fausse) accusation d'&#234;tre les id&#233;ologues des Brigades rouges. Ils allaient passer entre deux et sept ans en prison, d&#233;sign&#233;s par la mesquinerie du pouvoir comme des victimes dignes d'&#234;tre sacrifi&#233;es sur l'autel de la paix sociale (57). En 1980, la derni&#232;re tentative d'occupation de l'usine Mirafiori marquait la fin symbolique d'un long cycle de conflits sociaux o&#249;, cas unique dans l'histoire europ&#233;enne, les luttes ouvri&#232;res et &#233;tudiantes, les mouvements pour la r&#233;invention de la vie avaient &#233;volu&#233; ensemble dans une formidable tentative de lib&#233;ration collective (58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES EXPLOITS DE LA MULTITUDE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux d&#233;cennies suivantes, Negri n'abandonna pas l'habitude de lire les mouvements sociaux comme v&#233;rification de ses th&#232;ses, &#233;crivant de nombreux (et cryptiques) ouvrages, sans jamais esquisser la moindre autocritique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Foucault, Deleuze et Guattari, notre auteur a h&#233;rit&#233; une forte aversion pour la dialectique (59). D&#233;j&#224;, dans son &#233;tude sur les Grundrisse, fruit d'un s&#233;minaire &#224; Paris, il &#233;crivait que &#171; l'horizon m&#233;thodique marxien ne se centre jamais sur le concept de totalit&#233; &#187;. Au contraire, il &#171; se trouve caract&#233;ris&#233; par la discontinuit&#233; mat&#233;rialiste des proc&#232;s r&#233;els &#187;, de telle sorte que le mat&#233;rialisme se subordonne la dialectique &#224; lui-m&#234;me (60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Negri voit la soci&#233;t&#233; capitaliste comme un champ de forces en lutte constante. A la diff&#233;rence des poststructuralistes fran&#231;ais, n&#233;anmoins, il pense que le moteur des processus sociaux est la s&#233;paration ou, en d'autres termes, l'antagonisme social. Il revient &#224; la r&#233;flexion d'identifier l'antagonisme d&#233;terminant, de scruter ses tendances et de le mener &#224; l'explosion. Aussit&#244;t apr&#232;s, l'analyse se d&#233;place vers un nouveau champ, le red&#233;finit, et ainsi de suite (61). Le capital n'est plus con&#231;u comme contradiction en proc&#232;s (Marx) mais comme l'affirmation progressive d'un sujet connu &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Spinoza, l'anomalie sauvage, &#233;crit en prison, Negri pr&#233;cisa peu &#224; peu son projet : travailler &#224; la constitution mat&#233;rielle de la subjectivit&#233; radicale en Occident, en creusant le foss&#233; entre les philosophies du pouvoir et celles de la subversion. Autour de Spinoza, il voyait se condenser une tradition &#171; anomale &#187; qui, affirmant la productivit&#233; du sujet, va de Machiavel &#224; Marx, contre l'axe incarn&#233; par la triade Hobbes-Rousseau-Hegel (62). Negri trouvait chez Spinoza une critique anticip&#233;e de la dialectique h&#233;g&#233;lienne, ainsi que la naissance du mat&#233;rialisme r&#233;volutionnaire. De telle sorte qu'&#224; l'invention stalinienne du diamat, Negri oppose un nouvel horizon ontologique qui se fonde sur la cat&#233;gorie spinoziste de puissance. Cette approche ignore les critiques au marxisme sovi&#233;tique formul&#233;es cinquante ans avant par les communistes de gauche, &#224; savoir que le mat&#233;rialisme marxien n'est ni une philosophie ni une &#233;conomie, mais la th&#233;orie r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat en lutte. Le mouvement dialectique, pour les radicaux de gauche, n'a jamais exprim&#233; une loi de l'histoire universelle, et encore moins une science, mais &#171; la logique sp&#233;cifique d'un objet sp&#233;cifique &#187;, le capitalisme, un syst&#232;me social opaque qui se fonde sur le &#171; f&#233;tichisme &#187; (63).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans son livre sur Spinoza qu'appara&#238;t pour la premi&#232;re fois, chez Negri, le concept de multitude, autrement dit, le nouveau sujet global qui, peu &#224; peu, va supplanter l'ouvrier social et le transformer, presque vingt ans plus tard, en h&#233;ros indiscutable d'Empire (64). D'o&#249; vient-elle cette multitude annonc&#233;e &#224; grand fracas (65) ? A l'aube de la modernit&#233;, Hobbes et les philosophes de la souverainet&#233; nomm&#232;rent ainsi l'ensemble humain avant qu'il ne devienne peuple (66). La multitude, cependant, &#233;tait pour eux quelque chose de purement n&#233;gatif qui renvoyait &#224; un ensemble humain indiff&#233;renci&#233; et sauvage, pas encore organis&#233; au sein d'un Etat. Negri renverse le concept, le prenant comme fondement indispensable d'une d&#233;mocratie radicale (67). La multitude contemporaine serait la forme de l'existence sociale et politique des &#171; plus nombreux &#187;, de &#171; l'ensemble ouvert &#187; qui s'&#233;rige en alternative de la constellation peuple-volont&#233; g&#233;n&#233;rale-Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le peuple tend &#224; l'identit&#233; et &#224; l'homog&#233;n&#233;it&#233;, explique Negri, la multitude renverrait &#224; cet au-del&#224; de la nation qui, face &#224; la crise de l'Etat, serait le sujet pluriel d'un nouveau pouvoir constituant ouvert, incluant et post-moderne (68).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, une question se pose : comment notre auteur aborde le probl&#232;me du saut du XVIIe si&#232;cle &#224; nos jours ? Et, plus concr&#232;tement, comme passe-t-on de l'ouvrier social &#224; la multitude ? De fait, Negri ne se la pose pas. Il tente, en revanche, de donner un corps et une &#233;paisseur sociologique &#224; sa nouvelle cr&#233;ation, en se servant, d'une part, de Marx et, de l'autre, de l'abondante litt&#233;rature qui accompagne la r&#233;volution informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise du fordisme, argumente Negri, la classe ouvri&#232;re industrielle perd sa position centrale dans la soci&#233;t&#233;. Une part consistante de la force de travail se voue aujourd'hui au travail immat&#233;riel, c'est-&#224;-dire &#224; l'ensemble d'activit&#233;s consacr&#233;es &#224; la manipulation de signes, au savoir techno-scientifique, aux messages et aux flux de communication (69). Progressivement, d'apr&#232;s Negri, l'&#233;l&#233;ment du savoir humain accumul&#233; tend &#224; devenir pr&#233;pond&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien &#224; objecter &#224; ces affirmations qui se fondent sur le fameux fragment des Grundrisse consacr&#233; aux machines, o&#249; Marx note que, avec le d&#233;veloppement de la grande industrie, la cr&#233;ation des richesses &#171; n'entretient plus de relation avec le temps de travail imm&#233;diat n&#233;cessaire &#224; sa production, mais d&#233;pend plut&#244;t de l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de la science et du progr&#232;s de la technologie ou de l'application de la science &#224; la production &#187; (70). Et Marx d'ajouter : &#171; Aussit&#244;t que le travail, dans sa forme imm&#233;diate, cesse d'&#234;tre la source principale de la richesse, le temps de travail cesse, et doit cesser, d'&#234;tre sa mesure ; par cons&#233;quent, la valeur d'&#233;change cesse d'&#234;tre la mesure de la valeur d'usage. Le surplus de travail de la masse a cess&#233; d'&#234;tre la condition du d&#233;veloppement de la richesse sociale, de m&#234;me que le non-travail de quelques-uns a cess&#233; de l'&#234;tre pour le d&#233;veloppement des pouvoirs g&#233;n&#233;raux de l'insecte humain. De la sorte, la production fond&#233;e sur la valeur d'&#233;change s'effondre, et le proc&#232;s de production imm&#233;diat perd sa forme de besoin urgent et son antagonisme. &#187; (71) Il est bon de pr&#233;ciser que ces phrases de Marx, souvent &#233;voqu&#233;es et incontestablement&lt;br class='autobr' /&gt;
visionnaires, sont n&#233;anmoins quelque peu obscures. Elles le sont parce que le sens de l'affirmation &#171; la production fond&#233;e sur la valeur d'&#233;change &#187; n'est pas d'une grande clart&#233;. Cela signifie-t-il que, d&#233;pass&#233; par son propre d&#233;veloppement, le capitalisme touche &#224; sa fin ? Ou que l'antagonisme ouvriers-capital est finalement r&#233;solu ? Personnellement, je ne le pense pas, mais la question reste ouverte. Quant &#224; l'aspect visionnaire de ce passage, il est ind&#233;niable. Ces phrases nous donnent de stimulantes cl&#233;s pour lire le temps pr&#233;sent et, en particulier, le sens de la r&#233;volution informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx continue : les produits de l'industrie deviennent maintenant des &#171; organes du cerveau humain cr&#233;&#233;s par la main humaine : une force objectiv&#233;e de la connaissance. Le d&#233;veloppement du capital fixe r&#233;v&#232;le jusqu'&#224; quel point la connaissance, ou knowledge, sociale g&#233;n&#233;rale est devenue une force productive imm&#233;diate et, par cons&#233;quent, jusqu'&#224; quel point les contradictions du processus de la vie sociale elle-m&#234;me sont entr&#233;es sous le contr&#244;le du general intellect et (ont &#233;t&#233;) remodel&#233;es en rapport avec celui-ci &#187; (72). De ce passage de Marx, on peut comprendre que les contradictions de la production manufacturi&#232;re s'&#233;tendent &#224; la sph&#232;re du travail &#171; immat&#233;riel &#187;. Negri a donc raison quand il affirme que, dans une telle situation, le probl&#232;me du sujet r&#233;volutionnaire se pose diff&#233;remment. Une fois d&#233;pass&#233;e la centralit&#233; de l'usine, les possibles sujets antagonistes se multiplient, en m&#234;me temps que tombe toute id&#233;e de &#171; n&#233;cessit&#233; &#187;. Mais alors, pourquoi proposer une cat&#233;gorie unique, la multitude, qui annule forc&#233;ment toute diff&#233;rence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a davantage. Interpr&#233;tant de fa&#231;on unilat&#233;rale les affirmations de Marx, Negri semble soutenir que le capitalisme s'est d&#233;j&#224; &#233;teint en tant que mode de production et qu'il survit uniquement comme pure domination ou &#171; dispositif de contr&#244;le &#187; (73). Et comme si cela ne suffisait pas, il lorgne vers toutes les utopies technologiques, depuis la &#171; fin du travail &#187; jusqu'aux mythes de la soci&#233;t&#233; post-industrielle et les anthropologies du cyberespace. &#171; Dans l'expression de sa propre &#233;nergie cr&#233;atrice, le travail immat&#233;riel semble ainsi fournir le potentiel pour une sorte de communisme spontan&#233; et &#233;l&#233;mentaire. &#187; (74)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'interpr&#233;tation de Negri, le communisme ne jaillit plus de l'antagonisme ou du refus collectif de la coop&#233;ration capitaliste mais, au contraire, de sa plus grande extension gr&#226;ce &#224; la science et &#224; la technique. Il en vient &#224; soutenir les plus vieilles causes n&#233;o-lib&#233;rales : le nouveau f&#233;d&#233;ralisme, l'Union europ&#233;enne et m&#234;me les &#171; entrepreneurs socialis&#233;s &#187; (en italien : imprenditorialit&#224; comune) de V&#233;n&#233;tie, &#171; tous ceux qui ont mis leur &#233;nergie, leur intellectualit&#233;, leur force de travail et leur force d'invention [s'agirait-il l&#224; d'une nouvelle cat&#233;gorie &#171; marxiste &#187; ? NdA] au service de la communaut&#233; &#187; (75). Ainsi, le cercle se referme : l'op&#233;ra&#239;sme de Negri d&#233;bouche sur une apologie des forces productives tr&#232;s semblable &#224; celle que Panzieri avait si justement refus&#233;e quelque quarante ans auparavant. Et, exactement comme chez Tronti, dispara&#238;t toute notion d'une autonomie concr&#232;te fond&#233;e sur l'action ind&#233;pendante des sujets sociaux en lutte, de telle sorte que les deux adversaires d'il y a trente ans se retrouvent &#224; nouveau ensemble (76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est, enfin, pour le moins cocasse de voir Negri et Hardt &#233;voquer, &#224; la fin de leur livre, saint Fran&#231;ois comme figure paradigmatique du nouveau militant (77). Dans les mouvements sociaux actuels, on lui pr&#233;f&#232;re le mot &#171; activiste &#187;, qui est moins effrayant et renvoie davantage &#224; l'action directe. Les actions festives des jeunes (et moins jeunes) qui, depuis les journ&#233;es de Seattle, emp&#234;chent de dormir les puissants de la Terre ont peu de rapports avec la &#171; militance &#187; (78). Ce qui les soutient, au contraire, c'est une volont&#233; ludique de &#171; renverser la perspective &#187;, d'en finir avec la politique traditionnelle et de cr&#233;er de nouvelles formes communautaires (79).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir au th&#232;me du concept de multitude et mesurer son efficacit&#233;, il est important de signaler que l'ensemble des changements connus par le capitalisme au cours de ces derni&#232;res d&#233;cennies a enti&#232;rement dissous tout centre de gravit&#233; dans les luttes anti-syst&#232;me. Le marxisme lui-m&#234;me n'est plus qu'une parmi les multiples th&#233;ories dont peuvent user les nouveaux mouvements pour s'armer conceptuellement. Il en est d'autres : l'anarchisme, les cosmo-visions traditionnelles, la th&#233;ologie de la lib&#233;ration, etc. L'Histoire, par ailleurs, ne se fait plus uniquement en Occident. Aujourd'hui, les mouvements sociaux sont pluriels par d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ont en commun les indig&#232;nes du Chiapas et les ouvriers de Fiat, les agriculteurs &#233;cologistes fran&#231;ais et les &#233;meutiers argentins, les paysans du Karnakata et les cyberpunks des m&#233;tropoles post-modernes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute beaucoup, comme nous l'explique, par exemple, le commandant Mister, de l'Arm&#233;e zapatiste de lib&#233;ration nationale (EZLN) : &#171; Les gouvernements pensent que, nous les Indiens, nous ne connaissons pas le monde. Eh bien, qu'ils sachent que nous le connaissons et que nous sommes au courant des plans de mort qu'on dresse contre l'humanit&#233; et aussi des luttes des peuples pour leur lib&#233;ration. Nous connaissons le monde, et m&#234;me le Japon. Parce que nous connaissons tous ces hommes et toutes ces femmes qui sont venus dans nos villages et qui nous ont parl&#233; de leurs luttes, de leurs mondes et de tout ce qu'ils font. A travers leurs paroles, nous avons voyag&#233;, vu et connu plus de terres que n'importe quel intellectuel. &#187; (80)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe de refaire au plus vite ce monde qui ne nous appartient pas. Chaque sujet, chaque mouvement, chaque communaut&#233; en lutte cherche la rencontre avec l'autre, en exigeant dans le m&#234;me temps de conserver une perspective et une identit&#233; propres. Et cela me para&#238;t un grand pas en avant. Ce n'est pas par hasard si, par exemple, dans les mouvements indig&#232;nes m&#233;so-am&#233;ricains, on parle de moins en moins d'interculturalit&#233; et de plus en plus de multiculturalit&#233;. Alors que le premier concept postule une synth&#232;se obligatoire, le second conserve les tensions et les particularit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est incontestable que nous avons besoin de concepts nouveaux pour mettre ces diff&#233;rences en valeur, et c'est &#224; juste titre que Negri critique celui de &#171; peuple &#187;. Mais, pourquoi, en ce cas, les &#233;craser en les annulant au sein d'une abstraction philosophique vieille de trois si&#232;cles ? Comme son ant&#233;c&#233;dent, l'ouvrier social, la multitude est un concept forc&#233;. A la fin de son parcours, Negri en revient au p&#233;ch&#233; originel de l'op&#233;ra&#239;sme italien : la recherche incessante d'une &#171; centralit&#233; &#187;, quelle qu'elle soit, le f&#233;tichisme du travail productif, l'incapacit&#233; de sortir de l'horizon de l'usine (81). Le r&#233;sultat en est un sujet sans histoire, une forme sans contenu, derni&#232;re adaptation de la vieille torsion par laquelle la classe ouvri&#232;re ne cesse jamais de harceler le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;EPILOGUE. LA FIN DE L'ETAT-NATION ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; son aversion d&#233;clar&#233;e pour la pens&#233;e dialectique, la construction th&#233;orique de Negri n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre h&#233;g&#233;lienne (82). Tant dans Empire que dans ses livres pr&#233;c&#233;dents, on trouve toujours, sous-jacente chez Negri, l'id&#233;e d'une th&#233;ologie n&#233;cessaire, d'un mouvement circulaire et d'une fin heureuse, d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans les d&#233;buts. On nous y indique, par exemple, que les r&#233;volutions du XXe si&#232;cle ne furent jamais vaincues, mais qu'elles &#171; ont toutes pouss&#233; en avant et transform&#233; les termes des conflits de classe, posant les conditions d'une nouvelle subjectivit&#233; politique &#187; (83). Autrement dit, qu'elles pr&#233;par&#232;rent l'&#233;v&#233;nement de la r&#233;alit&#233; ultime de notre temps, l'Empire, et de son n&#233;cessaire ennemi, la multitude. De la m&#234;me fa&#231;on que l'esprit du monde se manifeste progressivement dans l'Histoire en sautant d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre du monde, l'&#233;piphanie imp&#233;riale s'incarne dans des &#233;tapes et des figures remarquables qui, &#224; chaque moment, lui accordent des caract&#232;res distinctifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pop&#233;e commence dans la boutique de Spinoza et l'un de ses &#233;pisodes centraux est, semble-t-il, la Constitution am&#233;ricaine parce qu'elle repose sur &#171; l'exode, sur des valeurs affirmatives et non dialectiques, et sur le pluralisme et la libert&#233; &#187; (84). On assiste ici au retour du vieil attachement op&#233;ra&#239;ste pour les Etats- Unis, assaisonn&#233; &#224; pr&#233;sent &#224; quelques (malheureuses) affirmations de Hannah Arendt sur la r&#233;volution am&#233;ricaine (85).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noam Chomsky, sans doute un des meilleurs analystes des Etats-Unis, nous a pourtant enseign&#233; que &#171; la Constitution de ce pays n'est qu'une cr&#233;ation con&#231;ue pour maintenir la populace &#224; sa place et &#233;viter que, ne serait-ce que par erreur, elle puisse avoir la mauvaise id&#233;e de prendre son destin entre ses mains &#187; (86). Dans le m&#234;me sens, Boron affirme que, contrairement &#224; ce que croit Negri, ce document nous offre un clair exemple du haut degr&#233; de conscience anti-populaire et anti-d&#233;mocratique qu'avaient ses cr&#233;ateurs. Alors, faut-il voir, chez Negri et Hardt, de l'ing&#233;nuit&#233;, de l'opportunisme ou un sens du marketing ? Et est-ce qu'au bout du compte, l'anarchiste Chomsky ne serait pas en train de donner une le&#231;on de marxisme au bolchevique Antonio Negri ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre des fantaisies n&#233;o-lib&#233;rales avalis&#233;es par les auteurs d'Empire tient &#224; l'affirmation que l'Etat-nation serait en voie d'extinction. Avouons qu'il est pour le moins amusant que Negri &#8211; un admirateur de L&#233;nine et, en outre, un vieux strat&#232;ge de la prise du pouvoir &#233;tatique &#8211; tire aujourd'hui une telle absurdit&#233; de sa manche (87). D'autant qu'au nombre des rares propositions pratiques d'Empire, on retient celles du salaire social (resuc&#233;e du vieux &#171; salaire garanti &#187; de Potere Operaio) et celle la citoyennet&#233; globale. Autrement dit, des revenus et des papiers garantis &#224; tout le monde, ind&#233;pendamment de la nationalit&#233;, de la classe et de la condition sociale de tout un chacun. Sans vouloir entrer ici dans la discussion autour du sens politique et de l'opportunit&#233; de telles revendications, on peut n&#233;anmoins signaler leur aspect paradoxal : si, d'ores et d&#233;j&#224;, l'Etat n'existe plus, &#224; qui s'adressent donc Negri et Hardt ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'&#233;volution de l'Etat est, en r&#233;alit&#233;, terriblement contradictoire. D'un c&#244;t&#233;, la vague de privatisations a &#233;rod&#233; ses fonctions re-distributives, et sa cr&#233;dibilit&#233;, d&#233;truisant les sph&#232;res publiques en faveur du secteur priv&#233;. De l'autre, en &#233;levant le niveau de conflictualit&#233;, il a &#233;t&#233; contraint d'augmenter ses fonctions r&#233;pressives. C'est pourquoi nous n'avons pas affaire aujourd'hui &#224; ces Etats d&#233;graiss&#233;s dont parlent les n&#233;o-lib&#233;raux avalis&#233;s par Negri, mais plut&#244;t &#224; une sorte de keyn&#233;sianisme de guerre qui d&#233;vore les ressources publiques, &#244;tant aux pauvres pour donner aux riches dans des proportions jamais atteintes auparavant (88), et c'est dans ce but qu'on agite &#233;ternellement l'&#233;pouvantail de la guerre contre les &#171; Etats voyous &#187; (Irak, Cor&#233;e, Libye, Liban, etc.) ou contre les ennemis de l'int&#233;rieur (89). De tout cela, on peut conclure que, tant dans les domaines &#233;conomique que politique, les fonctions remplies par l'Etat demeurent indispensables pour le capitalisme, puisque celui-ci ne pourrait pas survivre une semaine si celui-l&#224; cessait de lui fournir non seulement les garanties politiques et militaires dont il a besoin, mais aussi d'&#233;normes ressources &#233;conomiques. De ce point de vue, le cas des Etats-Unis est significatif : les astronomiques subsides pour l'agriculture ou les mesures de soutien au secteur du transport a&#233;rien apr&#232;s le 11-Septembre prouvent ais&#233;ment que l'app&#233;tit pour ce genre de subventions n'a pas l'air de faiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de l'imp&#233;rialisme, la r&#233;flexion de Negri part, comme toujours, d'inqui&#233;tudes l&#233;gitimes. On ne peut &#234;tre, &#233;videmment, que d'accord avec lui sur la n&#233;cessit&#233; de revoir les vieilles th&#233;ories, mais pour ce faire, il faudrait d'abord reconna&#238;tre que &#8211; bien que la dynamique de leurs rapports change constamment (90) &#8211; tous les Etats sont potentiellement imp&#233;rialistes. Ensuite, il faudrait admettre qu'aucun Etat ne se trouve aujourd'hui en condition de concurrencer les Etats-Unis dans les domaines militaire, &#233;conomique, politique ou culturel, ce qui rend caduque une des principales caract&#233;ristiques de l'imp&#233;rialisme classique, tel que l'analysait Rosa Luxemburg, &#224; savoir l'existence d'un certain niveau de concurrence entre Etats pour la conqu&#234;te de march&#233;s, de territoires ou de mati&#232;res premi&#232;res (91). Depuis la chute du bloc sovi&#233;tique, aucun Etat ou r&#233;gion g&#233;opolitique n'a pu contrecarrer le pouvoir des Etats-Unis. Comment d&#233;signer cette nouvelle r&#233;alit&#233; ? Empire ? Imp&#233;rialisme ? Le nom, en fait, importe peu, d&#232;s l'instant qu'il appara&#238;t tr&#232;s clairement qu'un seul pays, les Etats-Unis, est en train d'imposer un syst&#232;me plan&#233;taire d'Etats vassaux organis&#233;s en souverainet&#233;s limit&#233;es, syst&#232;me qui, ironie de l'Histoire, ressemble &#233;norm&#233;ment &#224; celui que, pendant des d&#233;cennies, l'Union sovi&#233;tique imposa &#224; ses satellites (92). Ce syst&#232;me exige des Etats qui le composent qu'ils soient faibles vers l'ext&#233;rieur, c'est-&#224;-dire mall&#233;ables et sensibles aux besoins am&#233;ricains, mais forts &#224; l'int&#233;rieur, autrement dit, r&#233;pressifs et capables d'imposer ces m&#234;mes besoins &#224; leurs subordonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouvel ordre mondial ne cesse, cependant, d'engendrer des frictions et du malaise, en particulier &#8211; mais non exclusivement &#8211; entre les &#171; classes dangereuses &#187; d'un monde de plus en plus en proie &#224; la pauvret&#233;, &#224; l'ins&#233;curit&#233; et aux probl&#232;mes environnementaux. Les zapatistes du Chiapas, les piqueteros argentins, les cocaleros de Bolivie, Lula au Br&#233;sil, Chavez au Venezuela, le cours nouveau en Equateur, sont autant de signes de crise dans l'arri&#232;re-cour m&#234;me de l'Empire. En Europe, le vent de G&#234;nes 2001 n'a pas cess&#233; de souffler et les manifestations contre la guerre se sont multipli&#233;es. Les ruptures, quand il y en a, surgissent des mouvements sociaux, comme un &#171; ya basta &#187; g&#233;n&#233;ralis&#233;, et non par l'entremise des partis politiques qui, &#224; quelques rares exceptions, acceptent, m&#234;me quand ils sont de gauche, l'ordre &#233;tabli. Nous sommes donc bien loin de cet Empire d&#233;-centr&#233; et d&#233;territorialisant th&#233;oris&#233; par nos auteurs. Les &#233;v&#233;nements du 11-Septembre et la r&#233;action qu'ils suscit&#232;rent dans l'administration Bush prouvent, une fois de plus, l'&#233;chec de leur mod&#232;le th&#233;orique : cette r&#233;action est celle d'un Etat imp&#233;rialiste qui pr&#233;tend ajuster la plan&#232;te &#224; ses inter&#234;ts (93).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui, note Eric Hobsbawm, de m&#234;me que tout au long du XXe si&#232;cle, il y a une absence totale d'autorit&#233; mondiale effective qui soit capable de contr&#244;ler ou de r&#233;soudre des disputes arm&#233;es. La mondialisation a avanc&#233; dans presque tous les domaines &#8211; &#233;conomique, technologique, culturel et m&#234;me linguistique &#8211; except&#233; en un seul, le domaine militaire et politique. Les Etats territoriaux sont encore les seules autorit&#233;s effectives &#187; (94). Proclamer la fin de l'Etat ne nous est donc d'aucune utilit&#233;. C'est m&#234;me une id&#233;e n&#233;faste puisqu'elle ne contribue en rien &#224; l'action. Et si cette affirmation peut para&#238;tre d'une terrible banalit&#233;, il n'est pas inutile de la rappeler quand nous lisons, dans la revue Rebeld&#237;a, que ceux qui la font se sentent partie prenante d'une &#171; gauche qui n'est plus dispos&#233;e &#224; continuer de perdre son temps autour de la dispute d'un pouvoir national qui n'existe plus &#187; (95) (soulign&#233; par moi). Car rien n'est plus faux. Une chose est de dire, comme John Holloway &#8211; et avant lui les zapatistes, et bien avant encore les libertaires de toutes les tendances &#8211; que le monde ne peut &#234;tre chang&#233; en &#171; prenant &#187; le pouvoir d'Etat, et une autre, tr&#232;s diff&#233;rente, est de d&#233;clarer que le pouvoir national n'existe plus (96).&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui envoie les tanks au Chiapas ? Qui arme les para-militaires ? Qui est derri&#232;re le plan Puebla Panama ? Le fameux appareil d&#233;-centr&#233; et d&#233;territorialisant ? Pas le moins du monde ! C'est bien un pouvoir national tr&#232;s identifiable : l'Etat mexicain. Les Etats-nations continuent d'exister, et ils sont &#224; la fois nos ennemis et nos interlocuteurs. Face &#224; eux, nous ne pouvons pas baisser la garde : nous devons faire pression sur eux, livrer bataille contre eux, les harceler. Nous devrons, &#224; l'occasion, n&#233;gocier avec eux, et nous le ferons en toute autonomie. Les zapatistes ont d&#233;montr&#233; que cela &#233;tait possible et, si les r&#233;sultats obtenus n'ont pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur de leurs esp&#233;rances, ils leur ont au moins permis, contrairement &#224; d'autres, d'avoir conserv&#233; leur dignit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre voie, celle des mouvements pour l'humanit&#233; et contre le n&#233;o-lib&#233;ralisme, n'est pas exempte d'obstacles. Comme le sugg&#232;re Michael Albert, animateur de la revue Z Magazine (et du site Znet), elle implique, outre de la radicalit&#233; th&#233;orique et pratique, de la ductilit&#233;, de la patience et une certaine dose de pragmatisme (97). Car il faut le r&#233;p&#233;ter encore : le capitalisme et l'Etat-nation, ces deux monstres cr&#233;&#233;s par l'Occident, sont venus ensemble et ils dispara&#238;tront ensemble. Et si nous ne savons pas les noyer dans un oc&#233;an de rires, ils nous tiendront encore compagnie pendant quelque temps, comme le dinosaure de Tito Monterroso (98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claudio Albertani&lt;br&gt;
Tepoztl&#225;n, Morelos, M&#233;xico,&lt;br&gt;
novembre 2002-janvier 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte (in&#233;dit) traduit de l'espagnol par Miguel Chueca.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Je remercie Gianni Armaroli, Gianni Carrozza, Clara Ferri, Malena Fierros, John Holloway, Furio Lippi, Ra&#250;l Ornelas et Tito Pulsinelli pour leurs commentaires et leurs suggestions.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Michael Hardt et Antonio Negri, Empire, Harvard University Press, 2000. [Nous suivrons ici la version fran&#231;aise (Exils Editeurs, 2000), NdT.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Empire, &#171; L'agonie de la discipline sovi&#233;tique &#187;, pp. 337-341.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Empire, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) M. Hardt, &#171; Il tramonto del mondo contadino nell'Impero &#187; dans la revue Posse. Pol&#237;tica. Filosofia. Moltitudini, Manifestolibri Edizioni, mai 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Atilio A. Boron, Imperio. Imperialismo. Una lectura cr&#237;tica de Michael Hardt y Antonio Negri, Buenos Aires, CLACSO, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) Michel Foucault, Microf&#237;sica del poder, Ediciones de la Piqueta, 1978, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) Negri et Hardt avaient d&#233;j&#224; pris leurs distances &#224; l'&#233;gard du post-modernisme dans leur livre Il lavoro di Dioniso. Per la critica dello Stato postmoderno, Manifestolibri, 1995, pp. 25-28. Dans Empire, ils pr&#233;cisent : &#171; Les divers courants de pens&#233;e postmodernistes [sont] les sympt&#244;mes d'une rupture dans la tradition de la souverainet&#233; moderne &#187;, qui &#171; indiquent le passage vers la constitution de l'Empire &#187; (p. 186).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) Il y a quelques ann&#233;es, Negri &#233;tait l'auteur de r&#233;f&#233;rence de certains marxistes am&#233;ricains. L'un d'entre eux, Harry Cleaver, &#233;crivit que &#171; si Marx ne voulait pas dire ce que dit Negri, eh bien, tant pis pour Marx &#187; (sic). (Cf. George Katsiafikas, The Subversion of Politics. European Autonomous Social Movements and the Decolonization of Everyday Life, Humanities Press International, New Jersey, 1997, p. 226).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) Cette br&#232;ve reconstruction se fonde sur le livre de Nanni Balestrini et Primo Moroni, L'Orda d'Oro. 1968-1977. La grande ondata rivoluzionaria e creativa, politica ed esistenziale, Feltrinelli, Milan, 1997, et sur celui d'Oreste Scalzone et Paolo Persichetti, la R&#233;volution et l'Etat. Insurrections et &#171; contre-insurrection &#187; dans l'Italie de l'apr&#232;s-68, Dagorno, 2000. On lira aussi Futuro Anteriore. Dai Quaderni Rossi ai movimenti globali : ricchezze e limiti dell'operaismo italiano, Derive/Approdi, Roma, 2002. J'ai &#233;galement consult&#233; le site &lt;a href=&#034;http://www.intermarx.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.intermarx.com&lt;/a&gt; (en particulier les excellents &#233;crits de Maria Turchetto et de Damiano Palano), les revues Vis-&#224;-Vis et Primo Maggio, ainsi qu'un vieil essai que j'avais publi&#233; anonymement sous le titre &#171; Proletari se voi sapeste &#187; dans Al tramonto. Operaismo italiano e dintorni, suppl&#233;ment de la revue Insurrezione (Renato Varani editore, Milan, 1982).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) Franco Alasia, Danilo Montaldi, Milano, Corea, Feltrinelli, 1978, p. 184.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(11) R. Panzieri, La crisi del movimento operaio. Scritti, interventi, lettere, 1956-1960, Lampugnani, 1973. Panzieri fut directeur de la revue th&#233;orique du PSI, Mondo Operaio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(12) Cf. R. Panzieri, Spontaneit&#224; e Organizzazione. Gli anni dei Quaderni Rossi. Scritti Scelti, Biblioteca Franco Serantini, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(13) K. Marx, El Capital, Editorial Librer&#237;as Allende, 1977, pp. 328-330. [C'est cette m&#234;me expression de &#171; travailleur collectif &#187; qui figure dans la version fran&#231;aise, NdT].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(14) Cf. K. Marx, Le Capital. Livre I, Chapitre VI (in&#233;dit), Union g&#233;n&#233;rale d'&#233;ditions, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(15) R. Panzieri, &#171; Sull'uso capitalistico delle macchine nel neocapitalismo &#187; et &#171; Plusvalore e pianificazione. Appunti di lettura del Capitale &#187;, dans Spontaneit&#225;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(16) Sergio Bologna, &#171; Il rapporto fabbrica-societ&#224; come categoria storica &#187;, Primo Maggio, n&#176; 2, Milan, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(17) Antonio Gramsci, Quaderni del Carcere, &#233;dition de Valentino Gerratana, Einaudi, Turin, 1977, cahier 22, &#171; Americanismo e fordismo &#187;, p. 2146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(18) R. Alquati, Composizione organica del capitale e forza-lavoro alla Olivetti, Quaderni Rossi, n&#176; 2, 1962, pp. 63-98. En 1975, cet auteur a rassembl&#233; ses &#233;crits dans Sulla Fiat e altri scritti, Milan, Feltrinelli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(19) Danilo Montaldi, &#171; Il significato dei fatti di luglio &#187;, Quaderni di Unit&#224; Proletaria, n&#176; 1, 1960. Montaldi &#233;tait un intellectuel libertaire proche du groupe Socialisme ou Barbarie. Sans appartenir au r&#233;seau, il exer&#231;a une forte influence sur les premiers op&#233;ra&#239;stes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(20) En plus des protagonistes d&#233;j&#224; cit&#233;s, il faut mentionner, parmi les membres de Classe Operaia, Giairo Daghini, Luciano Ferrari-Bravo, Guido Bianchini, Enzo Grillo (traducteur des Grundrisse en italien), Oreste Scalzone, Franco Piperno, Franco Berardi, Gianfranco Della Casa, Gaspare de Caro, Gianni Amaroli et Ricardo d'Este.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(21) Classe Operaia, n&#176; 1, janvier 1964. Repris in Mario Tronti, Operai e Capitale, Einaudi, Turin, 1966 (nouvelle &#233;dition, 1971), pp. 89-95. (Une version fran&#231;aise de ce texte a paru chez Christian Bourgois.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(22) Tronti, op. cit., pp. 298-299.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(23) Tronti, op. cit., pp 81 et 84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(24) Tronti, op. cit., p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(25) Tronti, entrevue parue dans L'Unit&#224;, Rome, 8 d&#233;cembre 2001. Dans un entretien pr&#233;c&#233;dent, dat&#233; du 8 ao&#251;t 2000, Tronti d&#233;clara : &#171; Nous f&#251;mes victimes d'une illusion optique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(26) Tronti, op. cit., p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(27) Dans ses Considerations on Western Marxism (New Left Book, Londres, 1976), Perry Anderson ne consacre pas une ligne &#224; l'op&#233;ra&#239;sme italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(28) Dans Dialectique n&#233;gative, Adorno affirma la supr&#233;matie de l'&#171; objet &#187; (traduction en italien, Einaudi, 1975, pp. 156-157).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(29) Voir, par exemple, R. Panzieri, &#171; Plusvalore e capitale &#187;, op. cit., o&#249; l'auteur signale l'unit&#233; du capitalisme comme fonction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(30) Marx, El Capital, tome I, p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(31) Pages de Karl Marx. Choisies, traduites et pr&#233;sent&#233;es par Maximilien Rubel. 1. Sociologie critique, Payot, 1970, p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(32) Tronti, op. cit., p. 221.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(33) Empire, pp. 261 et 291.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(34) Le dernier num&#233;ro de la revue parut en mars 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(35) Gianni Armaroli (collaborateur g&#233;nois de Classe Operaia), lettre &#224; l'auteur, 30 d&#233;cembre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(36) Les principaux th&#233;oriciens des conseils ouvriers furent les tribunistes hollandais (ainsi nomm&#233;s &#224; cause du p&#233;riodique qu'ils &#233;ditaient, De Tribune) Anton Pannekoek et Herman Gorter ; &#224; c&#244;t&#233; des Allemands Karl Korsch, Otto Ruhle et Paul Mattick.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(37) Contrairement &#224; ce qu'on dit souvent (voir, par exemple, Octavio Rodr&#237;guez Araujo, Izquierdas e izquierdismos. De la Primera Internacional a Porto Alegre, Siglo XXI editores, 2002, p. 115), Bordiga n'&#233;tait pas un conseilliste, mais un partisan convaincu de l'id&#233;e bolchevique de parti. Voir l&#224;-dessus la pol&#233;mique qu'il soutint avec Gramsci in Antonio Gramsci-Amadeo Bordiga. Debate sobre los consejos de f&#225;brica, editorial Anagrama, 1973. Cependant, c'est Bordiga &#8211; fondateur et premier secr&#233;taire du PCI &#8211;, et non Gramsci, qui s'opposa &#224; la bolchevisation des partis occidentaux, impos&#233;e par l'Internationale communiste &#224; partir de 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(38) Vers 1967 naquirent, &#224; G&#234;nes, le Circolo Rosa Luxemburg, la Lega Operai-Studenti et Ludd-Consigli Proletari (pr&#233;sents aussi &#224; Rome et Milan). A Turin, l'Organizzazione Consiliare na&#238;t en 1970 et Comontismo en 1971. Minoritaires, mais significatifs, ces groupes furent pratiquement effac&#233;s des histoires du mouvement de 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(39) En 1969, Sergio Bologna et d'autres cr&#233;&#232;rent La Classe, une revue qui servit de porte-parole aux luttes ouvri&#232;res de Fiat. Bologna participa &#224; la fondation de Potere Operaio, avant d'animer, dans les ann&#233;es 1970 et 1980, la revue Primo Maggio, un bastion de l'op&#233;ra&#239;sme original.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(40) Tronti, entrevue cit&#233;e, 8 ao&#251;t 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(41) Entre 1968 et 1971, la tentative d&#233;boucha sur la cr&#233;ation de la revue Contropiano, dirig&#233;e par Asor Rosa et Cacciari, &#224; laquelle collabor&#232;rent aussi bien Tronti que Negri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(42) M. Tronti, Sull'autonomia del politico, Feltrinelli, 1977, pp. 7, 19 et 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(43) Eduardo di Giovanni, Marco Ligini, La strage di Stato, Samon&#224; e Savelli, 1970 (r&#233;&#233;dition Avvenimenti, 1993).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(44) Parmi les id&#233;es les plus curieuses de Negri, on retiendra l'&#233;loge de l' &#171; absence de m&#233;moire &#187;. Voir Antonio Negri, Du Retour. Ab&#233;c&#233;daire biopolitique, Calmann-L&#233;vy, 2002, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(45) Cf. A. Negri, Du retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(46) Antonio Negri, Crisi dello Stato-piano, comunismo e organizzazione rivoluzionaria, Feltrinelli, 1972, p. 181. Ce &#171; n&#233;ol&#233;ninisme insurrectionnel &#187; sera syst&#233;matis&#233; in A. Negri, La fabbrica della strategia. 33 lezioni su Lenin, Libri Rossi, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(47) Un des groupes les plus connus de cette tendance &#233;tait le Collettivo di via dei Volsci, de Rome, qui allait bient&#244;t fonder Radio Onda Rossa, une station du mouvement qui existe encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(48) Negri a d&#233;velopp&#233; le th&#232;me de l'auto-valorisation dans Il dominio e il sabotaggio. Sul metodo marxista della trasformazione sociale. Feltrinelli, 1978. Cf. aussi Empire, pp. 491 et 493.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(46) Antonio Negri, Crisi dello Stato-piano, comunismo e organizzazione rivoluzionaria, Feltrinelli, 1972, p. 181. Ce &#171; n&#233;ol&#233;ninisme insurrectionnel &#187; sera syst&#233;matis&#233; in A. Negri, La fabbrica della strategia. 33 lezioni su Lenin, Libri Rossi, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(47) Un des groupes les plus connus de cette tendance &#233;tait le Collettivo di via dei Volsci, de Rome, qui allait bient&#244;t fonder Radio Onda Rossa, une station du mouvement qui existe encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(48) Negri a d&#233;velopp&#233; le th&#232;me de l'auto-valorisation dans Il dominio e il sabotaggio. Sul metodo marxista della trasformazione sociale. Feltrinelli, 1978. Cf. aussi Empire, pp. 491 et 493.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(49) A. Negri, Proletari e Stato. Per una discussione su autonomia operaia e compromesso storico, Feltrinelli, 1976, p. 30. La question de la dissolution de la soci&#233;t&#233; civile dans l'Etat est reprise dans Empire, pp. 51, 398-399.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(50) Agn&#232;s Heller, La teoria dei bisogni in Marx, Feltrinelli, 1977, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(51) A. Negri, Marx oltre Marx. Quaderno di lavoro sui Grundrisse, Feltrinelli, 1979, p. 194.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(52) A. Negri, Il dominio&#8230;, pp. 61 et 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(53) Dans les ann&#233;es 70, il y eut en Italie des dizaines, et probablement des centaines, de groupes qui pratiqu&#232;rent la lutte arm&#233;e. Outre les Brigades rouges, on peut citer, parmi beaucoup d'autres, les Nuclei Armati Proletari (NAP), Prima Linea, Mai pi&#249; senza fucile, Azione Rivoluzionaria et Proletari Armati per il Comunismo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(54) Contrairement &#224; ce que je lis dans Memoria, n&#176; 167 (janvier 2003, p. 5), il n'a jamais exist&#233; en Italie un groupe appel&#233; &#171; Autonomie ouvri&#232;re &#187;. Negri dirigeait une des nombreuses organisations qui formaient le camp de l'autonomie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(55) Sur le bilan tragique de la lutte arm&#233;e, on lira Cesare Bermani, Il nemico interno. Guerra civile e lotte di classe in Italia (1943-1976), Odradek, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(56) Rosso, mai 1978. La revue, &#233;dit&#233;e &#224; Milan, &#233;tait l'organe du Gruppo Gramsci, une organisation dirig&#233;e par Negri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(57) Apr&#232;s deux ann&#233;es d'emprisonnement, Negri fut mis en libert&#233; gr&#226;ce &#224; son &#233;lection comme d&#233;put&#233; sur les listes du Parti radical. En 1983, il s'exila en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(58) Dans les ann&#233;es 1980 et 1990, le projet d'un op&#233;ra&#239;sme libertaire est rest&#233; vivant dans la r&#233;flexion de quelques collectifs comme Primo Maggio, Collegamenti-Wobbly et Vis-&#224;-Vis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(59) Empire, pp. 183 et 187.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(60) A. Negri, Marx oltre Marx, p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(61) A. Negri, Marx oltre Marx, pp. 24-25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(62) A. Negri, Spinoza, p. 394. Cette &#233;dition inclut : L'anomalia selvaggia (1980), Spinoza sovversivo (1985) et Democracia e eternit&#224; in Spinoza (1994), les principaux textes spinozistes de Negri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(63) Voir par exemple : Karl Korsch, Karl Marx, Laterza, 1970, p. 101.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(64) A. Negri, Spinoza, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(65) J'ai cherch&#233;, sans succ&#232;s, une explication satisfaisante du concept de &#171; multitude &#187; dans l'oeuvre de Negri. Un de ses disciples, Paolo Virno, s'est apparemment charg&#233; de la t&#226;che dans : Grammatica della moltitudine. Per un analisi delle forme di vita contemporanee, Derive/Approdi, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(66) Norberto Bobbio-Michelangelo Bovero. Sociedad y Estado en la filosof&#237;a moderna. El modelo iusnaturalista y el modelo hegeliano-marxiano, FCE, M&#233;xico, 1994, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(67) A. Negri-M. Hardt, Il lavoro di Dioniso, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(68) Empire, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(69) Empire, pp. 354-359.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(70) K. Marx, Grundrisse, tome II, p. 228.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(71) Grundrisse, pp. 228-229.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(72) Grundrisse, p. 230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(73) Consultable sur &lt;a href=&#034;http://www.intermarx.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.intermarx.com&lt;/a&gt; : Maria Turchetto, &#171; Dall'operaio massa all'imprenditorialit&#224; comune. La sconcertante parabola dell'operaismo italiano &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(74) Empire, p. 359.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(75) Lettre de Negri &#233;crite de la prison de Rebibbia (Rome), dat&#233;e du 10 septembre 1997, d'apr&#232;s la version diffus&#233;e sur Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(76) Dans Il lavoro di Dioniso, pp. 29-30, Negri avoue accepter les th&#233;ories de Mario Tronti sur l'autonomie du politique. Dans Empire, en revanche, il nous informe de la disparition de &#171; la notion de l'autonomie du politique &#187; (p. 375).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(77) Empire, p. 496.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(78) D'apr&#232;s le dictionnaire de la Real Academia, un &#171; militant &#187; est quelqu'un qui se voue &#224; la milice&#8230; Les premi&#232;res critiques de la figure du militant remontent &#224; 1966 et sont dues &#224; l'Internationale situationniste. Voir De la mis&#232;re en milieu &#233;tudiant, traduit dans une vingtaine de langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(79) Ce n'est pas le fait du hasard si les principaux disciples de Negri, les D&#233;sob&#233;issants (connus pr&#233;c&#233;demment sous le nom de Tute bianche &#8211; Combinaisons blanches &#8211; ou Association Ya Basta), sont un facteur de grande confusion dans le mouvement dit altermondialiste. Ils conjuguent le pire de la politique de la vieille gauche et le pire de l'activisme m&#233;diatique. Radicaux &#224; l'&#233;tranger (ils furent expuls&#233;s &#224; grand fracas du Mexique en 1998), ils sont dispos&#233;s &#224; tous les compromis en Italie ; pacifistes convaincus, ils diffusent de d&#233;lirantes d&#233;clarations de guerre &#224; l'adresse du gouvernement italien (mais ne savent pas &#234;tre cons&#233;quents) ; zapatistes d&#233;clar&#233;s, ils sont &#224; la recherche de charges &#233;lectives&#8230; Sur les incons&#233;quences des Tute bianche (aujourd'hui Disubbidienti), on se reportera &#224; &#171; Paint it Black. Blocchi neri, tute bianche e zapatisti nel movimento contro la globalizzazione &#187;, de Claudio Albertani, paru simultan&#233;ment dans Collegamenti-Wobbly, n&#176; 1, janvier 2002 et, en version fran&#231;aise, dans le n&#176; 12 des Temps maudits (janvier-avril 2002). Une version anglaise a paru dans New Political Science, Londres, d&#233;cembre 2002). Pour de plus amples informations sur l'activit&#233; des Disubbidienti, voir &lt;a href=&#034;http://www.ecn.org/movimento&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ecn.org/movimento&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(80) &#171; Discours zapatistes, manifestation &#224; San Crist&#243;bal de Las Casas, Chiapas, 1er janvier 2003 &#187; &#224; consulter sur le site &lt;a href=&#034;http://chiapas.indymedia.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://chiapas.indymedia.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(81) Sur le f&#233;tichisme du travail chez Negri, cf. G. Katsiafikas, op. cit., pp. 225-232.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(82) Je reprends cet argument de l'essai de Maria Turchetto, &#171; L'impero colpisce ancora &#187; (&lt;a href=&#034;http://www.intermarx.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.intermarx.com&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(83) Empire, p. 474.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(84) Empire, p. 459.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(85) Hannah Arendt, On Revolution, (r&#233;&#233;dition : Vicking Press, 1996), surtout le chapitre III. Negri avait d&#233;j&#224; fait l'apologie de la Constitution am&#233;ricaine dans Il potere costituente. Saggio sulle alternative del moderno, SugarCo, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(86) Cit&#233; in : Boron, op. cit., p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(87) Dans une tentative de m&#233;nager Dieu et le diable, Negri formule la question qui suit : &#171; Que faire du l&#233;ninisme dans les nouvelles conditions de la force de travail ? [&#8230;] Quelle subjectivit&#233; faudra-t-il produire pour la prise du pouvoir, aujourd'hui, par le prol&#233;tariat immat&#233;riel ? &#187;. Et il r&#233;pond : &#171; Il faut mener L&#233;nine au-del&#224; de L&#233;nine, [&#8230;] vers la d&#233;mocratie absolue de la multitude &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(!) Cf. Toni Negri, &#171; Che farne del Che fare ? Ovvero il corpo del General Intellect &#187;, Posse, mai 2002, pp. 123-133.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(88) Voir &#224; ce sujet les r&#233;centes mesures de Bush en faveur des sp&#233;culateurs financiers, qui pr&#233;voient une r&#233;duction de 300 milliards de dollars d'imp&#244;ts sur les dividendes des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(89) Guerre contre un seul individu, parfois, comme on l'a vu avec Ben Laden. Si l'on en croit des d&#233;clarations r&#233;centes de la Maison-Blanche, ce cycle risque de durer au moins une trentaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(90) Une des erreurs de L&#233;nine fut de croire que l'imp&#233;rialisme &#233;tait simplement une &#171; &#233;tape &#187; du capitalisme alors que, en r&#233;alit&#233;, il &#233;tait inscrit dans sa logique d&#232;s le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(91) Stefano Capello, &#171; L'imperialismo da Disraeli a Bush &#187;, Collegamenti n&#176; 2, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(92) Tito Pulsinelli, &#171; Sobre el se&#241;or y los vasallos. Estados Unidos en el atardecer del neoliberalismo &#187;. A consulter sur le site &lt;a href=&#034;http://www.lafogata.org/02inter/8internacional/sobre.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lafogata.org/02inter/8internacional/sobre.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(93) Negri s'est d'ailleurs senti tr&#232;s peu &#224; l'aise face &#224; ces &#233;v&#233;nements. Il a d'abord interpr&#233;t&#233; la chute des tours jumelles comme une affaire interne &#224; l'Empire, quelque chose &#171; qui lui appartient &#187; en propre, avant de rectifier, en soutenant que nous sommes face &#224; une r&#233;action imp&#233;rialiste contre l'Empire. Hardt a soutenu, lui, cette seconde version dans un article r&#233;cent o&#249; il exhortait &#171; les &#233;lites &#224; agir dans leur propre int&#233;r&#234;t comme r&#233;seau imp&#233;rial d&#233;-centr&#233;, interrompant de la sorte le processus de conversion des Etats-Unis en un &#8220;pouvoir imp&#233;rialiste selon le vieux mod&#232;le europ&#233;en&#8221; &#187;. Curieux appel, en v&#233;rit&#233;, venant d'un proph&#232;te de la &#171; multitude &#187; ! Du retour, p. 185 et p. 209. Entrevue parue dans Il Manifesto, 14 septembre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(94) Eric Hobsbawm, &#171; La guerra y la paz en el siglo XX &#187;, La Jornada, M&#233;xico, 24 mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(95) Rebeld&#237;a, &#233;ditorial du n&#176; 1, M&#233;xico, nov. 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(96) John Holloway, Change the World without Taking Power, Pluto Press, 2002. C'est &#224; tort que de nombreux commentateurs ont voulu mettre Holloway et Negri dans le m&#234;me sac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(97) Benedetto Vecchi, &#171; Democrazia in Movimento &#187;, Il Manifesto, 18 janvier 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(98) Claudio Albertani fait ici allusion &#224; une fameuse nouvelle du romancier Tito Monterroso, qui pr&#233;sente cette particularit&#233; de ne contenir qu'une seule phrase : &#171; Al d&#237;a siguiente, cuando despert&#243;, el dinosaurio segu&#237;a todav&#237;a ah&#237; &#187;, proprement intraduisible du reste, puisque le sujet de la subordonn&#233;e n'est pas explicit&#233; et qu'on ne sait pas s'il s'agit de &#171; &#233;l &#187;, de &#171; ella &#187;, voire de &#171; Usted &#187; : &#171; Le lendemain, quand il s'&#233;veilla [ou : &#171; quand elle s'&#233;veilla &#187; ou : &#171; quand vous vous &#234;tes &#233;veill&#233; &#187; ou &#171; &#233;veill&#233;e &#187;], le dinosaure &#233;tait encore l&#224;. &#187; (NdT).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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