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		<title>Comment des &#234;tres humains ont &#233;t&#233; transform&#233;s en hommes et en femmes</title>
		<link>https://infokiosques.net/spip.php?article307</link>
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		<dc:date>2006-02-08T17:37:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alice Schwarzer</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;genr&#233;E (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>
		<dc:subject>Antinaturalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ces deux textes, extraits de&lt;br class='autobr' /&gt;
la deuxi&#232;me partie (&#034;La fonction de la sexualit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'oppression des femmes&#034;) du livre d'Alice Schwarzer &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La petite diff&#233;rence et&lt;br class='autobr' /&gt;
ses grandes cons&#233;quences&lt;/i&gt; (paru en 1977 aux &#233;ditions des femmes) se penchent sur l'id&#233;e que les cat&#233;gories &#034;homme&#034; et &#034;femme&#034; ne sont pas plus &#034;naturelles&#034; que ne l'est la norme h&#233;t&#233;rosexuelle...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;D&#233;genr&#233;E (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://infokiosques.net/spip.php?mot98" rel="tag"&gt;Antinaturalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH99/arton307-639e9.jpg?1780465714' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff307.jpg?1136416675&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment des &#234;tres humains ont &#233;t&#233; m&#233;tamorphos&#233;s en hommes et en femmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle encore, le c&#233;l&#232;bre m&#233;decin anglais Acton &#233;crivait : &#034;Toute id&#233;e de plaisir sexuel chez la femme est une inf&#226;me calomnie.&#034; Esquisser ici l'histoire de la sexualit&#233; nous m&#232;nerait trop loin, mais il est &#233;vident que les derniers temps ont brill&#233; par l'absence de toute sexualit&#233; f&#233;minine. Les fillettes, les &#233;pouses et les m&#232;res &#233;taient cens&#233;es n'avoir pas de sexualit&#233;. Seule exception &#224; la r&#232;gle, les putains, pay&#233;es pour ce faire par les hommes qui en avaient les moyens. &lt;i&gt;La possession de la femme par l'homme s'&#233;tant d&#233;mocratis&#233;e, tout repr&#233;sentant du sexe masculin dispose aujourd'hui d'un personnel f&#233;minin comprenant en une seule personne une putain, une m&#232;re, une compagne et une servante.&lt;/i&gt; Le statut de femme-objet s&#233;v&#238;t tout particuli&#232;rement chez les gauchistes qui formulent des postulats repris des slogans de Mai 68 : &#034;Baiser deux fois la m&#234;me fille c'est faire d&#233;j&#224; partie des nantis !&#034; (Les ravages caus&#233;s par ces nouvelles normes masculines ont &#233;t&#233; plus d'une fois &#233;voqu&#233;s dans les t&#233;moignages.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement notre &#233;poque a trouv&#233; de nouvelles normes, mais elle a aussi ses proph&#232;tes pour &#233;noncer des commandements d&#233;j&#224; &#233;tablis. Autrefois nous avions les religions repr&#233;sentantes au moins identifiables d'une morale subjective. En d&#233;pit de la terreur qu'elles exer&#231;aient, elles conc&#233;daient au moins une toute petite place &#224; des versions individuelles de leur morale. Aujourd'hui nous avons la science qui, elle, se veut objective. &lt;i&gt;La psychanalyse et la psychologie qui pr&#234;chent la &#034;v&#233;rit&#233;&#034; de la &#034;nature&#034; humaine ont cr&#233;&#233; une image quasi irr&#233;futable de la &#034;nature f&#233;minine&#034;.&lt;/i&gt; Au lieu d'employer les instruments qui leur sont propres pour d&#233;montrer comment des &#234;tres humains ont &#233;t&#233; transform&#233;s en hommes et en femmes, elles sont devenues elles-m&#234;mes &lt;i&gt;des instruments de manipulation sexiste pour le patriarcat&lt;/i&gt;. La soci&#233;t&#233; des hommes a trouv&#233; en ses sciences ses instruments les plus efficaces de dressage &#224; la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les rares exceptions, on compte le psychologue professeur John Money et la psychiatre Anke A. Ehrhardt. Au lieu de manipuler leurs sujets d'observation, ils respectent plus ou moins la mission d'&#233;mancipation d'un service au service de l'humanit&#233; et dans leurs recherches et leurs observations cliniques posent avec rigueur le probl&#232;me de l'identit&#233; sexuelle. Selon leurs th&#232;ses&lt;i&gt;, l'identit&#233; sexuelle - la f&#233;minit&#233; et la virilit&#233; - n'est pas une identit&#233; biologique mais une identit&#233; psychique.&lt;/i&gt; Simone de Beauvoir : &#034;On ne na&#238;t pas femme, on le devient.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une vaste analyse intitul&#233;e &#034;Masculin, f&#233;minin&#034;, les Am&#233;ricains citent entre autres choses ce cas impressionnant : lors d'une des circoncisions pratiqu&#233;es habituellement aux U.S.A., l'un des deux jumeaux monozygotes &#226;g&#233;s de sept mois a &#233;t&#233; bless&#233; : son p&#233;nis a &#233;t&#233; compl&#232;tement br&#251;l&#233;. Les parents, un jeune couple qui vit &#224; la campagne, sont d&#233;sesp&#233;r&#233;s. Dix mois plus tard, un chirurgien leur &lt;i&gt;conseille d'&#233;lever le gar&#231;on qui n'a plus de p&#233;nis comme une &lt;/i&gt;fille (jugeant sans doute avec r&#233;alisme que dans notre soci&#233;t&#233;, un homme sans p&#233;nis n'est pas un homme...) La m&#232;re suit ce conseil. Elle commence &#224; habiller, &#224; coiffer et &#224; traiter l'enfant tout autrement que son jumeau. La m&#232;re informe r&#233;guli&#232;rement les m&#233;decins de son &#233;volution et de leurs mesures &#233;ducatives. Elle encourage syst&#233;matiquement la coquetterie de l'enfant, lui offre des bijoux et des rubans, lui apprend l'ordre et la propret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;A quatre ans et demi, rapporte la m&#232;re, elle &#233;tait d&#233;j&#224; beaucoup plus ordonn&#233;e que son fr&#232;re. Elle tient aussi beaucoup &#224; ce que je lui donne son bain. &lt;i&gt;Je n'ai jamais vu une petite fille aussi ordonn&#233;e et coquette&lt;/i&gt;.&#034; Un jour, l'enfant d&#233;clar&#233; petite fille fait pipi debout - comme le font d'ailleurs souvent les petites filles. On le gronde et lui fait comprendre qu'il doit s'accroupir : &#034;Une petite fille ne fait pas &#231;a !&#034; - Dans le m&#234;me temps, on encourage inversement ces attitudes chez son fr&#232;re. Sa m&#232;re &#233;clate de rire, quand elle le voit un jour faire pipi sur les fleurs du jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le gar&#231;on imite de plus en plus son p&#232;re, la fille sa m&#232;re&lt;/i&gt;. Le fr&#232;re claque les fesses de sa s&#339;ur, comme son p&#232;re le fait avec sa m&#232;re, il veut devenir plus tard pompier ou policier et voudrait pour No&#235;l un garage avec des autos. La s&#339;ur voudrait une poup&#233;e. La m&#232;re souhaite que tous deux fassent des &#233;tudes, &#034;surtout le gar&#231;on, c'est un homme et il est important qu'il gagne sa vie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;petite fille&#034; suit un traitement hormonal. Apr&#232;s la pubert&#233;, on lui greffera un vagin artificiel. Elle sera une femme &#034;normale&#034; - &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s, qu'elle sera st&#233;rile&lt;i&gt;. Il est vrai que la facult&#233; d'enfanter reste la seule diff&#233;rence entre homme et femme&lt;/i&gt;. Tout le reste n'est qu'artifice, une question d'identit&#233; psychique fabriqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la &lt;i&gt;transsexualit&#233;&lt;/i&gt; prouve d'ailleurs bien que c'est l'identit&#233; sexuelle psychique qui est d&#233;terminante et non l'identit&#233; biologique. Les transsexuels sont des &#234;tres biologiquement femmes mais qui se sentent hommes - ou vice versa. Quelque chose s'est &#034;mal&#034; pass&#233; lors de leur dressage &#224; l'identit&#233; sensuelle, c'est pourquoi une &#226;me d'homme ou de femme habite un corps qui ne lui est pour ainsi dire pas appropri&#233;. La m&#233;decine progressiste professe aujourd'hui que dans un tel cas, la seule solution possible est d'adapter le corps &#224; la conscience et non pas l'inverse. La psych&#233; est donc plus d&#233;terminante que l'anatomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tragique de ce drame de l'identit&#233; sexuelle r&#233;side aussi dans le fait que notre soci&#233;t&#233; soi-disant &#233;galitaire n'accorde aucune place &#224; un comportement ambigu : &lt;i&gt;On est soit compl&#232;tement femme soit compl&#232;tement homme. Etre tout bonnement humain, mais &#231;a ne suffit pas ! &lt;/i&gt;Bien au contraire, &#231;a peut mener un &#234;tre humain &#224; un conflit d&#233;chirant qui se terminera bien souvent par le suicide. Si l'on n'entre pas dans l'une ou l'autre des deux cat&#233;gories, on n'a pas de place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien, pas m&#234;me l'appartenance &#224; une race ou &#224; une classe, ne nous marque autant que l'appartenance &#224; un sexe. Rien ne d&#233;termine aussi profond&#233;ment notre vie et les r&#233;actions de notre entourage que notre sexe biologique. &lt;i&gt;Avec l'exclamation, &#034;c'est une fille !&#034; ou &#034;c'est un gar&#231;on !&#034;, les d&#233;s sont jet&#233;s. D&#232;s le premier jour, notre sexe sert de pr&#233;texte au dressage &#224; la &#034;f&#233;minit&#233;&#034; ou &#224; la &#034;masculinit&#233;&#034;. Impossible d'y &#233;chapper.&lt;/i&gt; Les parents qui tentent de briser la contrainte de la distribution des r&#244;les n'y parviennent qu'en partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habitude et l'inconscient leur jouent de mauvais tours. De nombreuses &#233;tudes l'attestent, telle celle de la psychologue allemande Ursula Scheu : &#034;on ne na&#238;t pas petite fille, on le devient&#034; (Fischer, 1977) et celle d'Elena Gianini Belotti dans &#034;Du c&#244;t&#233; des petites filles&#034; (des femmes, Paris, 1974). La psychologue au C.N.R.S., Ir&#232;ne L&#233;zine a observ&#233; le d&#233;veloppement psychologique au cours de la premi&#232;re enfance. Elles ont entre autres choses constat&#233; que les m&#232;res allaitent syst&#233;matiquement leur b&#233;b&#233; trois mois de plus si c'est un gar&#231;on et qu'elles ne lui apprennent que trois mois plus tard &#224; &#234;tre propre. Au cours de l'allaitement, elles laissent aussi aux gar&#231;ons de plus longues pauses qu'aux filles. Ce qui signifie que d&#232;s l'allaitement, le dressage est plus s&#233;v&#232;re pour une fille que pour un gar&#231;on. Les filles doivent se soumettre, on brise leur volont&#233;. Brunet et L&#233;zine concluent &lt;i&gt;que le besoin d'apprivoiser l'enfant est plus fort lorsqu'il s'agit d'une fille. Si c'est un gar&#231;on, bien qu'il soit tout petit et sans d&#233;fense, il repr&#233;sente d&#233;j&#224; le symbole de l'autorit&#233; &#224; laquelle se soumet la m&#232;re elle-m&#234;me.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
De telles observations remettent enfin en question des constatations de la psychologie progressiste telles que : toutes les petites filles sont plus passives, plus tourn&#233;es vers les grandes personnes alors que les petits gar&#231;ons sont plus actifs et plus tourn&#233;s vers la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle. C'est juste ! Mais ce n'est pas inn&#233;, c'est bel et bien inculqu&#233;. D&#232;s le berceau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ursula Scheu analyse dans son livre l'essentiel des travaux effectu&#233;s dans tous les pays sur le conditionnement du r&#244;le sexuel de la petite fille. Elle &#233;crit : &#034;Il est frappant de constater que lorsqu'on aborde la plupart des aspects de la vie (d&#233;veloppement de la fibre maternelle chez les petites filles, fa&#231;on dont on leur apprend &#224; se servir de leurs mains, &#224; &#234;tre adroites pour les int&#233;grer et les exploiter plus tard dans les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res ou professionnelles, &lt;i&gt;un seul domaine reste totalement exclu celui de la sexualit&#233;). Nous savons, bien s&#251;r, que l&#224; aussi les hommes et les femmes se comportent diff&#233;remment, mais nous jugeons &#231;a &#034;naturel&#034;.&lt;/i&gt; Pourtant, c'est dans le processus m&#234;me de socialisation des &#234;tres que se lient la passivit&#233; et la soumission f&#233;minines, l'activit&#233; et la domination masculines. &lt;i&gt;En omettant de soulever le probl&#232;me de la formation d'un comportement sp&#233;cifiquement sexuel, la science fait croire que le comportement sexuel, tel qu'on le rencontre aujourd'hui, est un comportement naturel&lt;/i&gt;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qu'il y a de politique dans la contrainte &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et l'homosexualit&#233; sont des cat&#233;gories culturelles, injustifiables avec des arguments biologiques. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; dominante est un fait de culture, une h&#233;t&#233;rosexualit&#233; forc&#233;e. Dans&lt;i&gt; Le comportement sexuel de la femme&lt;/i&gt;, Kinsey nous dit d&#233;j&#224; &#224; quel point elle ne savait se justifier par nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On n'insiste jamais assez sur le fait que le comportement de tout &#234;tre vivant d&#233;pend des stimuli qu'il rencontre, de ses possibilit&#233;s anatomiques et physiologiques, de ses premi&#232;res exp&#233;riences. Sans avoir &#233;t&#233; marqu&#233; par des exp&#233;riences ant&#233;rieures, un animal devrait r&#233;agir de fa&#231;on identique &#224; des stimuli identiques, que ces stimuli proviennent de son propre corps, d'un autre individu du m&#234;me sexe ou d'un individu du sexe oppos&#233;.&lt;br /&gt;
Il est aberrant de classifier le comportement sexuel en onanisme, h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et homosexualit&#233;, pour &#233;tablir par l&#224; trois types de r&#233;actions ou que des individus visent ou pratiquent une activit&#233; sexuelle &#224; l'exclusion des autres. &lt;i&gt;L'anatomie ou la physiologie des r&#233;actions sexuelles et de l'orgasme ne nous apprennent pas en quoi diff&#232;rent les r&#233;actions propres &#224; l'onanisme, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et l'homosexualit&#233;.&lt;br /&gt;
La seule valeur de ces termes, c'est qu'ils nous renseignent sur l'origine du stimulus sexuel ; toutefois, ils ne devraient pas servir &#224; caract&#233;riser les personnes r&#233;agissant &#224; ces diff&#233;rents stimuli. Nous aurions les id&#233;es plus nettes si nous les faisions compl&#232;tement dispara&#238;tre de notre vocabulaire. Nous pourrions nous contenter de dire que des relations sexuelles entre &#234;tres humains ont lieu soit entre un homme et une femme, soit entre deux femmes, soit entre deux hommes, ce qui reviendrait &#224; exposer les faits de fa&#231;on bien plus objective&lt;/i&gt;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la procr&#233;ation n'est plus le but premier des rapports sexuels, l'homosexualit&#233; devrait &#234;tre aussi naturelle &#224; l'&#233;panouissement des &#234;tres que l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; ou l'auto-&#233;rotisme. Et s'il n'en est pas ainsi, c'est pour des raisons politiques. Car enfin, &lt;i&gt;seule une h&#233;t&#233;rosexualit&#233; promue au rang de dogme peut assurer aux hommes le monopole sexuel - sous pr&#233;texte de la &#034;petite diff&#233;rence&#034; &lt;/i&gt; : ainsi se gouverne le monde des hommes o&#249; les femmes se retrouvent enti&#232;rement d&#233;pendantes, exploit&#233;es sans merci, dans leur vie priv&#233;e, comme partout ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour est la clef de cette d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au nom de l'amour que les femmes lavent les chemises des hommes, qu'elles &#233;l&#232;vent seules leurs enfants, qu'elles consolent et encouragent leur mari dans ses probl&#232;mes professionnels. Leur abn&#233;gation finit par les rendre schizophr&#232;nes (comme Rita L., devenue schizophr&#232;ne une fois que son mari l'a quitt&#233;e, sa seule raison d'&#234;tre. A la question, mais pourquoi s'est-elle tant d&#233;vou&#233;e pour lui, elle r&#233;pond : &#034;Par amour&#034;).&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
C'est au nom de l'amour que les femmes sont exploit&#233;es. Dans ces conditions, la sexualit&#233; n'est pas une affaire priv&#233;e mais politique. Quant &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; exclusive, c'est l'instrument d&#233;cisif du pouvoir des hommes dans la lutte des sexes&lt;/i&gt;. Contre cette situation, on peut et on doit affirmer qu'il y a une alternative. &lt;i&gt;Quand l'amour des femmes ne sera plus un privil&#232;ge naturel des hommes, il faudra qu'ils fassent un effort&lt;/i&gt;. Et pour tenir le coup, il faudrait qu'ils r&#233;visent leur position. Mais &#034;jouer les simples bouche-trous&#034; (Christa), &#231;a ne marche plus. C'est pour cette seule et unique raison qu'ils se cramponnent tant &#224; leur petite diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoutons deux f&#233;ministes am&#233;ricaines :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son analyse les rapports de pouvoir entre les sexes &#034;R&#233;flexion sur la lib&#233;ration de la femme&#034;, publi&#233;e dans &lt;i&gt;Les temps modernes&lt;/i&gt; en 1972, Susan Sonntag &#233;crit : &#034;Si nous ne voulons pas que la lib&#233;ration sexuelle se r&#233;v&#232;le vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, nous devons nous-m&#234;mes red&#233;finir la sexualit&#233;. Car ni les rapports sexuels en soi ni les aventures &#224; la cha&#238;ne ne nous satisfont. En ce domaine&lt;i&gt;, une &#233;thique vraiment lib&#233;ratrice doit rejeter le dogme du moment de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;&lt;/i&gt;. Une soci&#233;t&#233; non r&#233;pressive, une soci&#233;t&#233; o&#249; les femmes et les hommes sont subjectivement et objectivement &#233;gaux sera obligatoirement une soci&#233;t&#233; bisexu&#233;e, androgyne.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Shulamith Firestone, dans son livre &lt;i&gt;Lib&#233;ration de la femme et r&#233;volution sexuelle&lt;/i&gt;, relie le probl&#232;me de la sexualit&#233; &#224; la lutte des classes, et d&#233;clare : &#034;De m&#234;me que la r&#233;volution socialiste vise non seulement &#224; abolir les privil&#232;ges des classes, &lt;i&gt;mais aussi &#224; supprimer les diff&#233;rences qui les fondent&lt;/i&gt;, la r&#233;volution f&#233;ministe, elle, ne doit pas seulement viser &#224; supprimer les privil&#232;ges des hommes, mais &#224;&lt;i&gt; supprimer la diff&#233;rence des sexes elle-m&#234;me : les diff&#233;rences proprement sexuelles n'auraient alors plus la moindre cons&#233;quence sociale&lt;/i&gt;. (Ce serait le retour &#224; une pansexualit&#233; spontan&#233;e - la &#034;perversion polymorphe&#034; de Freud - qui remplacerait alors l'homo-, l'h&#233;t&#233;ro- et la bisexualit&#233;.)&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme ce raisonnement provoque encore bien des angoisses de castration et bien des r&#233;actions hyst&#233;riques chez les hommes, et comme il n'est pas encore tr&#232;s r&#233;pandu, je tiens &#224; pr&#233;ciser :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
Cela signifierait que les individus se d&#233;finiraient d'abord comme des &#234;tres humains et ensuite seulement comme hommes ou femmes. L'anatomie ne serait plus un destin.&lt;/i&gt; Les femmes et les hommes ne seraient plus forc&#233;s de jouer un r&#244;le, l'obsession de la virilit&#233; serait aussi d&#233;nu&#233;e de sens que le complexe de f&#233;minit&#233;. La division du travail et l'exploitation propre &#224; chaque sexe prendraient fin. Seule la maternit&#233; biologique resterait l'affaire des femmes, mais la maternit&#233; sociale (c'est-&#224;-dire l'&#233;ducation des enfants) serait aussi bien l'affaire des hommes que des femmes. La vie des hommes et des femmes ne se r&#233;glerait plus sur la contrainte des r&#244;les, mais sur les besoins et les go&#251;ts de chacune et de chacun (chacun pourrait se montrer passif ou actif, &#224; son gr&#233;). Les individus communiqueraient entre eux, aussi librement qu'ils le voudraient et suivant leurs besoins et leurs d&#233;sirs (sexuels compris), - sans qu'il soit tenu compte de l'&#226;ge, de la race et du sexe (il n'y aurait plus de classes dans cette soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e). Utopie qui ne se r&#233;alisera qu'apr&#232;s-demain sans doute, mais buts et perspectives qu'ici et maintenant nous ne devons pas perdre de vue, car ils sont appel&#233;s &#224; d&#233;terminer nos actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;sume ma th&#232;se sur l'importance de la sexualit&#233; dans l'oppression et la lib&#233;ration des femmes (et des hommes) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;i&gt;Les relations hommes/femmes sont - ind&#233;pendamment de la volont&#233; d&#233; l'individu isol&#233; - fonction des rapports de domination qui caract&#233;risent cette soci&#233;t&#233;. Les femmes y sont des &#234;tres inf&#233;rieurs, les hommes des &#234;tres sup&#233;rieurs. Ces structures de pouvoir se refl&#232;tent dans la sexualit&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
2. &lt;i&gt;Les normes sexuelles dominantes, et donc les pratiques sexuelles repr&#233;sentent l'instrument privil&#233;gi&#233; pour &#233;tablir ces rapports de force entre hommes et femmes. Les femmes n'auront de chance de devenir plus autonomes et plus ind&#233;pendantes des hommes que dans la mesure ou elles ne seront plus &#224; leur merci dans leur vie priv&#233;e, dans la mesure o&#249; le dogme du primat de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; pourra &#234;tre remis en question. Alors et alors seulement, les femmes pourront choisir en toute libert&#233; entre h&#233;t&#233;ro et homosexualit&#233;, mais surtout, les femmes ne doivent pas se croire oblig&#233;es de mettre imm&#233;diatement en pratique de telles id&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
La simple possibilit&#233; d'une alternative, la naissance d'amiti&#233;s nouvelles entre femmes nous apportent d&#233;j&#224; quelque libert&#233;, et nous ouvrent d'autres horizons. &lt;i&gt;Je pr&#233;cise qu'il ne peut et ne doit pas s'agir d'imposer de nouvelles normes.&lt;/i&gt; Il ne s'agit pas de forcer les femmes &#224; devenir bisexuelles ou homosexuelles. Mais toutes doivent avoir une chance de remettre en question ce qui allait de soi jusqu'&#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes - c'est ce qui me semble le plus important - doivent pouvoir dire enfin leur v&#233;rit&#233;. Elles ne devraient plus se laisser intimider ni terroriser par les normes dominantes mais comprendre que leurs probl&#232;mes sont ceux de la plupart des femmes. &lt;i&gt;Les femmes doivent enfin pouvoir parler de leurs angoisses, de leur d&#233;pendance, de leurs contradictions et de leurs espoirs.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nous sommes encore loin de l'&#233;galit&#233; des droits, les relations entre hommes et femmes sont toujours des rapports de force bas&#233;s sur &#034;la puissance&#034; et &#034;l'impuissance&#034; respectives des sexes. Et aujourd'hui encore, les hommes qui sont pour la plupart les premiers &#224; profiter de la situation actuelle, n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; en changer (ils ne semblent d'ailleurs gu&#232;re convaincus d'y gagner &#224; long terme - notamment en tant qu'&#234;tres humains).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions toute lutte de lib&#233;ration des femmes devra s'attaquer directement aux privil&#232;ges des hommes, &#224; leurs privil&#232;ges individuels comme &#224; leurs privil&#232;ges collectifs, et cela sans &#233;pargner les maris, amants, etc. Les t&#233;moignages montrent bien dans quelle mesure la lutte des sexes est pour toute femme une lutte quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aux yeux des femmes, dans le doute et l'isolement cette lutte semble encore bien individuelle et parfois sans espoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ces deux textes sont extraits de la deuxi&#232;me partie, &#034;La fonction de la sexualit&#233; dans l'oppression des femmes&#034;, du livre d'Alice Schwarzer &lt;i&gt;La petite diff&#233;rence et ses grandes cons&#233;quences&lt;/i&gt;, paru en 1977 aux &#233;ditions des femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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