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		<title>Les &#233;meutes de Los Angeles [mai 1992]</title>
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		<dc:date>2010-09-13T01:18:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aufheben, Mike Davis</dc:creator>


		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Fuck may 68 fight now ! (Marseille)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le 29 avril 1992, Los Angeles explosait dans ce qui devait constituer l'un des plus importants soul&#232;vements urbains du si&#232;cle aux &#201;tats-Unis. L'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale, la garde nationale et les forces de police venues de tout le pays mirent 3 jours pour r&#233;tablir l'ordre. Entre-temps les habitants de L.A. s'&#233;taient r&#233;appropri&#233;s des millions de dollars de marchandises et avaient d&#233;truit pour plus d'un milliard de dollars de capital immobilier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sommaire :&lt;br class='manualbr' /&gt;1/ Le contexte d'un soul&#232;vement prol&#233;tarien par &lt;i&gt;Aufheben&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;2/ Los Angeles n'&#233;tait qu'un d&#233;but par &lt;i&gt;Mike Davis&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;3/ Une chronologie des &#233;meutes de Los Angeles&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Fuck may 68 fight now ! (Marseille)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH103/arton800-194a6.jpg?1780507828' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff800.jpg?1280997983&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;
sommaire :
&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;center&gt;
1/ &lt;strong&gt;Le contexte d'un soul&#232;vement&lt;br class='manualbr' /&gt;prol&#233;tarien&lt;/strong&gt; par &lt;i&gt;Aufheben&lt;/i&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
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2/ &lt;strong&gt;Los Angeles n'&#233;tait qu'un d&#233;but&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;par &lt;i&gt;Mike Davis&lt;/i&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;center&gt;
3/ &lt;strong&gt;Une chronologie des &#233;meutes&lt;br class='manualbr' /&gt;de Los Angeles&lt;/strong&gt;
&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CONTEXTE D'UN SOUL&#200;VEMENT PROL&#201;TARIEN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le 29 avril 1992, Los Angeles explosait dans ce qui devait constituer l'un des plus importants soul&#232;vements urbains du si&#232;cle aux &#201;tats-Unis. L'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale, la garde nationale et les forces de police venues de tout le pays mirent 3 jours pour r&#233;tablir l'ordre. Entre-temps les habitants de L.A. s'&#233;taient r&#233;appropri&#233;s des millions de dollars de marchandises et avaient d&#233;truit pour plus d'un milliard de dollars de capital immobilier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; de l'image : les faits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la plupart de nos informations sur l'&#233;meute nous sont parvenues par les m&#233;dias capitalistes, il est n&#233;cessaire d'&#233;valuer les distorsions que cela a cr&#233;&#233;. Tout comme lors de la guerre du Golfe, les m&#233;dias ont donn&#233; l'impression d'une immersion compl&#232;te dans la r&#233;alit&#233; alors qu'en fait ils fabriquaient une version falsifi&#233;e des &#233;v&#233;nements. Alors que pendant la guerre du Golfe il y eut un effort concret de d&#233;sinformation, &#224; Los Angeles la distorsion fut moins le produit de la censure que de la totale incompr&#233;hension des m&#233;dias de la bourgeoisie face &#224; cette insurrection prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage &#224; tabac de Rodney King en 1991 ne fut pas un incident isol&#233;, et s'il n'avait &#233;t&#233; film&#233;, il serait pass&#233; inaper&#231;u &#8213; perdu dans la logique de la r&#233;pression raciste de la police qui caract&#233;rise si bien la domination capitaliste en Am&#233;rique. Mais, d&#232;s lors que cet incident de la vie quotidienne fut signal&#233; &#224; l'attention g&#233;n&#233;rale, il prit valeur de symbole. Tandis que le flot de l'information t&#233;l&#233;vis&#233;e noyait l'&#233;v&#233;nement dans le cours de l'interminable proc&#233;dure juridique, les yeux des habitants de South Central restaient fix&#233;s sur un cas qui focalisait leur col&#232;re contre un syst&#232;me dont le calvaire de King &#233;tait l'illustration parfaite. Dans tout le pays, mais sp&#233;cialement &#224; L.A., on sentait et on attendait que, quel que soit le r&#233;sultat du proc&#232;s, les autorit&#233;s feraient les frais de la col&#232;re populaire. Pour les habitants de South Central, l'incident King ne fut qu'un d&#233;clic. Ils ignor&#232;rent les appels de l'int&#233;ress&#233; &#224; l'arr&#234;t du soul&#232;vement parce qu'il n'en &#233;tait pas la cause. La r&#233;bellion se fit contre le racisme qui s'exer&#231;ait tous les jours dans la rue, contre la r&#233;pression syst&#233;matique des cit&#233;s, contre la r&#233;alit&#233; du racisme quotidien du capitalisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des r&#233;ponses toutes faites des m&#233;dias &#224; de semblables situations est de les &#233;tiqueter &#171; &#233;meutes raciales &#187;. Une telle caract&#233;risation vola tr&#232;s rapidement en &#233;clats &#224; L.A., comme le nota &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; dans l'un de ses reportages sur la r&#233;bellion : &#171; &lt;i&gt;En d&#233;pit des jeunes Noirs en col&#232;re criant : &#034;Tuons les Blancs&#034;, des Hispaniques et m&#234;me des Blancs &#8213; hommes, femmes et enfants &#8213; se joignirent aux Afro-Am&#233;ricains. La premi&#232;re pr&#233;occupation de la foule &#233;tait les marchandises, pas le sang. Dans une ambiance de f&#234;te, les pillards s'emparaient de co&#251;teuses marchandises qui, soudain, &#233;taient devenues gratuites. La plupart des magasins noirs, de m&#234;me que ceux des Blancs ou des Asiatiques, partirent tous en fum&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Et &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; de s'adresser &#224; un &#034;expert&#034; &#8213; un sociologue de l'urbanisme &#8213;qui leur d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Ce n'&#233;tait pas une &#233;meute raciale, mais une &#233;meute de classe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu embarrass&#233;s par cette analyse, ils interrogent &#171; &lt;i&gt;Richard Cunningham, 19 ans, un employ&#233; &#224; la barbichette soign&#233;e&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ils s'en fichent compl&#232;tement. La v&#233;rit&#233; c'est qu'ils font la f&#234;te. Ils ont envie de vivre comme les gens qu'ils voient &#224; la t&#233;l&#233;. Ils voient des gens qui ont de grandes maisons anciennes, de chouettes bagnoles et tout l'&#233;quipement hi-fi qu'ils veulent et maintenant que c'est gratuit, ils vont l'avoir.&lt;/i&gt; &#187; Le sociologue le leur avait bien dit : une &#233;meute de classe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Los Angeles, la composition sociologique de l'&#233;meute refl&#232;te celle des quartiers concern&#233;s : des Noirs, des Latino-Am&#233;ricains pauvres et quelques Blancs unis contre la police. Parmi les personnes arr&#234;t&#233;es, les Latinos sont majoritaires, plus nombreux que les Noirs, et les &#034;Blancs&#034; eux-m&#234;mes en constituent un dixi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233;s &#224; de tels faits, les m&#233;dias eurent bien des difficult&#233;s &#224; coller l'&#233;tiquette &#034;&#233;meute raciale&#034; au soul&#232;vement de L.A.. Ils eurent plus de succ&#232;s en pr&#233;sentant ce qui venait de se passer comme une violence aveugle et une attaque insens&#233;e des gens contre leur propre communaut&#233;. Ce n'est pas l'absence de logique dans cette violence que les m&#233;dias n'aimaient pas, c'est bien la logique m&#234;me qui l'a inspir&#233;e. Les cibles les plus communes &#233;taient les journalistes et les photographes, m&#234;mes noirs et hispaniques. Pourquoi les pillards s'en prirent-ils aux m&#233;dias ? Ces charognards faisaient courir un r&#233;el danger d'identification aux &#233;meutiers par leurs photos et leurs reportages. Et l'incroyable d&#233;loge de &#034;couvertures&#034; de la r&#233;bellion faisait suite &#224; des ann&#233;es de totale indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard des gens de South Central, sauf pour les pr&#233;senter comme des criminels ou des drogu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le refus de la repr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'&#233;meute de 1965 s'&#233;tait limit&#233;e au quartier de Watts, en 1992, les &#233;meutiers &#233;largirent leur lutte avec beaucoup d'efficacit&#233;. Leur premi&#232;re t&#226;che fut de d&#233;border leurs &#034; repr&#233;sentants &#034;. Les dirigeants noirs &#8213; politiciens locaux, bureaucrates des droits civiques et organisations religieuses &#8213; &#233;chou&#232;rent dans leur fonction de contr&#244;le de leur propre communaut&#233;. Partout ailleurs aux &#201;tats-Unis, cette couche a r&#233;ussi dans une large mesure &#224; d&#233;tourner la col&#232;re des gens des actions directes semblables &#224; celles pratiqu&#233;e &#224; L.A., parvenant &#224; stopper la contagion de la r&#233;bellion. La lutte se propagea cependant, sans que les troubles dans les autres agglom&#233;rations ne connussent l'intensit&#233; des &#233;meutes de Los Angeles o&#249; les repr&#233;sentants, qu'ils fussent &#233;lus ou autoproclam&#233;s, furent d&#233;bord&#233;s. Ils ne purent rien faire. Les &#233;meutiers montr&#232;rent le m&#234;me d&#233;dain pour leurs &#034;leaders&#034; que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs de Watts. Les progr&#232;s obtenus pendant des ann&#233;es pour une partie des Noirs, leur position de m&#233;diateurs entre &#034;leur&#034; communaut&#233; et le capital ou l'&#201;tat, tout cela se r&#233;v&#233;la d&#233;pass&#233;. Tandis que les leaders de la communaut&#233; noire s'effor&#231;aient de retenir les habitants, &#171; &lt;i&gt;les leaders des gangs, brandissant des barres de fer, des b&#226;tons, des battes de baseball, exhortaient les t&#234;tes br&#251;l&#233;es &#224; ne pas saccager leur propres quartiers, mais &#224; attaquer les riches quartiers de l'Ouest&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Attaques contre la propri&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les insurg&#233;s utilisaient des t&#233;l&#233;phones mobiles pour &#233;couter la police. Les autoroutes qui avaient tant fait pour diviser les communaut&#233;s de L.A. furent utilis&#233;es par les &#233;meutiers pour &#233;tendre leur lutte. Des groupes de Noirs ou d'Hispaniques parcouraient une grande partie de la ville en voiture, incendiant leurs cibles &#8213; les magasins et les lieux d'exploitation capitalistes &#8213;, tandis qu'ailleurs des embouteillages se formaient autour des centres commerciaux au fur et &#224; mesure que leur contenu &#233;tait lib&#233;r&#233;. C'&#233;tait non seulement la premi&#232;re &#233;meute multi-ethnique des &#201;tats-Unis, mais aussi la premi&#232;re &#233;meute en automobile. La police fut compl&#232;tement d&#233;pass&#233;e par la cr&#233;ativit&#233; et l'ing&#233;niosit&#233; des &#233;meutiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que les &#233;meutiers eurent chass&#233; la police des rues, le pillage fut clairement l'aspect d&#233;terminant de l'insurrection. La r&#233;bellion &#224; Los Angeles fut une explosion de col&#232;re contre le capitalisme, mais aussi une irruption de ce qui pourrait prendre sa place : la cr&#233;ativit&#233;, l'initiative, la joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Des pillards de toutes races &#233;taient ma&#238;tres des rues, des magasins et des boutiques. Ici, des adolescents blonds remplissaient leur fourgonnette de mat&#233;riel hi-fi. L&#224;, des Philippins entassaient des gants de base-ball et des chaussures de tennis dans leur vieille guimbarde p&#233;taradante. Des m&#232;res de famille hispaniques, accompagn&#233;es de leurs enfants, furetaient dans les &#233;talages b&#233;ants des mini-centres commerciaux et des magasins de fringues. On y vit aussi quelques Asiatiques. Alors que le pillage &#224; Watts avait &#233;t&#233; furieux, d&#233;sesp&#233;r&#233; et hargneux, cette fois-ci, l'ambiance &#233;tait plut&#244;t celle d'une f&#234;te d&#233;brid&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;appropriation directe des marchandises (p&#233;jorativement appel&#233;e &#034;pillage&#034;) brise le circuit du capital (travail-salaire-consommation) et une telle action lui est aussi inacceptable qu'une gr&#232;ve. Par ailleurs, il est vrai que, pour une large partie de la classe ouvri&#232;re de L.A., une r&#233;volte sur les lieux de production est impossible. Entre le d&#233;sir constant de cette &#034;bonne vie&#034; hors d'atteinte (les marchandises qu'ils ne peuvent avoir) et la contradiction inh&#233;rente &#224; la plus simple marchandise (la valeur d'usage dont ils ont besoin est toujours frapp&#233;e d'un prix), ils font l'exp&#233;rience des contradictions du capital, non pas dans la sph&#232;re de la production ali&#233;n&#233;e, mais dans celle de la consommation ali&#233;n&#233;e ; non dans le travail, mais dans la circulation des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Race et composition de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; donc, une des voix de la bourgeoisie am&#233;ricaine, doit conc&#233;der que ce qui &#233;tait arriv&#233; &#233;tait bien une &#233;meute de classe et non une &#233;meute raciale. Mais nous ne devons pas nier que cette r&#233;bellion de classe a comport&#233; des aspects &#034;raciaux&#034;. Ce qui est le plus important dans ces &#233;meutes, c'est qu'elles s'&#233;tendirent au point que les divisions raciales &#224; l'int&#233;rieur de la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine furent transcend&#233;es dans un acte de r&#233;volte &#8213; mais il serait abusif de dire que l'aspect racial en &#233;t&#233; absent. Il y eut en effet des incidents &#034;raciaux&#034; : ce que nous devons examiner, c'est en quoi ils sont l'expression de la controverse entre les classes. Dans la foule qui d&#233;clencha les &#233;v&#233;nements &#224; l'intersection des rues de Normandie et de Florence, il y eut quelques personnes pour rosser un camionneur blanc, Reginald Oliver Denny. Les m&#233;dias s'empar&#232;rent de ce tabassage et le transmirent en direct afin d'alimenter la peur que les Noirs des quartiers centraux inspirent &#224; la banlieue blanche. Mais cet incident &#233;tait-il significatif ? L'analyse des morts enregistr&#233;es lors du soul&#232;vement montre que non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons donc comment la guerre de classes s'exprime de mani&#232;re &#034;raciale&#034;. Aux &#201;tats-Unis, les classes dirigeantes ont toujours encourag&#233; et organis&#233; le racisme, depuis le g&#233;nocide des premiers Am&#233;ricains et l'esclavage des Noirs jusqu'&#224; l'utilisation permanente de l'ethnicit&#233; pour diviser la force de travail. L'exp&#233;rience de la classe am&#233;ricaine noire est dans une large mesure d'avoir &#233;t&#233; chass&#233;e de ses emplois par les vagues successives de nouveaux immigrants. Alors que la plupart des minorit&#233;s qui commenc&#232;rent par occuper les plus bas &#233;chelons du march&#233; du travail s'&#233;lev&#232;rent ensuite dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, les Noirs ont constamment &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;s. Plus grave encore, le racisme a servi d'&#233;touffoir de la conscience de classe des ouvriers blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; L.A. en particulier, les habitants de South Central constituent l'un des secteurs les plus marginalis&#233;s de la classe ouvri&#232;re. La strat&#233;gie du capital en ce qui concerne ces secteurs est uniquement r&#233;pressive, une r&#233;pression men&#233;e par la police &#8213; une solution de classe. De toute fa&#231;on, les effectifs du LAPD (Los Angeles Police Department) sont essentiellement blancs et ses victimes massivement noires ou hispaniques (des gens &#034;de couleur&#034;, pour parler le Politiquement Correct). Contrairement aux autres villes o&#249; la nature raciale du conflit est masqu&#233;e par le succ&#232;s de l'&#201;tat dans sa politique de recrutement d'un grand nombre de Noirs dans les forces de police, &#224; Los Angeles, la strat&#233;gie raciste de division et d'endiguement se r&#233;v&#232;le un peu plus &#224; chaque confrontation entre la population et le LAPD &#8213; une solution raciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que les Noirs et les Hispaniques ont &#233;t&#233; marginalis&#233;s et opprim&#233;s en fonction de leur couleur de peau, il n'est gu&#232;re surprenant que, dans l'explosion de col&#232;re de ces pauvres contre leurs oppresseurs, la couleur de peau ait pu servir de crit&#232;re pour identifier leurs ennemis, exactement comme les lyncheurs et les professionnels de la bavure en usent avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, quand bien m&#234;me l'&#233;meute n'aurait &#233;t&#233; qu'une &#233;meute de race, anti-Blancs ou anti-Asiatiques, elle n'en aurait pas moins &#233;t&#233; une &#233;meute de classe. Il est &#233;galement important de noter &#224; quel point les participants surent d&#233;passer les st&#233;r&#233;otypes raciaux. Alors que les attaques contre la police, la r&#233;appropriation et les attaques contre la propri&#233;t&#233; &#233;taient jug&#233;s utiles et n&#233;cessaires par presque tous les participants, il est clair que les attaques contre des individus fond&#233;es sur leur couleur de peau ne furent ni typiques du soul&#232;vement, ni largement soutenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte raciste de l'oppression de classe &#224; L.A., il aurait &#233;t&#233; miraculeux qu'il n'y ait pas d'incidents raciaux dans cette r&#233;bellion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est surprenant et gratifiant dans ce contexte c'est leur aveuglante raret&#233; dans un tel contexte de peur et de division raciale, c'est la mani&#232;re dont les &#233;meutiers ont d&#233;jou&#233; les strat&#233;gies racistes de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Composition de classe et restructuration capitaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine est divis&#233;e entre salari&#233;s et non-salari&#233;s, prolos et cols blancs, immigr&#233;s et nationaux, pr&#233;caires et travailleurs &#224; statut prot&#233;g&#233; ; mais de plus, elle est divis&#233;e suivant des crit&#232;res ethniques qui le plus souvent reproduisent ces divisions sociales. En outre, ces divisions sont de r&#233;elles divisions en terme de pouvoir et de revendications. Nous ne pouvons pas les surmonter simplement par un appel &#224; l'unit&#233; de classe ou par la croyance fataliste que, tant que la classe ouvri&#232;re ne sera pas unie derri&#232;re un parti de type l&#233;niniste ou une avant-garde quelconque, il sera impossible de s'en prendre au capital. Dans la situation am&#233;ricaine, de m&#234;me que dans beaucoup d'autres zones du conflit de classes plan&#233;taire, il est n&#233;cessaire d'utiliser la notion dynamique de composition de classe, pr&#233;f&#233;rable &#224; une approche fig&#233;e des classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte de South Central et les actions qui en d&#233;coul&#232;rent &#224; travers tout les &#201;tats-Unis ont montr&#233; qu'il existe &#224; l'int&#233;rieur du capitalisme am&#233;ricain un sujet prol&#233;tarien antagonique. Cette pr&#233;sence a &#233;t&#233; occult&#233;e par un double processus : d'abord, la conscience de classe &#8213; celle de l'opposition au capital &#8213; de nombreux travailleurs am&#233;ricains est fauss&#233;e par le sentiment, largement r&#233;pandu, d'appartenir &#224; la &#034;classe moyenne&#034; ; ensuite, une importante minorit&#233;, peut-&#234;tre un quart de la population du pays, a &#233;t&#233; recompos&#233;e en masse de travailleurs sous-qualifi&#233;s et marginalis&#233;s, auxquels on d&#233;nie, sous le label de &#034;sous-classe&#034; (underclass), jusqu'&#224; l'appartenance &#224; la soci&#233;t&#233;. L'invention d'une telle cat&#233;gorie sociologique trouve sa base mat&#233;rielle dans le fait que certaines couches &#034;privil&#233;gi&#233;es&#034; du prol&#233;tariat b&#233;n&#233;ficient d'un acc&#232;s croissant aux produits &#034;de luxe&#034;, alors que les couches &#034;d&#233;favoris&#233;es&#034;, exclues de toute consommation autre que de pure subsistance, sont r&#233;duites au ch&#244;mage, aux emplois pr&#233;caires ou au travail clandestin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle strat&#233;gie pr&#233;sente des risques pour le capital : pendant que le secteur int&#233;gr&#233; est maintenu dans le droit chemin par le jeu des relations &#233;conomiques, second&#233; par la peur de sombrer dans l'exclusion, les exclus, pour qui le r&#234;ve am&#233;ricain est devenu un cauchemar, doivent &#234;tre ma&#238;tris&#233;s par l'usage de la r&#233;pression polici&#232;re pure. Dans un tel cadre, la guerre contre la drogue a servi de pr&#233;texte &#224; des mesures qui menacent de plus en plus les &#034;droits civiques&#034; que la bourgeoisie, sp&#233;cialement en Am&#233;rique, s'est charg&#233;e de promouvoir dans le monde entier... [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que Los Angeles est la &#034;cit&#233; du futur&#034;. Dans les ann&#233;es trente, la vision moderniste des int&#233;r&#234;ts commerciaux pr&#233;valut et le r&#233;seau de tramways de L.A., un des meilleurs syst&#232;mes de transport urbain du pays, fut &#233;radiqu&#233; &#8213; remplac&#233; par les autoroutes. Ce fut &#224; Los Angeles qu'Adorno et Horkheimer dress&#232;rent pour la premi&#232;re fois le tableau m&#233;lancolique de la conscience subsum&#233;e par le capitalisme et que Marcuse traita, plus tard, de &#034;l'homme unidimensionnel&#034;. Plus r&#233;cemment, Los Angeles a inspir&#233; la mode de la &#034;post-pens&#233;e&#034;. Baudrillard, Derrida et autres raclures &#034;postmodernistes&#034; et &#034;poststructuralistes&#034; ont tous visit&#233; la ville et s'y sont exprim&#233;s. Baudrillard y d&#233;couvrit m&#234;me son &#034;utopie achev&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adulateurs &#034;postmodernes&#034; du capitalisme adorent l'architecture de Los Angeles, ses autoroutes sans fin et son centre restructur&#233;. Ils &#233;crivent des pan&#233;gyriques &#224; la gloire de l'espace sublime qu'abrite l'h&#244;tel Bonaventura, &#224; 200 dollars la nuit, mais se taisent au sujet de la destruction de l'espace public qui se d&#233;roule au-dehors. Les postmodernistes, tout contents d'&#233;tendre ce terme d' architecture &#224; toute la soci&#233;t&#233;, voire &#224; &#8213; l'&#233;poque elle-m&#234;me, r&#233;pugnent &#224; approfondir leur analyse de l'architecture, ne serait-ce qu'&#224; un centim&#232;tre sous la surface. Les immeubles &#034;postmodernes&#034; de Los Angeles ont &#233;t&#233; construits gr&#226;ce &#224; l'afflux de capitaux japonais. Downtown, le quartier des affaires, est devenu le second centre financier, apr&#232;s Tokyo, des rives du Pacifique. Mais sa recomposition urbaine s'est faite aux d&#233;pens des habitants des quartiers pauvres. Tom Bradley, ancien flic et maire de 1975 &#224; 1993, a jou&#233; &#224; merveille son r&#244;le de figure de proue noire de la restructuration capitaliste de L.A. Il a soutenu l'op&#233;ration massive de red&#233;veloppement du centre-ville qui s'est effectu&#233;e au b&#233;n&#233;fice unique du commerce. En 1987, &#224; la requ&#234;te de la chambre de commerce de la ville, il a ordonn&#233; la destruction des campements de fortune des sans-abri (homeless) install&#233;s sur les trottoirs de la ville ; &#224; Los Angeles, le chiffre estim&#233; des sans-abri est de 40 000 adultes et de 10 000 enfants. Dans toute l'agglom&#233;ration, la planification a entra&#238;n&#233; la destruction des logements et des sites industriels, pour faire place nette au red&#233;ploiement de l'activit&#233; commerciale engag&#233;e par le capital de la zone Pacifique &#8213; &#224; Los Angeles, le capital international assi&#232;ge la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les postmodernistes n'ont m&#234;me pas eu besoin de porter leur regard dans les coulisses de ce processus, sa nature violente &#233;clate au premier coup d'&#339;il jet&#233; sur ces nouvelles constructions. Ce qui caract&#233;rise l'architecture de Los Angeles, c'est sa militarisation. L'urbanisme &#224; Los Angeles est avant tout affaire de police. La caract&#233;ristique dominante de cet environnement, c'est l'omnipr&#233;sence des barri&#232;res de s&#233;curit&#233;, du mat&#233;riel technologique de surveillance ; &#224; Los Angeles, l'espace est polic&#233;. Les b&#226;timents publics, les centres commerciaux, les biblioth&#232;ques m&#234;mes sont construits comme des forteresses, entour&#233;s de hauts murs de s&#233;curit&#233; et dot&#233;s de cam&#233;ras de surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Los Angeles, &#171; &lt;i&gt;sur le versant noir de la postmodernit&#233;, on peut observer une tendance sans pr&#233;c&#233;dent &#224; int&#233;grer la planification urbaine, l'architecture et l'appareil policier en un seul et m&#234;me effort de s&#233;curit&#233; totale. &lt;/i&gt; &#187; (Davis, City of Quartz). De m&#234;me que Haussmann avait redessin&#233; Paris apr&#232;s la r&#233;volution de 1848, construisant des boulevards permettant d'utiliser l'artillerie contre la foule, les architectes et les urbanistes ont reb&#226;ti L.A. apr&#232;s les &#233;meutes de Watts. L'espace public a &#233;t&#233; enferm&#233; dans le but d'abolir la rue pour abolir la foule. Une telle strat&#233;gie n'est pas particuli&#232;re &#224; Los Angeles, mais elle y frise l'absurdit&#233; : la police cherche si d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; &#034;abolir la foule&#034; qu'elle a m&#234;me pris la mesure sans pr&#233;c&#233;dent d'abolir les toilettes publiques. L'immobilier de bureaux est parsem&#233; de mus&#233;es, de minicentres commerciaux, de &#034;micro-jardins publics&#034; paysagers qui sont enchev&#234;tr&#233;s dans la structure de stationnement afin de permettre aux employ&#233;s de bureau d'aller de leur voiture &#224; leur travail ou au magasin sans s'exposer aux dangers de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout l'espace public restant est militaris&#233;, des banquettes anti-clochards des abribus aux syst&#232;mes d'arrosage automatis&#233;s qui emp&#234;chent de dormir dans les parcs. Les quartiers o&#249; r&#233;side la classe moyenne blanche sont entour&#233;s de murs et gard&#233;s par des polices priv&#233;es. Pendant les &#233;meutes, les r&#233;sidents de ces enclaves se sont enfuis ou se sont arm&#233;s &#8213; et ont nerveusement attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les gangs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut nier le r&#244;le jou&#233; par les gangs dans le soul&#232;vement. Le caract&#232;re syst&#233;matique de l'&#233;meute est directement li&#233; &#224; leur participation et plus encore &#224; la tr&#234;ve des affrontement internes &#224; laquelle ils avaient appel&#233; avant le soul&#232;vement. Les membres des gangs ont souvent men&#233; la danse et le reste du prol&#233;tariat a suivi. Le militantisme des gangs &#8213; leur haine de la police &#8213; d&#233;coule de la r&#233;pression sans pr&#233;c&#233;dent qu'a subie la jeunesse de South Central : une r&#233;pression d'&#201;tat comparable &#224; celle d&#233;cha&#238;n&#233;e par les forces coloniales contre les r&#233;bellions des peuples colonis&#233;s, semblable &#224; celle dont ont souffert les Palestiniens dans les territoires occup&#233;s. Sous le pr&#233;texte de la chasse aux gangs et en se servant de la &#034;menace du crack&#034;, le LAPD a lanc&#233; de massives op&#233;rations de &#034;nettoyage&#034;. La police a fich&#233; &#233;norm&#233;ment de jeunes de South Central et assassin&#233; bon nombre de prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Mike Davis l'a not&#233; en 1988, &#171; &lt;i&gt;l'actuelle crainte des gangs est devenue un rapport de classes imaginaire, un terrain de pseudo-connaissances et de projections fantasmatiques, un talisman&lt;/i&gt; &#187;. La &#034;peur des gangs&#034; a &#233;t&#233; utilis&#233;e pour justifier la criminalisation de la jeunesse de South Central. Il ne s'agit pas de nier l'existence des probl&#232;mes caus&#233;s par la violence entre les gangs ou l'usage du crack, mais de comprendre qu'il s'agit en fait d'un cas extr&#234;me de violence exerc&#233;e par le prol&#233;tariat sur lui-m&#234;me, un exemple d&#233;solant d'agressivit&#233; tourn&#233;e contre soi-m&#234;me r&#233;sultant d'une situation o&#249; les frustrations sociales sont interpr&#233;t&#233;es comme une &#034;menace &#224; l'ordre public&#034; et servent &#224; justifier toujours plus la r&#233;pression et l'oppression qui ont cr&#233;&#233; cette situation. Pour comprendre la r&#233;cente guerre des gangs et le r&#244;le qu'ils ont jou&#233; dans la r&#233;bellion, il est n&#233;cessaire de revenir &#224; l'histoire du ph&#233;nom&#232;ne des gangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Los Angeles, les gangs noirs, surgis de la rue, apparurent vers la fin des ann&#233;es quarante, &#224; l'origine pour r&#233;pondre aux attaques racistes des Blancs &#224; l'&#233;cole et dans la rue. Quand la Nation of Islam et d'autres groupes se form&#232;rent &#224; la fin des ann&#233;es cinquante, Parker, chef du LAPD, amalgama les deux ph&#233;nom&#232;nes comme l'expression d'une m&#234;me menace noire. C'&#233;tait le type m&#234;me de la proph&#233;tie qui s'autor&#233;alise et, en effet, la r&#233;pression men&#233;e contre les militants noirs et les gangs eut pour cons&#233;quence de les radicaliser. La politisation connut son apog&#233;e lors des &#233;meutes de Watts, lorsque, comme en 1992, les gangs firent une tr&#234;ve et permirent &#224; la classe ouvri&#232;re de repousser, quatre jours durant, la police hors du quartier. La tr&#234;ve forg&#233;e dans la chaleur de la r&#233;bellion dura pratiquement jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es soixante. De nombreux membres des gangs rejoignirent le Black Panthers Party ou cr&#233;&#232;rent d'autres partis politiques radicaux. Le sentiment g&#233;n&#233;ral &#233;tait que les gangs avaient &#034;rejoint la r&#233;volution&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression du mouvement fut men&#233;e par le FBI avec son programme COINTELPRO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le COunter INTELligence PROgram (programme de contre-espionnage)fut une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et par l'escouade anti-rouges du LAPD. Les Black Panthers furent tu&#233;s dans les rues et sur les campas, soit directement par la police, soit par ses agents, leurs quartiers g&#233;n&#233;raux de L.A. furent assi&#233;g&#233;s par les commandos du LAPD [le SWAT, &#233;quivalent du GIGN, un concept&#034; invent&#233; &#224; L.A.] et la dissension gagna leurs rangs. Floue et rudimentaire, la politique des Black Panthers n'en n'&#233;tait pas moins une expression organique de l'exp&#233;rience de la classe ouvri&#232;re noire face au capitalisme am&#233;ricain. La nature syst&#233;matique de la r&#233;pression qui s'abattit sur eux prouve &#224; quel point ils &#233;taient per&#231;us comme dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me le &lt;i&gt;Los Angeles Times&lt;/i&gt; dut admettre que la recrudescence des gangs &#224; L.A. &#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix &#233;tait une cons&#233;quence directe de la destruction des expressions les plus politiques du m&#233;contentement des Noirs. Un nouvel aspect de ce ph&#233;nom&#232;ne fut la prodigieuse ascension des Crips, qui amena les au&lt;i&gt;tres gangs &#224; se f&#233;d&#233;rer en tant que Bloods. Comme le dit Davis, &#171; il ne s'agissait pas simplement d'un renouveau des gangs, mais d'une permutation radicale de la culture des gangs noirs. Les Crips, h&#233;ritiers quelque peu pervertis de l'aura d'intr&#233;pidit&#233; des Black Panthers, perp&#233;tuaient en pratique leur id&#233;ologie d'avant-garde arm&#233;e &#8213; moins le programme. Mais trop souvent, la vogue du crippin' a correspondu &#224; une escalade conduisant de la violence propre au ghetto &#224; une violence du style Orange m&#233;canique (le meurtre comme symbole de statut social, etc.)... [les Crips] ont men&#233; &#224; bien une sorte de &#034;r&#233;volution entrepreneuriale&#034; dans l'organisation des gangs. S'ils constituaient &#224; leurs d&#233;buts un substitut des Black Panthers &#224; l'usage des adolescents, ils ont fini par devenir, &#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix, une sorte d'hybride de mode adolescente et de proto-mafia. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les gangs &#8213; Crips ou Bloods &#8213;, dans leur mutation meurtri&#232;re en &#034;proto-mafia&#034;, aient repr&#233;sent&#233; l'expression d'un besoin d'organisation politique, se v&#233;rifie dans les quelques circonstances o&#249; ils sont intervenus politiquement. Dans deux occasions majeures, lors des &#233;meutes de Monrovia en 1972 et dans la crise du school busing&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les cars de ramassage scolaire permettaient aux familles blanches de &#034;fuir&#034; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des ann&#233;es 1977-1979 &#224; Los Angeles, les Crips intervinrent en soutien &#224; la communaut&#233; noire. Ces gangs, en tant qu'expression du prol&#233;tariat, ne sont pas sous l'emprise d'une fausse conscience qui leur fait penser qu'il n'y a dans la vie que les bijoux en or et la violence. A chaque fois qu'on leur a donn&#233; une chance de parler, par exemple en d&#233;cembre 1972, au d&#233;but de la transformation des gangs en Crips et Bloods ultraviolents, ils ont exprim&#233; de claires revendications politiques. Chaque fois qu'on leur a donn&#233; la chance de s'exprimer par eux-m&#234;mes, des revendications similaires ont &#233;t&#233; affirm&#233;es. Le LAPD a fait tout ce qui &#233;tait en son pouvoir pour emp&#234;cher les gangs de se faire entendre et pour maintenir une guerre fratricide parmi eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que, si les gangs ont cherch&#233; &#224; s'attirer la sympathie du public, le fait de &#034;dealer&#034; du crack ne leur a pas rendu service. Cependant, si on y regarde de pr&#232;s, on verra que leur entr&#233;e en masse dans ce commerce a &#233;t&#233; impuls&#233;e par le capital. Les jeunes Noirs sont entr&#233;s dans l'&#233;conomie parall&#232;le de la drogue une fois leurs emplois traditionnels d&#233;truits. Il s'agit l&#224; de pressions objectives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour un jeune prol&#233;taire de South Central, le seul choix &#233;conomique rationnel est de vendre des drogues. Les Crips et les Bloods ont essay&#233;, alors que la mondialisation de l'&#233;conomie &#224; Los Angeles repr&#233;sentait une perte pour la classe ouvri&#232;re noire, de s'ins&#233;rer &#224; nouveau dans les circuits du commerce international. Et si le commerce l&#233;gal avait d&#233;cid&#233; que les Noirs de Los Angeles &#233;taient inutiles, une autre branche les trouvait &#233;minemment utiles. La Californie du Sud a pris la place de la Floride en tant que principale porte d'entr&#233;e de la coca&#239;ne aux &#201;tats-Unis. Quand, &#224; la fin des ann&#233;es quatre-vingts, les milieux du business de la coca&#239;ne trouv&#232;rent que le march&#233; &#233;tait satur&#233;, les prix en chute libre et les profits menac&#233;s, ils firent ce que font toutes les autres multinationales, ils diversifi&#232;rent leur production et lanc&#232;rent de nouveaux produits, principalement le crack &#8213; &#034;la coca&#239;ne du pauvre&#034;. Les jeunes prol&#233;taires particip&#232;rent &#224; ce commerce parce que tel &#233;tait le march&#233; du travail. Ce n'est pas eux, mais le capital qui r&#233;duit la vie &#224; des boulots de survie. On peut dire que, dans un sens, vendre du crack n'est rien d'autre qu'une de ces activit&#233;s d&#233;plaisantes, telles que la fabrication d'armes, dans lesquelles les prol&#233;taires sont forc&#233;s de s'engager. Mais il y a une diff&#233;rence significative. Alors que, dans la plupart des activit&#233;s, les prol&#233;taires peuvent s'organiser directement contre le capital et &#224; l'int&#233;rieur de celui-ci, les gangs impliqu&#233;s dans le trafic de drogue ne se confrontent pas au capital en tant que force de travail. Les gangs ne s'affrontent pas au capital sous sa forme entrepreneuriale, mais &#224; l'arme r&#233;pressive du capital en tant que tel, l'&#201;tat. En fait, dans la mesure o&#249; les gangs s'engagent dans le commerce de la coca&#239;ne et s'imposent fermement dans le circuit du capital international, ils sont une entreprise capitaliste. Cela pose probl&#232;me. Dans les drive-by-shooting et les guerres meurtri&#232;res pour la d&#233;fense des territoires que se livrent les gangs noirs, le prol&#233;tariat s'entre-tue pour le compte du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien voir que le ph&#233;nom&#232;ne du gangbanging (les r&#232;glements de comptes sanglants entre les gangs) n'a pas &#233;t&#233;, comme le voudrait la presse bourgeoise, le r&#233;sultat d'un effondrement des &#034;valeurs familiales&#034; ou de la perte de l'influence mod&#233;ratrice des classes moyennes qui ont fui les centres-villes, mais plut&#244;t de la restructuration de l'&#233;conomie capitaliste (qui a remplac&#233; les industries traditionnelles par celle de la drogue) et de la destruction par l'&#201;tat des formes d'organisation politique. La solution au probl&#232;me des meurtri&#232;res guerres du crack est la red&#233;couverte d'une activit&#233; politique autonome du type de celle affirm&#233;e dans le soul&#232;vement. La solution &#224; la violence au sein du prol&#233;tariat, c'est la violence prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature irr&#233;ductible du ph&#233;nom&#232;ne des gangs montre la n&#233;cessit&#233; de l'organisation pour le jeune prol&#233;tariat de L.A.. Pendant un temps, dans les ann&#233;es soixante, elle a pris la forme d'une prise de conscience politique. Quand cette forme publique d'organisation politique a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e, les gangs noirs en revinrent &#224; la vengeance, montrant par l&#224; qu'ils exprimaient un besoin r&#233;el et pressant. Ce que l'on peut voir dans ce soul&#232;vement et dans ce qui l'a suivi, c'est une nouvelle politisation de la culture des gangs, le retour de ce qui &#233;tait refoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les id&#233;es politiques des gangs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le soul&#232;vement, on s'est un peu plus int&#233;ress&#233; aux id&#233;es politiques des gangs et &#224; leurs propositions (ou plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; celles des leaders des gangs). Ces propositions sont diverses. Il n'y a pas grand-chose &#224; objecter &#224; certaines &#8213; par exemple que des membres des gangs &#233;quip&#233;s de cam&#233;ras vid&#233;o suivent la police afin d'&#233;viter les bavures polici&#232;res ou que de l'argent soit d&#233;bloqu&#233; afin d'entreprendre, sous contr&#244;le communautaire, la reconstruction des quartiers. Mais d'autres &#8213; par exemple, remplacer le welfare par le workfare (un travail garanti) ou bien la proposition d'une &#233;troite coop&#233;ration entre les gangs et les entreprises &#8213; sont plus douteuses. Les id&#233;es politiques d'o&#249; sont issues ces propositions semblent se limiter au nationalisme noir. Comment interpr&#233;ter cette id&#233;ologie et ces propositions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative des dirigeants de ces gangs de s' interposer eux-m&#234;mes en tant que m&#233;diateurs du ghetto pr&#233;sente des similitudes avec le r&#244;le des syndicats et peut-&#234;tre devons nous leur adresser les m&#234;mes critiques. Il faut d'abord reconna&#238;tre la diff&#233;rence entre leaders et membres de base, reconna&#238;tre le r&#244;le des dirigeants dans la r&#233;cup&#233;ration et la canalisation des aspirations de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines des conceptions des leaders, ind&#233;pendamment de leur c&#244;t&#233; r&#233;actionnaire, sont parfaitement irr&#233;alistes. Dans le contexte de la restructuration capitaliste, le ghetto des cit&#233;s (avec sa &#034;sous-classe&#034;) est superflu &#8213; cela a &#233;t&#233; suffisamment &#233;crit &#8213;, il n'a pas sa place dans la strat&#233;gie capitaliste, sinon &#233;ventuellement comme repoussoir terrifiant afin d'encourager les autres. Il est extr&#234;mement improbable qu'il puisse y avoir une ren&#233;gociation du contrat social qui ram&#232;ne ces gens au centre du d&#233;veloppement capitaliste. C'&#233;tait possible dans une certaine mesure dans les ann&#233;es soixante ou soixante-dix, mais plus maintenant. Naturellement, &#224; la lumi&#232;re des principales options&lt;br class='autobr' /&gt;
envisageables, il y a chez les habitants de L.A. le d&#233;sir d'obtenir des emplois stables et garantis. Mais le capital a d&#233;localis&#233; nombre d'industries qui ne reviendront jamais. Beaucoup de gens, ici, le savent et voudraient obtenir du travail dans le secteur de l'informatique ou dans d'autres secteurs nouveaux. Mais, m&#234;me si certains finissent par obtenir ces emplois (le plus souvent en d&#233;m&#233;nageant), cela restera &#224; jamais un r&#234;ve pour l'immense majorit&#233; des gens. Dans le processus de la restructuration capitaliste, ces emplois sont r&#233;serv&#233;s &#224; un certain secteur de la classe ouvri&#232;re et peu de gens venus des ghettos pourront s'int&#233;grer dans un secteur dont l'attrait &#8213; sa relative s&#233;curit&#233; &#8213; se fonde sur une recomposition du prol&#233;tariat qui implique l'existence d'une &#034;sous-classe&#034; marginalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si on laisse de c&#244;t&#233; cette &#233;volution de la situation qui rend tr&#232;s improbable un fort niveau d'investissement dans les cit&#233;s, &#224; quoi se ram&#232;nent les propositions des gangs ? Face &#224; la restructuration qui fait des r&#233;sidents de South Central les exclus marginalis&#233;s du plan de red&#233;veloppement capitaliste, les leaders des gangs se pr&#233;sentent eux-m&#234;mes comme les n&#233;gociateurs d'un nouvel arrangement : ils cherchent &#224; pr&#233;senter la r&#233;bellion comme un avertissement &#224; un milliard de dollars lanc&#233; au capital et &#224; l'&#201;tat am&#233;ricains, afin qu'ils r&#233;int&#232;grent ces exclus dans le jeu &#8213; avec les leaders des gangs pour m&#233;diateurs. Cela signifie qu'ils acceptent la r&#233;duction de la vie &#224; l'&#233;quation travail-salaire-consommation, tout en regrettant qu'il n'y ait pas assez de travail ! Ils veulent en fait se servir du refus par le prol&#233;tariat de toute m&#233;diation &#8213; l'expression directe de ses besoins &#8213; pour forcer le capital &#224; les r&#233;ins&#233;rer dans le jeu normal de la n&#233;gociation avec le capital sur le partage des ressources, par le biais du travail et du salaire. Les gangs, par leur activit&#233; intensive dans le secteur des drogues, avaient mis en place un programme crypto-keyn&#233;sien d'embauche. A pr&#233;sent, au travers de leurs plans de r&#233;novation urbaine, leurs chefs veulent faire du keyn&#233;sianisme pour de bon et remplacer les syndicats dans le r&#244;le de courtiers de la force de travail. Mais ind&#233;pendamment du fait que le capital n'a gu&#232;re les moyens d'accorder ce que demandent les leaders des gangs, la r&#233;bellion a montr&#233; &#224; tout le prol&#233;tariat une autre voie pour r&#233;aliser ses besoins : par l'action directe et collective, ils peuvent se r&#233;approprier ce qui leur appartient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces revendications montrent ce qu'il y a de commun entre les dirigeants des gangs et ceux des syndicats : comment ils agissent les uns et les autres pour contenir les aspirations de leurs membres &#224; ce qui peut &#234;tre obtenu dans le cadre de l'ordre capitaliste. Mais, en d&#233;pit de tous les aspects n&#233;gatifs de l'organisation en gangs/syndicats, il faut reconna&#238;tre qu'elle repose sur des besoins r&#233;els du prol&#233;tariat : le besoin de solidarit&#233;, de d&#233;fense collective et le sentiment de d&#233;possession ressenti par un prol&#233;tariat atomis&#233;. De plus, les gangs sont plus proches du point d'origine que les syndicats scl&#233;ros&#233;s des pays capitalistes avanc&#233;s. Le gang n'est certes pas la forme d'organisation id&#233;ale pour les Noirs ou les autres minorit&#233;s, mais c'est une forme d'organisation qui existe, qui a d&#233;montr&#233; &#224; de nombreuses reprises dans le pass&#233; qu'elle &#233;tait susceptible de s'engager dans un combat de classe. Il semble qu'elle pr&#233;sente aujourd'hui des potentialit&#233;s de radicalisation, au point de devenir une menace r&#233;elle pour le capital.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Aufheben n&#176;1&lt;/i&gt; en automne 1992.&lt;br class='manualbr' /&gt;Traduction fran&#231;aise pour &lt;i&gt;Mordicus n&#176;11&lt;/i&gt; en 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LOS ANGELES N'&#201;TAIT QU'UN D&#201;BUT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le b&#251;cher des illusions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los Angeles : un transport de troupes blind&#233; occupe le coin de la rue &#8213; un gran sapo feo, un gros crapaud moche, comme dit Emerio, un gamin de neuf ans. Ses parents &#233;voquent avec anxi&#233;t&#233;, presque en murmurant, les desaparecidos : Raul, de Tepic, ou le grand Mario, la fille des Flores ou le cousin d'Ahuachapan. Comme tous les Salvadoriens, ils savent, d'exp&#233;rience, &#224; quoi s'en tenir sur les &#034;disparitions&#034; ; ils se souviennent de la guerre, au pays, des corps sans t&#234;te et de l'homme dont la langue avait &#233;t&#233; pass&#233;e par le trou ouvert dans sa gorge, lui faisant comme une sorte de cravate. C'est bien pour &#231;a qu'ils vivent maintenant &#224; Los Angeles, Californie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, ils font le compte de ceux de leurs amis et voisins, Salvadoriens ou Mexicains, qui ont brusquement disparu. Certains sont encore dans les prisons du comt&#233;, comme autant de grains de sable bruns perdus parmi les 12 545 autres pr&#233;tendues saqueadores (pillards) et incendarios (incendiaires) emprisonn&#233;s apr&#232;s ce qui fut la plus violente &#233;meute populaire aux &#201;tats-Unis depuis que les pauvres irlandais br&#251;l&#232;rent Manhattan en 1863. Ceux qui &#233;taient sans papiers sont probablement d&#233;j&#224; de retour &#224; Tijuana, sans un sou et d&#233;sesp&#233;r&#233;s, brutalement coup&#233;s de leur famille et de leur nouvelle vie. En violation de la politique municipale, la police a livr&#233; &#224; l'INS (Services de l'immigration) des centaines de malchanceux saqueadores sans-papiers vou&#233;s &#224; l'expulsion avant m&#234;me que l'ACLU et les associations qui d&#233;fendent les droits des immigr&#233;s aient r&#233;alis&#233; qu'ils avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des jours durant, la t&#233;l&#233; n'a parl&#233; que de &#034;l'&#233;meute de South Central&#034;, de la &#034;fureur noire&#034; et des gangs noirs tels que les &#034;Crips&#034; et les &#034;Bloods&#034;. Mais les parents d'Emerio savent que des centaines de leurs voisins du quartier de MacArthur Park &#8213; o&#249; habite un Salvadorien sur dix dans le monde &#8213; ont &#233;galement pill&#233;, br&#251;l&#233;, viol&#233; le couvre-feu et fini en prison. (Un rapport des autorit&#233;s polici&#232;res sur les arrestations effectu&#233;es lors de l'&#233;meute r&#233;v&#232;le que 45 % des personnes arr&#234;t&#233;es &#233;taient des Latino-Am&#233;rcains, 41 % des Noirs et 12 % des Blancs, 60 % d'entre elles n'avaient pas d'ant&#233;c&#233;dents criminels.) Ils savent aussi que la premi&#232;re &#233;meute multiraciale d'ampleur national &#233;tait autant affaire de ventres vides et de c&#339;urs bris&#233;s que de tabassages policiers ou de Rodney King.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine pr&#233;c&#233;dant l'&#233;meute avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement chaude pour la saison. La nuit venue, les gens s'attardaient sur leurs terrasses et sur les trottoirs, discutant des derniers ennuis qui leur &#233;taient tomb&#233;s dessus. Dans ce quartier (MacArthur est le Spanish Harlem de Los Angeles), plus peupl&#233; que le c&#339;ur de Manhattan et plus dangereux que les bas-fonds de Detroit, on compte davantage de membres des gangs ou de cam&#233;s accroch&#233;s au crack que d'&#233;lecteurs et la gente est experte dans l'art d'&#233;viter tous les d&#233;sastres... Il r&#233;gnait pourtant une atmosph&#232;re de d&#233;tresse inhabituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop de gens ont perdu leur travail : man&#339;uvres, conducteurs de bus, ouvriers ou tailleurs dans les ateliers de confection &#8213; des jobs &#224; 5,25 dollars (30 francs) de l'heure. En deux ann&#233;es de r&#233;cession, le ch&#244;mage a tripl&#233; dans les quartiers d'immigr&#233;s de Los Angeles. A No&#235;l, plus de vingt mille femmes et enfants, principalement des Latino-Am&#233;ricains, avaient fait la queue toute la nuit dans le froid pour obtenir une dinde et une couverture offertes par des &#339;uvres de charit&#233;. Un autre barom&#232;tre de la d&#233;tresse ambiante est le nombre sans cesse grandissant de colonies de compa&#241;eros sans abri install&#233;s sur les flancs d&#233;sol&#233;s de Crown Hill, voire au bord de la rivi&#232;re de L.A. dont l'eau pollu&#233;e sert &#224; se laver et &#224; faire la cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les parents ont perdu leur emploi ou, ne trouvant plus que des petits boulots pr&#233;caires, survivent gr&#226;ce aux allocations familiales, une forte pression p&#232;se sur les adolescents pour qu'ils fournissent un revenu compl&#233;mentaire &#224; la famille. Le coll&#232;ge de Belmont est la fiert&#233; de la &#034;petite Am&#233;rique centrale&#034;, mais avec pr&#232;s de quatre mille cinq cents &#233;l&#232;ves, il est largement surpeupl&#233; et deux mille autres jeunes doivent &#234;tre r&#233;partis dans diff&#233;rentes &#233;coles de San Fernando Valley ou d'ailleurs. Plus de sept mille enfants d'&#226;ge scolaire de la r&#233;gion de Belmont ont quitt&#233; l'&#233;cole. Certains ont plong&#233; dans la vida loca (vie folle) de la culture des gangs (rien que dans le district scolaire qui englobe Belmont High, on compte une centaine de bandes), mais la plupart se contentent, dans une &#233;conomie d&#233;clinante, de chercher un emploi stable au salaire minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens que j'ai interrog&#233;s dans le quartier de MacArthur Park, tels les parents d'Emerio, parlaient tous de ce sentiment g&#233;n&#233;ral de malaise, de la perception d'un avenir d&#233;j&#224; g&#226;ch&#233;. L'&#233;meute est survenue comme une fabuleuse occasion de redistribution. Les gens ont d'abord &#233;t&#233; choqu&#233;s par la violence, puis hypnotis&#233;s par les images t&#233;l&#233;vis&#233;es des foules multiraciales de South central s'emparant de montagnes d'all&#233;chantes marchandises, sans que la police intervienne. le jour suivant, le jeudi 30 avril, les autorit&#233;s ont commis deux maladresses : fermer les &#233;coles et donc jeter les gamins dans la rue ; annoncer ensuite que la Garde nationale &#233;tait en route pour aider &#224; imposer un couvre-feu du cr&#233;puscule &#224; l'aube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de gens ont interpr&#233;t&#233; cette annonce comme un ultime appel &#224; participer &#224; la redistribution g&#233;n&#233;rale des biens. Les pillages se sont r&#233;pandus comme une tra&#238;n&#233;e de poudre &#224; travers Hollywood, Mid-Wilshire et MacArthur Park, de m&#234;me que dans certains quartiers d'Echo Park, Van Nuys et Huntington Park. Alors m&#234;me que les incendiaires causaient partout de terrifiantes destructions, les foules qui pillaient &#233;taient entra&#238;n&#233;es par une &#233;vidente morale de l'&#233;conomie. Comme me l'a expliqu&#233; une femme entre deux &#226;ges : &#171; &lt;i&gt; Le vol est un p&#233;ch&#233;, mais &#231;a, c'est comme un grand jeu t&#233;l&#233;vis&#233; o&#249; tout le public est gagnant. &lt;/i&gt; &#187; Contrairement aux pillards d'Hollywood (dont certains circulaient sur des skateboards), qui ont vol&#233; le bustier de Madonna et des petites culottes fendues chez Fr&#233;derick's, les masses de MacArthur Park se sont plus prosa&#239;quement fournies en biens de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; comme des couches ou des a&#233;rosols anticafards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine plus tard, MacArthur Park &#233;tait soumis &#224; l'&#233;tat de si&#232;ge. Les gens &#233;taient invit&#233;s &#224; d&#233;noncer, en composant un num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone d'acc&#232;s gratuit, ceux de leurs voisins ou connaissances qu'ils soup&#231;onnaient de pillages. Les unit&#233;s d'&#233;lite de la police de Los Angeles, soutenues par la Garde nationale, perquisitionnaient dans les cit&#233;s &#224; la recherche de marchandises vol&#233;es pendant que des d&#233;tachements de gardes-fronti&#232;res, qui venaient jusque du Texas, r&#244;daient dans les rues. Des parents d&#233;ployaient des efforts fr&#233;n&#233;tiques pour retrouver des enfants disparus, comme Zuly Estrada, un gamin de quatorze ans, handicap&#233; mental, dont on pense qu'il a &#233;t&#233; expuls&#233; vers le Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, des milliers de saqueadores languissent dans les prisons du comt&#233; &#8213; de malheureux ramasse-miettes pour la plupart, arr&#234;t&#233;s au lendemain du pillage alors qu'ils fouillaient les ruines fumantes et bien incapables de payer des cautions absurdement &#233;lev&#233;es. Un homme, captur&#233; avec un paquet de tournesol et deux cartons de lait, a vu sa caution fix&#233;e &#224; 15 000 dollars (90 000 francs) ; des centaines d'autres, accus&#233;s d'actes criminels, ont pris jusqu'&#224; deux ans de prison ferme. L'accusation a r&#233;clam&#233; trente jours de prison pour de simples violations du couvre-feu, m&#234;me pour des sans-abri &#224; la rue ou des hispanophones qui n'&#233;taient pas inform&#233;s du couvre-feu. Voil&#224; quelles sont ces &#034;mauvaises herbes&#034; dont Georges Bush a dit qu'il faut extirper de nos villes, avant de r&#233;g&#233;n&#233;rer celles-ci gr&#226;ce aux &#034;bonnes graines&#034; que seraient les zones sp&#233;ciales d'entreprises et les avantages fiscaux pour les compagnies priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus se r&#233;pand la crainte que la communaut&#233; enti&#232;re ne devienne un bouc &#233;missaire. Depuis le d&#233;but de la r&#233;cession, des revendications chauvines de fermeture des fronti&#232;res se r&#233;pandent dans tout le Sud californien. A Orange County, une bande de ratonneurs, men&#233;e par Dana Rohrabacher, d&#233;put&#233; r&#233;publicain de Huntington Beach, exige l'expulsion imm&#233;diate de tous les immigr&#233;s sans-papiers arr&#234;t&#233;s pendant les troubles. De son c&#244;t&#233;, le d&#233;mocrate de gauche Anthony Beilenson, jouant les Le Pen de la San Fernando Valley, propose de retirer la nationalit&#233; am&#233;ricaine aux enfants n&#233;s aux &#201;tats-Unis de parents immigr&#233;s ill&#233;gaux. Comme le dit Roberto Lovato du Centre am&#233;ricain pour les r&#233;fugi&#233;s de MacArthur Park : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes devenus les cobayes, les juifs du laboratoire militaris&#233; o&#249; Georges Bush exp&#233;rimente son nouvel ordre urbain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une intifada noire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tak, alias &#034;Little Gangster&#034;, ne peut cacher son &#233;tonnement de se retrouver en pr&#233;sence d'une d&#233;l&#233;gation des Crips d'Inglewood, dans une salle de la mosqu&#233;e de Fr&#232;re Aziz. Le beau Tak, un &#034;dur&#034; des Bloods d'Inglewood, &#226;g&#233; de vingt-deux ans, ressemble plus &#224; un ange noir peint par Michel-ange qu'&#224; un personnage du film Boyz'N the Hood ; il a encore deux balles tir&#233;es par des Crips dans le corps, &#171; &lt;i&gt; et ils ont eu aussi quelques-unes des miennes &lt;/i&gt; &#187;. Des Crips et des Bloods, dont les couleurs distinctives, le rouge et le bleu, ont fait figure d'embl&#232;me tribaux, &#233;voquent ensemble des souvenirs de cours de r&#233;cr&#233;ation. Ils &#233;taient surtout habitu&#233;s, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#224; faire parler leurs automatiques, dans une guerre qui a divis&#233; Inglewood &#8213; plaisante agglom&#233;ration &#224; majorit&#233; noire du sud-ouest de L.A., o&#249; joue l'&#233;quipe de basket-ball des Lakers &#8213; et fait couler un fleuve de sang adolescent. D&#233;sormais, comme l'explique Tak, &#171; &lt;i&gt;chacun sait &#224; quoi s'en tenir. Si on n'arr&#234;te pas de s'entretuer tout de suite pour s'unir en tant que Noirs, on le fera jamais&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ce sont l'iman Aziz et la Nation of Islam qui ont pr&#233;sid&#233; officiellement &#224; l'&#233;tablissement de la paix, les mains qui ont &#171; &lt;i&gt;nou&#233; les foulards rouges et bleus en une tresse noire &lt;/i&gt; &#187; sont en fait &#224; chercher du c&#244;t&#233; de Simi Valley &#8213; o&#249; le verdict de l'affaire Rodney King a &#233;t&#233; rendu. Dans les quelques heures qui ont suivi la premi&#232;re agression contre des automobilistes blancs au croisement des rues de Florence et de Normandie, en plein territoire du gang Crip des Eight-Trays, la guerre incessante entre les Bloods et les Crips, aliment&#233;e par des vendettas de quartier et des morts de homeboys par milliers, a &#233;t&#233; &#034;suspendue&#034; dans tout Los Angeles et dans les banlieues noires adjacentes de Compton et d'Inglewood.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la r&#233;volte de 1965, qui ravagea le sud de Watts et demeura principalement centr&#233;e sur le quartier est, le plus pauvre du ghetto, l'&#233;meute de 1992 a atteint son point culminant le long de Crenshaw Boulevard, le v&#233;ritable c&#339;ur du plus riche quartier noir de l'ouest de Los Angeles. En d&#233;pit de l'illusion d'immersion dans la r&#233;alit&#233; qu'elle a suscit&#233;e, &#224; grand renfort d'h&#233;licopt&#232;res et de cam&#233;ras vid&#233;o, la couverture t&#233;l&#233;vis&#233;e des raisons de cette &#233;meute de la col&#232;re &#233;taient encore plus tordue que le m&#233;tal fondu des centres commerciaux d&#233;vast&#233;s de Crenshaw. La plupart des journalistes &#8213; des &#034;pilleurs d'images&#034;, comme on les appelle maintenant &#224; South Central &#8213;, en parcourant les d&#233;combres de vies qu'ils n'avaient aucune envie de comprendre, se sont content&#233;s d'aligner les poncifs officiels sur la banlieue. Un violent kal&#233;idoscope d'une d&#233;concertante complexit&#233; a &#233;t&#233; ramen&#233; &#224; un sc&#233;nario simple et cat&#233;gorique : une l&#233;gitime col&#232;re noire provoqu&#233;e par le verdict de l'affaire Rodney King, d&#233;tourn&#233;e par de dangereux criminels et transform&#233;e en un assaut insens&#233; contre leur propre communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#233;l&#233;vision locale a ainsi imit&#233;, probablement sans en avoir conscience, l'attitude de la commission McCone, qui avait conclu sommairement que la r&#233;volte de Watts, en 1965, &#233;tait essentiellement &#224; mettre sur le compte d'une poign&#233;e de voyous. Plus tard pourtant, une enqu&#234;te minutieuse de l'UCLA avait r&#233;v&#233;l&#233; que &#034;l'&#233;meute de la racaille&#034; &#233;tait en fait un soul&#232;vement populaire impliquant quinze mille adultes appartenant au prol&#233;tariat urbain et leurs enfants adolescents. Quand la liste des arrestations cons&#233;cutives au soul&#232;vement de 1992 sera analys&#233;e, elle confirmera probablement, elle aussi, l'opinion la plus r&#233;pandue parmi les habitants des quartiers concern&#233;s : tous les secteurs de la jeunesse noire &#8213; membre ou non des gangs, buppies (Black Urban Profesionals, jeunes cadres noirs) ou marginaux &#8213; ont pris part aux d&#233;sordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, &#224; Los Angeles comme ailleurs, la classe moyenne noire s'est socialement et g&#233;ographiquement &#233;loign&#233;e de la classe ouvri&#232;re noire victime de la d&#233;sindustrialisation, l'op&#233;ration Hammer (marteau) du LAPD (d&#233;partement de police de Los Angeles) et d'autres op&#233;rations &#034;antigangs&#034; avec leur lot d'interpellations massives et arbitraires de jeunes (afin d'enregistrer leurs coordonn&#233;es dans un fichier informatis&#233; des gangs, qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; utile pour rechercher maison par maison les &#034;meneurs&#034; de l'&#233;meute), ont tendu &#224; criminaliser la jeunesse noire sans distinction de classes. Entre 1987 et 1990, le LAPD et la police du comt&#233; ont rafl&#233; ensemble cinquante mille &#034;suspects&#034;. M&#234;me des fils de m&#233;decins ou d'avocats de View Park et de Windsor Hill ont &#233;t&#233; forc&#233;s d'&#034;embrasser le trottoir&#034;, &#233;prouvant &#224; l'occasion quelques-unes des humiliations que les homeboys des cit&#233;s subissent tous les jours. De telles exp&#233;riences renforcent le prestige des gangs (et de leurs po&#232;tes officiels, les gangsters rappers Ice Cube ou Nigger With An Attittitude), per&#231;us comme &#233;tant les h&#233;ros d'une g&#233;n&#233;ration hors la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;meute a eu une large base sociale, c'est bien la participation &#8213; ou plut&#244;t la coop&#233;ration &#8213; des gangs qui lui a donn&#233; son intensit&#233; et son organisation. La r&#233;volte de Watts avait &#233;t&#233; un ouragan qui avait ravag&#233; une centaine de p&#226;t&#233;s de maisons le long de Central Avenue ; l'&#233;meute de 1992 a &#233;t&#233; une tornade non moins destructive mais serpentant en zigzag &#224; travers les zones commerciales du ghetto et au-del&#224;. Les m&#233;dias, pour la plupart, n'ont d&#233;cel&#233; aucune signification &#224; ce trajet, qui n'a &#233;t&#233; &#224; leurs yeux qu'une orgie de destruction, aveugle et nihiliste. En fait, les incendies &#233;taient implacablement syst&#233;matiques. Le vendredi matin, 90 % des innombrables &#233;piceries, sup&#233;rettes et magasins d'alcool tenus par des Cor&#233;ens avaient &#233;t&#233; razzi&#233;s. Abandonn&#233;s par le LAPD qui n'a fait aucune tentative pour prot&#233;ger les petits commerces, les Cor&#233;ens ont subi la destruction totale ou partielle de deux mille magasins, de Compton jusqu'au c&#339;ur m&#234;me de Koreatown. L'un des premiers &#224; &#234;tre attaqu&#233;s &#8213; bien qu'ironiquement il ne fut pas d&#233;truit &#8213; a &#233;t&#233; l'&#233;picerie o&#249; une jeune fille de quinze ans, Latasha Harlins, avait &#233;t&#233; tu&#233;e d'une balle dans la nuque par l'&#233;pici&#232;re cor&#233;enne Soon Da Ju au terme d'une dispute portant sur une bouteille de jus d'orange &#224; 1,7 dollar. La jeune fille avait expir&#233; en serrant dans sa main l'argent de la bouteille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Latasha Harlins. Un nom parcimonieusement cit&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision, mais qui est la cl&#233; de la confrontation catastrophique entre les communaut&#233; noires et cor&#233;enne de Los Angeles. Depuis que le juge Joyce Karlin, une Blanche, a laiss&#233; sortir Da Ju, moyennant une amende de 500 dollars et quelques travaux d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#8213; ce qui signifiait qu'&#244;ter la vie &#224; un enfant noir n'&#233;tait gu&#232;re plus grave que conduire en &#233;tat d'ivresse &#8213;, une explosion de violence inter-ethnique &#233;tait devenue in&#233;vitable. Les nombreuses quasi-&#233;meutes qui avaient eu lieu l'hiver pr&#233;c&#233;dent devant le tribunal de Compton avaient constitu&#233; les premiers signes du vif ressentiment de la communaut&#233; noire au sujet de la mort de Latasha. Le mercredi et le jeudi de l'&#233;meute, j'ai entendu &#224; plusieurs reprises dans les rues de South Central : &#171; &lt;i&gt;C'est pour notre petite s&#339;ur. C'est pour Latasha.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poids relatif des diff&#233;rents griefs &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233; est difficile &#224; estimer. Rodney King est le symbole qui relie le racisme sans frein de la police de Los Angeles &#224; la crise qui frappe le style de vie des Noirs un peu partout, de Las Vegas &#224; Toronto. Bien s&#251;r, il est clair &#224; pr&#233;sent que l'affaire Rodney King constitue peut-&#234;tre autant un point de rupture dans l'histoire am&#233;ricaine que celle de Dred Scott : une v&#233;ritable mise &#224; l'&#233;preuve de cette citoyennet&#233; &#224; part enti&#232;re pour laquelle les Afro-Am&#233;ricains se sont battus pendant quatre si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; la base, parmi la jeunesse des gangs notamment, l'affaire n'a pas cette dimension symbolique. Comme me l'a expliqu&#233; un Blood d'Inglewood : &#171; &lt;i&gt;Rodney King ? Merde ! tous les jours mes potes sont frapp&#233;s comme des chiens par les flics. Cette &#233;meute, c'est pour tous les copains assassin&#233;s par les flics, pour notre petite s&#339;ur tu&#233;e par les Cor&#233;ens, pour les vingt-sept ans d'oppression... L'affaire Rodney King n'a &#233;t&#233; qu'un d&#233;tonateur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, ceux qui avaient pr&#233;dit que la prochaine &#233;meute &#224; Los Angeles serait litt&#233;ralement apocalyptique se sont tromp&#233;s. En d&#233;pit des milliers d'exhortations fluorescentes &#224; &#034;tuer les flics&#034; peintes sur les murs de South Central, les gangs se sont abstenus de d&#233;clencher la gu&#233;rilla urbaine &#224; outrance qu'ils ont les (formidables) moyens de mener. Pas plus qu'en 1965, il n'y a eu de policiers tu&#233;s et bien peu ont &#233;t&#233; bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, toute la puissance de choc des gangs s'est concentr&#233;e sur le pillage et la d&#233;vastation des magasins cor&#233;ens. Si Latasha Harlins en &#233;tait le pr&#233;texte passionn&#233;, ce n'&#233;tait pas le seul ordre du jour. J'ai vu un graffiti sur un mur de South Central qui annon&#231;ait : &#171; &lt;i&gt;Premier jour : on br&#251;le. Deuxi&#232;me jour : on reconstruit&lt;/i&gt;. &#187; Le seul politicien de stature nationale que beaucoup de Crips et de Bloods semblent prendre au s&#233;rieux est le nationaliste noir Louis Farrakhan, dont le projet d'autod&#233;termination &#233;conomique est largement approuv&#233; (Farrakhan n'a d'ailleurs jamais pr&#233;conis&#233; la violence comme un moyen d'y parvenir). Au sommet des gangs d'Inglewood qui s'est tenu le 5 mai, j'ai entendu de fr&#233;quentes r&#233;f&#233;rences &#224; un capitalisme noir qui rena&#238;trait des cendres du commerce cor&#233;en. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s tout, m'a confi&#233; plus tard un ex-Crip, on n'a pas br&#251;l&#233; notre communaut&#233;, juste leurs magasins.&lt;/i&gt; &#187; Entre-temps, la police et ceux qui organisent l'occupation militaire de Los Angeles n'accordent aucun cr&#233;dit &#224; une transformation pacifique, encore moins par le biais de l'entreprise, de la culture des gangs noirs de Los Angeles. Les tendances &#339;cum&#233;niques dont font preuve les Crips et les Bloods constituent le pire cauchemar des forces de l'ordre : la violence des gangs ne s'exercerait plus au hasard mais se transformerait en une sorte d'intifada noire. La police de Los Angeles se rappelle trop bien que les &#233;meutes de Watts en 1965 avaient engendr&#233; une tr&#234;ve entre les gangs dont &#233;tait n&#233;e la branche de Los Angeles du parti des Black Panthers. Comme pour donner corps &#224; de telles craintes, la police a fait circuler une photocopie d'un tract anonyme &#8213; et peut-&#234;tre faux &#8213;, appelant &#224; l'unit&#233; des gangs et &#224; la vengeance : &#171; &lt;i&gt;&#338;il pour &#339;il. Pour un Noir bless&#233;, nous tuerons deux flics du LAPD.&lt;/i&gt; &#187; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Los Angeles fait flamber Las Vegas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le week-end du Memorial Day avait &#233;t&#233; fr&#233;n&#233;tique &#224; Las Vegas et s'achevait sur les pr&#233;mices d'une forte temp&#234;te. Des &#233;clairs printaniers dansaient parmi les sombres nuages au-dessus du pic Charleston et de la vall&#233;e du Feu. Pendant que quelques gouttes de pluie grosses comme des pi&#232;ces d'un dollar en argent venaient s'&#233;craser sur les trottoirs, les caissiers ext&#233;nu&#233;s des casinos comptaient la recette du week-end : deux cent cinquante millions de dollars. Cinquante mille noceurs du dimanche s'&#233;tiraient, pare-chocs contre pare-chocs, dans le d&#233;sert du Mojave, sur les quatre cent kilom&#232;tres qui s&#233;parent Ivanpah Dry Lake des confins de Los Angeles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un petit parc du nord-ouest de la ville, plusieurs centaines de Crips et de Bloods ignorant la temp&#234;te mena&#231;ante, faisaient joyeusement griller des c&#244;tes de porc en se passant de main en main des bouteilles de bi&#232;re. Ce jour-l&#224;, un peu plus t&#244;t, des douzaines de bandes, jusqu'alors ennemies et nomm&#233;es Anybody's Murderers (ABM, meurtriers de n'importe qui), Donna Street Crips ou North Town Bloods, s'&#233;taient retrouv&#233;es dans un cimeti&#232;re voisin pour conclure une tr&#234;ve entre gangs et fleurir les tombes de leurs homeboys (il y a eu &#224; Las Vegas trente-sept morts violentes attribu&#233;es aux gangs). A pr&#233;sent, ces ennemis de nagu&#232;re et leurs petites amies plaisantaient et &#233;changeaient des blagues et des nouvelles paroles de chansons rap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les rassemblements de plus de trois personnes, aussi pacifiques pussent-ils &#234;tre, &#233;taient interdits depuis le 17 mai dernier sur ordre du sh&#233;riff, tant dans les quartiers noirs de Las Vegas-Ouest que dans les proches banlieues ouvri&#232;res de Las Vegas-Nord. Pour faire respecter cette d&#233;cision exceptionnelle, la police de la ville avait dispos&#233;, face &#224; Valley Park View, trois transports de troupes blind&#233;s V100, emprunt&#233;s &#224; la base a&#233;rienne voisine. Et quand les pique-niqueurs r&#233;calcitrants ont refus&#233; de se disperser, les flics les ont arros&#233;s de gaz lacrymog&#232;ne et de grenades offensives. Les &#034;&#233;meutes&#034; de Las Vegas recommen&#231;aient, pour le quatri&#232;me week-end cons&#233;cutif depuis que le verdict de l'affaire Rodney King avait allum&#233; la poudri&#232;re de la col&#232;re noire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#232;gles ont chang&#233;, n&#233;gro...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure plus tard, j'ai rejoint quelques-uns des bless&#233;s sur le parking d'un centre commercial incendi&#233;. Devant une foule fascin&#233;e, Yolanda, dix-sept ans, exhibait une blessure sanguinolente &#224; la jambe, pendant que son petit copain David tr&#233;pignait d'excitation, brandissant une sorte de bo&#238;te de conserve vert olive &#233;crabouill&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Regarde-moi &#231;a !&lt;/i&gt; &#187;, a-t-il ordonn&#233;, vaguement mena&#231;ant, en me mettant le projectile incrimin&#233; sous le nez. J'ai lu l'inscription &#224; voix haute : &#171; &lt;i&gt;Mod&#232;le 429, Thunderflash, grenade &#224; effet de souffle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; On faisait juste un pique-nique, rien qu'un putain de pique-nique pacifique !&lt;/i&gt; &#187;, a r&#233;p&#233;t&#233; David. Plusieurs jeunes me fixaient durement, sans ciller. Quelqu'un a lanc&#233; une bouteille de bi&#232;re &#034;Colt 45&#034; dans les buissons d'armoise. C'est alors qu'un grand gaillard en surv&#234;tement m'a pris par le bras. &#171; &lt;i&gt;Tu ferais mieux de te tirer, mec. Si tu veux une interview, reviens demain, je te dirai tout ce que tu veux savoir sur ce putain de trou de Vegas.&lt;/i&gt; &#187; Je lui ai demand&#233; son nom. Il a &#233;clat&#233; de rire : &#171; Appelle-moi simplement Nice D., du gang Crip de Valley View, OK ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, je suis parti &#224; la recherche de Nice D. Las Vegas-Ouest (20 000 habitants) est aux antipodes des lieux de plaisir du centre-ville et des boulevards. Ce faubourg un peu morne n'abrite ni h&#244;tel, ni casino, ni supermarch&#233;, ni banque et n'est m&#234;me pas desservi par une ligne de bus. En fait, tout comme South Central &#224; L.A., il ressemble furieusement au st&#233;r&#233;otype m&#234;me du ghetto. Pourtant, &#224; l'instar de South Central &#224; Los Angeles, il ne ressemble gu&#232;re &#224; l'id&#233;e qu'on se fait d'un ghetto du Nord-Est. Ses pavillons n'ont ni pelouse verdoyante ni piscine comme ceux des quartiers blancs, mais ils semblent &#234;tre amoureusement entretenus, prot&#233;g&#233;s de la fournaise du d&#233;sert par de hauts bosquets. M&#234;me les aust&#232;res HLM de Gerson Park ont une allure ordonn&#233;e qui contraste avec leur pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai retrouv&#233; Nice D., un gar&#231;on &#226;g&#233; de vingt ans, pr&#232;s des ruines de la Nucleus Plaza &#8213; ce qui ressemble le plus &#224; un centre commercial dans les quartiers ouest. Il a &#233;voqu&#233; la nuit du 30 avril, lorsque la manifestation avait tourn&#233; &#224; l'&#233;meute et o&#249; les gangs avaient pill&#233; et arros&#233; de cocktails Molotov divers b&#226;timents dont le magasin Super 8, appartenant &#224; des Cor&#233;ens, au beau milieu de la Plaza. &#171; &lt;i&gt;Un jeune fr&#232;re [Isaiah Charles Jr.] s'est pr&#233;cipit&#233; &#224; l'int&#233;rieur pour sauver une petite fille. Elle a r&#233;ussi &#224; sortir, mais Isaiah a &#233;t&#233; pi&#233;g&#233; lorsque le toit s'est effondr&#233;. Les pompiers s'&#233;taient d&#233;j&#224; tir&#233;s, alors le feu a br&#251;l&#233; longtemps...&lt;/i&gt; &#187; Il m'a montr&#233; les restes carbonis&#233;s d'une clinique pour sid&#233;ens doubl&#233;e d'un bureau de la NAACP (Organisation nationale pour l'avancement des gens de couleur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'&#224; l'&#233;chelle de ceux de Los Angeles (un milliard de dollars de d&#233;g&#226;ts environ) les dommages dus aux incendies de Las Vegas (5 millions de dollars) soient minimes, la pure fureur des affrontements a &#233;t&#233; plus intense encore. Les circonstances des &#233;v&#233;nements du premier jour sont d'une ambigu&#239;t&#233; digne de Rashomon, &#224; ceci pr&#232;s qu'il n'y a pas de tierce partie capable de r&#233;soudre ces contradictions. Chacun s'accorde &#224; dire que les affrontements du 30 avril n'ont pas commenc&#233; avant 19 heures 30, lorsque la police a fait usage de grenades lacrymog&#232;ne pour faire reculer plusieurs centaines de jeunes Noirs venus de Westside qui essayaient de rejoindre le centre-ville. A partir de ce moment, les versions diff&#232;rent en tout &#8213; celle des journaux locaux, presque enti&#232;rement fond&#233;e sur des rapports de police, et celle de la rue, des jeunes Noirs comme Nice D.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieutenant de police Steve Franks (qui allait tuer un adolescent pendant le second week-end d'&#233;meute) a alors d&#233;clar&#233; : &#171; &lt;i&gt;Nous disposions d'informations selon lesquelles, si ce groupe avait atteint le centre-ville, il &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; incendier les h&#244;tels. Sans nous, cette ville aurait &#233;t&#233; livr&#233;e aux flammes.&lt;/i&gt; &#187; Pour Nice D., &#171; &lt;i&gt;c'est une pure connerie... On essayait seulement de protester contre le verdict de l'affaire Rodney King et contre l'apartheid qui s'exerce ici &#224; Las Vegas. La police a pris le premier pr&#233;texte pour s'en prendre &#224; nous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir dispers&#233; la manifestation, la police a boucl&#233; la plus grande partie de Las Vegas-Ouest, brandissant ses armes vers quiconque approchait de ses barrages. Entre-temps, des centaines de jeunes gens s'&#233;taient regroup&#233;s pr&#232;s du chantier de Gerson Park o&#249; le gang local des Kingsmen avait invit&#233; &#224; une f&#234;te impromptue les diff&#233;rentes bandes Crip et Blood qui s'&#233;taient mise d'accord le jour pr&#233;c&#233;dent &#8213; apparemment influenc&#233;es par les nouvelles de Los Angeles &#8213; pour arr&#234;ter de se battre entre elles. D'apr&#232;s Nice D., une voiture de police a fonc&#233; dans la foule qui faisait la f&#234;te : &#171; &lt;i&gt;Les gens sont devenus dingues. Ils ont commenc&#233; &#224; jeter des pierres et des bouteilles, et l'un des copains &#224; d&#233;fouraill&#233; et ouvert le feu.&lt;/i&gt; &#187; La foule en col&#232;re a br&#251;l&#233; le bureau local du Pardon and Parole Board (Bureau des probations et des libert&#233;s conditionnelles), tandis que d'autres groupes attaquaient des magasins et des stations d'essence au cocktail Molotov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieutenant Franks a affirm&#233; que des snippers &#171; &lt;i&gt;se cachaient dans les arbres et sur les toits et utilisaient des boucliers humains quand ils ont commenc&#233; &#224; tirer. Ces rats &#224; foie jaune sont rest&#233;s au milieu des enfants pour ouvrir le feu sur les v&#233;hicules de police.&lt;/i&gt; &#187; Un autre porte-parole de la police a d&#233;clar&#233; que des membres d'un gang avaient essay&#233; d'enlever l'enfant en bas &#226;ge d'une famille blanche vivant dans une rue &#224; majorit&#233; noire. Je n'ai trouv&#233; personne pour me confirmer ces histoires sinistres que les journaux locaux n'ont cependant pas manqu&#233; de r&#233;pandre sans aucune v&#233;rification parmi leurs lecteurs blancs horrifi&#233;s. Les reportages ult&#233;rieurs ne mentionneront d'ailleurs personne, parmi les 111 personnes arr&#234;t&#233;es, qui ait &#233;t&#233; soup&#231;onn&#233; de tels crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, les m&#233;dias, comme dans le cas de Los Angeles, ont soigneusement &#233;vit&#233; toute r&#233;f&#233;rence aux bavures polici&#232;res qui ont &#233;maill&#233; les troubles. Nice D., en tout cas, en a gard&#233; des souvenirs vivaces. &#171; &lt;i&gt;Mes amis et moi, on est parti d&#232;s que les tirs ont commenc&#233;, m'a-t-il confi&#233;. Notre voiture a &#233;t&#233; bloqu&#233;e quelques centaines de m&#232;tres plus loin. Quand nous avons demand&#233; ce que nous avions fait de mal, un gros beauf de flic m'a dit : &#034;Les r&#232;gles ont chang&#233;, n&#233;gro&#034; et il m'a frapp&#233; en plein visage avec son pistolet. J'ai fait cinq jours de prison pour obstruction et comme les flics avaient jet&#233; mes papiers d'identit&#233; et ma carte de s&#233;cu, j'ai perdu mon job au fast-food Carl's Junior.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. &#233;tait sorti de prison juste &#224; temps pour assister &#224; la reprise des violences, le 10 mai. Une fois de plus, les jeunes se sont rassembl&#233;s pr&#232;s de Gerson Park pour jouer au softball et faire la f&#234;te. La police est arriv&#233;e dans un transport de troupes blind&#233; et s'est mise &#224; tirer dans la foule avec des balles en bois. Le week-end suivant a vu la r&#233;p&#233;tition des m&#234;mes &#233;v&#233;nements : un pique-nique des gangs au Centre communautaire de Doolittle a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; toute une nuit en une sauvage m&#234;l&#233;e opposant les flics dans leurs engins blind&#233;s &#224; des centaines de jeunes en col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nice D. pense que ces confrontations, devenues rituelles, deviendront de plus en plus violentes au cours de l'&#233;t&#233;. Comme les autres jeunes Noirs avec qui j'ai parl&#233;, il pense que John Moran, le sh&#233;riff du comt&#233; de Clark, &#171; &lt;i&gt;fera tout et n'importe quoi pour casser le processus d'unification des gangs.&lt;/i&gt; &#187; D. est d'ailleurs persuad&#233; qu'un r&#233;cent drive-by-shooting (tirer d'une voiture sans s'arr&#234;ter) qui a bless&#233; quatre membres des Rollin' 60's, une branche locale des Crips, a &#233;t&#233; organis&#233; par la police. Les jeunes &#233;voquent &#233;galement, d'un ton railleur, le programme de provocation &#224; l'achat de drogues qui permet &#224; des flics d&#233;guis&#233;s en dealers de pi&#233;ger les acheteurs de crack pour les forcer &#224; devenir des indicateurs. Nice D. m'a dit que Las Vegas est en train de glisser vers ce qu'il appelle &#034;un holocauste latent&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Los Angeles n'&#233;tait qu'un d&#233;but&lt;/i&gt;&#034; a &#233;t&#233; traduit de l'am&#233;ricain et publi&#233; pour la premi&#232;re fois en fran&#231;ais dans la revue &lt;i&gt;Mordicus n&#176;11&lt;/i&gt;, Paris, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;UNE CHRONOLOGIE DES &#201;MEUTES DE LOS ANGELES &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compil&#233;e par Bruno Astarian (et trouv&#233; sur le site &lt;a href=&#034;http://www.anglemort.net/article.php3?id_article=60&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;anglemort.net&lt;/a&gt;) &#224; partir de r&#233;cits et d'entretiens &#224; chaud r&#233;alis&#233;s par des journalistes de Los Angeles, cette chronologie des &#233;meutes permet de se faire un d&#233;but d'id&#233;e quant &#224; l'ambiance qui r&#233;gnait ces jours-l&#224;. Le fait que ces t&#233;moignages soient rapport&#233;s par des journalistes ne nous emp&#234;chera pas d'avoir un regard critique tant sur les propos que sur le ton tenus. Bien au contraire !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 29 avril, 14 heures&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dee, 51 ans, et son fr&#232;re Ty, 46 ans, tuent le temps en attendant l'annonce du verdict dans le proc&#232;s sur l'agression par la police de Rodney King. Ils regardent l'une de leurs deux cassettes vid&#233;o. Une Cabane au Ciel, le film 100% noir des ann&#233;es 30, avec Ethel Waters, Lena Horne, Butterfly McQueen, et autres stars noires de l'&#233;poque. &lt;br class='autobr' /&gt;
A 15 heures, Dee arr&#234;te le film et passe sur canal 11. &#171; &lt;i&gt;C'est pas vrai&lt;/i&gt; &#187; s'exclame-t-elle en entendant le premier verdict. &#171; &lt;i&gt;Quelle merde&lt;/i&gt; &#187; grogne Ty en entendant le second. Dee demande &#224; son fr&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Tu peux croire &#231;a, toi ? Ils d&#233;clare Koon non coupable d'avoir fait des putains de faux rapports. Encul&#233;s de racistes ! &lt;/i&gt; &#187;. Tandis que, sur l'&#233;cran, les quatre officiers de police se font embrasser par leur famille et leurs avocats, Dee se tourne vers son fr&#232;re : &#171; &lt;i&gt; tu sais ce qui va se passer, pas vrai ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 29 avril, 17 heures 30&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Centre ville, au Parker Center. Un groupe de protestataires, petit mais grossissant &#224; vue d'&#339;il, commence &#224; encombrer la place directement devant le si&#232;ge du LAPD. La foule scande ce qui va devenir un refrain familier : &#171; &lt;i&gt;pas de justice, pas de paix&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt; Gates doit partir &lt;/i&gt; &#187;. Barrant l'acc&#232;s au chemin qui m&#232;ne &#224; l'entr&#233;e de l'immeuble, une ligne de policiers en tenue anti-&#233;meute, casqu&#233;s, fait face aux manifestants. &lt;br class='manualbr' /&gt;Portant un b&#233;ret, un T-shirt et un jeans, l'activiste afro-am&#233;ricain Michael Zinzun marche de long en large devant les manifestants, les exhortant &#224; bouger. Lui-m&#234;me a &#233;t&#233; victime de la brutalit&#233; de la police, il a &#233;t&#233; espionn&#233; ill&#233;galement. C'est un leader de la Coalition contre les Abus Policiers. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Ne laissons pas la police et la ville nous prendre nos droits, ou nous reprendre les gains que notre communaut&#233; a obtenus dans cette ville. Les noirs ne sont pas surpris qu'un jury enti&#232;rement blanc ait lib&#233;r&#233; ces flics. Nous nous y attendions. Notre comit&#233; a commenc&#233; &#224; planifier cette manifestation depuis trois jours avec d'autres groupes. Voyez les r&#233;sultats. Nous sommes des noirs, des blancs, des hispanos, et nous sommes tous outr&#233;s par ces verdicts et par le fait que Daryl Gates &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chef du Los Angeles Police Department (LAPD)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est encore &#224; son poste&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Interrog&#233;s sur le fait que des non-noirs soient d&#233;j&#224; victimes d'incidents provoqu&#233;s par le jugement King, Zinzun secoue la t&#234;te. &#171; &lt;i&gt;Cette ville doit comprendre qu'une communaut&#233; noire instable signifie que Los Angeles est instable &lt;/i&gt; &#187;. (Jim Crogan, &lt;i&gt;LA Weekly&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 29 avril, 19 heures&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;South Central. Devant le parking de l'&#233;glise First African Methodist Episcopal Church, des centaines de gens trainent. Ce sont surtout des noirs, avec quelques jeunes blancs et latinos. A l'int&#233;rieur, la salle de r&#233;union est bond&#233;e et d&#233;borde dans l'entr&#233;e et dans le foyer de l'&#233;glise. Toute l'attention se porte sur un flux de leaders politiques et religieux, dont le maire, des conseillers municipaux et des &#233;lus locaux. Tous condamnent le verdict &#034;non coupable&#034;. Les leaders demandent aux gens de garder &#224; leur protestation un caract&#232;re non-violent. &lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;action des gens est mitig&#233;e, pour le mieux. &#171; &lt;i&gt;Enfin libre ! Enfin libre ! Dieu merci, nous sommes enfin libres&lt;/i&gt; &#187;, ironise un homme en costume devant moi. &#171; &lt;i&gt;Toujours pareil&lt;/i&gt; &#187;, dit un autre. &#171; &lt;i&gt; Ne parlons plus de paix, nous voulons de la justice &lt;/i&gt; &#187;, dit un troisi&#232;me. (Jim Crogan)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 29 avril, 19 heures 30&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Environ 200 lesbiennes et gays, accompagn&#233;s de supporters, ont &#233;t&#233; alert&#233;s par fax et par le bouche &#224; oreille. Ils se rassemblent &#224; l'angle des boulevards San Vincente et Santa Monica, &#224; West Hollywood. Ils portent des pancartes disant &#171; &lt;i&gt;homos de toutes les couleurs, unissez-vous&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;&#224; bas le racisme du LAPD&lt;/i&gt; &#187;. Criant &#171; &lt;i&gt;coupable comme l'enfer&lt;/i&gt; &#187;, le groupe, o&#249; se trouve le maire de West Hollywood Paul Koretz, marche vers l'est jusqu'&#224; La Cienaga, puis vers le nord jusqu'&#224; Sunset Boulevard, o&#249; ils occupent le milieu de la chauss&#233;e. Ils atteignent sans opposition des sheriffs du comt&#233; de la limite de L.A. City. A l'angle de Sunset et de Wilcos, ils sont arr&#234;t&#233;s par le LAPD. Apr&#232;s un bref sit-in et quelques n&#233;gociations, la marche reprend sur le trottoir, puis sur la chauss&#233;e. Les manifestants continuent jusqu'au Mann's Chinese Theater, o&#249; ils sont bloqu&#233;s par la police en tenue anti-&#233;meute. Le groupe revient vers West Hollywood sans incident. (Robin Podolsky, &lt;i&gt;LA Weekly&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 29 avril, 20 heures&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Prot&#233;g&#233;s par l'obscurit&#233;, la foule devant le Parker Center a grossi et est devenue plus agressive. Le cordon de flics s'est allong&#233;. Des femmes-policiers occupent la position juste devant la porte d'entr&#233;e du LAPD. Derri&#232;re le cordon, des sergents et des officiers marchent de long en large ordonnant de &#171; &lt;i&gt;resserrer les rangs et de rester vigilant &lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;La composition de la foule a aussi chang&#233;. Les protestataires les plus &#226;g&#233;s, les repr&#233;sentants d'organisations de gauche connues et d'organisations de solidarit&#233; sont partis. A leur place se trouve une foule plus jeune et de plus en plus compacte.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout le long du cordon, des policiers sont individuellement pris &#224; parti par des membres de la foule. &#171; &lt;i&gt;Tu devrais &#234;tre avec nous &#224; lancer des pierres. Ton uniforme ne cache pas la couleur de ta peau. Si tu l'enl&#232;ves, tu n'es qu'un n&#232;gre de plus pour le LAPD&lt;/i&gt; &#187; hurle un jeune noir &#224; un flic noir imperturbable. Plus loin, un blanc se pr&#233;cipite vers un flic latino et ob&#232;se. S'approchant dangereusement pr&#232;s, il n'arr&#234;te pas de hurler &#171; &lt;i&gt;Non seulement tu es un porc, mais tu es un porc gras. Tu crois que tu es un dur, fais voir combien&lt;/i&gt; &#187;. Le flic latino pousse sa matraque dans l'estomac de son tourmenteur et d&#233;clare tr&#232;s calmement &#171; &lt;i&gt;Si je te vois encore une fois, tu verras exactement si je suis un dur&lt;/i&gt; &#187;. (Jim Crogan)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 29 avril, 20 heures 30&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La foule, qui jetait des boites d'aluminium et des sacs en papier sur les flics, ajoute des bouteilles et des &#339;ufs &#224; ses bombardements. Une acclamation s'&#233;l&#232;ve soudain : un manifestant se pr&#233;cipite en avant avec un drapeau am&#233;ricain qu'il a allum&#233; et qu'il jette au devant de la police. Certains le pi&#233;tinent. Un autre s'avance avec le drapeau conf&#233;d&#233;r&#233;. Il est &#233;galement allum&#233; et jet&#233; en l'air. Un groupe scandant des slogans avance vers un d&#233;tachement de femmes flics. Pour la premi&#232;re fois, les flics ont l'air d'avoir peur, et font un pas en avant en balan&#231;ant leur matraque en pr&#233;vision d'un assaut. Un manifestant noir s'avance et crie aux flics, presque tous blancs : &#171; &lt;i&gt;Bienvenue &#224; South Central, encul&#233;s, est-ce que &#231;a vous plait jusqu'ici ? &lt;/i&gt; &#187; (Jim Crogan)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 29 avril, 20 heures 50&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les premi&#232;res arrestations ont finalement lieu : en deux endroits diff&#233;rents, deux manifestants essaient de traverser le cordon de flics. Un troisi&#232;me, qui avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement vocal, est attrap&#233; par la police et pouss&#233; dans Parker Center. Tout d'un coup, des meneurs entrainent la foule vers un kiosque dans le parking, sur le flanc gauche du LAPD. Des manifestants arrachent un si&#232;ge et commencent &#224; casser les vitres. Quelqu'un apparait avec de l'essence et des allumettes, et voil&#224; le kiosque en flammes. Derri&#232;re le cordon, un flic blanc essuie les coulures d'&#339;uf sur son visage et son uniforme en disant : &#171; &lt;i&gt;Faut croire que j'avais faim. Peut-&#234;tre que je devrais leur dire merci.&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Et &#231;a va &#234;tre bien pire, continue-t-il. Je suis motard, et ils nous ont dit de ne m&#234;me pas penser &#224; rouler dans les rues. Je m'attends &#224; des &#233;meutes de grande envergure avant la fin de la semaine.&lt;/i&gt; &#187; Que pense-t-il du verdict ? &#171; &lt;i&gt;Les gens ne se rendent pas compte de ce qu'on encaisse dans les rues. Personne ne peut savoir comment il r&#233;agirait dans de telles situations.&lt;/i&gt; &#187; (Jim Crogan)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 29 avril, minuit&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Baby Saye passe devant les badauds et autres pilleurs avec un paquet de six rouleaux de papier toilette Charmin double &#233;paisseur. &#171; &lt;i&gt;Je sais ce que vous pensez mais, &#224; la base, allez vous faire mettre&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare Baby Saye, 26 ans, qui se d&#233;finit comme ch&#244;meuse &#224; vie. &#171; &lt;i&gt;Je me suis torch&#233;e, j'ai torch&#233; mes enfants avec de la saloperie qui gratte toute ma vie, parce que je ne peux pas me payer la bonne daube. Maintenant, j'ai du Charmin, tout comme les blancs du jury. Et alors ?&lt;/i&gt; &#187; (Dennis Schatzman)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 30 avril, 0 heure 30&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;H&#233;, le journaliste, h&#233; !&lt;/i&gt; &#187; Une femme appelle. Elle a vu la carte de presse. &#171; &lt;i&gt;J'ai ici quelque chose que vous n'avez pas&lt;/i&gt; &#187; dit-elle en sortant une coupure froiss&#233;e du Daily News de la poche de son jeans. &#171; &lt;i&gt;J'ai les noms des gens du jury. Je les ai gard&#233;s parce que je savais que j'en aurais besoin.&lt;/i&gt; &#187; Elle ne veut pas dire son nom. Devant les badauds, elle d&#233;plie l'article et commence : &#171; &lt;i&gt;Dorothy Bailey, Alice Debord, Thomas Gorton, Henry King, Retta Kossow, Virginia Loya, Gerald Miler, Christopher Morgan, Amelia Pigeon, Charles Sheehan, Kevin Siminski et Anna Whiting. Si j'avais de l'argent, je mettrais un contrat sur ces b&#226;tards. C'est tout de leur faute &lt;/i&gt; &#187;. (Dennis Schatzman, journaliste ind&#233;pendant)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 30 avril, 7 heures&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;J'arrive au centre commercial au coin de Venice et de Western jeudi matin &#224; 7 heures. A cette heure, les grands magasins JJ Newberry's ne sont qu'une carcasse noircie et inond&#233;e. Au moment o&#249; j'entre dans le parking, quatre voitures de police en sortent, chacune avec cinq flics en tenue anti-&#233;meute. Elles sont suivies par deux voitures de pompiers. &lt;br class='manualbr' /&gt;En bas, le pillage a d&#233;j&#224; commenc&#233;. Un flot de gens passe par les portes cass&#233;es du magasin. Beaucoup sont latinos, peut-&#234;tre 70 %, ce qui correspond &#224; la population de ce quartier &#224; la limite du centre de South Central. Un type, qui ressemble &#224; John Belushi dans ses moments les plus enfl&#233;s, sort en tenant par leur goulot quatre magnum d'un gallon de Bourgogne, tandis que les poches de son short en nylon rouge sont gonfl&#233;es de pintes de whisky. Un ch&#339;ur grec de huit noirs de 50-60 ans se tient &#224; cinq m&#232;tres de l'entr&#233;e. Ils ressemblent beaucoup &#224; Sweet Dick Willie et les gars du coin dans Do the Right Thing. Ils crient &#171; &lt;i&gt;servez-vous, servez-vous&lt;/i&gt; &#187;, tandis qu'un latino ventru, portant un T-shirt imprim&#233; &#034;Fuck you&#034; sort en poussant un caddy plein &#224; ras bord de piles et de capotes Ramses. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le premier &#233;clair de col&#232;re vient d'un homme chauve en anorak gris avec des lunettes. Un peu plus t&#244;t, quatre adolescents noirs &#233;taient entr&#233;s dans le magasin, chacun avec des valises vides. Ils sortent maintenant en riant, leurs valises gonfl&#233;es. &#171; &lt;i&gt;J'ai une calculatrice&lt;/i&gt; &#187;, dit l'un. &#171; &lt;i&gt;J'ai de la cr&#232;me glac&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, dit l'autre. L'homme en anorak gris se dirige vers le plus grand des jeunes et lui dit : &#171; &lt;i&gt; Tout cette merde que tu prends te reviendra dans la gueule, mec. C'est vraiment de la connerie, ce que tu fais. Laisse-&#231;a, et respecte-toi &lt;/i&gt; &#187;. Pour un instant, le jeune &#224; l'air d'h&#233;siter. Mais son ami en casquette Miami Heat lui dit : &#171; &lt;i&gt;mec, si tu penses que tu en as besoin, prends le&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Prends le ?, dit l'homme en anorak, et perds ton respect&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Merde au respect, r&#233;plique Miami Heat, &#224; nous, ils ne nous donnent aucun respect &lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tandis qu'ils s'&#233;loignent, deux femmes leur crient &#171; &lt;i&gt;y a pas de honte&lt;/i&gt; &#187;. Pendant ce temps, le ch&#339;ur grec s'exprime. &#171; &lt;i&gt;Tous les gens de couleurs qui &#233;taient bless&#233;s, ils les ont emmen&#233;s &#224; Daniel Freeman. Mais le pompier qui s'est fait tirer dessus, ils l'ont port&#233; &#224; Cedars Sinai. Vous voyez ce que je veux dire &lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Et &#224; Westwood, dit un autre. Ils &#233;taient plein de mecs, l&#224;-bas, et &#231;a bardait depuis trois heures de l'apr&#232;s midi &#224; South Central, et ils n'y sont pas all&#233;s, pas une fois.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;C'est vrai, dit un troisi&#232;me, il n'y a qu'&#224; laisser ces n&#232;gres d&#233;truire leur propre quartier.&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Tandis qu'ils discutent, un homme d'environ trente ans arrive dans une Mazda toute caboss&#233;e. Sa peau est sombre et il a l'air en col&#232;re. Il commence &#224; brailler &#171; &lt;i&gt;Baisez-les, prenez tout, baisez-les, prenez tout&lt;/i&gt; &#187;. A ce moment un jeune noir, peut-&#234;tre 19 ans, commence &#224; danser comme un boxeur autour de moi en chantant &#171; Tu t'es tromp&#233; de quartier, mec, tu t'es tromp&#233;&#034;. L'autre sort de sa Mazda et me dit deux mots &#171; &lt;i&gt;Taille-toi&lt;/i&gt; &#187;. J'essaie de ne pas aller trop vite en me dirigeant vers ma voiture. (Joe Domanick,&lt;i&gt; Los Angeles Times&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 30 avril, 8 heures&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je roule vers le sud sur Normandie. J'entre dans South Central. A la hauteur de la 29&#232;me rue, je peux voir la fum&#233;e derri&#232;re le clocher de l'&#233;glise Abundant Life Christian Church &#224; l'angle de Jefferson et de Normandie. La fum&#233;e vient de Frankie et du salon de beaut&#233; Anne, sur la 39&#232;me. Les autres boutiques &#224; c&#244;t&#233; de Frankie et d'Anne ont d&#233;j&#224; br&#251;l&#233; jusqu'aux fondations. Et aussi loin que je peux voir droit devant, sur Normandie, les magasins brulent. Aux carrefours, des noirs trainent, beaucoup tenant des bouteilles de Olde English ou des canettes de Bud. Chaque croisement r&#233;v&#232;le un autre magasin en feu, ou une carcasse fumante, d&#233;j&#224; pill&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je coupe par une rue lat&#233;rale, et &#224; l'angle de la 55&#232;me et de Normandie, j'aper&#231;ois une vieille femme cor&#233;enne, un tuyau d'arrosage &#224; la main. Elle arrose les cendres noircies de son &#233;picerie. &#171; &lt;i&gt;Les pompiers sont venus trois fois, je ne sais pas ce qui s'est pass&#233;... je perds tout&lt;/i&gt; &#187;. Son fils arrive. &#171; &lt;i&gt;Tout ce que les pompiers ont pu faire, c'est de mouiller le toit et de laisser br&#251;ler. Il fallait qu'ils aillent ailleurs&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Juste &#224; ce moment, arrive une femme noire aux cheveux tress&#233;s. Elle traverse la rue, vient vers nous et dit &#171; &lt;i&gt; mon magasin, qu'est-ce qu'ils ont fait &#224; mon magasin ? Je faisais mes courses ici tous les jours... Ces gens &#233;taient charmants. Maintenant il n'y a plus d'endroit pour faire les courses. C'est que j'ai besoin de lait. J'ai deux petits enfants dont je m'occupe. O&#249; vais-je faire mes courses ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je m'en vais. Je coupe de nouveau par une rue lat&#233;rale bord&#233;e de bungalows proprets et de pavillons d'artisans plant&#233;s derri&#232;re leurs jardins paysag&#233;s. Tout est remarquablement calme et silencieux, apparemment aussi loin de la folie de Normandie qu'une rue de Beverly Hills. Bien s&#251;r, il n'est que 8 heures 20 du matin. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je sors de ma voiture et m'approche de deux femmes noires : Lisa, grosse et portant un T-shirt imprim&#233; dans un rocking chair disant &#171; &lt;i&gt; Je l'ai encore, mais personne n'en veut &lt;/i&gt; &#187; ; et Brenda, mince avec un sweat bordeaux. Lisa dit : &#171; &lt;i&gt; Hier soir, les Bloods et les Crips ont fait la paix et ont dit qu'ils &#233;taient unis. Que c'&#233;tait maintenant une affaire noire. Les Crips sont arriv&#233;s en voiture et les Bloods, vous savez, se pr&#233;paraient &#224; les attaquer mais les Crips ont dit non, et puis ils se sont embrass&#233;s et ont dit qu'ils voulaient &#234;tre unis &lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est vrai, dit Brenda, ils ont dit que c'&#233;tait fini les bang, bang&lt;/i&gt; &#187;. Je demande si ce quartier est un quartier Blood. &#171; &lt;i&gt; C'&#233;tait, dit Lisa, maintenant nous sommes unis. Quand nous sommes all&#233;s vers l&#224;-bas, vers la 60&#176; et vers Florence, nous avons fait l'unit&#233;... Ils voulaient d&#233;barrasser le quartier de ces magasins cor&#233;ens, ils ont laiss&#233; Due malgr&#233; le meurtre de la petite noire, et puis ces policiers&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je repars. Trois noirs dans les trente ans se tiennent l&#224; en compagnie d'une belle femme noire tenant un b&#233;b&#233;. Je les interroge sur les gangs. &#171; &lt;i&gt;Ils ont fait la paix &lt;/i&gt; &#187;, me dit Cecil, grand au teint clair. &#171; &lt;i&gt;Le rouge et le bleu, ensemble&lt;/i&gt; &#187;, ajoute Kenny, un chauve de 37 ans. &#171; &lt;i&gt;Et ils ont fait le signe du black power. Maintenant, ils vont tous s'habiller en noir &lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Et je vais vous dire, continue Cecil, cette merde &#233;tait organis&#233;e... vous voyez ce que je veux dire. Il y avait des g&#233;n&#233;raux et des soldats, et quand ils ont commenc&#233; &#224; br&#251;ler le magasin d'alcools, ils ont envoy&#233; des hommes pour r&#233;gler le trafic, et d'autres avaient apport&#233; des outils&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt; Ouais...&lt;/i&gt; &#187; dit Kenny. &#171; &lt;i&gt; Et les Cor&#233;ens, well, ils vont payer &lt;/i&gt; &#187;. (Joe Domanick)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 30 avril, 13 heures 30&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je m'arr&#234;te &#224; l'angle de la 52&#232;me et de Figueroa, pr&#232;s des ruines carbonis&#233;es d'un T&amp;Y Market. Devant, trois gar&#231;ons afro-am&#233;ricains, Michael, Martin et A.G., &#226;g&#233;s de 10, 9 et 7 ans, jouent au bord du parking du magasin. Les ruines de celui-ci fument encore. Je demande &#171; &lt;i&gt;Pourquoi ont-ils fait &#231;a ?&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt; Ils l'ont brul&#233; &#224; cause de Rodney King, dit Martin, ils voulaient tuer les flics&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Mais les flics ne poss&#233;daient pas ce magasin ?&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt; Non, continue Martin, c'&#233;tait des Mexicains, et il y avait un Mexicain dans les policiers qui ont battu Rodney King, et donc ils ont br&#251;l&#233; le magasin du Mexicain&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;J'aimais bien ce magasin, dit un autre, ils &#233;taient gentils avec nous&lt;/i&gt; &#187;. (Jim Crogan)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 30 avril, 13 heures 45&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Tandis que je parle avec les gar&#231;ons, Jerry, torse nu et jeans, et Aaron, b&#233;ret multicolore, T-shirt et jeans, s'approchent. Ils me demandent si je suis des m&#233;dias. Ils vont sur la trentaine. Je dis que oui, et leur demande s'ils veulent parler. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas seulement le verdict de Rodney King, me dit Aaron. C'est toute cette merde, qu'ils ont tir&#233; sur Latasha Harlins, et que la Cor&#233;enne n'a pas eu de prison. Les Cor&#233;ens nous maltraitent. Tu entres dans le magasin et c'est 'passe le fric et casse-toi'. C'est pas juste. Ils nous traitent comme des chiens.&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Ni Jerry ni Aaron ne sait qui a br&#251;l&#233; le magasin. Et ils n'ont particip&#233; &#224; aucun pillage. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas comme &#231;a que nous vivons&lt;/i&gt; &#187; disent-ils. Les deux fr&#232;res disent qu'ils ont regard&#233; le magasin br&#251;ler, et que ni la police ni les pompiers ne sont venus pour arr&#234;ter l'incendie ou le pillage. &#171; &lt;i&gt; Hier soir, j'ai pris mes armes , dit Aaron, et je suis rest&#233; &#224; garder ma maison. Si n'importe qui &#233;tait venu dans ma cour, et je m'en fous qu'il soit noir ou blanc ou asiatique ou multicolore, je l'aurais tu&#233;. Et je ne pense pas que beaucoup de cette violence &#233;tait raciale. La col&#232;re, c'est surtout contre les flics. Ils te choppent, ils t'humilient, te traitent de n&#232;gre, te rossent, et il ne leur arrive jamais rien &lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Jerry dit qu'il croit que les gens ont perdu toute compassion les uns pour les autres. &#171; &lt;i&gt; J'essaie de dire aux jeunes que je connais de rester cool, mais ils imitent ce qu'ils voient... &lt;/i&gt; &#187; Aaron l'interrompt : &#171; &lt;i&gt;Je crois que c'est la fin des temps. Je crois que c'est la R&#233;v&#233;lation et la fin du monde&lt;/i&gt; &#187;. (Jim Crogan)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 30 avril, 17 heures 30&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les sir&#232;nes &#224; fond, 10 voitures de police ouvrent la voie au premier contingent de la Garde Nationale. Ils roulent vers l'ouest sur Vernon Avenue, jusqu'au croisement de Figueroa. Ils tournent &#224; droite dans Figueroa et entrent dans le parking de Ralph. C'est le premier d&#233;tachement de gardes d&#233;ploy&#233; au cours des &#233;meutes. 85 gardes prennent possession du lieu. Ils ont la tenue compl&#232;te anti-&#233;meutes, et sont arm&#233;s de M-16. L'un d'eux, William Weber, 22 ans, me demande si j'ai peur. Je r&#233;ponds que &#171; &lt;i&gt;oui, mais j'essaie de ne pas y penser &lt;/i&gt; &#187;. Il me dit : &#171; &lt;i&gt; J'ai deux gilets pare-balles, tout cet &#233;quipement, plus le M-16, et j'ai peur !. Je suis diplom&#233; de l'&#233;cole des Gardes de l'Alabama, et me voil&#224; ici. On n'a gu&#232;re eu de d&#233;lai. Je suis de Los Angeles, et j'ai eu deux heures pour me pr&#233;senter &#224; Los Alamitos. Ma m&#232;re pleurait. Elle &#233;tait terrifi&#233;e pour moi. Je n'ai pas parl&#233; &#224; mon amie avant de partir, &#231;a attendra&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Mes amis se moquaient de moi, parce qu'ils allaient tous en Allemagne, mais c'est moi qui me retrouve l&#224; o&#249; il y a de l'action&lt;/i&gt; &#187;. Weber dit qu'il veut &#234;tre flic, et qu'il pense que faire partie de la Garde Nationale pourrait l'aider pour cet objectif. Il sort un Instamatic de sa poche : &#171; &lt;i&gt;Dis, peux-tu prendre une photo de moi ? &lt;/i&gt; &#187;. (Jim Crogan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 30 avril, 18 heures&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Au cours des derni&#232;res heures, de nombreuses voitures sortent de la ville par l'&#233;troite vall&#233;e de Silver Lake, une des rares vall&#233;es sortant de la cuvette par le Nord. Hyperion Avenue, pleine de fum&#233;e, est compl&#232;tement bloqu&#233;e par les embouteillages. Devant la salle de karat&#233; locale, une demi-douzaine d'hommes en toge sont align&#233;s sur le trottoir, arm&#233;s. Ils attendent les pilleurs, qui sont &#224; six blocs de l&#224;. En me faufilant sur une colline dominant vers l'Ouest, je trouve un parking vide d'o&#249; regarder. Les incendiaires ont maintenant atteint Hollywood, et il y a tant de fum&#233;e au-dessus de la ville que l'immeuble bleu de Dianetics est perdu dans la grisaille. Bient&#244;t, des familles enti&#232;res d&#233;couvrent le parking. Ils arrivent en Jeep Cherokee, en Range Rover. Ils portent des shorts kakis et des chemises Izod, et tiennent des boissons &#224; la main.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quelqu'un sugg&#232;re un barbecue, et tout le monde rit. Un p&#232;re filme son petit gar&#231;on, avec effets sp&#233;ciaux de zoom s'achevant sur la cit&#233; en feu. Des hommes avec des jumelles pointent le doigt et parlent avec assurance. Leurs femmes font des blagues sur les occasions perdues de faire du shopping. (Dave Garetto)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 1er mai, 13 heure 30&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Des membres de l'&#201;glise de Scientologie ont pass&#233; la soir&#233;e de jeudi &#224; garder leur immeuble et d'autres propri&#233;t&#233;s le long de Hollywood Boulevard et de Vermont. Vendredi matin t&#244;t, beaucoup d'entre eux se joignent &#224; l'&#201;quipe d'Embellissement de Hollywood organis&#233;e par les services du Procureur pour aider &#224; nettoyer le quartier. Shirley Young, un membre de l'&#201;glise, dit : &#171; &lt;i&gt;Nous avons beaucoup d'immeubles... sur Hollywood et sur Ivar. Il y a aussi une maison de retraite l&#224;-derri&#232;re. On a fait une chaine humaine autour d'eux. Aujourd'hui, on a tous form&#233; un groupe de quartier, pour vraiment essayer de faire quelque chose&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans l'apr&#232;s-midi br&#251;lante, les membres de l'&#201;glise, avec environ 50 autres personnes, arpentent le boulevard en portant des T-shirts jaunes. Ils balaient les d&#233;bris. Malheureusement, un passant entend le mot de &#034;scientologie&#034; et commence &#224; chercher la bagarre. Il crie qu'&#171; &lt;i&gt;ils auraient d&#251; br&#251;ler la Scientologie. Ils auraient d&#251; d&#233;molir l'&#201;glise&lt;/i&gt; &#187;. Des coups de poing sont &#233;chang&#233;s avec un membre de l'&#201;glise. Cinq policiers du LAPD arr&#234;tent la bagarre sans faire d'arrestation. (Paul Malcolm, &lt;i&gt;LA Weekly&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 1er mai, 20 heures&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s presque deux jours et demi de violence, un calme &#233;trange r&#232;gne sur certains quartiers de South Central. Le Commandant Mike Bostic, l'expert du LAPD en mati&#232;re d'utilisation de la force, et qui a t&#233;moign&#233; contre les quatre policiers dans le proc&#232;s King, est au March&#233; ABC du carrefour de Vernon et de Vermont. Bostic a pris en charge le secteur d&#233;limit&#233; par Jeffferson et Slauson, Western et la voie express du Port. &#171; &lt;i&gt; Oui, je suis l'expert du LAPD en ce qui concerne l'utilisation de la force, pas comme le pseudo-expert que la d&#233;fense a produit pour t&#233;moigner&lt;/i&gt; &#187;. Parlant du verdict, tr&#232;s affable, Bostic dit qu'il a &#233;t&#233; &#034;sid&#233;r&#233;&#034; que le jury de Simi Valley n'ait pas conclu &#224; la culpabilit&#233;. Le jury a dit que &#171; &lt;i&gt;oui, nous avons entendu Bostic et nous sommes d'accord que la violence &#233;tait excessive. Mais nous ne pensons pas qu'elle ait &#233;t&#233; criminelle&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je demande : &#171; &lt;i&gt;Quelle est la diff&#233;rence ?&lt;/i&gt; &#187; Bostic me r&#233;pond que &#171; &lt;i&gt;c'est une question d'intention. Le jury a accord&#233; aux policiers tous les b&#233;n&#233;fices du doute. Ils se sont imagin&#233;s qu'il y avait un sergent dirigeant les op&#233;rations, et que les types ne faisaient que suivre les ordres. Mais pour moi, il est clair que les gars ont pass&#233; la limite et viol&#233; les r&#232;gles du LAPD sur l'usage de la force. Dans la rue, on est tous une fois ou l'autre pouss&#233; &#224; la limite. Mais normalement, il y a quelqu'un pour intervenir, te mettre la main sur le bras et dire &#034;&#231;a va comme &#231;a, &#231;a suffit&#034;. Il est clair qu'il n'y a rien eu de tel dans ce cas-l&#224; &lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Bostic dit que la r&#233;action de ses coll&#232;gues apr&#232;s son t&#233;moignage avait &#233;t&#233; impeccable. Il dit en riant : &#171; &lt;i&gt;ils m'ont beaucoup soutenu, et je re&#231;ois encore des lettres de fans de partout dans le monde. Nous avons fait un cours &#224; une classe sur l'utilisation de la force, et cette fois ils nous ont &#233;cout&#233; beaucoup plus attentivement &lt;/i&gt; &#187;. (Jim Crogan)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samedi 2 mai, 3 heures du matin&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Tandis que nous allons tous les trois du comptoir &#224; notre table du Denny's, dans Simi Valley, les gars du coin parlent de d&#233;fense civile. La violence n'atteindra jamais leur banlieue calme, nich&#233;e dans les collines. C'est du moins ce qu'ils d&#233;cident. La seule voie d'acc&#232;s &#224; la ville est la 118 West &#171; &lt;i&gt;et les n&#232;gres sont trop b&#234;tes pour le voir.&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux hommes dans leur box ont d&#251; entendre notre r&#233;action &#224; leur bavardage, car ils commencent &#224; voix tr&#232;s haute &#224; sortir tout un chapelet de blagues racistes. S&#232;chement, nous leur demandons d'arr&#234;ter. &#171; &lt;i&gt;Allons, r&#233;pliquent-ils, nous sommes tous blancs, ici&lt;/i&gt; &#187;. Notre r&#233;ponse incite la g&#233;rante &#224; nous demander d'arr&#234;ter nos grossi&#232;ret&#233;s. Elles nous rappellent que nous sommes dans un restaurant familial. (Paul Malcolm)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samedi 2 mai, midi&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous nous garons juste au coin devant le mini centre commercial incendi&#233;, &#224; l'angle de la Deuxi&#232;me et de Vermont. M&#234;me ici, l'eau qui coule dans la rigole d&#233;borde sur le trottoir. Le pillage a laiss&#233; une sorte de marque de mar&#233;e haute : les restes d'une boite &#224; cassette, un m&#233;li-m&#233;lo de bandes magn&#233;tiques, une douzaine d'emballages de CD (les cartons seulement), trois salades de gel&#233;e de fraise dans leur r&#233;cipient en plastique et une paire de Reeboks us&#233;es - mais pas si us&#233;es. En-dessous de la paire, aplatie dans l'eau qui coule, les restes d'une boite de Nike. &lt;br class='manualbr' /&gt;Au centre commercial, une trentaine de personnes se servent de pelles pour s&#233;parer le stuc de murs &#233;croul&#233;s. Les &#233;ventuels panneaux de contreplaqu&#233; intacts sont mis de c&#244;t&#233; pour boucher des fen&#234;tres ailleurs. Les restes de grillages, les poutres calcin&#233;es et le m&#233;tal tordu sont lanc&#233;s dans la carcasse noircie. &lt;br class='manualbr' /&gt;La conversation se limite au minimum utile : &#171; &lt;i&gt;Excuse-moi, attention aux clous &lt;/i&gt; &#187;. Tout le monde regrette de ne pas avoir apport&#233; de pinces coupantes. Quand nous partons, le trottoir et le parking sont nettoy&#233;s de leurs d&#233;bris, et la poubelle a &#233;t&#233; remise &#224; sa place devant les boutiques br&#251;l&#233;es. &lt;br class='manualbr' /&gt;En partant, nous mettons les Reebok et les salades de gel&#233;e dans notre dernier sac poubelle. Un vieux couple de latino passe avec des sacs d'&#233;picerie. Leur air hagard redouble d'&#233;tonnement quand ils voient ce que nous faisons. Quel geste inutile et stupidement lib&#233;ral. Mais &#231;a a l'air de leur faire plaisir quand m&#234;me. (Ariel Swartley, LA Weekly)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samedi 2 mai, 15 heures&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pr&#232;s du carrefour de la 61&#232;me et de Hoover, en face de l'&#233;cole John Muir, il y a ce qui reste d'un mini-centre commercial carbonis&#233;. On y trouvait surtout des boutiques non-noires et asiatiques. A c&#244;t&#233; du magasin cor&#233;en de produits de beaut&#233; et de manucure, on voit les restes d'une petite biblioth&#232;que publique qui desservait le quartier. Des livres noircis, fumants, sont encore sur les &#233;tag&#232;res carbonis&#233;es. Les restes br&#251;l&#233;s de livres, de cassettes et de magazines tapissent le sol. &lt;br class='manualbr' /&gt;Un calme incertain r&#232;gne maintenant sur Hoover Street, sc&#232;ne des pillages les plus syst&#233;matiques, de la violence et des incendies parmi les pires de South Central. Un groupe d'enfants passe devant l'&#233;cole. Il y a quatre filles noires, un gar&#231;on mexicain. Shayla, 13 ans, est en 7&#232;me ann&#233;e &#224; Muir School. &#171; Nous y allions souvent pour lire. C'&#233;tait notre seul endroit, dit-elle. Ce que je pr&#232;f&#232;re, ce sont les livres du Cat in the Hat &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Shayla dit qu'elle a vu l'incendie, mais qu'elle ne sait pas qui l'a provoqu&#233;. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait effrayant, vraiment. Je regrette la biblioth&#232;que&lt;/i&gt; &#187;. (Jim Crogan)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimanche 3 mai, une heure du matin&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Michael Moore, le DJ de nuit sur KCRW, passe le micro &#224; un homme d&#233;nomm&#233; Brother JC. &#171; &lt;i&gt;Les flammes, dit Brother, sont une bonne chose. Nous avons &#233;t&#233; plus unis au cours des quatre derniers jours qu'au cours des trente ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Fr&#232;res et s&#339;urs qui m'&#233;coutez, ne soyez pas chagrin&#233;s que quelques magasins aient br&#251;l&#233;. Ce n'&#233;tait que de la r&#233;novation urbaine. Nous nettoyons ce qui &#233;tait sale, de sorte que nous pouvons construire ce qui est propre. Nous n'avons aucunement besoin de magasins d'alcool... Commen&#231;ons &#224; mettre de c&#244;t&#233; des boites de conserve et de l'eau. Comme &#231;a, la prochaine fois qu'une telle situation arrive, nous ne pleurerons pas comme des b&#233;b&#233;s, mais nous nous dresserons r&#233;solument comme des hommes et des femmes noirs. &lt;/i&gt; &#187; (RJ Smith)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le COunter INTELligence PROgram (programme de contre-espionnage)fut une op&#233;ration massive du FBI dirig&#233;e contre l'ennemi int&#233;rieur et utilisant toutes les techniques du contre-espionnage en temps de guerre : infiltration, calomnie, manipulation...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les cars de ramassage scolaire permettaient aux familles blanches de &#034;fuir&#034; les &#233;coles de quartier ayant un trop faible niveau, rel&#233;guant ainsi les Noirs dans les plus mauvaises &#233;coles et amplifiant l'apartheid de fait de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chef du Los Angeles Police Department (LAPD)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Duba&#239;, entre la peur et l'opulence</title>
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		<dc:date>2008-01-15T00:39:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mike Davis</dc:creator>


		<dc:subject>Urbanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Hobolo (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>
		<dc:subject>Anticapitalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sous le r&#232;gne de l'&#201;mir-PDG Cheikh Mohammed el Maktoum, son despote &#233;clair&#233; &#226;g&#233; de 58 ans, Duba&#239; est devenue la nouvelle ic&#244;ne globale de l'ing&#233;nierie urbanistique d'avant-garde. Le multimilliardaire &#171; Cheikh Mo &#187; comme le surnomment les occidentaux r&#233;sidents &#224; Duba&#239; a une ambition explicite et totalement d&#233;nu&#233;e d'humilit&#233; : &#171; Je veux &#234;tre le Num&#233;ro Un mondial. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quiconque n'essaie pas de transformer le futur restera prisonnier du pass&#233;. &#187; Mais le futur qu'el Maktoum construit &#224; Duba&#239; &#8212; sous les applaudissements des milliardaires et des multinationales du monde entier &#8212; s'apparente plut&#244;t &#224; un cauchemar &#233;merg&#233; du pass&#233; : la rencontre d'Albert Speer et de Walt Disney sur les rivages de l'Arabie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les premiers signes de r&#233;bellion sont apparus &#224; l'automne 2004, lorsque plusieurs milliers de travailleurs asiatiques d&#233;fil&#232;rent courageusement sur l'autoroute &#224; huit voies Sheikh Zayed en direction du minist&#232;re du Travail. Ils y furent acueillis par la police anti-&#233;meute et par des fonctionnaires brandissant des menaces d'expulsion massive. L'ann&#233;e 2005 fut marqu&#233;e par des manifestations et des gr&#232;ves de moindre envergure en signe de protestation contre le non paiement des salaires ou la dangerosit&#233; des conditions de travail.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Urbanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot65" rel="tag"&gt;Hobolo (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Anticapitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH100/arton519-32ef3.jpg?1780585689' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff519.jpg?1197900921&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de Mike Davis, paru sous le titre &lt;i&gt;Fear &amp; Money in Dubai&lt;/i&gt; in &lt;a href=&#034;http://newleftreview.org/?view=2635&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;New Left Review 41&lt;/a&gt;, octobre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction trouv&#233;e sur &lt;a href=&#034;http://www.mouvements.info/spip.php?mot97&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.mouvements.info/spip.php...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Votre avion commence sa descente, vous &#234;tes litt&#233;ralement scotch&#233; au hublot. La sc&#232;ne est proprement stup&#233;fiante : un archipel d'&#238;les aux tons coraliens forme un puzzle presque complet de 60 km2 imitant les contours d'une mappemonde. Des eaux vert &#233;meraude et peu profondes qui s&#233;parent les continents surgissent les silhouettes englouties des Pyramides de Gizeh et du Colis&#233;e romain. Au loin, trois autres groupes d'&#238;les en forme de palmiers enferm&#233;s dans des demi-lunes sont parsem&#233;s d'h&#244;tels de luxe, de parcs d'attractions et d'un millier de r&#233;sidences construites sur pilotis. Ces &#171; palmiers &#187; sont reli&#233;s par des digues &#224; un front de mer digne de celui de Miami, o&#249; s'alignent les h&#244;tels monumentaux, les tours r&#233;sidentielles et les marinas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'avion vire lentement en direction du d&#233;sert, un spectacle encore plus invraisemblable vous coupe le souffle : d'une for&#234;t de gratte-ciels chrom&#233;s surgit une nouvelle tour de Babel d'une hauteur invraisemblable &#8211; huit cents m&#232;tres, plus haut que deux Empire State Building empil&#233;s l'un sur l'autre. Vous n'avez pas fini de vous pincer l'avant-bras que l'avion atterrit : le centre commercial de l'a&#233;roport vous accueille, offrant aux regards concupiscents des montagnes de sacs Gucci, de montres Cartier et de lingots d'or d'un kilo pi&#232;ce. Le chauffeur de l'h&#244;tel vous attend au volant d'une Rolls Royce dernier cri. Des amis vous ont recommand&#233; l'h&#244;tel Armani et sa tour de cent soixante-dix &#233;tages, ou encore cet h&#244;tel 7 &#233;toiles dont l'atrium est si gigantesque que la Statue de la Libert&#233; pourrait s'y loger sans peine et le service si raffin&#233; que chaque chambre y dispose d'un majordome attitr&#233;. Mais vous avez pr&#233;f&#233;r&#233; r&#233;aliser un r&#234;ve d'enfant : &#234;tre le capitaine Nemo dans &lt;i&gt;Vingt mille lieues sous les mers&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre h&#244;tel en forme de m&#233;duse, l'Hydropolis, se situe &#224; vingt m&#232;tres sous la mer. Chacune de ses deux cent vingt luxueuses suites est &#233;quip&#233;e de murs de plexiglas qui offrent une vue spectaculaire sur les &#233;volutions de gracieuses sir&#232;nes et sur le c&#233;l&#232;bre &#171; feu d'artifice sous-marin &#187; : un show hallucinant &#171; d'eau, d'air et de sable tourbillonnant &#233;clair&#233;s par un jeu de lumi&#232;re sophistiqu&#233; &#187;. Votre appr&#233;hension bien naturelle quant &#224; la s&#233;curit&#233; de votre demeure sous-marine sera vite dissip&#233;e par le sourire du r&#233;ceptionniste : l'&#233;difice dispose d'un syst&#232;me de s&#233;curit&#233; high tech imparable qui le prot&#232;ge contre les missiles, les attaques a&#233;riennes et les sous-marins terroristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demain, vous avez un rendez vous d'affaires important &#224; la Cit&#233; Internet avec des clients venus de Hyderabad et Ta&#239;peh, mais vous &#234;tes arriv&#233; un jour plus t&#244;t pour vivre l'une des aventures propos&#233;es par le c&#233;l&#232;bre parc &#224; th&#232;me &#171; Restless Planet &#187; (la Plan&#232;te d&#233;cha&#238;n&#233;e !). Apr&#232;s une agr&#233;able nuit de sommeil sous-marin, vous empruntez un monorail &#224; destination de la jungle jurassique. Vous ferez d'abord connaissance avec quelques paisibles brontosaures en pleine rumination. Puis vous serez attaqu&#233;s par une horde de v&#233;lociraptors, cr&#233;atures &#171; animatroniques &#187; con&#231;ues par des experts du Museum d'Histoire naturelle de Londres et si incroyablement ressemblantes que vous ne pourrez pas vous emp&#234;cher de pousser des cris de terreur et de plaisir m&#234;l&#233;s. L'adr&#233;naline au maximum, vous couronnerez l'apr&#232;s-midi par une descente en snowboard sur une piste de &lt;i&gt;ski indoor&lt;/i&gt; (&#224; l'ext&#233;rieur, il fait plus de quarante degr&#233;s). Pas tr&#232;s loin se trouve le plus grand centre commercial du monde &#8211; le sanctuaire du c&#233;l&#232;bre Festival du Shopping qui, chaque ann&#233;e, au mois de janvier, attire des millions de consommateurs d&#233;cha&#238;n&#233;s. Mais ce sera pour plus tard : pour l'heure, vous pr&#233;f&#233;rez vous payer &#8211; &#224; prix d'or un d&#238;ner cuisine-fusion &#224; la mode tha&#239;. Une blonde spectaculaire accoud&#233;e au bar du restaurant vous d&#233;vore litt&#233;ralement des yeux. C'est une prostitu&#233;e russe. Vous vous demandez si les plaisirs de la chair sont ici aussi extravagants que ceux de la consommation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fantasmes en l&#233;vitation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bienvenue dans cet &#233;trange paradis. Mais o&#249; &#234;tes-vous donc ? Dans le nouveau roman de Margaret Atwood, dans la suite posthume du Blade Runner de Philip K. Dick ou dans la t&#234;te d'un Donald Trump sous acide ? Erreur. Vous &#234;tes &#224; Duba&#239;, ville-&#201;tat du Golfe persique, en 2010. Apr&#232;s Shangha&#239; (15 millions d'habitants), Duba&#239; (1,5 million) est le plus grand chantier du monde : le berceau d'un monde enchant&#233; enti&#232;rement d&#233;di&#233; &#224; la consommation la plus ostentatoire et, selon l'expression locale, aux &#171; modes de vie hyper haut de gamme &#187;. Malgr&#233; son climat infernal (jusqu'&#224; 49 degr&#233;s en &#233;t&#233; : les h&#244;tels les plus chics disposent de piscines r&#233;frig&#233;r&#233;es) et le voisinage de zones de conflit arm&#233;, les autorit&#233;s de Duba&#239; estiment que leur for&#234;t enchant&#233;e de 600 gratte-ciels et centres commerciaux attirera aux environs de 2010 pr&#232;s de 15 millions de visiteurs &#233;trangers par an, soit trois fois plus que la ville de New York. La compagnie Emirates Airlines a command&#233; pour pas moins de 37 milliards de dollars de nouveaux appareils Boeing et Airbus pour transporter cette masse de touristes jusqu'&#224; la nouvelle plaque tournante du traffic a&#233;rien mondial, le vaste a&#233;roport international Jebel Ali . Gr&#226;ce &#224; la fatale addiction d'une plan&#232;te d&#233;sesp&#233;r&#233;ment assoiff&#233;e de p&#233;trole arabe, cet ancien village de p&#234;cheurs et de contrebandiers est bien plac&#233; pour devenir l'une des capitales mondiales du xxie si&#232;cle. Parce qu'elle pr&#233;f&#232;re les vrais diamants au strass, Duba&#239; a d&#233;j&#224; surpass&#233; Las Vegas, cette autre vitrine d&#233;sertique du d&#233;sir capitaliste, dans la d&#233;bauche spectaculaire et la surconsommation d'eau et d'&#233;lectricit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des dizaines de m&#233;ga-projets extravagants dont l'&#171; &#206;le-Monde &#187; artificielle (o&#249; le chanteur Rod Stewart aurait acquis la &#171; Grande-Bretagne &#187; pour 33 millions de dollars), le plus haut gratte-ciel du monde (Burj Duba&#239;, con&#231;u par le cabinet d'architectes Skidmore, Owings et Merrill), l'h&#244;tel de luxe sous-marin, les dinosaures carnivores, la piste de ski indoor et le giga-centre commercial, sont d&#233;j&#224; en chantier ou au moins &#224; l'&#233;tat de projet avanc&#233; . Le Burj Al-Arab, un h&#244;tel 7 &#233;toiles en forme de voile, parfait pour tourner un futur James Bond, s'est d&#233;j&#224; rendu c&#233;l&#232;bre pour ses chambres &#224; 5 000 dollars la nuit, ses vues panoramiques sur 150 kilom&#232;tres de mer et de d&#233;sert et sa client&#232;le exclusive de familles royales arabes, de rock stars anglaises et de milliardaires russes. Quant aux dinosaures, pour le directeur financier du Mus&#233;um d'Histoire naturelle de Duba&#239;, ils &#171; seront homologu&#233;s par le Mus&#233;um de Londres et d&#233;montreront qu'on peut se cultiver tout en s'amusant &#187;&#8230; et en remplissant la caisse, puisque &#171; l'acc&#232;s au parc des dinosaures se fera exclusivement par le centre commercial &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus gros projet, Dubailand, repr&#233;sente une avanc&#233;e prodigieuse en mati&#232;re de cr&#233;ation d'univers virtuels. Il s'agit tout bonnement d'un &#171; parc &#224; th&#232;me de parcs &#224; th&#232;me &#187;, deux fois plus grand que Disney World, avec ses 300 000 employ&#233;s cens&#233;s accueillir 15 millions de visiteurs par an (ces derniers devraient y d&#233;penser un minimum de 100 dollars par jour, hors h&#233;bergement). Telle une encyclop&#233;die surr&#233;aliste, il inclut 45 grands projets de &#171; classe mondiale &#187;, dont les r&#233;pliques des jardins suspendus de Babylone, du Taj Mahal et des pyramides d'&#201;gypte , une montagne enneig&#233;e avec remont&#233;es m&#233;caniques et ours polaires, un espace d&#233;di&#233; aux &#171; sports extr&#234;mes &#187;, un village nubien, un &#171; Eco-Tourism World &#187;, un complexe thermal de style andalou, des parcours de golf, des circuits de vitesse, des pistes de course, &#171; Giants' World &#187;, &#171; Fantasia &#187;, le plus grand zoo du Moyen-Orient, plusieurs h&#244;tels 5 &#233;toiles, une galerie d'art moderne et le &#171; Mall of Arabia &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gigantisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#232;gne de l'&#201;mir-PDG Cheikh Mohammed el Maktoum, son despote &#233;clair&#233; &#226;g&#233; de 58 ans, Duba&#239; est devenue la nouvelle ic&#244;ne globale de l'ing&#233;nierie urbanistique d'avant-garde. Le multimilliardaire &#171; Cheikh Mo &#187; comme le surnomment les occidentaux r&#233;sidents &#224; Duba&#239; a une ambition explicite et totalement d&#233;nu&#233;e d'humilit&#233; : &#171; Je veux &#234;tre le Num&#233;ro Un mondial . &#187; Collectionneur enthousiaste de purs-sangs (il poss&#232;de la plus grande &#233;curie du monde) et de super yachts (le Project Platinum, une embarcation de 160 m&#232;tres de long, poss&#232;de son propre sous-marin et sa piste d'atterrissage), sa passion la plus d&#233;vorante est toutefois l'architecture &#171; extr&#234;me &#187; et l'urbanisme monumental . De fait, c'est un peu comme si le livre-culte de l'hyper-r&#233;alit&#233;, Learning From Las Vegas, de Robert Venturi, &#233;tait devenu pour l'&#233;mir de Duba&#239; ce que la r&#233;citation du Coran est aux musulmans pieux. L'une de ses plus grandes fiert&#233;s, raconte-il souvent &#224; ses h&#244;tes, est d'avoir introduit les &#171; communaut&#233;s r&#233;sidentielles ferm&#233;es &#187; de style californien (gated communities) au pays des tentes et des nomades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; cette passion d&#233;bordante pour le m&#233;tal et le b&#233;ton, le littoral d&#233;sertique de l'&#233;mirat s'est transform&#233; en un gigantesque circuit int&#233;gr&#233; sur lequel l'&#233;lite transnationale des bureaux d'&#233;tudes et des promoteurs immobiliers est invit&#233;e &#224; brancher des p&#244;les de d&#233;veloppement high tech, des complexes de loisirs, des &#238;les artificielles, des &#171; montagnes enneig&#233;es &#187; sous cloche de verre et des banlieues r&#233;sidentielles &#224; la Truman Show. Cit&#233; des mille et une villes, Duba&#239; d&#233;ploie vers le firmament une architecture gonfl&#233;e aux st&#233;ro&#239;des. Chim&#232;re fantasmagorique plus que simple patchwork, elle incarne l'accouplement monstrueux de tous les r&#234;ves d&#233;lirants des Barnum, Gustave Eiffel, Walt Disney, Steven Spielberg, Jon Jerde, Steve Wynn les architectes de Las Vegas et autres Skidmore, Owings et Merrill. Souvent compar&#233; &#224; Las Vegas, Manhattan, Orlando, Monaco et Singapour, l'&#233;mirat est tout cela &#224; la fois, mais port&#233; &#224; la dimension du mythe : un pastiche hallucinatoire du nec plus ultra en mati&#232;re de gigantisme et de mauvais go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, des dizaines d'autres villes aspirent aujourd'hui &#224; participer &#224; ce formidable et d&#233;lirant concours de Lego (y compris les voisins jaloux de Duba&#239;, les riches oasis p&#233;troli&#232;res de Doha et Bahre&#239;n ), mais ce qui distingue le projet d'El Maktoum, c'est l'exigence implacable que tout, &#224; Duba&#239;, soit &#171; world class &#187;, &#224; savoir num&#233;ro un potentiel dans le Livre des Records : le plus grand parc &#224; th&#232;me du monde, le plus gigantesque centre commercial (dot&#233; du plus grand aquarium), le plus haut gratte-ciel, le plus grand a&#233;roport international, la plus vaste &#238;le artificielle, le premier h&#244;tel sous-marin, et ainsi de suite (voir ci-dessous). Bien que cette m&#233;galomanie architecturale rappelle &#233;trangement les projets imagin&#233;s par Albert Speer et ses commanditaires pour la capitale du IIIe Reich, elle n'a rien d'irrationnel. Ayant beaucoup &#171; appris de Las Vegas &#187; (comme le recommande Venturi), El-Maktoum a compris que, si Duba&#239; voulait devenir le super-paradis consum&#233;riste du Moyen-Orient et de l'Asie du Sud (un &#171; march&#233; int&#233;rieur &#187;, selon la d&#233;finition officielle, d'environ 1,6 milliards de consommateurs), l'&#233;mirat devait constamment aspirer &#224; l'exc&#232;s visuel et urbain. Si l'on en croit Rowan Moore, les immenses montages psychotiques de kitsch fantasmagorique que nous offre la cit&#233; post-moderne visent &#224; provoquer le vertige. Vu sous cet angle, il est clair qu'El-Maktoum est un magn&#233;tiseur hors pair .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus hauts immeubles du monde :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='id85e9_c0'&gt;Nom&lt;/th&gt;&lt;th id='id85e9_c1'&gt;Site&lt;/th&gt;&lt;th id='id85e9_c2'&gt;Hauteur&lt;/th&gt;&lt;th id='id85e9_c3'&gt;Date d'ach&#232;vement&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Burj Duba&#239;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Duba&#239;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;800 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;2008&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Al Burj*&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Duba&#239;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;700 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt; ?&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Taipei 101&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Taiwan&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;508 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;2004&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Shanghai World Financial Center*&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Chine&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;490 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;2008&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Fordham Spire&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Chicago&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;472 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;2010&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Petronas Tower&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Malaisie&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;452 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;1998&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Sears Tower&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Chicago&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;442 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;1974&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Jin Mao&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Chine&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;420 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;1999&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Freedom Tower*&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Manhattan&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;415 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;2012&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Two International Finance Center&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Hong Kong&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;415 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;2003&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Emirates Tower One&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Duba&#239;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;347 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;1997&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id85e9_c0'&gt;Burj al-Arab Hotel&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c1'&gt;Duba&#239;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c2'&gt;320 m&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id85e9_c3'&gt;1999&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;* pr&#233;vu ou en construction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grands centres commerciaux du monde :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='id8911_c0'&gt;Nom&lt;/th&gt;&lt;th id='id8911_c1'&gt;Site&lt;/th&gt;&lt;th id='id8911_c2'&gt;Surface (ha)&lt;/th&gt;&lt;th id='id8911_c3'&gt;Date d'ach&#232;vement&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id8911_c0'&gt;Duba&#239; Mall*&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c1'&gt;Duba&#239;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id8911_c2'&gt;112&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c3'&gt;2008&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id8911_c0'&gt;Mall of Arabia*&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c1'&gt;Duba&#239;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id8911_c2'&gt;92&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c3'&gt;2010&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id8911_c0'&gt;Mall of China*&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c1'&gt;Chine&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id8911_c2'&gt;92&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c3'&gt; ?&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id8911_c0'&gt;Triple Five Mall*&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c1'&gt;Chine&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id8911_c2'&gt;92&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c3'&gt; ?&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id8911_c0'&gt;South China Mall&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c1'&gt;Chine&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id8911_c2'&gt;89&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c3'&gt;2005&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id8911_c0'&gt;Oriental Plaza*&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c1'&gt;Chine&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id8911_c2'&gt;79&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c3'&gt; ?&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id8911_c0'&gt;Golden Resources&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c1'&gt;Chine&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id8911_c2'&gt;67&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c3'&gt;2004&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id8911_c0'&gt;West Edmonton Mall&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c1'&gt;Canada&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id8911_c2'&gt;49&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c3'&gt;1981&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id8911_c0'&gt;Panda Mall*&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c1'&gt;Chine&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id8911_c2'&gt;46&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c3'&gt; ?&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id8911_c0'&gt;Grandview Mall&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c1'&gt;Chine&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric ' headers='id8911_c2'&gt;41&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id8911_c3'&gt;2005&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;* pr&#233;vu ou en construction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue d'un promoteur immobilier, cette monstrueuse caricature futuriste est simplement un argument de vente &#224; l'adresse du march&#233; mondial. L'un d'entre eux confiait ainsi au Financial Times : &#171; Sans Burj Duba&#239;, le Palmier ou l'&#206;le-Monde, franchement, qui parlerait de Duba&#239; aujourd'hui ? Il ne s'agit pas simplement de projets extravagants, &#224; prendre isol&#233;ment. Tous ensemble, ils contribuent &#224; construire une marque . &#187; Et, &#224; Duba&#239;, on adore les propos flatteurs d'architectes ou d'urbanistes de renom comme George Katodrytis : &#171; Duba&#239; est le prototype de la ville post-globale, dont la fonction est plut&#244;t d'&#233;veiller des d&#233;sirs que de r&#233;soudre des probl&#232;mes&#8230; Si Rome &#233;tait la &#8220;ville &#233;ternelle&#8221; et Manhattan l'apoth&#233;ose de l'urbanisme hyper-dense du xxe si&#232;cle, Duba&#239; peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le prototype &#233;mergent de la ville du xxie si&#232;cle : une s&#233;rie de proth&#232;ses urbaines et d'oasis nomades, autant de villes isol&#233;es gagnant sur la terre et sur l'eau . &#187; Dans cette qu&#234;te effr&#233;n&#233;e des records architecturaux, Duba&#239; n'a qu'un seul v&#233;ritable rival : la Chine, un pays qui compte aujourd'hui 300 000 millionnaires et devrait devenir d'ici quelques ann&#233;es le plus grand march&#233; mondial du luxe (de Gucci &#224; Mercedes) . Partis respectivement du f&#233;odalisme et du mao&#239;sme paysan, l'&#233;mirat et la R&#233;publique populaire sont tous deux parvenus au stade de l'hypercapitalisme &#224; travers ce que Trotsky appelait la &#171; dialectique du d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; &#187;. Comme l'&#233;crit Baruch Knei-Paz dans son admirable pr&#233;cis de la pens&#233;e de Trotsky : &#171; Au moment d'adopter de nouvelles structures sociales, la soci&#233;t&#233; sous-d&#233;velopp&#233;e ne les reproduit pas sous leur forme initiale, mais saute les &#233;tapes de leur &#233;volution et s'empare du produit fini. En r&#233;alit&#233;, elle va encore plus loin ; elle ne copie pas le produit tel qu'il existe dans les pays d'origine mais son &#8220;id&#233;al-type&#8221;, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle peut se permettre d'adopter directement ces nouvelles formes au lieu de repasser toutes les phases du processus de d&#233;veloppement. Ce qui explique pourquoi les dites nouvelles formes ont une plus grande apparence de perfection dans une soci&#233;t&#233; sous-d&#233;velopp&#233;e que dans une soci&#233;t&#233; avanc&#233;e. Dans cette derni&#232;re, elles n'offrent en effet qu'une approximation de l'id&#233;al, dans la mesure o&#249; elles ont &#233;volu&#233; peu &#224; peu et de fa&#231;on al&#233;atoire, limit&#233;es par les contraintes de l'exp&#233;rience historique &#187;. Dans le cas de Duba&#239; et de la Chine, le t&#233;lescopage des diverses et laborieuses &#233;tapes interm&#233;diaires du d&#233;veloppement &#233;conomique a engendr&#233; une synth&#232;se &#171; parfaite &#187; de consommation, de divertissement et d'urbanisme spectaculaire &#224; une &#233;chelle absolument pharaonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;ritable comp&#233;tition d'orgueil national entre Arabes et Chinois, cette qu&#234;te effr&#233;n&#233;e de l'hyperbole a &#233;videmment des pr&#233;c&#233;dents, telle la fameuse rivalit&#233; entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne imp&#233;riale pour construire des cuirass&#233;s dans les premi&#232;res ann&#233;es du xxe si&#232;cle. Mais peut-on parler d'une strat&#233;gie de d&#233;veloppement &#233;conomique soutenable ? Les manuels diraient sans doute que non. &#192; l'&#233;poque moderne, le gigantisme architectural est g&#233;n&#233;ralement le sympt&#244;me pervers d'une &#233;conomie en &#233;tat de surchauffe sp&#233;culative. Dans toute leur arrogance verticale, l'Empire State Building ou feu le World Trade Center sont les pierres tombales de ces &#233;poques de croissance acc&#233;l&#233;r&#233;e. Les esprits cyniques soulignent &#224; juste titre que les march&#233;s immobiliers hypertrophi&#233;s de Duba&#239; et des m&#233;tropoles chinoises jouent le r&#244;le de d&#233;versoirs pour les surprofits p&#233;troliers et industriels de l'&#233;conomie mondiale. Une suraccumulation due &#224; l'incapacit&#233; des pays riches &#224; r&#233;duire leur consommation de p&#233;trole et, dans le cas des &#201;tats-Unis, &#224; &#233;quilibrer leur balance des comptes courants. Si l'on en croit la le&#231;on des cycles &#233;conomiques ant&#233;rieurs, tout cela pourrait tr&#232;s mal finir, et dans un d&#233;lai assez rapproch&#233;. Et pourtant, comme le roi de Laputa, l'&#233;trange &#238;le flottante des Voyages de Gulliver, El-Maktoum pense avoir d&#233;couvert le secret de la l&#233;vitation &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La baguette magique de Duba&#239;, c'est &#233;videmment le &#171; pic p&#233;trolier &#187; : chaque fois que vous d&#233;pensez 50 dollars pour faire le plein de votre voiture, vous contribuez &#224; irriguer l'oasis d'El-Maktoum. Les prix du p&#233;trole sont actuellement tir&#233;s &#224; la hausse par la demande de l'industrie chinoise autant que par la peur de la guerre et du terrorisme dans les r&#233;gions productrices. D'apr&#232;s le Wall Street Journal, &#171; les consommateurs ont d&#233;pens&#233; en produits p&#233;troliers 12 000 milliards de dollars de plus en 2004 et 2005 qu'en 2003 &#187;. Comme dans les ann&#233;es 1970, il s'op&#232;re un transfert de richesse gigantesque, qui est aussi un facteur de d&#233;s&#233;quilibre, entre pays consommateurs et pays producteurs de p&#233;trole. En outre, on voit pointer &#224; l'horizon le &#171; pic de Hubbert &#187;, &#224; savoir le moment &#224; partir duquel les nouvelles r&#233;serves de p&#233;troles ne pourront plus satisfaire la demande mondiale, propulsant les prix du brut &#224; des niveaux carr&#233;ment stratosph&#233;riques. Dans un sc&#233;nario &#233;conomique utopique, ces gigantesques profits pourraient servir &#224; financer la conversion de l'&#233;conomie mondiale &#224; l'&#232;re de l'&#233;nergie renouvelable, en &#233;tant investis dans la r&#233;duction des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre et l'augmentation de l'efficacit&#233; &#233;cologique des syst&#232;mes urbains. Mais, dans le monde r&#233;el du capitalisme, ils alimentent la d&#233;bauche de luxe apocalyptique dont Duba&#239; est l'illustration exemplaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le miami du Golfe Persique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; entendre ses thurif&#233;raires, Duba&#239; est parvenu &#224; cet &#233;tat de gr&#226;ce en grande partie gr&#226;ce &#224; l'esprit visionnaire que El-Maktoum a h&#233;rit&#233; de son p&#232;re, Sheikh Rashid, qui &#171; a investi toute son &#233;nergie et ses ressources financi&#232;res dans la transformation de son &#233;mirat en une vaste plate-forme &#233;conomique mondialis&#233;e et un v&#233;ritable paradis de la libre entreprise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'irr&#233;sistible ascension de Duba&#239;, comme celle des &#201;mirats &lt;br class='autobr' /&gt;
arabes unis en g&#233;n&#233;ral, doit beaucoup &#224; une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements g&#233;opolitiques parfaitement fortuits. Paradoxalement, le principal atout de Duba&#239;, c'est la maigreur de ses r&#233;serves de p&#233;trole offshore, aujourd'hui &#233;puis&#233;es. Avec son minuscule arri&#232;re-pays d&#233;pourvu de la richesse g&#233;ologique du Kowe&#239;t ou d'Abou Dhabi, Duba&#239; a &#233;chapp&#233; &#224; la pauvret&#233; en adoptant la strat&#233;gie de Singapour et en devenant le principal centre du commerce, des finances et des loisirs dans le Golfe. Version postmoderne de la &#171; ville-pi&#232;ge &#187; &#8212; telle la Mahagonny de Brecht &#8212;, elle a su intercepter les superprofits du commerce p&#233;trolier et les r&#233;investir dans la seule v&#233;ritable ressource naturelle in&#233;puisable d'Arabie : le sable. (De fait, &#224; Duba&#239;, les m&#233;ga-projets sont mesur&#233;s en volume de sable d&#233;plac&#233; : 30 millions de m&#232;tres cube pour l'&#171; &#206;le-Monde &#187;, par exemple). Si la nouvelle vague de gigantisme immobilier incarn&#233;e entre autres par Dubailand atteint ses objectifs, vers 2010, la totalit&#233; du PIB de Duba&#239; proviendra d'activit&#233;s non-p&#233;troli&#232;res comme la finance et le tourisme .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arri&#232;re-fond des ambitions exceptionnelles de Duba&#239;, il y a sa longue histoire de refuge pour pirates, contrebandiers et trafiquants d'or. &#192; la fin de l'&#232;re victorienne, un trait&#233; donna &#224; Londres tout pouvoir sur la politique &#233;trang&#232;re de l'&#233;mirat, ce qui eut pour effet de le maintenir &#224; l'&#233;cart du contr&#244;le de la cour ottomane et de ses percepteurs. Cette autonomie relative permit &#233;galement &#224; la dynastie El-Maktoum de tirer profit de sa souverainet&#233; sur le seul port naturel en eaux profondes de la &#171; C&#244;te des Pirates &#187;, longue de 650 kilom&#232;tres. La p&#234;che des perles et la contrebande rest&#232;rent les deux piliers de l'&#233;conomie locale jusqu'au moment o&#249;, sous l'effet de la richesse p&#233;troli&#232;re, l'expertise commerciale et les facilit&#233;s portuaires de l'&#233;mirat devinrent un atout sur le march&#233; r&#233;gional. Jusqu'en 1956, date o&#249; fut construit le premier &#233;difice en b&#233;ton, l'ensemble de la population vivait dans un habitat traditionnel de type barastri, sous des toits de palme, consommait l'eau du puits du village et faisait pa&#238;tre ses ch&#232;vres au milieu des rues &#233;troites .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, peu apr&#232;s le retrait britannique de la p&#233;ninsule arabique en 1968, le Cheik Rashid s'associa au dirigeant d'Abu Dhabi, le Cheik Zayed, pour cr&#233;er les &#201;mirats arabes unis, une f&#233;d&#233;ration de type f&#233;odal mobilis&#233;e contre la menace commune de la gu&#233;rilla marxiste d'Oman, puis du r&#233;gime islamiste iranien. Abu Dhabi poss&#233;dait la majorit&#233; des ressources p&#233;troli&#232;res des &#201;mirats (presque un douzi&#232;me des r&#233;serves mondiales prouv&#233;es d'hydrocarbures) mais Duba&#239; &#233;tait le port et le centre commercial le mieux situ&#233;. Quand le petit port d'origine se r&#233;v&#233;la trop petit pour absorber l'essor du commerce, les &#233;mirs utilis&#232;rent une partie des profits du premier choc p&#233;trolier pour aider Duba&#239; &#224; financer la construction du plus grand port artificiel du monde, achev&#233; en 1976. Apr&#232;s la r&#233;volution khomeyniste de 1979, Duba&#239; devint &#233;galement le Miami du Golfe persique en accueillant un grand nombre d'exil&#233;s iraniens. Nombre d'entre eux se sp&#233;cialis&#232;rent dans le trafic d'or, de cigarettes et d'alcool &#224; destination de l'Inde et de leur tr&#232;s puritaine patrie d'origine. Plus r&#233;cemment, sous le regard indulgent de T&#233;h&#233;ran, Duba&#239; a attir&#233; de nombreux Iraniens ais&#233;s qui utilisent la ville comme plate-forme commerciale et enclave binationale, plus &#224; la mani&#232;re de Hong-Kong que de Miami. On estime que ces nouveaux immigrants de luxe contr&#244;lent pr&#232;s de 30 % du march&#233; de la construction immobili&#232;re de l'&#233;mirat . Entre les ann&#233;es 1980 et le d&#233;but des ann&#233;es 1990, sur la base de ces connexions plus ou moins clandestines, Duba&#239; est devenu la capitale r&#233;gionale du blanchiment d'argent sale ainsi que le repaire de truands et de terroristes notoires. Le Wall Street Journal d&#233;crit comme suit la face cach&#233;e de la ville : &#171; Avec ses souks de n&#233;gociants d'or et de diamants, ses maisons de troc et ses bureaux de transferts d'argent informels, Duba&#239; prosp&#232;re sur tout un r&#233;seau opaque de relations personnelles et d'all&#233;geances claniques. Contrebandiers, trafiquants d'armes, financiers du terrorisme et professionnels du blanchiment profitent du laxisme ambiant, m&#234;me si l'essentiel des affaires trait&#233;es dans l'&#233;mirat sont l&#233;gales . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 2006, les congressistes am&#233;ricains se sont fortement &#233;mus de l'OPA lanc&#233;e par la compagnie Duba&#239; Port World sur la Peninsular and Oriental Steam Navigation Company, une entreprise londonienne qui g&#232;re de nombreux ports aux &#201;tats-Unis.L'&#233;ventualit&#233; &#8211; et les risques suppos&#233;s- de la cession d'installations portuaires am&#233;ricaines &#224; un pays du Moyen-Orient provoqua un tel scandale dans les m&#233;dias que, malgr&#233; le soutien de l'administration Bush, Duba&#239; d&#251;t renoncer &#224; l'affaire. La part de pur et simple racisme anti-arabe est ind&#233;niable dans cette r&#233;action (les activit&#233;s portuaires am&#233;ricaines sont d&#233;j&#224; largement pass&#233;es sous contr&#244;le d'entreprises &#233;trang&#232;res), mais la &#171; connexion terroriste &#187; de Duba&#239;, effet collat&#233;ral de son r&#244;le de &#171; Suisse du Golfe &#187;, est loin d'&#234;tre un fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les attentats du 11 septembre 2001, une ample documentation illustre le r&#244;le de Duba&#239; comme &#171; centre financier des groupes islamistes radicaux &#187;, en particulier Al-Qa&#239;da et les Taliban. D'apr&#232;s un ancien haut fonctionnaire du Tr&#233;sor am&#233;ricain, &#171; tous les chemins m&#232;nent &#224; Duba&#239; lorsqu'on s'int&#233;resse &#224; l'argent [du terrorisme] &#187;. Oussama Ben Laden aurait ainsi transf&#233;r&#233; de grosses sommes via la Duba&#239; Islamic Bank, qui appartient au gouvernement de l'&#233;mirat, tandis que les Taliban seraient pass&#233;s par ses souks pour transformer les taxes pr&#233;lev&#233;es sur les producteurs d'opium afghans &#8211; pay&#233;es en lingots d'or &#8212; en dollars parfaitement l&#233;gaux . Dans son livre &#224; succ&#232;s Ghost Wars, Steve Coll affirme qu'apr&#232;s les attentats d&#233;vastateurs d'Al-Qa&#239;da contre les ambassades am&#233;ricaines de Nairobi et Dar-es-Salaam, la CIA dut annuler en derni&#232;re minute un plan visant &#224; liquider Ben Laden &#224; l'aide de missiles de croisi&#232;re alors qu'il avait &#233;t&#233; rep&#233;r&#233; dans le sud de l'Afghanistan : le chef terroriste y chassait en effet le faucon en compagnie d'un membre non identifi&#233; d'une famille royale des &#201;mirats. D'apr&#232;s Steve Coll, la CIA &#171; soup&#231;onnait &#233;galement des C-130 d&#233;collant de Duba&#239; de transporter des armes &#224; destination des Taliban &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, on sait que pendant pr&#232;s dix ans, le fief de El Maktoum a servi de refuge de luxe au Al Capone de Bombay, le l&#233;gendaire truand Dawood Ibrahim.Sa pr&#233;sence dans l'&#233;mirat &#224; la fin des ann&#233;es 1980 n'&#233;tait pas franchement discr&#232;te : &#171; Dawood coulait des jours heureux &#224; Duba&#239;, &#233;crit Suketu Mehta ;il y recr&#233;ait Bombay en organisant des f&#234;tes d&#233;brid&#233;es o&#249; il faisait venir les plus grandes stars du cin&#233;ma de Bollywood et les joueurs de cricket de la ville ; il avait pour ma&#238;tresse une jolie stralette, Mandakini &#187;. D&#233;but 1993, selon le gouvernement indien, Dawood &#8212; qui travaillait avec les services de renseignement pakistanais &#8211; organisa depuis Duba&#239; les &#233;pouvantables attentats du &#171; Vendredi noir &#187; &#224; Bombay, qui provoqu&#232;rent la mort de 257 personnes . L'Inde demanda &#224; Duba&#239; l'arrestation imm&#233;diate de Dawood, mais celui-ci qui fut autoris&#233; &#224; s'envoler pour Karachi, o&#249; il vit toujours sous la protection du gouvernement pakistanais. Son organisation criminelle, la &#171; D-Company &#187;, poursuivrait n&#233;anmoins ses activit&#233;s dans l'&#233;mirat .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zone de guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duba&#239; est aujourd'hui un partenaire respect&#233; de Washington dans sa &#171; Guerre contre le terrorisme &#187; &#8212; elle sert notamment de base aux Am&#233;ricains pour espionner l'Iran . Mais il est probable que El-Maktoum, comme les autres dirigeants des &#201;mirats, conserve un canal ouvert avec les islamistes radicaux. Si Al-Qa&#239;da le voulait, il pourrait sans aucun doute transformer en &#171; tours infernales &#187; le Burj Al-Arab et d'autres gratte-ciel embl&#233;matiques du paysage urbain de l'&#233;mirat. Mais jusqu'&#224; maintenant, Duba&#239; est l'une des seules villes de la r&#233;gion &#224; avoir compl&#232;tement &#233;chapp&#233; aux attentats &#224; la voiture pi&#233;g&#233;e et aux attaques contre les touristes occidentaux. C'est tr&#232;s probablement d&#251; au statut de l'&#233;mirat en tant que zone de blanchiment d'argent et refuge haut de gamme, tout comme Tanger dans les ann&#233;es 1940 ou Macao dans les ann&#233;es 1960. Le d&#233;veloppement de son &#233;conomie souterraine est la meilleure police d'assurance de Duba&#239; contre les attentats suicides et autres d&#233;tournements d'avion.En fait, m&#234;me si c'est par des voies peu orthodoxes et souvent imp&#233;n&#233;trables, on peut dire que Duba&#239; vit litt&#233;ralement de la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gigantesque complexe portuaire de Jebel Ali, par exemple, tire un immense profit des flux commerciaux engendr&#233;s par l'invasion am&#233;ricaine de l'Irak. Quant au Terminal num&#233;ro deux de l'a&#233;roport de Duba&#239;, assid&#251;ment fr&#233;quent&#233; par les salari&#233;s de la firme Halliburton, les mercenaires priv&#233;s travaillant pour l'arm&#233;e am&#233;ricaine et les troupes r&#233;guli&#232;res en transit pour Bagdad ou Kaboul, on a pu le d&#233;crire comme le &#171; terminal commercial le plus actif du monde &#187;, et ce au service de la machine de guerre &#233;tats-unienne au Moyen-Orient . L'apr&#232;s 11 septembre 2001 a aussi contribu&#233; &#224; r&#233;orienter les flux d'investissements internationaux au profit de Duba&#239; ; au lendemain des attentats d'Al-Qa&#239;da, les &#201;tats p&#233;troliers du Golfe, traumatis&#233;s par la furie des Chr&#233;tiens fondamentalistes de Washington et par les poursuites engag&#233;es par les survivants du World Trade Center, ont cess&#233; de consid&#233;rer les &#201;tats-Unis comme un refuge fiable pour leurs p&#233;trodollars. On estime qu'&#224; eux seuls, les Saoudiens paniqu&#233;s ont rapatri&#233; au moins un tiers de leurs avoirs outre-mer, qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars. M&#234;me si les esprits se sont calm&#233;s depuis, Duba&#239; a &#233;norm&#233;ment b&#233;n&#233;fici&#233; du choix durable fait par les dynasties p&#233;troli&#232;res d'investir dans la r&#233;gion plut&#244;t qu'&#224; l'ext&#233;rieur. Comme le souligne Edward Chancellor, &#171; &#224; la diff&#233;rence du boom de la fin des ann&#233;es 1970, une part relativement r&#233;duite des surprofits p&#233;troliers actuels ont &#233;t&#233; directement investis au &#201;tats-Unis ou m&#234;me inject&#233;s dans le syst&#232;me bancaire international. Cette fois, une bonne partie de l'argent du p&#233;trole est rest&#233;e sur place, et la fr&#233;n&#233;sie sp&#233;culative se joue essentiellement sur la sc&#232;ne r&#233;gionale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en 2004, les Saoudiens (dont on estime que 500 000 d'entre eux se rendent &#224; Duba&#239; au moins une fois par an) auraient englouti pr&#232;s de 7 milliards de dollars dans les grands projets immobiliers de l'&#233;mirat. Ce sont des Saoudiens, mais aussi des investisseurs d'Abu Dhabi, du Kowe&#239;t, d'Iran et m&#234;me de l'&#233;mirat rival de Qatar, qui financent les d&#233;lires de Dubailand (dont les promoteurs officiels sont deux milliardaires de Duba&#239;, les fr&#232;res Galadari) ainsi que d'autres chim&#232;res pharaoniques . Bien que les &#233;conomistes mettent l'accent sur le r&#244;le strat&#233;gique des investissements boursiers dans le boom du Golfe persique, la r&#233;gion regorge de cr&#233;dit bon march&#233; gr&#226;ce &#224; une augmentation de 60 % des d&#233;p&#244;ts de garantie et &#224; la politique mon&#233;taire accommodante de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale am&#233;ricaine (les devises des &#233;mirats du Golfe sont toutes align&#233;es sur le dollar) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t bien la musique sur laquelle dansent les p&#233;trodollars. &#171; La majorit&#233; des biens immobiliers du nouveau Duba&#239;, explique Business Week, sont acquis &#224; des fins de sp&#233;culation, avec de toutes petites mises de d&#233;part. Ce qui permet de faire la culbute, comme &#224; Miami . &#187; Mais &#224; force de faire la culbute, on finit souvent par terre, pr&#233;disent certains &#233;conomistes. La chute de Duba&#239; co&#239;ncidera-t-elle avec l'explosion de cette bulle immobili&#232;re, ou bien, sous l'effet du &#171; pic p&#233;trolier &#187;, cette Laputa des sables continuera-t-elle de flotter au-dessus des contradictions de l'&#233;conomie-monde ? Rien ne vient &#233;branler la confiance d'El-Maktoum en son &#233;toile : &#171; Aux capitalistes, je dirai que ce n'est pas Duba&#239; qui a besoin d'investisseurs, mais les investisseurs qui ont besoin de Duba&#239;. Et si j'ai un conseil &#224; leur donner, c'est qu'ils courent plus de risque &#224; laisser dormir leur argent qu'&#224; l'investir chez nous . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe-roi de Duba&#239; (l'un des projets d'&#238;le artificielle sera d'ailleurs une r&#233;plique g&#233;ante d'une &#233;pigramme de son cru) sait parfaitement que c'est la peur qui tire &#224; la hausse les revenus p&#233;troliers qui ont permis de transformer les dunes de sable en for&#234;t de gratte-ciel et de centres commerciaux. Chaque fois que des rebelles font exploser un pipeline dans le delta du Niger, chaque fois qu'un martyr lance son camion pi&#233;g&#233; contre un immeuble de Riyad, chaque fois que Washington et Tel Aviv piquent une col&#232;re contre T&#233;h&#233;ran, le prix du p&#233;trole (et les revenus de Duba&#239;) b&#233;n&#233;ficie de la hausse du niveau g&#233;n&#233;ral d'anxi&#233;t&#233; sur les tout puissants march&#233;s de futures. Autrement dit, la capitalisation des &#233;conomies du Golfe n'est pas seulement index&#233;e sur la production de p&#233;trole, mais aussi sur la crainte d'une interruption de l'approvisionnement. D'apr&#232;s une enqu&#234;te r&#233;cente de l'hebdomadaire Business Week, &#171; l'ann&#233;e derni&#232;re, le monde a vers&#233; aux &#201;tats p&#233;troliers du Golfe environ 120 milliards de dollars de bonus en raison des craintes de perturbation de l'approvisionnement. Certains esprits cyniques avancent que les producteurs de p&#233;trole sont fort satisfaits de cette ambiance d'anxi&#233;t&#233; vu qu'elle accro&#238;t consid&#233;rablement leurs profits &#187;. D'apr&#232;s un des experts interrog&#233;s par Business Week, &#171; la peur est une v&#233;ritable manne pour les pays producteurs de p&#233;troles &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette manne, les magnats du p&#233;trole pr&#233;f&#232;rent la d&#233;penser dans une oasis tranquille entour&#233;e de hauts murs. Avec sa souverainet&#233; garantie en dernier ressort par les porte-avions nucl&#233;aires am&#233;ricains qui mouillent fr&#233;quemment dans le port de Jebel Ali, et peut-&#234;tre aussi par des accords secrets (n&#233;goci&#233;s &#224; l'occasion de chasses au faucon en Afghanistan ?) entre les princes des &#201;mirats et le terrorisme islamique, Duba&#239; est un paradis ultra-s&#233;curis&#233;, avec son secret bancaire &#224; la suisse, ses arm&#233;es de portiers, de gardiens et autres nervis charg&#233;s de prot&#233;ger ses sanctuaires du luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des agents de s&#233;curit&#233; se chargent de d&#233;courager les touristes tent&#233;s de jeter un coup d'&#339;il furtif au Burj Al-Arab sur son &#238;lot priv&#233;.Quant aux clients, bien entendu, ils d&#233;barquent en Rolls Royce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le beach club de Milton friedman&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, Duba&#239; est une grande communaut&#233; ferm&#233;e, la plus grande Zone verte du monde. Plus encore que Singapour ou le Texas, elle est la parfaite expression des valeurs n&#233;o-lib&#233;rales du capitalisme contemporain : une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement conforme &#224; l'imaginaire des Chicago boys. De fait, Duba&#239;, est l'incarnation du r&#234;ve des r&#233;actionnaires am&#233;ricains &#8212; une oasis de libre-entreprise sans imp&#244;ts, sans syndicats et sans partis d'opposition (ni &#233;lections, d'ailleurs). Comme il se doit dans un paradis de la consommation, sa f&#234;te nationale &#8212; non officielle &#8212;, qui d&#233;finit aussi son image plan&#233;taire, est le fameux Festival du Shopping, parrain&#233; par les vingt-cinq centres commerciaux de la ville. Ce grand moment de folie consum&#233;riste d&#233;marre tous les 12 janvier et attire pendant un mois quatre millions de consommateurs haut de gamme, provenant essentiellement du Moyen-Orient et d'Asie du Sud .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absolutisme f&#233;odal qui r&#232;gne &#224; Duba&#239; &#8212; la dynastie El Maktoum poss&#232;de l'int&#233;gralit&#233; du territoire de l'&#233;mirat &#8212; est vendu au monde ext&#233;rieur comme le nec plus ultra de la culture d'entreprise &#233;clair&#233;e, et la confusion entre politique et management est un mot d'ordre officiel : &#171; Les gens consid&#232;rent notre Prince comme le PDG de Duba&#239;. Tout simplement parce qu'il dirige vraiment le pays comme une entreprise priv&#233;e pour le bien du secteur priv&#233;, pas pour celui de l'&#201;tat &#187;, explique Sa&#239;d El Muntafiq, directeur de la Duba&#239; Development and Investment Authority. Si le pays est une grande firme, comme ne cesse de l'affirmer El Maktoum, alors le &#171; gouvernment repr&#233;sentatif &#187; n'a plus de raison d'&#234;tre : apr&#232;s tout, General Electric et Exxon ne sont pas des d&#233;mocraties et personne &#8211; &#224; l'exception de quelques bolch&#233;viques enrag&#233;s &#8212; n'exige qu'elles le deviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Duba&#239;, le gouvernement se confond pratiquement avec l'entreprise priv&#233;e. Tout en contr&#244;lant les rouages administratifs de l'&#201;tat, les hauts responsables de l'&#233;mirat &#8212; tous roturiers et recrut&#233;s sur la base de leur m&#233;rite &#8212; sont &#224; la t&#234;te d'une grande entreprise de BTP propri&#233;t&#233; de la famille El Maktoum. En r&#233;alit&#233;, le &#171; gouvernement &#187; est une &#233;quipe de gestion de portefeuille dirig&#233;e par trois managers de haut vol qui sont en concurrence pour ass&#251;rer &#224; la dynastie le meilleur retour sur investissement possible (voir tableau page suivante). &#171; Dans un tel syst&#232;me, &#233;crit William Wallis, la notion de conflit d'int&#233;r&#234;t n'a pas vraiment droit de cit&#233; &#187;. Dans la mesure o&#249; l'&#233;mirat est aux mains d'un seul propri&#233;taire qui monopolise l'&#233;norme quantit&#233; de rentes et de revenus fonciers qui s'accumulent dans ses caisses, Duba&#239; peut largement se passer de l'appareil de pr&#233;l&#232;vement fiscal &#8211; droits de douane, imp&#244;ts directs et indirects, etc.&#8211; sans lequel ne sauraient suvivre les autres gouvernements. Ce taux d'imposition quasi nul stimule les investissements immobiliers, tandis que les voisins d'Abu Dhabi, riches en p&#233;trole, assurent le financement des fonctions r&#233;galiennes, dont la diplomatie et la d&#233;fense, qui d&#233;pendent de l'administration f&#233;d&#233;rale des &#201;mirats. Celle-ci est elle-m&#234;me un condominium charg&#233; de g&#233;rer les int&#233;r&#234;ts des Cheiks au pouvoir et de leur famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triumvirat (nom, secteur public, Secteur priv&#233;) :&lt;br class='manualbr' /&gt;Mohammed El Gergawi : Conseil ex&#233;cutif e&lt;strong&gt;t&lt;/strong&gt; Duba&#239; Holdings &lt;br class='manualbr' /&gt;Mohammed Alabbar : D&#233;p. du D&#233;veloppement &#233;conomique &lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt; Emaar (immobilier)&lt;br class='manualbr' /&gt;Sultan Ahmed ben Sulayem : Port de Jebel Ali &lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt; Nakheel (immobilier)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me veine, &#224; Duba&#239;, la libert&#233; individuelle est une variable du &#171; business plan &#187;, pas un droit constitutionnel, et encore moins un &#171; droit inali&#233;nable &#187;. El Maktoum et ses lieutenants doivent arbitrer entre, d'un c&#244;t&#233;, l'autorit&#233; tribale et la loi islamique et, de l'autre, la culture d'entreprise et l'h&#233;donisme d&#233;cadent import&#233;s d'Occident. L'ing&#233;nieuse solution de ce dilemme est, pourrait-on dire, un r&#233;gime de &#171; libert&#233;s modul&#233;es &#187; fond&#233; sur une s&#233;paration spatiale rigoureuse des diverses fonctions &#233;conomiques et des classes sociales, elles-m&#234;mes ethniquement diff&#233;renci&#233;es. Pour en comprendre le fonctionnement concret, une vision d'ensemble de la strat&#233;gie de d&#233;veloppement de l'&#233;mirat est indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duba&#239; est surtout connue pour ses extravagances touristiques, mais la ville-&#201;tat a pour ambition premi&#232;re de capter le plus de valeur ajout&#233;e possible &#224; travers toute une s&#233;rie de zones franches et de p&#244;les de d&#233;veloppement high tech. &#171; Pour se transformer en m&#233;galopole, &#233;crit un journaliste d'ABC, une des strat&#233;gies de ce petit comptoir c&#244;tier a consist&#233; &#224; n'h&#233;siter devant aucune concession pour inciter les entreprises &#224; investir et s'implanter &#224; Duba&#239;. Dans certaines zones franches, les investisseurs &#233;trangers peuvent l&#233;galement poss&#233;der jusqu'&#224; 100 % des actifs, sans avoir &#224; payer aucun imp&#244;t ni aucun droit de douane . &#187; La premi&#232;re zone de ces zones franches, &#233;tablie dans les limites du district portuaire de Jebel Ali, accueille aujourd'hui plusieurs milliers d'entreprises commerciales et industrielles. Elle est la t&#234;te de pont des firmes am&#233;ricaines vers l'Arabie saoudite et les march&#233;s du Golfe .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'essentiel de la croissance &#224; venir reposera sur tout un archipel de p&#244;les de d&#233;veloppement sp&#233;cialis&#233;s. Les plus grandes de ces villes dans la ville sont : Internet City, qui est d'ores et d&#233;j&#224; le principal centre de technologie de l'information du monde arabe et accueille les filiales de Dell, Hewlett-Packard, Microsoft, etc. ; Media City, si&#232;ge du r&#233;seau de t&#233;l&#233;vision satellitaire Al Arabiya et de nombreux autres conglom&#233;rats internationaux de la communication ; et le Duba&#239; International Financial Centre, dont El Maktoum esp&#232;re qu'il deviendra la premi&#232;re place boursi&#232;re &#224; mi-chemin de l'Europe et de l'Est asiatique, &#224; destination des investisseurs &#233;trangers all&#233;ch&#233;s par l'&#233;norme r&#233;servoir de revenus p&#233;trolier du Golfe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre ces m&#233;ga-enclaves, dont chacune emploie des dizaines de milliers de personnes, Duba&#239; accueille &#233;galement (ou pr&#233;voit de construire) : une Cit&#233; de l'Aide humanitaire, destin&#233;e aux interventions d'urgence en cas de catastrophe ; une zone franche d&#233;di&#233;e &#224; la vente de voitures d'occasion ; un centre international des m&#233;taux et des mati&#232;res premi&#232;res ; le si&#232;ge de l'Association internationale des Joueurs d'&#201;checs, &#224; savoir une &#171; Cit&#233; des &#201;checs &#187; b&#226;tie en forme d'&#233;chiquier, avec deux tours &#171; royales &#187; de 64 &#233;tages ; et un Village de la Sant&#233; associ&#233; &#224; la facult&#233; de m&#233;decine Harvard, qui offrira aux classes privil&#233;gi&#233;es de la r&#233;gion la technologie m&#233;dicale am&#233;ricaine la plus avanc&#233;e (co&#251;t : 6 milliards de dollars) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duba&#239; n'est &#233;videmment pas la seule ville de la r&#233;gion &#224; poss&#233;der des zones franches et des p&#244;les de d&#233;veloppement high tech, mais elle est la seule &#224; offrir &#224; ces enclaves un r&#233;gime juridique d'exception taill&#233; sur mesure pour les investisseurs &#233;trangers et les cadres sup&#233;rieurs d&#233;localis&#233;s. Comme le souligne le Financial Times, &#171; ces niches de profit autor&#233;gul&#233;es sont au c&#339;ur de la strat&#233;gie de d&#233;veloppement de Duba&#239; . &#187; Ainsi, Media City est pratiquement libre de la censure qui r&#232;gne dans le reste de la ville, tandis que l'acc&#232;s &#224; la toile n'est pas filtr&#233; &#224; Internet City. Les &#201;mirats ont autoris&#233; Duba&#239; &#224; mettre en place un &#171; syst&#232;me &#233;conomique enti&#232;rement autonome, copi&#233; de l'Occident et travaillant en dollars et en anglais &#187;. Non sans susciter des protestations, Duba&#239; a &#233;galement import&#233; des juristes et des magistrats britanniques retrait&#233;s et sp&#233;cialis&#233;s en th&#232;mes financiers pour gagner la confiance des investisseurs en d&#233;montrant qu'elle appliquait les m&#234;mes r&#233;gles du jeu que Zurich, Londres et New York . Parall&#232;lement, en mai 2002, pour assurer la vente rapide des luxueuses villas de Palm Jumeirah et des &#238;lots priv&#233;s de l'&#206;le-Monde, El Maktoum a annonc&#233; une v&#233;ritable &#171; r&#233;volution immobili&#232;re &#187; qui permettra aux &#233;trangers d'en devenir les propri&#233;taires d&#233;finitifs, au lieu de b&#233;n&#233;ficier d'un simple bail de 99 ans, comme c'est le cas partout ailleurs dans la r&#233;gion .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non content de tol&#233;rer ces enclaves de laissez-faire &#233;conomique et de libert&#233; d'expression, l'&#233;mirat est connu pour sa mansu&#233;tude &#224; l'&#233;gard des vices occidentaux &#8212; &#224; l'exception de la consommation de drogue. Contrairement &#224; ce qui se passe en Arabie saoudite ou m&#234;me &#224; Kowe&#239;t City, l'alcool coule &#224; flots dans les h&#244;tels et les bars pour &#233;trangers de la ville, et personne ne s'indigne de voir des jeunes femmes en bustier l&#233;ger ou m&#234;me des baigneuses en string sur la plage. Duba&#239; &#8212; tous les guides les plus branch&#233;s vous le confirmeront &#8212; est aussi le &#171; Bangkok du Moyen-Orient &#187;, avec ses milliers de prostitu&#233;es russes, arm&#233;niennes, indiennes ou iraniennes contr&#244;l&#233;es par diverses mafias et gangs transnationaux. Les filles russes accoud&#233;es au bar sont la fa&#231;ade glamour d'un sinistre trafic bas&#233; sur les enl&#232;vements, l'esclavage sexuel et la violence sadique. Bien entendu, la modernissime administration d'El Maktoum nie toute responsabilit&#233; dans cette industrie du sexe florissante, m&#234;me si les initi&#233;s savent parfaitement que les putes sont indispensables pour remplir les h&#244;tels cinq &#233;toiles d'hommes d'affaires europ&#233;ens et arabes . Quand les &#233;trangers vantent l'exceptionnelle &#171; ouverture &#187; de Duba&#239;, c'est &#224; cette permissivit&#233; libidineuse qu'ils font allusion, pas &#224; la libert&#233; syndicale ou &#224; celle de la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une majorit&#233; de serfs invisibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les &#233;mirats voisins, Duba&#239; a atteint la perfection dans l'art d'exploiter les travailleurs. Dans un pays qui n'a aboli l'esclavage qu'en 1963, les syndicats, les gr&#232;ves et les agitateurs sont g&#233;n&#233;ralement hors la loi, et 99 % des salari&#233;s du secteur priv&#233; sont des &#233;trangers expulsables sur-le-champ. De fait, la sauvagerie des rapports sociaux qui r&#232;gnent &#224; Duba&#239; a de quoi mettre l'eau &#224; la bouche des t&#234;tes pensantes de l'American Enterprise et autres Cato Institute .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet de la pyramide, on trouve bien entendu les El Maktoum et leurs cousins, qui poss&#232;dent le moindre grain de sable exploitable sur le territoire du royaume. Ensuite, viennent les autochtones, 15 % de la population (souvent descendants d'arabophones du sud de l'Iran) qui forment une classe d'oisifs privil&#233;gi&#233;s reconnaissables &#224; leur uniforme, la djellabah blanche, baptis&#233;e dishdash dans la p&#233;ninsule arabique. En &#233;change de leur soumission &#224; la dynastie, ils re&#231;oivent de g&#233;n&#233;reuses prestations sociales, une &#233;ducation gratuite, des logements sociaux et des emplois publics. &#192; l'&#233;chelon inf&#233;rieur, on trouve une couche de mercenaires choy&#233;s par le r&#233;gime : plus de cent mille expatri&#233;s en provenance du Royaume-Uni (sans compter les cent mille autres citoyens britanniques qui poss&#232;dent une r&#233;sidence secondaire &#224; Duba&#239;) c&#244;toient les milliers de cadres et de sp&#233;cialistes europ&#233;ens, libanais, iraniens et indiens qui profitent &#224; fond de leur opulence climatis&#233;e, agr&#233;ment&#233;e de deux mois de cong&#233;s pay&#233;s outremer tous les &#233;t&#233;s. Les membres du contingent britannique, avec &#224; leur t&#234;te le footballeur David Beckham (qui a achet&#233; une plage) et le chanteur Rod Stewart (heureux propri&#233;taire d'une &#238;le), sont sans doute les principaux thurif&#233;raires du paradis d'El Maktoum. Ils sont nombreux &#224; s'&#233;panouir voluptueusement dans un cadre qui leur rappelle les splendeurs disparues du Raj et les d&#233;lectables contreparties du fardeau de l'homme blanc. L'&#233;mirat est pass&#233; ma&#238;tre dans l'art de cultiver la nostalgie coloniale .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si Duba&#239; ressemble un peu &#224; un Empire britannique en mod&#232;le r&#233;duit, c'est aussi pour des raisons moins frivoles. La grande masse de la population y est constitu&#233;e de travailleurs sous contrat venus d'Asie du Sud, &#233;troitement d&#233;pendants d'un unique employeur et soumis &#224; un contr&#244;le social de type totalitaire. Une myriade de domestiques philippines, srilankaises et indiennes veillent au bien-&#234;tre fastueux des &#233;lites, tandis que le boom immobilier (qui emploie un quart de la main-d'&#339;uvre) repose sur une arm&#233;e de Pakistanais et d'Indiens sous-pay&#233;s &#8212; le plus gros contingent vient du Kerala &#8212; travaillant douze heures par jour, six jours et demi par semaine, par des temp&#233;ratures infernales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de ses voisins, Duba&#239; viole syst&#233;matiquement les r&#232;gles de l'OIT et refuse de signer la Convention des Nations unies sur les droits des travailleurs migrants. En 2003, l'ONG Human Rights Watch a accus&#233; les &#201;mirats arabes unis de construire leur prosp&#233;rit&#233; sur le &#171; travail forc&#233; &#187;. De fait, comme le soulignait r&#233;cemment le quotidien britannique The Independent &#171; le march&#233; du travail ressemble &#224; s'y m&#233;prendre au syst&#232;me colonial des travailleurs sous contrat import&#233;s d'outremer, jadis introduit dans l'&#233;mirat par ses anciens ma&#238;tres britanniques &#187;. &#171; Tout comme leurs anc&#234;tres tomb&#233;s dans la mis&#232;re, poursuit le quotidien londonien, les travailleurs asiatiques qui d&#233;barquent dans les &#201;mirats sont oblig&#233;s de se soumettre par contrat &#224; une forme d'esclavage virtuel. Leurs droits s'&#233;vanouissent &#224; leur arriv&#233;e &#224; l'a&#233;roport lorsque les recruteurs confisquent leur passeport et leur visa . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non contents d'&#234;tre surexploit&#233;s, les ilotes de Duba&#239; &#8212; comme le prol&#233;tariat dans Metropolis de Fritz Lang &#8212; doivent se faire invisibles. La presse locale ne peut rien publier sur l'exploitation des travailleurs migrants ni sur la prostitution (les EAU occupent le 137&#232;me rang sur l'&#233;chelle de la libert&#233; de la presse &#233;tablie par Reporters sans Fronti&#232;res). De m&#234;me, &#171; les travailleurs asiatiques n'ont pas acc&#232;s aux rutilants centres commerciaux, aux terrains de golf flambant neufs et aux restaurants chics &#187;. Et les sordides baraquements de la p&#233;riph&#233;rie o&#249; ils s'entassent &#224; six, huit, voire douze dans une seule pi&#232;ce, souvent sans climatisation ni toilettes d&#233;centes, sont inconnus des circuits touristiques officiels, qui vantent une oasis de luxe, sans pauvret&#233; ni bidonvilles . On rapporte qu'il y a quelque temps, lors d'une visite &#224; un de ces foyers de travailleurs g&#233;r&#233; par un promoteur immobilier, le ministre du Travail des &#201;mirats lui-m&#234;me fut scandalis&#233; par l'incroyable &#233;tat d'insalubrit&#233; de ces installations. Ce qui n'emp&#234;cha pas les m&#234;mes travailleurs d'&#234;tre aussit&#244;t arr&#234;t&#233;s lorsqu'ils eurent la mauvaise id&#233;e de former un syndicat pour obtenir le r&#232;glement de salaires impay&#233;s et l'am&#233;lioration de leurs conditions de vie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police de Duba&#239; d&#233;tourne assez facilement les yeux des importations ill&#233;gales d'or et de diamant, des r&#233;seaux de prostitution et des personnages louches qui ach&#232;tent d'un seul coup vingt-cinq villas en liquide, mais elle manifeste un z&#233;le remarquable lorsqu'il s'agit d'expulser des ouvriers pakistanais qui se plaignent que leur patron ne les paye pas, ou d'emprisonner pour &#171; adult&#232;re &#187; des domestiques philippines viol&#233;es par leur employeur . Pour &#233;viter d'attiser la menace d&#233;mographique et sociale chiite qui inqui&#232;te tant Bahre&#239;n et l'Arabie saoudite, les &#201;mirats ont privil&#233;gi&#233; la main-d'&#339;uvre non arabe venue de l'ouest de l'Inde, du Pakistan, du Sri Lanka, du Bangladesh, du N&#233;pal et des Philippines. Mais, comme les travailleurs asiatiques ont commenc&#233; &#224; se montrer indociles, les autorit&#233;s ont d&#251; faire marche arri&#232;re et adopter une soi-disant &#171; politique de diversit&#233; culturelle &#187; : &#171; on nous a demand&#233; de ne plus recruter d'Asiatiques &#187;, explique un employeur, ce qui permet de mieux contr&#244;ler la main-d'&#339;uvre en diluant les divers contingents nationaux gr&#226;ce &#224; un flux croissant de travailleurs arabes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique de discrimination contre les Asiatiques se heurte &#224; la faible disponibilit&#233; des Arabes &#224; travailler pour des salaires de mis&#232;re (100 &#224; 150 dollars par mois) dans un secteur de la construction avide de main-d'&#339;uvre et caract&#233;ris&#233; par la prolif&#233;ration des nouveaux projets et des m&#233;ga-chantiers inachev&#233;s . C'est justement ce boom de la construction, avec les conditions de travail et de s&#233;curit&#233; &#233;pouvantables qui l'accompagnent, qui a pr&#233;par&#233; le terrain de la r&#233;volte. D'apr&#232;s Human Rights Watch, rien qu'en 2004, 880 ouvriers du b&#226;timent ont trouv&#233; la mort sur leur lieu de travail. La plupart de ces accidents n'ont pas &#233;t&#233; signal&#233;s par les employeurs ou ont &#233;t&#233; &#233;touff&#233;s par le r&#233;gime . Par ailleurs, les foyers de travailleurs construits en plein d&#233;sert par les g&#233;ants de l'industrie du batiment et leurs sous-traitants se caract&#233;risent par l'absence de conditions minimales d'hygi&#232;ne et d'approvisionnement satisfaisant en eau potable. Entre autres facteurs qui mettent &#224; rude &#233;preuve la patience des travailleurs, on peut citer l'allongement constant de la distance entre les foyers et les chantiers, le despotisme (teint&#233; de pr&#233;jug&#233;s raciaux ou religieux) des contrema&#238;tres, la pr&#233;sence de gardes priv&#233;s et de mouchards dans les foyers, des contrats de travail qui rel&#232;vent pratiquement de l'esclavage pour dette et, enfin, la totale impunit&#233; dont jouissent les employeurs qui disparaissent du jour au lendemain ou qui se d&#233;clarent en faillite sans payer les arri&#233;r&#233;s de salaire . C'est de cette condition pitoyable que t&#233;moignait un travailleur du Kerala interview&#233; par le New York Times : &#171; Je voudrais que les riches sachent qui a construit ces tours. Qu'ils viennent ici et voient &#224; quoi ressemble notre vie . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers signes de r&#233;bellion sont apparus &#224; l'automne 2004, lorsque plusieurs milliers de travailleurs asiatiques d&#233;fil&#232;rent courageusement sur l'autoroute &#224; huit voies Sheikh Zayed en direction du minist&#232;re du Travail. Ils y furent acueillis par la police anti-&#233;meute et par des fonctionnaires brandissant des menaces d'expulsion massive . L'ann&#233;e 2005 fut marqu&#233;e par des manifestations et des gr&#232;ves de moindre envergure en signe de protestation contre le non paiement des salaires ou la dangerosit&#233; des conditions de travail. Ces mobilisations s'inspiraient de la grande r&#233;volte des travailleurs bengalis du Kowe&#239;t, au printemps de la m&#234;me ann&#233;e. Au mois de septembre, pr&#232;s de sept mille travailleurs manifest&#232;rent trois heures d'affil&#233;e &#8212; la plus grande protestation de l'histoire de Duba&#239;. Et puis il y a eu l'&#233;meute du 22 mars 2006, d&#233;clench&#233;e par le harc&#232;lement des gardes de s&#233;curit&#233; de la tour de Burj Duba&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la fin de la journ&#233;e. Quelque 2 500 travailleurs &#233;puis&#233;s attendaient les autobus qui devaient les ramener &#224; leurs dortoirs dans le d&#233;sert. Les bus &#233;taient en retard. Les gardes commenc&#232;rent &#224; agresser les ouvriers. Furieux, ces derniers &#8212; pour la plupart des musulmans indiens &#8212; contre-attaqu&#232;rent et tabass&#232;rent les gardes, avant de s'en prendre aux bureaux de leur entreprise. Ils incendi&#232;rent des voitures de fonction, saccag&#232;rent les locaux et d&#233;truisirent ordinateurs et dossiers. Le lendemain matin, l'arm&#233;e des travailleurs mit la police au d&#233;fi de revenir sur les lieux, refusant de se remettre &#224; l'ouvrage tant que leur employeur &#8212; Al Naboodah Laing O'Rourke, une entreprise locale &#8212; ne leur accorderait pas une augmentation des salaires et une am&#233;lioration des conditions de travail. Sur le chantier du nouveau terminal de l'a&#233;roport, des milliers d'ouvriers s'associ&#232;rent &#224; cette gr&#232;ve sauvage. Quelques concessions mineures accompagn&#233;es de menaces drastiques vinrent &#224; bout de la mobilisation, mais le m&#233;contentement continua &#224; faire rage. En juillet, des centaines d'ouvriers du chantier Arabian Ranches se r&#233;volt&#232;rent contre la p&#233;nurie chronique d'eau dont souffraient leurs baraquements. D'autres travailleurs ont organis&#233; des r&#233;unions syndicales clandestines, et auraient m&#234;me menac&#233; d'installer des piquets de gr&#232;ve &#224; l'entr&#233;e des h&#244;tels et des centres commerciaux .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;sert des &#201;mirats, l'&#233;cho de la voix rebelle des travailleurs porte plus loin qu'ailleurs. En fin de compte, Duba&#239; d&#233;pend au moins autant de la main-d'&#339;uvre bon march&#233; que des prix &#233;lev&#233;s du p&#233;trole. et les El Maktoum, tout comme leurs cousins des autres &#233;mirats, savent fort bien qu'ils r&#232;gnent sur un royaume irrigu&#233; par la sueur des travailleurs sud-asiatiques. Duba&#239; a tellement investi sur son image idyllique de paradis du capital que m&#234;me des troubles mineurs pourraient avoir des cons&#233;quences dramatiques sur la confiance des investisseurs. L'&#233;mirat est donc en train d'&#233;tudier toute une gamme de r&#233;ponses possibles &#224; l'agitation ouvri&#232;re, qui vont d'une politique d'expulsions et d'arrestations en masse &#224; l'autorisation partielle de certaines formes de n&#233;gociation collective. Mais tol&#233;rer aujourd'hui la moindre contestation, c'est risquer de voir surgir demain des revendications qui ne concerneront plus seulement les libert&#233;s syndicales, mais aussi les droits civiques, mena&#231;ant ainsi les fondements absolutistes du pouvoir des El Maktoum. Aucun des partenaires de Duba&#239; SA &#8212; qu'il s'agisse de la marine am&#233;ricaine, des milliardaires saoudiens ou de la joyeuse cohorte des riches r&#233;sidents &#233;trangers &#8212; ne souhaite assister &#224; la naissance d'un Solidarnosc au milieu du d&#233;sert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El Maktoum, qui se verrait bien en proph&#232;te de la modernit&#233; arabo-persique, adore impressionner ses invit&#233;s avec des proverbes subtils et des aphorismes lourdement signifiants. Citons l'une de ses maximes favorites : &#171; Quiconque n'essaie pas de transformer le futur restera prisonnier du pass&#233; . &#187; Mais le futur qu'il construit &#224; Duba&#239; &#8212; sous les applaudissements des milliardaires et des multinationales du monde entier &#8212; s'apparente plut&#244;t &#224; un cauchemar &#233;merg&#233; du pass&#233; : la rencontre d'Albert Speer et de Walt Disney sur les rivages de l'Arabie.&lt;/p&gt;
&lt;hr noshade color:black&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Derni&#232;res nouvelles...&lt;/h2&gt;&lt;blockquote&gt;
&lt;i&gt;5 Novembre 2007&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La gr&#232;ve des travailleurs asiatiques am&#232;ne les &#201;mirats &#224; envisager d'introduire un salaire minimum
&lt;p&gt;Une gr&#232;ve d'environ 40.000 ouvriers asiatiques du b&#226;timent &#224; Duba&#239; &#8211; &#224; son cinqui&#232;me jour lundi 5 novembre &#8211; a incit&#233; le gouvernement &#224; ordonner aux ministres et aux entreprises de construction de revoir les salaires et &#233;ventuellement d'instaurer un salaire minimum, dans une tentative d'&#233;viter l'agitation sur le march&#233; du travail. Les ouvriers ont refus&#233; de travailler sur le chantier d'un h&#244;tel qui fait partie du gratte-ciel le plus haut du monde, en construction dans cette ville du Golfe en plein boom : ils se plaignent des bas salaires, du co&#251;t de la vie qui a grimp&#233; et des conditions de travail mis&#233;rables. La gr&#232;ve, une atteinte &#224; la fr&#233;n&#233;sie de construction &#224; Duba&#239;, a d&#233;clench&#233; une crise du travail d'envergure dans cette ville-&#201;tat du d&#233;sert qui se vend sur le march&#233; comme centre d'attraction du top business et du tourisme de luxe au Moyen-Orient. Elle a incit&#233; le gouvernement &#224; annoncer la cr&#233;ation d'une commission conjointe d'examen des salaires, compos&#233;e de fonctionnaires et de repr&#233;sentants des entreprises de construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche, rapport&#233;e par l'agence de presse d'&#201;tat WAM dimanche, indique clairement que les &#201;mirats prennent au s&#233;rieux les revendications des travailleurs et ne les rejettent pas comme &#233;tant le seul probl&#232;me du secteur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venu Rajamany, consul g&#233;n&#233;ral de l'Inde &#224; Duba&#239;, a indiqu&#233; qu'un salaire minimum fix&#233; par le gouvernement &#233;tait de plus en plus susceptible d'&#234;tre instaur&#233;. Il a &#233;t&#233; impliqu&#233; de pr&#232;s dans les n&#233;gociations entre les ouvriers gr&#233;vistes, le minist&#232;re du Travail et l'entreprise de construction Arabtech qui est derri&#232;re le projet d'h&#244;tel de Burj Duba&#239;. &#171; L'instauration d'un salaire minimum pourrait &#234;tre &#234;tre l'une des solutions au probl&#232;me &#187;, a dit Rajamany. [&#8230;] Arabtech, un g&#233;ant de la construction de Duba&#239;, construit &#233;galement deux hautes tours r&#233;sidentielles dans la zone financi&#232;re de Duba&#239;, des penthouses en bord de mer et des villas dans le d&#233;sert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 40 000 ouvriers asiatiques se sont engag&#233;s &#224; rester cantonn&#233;s dans les 26 camps de travail dispers&#233;s dans les sept &#201;tats semi-autonomes &#233;miratis, jusqu'&#224; ce que leurs salaires soient augment&#233;s d'au moins 55 US $ (38&#8364;). La compagnie paye actuellement aux ouvriers non-qualifi&#233;s 109 US $ (75&#8364;) par mois et 163 US $ (113&#8364;) aux ouvriers qualifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On en a assez de ces conditions. Nous avons besoin d'une augmentation de salaire imm&#233;diate &#187;, dit Mohamed Aslam, un ouvrier de 28 ans du Bangladesh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves sont ill&#233;gales dans les &#201;mirats et les syndicats y sont interdits, mais la protestation des ouvriers asiatiques a persist&#233; en d&#233;pit des menaces d'arrestation. La semaine derni&#232;re, 4 000 ouvriers asiatiques employ&#233;s par Pauling Middle East Company LLC, une entreprise g&#233;n&#233;rale travaillant sur plusieurs projets &#224; Duba&#239;, ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s quand leur gr&#232;ves pour de meilleurs salaires et contre les conditions de travail dures a tourn&#233; au soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ 160 d'entre eux, suspect&#233;s d'avoir endommag&#233; des v&#233;hicules de police par des jets de pierres, restent en prison, dans l'attente de poursuites judiciaires et probablement d'une expulsion. &lt;br class='autobr' /&gt;
La gr&#232;ve des 40 000 ouvriers asiatiques survient alors que les entrepreneurs ont du mal &#224; trouver des travailleurs pour r&#233;aliser leurs projets ambitieux, apr&#232;s que plus de 300 000 ouvriers sont retourn&#233;s en Asie ces trois derniers mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Dimanche, les ouvriers ont rejet&#233; une offre de l'entreprise pour augmenter leurs salaires dans deux mois. &#171; On ne peut pas attendre &#187;, a dit un ouvrier dans le camp de travail de Jebel Ali. Il a refus&#233; de donner son nom par crainte de repr&#233;sailles. &#171; On reprendra le travail seulement quand nos revendications auront &#233;t&#233; satisfaites. &#187; Il raconte qu'il partage une chambre avec 12 hommes et une salle de bains avec 59 ouvriers. Ils n'ont aucune assurance-maladie et aucun cong&#233; pay&#233;, et doivent se battre pour pouvoir monter dans l'autobus qui les ram&#232;ne &#224; leur camp apr&#232;s une journ&#233;e de travail de 12 heures. Trop peu d'autobus font la navette entre les chantiers de construction et les camps de travail, et les ouvriers doivent donc attendre des heures pour rentrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis devant un supermarch&#233; au camp de travail, Bal Raj, un ouvrier d'Arabtech de 36 ans qui a laiss&#233; ses trois enfants en Inde et est en gr&#232;ve, a d&#233;pens&#233; ses derni&#232;res pi&#232;ces pour une tasse de th&#233;. &#171; D&#233;sormais, je ne sais pas comment je vais survivre &#187;, dit Raj.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;source : &lt;i&gt;The Associated Press&lt;/i&gt; *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;19 Novembre 2007&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont repris le travail. Sous la menace, la contrainte, la peur. Sans rien savoir, pour la plupart, des gains obtenus &#224; la suite de leur cinq, neuf, voire onze jours de gr&#232;ve sur les chantiers de construction de Duba&#239;. En soldats r&#233;sign&#233;s ils ont remis leur uniforme de chantier pour &#233;riger des tours toujours plus hautes et des marinas extravagantes. L'&#233;mirat et les promoteurs respirent. Mais pour les 700 000 ouvriers venus d'Inde, du Pakistan, du Bangladesh ou du Sri Lanka, les conditions de vie et de travail n'ont peu ou pas chang&#233;. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien &#233;taient-ils &#224; faire gr&#232;ve ? Des dizaines de milliers sans aucun doute. Impossible d'avoir un chiffre pr&#233;cis. Etat et employeurs refusent toute communication sur les conflits en cours et l'absence de syndicats (interdits aux Emirats) renforce l'opacit&#233; du syst&#232;me. Tout juste le directeur g&#233;n&#233;ral d'Arabtech, grosse entreprise de construction, a-t-il admis, le 12 novembre, que les 40 000 ouvriers de sa compagnie avaient repris le travail apr&#232;s l'obtention d'une &#171; juste &#187; augmentation de salaire pour compenser la faiblesse du dollar. La presse n'aide gu&#232;re, qui se contente de relayer les communiqu&#233;s de l'agence de presse officielle WAM ou de la police laquelle, la veille, annon&#231;ait l'expulsion de 200 gr&#233;vistes, accus&#233;s d'avoir foment&#233; des violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se rendre sur les chantiers pour avoir une id&#233;e du d&#233;sarroi de ces ouvriers immigr&#233;s qui ont r&#234;v&#233; de Duba&#239; comme d'un eldorado, se sont lourdement endett&#233;s pour payer visas, voyage, service de recrutement &#224; des agences souvent ill&#233;gales, et d&#233;chantent aujourd'hui dans ce coin de d&#233;sert devenu, selon qu'on est touriste ou ma&#231;on, Las Vegas ou le bagne. Rajee, 24 ans, est venu de la province indienne du Kerala il y a dix-huit mois. Duba&#239; c'&#233;tait son r&#234;ve absolu. Dans son village, toutes les familles avaient au moins un parent &#224; tenter l'aventure et trois de ses cousins avaient ouvert le chemin. Deux sont revenus dans des cercueils. L'un a &#233;t&#233; &#233;cras&#233; sous la dalle de b&#233;ton d'une tour en construction. L'autre s'est pendu au ventilateur de son dortoir. Le troisi&#232;me est rentr&#233; au village en vainqueur. Il a fourni la dot de ses deux soeurs, s'est mari&#233; et install&#233; comme garagiste. Rajee en a fait son h&#233;ros. &#171; Pour &#234;tre riche un jour, il n'y a que Duba&#239; !, dit-il. Enfin, c'est ce que je croyais ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il gagne comme ma&#231;on entre 550 et 750 dirhams selon les mois (102 &#224; 139 euros). Il avait l'habitude d'en renvoyer les des deux tiers &#224; ses parents, se contentant du strict minimum pour ses repas qu'il pr&#233;pare lui-m&#234;me et l'usage limit&#233; d'un t&#233;l&#233;phone portable. Mais rien ne va plus. Le co&#251;t de la vie ne cesse d'augmenter - &#171; le sac de riz est pass&#233; en quelques mois de 60 &#224; 95 dirhams, et le pain augmentera de 20 % le 20 novembre ! &#187; - tandis que le dirham, adoss&#233; au dollar, ne cesse de chuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela qu'il a fait gr&#232;ve, esp&#233;rant une augmentation de 200 dirhams pour n'en obtenir, croit-il savoir, que 100. Pour cela, qu'il a r&#233;sist&#233; neuf matins aux appels des surveillants d'Arabtech pressant les ouvriers de se ruer dans les minibus qui, &#224; 4 h 30, les conduisent sur les chantiers. Pour cela enfin qu'il a aujourd'hui la rage au ventre, d&#233;go&#251;t&#233; du m&#233;pris affich&#233; par son employeur et r&#233;volt&#233; par l'intervention, le 3 novembre, de la police, laquelle a cern&#233; la partie du campement h&#233;bergeant les ouvriers d'Arabtech, les obligeant &#224; monter dans les bus, et embarquant entre 200 et 400 travailleurs r&#233;calcitrants. Sont-ils en prison ? Vont-ils &#234;tre renvoy&#233;s dans leur pays ? Rajee n'en a aucune id&#233;e. De chantier en chantier, les t&#233;moignages sont les m&#234;mes, qui accusent la faiblesse des salaires ; d&#233;noncent la confiscation syst&#233;matique des passeports et le pouvoir absolu de l'employeur sur le visa de travail ; disent l'&#233;loignement et l'insalubrit&#233; des cit&#233;s-dortoirs ou la panique devant les dettes accumul&#233;es pour venir &#224; Duba&#239; et les ann&#233;es ainsi hypoth&#233;qu&#233;es, si loin de la famille . Sans compter les accidents, les insolations, les tentations de suicide (84 recens&#233;s selon le consulat indien en 2005) et les arrestations nombreuses, &#224; chaque gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; PEUR D'UNE R&#201;BELLION &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Emiratis savent ce qu'ils doivent &#224; cette population immigr&#233;e qui construit leurs villes et rendent possible l'incroyable boom &#233;conomique, analyse Sharla Musibih, qui a cr&#233;&#233; City of Hope, un abri pour les femmes en d&#233;tresse. Mais ils sont aussi obs&#233;d&#233;s par le fait que les travailleurs immigr&#233;s forment plus de 85 % de la population et 99 % de la force de travail priv&#233;e. Vous imaginez la d&#233;pendance de l'Etat &#224; leur &#233;gard ? Sa peur d'une r&#233;bellion ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alert&#233; par le rapport accusateur publi&#233; en 2006 par l'organisation Human Rights Watch sur le sort des ouvriers de la construction, l'&#233;mir de Duba&#239;, le cheikh Mohammad ben Rachid Al-Maktoum, avait charg&#233; son ministre du travail d'am&#233;liorer la situation. Peu de d&#233;cisions avaient &#233;t&#233; suivies d'effet mais les gr&#232;ves r&#233;centes ainsi que l'amnistie offerte pendant trois mois aux travailleurs ill&#233;gaux, qui s'est traduite par plus de 171 000 d&#233;parts du pays, ont inqui&#233;t&#233; le gouvernement et remis &#224; l'ordre du jour deux revendications des ouvriers : la fixation d'un salaire minimal et l'autorisation de syndicats. Une id&#233;e jug&#233;e jusqu'ici sulfureuse mais &#224; laquelle le ministre du travail, Ali ben Abdallah Al-Kaabi, vient soudainement d'affirmer n'&#234;tre plus oppos&#233;. &#171; En principe &#187;, a prudemment titr&#233; le quotidien Gulf News.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;source : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* seules sources disponibles...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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