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		<title>Mais les anarchistes ne votent pas ?</title>
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		<dc:date>2017-03-28T01:33:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alfredo M. Bonanno</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques du citoyennisme</dc:subject>
		<dc:subject>Tout mais pas l'indiff&#233;rence (nulle part)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte d'Alfredo M. Bonanno, publi&#233; la premi&#232;re fois en juin 1995 dans la revue &lt;i&gt;Canenero&lt;/i&gt;, constitue une attaque contre le vote, mais aussi contre l'abstentionnisme comme posture passive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais parfois l'anarchisme est une &#233;tiquette inconfortable. Il peut te mettre des questions dans la t&#234;te, auxquelles il n'est pas facile de r&#233;pondre. Il peut te faire remarquer les &#233;tranges contradictions de ta vie : le travail, le r&#244;le que la soci&#233;t&#233; t'a impos&#233;, le statut auquel toi-m&#234;me tu participes, la carri&#232;re &#224; laquelle tu n'arrives pas &#224; renoncer, la famille, les amis, les enfants, le salaire en fin de mois, la voiture et la maison dont tu es propri&#233;taire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot119" rel="tag"&gt;Tout mais pas l'indiff&#233;rence (nulle part)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L105xH150/arton1414-45625.jpg?1780459486' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1414.jpg?1489801437&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Se dire anarchiste veut dire beaucoup, mais cela peut aussi ne rien vouloir dire du tout. Dans un monde d'identit&#233;s faibles, quand tout semble s'estomper dans le brouillard de l'incertitude, se consid&#233;rer anarchiste peut &#234;tre une mani&#232;re comme une autre de suivre un drapeau, rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parfois l'anarchisme est une &#233;tiquette inconfortable. Il peut te mettre des questions dans la t&#234;te, auxquelles il n'est pas facile de r&#233;pondre. Il peut te faire remarquer les &#233;tranges contradictions de ta vie : le travail, le r&#244;le que la soci&#233;t&#233; t'a impos&#233;, le statut auquel toi-m&#234;me tu participes, la carri&#232;re &#224; laquelle tu n'arrives pas &#224; renoncer, la famille, les amis, les enfants, le salaire en fin de mois, la voiture et la maison dont tu es propri&#233;taire. Pauvre de moi, fixer une distance entre ces attributs et ses id&#233;es fondamentales, entre ce que nous sommes et l'&#234;tre anarchiste, cela ressemble beaucoup &#224; cette lutte entre l'&#234;tre et le devoir-&#234;tre qui faisait sourire Hegel : le devoir-&#234;tre perd toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, nous sommes anarchistes parce que nous lisons les journaux anarchistes, parce que nous consid&#233;rons la pens&#233;e et l'histoire anarchiste comme notre pens&#233;e et notre histoire. Nous sommes anarchistes parce que nous nous abritons dans le mouvement, &#224; l'abri des intemp&#233;ries de la vie, parce que nous le consid&#233;rons comme notre maison rassurante, parce que nous aimons voir les visages des compagnons, &#233;couter leurs petites histoires domestiques et leur raconter nos petites histoires domestiques, le tout &#224; r&#233;p&#233;ter &#224; l'infini &#8211; et ainsi soit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si quelqu'un pose des probl&#232;mes, pas tellement avec sa langue plus ou moins ac&#233;r&#233;e, mais avec les choses qu'il fait, en mettant en danger cette position rassurante, cette sensation de protection, de se sentir comme chez soi, alors nous le rappelons &#224; l'ordre, en lui listant au grand complet les principes de l'anarchisme, auxquels nous restons fid&#232;les. Et, parmi ceux-ci, il y a celui de ne pas aller voter. Les anarchistes ne votent pas, sinon quels anarchistes seraient-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est bien clair et lisse. Et pourtant, notamment ces derniers temps, ont &#233;t&#233; avanc&#233;es des objections, des perplexit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle signification y-a-t-il dans le fait de ne pas aller voter ? Il existe une signification, ils ont r&#233;pondu en ch&#339;ur, sp&#233;cialement parmi les plus &#226;g&#233;s. Parce que voter c'est d&#233;l&#233;guer et les anarchistes sont pour la lutte directe. Joli, dirais-je, tr&#232;s joli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand cette lutte consiste seulement dans le fait de t&#233;moigner de ses principes (donc &#233;galement son abstentionnisme), et rien de plus, quand cela consiste dans le fait de se retirer en &#233;tant mal &#224; l'aise quand quelques compagnons d&#233;cident d'attaquer les hommes et les r&#233;alisations du pouvoir, ou bien consiste dans le fait de rester silencieux face aux actions des autres, quand c'est cela la lutte, eh bien, alors autant aller voter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui consid&#232;rent l'anarchisme comme le tranquille gymnase de leurs opinions (et de celles d'autrui) sur un monde qui n'existe pas &#8211; et n'existera jamais &#8211; tandis que pour eux les jours se suivent l'un apr&#232;s l'autre dans la grisaille monotone des matins tous identiques, des gestes tous identiques, des travaux, affects, hobbies et vacances tous identiques, pour ces derniers, quel sens y-a-t-il &#224; s'abstenir, si ce n'est de r&#233;affirmer, &#224; peu de frais et avec assez de clart&#233;, leur identit&#233; anarchiste ? Cependant, &#224; bien y regarder, si leur anarchisme est seulement cette enseigne poussi&#233;reuse et ridicule, dans un terrain de certitudes monotones et escompt&#233;es, il vaut mieux se d&#233;cider &#224; aller voter. Leur abstention ne signifie rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils pourront sans probl&#232;mes voter aux pr&#233;sidentielles, et aussi aux &#233;lections locales. A bien y r&#233;fl&#233;chir, ils pourront ainsi choisir de d&#233;fendre un morceau de d&#233;mocratie qui, &#224; bien y regarder, est toujours mieux qu'une dictature qui remplirait les stades et les camps de concentration, dans l'attente de dresser des listes de proscription. Les tanks dans les rues (signal mythique du pouvoir qui se propage de fa&#231;on indiscrimin&#233;e, quand tu finis &#224; l'&#233;chafaud pour un simple mot, pour un symbole mal compris de la part d'obtus ex&#233;cuteurs d'ordre en uniforme) sont un truc dangereux, il vaut mieux les bavardages inutiles, et au fond discutables, de n'importe quel clown en veste d&#233;mocratique. On ne rigole pas avec certaines choses, mieux vaut courir voter, sp&#233;cialement dans une p&#233;riode dans laquelle des millions de personnes ne semblent pas comprendre la valeur des &#233;lections. L'abstention &#224; des millions n'a plus de sens anarchiste, on risque d'&#234;tre confondu avec la masse inculte qui n'est m&#234;me pas capable de tracer une croix sur du papier ou qui s'amuse &#224; peu de frais en gribouillant des phrases obsc&#232;nes sur le bulletin. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il y a les compagnons qui maintiennent des positions proches du municipalisme libertaire et du syndicalisme r&#233;volutionnaire de base. Ceux-ci, toujours d'apr&#232;s moi, ne devraient pas courir derri&#232;re les fantasmes de l'abstentionnisme. Leur objectif devrait &#234;tre, au moins, la participation massive et significative aux &#233;lections locales, de mani&#232;re &#224; donner &#224; leurs repr&#233;sentants les instruments adapt&#233;s pour gouverner la chose publique en p&#233;riph&#233;rie. Peut-&#234;tre que les anarchosyndicalistes (mais est-ce qu'il y en a encore ?) pourraient m&#234;me aller voter aux pr&#233;sidentielles, mais cela devrait &#234;tre une d&#233;cision prise apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, m&#234;me si, personnellement, je la consid&#232;re comme un choix tout &#224; fait coh&#233;rent avec leurs id&#233;es de lutte syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste de nombreux autres anarchistes. Il reste ceux pour lesquels leur anarchisme est un choix de vie, pas une conception &#224; opposer, dans un tragique et insoluble oxymore, aux mille probl&#232;mes d'apparence que la soci&#233;t&#233; codifie et impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces compagnons, l'abstention est seulement une des nombreuses occasions de dire &#171; non &#187;. Leur action anarchiste se r&#233;alise dans bien d'autres faits et ce sont justement ces faits qui donnent une lumi&#232;re et une signification diff&#233;rente &#224; cette fa&#231;on de dire &#171; non &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Texte publi&#233; la premi&#232;re fois &lt;a href=&#034;https://finimondo.org/node/1094&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en italien&lt;/a&gt; dans le n&#176;29 de &lt;i&gt;Canenero&lt;/i&gt; (2 juin 1995). Traduit et publi&#233; en fran&#231;ais par le site &lt;a href=&#034;https://attaque.noblogs.org/post/2017/03/14/mais-les-anarchistes-ne-votent-pas/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Attaque&lt;/a&gt; en mars 2017.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Et nous serons toujours pr&#234;ts &#224; nous emparer encore une fois du ciel</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article899</link>
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		<dc:date>2011-12-23T03:49:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alfredo M. Bonanno</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Agitations arm&#233;es</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Originellement &#233;crit en mars 1984, ce texte d'Alfredo M. Bonanno parle de bien des sujets, &#224; commencer par celui des lois autour de l'amnistie en Italie dans les ann&#233;es 1970 et 1980. Mais Bonanno va plus loin et aborde aussi des questions comme l'implication des anarchistes dans les luttes, la violence et la lutte arm&#233;e. Autant de choses qui restent encore aujourd'hui d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Agitations arm&#233;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L99xH150/arton899-42dd9.jpg?1781040216' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='99' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff899.jpg?1323970422&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction &#224; la r&#233;&#233;dition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ressortir un tel texte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les ann&#233;es 70 en Italie furent une p&#233;riode d'effervescence r&#233;volutionnaire, histoire faite de rage et de joie, de sourires et de sang. De par sa force ce mouvement de lutte a marqu&#233; profond&#233;ment les esprits de beaucoup de compagnons et de nombreux inconnus, et continue de le faire aujourd'hui. Qui n'a pas &#233;t&#233; touch&#233; et accroch&#233; par des r&#233;cits comme celui de Paolo Pozzi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paolo Pozzi, Insurrection 1977, paru en fran&#231;ais aux &#233;ditions Nautilus en 2007&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui raconte les ann&#233;es de l'Autonomie &#224; Milan et sa vie ? Qui n'a pas entendu parler des groupes de lutte arm&#233;e qui ont vu le jour dans cette p&#233;riode de trouble (Action R&#233;volutionnaire, Noyaux Arm&#233;s Prol&#233;tarien, Brigades Rouges, Primea Linea, etc.) ? Qui n'a pas &#233;t&#233; impressionn&#233; par la volont&#233; de d&#233;fense et d'attaque de tout un prol&#233;tariat r&#233;volt&#233;, quand le mouvement des auto-r&#233;ductions (logement, nourriture, transport, fringues...) explosait &#224; Milan et Rome, que les sabotages et les incendies de voitures des contrema&#238;tres &#233;taient choses courantes, que les flingues faisaient partis de l'armement dans les manifs, au m&#234;me titre que les cocktails molotovs et les cl&#233;s &#224; molette ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais cette p&#233;riode est aujourd'hui finie et la r&#233;pression qui s'abattit sur les &#233;paules de ceux qui os&#232;rent s'insurger fut terrible. Des dizaines de morts et de bless&#233;s, des milliers de prisonniers, des exil&#233;s partout dans le monde - qui continuent &#224; &#234;tre pourchass&#233;s encore aujourd'hui -, des centaines de repentis et de dissoci&#233;s, et plus g&#233;n&#233;ralement un espoir assassin&#233;. De cette &#233;poque r&#233;volue, nous gardons des photos jaunies par le temps, des &#233;crits et des t&#233;moignages, une m&#233;moire d'&#233;v&#233;nements qui faillirent bien renverser l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais pourquoi alors ressortir un texte d'un anarchiste bien connu, Alfredo Maria Bonanno, auteur prolifique, qui &#233;crivit ce texte en 1984 dans la revue Anarchismo ? Simplement parce qu'au-del&#224; de la critique des groupes arm&#233;s l&#233;ninistes, des dissoci&#233;s, des repentis et de l'innocentisme, il repose aussi d'autres questionnements qui ont &#233;t&#233; et seront toujours cruciaux tant que nous lutterons. On ne peut faire l'impasse sur ce que soul&#232;ve Bonanno dans son texte, &#224; savoir l'usage de la violence, la lutte arm&#233;e, l'implication des anarchistes dans les luttes, la r&#233;pression, notre rapport &#224; ceux qui croupissent en taule, les carcans id&#233;ologiques et le militarisme. Autant de points qui sont des questions qu'on se pose encore aujourd'hui, quand des groupes - anarchistes ou non - de lutte arm&#233;e agissent en Gr&#232;ce, en Italie et au Chili, quand la violence est une composante essentielle de tout mouvement, toute &#233;meute et toute insurrection, quand des dizaines de compagnons croupissent en taule. Voil&#224; bien pourquoi un tel texte, qui, m&#234;me si &#233;crit dans un contexte aujourd'hui r&#233;volu, est encore d'actualit&#233;, quand les mots et les r&#233;flexions traversent les temps et les &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	N&#233;anmoins cet &#233;crit n'est pas quelque chose &#224; suivre &#224; la lettre, ce n'est qu'un outil parmi d'autres, destin&#233; &#224; &#233;veiller des questions et des r&#233;flexions, &#224; choquer et d&#233;ranger, &#224; enrichir une litt&#233;rature r&#233;volutionnaire d&#233;j&#224; immense. Par moment le texte peut prendre des allures de programme, texte empreint d'un pragmatisme cher &#224; Bonanno o&#249; tout est dit de fa&#231;on pos&#233;e et brutale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Une ad&#233;quation de la violence &#233;mancipatrice aux conditions du conflit n'est jamais possible. Le processus de lib&#233;ration est de par sa nature excessif. Dans le sens de la surabondance ou dans celui de manque ? O&#249; a-t-on jamais vu que l'insurrection populaire fasse mouche, distinguant nettement les ennemis &#224; abattre. C'est un coup de griffe du tigre qui lac&#232;re et ne distingue pas.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bonanno souligne une nouvelle fois dans sa prose l'importance de l'insurrection et de la lutte qui se construit et s'organise en son sein, tout comme il r&#233;p&#232;te l'importance cruciale de la pr&#233;sence active dans les luttes et en dehors des anarchistes revient souvent, d'une mani&#232;re que Bonanno affirme contre toute id&#233;ologie - &#034;Nous ne sommes pas des adorateurs imb&#233;ciles d'un mod&#232;le consid&#233;r&#233; comme une v&#233;rit&#233;&#034; - et toute fascination pour des outils qui restent des moyens - &#034;De sacralisation bien construite autour des pratiques &#233;mancipatrices qui n'ont rien d'exceptionnel&#034; -, choses qui aujourd'hui ne sont pas disparues. Si la lutte contre les partis politiques de tous poils, les syndicats et les r&#233;cup&#233;rateurs de mouvements est importante nous ne devons pas oublier que nous aussi sommes aussi sujet &#224; des r&#233;flexes id&#233;ologiques, que le fait d'&#234;tre born&#233;, consciemment ou non, dans ses logiques et pens&#233;es est un refus d'aller de l'avant et d'accepter de changer, qu'une intransigeance sans faille cache souvent un refus de montrer ses faiblesses, ses doutes et ses peurs. Combien de fois furent plaqu&#233;s sur des mouvements de lutte ce que nous voulions y voir et pas ce qui se qui ce d&#233;roulait v&#233;ritablement ? Combien de fois des citations d'auteurs comme Marx et Bakounine dans des textes de r&#233;volutionnaires font plus penser &#224; des cur&#233;s r&#233;citant des passages des &#233;vangiles ? Et quelle est cette fascination pour le flingue dans l'iconographie, outil repr&#233;sentant n&#233;cessairement un saut qualitatif, alors qu'au titre offensif une bille d'acier dans un lance-pierre tue entre de bonnes mains ? Et pourquoi le simple fait de questionner l'utilisation de la violence de mani&#232;re strat&#233;gique d&#233;clenche-t-elle un toll&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tant que les embrouilles qui d&#233;coulent de ces interrogations (toujours douloureuses) restent entre r&#233;volutionnaires, les cons&#233;quences restent faibles car elles se limitent &#224; un milieu et &#224; ses guerres de chapelle, de pouvoir et de conflits interindividuels. Au pire on assiste &#224; des scissions et des &#034;je-te-fais-la-gueule-&#224;-vie&#034;. Ce n'est pas pour dire que se poser ces interrogations entre nous est inutile, loin de l&#224;, c'est au contraire souvent extr&#234;mement enrichissant, mais plus pour souligner ce que de telles limites dans nos mani&#232;res de penser et d'agir peuvent amener lorsque nous sommes confront&#233;s &#224; des luttes qui d&#233;passent notre seul milieu. Par exemple des anarchistes se sont retir&#233;s de l'insurrection de d&#233;cembre 2008 en Gr&#232;ce, d&#233;pass&#233;s par des &#233;v&#233;nements qui les submergeaient, incapable de participer &#224; ce qu'ils avaient pu imaginer dans leurs r&#234;ves les plus fous, mais qui une fois devant eux n'y correspondait que peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bonanno insiste sur le fait que nous devons nous jeter &#224; l'eau, dans le &#034;brouillard et le froid&#034; pour participer &#224; ce qu'il qualifie de &#034;luttes interm&#233;diaires&#034;. Passage important quand beaucoup ont par le pass&#233; rejet&#233; tout un paquet de mouvement de lutte car &#233;tant porteur de beaucoup de limites, sans voir que c'est de l&#224; que tout part, que tous les possibles deviennent r&#233;alit&#233; et qu'enfin des &#233;tincelles de subversion jaillissent. Des mouvements qui ont d&#232;s le d&#233;but pris une tournure insurrectionnelle en rupture claire avec l'existant sont tr&#232;s rares et souvent le fait d'anarchiste. R&#233;affirmer maintenant que notre place se trouve ni dans une avant-garde ni dans un rapport ext&#233;rieur mais au c&#244;t&#233; d'un prol&#233;tariat qui remet en question ses conditions de vie, m&#234;me si c'est de fa&#231;on extr&#234;mement limit&#233;e et faible, est crucial. Car l'insurrection ne viendra pas d'un &#233;clairement subit d'une conscience ali&#233;n&#233;e par la t&#233;l&#233; et les rapports de merde qui font nos quotidiens, mais de conditions de vie qui longtemps support&#233;s deviennent d'un coup inacceptables, quand l'autonomie et l'auto-organisation deviennent des composantes essentielles d'une r&#233;volte, au m&#234;me titre que la subversion des rapports sociaux et la d&#233;couverte de la joie que d'&#234;tre ensemble dans la r&#233;volte. Notre histoire est remplie de moments comme ceux-ci, faits de vengeance et de haine, de destructions et de r&#233;affirmation d'une lutte qui transcende les &#233;poques et les contr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un anarchiste en espadrilles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et Nous Serons Toujours Pr&#234;ts &#224; nous Emparer Encore Une Fois Du Ciel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'est plus possible de continuer &#224; faire l'autruche en ce qui concerne le&lt;br class='autobr' /&gt;
probl&#232;me de la prison et du &#034;que faire ?&#034; par rapport &#224; ce probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les initiatives de soutien et de contre-information sont toutes tr&#232;s valables, sp&#233;cialement celles qui ont l'intention d'entra&#238;ner les diverses composantes du&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement anarchiste, mais elles ne peuvent pas ne pas admettre qu'elles concernent seulement le d&#233;but du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; ce point, il me semble que des r&#233;flexions s'imposent, celles-ci pourront je l'esp&#232;re int&#233;resser les copains anarchistes et ceux qui sont proches de la mouvance libertaire et peut &#234;tre aussi les copains qui en sont plus &#233;loign&#233;s, mais d&#233;sormais suffisamment conscients des contradictions et des ambigu&#239;t&#233;s qui circulent sans arr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;p&#232;te : cet &#233;crit valide l'action de la contre-information sur la r&#233;pression, prend part aux buts et m&#233;thodes de r&#233;alisation, mais il s'interroge sur ce qu'il nous reste &#224; faire de plus. Les copains sont en prison, le front carc&#233;ral est divis&#233; en &#034;politique&#034; et &#034;non politique&#034; ; parmi les d&#233;nomm&#233;s politiques il existe les traditionnelles divisions qui menacent de devenir non pas des parcours de conscience, mais des sentiers sanguinaires de suspicion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'ext&#233;rieur quelques copains ont refus&#233; une sorte de chantage moral qui venait des prisons et, avec &#231;a, ont rejet&#233; tout en bloc, l'eau du bain et le b&#233;b&#233;. Dans les discours ils confirment la globalit&#233; de leur intervention (prison comprise), dans les faits ils op&#232;rent des sectorialisations toujours plus &#233;videntes et aussi plus faciles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, d'autres copains qui recueillent aussi les soupirs de la prison, se font &#233;cho des &#233;tats d'&#226;me des prisonniers en les pr&#233;sentant comme des analyses politiques et ne peuvent ainsi que contribuer &#224; la confusion et &#224; l'incompr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire, sans garder sa langue dans sa poche, ce qu'il est possible de faire, ce qui devient d&#233;sormais inutile de r&#234;ver de faire et ce qu'on ne veut pas faire parce que r&#233;put&#233; d'un effet contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que d&#233;sormais le moment est arriv&#233; que quelque uns soul&#232;vent cette pierre sous laquelle peut d&#233;j&#224; s'&#234;tre form&#233; une dangereuse vermini&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi sommes-nous contre une lutte pour l'amnistie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il existe beaucoup de moyens pour sortir de prison. Beaucoup d'autres pour y&lt;br class='autobr' /&gt;
entrer. Dans l'affrontement r&#233;volutionnaire, la prison est une composante essentielle ; elle ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une variable externe. Quand elle s'y ins&#232;re, contraignant &#224; la solitude et au silence des milliers de copains, le cercle peut se refermer ou peut &#234;tre bris&#233;. Il ne faut pas s'imaginer que ceux qui d&#233;tiennent les cl&#233;s pour le compte du pouvoir vont les jeter dans le foss&#233; apr&#232;s avoir ouvert les portes Aucun d'eux n'est dispos&#233; &#224; faire cela pour rien. L'amnistie ils ne nous la donneront pas. Nous devront la payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La note que pr&#233;sentent ces messieurs est trop sal&#233;. En ce moment nous&lt;br class='autobr' /&gt;
constituons un poids, [n]ous ne sommes pas encore une menace. Nous n'avons pas de capacit&#233;s de n&#233;gociation bas&#233;es sur la force, nos pouvons seulement faire levier sur la piti&#233;, sur leur sens de l'ordre d&#233;mocratique offens&#233; par un si grand nombre de prisonniers politiques, sur le fait qu'ils ont, d'abord eux-m&#234;mes, la n&#233;cessit&#233; d'affirmer que la &#034;guerre est finie&#034; pour exorciser la marque de monstre, de celui qui a voulu &#234;tre diff&#233;rent, qui a r&#234;v&#233; le monde totalement &#034;ici et maintenant&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui ils nous veulent &#224; genoux. Apr&#232;s les jours de Canossa&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ch&#226;teau d'Italie o&#249; l'Empereur Henri IV s'humilia devant le pape Gr&#233;goire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans le froid et la boue, ils veulent avoir le plaisir de nous &#034;donner&#034; la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs lois ne suppriment des condamnations &#224; perp&#233;tuit&#233; qu'afin de lib&#233;rer des&lt;br class='autobr' /&gt; gens inf&#226;mes et louches au service de la trahison. Ces m&#234;mes lois devront sanctionner l'amnistie. Tous dehors. Le jeu est fini. Continuez la lutte avec d'autres moyens. Ceux que vous avez utilis&#233;s jusqu'&#224; pr&#233;sent sont trop bruyants. Ayez la bont&#233; d'&#234;tre silencieux. Mettez &#034;entre parenth&#232;ses&#034; la lutte de classes. Oubliez la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mais quelle guerre est finie ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour celui qui s'&#233;tait imagin&#233; une guerre frontale, un engagement de mini arm&#233;es et des campagnes d'automne et de printemps microscopiques, la guerre est finie. Mais la repr&#233;sentation sur le petit th&#233;&#226;tre du politique ne ressemble en rien &#224; la r&#233;alit&#233;. Le grand sacrifice de sang qui est demand&#233; &#224; la classe prol&#233;tarienne continue sans interruption. Les massacreurs officiels tuent syst&#233;matiquement. Leurs bourreaux tirent dans la rue. Quand ils rev&#234;tent la toge, ils additionnent des milliers de si&#232;cles sur les fr&#234;les &#233;paules des prol&#233;taires responsables d'avoir touch&#233; le droit sacr&#233; de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bien pensant n&#233;o-gibelin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les gibelins &#233;taient les partisans des Empereurs d'Allemagne en Italie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sourit sceptique envers ces consid&#233;rations et nous invite &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la bont&#233; du nouveau prince, sur son &#233;largissement du bien &#234;tre, sur la fin de la r&#233;alit&#233; de la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la guerre sociale continue, au-del&#224; des intrigues id&#233;ologiques de cette nouvelle race de r&#233;cup&#233;rateurs, il sera toujours possible demain de retourner &#224; l'attaque du ciel, encore une fois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De quel &#233;chec parlent-ils ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De leur fa&#231;on de concevoir la lutte. Obtuse et r&#233;p&#233;titive, m&#233;canique, d&#233;terministe, incapable d'une perspective critique. Leur mani&#232;re de concevoir n'&#233;tait pas un r&#234;ve, mais bien un calcul. Les comptes ont mal tourn&#233;. L'histoire ne se r&#233;p&#232;te jamais de la m&#234;me fa&#231;on. Les mod&#232;les du pass&#233; - lointain ou r&#233;cent - ne peuvent &#234;tre superpos&#233;s selon le plaisir. Mais l'absence de fantaisie a besoin de mod&#232;les, elle jure sur eux, elle vit seulement &#224; travers eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement frontal a &#233;t&#233; battu. L'engagement qui entendait mesurer la force&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;entre deux arm&#233;es en guerre. Mais leur guerre n'&#233;tait pas la guerre sociale. Deux rackets qui se tirent dessus ne sont pas n&#233;cessairement une coupure v&#233;ritable de toute la soci&#233;t&#233;, ils en cueillent seulement une partie, souvent la plus marginale et exacerb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez beaucoup d'autres c'&#233;tait la bonne foi, et c'est pour cela que nous avons&lt;br class='autobr' /&gt; attendu le miracle des marguerites. Au fond la poule aveugle finit aussi par picorer son petit grain. Mais la c&#233;cit&#233; &#233;tait trop g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pesanteur id&#233;ologique couvrait tout avec un &#233;pais brouillard. L'insolence et la&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mesquinerie mentale allait de pair avec la pr&#233;tention ridicule &#224; la repr&#233;sentation de la totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers quelle victoire allaient-ils ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vers la conqu&#234;te du pouvoir. La dictature du prol&#233;tariat. La formation de l'Etat prol&#233;tarien. Et d'autres. D'autres fantasmagories non moins dangereuses se trouvaient dans leur gibeci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous leur avons donn&#233; de l'espace et de la cr&#233;dibilit&#233; critique parce que nous&lt;br class='autobr' /&gt; avons &#233;t&#233; toujours certains de la possibilit&#233; d'un accident de parcours. M&#234;me les copains lanc&#233;s dans une perspective aussi &#233;loign&#233;e de la n&#244;tre, lorsqu'ils attaquent doivent &#234;tre soutenus. C'est s&#251;r, nous ne pouvons les soutenir maintenant qu'ils s'appr&#234;tent &#224; trahir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;valuation correcte de ce qu'ils appellent un &#233;chec devrait passer par une&lt;br class='autobr' /&gt; critique des positions de d&#233;part, de ce qu'ils croyaient &#234;tre la guerre de classes, de l'usage qu'ils ont fait de l'instrument de la lutte arm&#233;e, de la mani&#232;re dont ils con&#231;u les rapports avec la r&#233;alit&#233; dont ils cherchaient la transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de tout cela on pr&#233;f&#232;re admettre simplement qu'on a &#233;t&#233; battu, que les&lt;br class='autobr' /&gt; choses &#233;taient correctement pr&#233;par&#233;es, mais que la chance n'a pas &#233;t&#233; du bon c&#244;t&#233;, qu'elle a pr&#233;f&#233;r&#233; embrasser le pouvoir sur le front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsqu'une voix se l&#232;ve, ouvrant un discours critique, on bat la cloche de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'exception du moment ; quatre mille copains prisonniers politiques et voil&#224; que ce fait devient prioritaire. La reconnaissance de la d&#233;faite, en effet, est la premi&#232;re chose &#224; faire pour qui veut n&#233;gocier la capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons toujours dit que m&#234;me en cas de victoire pour nous, la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;continuerait ; pour cette raison, maintenant leur d&#233;faite partout &#233;tal&#233;e ne nous int&#233;resse pas. Ce sont les calculs de Pouvoir. Rappelons nous que lorsque Togliatti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Palmiro Togliatti (1893-1964), membre dirigeant du Parti communiste italien, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; promulgua l'amnistie pour faire sortir de prison les fascistes, tout de suite apr&#232;s nos copains commenc&#232;rent &#224; y entrer. Le pouvoir se met toujours d'accord avec le contre-pouvoir qui n'a pas r&#233;ussi un processus d'alternance, mais ne peut jamais instaurer un dialogue avec les r&#233;volutionnaires. Il n'y a pas moyen de s'entendre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;On invoque la critique que l'on n'a jamais su employer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes analystes des desseins historiques du prol&#233;tariat, hautains et bombant le torse, sont maintenant en plein dans les affres de la critique. Eux qui avaient opt&#233; avec tant de s&#251;ret&#233; pour la &#034;critique des armes&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette citation est une r&#233;f&#233;rence &#224; Marx : &#034;Il est &#233;vident que l'arme de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et n'admettaient pas qu'on discute de l'usage strat&#233;gique correct d'un instrument qui &#233;tait et reste valide (la lutte arm&#233;e) semblent maintenant en proie au d&#233;lire des larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la fougue destructrice de ce qu'ils avaient &#8211;y compris sans le vouloir&#8211; construit ; dans la h&#226;te d'appara&#238;tre diff&#233;rents de ce qu'ils ont &#233;t&#233; au fond ; rejetant tout : les choses positives et les autres, n&#233;gatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sent qu'ils sont g&#234;n&#233;s dans leur nouvelle veste critique et que leur mani&#232;re de s'accrocher &#224; ce que leur pass&#233; r&#233;cent et moins r&#233;cent a produit n'a pas de sens et d&#233;montre l'inconsistance r&#233;elle de leur pr&#233;occupations th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adroits dans le maniement des mots, ils pourraient peut-&#234;tre embrouiller quelque compagnon plus ing&#233;nu, mais je ne pense pas qu'ils r&#233;ussissent &#224; convaincre ceux qui se rendent compte de la volte-face acrobatique qu'ils sont en train d'effectuer. Souples dans leur mode d'&#233;laborer les mots, ils sont &#224; pr&#233;sent &#233;galement humbles et circonspects dans leurs propositions d'hypoth&#232;ses : ces m&#234;mes gens qui, il n'y a pas si longtemps, tiraient &#224; vue contre quiconque hasardait une hypoth&#232;se diff&#233;rente de la leur en le condamnant comme provocateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure centrale de cette soi-disant critique vise &#224; d&#233;montrer qu'au fond leur action n'a pas eu lieu, et que si ce fut le cas elle s'est limit&#233;e &#224; bien peu, et que ce peu a &#233;t&#233; un abus caus&#233; par de mauvaises le&#231;ons, par la manie collective de la violence, par les illusions d&#233;rivant du vieux 68, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci porte une part de v&#233;rit&#233; mais, comme d'habitude, tend &#224; rejeter l'aspect n&#233;gatif en m&#234;me temps que les choses positives. Un rejet global de ce type n'est pas une critique, c'est la plaidoirie d'un avocat, le verbiage d'un individu en difficult&#233; qui veut &#224; tout prix s'en tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien, que ce soit dit ainsi avec clart&#233;, alors, et qu'on ne cherche pas &#224; masquer son propre &#034;d&#233;sistement&#034; derri&#232;re une &#034;analyse critique&#034; complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on nous dise si certains aspects de la critique, comme par exemple la pesanteur unidimensionnelle du mod&#232;le arm&#233;, ont &#233;t&#233; emprunt&#233; &#224; nos positions ; les autres aspects ne sont rien d'autre que l'inversion tragique de ceux qui finissent par dire aujourd'hui le contraire de ce qu'ils disaient avant, et ce sans en justifier les raisons de mani&#232;re critique. Lorsque ces gens s'autoaccusent d'avoir trop &#034;simplifi&#233;&#034; la complexit&#233; sociale, ils ne disent rien en pratique, ils renient et basta. Ils n'expliquent pas &#8211; et ne peuvent expliquer &#8211; quel projet &#034;non simplifi&#233;&#034; ils proposent &#224; pr&#233;sent pour l'action future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'ils parlent d'une &#034;crise&#034; de la vulgate marxiste et tiers-mondiste, ils ne disent pas &#224; quel autre outillage th&#233;orique ils se r&#233;f&#233;reront demain, lorsque se terminera cette parenth&#232;se des ann&#233;es de plomb, lorsqu'ils obtiendront, d'une mani&#232;re ou d'une autre, ce &#034;tous &#224; la maison&#034;. Peut-&#234;tre &#224; l'id&#233;ologie bien-pensante de Popper et de Feyerabend ? Peut-&#234;tre &#224; la critique de l'existant de Husserl ? Incapables de critique depuis toujours, ils sont &#224; pr&#233;sent seulement en mesure de crier &#224; la &#034;n&#233;cessit&#233;&#034; d'une critique, pouss&#233;s par l'urgence de la partie adverse, mais ce qui en sort est un rejet en bloc, irrationnel et couru d'avance : un vomissement sur soi qui ne pr&#233;lude rien de bon.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La lutte interm&#233;diaire des r&#233;volutionnaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En niant la faisabilit&#233; de l'amnistie, nous n'affirmons pas un vague maximalisme en dehors de la r&#233;alit&#233; mais, au contraire, nous cherchons &#224; ramener la lutte actuelle aux termes de ses possibilit&#233;s effectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; affirm&#233; que chaque instant pass&#233; en prison est un instant perdu de sa vie. Cela est vrai, comme le savent malheureusement par exp&#233;rience ceux qui ont &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;s en risquant la perp&#233;tuit&#233;. Mais on doit ajouter qu'il faut s'imposer un d&#233;passement de ce premier niveau de consid&#233;rations. Dans le cas contraire, on ne comprendrait pas bien ce que nous attendions de la part de l'Etat lorsque nous lui avons cri&#233; en face &#8211; tous ensemble &#8211; ses quatre v&#233;rit&#233;s ? Un poste de travail au cadastre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, face &#224; la plus que pr&#233;visible r&#233;pression, chacun a fait ses comptes. Nous n'avons jamais &#233;t&#233; de ces aventuriers du flingue, fascin&#233;s par la violence pour la violence, entra&#238;n&#233;s dans un processus qui dans le nombre voyait la force et dans la force l'in&#233;luctabilit&#233; de la victoire. Dans notre r&#233;bellion, il y a toujours eu une base de maturit&#233; r&#233;volutionnaire. En chacun de nous, pris singuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne change rien au fait que nous devons trouver le chemin pour r&#233;duire le temps d'incarc&#233;ration des camarades qui sont en prison. Il faut donc s'entendre sur les chemins qui sont praticables et ceux qui ne le sont pas, parce qu'ils requi&#232;rent un co&#251;t trop &#233;lev&#233;, beaucoup plus &#233;lev&#233; que la prison m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les v&#233;ritables r&#233;volutionnaires n'ont jamais &#233;t&#233; oppos&#233;s par principe aux luttes interm&#233;diaires. Ils savent que ces luttes sont indispensables pour rapprocher le projet des conditions sociales qui le mettront en oeuvre. Il n'est pas possible de proposer un d&#233;veloppement directement r&#233;volutionnaire &#224; une situation de conflit social qui ne laisse entrevoir que certains aspects des contradictions qui le caract&#233;risent, tandis que d'autres aspects, peut-&#234;tre les plus importants, restent cach&#233;s. C'est pour cela que nous participons aux manifestations, &#224; la contre-information, aux luttes dans les usines, les &#233;coles, les quartiers. Pour chercher, d'une fois &#224; l'autre, &#224; les pousser vers des objectifs bien plus vastes que la simple revendication, l'information, le dissensus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, les luttes interm&#233;diaires ne sont pas un but, il s'agit d'un moyen dont nous usons (parfois souvent) pour rejoindre un autre objectif : pousser &#224; la r&#233;bellion. Ceci dit, nous n'admettons pas qu'on puisse en venir &#224; pactiser avec le pouvoir. Fixer une n&#233;gociation, marchander en bloc la libert&#233; des compagnons en taule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas d'accord, parce qu'une telle contradiction ne serait pas une lutte interm&#233;diaire, mais serait le d&#233;but de la fin, serait sa propre fin en soi : la libert&#233; des camarades pay&#233;e par la libert&#233; des camarades. Tous (ou quasi tous) dehors, mais d&#233;pouill&#233;s de tout, en premier chef de leur propre affirmation comme r&#233;volutionnaires, de leur dignit&#233;, de leur valeur humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est faux d'affirmer &#8211; comme on l'a entendu &#8211; que la n&#233;gociation d'aujourd'hui serait le pr&#233;lude &#224; la continuation des luttes de demain. Acceptant la n&#233;gociation aujourd'hui, on pourrait demain au maximum lutter &#224; l'int&#233;rieur du ghetto que le&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir nous assignera. Le ghetto des anciens combattants d'une faillite, d'une d&#233;faite, d'une reddition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est faux d'affirmer &#8211; comme on l'a entendu &#8211; que si on ne n&#233;gocie pas imm&#233;diatement cette reddition, les luttes de demain seraient condamn&#233;es &#224; la r&#233;p&#233;tition maniaque du sch&#233;ma d&#233;j&#224; vu de la lutte arm&#233;e. A qui peut bien venir &#224; l'esprit une telle balourdise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes du futur seront bien diverses si on tient compte des erreurs et des points positifs. Dans le cas o&#249; nous devions tout perdre en une reddition sans conditions, notre pass&#233; n'existera plus, sinon sur les photos &#224; usage et consommation des frissons de salon de la bourgeoisie de la prochaine fin de si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mis&#233;rable perspective du n&#233;o-collaborationnisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ils nous appellent &#224; la raison et &#224; la r&#233;flexion. Ils nous invitent &#224; ne pas &#234;tre les&lt;br class='autobr' /&gt;
mauvais gar&#231;ons de toujours, &#224; comprendre comment vont les choses. Ils nous invitent &#224; la collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; (celui du pouvoir), les bras sont ouverts, m&#234;me si le prix initial de la&lt;br class='autobr' /&gt; n&#233;gociation reste encore exorbitant. D'un autre c&#244;t&#233; (celui de l'ex contre-pouvoir imaginaire) les bras sont non moins ouverts et on ne cherche m&#234;me pas &#224; nous faire une r&#233;duction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence biologique devient un fait prioritaire. La solitude physique et morale de 4.000 camarades signifie une montagne sur nos &#233;paules, mais ne peut pourtant nous faire bouger d'un millim&#232;tre. Nous ne sommes pas des irr&#233;ductibles de l'erreur, mais de l'&#233;valuation critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas collaborer parce que nous croyons en nos id&#233;es et en notre capacit&#233; &#224; transformer la r&#233;alit&#233;, ce n'est pas parce que nous croyons en ce que nous avons &#233;t&#233; que nous pensons qu'une modification n'est pas possible. Nous ne sommes pas des adorateurs imb&#233;ciles d'un mod&#232;le consid&#233;r&#233; comme une v&#233;rit&#233;. Mais nous ne sommes pas non plus des collabos qui basent leur conviction sur une critique &#233;labor&#233;e dans les bureaux du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En collaborant, on nous consigne en bloc &#224; l'ennemi, on ne propose pas une alternative pour r&#233;pandre la lutte ailleurs. Il n'y aura jamais un &#034;ailleurs&#034; pour les collabos. Ils porteront toujours avec eux leur propre pass&#233;, emball&#233; dans la merde de leur pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Leur raison est entr&#233;e en crise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rationalistes f&#233;roces, maintenant ils sont entr&#233;s en crise. Il ne leur suffirait pas la liste que le staliniste Luckas avait produite (condamnation de Nietzsche, condamnation de Stirner) pour mettre son coeur en paix avec la philosophie. Maintenant ils sont retourn&#233;s dans les bras de Spinoza, et encore plus bas, dans les bras d'Husserl.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cur&#233;s pratiquement de toujours. Ils ont maintenant le comportement radical et&lt;br class='autobr' /&gt;
possibiliste de celui qui a d&#233;couvert la crise comme l'autre face (apparemment&lt;br class='autobr' /&gt;
monolithique) de la conscience. Ils se jettent t&#234;te baiss&#233;e dans la perplexit&#233; comme d'autres fois ils se jetaient t&#234;te baiss&#233;e dans la certitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant ils veulent &#034;utiliser&#034; la politique. D'autres fois ils se laissaient utiliser par elle. Pour eux la crise est venue apr&#232;s une d&#233;faite militaire. Comme un bon comptable qui ne sait plus cadrer ses comptes parce que quelqu'un a soustrait &#8211; manu fortis &#8211; ses registres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on la crise devient un alibi, non pas une occasion. Camouflage des tumeurs de la propre imb&#233;cillit&#233; et non pas ouverture au divers, au cr&#233;atif. Ainsi, ils s'agitent tels des chats poursuivant leur propre queue, autour du probl&#232;me du pourquoi de la crise et de celui de comment en sortir. Ils ne s'aper&#231;oivent pas qu'ils ne sont jamais entr&#233;s en crise ; ils se sont seulement regard&#233;s au fur et &#224; mesure, dans diff&#233;rents miroirs d&#233;formants : hier ils s'imaginaient beaux et forts, aujourd'hui ils s'imaginent abrutis et faibles, pleurnichards et abattus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qu'ils n'ont jamais compris&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont jamais eu de l'imagination. Le cadre de leur existence &#233;tait &#233;troit et circonscrit. M&#233;moire r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; l'infini. Lieux communs des pulsations de la victoire et de la d&#233;faite. Socialisme r&#233;el contre communisme et libert&#233;. Le profond destin de l'ignominie transform&#233; dans le signe radieux de la gloire. Non pas confusion, mais tristesse et ordre policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont pas compris tout ce qu'il pouvait y avoir de lib&#233;rateur dans l'attaque, et l'ont r&#233;p&#233;t&#233;e comme un morceau classique, sous les yeux des metteurs en sc&#232;ne s&#233;v&#232;res et respectueux de la formalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La subversion passe apparemment par les m&#234;mes chemins, quelque fois elle choisit les m&#234;mes objectifs, mais se d&#233;veloppe et s'ouvre vers des horizons divers. Elle ne cherche pas son expansion &#224; travers la magie des organes d'information. Elle est elle-m&#234;me expansion. Elle cro&#238;t avec la croissance du fait subversif, dans le cas contraire, elle se r&#233;duit, rentre en elle-m&#234;me, projette d'autres interventions. Elle ne crie pas au scandale de l'histoire, ne s'&#233;tale pas soumise aux pieds de l'oppresseur, ne parle pas de crise, ne fait pas de clins d'&#339;il &#224; la collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont pas compris que la critique se fait aux moment o&#249; l'on avance, o&#249; l'on attaque, aux moments de croissance et de d&#233;veloppement. Si dans cette phase on nourrit seulement des illusions, dans la phase suivante, lorsqu'on paye les erreurs commises, on n'est plus en mesure de faire &#034;une critique&#034;, au plus on peut r&#233;citer un &#034;mea culpa&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mouvement r&#233;el n'est pas dans les prisons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ils ont toujours commis l'erreur de chercher l'interlocuteur privil&#233;gi&#233; dans telle ou telle partie de la r&#233;alit&#233;. Aujourd'hui le sous-prol&#233;tariat, hier l'ouvrier d'usine, entre aujourd'hui et hier l'ouvrier-masse, demain le prisonnier politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois leur myopie les met hors de jeu. Elle les coupe de la r&#233;alit&#233;. Et alors ce n'est pas la peine d'&#234;tre plus cruel, plus irr&#233;ductible, plus massacreurs de cadavres et de proclamations que ne l'ont &#233;t&#233; d'autres dans l'histoire. La nuit des temps est pleine de ces choses l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les copains d&#233;tenus ne peuvent constituer un point de r&#233;f&#233;rence privil&#233;gi&#233;. Ils ne peuvent fournir l'indication la plus avanc&#233;e de la lutte. Ils sont dans un espace sacrifi&#233;, dans un &#233;tat de continuelle torture physique et psychologique. Ils sont le symbole de l'affrontement de classes. Ils ne sont pas cet affrontement lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas chr&#233;tiens. Le t&#233;moignage de quelques-uns d'entre nous, m&#234;me de ces copains qui sont tomb&#233;s, ne nous porte pas &#224; des consid&#233;rations diff&#233;rentes de celles qui sont symboliques. Nous ne souffrons pour cela, ni de carences affectives envers ces copains, ni de crises de l'attachement &#224; un symbole. Toutes ces choses-l&#224; sont des faux probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons notre banni&#232;re, mais nous ne lui pr&#234;tons pas serment. Nous avons notre parole, mais nous ne la drapons pas d'une banni&#232;re. Nous avons notre amour propre, mais nous ne l'objectivons pas &#224; l'usage et consommation des autres. Nous avons nos r&#234;ves, nos espoirs, nos d&#233;sirs, nos amours, mais nous ne les conditionnons pas tous dans une vision unilat&#233;rale de la vie. Avec tout cela, nous ne sommes pas pour autant &#233;clectiques ou possibiliste. Notre rigueur &#233;merge de la raison et du coeur. Parfois pr&#233;valent pour nous les raisons du coeur, d'autres fois celles de la raison, mais ceci n'est pas un motif pour nous sentir coupables ou croire nous &#234;tre trahis nous-m&#234;mes et nos principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affectivit&#233; pour les copains emprisonn&#233;s ne peut nous faire fermer les yeux&lt;br class='autobr' /&gt;
devant la r&#233;alit&#233; qu'ils sont, en effet, des copains en prison. Des copains vivant des conditions de privations et d'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous voulons les lib&#233;rer nous devons partir de quelque chose de diff&#233;rent ; du mouvement r&#233;el. Si nous partons d'eux, de leur sp&#233;cificit&#233;, nous serons en train de les clouer - d'une mani&#232;re ou d'une autre - &#224; leur situation carc&#233;rale, juste soit la r&#233;ussite de notre initiative (m&#234;me celle d'une possible lib&#233;ration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui produira leur lib&#233;ration sera le mouvement r&#233;el qui est dehors, l'effort de lutte que nous, en tant que mouvement sp&#233;cifique, serons capable de d&#233;velopper, en raccordant les milliers (ou les centaines, ou m&#234;me quelques dizaines) de fils qui lient mouvement sp&#233;cifique et mouvement r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas contraire ce seront des milliers d'ann&#233;es de solitude pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il ne peut y avoir crise de l'imagination pour qui n'a jamais eu d'imagination&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Seulement maintenant il est venu une atroce suspicion : qu'entre la culture dont ils se faisaient les porteurs et la pratique qu'ils &#233;taient en train de r&#233;aliser, il n'y avait pas de comptabilit&#233;. D'un c&#244;t&#233; le r&#234;ve de quelque chose, de l'autre c&#244;t&#233; quelque chose sans le r&#234;ve. Le saut devait &#234;tre accompli avec l'imagination, le saut vers le ciel de l'impossible, de l'extraordinairement autre, chose qui de toutes fa&#231;ons leur a toujours &#233;t&#233; ferm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, maintenant ils s'aper&#231;oivent qu'au contraire, la compatibilit&#233; existait effectivement et que c'&#233;tait simplement atroce. Chacun choisit ses moyens et ceux-l&#224; leur vont comme un gant, il appartient &#224; leur capacit&#233; inventive de trouver les cohabitations et les modes d'emploi, les perspectives et les orientations vers des fins toujours diverses. L'&#233;touffement des moyens est une des morts les plus horribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le commis voyageur de la mort sont admises seulement les vacances de fin d'ann&#233;e (ou de fin de &#034;campagne&#034;). En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale il doit faire marcher la guillotine. Le bruit de la lame qui tombe finit par scander les moments de sa journ&#233;e. Apr&#232;s un certain temps on ne peut pas faire &#224; moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet est achev&#233;. Le commencement rejoint la fin. Un nouveau commencement&lt;br class='autobr' /&gt; et une nouvelle fin se profilent : toujours identiques et r&#233;p&#233;titifs. La culture qu'il a promue est &#224; son tour promue &#224; un fait promotionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; trouver le cadavre de l'imagination ? Ici n'a pas m&#234;me exist&#233; le r&#234;ve de quelque&lt;br class='autobr' /&gt; chose d'imaginatif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le st&#233;r&#233;otype du parti arm&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le parti sert de courroie de transmission &#224; l'initiative de la minorit&#233; organis&#233; vers le&lt;br class='autobr' /&gt; prol&#233;tariat d&#233;sorganis&#233;. Dans la perspective scatologique des &#233;v&#233;nements, les petits faits destructifs d'aujourd'hui miment l'apocalypse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti projette, codifie, ex&#233;cute, transforme, r&#233;p&#232;te. La derni&#232;re phase de cette&lt;br class='autobr' /&gt; r&#233;p&#233;tition se repr&#233;sente toujours pareille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti est le projet unidimensionnel le plus organique que l'on peut conna&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Rien n'&#233;chappe &#224; son organigramme, tout peut &#234;tre, au fur et &#224; mesure inclus. Cette extr&#234;me &#034;comp&#233;tence&#034; le fait appara&#238;tre comme un mini Etat en formation. Actuelle tumeur de cette grande et diffuse maladie qu'est la politique des Etats.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Guerre de classe et centralisme l&#233;niniste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'orientation donn&#233;e aux &#233;v&#233;nements de classe (dans l'imaginaire codifi&#233;) impose &#224;&lt;br class='autobr' /&gt; l'affrontement l'aspect d'une guerre militaire. Les &#233;v&#233;nements infiniment complexes du conflit social sont ainsi r&#233;duits et simplifi&#233;s, et se trouvent compl&#232;tement enfouis dans les faits d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spontan&#233;isme p&#233;riph&#233;rique, n&#233;cessaire au d&#233;but dans une arm&#233;e qui d'une mani&#232;re ou d'une autre est recrut&#233;e et qui ne re&#231;oit pas r&#233;guli&#232;rement ses moyens de quelque source d'approvisionnement que ce soit, le fait m&#234;me d'avoir &#224; &#034;s'arranger&#034; pour se procurer des armes, devient une limite n&#233;gative &#224; d&#233;passer au plus vite. La progression dans ce sens est n&#233;cessairement rapide. Celui qui se renferme est perdu. L'ennemi s'&#233;quipe et se pr&#233;pare pour l'antigu&#233;rilla. Le &#034;gu&#233;rillero&#034; en s'&#233;quipant &#224; son tour doit se transformer en soldat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orientation des interventions, le jugement politique, les campagnes p&#233;riodiques,&lt;br class='autobr' /&gt; les objectifs, les cons&#233;quences possibles, et tant d'autres choses, sont filtr&#233;es et fournies &#224; des niveaux divers par la structure centralis&#233;e. Les discussions de base, les d&#233;bats, les propositions, les analyses, sont s&#233;lectionn&#233;es pour arriver jusqu'au sommet sous une forme simplifi&#233;e, pr&#234;te &#224; &#234;tre transform&#233;e en nouvelle proposition pour l'action dont le d&#233;veloppement se fait toujours &#224; partir du centre. Apr&#232;s tout il s'agit d'une arm&#233;e d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction de la guerre de classe &#224; un simple affrontement militaire porte en soi&lt;br class='autobr' /&gt; la conclusion logique que si sur ce terrain on subit une d&#233;faite, la guerre de classe cesse d'exister comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On arrive par l&#224; &#224; l'absurde, non seulement th&#233;orique, mais pratique qu'aujourd'hui en Italie, apr&#232;s la d&#233;faite des organisations combattantes, il ne s'agit plus d'une guerre de classe en actes et que donc, il y a int&#233;r&#234;t pour tous (et en premier lieu l'Etat) &#224; n&#233;gocier une reddition pour &#233;viter que se d&#233;veloppe, ou continue &#224; se d&#233;velopper, un processus conflictuel absolument fictif et compl&#232;tement inutile autant que nuisible pour chacun.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La marginalit&#233; des partis arm&#233;s au regard de la guerre de classe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est facile de constater que les structures arm&#233;es, sp&#233;cialement celles qui prennent&lt;br class='autobr' /&gt; la forme d'un parti sont toujours marginales &#224; la guerre de classe. Non pas qu'elles soient &#233;trang&#232;res, elles sont simplement marginales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche de l'affrontement de classe &#224; des cons&#233;quences sur eux, elle les pousse&lt;br class='autobr' /&gt; &#224; se renfermer ou &#224; s'ouvrir selon la plus ou moins grande tension sociale. Mais tout cela dans des limites tr&#232;s restreintes. Le rapport de repr&#233;sentativit&#233; ne s'instaure jamais, si ce n'est pour de tr&#232;s petites minorit&#233;s marginales ou pour des groupes &#224; tr&#232;s haute sensibilit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que ces ph&#233;nom&#232;nes sont de grande importance, et il est aussi clair que&lt;br class='autobr' /&gt; l'Etat fait tout son possible pour les r&#233;cup&#233;rer &#224; l'int&#233;rieur d'une logique &#034;terroriste&#034; qui les pr&#233;sente comme ph&#233;nom&#232;ne et faits exceptionnels, accomplis par des fous, des criminels exalt&#233;s ou des agents des services secrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin &#224; prendre dans ce cas est celui qui descend vers la sensibilit&#233; populaire&lt;br class='autobr' /&gt; en produisant des actions et des clarifications qui concernent et incluent les gens sans les immobiliser dans une fixit&#233; spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le parti de par sa nature, se pr&#233;sent comme un filtre qui repousse les gens en les isolant dans un amorphe et rigide statut social : ouvrier, femme de maison, employ&#233;, cadre moyen, &#233;tudiant, etc. Il est comme une passoire qui absorbe une partie de ces gens seulement apr&#232;s une acceptation initiatique de type id&#233;ologique. La politique est un instrument de s&#233;lection. De cette mani&#232;re une voie de croissance quantitative n'est praticable qu'&#224; travers l'organigramme du parti. L'action et la clarification passent &#224; un second plan et sont confi&#233;es &#224; des m&#233;canismes p&#233;dagogiques qui sont pens&#233;s &#224; tort comme automatiques. L'Etat d&#233;truit apr&#232;s avec soin m&#234;me les petits r&#233;flexes d'un m&#233;canisme de ce genre (lorsqu'il existe).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qu'ils peuvent rejeter&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est le r&#233;flexe conditionn&#233; chez les gens. La sympathie induite. Tout ce qui est &lt;br class='autobr' /&gt;
pass&#233; par le filet serr&#233; de la censure &#233;tatique. Le soutien que l'on donne &#224; celui qui a conduit une bataille au fond juste, m&#234;me si cela a &#233;t&#233; avec des m&#233;thodes que tout le monde ne partage pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s peu de choses, pour avoir un poids dans et sur le processus r&#233;volutionnaire en&lt;br class='autobr' /&gt; cours. Le mouvement r&#233;el - qui ne perds jamais rien - pourrait s'en affirmer, mais ce &#034;peu de choses&#034; doit &#234;tre mis &#224; contribution, ins&#233;r&#233; de mani&#232;re critique, consolid&#233; au-del&#224; de l'&#233;norme rideau noir que le pouvoir a su mettre devant le regard critique des gens. A commencer par le mot &#034;terrorisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ce fait contre. On se pense au centre d'une exp&#233;rience qui [est] tr&#232;s diff&#233;rente&lt;br class='autobr' /&gt; de tout ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit dans les journaux ou affirm&#233; dans les palais de justice. On donne comme d&#233;j&#224; connue la v&#233;rit&#233; officielle.. On d&#233;clare que la guerre est finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mani&#232;re on extirpe m&#234;me ce petit peu qui est rest&#233; de positif et de r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qu'ils peuvent pr&#233;voir pour le futur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Absolument rien. L'irr&#233;versible processus du mouvement r&#233;el les &#233;jectera d&#233;cid&#233;ment comme collaborationnistes. Aucune intention dialectique ne peut donner cr&#233;dibilit&#233; &#224; leur d&#233;cision d'aujourd'hui, &#224; leur n&#233;o-contractualisme qui appara&#238;t de mille mani&#232;res derri&#232;res les analyses compliqu&#233;es de ces faiseurs de mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils pourront retourner &#224; leur canevas usag&#233;. Dans ces temps que nous souhaitons meilleurs, ils pourront jouer encore le vieux et maigre quiproquo des gardiens du temple, des calculateurs de la m&#233;moire prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose a &#233;t&#233; faite dans le pass&#233;, certainement elle sera faite encore dans le futur. Il y a toujours tellement de braves gens qui n'attendent rien d'autre que de croire en quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout cela a bien peu &#224; voir avec la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Instrument dans les mains du mouvement r&#233;el&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au fond chacun de nous agit et vit sur la base de convictions- - justes ou erron&#233;es -, mais la plupart du temps on n'est pas en mesure de s'apercevoir des cons&#233;quences r&#233;elles de ses propres actions et de sa propre vie. Dans ce sens, m&#234;me les pr&#234;cheurs de psaumes partitistes ont eu leur part. Un bagage de lutte et d'exp&#233;rience s'est accumul&#233; disponible pour &#234;tre utilis&#233; ou dispers&#233;. Il n'y a pas moyen de le garder dans les coffre-forts de l'histoire. Nous devons maintenant et vite le porter &#224; ses extr&#234;mes cons&#233;quences. Dans le cas contraire, m&#234;me les instruments conscients de la r&#233;volution finiront par se rouiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela prouve, par ailleurs, l'inutilit&#233; des d&#233;cisions comme celles qui aujourd'hui ont &#233;t&#233; prises avec tant d'assurance : la collaboration est toujours le fait d'une partie ou plut&#244;t du parti. La r&#233;alit&#233; des luttes ne collabore pas. Elle peut instrumentaliser des hommes et des m&#233;thodes pour apr&#232;s les rejeter et les mettre en marge, dans les lieux de la solitude et des r&#233;flexions sans piti&#233;. Mais tout cela ne d&#233;place pas d'un millim&#232;tre le parcours de l'affrontement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont d'autres choses qui mettent en jeu le r&#233;sultat, d'autres niveaux de &lt;br class='autobr' /&gt;
conscience, d'autres participations et modifications objectives. Et dans la v&#233;rification de ces &#034;autres choses&#034;, m&#234;me les premi&#232;res, l'insignifiance des instruments d&#233;sormais rouill&#233;s cessera, malgr&#233; eux, d'&#234;tre telle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tr&#232;s peu de copains&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui seront pr&#233;sents au carrefour des d&#233;cisions seront peu nombreux. Non par&lt;br class='autobr' /&gt; leur refus de la collaboration, mais par leur critique des erreurs et des limites des actions pass&#233;es. La construction est un fait relationnel, elle n'admet pas des op&#233;rations d'addition ou de soustraction. Les bilans sont affaire de comptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui s'est illusionn&#233; dans la possibilit&#233; de supprimer par d&#233;cision militaire -&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le champ - l'exploitation capitaliste, maintenant doit se rendre &#224; l'&#233;vidence qu'une&lt;br class='autobr' /&gt;
mythologie de ce genre peut se r&#233;aliser seulement si elle se concr&#233;tise dans une&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;ritable et propre g&#233;n&#233;ralisation de l'affrontement. La prairie br&#251;le en totalit&#233; si le vent&lt;br class='autobr' /&gt;
souffle du bon c&#244;t&#233;, et le vent n'est pas toujours &#224; la merci de notre volont&#233;. Or celui&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ne comprend pas cela peut tr&#232;s bien ne pas collaborer, mais il restera &#224; l'ext&#233;rieur&lt;br class='autobr' /&gt;
des luttes de demain ; une cariatide fixe et &#224; sa place, un auto-&#233;loge de l'immuabilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le bien comme dans le mal.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au-del&#224; du parti&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du parti, la lutte arm&#233;e libertaire, anarchique, insurrectionnelle. Au moment&lt;br class='autobr' /&gt; de le reculade, lorsque d&#233;j&#224; maintenant ils s'appr&#234;tent &#224; rendre armes et bagages &#224; ceux qu'ils reconnaissent comme vainqueurs, voici qu'ils affirment fermement l'impossibilit&#233; de ce type de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que ceux qui ont v&#233;cu l'exp&#233;rience de la lutte arm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur d'un parti combattant ne se rendent pas compte de cette possibilit&#233;. Mais il est aussi vrai que les motifs initiaux qui ont emp&#234;ch&#233;, dans son temps, une recherche op&#233;rationnelle dans ce sens, ont &#233;t&#233; de nature id&#233;ologique et non pas strat&#233;gique ou tactique. C'&#233;tait l'&#226;me du bolchevisme veille &#233;cole qu'imposait le sch&#233;ma de l'&#034;Iskra&#034; et du palais d'hiver. Non pas certitude prouv&#233;e de l'impossibilit&#233; d'une m&#233;thode diff&#233;rente de gu&#233;rilla libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, au moment de la collaboration de l'assiette de lentilles, il est d&#233;pourvu&lt;br class='autobr' /&gt;
de sens d'attendre une r&#233;flexion critique. Chez eux il s'agit peut &#234;tre m&#234;me d'un reste&lt;br class='autobr' /&gt;
de bonne foi que de vouloir faire voir comme seule possibilit&#233; la solution de la d&#233;faite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment recommencer ? Sur quelles bases ? Sur la base d'un programme et une&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;thode encore inconnus ? Plus souvent abhorr&#233;s ou bafou&#233;s ? Aller &#224; la rencontre de&lt;br class='autobr' /&gt;
quelles perspectives ? Avec quelle cr&#233;dibilit&#233; ? Admettre la d&#233;faite non pas d'un projet&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire (ce serait une tautologie banale), mais d'un projet politique ? Mieux encore, se&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cider &#224; collaborer pour sauver ce qui peut l'&#234;tre et recommencer au d&#233;but demain, et si possible en r&#233;p&#233;tant le m&#234;me parcours.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le projet anarchiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons plusieurs fois parl&#233; de la fa&#231;on dont les anarchistes consid&#232;rent la lutte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;arm&#233;e. Nous l'avons fait dans ces temps non suspects, lorsque tous marchaient dans&lt;br class='autobr' /&gt;
l'espace pr&#233;cuit des grandes actions spectaculaires, syst&#233;matiquement m&#226;ch&#233;es par les&lt;br class='autobr' /&gt;
moyens d'information pour la consommation de la pl&#232;be.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus des structures verticales, la collaboration sectorielle (non coordonn&#233;e), le &lt;br class='autobr' /&gt;
contr&#244;le dans les limites de la s&#233;curit&#233;, l'autosuffisance des groupes, le choix d'objectifs&lt;br class='autobr' /&gt;
minimum, la signification accessible de ces objectifs, la continuit&#233; de l'intervention, la&lt;br class='autobr' /&gt;
radicalisation progressive dans les secteurs sociaux, l'auto-information, l'activit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
propagande, la clarification critique, la circulation des id&#233;es &#224; l'int&#233;rieur du mouvement,&lt;br class='autobr' /&gt;
la pr&#233;paration des situations de propagande, les luttes interm&#233;diaires, la liaison entre&lt;br class='autobr' /&gt;
cette phase et la phase suivante insurrectionnelle, les tentatives et les r&#233;sultats des&lt;br class='autobr' /&gt;
actions singuli&#232;res li&#233;es par un fil logique priv&#233; de sauts incompr&#233;hensibles, la parit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les niveaux de lutte, la multiplicit&#233; des aspects de la dimension strictement&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire, les aspects bipolaires des structures organisatrices, la capacit&#233; &#224; se&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;structurer avec facilit&#233; &#224; n'importe quel moment, la critique du professionnalisme, la&lt;br class='autobr' /&gt;
critique de la superficialit&#233;, de l'efficientisme, de l'&#233;conomisme technique, la critique&lt;br class='autobr' /&gt;
des armes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La solution insurrectionnelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Participer ensemble avec les gens, avec les exploit&#233;s en g&#233;n&#233;ral, aux lutte &lt;br class='autobr' /&gt;
interm&#233;diaires : pour le logement, contre la guerre, contre les missiles, contre les&lt;br class='autobr' /&gt;
centrales nucl&#233;aires, pour l'emploi, pour la d&#233;fense du salaire, pour le droit &#224; la sant&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
contre la r&#233;pression, contre la prison, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis employer notre force organisationnelle pour pousser graduellement ces&lt;br class='autobr' /&gt; luttes toujours plus loin, vers un possible d&#233;bouch&#233; insurrectionnel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;veloppement du mouvement r&#233;el est dans la pratique un processus de transformation violent de l'affrontement de classe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas vrai qu'au travers des luttes interm&#233;diaires le mouvement r&#233;el puisse cro&#238;tre &#224; l'infini. Le contraire voudrait dire que l'anarcho-syndicalisme serait la meilleure solution vu qu'il pr&#233;voit et une transposition des structures de lutte dans la soci&#233;t&#233; de demain et sa propre transformation en structure constitutive de la nouvelle organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important est que les luttes interm&#233;diaires doivent trouver une conclusion&lt;br class='autobr' /&gt; violente, un point de rupture, une ligne de force au-del&#224; de laquelle la r&#233;cup&#233;ration ne soit plus possible que dans des proportions minimes et donc, insignifiantes. Mais pour&lt;br class='autobr' /&gt;
arriver &#224; ce r&#233;sultat le processus de transformation violente doit &#234;tre le plus g&#233;n&#233;ralis&#233; possible. Non pas dans le sens qu'il doive forc&#233;ment partir d'un large mouvement de masse, violent et n&#233;gateur des r&#233;sultats imm&#233;diats et tangibles, mais dans le sens o&#249; il doit contenir, m&#234;me lorsqu'il a une dimension minime au d&#233;part, l'id&#233;e et l'intention de se d&#233;velopper en tant que violence de masse. Dans le cas contraire le r&#244;le de mouvement sp&#233;cifique devient purement symbolique, renferm&#233; en soi-m&#234;me, capable de donner satisfaction (jusqu'&#224; un certain point) seulement aux composantes de cette minorit&#233; (ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, du racket).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La valeur &#233;thique de la violence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De ce seul point de vue les discours sur la violence ont un sens. Certes non pas dans l'&#233;troitesse et l'abstraction de celui qui parle comme d'une valeur de la vie en absolu. A mon sens la vie des exploiteurs et de leurs serviteurs ne vaut pas un centime. Et aller faire des diff&#233;rences - comme il a &#233;t&#233; fait - entre la fin d'un Moro et celle d'un Ramelli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeune militant n&#233;o-fasciste, Sergio Ramelli fut mortellement bless&#233; &#224; coup (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, me semble &#234;tre le pr&#233;lude trompeur &#224; un discours exsangue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ad&#233;quation de la violence &#233;mancipatrice aux conditions du conflit n'est jamais possible. Le processus de lib&#233;ration est de par sa nature excessif. Dans le sens de la surabondance ou dans celui de manque ? O&#249; a-t-on jamais vu que l'insurrectionpopulaire fasse mouche, distinguant nettement les ennemis &#224; abattre. C'est un coup de griffe du tigre qui lac&#232;re et ne distingue pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes une minorit&#233; organis&#233;e n'est pas le peuple insurg&#233;. Donc, elle distingue. Elle doit distinguer. Mais m&#234;me dans la prudence n&#233;cessaire qu'elle impose, elle y trouve &#224; la fois et sa propre limite et l'orientation d'une possible ouverture. Dans ce sens c'est r&#233;volutionnaire, elle est une exp&#233;rience &#034;in vitro&#034;, et peut donc, se transformer en risible temp&#234;te dans un verre d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la distinction ne doit pas &#234;tre faite en fonction de la d&#233;chiffrabilit&#233; de l'action, mais en fonction de sa reproductibilit&#233;. Les deux choses, si l'on veut, ne sont pas s&#233;par&#233;es, mais sont diff&#233;rentes. La d&#233;chiffrabilit&#233; de l'action est diff&#233;rente de ce que la minorit&#233; elle m&#234;me peut r&#233;aliser, puisqu'elle reste li&#233;e &#224; l'intervention des grands moyens d'information et donc, aux distorsions du pouvoir. La reproductibilit&#233; est un fait intrins&#232;que &#224; l'action m&#234;me. Le pouvoir pour la d&#233;figurer doit la passer sous silence, parce que m&#234;me dans le plus hasardeux des commentaires, le fait m&#234;me - nu et cru - ne peut &#234;tre mis en doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce difficile probl&#232;me se r&#233;sout comme il suit. L'attaque contre l'ennemi de classe&lt;br class='autobr' /&gt; est toujours justifi&#233;e. La vie de celui qui opprime et emp&#234;che de vivre ne vaut pas un centime. Cette attaque peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e de mani&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e donc, avec une intervention massive des gens, et alors elle n'est pas mesurables aux conditions r&#233;elles de l'affrontement : elle reste toujours non harmonieuse, excessive ou r&#233;ductrice. C'est celle-ci la dimension maximale de la violence r&#233;volutionnaire, simultan&#233;ment cr&#233;ative et destructrice. Par contre, dans une dimension minoritaire on cherche toujours &#224; mesurer le coup, &#224; le r&#233;gler par rapport aux r&#233;elles limitations de l'affrontement. Chacun de nous croit avoir une id&#233;e pr&#233;cise sur le niveau du conflit de classes et donc, sugg&#232;re des solutions et en dessine des limites. Mais en pratique c'est la d&#233;chiffrabilit&#233; qui nous guide. Nous sommes des p&#233;dagogues &#224; la recherche de disciples. Alors que c'est la reproductibilit&#233; qui devrait &#234;tre la crit&#232;re pour mesurer la violence minoritaire, afin que justement de minorit&#233; elle devienne un fait g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste n'est que bavardage de cur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le projet simplificateur du parti&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entre autres choses il y a cette illusion que le parti puisse simplifier le mod&#232;le employ&#233; pour construire l'action. La d&#233;chiffrabilit&#233; est alors confi&#233;e aux organes de propagande qui distillent d'horribles pacotilles que l'on appelle proclamation, programme ou communiqu&#233;. Le langage se standardise aussi bien que l'action. Tout se r&#233;p&#232;te. Tout devient familier &#224; tous (sauf aux gens). La familiarit&#233;, la grande masse l'acquiert &#224; travers les interpr&#233;tations du pouvoir. Le r&#233;sultat ce sont des mod&#232;les pr&#233;fabriqu&#233;s d'actions. Les autres assistent et se contentent des frissons du risque &#224; cr&#233;dit. Le mod&#232;le trouve son succ&#232;s &#224; la mani&#232;re des s&#233;ries noires ou des films d'horreurs. Mais personne n'a l'id&#233;e de mettre un homme en morceaux dans sa propre baignoire pour voir comment cela se fait. On pr&#233;f&#232;re le voir faire au cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas vrai qu'il s'agisse de peur face &#224; l'exp&#233;rimentation. Bien des gens courent des risques de loin sup&#233;rieurs avec une voiture ou une seringue &#224; la main. Il s'agit d'&#233;loignement. De d&#233;formation romantique de la r&#233;alit&#233;. De sacralisation bien construite autour des pratiques &#233;mancipatrices qui n'ont rien d'exceptionnel. Des forclusions souvent d'origine religieuse que l'on [ne] d&#233;passe peut-&#234;tre jamais compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti pr&#233;tend clarifier tout cela de l'ext&#233;rieur, construire un mod&#232;le pr&#233;cuit de &lt;br class='autobr' /&gt;
reproductibilit&#233;. Il ne s'aper&#231;oit pas que par l&#224; il fait le m&#234;me travail que l'Etat. Proposer de faux d&#233;sirs. Dans l'&#233;loignement par rapport &#224; la port&#233;e r&#233;elle de la violence lib&#233;ratoire, les deux p&#244;les se rejoignent. Pouvoir et contre-pouvoir marchent parall&#232;lement et se soutiennent r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De quelle communication parlent-ils ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par un ph&#233;nom&#232;ne de diffusion aurait d&#251; se propager l'effet incendiaire de l'exemple. Mais l'action restait ind&#233;chiffrable. Peu d'initiative dans ce sens. Le reste devait &#234;tre fait par les grands moyens d'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien communiquer ces relais de l'id&#233;ologie du&lt;br class='autobr' /&gt; pouvoir en formation ? Justement ce que veut le pouvoir. Mais le parti, ce n'est pas lui-m&#234;me un mini-pouvoir en formation ? Et, de fait, au moins au d&#233;but, ce raisonnement a march&#233;. Le pouvoir lui-m&#234;me donnait une image agrandie (donc, d&#233;form&#233;e) de l'attaque r&#233;elle contre l'ennemi. Mais cela &#233;tait propre au but de creuser un foss&#233; toujours plus profond, de transformer la minuscule r&#233;alit&#233; en formation dans un g&#233;n&#233;ral et illusoire th&#233;&#226;tre de la mort, avec ses spectateurs &#224; leur place payante, avec l'opportune atmosph&#232;re de silence et d'ins&#233;curit&#233;, enfin tous les &#233;l&#233;ments du drame bourgeois. Lorsque d&#233;sormais la distance fut devenue &#233;norme, la fermeture devint totale, puis l'interruption. Dans la fantaisie sans frein le fait myst&#233;rieux se prolongeait d&#233;mesur&#233;ment. Quelque chose entre la bande &#224; Bonnot et Jack l'&#233;ventreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les timides tentatives de g&#233;n&#233;ralisation ? L'ill&#233;galisme de masse qui balbutiait ici et l&#224; ? Les petites pratiques de sabotage ? Les milles incendies, les centaines de &#034;jambis&#233;s&#034; anonymes, les vitrines cass&#233;es, les saccages r&#233;ellement prol&#233;tariens ? Tout cela est balay&#233;. De petites choses pour dames de charit&#233;. Jouets pour enfants d&#233;viants. Petites sc&#232;nes p&#233;riph&#233;riques. Au centre (mais quel centre ?) on r&#233;p&#232;te la grande sc&#232;ne ma&#238;tresse dont la co-production est due &#224; l'Etat et au contre-Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nonobstant, dans cette grande mise en sc&#232;ne, avec toutes ses limitations, il y avait et les germes de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence la plus absurde et les germes d'une diss&#233;mination dans tout le territoire. Il aurait fallu faire taire le toujours plus encombrant militarisme, le discours terrifiant d'avant et qui maintenant a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; dans les non moins terrifiantes illusions des actions &#233;clatantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour faire cela il fallait une critique r&#233;elle, non pas une critique seulement sur les mots. Une &#233;preuve sur le champs, non pas sur les tables des instituts d'anatomie. Un mort est un mort d'o&#249; qu'on le regarde. Il faut arriver avant, construire parall&#232;lement, faire voir ; ne pas se limiter seulement &#224; indiquer les fissures que dans la pratique personne ne veut admettre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le rapport anarchiste entre minorit&#233; agissante et mouvement r&#233;el&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ni point de r&#233;f&#233;rence, ni coffre-fort d'une m&#233;moire que le mouvement g&#232;re tr&#232;s bien lui-m&#234;me. Ni &#233;laborateurs de strat&#233;gies et de m&#233;thodes, ni centrale de recyclage. N&#233;anmoins, in&#233;liminable condition du projet r&#233;volutionnaire. Dans l'intervention magique de mille conditions l'attente devient insupportable et souvent inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pousser, cr&#233;er les conditions minimum pour que l'&#233;v&#233;nement se v&#233;rifie, pour que la magie d'un fait se g&#233;n&#233;ralise, se r&#233;pande comme une onde dans l'eau. Mais avec le cerveau et les yeux bien ouverts. Avec un projet. Avec les moyens indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, il faut aussi que projet et moyens ne deviennent pas la chose la plus importante, l'unique chose pour laquelle on lutte. Son essentialit&#233; ne peut jamais se transformer en exclusivit&#233;. Il faut m&#234;me savoir envoyer tout au diable. Non pas d'abord, en attendant que l'&#233;v&#233;nement se soit v&#233;rifi&#233;, mais apr&#232;s, si les conditions n&#233;cessaires (certainement minimum), indispensables ne se donnent pas. Non pas s'auto-reproduire &#224; cause du fait qu'il faut continuer &#224; vivre. Nous sommes diff&#233;rents de cette histoire l&#224;. Nous allons beaucoup plus loin c'est pourquoi nous pouvons toujours recommencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eux sont exclusivement ceci. Un th&#233;or&#232;me qui pousse sur lui m&#234;me. Un&lt;br class='autobr' /&gt; monstrueux et compliqu&#233; imbroglio de tautologies.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'id&#233;ologie de la reddition s&#233;par&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et les autres ? De ceux proches et de ceux plus &#233;loign&#233;s. De ce sous-prol&#233;tariat qui a inspir&#233; tant de stridences, proche, dans la m&#234;me cage, mais lointain de mille miles &#224; cause de ses propres motivations r&#233;elles de contestation. Au prol&#233;tariat en g&#233;n&#233;ral, celui mythique, mais aussi celui r&#233;el, celui qui se l&#232;ve t&#244;t le matin, qui produit, qui se fait massacrer avec la r&#233;gularit&#233; d'un chronom&#232;tre, celui qui a re&#231;u le moins des s&#233;r&#233;nades, mais tellement plus de th&#233;ories, de toutes fa&#231;ons &#233;galement inutiles. Rien &#224; faire. La reddition est s&#233;par&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela importe peu que l'on doive porter la lutte tous ensemble en avant. Maintenant les avant-gardes ont &#233;t&#233; captur&#233;es par l'ennemi. On peut dire qu'au moins le gros de l'arm&#233;e prol&#233;tarienne s'est &#233;pargn&#233; un tel &#233;v&#233;nement. Elle ferme sa gueule et continue &#224; se faire exploiter. Donc, envoyons-le au diable. Envoyons-y aussi ces autres qui pr&#233;tendent construire leur racket, qui se d&#233;clarent pr&#234;ts &#224; un discours politique, mais qui apr&#232;s se montrent inconstants, n'acceptent pas des ordres, ne dig&#232;rent pas la th&#233;orie. Alliances transitoires mais au fond peu de choses. Et maintenant marchons seuls, mettons nous d'accord avec l'Etat et laissons les autres dans leur gal&#232;re (ou dans l'usine) tant qu'ils le voudront. Mille ans de solitude, mais seulement pour eux. Apr&#232;s tout ce sont des ingrats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfer est pav&#233; de ce genre de raisonnement. Tous pr&#234;ts et dispos&#233;s &#224; se sacrifier, mais ils pr&#233;tendent tous &#224; une r&#233;tribution. A partir de Saint Paul la condition est pos&#233;e clairement : r&#233;tribution et servage. Dans ce pr&#233;tendu raisonnement s'occulte l'id&#233;e secr&#232;te que le prol&#233;tariat (sous ou sur) doit servir de masse de manoeuvre, de force de choc guid&#233;e et illumin&#233;s par le parti combattant. A crever de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins lorsque cette histoire ils l'ont v&#233;cue dans le pass&#233; c'&#233;tait plut&#244;t quelque&lt;br class='autobr' /&gt;
chose de s&#233;rieux, de tristement d&#233;sarmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour eux le niveau d'affrontement est d&#233;termin&#233; par la grandeur de la puissance de feu qu'ils ont r&#233;ussi &#224; mettre en jeu. Ils ne s'aper&#231;oivent pas que si le prol&#233;tariat les a laiss&#233; seuls lorsqu'ils ont attaqu&#233; Moro et son escorte (et comment pouvait-il jamais intervenir ?), c'est que eux m&#234;me ont laiss&#233; seul le prol&#233;tariat dans ses milles petites actions de chaque jour. Dans son affrontement continuel. Dans sa souffrance. Dans la chute de ses r&#234;ves et de ses espoirs. Dans la tragique com&#233;die qu'il est contraint &#224; voir r&#233;p&#233;ter inlassablement de la part de divers syndicalistes, hommes de parti, patrons et serviteurs des patrons, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on arrive &#224; la conclusion de la difficult&#233; d'&#234;tre ensemble avec le prol&#233;tariat dans cette s&#233;rie infinie d'affrontements arm&#233;s (et pourquoi toujours les armes devraient &#234;tre seulement ces choses fabriqu&#233;es par les industries comme la Breda ?), on doit forc&#233;ment conclure que le parti arm&#233; devait &#234;tre n&#233;cessairement seul dans ses attaques contre un ou cent responsables de l'exploitation. Non seulement dans le sens physique, parce que cela est secondaire, mais dans le sens politique, dans le sens r&#233;volutionnaire, dans le sens du projet de transformation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; que la solitude du pass&#233; r&#233;appara&#238;t maintenant dans l'id&#233;ologie de la reddition. Chacun s'arr&#234;te de ramer. Le prol&#233;tariat s'est arr&#234;t&#233; depuis longtemps. Pour quoi aurait-il d&#251; se faire embarquer dans un projet absolument inexistant ? Eux ils s'arr&#234;tent de ramer maintenant. L'Etat se trouve au milieu, juge tr&#232;s partial et int&#233;ress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#034;mise entre parenth&#232;ses&#034; comme trahison&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous un moment &#224; r&#233;fl&#233;chir. Chacun avec les id&#233;es d'alors mais dans les conditions d'aujourd'hui. Pour r&#233;soudre le probl&#232;me il faut mettre entre parenth&#232;ses l'affrontement de classe, faire l'hypoth&#232;se qu'un moment de suspension idyllique est possible. Nous dedans, les autres ailleurs, dans un lieu qui n'en est pas un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouveaux mots pour un comportement vieux comme le monde : trahison. On n'est pas tra&#238;tre parce qu'on veut lumi&#232;re critique, approfondissement des erreurs, correcte reposition des actions futures. On est tra&#238;tre lorsque l'on se renferme dans une prison beaucoup plus froide et terrifiante que la pire des prisons benthamiennes. On est tra&#238;tre lorsque l'on met des barri&#232;res entre nous et celui qui a v&#233;cu notre m&#234;me exp&#233;rience, a mang&#233; le m&#234;me pain, a commis les m&#234;mes erreurs. Lorsqu'on s'&#233;loigne de l'objectif que l'on s'&#233;tait fix&#233;, le laissant arr&#234;t&#233; et immuable, lorsqu'on cherche une bassine pour se laver les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tra&#238;tre d'un soir donnait un baiser sur la joue. Celui d'aujourd'hui a lu Lakatos et joue pour sa remise sur l'&#233;quivoque des mots. Il sait qu'Husserl a parl&#233; d'une &#034;suspension de jugement&#034; comme d&#233;marche m&#233;thodologique pour conna&#238;tre la r&#233;alit&#233;. Mais, ce froid r&#233;alisme n'est m&#234;me pas celui de l'Est qui a une lourdeur paysanne et rustraude, mais celui de l'Ouest qui est raffin&#233; puisqu' ayant v&#233;cu &#224; Louvain. Allons donc, dans la trahison le professeur allemand et le paysan russe se ressemblent beaucoup lorsque tous deux ont fait carri&#232;re dans le parti. Chacun utilise les moyens qui lui sont cong&#233;nitaux, le r&#233;sultat est le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ceux qui prennent des chemins de traverse : ils chantent vite et n&#233;gocient directement &#224; la source. Ils y en a d'autres qui se font plus lents et longs, incommodent des concepts compliqu&#233;s pour finalement se mettre d'accord par personne interpos&#233;e. La saloperie est la m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tous les rats retournent t&#244;t ou tard sur le bateau politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un pas en arri&#232;re est toujours une pactisation politique. Un pas en avant peut&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;m&#234;me &#234;tre erron&#233;, mais influe sur le social. Des fois, marginalement ou dans une&lt;br class='autobr' /&gt;
moindre mesure, mais ce qui compte est l'orientation, le sens de la marche. Les rats&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent se jeter &#224; la mer pour se noyer, mais sous peu ils retrouvent l'escalier du&lt;br class='autobr' /&gt;
bateau. Leur instinct les sauve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gociation est un moment politique, elle est comme une guerre dans un verre d'eau. Comme le cessez le feu. Comme l'engagement frontal et l'appauvrissement du conflit de classe. La politique est aussi cela. L'art de s'arranger en attendant que d'autres fassent ce que nous aurions d&#251; faire nous m&#234;mes. C'est pour cela que les rats ne sont pas des taupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duisant la demande &#224; son minimum r&#233;aliste on se pr&#233;sente comme porteurs d'une alternative : faire sortir quatre mille copains de prison. L'importance du r&#233;sultat pousse &#224; couvrir la tortuosit&#233; de la d&#233;marche. La lutte ne peut &#234;tre que politique. Une plate-forme de revendications, rien d'inacceptable, un processus de lib&#233;ration circonscrit que l'on fait passer comme la seule solution possible au probl&#232;me plus complexe du processus de lib&#233;ration. Au fond il s'agit du jeu habituel des politiciens super-r&#233;alistes. Les r&#233;formes sont imm&#233;diatement r&#233;alisables, la r&#233;volution non. L'utopie d&#233;range les r&#234;ves des seigneurs et le dialogue r&#233;formiste le concilie. Leur angoisse actuelle consiste dans l'existence de quatre mille prisonniers politiques en Italie, plus ou moins en contact avec une masse de 35.000 prisonniers appel&#233;s communs. Peut &#234;tre que mis dehors les premiers, on ne puisse pas organiser des &#233;coles de r&#233;&#233;ducation sociale satisfaisantes pour les deuxi&#232;mes, une sorte de post-prison &#224; mi-temps. Utopie pour utopie, une chose vaut bien l'autre. Dans la fantaisie du &#034;petit &#224; petit&#034; il n'y a pas de limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque dans le temps ces rats criaient comme des aigles, un discours de ce genre aurait &#233;t&#233; pass&#233; par les armes. Mais c'&#233;tait d'autres temps. Maintenant une fois finie la chandelle on a aussi perdu le cand&#233;labre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'abandon acritique du militarisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me pas un signal. Cesse le feu et basta ! Nous devons tous retourner chez nous parce que la guerre est finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui et quoi a &#233;t&#233; battu ? Certainement pas le mouvement r&#233;el qui continue sa&lt;br class='autobr' /&gt;
marche souterraine. Certainement pas une m&#233;thode qui ne peut subir ni d&#233;faite ni victoire. Une mentalit&#233; oui : celle-l&#224; a &#233;t&#233; battue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non seulement sur le terrain de la lutte arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; l'&#233;gard de cette mentalit&#233; les critiques sont superficielles et isol&#233;es. Contre&lt;br class='autobr' /&gt; le militarisme monolithique ils ont tr&#232;s peu de choses &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les vieilles cariatides et les vieux discours&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi il existe toujours le risque de la r&#233;apparition des vieux discours. De pr&#233;f&#233;rence avec de nouveaux habits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui nous assistons &#224; divers travestissements du vieux discours r&#233;formiste, une sorte d'appel &#224; tous ceux qui veulent faire respirer &#224; nouveau le mouvement. Demain nous assisterons &#224; une r&#233;&#233;dition du vieux centralisme l&#233;niniste. L'indiscr&#233;tion n'a pas de limites.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Th&#233;orie de la fuite et th&#233;orie de la r&#233;sistance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan de la critique r&#233;volutionnaire l'abandon et l'ultra-irr&#233;ductibilit&#233; s'&#233;quivalent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette affirmation ne doit pas &#233;tonner. Nous sommes l&#224; pour approfondir des probl&#232;mes douloureux et difficiles, non pas pour redorer des lieux communs. Ce dont on a besoin n'est pas d'un romantisme de forme, d'une fid&#233;lit&#233; aux propres choix strat&#233;giques. Nous avons besoin d'aller de l'avant. Pour cela nous ne voulons pas fuir. Non pas parce que nous pensons que tout a &#233;t&#233; fait comme il devait l'&#234;tre et que tout va bien dans le meilleur des mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fuir signifie se r&#233;fugier dans des territoires d'arri&#232;re-garde dans lesquels la&lt;br class='autobr' /&gt; r&#233;volution se trouve ni&#233;e non seulement dans les mots, mais combattue dans les faits. L'alternative de la d&#233;sob&#233;issance civile, du r&#233;formisme, du pacifisme, de la d&#233;monstration qui trouve sa fin en elle-m&#234;me, n'est autre chose qu'abandon, dissociation, ali&#233;nation, refus de continuer la lutte. Faire appel aux lois, au parlement, aux interm&#233;diaires du trafic politique dont la signification est d&#233;sormais archiconnue, signifie retourner sa veste, trahir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'arr&#234;ter aux vieux choix, r&#233;affirmer l'indiscutable validit&#233; de la m&#233;thode du&lt;br class='autobr' /&gt; parti arm&#233;, la p&#233;rennit&#233; de la croyance dans le militarisme minoritaire, est aussi une fuite, pr&#233;cis&#233;ment une fuite devant les propres responsabilit&#233;s critiques. Peut-&#234;tre cette derni&#232;re voie est-elle plus sympathique, fait-elle moins d&#233;gueuler, suscite-t-elle de sinc&#232;res expressions de solidarit&#233;, mais ce n'est pas avec des &#233;tats d'&#226;me que l'on construit les conditions r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Changer pour aller de l'avant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc besoin d'une critique. Ce qu'il nous faut ce sont des m&#233;thode &lt;br class='autobr' /&gt;
d'implications &#224; l'int&#233;rieur desquelles pouvoir mettre &#224; profit nos exp&#233;riences des luttes pass&#233;es. De cette mani&#232;re il est possible de comprendre la lutte arm&#233;e des ann&#233;es &#224; venir. Comme projet en soi achev&#233; d'une organisation sp&#233;cifique, la lutte arm&#233;e n'a m&#234;me plus cette minime possibilit&#233; propulsive que l'exp&#233;rience &#224; ses d&#233;buts - dans les conditions du capitalisme avanc&#233; - pouvait laisser pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons aller de l'avant. L'organisation sp&#233;cifique c'est bien. Elle n'est pas un &lt;br class='autobr' /&gt;
instrument qui puisse &#234;tre substitu&#233;, puisqu'il est l'expression directe du mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
sp&#233;cifique ; ce qu'une objectivation de la conscience r&#233;volutionnaire r&#233;ussit &#224; donner&lt;br class='autobr' /&gt;
d'imm&#233;diatement op&#233;rationnel. Mais elle doit &#234;tre exclusivement orient&#233;e au service de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'engagement. Se trouver exactement un pas en avant par rapport au degr&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
combativit&#233; des masses, sur les terrains sp&#233;cifiques dans lesquels cette combativit&#233; se&lt;br class='autobr' /&gt;
manifeste, m&#234;me dans une moindre dimension, et limiter la propre action &#224; cette&lt;br class='autobr' /&gt;
capacit&#233; des masses. Ne pas se mettre en avant tous azimuts, assumant par l&#224; et sur&lt;br class='autobr' /&gt;
soi des significations et des r&#244;les qui ne sont pas pertinents &#224; l'organisation sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sens il y a encore beaucoup &#224; faire. Il faut lutter, de fait, sur deux fronts.&lt;br class='autobr' /&gt; D'un c&#244;t&#233; contre la mentalit&#233; militariste qui ne peut pas concevoir une organisation sp&#233;cifique aussi circonscrite et limit&#233;e. De l'autre, contre une mentalit&#233; r&#233;formiste qui voit avec m&#233;fiance m&#234;me ce petit pas en avant que l'organisation sp&#233;cifique doit accomplir, en l'interpr&#233;tant en termes de pr&#233;varication et d'avant-gardisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la tentative pour clarifier ces probl&#232;mes nous avons parl&#233; d'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans la proposition de l'amnistie il y a le refus d'aller de l'avant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas une solution du probl&#232;me &#224; l'int&#233;rieur de la structure capitaliste. Les prisons doivent dispara&#238;tre de mani&#232;re totale et d&#233;finitive. Nous ne pouvons pas traiter une lib&#233;ration partielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, nous pouvons imposer des conditions d'intol&#233;rabilit&#233; pour l'Etat, de telle sorte que - lui seul - arrive &#224; la r&#233;alisation d'une solution partielle du probl&#232;me. Mais celle-ci n'est pas le r&#233;sultat d'un traitement post-r&#233;volutionnaire, mais un moment du conflit. La reddition doit venir de la part de l'Etat. Nous ne nous illusionnons pas sur le fait qu'elle puisse &#234;tre une reddition totale, elle est ou sera au plus une mani&#232;re quelconque de conclure un pacte. Cela oui. Cela est possible. Et imposer ce pacte doit &#234;tre le fait du mouvement r&#233;el, l'affrontement de classe n'est pas le fait d'une d&#233;cision de la minorit&#233; qui s'accroche &#224; cette frange r&#233;formiste qui veut exploiter quelque occasion que se soit afin de se perp&#233;tuer dans sa strat&#233;gie de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne devons, ni [n']avons, &#224; demander l'amnistie pour les quatre mille prisonniers politiques. Nous devons demander (ou imposer ?) l'abolition de la prison pour tous, la fin d&#233;finitive du concept d'&#034;homme prisonnier&#034;. C'est dans le processus de lutte pour imposer cette m&#233;thode du &#034;tout et tout de suite&#034; que l'Etat peut arriver &#224; d&#233;cider un pacte, &#224; conc&#233;der une quelconque trouvaille l&#233;gale que l'on peut appeler amnistie, travail social, ou n'importe quoi d'autre. A nous il nous appartiendra apr&#232;s - sur la base d'une &#233;valuation des conditions du conflit - d'accepter ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi dans la proposition nue et crue de l'amnistie il se trouve sous- jacent le d&#233;sir de ne pas aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;norme pression morale des quatre mille corps qui sont pratiquement en train &lt;br class='autobr' /&gt;
de mourir dans la solitude, ne peut nous faire fermer les yeux devant l'&#233;vidence. Choisissant la voie du pacte, de la n&#233;gociation avec l'Etat nous ne r&#233;ussirons jamais &#224; les tirer r&#233;ellement de l&#224;. Nous mettrions dehors quatre mille simulacres de femmes et d'hommes qui tomberaient dans une dimension o&#249; ils ne feraient que retrouver les barreaux d'une autre prison : la prison de la propre inutilit&#233;, du propre abattement, se sentant constamment &#034;ailleurs&#034;, dans ce lieu o&#249; ils ont consign&#233; la propre identit&#233; de r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut retourner l'ignoble th&#232;se qui a &#233;t&#233; propos&#233;e : n&#233;gocier la lib&#233;ration des &lt;br class='autobr' /&gt;
copains pour reprendre la lutte ; par l'affirmation beaucoup plus logique et cons&#233;quente : reprendre la lutte pour pouvoir imposer la lib&#233;ration des copains. Mais cette reprise ne doit pas &#234;tre la r&#233;p&#233;tition maladive des mod&#232;les monolithiques du parti arm&#233;, mais un d&#233;veloppement critique dans une autre direction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'illusion de la r&#233;duction de l'Etat &#224; son coefficient r&#233;pressif minimum&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reculer pour mieux sauter est un vieux proverbe fran&#231;ais qui ne s'adapte pas &#224; l'affrontement de classe. Qui recule est perdu. L'Etat n'admet pas de t&#226;tonnements. La r&#233;pression ne diminue pas lorsque l'action r&#233;volutionnaire se ralentit, elle se transforme tout simplement. Elle devient plus pr&#233;venante et p&#233;n&#233;trante. Elle s'infiltre de mani&#232;re social-d&#233;mocrate, fait pr&#233;valoir la recherche du consensus &#224; la matraque du flic. Elle r&#233;tablit les formalit&#233;s de l'Etat de droit. Apr&#232;s tout, celui qui fait les lois les manie toujours selon sa propre volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En h&#233;sitant sur la conduite &#224; avoir, nous faisons un cadeau &#224; la r&#233;pression. Nous lui conc&#233;dons un souffle inesp&#233;r&#233;. Aucun moyen oppressif ne peut durer tr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
longtemps. Aucune loi sp&#233;ciale ne peut s'institutionnaliser &#224; l'infini. T&#244;t ou tard le&lt;br class='autobr' /&gt;
consensus s'en ressent. Il faut alors retourner &#224; la normalit&#233;. L'Etat est par avance conscient de cette n&#233;cessit&#233;. Et il s'adresse aux plus raisonnables d'entre nous. Entame un discours persuasif. Ne promet rien mais ne dissuade pas non plus. Il laisse entrevoir. Entre temps il change l'orientation de la r&#233;pression. Elle s'insinue par les soins mis dans l'assistance, dans les promesses de travail, dans les projets r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas possible de r&#233;duire l'Etat &#224; son coefficient r&#233;pressif minimum. On peut &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;manteler l'attaque de classe et donc permettre &#224; l'organisme r&#233;pressif de se donner une fa&#231;ade social-d&#233;mocrate, nous pouvons faire autant de pas en arri&#232;re que [le pouvoir donne] de coups de pinceaux pour blanchir et r&#233;tablir sa cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eux, ils veulent obtenir un espace d'action &#224; l'int&#233;rieur de l'Etat, constituer avec lui un ghetto plus important en compensation du petit ghetto actuel. Dans ce sens ils pr&#233;tendent repr&#233;senter non pas un projet - ce qui serait vraiment incroyable vu sa macroscopique irrelevance -, mais une illusion, un mirage qui n'a rien &#224; voir avec l'&#233;tat du mouvement r&#233;el. Certes, l'affirmation se fait prudente, mais elle rec&#232;le &#233;galement la pr&#233;tention d'&#234;tre un progr&#232;s, m&#234;me si elle rev&#234;t l'apparence ambigu&#235; d'une hypoth&#232;se de travail. La substance ne change pas : un patrimoine est vendu aux ench&#232;res, Nous entendons continuer &#224; emp&#234;cher cette liquidation. Non pas parce que nous pensions que ce patrimoine soit absolument indispensable pour le d&#233;veloppement du mouvement r&#233;el, mais parce que en premier lieu sa vente ne produirait pas &#034;lib&#233;ration&#034;, puis, parce qu'il faut examiner sous une lumi&#232;re critique ce patrimoine m&#234;me et, en le vendant en bloc, toute critique ult&#233;rieure n'aurait pas de sens, serait seulement le r&#233;sum&#233; d'un testament, d'un d&#233;risoire f&#233;tiche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les communaut&#233;s du futur seront des communaut&#233;s de lutte, donc elles ne pourront pas na&#238;tre d'une n&#233;gociation politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Celui qui n'est jamais sorti de sa carapace politique pr&#233;tend maintenant entreprendre un long voyage. Il abandonne une vieille mentalit&#233; et en acquiert une nouvelle. On veut tout changer parce que tout est rest&#233; comme avant. Si la guerre &#233;tait la continuation de la politique avec d'autres moyens (mais quels moyens ?) ; maintenant la politique devrait &#234;tre la continuation de la guerre avec d'autres moyens. Combien de gens tomberont dans cet imbroglio ? Au fond la na&#239;vet&#233; humaine n'a pas de limites. Chacun se croit toujours plus avis&#233; que les autres, et c'est pour cela que syst&#233;matiquement nous donnons de la t&#234;te dans toutes les directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eux, ils ont toujours &#233;t&#233; des hommes politiques. Ils ont d&#233;clar&#233; vouloir porter la &lt;br class='autobr' /&gt;
guerre au &#034;coeur&#034; de l'Etat, maintenant ils veulent n&#233;gocier la paix et la reddition. Tout cela est plus que normal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les milliers de copains qui ont particip&#233; &#224; la lutte, ces milliers par lesquels la&lt;br class='autobr' /&gt; lutte a exist&#233; avec toutes ses erreurs et ses limitations, cet &#233;norme battement de l'espoir, des r&#234;ves, de joie, des d&#233;sirs non satisfaits, ce monstre &#224; mille t&#234;tes et mille bras qui pouvait vraiment faire trembler l'obsc&#232;ne univers des patrons ; tout cela a &#233;t&#233; encapsul&#233; dans un projet ; n&#233;anmoins avec quelques variantes, mais projet unique ettragiquement erron&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant une grande partie de ce merveilleux battement se trouve encha&#238;n&#233;. Si&lt;br class='autobr' /&gt; nous voulons construire ensemble le projet pour demain nous devons cr&#233;er la possibilit&#233; d'un mouvement sp&#233;cifique qui soit capable de fixer des rencontres communes avec le mouvement r&#233;el, dans les lieux et selon les sentiments dans lesquels le battement de ce dernier devient perceptible au battement du premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon vous est-il jamais possible qu'une chose de ce genre soit le produit d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;gociation avec l'Etat ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle garantie comme imbroglio&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On demande &#224; l'Etat un espace o&#249; d&#233;ployer la substance de ce qui reste. Le m&#233;canisme r&#233;pressif et reproductif devrait conc&#233;der une suspension &#233;gale et inverse &#224; celle de celui qui - par g&#233;n&#233;reuse concession se trouve le cul par terre et - est dispos&#233; &#224; la conc&#233;der &#224; l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet espace devrait rena&#238;tre le mouvement sp&#233;cifique avec l'apport &lt;br class='autobr' /&gt;
fondamental des copains sortis de taule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat devrait d&#233;velopper donc une nouvelle t&#226;che d'assistance : fournir au &lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement sorti des prisons une hallucination d'un genre nouveau : la possibilit&#233; de construire dans le fictif. Celui qui s'est habitu&#233; aux plus incroyables mystifications du parti arm&#233;, de la dictature proche du prol&#233;tariat, de la m&#233;moire que l'on doit assurer, etc. peut peut-&#234;tre consid&#233;rer comme acceptable cette derni&#232;re fable du pays des merveilles. Nous esp&#233;rons qu'Alice soit devenue perspicace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons de suivre un raisonnement plausible. L'Etat est un r&#233;gulateur de &lt;br class='autobr' /&gt;
contradictions. Il r&#233;sous celle fondamentale du Capital : la concurrence, mais ne la r&#233;sous pas jusqu'au fond. Il r&#233;sout toute une autre s&#233;rie de contradictions : culturelles, physiques, logiques, mystiques ; mais ne les supprime pas. Maintenant il devra aussi r&#233;soudre la contradiction existante entre mouvement sp&#233;cifique des prisonniers et l'esprit de celui-ci qui cherche - justement - &#224; fuir entre les tranch&#233;es et les fils barbel&#233;s. Mais &#034;l'Etat social&#034; exige son prix au capital et aux individus qui se font embarquer dans des solution illusoires (de l'emploi au cadastre aux espaces autog&#233;r&#233;s &#224; la T.V.), la m&#234;me chose arriverait pour ce qui est du mouvement sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Te souviens-tu de la vieille et mis&#233;rable perspective des petites activit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt; autog&#233;r&#233;es du type artisanat de bijoux, de cuir, de bagatelles orientales, du mysticisme de pacotille ? Voil&#224;, quelque chose dans le genre. L'Etat qui retrouve et retire une utilit&#233; (en termes de production de paix sociale) de la reddition d&#233;finitive du mouvement sp&#233;cifique, pourquoi ne pourrait-il pas prendre en charge financi&#232;rement des initiatives de ce genre ? Apr&#232;s tout, pourquoi ne pas donner une bonne situation (ou presque) &#224; un repenti ; lui refaire la fa&#231;ade et lui donner une identit&#233;, lui accorder une pension, &#231;a co&#251;te des milliards ; pourquoi on ne trouverait pas un parlementaire (ou cent) dispos&#233; &#224; faire une proposition de loi dans ce sens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dirait qu'au fond de l'esprit de beaucoup d'ultra-terribles se cachet le triste &lt;br class='autobr' /&gt;
sentiment cumulatif de l'&#233;picier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne demande pas de l'argent &#224; l'Etat, mais une garantie. La d&#233;limitation d'un espace &#224; l'int&#233;rieur duquel pouvoir redonner vie au mouvement sur la base d'un autre projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet espace, &#224; bien regarder, n'est-il pas en tout semblable &#224; la prison ? N'y aurait-&lt;br class='autobr' /&gt; il pas seulement des fantasmes sans nom ni identit&#233;, des fantasmes qui s'agiteraient dans la confusion en proie &#224; des probl&#232;mes de survie dans l'univers des bijoux, des sacs de cuir et des samovars fabriqu&#233;s &#224; Gallarate ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment non. Eux ils ont une id&#233;e beaucoup plus large de ce ghetto. Il ne&lt;br class='autobr' /&gt; s'agit pas d'un nouveau type de mentalit&#233; commerciale, mais d'une autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
politique des espaces dans lesquels pouvoir rendre possible la croissance quantitative du mouvement sp&#233;cifique ou de la liaison avec le mouvement r&#233;el. Une ramification infrastructurelle subtile et ing&#233;nieuse qui ressemblerait &#224; du r&#244;ti de porc bien ficel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment tout cela devrait faire ressortir l'esprit de parti. Rien de dangereux,&lt;br class='autobr' /&gt; naturellement, autrement le commanditaire finirait par se f&#226;cher. Un petit jeu simple et loyal, une sorte de nouveau type de &#034;ossimoro&#034;, disons une verticalisation de l'horizontale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en n&#233;gociant et obtenant cet espace de mis&#232;re et de survie, que&lt;br class='autobr' /&gt; deviendraient les autres ? Ceux qui ne sont pas d'accord ? Et d'autres qui sont encore plus loin mais toujours sur le m&#234;me bateau que les prol&#233;taires ? Et aussi les d&#233;tenus dits de droit commun ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'esprit inter-classiste de l'hyper-classisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La centralit&#233; de quelque chose est pour eux indispensable. Hier la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Aujourd'hui eux m&#234;mes. Non pas comme classe, &#233;videmment, mais comme interlocuteurs privil&#233;gi&#233;s de l'Etat, pour r&#233;duire au silence tout ce qui peut rester de contradiction r&#233;volutionnaire, par une entente ext&#233;rieure, suspendue dans le vide de l'inter-classisme. Au fond m&#234;me lorsqu'ils &#233;taient hyper-classistes ils avaient un esprit inter-classiste. Le centre &#233;tait le guide, l'&#233;l&#233;ment de la coagulation. L'on pouvait faire &#224; l'infini des hypoth&#232;ses sur un progressif passage &#224; la globalisation de la classe, sur la croissance quantitative sans limites. Au fur et &#224; mesure, jusqu'&#224; arriver &#224; un noyau restreint de r&#233;fractaires &#224; la gr&#233;garit&#233;, d&#233;finis - &#224; priori - comme contre-r&#233;volutionnaires. Certes, la violence &#233;tait un &#233;l&#233;ment discriminatoire, mais accidentel, instrument p&#233;dagogique, moyen de communication. Comprises de la sorte, les choses pouvaient aller &#224; leur but toutes seules. Un coup de brosse et &#231;a y est. Porter le coup au coeur de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe a toujours &#233;t&#233; vue par eux comme un projet &#224; moiti&#233;, quelque&lt;br class='autobr' /&gt; chose &#224; r&#233;soudre entre une campagne d'automne et une de printemps. En cela&lt;br class='autobr' /&gt;
consistait leur inter-classisme. L'impuissance &#224; comprendre les innombrables et subtiles contradictions du classisme r&#233;el, de la guerre sociale. Les mille petits ruisseau dont se compose le front de classe. L'impossibilit&#233; de mettre d'un c&#244;t&#233; les bons et de l'autre les mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'h&#233;r&#233;dit&#233; de la volont&#233; de simplification propre &#224; la Troisi&#232;me Internationale. C'est le m&#234;me processus qui est maintenant retourn&#233; pour maintenir intacte la foi dans cette m&#233;thode politique. Les nuances ne sont relev&#233;es que dans l'abstrait, dans le monde de la n&#233;gociation avec le pouvoir, dans le r&#233;formisme de la communaut&#233; autog&#233;r&#233;e, sortie non pas de la lutte, mais de la compromission. Dans ce sens ils sont tous tr&#232;s hautement p&#233;n&#233;trants, d&#233;couvrent des liens et font l'ex&#233;g&#232;se des rapports que personne d'autre ne pourrait d&#233;couvrir. Dans le sens v&#233;ritable de l'approfondissement r&#233;volutionnaire, ils sont grossiers et superficiels. Ils r&#233;p&#232;tent toujours la m&#234;me chose : la d&#233;faite et la capitulation, la fuite et l'in&#233;luctabilit&#233; de devoir se d&#233;clarer vaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont des fabiens a la vieille mani&#232;re, mais n&#233;anmoins modernes dans le&lt;br class='autobr' /&gt; langage. N&#233;o-socialistes du contrat social, ils n'ont m&#234;me pas l'aspect d'anges tomb&#233;s du ciel. Dans ce sens ils n'ont jamais fait une tentative. Leur vol a toujours &#233;t&#233; maladroit et sans horizon. Un vrai sautillement derri&#232;re des occasions manqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'impraticable voie de l'innocence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au moins sur une chose on est d'accord : il n'est pas possible de se d&#233;clarer innocent. Techniquement ce ne l'est pas, d'un point de vue r&#233;volutionnaire non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on exclue les cas limites o&#249; un fait pr&#233;cis se trouve contest&#233; parce qu'il est &lt;br class='autobr' /&gt;
possible de d&#233;montrer la fausset&#233; au del&#224; de tout doute ; dans la plupart des cas se d&#233;clarer innocent, conduit &#224; la s&#233;paration d'avec les autres copains, &#224; la mis&#232;re de se d&#233;clarer ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est rejoindre la mesquinerie dans laquelle est tomb&#233; celui qui a eu recours &#224; cette tentative de r&#233;ification : le refus non pas tant de sa propre responsabilit&#233;, mais bien plut&#244;t de son propre parcours r&#233;volutionnaire, de ses propres id&#233;es. Les bras vers le ciel en signe de joie &#233;mancipatrice, ou bien en signe de capitulation inconditionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tristesse s'accro&#238;t face &#224; cette mis&#232;re lorsque on voit avec quel esprit&lt;br class='autobr' /&gt; pointilleux, celui qui a fait de l'innocence totale un passeport pour sortir des murs de la prison, s'attelle &#224; d&#233;montrer l'ind&#233;montrable. A quelles tournures justificatrices et verbalisantes il s'agrippe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis du plus profond de la mis&#232;re d'une telle position on ne peut pas dire que&lt;br class='autobr' /&gt; le r&#233;sultat soit garanti. Le parcours d'une n&#233;gation individuelle de quelque rapport que ce soit ne convainc m&#234;me pas le plus superficiel des inquisiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, nous sommes tous responsables de notre r&#234;ve d'escalader le ciel. Nous ne&lt;br class='autobr' /&gt; pouvons pas maintenant nous transformer en nains, apr&#232;s avoir r&#234;v&#233;, coude &#224; coude, chacun sentant battre le coeur des autres, d'attaquer et d'abattre les dieux. C'est ce r&#234;ve qui fait peur au pouvoir. Le nier c'est nier la communaut&#233; de suaves sentiments qui nous liaient lorsque nous avons d&#233;cid&#233; l'escalade, m&#234;me si lointains entre nous, m&#234;me si ignorants de nous m&#234;mes, m&#234;me si - et &#224; la limite - avec de forts pr&#233;jug&#233;s critiques. Le nier est tout simplement une bassesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233; se pr&#233;valoir d'innocence est une reconnaissance de l'Etat ;&lt;br class='autobr' /&gt; n&#233;gociation, &#224; la mani&#232;re m&#234;me de celui qui recherche une voie pour l'amnistie des prisonniers politiques. Le soi innocent est culpabilisation de l'autre, l'id&#233;e qu'on &#233;tait autrement et non pas que tel ou tel fait ne s'est pas r&#233;alis&#233; de la mani&#232;re que l'on pr&#233;tendait imposer, mais comme &#233;tranget&#233; et abjuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut &#234;tre neutre, nous sommes coupables de la gestion et de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;laboration de ce climat qui alors nous enthousiasma et nous entra&#238;na. M&#234;me les plus critiques parmi nous ne peuvent pr&#233;tendre &#224; une innocence originelle. Aux yeux de l'Etat c'est justement ce climat qui est coupable. Et cela nous devons le revendiquer. Nos luttes contre la r&#233;pression, les prisons, l'exploitation nous ne les avons pas r&#234;v&#233;es. Le pouvoir &#231;a il le sait. Ses sbires nous connaissent parfaitement. C'est celle-ci la grande d&#233;nonciation qui nous met tous en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ceci signifie une reconnaissance du m&#233;canisme r&#233;pressif : le tribunal en&lt;br class='autobr' /&gt; premier lieu. C'est vrai que le vieux processus revendicatif a &#233;t&#233; mis de c&#244;t&#233; et, par ailleurs, il appartenait &#224; l'arsenal de la perspective militariste de la lutte arm&#233;e. Mais de l&#224; &#224; admettre la l&#233;gitimit&#233; de la justice qu'administrent les tribunaux il y a un pas notoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'affrontement judiciaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Etat n'a jamais eu une cr&#233;dibilit&#233; l&#233;gale. Les normes de sa l&#233;gitimit&#233; sont celles arrach&#233;es par la force. Dans ce sens la r&#233;alit&#233; des tribunaux est une farce ridicule &#224; laquelle on ne devrait pas s'int&#233;resser. L'&#233;quilibre des forces - si nous sommes capables - se reconstitue ailleurs. Dans le mouvement r&#233;el. Dans le cas contraire, quelque discours que ce soit est perdant du d&#233;but &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment des cas limites dans lesquels il est possible de d&#233;montrer de&lt;br class='autobr' /&gt;
mani&#232;re pr&#233;cise la fausset&#233;. Ceux-ci doivent &#234;tre exploit&#233;s jusqu'au fond, obligeant le pouvoir au respect de ses propres r&#232;gles en y d&#233;non&#231;ant l'inobservance, souvent cette tactique fonctionne, d'autre fois elle ne fonctionne pas. De toutes fa&#231;ons il vaut la peine de la tenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, c'est &#224; la propagande g&#233;n&#233;rale, de d&#233;montrer directement l'incroyable contradiction que l'on peut saisir entre ce qui est dict&#233; par les lois et son application r&#233;pressive et inquisitoriale. Aussi cela est profitable. Le bourgeois progressiste sent monter sa rage lorsqu'il s'aper&#231;oit des choses de ce genre. Le bruit et l'agitation dans cette mati&#232;re ne font jamais mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous ne devons pas nous illusionner entre nous. Nous savons parfaitement qu'aussi bien les r&#232;gles des lois que la col&#232;re des bien-pensants radicaux sont des faits relatifs. La justice est toujours g&#233;r&#233;e par les mains des plus forts.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les soit disant repentis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Etat s'est mis d'accord avec une poign&#233;e de pauvres saltimbanques de la mitrailleuse se trouvant par hasard dans un groupe de tir constitu&#233; par des copains. Malheurs du recrutement indiscrimin&#233; ? D&#233;faut du mythe du quantitatif ? Distorsion de la logique militaire ? Qu'est-ce qu'il importe de pr&#233;ciser ? Au moment opportun nous r&#233;glerons nos comptes avec ces gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment il faut comprendre que l'Etat n'a manqu&#233; &#224; aucun principe l&#233;gal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;en se mettant d'accord avec les repentis, en n&#233;gociant des condamnations &#224; perp&#233;tuit&#233; contre les copains. C'est quelque chose de tout &#224; fait normal. Pour celui qui ne le saurait pas, tous les Etats ont un organisme sp&#233;cial constitu&#233; d'espions (le service secret), et &#224; l'occasion tout bon policier est un bon espion. Le fait que maintenant le nombre de ces braves gens ait augment&#233; ne constitue aucune surprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surprise est celle de celui qui a l'illusion de l'existence d'un Etat de &#034;droit&#034;,&lt;br class='autobr' /&gt; contrepartie id&#233;elle de la marchandise que l'on veut vendre. C'est le cas justement de ceux qui gueulent le plus contre le fait que l'Etat mette dehors les repentis, lesquels ont avou&#233; des dizaines d'homicides, et maintiennent en prison les copains qui n'ont rien avou&#233;. Mais pourquoi sont-ils surpris ? A cause du simple fait qu'il est moins embarrassant de penser se mettre d'accord avec qui ne respecte m&#234;me pas ses propres r&#232;gles. Qu'arriverait-il si apr&#232;s les tentatives n&#233;o-contractualistes et les promesses plus ou moins l&#233;galis&#233;es, les pactes n'&#233;taient pas respect&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose la plus comique de tout contrat est son aspect synallagmatique. Il faut&lt;br class='autobr' /&gt; &#234;tre deux pour pouvoir parler d'un accord contractuel. Mais il faut aussi qu'aucun des deux ne soit un tricheur professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;torquera que n&#233;anmoins l'Etat a respect&#233; le pacte avec les repentis. Oui mais il n'a pas respect&#233; ses propres lois selon lesquelles un chat est un chat et ne peut jamais devenir un lapin. Mais les lois se changent elles-m&#234;mes. Les contrats aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat respectera les accords avec les nouveaux entrepreneurs de l'auto-&lt;br class='autobr' /&gt;
ghetto&#239;sation sociale, seulement si ces accords correspondent &#224; un effectif abaissement du niveau de l'affrontement. La nouvelle infrastructure qui se profile devra produire la paix sociale. Pensez &#224; la mani&#232;re avec laquelle assume aujourd'hui un travail de ce genre celui qui hier marchait en premi&#232;re ligne dans les manifestations et relisait les actions les plus avanc&#233;es (de son point de vue). Pensez &#224; ce que disent et font aujourd'hui certains personnages qui hier th&#233;orisaient la violence &#233;mancipatrice du prol&#233;tariat. Ils si&#232;gent dans la plus obsc&#232;ne des sc&#232;nes, momies &#224; c&#244;t&#233; d'autres momies, se parlant par dessus l'&#233;paule de paix comme d'autres parlent de guerre. Ceux-l&#224; sont tr&#232;s utiles &#224; l'Etat. Mais le sont ils &#224; la r&#233;volution ? Certainement pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention camarades. Le repentir a de multiples chemins. Certains notoirement&lt;br class='autobr' /&gt; rebutants, d'autres plus tol&#233;rables, arrang&#233;s &#224; la sauce du r&#233;formisme salutaire, pleins de paroles d&#233;nu&#233;es de sens, capable seulement de mettre une feuille de vigne sur leur propre honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins les v&#233;ritables repentis, ceux qui ont vendu en bloc des dizaines de&lt;br class='autobr' /&gt; copains, savent ce qui les attend : aujourd'hui une fausse libert&#233;, un passeport tout autant faux, une fausse identit&#233; ; demain une balle en plein front. Les n&#233;o-&lt;br class='autobr' /&gt;
contractualistes ne savent pas ce qui les attend : ni du c&#244;t&#233; des rapports avec l'Etat, ni du c&#244;t&#233; des rapports avec les copains.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Se dissocier de qui et de quoi ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Abandonner a un sens lorsqu'il y a un projet en cours de r&#233;alisation. On peut-&#234;tre plus ou moins d'accord avec ce projet. On peut voir dans la marche des choses un fait diff&#233;rent de celui qui initialement avait pouss&#233; &#224; l'action. Et dans ce contexte on se d&#233;siste et on se dispose &#224; la critique. On approfondit les motifs du dissentiment. On le mesure avec les copains dans la r&#233;alit&#233; des perspectives r&#233;volutionnaires, on d&#233;cide des choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque c'est l'Etat qui t'invite &#224; te d&#233;sister, qui t'offre un beau prix pour ton abandon, alors le discours est diff&#233;rent. On ne te demande pas une critique, on te demande une abjuration. Il n'y a rien par rapport &#224; quoi prendre les distances, aussi parce que sur le plan op&#233;rationnel il n'y a pas des cons&#233;quences pour le projet du parti arm&#233;. Il pourrait exister des d&#233;veloppements futurs en sens diff&#233;rent, dans le sens d'une construction d'un mod&#232;le libertaire d'affrontement arm&#233;. Et c'est &#224; cause de cette possibilit&#233; que l'on t'invite &#224; te d&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la dangerosit&#233; de la demande. Beaucoup de copains pensent que la d&#233;fense acritique d'un mod&#232;le d'irr&#233;ductibilit&#233; sur la base des positions que la r&#233;alit&#233; a montr&#233;es comme anachroniques, est une folie. Et leur pens&#233;e est juste et raisonnable. Mais elle ne refl&#232;te pas le fait que l'abandon est demand&#233; par rapport aux possibles d&#233;bouch&#233;s futurs et non pas au niveau de l'actuel blocage d'une mani&#232;re de concevoir l'affrontement de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas revendiquer donc, un comportement autonome dans l'abandon. La seule perspective est la critique. Peu importe que celle-ci trouve adulation ou indiff&#233;rence de la part des organes &#233;tatiques, et peu importe que celle-ci soit li&#233;e &#224; une irr&#233;ductibilit&#233; qui m&#234;me si elle n'a plus de fondement r&#233;volutionnaire, contenait n&#233;anmoins une clart&#233; morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un projet inexistant n'admet pas dissociation ou abandon. Nous pouvons seulement d&#233;velopper un autre projet, critique par rapport au premier et propositif en soi m&#234;me. Mais ce d&#233;veloppement ne peut pas partir d'une r&#233;ification qui a comme invit&#233; l'Etat, il doit partir d'une analyse de l'actuel niveau de l'affrontement de classe. La solidarit&#233; r&#233;volutionnaire est, sans plus, le fait d'un grand moment moral, mais ne peut pas constituer la base qualitative d'un projet pour le d&#233;veloppement futur du mouvement sp&#233;cifique. Encore moins la d&#233;solidarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'une question de distance. Il s'agit d'une question de parcours. Nous allons vers l'affrontement de classe. Dans l'autre sens il y a des gens qui s'en &#233;loignent. Celui qui veut continuer la lutte doit grandir. Et tout d'abord critiquement. Il doit donc isoler l'irr&#233;ductibilit&#233; en tant que m&#233;canisme pervers d'une reproduction de l'inexistant. Il doit isoler aussi le n&#233;o-contractualisme, comme m&#233;canisme, tout aussi pervers, de m&#233;vente et de r&#233;signation. Ces deux chemins ne produisent pas la lib&#233;ration. Ces deux chemins conduisent seulement &#224; Rome.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Revendiquons nos luttes en tant qu'anarchistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;poque de liquidation et de m&#233;vente nous r&#233;affirmons que notre lutte est une lutte pour la lib&#233;ration totale, maintenant et tout de suite. C'est pourquoi nous avons soutenu m&#234;me cet hyperbolique projet qui d&#233;clarait &#224; priori ne pas comprendre la lib&#233;ration dans le m&#234;me sens que nous. Parce qu'il existait la possibilit&#233; d'une erreur de parcours, d'une transformation en sens n&#233;gatif pour eux et positif pour nous. La transformation ne s'est pas produite, mais ce n'est pas nous qui avons &#233;t&#233; les oiseaux de mauvais augure. D'autres ont lanc&#233; de faciles anath&#232;mes &#224; priori, des critiques faciles en face des fusils en laiton. Nous avons bien vu. L'erreur ne se trouvait pas dans l'inad&#233;quation des moyens, mais dans l'impossibilit&#233; de la m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la critique nous l'avons men&#233;e &#224; l'int&#233;rieur du projet organisationnel. Ne nous &lt;br class='autobr' /&gt;
arr&#234;tant pas aux mots comme les amateurs de la plume qui produisent des analyses comme la Fiat produit des automobiles. De l'int&#233;rieur, les erreurs des autres ont fait m&#234;me briller une lumi&#232;re sans piti&#233; sur nos propres erreurs, et nous avons eu aussi des moments statiques, de l'amour propre, d'esprit de banni&#232;re, de d&#233;fense des principes. Mais c'&#233;tait peu de chose face &#224; l'obstination envahissante d'une part, et les acquiescements path&#233;tiques d'autre part qui se transformaient en critique facile et superficielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps maintenant d'entreprendre un autre chemin. Celui qui a demand&#233; une &lt;br class='autobr' /&gt;
mise entre parenth&#232;ses pour soi-m&#234;me, sans par ailleurs avoir le courage de la dicter comme attitude partageable avec d'autres, qu'il reste donc, dans ses pantoufles &#224; se r&#233;chauffer aupr&#232;s du feu. Nous insistons sur la n&#233;cessit&#233; de sortir dehors, parmi le brouillard et le froid. Dehors, l&#224; o&#249; il n'est plus possible de dire avec certitude ce qu'il faut faire et vers o&#249; il faut marcher.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;...l'usage de la violence organis&#233;e contre les exploiteurs de tout genre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans des &#233;poques comme celle-ci, lorsque les oiseaux volent &#224; ras de terre, ils&lt;br class='autobr' /&gt; sont peu nombreux ceux qui continuent &#224; penser &#224; la r&#233;volution comme quelque chose de possible. Il est toujours facile de trouver quelqu'&#226;me s&#233;lecte qui &#034;parle&#034; de r&#233;volution, n&#233;anmoins ils sont peu nombreux ceux qui cherchent &#224; faire concr&#232;tement quelque chose dans le sens juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'on ne fait que bavarder, on peut &#234;tre plus ou moins tous d'accord. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'apr&#232;s il s'agit de passer &#224; l'action, m&#234;me minime, p&#233;riph&#233;rique, microscopique, alors commencent les diff&#233;rences. Il faut attendre qu'il se passe toujours quelque chose d'autre. Que de quelque part arrive le signal de la maturit&#233; des temps. Et anxieusement on interroge les cieux et l'on ouvre le ventre des oiseaux, mais leur tripes ne se prononcent jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;affirmons avec insistance notre conviction que l'usage de la violence&lt;br class='autobr' /&gt; organis&#233;e contre les exploiteurs, m&#234;me lorsqu'elle prend l'aspect de l'action minoritaire et circonscrite, est un instrument indispensable de la lutte anarchiste contre l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;...notre concept de justice prol&#233;tarienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sens, m&#234;me l&#224; o&#249; pr&#233;vaut une attitude critique ou sceptique, et lorsque la constatation am&#232;re (mais pour qui ?) du fait qu'il n'y a pas de &#034;justice&#034; entre les pattes de l'Etat s'y r&#233;fl&#233;chit, l'on est arriv&#233; &#224; la conclusion qu'il n'existe pas et que l'on n'a pas int&#233;r&#234;t qu'il existe une justice prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici aussi nous ne sommes pas d'accord. Nous pensons qu'il est juste de se &lt;br class='autobr' /&gt;
rappeler des exploiteurs et de leurs serviteurs. S'en rappeler lorsque viendra le moment opportun, lorsqu'il sera possible de discuter en termes de destruction de la justice bourgeoise et de construction de la justice prol&#233;tarienne. Non pas pour faire rena&#238;tre sous des formes diff&#233;rentes les salles des tribunaux et installer de nouveaux juges, de nouvelles prisons, de nouveaux minist&#232;res publiques, mais simplement pour r&#233;gler leur compte aux responsables. Et r&#233;gler les comptes signifie ici leur tirer simplement une balle entre les deux yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si quelqu'&#226;me candide trouve excessif ce programme, qu'elle cherche de temps &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
autre &#224; sortir les pieds de l'eau, elle pourrait attraper un refroidissement. Nous disons ces choses aujourd'hui, dans des temps qui sont - par ailleurs - non suspects, non pas pour vouloir figurer dans la liste des extr&#233;mistes qui osent dire la chose la plus avanc&#233;e, mais parce que nous sommes fermement convaincus de la n&#233;cessit&#233; d'une proc&#233;dure de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la r&#233;volution s'est r&#233;veill&#233;e en Russie en 1917, les anarchistes organis&#232;rent l'ex&#233;cution syst&#233;matique de tous les chefs de gare de la ligne Petersbourg - Moscou parce que responsables des d&#233;nonciations de 1905 qui avaient envoy&#233; en prison des milliers de cheminots anarchistes. Ces camarades ne voulaient appliquer aucune th&#233;orie p&#233;dagogique ni rien apprendre aux autres chefs de gare ou aux gens en g&#233;n&#233;ral, ni moins encore s'habiller de l'immonde toge de juge d'un quelconque tribunal de justice prol&#233;tarienne : ils avaient seulement le but modeste et circonscrit de fusiller sur place tous les chefs de gare responsables des d&#233;nonciations. Rien de plus, rien de moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela que nous entendons par justice prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;...1e droit de se rappeler des tra&#238;tres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aussi ceci. Que personne ne vienne apr&#232;s avec quelque histoire tordue, avec la&lt;br class='autobr' /&gt; justification qu'un certain comportement a &#233;t&#233; dict&#233; par la n&#233;cessit&#233;. On ne sait jamais, parce que m&#234;me parmi nous il y a toujours quelque th&#233;oricien de l'&#233;thique qui met en avant le doute quant au droit de mettre dehors les tra&#238;tres. Et la discussion commence toujours avec le bavardage coutumier sur la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se demande maintenant souvent si l'Etat a le droit de condamner &#224; mort un&lt;br class='autobr' /&gt; individu qui selon lui est responsable de certains d&#233;lits. Et nous nous battons contre la peine de mort. Lutte tr&#232;s juste qui entend limiter l'action r&#233;pressive des Etats. Mais cela ne sigfie pas qu'un Etat qui a aboli la peine de mort soit un &#034;Etat de droit&#034;. Un Etat de ce genre n'existe pas. C'est une fantaisie juridique, rien de plus. Il y a des Etats qui mettent en jeu un &#233;quilibre des forces diff&#233;rent, comme par exemple, celui soit disant d&#233;mocratique, et dont justement l'&#233;quilibre peut ou doit se passer du recours &#224; la peine de mort. Quelques fois cet espace (de la peine de mort) c'est nous m&#234;mes qui tendons &#224; le r&#233;duire avec nos luttes garantistes et r&#233;formistes, et il est bon que ce soit comme cela parce que ainsi nous repoussons la vell&#233;it&#233; dictatoriale et r&#233;pressive. Mais cela ne change pas d'un centim&#232;tre le fait que l'Etat fonde ses lois sur la force et non sur le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment opportun, au cours de la r&#233;volution, et m&#234;me aux premiers signes de celle-ci, nous ne pr&#233;tendrons pas substituer notre propre force &#224; celle de l'Etat, ni donc construire des organismes de contre-pouvoir qui imposeraient leur propre vision du droit pour r&#233;gler les comptes aux tra&#238;tres. Nous voulons seulement r&#233;aliser ce processus de justice prol&#233;tarienne sans avoir, pour sa justification, &#224; d&#233;velopper une th&#233;orie du droit r&#233;volutionnaire. Nous n'en aurons pas besoin. Ce seront les faits commis par ces gens qui parleront d'eux m&#234;mes, non pas les lois &#224; priori que nous nous aurons donn&#233;es pour frapper en g&#233;n&#233;ral des faits semblables. Ces lois l&#224; nous ne les ferons pas (nous ne ferons pas de lois et basta !), ces lois sont dans le coeurs des hommes depuis des mill&#233;naires, et on y lit que les tra&#238;tres doivent &#234;tre &#233;limin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;...dans nos erreurs, l'&#233;touffement de la certitude n'y &#233;tait pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous ne les avons pas commis de &#034;bonne foi&#034;. Nous ne savons pas ce qu'est la&lt;br class='autobr' /&gt; bonne foi. Nous les avons commis avec la pleine conscience de les commettre, mais parce que pensant qu'il est opportun, &#224; un certain moment, de choisir plut&#244;t une erreur qu'une v&#233;rit&#233; abstraite fond&#233;e seulement dans une critique &#224; priori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les anarchistes connaissent par exp&#233;rience de longue date l'erreur du parti et&lt;br class='autobr' /&gt; de la conception l&#233;niniste. Mais notre critique, devant l'&#233;mergence concr&#232;te de ce type d'exp&#233;riences, n'a jamais &#233;t&#233; conduite dans l'abstraction des principes. Nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; la conduire &#224; travers la concr&#233;tion des actions, dans la difficult&#233; m&#234;me de l'organisation sp&#233;cifique, nous inscrivant pleinement dans les contradictions de l'agir. Et dans cette terre balay&#233;e par les vents, nous avons rencontr&#233; des copains d'un courage et d'un coeur grands, capables d'envisager la lutte avec s&#233;r&#233;nit&#233;, m&#234;me lorsque le r&#233;sultat &#233;tait plus qu'incertain et les moyens &#224; disposition plus qu'hasardeux. Et cela parce qu'on avait confiance dans les autres copains, dans la possibilit&#233; qu'une erreur de parcours puisse se transformer sans plus de pr&#233;ambules en une critique de fait, capable de mettre en question plans et doctrines, de br&#251;ler momies et programmes. Cela n'a pas &#233;t&#233;. Est-ce qu'il en aurait peut &#234;tre &#233;t&#233; diff&#233;remment si nous avions aussi enfil&#233; l'habit s&#233;v&#232;re du censeur politique ? Si nous avions d&#233;velopp&#233; une critique de l'id&#233;ologie de l'efficacit&#233; et de la pens&#233;e doctrinaire ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;...nos th&#232;ses sur la cr&#233;ativit&#233;, la subversion, la joie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, dans l'indication de la bonne direction, nous avons pendant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;longtemps, tr&#232;s longtemps, d&#233;velopp&#233; diff&#233;rentes critiques et projets. Nous avons fait&lt;br class='autobr' /&gt;
remarquer comment la joie ne se trouvait pas au fond de ce qu'ils faisaient et non plus&lt;br class='autobr' /&gt;
au fond d'autres activit&#233;s qu'en se r&#233;fl&#233;chissant dans le climat g&#233;n&#233;ral, finissaient par&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre fortement conditionn&#233;es dans le sens impos&#233; par eux &#224; la lutte. Et en n'y trouvant&lt;br class='autobr' /&gt;
pas la joie, il venait, pour nous, &#224; manquer le fondement premier de la lutte m&#234;me ; la&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ativit&#233; de notre intervention, la substance subversive du projet dont on se faisait les&lt;br class='autobr' /&gt;
porteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me au niveau macroscopique cet &#233;l&#233;ment devait se trouver dans notre travail&lt;br class='autobr' /&gt; r&#233;volutionnaire ; autrement on &#233;tait oblig&#233; d'accepter ce que nous faisions seulement &#224; cause du fait que c'&#233;tait nous qui le faisions. La chose ne pouvait pas fonctionner. Et&lt;br class='autobr' /&gt;
elle n'a pas fonctionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sens et par l'exp&#233;rience des limitations pass&#233;es, nous sommes pr&#234;ts &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
reprendre les choses du d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il n'existe pas de solution s&#233;par&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plus nous r&#233;fl&#233;chissons aux conditions pass&#233;es de l'affrontement, plus nous voyons &#224; quel point la situation actuelle est le produit des erreurs du pass&#233; et pr&#233;sente seulement une possible ouverture &#224; condition de pouvoir y inclure une critique op&#233;ratrice ; plus aussi on s'aper&#231;oit qu'il n'y a pas de solution s&#233;par&#233;e au probl&#232;me des copains incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acceptant une mercantilisation comme celle propos&#233;e par les n&#233;o-&lt;br class='autobr' /&gt;
contractualistes (amnistie, un nombre d'ann&#233;es de prison &#233;gal pour tous, une p&#233;riode de travail social &#224; l'ext&#233;rieur, etc.) il faudrait la payer en mettant dans la balance tout son pass&#233;. Ceci signifierait un refus de la r&#233;volution, refus de l'anarchie, refus de la propre identit&#233; de femme et d'homme, refus de son propre futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule solution donc, est la continuation de la lutte. De mani&#232;re critique,&lt;br class='autobr' /&gt; certainement, avec des objectifs diff&#233;rents et des m&#233;thodes plus appropri&#233;es &#224; la situation actuelle, mais continuation de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La prison dans toutes les interventions : moment qualitatif de l'affrontement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;montage de la sectorialisation doit correspondre &#224; une capacit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt; proposition des mots d'ordre de lutte, autrement il devient une banale formule m&#233;thodologique. Si nous nous limitons &#224; &#034;informer&#034; les gens de la m&#233;chancet&#233; du pouvoir, nous ne pourrons faire de tous les arbres une for&#234;t et serons imm&#233;diatement amen&#233;s &#224; graduer les pires m&#233;faits afin d'appara&#238;tre plus sp&#233;cifiques et donc plus incisifs. Si nous parlons du nucl&#233;aire aux gens, nous pouvons certainement y faire entrer le probl&#232;me des copains emprisonn&#233;s, mais nous ne le faisons pas toujours : on pr&#233;voit mort et destruction, pollution atomique, fin de la vie sur terre, guerre et conflit apocalyptique. Les gens restent plus impressionn&#233;s et nous nous laissons fasciner par le fait que nous r&#233;ussissons &#224; impressionner les gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-information a comme destin propre de finir toujours sectorialis&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Aujourd'hui cela, demain ceci. A la fin on devient des sp&#233;cialistes en antimilitarisme, en probl&#232;mes du monde du travail, en probl&#232;mes de la prison, en f&#233;minisme, en mouvement de lutte pour le loyer, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons donc avoir deux niveaux de clart&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Une contre-information omnicompr&#233;hensive n'est pas possible.&lt;br class='manualbr' /&gt;b) Nous ne pouvons &#034;entasser&#034; des probl&#232;mes diff&#233;rents sans finir par ne plus se&lt;br class='autobr' /&gt; faire comprendre des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, il y a une autre mani&#232;re de voir les choses. En focalisant un probl&#232;me (mettons, celui des quartiers, par exemple) et en reliant autour de lui des probl&#232;mes qui lui sont plus proches. On s'apercevra alors que sans vouloir faire, au fur et &#224; mesure, un trait&#233; argument&#233;, nous r&#233;ussissons &#224; y inclure m&#234;me le probl&#232;me des copains incarc&#233;r&#233;s. N&#233;anmoins, seulement &#224; condition de ne pas se renfermer dans la simple contre-information. Si nous nous limitons &#224; ce premier stade d'intervention r&#233;volutionnaire, le probl&#232;me des prisons se trouvera introduit de l'ext&#233;rieur dans la r&#233;alit&#233; o&#249; nous serons en train d'intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Posons autrement le discours avec un projet diff&#233;rent. Nous passons de la simple&lt;br class='autobr' /&gt; phase de contre-information &#224; une deuxi&#232;me phase que nous pouvons d&#233;finir d'engagement. Nous proposons une structure organisationnelle qui s'occupe d'un probl&#232;me sp&#233;cifique (retournons &#224; l'exemple des quartiers) et qui permet l'inclusion du probl&#232;me de la prison et des copains incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etablissons un rapport entre cette structure organisationnelle (externe au&lt;br class='autobr' /&gt; mouvement sp&#233;cifique) et le mouvement sp&#233;cifique m&#234;me. De la r&#233;ponse en termes op&#233;rationnels que ce rapport nous donnera, nous aurons une image suffisamment claire de l'&#233;tat du mouvement r&#233;el. Sur la base de cette image nous pourrons construire nos interventions en tant que mouvement sp&#233;cifique (&#224; l'ext&#233;rieur et m&#234;me ind&#233;pendamment de la structure organisationnelle d'engagement) et dans cette phase donc, &#234;tre beaucoup plus exhaustifs sur le probl&#232;me des copains emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elimination des lois sp&#233;ciales, du r&#233;gime diff&#233;renci&#233;, des prisons sp&#233;ciales, de&lt;br class='autobr' /&gt; l'article 90. R&#233;duction de la d&#233;tention pr&#233;ventive. Abolition de la perp&#233;tuit&#233;, des longues peines, des proc&#232;s sp&#233;ciaux, des traitements sp&#233;ciaux. Ceci &#233;videmment pour tous et non seulement pour les copains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective de lutte doit chercher &#224; engager les gens. et doit avoir aussi une autonomie propre d'action. De la mani&#232;re dont les gens s'engageront et de la mani&#232;re dont s'harmonisera l'autonomie d'action, avec ce que l'on r&#233;ussira &#224; faire en dehors du mouvement sp&#233;cifique, d&#233;pendra la capacit&#233; &#224; mesurer les r&#233;sultats. Seulement sur la base de ces r&#233;sultats on pourra imposer une solution au probl&#232;me des copains emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas que notre chemin porte beaucoup plus loin que celui de ceux qui &lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui s'appr&#234;tent &#224; collaborer. Le chemin du pouvoir, par contre, tourne toujours autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond nous sommes tous dans la mire du fusil r&#233;pressif. Nous devons&lt;br class='autobr' /&gt; d&#233;velopper notre lutte. Si nous ne sommes pas capables ils nous d&#233;truiront tous : dans la prison et en dehors des prisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la mont&#233;e du niveau de l'affrontement, avec l'&#233;largissement des objectifs, la r&#233;pression frappera encore. Personne n'est ici un train de garantir une voie sans danger pour sortir des prisons. Nous tous, lorsque nous avons &#233;t&#233; envoy&#233;s en taule, l'avons &#233;t&#233; parce que convaincus de la validit&#233; de notre action r&#233;volutionnaire, non pas &#224; cause d'une fatalit&#233; accidentelle. Certes, objectivement il y a toujours quelque chose de ce genre ; l'initiative d'un sbire, quelque chose qui n'a pas bien march&#233;, une interpr&#233;tation r&#233;pressive d'un fait en soi plus que l&#233;gitime. Mais le v&#233;ritable motif de nos emprisonnements a toujours &#233;t&#233; le fait d'&#234;tre anarchistes, notre foi dans la r&#233;volution. La taule pour un anarchiste est une composante constante de son activit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre probl&#232;me d'aujourd'hui, probl&#232;me central, est celui de faire sortir les&lt;br class='autobr' /&gt; copains. Nous pouvons r&#233;soudre ce grave probl&#232;me seulement en intensifiant les luttes dans les divers secteurs d'intervention et en liant ces luttes &#224; une perspective r&#233;elle de d&#233;veloppement insurrectionnel ; en ne se limitant pas &#224; de platoniques dissentiments ou &#224; de belles d&#233;clarations de libert&#233; pour tous qui servent seulement &#224; r&#233;duire au silence notre conscience, pour apr&#232;s venir exprimer un facile d&#233;saccord avec celui qui veut au contraire faire quelque chose de concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement de cette mani&#232;re nous pourrons obliger l'Etat &#224; r&#233;soudre ce qui&lt;br class='autobr' /&gt; deviendra un (son) probl&#232;me des (n&#244;tres) copains en taule. Tant que cela restera notre probl&#232;me nous ne pourrons le r&#233;soudre qu'en louant et consignant dans les mains de la r&#233;pression tout notre futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous ne croyons pas qu'il puisse exister un doute sur la voie &#224; prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alfredo Bonanno&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paolo Pozzi, Insurrection 1977, paru en fran&#231;ais aux &#233;ditions Nautilus en 2007&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ch&#226;teau d'Italie o&#249; l'Empereur Henri IV s'humilia devant le pape Gr&#233;goire VII en 1077.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les gibelins &#233;taient les partisans des Empereurs d'Allemagne en Italie, oppos&#233;s aux guelfes qui soutenaient la papaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Palmiro Togliatti (1893-1964), membre dirigeant du Parti communiste italien, se r&#233;fugie &#224; Moscou en 1926 devant le fascisme. Il int&#232;gre l'ex&#233;cutif de l'Internationale Communiste (IC) dont il est d&#233;l&#233;gu&#233; pour l'Espagne en 1937 avant de d&#233;fendre le pacte germano-sovi&#233;tique. Revenu en Italie en 1944 une fois les Alli&#233;s d&#233;barqu&#233;s, il devient plusieurs fois ministre, dont ministre de la Justice et des Gr&#226;ces de juin 1945 &#224; juillet 1946. Il propose et fait appliquer l'amnistie du 22 juin 1946 qui fait sortir 7 000 fascistes incarc&#233;r&#233;s (dont d'ex-ministres et nombre de bourreaux et responsables notoires). A l'inverse, les anarchistes et autres partisans dissidents du PCI effectueront jusqu'&#224; 30 ans de prison pour des &#171; d&#233;lits &#187; commis contre des fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette citation est une r&#233;f&#233;rence &#224; Marx : &#034;Il est &#233;vident que l'arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes ; la force mat&#233;rielle ne peut &#234;tre abattue que par la force mat&#233;rielle ; mais la th&#233;orie se change, elle aussi, en force mat&#233;rielle, d&#233;s qu'elle p&#233;n&#232;tre les masses.&#034; (Karl Marx, &lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de La philosophie du droit de Hegel&lt;/i&gt;, 1843)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jeune militant n&#233;o-fasciste, Sergio Ramelli fut mortellement bless&#233; &#224; coup de clefs anglaise le 13 mars 1975 par des membres du service d'ordre d'Avanguardia operaia (groupe l&#233;niniste fortement pr&#233;sent &#224; Milan et centr&#233; sur les luttes syndicales).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dissonances</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article770</link>
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		<dc:date>2010-01-21T12:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alfredo M. Bonanno</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Antipsychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Si la dissonance est partie int&#233;grante de l'harmonie et constitue l'autre r&#233;sultat, celui qui est toujours pr&#233;visible et m&#234;me d&#233;sirable, sa coagulation libre dans les processus de r&#233;alisation al&#233;atoire produit quelque chose d'autre, une rupture qui n'est pas facilement amendable. Que chacun respecte le cycle complet dans le lit rassurant de la rivi&#232;re des significations, avec laquelle les transporteurs d'eau &#233;touffent nos craintes, mais ailleurs. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ici on propose une lecture risqu&#233;e : une chance, un voyage ouvert &#224; d'autres possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SOMMAIRE :&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mettre sa vie en jeu
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Maladie et Capital
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que faire de l'anti-fascisme ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La Maladie Communautaire
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La perte du langage
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Inactualit&#233;s sur les drogues&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Antipsychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton770-26fe9.jpg?1781040216' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff770.jpg?1262966275&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SOMMAIRE :&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mettre sa vie en jeu
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Maladie et Capital
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que faire de l'anti-fascisme ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La Maladie Communautaire
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La perte du langage
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Inactualit&#233;s sur les drogues&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les dissonances se trouvent dans le contenu de ces arguments. Mais en restant dans le contenu, se cristallisant &#224; la place du &lt;i&gt;parler&lt;/i&gt; (et m&#234;me du &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt;), elles pourraient aussi devenir des &#233;l&#233;ments de r&#233;cup&#233;ration, d'alimentation de futures pens&#233;es conservatrices, de nouveaux uniformes (de couleur diff&#233;rente), de nouvelles &#171; idoles &#187; (dans un format plus agr&#233;able). Il n'y a aucune recette d&#233;finitive capable de casser le rythme qui nous enveloppe constamment, pas m&#234;me des dissonances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, la dissonance a autre chose &#224; offrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose de significatif appara&#238;t au carrefour des rythmes entre des faits r&#233;&#233;voqu&#233;s, le temps de l'&#233;criture et le temps de la r&#233;alisation, c'est-&#224;-dire dans la t&#226;che librement appropri&#233;e par le lecteur, on per&#231;oit un contenu qui est quelque chose d'autre que les arguments autoritaires, les voies d'observation et l'&#233;nonciation de voies. Dans la permission de se laisser frapper par la dissonance, on n'en devient pas illumin&#233;, on ne chute pas prostr&#233; sur la route de Damas, nous cr&#233;ons simplement de l'air autour de nos pens&#233;es, c'est-&#224;-dire qu'on laisse l'inattention entrer dans le domaine de la codification. La gamme d'arguments elle-m&#234;me ouvre la voie aux unions impr&#233;visibles qui n'ont pas toujours &#233;t&#233; pr&#233;vues pendant la phase d'&#233;criture, et n'&#233;taient probablement pas des probl&#232;mes en tant que tel, m&#234;me dans la phase factuelle. La dissonance agit comme un catalyseur pour les ouvertures informelles qui ne peuvent pas &#234;tre contr&#244;l&#233;es. Juste un avertissement : ne c&#233;dez pas &#224; la tentation alarmiste sur la question de la signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la dissonance est partie int&#233;grante de l'harmonie et constitue l'autre r&#233;sultat, celui qui est toujours pr&#233;visible et m&#234;me d&#233;sirable, sa coagulation libre dans les processus de r&#233;alisation al&#233;atoire produit quelque chose d'autre, une rupture qui n'est pas facilement amendable. Que chacun respecte le cycle complet dans le lit rassurant de la rivi&#232;re des significations, avec laquelle les transporteurs d'eau &#233;touffent nos craintes, mais ailleurs. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ici on propose une lecture risqu&#233;e : une chance, un voyage ouvert &#224; d'autres possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chance est encore &#224; d&#233;couvrir, surtout dans son rapport au chaos. Mais m&#234;me cela doit encore &#234;tre d&#233;couvert, au moins dans le rapport avec l'ordre spontan&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;On se revoit ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMB.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mettre sa vie en jeu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis la nuit des temps, les humains ont toujours eut un go&#251;t prononc&#233; pour le risque et l'aventure, pour des formes de jeu p&#233;rilleuses comme les duels ou la chasse. Les jeux qui mettent la vie du joueur en danger datent autant des temps pass&#233;s qu'ils perdurent aujourd'hui. Mais pour &#233;viter d'aller trop loin en arri&#232;re dans l'histoire, il suffit de penser &#224; la roulette russe, dont chacun se rappelle des pages d'un grand roman russe, ou de sc&#232;nes dans un film am&#233;ricain assez r&#233;cent. Dans les Ann&#233;es cinquante, un film sur la violence dans l'Am&#233;rique rurale a d&#233;peint un jeu appel&#233; &#171; &lt;i&gt;le saut de lapin&lt;/i&gt; &#187;, une course entre jeunes, chacun au volant d'une voiture et fon&#231;ant vers le bord d'une falaise. Celui qui sautait de la voiture en dernier &#233;tait le gagnant. Ces derniers mois, des m&#233;dias rapportaient la tenue de &#171; &lt;i&gt;roulettes d'autoroute&lt;/i&gt; &#187;, qui consistent &#224; conduire le long d'une d'autoroute en sens inverse ; celui qui ira le plus loin sera le gagnant. Un autre jeu &#224; la mode chez les jeunes gar&#231;ons isra&#233;liens, et ce d&#233;s dix ans, consiste &#224; placer un sac d'&#233;colier au milieu de la route et de s'en saisir d&#233;s qu'une voiture approche. Celui qui r&#233;cup&#232;re son sac en dernier gagne. Selon les m&#233;dias, un certain nombre d'enfants sont morts en jouant &#224; ce jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, pourquoi mettre sa vie en jeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse pourrait simplement &#234;tre que ces comportements trouvent leurs raisons dans &#171; &lt;i&gt;la crise des valeurs&lt;/i&gt; &#187; d'une soci&#233;t&#233; post-industrielle avanc&#233;e qui n'a aucun avenir &#224; offrir aux jeunes. Un autre film am&#233;ricain montrant la guerre des gangs &#224; Los Angeles se terminait sur une sc&#232;ne ou le jeune protagoniste, plut&#244;t que de se laisser arr&#234;ter, tuait un flic en criant &#171; &lt;i&gt;Il n'y a aucun avenir !&lt;/i&gt; &#187; Cela pourrait bien &#234;tre une remarque pertinente. Les exp&#233;riences quotidiennes qui forment la personnalit&#233; ont &#233;t&#233; s&#233;rieusement affect&#233;es par les changements profonds qui ont eu lieu ces derni&#232;res ann&#233;es dans les structures &#233;conomiques et sociales des pays &#224; industrialisation avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pens&#233;es, les &#233;motions et les actions des individus sont immerg&#233;es dans une situation sans aucune cat&#233;gorie pr&#233;-existante dans laquelle les ranger. C'est ce d&#233;sordre qui emp&#234;che tout sens de la s&#233;curit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cela m&#232;ne les strates les plus jeunes, celles non encore capables de faire face &#224; une telle situation ou qui ne sont pas encore en possession d'int&#233;r&#234;ts et d'id&#233;es bien enracin&#233;s, &#224; se sentir &#171; &lt;i&gt;priv&#233;es de valeurs&lt;/i&gt; &#187; et incapables de &#171; &lt;i&gt;donner un sens &#224; la vie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi est-ce une r&#233;ponse trop simple ? D'abord, parce qu'il ne me semble pas juste de toujours tout rel&#233;guer &#224; un m&#233;canisme social sous-jacent qui expliquerait tout. Derri&#232;re cette attitude se cache une sorte de n&#233;o-d&#233;terminisme qui nous emp&#234;cherait de saisir les motivations r&#233;elles &#224; la racine des choses qui, si r&#233;v&#233;l&#233;es au grand jour, pourraient nous donner une meilleure indication de ce qu'il faut faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;sint&#233;gration sociale r&#233;sultant de la restructuration &#233;conomique des ann&#233;es quatre-vingt est certainement l'une des raisons de l'&#233;br&#232;chement des valeurs qui est apparu dans la p&#233;riode de l'apr&#232;s-guerre et qui resta plus ou moins intacte jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix. Une institution comme la famille, qui s'av&#232;re &#234;tre de moins en moins solide ou capable de r&#233;soudre la t&#226;che importante qui lui est assign&#233;e par la soci&#233;t&#233; capitaliste du si&#232;cle dernier, est frapp&#233;e non seulement par les conditions changeantes du monde du travail et de la production, mais aussi par la circulation d'id&#233;es diff&#233;rentes, de la culture, des concepts de temps et d'espace, et ainsi de suite. Chacun de ces &#233;l&#233;ments, qu'il serait trop simpliste de regrouper ensembles sous le terme &#171; &lt;i&gt;&#233;conomie&lt;/i&gt; &#187;, a produit des conditions qui doivent &#234;tre examin&#233;es s&#233;par&#233;ment. Elles sont tr&#232;s importantes et composent le tissu connectif sur lequel les &#233;motions sont greff&#233;es aux pens&#233;es et aux actions de tant de ces jeunes qui se trouvent face-&#224;-face dans les stades de football d'aujourd'hui et qui jouent avec leurs vies de mille fa&#231;ons diff&#233;rentes, se retrouvant notamment sur la base d'un non-avenir et d'un manque commun de perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici nous ne regardons pas simplement le ph&#233;nom&#232;ne marginal de l'int&#233;gration tardive des jeunes dans les conditions impos&#233;es par la vie sociale. Cela a toujours exist&#233;. Ce que nous pouvons voir &#224; pr&#233;sent est un ph&#233;nom&#232;ne d'une consistance et d'une extension inconnue de par le pass&#233;. Et si nous voulons le comprendre nous devons aussi regarder nos propres mod&#232;les de pens&#233;e. Nous avons pens&#233;, et correctement, que les conditions de travail importaient dans la compr&#233;hension des raisons pour lesquelles le prol&#233;tariat s'&#233;tait engag&#233; dans la lutte des classes, y compris de perspective r&#233;volutionnaire. Mais des conditions objectives changent. Nous avions l'habitude de penser que les luttes de la classe ouvri&#232;re pouvaient &#224; tout moment se transformer en conscience r&#233;volutionnaire, pr&#233;cis&#233;ment en raison des d&#233;fauts du syst&#232;me de production dans son enti&#232;ret&#233;. Aujourd'hui, nous ne pouvons plus penser de fa&#231;on si automatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disions souvent qu'une des choses qui mettrait un frein &#224; la lutte des classes &#233;tait l'int&#233;gration &#233;ducative des jeunes par la famille, la premi&#232;re pierre de l'uniformit&#233; de jugement qui &#233;tait compl&#233;t&#233;e &#224; l'&#233;cole, dans l'arm&#233;e et au travail. Beaucoup de ces choses ont maintenant chang&#233;es. Divers concepts ont int&#233;gr&#233; la famille depuis sa d&#233;sint&#233;gration, la menant &#224; respirer un air nouveau de paternalisme. Les m&#233;nages sont directement p&#233;n&#233;tr&#233;s par le biais de la t&#233;l&#233;vision et le filtre parental de censure ne fonctionne plus. Ces derniers ont aussi perdu un peu de l'autorit&#233; qui autrefois ne venait que de la simple force physique, au fil d'un contr&#244;le &#233;tatique plus strict concernant les violences faites aux mineurs dans le cadre familial. La vieille affection, ce truc de peintures &#224; l'huile du XVIIe si&#232;cle, sur laquelle on a suppos&#233; que r&#233;sidait l'essence de la famille - une fantaisie d'&#233;crivains et de po&#232;tes - n'est plus capable de dissimuler le manque r&#233;el de sentiments qui existe dans cette institution. Et nous, les anarchistes, &#233;tions parmi les premiers &#224; avancer une critique s&#233;rieuse de la famille comme &#233;tant l'origine de beaucoup des horreurs de la soci&#233;t&#233; de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour l'&#233;cole, o&#249;, avec une clart&#233; de longue vue, nous avions vu ses limitations et ses d&#233;fauts d&#233;s le XIXe si&#232;cle, proposant des formes libertaires d'&#233;ducation qui sont d&#233;sormais reprises et r&#233;cup&#233;r&#233;es par les intellectuels du r&#233;gime. Je ne sais pas si nous sommes capables de comprendre ce qui se passe vraiment &#224; l'&#233;cole aujourd'hui, mais il ne me semble pas qu'il s'agisse l&#224; d'un secteur dans lequel nous serions en retard vis-&#224;-vis des autres. Cependant, le niveau de l'analyse anarchiste aujourd'hui, ne semble pas capable de comprendre les changements rapides qui ont lieu dans la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie. Cela est d&#233;montr&#233; par ce qui est dit du probl&#232;me de la production, et, avec une constance digne des plus grandes choses, l'insistance sur la validit&#233; du syndicalisme plus ou moins r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, de nouveaux probl&#232;mes se pr&#233;sentent sur la sc&#232;ne sociale auxquels nous ne pouvons pas nous confronter en utilisant de vieilles analyses, bien qu'elles puissent avoir &#233;t&#233; correctes en d'autres temps. En un sens, nous n'avons pas &#233;t&#233; capables d'amener nos propres formulations &#224; leurs conclusions logiques. L'exemple de la famille est significatif. Nous &#233;tions parmi les premiers &#224; d&#233;noncer les fonctions r&#233;pressives de cette institution, mais ne sommes nulle part parmi les premiers aujourd'hui, &#224; en avoir tir&#233; les conclusions appropri&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perte g&#233;n&#233;rale des valeurs traditionnelles ne nous voit pas capable de proposer autre chose (je ne dis pas de remplacer), pas m&#234;me de critiquer les propositions des autres. Face aux nombreux jeunes qui demandent une bonne raison de ne pas mettre leurs vies en jeu, nous ne savons que dire. D'autres ont donn&#233; ce que nous savons ne pas &#234;tre de r&#233;elles r&#233;ponses, mais cela n'emp&#234;che pas des jeunes de les accepter de fa&#231;on acritique, les r&#233;duisant &#224; des instruments passifs entre les mains du pouvoir en &#233;teignant leur agressivit&#233; lib&#233;ratrice. D'autres leur disent que la vie a une valeur en soi, parce que Dieu nous l'a donn&#233; ou bien parce qu'elle sert la r&#233;volution, la survie de l'esp&#232;ce, et ainsi de suite. Nous savons que, prises individuellement, ces propositions ne sont pas justes, mais nous devrions savoir que proposer comme alternative valable aux jeux de risque pour le risque.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Maladie et Capital&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La maladie, c'est-&#224;-dire le mauvais fonctionnement de l'organisme, n'est pas le propre de l'homme. Les animaux aussi sont malades, et m&#234;me les choses peuvent &#224; leur mani&#232;re pr&#233;senter des d&#233;fauts de fonctionnement. L'id&#233;e de la maladie comme anormalit&#233; est un grand classique, d&#233;velopp&#233; par la science m&#233;dicale. La r&#233;ponse &#224; la maladie, principalement &#224; cause de l'id&#233;ologie positiviste qui domine encore la m&#233;decine contemporaine, est celle de la gu&#233;rison, c'est-&#224;-dire, d'une intervention ext&#233;rieure choisie sur la base de pratiques sp&#233;cifiques, visant &#224; r&#233;tablir les conditions d'une id&#233;e donn&#233;e de la normalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce serait une erreur de penser que la recherche des causes de la maladie a toujours &#233;t&#233; mise en parall&#232;le avec cette n&#233;cessit&#233; scientifique de r&#233;tablir la normalit&#233;. Des si&#232;cles durant, les rem&#232;des ne sont pas all&#233;s de pair avec l'&#233;tude des causes, qui ont parfois &#233;t&#233; absolument fantastiques. Les rem&#232;des avaient leurs propres logiques, surtout lorsqu'ils se basaient sur des connaissances empiriques des forces de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, une critique du sectarisme scientifique, incluant la m&#233;decine, s'est bas&#233;e sur l'id&#233;e de la totalit&#233; humaine : une entit&#233; compos&#233;e de divers &#233;l&#233;ments naturels - intellectuels, &#233;conomiques, sociaux, culturels, politiques et ainsi de suite. C'est dans cette nouvelle perspective que les hypoth&#232;ses dialectiques et mat&#233;rialistes du marxisme se sont introduites. Cette totalit&#233; variablement d&#233;crite de l'homme nouveau, le vrai, qui n'est plus divis&#233; en secteurs comme l'ancien positivisme nous y avait habitu&#233;, a de nouveau &#233;t&#233; enferm&#233;e par les marxistes dans un d&#233;terminisme unilat&#233;ral. La cause de la maladie a donc &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme exclusivement reli&#233;e au capitalisme qui, en ali&#233;nant l'humain par le travail, l'a expos&#233; &#224; une relation distordue avec la nature et la &#171; normalit&#233; &#187;, l'autre face de la maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre avis, ni la th&#232;se positiviste qui voit la maladie comme un mauvais fonctionnement de l'organisme, ni la th&#232;se marxiste qui la voit comme un r&#233;sultat d&#233;termin&#233; par les m&#233;faits du capitalisme, ne sont suffisantes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les choses sont un petit peu plus compliqu&#233;es que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout simplement, nous ne pouvons pas dire qu'il n'y aurait plus de choses telles que la maladie dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e. Nous ne pouvons pas dire non plus que dans cet heureux &#233;v&#233;nement, la maladie elle-m&#234;me se r&#233;duirait &#224; un simple affaiblissement de certaines forces hypoth&#233;tiques qu'il nous reste &#224; d&#233;couvrir. Nous pensons que la maladie fait partie de la nature de l'&#233;tat de vie de l'humain dans la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire qu'elle correspond &#224; un certain prix &#224; payer pour corriger les conditions optimales de la nature en vue d'obtenir la superficialit&#233; n&#233;cessaire &#224; la construction des soci&#233;t&#233;s les plus libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement que la croissance exponentielle de la maladie dans une soci&#233;t&#233; libre o&#249; la superficialit&#233; entre les individus serait r&#233;duite au strict minimum ne serait pas comparable &#224; celle d'une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur l'exploitation, telle que celle dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Il en r&#233;sulte que la lutte contre la maladie fait partie int&#233;grante du conflit de classe. Pas tellement parce que la maladie est caus&#233;e par le capital - ce qui serait une d&#233;claration d&#233;terministe, donc inacceptable, mais parce qu'une soci&#233;t&#233; plus libre serait diff&#233;rente. M&#234;me dans sa n&#233;gativit&#233;, elle serait plus proche de la vie, de l'&#234;tre humain. Ainsi, la maladie serait une expression de notre humanit&#233;, tout comme elle est l'expression de notre terrifiante inhumanit&#233; aujourd'hui. C'est pourquoi nous n'avons jamais accept&#233; la th&#232;se simpliste que l'on peut r&#233;sumer par le slogan entendu : &#171; &lt;i&gt;faisons de la maladie une arme&lt;/i&gt; &#187;, m&#234;me si elle m&#233;rite notre respect, notamment en ce qui concerne la maladie mentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas vraiment possible de proposer au patient un traitement qui serait exclusivement bas&#233; sur la lutte contre l'ennemi. Ici, la simplification serait absurde. La maladie, c'est aussi la souffrance, la douleur, la confusion, l'incertitude, le doute, la solitude, et ces &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs ne se limitent pas exclusivement &#224; l'organisme, puisqu'ils attaquent aussi la conscience et la volont&#233;. &#201;laborer de tels programmes de lutte sur ces bases serait tout &#224; fait irr&#233;aliste et terriblement inhumain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la maladie &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; devenir une arme si on la comprend &#224; la fois dans ses causes et dans ses effets. Il peut &#234;tre important pour moi de comprendre ce que sont les causes ext&#233;rieures de &lt;i&gt;ma maladie&lt;/i&gt; : les capitalistes et les exploiteurs, l'&#201;tat et le Capital. Mais cela ne me suffit pas. Je dois aussi clarifier ma relation avec ma maladie, qui pourrait ne pas seulement &#234;tre la souffrance, la douleur et la mort. Elle pourrait aussi &#234;tre un moyen de mieux me comprendre, moi-m&#234;me et les autres, ainsi que la r&#233;alit&#233; qui m'entoure et ce qui doit &#234;tre fait pour la transformer ; aussi, avoir une meilleure compr&#233;hension de la question r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les erreurs qui ont &#233;t&#233; faites par le pass&#233; sur ce sujet proviennent d'un manque de clart&#233; en raison de l'interpr&#233;tation marxiste, bas&#233;e sur la pr&#233;tention du pouvoir &#224; &#233;tablir une relation &lt;i&gt;directe&lt;/i&gt; entre la maladie et le capital. Nous pensons aujourd'hui que cette relation est &lt;i&gt;indirecte&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, en prenant conscience de la maladie, pas de la maladie en g&#233;n&#233;ral comme condition d'&lt;i&gt;anormalit&#233;&lt;/i&gt;, mais de ma maladie comme un &#233;l&#233;ment de ma vie, un &#233;l&#233;ment de &lt;i&gt;ma normalit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, place &#224; la lutte contre cette maladie. M&#234;me si les combats ne sont pas toujours victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire de l'anti-fascisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le renard sait beaucoup de choses. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le porc-&#233;pic n'en sais qu'une, mais une grande. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Archiloque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme est un mot &#224; sept lettres qui commence par F. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les gens aiment jouer avec les mots, qui en dissimulant en partie la r&#233;alit&#233;, les d&#233;chargent de toute r&#233;flexion personnelle ou de toute prise de d&#233;cision. Le symbole agit &#224; notre place en nous fournissant un drapeau et un alibi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et placer &#171; &lt;i&gt;anti-&lt;/i&gt; &#187; devant le symbole n'&#233;quivaut pas &#224; &#234;tre absolument contre tout ce qui nous d&#233;go&#251;te. Nous nous sentons &#224; l'aise de ce c&#244;t&#233;-ci, avec le sentiment du devoir accompli. Avoir recours &#224; ce &#171; &lt;i&gt;anti-&lt;/i&gt; &#187; nous donne une conscience claire, nous enfermant dans un domaine bien gard&#233;, et tr&#232;s fr&#233;quent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les choses &#233;voluent. Les ann&#233;es passent, tout comme les relations de pouvoir. De nouveaux patrons prennent la place des vieux et le cercueil tragique du pouvoir passe d'une main &#224; l'autre. Les fascistes d'antan ont observ&#233; le jeu d&#233;mocratique et ont laiss&#233; leurs drapeaux et leurs croix gamm&#233;es &#224; quelques t&#234;tes brul&#233;es. Et pourquoi pas ? Apr&#232;s tout, nous parlons l&#224; d'hommes de pouvoir. Les bavardages vont et viennent, le r&#233;alisme politique est &#233;ternel. Mais nous, qui ne voulons savoir que peu ou rien de la politique, nous demandons &#224; nous-m&#234;mes, embarrass&#233;s, qu'&#224;-t-il bien pu se passer pour que les chemises noires, les fascistes &#224; barres de fer que nous avons combattus avec r&#233;solution, disparaissent de la sc&#232;ne ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, comme des poules sans t&#234;tes nous cherchons un nouveau bouc &#233;missaire contre lequel nous pouvons l&#226;cher notre &lt;i&gt;pr&#234;t-&#224;-ha&#239;r&lt;/i&gt;, alors que tout autour de nous, tout tend &#224; devenir plus subtil et plus m&#251;r et que le pouvoir nous invite &#224; entrer en dialogue avec lui : Mais marchez vers l'avant je vous prie, en avant, dites ce que vous devez dire, ce n'est pas un probl&#232;me ! N'oubliez pas, nous vivons en d&#233;mocratie, chacun a le droit de dire ce qu'il veut. D'autres &#233;coutent, sont d'accord ou ne sont pas d'accord, mais les purs d&#233;cident du jeu. La majorit&#233; gagne et il ne reste plus &#224; la minorit&#233; que le droit de continuer &#224; n'&#234;tre pas d'accord. Tout cela, aussi longtemps que la totalit&#233; se r&#233;duit &#224; la dialectique du &#171; &lt;i&gt;choisir son camp&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous devions r&#233;duire la question du fascisme &#224; de simples mots, nous serions forc&#233;s d'admettre que tout cela n'ait &#233;t&#233; qu'un jeu, ou peut-&#234;tre un r&#234;ve. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Mussolini, un honn&#234;te homme, un grand politicien. Il a fait des erreurs. Mais qui n'en fait pas ? puis il est devenu hors de contr&#244;le. Il a &#233;t&#233; trahi. Nous avons tous &#233;t&#233; trahis. De la mythologie fasciste ? Laisse tomber ! Il n'y a aucun int&#233;r&#234;t &#224; penser &#224; de telles reliques du pass&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Hitler&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Klausmann, en faisant le portrait sarcastique de la mentalit&#233; de Gerhart Hauptmann, le vieux th&#233;oricien du r&#233;alisme politique, &#171; &lt;i&gt;mes chers amis ! ... sans rancune ! Essayons d'&#234;tre... Non, si vous me permettez, ... permettez moi ... objectif ... Voulez vous que je vous serve un autre verre ? Ce champagne... vraiment exquis - Ce Hitler l&#224;, je veux dire ... le champagne aussi, d'ailleurs, quelle grande &#233;volution ... la jeunesse allemande... environ 7 millions de votes ... comme je le dis souvent &#224; mes amis juifs... ces allemands... incroyable nation... vraiment myst&#233;rieuse ...des impulsions cosmiques... Goethe ... la saga de la dynamique ... des tendances &#233;l&#233;mentaires et irr&#233;sistibles...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, que cesse le papotage. Les diff&#233;rences s'att&#233;nuent autour d'un verre de bon vin, et tout devient une question d'opinion. Parce que, et c'est l&#224; la chose importante, il y a des diff&#233;rences, pas entre le fascisme et l'anti-fascisme, mais entre ceux qui veulent le pouvoir et ceux qui se battent contre le pouvoir et le refusent. Mais quelles sont les bases de ces diff&#233;rences &#224; d&#233;chiffrer ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Peut &#234;tre en ayant recours &#224; analyse ? Non, je ne pense pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens sont la cat&#233;gorie la plus utile d'idiots au service du pouvoir. Ils pensent connaitre &#233;norm&#233;ment, mais plus ils &#233;tudient furieusement des documents, plus ils ne connaissent rien d'autre. Les documents qui certifient ind&#233;niablement ce qui est arriv&#233; proc&#232;dent de la volont&#233; de l'individu emprisonn&#233; dans la rationalit&#233; de l'&#233;v&#233;nement. L'&#233;quivalent de la v&#233;rit&#233; et du fait. Consid&#233;rer qu'autre chose est possible devient un vague passe-temps litt&#233;raire. Si l'historien a la moindre lueur vacillante d'intelligence, il se dirige imm&#233;diatement vers la philosophie, s'immergeant dans l'angoisse commune, dans les contes de f&#233;es et de ch&#226;teaux enchant&#233;s. En attendant le monde autour de nous se voit emprisonn&#233; entre les mains des puissants, et leur culture du livre de r&#233;vision d'examens est incapable de souligner la diff&#233;rence entre un document et une pomme de terre cuite. &#171; &lt;i&gt;Si la volont&#233; de l'homme &#233;tait libre&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Tolsto&#239; dans &lt;i&gt;Guerre et Paix&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;toute l'histoire serait une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements fortuits... Si au lieu de cela il y a une loi dirigeant seule les actions de l'homme, alors le libre arbitre ne peut exister, parce que la volont&#233; de l'homme doit &#234;tre soumise &#224; ces lois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que les historiens sont utiles, particuli&#232;rement pour nous fournir des &#233;l&#233;ments confortables, des alibis et des b&#233;quilles psychologiques. Quel courage ces Communards de 1871 ! Ils sont morts comme de braves hommes, dos au mur du P&#232;re Lachaise ! Et le lecteur est excit&#233; et se pr&#233;pare &#224; mourir aussi si n&#233;cessaire, dos au prochain mur des communards. Attendre des forces sociales qu'elles nous mettent dans la condition du mort h&#233;ro&#239;que nous traverse alors quotidiennement, souvent au seuil de la mort sans m&#234;me que cette occasion ne se pr&#233;sente. Mais les tendances historiques ne sont pas si exactes. Donnez ou prenez une d&#233;cennie, nous pourrions manquer cette occasion et nous retrouver les mains vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous voulez mesurer l'imb&#233;cillit&#233; d'un historien, faites lui raisonner sur les choses qui arrivent aujourd'hui plut&#244;t que dans le pass&#233;. Cela vous ouvrira l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, pas d'analyse historique non plus : la discussion peut-&#234;tre politique ou politico-philosophique, du genre que nous nous sommes habitu&#233;s &#224; lire ces derni&#232;res ann&#233;es. Le fascisme est quelque chose une minute et quelque chose d'autre la minute suivante. La technique n&#233;cessaire pour en arriver &#224; cette analyse est vite vue. Prenez le m&#233;canisme h&#233;g&#233;lien d'affirmation et d'infirmation simultan&#233;es, extrayez-en une affirmation pure &#224; propos de ce qui vous vient &#224; l'esprit. Cela ressemble &#224; ce sentiment de d&#233;ception que l'on a lorsqu'apr&#232;s avoir couru pour attraper un bus, on r&#233;alise que le chauffeur, m&#234;me s'il nous a vu, a acc&#233;l&#233;r&#233; au lieu de s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien, dans ce cas on peut d&#233;montrer, et je pense qu'Adorno l'a fait, que c'est pr&#233;cis&#233;ment une vague de frustration inconsciente - caus&#233;e par la vie qui nous &#233;chappe et devient insaisissable - qui d&#233;ferle en nous, nous donnant envie de tuer le conducteur. Tels sont les myst&#232;res de la logique H&#233;g&#233;lienne ! Ainsi, le fascisme devient progressivement moins m&#233;prisable. Parce qu'&#224; l'int&#233;rieur de nous, se cachant dans un coin sombre de notre instinct animal, le rythme du c&#339;ur s'excite. Pourtant inconnu de nous-m&#234;mes, un fasciste se cache en nous. Et c'est au nom de ce potentiel fasciste que nous venons &#224; justifier tous les autres. Pas d'extr&#233;mistes, bien entendu ! Tant de gens sont-ils morts ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Plus s&#233;rieusement, au nom d'un sens bancal de la justice, des personnes qui &#233;taient pourtant dignes de respect mettent les non-sens de Faurisson en circulation. Mais non, mieux vaut ne pas s'aventurer le long de cette route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les connaissances sont rares et que le peu de notions que nous avons semblent sautiller sur place dans une mer orageuse, il est facile de devenir la proie d'histoires invent&#233;es par ceux qui sont plus intelligents avec les mots que nous le sommes. Dans le but d'&#233;viter une telle &#233;ventualit&#233;, les Marxistes, gracieux programmeurs d'esprits qu'ils sont, ont entretenu l'id&#233;e que le fascisme &#233;tait l'&#233;quivalent de la matraque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233;, m&#234;me des philosophes comme Gentile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giovanni Gentile (Castelvetrano, le 30 mai 1875 - Florence, le 15 avril (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont sugg&#233;r&#233; que la matraque, en agissant sur la volont&#233;, est aussi un moyen moral en ce qu'elle construit la symbiose future entre &#201;tat et individu dans cette unit&#233; sup&#233;rieure o&#249; l'acte individuel devient collectif. L&#224; nous voyons &#224; quel point les Marxistes et les fascistes sont originaires d'un m&#234;me stock id&#233;ologique, avec toutes les cons&#233;quences pratiques qui s'ensuivent, camps de concentration inclus. Mais continuons. Non, le fascisme n'est pas juste la matraque, il n'est pas non plus juste C&#233;line, Mishima, Pound&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ezra Weston Loomis Pound (Hailey, Idaho, &#201;tats-Unis, 30 octobre 1885 - 1er (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou Cioran. Il n'est pas un seul de ces &#233;l&#233;ments, ni aucun autre pris individuellement, mais tous, lorsqu'ils sont r&#233;unis. Ce n'est pas non plus la r&#233;bellion d'un individu isol&#233; qui choisit sa propre lutte personnelle contre toutes les autres, en incluant de temps en temps l'&#201;tat, et qui pourrait m&#234;me attirer cette sympathie humaine que nous ressentons pour tous les rebelles, m&#234;me les plus inconfortables. Non, cela n'est pas le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le pouvoir, le fascisme brut comme celui qui a pu exister sous des dictatures &#224; des p&#233;riodes diverses de l'histoire n'est plus un projet politique praticable. De nouveaux instruments apparaissent aux cot&#233;s des nouvelles formes de gestion du pouvoir. Alors laissons cela aux historiens pour qu'ils puissent m&#226;cher autant qu'ils le veulent. Le fascisme est d&#233;mod&#233; m&#234;me en tant qu'insulte politique ou accusation. Quand un mot en vient &#224; &#234;tre instrumentalis&#233; de fa&#231;on d&#233;sobligeante par ceux qui sont au pouvoir, nous ne pouvons pas l'ignorer. Et parce que ce mot et le concept li&#233; &#224; ce mot nous d&#233;go&#251;tent, il serait bien de mettre l'un et l'autre loin dans le grenier avec toutes les autres horreurs de l'histoire et l'oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oublier le mot et le concept, oui, mais surtout pas ce qui s'y dissimule. Nous devons garder cel&#224; &#224; l'esprit pour nous pr&#233;parer &#224; agir. La chasse aux fascistes pourrait en effet &#234;tre un sport plaisant de nos jours, mais il pourrait aussi repr&#233;senter ce d&#233;sir inconscient d'&#233;viter toute analyse plus profonde de l'existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux comprendre l'anti-fascisme. Je suis un antifasciste aussi, mais mes raisons ne sont pas semblables &#224; celle des anti-fascistes ! J'en ai entendu par le pass&#233; et j'en entend toujours aujourd'hui qui se d&#233;finissent comme tel. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour beaucoup, il fallait combattre le fascisme il y a vingt ans lorsqu'il &#233;tait au pouvoir en Espagne, au Portugal, en Gr&#232;ce, au Chili, etc. Mais pourtant, lorsque les nouveaux r&#233;gimes d&#233;mocratiques ont pris leurs marques dans ces pays, l'anti-fascisme qui poss&#233;dait tant de f&#233;roces adversaires s'est &#233;teint. C'est l&#224; que je me suis rendu compte que l'anti-fascisme de mes vieux camarades de lutte &#233;tait diff&#233;rent du mien. Pour moi rien n'avait chang&#233;. Ce que nous avons fait en Gr&#232;ce, en Espagne, dans les colonies portugaises et en d'autres endroits pourrait avoir continu&#233; m&#234;me apr&#232;s que les nouveaux &#201;tats d&#233;mocratiques aient h&#233;rit&#233; des succ&#232;s pass&#233;s du vieux fascisme. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais beaucoup n'&#233;taient pas d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de savoir &#233;couter les vieux camarades qui nous racontent leurs aventures et les trag&#233;dies qu'ils ont connu, lorsqu'ils nous parlent de tous ceux qui furent assassin&#233;s par les fascistes, de la violence et de tout le reste. Mais, comme disait Tolsto&#239;, encore lui, &#171; &lt;i&gt;l'individu qui joue un r&#244;le dans des &#233;v&#233;nements historiques n'en comprend jamais vraiment la signification. S'il essaye de la comprendre, il devient un composant st&#233;rile&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je comprends moins ceux qui un demi-si&#232;cle plus tard et n'ayant pas v&#233;cu ces exp&#233;riences (ne se trouvant donc pas prisonniers de ces &#233;motions) empruntent des explications qui n'ont plus aucune raison d'exister et qui ne sont souvent rien de plus qu'un simple &#233;cran de fum&#233;e derri&#232;re lequel se cacher confortablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis anti-fasciste !&lt;/i&gt; &#187;, vous jettent-ils &#224; la figure comme une d&#233;claration de guerre, &#171; &lt;i&gt;et vous ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel cas, ma r&#233;ponse quasi-spontan&#233;e est - Non, je ne suis pas un antifasciste. Je ne suis pas un antifasciste de la fa&#231;on dont vous l'&#234;tes. Je ne suis pas un antifasciste parce que je suis all&#233; combattre les fascistes dans leurs pays pendent que vous restiez au chaud dans votre d&#233;mocratie. Je ne suis pas un antifasciste parce que j'ai continu&#233; &#224; me battre contre la d&#233;mocratie qui a remplac&#233; ces innombrables versions du fascisme dans ce v&#233;ritable feuilleton m&#233;lodramatique. La d&#233;mocratie utilise des moyens de r&#233;pression bien plus modernes, elle est, si cela vous fait plaisir, plus fasciste que les fascistes eux-m&#234;mes. Je ne suis pas un antifasciste parce que j'essaye encore d'identifier ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir aujourd'hui et je ne me laisse pas aveugler par des &#233;tiquettes et des symboles ; tandis que vous, vous continuez &#224; vous appeler anti-fascistes uniquement dans le but d'avoir une justification pour parader dans les rues &#224; vous cacher derri&#232;re votre banderole &#171; &lt;i&gt;&#224; bas le fascisme !&lt;/i&gt; &#187;. Bien s&#251;r, si j'avais eu plus de huit ans du temps de la &#171; r&#233;sistance &#187;, peut-&#234;tre aurais-je &#233;t&#233; moi aussi exalt&#233; par tant de jeunes m&#233;moires et d'antiques passions et surement que je n'aurais pas &#233;t&#233; si lucide. Mais je ne pense pas. Parce que si l'on examine soigneusement les faits, m&#234;me dans le conglom&#233;rat embarrass&#233; et anonyme de l'anti-fascisme des formations politiques, il y en eut qui ne se sont pas conform&#233;s, qui sont all&#233;s plus loin, ont continu&#233; et ont port&#233; leurs convictions bien au-del&#224; du &#171; &lt;i&gt;cessez-le-feu !&lt;/i&gt; &#187;. Parce que la lutte vitale n'est pas seulement contre les fascistes en chemises noires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les chemises noires, ou Milice Volontaire pour la S&#233;curit&#233; Nationale (MVSN) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du pass&#233; et ceux du pr&#233;sent, mais aussi et fondamentalement contre le pouvoir et tous ses &#233;l&#233;ments d'appui qui nous oppriment, m&#234;me lorsqu'il porte la figure laxiste et tol&#233;rante de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans ce cas la, vous auriez du le dire plus t&#244;t&lt;/i&gt; &#187; pourrait-on me r&#233;pondre - &#171; &lt;i&gt;vous &#234;tes un antifasciste aussi&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Et comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? Vous &#234;tes anarchiste... donc vous &#234;tes anti-fasciste ! Arr&#234;tez de vous couper les cheveux en quatre et de nous emmerder.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense qu'il est utile de faire des distinctions claires, je suis anarchiste et je n'ai jamais aim&#233; les fascistes, ni leur projet. Pour d'autres raisons (mais qui apr&#232;s examen s'av&#232;rent &#234;tre les m&#234;mes), je n'ai jamais aim&#233; les d&#233;mocrates, les lib&#233;raux, les r&#233;publicains, les Gaullistes, les travaillistes, les Marxistes, les communistes, les socialistes ou n'importe lequel de ces projets. Contre eux, je n'ai jamais vraiment oppos&#233; mon anarchisme mais plut&#244;t ma diff&#233;rence : Tout d'abord mon individualit&#233;, ma propre compr&#233;hension de la vie, ressentir des &#233;motions, chercher, d&#233;couvrir, exp&#233;rimenter et aimer. Je permets seulement l'entr&#233;e &#224; ce monde qu'aux id&#233;es et aux gens qui m'attirent ; le reste je le garde g&#233;n&#233;ralement &#224; bonne distance de moi, poliment, ou autrement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne me d&#233;fends pas, j'attaque. Je ne suis pas un pacifiste et je n'attends pas que les choses aillent au-del&#224; du niveau de s&#233;curit&#233; limite. J'essaye de prendre l'initiative contre ceux qui pourraient -m&#234;me potentiellement- constituer un danger pour ma fa&#231;on de vivre la vie. Et une partie de cette fa&#231;on de vivre est aussi le besoin et le d&#233;sir des autres - pas comme des entit&#233;s m&#233;taphysiques, mais comme des autres clairement identifi&#233;s, ceux qui ont une affinit&#233; avec ma fa&#231;on d'&#234;tre et de vivre. Et cette affinit&#233; n'est pas quelque chose de statique et grav&#233;e &#224; jamais dans la pierre. Il s'agit d'une affinit&#233; dynamique qui change et continue &#224; se cultiver et &#224; s'&#233;largir, en r&#233;v&#233;lant encore d'autres personnes et d'autres id&#233;es et en tissant un r&#233;seau de relation immense et divers, mais o&#249; la constance de ma fa&#231;on d'&#234;tre et de vivre avec toutes ses variations et &#233;volutions, n'est pas menac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voyag&#233; aux quatre coins du royaume des hommes et je n'ai pas encore trouv&#233; d'endroit pr&#233;cis o&#249; satisfaire ma soif pour la connaissance, la diversit&#233;, la passion, les r&#234;ves : un amant amoureux de l'amour.&lt;br class='manualbr' /&gt;Partout j'ai vu d'&#233;normes potentialit&#233;s se laisser &#233;craser par l'inconvenance, et de maigres capacit&#233;s fleurir au soleil d'une constance de l'engagement. Mais tant que fleurit l'ouverture vers ce qui est diff&#233;rent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;la r&#233;ceptivit&#233; &#224; se laisser p&#233;n&#233;trer et &#224; p&#233;n&#233;trer au point de ne plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'affinit&#233; est possible ; c'est possible de r&#234;ver &#224; un engagement commun, perp&#233;tuel et au-del&#224; du contingent, telle est l'approche humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus nous nous &#233;loignons de tout cela, plus les affinit&#233;s commencent &#224; s'affaiblir et finalement, &#224; dispara&#238;tre. Et alors nous les retrouvons l&#224;, tous ceux qui portent leurs opinions comme des m&#233;dailles, qui montrent leurs muscles et qui font tout ce qu'ils peuvent pour appara&#238;tre fascinants. Et au-del&#224;, la domination du pouvoir, ses lieux et ses hommes, la vitalit&#233; obligatoire, la fausse idol&#226;trie, le feu sans chaleur, le monologue, le bavardage, le tumulte, toutes ces choses qui peuvent &#234;tre pes&#233;es et mesur&#233;es demeurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout cela que je souhaite &#233;viter, voici mon anti-fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Maladie Communautaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La pratique anarchiste est brusquement retomb&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es, avec peu d'actions, que ce soit &#224; un niveau &#171; &lt;i&gt;de masse&lt;/i&gt; &#187;, ou au niveau de groupes sp&#233;cifiques. Par cons&#233;quent, nous voyons un &#171; &lt;i&gt;revival&lt;/i&gt; &#187; de la vieille question de la meilleure fa&#231;on de se rapprocher du &#171; &lt;i&gt;communisme&lt;/i&gt; &#187; ou de la construction de situations qui expriment non seulement nos id&#233;es mais aussi des valeurs morales et culturelles, mais qui sont aussi capables de satisfaire notre fondamental besoin individuel et collectif de libert&#233;. Autrement dit, il y a une proposition de cr&#233;er des points de r&#233;f&#233;rence qui vont au-del&#224; de la division classique entre le personnel et le &#171; &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela correspond &#224; un besoin croissant dans l'int&#233;gralit&#233; du mouvement anti-capitaliste d'aujourd'hui, pas uniquement dans le mouvement anarchiste. Comme les espoirs de changements profonds de la structure sociale ont disparu avec la diffusion du d&#233;sistement de la lutte, la pr&#233;occupation de ne pas &#234;tre englouti par la restructuration progressive est devenue plus grande encore ; &#171; Nous devons continuer &#224; lutter pour nos besoins essentiels, parce que de toute fa&#231;on, ce n'est pas le moment de converser sur de grands changements macroscopiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que ces impulsions finissent par prendre deux routes qui, si examin&#233;es de pr&#232;s, finissent toutes les deux dans la m&#234;me impasse, dans le m&#234;me ghetto. &lt;br class='manualbr' /&gt;La premi&#232;re, plus directe, est celle du d&#233;sistement : rien ne peut &#234;tre fait, l'ennemi est trop puissant. Nous pourrions plut&#244;t compter sur la diffusion de nos id&#233;es (qui de toute fa&#231;on, sont sup&#233;rieures) et ne pas insister sur l'attaque, qui ne m&#232;ne qu'&#224; la r&#233;pression, cr&#233;ant plus de difficult&#233;s pour le mouvement dans son activit&#233; fondamentale de propagande et de diffusion de &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; th&#233;orie anarchiste. &lt;br class='manualbr' /&gt;La deuxi&#232;me route, plus tortueuse, est celle de la proposition organisationnelle, forcement en lien avec l'id&#233;e de communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de compagnons parlent de &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, bien que pas toujours comme quelque chose de limit&#233; &#224; un secteur g&#233;ographique ou pour satisfaire (ou essayer de satisfaire) certains besoins, m&#234;me les plus basiques. Cela devrait signifier une fa&#231;on diff&#233;rente de voir la vie, la culture, la nouveaut&#233;, la diversit&#233;. La &#171; &lt;i&gt;Communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; &#233;chappe ainsi aux dangers du conservatisme, ou au danger de devenir une simple r&#233;p&#233;tition de slogans vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tr&#232;s peu de choses sont dites &#224; propos de cette &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, de sa structure ou des autres arrangements qui pourraient donner une certaine id&#233;e de son aspect &#171; &lt;i&gt;op&#233;rationnel&lt;/i&gt; &#187;. On le voit en termes de sens de la participation, d'une conscience des contradictions sp&#233;cifiques de l'anarchisme (qui en v&#233;rit&#233; n'est jamais claire), et du d&#233;sir de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, sans accepter l'un aux d&#233;pens de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi croyons-nous que cette route est &#233;gale &#224; la premi&#232;re, celle du d&#233;sistement ouvert et d&#233;clar&#233; ? C'est facilement dit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Parce que la lutte r&#233;volutionnaire est un fait organisationnel, ici et maintenant ; non simplement une &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution culturelle&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;par l'utilisation de ce terme je ne me r&#233;f&#232;re pas &#224; la r&#233;volution culturelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce que le heurt entre les classes ne laisse aucune place pour les &#171; &lt;i&gt;marges&lt;/i&gt; &#187; ou les espaces libres qui peuvent &#234;tre atteints par des op&#233;rations effectu&#233;es parmi les courants quelque peu pollu&#233;s de la pens&#233;e philosophique. Parce que le r&#233;volutionnaire paye toujours de sa personne, il est donc conscient qu'il devra aussi faire face au &#171; &lt;i&gt;sacrifice&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; l'ajournement de ses projets, au retard de la satisfaction de ses besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que quelqu'un qui d&#233;cide vraiment d'attaquer le pouvoir des oppresseurs ne peut pas raisonnablement penser que ces derniers le laisseront en paix avec ses tensions id&#233;elles vers la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;. Parce que s'ils veulent vraiment que ces espaces de vie &#171; &lt;i&gt;communautaire&lt;/i&gt; &#187; soient tangibles en termes pratiques (et pas juste comme un exercice c&#233;r&#233;bral), ils doivent aussi montrer un peu de bonne volont&#233;, c'est-&#224;-dire, se prononcer contre la violence, contre l'expropriation, particuli&#232;rement au sens individuel, et contre la solidarit&#233; active avec ceux qui luttent vraiment et font face &#224; la mort chaque jour, sur leurs lieux de travail ou en d'autres endroits o&#249; se heurtent des int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce point, la provocation doit &#234;tre mise en ces termes, il me semble :&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous pouvons &lt;i&gt;parler&lt;/i&gt; de l'id&#233;e de &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; et nous y limiter. Tr&#232;s bien. Alors nous devrions &#234;tre clairs &#224; ce sujet.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ou alors nous pouvons essayer de mettre l'id&#233;e de communaut&#233; &lt;i&gt;en pratique&lt;/i&gt;. OK. Dans ce cas nous devrions &#234;tre plus sp&#233;cifiques sur les structures, les activit&#233;s, les limitations et les possibilit&#233;s communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi longtemps que cela concerne le deuxi&#232;me point, nous avons seulement une vague critique de tentatives auto-g&#233;r&#233;es dans des situations capitalistes aujourd'hui, qui ne prennent pas les nombreux autres probl&#232;mes en consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois dire que lorsque l'on se trouve face &#224; une myriade d'exemples historiques rarement &#233;difiants, c'est toujours mieux de prendre du recul sur une id&#233;e, peu importe l'importance, l'utilit&#233; ou le confort &#224; le faire. Et le probl&#232;me de la &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; est sans aucun doute de cette sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetons-y un coup d'&#339;il. L'id&#233;e de &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; n'est pas sp&#233;cifique aux anarchistes. Au contraire, elle a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e partout dans la pens&#233;e philosophique (la codification universitaire des id&#233;es de la classe dominante), souvent en opposition au concept de &#171; &lt;i&gt;soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En laissant de c&#244;t&#233; l'utilisation sp&#233;cifique que Platon, Fichte et Hegel faisaient de l'id&#233;e de &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, un exemple que l'on doit garder en m&#233;moire est l'analyse de Marx et Engels de la &#171; &lt;i&gt;communaut&#233; primitive&lt;/i&gt; &#187; dans laquelle commen&#231;a l'histoire de l'humanit&#233;. Celle-ci devait devenir une communaut&#233; finale dans laquelle l'histoire du prol&#233;tariat et la lutte des classes devaient se r&#233;soudre. Un tel d&#233;terminisme philosophique atteint son expression tragi-comique achev&#233;e dans les th&#233;ories de la &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; de Staline, qui se porte bien &#224; c&#244;t&#233; des th&#233;ories des Nationaux-Socialistes, qui n'&#233;taient pas juste des th&#233;oriciens, mais presque les architectes de la communaut&#233; d'un peuple et d'une culture sacr&#233;e (par la force, bien s&#251;r).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, nous sommes clairement dans le secteur d'une interpr&#233;tation supranationale du concept de &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une autre &#233;laboration de ce concept a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e dans les ateliers du monde universitaire, une plus proche des id&#233;es qui sont discut&#233;es dans le mouvement anarchiste d'aujourd'hui. Celle-ci ne voit pas la &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; comme une entit&#233; supranationale, mais comme une liaison particuli&#232;re entre les individus, autrement dit comme une &#171; &lt;i&gt;relation sociale&lt;/i&gt; &#187;. Selon cette fa&#231;on de voir les choses, des relations individuelles sont provoqu&#233;es par l'int&#233;r&#234;t commun, cr&#233;ant l'interaction qui sert &#224; int&#233;grer la &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce concept a d'abord &#233;t&#233; formul&#233; par l'&#233;cole Romantique allemande, par le th&#233;ologien Schleiermacher&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich Daniel Ernst Schleiermacher (Breslau, 21 novembre 1768 &#8211; Berlin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour &#234;tre pr&#233;cis, en 1799, et ses id&#233;es sont sans aucun doute li&#233;es &#224; son concept de &#171; &lt;i&gt;religion&lt;/i&gt; &#187; qui signifie &#171; &lt;i&gt;lier ensemble&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;relier&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors en 1887, T&#246;nnies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ferdinand T&#246;nnies, n&#233; le 26 juillet 1855 et mort le 9 avril 1936, &#233;tait un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans une formulation plus d&#233;taill&#233;e, d&#233;crivit la communaut&#233; comme un organisme naturel dans une sorte de volont&#233; collective destin&#233;e &#224; la satisfaction d'int&#233;r&#234;ts collectifs. Dans cet organisme, les pulsions et les int&#233;r&#234;ts individuels s'atrophient &#224; un degr&#233; maximal, tandis que l'orientation culturelle tend &#224; atteindre une dimension presque sacr&#233;e. Il y a une solidarit&#233; globale entre tous les membres. La propri&#233;t&#233; est conserv&#233;e dans le commun. Le pouvoir (au moins comme il est compris aujourd'hui) est absent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le pr&#233;sent&#233; par T&#246;nnies pour son analyse est celui de la soci&#233;t&#233; rurale europ&#233;enne, des villages de paysans. Kropotkine, pour sa part, s'est bas&#233; sur d'autres sujets d'&#233;tude, comme le &#171; &lt;i&gt;mir&lt;/i&gt; &#187; russe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Commune paysanne sous le r&#233;gime tsariste.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et sur d'autres &#233;tudes anthropologiques de langue anglaise, mais tout deux avaient un mod&#232;le assez semblable en m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, l'erreur se trouve dans la croyance qu'il est naturel d'agir dans une voie sp&#233;cifique &#224; certaines situations communautaires de l'histoire, dans un sentiment communautaire qui a exist&#233; parmi certaines populations avant la d&#233;sint&#233;gration de l'ordre social. Autrement dit, il a &#233;t&#233; pens&#233; que certaines institutions communautaires avaient &#233;chapp&#233; &#224; leurs destructions par l'&#201;tat moderne et continuaient &#224; exister sous des formes incompl&#232;tes qui sont toujours visibles aujourd'hui, comme la famille (ou la famille &#233;tendue), les groupes de voisinage, les coop&#233;ratives, etc. Tout cela est vraiment na&#239;f.&lt;br class='manualbr' /&gt;Moins na&#239;f, mais tout aussi trompeur (et dangereux), est le point de vue de ceux qui disent que la communaut&#233; est une union qui est ressentie &#171; &lt;i&gt;subjectivement&lt;/i&gt; &#187; par ses membres, tandis que la soci&#233;t&#233; est seulement comprise par un arrangement objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de cela n'amoindrit les sentiments de solidarit&#233;, l'&#233;galit&#233;, le refus du pouvoir et de la propri&#233;t&#233; que l'exploit&#233; a &#233;t&#233; capable de r&#233;aliser dans des formes bien d&#233;finies. Tout comme cela n'amoindrit pas le concept d'auto-organisation, de cr&#233;ativit&#233; spontan&#233;e et de projectualit&#233; de ceux qui luttent contre le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je veux mettre en question ici, c'est la validit&#233; et l'utilisation possible du concept de &#171; &lt;i&gt;Communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, au moins, pour les raisons suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1. A la lumi&#232;re de l'histoire de ce concept, nous ne pouvons pas envisager la communaut&#233; comme indicateur d'une valeur qui est sup&#233;rieure &#224; celle de la soci&#233;t&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2. Il s'ensuit que nous ne pouvons pas envisager la &#171; &lt;i&gt;Communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; comme faisant partie d'un h&#233;ritage culturel du progr&#232;s contre la r&#233;action ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 3. Le point 2 est d&#233;montr&#233; par le fait que les mouvements fascistes et r&#233;actionnaires aussi - &#224; leur propre fa&#231;on - firent r&#233;f&#233;rence au concept de communaut&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 4. Il n'est pas facile de lib&#233;rer la communaut&#233; de l'aura du sacr&#233; ou des porteurs-de-v&#233;rit&#233;. Cela a un effet de d&#233;formation sur la solidarit&#233; ind&#233;niable qui s'y &#233;tend, une solidarit&#233; qui s'&#233;tend souvent de fa&#231;on acritique sous des drapeaux ou des slogans ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 5. Il serait loin d'&#234;tre facile aussi de s&#233;parer le concept de &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; de ses origines paysannes et rurales avec toutes les implications qui sont maintenant lointaines et qui sont certainement contrast&#233;es par une situation g&#233;n&#233;rale de changement technologique profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que nous pouvons terminer en disant simplement qu'il n'y a aucun besoin d'avoir recours &#224; des concepts comme la &#171; &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, qui contiennent des pollutions qui ne sont pas faciles &#224; filtrer, afin d'indiquer la capacit&#233; effective de l'auto-organisation que poss&#232;de l'exploit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ce concept est utilis&#233; pour se r&#233;f&#233;rer &#224; une forme d'organisation possible, en pensant qu'il surmonterait les limites et les contradictions, les dangers et les traumatismes que l'activit&#233; anarchiste r&#233;volutionnaire porte in&#233;vitablement en elle &#224; une &#233;poque de lac&#233;ration sociale profonde comme la notre, je dois souligner mon d&#233;saccord.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La perte du langage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un des projets que le capital tend &#224; r&#233;aliser est la r&#233;duction du langage. Par le mot langage, nous entendons ici toutes les formes d'expression, particuli&#232;rement celles qui nous permettent d'articuler des concepts complexes sur les choses et les sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir a besoin de cette r&#233;duction parce qu'elle supplante la r&#233;pression directe par le contr&#244;le, dans lequel le consensus joue un r&#244;le fondamental. Et le consensus uniforme est impossible en la pr&#233;sence d'une cr&#233;ativit&#233; prot&#233;iforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux probl&#232;me r&#233;volutionnaire de la propagande a aussi consid&#233;rablement chang&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, d&#233;masquant les limitations d'un r&#233;alisme qui a pr&#233;tendu montrer les alt&#233;rations du monde aux exploit&#233;s de fa&#231;on claire, les mettant dans la situation d'une prise de conscience de leur condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la sph&#232;re historique de l'anarchisme, nous avons l'exemple tout &#224; fait exceptionnel de la capacit&#233; litt&#233;raire d'un Malatesta, bas&#233;e sur une langue simplifi&#233;e &#224; un degr&#233; maximal, constituant un mod&#232;le unique pour son temps. Errico Malatesta n'a pas utilis&#233; de rh&#233;torique ou d'effets de choc. Il a utilis&#233; la logique d&#233;ductive &#233;l&#233;mentaire, commen&#231;ant par des points de d&#233;part simples bas&#233;s sur le bon sens et terminant avec de complexes conclusions, facilement comprises par le lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luigi Galleani, lui, travaillait &#224; un niveau linguistique totalement diff&#233;rent. Il utilisait de vastes constructions rh&#233;toriques, attachant beaucoup d'importance &#224; la musicalit&#233; de l'expression et &#224; l'utilisation de mots anciens, choisis pour cr&#233;er une atmosph&#232;re qui &#224; son avis am&#232;nerait les consciences vers l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun des exemples sus-mentionn&#233;s ne peut &#234;tre propos&#233; comme des mod&#232;les d'un langage r&#233;volutionnaire qui conviendrait aux temps pr&#233;sent. Malatesta, parce qu'il y a bien moins de choses &#224; d&#233;montrer aujourd'hui et Galleani, parce qu'il y a de moins en moins de consciences &#224; amener vers l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;ventail bien plus large de litt&#233;rature r&#233;volutionnaire peut &#234;tre trouv&#233; en France, en raison de la grande tradition de ce pays qui n'a aucune &#233;quivalence en Italie, en Espagne ou en Grande-Bretagne, et en raison de la relation particuli&#232;re en France avec la langue et la culture. &#192; peu pr&#233;s au m&#234;me moment que les exemples italiens mentionn&#233;s ci-dessus, nous avons S&#233;bastien Faure, Jean Grave et &#201;mile Armand pour la clart&#233; de l'exposition, tandis que pour la recherche et les aspects plus rh&#233;toriques, il y avait Albert Libertad et Zo d'Axa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne devons pas oublier que la France avait d&#233;j&#224; l'exemple de Proudhon dont le style avait m&#234;me &#233;tonn&#233; l'Acad&#233;mie, Faure &#233;tait consid&#233;r&#233;, lui, comme la suite logique de cette grande &#233;cole, sans oublier Grave, son style m&#233;thodique, asphyxiant. Autodidacte, il &#233;tait un &#233;l&#232;ve enthousiaste de Kropotkine dont le fran&#231;ais &#233;tait d'ailleurs tr&#232;s bon, pr&#233;cis&#233;ment parce que, comme Bakounine, c'&#233;tait le fran&#231;ais d'un russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait continuer longtemps, des exp&#233;riences linguistiques, litt&#233;raires et journalistiques de Libertad, Zo d'Axa et d'autres, jusqu'&#224; leur pr&#233;d&#233;cesseur Ernest C&#339;urderoy. Mais bien qu'ils repr&#233;sentent certains des meilleurs exemples de &#171; journalisme &#187; r&#233;volutionnaire, aucun de ces mod&#232;les n'est valable aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que la r&#233;alit&#233; a chang&#233;, alors que les r&#233;volutionnaires, eux, continuent de produire du langage de la m&#234;me fa&#231;on, ou plut&#244;t d'une fa&#231;on plus mauvaise encore. Pour le voir il suffirait de comparer une feuille de chou comme &lt;i&gt;l'En-dehors&lt;/i&gt; de Zo d'Axa &#224; certains des journaux lapidaires que nous produisons aujourd'hui - en regardant notre propre situation - comme par exemple celui que nous avons fait &#224; l'occasion de la rencontre avec les compagnons d'Europe de l'Est &#224; Trieste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le probl&#232;me est parti bien plus loin que &#231;a. Non seulement nos interlocuteurs privil&#233;gi&#233;s perdent leur langue, mais nous aussi nous perdons la n&#244;tre. Et parce que nous devons n&#233;cessairement nous r&#233;unir sur des terrains commun si nous voulons communiquer, cette perte s'av&#232;re &#234;tre grave, et irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus d'aplatissement r&#233;pandu frappe toutes les langues, rabaissant l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des expressions &#224; l'uniformit&#233; des moyens. Le m&#233;canisme est plus ou moins le suivant, et pourrait &#234;tre compar&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision. L'augmentation quantitative de nouveaux signifi&#233;s, r&#233;duit le temps disponible pour la transmission de chacun d'entre eux. Cela m&#232;ne &#224; une s&#233;lection progressive et spontan&#233;e d'images et de mots, d'une part ces &#233;l&#233;ments sont essentialis&#233;s, tandis que de l'autre la quantit&#233; de donn&#233;es transmissibles augmente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La si d&#233;sirable clart&#233; d&#233;plor&#233;e par tant de g&#233;n&#233;rations de r&#233;volutionnaires d&#233;sireux d'expliquer la r&#233;alit&#233; aux gens, a finalement &#233;t&#233; atteinte de la seule fa&#231;on possible : en ne rendant pas claire la r&#233;alit&#233; (chose de toute fa&#231;on impossible), mais en rendant r&#233;elle la clart&#233;, c'est-&#224;-dire l'exposition de la r&#233;alit&#233; construite par la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela arrive &#224; toute l'expression linguistique, en incluant les tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es de sauver l'activit&#233; humaine par l'art, qui laisse aussi de moins en moins de possibilit&#233;s. De plus, cet effort se retrouve &#224; devoir lutter sur deux fronts : d'abord, pour ne pas &#234;tre aval&#233; par l'appauvrissement qui transforme la cr&#233;ativit&#233; en uniformit&#233; et ensuite, contre le probl&#232;me oppos&#233; mais de m&#234;mes racines, celui du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes vieilles th&#232;ses &#224; propos de l'art pauvre et de l'art comme destruction sont toujours proches dans mon c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donnons un exemple : toute langue, en ce qu'elle est un instrument, peut &#234;tre utilis&#233;e de beaucoup de fa&#231;ons. Elle peut &#234;tre utilis&#233;e pour transmettre un code visant &#224; entretenir ou perfectionner le consensus, elle peut aussi &#234;tre utilis&#233;e pour stimuler la transgression. La musique n'est pas une exception ici, bien qu'&#224; cause de ses caract&#233;ristiques particuli&#232;res la route vers la transgression lui est encore plus difficile. Bien qu'elle semble plus directe, elle est en r&#233;alit&#233; plus difficilement accessible. Le Rock est une musique de r&#233;cup&#233;ration et a contribu&#233; &#224; l'extinction de beaucoup d'&#233;nergie r&#233;volutionnaire dans les ann&#233;es soixante-dix. Selon l'intuition de Nietzsche, la m&#234;me chose arriva &#224; son &#233;poque avec l'innovation de la musique Wagn&#233;rienne. Pensez aux grandes diff&#233;rences th&#233;matiques et culturelles qui existent entre ces deux sortes de production musicale. Wagner a d&#251; construire un &#233;difice culturel &#233;norme et d&#233;composer compl&#232;tement l'instrument linguistique pour captiver la jeunesse r&#233;volutionnaire de son temps. Aujourd'hui, le Rock a fait la m&#234;me chose &#224; une &#233;chelle beaucoup plus large mais avec un effort culturel ridicule qu'il vaudrait mieux ne pas comparer &#224; celui de Wagner. La massification de la musique a favoris&#233; le travail de r&#233;cup&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions dire que l'action r&#233;volutionnaire fonctionne de deux fa&#231;ons, d'abord selon l'instrument, qui subit un processus de simplification et de d&#233;shabillement, ensuite dans le sens de son utilisation, devenu peu &#224; peu standardis&#233;e, produisant des effets qui ne peuvent pas toujours &#234;tres r&#233;duits &#224; un d&#233;nominateur commun acceptable pour tous ou presque tous. Cela arrive dans la pr&#233;tendue litt&#233;rature (po&#233;sie, r&#233;cit, th&#233;&#226;tre, etc.) aussi bien que dans le microcosme restreint des r&#233;volutionnaires avec l'examination des probl&#232;mes sociaux. Si cela prend la forme d'articles dans des journaux anarchistes, ou des tracts, des brochures, des livres, etc, les risques sont assez semblables. Le r&#233;volutionnaire est un produit de son temps, il utilise donc les instruments et les occasions que son temps produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chances de pouvoir lire &#224; propos des conditions actuelles de la soci&#233;t&#233; et de la production ont &#233;t&#233; r&#233;duites, parce qu'il y a beaucoup moins de choses &#224; apporter &#224; la surface et parce que les instruments interpr&#233;tatifs ont subi une r&#233;cession. Dans une soci&#233;t&#233; qui a &#233;t&#233; polaris&#233;e en deux classes clairement oppos&#233;es, la t&#226;che de la contre-information &#233;tait d'apporter la r&#233;alit&#233; de l'exploitation que les structures du pouvoir avait int&#233;r&#234;t &#224; dissimuler, de les exhiber au grand air. Les m&#233;canismes d'extraction de la valeur en surplus, les stratag&#232;mes r&#233;pressifs, les r&#233;gressions autoritaires de l'&#201;tat. Maintenant, dans une soci&#233;t&#233; qui se d&#233;place de plus en plus vers une forme d&#233;mocratique de gestion de la production bas&#233;e sur les technologies de l'information, le capital devient de plus en plus compr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui nous devons interpr&#233;ter la soci&#233;t&#233; avec des instruments culturels qui ne sont tout simplement pas capables d'interpr&#233;ter les faits qui sont inconnus ou trait&#233;s superficiellement. Nous devons aussi identifier une conflictualit&#233; inconsciente qui est loin du vieux conflit de classe extr&#234;mement visible, nous devons aussi &#233;viter d'&#234;tres entra&#238;n&#233;s dans un refus simpliste incapable d'&#233;valuer les m&#233;canismes de r&#233;cup&#233;ration, le consensus et la mondialisation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus que la documentation, nous avons besoin de la participation active des compagnons, y compris par l'&#233;criture, dans ce qui doit &#234;tre un projet pr&#233;cis. Nous ne pouvons pas nous limiter &#224; la d&#233;nonciation de l'exploitation, nous devons apporter nos analyses dans un projet plus large qui devienne compr&#233;hensible au cours de l'analyse elle-m&#234;me. La contre-information document&#233;e et la d&#233;nonciation ne doivent plus suffire. Nous avons besoin de quelque chose en plus, tant que nous avons toujours des langues pour parler, tant qu'ils ne nous les couperont pas toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette nouvelle interaction entre la fa&#231;on de s'exprimer et le projet que l'on exprime qui est la force de cette utilisation des instruments linguistiques, mais c'est elle aussi qui m&#232;ne &#224; la d&#233;couverte de ses limitations. Si l'on permet &#224; la langue de s'appauvrir, si l'on s'adapte &#224; la tendance &#224; sa r&#233;duction permanente qui a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e et appliqu&#233;e par le pouvoir, alors c'est in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis toujours battu contre cette sorte d'objectivit&#233; d&#233;tach&#233;e par &#233;crit, regardant les questions r&#233;volutionnaires. Pr&#233;cis&#233;ment parce que c'est un instrument, l'expression linguistique a toujours une dimension sociale qui se r&#233;sume &#224; son style. Ce n'est pas juste &#171; l'homme &#187; comme disait Buffon, mais &#171; l'homme dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e &#187;. Et c'est le style qui r&#233;sout le probl&#232;me, certainement difficile, de fournir les pr&#233;tendus actes de l'&#233;v&#233;nement avec le contenu indispensable, leur insertion dans un projet. Si ce projet est vivant et &#224; jour sur les conditions du conflit, le style pourrait &#234;tre &#233;gay&#233;, tandis que si ce dernier n'est pas appropri&#233; ou perdu dans l'illusion de l'objectivit&#233;, m&#234;me le meilleur projet courra le risque de se perdre lui-m&#234;me dans une for&#234;t fantomatique d'impressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre langage doit donc prendre une forme capable de soutenir notre contenu r&#233;volutionnaire et poss&#233;der des pouss&#233;es de provocation capables de violer et de renverser les moyens normaux de communication. Il doit &#234;tre capable de repr&#233;senter la r&#233;alit&#233; que nous ressentons dans nos c&#339;urs sans pour autant nous envelopper nous-m&#234;me dans un linceul de logique et n'&#234;tre compris que par nous-m&#234;mes. Le projet et la langue utilis&#233;es pour l'illustrer doivent se rencontrer et se reconna&#238;tre dans le style employ&#233;. Sans vouloir pousser les choses &#224; l'extr&#234;me logique de cette th&#232;se bien us&#233;e, nous savons aujourd'hui que l'instrument constitue une partie consid&#233;rable du message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons rechercher ces processus, ne pas laisser une nouvelle id&#233;ologie du pragmatisme nous submerger dans des expressions jetables o&#249; il n'y a aucune relation entre le projet et la fa&#231;on d'en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'appauvrissement linguistique en plein accroissement est aussi refl&#233;t&#233; dans les instruments de communication qu'utilisent les r&#233;volutionnaires. Tout d'abord parce que nous sommes des hommes et des femmes de notre temps, participants aux processus culturels r&#233;ducteurs qui les caract&#233;risent. Nous perdons peu &#224; peu les instruments comme n'importe qui d'autre. C'est normal. Mais nous devons faire plus qu'un effort pour obtenir de meilleurs r&#233;sultats et acqu&#233;rir la capacit&#233; &#224; r&#233;sister &#224; ce projet d'appauvrissement du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;duction de la capacit&#233; stylistique est une cons&#233;quence de la baisse de contenu. Elle est aussi capable de produire un nouvel appauvrissement, menant &#224; l'incapacit&#233; d'exprimer la partie essentielle de notre projectualit&#233;, qui n&#233;cessairement reste li&#233;e aux moyens d'expression. Ce n'est pas donc pas le genre qui sauve le contenu, mais par dessus tout la fa&#231;on qu'&#224; ce contenu de prendre forme. Quelques personnes font des sch&#233;mas et ne r&#233;ussissent jamais &#224; s'en lib&#233;rer. Ils filtrent tout ce qu'ils viennent &#224; savoir par ce sch&#233;ma, en le croyant &#234;tre &#171; leur fa&#231;on naturelle de s'exprimer &#187;. Mais ce n'est pas comme &#231;a que cela se passe. Il faut se lib&#233;rer de cette prison t&#244;t ou tard, si l'on veut faire de ce que l'on communique, la vivante r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ceux qui choisissent l'ironie pour transmettre l'urgence qu'ils ressentent, par exemple. Tr&#232;s bien, mais l'ironie a ses propres particularit&#233;s, c'est agr&#233;able, l&#233;ger, une danse, une plaisanterie, une m&#233;taphore allusive. Cela ne peut pas devenir un syst&#232;me sans devenir r&#233;p&#233;titif ou path&#233;tique comme les encarts satiriques des quotidiens, ou les bandes dessin&#233;es o&#249; nous savons &#224; l'avance comment va se terminer l'histoire sans quoi nous ne serions pas capables de la comprendre, comme des plaisanteries de caserne. De la m&#234;me fa&#231;on, mais pour des raisons oppos&#233;es, la tentative de rendre la r&#233;alit&#233; visible et palpable par la communication, en partant de la supposition qu'il ne peut y avoir aucune r&#233;alisation imm&#233;diate de quoi que ce soit qui ne semble pas r&#233;el - finit par devenir ennuyeuse, et irr&#233;alisable. Nous nous perdons dans le besoin constant d'insister, perdant la conceptualit&#233; qui est &#224; la base de la vraie communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des expressions rebattue dans le mus&#233;e de la stupidit&#233; quotidienne est que nous ne savons pas comment dire quelque chose, alors que le probl&#232;me est vraiment que nous ne savons pas que dire. Ce n'est pas n&#233;cessairement vrai. Le flux de communication n'est pas unidimensionnel, mais multidimensionnel : nous ne faisons pas que communiquer, nous recevons aussi des communications. Et nous avons les m&#234;mes probl&#232;mes avec la communication, qu'avec la r&#233;ception de la communication. Il y a aussi un probl&#232;me de style &#224; propos de la r&#233;ception. Difficult&#233;s identiques, illusions identiques. De nouveau, nous limitant au langage &#233;crit, nous constatons que quand nous lisons des articles de la presse, nous pouvons reconstruire la faon dont l'auteur de l'article re&#231;oit ses communications de l'ext&#233;rieur. Le style est le m&#234;me, nous pouvons le voir dans les m&#234;mes articles, les m&#234;mes erreurs, les m&#234;mes raccourcis. Et c'est parce que ces incidents et limites ne sont pas juste des questions de style, mais sont les composants essentiels du projet de l'auteur, de sa vie m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons voir que plus faible est la capacit&#233; du r&#233;volutionnaire &#224; saisir la signification d'une communication entrante, m&#234;me lorsqu'elle nous atteint directement par les &#233;v&#233;nements, plus pauvre et plus r&#233;p&#233;titive est son interpr&#233;tation, dans les mots et malheureusement dans les actes, l'approximation, l'incertitude, un bas niveau d'id&#233;es qui ne fait justice en rien aux complexit&#233;s des capacit&#233;s de l'ennemi ; ou &#224; nos propres intentions r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les choses &#233;taient autrement, le r&#233;alisme socialiste par exemple, avec sa bonne classe ouvri&#232;re toujours pr&#234;te &#224; se mobiliser, aurait &#233;t&#233; la seule solution possible. La derni&#232;re aberration dict&#233;e par une telle ignorance et le refus de consid&#233;rer la r&#233;alit&#233; diff&#233;remment &#233;tait l'intervention des bons mineurs roumains pour r&#233;tablir le nouvel ordre d'Illiescu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives du Pouvoir de g&#233;n&#233;raliser l'appauvrissement de l'expression linguistique sont l'une des composantes essentielles du mur insurmontable qui se construit entre l'&lt;i&gt;inclus&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;exclu&lt;/i&gt;. Si nous avons identifi&#233; l'attaque directe et imm&#233;diate comme un instrument dans la lutte, parall&#232;lement &#224; cela, nous devons aussi d&#233;velopper une utilisation optimale de l'instrument linguistique et prendre, peu importe le prix, ce que nous ne poss&#233;dons pas. Les deux sont ins&#233;parables.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Inactualit&#233;s sur les drogues&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a au moins deux fa&#231;ons de faire de la musique. La fa&#231;on n&#233;gative et la fa&#231;on positive. Nous pouvons faire hurler tant que nous le voulons les cordes d'un violon sans pour autant r&#233;ussir &#224; faire de la musique. Les carnets d'influences enti&#232;rement remplis de grands compositeurs ne font pas toujours les grands musiciens. Il s'ensuit qu'il ne faudrait pas pr&#234;ter autant d'attention &#224; la fa&#231;on dont les choses sont dites, qu'&#224; ce qui est dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a autant de violons dans les drogues aujourd'hui qu'il y en a dans tout le reste. Chacun joue &#224; sa mani&#232;re, avec ses buts propres. Il y a ceux qui parlent avec un air d'autorit&#233;, bien que quand ils arrivent au fond du sujet, tout ce qu'ils connaissent consiste en de l'ou&#239;-dire. Cette conscience les atteint par l'exp&#233;rience des autres, c'est une affaire ext&#233;rieure. Ils ont observ&#233; de loin ces questions qui ne sont pas les leurs, rassemblant &#171; &lt;i&gt;les t&#233;moignages oculaires&lt;/i&gt; &#187; qui sont de simples signaux, mais pas la r&#233;alit&#233;. Pour cela, il importe peu &#224; mon avis que l'on adopte une attitude laxiste ou que l'on fasse des pr&#233;visions apocalyptiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il y a les canailles habituelles qui s'en remettent aux projets politiques opportunistes, grands ou petits ; mais ici encore, la diff&#233;rence est sans int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a ceux qui en toute bonne foi (nous parlons de ceux qui font de la &#171; &lt;i&gt;bonne foi&lt;/i&gt; &#187; une profession) et de fa&#231;on d&#233;sarmante, font presque de leur &#233;tat de gr&#226;ce un bouclier derri&#232;re lequel se cacher, insistant timidement sur le fait que &#171; &lt;i&gt;quelque chose doit &#234;tre fait&lt;/i&gt; &#187; (qui n'aboutit g&#233;n&#233;ralement pas plus qu'&#224; une r&#233;novation digne de certaines des formes les plus d&#233;su&#232;tes de services sociaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et finalement il y a les &#171; &lt;i&gt;r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187; les plus avanc&#233;s qui peuvent &#234;tre grossi&#232;rement divis&#233;s en deux positions, toutes comiques, mais pour des raisons diff&#233;rentes. La premi&#232;re est laxiste, mais seulement &#224; un certain point. Ils sont pour l'utilisation de drogues &#171; &lt;i&gt;douces&lt;/i&gt; &#187;, et pas de drogues &#171; &lt;i&gt;dures&lt;/i&gt; &#187;. Ils sont ouverts d'esprit au point de devenir eux-m&#234;mes des consommateurs. Avec l'asc&#233;tisme r&#233;volutionnaire bien s&#251;r, ne consommant que de petites quantit&#233;s en faisant attention de n'en avoir que tr&#232;s peu sur eux afin de ne pas avoir de probl&#232;mes avec la loi. &lt;br class='manualbr' /&gt;La deuxi&#232;me position est la condamnation absolue de toutes les drogues, &lt;i&gt;dures&lt;/i&gt; comme &#171; &lt;i&gt;douces&lt;/i&gt; &#187;, ils ne font aucune diff&#233;rence ; toutes &#171; &lt;i&gt;r&#233;duisent nos facult&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux positions &#171; &lt;i&gt;r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187; manquent clairement de quelque chose. La diff&#233;rence entre drogues &#171; douces &#187; et &#171; &lt;i&gt;dures&lt;/i&gt; &#187; m'a toujours sembl&#233;e fausse, en partie parce que cette diff&#233;rence est d&#233;finie par des laboratoires l&#233;gaux du syst&#232;me. Et il me semble &#234;tre trop h&#226;tif d'&#233;tablir une fois pour toutes que les drogu&#233;s sont des idiots sans cervelle, incapables d'auto-organiser leurs vies. Des rondins de bois &#224; la merci de la rivi&#232;re tourbillonnante des relations de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stupide et le superficiel, le faible et l'incertain, ceux d&#233;sireux de l'uniformit&#233; &#224; n'importe quel prix, se rallieront sous n'importe quel drapeau, y compris le drapeau r&#233;volutionnaire. &#192; mes c&#244;t&#233;s, sous le m&#234;me drapeau, je les ai entendus haleter dans des situations trop fortes pour leur go&#251;t de l'humanitaire, et ind&#233;pendamment du d&#233;guisement mensonger de lion. J'en ai m&#234;me vu qui cachaient leurs faiblesses derri&#232;re des attitudes dignes de juges &#233;craseurs de montagne. Nous avons presque tous besoin d'un appui, je ne dis pas que je ne m'y inclus pas. Je prends un somnif&#232;re quand je ne peux pas dormir, je mange trop quand je suis nerveux, et d'autres choses du m&#234;me genre. Nous ne parlons pas de nos faiblesses, mais de nos attitudes envers ce que nous envisageons &#234;tre les faiblesses des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, si je consid&#232;re ma position soigneusement je trouve que la &#171; &lt;i&gt;question des drogues&lt;/i&gt; &#187; rel&#232;ve de l'inactualit&#233;. Je n'ai pas envie de souscrire aux positions cit&#233;es plus t&#244;t. Ni aux positions de sup&#233;riorit&#233; que prennent d'autres pour parler des &#171; &lt;i&gt;drogu&#233;s&lt;/i&gt; &#187; (mais c'est plus &#171; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &#187; de les appeler les &#171; &lt;i&gt;junkies&lt;/i&gt; &#187;). Je vois les choses diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveau nous devons partir d'une &#233;vidence : la libert&#233;. Bien s&#251;r, quelqu'un pourrait r&#233;pondre qu'une jeune personne avec tr&#232;s peu de perspectives d'acquisition de la connaissance et de points de r&#233;f&#233;rence, n'a pas la possibilit&#233; de partir de cette &#233;vidence. Ainsi que devrais-je faire ? Cela &#233;quivaudrait &#224; dire que je suis d&#233;sol&#233; que les exploit&#233;s ont peu de chance de se rebeller parce que la structure du pouvoir a &#233;t&#233; assez intelligente pour tout recoudre. En fait je ne suis pas d&#233;sol&#233; d'une telle chose. Ils l'ont demand&#233;, avec leurs suggestions malheureuses et petites sur la fa&#231;on de forcer l'&#201;tat &#224; satisfaire leurs besoins. Et alors les besoins continuent &#224; &#234;tre satisfaits ou report&#233;s, permettant une r&#233;organisation du contr&#244;le et une restructuration de l'&#233;conomie. &#192; un tel point qu'un jour ou l'autre, si ce n'est aujourd'hui, l'espace pour la r&#233;bellion sera r&#233;duit au point de devenir presque inexistant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'individu veut &#233;tablir une relation avec des drogues, il est libre de le faire, mais ne me dites pas qu'une seule sorte de relation est possible. Pendant une longue p&#233;riode de ma vie, j'ai consid&#233;r&#233; les situations que nous avons v&#233;cues pendant les ann&#233;es 50 comme diff&#233;rentes. En ces temps nous &#171; &lt;i&gt;jouions avec le feu&lt;/i&gt; &#187;. Aujourd'hui nous pouvons l'examiner de long en large, tout ce que nous avons, c'est des zombis pleurant pour un &#171; &lt;i&gt;fix&lt;/i&gt; &#187;. Mais je ne suis pas pris par cette sorte de g&#233;missement, qui est le m&#234;me que celui que l'on peut entendre en &#233;coutant &#224; la porte de n'importe quel prol&#233;taire ou de n'importe quel taudis de la pauvret&#233; la plus honteuse et r&#233;pugnante, sans que personne ne soul&#232;ve un doigt lorsqu'il passe devant les vitres blind&#233;es d'une banque o&#249; le coffre-fort n'attend que d'&#234;tre vid&#233;. Bien s&#251;r que les probl&#232;mes de la pauvret&#233; et de l'exploitation existent. Mais il y a aussi le probl&#232;me social de la soumission, de la respectabilit&#233;, de la pi&#233;t&#233;, de l'acceptation, du sacrifice. Si l'exploit&#233; est vraiment un rebelle il ne commencera certainement pas par r&#233;soudre le probl&#232;me social de &#171; &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; &#187; les exploit&#233;s, mais essayera au moins de r&#233;soudre le sien sans s'arr&#234;ter &#224; la &#171; &lt;i&gt;m&#233;chancet&#233;&lt;/i&gt; &#187; du capitalisme. Dans le cas d'un &#233;tat physique incapacitant, il faut toujours &#233;valuer que faire de sa vie avant d'atteindre l'abjection de la simple d&#233;nonciation de sa pauvret&#233;. Dans l'&#233;nonciation de cela, je ne dis pas que je suis contre les exploit&#233;s ou les pauvres bougres qui prennent des drogues et sont les proies de leurs propres fant&#244;mes. Je les plains, oui. Apr&#232;s tout je suis aussi un &#234;tre humain. Mais je ne suis pas pr&#233;par&#233; &#224; faire quoi que ce soit pour eux. Que devrais-je faire ? Les r&#233;orienter vers les vieilles luttes pour le logement, l'eau, l'&#233;lectricit&#233; ou pour une pension, juste pour qu'ils puissent se d&#233;placer vers de nouveaux niveaux de pauvret&#233; et de d&#233;couragement ? Et que doit-on faire avec ces larves en transe ? Leur donner de la m&#233;thadone ? Ou leur construire un hospice libertaire et humanitaire ? Ne me le mentionnez m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais &#224; coup s&#251;r que le prol&#233;taire exploit&#233; peut se rebeller, et que s'il ne le fait pas, il est aussi responsable, au moins autant, que ceux qui l'exploitent. Je sais &#224; coup s&#251;r que les drogu&#233;s peuvent se rebeller et que s'ils ne le font pas ils sont aussi responsables, autant que ceux qui s'enrichissent de leur mis&#232;re. Il n'est pas vrai que la privation, le travail, la pauvret&#233; ou les drogues nous d&#233;poss&#232;dent totalement de notre volont&#233;. Au contraire, ils peuvent la rendre plus grande. Il n'est pas vrai, contrairement &#224; ce que beaucoup de personnes sans exp&#233;rience maintiennent, que l'h&#233;ro&#239;ne emp&#234;che toute volont&#233; et rend incapable d'agir avec un projet d&#233;termin&#233; et une conscience de la r&#233;alit&#233; des classes, c'est-&#224;-dire des m&#233;canismes qui produisent, parmi d'autres choses, le march&#233; des drogues. Quelqu'un qui dit le contraire manque de comp&#233;tence, ou alors, c'est un mystificateur. Il y a toujours une conscience de soi et de sa projectualit&#233; chez le drogu&#233;, m&#234;me chez ceux qui sont cens&#233;s &#234;tre dans une &#233;tape finale (mais quelle est cette &#233;tape ?). Si l'individu est faible, un pauvre roseau avec un caract&#232;re d&#233;j&#224; marqu&#233; par une vie de privation, il r&#233;agit faiblement. On pourrait r&#233;pondre que les drogues, comme appui, ont tendance &#224; &#234;tre plus recherch&#233;es par des personnes faibles. Je dois admettre que c'est vrai. Mais cela ne change pas le raisonnement (&#171; &lt;i&gt;inactualit&#233;es&lt;/i&gt; &#187;) que j'ai fait au d&#233;but, celui de pointer la responsabilit&#233; du faible concernant ses propres faiblesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je consid&#232;re que le temps est venu de dire les choses sans m&#226;cher ses mots.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://ravageeditions.noblogs.org/post/2010/01/08/dissonances-alfredo-m-bonanno/" class="spip_out"&gt;http://ravageeditions.noblogs.org/p...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Giovanni Gentile (Castelvetrano, le 30 mai 1875 - Florence, le 15 avril 1944) &#233;tait un philosophe italien, id&#233;aliste et n&#233;o-h&#233;g&#233;lien, proche de Benedetto Croce. Il se d&#233;crit lui-m&#234;me comme le &#034;philosophe du fascisme&#034;, et a en grande partie r&#233;dig&#233; pour Benito Mussolini la Doctrine du fascisme en 1932. Il est &#233;galement &#224; l'origine de l'id&#233;alisme actuel, un courant philosophique qui entendait se distinguer de l'id&#233;alisme transcendantal de Kant et de l'id&#233;alisme absolu de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ezra Weston Loomis Pound (Hailey, Idaho, &#201;tats-Unis, 30 octobre 1885 - 1er novembre 1972 &#224; Venise) est un po&#232;te, musicien et critique am&#233;ricain qui a fait partie du mouvement moderniste du d&#233;but des ann&#233;es 1920 et qui est souvent rattach&#233; &#224; la G&#233;n&#233;ration perdue. Pound &#233;tait le chef de file de plusieurs mouvements litt&#233;raires et artistiques comme l'imagisme et le vorticisme. Pound &#233;tait &#233;galement un fervent supporter de Benito Mussolini, il fut critiqu&#233; pour ses prises de position antis&#233;mites. Son engagement aux c&#244;t&#233;s de Mussolini lui vaut d'&#234;tre condamn&#233; en 1945. Il est reconnu malade et intern&#233; jusqu'en 1958.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les chemises noires, ou Milice Volontaire pour la S&#233;curit&#233; Nationale (MVSN) &#233;tait la principale milice des fascistes italiens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;la r&#233;ceptivit&#233; &#224; se laisser p&#233;n&#233;trer et &#224; p&#233;n&#233;trer au point de ne plus craindre l'autre, mais plut&#244;t une conscience de ses propres limites et capacit&#233;s et donc aussi des limites et des capacit&#233;s de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;par l'utilisation de ce terme je ne me r&#233;f&#232;re pas &#224; la r&#233;volution culturelle de Mao, qui n'a aucun rapport avec nous et qui n'avait de culturelle que le nom&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Daniel Ernst Schleiermacher (Breslau, 21 novembre 1768 &#8211; Berlin, 12 f&#233;vrier 1834) est un th&#233;ologien protestant et un philosophe allemand.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ferdinand T&#246;nnies, n&#233; le 26 juillet 1855 et mort le 9 avril 1936, &#233;tait un sociologue et philosophe allemand. Il est l'auteur de l'ouvrage &lt;i&gt;Communaut&#233; et Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Commune paysanne sous le r&#233;gime tsariste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Recueil paru chez Elephant Editions, Londres, 2000, coll. Work in Progress N&#176;4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Titres originaux des textes&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sents dans ce recueil&lt;br class='autobr' /&gt;
dont la source est connue :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Che ne facciamo&lt;br class='autobr' /&gt;
dell' antifascismo ?&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Anarchismo&lt;/i&gt; N&#176;74.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Inattualita sulla&lt;br class='autobr' /&gt;
droga&lt;/i&gt;, Septembre 1994,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;ProvocAzione&lt;/i&gt; N&#176;17.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Come giocarsi la vite&lt;br class='autobr' /&gt;
e perche&lt;/i&gt;, Juin 1990,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;ProvocAzione&lt;/i&gt; N&#176;21.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Mal di &#034;Comunita&#034;&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mai 1987, &lt;i&gt;ProvocAzione&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#176;5.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'introduction est celle de l'&#233;dition anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Che ne facciamo dell' antifascismo ?&lt;/i&gt; traduit en fran&#231;ais par Non&lt;br class='autobr' /&gt;
Fides et repris de la brochure &lt;a href=&#034;http://www.non-fides.fr/?L-Anarchisme-contre-l-antifascisme,385&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Anarchisme contre l'antifascisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Non Fides, octobre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres textes sont traduits de l'anglais par &lt;a href=&#034;http://ravage-editions.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ravage &#201;ditions&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>L'Anarchisme contre l'antifascisme</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article722</link>
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		<dc:date>2009-10-19T09:58:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alfredo M. Bonanno, Antoine Gimenez, Belgrado Pedrini, Emilio Strafelini, Non Fides, Severino Di Giovanni</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Agitations arm&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques du citoyennisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'anti-fascisme est la lutte contre l'un des diff&#233;rents modes de gestion de l'&#201;tat et de la domination. Il se place aux cot&#233;s de l'anti-th&#233;ocratisme, l'anti-d&#233;mocratisme, l'anti-r&#233;publicanisme etc. Il n'est qu'un composant minimal parmi tant d'autres de l'anti-autoritarisme. Si nous d&#233;cidons cependant de prendre la plume contre l'anti-fascisme d'un point de vue anarchiste, ce n'est pas par amour du fascisme, mais bien par haine de tous les modes de gouvernement de l'&#201;tat, du pouvoir et de ses ennemis qui ne souhaitent que le gerer ou le remplacer par un autre.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'anti-fascisme a trop souvent servi d'excuse &#224; des unions sacr&#233;es et des fronts unis d'alliances contre-nature, il a trop souvent servi &#224; renforcer la succession du fascisme par d'autres soci&#233;t&#233;s de domination, telles que la d&#233;mocratie. Lorsque l'anti-fascisme n'est que l'autre nom de la d&#233;fense de l'existant, il n'est qu'un autre adversaire du projet anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nous opposons ici l'anarchisme &#224; l'anti-fascisme.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton722-8fb85.jpg?1780789914' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff722.jpg?1249252391&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Anarchisme contre l'antifascisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis 1945 r&#232;gne dans les pays anciennement fascistes un mythe structurant. D&#233;livr&#233;s du joug de l'&#233;pisode fasciste de l'Etat, et aussit&#244;t pass&#233;s &#224; l'&#233;pisode d&#233;mocratique, la condition des habitants de ces pays aurait &#233;t&#233; radicalement boulevers&#233;e. Beaucoup s'en r&#233;jouissent encore aujourd'hui, une cinquantaine d'ann&#233;es de pacification sociale plus tard, en t&#233;moigne les nombreuses manifestations et comm&#233;morations annuelles inscrites au calendrier de tout bon Etat qui se respecte. Les exploit&#233;s, les ind&#233;sirables auraient alors miraculeusement chang&#233; de condition. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ce mythe est le mythe de la lib&#233;ration de 45, c'est le mythe antifasciste, nous allons tenter d'en d&#233;gager quelques traits.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans cette mythologie, comme dans toute mythologie, une illusion qui pourchasse la raison. Les ind&#233;sirables extermin&#233;s, massacr&#233;s, tortur&#233;s &#224; mort sous le r&#233;gime fasciste et ceux enferm&#233;s, exploit&#233;s, expuls&#233;s, contamin&#233;s, g&#233;n&#233;tiquement fich&#233;s sous le r&#233;gime d&#233;mocratique n'ont en fait jamais chang&#233; de condition, ils n'ont chang&#233; que de conditions de vie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Chaque r&#233;gime a eu ses cat&#233;gories d'ind&#233;sirables, parfois les m&#234;mes. Chaque groupement humain autoritaire a poss&#233;d&#233; ses esclaves, ses ennemis, son langage sp&#233;cifique, ses tendances &#224; la domestication, sa part de servitude volontaire et son arsenal punitif. De la tribu primitive au fascisme, de la d&#233;mocratie &#224; la tyrannie. Il suffit que le principe d'autorit&#233; surgisse pour qu'un contrat plus ou moins forc&#233;, qu'il soit &#171; laxiste &#187; ou enti&#232;rement coercitif, soit scell&#233; par ceux qui d&#233;tiennent le moindre pouvoir et ceux que la faiblesse mat&#233;rielle et sociale encage aux confins de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de ce mythe sont multiples et nombreuses, elles sont tellement ancr&#233;e depuis les bagnes scolaires jusqu'aux bagnes fun&#232;bres que s'en d&#233;faire rel&#232;ve d'une d&#233;construction profonde, et pour beaucoup, douloureuse. Mais essayons tout de m&#234;me de poser quelques notes sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1.	Attaquer dans le but de causer des d&#233;g&#226;ts au pouvoir et jeter le d&#233;sordre en son sein pour l'affaiblir tant id&#233;ologiquement que mat&#233;riellement.&lt;br class='manualbr' /&gt;2.	Accentuer les conflictualit&#233;s pour tracer des lignes de d&#233;marcation nettes et belliqueuses entre les partisans de la libert&#233; sans concession et les partisans de la domination et du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux moyens ont toujours &#233;t&#233; de fa&#231;on compl&#233;mentaire et pour beaucoup d'anarchistes, des cartes &#224; jouer pour assouvir notre faim effr&#233;n&#233;e de libert&#233;. C'est ce qu'ont fait de nombreux anarchistes des temps pr&#233;-d&#233;mocratiques sous les divers fascismes, de l'Europe (Gr&#232;ce, Italie, Espagne, Portugal, France&#8230;) &#224; L'Am&#233;rique Latine (Chili, Argentine, Guatemala&#8230;). Avec des moyens plus ou moins radicaux : du sabotage &#224; la diffusion de tracts et de placards muraux, de l'utilisation d'engins explosifs ou incendiaires &#224; l'&#233;dition de journaux. Beaucoup se sont &#233;lanc&#233;s &#224; corps perdu dans cette lutte, beaucoup l'ont pay&#233; au prix de leur vie ou de leur libert&#233;, ce qui revient au m&#234;me, et beaucoup d'entre eux sans ne jamais rien attendre d'autre en retour que le triomphe de l'id&#233;e anti-autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, ils sont moins nombreux, ceux qui identifi&#232;rent leur ennemi irr&#233;conciliable avec justesse, ceux pour qui la b&#234;te immonde &#224; abattre &#233;tait le pouvoir, et non le &lt;i&gt;mode de gestion&lt;/i&gt; du pouvoir, aussi fasciste soit-il. Peu nombreux aussi ceux qui n'ont pas baiss&#233; les armes lorsqu'en face la d&#233;mocratie venait d'h&#233;riter de l'arsenal scientifique, mat&#233;riel et id&#233;ologique du fascisme dans une m&#234;me continuit&#233; de la domination &#233;tatique et &#233;conomique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y en eut qui n'abaiss&#232;rent pas les armes apr&#232;s la passation de pouvoir, les r&#233;cits sont discrets mais nombreux. Belgrado Pedrini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Condamn&#233; &#224; mort par le fascisme, Pedrini se voit lib&#233;r&#233; en 1944 de la prison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est de ceux qui furent &#171; bandits &#187; sous Mussolini, parce qu'ils s'insurg&#232;rent contre l'ordre fasciste, et &#171; criminels &#187; au sortir de la guerre, parce qu'ils refus&#232;rent de s'en remettre aux autorit&#233;s d&#233;mocratiques issues de la R&#233;sistance. il y en avait qui, malgr&#233; le fait qu'ils n'aient pas surv&#233;cu au fascisme, essayaient d&#233;j&#224; d'attirer l'attention sur le fait que l'ennemi v&#233;ritable &#233;tait le pouvoir et non le fascisme, comme Severino Di Giovanni, insistant lui, sur le fait que les puissants, fascistes ou non, sont toujours les m&#234;mes : &#171; Avec eux, il ne pourra jamais y avoir de r&#233;conciliation. Au m&#234;me titre que les phalanges &#224; t&#234;te de mort d'aujourd'hui, ils ont hier (oui, eux, les antifascistes d'aujourd'hui, les opposants et r&#233;fugi&#233;s politiques, ceux qui ont v&#233;g&#233;t&#233; dans les marais m&#233;phitiques de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente) &#233;t&#233; des maquereaux, ils ont v&#233;cu dans les coulisses du Viminal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le palais pr&#233;sidentiel italien.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou dans les chambres du parlement, appuyant ou soutenant le r&#233;gime et ses infamies. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Il nostro antifascismo, extrait de Culmine N&#176;16, 23 d&#233;cembre 1926.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leur aura fallu dissiper l'&#233;cran de fum&#233;e fasciste pour leur permettre d'identifier les jeux de pouvoirs qui derri&#232;re le rideau, tiraient les ficelles. Le fascisme est au pouvoir ce que le dialecte est au langage, un simple mode d'expression parmi d'autres, et ces autres sont la dictature, la th&#233;ocratie, le communisme et la d&#233;mocratie. C'est la d&#233;mocratie qui de nos jours, a su se rendre le meilleur mode de gestion politique et social du capitalisme occidental. C'est aussi pour cette raison que le fascisme a fait son temps. Il ne reste de lui qu'une brumeuse nostalgie dans les esprits de quelques imb&#233;ciles bien trop isol&#233;s et inconstants pour menacer la d&#233;mocratie ; qu'ils d&#233;ambulent en costard de politicien ou munis d'une batte de base-ball ne semble rien changer &#224; l'affaire. La d&#233;mocratie a ent&#233;rin&#233; la d&#233;faite des modes de gouvernement omni-coercitifs en occident. Si nous nous foutons de la vie des quelques fascistes d'aujourd'hui, et cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas les combattre eux aussi, nous nous sentons bien plus concern&#233;s par la d&#233;g&#233;n&#233;rescence et la r&#233;cup&#233;ration d'un antifascisme de lutte contre le pouvoir des ann&#233;es pr&#233;-d&#233;mocratiques par un antifascisme nouveau cru et vid&#233; de tout sens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet antifascisme l&#224;, n'est en fait rien d'autre qu'une sc&#232;ne culturelle, un milieu avec une identit&#233; communautaire tel que les ann&#233;es 80/90s ont tant su en produire : Skaters, gothiques, fans de jeux-vid&#233;os, traders, satanistes, technophiles, new-borns, ravers, baby-boomers, v&#233;liplanchistes et je ne sais quoi d'autre encore. L'autoproclam&#233; antifascisme est aujourd'hui devenu, comme tous ceux cit&#233;s avant, un vulgaire mode de consommation collectif et &#233;ph&#233;m&#232;re. L'on est antifasciste quelques ann&#233;es avant de devenir trader ou m&#233;canicien. Parfois on le reste &#233;ternellement comme d'autres d&#233;dient leurs vies &#224; Michael Jackson, &#224; leur collection de boite d'allumettes ou &#224; leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord le code vestimentaire, du lacet au cale&#231;on, il y a les marques conseill&#233;es et les marques bannies &#8211; le plus souvent parce qu'elles sont d&#233;j&#224; r&#233;serv&#233;es par la communaut&#233; oppos&#233;e : les n&#233;o-fascistes - le gang adverse de celui des n&#233;o-antifascistes, vous suivez ? Ensuite il y a le lien social : les f&#234;tes, les bars, squats et salles de concert attitr&#233;s, tout autant d'occasions d'&#233;prouver son style et son charisme au devant de l'alt&#233;rit&#233; intra-communautaire. Aussi la musique officielle et les all&#233;geances collectives aux divers outils de la domestication tels que les syndicats ; l'antifasciste va choisir tel ou tel syndicat -celui que son identit&#233; communautaire lui sugg&#232;re- de la m&#234;me mani&#232;re qu'un nationaliste corse au supermarch&#233; va choisir un fromage corse parmi une centaine d'autres. Puis une bonne dose de mythomanie, de mythologie et de peopolisation &#224; propos des affrontements de rue avec l'ennemi fantasm&#233; tentaculaire afin de justifier l'antifascisme au-del&#224; de son obsolescence manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y en a d'autres encore, de ces &#233;l&#233;ments qui font que l'antifascisme aujourd'hui n'est plus qu'un simple loisir. Avec la mort du fascisme, on a du maintenir l'anti-fascisme sous respiration artificielle, et avec un acharnement th&#233;rapeutique sans barri&#232;res, jusqu'&#224; ce que l'on aboutisse &#224; cet avatar d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#224; la fois de la soci&#233;t&#233; de consommation et de la nostalgie d'une lutte offensive contre le pouvoir. Alfredo Bonanno nous raconte, apr&#233;s avoir soulign&#233; l'importance de la m&#233;moire et de la transmission des anciens qui ont combattu le fascisme les armes &#224; la main : &#171; Je comprends moins ceux qui un demi-si&#232;cle plus tard et n'ayant pas v&#233;cu ces exp&#233;riences (ne se trouvant donc pas prisonniers de ces &#233;motions) empruntent des explications qui n'ont plus aucune raison d'exister et qui ne sont souvent rien de plus qu'un simple &#233;cran de fum&#233;e derri&#232;re lequel se cacher confortablement. Je suis anti-fasciste !, vous jettent-ils &#224; la figure comme une d&#233;claration de guerre, et vous ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le texte Che ne facciamo dell'antifascismo ?, publi&#233; dans la revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si de nombreux r&#233;volutionnaires se tournent vers un futur trop lointain, donc impalpable, les antifascistes eux, sont tourn&#233;s vers un pass&#233; tout aussi impalpable. Vers des &#233;motions qui ont &#233;t&#233; v&#233;cues par nos anciens, les rares survivants de ces temps r&#233;volus. Si ils ont tant de choses &#224; raconter, il n'y a pour autant plus aucun antifasciste pour les &#233;couter. C'est que nos anciens sont des ennemis de l'&#201;tat, anarchistes, qu'ils ne sont donc pas c&#233;l&#233;br&#233;s chaque ann&#233;e par l'&#201;tat, et sont donc inconnus de tous ceux qui ne s'y sont pas int&#233;ress&#233;s de fa&#231;on autonome et individuelle. C'est ainsi que nos antifascistes se tournent vers la m&#233;moire de r&#233;sistants communistes autoritaires, parfois nationalistes et parfois gaullistes. Ces m&#234;mes r&#233;sistants qui au lendemain de la guerre ont pris le pouvoir, qui ont pers&#233;cut&#233; nos compagnons. L'histoire ayant toujours &#233;t&#233; &#233;crite par les dominants, et la curiosit&#233; et l'&#233;rudition manquant &#224; l'appel, c'est de cette r&#233;sistance mythifi&#233;e dont se p&#226;ment les antifascistes d'aujourd'hui, et nous ne parlons l&#224; que de ceux qui se r&#233;clament de l'anarchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils sont nombreux et tr&#232;s peu &#224; la fois, ceux qui se r&#233;clament de l'anarchisme dans le mouvement culturel antifasciste ; je m'explique. La sc&#232;ne artistique antifasciste d'aujourd'hui se plait &#224; m&#233;langer les symboles et les ic&#244;nes. Souvent se trouvent c&#244;te &#224; c&#244;te des symboles du folklore anarchiste (drapeaux noirs, A cercl&#233;s, marins r&#233;volt&#233;s de Kronstadt et autres figures historiques mis en avant pour leur h&#233;ro&#239;sme...) et des symboles dont le folklore nous rappelle les massacres et les peines d'emprisonnement anti-anarchistes : Les trois fl&#232;ches de la S.F.I.O. de Jaur&#232;s et de Blum devenue logo officiel des antifascistes, les drapeaux rouges et les visages de L&#233;nine, Mao, parfois Staline et autres bouchers comp&#233;titeurs des pires fascistes. Tant de symboles m&#233;lang&#233;s entre eux, donc vid&#233;s de tout sens. La sc&#232;ne culturelle antifasciste joue aujourd'hui le r&#244;le d'un agent de confusion efficace au service de l'affaiblissement de toute clart&#233; r&#233;volutionnaire, au service du pillage de la m&#233;moire des anarchistes qui ont combattu le fascisme et qui n'ont pas d&#233;pos&#233; les armes lorsque la sale gueule de la d&#233;mocratie pointait son nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voila pourquoi nous ne sommes pas antifascistes. Notre anarchisme est de fait antifasciste puisque le fascisme n'est qu'un &#233;ni&#232;me mode de gestion, certes plus violent, plus spectaculaire et plus identifiable de la domination. Mais l'anarchisme est un courant qui a toujours su identifier ses ennemis : l'Etat et la domination, qu'ils soient fascistes, antifascistes, d&#233;mocrates ou communistes, ou pr&#233;tendument anarchistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme en Espagne o&#249; les Cenetistes Juan Garc&#237;a Oliver et Federica Montseny (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous opposons l'anarchisme &#224; l'antifascisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non Fides.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire de l'anti-fascisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le renard sait beaucoup de choses. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le porc-&#233;pic n'en sais qu'une, mais une grande. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Archiloque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme est un mot &#224; sept lettres qui commence par F. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les gens aiment jouer avec les mots, qui en dissimulant en partie la r&#233;alit&#233;, les d&#233;chargent de toute r&#233;flexion personnelle ou de toute prise de d&#233;cision. Le symbole agit &#224; notre place en nous fournissant un drapeau et un alibi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et placer &#171; &lt;i&gt;anti-&lt;/i&gt; &#187; devant le symbole n'&#233;quivaut pas &#224; &#234;tre absolument contre tout ce qui nous d&#233;go&#251;te. Nous nous sentons &#224; l'aise de ce c&#244;t&#233;-ci, avec le sentiment du devoir accompli. Avoir recours &#224; ce &#171; &lt;i&gt;anti-&lt;/i&gt; &#187; nous donne une conscience claire, nous enfermant dans un domaine bien gard&#233;, et tr&#232;s fr&#233;quent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les choses &#233;voluent. Les ann&#233;es passent, tout comme les relations de pouvoir. De nouveaux patrons prennent la place des vieux et le cercueil tragique du pouvoir passe d'une main &#224; l'autre. Les fascistes d'antan ont observ&#233; le jeu d&#233;mocratique et ont laiss&#233; leurs drapeaux et leurs croix gamm&#233;es &#224; quelques t&#234;tes brul&#233;es. Et pourquoi pas ? Apr&#232;s tout, nous parlons l&#224; d'hommes de pouvoir. Les bavardages vont et viennent, le r&#233;alisme politique est &#233;ternel. Mais nous, qui ne voulons savoir que peu ou rien de la politique, nous demandons &#224; nous-m&#234;mes, embarrass&#233;s, qu'&#224;-t-il bien pu se passer pour que les chemises noires, les fascistes &#224; barres de fer que nous avons combattus avec r&#233;solution, disparaissent de la sc&#232;ne ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, comme des poules sans t&#234;tes nous cherchons un nouveau bouc &#233;missaire contre lequel nous pouvons l&#226;cher notre &lt;i&gt;pr&#234;t-&#224;-ha&#239;r&lt;/i&gt;, alors que tout autour de nous, tout tend &#224; devenir plus subtil et plus m&#251;r et que le pouvoir nous invite &#224; entrer en dialogue avec lui : Mais marchez vers l'avant je vous prie, en avant, dites ce que vous devez dire, ce n'est pas un probl&#232;me ! N'oubliez pas, nous vivons en d&#233;mocratie, chacun a le droit de dire ce qu'il veut. D'autres &#233;coutent, sont d'accord ou ne sont pas d'accord, mais les purs d&#233;cident du jeu. La majorit&#233; gagne et il ne reste plus &#224; la minorit&#233; que le droit de continuer &#224; n'&#234;tre pas d'accord. Tout cela, aussi longtemps que la totalit&#233; se r&#233;duit &#224; la dialectique du &#171; &lt;i&gt;choisir son camp&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous devions r&#233;duire la question du fascisme &#224; de simples mots, nous serions forc&#233;s d'admettre que tout cela n'ait &#233;t&#233; qu'un jeu, ou peut-&#234;tre un r&#234;ve. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Mussolini, un honn&#234;te homme, un grand politicien. Il a fait des erreurs. Mais qui n'en fait pas ? puis il est devenu hors de contr&#244;le. Il a &#233;t&#233; trahi. Nous avons tous &#233;t&#233; trahis. De la mythologie fasciste ? Laisse tomber ! Il n'y a aucun int&#233;r&#234;t &#224; penser &#224; de telles reliques du pass&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Hitler&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Klausmann, en faisant le portrait sarcastique de la mentalit&#233; de Gerhart Hauptmann, le vieux th&#233;oricien du r&#233;alisme politique, &#171; &lt;i&gt;mes chers amis ! ... sans rancune ! Essayons d'&#234;tre... Non, si vous me permettez, ... permettez moi ... objectif ... Voulez vous que je vous serve un autre verre ? Ce champagne... vraiment exquis - Ce Hitler l&#224;, je veux dire ... le champagne aussi, d'ailleurs, quelle grande &#233;volution ... la jeunesse allemande... environ 7 millions de votes ... comme je le dis souvent &#224; mes amis juifs... ces allemands... incroyable nation... vraiment myst&#233;rieuse ...des impulsions cosmiques... Goethe ... la saga de la dynamique ... des tendances &#233;l&#233;mentaires et irr&#233;sistibles...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, que cesse le papotage. Les diff&#233;rences s'att&#233;nuent autour d'un verre de bon vin, et tout devient une question d'opinion. Parce que, et c'est l&#224; la chose importante, il y a des diff&#233;rences, pas entre le fascisme et l'anti-fascisme, mais entre ceux qui veulent le pouvoir et ceux qui se battent contre le pouvoir et le refusent. Mais quelles sont les bases de ces diff&#233;rences &#224; d&#233;chiffrer ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Peut &#234;tre en ayant recours &#224; analyse ? Non, je ne pense pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens sont la cat&#233;gorie la plus utile d'idiots au service du pouvoir. Ils pensent connaitre &#233;norm&#233;ment, mais plus ils &#233;tudient furieusement des documents, plus ils ne connaissent rien d'autre. Les documents qui certifient ind&#233;niablement ce qui est arriv&#233; proc&#232;dent de la volont&#233; de l'individu emprisonn&#233; dans la rationalit&#233; de l'&#233;v&#233;nement. L'&#233;quivalent de la v&#233;rit&#233; et du fait. Consid&#233;rer qu'autre chose est possible devient un vague passe-temps litt&#233;raire. Si l'historien a la moindre lueur vacillante d'intelligence, il se dirige imm&#233;diatement vers la philosophie, s'immergeant dans l'angoisse commune, dans les contes de f&#233;es et de ch&#226;teaux enchant&#233;s. En attendant le monde autour de nous se voit emprisonn&#233; entre les mains des puissants, et leur culture du livre de r&#233;vision d'examens est incapable de souligner la diff&#233;rence entre un document et une pomme de terre cuite. &#171; &lt;i&gt;Si la volont&#233; de l'homme &#233;tait libre&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Tolsto&#239; dans &lt;i&gt;Guerre et Paix&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;toute l'histoire serait une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements fortuits... Si au lieu de cela il y a une loi dirigeant seule les actions de l'homme, alors le libre arbitre ne peut exister, parce que la volont&#233; de l'homme doit &#234;tre soumise &#224; ces lois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que les historiens sont utiles, particuli&#232;rement pour nous fournir des &#233;l&#233;ments confortables, des alibis et des b&#233;quilles psychologiques. Quel courage ces Communards de 1871 ! Ils sont morts comme de braves hommes, dos au mur du P&#232;re Lachaise ! Et le lecteur est excit&#233; et se pr&#233;pare &#224; mourir aussi si n&#233;cessaire, dos au prochain mur des communards. Attendre des forces sociales qu'elles nous mettent dans la condition du mort h&#233;ro&#239;que nous traverse alors quotidiennement, souvent au seuil de la mort sans m&#234;me que cette occasion ne se pr&#233;sente. Mais les tendances historiques ne sont pas si exactes. Donnez ou prenez une d&#233;cennie, nous pourrions manquer cette occasion et nous retrouver les mains vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous voulez mesurer l'imb&#233;cillit&#233; d'un historien, faites lui raisonner sur les choses qui arrivent aujourd'hui plut&#244;t que dans le pass&#233;. Cela vous ouvrira l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, pas d'analyse historique non plus : la discussion peut-&#234;tre politique ou politico-philosophique, du genre que nous nous sommes habitu&#233;s &#224; lire ces derni&#232;res ann&#233;es. Le fascisme est quelque chose une minute et quelque chose d'autre la minute suivante. La technique n&#233;cessaire pour en arriver &#224; cette analyse est vite vue. Prenez le m&#233;canisme h&#233;g&#233;lien d'affirmation et d'infirmation simultan&#233;es, extrayez-en une affirmation pure &#224; propos de ce qui vous vient &#224; l'esprit. Cela ressemble &#224; ce sentiment de d&#233;ception que l'on a lorsqu'apr&#232;s avoir couru pour attraper un bus, on r&#233;alise que le chauffeur, m&#234;me s'il nous a vu, a acc&#233;l&#233;r&#233; au lieu de s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien, dans ce cas on peut d&#233;montrer, et je pense qu'Adorno l'a fait, que c'est pr&#233;cis&#233;ment une vague de frustration inconsciente - caus&#233;e par la vie qui nous &#233;chappe et devient insaisissable - qui d&#233;ferle en nous, nous donnant envie de tuer le conducteur. Tels sont les myst&#232;res de la logique H&#233;g&#233;lienne ! Ainsi, le fascisme devient progressivement moins m&#233;prisable. Parce qu'&#224; l'int&#233;rieur de nous, se cachant dans un coin sombre de notre instinct animal, le rythme du c&#339;ur s'excite. Pourtant inconnu de nous-m&#234;mes, un fasciste se cache en nous. Et c'est au nom de ce potentiel fasciste que nous venons &#224; justifier tous les autres. Pas d'extr&#233;mistes, bien entendu ! Tant de gens sont-ils morts ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Plus s&#233;rieusement, au nom d'un sens bancal de la justice, des personnes qui &#233;taient pourtant dignes de respect mettent les non-sens de Faurisson en circulation. Mais non, mieux vaut ne pas s'aventurer le long de cette route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les connaissances sont rares et que le peu de notions que nous avons semblent sautiller sur place dans une mer orageuse, il est facile de devenir la proie d'histoires invent&#233;es par ceux qui sont plus intelligents avec les mots que nous le sommes. Dans le but d'&#233;viter une telle &#233;ventualit&#233;, les Marxistes, gracieux programmeurs d'esprits qu'ils sont, ont entretenu l'id&#233;e que le fascisme &#233;tait l'&#233;quivalent de la matraque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233;, m&#234;me des philosophes comme Gentile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giovanni Gentile (Castelvetrano, le 30 mai 1875 - Florence, le 15 avril (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont sugg&#233;r&#233; que la matraque, en agissant sur la volont&#233;, est aussi un moyen moral en ce qu'elle construit la symbiose future entre &#201;tat et individu dans cette unit&#233; sup&#233;rieure o&#249; l'acte individuel devient collectif. L&#224; nous voyons &#224; quel point les Marxistes et les fascistes sont originaires d'un m&#234;me stock id&#233;ologique, avec toutes les cons&#233;quences pratiques qui s'ensuivent, camps de concentration inclus. Mais continuons. Non, le fascisme n'est pas juste la matraque, il n'est pas non plus juste C&#233;line, Mishima, Pound&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ezra Weston Loomis Pound (Hailey, Idaho, &#201;tats-Unis, 30 octobre 1885 - 1er (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou Cioran. Il n'est pas un seul de ces &#233;l&#233;ments, ni aucun autre pris individuellement, mais tous, lorsqu'ils sont r&#233;unis. Ce n'est pas non plus la r&#233;bellion d'un individu isol&#233; qui choisit sa propre lutte personnelle contre toutes les autres, en incluant de temps en temps l'&#201;tat, et qui pourrait m&#234;me attirer cette sympathie humaine que nous ressentons pour tous les rebelles, m&#234;me les plus inconfortables. Non, cela n'est pas le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le pouvoir, le fascisme brut comme celui qui a pu exister sous des dictatures &#224; des p&#233;riodes diverses de l'histoire n'est plus un projet politique praticable. De nouveaux instruments apparaissent aux cot&#233;s des nouvelles formes de gestion du pouvoir. Alors laissons cela aux historiens pour qu'ils puissent m&#226;cher autant qu'ils le veulent. Le fascisme est d&#233;mod&#233; m&#234;me en tant qu'insulte politique ou accusation. Quand un mot en vient &#224; &#234;tre instrumentalis&#233; de fa&#231;on d&#233;sobligeante par ceux qui sont au pouvoir, nous ne pouvons pas l'ignorer. Et parce que ce mot et le concept li&#233; &#224; ce mot nous d&#233;go&#251;tent, il serait bien de mettre l'un et l'autre loin dans le grenier avec toutes les autres horreurs de l'histoire et l'oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oublier le mot et le concept, oui, mais surtout pas ce qui s'y dissimule. Nous devons garder cel&#224; &#224; l'esprit pour nous pr&#233;parer &#224; agir. La chasse aux fascistes pourrait en effet &#234;tre un sport plaisant de nos jours, mais il pourrait aussi repr&#233;senter ce d&#233;sir inconscient d'&#233;viter toute analyse plus profonde de l'existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux comprendre l'anti-fascisme. Je suis un antifasciste aussi, mais mes raisons ne sont pas semblables &#224; celle des anti-fascistes ! J'en ai entendu par le pass&#233; et j'en entend toujours aujourd'hui qui se d&#233;finissent comme tel. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour beaucoup, il fallait combattre le fascisme il y a vingt ans lorsqu'il &#233;tait au pouvoir en Espagne, au Portugal, en Gr&#232;ce, au Chili, etc. Mais pourtant, lorsque les nouveaux r&#233;gimes d&#233;mocratiques ont pris leurs marques dans ces pays, l'anti-fascisme qui poss&#233;dait tant de f&#233;roces adversaires s'est &#233;teint. C'est l&#224; que je me suis rendu compte que l'anti-fascisme de mes vieux camarades de lutte &#233;tait diff&#233;rent du mien. Pour moi rien n'avait chang&#233;. Ce que nous avons fait en Gr&#232;ce, en Espagne, dans les colonies portugaises et en d'autres endroits pourrait avoir continu&#233; m&#234;me apr&#232;s que les nouveaux &#201;tats d&#233;mocratiques aient h&#233;rit&#233; des succ&#232;s pass&#233;s du vieux fascisme. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais beaucoup n'&#233;taient pas d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de savoir &#233;couter les vieux camarades qui nous racontent leurs aventures et les trag&#233;dies qu'ils ont connu, lorsqu'ils nous parlent de tous ceux qui furent assassin&#233;s par les fascistes, de la violence et de tout le reste. Mais, comme disait Tolsto&#239;, encore lui, &#171; &lt;i&gt;l'individu qui joue un r&#244;le dans des &#233;v&#233;nements historiques n'en comprend jamais vraiment la signification. S'il essaye de la comprendre, il devient un composant st&#233;rile&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je comprends moins ceux qui un demi-si&#232;cle plus tard et n'ayant pas v&#233;cu ces exp&#233;riences (ne se trouvant donc pas prisonniers de ces &#233;motions) empruntent des explications qui n'ont plus aucune raison d'exister et qui ne sont souvent rien de plus qu'un simple &#233;cran de fum&#233;e derri&#232;re lequel se cacher confortablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis anti-fasciste !&lt;/i&gt; &#187;, vous jettent-ils &#224; la figure comme une d&#233;claration de guerre, &#171; &lt;i&gt;et vous ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel cas, ma r&#233;ponse quasi-spontan&#233;e est - Non, je ne suis pas un antifasciste. Je ne suis pas un antifasciste de la fa&#231;on dont vous l'&#234;tes. Je ne suis pas un antifasciste parce que je suis all&#233; combattre les fascistes dans leurs pays pendent que vous restiez au chaud dans votre d&#233;mocratie. Je ne suis pas un antifasciste parce que j'ai continu&#233; &#224; me battre contre la d&#233;mocratie qui a remplac&#233; ces innombrables versions du fascisme dans ce v&#233;ritable feuilleton m&#233;lodramatique. La d&#233;mocratie utilise des moyens de r&#233;pression bien plus modernes, elle est, si cela vous fait plaisir, plus fasciste que les fascistes eux-m&#234;mes. Je ne suis pas un antifasciste parce que j'essaye encore d'identifier ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir aujourd'hui et je ne me laisse pas aveugler par des &#233;tiquettes et des symboles ; tandis que vous, vous continuez &#224; vous appeler anti-fascistes uniquement dans le but d'avoir une justification pour parader dans les rues &#224; vous cacher derri&#232;re votre banderole &#171; &lt;i&gt;&#224; bas le fascisme !&lt;/i&gt; &#187;. Bien s&#251;r, si j'avais eu plus de huit ans du temps de la &#171; r&#233;sistance &#187;, peut-&#234;tre aurais-je &#233;t&#233; moi aussi exalt&#233; par tant de jeunes m&#233;moires et d'antiques passions et surement que je n'aurais pas &#233;t&#233; si lucide. Mais je ne pense pas. Parce que si l'on examine soigneusement les faits, m&#234;me dans le conglom&#233;rat embarrass&#233; et anonyme de l'anti-fascisme des formations politiques, il y en eut qui ne se sont pas conform&#233;s, qui sont all&#233;s plus loin, ont continu&#233; et ont port&#233; leurs convictions bien au-del&#224; du &#171; &lt;i&gt;cessez-le-feu !&lt;/i&gt; &#187;. Parce que la lutte vitale n'est pas seulement contre les fascistes en chemises noires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les chemises noires, ou Milice Volontaire pour la S&#233;curit&#233; Nationale (MVSN) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du pass&#233; et ceux du pr&#233;sent, mais aussi et fondamentalement contre le pouvoir et tous ses &#233;l&#233;ments d'appui qui nous oppriment, m&#234;me lorsqu'il porte la figure laxiste et tol&#233;rante de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans ce cas la, vous auriez du le dire plus t&#244;t&lt;/i&gt; &#187; pourrait-on me r&#233;pondre - &#171; &lt;i&gt;vous &#234;tes un antifasciste aussi&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Et comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? Vous &#234;tes anarchiste... donc vous &#234;tes anti-fasciste ! Arr&#234;tez de vous couper les cheveux en quatre et de nous emmerder.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense qu'il est utile de faire des distinctions claires, je suis anarchiste et je n'ai jamais aim&#233; les fascistes, ni leur projet. Pour d'autres raisons (mais qui apr&#232;s examen s'av&#232;rent &#234;tre les m&#234;mes), je n'ai jamais aim&#233; les d&#233;mocrates, les lib&#233;raux, les r&#233;publicains, les Gaullistes, les travaillistes, les Marxistes, les communistes, les socialistes ou n'importe lequel de ces projets. Contre eux, je n'ai jamais vraiment oppos&#233; mon anarchisme mais plut&#244;t ma diff&#233;rence : Tout d'abord mon individualit&#233;, ma propre compr&#233;hension de la vie, ressentir des &#233;motions, chercher, d&#233;couvrir, exp&#233;rimenter et aimer. Je permets seulement l'entr&#233;e &#224; ce monde qu'aux id&#233;es et aux gens qui m'attirent ; le reste je le garde g&#233;n&#233;ralement &#224; bonne distance de moi, poliment, ou autrement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne me d&#233;fends pas, j'attaque. Je ne suis pas un pacifiste et je n'attends pas que les choses aillent au-del&#224; du niveau de s&#233;curit&#233; limite. J'essaye de prendre l'initiative contre ceux qui pourraient -m&#234;me potentiellement- constituer un danger pour ma fa&#231;on de vivre la vie. Et une partie de cette fa&#231;on de vivre est aussi le besoin et le d&#233;sir des autres - pas comme des entit&#233;s m&#233;taphysiques, mais comme des autres clairement identifi&#233;s, ceux qui ont une affinit&#233; avec ma fa&#231;on d'&#234;tre et de vivre. Et cette affinit&#233; n'est pas quelque chose de statique et grav&#233;e &#224; jamais dans la pierre. Il s'agit d'une affinit&#233; dynamique qui change et continue &#224; se cultiver et &#224; s'&#233;largir, en r&#233;v&#233;lant encore d'autres personnes et d'autres id&#233;es et en tissant un r&#233;seau de relation immense et divers, mais o&#249; la constance de ma fa&#231;on d'&#234;tre et de vivre avec toutes ses variations et &#233;volutions, n'est pas menac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voyag&#233; aux quatre coins du royaume des hommes et je n'ai pas encore trouv&#233; d'endroit pr&#233;cis o&#249; satisfaire ma soif pour la connaissance, la diversit&#233;, la passion, les r&#234;ves : un amant amoureux de l'amour.&lt;br class='manualbr' /&gt;Partout j'ai vu d'&#233;normes potentialit&#233;s se laisser &#233;craser par l'inconvenance, et de maigres capacit&#233;s fleurir au soleil d'une constance de l'engagement. Mais tant que fleurit l'ouverture vers ce qui est diff&#233;rent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;la r&#233;ceptivit&#233; &#224; se laisser p&#233;n&#233;trer et &#224; p&#233;n&#233;trer au point de ne plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'affinit&#233; est possible ; c'est possible de r&#234;ver &#224; un engagement commun, perp&#233;tuel et au-del&#224; du contingent, telle est l'approche humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus nous nous &#233;loignons de tout cela, plus les affinit&#233;s commencent &#224; s'affaiblir et finalement, &#224; dispara&#238;tre. Et alors nous les retrouvons l&#224;, tous ceux qui portent leurs opinions comme des m&#233;dailles, qui montrent leurs muscles et qui font tout ce qu'ils peuvent pour appara&#238;tre fascinants. Et au-del&#224;, la domination du pouvoir, ses lieux et ses hommes, la vitalit&#233; obligatoire, la fausse idol&#226;trie, le feu sans chaleur, le monologue, le bavardage, le tumulte, toutes ces choses qui peuvent &#234;tre pes&#233;es et mesur&#233;es demeurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout cela que je souhaite &#233;viter, voici mon anti-fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alfredo M. Bonanno&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Titre original : &lt;i&gt;Che ne facciamo dell'antifascismo ?&lt;/i&gt;, publi&#233; dans la revue italienne &lt;i&gt;Anarchismo&lt;/i&gt; N&#176;74. R&#233;edit&#233; en anglais avec d'autres textes de Bonanno dans le recueil &lt;i&gt;Dissonances&lt;/i&gt; en 2000 par Elephant Editions, coll. Work in Progress, &#224; Londres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Traduction et adaptation en francais par &lt;i&gt;Non Fides&lt;/i&gt;, juillet/aout 2009.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tu es antifasciste, oui ou non ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combien de fois m'a t-on pos&#233; cette question ? Je ne me souviens plus. Et &#224; chaque fois que j'ai cherch&#233; &#224; affronter cette discussion, cela a conduit &#224; mille incompr&#233;hensions et &#233;quivoques. Le fascisme n'a-t-il pas &#233;t&#233; l'incarnation du Mal absolu ? Alors il va de soi que l'antifascisme ne peut que repr&#233;senter le Bien absolu, une vertu &#224; exhiber en public, &#224; afficher en toute occasion. Gare &#224; vous si vous vous montrez distant en sa pr&#233;sence, si vous ne montrez pas la r&#233;v&#233;rence due &#224; son &#233;gard, si vous ne transmettez pas la glorieuse tradition, on vous regardera avec suspicion. Refuser d'applaudir devant l'antifascisme est forc&#233;ment synonyme d'une ambig&#252;it&#233; louche, voir pire...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le fait que la rh&#233;torique antifasciste soit arriv&#233;e en bout de course devrait paraitre assez clair pour quiconque, surtout aujourd'hui o&#249; tout le monde se proclame &#171; antifasciste &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous, y compris l'actuel pr&#233;sident de la Chambre (si, lui-m&#234;me, l'ex-dauphin d'Almirante, ce fusilleur de Partisans). Si si. Mais ceci est l'effet de l'obsolescence des mots et de leur sens : le terme &#171; fasciste &#187; a tellement &#233;t&#233; utilis&#233;, et on en a tellement abus&#233;, qu'il finit par d&#233;finir tout et son contraire ; et au final, pratiquement rien. Pourquoi donc utiliser encore et toujours ce terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, une pr&#233;cision. Laissons de c&#244;t&#233; les &#233;lucubrations s&#233;mantiques. Suis-je antifasciste, oui ou non ? Je suis un ennemi du fascisme, bien s&#251;r. Mais la d&#233;finition &#171; antifasciste &#187; provoque chez moi un certain agacement. Elle est trop r&#233;duite et suffocante. Je pense que l'antifascisme est effectivement une bonne chose, mais de fa&#231;on tr&#232;s partielle. A peine s'organise-t-il qu'il veut se transformer en totalit&#233;, il devient alors une calamit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour m'exprimer plus clairement, j'utiliserai une analogie. Vous croyez en Dieu ? Moi non, je ne crois en aucun &#234;tre supr&#234;me. En cela, je suis hostile &#224; toute religion, quelle qu'elle soit, car elles construisent toutes leur pouvoir sur la pr&#233;tendue existence de ce Dieu fantasm&#233;. Je suis certainement ath&#233;e. Et ceci fait de moi en m&#234;me temps un anti-chr&#233;tien, un anti-musulman, un anti-juda&#239;que, etc...&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ces derniers traits sont pour moi secondaires, ils m'appartiennent sans me caract&#233;riser enti&#232;rement. Ils sont, pour l'instant, des descriptions partielles qui, prises isol&#233;ment, n'expriment pas l'enti&#232;ret&#233; de mon &#234;tre. Ils sont les vieilles demi-v&#233;rit&#233;s qui &#224; force d'&#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;es, risquent de devenir des mensonges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;monstration ? Mettons que quelque jeune homme occidental m'approche et m'invite &#224; participer &#224; une initiative anti-musulmane. Que devrais-je faire, accepter ? Ne plaisantons pas. Je suis contre l'Islam, certes, mais pas seulement. Je sais trop bien que la lutte contre l'Islam attire des hordes de jeunes crois&#233;s en chemises noires ou vertes pour que ce genre de proposition pue imm&#233;diatement l'int&#233;grisme catholique.&lt;br class='autobr' /&gt;
De la m&#234;me fa&#231;on, si une jeune orientale m'abordait et m'invitait &#224; une initiative anti-chr&#233;tienne, je d&#233;clinerais l'offre. Je suis antichr&#233;tien, je l'admets, mais pas seulement. Parce que je n'aime pas non plus la compagnie de celui qui fait de la lutte contre l'Eglise sa propre guerre sainte, je r&#233;pugne trop au fondamentalisme islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je devais me d&#233;finir sur la base des mes id&#233;es vis-&#224;-vis de la religion, j'userais uniquement du terme ath&#233;e. Tout autre d&#233;finition, pourtant correcte en elle-m&#234;me, me semblerait trop limit&#233;e, trop vague et ambig&#252;e. Aussi parce que chaque initiative antichr&#233;tienne, pour m'int&#233;resser, doit manifester clairement son hostilit&#233; envers toute religion. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cela limiterait les occasions de rencontres et les contacts avec d'autres exp&#233;riences ? J'en suis conscient. Mais de certaines rencontres et contacts je tiens &#224; me pr&#233;server...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien, prenez ce raisonnement et transposez-le du R&#232;gne des Cieux aux &#201;tats de la Terre. Le r&#233;sultat est le m&#234;me. Je suis ennemi du fascisme, mais &#233;galement ennemi de la d&#233;mocratie. Entre le b&#226;ton et la carotte, entre la tyrannie du nombre et la tyrannie de quelques-uns, je ne vois pas de grandes diff&#233;rences. Pour moi il ne s'agit que de formes particuli&#232;res que l'Etat peut assumer, selon les circonstances et les exigences, pour imposer sa propre autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais celui qui veut se lib&#233;rer de cette domination parce qu'il consid&#232;re que toute forme d'autorit&#233; est la n&#233;gation de la libert&#233;, ne peut que les rejeter l'une et l'autre, avec m&#234;me force et d&#233;termination.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour cette raison, je n'arrive pas &#224; &#233;prouver une quelconque sympathie pour l'antifascisme, pas plus que pour l'anti-d&#233;mocratisme. Je me rends compte que le premier attire plus de gens &#171; bien intentionn&#233;s &#187;, et le second plus de personnes &#171; mal-intentionn&#233;es &#187;. Mais les intentions, aussi &#171; bonnes &#187; ou &#171; mauvaises &#187; soient-elles, ne doivent jamais b&#226;illonner l'esprit critique.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'antifascime reste un r&#233;ceptacle du d&#233;mocratisme le plus born&#233;, et que tant de r&#233;volutionnaires ont soutenu par le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme cela a &#233;t&#233; confirm&#233; depuis quelques temps, &#224; part d&#233;verser des cris d'alarme &#224; propos des agressions commises par des milices &#171; fascistes &#187;, l'antifascisme n'est pas parvenu &#224; exhumer sa vieille rh&#233;torique. Le culte de la charogne n'est pas seulement rentable avec les humains, mais aussi avec les id&#233;es. Ignor&#233; tant qu'il n'y avait plus de chemises noires &#224; l'horizon, d&#233;sormais le drapeau de l'antifascisme est agit&#233; pour son pouvoir mobilisateur. Un drapeau est un drapeau, il sert &#224; rassembler autour de lui. L'antifascisme ayant &#233;t&#233; largement critiqu&#233;, m&#234;me s'il s'av&#233;rait le plus efficace num&#233;riquement parlant, il faudrait pourtant le ranger au fond d'un placard, ou l'enterrer.&lt;br class='manualbr' /&gt;La dignit&#233;, la coh&#233;rence, l'amour-propre... Autant de tr&#232;s belles choses, pour s&#251;r, mais qui s'en soucie ? Comme le disait avec innocence une vieille canaille d'ex-ministre : &#171; il ne faut pas confondre &#233;thique et politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi au contraire, ent&#234;t&#233; que je suis, je continue de penser que la lutte contre le fascisme ne doit pas &#234;tre noy&#233;e dans la marre antifasciste, faite d'eaux si troubles qu'on s'y perdrait &#224; coup s&#251;r. Cela serait non seulement nuisible d'un point de vue th&#233;orique, mais sur le long terme, cela le deviendrait &#233;galement sur le plan pratique une fois l'illusion quantitative &#233;vapor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les miliciens qui se sont r&#233;cemment multipli&#233;s dans les rues sont une excroissance, voir un reflet du monde dans lequel nous vivons ; ils en sont peut-&#234;tre la partie la plus visible et la plus &#233;c&#339;urante, mais rien de plus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est n&#233;cessaire de s'auto-d&#233;fendre contre leurs agressions, et de les neutraliser &#224; l'occasion, mais sans pour autant en faire l'ennemi public num&#233;ro un. Les mettre sous le feu des projecteurs contribue &#224; attirer l'attention g&#233;n&#233;rale et &#224; choquer les bonnes &#226;mes, &#231;a se comprend, mais cela permet aussi de laisser prolif&#233;rer dans l'ombre tout ce qui pr&#233;c&#232;de, entoure et produit ces horreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas qu'on puisse taire cet aspect, sous pr&#233;texte de &#171; proximit&#233; &#187;. Si tant de subversifs ne l'ont pas fait lorsque, dans les ann&#233;es 1920/1930, le fascisme r&#233;gnait et brutalisait le pays tout entier, pourquoi devrions-nous le faire aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Ma tu, sei antifascista si o no ? &#187;&lt;/i&gt;. Texte extrait de Machete N&#176;3. Traduit et adapt&#233; de l'italien par Non Fides. Extrait de la brochure &lt;i&gt;L'anarchisme contre l'antifascisme&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'antifascisme est le pire produit du fascisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'antifascisme, ces derni&#232;res ann&#233;es, est intervenue exclusivement en r&#233;action &#224; de graves attaques consid&#233;r&#233;es comme n&#233;o-fascistes. La r&#233;ponse a pris, au mieux, la forme d'une multitude de d&#233;clarations grandiloquentes appelant &#224; la lutte contre ce n&#233;o-fascisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est que l'essentiel de ces r&#233;actions montrent le lien ind&#233;fectible entre l'antifascisme comme id&#233;ologie, et son sempiternel bagage rh&#233;torique, mythomane et alarmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme, comme d'autres terrains d'action s&#233;par&#233;s (animalisme, antimilitarisme, antiracisme, antisexisme), sont de fait limit&#233;s (et limitant) &#224; une r&#233;action antagoniste partielle, et quasiment nuls en ce qui concerne la projectualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque effort d'&#233;mancipation qui ne se rapporte pas &#224; la subversion int&#233;grale, &#224; l'auto-d&#233;termination, est de fa&#231;on tragique vou&#233; &#224; l'&#233;chec. La r&#233;sistance a devant elle un avenir d&#233;mocratique, donc non-r&#233;volutionnaire, et elle n'emp&#234;che ni la perte de libert&#233;, ni ce que nous consid&#233;rons comme des attaques liberticides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les attaques n&#233;o-fascistes, au m&#234;me titre que l'exploitation des humains, des animaux et des ressources naturelles, prolif&#232;rent sur le terrain fertile de l'id&#233;ologie et de la paix sociale, qui savent si bien s'y adapter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le manque de perspectives r&#233;volutionnaires nous pousse de plus en plus vers le conformisme du &#171; &lt;i&gt;moins pire possible&lt;/i&gt; &#187;, et ce m&#234;me conformisme laisse la voie ouverte &#224; une progression lente et inexorable de la perte de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, l'attitude de ceux qui pr&#233;f&#232;rent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des victimes plut&#244;t que comme des partisans de la subversion se distingue dangereusement, car les r&#233;volutionnaires sont incompris des &#171; &lt;i&gt;masses&lt;/i&gt; &#187;, celles-l&#224; m&#234;mes qui s'acoquinent tant&#244;t avec les populistes, tant&#244;t avec les victimistes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sont antifascistes &#233;galement ceux qui r&#233;&#233;crivent l'histoire des anarchistes morts au combat, en leur collant l'appellation crapuleuse de &#171; &lt;i&gt;communistes&lt;/i&gt; &#187;. Antifascistes ceux qui ont vot&#233; pour les centres de r&#233;tention, pour l'intervention militaire au Kosovo, pour la l&#233;galisation des squats, et qui ont ferm&#233; les yeux lorsque la r&#233;pression du juge Marini s'est abattue sur les anarchistes durant l'op&#233;ration Cervantes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sont encore ceux qui, face &#224; des pratiques d'attaques (ou seulement des pratiques radicales), participent &#224; la d&#233;lation ; antifascistes, toujours, les esth&#232;tes de l'affrontement &#224; coup d'explosifs et de poignards, mais seulement lorsque cela se produit &#224; des milliers de kilom&#232;tres de chez eux. M&#234;me les pompiers, en somme, sont antifascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, sur le front antifasciste, de la place pour tous les types d'autoritarisme et de confusion. Pas de quoi s'&#233;tonner alors qu'une lutte si partielle tienne uniquement &#224; coup de slogans, de symboles et de folklore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actions coup-de-poing men&#233;es par les n&#233;o-fascistes sont la partie visible de l'iceberg ; mais sans critique pratique anti-autoritaire, toute r&#233;action &#224; ces violences sera impossible. De la m&#234;me fa&#231;on qu'il sera impossible d'attaquer le monde qui produit de telles horreurs sans une critique globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t clairement qu'agir sur le mode de l'urgence, du particulier, fait le jeu de tous les politiciens qui, soulevant leur propre petit drapeau, visent &#224; limiter et encadrer la r&#233;volte, pour maintenir non seulement la paix sociale dans laquelle ils prosp&#232;rent, mais &#233;galement, avec le bon vieux pr&#233;texte historique du Front Antifasciste, pour accompagner toute forme de lutte d&#233;mocratique et institutionnelle, r&#233;cup&#233;rant et &#233;touffant les antagonismes v&#233;ritables sous le poids mort de l'Unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De deux choses l'une : soit l'antifascisme s'inscrit dans une perspective anti-autoritaire, soit il restera une pauvre agitation rituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des anti-autoritaires effront&#233;s&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Turin, 20/7/05.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Il Peggior prodotto del fascismo e' l'antifascismo&lt;/i&gt; &#187;. Texte &#233;manant d'El Paso occupato (ne'centro ne'sociale... ne'squat) de Turin. Traduit et adapt&#233; de l'italien par Non Fides. Extrait de la brochure &lt;i&gt;L'Anarchisme contre l'antifascisme&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Clore d&#233;finitivement la partie contre le fascisme, mais &#224; notre fa&#231;on &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 25 avril 1945, &#224; la chute d&#233;finitive du r&#233;gime, une extr&#234;me all&#233;gresse s'est d&#233;cha&#238;n&#233;e dans toutes les formations de partisans parmi ceux qui avaient d'abord mal support&#233; le fascisme, et qui avaient ensuite risqu&#233; leur vie pendant des ann&#233;es sur les montagnes : l'euphorie de ceux qui avaient eu raison de l'ennemi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la r&#233;volte arm&#233;e avait cr&#233;&#233; une situation r&#233;solument diff&#233;rente, pour autant &#224; nous anarchistes, la nouvelle p&#233;riode ne nous apparaissait pas comme le paradis sur terre. On peut dire qu'on &#233;tait pass&#233; d'une situation monopartidaire dictatoriale &#224; une autre, plus lib&#233;rale, qui admettait plusieurs partis au gouvernement. On &#233;tait pass&#233; d'une forme de capitalisme autarcique &#224; une forme de capitalisme international. L'id&#233;ologie propag&#233;e par le nouveau r&#233;gime, entre autres par les partis, &#233;tait d&#233;cid&#233;ment cl&#233;ricale &#8212;au sens le plus moyen&#226;geux du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur peut imaginer quel genre de r&#233;flexions ont pu faire mes proches et mes compagnons sur cette situation. Je n'exag&#232;re pas en disant que les catholiques, &#224; Carrare et dans sa province, ont toujours &#233;t&#233; une minorit&#233; ethnique en voie d'extinction, et qu'on n'a jamais aim&#233; ni pu supporter les pr&#234;tres. Cette nouvelle r&#233;alit&#233; d&#233;mocratico-cl&#233;ricale, outre la pr&#233;sence des Am&#233;ricains &#224; la maison, d&#233;tonnait, ne nous enchantait pas, ne nous plaisait gu&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, anarchistes, avons de toute fa&#231;on commenc&#233; &#224; nous organiser d&#232;s le 26 avril : nous avons form&#233; des groupes et r&#233;organis&#233; la F&#233;d&#233;ration Anarchiste Italienne. Nous sommes pass&#233;s de la clandestinit&#233; &#224; une forme de propagande et de lutte typiques d'un r&#233;gime &#224; libert&#233;s formelles garanties. A partir du 26 avril, avec d'autres compagnons, nous avons d&#233;cid&#233; de clore d&#233;finitivement la partie contre le fascisme, mais &#224; notre fa&#231;on. En fait, apr&#232;s avoir chass&#233; les&lt;br class='autobr' /&gt;
Allemands, je n'avais nullement l'intention d'oublier tout le reste. Que la r&#233;volution se fasse ou non, je ferai la mienne. Je ferai payer aux tyrans, aux affameurs, aux propri&#233;taires, toute la faim, la mis&#232;re et la d&#233;sesp&#233;rance du fascisme. Je voulais les pers&#233;cuter comme eux nous avaient pers&#233;cut&#233;s. Ma vengeance aurait &#233;t&#233; mon pardon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les nouveaux patrons n'&#233;taient pas de cet avis : Pietro Nenni par exemple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pietro Nenni (1891-1981) : Inscrit au Parti socialiste &#224; partir de 1921, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, commissaire aux &#233;purations, ne s'en est pas pris aux gros poissons, aux requins. Il a pr&#233;f&#233;r&#233; frapper les jeunes, les sympathisants de village, quelques pauvres cr&#233;tins qui comptaient pour du beurre. Gr&#226;ce &#224; cette man&#339;uvre, l'Etat italien se retrouva avec une magistrature et une police &#224; nouveau pleines de cadres fascistes. Le procureur de G&#234;nes savait par exemple tr&#232;s bien que nous, les victimes du fascisme, n'aurions pas pardonn&#233; si facilement et si catholiquement aux fascistes et &#224; leurs souteneurs. J'imagine que ce m&#234;me procureur, rien qu'en lisant mon dossier, avait compris &#224; quel individu il avait &#224; faire. C'est pour cela que j'ai ensuite pass&#233; 32 ann&#233;es en prison. Mon crime : avoir lutt&#233; contre le fascisme et l'avoir &#171; vaincu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; par les policiers de la R&#233;publique bourgeoise n&#233;e de la R&#233;sistance au cours d'un guet-apens, en mai 1945 &#224; La Spezia, o&#249; j'&#233;tais en train de d&#233;busquer des fascistes que personne n'avait envie de d&#233;nicher. J'&#233;tais seul dans l'embuscade qui me fut tendue, mais des compagnons comme Giovanni Zava, qui avaient fait la r&#233;sistance &#224; Serravezza et dans la r&#233;gion de Pistoia, furent faits prisonniers presque en m&#234;me temps pour les m&#234;mes raisons. On nous accusait d'avoir particip&#233; &#224; la fusillade de 1942, au cours de laquelle un policier avait &#233;t&#233; tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Belgrado Pedrini.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Chapitre 6 : &lt;i&gt;L'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre&lt;/i&gt;, extrait de &lt;i&gt;&#171; Nous f&#251;mes les rebelles, nous f&#251;mes les brigands... &#187;&lt;/i&gt; de Belgrado Pedrini, &#233;d. &lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mutines S&#233;ditions&lt;/a&gt;, 144 p., novembre 2005, pp. 61-63]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques attentats antifascistes de la d&#233;cennie 1923-1933&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Liste d'actions mentionn&#233;es en note dans le rapport secret adress&#233; par l'anarchiste Emilio Strafelini en ao&#251;t 1933 &#224; l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), par l'interm&#233;diaire du Comit&#233; d'&#233;migration de Paris (&#224; l'&#233;poque, Emilio se trouvait dans la capitale fran&#231;aise). Ces actions, avec d'autres et en plus des tentatives c&#233;l&#232;bres d'assassiner Mussolini men&#233;es par les anarchistes Lucetti, Sbardellotto, Zamboni et Schirru, confirment une fois de plus que la r&#233;volte arm&#233;e contre le fascisme n'a pas commenc&#233;e le 8 septembre 1943, comme l'historiographie lib&#233;rale et stalinienne l'ont toujours pr&#233;tendu. Il y a eu des compagnons qui n'ont attendu aucune consigne d'un parti ni aucune collaboration des troupes alli&#233;es pour s'insurger, armes en main, contre le capitalisme en chemise noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le 3 septembre 1923 &#224; Paris&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Mario Castagna, suite &#224; une agression, tue &#224; coups de revolver le fasciste Gino Jeri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En f&#233;vrier 1924&lt;/strong&gt;, s&#233;rie d'attentats en France contre les &#171; case del fascio &#187; [si&#232;ges locaux des fascistes mussoliniens] et les consulats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le 20 f&#233;vrier 1924 &#224; Paris&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Ernesto Bonomi &#233;limine Nicola Bonservizi, secr&#233;taire des fascistes italiens &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En 1926&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Vincenzo Capuana est condamn&#233; aux Etats-Unis pour un attentat contre le si&#232;ge du Corriere d'America dirig&#233; par Luigi Barzini &#224; New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En septembre 1927&lt;/strong&gt;, attentat contre le comte Nardini, consul fasciste &#224; Paris, l'&#339;uvre de l'anarchiste Di Modugno.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En ao&#251;t 1928&lt;/strong&gt;, attentat anarchiste &#224; St Rapha&#235;l (France) contre le consul fasciste Di Muro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En 1929 meurt pr&#232;s de Paris&lt;/strong&gt;, suite aux privations et tortures subies en prison, le jeune anarchiste Malaspina, impliqu&#233; (et absout pour manque de preuves) dans un atentat explosif contre la &#171; Casa del fascio &#187; de Juan-les-Pins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt; &lt;strong&gt;Le 24 octobre &#224; Bruxelles&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;, le socialiste Fernando De Rosa tire un coup de pistolet contre le prince Umberto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Dans les ann&#233;es 1930 et 1931&lt;/strong&gt;, s&#233;rie d'attentats en Italie contre les si&#232;ges et repr&#233;sentants fascistes, &#224; Barrafranca, Antignano, d'Asti, Piacenza, Poggio Catino, Varale, Milan, Montevecchio, dans les Pouilles, &#224; Bologne, Turin et G&#234;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En 1930&lt;/strong&gt;, un bourreau de la Milice fasciste de Faentino est &#233;limin&#233;. Au cours d'une fusillade qui s'en suit, 9 fascistes sont bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le 7 octobre 1930&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Giovanni Cavolcoli tire contre le chef [Podesta] et le secr&#233;taire du parti fasciste de Villasanta (pr&#232;s de Milan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le 2 avril 1931&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Doro Rossoni assassine &#224; Sarzana l'industriel Di Biasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En mai 1931&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Tranquillo Pusteria est arr&#234;t&#233; &#224; Arezzo, on lui attribue l'intention de commettre des attentats terroristes ; les quatre autres co-inculp&#233;s, tous des travailleurs, fuient en Suisse mais sont reconduits aux autorit&#233;s fascistes et condamn&#233;s pour tentative de massacre, d&#233;tention d'armes et d'explosifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1932&lt;/strong&gt;, trois anarchistes sont arr&#234;t&#233;s &#224; Paris, surpris en train de transporter une valise pleine d'explosifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Toujours en 1932&lt;/strong&gt;, attentat anarchiste contre le si&#232;ge marseillais des anciens-combattants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En &#233;t&#233; 1933&lt;/strong&gt;, s&#233;rie d'attentats explosifs &#224; Livourne, mis en &#339;uvre par des anarchistes et communistes contre la caserne de la Milice et quelques lieux fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Extrait d'un num&#233;ro sp&#233;cial d'Adesso, que l'on peut lire sur le site de &lt;a href=&#034;http://toutmondehors.free.fr/italie/Rovereto/italadesso090304.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tout le Monde Dehors&lt;/a&gt;.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notre Antifascisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Severino Di Giovanni, n&#233; &#224; Chieti (Italie) en 1901, &#233;migre &#224; Buenos Aires en 1923 juste apr&#232;s l'arriv&#233;e des fascistes au pouvoir dans son pays natal. Sa br&#232;ve vie sera marqu&#233;e par une agitation incessante, entre les journaux qu'il animera (Culmine, Anarchia) ou dans lesquels ils publiera (L'Adunata dei Refrattari), les tracts, brochures et livres qu'il s'acharnera &#224; publier, mais aussi toute une s&#233;rie d'expropriations et d'actions diffuses, et sans oublier la tentative de faire &#233;vader des complices emprisonn&#233;s. Ses attaques explosives viseront en particulier les int&#233;r&#234;ts italiens (du consulat &#224; des domiciles ou commerces de fascistes install&#233;s en Argentine), mais aussi am&#233;ricains lors de la campagne internationale pour tenter d'arracher Sacco et Vanzetti &#224; la chaise &#233;lectrique. Arr&#234;t&#233; le 29 janvier 1931 apr&#232;s avoir tu&#233; un dernier flic et bless&#233; un autre dans sa fuite, il sera fusill&#233; trois jours apr&#232;s (son ami et complice argentin, Paulino Scarf&#242;, le sera le lendemain).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1926/d&#233;but 1927, date des deux textes de Di Giovanni que nous avons r&#233;unis, la question de la lutte arm&#233;e contre le fascisme italien se posait &#224; bien peu de monde en-dehors des anarchistes et de quelques rares autres r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons ainsi que le parti communiste italien s'est par exemple oppos&#233; aux Arditi del Popolo qui, en 1921/22, ont tent&#233; dans plusieurs villes de r&#233;sister les armes &#224; la main avec la population &#224; la progression fasciste vers le pouvoir. Quant aux dirigeants socialistes, les m&#234;mes qui avaient contribu&#233; &#224; envoyer des milliers de prol&#233;taires au massacre &#224; partir de 1915, ils signaient un accord de non-agression avec leurs homologues fascistes en ao&#251;t 1921 dans le dos de ces m&#234;mes Arditi. Enfin, pr&#233;cisons que d&#232;s 1931, Togliatti, dirigeant historique du PCI r&#233;fugi&#233; &#224; Moscou, d&#233;fendra au nom de son Parti la th&#232;se de s'infiltrer lentement dans les structures du r&#233;gime plut&#244;t que de l'affronter, et publiera m&#234;me en ao&#251;t 1936 son Appel aux fascistes pour leur proposer une alliance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; arm&#233;e &#187; antifasciste grossit terriblement. Elle enfle comme un torrent limoneux et trouble qui charrie avec lui tous les d&#233;bris de la temp&#234;te, tous les rebuts du r&#233;gime dictatorial (Sala, Fasciolo, Bazzi, Rossi, Rocca&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit d'ex-fascistes tous plus d&#233;testables les uns que les autres, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), ce sombre ramassis d'aventuristes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ricciotti Garibaldi, Raimondo Sala et d'autres personnages c&#233;l&#232;bres plus occultes (dont pourraient aussi faire partie les fr&#232;res Ezio et Peppino Garibaldi, ne serait-ce que pour ne pas faire mentir cette lign&#233;e de tra&#238;tres qu'a si bien engendr&#233;e le fils du H&#233;ros des deux mondes disparu il y a peu de temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giuseppe Garibaldi (1807-1882) est consid&#233;r&#233; officiellement comme un des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) sont en train de nous faire subir la m&#234;me trahison inf&#226;me qu'ils ont si bien drap&#233;e d'une chemise rouge.&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui pourrait en effet nous assurer que n'importe quel ex-fasciste ne reparte pas demain, malgr&#233; les mesures ridicules prises par l'infantilisme du Duce, rejoindre les rangs des t&#234;tes de mort et se mettre une fois encore au service de l'Iscariote [Mussolini] ? Pourrons-nous un jour redonner notre confiance &#224; un Massimo Rocca&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Massimo Rocca (1884-1973) est un bon exemple de ces figures vilipend&#233;es par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au nom du seul fait qu'il ait &#233;crit les pages les plus accusatrices contre le chef des Chemises Noires ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Pourrons-nous refaire confiance &#224; tant d'abjection incarn&#233;e ? A des hommes n&#233;s pour trahir, aussi bien nous que les fascistes ? A des hommes qui ont aid&#233; les sicaires &#224; aff&#251;ter leurs armes ? Je ne crois pas !&lt;br class='manualbr' /&gt;Notre calvaire a &#233;t&#233; tr&#232;s douloureux, nous avons d&#233;j&#224; trop mis notre confiance dans les mains du premier aventurier venu, pour r&#233;p&#233;ter une fois encore les m&#234;mes erreurs et consacrer &#224; nouveau de fausses idoles.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous devons repousser au loin tous ces mis&#233;rables, seulement dignes des plus louches march&#233;s, ces alchimistes de la bonne foi des autres, ces canailles qui nagent encore dans le sang des victimes, un sang qu'ils ont sem&#233; en abondance tout au long de la route qu'ils ont parcourue.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous devons rester nous-m&#234;mes &#8211;sans la Tch&#233;ka rouge et sans la Tch&#233;ka noire, sans Fasciolo et sans Rossi, et sans les politicailleries pseudo r&#233;volutionnaires&#8211; &#234;tre nous-m&#234;mes, anarchistes de foi, anarchistes dans la foi, anarchistes avec la foi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; eux, ils peuvent aussi bien s'&#234;tre d&#233;lect&#233;s au creuset de toutes les bassesses, s'auto-d&#233;signer antifascistes &#224; pr&#233;sent pour avoir une plus grande part d'h&#233;ritage lorsque le fascisme d&#233;c&#233;dera, que mener &#224; leur tour une autre politique fasciste demain, lorsqu'ils seront enfin assis au poste de commande.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous ne pouvons pas les emp&#234;cher de se proclamer antifascistes. Qu'ils s'agitent, qu'ils s'embrassent, qu'ils s'aiment et qu'ils s'enlacent, certes, mais entre eux. Sans nous contaminer et sans nous imiter avec ce mot : antifascisme, un mot qui prend pour nous un sens plus r&#233;volutionnaire, plus sublime et plus insurrectionnel.&lt;br class='manualbr' /&gt;Avec eux &#8211;comme avec les fascistes&#8211;, il ne pourra jamais y avoir de r&#233;conciliation. Au m&#234;me titre que les phalanges &#224; t&#234;te de mort d'aujourd'hui, ils ont hier (oui, eux, les antifascistes d'aujourd'hui, les opposants et r&#233;fugi&#233;s politiques, ceux qui ont v&#233;g&#233;t&#233; dans les marais m&#233;phitiques de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente) &#233;t&#233; des maquereaux, ils ont v&#233;cu dans les coulisses du Viminale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Viminale : Palais pr&#233;sidentiel italien.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou dans les chambres du Parlement, appuyant ou soutenant le r&#233;gime et ses infamies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons rester loin d'eux et, au m&#234;me titre, refuser tout contact avec n'importe quelle classe d'aventuriers, car ils peuvent d'un moment &#224; l'autre devenir les plus terribles de nos perfides adversaires, les plus abjects des cracheurs de venin qui, comme des serpents, viennent se nicher en notre sein pour nous blesser ensuite de leur morsure mortelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Notre dynamisme, une vigueur exub&#233;rante, une t&#233;nacit&#233; sans fin, un h&#233;ro&#239;sme extr&#234;me et un sacrifice qui s'&#233;l&#232;ve au-del&#224; de la gloire sont des bases inexpugnables sur lesquelles nous pouvons compter, sans avoir besoin de rien ni de personne pour livrer la bataille finale que nous avons engag&#233;e contre le fascisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Donnons &#224; la pl&#232;be &#8211;dont nous sommes la partie rebelle&#8211; le courage et la confiance, soyons de fer devant nos consciences d'acrates, ne reculons pas d'un pouce sur la base de nos id&#233;es, et les plus belles victoires couronneront notre travail d'agitation f&#233;brile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Libres, sans la ris&#233;e obsc&#232;ne de contacts impurs, demeurant alertes contre le fascisme et contre l'antifascisme occasionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[Severino Di Giovanni, &lt;i&gt;Il nostro antifascismo&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans &lt;i&gt;Culmine n&#176;16&lt;/i&gt;, 23 d&#233;cembre 1926]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment se battre ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas se leurrer sur les potentialit&#233;s du fascisme : de l'ext&#233;rieur, il pourra se d&#233;sagr&#233;ger au premier choc venu contre un adversaire aguerri, parce qu'une grande partie de ses &#8220; h&#233;ros &#8221; rassemble soit des embusqu&#233;s de la derni&#232;re guerre soit des &#8220; valeureux &#8221; habitu&#233;s &#224; se battre contre des ennemis d&#233;sarm&#233;s ; mais de l'int&#233;rieur, il s'appuie sur une forte structure militaire et polici&#232;re.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant aux grandes masses populaires et prol&#233;taires, elles sont encore trop terroris&#233;es et avilies, elles ressentent encore trop am&#232;rement les trahisons pass&#233;es et &#224; venir pour pouvoir r&#233;pondre au premier appel insurrectionnel. Les derni&#232;res lois r&#233;pressives et l'assignation &#224; r&#233;sidence ont &#233;galement affaibli davantage encore les r&#233;sistances actives et intelligentes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il en d&#233;coule que vouloir lancer d&#232;s aujourd'hui un assaut frontal est t&#233;m&#233;raire, et qu'il pourrait se conclure par un de ces massacres que le fascisme r&#234;ve d'accomplir afin de consolider son pouvoir.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'autre part, seule l'action peut servir contre le fascisme. On doit agir pour le vaincre en cherchant les conditions d'un effritement qui rendront &#224; leur tour possibles des mouvements g&#233;n&#233;raux &#224; plus large &#233;chelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;A tous ceux qui veulent harceler l'ennemi jusqu'&#224; l'&#233;puiser, nous sugg&#233;rons donc, en Italie et ailleurs, une gu&#233;rilla autonome et en ordre dispers&#233;, compos&#233;e de petites entit&#233;s plus difficilement atteignables et identifiables.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que se forment donc dans les diff&#233;rents milieux et les diff&#233;rents cercles des comit&#233;s restreints ou des groupes d'action. Il n'est pas dit que chacun doive n&#233;cessairement accomplir des actes violents ; que chacun accomplisse en revanche des actions qui offensent l'ennemi en fonction des attitudes, capacit&#233;s et moyens des membres d'un groupe d&#233;termin&#233;, constitu&#233; par l'affinit&#233; et la confiance r&#233;ciproque. Que chaque groupe fasse et accomplisse sa part d'actions sans se demander ce que feront les autres groupes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous tendus vers un but unique. Et parce que l'ennemi veille, attentif et insidieux, que chaque comit&#233; et groupe d'action connaisse et contr&#244;le ses membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop de ren&#233;gats de tous les partis &#8211;hier peut-&#234;tre de bonne foi&#8211; ont rejoint le fascisme contre de l'argent, et il est probable que ce dernier tente, &#224; travers des &#233;l&#233;ments louches, d'organiser des complots et des intrigues pour simuler &#224; son tour l'existence de tels groupes. La plus grande prudence est donc n&#233;cessaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut aussi pr&#233;venir la population qu'il est tr&#232;s probable que le fascisme, en Italie et ailleurs, fasse accomplir des actes bestiaux et n&#233;fastes par ses sicaires pour les attribuer ensuite &#224; ses adversaires.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; un accord entre les diff&#233;rents groupes, y compris dans une m&#234;me ville, nous sommes de l'avis qu'il n'est pas urgent pour le moment. Ce serait imprudent et dangereux, car cela mettrait trop d'&#233;l&#233;ments &#224; la merci de tra&#238;tres &#233;ventuels.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si un vaste accord pour une action commune &#8211;et certainement pas avec ces &#233;l&#233;ments ambigus qu'a couv&#233; le fascisme et qui voudraient retourner &#224; ce pass&#233; qui fut un p&#232;re aimant pour le fascisme&#8211; doit se r&#233;aliser, il m&#251;rira automatiquement et logiquement lorsque les &#233;v&#233;nements m&#251;riront.&lt;br class='manualbr' /&gt;A pr&#233;sent, r&#233;p&#233;tons-le, il est souhaitable que les groupes d'action se multiplient sans que l'ennemi puisse se reposer, qu'ils soient pr&#234;ts &#224; lancer les n&#233;cessaires repr&#233;sailles, mais en d&#233;veloppant une action autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si une telle action d&#233;clenche une lutte sans piti&#233; et sans quartier, pas d'effarement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fascisme l'a voulu ainsi, cela doit &#234;tre ainsi, cela le sera !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[Severino Di Giovanni, &lt;i&gt;Il nostro antifascismo&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Culmine n&#176;16&lt;/i&gt;, 23 d&#233;cembre 1926 et extrait de &lt;i&gt;Per una maggior lotta contro il fascismo&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Culmine n&#176;18&lt;/i&gt;, 5 f&#233;vrier 1927]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; La guerre entre deux formes d'esclavage &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Italien d'origine, Antoine Gimenez, de son vrai nom Bruno Salvadori (1910-1982), a particip&#233; &#224; la guerre d'Espagne dans les rangs de la colonne Durruti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but des ann&#233;es 1930, il se r&#233;fugie &#224; Marseille. Il adopte une vie de trimardeur qui le m&#232;ne en Espagne dans les milieux subversifs de Barcelone.&lt;br class='autobr' /&gt;
La police politique de Mussolini le suivant partout il d&#233;cide d'acqu&#233;rir une nouvelle identit&#233; : le personnage d'Antonio Gimenez appara&#238;t en 1936.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;fugi&#233; &#224; Marseille apr&#232;s la guerre, il y r&#233;dige entre 1974 et 1976, ses Souvenirs, qu'il communique &#224; ses amis anarchistes peu avant sa mort en 1982. Ce court extrait conte le retour du front pour quelques jours &#224; Barcelone en Novembre 1936 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre passage &#224; Bujaraloz, on nous remit une forte somme d'argent. La solde de trois mois. Dix pesetas par jour pour essayer de nous faire tuer. C'&#233;tait pas trop mal pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais bien entendu dire que pour ne pas effaroucher les gouvernements des pays d&#233;mocratiques qui pouvaient nous aider en nous vendant des armes, le Comit&#233; r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; oblig&#233; de remettre en circulation les pesetas. Mais pour moi, ce fut comme une r&#233;v&#233;lation : la r&#233;volution avait &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en Russie, quelques temps apr&#232;s la victoire des masses ouvri&#232;res et paysannes, les chefs du Parti Communiste d&#233;clar&#232;rent qu'il fallait faire un pas en arri&#232;re et r&#233;tablir la valeur de la monnaie. Ce premier pas avait &#233;t&#233; suivi de beaucoup d'autres, et le peuple russe n'avait fait que changer de maitre : Apr&#232;s le tsar p&#232;re de toutes les Russies, le petit p&#232;re du peuple : Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barcelone ne fit qu'augmenter mon amertume : les ramblas regorgeaient de monde, la prostitution r&#233;gnait en souveraine sur la grande ville. Les miliciens en permission, reconnaissables &#224; la salopette (mono) qu'ils avaient adopt&#233;s, remplissaient les rues de leurs chants et de leurs rires sans voir que la cause &#233;tait trahie, la r&#233;volution morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restait plus que la guerre contre le fascisme, la guerre entre deux formes d'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Antoine Gimenez, &lt;i&gt;Les fils de la nuit. Souvenirs de la guerre d'Espagne&lt;/i&gt;, 1974-1976.]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Belgrado Pedrini&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Nous f&#251;mes les rebelles, nous f&#251;mes les brigands...&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; par Mutines S&#233;ditions, 144 p., novembre 2005. Il est possible de lire ce livre en ligne sur le site de Mutines S&#233;ditions : &lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://mutineseditions.free.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Antoine Gimenez&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Les fils de la nuit. Souvenirs de la guerre d'Espagne&lt;/i&gt;, 1974-1976, co&#233;dit&#233; par l'Insomniaque et Les Gimenologues. Il est possible de lire ce livre en ligne sur le site de l'Insomniaque : &lt;a href=&#034;http://insomniaqueediteur.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://insomniaqueediteur.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;A Corps Perdu&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; N&#176;2, Revue anarchiste internationale sortie en juillet 2009, on peut lire sur le sujet l'article &lt;i&gt;Radiographie d'un r&#233;gime&lt;/i&gt;. On peut y lire &#233;galement &lt;i&gt;Notre antifascisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Comment se battre ?&lt;/i&gt;, deux textes de &lt;strong&gt;Severino Di Giovanni&lt;/strong&gt; de d&#233;cembre 1926 et f&#233;vrier 1927. &lt;a href=&#034;http://www.acorpsperdu.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.acorpsperdu.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Contre l'antifascisme, contre l'&#201;tat&lt;/strong&gt;. Brochure &#233;dit&#233;e &#224; Grenoble par &lt;i&gt;Petit peuple du cagibi&lt;/i&gt;, 2005. Elle regroupe diff&#233;rents textes critiques sur le fascisme, son anti, et l'usage qui en est fait. Si les textes pr&#233;sents dans cette brochure ne partent pas du m&#234;me point de vue que ceux que vous avez entre vos mains (farouchement anti-marxiste), nous pensons qu'elle pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t certain pour des communistes libertaires souhaitant d&#233;passer l'antifascisme. Elle est lisible et t&#233;l&#233;chargeable sur le site infokiosques.net&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'article &lt;i&gt;Fascisme de la mis&#232;re, mis&#232;re de l'antifascisme&lt;/i&gt; extrait du journal &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Oiseau Temp&#234;te&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, s'int&#233;resse lui, &#224; l'antifascisme r&#233;formiste, une autre forme de l'antifascisme. Il s'att&#232;le &#224; d&#233;construire le discours derri&#232;re les &#171; fronts r&#233;publicains &#187; contre le fascisme, en prenant l'exemple r&#233;cent des pr&#233;sidentielles d'avril 2002, durant lesquelles le fasciste Jean-Marie Le Pen arrivait au second tour. Il est lisible en ligne sur le site de la CNT-AIT : &lt;a href=&#034;http://cnt-ait.info/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cnt-ait.info/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.non-fides.fr/spip.php?article385" class="spip_out"&gt;http://www.non-fides.fr/spip.php?ar...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Condamn&#233; &#224; mort par le fascisme, Pedrini se voit lib&#233;r&#233; en 1944 de la prison de Massa par un groupe de partisans. Condamn&#233; de nouveau en 1949, &#224; trente ans de prison cette fois pour avoir abattu, &#224; l'heure o&#249; c'&#233;tait devenu interdit, un policier aux sympathies fascistes av&#233;r&#233;es et expropri&#233; quelques industriels de Carrare, Milan et La Spezia, anciennement acquis au Duce, il n'en sortira qu'en toute fin de peine, au milieu des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le palais pr&#233;sidentiel italien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Il nostro antifascismo&lt;/i&gt;, extrait de Culmine N&#176;16, 23 d&#233;cembre 1926.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le texte &lt;i&gt;Che ne facciamo dell'antifascismo ?&lt;/i&gt;, publi&#233; dans la revue italienne &lt;i&gt;Anarchismo&lt;/i&gt; N&#176;74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme en Espagne o&#249; les Cenetistes Juan Garc&#237;a Oliver et Federica Montseny devinrent ministres de la Justice et de la Sant&#233;. Pour eux, la r&#233;volution sociale devait &#234;tre d&#233;fendue tout en maintenant l'&#201;tat anti-franquiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Giovanni Gentile (Castelvetrano, le 30 mai 1875 - Florence, le 15 avril 1944) &#233;tait un philosophe italien, id&#233;aliste et n&#233;o-h&#233;g&#233;lien, proche de Benedetto Croce. Il se d&#233;crit lui-m&#234;me comme le &#034;philosophe du fascisme&#034;, et a en grande partie r&#233;dig&#233; pour Benito Mussolini la Doctrine du fascisme en 1932. Il est &#233;galement &#224; l'origine de l'id&#233;alisme actuel, un courant philosophique qui entendait se distinguer de l'id&#233;alisme transcendantal de Kant et de l'id&#233;alisme absolu de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ezra Weston Loomis Pound (Hailey, Idaho, &#201;tats-Unis, 30 octobre 1885 - 1er novembre 1972 &#224; Venise) est un po&#232;te, musicien et critique am&#233;ricain qui a fait partie du mouvement moderniste du d&#233;but des ann&#233;es 1920 et qui est souvent rattach&#233; &#224; la G&#233;n&#233;ration perdue. Pound &#233;tait le chef de file de plusieurs mouvements litt&#233;raires et artistiques comme l'imagisme et le vorticisme. Pound &#233;tait &#233;galement un fervent supporter de Benito Mussolini, il fut critiqu&#233; pour ses prises de position antis&#233;mites. Son engagement aux c&#244;t&#233;s de Mussolini lui vaut d'&#234;tre condamn&#233; en 1945. Il est reconnu malade et intern&#233; jusqu'en 1958.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les chemises noires, ou Milice Volontaire pour la S&#233;curit&#233; Nationale (MVSN) &#233;tait la principale milice des fascistes italiens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;la r&#233;ceptivit&#233; &#224; se laisser p&#233;n&#233;trer et &#224; p&#233;n&#233;trer au point de ne plus craindre l'autre, mais plut&#244;t une conscience de ses propres limites et capacit&#233;s et donc aussi des limites et des capacit&#233;s de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pietro Nenni (1891-1981) : Inscrit au Parti socialiste &#224; partir de 1921, il en devient rapidement l'un des dirigeants, devenant r&#233;dacteur en chef du journal Avanti !. Il se r&#233;fugie en France &#224; l'automne 1926 et promeut un grand parti r&#233;formiste italien qui aboutit au Congr&#232;s de Paris de 1930, r&#233;unifiant les tendances non-communistes. Par la suite partisan d'un front uni avec ces derniers, il signe un &#171; pacte d'unit&#233; d'action &#187; en 1934 qui tiendra jusqu'&#224; la fin de la guerre, malgr&#233; le pacte germano-sovi&#233;tique de 1939. Si&#233;geant pour les socialistes dans le Comit&#233; de Lib&#233;ration Nationale (CLN), il devient vice-pr&#233;sident du Conseil et ministre charg&#233; de la Constitution de juin 1945 &#224; juillet 1946 (gouvernements de gauche Parri, puis de droite De Gasperi), puis ministre des affaires &#233;trang&#232;res jusqu'en janvier 1947 (second gouvernement De Gasperi). Il fut aussi Haut Commissaire charg&#233; de l'&#233;puration, de juin 1945 &#224; la suppression de ce poste en f&#233;vrier 1946, et r&#233;dacteur de la loi (en fait un d&#233;cret entr&#233; en vigueur le 14 novembre 1945) qui porte son nom. Elle eu pour effet de diminuer consid&#233;rablement l'&#233;puration en cours, confiant par exemple aux administrations publiques la charge de s'&#233;purer elles-m&#234;mes, malgr&#233; leurs 23 ann&#233;es de bons et loyaux services pass&#233;es au service du fascisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur ses fonctions de &#171; grand &#233;purateur &#187;, voir Hans Woller, I conti con il fascismo. L'epurazione in Italia (1943-1948), il Mulino (Bologne), 1997, pp. 437-511&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit d'ex-fascistes tous plus d&#233;testables les uns que les autres, et qui ont fini en exil suite &#224; des dissensions internes au r&#233;gime de Mussolini. Raimondo Sala et Massimo Rocca &#233;taient par exemple membres d'Italia Libera (courant monarchiste et nationaliste) avant de devoir s'exiler. Bazzi et Rossi, deux ex-membres du Parti Fasciste, &#233;taient alors en exil &#224; France : leur nom est devenu c&#233;l&#232;bre lorsqu'ils furent attaqu&#233;s &#224; Paris en mars 1926 par Mingrino, un ex-d&#233;put&#233; socialiste fondateur des Arditi del Popolo, manipul&#233; par les services fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Giuseppe Garibaldi (1807-1882) est consid&#233;r&#233; officiellement comme un des p&#232;res de la nation pour sa contribution arm&#233;e &#224; la r&#233;unification de l'Italie. Il est surnomm&#233; le &#8220; h&#233;ros des deux Mondes &#8221;, pour ses combats aussi bien en Am&#233;rique du Sud (Br&#233;sil, Uruguay, Argentine) qu'en Europe. Son quatri&#232;me fils, Riciotti (1847-1924), apr&#232;s avoir combattu &#224; la t&#234;te de l&#233;gions garibaldiennes en France (1870) et en Gr&#232;ce (1897, 1912), finira par rejoindre le fascisme. L'un des fils de Riciotti, Ezio Garibaldi (1894-1971), rejoint &#224; son tour le fascisme, dont il fut notamment l'ambassadeur &#224; Mexico en 1923/24 puis d&#233;put&#233; de 1924 &#224; 1934. L'autre fils de Riciotti cit&#233; ici, Peppino Garibaldi (1879-1950), a &#233;t&#233; mercenaire pour de nombreuses arm&#233;es (l'Empire Anglais contre les Boers Afrique du Sud en 1903, V&#233;n&#233;zuela, Guyane, Mexique contre le dictateur Diaz en 1910, la France contre les Allemands en 1914/15 puis Italie contre l'Autriche en 1915/18) avant de mener des actions contre Mussolini tr&#232;s confuses en 1922, notamment avec l'appui de responsables Francs-Ma&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Massimo Rocca (1884-1973) est un bon exemple de ces figures vilipend&#233;es par Di Giovanni. Apr&#232;s avoir &#233;crit dans des publications anarchistes, rejoint les socialistes autour du quotidien Avanti !, puis fait le choix de l'entr&#233;e en guerre de l'Italie (&#8220; interventionisme &#8221;), Rocca est ensuite pass&#233; du c&#244;t&#233; du journal fond&#233; par Mussolini (Popolo d'Italia), avant de continuer en devenant un des fondateurs du Mouvement Fasciste (1919) puis du Parti Fasciste (1921). En 1923, il fonde une opposition interne au fascisme, le courant dit &#8220; r&#233;visioniste &#8221;, qui s'opposera aux &#8220; intransigeants &#8221;. En 1924, il est exclu du Parti Fasciste, doit abandonner son mandat de d&#233;put&#233; et se r&#233;fugier en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Viminale : Palais pr&#233;sidentiel italien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La joie arm&#233;e</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article579</link>
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		<dc:date>2008-08-05T08:07:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alfredo M. Bonanno</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Joie arm&#233;e&lt;/strong&gt; a &#233;t&#233; &#233;crite &lt;i&gt;en 1977, au moment o&#249; des luttes r&#233;volutionnaires se d&#233;roulaient en Italie, il faut avoir &#224; l'esprit la situation de l'&#233;poque pour le lire aujourd'hui.&lt;br&gt;
Le mouvement r&#233;volutionnaire, y compris les anarchistes, &#233;taient dans une phase d'extension et tout semblait possible, m&#234;me une g&#233;n&#233;ralisation de l'affrontement arm&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;p&#234;che-toi de jouer.&lt;br&gt;
D&#233;p&#234;che-toi de t'armer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;J&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L110xH150/arton579-7fc7c.png?1780456539' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff579.png?1217895208&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte qui suit est une nouvelle traduction de &#8220;&lt;i&gt;La gioia armata&lt;/i&gt;&#8221; d'Alfredo M. Bonanno (livre paru en 1977 aux Edizioni Anarchismo). Elle a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e &#224; partir de la version d'origine, en italien. Une premi&#232;re traduction &#224; partir de la version anglaise du texte a &#233;t&#233; publi&#233;e dans la revue &lt;i&gt;Asym&#233;trie&lt;/i&gt; n&#176;0, en ao&#251;t 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte ci-dessous est une traduction de l'introduction faite par Bonanno pour l'&#233;dition anglaise (Elephant Editions, 1998).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit en 1977 au moment o&#249; des luttes r&#233;volutionnaires se d&#233;roulaient en Italie, il faut avoir &#224; l'esprit la situation de l'&#233;poque pour le lire aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement r&#233;volutionnaire, y compris les anarchistes, &#233;taient dans une phase d'extension et tout semblait possible m&#234;me une g&#233;n&#233;ralisation de l'affrontement arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;tait n&#233;cessaire de se pr&#233;munir de la sp&#233;cialisation et de la militarisation qu'une minorit&#233; de militants voulaient imposer aux dizaines de milliers de camarades qui combattaient avec tous les moyens possibles la r&#233;pression et la tentative de r&#233;organisation - plut&#244;t inefficace il est vrai - du capital par l'&#233;tat. C'est ce qui se passait en Italie mais quelque chose de similaire avait lieu en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblait essentiel d'emp&#234;cher que les nombreuses actions men&#233;es chaque jour par les camarades contre les hommes et les structures du pouvoir soient int&#233;gr&#233;es &#224; la logique planificatrice d'un parti arm&#233; comme les Brigades Rouges en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'esprit de ce livre. Montrer comment une pratique de lib&#233;ration et de destruction peut surgir d'une logique joyeuse de lutte, et non pas d'une rigidit&#233; morbide et sch&#233;matique dans les r&#232;gles pr&#233;-&#233;tablies des groupes dirigeants. Certains de ces probl&#232;mes n'existent plus aujourd'hui. Ils ont &#233;t&#233; r&#233;solus par les dures le&#231;ons de l'histoire. L'effondrement du socialisme r&#233;el a soudain ramen&#233; &#224; leurs dimensions les ambitions directrices des marxistes de toutes tendances - fort heureusement. D'un autre c&#244;t&#233;, cela n'a pas supprim&#233; mais plut&#244;t enflamm&#233; le d&#233;sir de libert&#233; et de communisme anarchiste qui se r&#233;pand partout et sp&#233;cialement chez les jeunes, et souvent sans avoir recours aux symboles traditionnels de l'anarchisme, ses slogans et ses th&#233;ories, tax&#233;s, dans un refus compr&#233;hensible (mais qu'on ne peut partager) de s'&#234;tre impr&#233;gn&#233; d'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre est encore d'actualit&#233; mais d'une autre fa&#231;on. Non pas comme la critique d'une structure monopolisante qui n'existe plus, mais parce qu'il peut montrer les capacit&#233;s potentielles des individus suivant leur chemin avec joie vers la destruction de tout ce qui les oppresse et les r&#233;gule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de finir, je dois mentionner qu'on a ordonn&#233; la destruction de ce livre en Italie. La Cour Supr&#234;me avait ordonn&#233; qu'il soit br&#251;l&#233;. Toutes les librairies qui avaient un exemplaire re&#231;urent une circulaire du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur exigeant son incin&#233;ration. Plus d'un libraire refusa de br&#251;ler ce livre, consid&#233;rant qu'une telle pratique renvoyait aux nazis ou &#224; l'Inquisition. Mais, l&#233;galement, ce livre &#233;tait interdit &#224; la consultation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la m&#234;me raison, il ne put &#234;tre diffus&#233; l&#233;galement en Italie et plusieurs camarades virent leurs exemplaires confisqu&#233;s au cours de descentes men&#233;es dans ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 18 mois de prison pour l'&#233;criture de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;Alfredo M. Bonanno, Catania, le 14 juillet 1993&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La gioia armata&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(A Paris, en 1848, la r&#233;volution). &lt;br&gt;
C'&#233;tait une f&#234;te sans commencement et sans fin.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Bakounine&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;I.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi donc ces satan&#233;s gar&#231;ons ont-ils tir&#233; dans les jambes de Montanelli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 2 juin 1977, &#224; Milan, un commando des Brigades Rouges [BR] blesse aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? N'aurait-il pas &#233;t&#233; mieux de lui tirer dans la t&#234;te ? Bien s&#251;r que cela aurait &#233;t&#233; mieux. Mais cela aurait aussi &#233;t&#233; plus grave. Plus vindicatif et plus sombre. Estropier une b&#234;te comme celle-l&#224; peut aussi avoir un c&#244;t&#233; plus profond et significatif, au-del&#224; de la vengeance, de la punition pour sa responsabilit&#233; en tant que fasciste et valet des patrons. L'estropier signifie l'obliger &#224; boiter, l'obliger &#224; se souvenir. Par contre, &#231;a aurait &#233;t&#233; un divertissement plus agr&#233;able de lui tirer dans la bouche, avec la cervelle qui lui sort par les yeux. Le compagnon qui, tous les matins, se l&#232;ve pour aller travailler, marche dans le brouillard, p&#233;n&#232;tre dans l'atmosph&#232;re irrespirable de l'usine ou du bureau, pour y retrouver toujours les m&#234;mes visages : ceux du chef d'atelier, du chronom&#233;treur, du mouchard de l'&#233;quipe, du stakhanoviste-avec-sept-enfants-&#224;-charge ; ce compagnon sent la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, de la lutte et de l'affrontement physique, m&#234;me mortel. Mais il sent aussi que tout ceci doit lui apporter un peu de joie, tout de suite, maintenant. Cette joie, il la cultive dans ses r&#234;veries tout en marchant t&#234;te basse dans le brouillard, tandis qu'il passe d'innombrables heures dans les trains ou les trams, tandis qu'il &#233;touffe sous le poids des activit&#233;s inutiles du bureau ou devant les inutiles boulons qui servent &#224; tenir ensemble les inutiles m&#233;canismes du capital. La joie r&#233;tribu&#233;e, celle que le patron lui paie toutes les semaines (week-end) ou toutes les ann&#233;es (cong&#233;s), c'est comme faire l'amour en payant. Oui, l'aspect ext&#233;rieur est le m&#234;me, mais il y a quelque chose qui manque. Des centaines de discours s'entassent dans les livres, les opuscules, les journaux r&#233;volutionnaires. Il faut faire ceci, il faut faire cela, voir les choses ainsi, les voir comme le dit tel type ou tel gars, parce que ce type et ce gars sont les vrais interpr&#232;tes des types et des gars du pass&#233;, ceux qui ont des lettres majuscules, ceux qui remplissent les volumes asphyxiants des classiques. Ceux-l&#224; aussi, il faut les avoir &#224; port&#233;e de mains. Cela fait partie de la liturgie. De ne pas les avoir est mauvais signe et &#233;veille le soup&#231;on. C'est s&#251;r que de les avoir sous la main peut &#234;tre utile, comme ils sont pesants (c'est-&#224;-dire lourds), ils peuvent &#234;tre jet&#233;s &#224; la t&#234;te de quelques casse-couilles : utilisation bien connue mais toujours agr&#233;able de la validit&#233; r&#233;volutionnaire des th&#232;ses du pass&#233; (et du pr&#233;sent). Jamais aucun discours sur la joie dans ces volumes. L'aust&#233;rit&#233; du clo&#238;tre n'a rien &#224; envier &#224; l'atmosph&#232;re que l'on respire dans ces pages. Les auteurs, moines de la r&#233;volution-de-la-vengeance-et-du-ch&#226;timent, passent leur temps &#224; comptabiliser les coups et les peines. Ces pr&#234;tres en jeans ont &#233;galement fait v&#339;u de chastet&#233;, &#224; ce qu'ils pr&#233;tendent et entendent imposer. Ils veulent &#234;tre r&#233;tribu&#233;s pour leurs sacrifices. D'abord, ils ont abandonn&#233; l'ambiance feutr&#233;e de leur classe d'origine, puis, ils ont mis leurs capacit&#233;s au service des d&#233;munis, puis, ils se sont habitu&#233;s &#224; parler un langage impropre et &#224; supporter des nappes sales et des lits d&#233;faits. Du moins, &#224; les entendre. Ils r&#234;vent de r&#233;volution ordonn&#233;e, de principes en bon ordre, d'anarchie sans turbulence. Quand la r&#233;alit&#233; prend un pli diff&#233;rent, ils crient imm&#233;diatement &#224; la provocation et hurlent jusqu'&#224; &#234;tre entendus par la police. Les r&#233;volutionnaires sont des gens pieux. Pas la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Moi, j'appelle un chat un chat.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Boileau&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes tous pris dans la probl&#233;matique r&#233;volutionnaire du comment et quoi produire, mais personne ne parle jamais du &#8220;produire&#8221; en tant que probl&#233;matique r&#233;volutionnaire. Si la production est la base de l'exploitation mise en place par le ca-pital, changer le mode de production signifie changer le mode d'exploitation, cela ne signifie pas &#233;liminer l'exploitation. Un chat, m&#234;me teint en rouge, est toujours un chat. Le &#8220;producteur&#8221; est sacr&#233;. On n'y touche pas. Plut&#244;t les sancti-fier, lui et son sacrifice, au nom de la r&#233;volution, et le tour est jou&#233;. &#8220;Mais que mangerons-nous ?&#8221;, se demandent les plus inquiets. &#8220;Du pain sec et de l'eau&#8221;, r&#233;pondent, de fa&#231;on simpliste, les r&#233;alistes, un &#339;il sur la marmite et l'autre sur le fusil. &#8220;Des id&#233;es&#8221;, r&#233;pondent les id&#233;alistes brouillons, un &#339;il sur le livre des r&#234;ves et l'autre sur le genre humain. Qui touche &#224; la productivit&#233; meurt. Le capitalisme et ceux qui le combattent s'assoient ensemble sur le cadavre du &#8220;producteur&#8221;, pour que le monde de la production continue. La critique de l'&#233;conomie politique est une rationalisation du mode de production &#224; moindre co&#251;t (pour ceux qui jouissent des b&#233;n&#233;fices). Les autres, ceux qui subissent l'exploitation, doivent veiller &#224; ce que rien ne manque. En cas contraire, comment vivrait-on ? Quand il sort au grand jour, le fils des t&#233;n&#232;bres ne voit rien, tout comme quand il t&#226;tonnait dans l'obscurit&#233;. La joie l'aveugle. Elle le tue. Alors, il l'appelle hallucination et il la condamne. Les bourgeois, bedonnants et faisand&#233;s, jouissent dans leur opulent farniente. Ainsi, jouir est un p&#233;ch&#233;. Cela signifie partager les tentations de la bourgeoisie, trahir les aspirations du prol&#233;tariat. Ce n'est pas vrai. Les bourgeois se donnent le plus grand mal pour maintenir en vie le processus d'exploitation. Eux aussi sont stress&#233;s et ne trouvent aucun moment pour la joie. Leurs croisi&#232;res sont autant d'occasions pour faire de nouveaux projets d'investissement. Leurs ma&#238;tresses sont autant d'informatrices au service de leurs concurrents. Le dieu de la productivit&#233; tue m&#234;me ses humbles serviteurs. D&#233;capitons-le, il en sortira un d&#233;luge d'immondices. Le mis&#233;reux affam&#233;, qui regarde le riche, entour&#233; de ses domestiques, couve des sentiments de vengeance. La destruction de l'ennemi avant tout. Mais que l'on sauve le butin. La richesse ne doit pas &#234;tre d&#233;truite, mais utilis&#233;e. Qu'importe ce qu'elle constitue, de quel habit elle se pare, et quelles perspectives elle offre. Ce qui compte, c'est de l'arracher &#224; son actuel d&#233;tenteur pour en disposer librement, tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ? Certainement, tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment se fera la transition ? Par la violence r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Belle r&#233;ponse. Mais, concr&#232;tement, que ferons-nous, apr&#232;s avoir coup&#233; tant de t&#234;tes qu'on en aura la naus&#233;e ? Que ferons-nous quand il n'y aura m&#234;me plus un propri&#233;taire &#224; chercher &#224; la lanterne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ce sera le r&#232;gne de la r&#233;volution. &#224; chacun selon ses besoins, &#224; chacun selon ses possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compagnon attentif, l&#224;, il y a une odeur de comptabilit&#233;. On parle de consommation et de production. On reste &#224; l'int&#233;rieur de la dimension de la productivit&#233;. Dans l'arithm&#233;tique, on se sent en s&#233;curit&#233;. Deux plus deux font quatre. Personne ne pourra jamais d&#233;mentir cette &#8220;v&#233;rit&#233;&#8221;. Les nombres gouvernent le monde. S'ils l'ont toujours fait, pourquoi ne devraient-ils pas le faire &#224; jamais ? Nous avons tous besoin de choses solides, de fondations sur lesquelles construire un mur contre les tentations inqui&#233;tantes qui nous prennent &#224; la gorge. Nous avons tous besoin d'objectivit&#233;. Le patron jure sur son portefeuille, le paysan sur sa b&#234;che, le r&#233;volutionnaire sur son fusil. Ouvrez une br&#232;che critique et tout l'&#233;chafaudage s'effondre. Le quotidien ext&#233;rieur, dans sa pesanteur objective, nous conditionne et nous reproduit. Nous sommes les fils de la banalit&#233; quotidienne. M&#234;me quand nous parlons de &#8220;choses importantes&#8221;, comme la r&#233;volution, nous avons toujours les yeux riv&#233;s au calendrier. Le patron a peur de la r&#233;volution parce que &#231;a lui &#244;terait son portefeuille, le paysan fera la r&#233;volution pour obtenir de la terre, le r&#233;volutionnaire pour v&#233;rifier sa th&#233;orie. Une fois le probl&#232;me pos&#233; en ces termes, entre portefeuille, terre et th&#233;orie r&#233;volutionnaire, il n'y a aucune diff&#233;rence. Tous ces objets sont purement imaginaires, ils sont le miroir des illusions humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la lutte est r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fait la diff&#233;rence entre patrons et paysans et &#233;tablit l'alliance entre paysans et r&#233;volutionnaires. Les formes d'organisation de la production sont les vecteurs id&#233;ologiques qui masquent la grande illusion de l'identit&#233; du singulier. Cette identit&#233; est projet&#233;e dans l'imaginaire &#233;conomique de la valeur. Un code en &#233;tablit l'interpr&#233;tation. Certains &#233;l&#233;ments de ce code sont aux mains des patrons. Nous nous en sommes aper&#231;us avec la consum&#233;risme. M&#234;me la technologie de la guerre psychologique et de la r&#233;pression totale sont des &#233;l&#233;ments d'interpr&#233;tation de l'&#234;tre humain &#224; condition qu'il soit &#8220;producteur&#8221;. D'autres &#233;l&#233;ments du code sont disponibles pour une utilisation r&#233;formatrice. Non pas r&#233;volutionnaire, mais simplement r&#233;formatrice. Pensons, par exemple, au consum&#233;risme social qui se substituera au consum&#233;risme d'apparat de ces derni&#232;res ann&#233;es. Mais il en existe encore d'autres. Plus raffin&#233;s. Le contr&#244;le autogestionnaire de la production est un autre &#233;l&#233;ment du code d'exploitation. Et ainsi de suite. Si jamais il vient &#224; l'id&#233;e de n'importe qui d'organiser ma vie, alors ce quelqu'un ne pourra jamais &#234;tre mon compagnon. S'il justifie sa fa&#231;on de faire avec l'excuse qu'il faut bien que quelqu'un &#8220;produise&#8221;, sinon nous perdrions tous notre identit&#233; d'humains et serions submerg&#233;s par la &#8220;nature sauvage et inculte&#8221;, nous r&#233;pondrons que le rapport nature-humanit&#233; est une illusion de la bourgeoisie marxiste &#233;clair&#233;e. Pourquoi a-t-on voulu transformer une &#233;p&#233;e en fourche ? Pourquoi doit-on toujours s'inqui&#233;ter de se distinguer de la nature ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S'ils n'obtiennent pas ce qui est n&#233;cessaire, &lt;br&gt;
les hommes s'&#233;puisent pour ce qui est inutile.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Goethe&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humain a besoin de beaucoup de choses. G&#233;n&#233;ralement, cette affirmation est interpr&#233;t&#233;e dans le sens qu'il a des besoins et qu'il est oblig&#233; de les satisfaire. On a, de cette fa&#231;on, la transformation de l'humain d'une unit&#233; bien pr&#233;cise historiquement en une dualit&#233; (moyen et fin en m&#234;me temps). En fait, il se r&#233;alise par la satisfaction de ses besoins (c'est-&#224;-dire par le travail) et est ainsi l'instrument de sa propre r&#233;alisation. Tout un chacun voit combien de mythologie se cache derri&#232;re ces affirmations. Si l'humain ne se distingue pas de la nature sans le travail, comment peut-il se r&#233;aliser lui-m&#234;me par la satisfaction de ses besoins ? Pour ce faire, il devrait d&#233;j&#224; &#234;tre humain, donc, il devrait avoir assouvi ses besoins, donc, ne devrait pas avoir besoin de travailler. La marchandise constitue en elle-m&#234;me la profonde utilit&#233; du symbole. Elle devient ainsi point de r&#233;f&#233;rence, unit&#233; de mesure, valeur d'&#233;change. Le spectacle commence. Les r&#244;les sont distribu&#233;s. Ils se reproduisent. &#224; l'infini. Sans modification digne d'&#234;tre not&#233;e, les acteurs se lancent dans leur r&#233;citation. La satisfaction du besoin devient un effet r&#233;flexe, marginal. La chose la plus importante, c'est la transformation de l'humain en &#8220;chose&#8221;, et avec lui, tout le reste. La nature devient &#8220;chose&#8221;. &#224; l'usage, elle se corrompt et corrompt les instincts vitaux des humains. Entre eux et la nature, s'ouvrent de larges espaces qu'il faut combler. C'est &#224; &#231;a que sert l'extension des &#233;changes marchands. Le spectacle s'&#233;tend au point de se d&#233;vorer lui-m&#234;me avec ses propres contradictions. La salle et la sc&#232;ne entrent en une seule et m&#234;me dimension et se red&#233;ploient &#224; un niveau sup&#233;rieur, plus vaste, de reproduction du spectacle m&#234;me, et ainsi &#224; l'infini. Qui fuit le code mercantile ne re&#231;oit pas son objectivation et tombe &#8220;hors&#8221; le champ r&#233;el du spectacle. Et l&#224;, il est montr&#233; du doigt. Encercl&#233; de fil barbel&#233;. S'il n'accepte pas la proposition d'englobement, s'il refuse un nouveau niveau de codification, on le criminalise. Sa &#8220;folie&#8221; est &#233;vidente. On ne consent pas au refus de l'illusoire dans un monde qui a fond&#233; sa r&#233;alit&#233; sur l'illusion et son r&#233;el sur le fictif. Le capital r&#233;git le spectacle sur la base de la loi de l'accumulation. Mais aucune chose ne peut &#234;tre accumul&#233;e ind&#233;finiment. Pas m&#234;me le capital. Un processus quantitatif absolu est une illusion, une illusion quantitative. Ce que les patrons ont parfaitement compris. L'exploitation prend des formes et suit des mod&#232;les id&#233;ologiques vari&#233;s justement pour garantir, de fa&#231;on vari&#233;e, d'un point de vue qualitatif, cette accumulation qui ne pouvait continuer &#224; l'infini sous l'angle quantitatif. Que l'ensemble rentre dans le paradoxal et l'illusoire, cela importe peu au capital, parce que c'est lui qui tient les r&#234;nes et fixe les r&#232;gles. S'il doit vendre l'illusion comme r&#233;alit&#233;, que &#231;a lui fait du fric, autant continuer &#224; la vendre et ne pas se poser trop de questions. Ce sont les exploit&#233;s qui en font les frais. C'est donc leur t&#226;che de s'apercevoir de l'illusion et de chercher &#224; identifier la r&#233;alit&#233;. Pour le capital, les choses vont bien telles qu'elles sont, m&#234;me si elles ont pour fondement le plus grand spectacle d'illusionnisme au monde. Les exploit&#233;s ont presque la nostalgie de cette illusion. Ils se sont habitu&#233;s aux cha&#238;nes et ont m&#234;me de l'affection pour elles. Ils r&#234;vent parfois de soul&#232;vements fascinants et de bains de sang, mais ils se laissent &#233;blouir par les mots des nouveaux leaders politiques. Le parti r&#233;volutionnaire &#233;largit encore la perspective illusoire du capital &#224; un point que ce dernier, tout seul, ne pourrait jamais atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, l'illusion quantitative fait des ravages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exploit&#233;s s'enr&#244;lent, se comptent, se rassemblent. Des slogans f&#233;roces font tressauter le c&#339;ur dans la poitrine des bourgeois. Et plus le nombre de ceux qui se comptent est &#233;lev&#233;, plus l'arrogance et les pr&#233;tentions des leaders deviennent grandes. Ces derniers font des r&#234;ves de conqu&#234;te. Le nouveau pouvoir se met en place sur la d&#233;pouille de l'ancien. L'&#226;me de Bonaparte sourit, satisfaite. Bien s&#251;r, de profondes transformations du code des illusions sont au programme. Mais tout doit ob&#233;ir au signe de l'accumulation quantitative. Les forces militantes croissent, les pr&#233;tentions de la r&#233;volution doivent cro&#238;tre. De m&#234;me, doit cro&#238;tre le taux du profit social, qui vient se substituer au profit priv&#233;. Le capital entre ainsi dans une nouvelle phase illusoire et spectaculaire. Les vieux besoins ressurgissent sous de nouvelles &#233;tiquettes. Le dieu de la productivit&#233; continue &#224; dominer sans rival. C'est beau de se compter. &#199;a nous fait croire que nous sommes forts. Les syndicats se comptent. Les partis se comptent. Les patrons se comptent. Comptons-nous nous aussi. Et tournez man&#232;ges. Et quand nous aurons fini de nous compter, nous chercherons &#224; faire que les choses restent telles qu'elles &#233;taient. Si la transformation est n&#233;cessaire, faisons-la sans g&#234;ner personne. Les r&#234;ves se laissent p&#233;n&#233;trer facilement. On red&#233;couvre la politique de fa&#231;on p&#233;riodique. Souvent, le capital trouve des solutions g&#233;niales. Alors, la paix sociale retombe sur nos t&#234;tes. Un silence de mort. L'illusion se g&#233;n&#233;ralise &#224; un point tel que le spectacle absorbe presque toutes les forces disponibles. Tout se tait. Puis, on red&#233;couvre les d&#233;fauts et la monotonie de la mise en sc&#232;ne. Le rideau se l&#232;ve sur des situations impr&#233;vues. La machine capitaliste accuse le coup. Alors, nous red&#233;couvrons l'engagement r&#233;volutionnaire. C'est arriv&#233; en 68. Tous avec les yeux exorbit&#233;s. Tous f&#233;roces. Un nombre de brochures &#224; vous faire mourir d'&#233;touffement. Des montagnes de tracts, d'opuscules, de journaux, de livres. Toutes les vieilles nuances id&#233;ologiques mises en colonne comme autant de bons petits soldats. M&#234;me les anarchistes se red&#233;couvraient eux-m&#234;mes. Et ils le faisaient historiquement, selon les exigences du moment. Tous born&#233;s. Born&#233;s, m&#234;me les anarchistes. Quand quelqu'un se r&#233;veillait du sommeil spectaculaire, regardant autour de lui, cherchant de l'espace et de l'air pour respirer, et voyant les anarchistes, il se disait &#224; lui-m&#234;me : &#8220;Enfin, voil&#224; les gens avec qui je veux &#234;tre&#8221;. Tout de suite apr&#232;s, il s'apercevait de l'erreur. M&#234;me de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, les choses n'allaient pas comme elles auraient d&#251;. L&#224; aussi : &#233;troitesse d'esprit et spectacle. Et ce quelqu'un fuyait. Il se repliait sur lui-m&#234;me. Il se d&#233;courageait. Il acceptait le jeu du capital. Et, s'il ne l'acceptait pas, il &#233;tait mis au ban, par tous, m&#234;me les anarchistes. La machine de 68 a produit les meilleurs fonctionnaires du nouvel &#233;tat techno-bureaucratique. Mais il a aussi produit des anticorps. Les m&#233;canismes de l'illusion quantitative sont devenus visibles. D'un c&#244;t&#233;, ils se sont nourris d'une nouvelle s&#232;ve, pour construire une nouvelle vision du spectacle marchand. De l'autre, ils ont subi des &#233;gratignures. L'inutilit&#233; de l'affrontement sur le plan de la productivit&#233; est devenue &#233;vidente. Emparez-vous des usines, des campagnes, des &#233;coles, des quartiers et autog&#233;rez-les, disaient les vieux r&#233;volutionnaires anarchistes. Abattons le pouvoir sous toutes ses formes, ajoutaient-ils tout de suite apr&#232;s. Mais ils n'allaient pas plus loin, ils ne montraient pas la v&#233;ritable &#233;tendue de la plaie. Ils pr&#233;f&#233;raient la cacher malgr&#233; sa gravit&#233;, misant sur la spontan&#233;it&#233; cr&#233;atrice de la r&#233;volution. Ils voulaient seulement en attendre les r&#233;sultats tout en ayant la main-mise sur les moyens de production. Quoi qu'il arrive, quelle que soit la forme cr&#233;atrice que prendra la r&#233;volution, nous devons avoir les moyens de production en notre possession, affirmaient-ils. Sinon l'ennemi nous vaincra sur le plan de la production. Et pour ce faire, ils s'adaptaient &#224; toutes formes de compromis. Pour ne pas trop s'&#233;loigner des manettes de commande du spectacle, ils finissaient par construire une autre forme de spectacle, parfois tout aussi macabre. L'illusion spectaculaire a ses r&#232;gles. Qui veut la g&#233;rer doit s'y soumettre. Il doit les conna&#238;tre, les imposer et y pr&#234;ter serment. La r&#232;gle premi&#232;re est que la production conditionne tout. Celui qui ne produit pas n'est pas un &#234;tre humain, la r&#233;volution n'est pas pour lui. Pourquoi devrions-nous tol&#233;rer les parasites ? Nous devrions peut-&#234;tre travailler &#224; leur place ? Nous devrions aussi assurer leur survie ? Et aussi : tous ces gens sans id&#233;e d&#233;finie et avec la pr&#233;tention de vouloir n'en faire qu'&#224; leur t&#234;te, ne sont-ils pas des alli&#233;s &#8220;objectifs&#8221; de la contre-r&#233;volution ? Autant s'attaquer &#224; eux d&#232;s maintenant. Que l'on sache qui sont nos alli&#233;s et avec qui nous voulons &#234;tre. Si nous devons faire peur, faisons-le tous ensemble, encadr&#233;s et en bon ordre, et que personne ne mette les pieds sur la table ou ne se d&#233;gonfle. Organisons nos propres structures. Formons des militants qui connaissent parfaitement les techniques de la lutte dans les secteurs productifs. La r&#233;volution, seuls les &#8220;producteurs&#8221; la feront, et nous serons l&#224; pour les emp&#234;cher de faire des b&#234;tises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, tout cela est erron&#233;. De quelle fa&#231;on pourrions-nous les emp&#234;cher de faire des b&#234;tises ? Sur le plan du spectacle illusoire de l'organisation, il y a de plus gros vantards que nous. Et ils ont du souffle &#224; gaspiller. Lutte sur le lieu de travail. Lutte pour la d&#233;fense du travail. Lutte pour la production. Quand romprons-nous ce cercle ? Quand finirons-nous de nous mordre la queue ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'homme difforme trouve toujours des miroirs qui le rendent beau.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Sade&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;IV.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle folie que l'amour du travail !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle grande habilet&#233; sc&#233;nique que celle du capital qui a su faire aimer l'exploitation aux exploit&#233;s, la corde aux pendus et la cha&#238;ne aux esclaves. Cette id&#233;alisation du travail a tu&#233;, jusqu'&#224; aujourd'hui, la r&#233;volution. Le mouvement des exploit&#233;s a &#233;t&#233; corrompu par l'immixtion de la morale bourgeoise de la production, c'est-&#224;-dire de quelque chose qui n'est pas seulement &#233;tranger au mouvement mais qui lui est aussi contraire. Ce n'est pas un hasard si les premiers &#224; se corrompre ont &#233;t&#233; les syndicats, parce que ce sont eux les plus proches de la gestion du spectacle de la production. &#224; l'&#233;thique du travail, il faut opposer l'esth&#233;tique du non-travail. &#224; la satisfaction des besoins spectaculaires, impos&#233;s par la soci&#233;t&#233; marchande, il faut opposer la satisfaction des besoins naturels r&#233;&#233;valu&#233;s &#224; la lumi&#232;re du besoin primaire et essentiel : le besoin de communisme. L'&#233;valuation quantitative de la pression que les besoins exercent sur les humains, s'en trouve boulevers&#233;. Le besoin de communisme transforme les autres besoins et leur pression sur l'homme. La mis&#232;re des humains, objets d'exploitation, a &#233;t&#233; vue comme la base du rachat &#224; venir. Le christianisme et les mouvements r&#233;volutionnaires s'entendent &#224; travers l'histoire : il faut souffrir pour conqu&#233;rir le paradis ou acqu&#233;rir la conscience de classe qui m&#232;nera &#224; la r&#233;volution. Sans l'&#233;thique du travail, la notion marxiste de &#8220;prol&#233;tariat&#8221; n'aurait pas de sens. Mais l'&#233;thique du travail est un produit du rationalisme bourgeois, qui a permis la conqu&#234;te du pouvoir par la bourgeoisie. Le corporatisme ressurgit entre les mailles de l'internationalisme prol&#233;taire. Chacun lutte &#224; l'int&#233;rieur de son secteur. Au mieux, il &#233;tablit des contacts (&#224; travers les syndicats) avec des secteurs similaires dans d'autres pays. Face au bloc monolithique des multinationales, il y a le bloc monolithique des centrales syndicales internationales. Faisons la r&#233;volution, mais sauvons la machine, l'instrument de travail, l'objet mythique qui reproduit la vertu historique de la bourgeoisie, devenue maintenant patrimoine du prol&#233;tariat. L'h&#233;ritier des destins r&#233;volutionnaires est le sujet vou&#233; &#224; devenir consommateur et acteur principal du futur spectacle du capital. La classe r&#233;volutionnaire, id&#233;alis&#233;e comme b&#233;n&#233;ficiaire de l'affrontement de classe, s'&#233;vanouit dans l'id&#233;alisme de la production. Quand les exploit&#233;s se font enfermer dans une classe, tous les &#233;l&#233;ments de l'illusion spectaculaire ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; reconduits, ceux-l&#224; m&#234;me de la classe bourgeoise. Pour &#233;chapper au projet globalisant du capital, les exploit&#233;s n'ont que la route qui passe par le refus du travail, de la production, de l'&#233;conomie politique. Mais le refus du travail ne doit pas &#234;tre confondu avec le &#8220;manque de travail&#8221; dans une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur le travail. Le marginal cherche du travail. Il n'en trouve pas. Il est ghetto&#239;s&#233;, criminalis&#233;. Tout cela fait partie de la gestion globale du spectacle productif. Le capital a besoin des &#8220;producteurs&#8221; l&#233;gaux ou pas. Seulement, l'&#233;quilibre est instable. Les contradictions explosent et d&#233;clenchent des crises de diff&#233;rents types, dans lesquelles se g&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
l'intervention r&#233;volutionnaire. Ainsi, le refus du travail, la destruction du travail, c'est l'affirmation du besoin du non-travail. C'est l'affirmation que l'homme peut s'autoproduire et s'auto-objectiver &#224; travers le non-travail, &#224; travers les sollicitations diverses et vari&#233;es que le besoin de non-travail suscite. En consid&#233;rant le concept de destruction du travail du point de vue de l'&#233;thique du travail, on reste stup&#233;fait. Mais quoi ? Tant de personnes cherchent du travail, sont au ch&#244;mage, et on parle de &#8220;destruction du travail&#8221; ? Le fant&#244;me luddite se dresse et &#233;pouvante les r&#233;volutionnaires-qui-se-sont-tap&#233;s-tous-les-classiques. Le sch&#233;ma d'attaque frontale et quantitative contre les forces du capital doit rester le m&#234;me. Les erreurs et les souffrances du pass&#233; ne comptent pas, les hontes et les trahisons non plus. Allez, en avant, mus par la foi en des jours meilleurs, en avant, toujours ! Pour &#233;pouvanter les prol&#233;taires, et les pousser dans l'atmosph&#232;re stagnante des organisations de classes (partis, syndicats et autres mouvements), il suffit de voir dans quoi se noie aujourd'hui le concept de &#8220;temps libre&#8221;, de suspension du travail. Le spectacle des organisations bureaucratiques du temps libre a tout pour d&#233;primer les imaginations les plus fertiles. Mais cette fa&#231;on de faire n'est rien d'autre qu'une couverture id&#233;ologique, un des instruments de la guerre totale qui est la base du spectacle dans son ensemble. C'est le besoin de communisme qui transforme tout. &#224; travers le besoin de communisme, le besoin du non-travail passe du moment n&#233;gatif (opposition au travail), au moment positif : disponibilit&#233; compl&#232;te de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'individu face &#224; lui-m&#234;me, possibilit&#233; totale de s'exprimer librement, rupture avec tous les sch&#233;mas, m&#234;me ceux consid&#233;r&#233;s comme fondamentaux et intouchables, notamment celui de la production. Mais les r&#233;volutionnaires sont fid&#232;les et ils ont peur de rompre avec tous les sch&#233;mas, y compris celui de la r&#233;volution, si ce dernier - en tant que sch&#233;ma - constitue un obstacle &#224; la pleine r&#233;alisation de ce que le concept promet. Ils ont peur de se retrouver totalement d&#233;s&#339;uvr&#233;s. Avez-vous jamais connu un r&#233;volutionnaire sans projet r&#233;volutionnaire ? Un projet bien ficel&#233; et clairement expos&#233; aux masses ? Quelle serait cette race de r&#233;volutionnaire qui pr&#233;tendrait d&#233;truire le sch&#233;ma, l'enveloppe, le fondement de la r&#233;volution ? En attaquant les concepts de quantification, de classe, de projet, de sch&#233;ma, de mission historique, et autres vieilleries du m&#234;me ordre, on court le risque de ne plus rien avoir &#224; faire, d'&#234;tre oblig&#233; d'agir, dans la r&#233;alit&#233;, modestement, avec tous les autres, comme des millions d'autres, qui construisent la r&#233;volution jour apr&#232;s jour, sans attendre le signal d'un grand soir. Et pour cela, il faut du courage. Avec les sch&#233;mas et les gad-gets quantitatifs, on reste dans le fictif, c'est-&#224;-dire dans le projet illusoire de la r&#233;volution, amplification du spectacle du capital ; avec l'abolition de l'&#233;thique productive, on entre directement dans la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire. Le fait m&#234;me de parler de ces choses est difficile. Parce que &#231;a n'aurait aucun sens d'en parler &#224; travers les pages d'un trait&#233;. Celui qui chercherait &#224; r&#233;duire ces probl&#232;mes en une analyse compl&#232;te et d&#233;finitive raterait le coche. La meilleure forme serait le discours sympathique et l&#233;ger, capable de r&#233;aliser cette subtile magie des jeux de mots. Parler s&#233;rieusement de la joie est r&#233;ellement une contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les nuits d'&#233;t&#233; sont p&#233;nibles. &lt;br&gt;
Dans les petites chambres, on dort mal : &lt;br&gt;
c'est la Veille de la Guillotine.&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
Zo d'Axa&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zo d'Axa (1864-1930), anarchiste fondateur, entre autres, du journal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;V.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me l'exploit&#233; trouve le temps pour jouer. Mais son jeu n'est pas joie. C'est une liturgie macabre. Une attente de la mort. Une suspension du travail utilis&#233;e pour &#233;vacuer la charge de violence accumul&#233;e au cours de la production. Dans le monde illusoire de la marchandise, le jeu aussi est illusoire. On se fait croire que l'on joue, alors qu'on ne fait rien d'autre que r&#233;p&#233;ter de fa&#231;on monotone les r&#244;les assign&#233;s par le capital. En prenant conscience des m&#233;canismes d'exploitation, la premi&#232;re chose &#224; la-quelle on pense, c'est la vengeance, la derni&#232;re, la joie. La lib&#233;ration est vue comme recomposition d'un &#233;quilibre rompu par la m&#233;chancet&#233; du capital, non comme av&#232;nement d'un monde du jeu qui se substituera au monde du travail. C'est la premi&#232;re &#233;tape de l'attaque contre les patrons. La phase de la conscience imm&#233;diate. Ce qui nous frappe, ce sont les cha&#238;nes, le fouet, les murs des prisons, les barri&#232;res sexuelles et raciales. Tout &#231;a doit s'effondrer. Pour cela, nous nous armons et, pour cela, nous frappons l'adversaire, le responsable. Dans la nuit de la guillotine, les bases d'un nouveau spectacle sont jet&#233;es, le capital reconstitue ses forces : d'abord, les t&#234;tes des patrons tombent, puis celles des r&#233;volutionnaires. Il est impossible de faire la r&#233;volution seulement avec la guillotine. La vengeance est l'anti-chambre du leader. Qui veut se venger a besoin d'un chef. Un chef qui m&#232;ne &#224; la victoire et r&#233;tablisse la justice bless&#233;e. Et qui veut se venger a tendance &#224; revendiquer la possession de quelque chose qui lui a &#233;t&#233; &#244;t&#233;. Jusqu'&#224; l'abstraction supr&#234;me : l'extraction de la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde du futur doit &#234;tre un monde o&#249; tout le monde travaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien ! Nous aurons ainsi impos&#233; l'esclavage &#224; tous, exception faite de ceux qui devront le faire perdurer, et qui, pour cette raison m&#234;me, seront les nouveaux patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Advienne que pourra mais les patrons doivent &#8220;payer&#8221; pour leurs fautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien ! Nous aurons ainsi reproduit l'&#233;thique chr&#233;tienne du p&#233;ch&#233;, de la condamnation, de l'expiation &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;volution. Puisque les concepts de &#8220;dette&#8221; et de &#8220;payer&#8221; ont une filiation clairement mercantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a fait partie du spectacle. Quand ce n'est pas directement g&#233;r&#233; par le pouvoir, cela peut &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; facilement. Un renversement des r&#244;les fait partie des techniques dramaturgiques. &#224; un certain niveau de l'affrontement de classe, il peut &#234;tre indispensable d'attaquer avec les armes de la vengeance et de la punition. Le mouvement peut n'en poss&#233;der aucune autre. C'est alors le moment de la guillotine. Mais les r&#233;volutionnaires doivent &#234;tre conscients des limites de ces armes. Ils ne peuvent se bercer d'illusions et berner les autres. Dans le cadre parano&#239;aque d'une machine rationalisante - comme l'est le capital - m&#234;me le concept de r&#233;volution vengeresse peut &#234;tre absorb&#233; dans la transformation continuelle du spectacle. Le mouvement apparent de la production se d&#233;roule sous les auspices des sciences &#233;conomiques, mais il se fonde en r&#233;alit&#233; sur l'anthropologie illusoire de la s&#233;paration des t&#226;ches. Il n'y a pas de joie dans le travail. Pas m&#234;me dans le travail autog&#233;r&#233;. La r&#233;volution ne peut se limiter &#224; une modification de l'organisation du travail, et seulement &#224; cela. Il n'y a pas de joie dans le sacrifice, dans la mort, dans la vengeance. Comme il n'y a pas de joie dans le fait de se compter. L'arithm&#233;tique est la n&#233;gation de la joie. Qui veut vivre ne produit pas de la mort. L'acceptation transitoire de la guillotine conduit &#224; son institutionnalisation. Mais, dans le m&#234;me temps, qui aime la vie n'embrasse pas son exploiteur. Sinon, il d&#233;testerait la vie et aimerait le sacrifice, l'autopunition, le travail, la mort. Dans le cimeti&#232;re du travail, les si&#232;cles d'exploitation ont &#233;rig&#233; une montagne de la vengeance. Assis sur cette montagne, il y a, impassibles, les chefs du mouvement r&#233;volutionnaire. Ils &#233;tudient le meilleur moyen de tirer profit de cette montagne. La charge de violence venge-resse doit servir les int&#233;r&#234;ts de la nouvelle caste dirigeante. Symboles et drapeaux. Mots d'ordre et analyses compliqu&#233;es. L'appareil id&#233;ologique est dispos&#233; &#224; faire le n&#233;cessaire. L'&#233;thique du travail rend possible l'instrumentalisation. Qui aime le travail veut s'emparer des moyens de production, il ne veut pas que l'on aille de l'avant &#224; l'aveuglette. Il sait, par exp&#233;rience, que les patrons ont dispos&#233; d'une puissante organisation pour rendre possible l'exploitation. Il pense que seule une organisation toute aussi puissante et parfaite rendra possible la lib&#233;ration. Que l'on fasse tout ce qui est possible, mais que l'on sauve la croissance productive. Quelle immense arnaque. L'&#233;thique du travail, c'est l'&#233;thique chr&#233;tienne du sacrifice, l'&#233;thique des patrons, sur laquelle les massacres de l'histoire se sont fond&#233;s et succ&#233;d&#233;s de fa&#231;on inqui&#233;tante et m&#233;thodique. Ces gens ne parviennent pas &#224; penser que l'on peut ne pas produire de plus-value, que tout en ayant la possibilit&#233; de le faire, on peut s'y refuser. Que l'on peut affirmer, contre le travail, une volont&#233; non productive, capable de lutter non seulement contre les structures &#233;conomiques des patrons, mais aussi contre les structures id&#233;ologiques qui traversent toute la pens&#233;e occidentale. Il est indispensable de comprendre que l'&#233;thique du travail constitue aussi le fondement du projet r&#233;volutionnaire quantitatif. Un discours contre le travail &#233;nonc&#233; par les organisations r&#233;volutionnaires n'aurait aucun sens &#224; l'int&#233;rieur de leur logique de croissance quantitative. L'esth&#233;tique de la joie, en se substituant &#224; l'&#233;thique du travail, n'est pas une entrave &#224; la vie, comme le pr&#233;tendent tant de compagnons inquiets. &#224; la question : &#8220;Que mangerons-nous ?&#8221;, on peut r&#233;pondre, en toute tranquillit&#233; : &#8220;Ce que nous produirons&#8221;. Seulement, la production ne sera plus la dimension &#224; travers laquelle l'&#234;tre humain s'autod&#233;termine, en passant dans le domaine du jeu et de la joie. On pourra produire non plus comme quelque chose de s&#233;par&#233; de la nature, qui une fois r&#233;alis&#233;, retourne &#224; celle-ci mais comme quelque chose qui est la nature m&#234;me. C'est pourquoi l'arr&#234;t de la production sera possible &#224; tout moment quand on en aura assez. Seule la joie ne saurait &#234;tre arr&#234;t&#233;e. Une force inconnue des spectres civilis&#233;s qui peuplent notre &#233;poque. Une force qui multipliera par mille l'&#233;nergie cr&#233;atrice de la r&#233;volution. La richesse sociale du monde communiste ne se mesure pas &#224; l'aune de l'accumulation de la plus-value, quand bien m&#234;me cette derni&#232;re serait g&#233;r&#233;e par une minorit&#233; qui se nommerait parti du prol&#233;tariat. Cette situation reproduit le pouvoir et nie le fondement m&#234;me de l'anarchie. La richesse sociale communiste est li&#233;e au potentiel de vie qui se r&#233;alise apr&#232;s la r&#233;volution. &#224; l'accumulation capitaliste, doit se substituer non pas une accumulation quantitative (m&#234;me g&#233;r&#233;e par unparti) mais une accumulation qualitative. La r&#233;volution de la vie se substitue &#224; la simple r&#233;volution &#233;conomique. Le potentiel productif se substitue &#224; la production cristallis&#233;e. Et la joie au spectacle. La n&#233;gation du march&#233; spectaculaire de l'illusion capitaliste imposera un autre type d'&#233;change. De l'&#233;change fictif quantitatif &#224; l'&#233;change r&#233;el qualitatif. La circulation ne sera plus bas&#233;e sur les objets ni sur leur pr&#233;tendue utilit&#233;, mais sur le sens que ces objets auront pour la vie. Et un sens &#8220;pour la vie&#8221; doit &#234;tre un sens de vie et non un sens de mort. Ces objets seront alors limit&#233;s au moment pr&#233;cis au cours duquel ils sont &#233;chang&#233;s et auront une signification toujours diff&#233;rente en fonction des situations qui d&#233;termineront l'&#233;change. Un m&#234;me objet pourra avoir des &#8220;valeurs&#8221; profond&#233;ment diff&#233;rentes. Chacun de ces objets sera particulier. &#233;tranger &#224; la production comme nous le connaissons dans le syst&#232;me du capital. L'&#233;change m&#234;me aura un sens s'il est per&#231;u &#224; travers le refus de la production illimit&#233;e. Il n'existe pas de travail lib&#233;r&#233;. Il n'existe pas de travail int&#233;gr&#233; (manuel-intellectuel). Ce qui existe, c'est la division du travail et la vente de la force de travail, c'est-&#224;-dire le monde capitaliste de la production. La r&#233;volution sera toujours et seulement n&#233;gation du travail, affirmation de la joie. Toute tentative d'imposer l'id&#233;e d'un travail qui ne serait &#8220;que&#8221; travail, sans exploitation, d'un travail &#8220;autog&#233;r&#233;&#8221;, d'un travail dans lequel l'exploit&#233; se r&#233;approprie la totalit&#233; du syst&#232;me productif, est une mystification. Le concept d'autogestion de la production reste valide seulement comme sch&#233;ma de lutte contre le capital ; en fait, il ne peut &#234;tre s&#233;par&#233; du concept d'autogestion des luttes. En dehors de la lutte, l'autogestion n'est rien d'autre que l'autogestion de sa propre exploitation. Si la lutte est victorieuse, l'autogestion de la production devient superflue, parce qu'apr&#232;s la r&#233;volution, l'organisation de la production est superflue et contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tant que tu n'attrapes que ce que tu as lanc&#233; toi-m&#234;me,&lt;br&gt; tout n'est qu'habilet&#233; et gain de peu ;&lt;br&gt;
Mais quand soudain tu reprendras &lt;br&gt;
la balle qu'une partenaire &#233;ternelle&lt;br&gt;
t'a lanc&#233;e visant, dans un &#233;lan &#224; la pr&#233;cision accomplie,&lt;br&gt;
tel l'un de ces arcs de pont par Dieu lanc&#233;, &lt;br&gt;
le centre m&#234;me de toi, &lt;br&gt;
c'est alors seulement que savoir attraper&lt;br&gt;
te fera souverain, non de toi-m&#234;me, mais d'un monde.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Rainer Maria Rilke&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;VI.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous autant que nous sommes, nous croyons avoir fait l'exp&#233;rience de la joie. Au moins une fois, chacun de nous, a cru se r&#233;jouir dans sa vie. C'est seulement que cette exp&#233;rience de la joie est toujours &#224; la forme passive. Il nous arrive de nous r&#233;jouir. Nous ne pouvons pas &#8220;vouloir&#8221; notre joie, comme nous ne pouvons pas forcer la joie &#224; se reproduire. Tout &#231;a, cette s&#233;paration entre nous et la joie, provient du fait que nous sommes &#8220;s&#233;par&#233;s&#8221; de nous-m&#234;mes, coup&#233;s en deux par le processus d'exploitation. Nous travaillons toute l'ann&#233;e pour avoir la &#8220;joie&#8221; des vacances. Quand elles arrivent, nous nous sentons dans l'&#8220;obligation&#8221; de nous &#8220;r&#233;jouir&#8221; du fait d'&#234;tre en vacances. C'est une torture comme une autre. De m&#234;me pour le dimanche. Un jour hallucinant. La rar&#233;faction de l'illusion du temps libre nous donne &#224; voir la vacuit&#233; du spectacle marchand dans lequel nous vivons. Le m&#234;me regard absent se pose sur le verre &#224; moiti&#233; vide, la t&#233;l&#233;vision, la partie de foot, la dose d'h&#233;ro&#239;ne, l'&#233;cran de cin&#233;ma, les longues files d'automobiles, les enseignes publicitaires, les pavillons pr&#233;fabriqu&#233;s qui ont fini de tuer le paysage. Chercher la joie dans une des innombrables &#8220;repr&#233;sentations&#8221; du spectacle capitaliste est pure folie. C'est exactement ce que veut le capital. L'exp&#233;rience du temps libre, programm&#233; par nos exploiteurs, est l&#233;tale. Elle fait d&#233;si-rer le travail. On finit par pr&#233;f&#233;rer la mort certaine &#224; l'apparence de la vie. Aucune joie r&#233;elle ne peut nous venir du m&#233;canisme rationnel de l'exploitation capitaliste. La joie n'a pas de r&#232;gles fixes qui puissent l'organiser. M&#234;me si nous devons pouvoir vouloir notre joie. Sinon, nous sommes perdus. Le recherche de la joie est donc une action de la volont&#233;. Une n&#233;gation forte des conditions fix&#233;es par le capital, c'est-&#224;-dire de ses valeurs. La premi&#232;re de ces n&#233;gations c'est la n&#233;gation de la valeur du travail. Le recherche de la joie ne peut advenir qu'&#224; travers la recherche du jeu. De cette fa&#231;on, le jeu prend une signification diff&#233;rente de celle que nous sommes habitu&#233;s &#224; lui donner dans la dimension du capital. Le jeu que l'on oppose, en tant qu'oisivet&#233; sereine, &#224; la responsabilit&#233; de la vie, est une image fausse et distordue de la r&#233;alit&#233; du jeu. Dans la r&#233;alit&#233; de la lutte contre le capital, au stade actuel de l'affrontement et des contradictions relatives, le jeu n'est pas un &#8220;passe-temps&#8221;, mais une arme de lutte. Par une ironie &#233;trange, les choses s'inversent. Si la vie est une chose s&#233;rieuse, la mort est une illusion, dans la mesure o&#249; tant que nous vivons, la mort n'existe pas. D&#233;sormais, le r&#232;gne de la mort, c'est-&#224;-dire le r&#232;gne du capital, qui nie notre existence d'humains en nous r&#233;duisant &#224; des &#8220;choses&#8221;, est extr&#234;mement s&#233;rieux, &#8220;en apparence&#8221;, m&#233;thodique et disciplin&#233;. Mais son paroxysme possessif, son &#233;ternel rigorisme &#233;thique, sa manie du &#8220;faire&#8221;, cachent une grande illusion : le vide du spectacle marchand, l'inutilit&#233; de l'accumulation ind&#233;finie, l'absurdit&#233; de l'exploitation. Ainsi, le plus grand s&#233;rieux du monde du travail et de la productivit&#233; cache le plus grand manque de s&#233;rieux. A contrario, la n&#233;gation de ce monde obtus, la recherche de la joie, du r&#234;ve, de l'utopie, dans son &#8220;manque de s&#233;rieux&#8221; proclam&#233;, cache la chose la plus s&#233;rieuse de la vie : la n&#233;gation de la mort. M&#234;me de ce c&#244;t&#233; de la barri&#232;re, dans l'affrontement physique avec le capital, le jeu peut prendre des formes diff&#233;rentes. Beaucoup de choses peuvent &#234;tre faites &#8220;par jeu&#8221;. Beaucoup de choses que d'ordinaire nous faisons avec &#8220;s&#233;rieux&#8221;, en arborant notre masque de mort, celui que le capital nous a pr&#234;t&#233;. Le jeu se caract&#233;rise par une impulsion de vie, toujours nouvelle, toujours en mouvement. En agissant par jeu, nous int&#233;grons cette impulsion &#224; nos actions. Nous nous lib&#233;rons de la mort. Le jeu nous permet de nous sentir vivants. Il nous donne l'&#233;motion de la vie. Dans l'autre fa&#231;on de faire, nous prenons tout comme une t&#226;che, comme quelque chose que nous &#8220;devons&#8221;, comme une obligation. C'est dans cette &#233;motion toujours nouvelle, exact inverse de l'ali&#233;nation et de la folie du capital, que nous pouvons identifier la joie. Dans la joie r&#233;side la possibilit&#233; de rompre avec le vieux monde et d'identifier des objectifs nouveaux, des besoins et des valeurs diff&#233;rents. M&#234;me si la joie en tant que telle ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le but de l'&#234;tre humain, elle est sans aucun doute la dimension privil&#233;gi&#233;e, volontairement identifi&#233;e, qui rend diff&#233;rent l'affrontement avec le capital.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La vie est si ennuyeuse qu'il n'y a rien d'autre &#224; faire que de d&#233;penser tout notre salaire dans la derni&#232;re robe ou la derni&#232;re chemise. &lt;br&gt;
Fr&#232;res et s&#339;urs, quels sont vos d&#233;sirs ? &lt;br&gt;
Vous tenir dans un drugstore, le regard &#233;gar&#233; dans le n&#233;ant, &lt;br class='autobr' /&gt;
mort d'ennui, en buvant un caf&#233; sans saveur ? &lt;br&gt;
Ou peut-&#234;tre plut&#244;t LE FAIRE SAUTER OU LE BRULER.&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
The Angry Brigade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe de lutte arm&#233;e actif en Grande Bretagne entre 1967 et 1984. Voir The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;VII.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand spectacle du capital nous a tous foutus dedans, jusqu'au cou. Tour &#224; tour, acteurs et spectateurs. Nous inversons les r&#244;les, tant&#244;t en regardant la bouche ouverte, tant&#244;t en &#233;tant regard&#233;s par les autres. Nous sommes tous entr&#233;s dans le carrosse de cristal tout en sachant qu'il s'agissait d'une citrouille. L'illusion de la f&#233;e a pi&#233;g&#233; notre conscience critique. Maintenant nous devons jouer le jeu. Au moins jusqu'&#224; minuit. La mis&#232;re et la faim sont encore les &#233;l&#233;ments moteurs de la r&#233;volution. Mais le capital est en train d'&#233;tendre le spectacle. Il entend faire entrer en sc&#232;ne de nouveaux acteurs. Le plus grand spectacle du monde nous &#233;tourdira. Toujours plus subtil et toujours mieux organis&#233;. De nouveaux clowns s'appr&#234;tent &#224; monter sur sc&#232;ne. De nouveaux fauves seront domestiqu&#233;s. Les tenants du quantitatif, les amants de l'arithm&#233;tique feront les premiers leur entr&#233;e et resteront abasourdis par les lumi&#232;res des premiers rangs. Derri&#232;re eux, les masses du besoin et les id&#233;ologies du rachat. Mais ce qu'ils ne pourront pas &#233;liminer, c'est leur s&#233;rieux. Le plus grand risque au devant duquel ils iront, c'est un &#233;clat de rire. La joie est mortelle dans le spectacle du capital. Tout y est obscur et fun&#232;bre, tout y est s&#233;rieux et convenu, tout y est rationnel et programm&#233;, parce que tout y est faux et illusoire. Au-del&#224; de la crise, au-del&#224; des contradictions du sous-d&#233;veloppement, au-del&#224; de la mis&#232;re et de la faim, le capital devra mener l'ultime bataille, celle d&#233;cisive, contre l'ennui. Le mouvement r&#233;volutionnaire aussi devra mener ses batailles. Et pas seulement les traditionnelles batailles contre le capital. Mais encore une fois, celles contre lui-m&#234;me. L'ennui le ronge de l'int&#233;rieur, le compromet, le rend &#233;touffant, inhabitable. Laissons de c&#244;t&#233; les amoureux des spectacles du capital. Ceux qui sont profond&#233;ment d'accord pour jouer leur r&#244;le. Ceux-l&#224; m&#234;mes qui pensent que les r&#233;formes peuvent r&#233;ellement changer les choses. Mais cette fa&#231;on de penser est plus une couverture qu'autre chose. Ils savent trop bien que de changer des petites choses est une des r&#232;gles du syst&#232;me. En ajustant les choses un peu &#224; la fois, on finit par redevenir utile au capital. Et puis il y a le mouvement r&#233;volutionnaire o&#249; ne manquent pas ceux qui s'attaquent verbalement au pouvoir du capital. Ceux-l&#224; font une grande confusion, ils ont recours &#224; de grandes phrases mais n'impressionnent plus personne, d'autant moins le capital. Ce sournois les utilise pour les parties les plus d&#233;licates de son spectacle. Dans les moments o&#249; il a besoin d'un soliste, il fait entrer en sc&#232;ne un de ces personnages. Le r&#233;sultat est affligeant. La v&#233;rit&#233;, c'est qu'il faut briser le m&#233;canisme spectaculaire de la marchandise, en entrant dans le c&#339;ur du capital, dans le centre de coordination, dans le noyau m&#234;me de la production. Pensez &#224; cette merveilleuse explosion de joie, &#224; ce grand bond en avant cr&#233;atif, &#224; cet objectif &#8220;d&#233;pourvu d'objectif&#8221;. Seulement, rentrer joyeusement, avec les symboles de la vie, dans le c&#339;ur du m&#233;canisme du capital est une chose tr&#232;s difficile. La lutte arm&#233;e, souvent, est symbole de mort. Non pas parce qu'elle donne la mort aux patrons et autres serviteurs mais parce qu'elle pr&#233;tend imposer les structures de la domination de la mort. Con&#231;ue autrement, elle serait vraiment la joie en action, quand elle se rendrait capable de briser les conditions structurelles impos&#233;es par le spectacle marchand, comme, par exemple, le parti militaire, la conqu&#234;te du pouvoir, l'avant-garde. Voil&#224; l'autre ennemi du mouvement r&#233;volutionnaire. L'incompr&#233;hension. La fermeture face aux nouvelles conditions du conflit. La pr&#233;tention d'imposer les mod&#232;les du pass&#233;, d&#233;sormais int&#233;gr&#233;s &#224; la gestion spectaculaire de la marchandise. La m&#233;connaissance de la nouvelle r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire alimente une m&#233;connaissance th&#233;orique et strat&#233;gique des capa-cit&#233;s r&#233;volutionnaires du mouvement m&#234;me. Il ne sert &#224; rien d'affirmer que nous avons des ennemis si proches qu'il faut attaquer imm&#233;diatement, au-del&#224; des &#233;claircissements internes de nature th&#233;orique. Tout cela cache la capacit&#233; d'affronter la nouvelle r&#233;alit&#233; du mouvement, l'incapacit&#233; &#224; d&#233;passer les erreurs du pass&#233; qui ont de graves cons&#233;quences dans le pr&#233;sent. Et cette fermeture alimente tout type d'illusion politique rationaliste. Les cat&#233;gories de la vengeance, du leader, du parti, de l'avant-garde, de la croissance quantitative n'ont de sens que dans le cadre de notre soci&#233;t&#233; et il s'agit d'un sens qui favorise le maintien du pouvoir. Du point de vue r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire celui de l'&#233;limination totale et d&#233;finitive du pouvoir, ces cat&#233;gories perdent tout leur sens. En se d&#233;pla&#231;ant dans le domaine du non-lieu de l'utopie, dans le renversement de l'&#233;thique du travail, dans le ici et maintenant de la joie r&#233;alis&#233;e, on se trouve au c&#339;ur d'une structure de mouvement qui est fort &#233;loign&#233;e des formes historiques de son organisation. Cette structure se transforme constamment &#233;chappant &#224; toute tentative de cristallisation. Sa caract&#233;ristique est l'auto-organisation des producteurs, sur les lieux de travail, et l'auto-organisation simultan&#233;e des formes de lutte pour le refus du travail. Non pas appropriation des moyens de production gr&#226;ce aux organisations historiques, mais refus de la production gr&#226;ce &#224; l'&#233;mergence de structures organisationnelles qui se transforment constamment. Il en est de m&#234;me dans le domaine du travail au noir. Les structures &#233;mergent sur la base de l'auto-orga-nisation, sous l'impulsion du rejet de l'ennui et de l'ali&#233;nation. L'int&#233;gration d'un but programm&#233; et impos&#233; par une organisation n&#233;e et voulue en dehors de ces structures signifie la mort du mouvement, le r&#233;tablissement du spectacle marchand. La plupart d'entre nous est li&#233;e &#224; cette vision de l'organisation r&#233;volutionnaire. M&#234;me les anarchistes, tout en refusant la gestion autoritaire de l'organisation, ne parviennent pas &#224; abandonner leur reconnaissance dans la validit&#233; de leurs formations historiques. Sur ces bases, tous, nous reconnaissons que la r&#233;alit&#233; contradictoire du capital peut &#234;tre attaqu&#233;e avec de tels moyens. Nous le faisons parce que nous sommes convaincus que ces moyens sont l&#233;gitimes, qu'ils &#233;mergent du terrain m&#234;me de l'affrontement avec le capital. Nous n'admettons pas que quelqu'un pense diff&#233;remment de nous. Notre th&#233;orie s'identifie dans la pratique et dans la strat&#233;gie de nos organisations. Il y a beaucoup de diff&#233;rences entre nous et les autoritaires. Mais celles-ci s'effacent devant la foi commune dans l'organisation historique. On arrivera &#224; l'anarchie gr&#226;ce &#224; l'&#339;uvre de ces organisations (les diff&#233;rences - substantielles - ne surgissent que sur le plan de la m&#233;thodologie pour s'en approcher). Ce que cette foi nous indique, c'est une chose tr&#232;s importante : la pr&#233;tention de notre culture rationaliste, de s'expliquer le mouvement de la r&#233;alit&#233;, et de se l'expliquer de fa&#231;on progressive. Cette culture se fonde sur le pr&#233;suppos&#233; de l'irr&#233;versibilit&#233; de l'histoire et sur la capacit&#233; analytique de la science. Tout ceci nous permet de consid&#233;rer le moment pr&#233;sent comme la confluence de tous les efforts du pass&#233;, comme le point le plus haut de la lutte contre le pouvoir de t&#233;n&#232;bres (l'exploitation capitaliste). Ainsi, nous serions, dans l'absolu, plus avanc&#233;s que nos pr&#233;d&#233;cesseurs, capables d'&#233;laborer et de g&#233;rer une th&#233;orie et une strat&#233;gie organisationnelle qui seraient le r&#233;sultat de la somme de toutes les exp&#233;riences pass&#233;es. Tous ceux qui rejettent cette interpr&#233;tation se retrouvent automatiquement hors de la r&#233;alit&#233;, celle-ci &#233;tant, par d&#233;finition, la m&#234;me chose que l'histoire, le progr&#232;s, et la science. Celui qui refuse est anti-historique, anti-progr&#232;s, anti-science. Condamnations sans appel. Forts de cette cuirasse id&#233;ologique, nous allons dans la rue. L&#224;, nous nous affrontons avec une r&#233;alit&#233; de lutte structur&#233;e diff&#233;remment. Ces structures agissent sous le coup d'impulsions ne rentrant pas dans le cadre de nos analyses. Un beau matin, au cours d'une manifestation pacifique, et autoris&#233;e par la pr&#233;fecture, quand les policiers commencent &#224; tirer, la structure r&#233;agit, les compagnons se mettent &#224; tirer aussi, les policiers tombent. Anath&#232;me ! La manifestation &#233;tait pacifique. Puisqu'elle a sombr&#233; dans la gu&#233;rilla urbaine, il a d&#251; y avoir provocation. Personne ne peut sortir du cadre parfait de notre organisation id&#233;ologique puisqu'elle n'est pas une &#8220;partie&#8221; de la r&#233;alit&#233; mais &#8220;toute&#8221; la r&#233;alit&#233;. Au-del&#224; : c'est la folie et la provocation. Quelques supermarch&#233;s sont d&#233;truits, quelques commerces, des magasins alimentaires et des armureries sont saccag&#233;s, des grosses cylindr&#233;es sont br&#251;l&#233;es. C'est une attaque contre le spectacle marchand dans ses formes les plus &#233;videntes. Les structures &#233;mergeantes s'orientent dans cette direction. Elles prennent forme &#224; l'improviste, avec un minimum indispensable d'orientation strat&#233;gique pr&#233;alable. Sans fioritures ni grand pr&#233;alables analytiques, sans toute une th&#233;orie en renfort. Elles attaquent. On reconna&#238;t les compagnons dans ces structures. Ils refusent les organisations de l'&#233;quilibre des pouvoirs, de l'attente et de la mort. Leur action est une critique en acte de la position attentiste et suicidaire de ces organisations. Anath&#232;me ! Il a d&#251; y avoir provocation. On se d&#233;tache des formes traditionnelle du &#8220;faire&#8221; politique. On p&#232;se fortement et de fa&#231;on critique sur le mouvement m&#234;me. On utilise l'arme de l'ironie. Pas dans le confort du bureau de l'&#233;crivain. Mais en masse, dans les rues. Alors s'emp&#234;trent dans le m&#234;me genre de difficult&#233; les valets des patrons, ceux d&#233;sormais reconnus officiellement, et les guides r&#233;volutionnaires du pass&#233; lointain et r&#233;cent. La structure mentale du petit chef et du leader de groupe entre en crise. Anath&#232;me ! La critique n'est l&#233;gitime que contre les patrons et selon les r&#232;gles fix&#233;es par la tradition historique de la lutte des classes. Qui sort des sentiers battus est un provocateur. On en a la naus&#233;e des r&#233;unions, des lectures de classiques, des manifestations inutiles, des discussions th&#233;oriques qui coupent les cheveux en quatre, des distinctions infinies, de la monotonie et de la tristesse de certaines analyses politiques. &#224; &#231;a, on pr&#233;f&#232;re faire l'amour, fumer, &#233;couter de la musique, marcher, dormir, rire, jouer, tuer des policiers, tirer dans les jambes des journalistes, juger les magistrats, faire sauter en l'air les casernes de carabiniers. Anath&#232;me ! La lutte n'est l&#233;gitime que quand elle est compr&#233;hensible par les chefs de la r&#233;volution. En cas contraire, puisqu'il y a le risque que ces derniers perdent le contr&#244;le de la situation, il a d&#251; y avoir une provocation. D&#233;p&#234;che-toi compagnon, tire tout de suite sur le policier, le juge, le patron avant qu'une nouvelle police ne t'en emp&#234;che ; d&#233;p&#234;che-toi de dire non avant qu'une nouvelle r&#233;pression te convainque du fait que de dire non est insens&#233; et fou et qu'il est juste que tu acceptes l'hospitalit&#233; des h&#244;pitaux psychiatriques. D&#233;p&#234;che-toi d'attaquer le capital avant qu'une nouvelle id&#233;ologie ne le rende &#224; nouveau sacr&#233;. D&#233;p&#234;che-toi de refuser le travail avant que quelque nouveau sophiste te dise, encore une fois, que &#8220;le travail rend libre&#8221;. D&#233;p&#234;che-toi de jouer. D&#233;p&#234;che-toi de t'armer.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il n'y aura plus de r&#233;volution tant que les Cosaques ne descendront pas.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Ernest C&#339;urderoy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest C&#339;urderoy, Hurrah !!! ou la r&#233;volution par les cosaques (1854), Cent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;VIII.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu &#224; l'int&#233;rieur de la logique du capital est lui aussi &#233;nigmatique et contradictoire. Le capital l'utilise comme un des &#233;l&#233;ments du spectacle marchand. Ainsi, il prend une ambigu&#239;t&#233; qu'il n'a pas intrins&#232;quement. Une ambigu&#239;t&#233; qui lui vient de la structure illusoire de la production capitaliste. Le jeu devient, de cette fa&#231;on, la suspension de la production, la parenth&#232;se de &#8220;tranquillit&#233;&#8221; dans la vie de tous les jours. Il existe ainsi une programmation du jeu et une utilisation sc&#233;nique de celui-ci. En dehors de la domination capitaliste, le jeu est harmonieusement structur&#233; par son propre &#233;lan cr&#233;atif. Il n'est pas li&#233; &#224; telle ou telle repr&#233;sentation voulue par les forces productives, mais il se d&#233;veloppe de fa&#231;on autonome. Et c'est seulement ainsi qu'il est gai, qu'il procure de la joie. Il ne &#8220;suspend&#8221; pas la tristesse de la blessure caus&#233;e par l'exploitation, au contraire, il la r&#233;alise jusqu'au bout, il la r&#233;v&#232;le partie int&#233;grante de la r&#233;alit&#233; de la vie, et ainsi, s'oppose &#224; ces moyens mis en acte par la r&#233;alit&#233; de la mort, m&#234;me &#224; travers le jeu, pour rendre moins triste la tristesse. Les destructeurs de la r&#233;alit&#233; de la mort luttent contre le r&#232;gne mythique de l'illusion capitaliste, r&#232;gne qui, tout en aspirant &#224; l'&#233;ternit&#233;, se roule dans la poussi&#232;re de l'incertain. La joie de la destruction &#233;merge via le jeu de l'action destructive, par la reconnaissance de la profonde trag&#233;die que celle-ci sous-entend, par la conscience de la force de l'enthousiasme qui r&#233;ussit &#224; abattre la toile d'araign&#233;e de la mort. Ce n'est pas une opposition entre horreur et horreur, entre trag&#233;die et trag&#233;die, entre mort et mort. Mais une opposition entre joie et horreur, joie et trag&#233;die, joie et mort. En tuant un policier, on ne se pare pas de la toge du juge qui se h&#226;te de la nettoyer du sang des condamnations pr&#233;c&#233;dentes. Les tribunaux et les sanctions font toujours partie du spectacle du capital, m&#234;me quand les r&#233;volutionnaires y jouent leur propre r&#244;le. En tuant un policier, on ne soup&#232;se pas ses responsabilit&#233;s, on n'arithm&#233;tise pas l'affrontement de classe. On n'y programme pas une vision du rapport entre mouvement r&#233;volutionnaire et exploiteurs. On r&#233;pond, de fa&#231;on imm&#233;diate, &#224; une exigence qui a fait surface et structure le mouvement r&#233;volutionnaire, une exigence que toutes les analyses et toutes les justifications au monde n'auraient pas pu, par elles-m&#234;mes, imposer. Cette exigence, c'est celle de l'attaque contre l'ennemi, l'exploiteur et ses valets. Elle m&#251;rit lentement dans les structures du mouvement. Mais, c'est seulement quand elle sort &#224; d&#233;couvert que le mouvement passe d'une phase d&#233;fensive &#224; celle de l'attaque. Les analyses et les justifications morales sont en amont, et non pas en aval, pr&#234;tes &#224; faire tr&#233;bucher celui qui descend dans la rue. Elles se trouvent dans la violence syst&#233;matique que le capital exerce, depuis des si&#232;cles, sur les exploit&#233;s. Mais elles ne doivent pas n&#233;cessairement se faire jour de fa&#231;on achev&#233;e et pr&#234;te &#224; l'emploi. Cette pr&#233;tention est une forme que prennent ult&#233;rieurement nos intentions rationalisantes, notre r&#234;ve d'imposer &#224; la r&#233;alit&#233; un mod&#232;le qui ne lui convient pas. Faisons les descendre, ces Cosaques. Ne jouons pas le r&#244;le de la r&#233;action, c'est un r&#244;le qui n'est pas fait pour nous. Nous n'acceptons pas l'invitation &#233;quivoque du capital. Au lieu de tirer sur nos compagnons et sur nous-m&#234;mes, il vaut toujours mieux tirer sur les policiers. Il y a des moments dans l'histoire o&#249; la science existe dans la conscience de celui qui se bat. Dans ces moments, il n'y a pas besoin d'interpr&#232;tes de la v&#233;rit&#233;. Celle-ci &#233;merge des choses. C'est la r&#233;alit&#233; des luttes qui produit la th&#233;orie du mouvement. La naissance du march&#233; a sign&#233; la formation du capital, le passage de la forme de production f&#233;odale &#224; celle capitaliste. L'entr&#233;e de la production dans la phase spectaculaire a rendu n&#233;cessaire l'extension de la forme mercantile &#224; tout ce qui existe : l'amour, la science, les sentiments, la conscience, etc. Le spectacle a &#233;norm&#233;ment grandi. Cette deuxi&#232;me phase ne constitue pas, contrairement &#224; ce qu'affirment les marxistes, une corruption de la premi&#232;re phase. C'est une nouvelle phase. Le capital avale tout, m&#234;me la r&#233;volution. Si celle-ci ne rompt pas avec le sch&#233;ma de la production, si elle pr&#233;tend imposer une production alternative, le capital l'engloutit dans le spectacle marchand. Il n'y a que la lutte dans la r&#233;alit&#233; de l'affrontement qui ne puisse pas &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;e. Certaines de ces formes, en se cristallisant en formes organisationnelles pr&#233;cises, peuvent &#234;tre int&#233;gr&#233;es au spectacle. Mais quand elles rompent avec le sens fondamental que le capital donne &#224; la production, cette int&#233;gration est tr&#232;s difficile. Le discours arithm&#233;tique et celui de la vengeance n'ont aucun sens &#224; l'int&#233;rieur de la seconde phase. Si on les rabache, ils prennent un sens m&#233;taphorique. Il faut substituer au jeu illusoire du capital (spectacle des marchandises) le jeu r&#233;el de l'offensive arm&#233;e contre le capital pour la destruction du fictif et du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Do it yourself.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Manuel du bricoleur&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;IX.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est facile, tu peux le faire toi-m&#234;me. Tout seul ou avec quelques compagnons de confiance. Il n'y a pas besoin de grands moyens. Ni m&#234;me d'une grande pr&#233;paration technique. Le capital est vuln&#233;rable. Il suffit d'&#234;tre d&#233;cid&#233; &#224; le faire. Un oc&#233;an de bavardages nous a rendus obtus. Il ne s'agit pas de peur. Nous n'avons pas peur, nous sommes seulement et stupidement plein d'id&#233;es pr&#233;con&#231;ues. Nous ne parvenons pas &#224; nous en lib&#233;rer. L'&#234;tre humain qui est d&#233;termin&#233; dans son geste n'est pas courageux. C'est quelqu'un qui a clarifi&#233; ses id&#233;es. Qui s'est rendu compte de l'inutilit&#233; de tant d'efforts pour bien jouer le r&#244;le que lui a assign&#233; le capital dans la repr&#233;sentation. Consciente, son attaque est froide et d&#233;termin&#233;e. Et lui permet de se r&#233;aliser, de se r&#233;aliser dans la joie. Le r&#232;gne de la mort dispara&#238;t face &#224; lui. M&#234;me s'il cr&#233;e destruction et terreur chez les patrons, dans son c&#339;ur et dans le c&#339;ur des exploit&#233;s, il n'y a que joie et tranquillit&#233;. Les organisations r&#233;volutionnaires ont du mal &#224; comprendre tout cela. Elles imposent un mod&#232;le qui reproduit la simulation de la r&#233;alit&#233; productive. L'approche quantitative les emp&#234;che d'avoir une appr&#233;hension qualitative sur le plan de l'esth&#233;tique de la joie. M&#234;me l'offensive militaire est vue par ces organisations sur un plan quantitatif. Les objectifs sont fix&#233;s sur la base d'un conflit frontal. Le capital peut de cette fa&#231;on en contr&#244;ler tout jaillissement. Il peut se permettre d'en accepter les contradictions, d'en indiquer les formes spectaculaires oppos&#233;es, d'en exploiter les effets n&#233;gatifs sur les producteurs pour construire un &#233;largissement du spectacle. Le capital accepte l'affrontement sur le terrain quantitatif parce qu'il conna&#238;t toutes les r&#233;ponses. C'est lui-m&#234;me qui produit les r&#233;ponses, qui dispose du monopole des r&#232;gles. A contrario, la joie de l'acte r&#233;volutionnaire est contagieuse. Elle fait tache d'huile. Le jeu produit son sens sur la base de l'action dans la r&#233;alit&#233;. Mais ce sens n'est pas fig&#233; dans un mod&#232;le impos&#233; d'en haut. Il se ramifie en mille directions, toutes productives et instables. La connexion interne au jeu se tarit dans l'action de l'offensive. Mais le sens ext&#233;rieur survit, le sens que le jeu rev&#234;t pour ceux qui en restent coup&#233;s et qui veulent se l'approprier. Entre ceux qui, les premiers, acceptent de jouer et ceux qui &#8220;observent&#8221; les cons&#233;quences lib&#233;ratrices du jeu, indispensables au jeu m&#234;me. Ainsi se structure la communaut&#233; de la joie. Une forme spontan&#233;e de mise en contact, fondamentale pour la r&#233;alisation du sens plus profond du jeu. Jouer est un acte communautaire. Cela se pr&#233;sente rarement comme une action isol&#233;e. Souvent, quand il se structure ainsi, il se cache derri&#232;re les &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs du refoulement psychologique. Ce n'est pas une acceptation positive du jeu en tant que moment cr&#233;atif d'une r&#233;alit&#233; de lutte. C'est le sens communautaire du jeu qui emp&#234;che l'arbitraire dans le choix des significations du jeu m&#234;me. En absence de rapport communautaire, le singulier pourrait imposer au jeu ses r&#232;gles et significations, incompr&#233;hensibles pour tous les autres, retransformant ainsi le jeu en une suspension temporaire des cons&#233;quences n&#233;gatives de son probl&#232;me individuel (probl&#232;me du travail, de l'ali&#233;nation, de l'exploitation). Dans un contexte communautaire, le sens du jeu s'enrichit &#224; travers le flux des actions r&#233;ciproques. La cr&#233;ativit&#233; re&#231;oit un espace plus grand via l'imagination lib&#233;r&#233;e et entretenue dans un rapport de r&#233;ciprocit&#233;. Toute invention, toute nouvelle possibilit&#233; peut &#234;tre v&#233;cue collectivement, sans mod&#232;le pr&#233;alable, et avoir une influence vitale dans le fait m&#234;me de se poser simplement comme moment cr&#233;atif, malgr&#233; les mille difficult&#233;s rencontr&#233;es dans sa r&#233;alisation. Une organisation r&#233;volutionnaire traditionnelle finit par imposer ses propres techniciens. Elle ne peut &#233;viter le p&#233;ril technocrate. La grande importance accord&#233;e &#224; l'action en tant que telle la condamne &#224; cela. Une structure r&#233;volutionnaire, qui cherche le moment de la joie dans l'action r&#233;volutionnaire visant la destruction du pouvoir, consid&#232;re les instruments avec lesquels cette destruction est r&#233;alis&#233;e comme des instruments, c'est-&#224;-dire comme des moyens. Ceux qui utilisent ces moyens ne doivent pas en devenir esclaves. Tout comme ceux qui ne savent pas s'en servir ne doivent pas devenir les esclaves de ceux qui en connaissent l'usage. La dictature du moyen est la pire des dictatures. L'arme la plus importante du r&#233;volutionnaire, c'est sa d&#233;termination, sa conscience, sa d&#233;cision de passer &#224; l'acte, sa propre individualit&#233;. Les armes concr&#232;tes sont des instruments, et, en tant que tels, ils doivent constamment &#234;tre soumis &#224; une &#233;valuation critique. Il faut d&#233;velopper une critique des armes. Nous avons vu une trop grande sacralisation de la mitraillette, une trop grande sacralisation de l'efficacit&#233; militaire. La lutte arm&#233;e n'est pas un geste qui concerne uniquement les armes. Elles ne peuvent repr&#233;senter, par elles-m&#234;mes, la dimension r&#233;volutionnaire. R&#233;duire la r&#233;alit&#233; enti&#232;re en une chose unique est dangereux. En effet, le jeu repr&#233;sente ce risque, celui d'&#233;puiser l'exp&#233;rimentation vitale dans le jouet, transformant ce dernier en quelque chose de sacr&#233; et d'absolu. Ce n'est pas pour rien que, dans les symboles de beaucoup d'organisations r&#233;volutionnaires combattantes appara&#238;t la mitraillette. Il faut proc&#233;der diff&#233;remment pour mieux comprendre le sens profond de la lutte r&#233;volutionnaire en tant que joie, pour fuir les illusions et les pi&#232;ges d'une repr&#233;sentation du spectacle marchand au travers d'objets mythiques ou mythifi&#233;s. Dans son affrontement avec la lutte arm&#233;e, le capital accomplit son ultime effort. Il s'engage sur la derni&#232;re fronti&#232;re. Pour s'aventurer sur un terrain o&#249; il ne se sent pas tant que &#231;a en s&#233;curit&#233;, il a besoin de la collaboration de l'opinion publique. D'o&#249; le d&#233;cha&#238;nement d'une guerre psychologique qui emploie les armes plus raffin&#233;es de la propagande moderne. En substance, le capital, dans son extension physique actuelle, est vuln&#233;rable vis-&#224;-vis d'une structure r&#233;volutionnaire qui peut d&#233;cider les temps et les modalit&#233;s de l'offensive. Le capital conna&#238;t parfaitement cette fai-blesse et prend les mesures n&#233;cessaires. La police ne lui suffit pas. Pas plus que l'arm&#233;e. Il a besoin d'une vigilance continue de la part des gens. Y compris de la fraction la plus humble du prol&#233;tariat. Pour ce faire, il doit diviser le front de classe. Il doit diffuser parmi les pauvres le mythe de la dangerosit&#233; des organisations arm&#233;es, le mythe de la sacralit&#233; de l'&#233;tat, le mythe de la moralit&#233;, de la loi et ainsi de suite. Indirectement, cela pousse l'organisation et ses militants &#224; jouer un r&#244;le. Or, &#224; l'int&#233;rieur d'un &#8220;r&#244;le&#8221;, le jeu n'a plus de sens. Tout devient &#8220;s&#233;rieux&#8221;, et donc illusoire, spectaculaire et marchand. La joie se transforme en &#8220;masque&#8221;. La personne devient anonyme, elle vit dans le r&#244;le, elle n'est plus capable de distinguer la r&#233;alit&#233; de l'apparence. Pour briser le cercle vicieux de la dramaturgie marchande, il faut refuser tout r&#244;le, m&#234;me celui de &#8220;r&#233;volutionnaire professionnel&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte arm&#233;e doit fuir la &#8220;professionnalisation&#8221;, la division du travail que le mod&#232;le ext&#233;rieur de la production capitaliste entend lui imposer. &#8220;Fais-le toi-m&#234;me&#8221;. Ne brise pas le contenu global du jeu par l'appauvrissement qu'entra&#238;ne le r&#244;le. D&#233;fends ton droit de te r&#233;jouir de la vie. Fais obstacle au projet de mort du capital. Celui-ci ne peut p&#233;n&#233;trer dans le monde cr&#233;atif du jeu qu'en transformant le jouant en joueur, le vivant cr&#233;ateur en mort qui croit vivre. Si &#8220;le monde du jeu&#8221; se voit organis&#233; sous une forme centralis&#233;e, cela n'a plus aucun sens de parler de jeu. En proposant notre discours sur &#8220;la joie arm&#233;e&#8221;, nous devons aussi pr&#233;voir la possibilit&#233; que le capital r&#233;cup&#232;re cette proposition r&#233;volutionnaire. Cette r&#233;cup&#233;ration peut &#234;tre mise en &#339;uvre par la gestion ext&#233;rieure du monde du jeu : en fixant le r&#244;le du joueur, les r&#244;les &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233; du jeu, la mythologie du jouet. En brisant les pesanteurs de la centralisation, du parti militaire, on parvient &#224; brouiller les id&#233;es du capital, lesquelles sont en harmonie avec les r&#232;gles de la productivit&#233; spectaculaire du march&#233; quantitatif. De cette fa&#231;on, l'action coordonn&#233;e par la joie devient &#233;nigmatique pour le capital. Ce n'est rien, que quelque chose priv&#233; d'objectif, qui n'a pas de r&#233;alit&#233;. Et c'est pourquoi l'essence, l'objectif et la r&#233;alit&#233; du capital sont illusoires, tandis que l'essence, l'objectif et la r&#233;alit&#233; de la r&#233;volution sont fix&#233;s concr&#232;tement. Au code du besoin productif, on substitue le code du besoin de communisme. Les d&#233;cisions singuli&#232;res &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233; de jeu ont un sens &#224; la lumi&#232;re de ce nouveau besoin. Les mod&#232;les du pass&#233;, ceux de la mort, se r&#233;v&#232;lent dans leur manque de r&#233;alit&#233;, dans leur dimension illusoire. La destruction des patrons, c'est la destruction de la marchandise et la destruction de la marchandise, c'est la destruction des patrons.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que vole la chouette.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Proverbe ath&#233;nien.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;X.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Que vole la chouette&#8221;. Que les actions mal engag&#233;es arrivent &#224; bon terme. Que la r&#233;volution, tant repouss&#233;e par les r&#233;volutionnaires, se r&#233;alise au-del&#224; de leurs restes de d&#233;sirs de paix sociale. Le capital donnera le dernier mot aux cols blancs. Les prisons ne pourront durer longtemps. Les vieilles forteresses du pass&#233;, d'un pass&#233; qui ne survit que dans les r&#234;ves exalt&#233;s de quelques r&#233;actionnaires &#224; la retraite, tomberont avec la chute de l'id&#233;ologie qui se fonde sur l'orthop&#233;die sociale. Il n'y aura plus de condamn&#233;s. La criminalisation, que le capital d&#233;veloppera sous sa forme la plus rationnelle, passera par les h&#244;pitaux psychiatriques. Refuser le spectacle, cela veut dire &#234;tre ext&#233;rieur &#224; la r&#233;alit&#233;, quand toute la r&#233;alit&#233; est spectaculaire. Refuser les r&#232;gles du code marchand, cela veut dire &#234;tre fou. Ne pas s'incliner devant le dieu de la marchandise, cela vaudra l'internement psychiatrique. L&#224;, la cure sera radicale. Plus de tortures inquisitoriales, plus de sang sur les murs, ces choses font trop forte impression dans l'opinion publique, provoquent l'intervention de bourgeois bien pensants, suscitent une demande de justifications et de r&#233;parations, et causent des perturbations dans l'harmonie spectaculaire. L'an&#233;antissement total de la personnalit&#233; consid&#233;r&#233; comme unique cure radicale pour les malades mentaux, par contre, ne choque personne. Tant que l'individu lambda se sentira entour&#233; par l'imperturbable atmosph&#232;re du spectacle capitaliste, il aura l'impression que la porte de l'h&#244;pital psychiatrique ne se refermera jamais sur lui. Le monde de la folie lui sera &#233;tranger m&#234;me s'il y a toujours un h&#244;pital psychiatrique &#224; proximit&#233; de chaque usine, devant chaque &#233;cole, derri&#232;re chaque campagne, au milieu de chaque quartier populaire. Prenons garde, avec notre aveuglement critique, &#224; ne pas tracer la route aux fonctionnaires d'&#233;tat en cols blancs. Le capital est en train d'&#233;laborer la grille de lecture &#224; mettre en circulation &#224; un niveau de masse. En vertu de cette grille, l'opinion publique sera encline &#224; voir dans les perturbateurs de l'ordre patronal, dans les r&#233;volutionnaires, des fous. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de leur ouvrir les portes des h&#244;pitaux psychiatriques. M&#234;me les prisons actuelles, en se rationalisant sur le mod&#232;le allemand, sont en train de se transformer, d'abord en prisons sp&#233;ciales pour r&#233;volutionnaires, puis en prisons mod&#232;les, puis en pur et simple camp pour la manipulation des cerveaux, puis d&#233;finitivement en h&#244;pital psychiatrique. Cette attitude du capital n'est pas seulement dict&#233;e par la n&#233;cessit&#233; de se d&#233;fendre face aux luttes des exploit&#233;s. C'est aussi la seule r&#233;ponse possible dans le cadre de la logique interne de la loi de la production marchande. L'h&#244;pital psychiatrique est pour le capital un lieu physique dans lequel l'ensemble de la fonction spectaculaire s'interrompt. La prison cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; parvenir &#224; cette interruption globale mais sans succ&#232;s parce qu'elle est bloqu&#233;e par les pr&#233;tentions de son id&#233;ologie orthop&#233;dique. Le &#8220;lieu&#8221; de l'h&#244;pital psychiatrique, au contraire, n'a ni fin, ni d&#233;but, il n'a pas d'histoire, il n'a pas la variabilit&#233; du spectacle. Il est le lieu du silence. L'autre lieu du silence, le cimeti&#232;re, a, au contraire, la capacit&#233; de parler &#224; haute voix. Les morts s'expriment. Et nos morts s'expriment haut et fort. Nos morts peuvent &#234;tre lourds, tr&#232;s lourds m&#234;me. Voil&#224; pourquoi le capital cherchera &#224; faire toujours moins de morts. Tandis qu'en parall&#232;le, le nombre d'&#8220;h&#244;tes&#8221; accueillis en h&#244;pital psychiatrique cro&#238;tra. La &#8220;patrie du socialisme&#8221; a beaucoup &#224; enseigner dans ce domaine. L'h&#244;pital psychiatrique est la rationalisation th&#233;rapeutique la plus parfaite du temps libre. La suspension du travail sans trauma pour la structure marchande. La non-producti-vit&#233; sans n&#233;gation de la productivit&#233;. Le fou peut ne pas travailler, mais, dans son non-travail, il confirme la sagesse du travail, comme inverse de la folie. Quand nous disons : ce n'est pas le moment de l'offensive arm&#233;e contre l'&#233;tat, nous ouvrons grand les portes des h&#244;pitaux psychiatriques pour les compagnons qui tentent cette attaque. Quand nous disons : ce n'est pas l'heure de la r&#233;volution, nous serrons les liens des lits de contention. Quand nous disons : ces actions sont manifestement des provocations, nous endossons la chemise blanche des tortionnaires. Au temps o&#249; le nombre des opposants &#233;tait r&#233;duit, la mitraillette fonctionnait bien. Dix morts, c'est supportable. 30 000, 100 000, 200 000, cela signerait un moment historique, un point de r&#233;f&#233;rence r&#233;volutionnaire d'une luminosit&#233; si &#233;blouissante qu'elle perturberait pour longtemps l'harmonie paisible du spectacle marchand. Aussi, le capital s'est fait plus astucieux. Le m&#233;dicament a une neutralit&#233; que le projectile n'a pas. Il a l'alibi th&#233;rapeutique. Qu'on lui jette &#224; la gueule, au capital, son statut de folie. Que l'on retourne les termes de l'opposition. La neutralisation de l'individu est une pratique commune du monde marchandis&#233; du capital. La soci&#233;t&#233; dans son ensemble est un h&#244;pital psychiatrique. Le nivellement des opi-nions est un processus th&#233;rapeutique, c'est une machine de mort. La production ne peut se r&#233;aliser dans la forme spectaculaire du capitalisme sans cet aplanissement. Et si le refus de tout &#231;a, l'acceptation de la joie face au choix de la mort, est signe de folie, cela vaut la peine que tout le monde commence &#224; comprendre le pi&#232;ge qui, cach&#233; sous tout cela, est pr&#234;t &#224; se refermer. Toute la machine de la tradition culturelle occidentale est une machine de mort, une n&#233;gation de la r&#233;alit&#233;, un r&#232;gne du fictif qui a accumul&#233; toutes sortes d'infamies et d'injustices, d'exploitations et de g&#233;nocides. Si le refus de cette logique productive est tax&#233; de folie, il faut expliquer la diff&#233;rence entre folie et folie. La joie s'arme. Son attaque est le d&#233;passement de l'hallucination marchande, de la machine et de la marchandise, de la vengeance et du leader, du parti et de la quantit&#233;. Sa lutte brise la ligne trac&#233;e par la logique du profit, l'architecture du march&#233;, le sens programm&#233; de la vie, le document final de l'archive. Son explosion bouleverse l'ordre des d&#233;pendances, la nomenclature du positif et du n&#233;gatif, la loi de l'illusion marchande. Mais tout &#231;a doit pouvoir se communiquer. Du monde de la joie au monde de la mort, le passage des contenus n'est pas facile. Les codes respectifs sont d&#233;phas&#233;s, ils finissent par s'annuler mutuellement. Ce qui, dans le monde de la joie, est consid&#233;r&#233; comme illusion, n'est autre que la r&#233;alit&#233; dans le monde de la mort, et inversement. La mort physique m&#234;me, sur laquelle on pleure tant dans le monde de la mort, est moins mortelle que la mort qui est vendue comme si c'&#233;tait la vie. D'o&#249; la grande facilit&#233; du capital &#224; mystifier les messages de la joie. M&#234;me les r&#233;volutionnaires, pris dans la logique du quantitatif, ne sont pas capables de lire pleinement le sens des exp&#233;riences de la joie. Parfois, ils bredouillent des approches insignifiantes. D'autres fois, ils se laissent aller &#224; des condamnations qui ne sonnent pas vraiment diff&#233;remment de celles lanc&#233;es par le capital. Dans le spectacle marchand, la notion g&#233;n&#233;rale du signifiant, c'est la marchandise. L'&#233;l&#233;ment actif de cette masse accumul&#233;e, c'est le travail. Au-del&#224; de ces &#233;l&#233;ments du contexte productif, il n'existe pas de signes qui puissent signifier quelque chose de n&#233;gatif et de positif en m&#234;me temps. Mais il existe la possibilit&#233; d'affirmer le non-travail, non pas comme n&#233;gation du travail, mais seulement comme sa suspension pour une certaine dur&#233;e. De m&#234;me, il existe la possibilit&#233; d'affirmer la non-marchandise, c'est-&#224;-dire l'objet personnalis&#233;, mais seulement comme r&#233;ification du temps libre, c'est-&#224;-dire comme quelque chose qui est produit comme hobby, dans les laps de temps conc&#233;d&#233;s par le cycle productif. Il est clair que ces signes - le non-travail et la non-marchandise -, s'ils sont con&#231;us comme il vient d'&#234;tre dit, sont partie int&#233;grante du mod&#232;le g&#233;n&#233;ral de la production. C'est seulement en clarifiant les valeurs de la joie et les valeurs correspondantes de la mort, comme &#233;l&#233;ments de deux mondes oppos&#233;s qui se combattent mutuellement, que nous pouvons communiquer certains des &#233;l&#233;ments contenus dans les actions de la joie, sans pour autant croire pouvoir les communiquer tous. La personne qui commence &#224; faire l'exp&#233;rience de la joie, m&#234;me dans des perspectives qui ne sont pas directement li&#233;es &#224; l'offensive contre le capital, est plus susceptible de comprendre les significations de l'attaque, tout au moins, plus que ceux qui restent li&#233;s &#224; une vision &#233;triqu&#233;e de l'affrontement, une vision fond&#233;e sur l'illusion quantitative. De cette fa&#231;on, il est encore possible que la chouette prenne son envol.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Debout tous !&lt;br&gt;
Et par le bras et le c&#339;ur,&lt;br&gt;
par la parole et la plume,&lt;br&gt;
par le poignard et le fusil,&lt;br&gt;
par l'ironie et l'impr&#233;cation,&lt;br&gt;
par le pillage et l'adult&#232;re, &lt;br&gt;
par l'empoisonnement et l'incendie, &lt;br&gt;
faisons, - sur le grand chemin des principes ou dans l'encoignure &lt;br class='autobr' /&gt;
du droit individuel - par l'insurrection ou par l'assassinat, - &lt;br class='autobr' /&gt;
la guerre &#224; la soci&#233;t&#233; !... la guerre &#224; la civilisation !...&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Joseph D&#233;jacque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de La question r&#233;volutionnaire (1854). Joseph D&#233;jacque (1821-1864) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;XI.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettons de c&#244;t&#233; les attentes, les h&#233;sitations, les r&#234;ves de paix sociale, les petits compromis, les na&#239;vet&#233;s. Tout le bric-&#224;-brac m&#233;taphorique qui nous est propos&#233; dans les magasins du capital. Mettons de c&#244;t&#233; les grandes analyses qui expliquent tout, jusqu'au plus petit d&#233;tail. Les gros livres pleins de bon sens et de peur. Mettons de c&#244;t&#233; l'illusion d&#233;mocratique et bourgeoise de la discussion et du dialogue, du d&#233;bat et de l'assembl&#233;e, des capacit&#233;s &#233;clair&#233;es des chefs. Mettons de c&#244;t&#233; le bon sens et la sagesse que la morale bourgeoise du travail a enfoui dans nos propres c&#339;urs. Mettons de c&#244;t&#233; les si&#232;cles de christianisme qui nous ont enseign&#233; le sacrifice et l'ob&#233;issance. Mettons de c&#244;t&#233; les pr&#234;tres de tous ordres, les patrons, les leaders r&#233;volutionnaires, ceux moins r&#233;volutionnaires et ceux pas r&#233;volutionnaires du tout. Mettons de c&#244;t&#233; le nombre, les illusions du quantitatif, les lois du march&#233;, l'offre et la demande. Asseyons-nous un instant sur les ruines de notre histoire de pers&#233;cut&#233;s et r&#233;fl&#233;chissons. Le monde ne nous appartient pas, s'il a un patron et que ce patron est assez stupide pour le d&#233;sirer, comme c'est le cas, qu'il le prenne, qu'il commence &#224; compter les ruines en lieu et place des palais, les cimeti&#232;res en lieu et place des villes, la boue en lieu et place des rivi&#232;res, la vase infecte en lieu et place des mers. Le plus grand spectacle d'illusionnisme au monde ne nous enchante plus. Nous sommes s&#251;rs que, de notre lutte, ici et maintenant, &#233;mergeront les communaut&#233;s de la joie. Et pour la premi&#232;re fois, la vie triomphera de la mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 2 juin 1977, &#224; Milan, un commando des Brigades Rouges [BR] blesse aux jambes Indro Montanelli, directeur d'un quotidien, &lt;i&gt;Il Giornale Nuovo&lt;/i&gt;. La veille, &#224; G&#234;nes, Vittorio Bruno, directeur-adjoint du quotidien &lt;i&gt;Il Secolo XIX&lt;/i&gt;, avait &#233;t&#233; bless&#233; aux jambes. Le lendemain est frapp&#233; Emilio Rossi, directeur politique du journal t&#233;l&#233;vis&#233; de la premi&#232;re cha&#238;ne publique. Ces attaques &#233;taient l'expression d'une campagne des BR contre la presse, &#8220;instrument de la guerre psychologique&#8221;.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Toutes les notes ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es pour la pr&#233;sente traduction.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zo d'Axa (1864-1930), anarchiste fondateur, entre autres, du journal &lt;i&gt;L'En-dehors&lt;/i&gt; (1891) pour lequel il a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 18 mois de prison.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Groupe de lutte arm&#233;e actif en Grande Bretagne entre 1967 et 1984. Voir &lt;i&gt;The Angry Brigade (1967-1984). Documents and chronology&lt;/i&gt; paru chez Elephant Editions ainsi que des traductions de certains communiqu&#233;s sur le site de l'&lt;a href=&#034;http://apa.online.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;APA&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest C&#339;urderoy, &lt;i&gt;Hurrah !!! ou la r&#233;volution par les cosaques&lt;/i&gt; (1854), Cent pages, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de &lt;i&gt;La question r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; (1854). Joseph D&#233;jacque (1821-1864) est le fondateur du journal &lt;i&gt;Le libertaire&lt;/i&gt; (1858-1861). Tous ses &#233;crits sont disponibles sur &lt;a href=&#034;http://joseph.dejacque.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://joseph.dejacque.free.fr/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pistes biblio&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bonanno est un &#8220;auteur&#8221; prolixe. Ses &#233;crits et autres pratiques l'ont souvent conduit en taule.&lt;br&gt;
Rares sont ses textes traduits en fran&#231;ais. &#224; notre connaissance, on peut trouver :&lt;br class='autobr' /&gt;
_- &lt;i&gt;D&#233;truisons le travail&lt;/i&gt;, brochure &#233;dit&#233;e en 1995 par les &#233;ditions D&#233;s&#233;quilibr&#233; et en 2006 par Zanzara ath&#233;e. A lire sur &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/article.php3?id_article=362&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://infokiosques.net/article.ph...&lt;/a&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt;
_- &#8220;La lutte antimilitariste&#8221;, article paru dans &lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt;, n&#176;3, 1991, &lt;br class='autobr' /&gt;
_- &#8220;Contre l'amnistie&#8221; (1984), article paru dans &lt;i&gt;Cette semaine&lt;/i&gt;, n&#176;94, automne 2007, disponible sur &lt;a href=&#034;http://cettesemaine.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://cettesemaine.free.fr/&lt;/a&gt;, journal et site internet o&#249; l'on trouve de nombreuses infos et des points de vue anarchistes sur la situation contemporaine en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est nettement plus ais&#233; de trouver des versions anglaises de ses &#233;crits gr&#226;ce aux Elephant Editions. Citons, par exemple, &lt;i&gt;From riot to insurrection. Analysis for an anarchist perspective against post industrial capitalism&lt;/i&gt; (1990) &amp; &lt;i&gt;The insurectional project&lt;/i&gt; (2000), deux textes qui reviennent sur le courant anarchiste insurrectionnaliste dont Bonanno se r&#233;clame. Plus d'infos sur Elephant Editions sur &lt;a href=&#034;http://www.geocities.com/elephant_editions&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.geocities.com/elephant_e...&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;https://www.alphabetthreat.co.uk/elephanteditions/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.alphabetthreat.co.uk/el...&lt;/a&gt;. Les textes anglais publi&#233;s par Elephant sont disponibles sur le site internet Killing King Abacus, regroupant des textes insurrectionnalistes :&lt;br&gt; &lt;a href=&#034;https://www.geocities.com/kk_abacus/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.geocities.com/kk_abacus/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En italien, la plupart de ses &#233;crits sont &#233;dit&#233;s chez les Edizioni Anarchismo. &lt;br&gt;
On trouve, entre autres, des r&#233;flexions :&lt;br class='autobr' /&gt;
_- sur les modes d'organisation : par exemple, &lt;i&gt;Movimento e progetto rivoluzionario&lt;/i&gt; (1977), &lt;i&gt;Affinit&#224; e organizzazione informale&lt;/i&gt; (1996) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
_- sur la taule : &lt;i&gt;Carcere e lotte des detenuti&lt;/i&gt; (2000) ou encore &lt;i&gt;Chiusi a chiave. Une riflessione sul carcere&lt;/i&gt; (Allaria edizioni, 1997) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
_- sur le capitalisme et autres grandes notions : &lt;i&gt;Teoria dell'individuo. Stirner e il pensiero selvaggio&lt;/i&gt; (1999), &lt;i&gt;La bestia inafferabile&lt;/i&gt; (1999), &lt;i&gt;Dissonanze&lt;/i&gt;, etc. ;&lt;br class='autobr' /&gt;
_- sur le proc&#232;s &#8220;Marini&#8221; dans lequel plusieurs anarchistes italiens ont &#233;t&#233; accus&#233;s d'appartenance &#224; une &#8220;bande arm&#233;e&#8221; : &lt;i&gt;Autodifesa al processo di Roma per banda armata, ecc.&lt;/i&gt; (prima parte, avril 2000 et seconda parte, mai 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter, en fran&#231;ais, sur ce proc&#232;s, une brochure : &lt;i&gt;Dans le mar&#233;cage. Limites et perspectives de la r&#233;pression anti-anarchiste&lt;/i&gt;, 2000, &lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://mutineseditions.free.fr/&lt;/a&gt;, o&#249; l'on trouve &#233;galement sur la r&#233;cente vague de r&#233;pression &lt;i&gt;Un &#233;t&#233; italien&lt;/i&gt; (2003).&lt;br&gt;
A signaler, la publication r&#233;cente de &lt;i&gt;A couteaux tir&#233;s avec l'existant, ses d&#233;fenseurs et ses faux critiques&lt;/i&gt;, un recueil de textes italiens dont les approches sont assez voisines de celles de Bonnano, disponible aupr&#232;s de Mutines S&#233;ditions.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quasi-d&#233;sert ambiant, nous citons les quelques livres en fran&#231;ais existant sur l'Italie des ann&#233;es 70. Souvent, ces ouvrages ont pour plus grand m&#233;rite celui d'exister. &lt;br&gt;
Paolo Persichetti &amp; Oreste Scalzone, &lt;i&gt;La r&#233;volution et l'Etat&lt;/i&gt;, Dagorno, 2000&lt;br&gt;
Giorgio, &lt;i&gt;Profession terroriste&lt;/i&gt;, Mazarine, 1982&lt;br&gt;
Fabrizio Calvi, &lt;i&gt;Camarade P.38&lt;/i&gt;, Grasset, 1982&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Italie 77, le &#8220;Mouvement&#8221;, les intellectuels&lt;/i&gt;, documents rassembl&#233;s par Fabrizio Calvi, Seuil, 1977&lt;br&gt;
Collectif A/Traverso, &lt;i&gt;Radio alice - radio libre&lt;/i&gt;, LSC, 1977&lt;br&gt;
Nanni Balestrini, &lt;i&gt;Les invisibles&lt;/i&gt;, POL, 1992&lt;br&gt;
Yann Collonges et Pierre Georges Randal, &lt;i&gt;Les Autor&#233;ductions. Gr&#232;ves d'usagers et luttes de classes en France et en Italie (1972-1976)&lt;/i&gt;, Bourgois, 1976&lt;br&gt;
Groupe autonome libertaire Turin, &lt;i&gt;Contributions &#224; la critique arm&#233;e libertaire. Azione Rivoluzionaria&lt;/i&gt;, 1980 (trouvable sur &lt;a href=&#034;http://apa.online.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://apa.online.free.fr/&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cite aussi quelques titres en italien o&#249; la litt&#233;rature sur la p&#233;riode est en fait relativement abondante : &lt;br&gt;
Sergio Bianchi &amp; Lanfranco Caminiti (dir.), &lt;i&gt;Settantasette. La rivoluzione che viene&lt;/i&gt;, Derive Approdi, 2004&lt;br&gt;
Nanni Balestrini &amp; Primo Moroni, &lt;i&gt;L'orda d'oro (1968-1977)&lt;/i&gt;, Feltrinelli, 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;truisons le travail</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article362</link>
		<guid isPermaLink="true">https://infokiosques.net/spip.php?article362</guid>
		<dc:date>2006-08-10T04:18:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alfredo M. Bonanno</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte prend position &lt;i&gt;contre le travail&lt;/i&gt;, pas seulement pour une r&#233;duction du temps de travail ou pour une meilleure organisation du travail. Il n'envisage l'activit&#233; humaine qu'&#224; travers le d&#233;passement de la soci&#233;t&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le travailleur risque en permanence de tomber dans un pi&#232;ge&lt;br class='autobr' /&gt;
difficilement rep&#233;rable qui le contraint &#224; n&#233;gocier quelques arrangements&lt;br class='autobr' /&gt;
au d&#233;triment de sa combativit&#233; devenue seulement potentielle. De tels&lt;br class='autobr' /&gt;
arrangements, qui autrefois &#233;taient d&#233;finis par les travailleurs, faisant donc&lt;br class='autobr' /&gt;
partie du grand mouvement de lutte contre le travail, sont aujourd'hui des&lt;br class='autobr' /&gt;
aspects du travail caract&#233;ris&#233; par la r&#233;cup&#233;ration et le contr&#244;le. Si nous&lt;br class='autobr' /&gt;
devons jouer avec notre vie et dans notre vie, nous devons apprendre &#224; le&lt;br class='autobr' /&gt;
faire et fixer nous-m&#234;mes les r&#232;gles du jeu, ou alors d&#233;finir ces r&#232;gles de&lt;br class='autobr' /&gt;
sorte qu'elles soient claires pour nous et qu'elles soient des labyrinthes&lt;br class='autobr' /&gt;
incompr&#233;hensibles pour les autres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Critiques du travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH76/arton362-81cc7.jpg?1780812714' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff362.jpg?1153662397&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans la glorification du &#171; travail &#187;, dans les infatigables discours sur la &#171; b&#233;n&#233;diction du travail &#187;, je vois la m&#234;me arri&#232;re-pens&#233;e que dans les louanges des actes impersonnels et conformes &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral : la crainte de tout ce qui est individuel. On se rend maintenant tr&#232;s bien compte, &#224; l'aspect du travail - c'est-&#224;-dire de ce dur labeur du matin au soir - que c'est l&#224; la meilleure police, qu'elle tient chacun en bride et qu'elle s'entend vigoureusement &#224; entraver le d&#233;veloppement de la raison, des d&#233;sirs, du go&#251;t de l'ind&#233;pendance. Car le travail use la force nerveuse dans des proportions extraordinaires, et la soustrait &#224; la r&#233;flexion, &#224; la m&#233;ditation, aux r&#234;ves, aux soucis, &#224; l'amour et &#224; la haine, il place toujours devant les yeux un but minime et accorde des satisfactions faciles et r&#233;guli&#232;res. Ainsi, une soci&#233;t&#233; o&#249; l'on travaille sans cesse durement, jouira d'une plus grande s&#233;curit&#233; : et c'est la s&#233;curit&#233; que l'on adore maintenant comme divinit&#233; supr&#234;me. - Et voici (&#244; &#233;pouvante !) que c'est justement le &#171; travailleur &#187; qui est devenu &lt;i&gt;dangereux&lt;/i&gt; ! Les &#171; individus dangereux &#187; fourmillent ! Et derri&#232;re eux il y a le danger des dangers - l'&lt;i&gt;individuum&lt;/i&gt; ! &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;F. Nietzsche, &lt;i&gt;Aurore&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;(...) Le travail est plus loin de moi que mon ongle l'est de mon &#339;il. Merde pour moi ! Merde pour moi ! (...)&lt;br /&gt;
Quand vous me verrez manger positivement de la merde, alors seulement vous ne trouverez plus que je co&#251;te cher &#224; nourrir !...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;A. Rimbaud, &lt;i&gt;Lettre &#224; Verlaine&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le travail est un sujet qui revient de fa&#231;on de plus en plus pressante dans les journaux, dans les cours et les conf&#233;rences universitaires, dans les hom&#233;lies papales, dans les d&#233;bats politiques &#233;lectoraux et m&#234;me dans les articles et les pamphlets &#233;crits par les copains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes questions qui se posent sont les suivantes : comment faire face au ch&#244;mage croissant ? Comment redonner un sens au caract&#232;re professionnel du travail p&#233;nalis&#233; par le d&#233;veloppement n&#233;o-industriel ? Comment trouver des voies alternatives au travail traditionnel ? Comment, et c'est surtout cette question qui int&#233;resse la plupart des copains, abolir le travail ou le r&#233;duire au minimum indispensable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons tout de suite que ces questions ne sont pas les n&#244;tres. Nous ne sommes pas int&#233;ress&#233;s par les pr&#233;occupations politiques de ceux qui consid&#232;rent le ch&#244;mage comme un danger pour l'ordre et la d&#233;mocratie. Nous ne sommes pas non plus concern&#233;s par la nostalgie du manque de professionnalisme. Nous sommes encore moins enthousiasm&#233;s par les r&#233;formateurs du travail &#224; la cha&#238;ne ou du travail intellectuel r&#233;gi par la planification industrielle avanc&#233;e. De m&#234;me, nous ne sommes pas concern&#233;s par l'abolition du travail ou sa r&#233;duction &#224; un minimum tol&#233;rable dans une vie ainsi imagin&#233;e pleine et heureuse. Derri&#232;re tout cela il y a toujours les griffes de ceux qui veulent organiser notre existence, penser pour nous ou nous sugg&#233;rer poliment de penser comme eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes pour la destruction du travail. Proc&#233;dons dans l'ordre : notre position est totalement diff&#233;rente et c'est ce que nous tenterons d'expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; post-industrielle, dont on parlera ensuite, a r&#233;solu le probl&#232;me du ch&#244;mage, du moins dans une certaine mesure, en d&#233;pla&#231;ant les forces de travail vers des secteurs flexibles, faciles &#224; manipuler et &#224; contr&#244;ler. Dans les faits, la menace sociale du ch&#244;mage croissant est plus th&#233;orique que pratique. Elle est utilis&#233;e comme mesure de dissuasion politique, pour d&#233;courager de larges couches d'opinion dans leur tentative d'organisation. Les choix de programme du n&#233;olib&#233;ralisme, notamment au niveau international, &#233;chappent ainsi &#224; une remise en question. Le travailleur qualifi&#233; est plus facilement contr&#244;lable dans son r&#244;le, li&#233; &#224; son poste de travail et &#224; la carri&#232;re dans son unit&#233; de production (contr&#244;lable partout et m&#234;me par les autorit&#233;s eccl&#233;siastiques). Pour garder ce contr&#244;le, on insiste sur la n&#233;cessit&#233; de donner du travail. Le ch&#244;mage en soi ne met pas en danger la production, c'est au contraire l'exp&#233;rience de la flexibilit&#233;, d&#233;sormais indispensable aux organisations professionnelles, qui pourrait &#234;tre une source de danger. En d&#233;pouillant le travailleur de son identit&#233; sociale, il d&#233;coule sans doute une d&#233;sagr&#233;gation sociale qui rend plus difficile un contr&#244;le &#224; moyen terme. Cette perte de contr&#244;le est la source des j&#233;r&#233;miades institutionnelles sur le ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la m&#234;me raison, les int&#233;r&#234;ts du syst&#232;me de production dans son ensemble ne permettent plus une pr&#233;paration professionnelle de haut niveau, du moins pour la majorit&#233; des travailleurs. L'ancienne demande de professionnalisme a &#233;t&#233; remplac&#233;e par l'actuelle demande de flexibilit&#233;, c'est-&#224;-dire une adaptation &#224; des fonctions de travail en mutation permanente, &#224; des changements d'entreprise, bref, &#224; une vie qui se modifie en fonction des besoins des employeurs. A l'&#233;cole d&#233;j&#224;, on programme ce genre d'adaptations, en &#233;vitant de fournir des &#233;l&#233;ments culturels &#224; caract&#232;re institutionnel qui constituaient, autrefois, le bagage minimum technique pour atteindre le vrai professionnalisme. De hauts niveaux de professionnalisme ne sont n&#233;cessaires que pour quelques milliers d'individus form&#233;s par des post-grades universitaires, parfois aux frais des grandes entreprises qui cherchent ainsi &#224; s'accaparer les sujets les plus dispos&#233;s &#224; subir un endoctrinement et, par cons&#233;quent, un conditionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un r&#233;cent pass&#233;, le monde du travail suivait une voie univoque caract&#233;ris&#233;e par une discipline de fer, de la rentabilit&#233; des cha&#238;nes de montage aux contr&#244;les assidus pr&#233;ventifs et subs&#233;quents des cols blancs jusqu'&#224; l'archivage de fiches et aux licenciements dus &#224; des comportements hors norme. Pour garder un poste de travail il fallait s'assujettir, acqu&#233;rir une mentalit&#233; de type militaire, apprendre des pratiques parfois complexes, parfois simples, appliquer ces pratiques, s'identifier &#224; elles, penser que sa personne, son mode de vie, ses id&#233;es et ses relations, bref tout ce qu'il y a de plus important au monde se r&#233;sumerait &#224; ces pratiques. Le travailleur vivait dans l'entreprise, avait des rapports amicaux avec ses coll&#232;gues de travail, parlait de probl&#232;mes de travail pendant son temps libre, fr&#233;quentait le &lt;i&gt;dopolavoro&lt;/i&gt; et partait en vacances en familles avec les coll&#232;gues de travail. Pour compl&#233;ter le tableau, surtout dans les grandes entreprises, des excursions p&#233;riodiques, entre autres, &#233;taient organis&#233;es pour lier les diverses familles ; les enfants fr&#233;quentaient des &#233;coles qui &#233;taient quelquefois financ&#233;es par l'entreprise et lorsque leurs parents prenaient leur retraite, l'un d'eux prenait leur place. Ainsi, la sph&#232;re du travail englobait, sans bavures, toute la personnalit&#233; du travailleur et de sa famille, en lui dictant de cette mani&#232;re une identification totale &#224; l'entreprise. T&#233;moins, les dizaines de milliers d'ouvriers de chez Fiat qui &#233;taient supporters de la Juventus, l'&#233;quipe de football turinoise pr&#233;sid&#233;e par Agnelli. Cette &#233;poque, caract&#233;ris&#233;e par son homog&#233;n&#233;it&#233; et par ses projets d'uniformit&#233;, est d&#233;pass&#233;e, bien que quelques r&#233;sidus continuent &#224; exister. Elle est remplac&#233;e par une p&#233;riode o&#249; le travail est provisoire et incertain, o&#249; l'ind&#233;termination du futur devient fondamentale, o&#249; le professionnalisme est absent. Le travailleur perd toute r&#233;f&#233;rence &#224; cause de l'absence de nouveaux projets et d'int&#233;r&#234;ts concrets autres que gagner sa vie ou rembourser sa maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, la fuite du travail se traduisait par la recherche d'une fa&#231;on alternative de travailler et par la r&#233;appropriation de la cr&#233;ativit&#233; productive que le m&#233;canisme capitaliste avait extorqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le suivi &#233;tait celui du refus de la discipline, le sabotage sur la ligne de production - consid&#233;r&#233; comme le ralentissement d'une cadence oppressante -, la recherche de pauses &#224; l'ali&#233;nation. Ainsi, le temps libre non institutionnalis&#233;, mais d&#233;rob&#233; au contr&#244;le attentif de l'entreprise, &#233;tait charg&#233; d'une valeur alternative. Pour respirer il fallait sortir des rythmes carc&#233;raux de l'usine ou du bureau. Cette condition ne correspond plus &#224; l'organisation productive actuelle et encore moins &#224; ses projets de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette condition ne se distinguait pas sp&#233;cialement des structures des premi&#232;res usines. En Grande-Bretagne, l'accumulation du Grand Capital pendant plus de deux si&#232;cles de piraterie avait permis la mise en place des fabriques de textiles o&#249; la main d'&#339;uvre fuyant la campagne anglaise et &#233;cossaise &#233;tait pour la premi&#232;re fois enferm&#233;e en masse. Ces conditions empoisonnaient le go&#251;t du temps retrouv&#233;. En d'autres mots, on ne r&#233;cup&#233;rait le temps qu'en termes d'&#233;conomie de fatigue physique, et non pas parce qu'on savait o&#249; on voulait faire autre chose en dehors de son propre travail. Et cela aussi, parce qu'on tenait &#224; son travail ce qu'on y &#233;tait li&#233; jusqu'&#224; la mort. M&#234;me les hypoth&#232;ses r&#233;volutionnaires de l'anarcho-syndicalisme ne remettaient pas en question le temps retrouv&#233;, au contraire elles &#233;taient charg&#233;es de significations lib&#233;ratrices, de sorte que le syndicat avait la t&#226;che de construire la soci&#233;t&#233; libre de demain &#224; partir des m&#234;mes cat&#233;gories professionnelles qu'hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore quelques ann&#233;es, l'abolition du travail signifiait l'&#233;limination du labeur, la cr&#233;ation d'un travail alternatif facile et agr&#233;able et dans les th&#232;ses les plus avanc&#233;es, selon une vision plus utopique et singuli&#232;re, sa substitution par le jeu. Mais un jeu engag&#233;, avec des r&#232;gles et capable de donner &#224; l'individu une identit&#233; en tant que joueur. L'analyse de la cat&#233;gorie logique du jeu a m&#234;me &#233;t&#233; men&#233;e bien au-del&#224; du jeu r&#233;glement&#233;, comme par exemple les &#233;checs, et a &#233;t&#233; &#233;largie jusqu'au concept de jeu en tant que comportement ludique de l'individu, un jeu en tant qu'expression des sens, en tant qu'&#233;rotisme et sexualit&#233;, en tant que libre expression de soi-m&#234;me dans le domaine du gestuel, du manuel, de l'art de penser et de toutes ces choses ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est certainement inspir&#233; des g&#233;niales intuitions de Fourier, qui ne s'&#233;loignait pas de l'hypoth&#232;se benthamienne : en poursuivant l'int&#233;r&#234;t personnel on obtient indirectement et sans le vouloir un plus grand int&#233;r&#234;t collectif. Il est vrai que Fourier, le bon commis voyageur, a mis &#224; profit ses exp&#233;riences individuelles afin de cr&#233;er un incroyable r&#233;seau de relations sociales fond&#233; sur les affinit&#233;s, cependant, bien qu'il s'agisse d'un fait tr&#232;s int&#233;ressant, il n'&#233;chappe pas aux r&#232;gles essentielles du travail comme organisation globale de contr&#244;le, voire de production dans un sens capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre que le travail lib&#233;r&#233; n'am&#232;ne pas &#224; l'abolition du travail ; il faut entamer un processus de destruction. Voyons pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le capital m&#234;me qui a d&#233;mantel&#233; &#224; temps la formation de production d&#233;sormais inadapt&#233;e, d&#233;robant au travailleur son identit&#233;. Il a ainsi rendu ce dernier &#171; hors course &#187; sans qu'il puisse s'en apercevoir. Et maintenant le capital cherche &#224; injecter en lui toutes les caract&#233;ristiques ext&#233;rieures de la libert&#233; formelle. La libert&#233; de parole et d'habillement, la diversification des t&#226;ches, le modeste engagement intellectuel requis, la s&#233;curit&#233; des proc&#233;dures et leur standardisation assist&#233;e par des manuels faciles &#224; suivre, le ralentissement du temps de travail, le remplacement des proc&#233;dures r&#233;p&#233;titives par la robotique, la s&#233;paration progressive entre l'unit&#233; de travail et le producteur, tout cela cr&#233;e un mod&#232;le diff&#233;rent qui ne correspond pas &#224; celui du travailleur des g&#233;n&#233;rations pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;cup&#233;rant le temps qui nous est pris, on prend possession d'unit&#233;s temporelles suppl&#233;mentaires qui s'ins&#233;reraient de plein droit dans le nombre de plus en plus croissant d'autres unit&#233;s discr&#233;tionnaires de suspension de travail que l'employ&#233; refuse de comprendre. Il n'en d&#233;coulerait qu'une augmentation de la panique, plut&#244;t que la possibilit&#233; de s'occuper d'un projet qui remplacerait le travail de production pour des tiers. Les th&#233;oriciens r&#233;volutionnaires ont toujours montr&#233; le besoin d'une quantit&#233; de travail beaucoup moins importante que celle qui est obligatoire aujourd'hui pour percevoir un salaire, en revanche, de nos jours, c'est le capitalisme post-industriel qui s'est appropri&#233; ce sujet dans des congr&#232;s et des r&#233;unions visant &#224; restructurer la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abolir le travail signifie le substituer par des quotas de travail r&#233;duits au minimum et destin&#233;s &#224; des productions utiles. Nous ne pouvons pas accepter cette hypoth&#232;se dans la mesure o&#249; elle ne se diff&#233;rencie pas du capital. En effet, la diff&#233;rence n'est que dans ses temps de r&#233;alisation alors que les m&#233;thodes de r&#233;alisation restent les m&#234;mes. Lutter pour une r&#233;duction, bien que consid&#233;rable, par exemple la semaine de vingt heures, n'a pas un sens r&#233;volutionnaire car il ouvre une voie &#224; la solution de certains probl&#232;mes du capital et non pas &#224; une lib&#233;ration possible pour tous. Le ch&#244;mage en tant que facteur de pression, m&#234;me minime, en trouvant comme nous l'avons vu, assez de soupapes dans l'organisation diff&#233;rente de travaux marginaux, semble &#234;tre pour l'instant le seul moteur de la formation productive capitaliste qui pousse &#224; la recherche de solutions op&#233;rationnelles pour la r&#233;duction de l'horaire de travail ; mais, dans un avenir pas tr&#232;s lointain, d'autres motifs pourraient na&#238;tre de la n&#233;cessit&#233; de produire moins, surtout dans une situation internationale d'&#233;quilibres militaires qui n'oppose plus deux grandes puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soupape du b&#233;n&#233;volat dont on ne discute pas assez mais qui est, pourtant, un sujet qui m&#233;riterait toute notre attention, pourrait fournir une des solutions op&#233;rationnelles pour la r&#233;duction de l'horaire de travail sans que les masses, rendues orphelines du contr&#244;le d'un tiers de leur journ&#233;e, doivent organiser leur temps retrouv&#233;. Dans cette optique, le probl&#232;me du ch&#244;mage n'est plus la crise la plus grave du syst&#232;me productif actuel, mais une forme pertinente quant &#224; la structure de celui-ci, une forme qui peut &#234;tre institutionnalis&#233;e et r&#233;cup&#233;r&#233;e dans le temps libre pour un projet r&#233;alis&#233; toujours dans le cadre de la production et &#224; travers des structures cr&#233;&#233;es &#224; cet effet. Dans cette logique, le mouvement de la crise est int&#233;gr&#233; dans le capitalisme post-industriel comme syst&#232;me homog&#232;ne. Cette crise n'existe pas car elle s'est transform&#233;e en un des moments du processus productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mod&#232;les alternatifs fond&#233;s sur le syst&#232;me D s'estompent : les petits travaux artisanaux, les petites entreprises fondues sur l'auto production, les ventes ambulantes de bijoux faits main. Dans l'ombre des petites boutiques sans air ni lumi&#232;re, des trag&#233;dies humaines infinies ont eu lieu ces 20 derni&#232;res ann&#233;es. Tant de forces r&#233;ellement r&#233;volutionnaires ont &#233;t&#233; pi&#233;g&#233;es par des illusions qui demandaient non pas un travail individuel normal mais une surexploitation, d'autant plus lourde qu'elle &#233;tait li&#233;e &#224; la volont&#233; de l'individu de mener la barque, de d&#233;montrer qu'il existait des voies diff&#233;rentes au travail d'usine. Maintenant, avec les restructurations du capital, nous avons vu que ce mod&#232;le &#171; alternatif &#187; est justement celui qui est sugg&#233;r&#233; au niveau institutionnel pour sortir de la crise. Et toujours pr&#234;tes &#224; ignorer de quel c&#244;t&#233; le vent tourne, d'autres forces potentiellement r&#233;volutionnaires se renferment dans des laboratoires &#233;lectroniques et dans leurs boutiques sans air ni lumi&#232;re pour se surcharger de travail et d&#233;montrer que le capital, une fois de plus, a eu raison d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer le probl&#232;me en une formule, nous pourrions dire que, autrefois, le travail donnait une identit&#233; sociale au travailleur et cette identit&#233; associ&#233;e &#224; celle du citoyen constituait le sujet parfait. Ainsi, la fuite du travail &#233;tait une tentative totalement r&#233;volutionnaire visant &#224; se lib&#233;rer d'une situation &#233;touffante. Aujourd'hui, la seule r&#233;ponse en opposition au travail est sa destruction, en cr&#233;ant des projets, un avenir et une identit&#233; sociale tout &#224; fait nouveaux et oppos&#233;s aux tentatives d'an&#233;antissement mis sur pied par le capitalisme post-industriel qui ne fournit plus l'identit&#233; sociale au travailleur, mais qui cherche &#224; l'utiliser de mani&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e et indiff&#233;renci&#233;e, sans aucune perspective d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur conscient, pour r&#233;duire la souffrance du travail, faisait autrefois recours &#224; diverses dissimulations afin de faire face &#224; l'exploitation brutale et imm&#233;diate (on pourrait &#233;crire des centaines de pages sur ce sujet) ; ces m&#233;thodes sont devenues aujourd'hui une pratique courante du capital qui propose, voire impose, des fragmentations des unit&#233;s de travail, des temps r&#233;duits et flexibles, des propositions venant des travailleurs sur les conditions de travail, la participation aux d&#233;cisions d'entreprise, des assembl&#233;es d&#233;cisionnelles sur des aspects particuliers de la production, la cr&#233;ation d'&#238;lots autonomes qui se consid&#232;rent clients mutuellement, la comp&#233;titivit&#233; qualitative, etc. Les outils de la substitution du travail classique, uniforme et monolithique ont atteint, d&#233;sormais, des niveaux qui ne sont plus contr&#244;lables par la conscience individuelle. Le travailleur risque en permanence de tomber dans un pi&#232;ge difficilement rep&#233;rable qui le contraint &#224; n&#233;gocier quelques arrangements au d&#233;triment de sa combativit&#233; devenue seulement potentielle. De tels arrangements, qui autrefois &#233;taient d&#233;finis par les travailleurs, faisant donc partie du grand mouvement de lutte contre le travail, sont aujourd'hui des aspects du travail caract&#233;ris&#233; par la r&#233;cup&#233;ration et le contr&#244;le. Si nous devons jouer avec notre vie et dans notre vie, nous devons apprendre &#224; le faire et fixer nous-m&#234;mes les r&#232;gles du jeu, ou alors d&#233;finir ces r&#232;gles de sorte qu'elles soient claires pour nous et qu'elles soient des labyrinthes incompr&#233;hensibles pour les autres. Nous ne pouvons affirmer de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale que le jeu r&#233;glement&#233; est encore un travail (ce qui est vrai d'ailleurs, comme nous l'avons dit), si l'on croit que lorsque ces r&#232;gles disparaissent, il s'agirait d'un jeu libre, donc, lib&#233;rateur. L'absence de r&#232;gles n'est pas un synonyme de libert&#233;. La pr&#233;sence de r&#232;gles impos&#233;es dont l'ex&#233;cution est soumise au contr&#244;le et aux sanctions est synonyme d'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail a toujours &#233;t&#233; cela et il ne pourra jamais &#234;tre autre chose, pour toutes les raisons pr&#233;sent&#233;es auparavant et pour celles que nous avons oubli&#233; de mentionner. Mais l'absence de r&#232;gles peut &#234;tre une tyrannie diff&#233;rente et probablement pire. Si le libre accord est une r&#232;gle, je veux la respecter et j'attends aussi que mes copains la suivent : surtout s'il s'agit du jeu de ma vie et lorsque ma vie est en jeu. L'absence de r&#232;gles m'exposerait &#224; la tyrannie de l'incertitude. Si aujourd'hui celle-ci me donne ma dose d'adr&#233;naline quotidienne, demain elle ne me satisfera certainement pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les r&#232;gles librement choisies construisent mon identit&#233;, mon existence parmi les autres, mais aussi mon individualit&#233; consciente et dispos&#233;e &#224; s'ouvrir aux autres, &#224; vivre dans un monde peupl&#233; d'&#234;tres libres et vitaux, capables de d&#233;cider seuls leurs propres choix. Cela est encore plus valable dans un monde qui tend vers la libert&#233; apparente d'une absence de r&#232;gles rigides, du moins dans le domaine de la production. Il est n&#233;cessaire de r&#233;aliser son propre projet de destruction du travail, pour ne pas se faire envo&#251;ter une fois de plus par des horaires de travail r&#233;duits, flexibles, programmables &#224; souhait, par les cong&#233;s pay&#233;s, exotiques, personnalis&#233;s, pour ne pas se laisser tromper par des augmentations de salaire, par les retraites anticip&#233;es, par les financements gratuits des initiatives individuelles. Il ne faut pas se limiter &#224; r&#233;duire les d&#233;g&#226;ts, car le capital m&#234;me a int&#233;r&#234;t &#224; le faire, pour garder en vie non pas une main-d'&#339;uvre moins stress&#233;e, mais un r&#233;pondant &#224; l'offre de march&#233;, c'est-&#224;-dire une demande passablement soutenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines r&#233;flexions qui semblaient d&#233;pass&#233;es redeviennent actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;truire une mentalit&#233; n'est pas possible. Les actions entreprises par les partis, les syndicats et les regroupements anarcho-syndicalistes ne pouvaient pas d&#233;truire la mentalit&#233; professionnelle vu qu'elles agissaient de 1'ext&#233;rieur. Le sabotage ne pouvait pas y arriver non plus. Lorsqu'on y faisait recours, il ne servait que comme moyen d'intimidation contre les patrons, un signe de lutte plus avanc&#233;e que la gr&#232;ve, pour faire savoir qu'on &#233;tait plus d&#233;cid&#233; que les autres mais qu'on &#233;tait toujours pr&#234;ts &#224; suspendre l'attaque d&#232;s que les revendications seraient accept&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sabotage reste destructeur, il ne touche pas indirectement le profit, comme la gr&#232;ve, mais il attaque directement le processus de production, &#224; la source ou &#224; l'embouchure, dans ses moyens de production ou dans les produits finis, cela n'a pas d'importance, il frappe la r&#233;alisation en cours ou d&#233;j&#224; termin&#233;e. Cela signifie que, ind&#233;pendamment de l'existence du rapport de travail, ce moyen ne frappe pas seulement pour obtenir quelque chose, mais aussi et principalement, pour d&#233;truire. L'objet d&#233;truit, - des moyens de production aux produits finis - tout en restant la propri&#233;t&#233; du capital, si l'on r&#233;fl&#233;chit bien, repr&#233;sente le travail ; il s'agit, en effet, de ce qui a &#233;t&#233; obtenu et produit par le travail, aussi bien les moyens de production que les produits finis. Voil&#224; que, aujourd'hui seulement, nous comprenons mieux l'horreur qu'&#233;prouvaient beaucoup de travailleurs face aux actes de sabotage. Je me r&#233;f&#232;re &#224; ces travailleurs qui avaient acquis une identit&#233; sociale difficile &#224; effacer apr&#232;s une vie de d&#233;pendance totale. J'ai vu personnellement des travailleurs qui pleuraient en voyant leur usine partiellement d&#233;truite, car dans ce lieu de mort se d&#233;truisait une partie consid&#233;rable de leur vie, qui, tout en &#233;tant mis&#233;rable et m&#233;prisable, &#233;tait la seule qu'ils connaissaient, la seule dont ils avaient fait l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, pour attaquer la mentalit&#233; professionnelle il faut avoir un projet, donc une identit&#233; d&#233;finie, une conscience de nos actes consid&#233;r&#233;s et v&#233;cus comme un jeu. Et le sabotage est un jeu fascinant, mais il ne peut pas &#234;tre le seul. Il faut disposer d'une panoplie de jeux, vari&#233;s et souvent contrast&#233;s, afin d'&#233;viter que la monotonie de l'un d'eux ou de leurs r&#232;gles se transforme en un travail ennuyeux et r&#233;p&#233;titif. Faire l'amour est aussi un jeu, mais on ne peut pas le faire du matin au soir, le banaliser, nous envelopper dans un assoupissement qui, si d'un c&#244;t&#233; provoque un agr&#233;able bien-&#234;tre, de l'autre avilit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me le fait d'aller prendre l'argent l&#224; o&#249; il se trouve est un jeu qui a ses propres r&#232;gles et qui peut d&#233;g&#233;n&#233;rer dans le professionnalisme et devenir, donc, un travail &#224; plein temps avec toutes ses cons&#233;quences. Mais c'est un jeu int&#233;ressant et utile s'il est consid&#233;r&#233; dans l'optique d'une conscience mature, qui n'accepte pas les &#233;quivoques d'une consommation toujours pr&#234;te &#224; avaler ce qu'on a r&#233;ussi &#224; soustraire au processus &#233;conomique global. Dans ce cas aussi, il faut d&#233;passer la barri&#232;re morale qui a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e en nous, il faut provoquer une fracture capable de se poser au-del&#224; du probl&#232;me. Saisir la propri&#233;t&#233; des autres, m&#234;me pour un r&#233;volutionnaire, est un acte risqu&#233; au niveau l&#233;gal et moral. Ce dernier aspect m&#233;rite une explication, car il s'agit de d&#233;passer l'obstacle qui faisait pleurer le vieil ouvrier devant l'usine endommag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sacralit&#233; de la propri&#233;t&#233; nous a &#233;t&#233; inculqu&#233;e d&#232;s l'enfance et nous ne pouvons nous en lib&#233;rer facilement. Nous pr&#233;f&#233;rons nous prostituer pour toute la vie &#224; l'employeur, pour avoir la conscience tranquille, pour savoir que l'on a accompli notre devoir, qu'on a contribu&#233;, toutes proportions gard&#233;es, &#224; la production du PNB pour laisser finalement les politiciens sans scrupules, qui pensent au destin de la nation, s'emparer de ce que nous avons accumul&#233; p&#233;niblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre projet doit &#234;tre la destruction du travail dont l'aspect essentiel est la cr&#233;ativit&#233; pouss&#233;e au maximum. Qu'est-ce que nous ferons avec l'argent de toutes les banques que nous pourrons d&#233;valiser si ensuite la seule chose que nous sachions faire est de nous acheter une grosse voiture, avoir une belle maison, aller en bo&#238;te de nuit, nous remplir de besoins inutiles et nous ennuyer &#224; mort jusqu'au prochain hold-up. Ce sont des choses que font de fa&#231;on syst&#233;matique beaucoup de bandits que j'ai connus en prison. Si tous les copains qui n'ont jamais eu d'argent dans leur vie pensent que c'est l&#224; la voie pour satisfaire leurs caprices, qu'ils le fassent ; ils trouveront les m&#234;mes d&#233;sillusions que dans n'importe quel autre travail, peut-&#234;tre moins rentable &#224; court terme, mais certainement moins dangereux &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer le refus du travail comme l'acceptation apathique de la non-activit&#233; est une cons&#233;quence de l'id&#233;e erron&#233;e que tous les esclaves du travail se font de ceux qui n'ont jamais travaill&#233; dans leur vie. Ces derniers, c'est-&#224;-dire les soi-disant privil&#233;gi&#233;s de naissance, les h&#233;ritiers des grands patrimoines, sont presque toujours des travailleurs acharn&#233;s qui engagent leurs forces et leur talent pour exploiter les autres et accumuler encore plus de richesses et plus de prestige. M&#234;me si l'on se limitait aux nombreux exemples de dissipateurs de patrimoines dont la presse de boulevard ne fait pas d&#233;faut, nous devrions quand m&#234;me admettre que cette m&#233;prisable engeance entretient des relations sociales ennuyeuses et alimente sa peur d'&#234;tre victime d'agressions et d'enl&#232;vements. L&#224; aussi il s'agit d'un vrai travail r&#233;alis&#233; selon des r&#232;gles impos&#233;es, o&#249; l'exploiteur de ces exploiteurs est chaque fois sa propre libido et sa propre peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne crois pas qu'il y en ait beaucoup qui consid&#232;rent le refus du travail comme l'acceptation de l'ennui mortel, de la non-activit&#233;, qui sont en permanence sur la d&#233;fensive pour &#233;viter les pi&#232;ges de ceux qui pourraient les solliciter &#224; faire quelque chose m&#234;me si ce n'est pas par n&#233;cessit&#233;, mais au nom de l'id&#233;al, de l'amour, de l'amiti&#233; ou de toute autre diablerie capable de nuire &#224; cet &#233;tat de satisfaction totale. Une situation de ce genre n'a aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, je pense que le refus du travail peut &#234;tre identifi&#233; avant tout au d&#233;sir de faire ce que l'on aime le plus, transformer de fa&#231;on qualitative l'activit&#233; impos&#233;e en activit&#233; libre, en action. Mais la condition d'activit&#233; libre n'est pas r&#233;alis&#233;e une fois pour toutes. Elle ne peut jamais &#234;tre li&#233;e &#224; une situation externe, comme l'annonce d'un grand h&#233;ritage ou les b&#233;n&#233;fices d'un hold-up. Ces faits peuvent &#234;tre l'occasion, l'accident plus ou moins recherch&#233;, plus ou moins voulu, qui peuvent aider ou perfectionner un projet en cours, et non pas la condition d&#233;terminante pour son ach&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cas o&#249; ce projet cr&#233;atif serait incomplet, non satisfaisant en tant que choix de vie, aucune somme d'argent ne pourra jamais nous lib&#233;rer de la n&#233;cessit&#233; de travailler, c'est-&#224;-dire d'&#234;tre forc&#233;s d'agir, pouss&#233;s par un nouveau besoin qui n'est pas celui de la mis&#232;re mais celui de l'ennui ou de la condition sociale acquise ou du d&#233;sir d'avoir des parts de richesse de plus en plus grandes ou toute la s&#233;rie de symboles de la condition sociale adapt&#233;e &#224; la nouvelle richesse acquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons sortir de ce dilemme par l'approfondissaient de notre propre projet cr&#233;atif ou, en d'autres termes, par la r&#233;flexion sur ce que nous voulons faire de notre vie et des moyens qu'on acquiert en ne travaillant pas. Si l'on veut d&#233;truire le travail, il faut construire des parcours d'exp&#233;rimentation collectifs et individuels qui ne tiennent compte du travail que pour l'exclure de l'ensemble des possibilit&#233;s r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y a une sauvagerie toute indienne, particuli&#232;re au sang des Peaux-Rouges, dans la fa&#231;on dont les Am&#233;ricains aspirent &#224; l'or ; et leur h&#226;te au travail qui va jusqu'&#224; l'essoufflement - le v&#233;ritable vice du nouveau monde - commence d&#233;j&#224;, par contagion, &#224; barbariser la vieille Europe et &#224; propager chez elle un manque d'esprit tout &#224; fait singulier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note de Zanzara ath&#233;e : Nietzsche avait des r&#233;flexions souvent tr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On a maintenant honte du repos ; la longue m&#233;ditation occasionne d&#233;j&#224; presque des remords. On r&#233;fl&#233;chit montre en main, comme on d&#233;jeune, les yeux fix&#233;s sur le courrier de la Bourse, - on vit comme quelqu'un qui craindrait sans cesse de &#171; laisser &#233;chapper &#187;quelque chose. &#171; Plut&#244;t faire n'importe quoi que de ne rien faire &#187; - ce principe aussi est une corde propre &#224; &#233;trangler tout go&#251;t sup&#233;rieur. Et de m&#234;me que toutes les formes disparaissent &#224; vue d'&#339;il dans cette h&#226;te des travailleurs, de m&#234;me p&#233;rissent aussi le sentiment de la forme, l'oreille et l'&#339;il pour la m&#233;lodie du mouvement. La preuve en est dans la &lt;i&gt;lourde et grossi&#232;re pr&#233;cision&lt;/i&gt; exig&#233;e maintenant partout, chaque fois que l'homme veut &#234;tre loyal vis-&#224;-vis de l'homme, dans ses rapports avec ses amis, les femmes, les parents, les enfants, les ma&#238;tres, les &#233;l&#232;ves, les guides et les princes, - on n'a plus ni le temps, ni la force des c&#233;r&#233;monies, pour la courtoisie avec des d&#233;tours, pour tout esprit de conversation, et, en g&#233;n&#233;ral, pour tout &lt;i&gt;otium&lt;/i&gt;. Car la vie &#224; la chasse du grain force sans cesse l'esprit &#224; se tendre jusqu'&#224; l'&#233;puisement, dans une constante dissimulation, avec le souci de duper ou de pr&#233;venir : la v&#233;ritable vertu consiste maintenant &#224; faire quelque chose en moins de temps qu'un autre. Il n'y a, par cons&#233;quent, que de rares heures de probit&#233; &lt;i&gt;permise&lt;/i&gt; : mais pendant ces heures on est fatigu&#233; et l'on aspire non seulement &#224; &#171; se laisser aller &#187;, mais encore &#224; &lt;i&gt;s'&#233;tendre&lt;/i&gt; lourdement de long en large. C'est conform&#233;ment &#224; ce penchant que l'on fait maintenant sa correspondance ; le style et l'esprit des &lt;i&gt;lettres&lt;/i&gt; seront toujours le v&#233;ritable &#171; signe du temps &#187;. Si la soci&#233;t&#233; et les arts procurent encore du plaisir, c'est un plaisir tel que se le pr&#233;parent des esclaves fatigu&#233;s par le travail. Honte &#224; ce contentement dans la &#171; joie &#187; chez les gens cultiv&#233;s et incultes ! Honte &#224; cette suspicion grandissante de toute joie ! Le &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; a de plus en plus la bonne conscience de son c&#244;t&#233; : le penchant &#224; la joie s'appelle d&#233;j&#224; &#171; le besoin de se r&#233;tablir &#187;, et commence &#224; avoir honte de soi-m&#234;me. &#171; On doit cela &#224; sa sant&#233; &#187; - c'est ainsi que l'on parle, lorsque l'on est surpris pendant une partie de campagne. Oui, on en viendra bient&#244;t &#224; ne plus c&#233;der &#224; un penchant vers la &lt;i&gt;vie contemplative&lt;/i&gt; (c'est-&#224;-dire &#224; se promener, accompagn&#233; de pens&#233;es et d'amis) sans m&#233;pris de soi et mauvaise conscience. - Eh bien ! autrefois, c'&#233;tait le contraire : le travail portait avec lui la mauvaise conscience. Un homme de bonne origine &lt;i&gt;cachait&lt;/i&gt; son travail quand la mis&#232;re le for&#231;ait &#224; travailler. L'esclave travaillait accabl&#233; sous le poids du sentiment de faire quelque chose de m&#233;prisable : - &#171; le faire &#187; lui-m&#234;me &#233;tait quelque chose de m&#233;prisable. &#171; Seul au loisir (&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt;) et &#224; la guerre (&lt;i&gt;bellum&lt;/i&gt;) il y a noblesse et honneur &#187; : c'est ainsi que parlait la voix du pr&#233;jug&#233; antique !&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;F. Nietzsche, &lt;i&gt;Le gai savoir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note de Zanzara ath&#233;e : Nietzsche avait des r&#233;flexions souvent tr&#232;s enrichissantes, d'une puissance ravageuse, mais il savait aussi faire preuve de pr&#233;jug&#233;s discriminatoires qui aujourd'hui nous paraissent &#224; juste titre ultra-r&#233;actionnaires... En voici un exemple repr&#233;sentatif (un racisme d'autant plus outrancier ici qu'il est en complet d&#233;calage avec l'id&#233;e qu'on se fait g&#233;n&#233;ralement des Indiens d'Am&#233;rique). Quant &#224; la &#171; vieille Europe &#187;... qu'elle cr&#232;ve !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Version originale en italien d'Alfredo M. Bonanno, &#034;&lt;i&gt;Distruggiamo il lavoro&lt;/i&gt;&#034;, insert du n.73, mai 1994, de &#034;&lt;i&gt;Anarchismo&lt;/i&gt;&#034; (&#034;L'Arrembaggio&#034;, C.P. 1307 - ag. 3 - 34100 Trieste, e-mail : &lt;a href='https://infokiosques.net/spacala at hotmail.com' class=&#034;spip_url&#034;&gt;spacala at hotmail.com&lt;/a&gt;).&lt;br&gt;
La traduction fran&#231;aise est celle des &#233;ditions D&#233;s&#233;quilibr&#233; (Gen&#232;ve, ao&#251;t 1995). R&#233;&#233;dit&#233; en brochure en juillet 2006 par Zanzara ath&#233;e (&lt;a href='https://infokiosques.net/zanzara at squat point net'&gt;zanzara at squat point net&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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