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		<title>Au centre du volcan</title>
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		<dc:date>2010-03-10T12:36:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Misein</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Sciences et technologies</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Ravage &#201;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>Il y a des &#233;crits, parfois, rarement m&#234;me, qui r&#233;ussissent &#224; parler &#224; toutes les parties de votre cerveau en m&#234;me temps. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au centre du volcan&lt;/i&gt;, qui apparait ici pour la premi&#232;re fois en fran&#231;ais est de ceux-l&#224;. Dans ce texte qui prend pour fil conducteur la critique du concept de Progr&#232;s, l'auteur examine de fa&#231;on critique les r&#233;volutions des XIXe et XXe si&#232;cles &#224; la lumi&#232;re de la r&#233;alit&#233; des &#233;meutes et des insurrections qui n'ont pas suivi les traces des quelques architectes politiques de la r&#233;volution (on y cite par exemple, l'av&#232;nement du socialisme). Il explore &#233;galement, sur les traces de Bakounine et Coeurderoy, les relations g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;es comme dichotomiques, entre la raison et les passions, afin de se r&#233;approprier les deux dans un souci d'&#233;mancipation totale. C'est de l'inconnu que tente de nous parler ce texte, de cette grande inconnue qu'est l'insurrection, qui arr&#234;te le temps et le d&#233;molit comme le V&#233;suve contre Pomp&#233;i. Comme la guerre sociale contre la routine du quotidien. Mais c'est aussi de la peur qu'elle inspire dont nous parle ce texte italien, lorsque le retour &#224; la normale n'est plus possible. Nous vous invitons donc &#224; le lire avec int&#233;r&#234;t, &#224; en diffuser le contenu, plus que le bout de papier que vos doigts triturent.

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;IMG/arton777.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;424&quot; onmouseover=&quot;this.src='IMG/artoff777.jpg'&quot; onmouseout=&quot;this.src='http://infokiosques.net/IMG/arton777.jpg'&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a des &#233;crits, parfois, rarement m&#234;me, qui r&#233;ussissent &#224; parler &#224; toutes les parties de votre cerveau en m&#234;me temps. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au centre du volcan&lt;/i&gt;, qui apparait ici pour la premi&#232;re fois en fran&#231;ais est de ceux-l&#224;. Dans ce texte qui prend pour fil conducteur la critique du concept de Progr&#232;s, l'auteur examine de fa&#231;on critique les r&#233;volutions des XIXe et XXe si&#232;cles &#224; la lumi&#232;re de la r&#233;alit&#233; des &#233;meutes et des insurrections qui n'ont pas suivi les traces des quelques architectes politiques de la r&#233;volution (on y cite par exemple, l'av&#232;nement du socialisme). Il explore &#233;galement, sur les traces de Bakounine et Coeurderoy, les relations g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;es comme dichotomiques, entre la raison et les passions, afin de se r&#233;approprier les deux dans un souci d'&#233;mancipation totale. C'est de l'inconnu que tente de nous parler ce texte, de cette grande inconnue qu'est l'insurrection, qui arr&#234;te le temps et le d&#233;molit comme le V&#233;suve contre Pomp&#233;i. Comme la guerre sociale contre la routine du quotidien. Mais c'est aussi de la peur qu'elle inspire dont nous parle ce texte italien, lorsque le retour &#224; la normale n'est plus possible. Nous vous invitons donc &#224; le lire avec int&#233;r&#234;t, &#224; en diffuser le contenu, plus que le bout de papier que vos doigts triturent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ravage &#201;ditions, f&#233;vrier 2010.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien que mise &#224; l'&#233;preuve par les catastrophes multiples qui p&#232;sent sur l'humanit&#233;, la conviction enracin&#233;e que toute l'Histoire s'est d&#233;velopp&#233;e en poursuivant une route progressive plus ou moins constante, sinon enti&#232;rement r&#233;guli&#232;re, continue d'&#234;tre d&#233;fendue et soutenue. Cette id&#233;e d'&#233;volution progressive n'est pas si &#233;trange, car vraie. Vraie car, de la d&#233;sertion des cavernes, nous avons maintenant atteint le point de voyager dans l'espace. Aujourd'hui est meilleur qu'hier - et plus mauvais que demain. Mais quel fut le point de d&#233;part de cette irr&#233;sistible course ? Un des p&#232;res de l'anthropologie culturelle, L.H. Morgan, dans son &#233;tude des lignes du progr&#232;s humain, de l'&#233;tat sauvage &#224; la civilisation, divise l'histoire de l'humanit&#233; en trois &#233;tapes : l'&#233;tat primitif, la p&#233;riode barbare, et celle de la civilisation. Morgan d&#233;clare que cette derni&#232;re &#233;tape a commenc&#233;e par l'invention d'un alphabet phon&#233;tique et avec la diffusion de l'&#233;criture. &#171; Au commencement &#233;tait le Verbe &#187; dit la Bible [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb1&quot; name=&quot;nh1&quot; id=&quot;nh1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Cette phrase d&#233;bute le prologue de l&amp;#39;Evangile selon St Jean : &#171; (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]. C'est le discours, qui a facilit&#233; le cours de l'humanit&#233;, lui permettant de conjecturer, discuter, r&#233;pliquer, argumenter, s'accorder, conclure. Sans le discours, la tour de Babel de la communaut&#233; humaine n'aurait pas pu &#234;tre construite. Dans la force persuasive du mot, la Raison se manifeste elle-m&#234;me et devient ainsi la technique pour la cr&#233;ation et le gouvernement du monde, s'assurant que les humains ne tournent pas en rond, se propulsant dans la voie consid&#233;r&#233;e comme meilleure. Et la Raison, comme un sage romain l'a dit, est la seule chose par laquelle &#171; nous nous distinguons des brutes &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dante a utilis&#233; la m&#234;me expression pour distinguer les animaux qui n'&#233;taient pas rationnels de l'&#234;tre humain, qui l'&#233;tait : &#171; il est &#233;vident que vivre en animal &#233;quivaut &#224; ressentir - des animaux, je dis, des brutes - vivre comme un homme c'est utiliser la raison. &#187; En effet, les humains eux-m&#234;mes peuvent aussi vivre comme des &#171; brutes &#187; quand ils renoncent aux pr&#233;rogatives que le po&#232;te Toscan consid&#232;re comme typiques de l'&#234;tre humain, et sources de sa grandeur. Effectivement, toute la philosophie enseigne que l'&#234;tre humain diff&#232;re des animaux parce qu'il est dou&#233; de raison. Si il se limitait &#224; la satisfaction de ses besoins physiologiques, rien ne le s&#233;parerait du reste de la faune, et la vie sur cette plan&#232;te se limiterait de fa&#231;on stable dans des conditions pr&#233;historiques. Mais ce n'est pas le cas. Et les modification qu'entraine ce processus d'&#233;volution, est vu comme un progr&#232;s. L'&#234;tre humain marche dor&#233;navant droit et d&#233;fie les cieux tandis que les animaux continuent pour la plupart &#224; ramper au sol. C'est pourquoi l'on pense que les animaux sont guid&#233;s par l'Instinct - qui les m&#232;ne &#224; se pr&#233;server et &#224; chercher ce qui est le plus b&#233;n&#233;fique - consid&#233;r&#233; comme le bas du ventre ; tandis que les humains sont guid&#233;s par la Raison - qui les m&#232;ne &#224; poursuivre le juste et l'utile - repr&#233;sent&#233; par la t&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et la Raison, comme les grecs anciens le disaient, est commune &#224; tous et universelle. Donc, la Raison est Une. Mais qui d&#233;termine cela ? Et, par dessus tout, qu'arrive-t-il si quelqu'un s'oppose &#224; cela, refusant de suivre parce qu'il a d'autres raisons auxquelles il n'a pas l'intention de renoncer ? Si la raison est manifest&#233;e par le discours, qu'arrive-t-il lorsque nous n'avons pas les mots pour exprimer ce qui nous anime ? Le monde dans lequel nous vivons est un univers renferm&#233; sur lui-m&#234;me, &#224; tel point qu'il ne peut pas tol&#233;rer ce qui lui &#233;chappe, il est seulement capable d'accepter ce qui peut &#234;tre inclut dans ses sch&#233;mas cognitifs et normatifs, et donc il finit par confiner ce qu'il ne peut pas expliquer dans les limites de la folie, de la barbarie et de l'utopisme irrationnel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#234;me la critique sociale - comprise non seulement dans sa simple expression th&#233;orique, mais aussi dans sa r&#233;alisation pratique - a connue cette brutalit&#233;, une &#233;tape dans laquelle la lutte contre l'ordre social provoqu&#233; par l'inassouvissement de sa propre condition mis&#233;rable n'avait pas encore d&#233;velopp&#233; de formes articul&#233;es par l'activit&#233; projectuelle, mais s'&#233;tait plut&#244;t cantonn&#233;e &#224; assumer des formes de r&#233;voltes sporadiques -et en manque de motivations th&#233;oriques- et n'avait vis&#233; qu'&#224; des satisfactions imm&#233;diates. Autrement dit, quand le navire a d&#233;bord&#233;, une violence aveugle s'est d&#233;chain&#233;e, qui, bien qu'elle &#233;tait capable d'identifier l'ennemi, n'&#233;tait pas encore capable d'exprimer ses raisons. Et &#224; cause de cela, aussit&#244;t que la col&#232;re s'est apais&#233;e, la situation est retourn&#233;e &#224; normale. Avec l'&#234;tre humain comme avec la critique sociale, il est possible d'indiquer un point de d&#233;part de l'instant o&#249; l'instinct a laiss&#233; sa place &#224; la raison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, on a pu voir la derni&#232;re grande r&#233;volte &#171; insens&#233;e &#187; (le luddisme) et l'apparition du projet politique qui, sans oublier ses illustres pr&#233;d&#233;cesseurs, exigerait l'intervention de Marx et Engels pour &#234;tre pleinement d&#233;velopp&#233;. L'ann&#233;e 1848 &#233;tait non seulement l'ann&#233;e des grands soul&#232;vements sociaux partout en Europe, mais aussi l'ann&#233;e o&#249; le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Manifeste du Parti Communiste&lt;/i&gt; a vu la lumi&#232;re de jour. Le d&#233;sir de changer le monde est sorti de la caverne, a dissous une grande partie de ses caract&#233;ristiques mystiques et id&#233;alistes pour acqu&#233;rir sa propre rationalit&#233; et devenir science sociale. Ce n'&#233;tait pas par hasard qu'Engels, dans sa pr&#233;face &#224; l'&#233;dition anglaise du Manifeste, publi&#233;e en 1888, d&#233;crivait les mouvements sociaux radicaux d'avant 1848 comme des &#171; formes purement instinctives de communisme brut et mal taill&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Convaincu de l'imb&#233;cillit&#233; des explosions irr&#233;fl&#233;chies de haine, cette lutte pour la libert&#233; &#233;labore ses programmes, ses strat&#233;gies, et commence &#224; pr&#233;coniser la subversion de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re et sa reconstruction sur d'autres bases. Le communisme scientifique et toutes ses variantes naquirent, de m&#234;me pour le mouvement anarchiste. Pendant 150 ans, les communistes autoritaires et les anarchistes ont tout deux vu la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;prise de conscience&lt;/i&gt; comme la condition fondamentale de tout changement social. Tandis que les partisans de l'autorit&#233; ont aspir&#233; &#224; imposer cette conscience d'en haut par leurs organisations politiques sur un prol&#233;tariat pr&#233;par&#233; pour cela, les anarchistes ont essay&#233; de l'&#233;lever spontan&#233;ment par la propagande ou par l'exemple. Des millions d'&#233;crits ont &#233;t&#233; distribu&#233;s dans ce but, sous forme de journaux, magazines, livres, brochures, affiches, tracts ; des conf&#233;rences, manifestations et autres initiatives ont &#233;t&#233; organis&#233;s et des comit&#233;s et associations ont &#233;t&#233; constitu&#233;s ; sans mentionner toutes les luttes sociales et les attaques individuelles ou collectives effectu&#233;es contre les institutions. Le c&#339;ur de chaque r&#233;volutionnaire &#233;tait rempli de beaucoup d'espoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y avait la certitude que toute cette activit&#233; m&#232;nerait t&#244;t ou tard au r&#233;veil des consciences parmi les exploit&#233;s, qui rendrait la r&#233;volution, finalement possible.
La raison de la Libert&#233; - toujours pens&#233;e comme indivisible, commune &#224; tous et universelle - prendrait alors la place des raisons du Pouvoir, qui avait usurp&#233; sa l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui nous savons que ce processus d&#233;terministe n'&#233;tait qu'une illusion. L'histoire ne va pas &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;in&#233;vitablement&lt;/i&gt; quelque part. Et quand bien m&#234;me, le pouvoir n'a jamais cess&#233; d'exister. Si autrefois les exploit&#233;s se remuaient &#224; la simple mention du mot &#171; gr&#232;ve &#187; ; se r&#233;unissaient dans chaque ville, pays, usine ou quartier parce que la vie elle-m&#234;me &#233;tait la vie collective de la classe ; si la vie des opprim&#233;s incluait la discussion quotidienne des conditions d'existence et de la lutte ; si malgr&#233; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de cette conscience, ils ont discut&#233; de la n&#233;cessit&#233; de d&#233;truire le capitalisme, de construire une nouvelle soci&#233;t&#233; sans exploit&#233;s ni exploiteurs, partout ; il est ind&#233;niable qu'au cours des quelques derni&#232;res d&#233;cennies, tout cela a disparu, avec le tant redout&#233; &#171; prol&#233;tariat &#187; - consid&#233;r&#233; en tant que classe : la vision du monde oppos&#233; &#224; celle du Capital.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est pas un hasard. Le Capital s'est appliqu&#233; &#224; atteindre le point o&#249; il peut construire une soci&#233;t&#233; id&#233;ale dans laquelle l'ennemi n'existe plus, o&#249; ne reste plus seulement que des bons citoyens productifs, des humano&#239;des capables de reproduire la soci&#233;t&#233; sans poser de questions. Face au danger repr&#233;sent&#233; par la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;raison r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, un groupe dense de philosophes et de flatteurs, d'artistes, auteurs, linguistes, sociologues, psychanalystes, historiens - se sont consacr&#233;s &#224; drainer cette raison r&#233;volutionnaire de toute signification. La &#171; fin de l'Histoire &#187; signifie qu'il n'y a plus d'avenir dont on peut revendiquer l'influence : l'instant, cette pulsation abstraite, artificielle, d&#233;connect&#233; de la dur&#233;e, est &#233;lev&#233; au rang d'application supr&#234;me. Dans ces temps sans profondeur, la chose est surmont&#233;e par l'apparence, le contenu s'efface devant la forme vide, le choix c&#232;de &#224; l'automatisme, l'individu abdique son autonomie. Ainsi, il se retrouve plong&#233; de nouveau dans le vide oppressant des affiches publicitaires qui rendent l'Absence quelque peu s&#233;duisante. La raison d'&#201;tat a perdur&#233;, seulement pour g&#233;rer et endurer, c'est une chose que les eccl&#233;siastiques du post-modernisme n'ont jamais pens&#233; &#224; remettre en question.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De cette fa&#231;on, le pouvoir a essay&#233; d'effacer pr&#233;ventivement les raisons des r&#233;volutionnaires. Et non seulement les grandes raisons - Communisme ou Anarchie - Mais les plus petites et les plus simples aussi, celles qui marquent la vie quotidienne de chaque exploit&#233;, lui permettant d'&#234;tre conscient de ce qu'il veut et pourquoi il le veut, distinguer les riches des pauvres, la police des prisonniers, la violence de l'&#233;tat de celle du rebelle, la charit&#233; de la solidarit&#233;. Mais concernant cette intention de mettre fin &#224; toute r&#233;bellion &#224; jamais, quelque chose n'a pas fonctionn&#233;. &lt;br /&gt;Les r&#233;voltes continuent d'&#233;clater. Ce qui les caract&#233;rise est le fait qu'il n'y a aucune progression quantitative visible avant l'explosion ; les dimensions grandissent au plus haut niveau sans &#234;tre pr&#233;c&#233;d&#233;es par de grandes luttes partielles. Leur &#233;tincelle n'est pas la promesse d'une libert&#233; future, mais la conscience d'une mis&#232;re pr&#233;sente, qui, lorsqu'elle n'est pas &#233;conomique, est certainement &#233;motionnelle. Maintenant, la r&#233;volte n'a plus de raisons d'avancer, elle est sans objectifs pr&#233;cis et explicites, elle propose rarement quoi que ce soit de pro-positif. Le point de d&#233;part est une n&#233;gation g&#233;n&#233;rale des aspects de la vie dans laquelle &#233;conomie, politique, soci&#233;t&#233; et quotidien sont m&#233;lang&#233;s. Maintenant la r&#233;volte est caract&#233;ris&#233;e par l'action violente et r&#233;solue des insurg&#233;s qui occupent les rues et se heurtent violemment avec tous les organes de l'&#201;tat, mais aussi, entre eux. Nous sommes au seuil de la guerre civile, nous sommes d&#233;j&#224; dans la guerre civile.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le fait m&#234;me que la r&#233;volte peut assumer la forme d'une explosion impr&#233;vue r&#233;v&#232;le un &#233;l&#233;ment fort important : l'effet de surprise. Le vieil arsenal social-d&#233;mocrate r&#233;formiste est d&#233;sarm&#233; face aux actions des insurg&#233;s. Le syndicalisme se trouve lui aussi compl&#232;tement incapable de r&#233;pondre et d'incorporer la violence en son sein. Les assistants sociaux et tous les agents de m&#233;diation sociale de l'&#201;tat se trouvent g&#233;n&#233;ralement compl&#232;tement d&#233;bord&#233;s. L'absence de demandes pr&#233;cises rend le travail de r&#233;cup&#233;ration encore plus difficile et il n'y a plus rien &#224; faire pour ces gens que de les d&#233;nigrer en parlant de &#171; l'autisme des rebelles &#187;. Mais il n'y a pas que les conseillers du roi qui s'inqui&#232;tent. Les r&#233;volutionnaires aussi, habitu&#233;s pendant des ann&#233;es &#224; la r&#233;p&#233;tition constante du concept que la r&#233;volution &#171; n'a rien en commun avec l'explosion d'un baril de poudre &#187;, cette d&#233;couverte les prends donc au d&#233;pourvu. Comment raisonnez-vous avec celui qui n'a aucune raison ? Comment discutez-vous avec celui qui n'a aucun mot ? La r&#233;volte peut &#234;tre f&#233;roce, mais elle n'est actuellement pas capable de faire les distinctions qui exigent une analyse. N'importe lequel d'entre nous pourrait se retrouver dans la position du conducteur de camion pass&#233; &#224; tabac et attaqu&#233; &#224; coup de pierres au cours de la r&#233;volte de 1992 &#224; Los Angeles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le coq contraint dans l'&#233;troitesse de la stalle, entour&#233; par des chevaux, sans autre literie &#224; port&#233;e de main, a &#233;t&#233; contraint de rechercher une place sur le plancher rendu peu fiable par le cheval pi&#233;tinant tout autour. &#201;tant en s&#233;rieux danger pour sa fragile vie, le coq avan&#231;a prudemment l'invitation suivante : &quot;je vous prie, messieurs, laissez nous nous stabiliser sur nos pieds ; je crains qu'autrement, nous pourrions nous pi&#233;tiner les uns les autres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A la lanterne de notre conscience plus ou moins critique, nous errons dans la tentative vaine d'illuminer la nuit noire qui nous entoure aujourd'hui. Tous les textes que nous avons lus se montrent inad&#233;quats, incapables de nous faire parvenir un fil pour nous mener hors de ce labyrinthe. Quand les &#233;v&#233;nements quotidiens se pr&#233;sentent &#224; nous, nous ne sommes plus capables de les d&#233;chiffrer. Des r&#233;voltes continuent &#224; &#233;clater dans le monde entier, mais pas une trace d'elles n'appara&#238;t dans nos manuels. Ainsi, quand nous d&#233;nigrons la mauvaise insurrection en Albanie (1997) et applaudissons &#224; la bonne r&#233;volte &#224; Seattle (1999), conform&#233;ment &#224; notre raison bourr&#233;e de notions livresques, nous n'agissons pas tellement diff&#233;remment du coq de la fable : nous conseillons &#224; chacun de se tenir stables. Enfin, une r&#233;volte comme il se doit ! Que tous les insurg&#233;s du monde la prennent comme mod&#232;le !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, nous voyons de nouveau comment l'exigence avanc&#233;e par les r&#233;volutionnaires au cours de l'histoire a presque toujours exclusivement &#233;t&#233; logique, pour ne pas dire normative. Et la norme fait de son mieux pour contraindre la r&#233;alit&#233; &#224; s'y conformer. Mais le r&#233;el s'en &#233;chappe, parce qu'aucune id&#233;ologie n'est en position de l'&#233;puiser. Malgr&#233; les meilleures intentions, rien ne garantit que la r&#233;volte de Seattle devienne un mod&#232;le. A vrai dire, il semble que le vent souffle dans l'autre sens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pendant des ann&#233;es, nous avons soutenu la vertu de la raison comme seule guide de nos actions, et maintenant nous nous retrouvons avec rien ou presque en main. Dans la recherche d'un chemin pour s'&#233;vader de l'absurdit&#233; qui menace notre existence, il est difficile de r&#233;sister &#224; la tentation de changer radicalement de direction et de porter notre attention sur ce que l'on consid&#232;re habituellement comme l'antipode de la raison, &#224; savoir, la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;passion&lt;/i&gt;. Apr&#232;s tout, il y en a d&#233;j&#224; qui ont red&#233;couvert que les passions sont l'une des armes les plus dangereuses dans l'attaque contre ce monde d'autorit&#233; et d'argent. Nous pouvons &#233;pousseter les vieux textes de Bakounine et Coeurderoy, anarchistes du XIXe si&#232;cle qui ont exalt&#233;s le &#171; d&#233;cha&#238;nement des passions malicieuses &#187; et la &#171; r&#233;volution comme travail de Cosaques &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;coutons les paroles destructrices de Coeurderoy : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; R&#233;volutionnaires anarchistes, disons-le hautement : nous n'avons d'espoir que dans le d&#233;luge humain ; nous n'avons d'avenir que dans le chaos ; nous n'avons de ressource que dans une guerre g&#233;n&#233;rale qui, m&#234;lant toutes les races et brisant tous les rapports &#233;tablis, retirera des mains des classes dominantes les instruments d'oppression avec lesquels elles violent les libert&#233;s acquises au prix du sang. Instaurons la r&#233;volution dans les faits, transfusons-la dans les institutions ; qu'elle soit inocul&#233;e par le glaive dans l'organisme des soci&#233;t&#233;s, afin qu'on ne puisse plus la leur ravir ! Que la mer humaine monte et d&#233;borde ! quand tous les d&#233;sh&#233;rit&#233;s seront pris de famine, la propri&#233;t&#233; ne sera plus chose sainte ; dans le fracas des armes, le fer r&#233;sonnera plus fort que l'argent ; quand chacun combattra pour sa propre cause, personne n'aura besoin d'&#234;tre repr&#233;sent&#233; ; au milieu de la confusion des langues, les avocats, les journalistes, les dictateurs de l'opinion perdront leurs discours. entre ses doigts d'acier, la r&#233;volution brise tous les n&#339;uds gordiens ; elle est sans entente avec le Privil&#232;ge, sans piti&#233; pour l'hypocrisie, sans peur dans les batailles, sans frein dans les passions, ardente avec ses amants, implacable avec ses ennemis. Par Dieu ! laissons-la donc faire et chantons ses louanges comme le matelot chante les grands caprices de la mer, sa ma&#238;tresse ! &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb2&quot; name=&quot;nh2&quot; id=&quot;nh2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Extrait de Hurrah !!! ou la r&#233;volution par les cosaques, Coeurderoy, (...)' &gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Revendiquer le chaos apr&#232;s avoir futilement essay&#233; de mettre les choses en ordre pendant des ann&#233;es. Exalter la barbarie apr&#232;s l'avoir identifi&#233;e pendant si longtemps comme le capitalisme. Cela pourrait m&#234;me sembler contradictoire, mais de cette mani&#232;re, ne nous sentons nous pas beaucoup plus proche du but ?
&lt;br /&gt;Pourtant, si nous y r&#233;fl&#233;chissons bien, il est &#233;trange que pour avancer la th&#232;se qui veut que la barbarie soit non seulement ce qui inspire le plus la crainte en nous, mais aussi une possibilit&#233; sur laquelle parier, il faut faire appel &#224; de tels signes avant-coureurs. Comme si nous nous sentions en tort et ainsi dans le besoin de trouver de nouvelles justifications derri&#232;re lesquelles cacher nos doutes et notre ins&#233;curit&#233;. Mais alors, que servons nous en nous consacrant &#224; la fabrication des analyses des changements profonds subis par la structure sociale, en illustrant la restructuration technologique du capital, en exposant l'atomisation du syst&#232;me de production, en agissant pour la fin des grandes id&#233;ologies, en stoppant le d&#233;clin du sens, en se lamentant sur la d&#233;gradation de la langue, etc, etc ? Raison apr&#232;s raison, analyse apr&#232;s analyse, citation apr&#232;s citation, peut-&#234;tre que tout ce que nous avons r&#233;ussi &#224; faire est l'&#233;rection d'un autre mur insurmontable, qui nous prot&#233;gerait, si ce n'est pas de la r&#233;alit&#233; externe, de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Si la raison est une boussole, les passions sont les vents.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En r&#233;alit&#233;, nous sommes les victimes d'une grande tromperie, con&#231;ue par nous-m&#234;mes. Lorsque nous nous approprions les textes d'un Bakounine ou d'un Coeurderoy pour soulager la sensation br&#251;lante laiss&#233;e par les d&#233;ceptions caus&#233;es par la mort de tout les grands projets sociaux, nous ne prenons pas assez en consid&#233;ration que ces anarchistes ne sont pas nos contemporains, n'ont pas &#233;t&#233; t&#233;moins de la chute du mur de Berlin, n'ont pas v&#233;cu &#224; l'&#232;re d'Internet. Nous proposons leurs id&#233;es &#224; nouveau, mais &#233;vitons les r&#233;flexions qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;es (dans un contexte historique compl&#232;tement diff&#233;rent du notre) pour placer leurs espoirs en une transformation radicale non pas dans l'adh&#233;sion &#224; un programme id&#233;al, mais dans la sauvage irruption des forces humaines les plus sombres. Ainsi, nous pouvons laisser aux cochons tant de questions, comme le pourquoi -comme disait Coeurderoy- &#171; la r&#233;volution sociale ne peut plus &#234;tre men&#233;e par une initiative partielle, par la facilit&#233;, par le Bien. Il est n&#233;cessaire que l'Humanit&#233; se lib&#232;re par une r&#233;volte g&#233;n&#233;rale, par un contrecoup, par le Mal. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mieux vaux alors d&#233;guiser les vieilles certitudes dans de nouveaux habits que de s'en d&#233;barrasser. Mieux vaut nous regarder dans le miroir qui refl&#232;te l'image d'un individu civilis&#233; et pensant, bien qu'&#224; l'int&#233;rieur un barbare libre et sauvage guette l'occasion propice pour se montrer. Si on ne peut plus avoir foi en la vertu du progr&#232;s, mieux vaux jurer sur la nature spontan&#233;e, v&#233;ritable et substantielle de l'individu sur qui la civilisation a surimpos&#233; ses vulgaires conventions sociales au cours des si&#232;cles. Mais n'est-ce pas aussi une projection id&#233;ologique, une version mise &#224; jour du soleil de l'avenir qui se montera t&#244;t ou tard derri&#232;re les sommets comme par magie ? Et le probl&#232;me consiste dans le fait de ne pas savoir s'il y a une nature humaine non contamin&#233;e par la t&#233;l&#233;vision que l'on pourrait red&#233;couvrir, ou si l'homme inconscient pourrait &#234;tre extirp&#233; de l'empoisonnement du Capital.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En fait, malgr&#233; les apparences, les textes de Bakounine et Coeurderoy sont le fruit d'un raisonnement parfaitement logique. Le but que l'on veut r&#233;aliser d&#233;termine les moyens qui seront utilis&#233;s. Si notre but &#233;tait de redistribuer les cartes du jeu, on pourrait facilement proposer un argument raisonnable sur les moyens &#224; utiliser. Il serait entendu que chacun &#224; son tour devrait tenir la banque. Mais si notre objectif est de d&#233;truire le jeu en soi, avec toutes ses r&#232;gles, ses cartes et les joueurs qui y prennent part, alors les choses changent. Autrement dit, si nos d&#233;sirs se limitaient au remplacement d'une classe dirigeante, la restauration de secteurs actuellement hors d'usage, la r&#233;duction des prix, la baisse des taux d'int&#233;r&#234;t, la meilleure ventilation des cellules de prison et autres choses du m&#234;me genre, ils resteraient dans la sph&#232;re du possibilisme rationnel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si au lieu de cela nous voulons mettre fin au monde tel que nous le connaissons et entrer par cons&#233;quent dans un monde qui est tout &#224; fait fantastique &#224; imaginer, alors nous faisons face &#224; un projet consid&#233;r&#233; comme impossible, extraordinaire, qui exige des moyens surhumains pour &#234;tre r&#233;alis&#233;.
&lt;br /&gt;Une r&#233;volte pes&#233;e dans la balance de la commodit&#233;, avec un &#339;il attentif aux avantages et aux inconv&#233;nients &#224; chaque &#233;tape de sa progression, est vou&#233;e &#224; la d&#233;faite d&#233;s le d&#233;part, parce qu'elle ne peut seulement s'avancer que jusqu'&#224; un certain point et s'arr&#234;ter ensuite. Du point de vue de la logique, il est toujours pr&#233;f&#233;rable de trouver un compromis que de se battre. Il n'est pas raisonnable pour une personne exploit&#233;e de se rebeller contre la soci&#233;t&#233;, parce que la soci&#233;t&#233; la ma&#238;trisera. La barricade peut toujours avoir son charme, mais il est inutile de cacher que beaucoup y rencontreront leur mort. Et personne ne sait &#224; l'avance dans quelle poitrine la balle s'arr&#234;tera.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voila pourquoi les seuls alli&#233;s qui restent sont les passions, ces viles passions pour lesquelles tout est possible, m&#234;me l'impossible.
&lt;br /&gt;Bakounine et Coeurderoy l'ont compris. On ne peut pas faire la r&#233;volution avec le bon sens. Seule la passion est capable de magnifier l'esprit humain, le portant vers des fins impensables, l'armant d'une force invincible. Seuls les individus qui ont &#171; perdus la t&#234;te &#187;, sur qui la raison n'exerce plus aucun contr&#244;le, sont capables d'accomplir les actes n&#233;cessaires &#224; la destruction d'un ordre dirigeant s&#233;culaire. Comme nous pouvons le voir, il n'est pas question de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;convertir&lt;/i&gt; un maximum de personnes &#224; un id&#233;al consid&#233;r&#233; comme juste, mais de les exalter. Comme un vieil anarchiste aimait &#224; le dire : &#171; les gens partagent beaucoup les qualit&#233;s du charbon : une masse infecte et sale lorsqu'&#233;teinte ; lumineuse et ardente lorsqu'enflamm&#233;e. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais l'ardeur des passions ne dure pas longtemps, elle est passag&#232;re, comme les r&#233;voltes actuelles. C'est une intoxication qui pousse au-del&#224; de soi-m&#234;me, mais qui se rendort aussit&#244;t la nuit tomb&#233;e. On peut retirer de cela que si la raison seule n'est pas capable de nous guider vers la libert&#233;, il en va de m&#234;me de la passion seule. Mais personne n'a jamais revendiqu&#233; une telle chose. Nous voil&#224; devant les cons&#233;quences d'un malentendu qui survient lorsqu'on oppose une passion cens&#233;ment irrationnelle &#224; une raison vraisemblablement indiff&#233;rente, g&#233;n&#233;rant ainsi une antith&#232;se qui n'existe pas dans la r&#233;alit&#233;. Parce que, loin d'&#234;tre imp&#233;tueuse et non r&#233;fl&#233;chie, la passion est tout &#224; fait capable de prendre le temps et de se donner une perspective pour achever ses buts. De m&#234;me que les acrobaties de la raison servent le plus souvent &#224; justifier le r&#233;sultat de nos passions apr&#232;s coup. Peut-&#234;tre que rien n'a encore montr&#233; &#224; quel point logique et passion se compl&#232;tent, s'interp&#233;n&#232;trent profond&#233;ment et se contiennent mutuellement, comme dans le travail de Sade o&#249; l'on retrouve le chevauchement continuel de sc&#232;nes orgiaques et d'argumentation philosophique. La boussole et les vents sont tous deux indispensables. Peu importe le voyage que l'on entreprend, on ne peut pas faire sans l'un ou l'autre de ces deux &#233;l&#233;ments. C'est pourquoi Bakounine a invoqu&#233; la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fureur&lt;/i&gt;, mais a aussi parl&#233; du besoin d'un &#171; pilote invisible &#187;. Maintenant, il y a le fait qu'il est impossible de piloter une temp&#234;te. On peut seulement l'endurer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La r&#233;volution violente que nous avons senti grandir depuis quelques ann&#233;es et que j'avais personnellement tant d&#233;sir&#233; est pass&#233;e en-dessous de ma fen&#234;tre, sous mes yeux et m'a retrouv&#233; embarrass&#233;, incr&#233;dule. [...]. Les trois premiers mois &#233;taient les pires. Comme plusieurs autres j'&#233;tais hant&#233; par la perte &#233;pouvantable de contr&#244;le. Moi, qui avait d&#233;sir&#233; la subversion, le renversement de l'ordre &#233;tabli, avec toute ma force, en effet moi, maintenant au centre du volcan, j'abhorre les ex&#233;cutions sommaires, le pillage, tous les actes de banditisme. J'ai &#233;t&#233; d&#233;chir&#233; comme toujours entre l'attraction th&#233;orique et &#233;motionnelle pour le d&#233;sordre et le besoin &#233;l&#233;mentaire d'ordre et de paix. &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;Luis Bu&#241;uel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'y a pas que la personne politique et &#233;conomique, inqui&#233;t&#233;e par les &#233;lections et la bourse, qui affronte la temp&#234;te, contre le chaos et les forces primordiales de la barbarie, mais, par dessus tout, la personne moraliste. D&#233;savouer les normes sociales, s'abandonner aux instincts signifie tomber en arri&#232;re dans l'obscurit&#233; du sauvage au point de ranimer les horreurs de la horde primordiale. La civilisation, alors, pourrait &#234;tre la Raison, l'Ordre, la Loi et pas n&#233;cessairement celle de l'&#201;tat. Les camarades de Bakounine &#224; Lyon n'oublient pas les reproches. Un d'entre eux se souvient comment les conflits ont &#233;clat&#233; entre eux &#171; dont la cause principale &#233;tait la grande th&#233;orie de Bakounine sur la n&#233;cessit&#233; de permettre &#224; toutes les passions, tous les app&#233;tits, toute la col&#232;re des gens de se manifester librement d&#233;cha&#238;n&#233;s, sans museli&#232;re. &#187; Il y avait un camarade en particulier qui &#171; ne voulait pas saisir ce d&#233;luge possible de violence de la b&#234;te humaine &#187; et qui condamna &#171; chaque sorte de crime et d'abomination, qui donnerait &#224; la r&#233;volution une mine sinistre, et qui priverait la grandeur de l'id&#233;e par la brutalit&#233; des instincts, se soulevant contre ceux qui ont l'amour dans leurs c&#339;urs pour les grandes choses et dont la conscience a le sens du juste et du bon. &#187; Comment est-ce possible - demanda-t-il - &#171; que les gens qui repr&#233;sentent l'id&#233;e de l'avenir puissent avoir le droit de la souiller par le contact de la barbarie la plus antique que m&#234;me les civilisations les plus &#233;l&#233;mentaires cherchent &#224; r&#233;primer ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les observations de ce camarade de Bakounine ont fait beaucoup plus de chemin que les textes de l'anarchiste russe. La preuve de cela est l'oubli auquel ce dernier a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;, au m&#234;me titre que Coeurderoy. La barbarie ne peut &#234;tre la porte vers la libert&#233;, alors ces gens nous rappellent &#224; l'ordre, qui, pour la plupart, sont les m&#234;mes qui en d'autres occasions ont trouv&#233; la force d'affirmer que la guerre produit la paix, que les riches pr&#233;servent les pauvres, que la force garantis l'&#233;galit&#233;. Alors, qu'est-ce qui peut ouvrir la chemin vers la libert&#233; ? Peut-&#234;tre l'expansion des march&#233;s ? Une augmentation du nombre de partis ? La consolidation des forces d'ordre ? Un meilleur enseignement scolaire ? La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ? Une organisation r&#233;volutionnaire avec un million de membres ? Le d&#233;veloppement des forces productives ? Et pourquoi pas le respect du m&#233;canisme d&#233;terministe de ce fameux moteur de l'histoire ? C'est une mystification, cependant, de d&#233;peindre une situation d'anomie c'est-&#224;-dire d'une absence ou d'un grand affaiblissement des normes qui gouvernent la conduite des individus - avec les nuances les plus sombres. Il doit encore &#234;tre d&#233;montr&#233; qu'&#224; l'int&#233;rieur de l'individu un monstre pr&#234;t &#224; torturer des innocents est dissimul&#233;. En r&#233;alit&#233; il s'agit simplement d'une hypoth&#232;se -comme souvent r&#233;fut&#233;e ou affirm&#233;e par l'exp&#233;rience historique- dont la diffusion profite &#224; ceux qui gouvernent, d&#233;cident et imposent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un marin qui chante les &#171; caprices de la mer &#187; ne va probablement pas exalter la beaut&#233; du naufrage qui va avec. De la m&#234;me fa&#231;on, reconna&#238;tre le r&#244;le d&#233;velopp&#233; dans chaque processus de transformation sociale par les passions, m&#234;me les plus sombres, ne signifie pas prendre la d&#233;fense du viol, des massacres ou des lynchages. Il n'y a aucune utilit&#233; &#224; cacher que chaque r&#233;volution a connu ses exc&#232;s. Cependant, cela ne signifie pas non plus le renoncement &#224; la r&#233;volution, de peur que celle-ci n'arrive, comme les revendiqu&#233;es belles &#226;mes l'ont toujours pr&#233;tendues, ni &#224; y participer gaiement. Parce que les gens d&#233;cha&#238;nent aussi leurs plus sombres passions qui ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es pendant beaucoup trop longtemps. En cela, les r&#233;volutionnaires ne seront vraisemblablement pas &#224; leurs c&#244;t&#233;s. En effet, on pr&#233;sume qu'ils ont des choses tout &#224; fait diff&#233;rentes &#224; faire, enferm&#233;s chez eux ou compl&#232;tement perdus au milieu du marasme hurlant. M&#234;me au milieu de la temp&#234;te, le marin qui sait o&#249; il veut aller garde toujours un &#339;il sur la boussole et une main sur le gouvernail - et dans son c&#339;ur l'espoir de pouvoir exploiter la force de l'eau autant que possible pour parvenir &#224; sa destination et faire en sorte que son embarcation subsiste. Sans aucune certitude sur un &#233;ventuel sauvetage, naturellement, mais sans abandonner d'avance non plus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les r&#233;flexions de Bakounine et Coeurderoy -que certains d&#233;criraient comme m&#233;tahistorique et qui, comme nous l'avons vu, n'ont pas r&#233;veill&#233; beaucoup de sympathies parmi les r&#233;volutionnaires - ont trouv&#233;es un support non souhait&#233; dans les conclusions que quelques observateurs du comportement humain ont tir&#233;. Quand Bakounine parle de la r&#233;volution comme d'une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;f&#234;te&lt;/i&gt; dans laquelle les participants sont magnifi&#233;s par l'intoxication (&#171; certains de la terreur folle, d'autres de l'extase fou &#187;) et o&#249; il semble que &#171; le monde entier a &#233;t&#233; mis sens dessus dessous, l'incroyable devenu familier, l'impossible possible et le possible et le familier insens&#233;s &#187;, nous le prenons litt&#233;ralement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par exemple, Roger Caillois, dans son essai qui analyse la signification que la f&#234;te a eu dans les diff&#233;rents types de soci&#233;t&#233; humaine [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb3&quot; name=&quot;nh3&quot; id=&quot;nh3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Les Jeux et les hommes : le masque et le vertige, 1958.' &gt;3&lt;/a&gt;], parle de &#171; la contagion d'une exaltation ... qui incite &#224; s'abandonner, sans contr&#244;le, aux impulsions les plus irrationnelles. &#187; La d&#233;crivant comme une &#171; explosion intermittente &#187;, le savant fran&#231;ais explique comment la f&#234;te &#171; appara&#238;t &#224; l'individu comme un autre monde, o&#249; il ne se sent plus seul et transform&#233; par les forces qui le surmontent &#187;. Son but est celui du &#171; commencement de la recr&#233;ation du monde &#224; nouveau &#187;. &#171; Le cosmos a &#233;merg&#233; du chaos &#187; &#233;crit Caillois - l'&#234;tre humain regarde avec nostalgie un monde qui ne connait pas la p&#233;nibilit&#233; du travail, o&#249; les d&#233;sirs sont r&#233;alis&#233;s sans se trouver mutil&#233;s par aucune sorte de prohibition sociale. L'&#194;ge d'Or r&#233;pond &#224; cette conception d'un monde sans guerre et sans commerce, sans esclavage et sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e. &#171; Mais ce monde de lumi&#232;re, de joie sereine, d'une vie simple et heureuse est en m&#234;me temps un monde de cr&#233;ations exub&#233;rantes et d&#233;sordonn&#233;es, de r&#233;alisations monstrueuses et excessives. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'innovation de la barbarie, si nous voulons l'appeler ainsi, se trouve dans le fait qu'elle ne nous invite ni &#224; abattre, torturer ou &#233;gorger, ni &#224; imaginer une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire et heureuse. Dans l'explosion de sa fr&#233;n&#233;sie, la barbarie nous propose de faire &#233;merger courageusement les parties les plus dangereuses, inacceptables et antisociales de nous m&#234;me. D&#233;s la naissance, nous nous sommes trouv&#233;s assaillis par un syst&#232;me social d'un moralisme chirurgical, dont le but est d'ex&#233;cuter le nombre maximal d'amputations sur nous au b&#233;n&#233;fice d'un id&#233;aliste degr&#233; d'ordre maximal. En faisant face &#224; la barbarie, nous devons seulement r&#233;pondre &#224; une question fondamentale, celle de notre enti&#232;ret&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'est plus n&#233;cessaire de compter sur la bonne volont&#233; et les faveurs particuli&#232;res. On ne peut plus payer la ran&#231;on au chef du purgatoire, ni huiler la paume du gardien de l'enfer ; il n'y a plus un paradis o&#249; l'on pourrait garantir un si&#232;ge &#224; l'avance.&lt;/i&gt; &#187;
&lt;br /&gt;Rene Daumal.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le monde dans lequel nous vivons est une prison, dont les compartiments unit&#233;s sont appel&#233;s Travail, Argent, Marchandise et dans laquelle les pauses nous sont accord&#233;es comme les vacances d'&#233;t&#233;. Nous sommes n&#233;s et avons toujours v&#233;cus &#224; l'int&#233;rieur de cet univers-prison. D'ailleurs, il est tout ce que nous connaissons. Il est &#224; la fois notre cauchemar et notre s&#233;curit&#233;. Et pourtant. Comme chaque prisonnier le sait bien, notre c&#339;ur a compt&#233; les pas qui nous s&#233;parent des murs, calculant ensuite les m&#232;tres de briques qu'il nous serait n&#233;cessaire d'escalader. Comme chaque prisonnier le sait bien, nos yeux ont scrut&#233; cette ligne mince &#224; l'horizon qui divise le fil de fer barbel&#233; du ciel, des milliers et des milliers de fois, pour que nous puissions alors r&#233;fl&#233;chir aux formes et aux couleurs que nous entrevoyons vaguement l&#224;-bas. Mais nous ne savons pas ce qui se trouve au-del&#224; du mur de cet enclos. Peut-&#234;tre un paysage merveilleux. Peut-&#234;tre une jungle dangereuse. Peut-&#234;tre les deux. Chaque conjecture propos&#233;e est un mensonge. Certainement qu'il y a la libert&#233;, quoi que cela puisse &#234;tre. Une fois conquise, il ne tient qu'&#224; nous de savoir comment la maintenir et &#234;tres capables d'y prendre plaisir. Il ne tient qu'&#224; nous, aussi, si nous le choisissons, d'y renoncer, mais pas avant de l'avoir essay&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Maintenant plus que jamais, c'est l'heure du d&#233;fi. Penser que l'on peut s'&#233;chapper de la vie quotidienne est folie. Et, de plus, un &#233;vad&#233; solitaire finit par vivre une vie mis&#233;rable. Mais le d&#233;sir de d&#233;truire cette prison dans sa totalit&#233; pour lib&#233;rer chacun, est une barbarie. Par quel droit nous immis&#231;ons-nous dans la vie des autres ? Et pourtant. Et pourtant, il y a cet instant o&#249; le d&#233;sespoir et l'angoisse de n'avoir que des perspectives incompl&#232;tes et provisoires se renversent et se changent en la d&#233;termination d'&#234;tre soi-m&#234;me, un individu, sans attendre, d'identifier nos moyens et nos fins et de faire triompher la souverainet&#233; de la r&#233;volte sur le n&#233;ant. Quand nous parviendrons &#224; cet instant, saurons-nous que faire ? Ou sonnerons nous la retraite pour retourner &#224; ce monde que nous ne connaissons que trop bien ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Dominique Misein.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Extrait du journal anarchiste italien Diavolo In Corpo. Traduit et annot&#233; par l'&#233;diteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh1&quot; name=&quot;nb1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Cette phrase d&#233;bute le prologue de l'Evangile selon St Jean : &#171; Au commencement &#233;tait le Verbe &#8230; Le Verbe &#233;tait avec Dieu.. Le Verbe &#233;tait Dieu&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh2&quot; name=&quot;nb2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Extrait de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hurrah !!! ou la r&#233;volution par les cosaques&lt;/i&gt;, Coeurderoy, Octobre 1854.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh3&quot; name=&quot;nb3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Jeux et les hommes : le masque et le vertige&lt;/i&gt;, 1958.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>programme des soir&#233;es au KIOSK mars-avril 2010</title>
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		<dc:creator>Le Kiosk Toulouse</dc:creator>



		<description>Lundi 8 mars 20h30 &lt;br /&gt;Soir&#233;e projection-d&#233;bat : l'humour des ann&#233;es 70 r&#233;siste-il au XXI&#232;me si&#232;cle ? &lt;br /&gt;&#171; LES GALETTES DE PONT-AVEN &#187; de Jo&#235;l SERIA, 1975, avec : Jean-Pierre Marielle, Claude Pi&#233;plu, Jeanne Goupil &lt;br /&gt;Henri, repr&#233;sentant en parapluie, est incompris de sa femme et de ses enfants. Il pratique la peinture en amateur passionn&#233;. Son th&#232;me favori : de superbes culs. Les aventures amoureuses extraconjugales commencent lorsque, visitant une cliente, elle se d&#233;shabille pour qu'il la (...)


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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;Le Kiosk Toulouse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lundi 8 mars 20h30&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Soir&#233;e projection-d&#233;bat : l'humour des ann&#233;es 70 r&#233;siste-il au XXI&#232;me si&#232;cle ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; LES GALETTES DE PONT-AVEN&lt;/strong&gt; &#187; de Jo&#235;l SERIA, 1975, avec : Jean-Pierre Marielle, Claude Pi&#233;plu, Jeanne Goupil&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Henri, repr&#233;sentant en parapluie, est incompris de sa femme et de ses enfants. Il pratique la peinture en amateur passionn&#233;. Son th&#232;me favori : de superbes culs. Les aventures amoureuses extraconjugales commencent lorsque, visitant une cliente, elle se d&#233;shabille pour qu'il la croque. D'autres occasions se succ&#232;dent, Henri rencontre de superbes mod&#232;les &#224; l'anatomie troublante... Une idylle avec Angela, ravissante Canadienne et petite amie d'un peintre, va l'entra&#238;ner dans une s&#233;rie de complications
sentimentales...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;CALMOS&lt;/strong&gt; &#187; de Bertrand BLIER, 1975, 1 h 40, avec Jean-Pierre Marielle, Jean
Rochefort, Bernard Blier, Brigitte Fossey, Claude Pi&#233;plu, Val&#233;rie Mairesse,
G&#233;rard Jugnot, Dominique Lavanant&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Harass&#233; par le spectacle quotidien de l'intimit&#233; de ses clientes, le gyn&#233;cologue Paul Dufour (JP Marielle) abandonne son travail et sa famille, et part avec son ami Albert &#224; la campagne. Leurs femmes les poursuivent. Les &#233;poux s'enfuient et entrainent derri&#232;re eux tous les hommes qu'ils trouvent sur leur passage, jusqu'&#224; former un long cort&#232;ge..
Personne n'a vu ce film. Dans la filmographie de Bertrand Blier, il existe un film inconnu. Oubli&#233;, enterr&#233;, &#224; la mani&#232;re des b&#226;tards qu'on cache &#224; la cave. On conna&#238;t &quot;Les valseuses&quot;, en 1974, avec le couple Depardieu-Dewaere. Deux ans plus tard, &#171; Pr&#233;parez vos mouchoirs &#187;, toujours les m&#234;mes lascars &#224; l'affiche. Mais entre les deux, en 1975, figure &#171; Calmos &#187;, jet&#233; aux ordures depuis longtemps. Une distribution baroque : les ducs Marielle et Rochefort, le surr&#233;aliste Pi&#233;plu, le ruffian Bernard Blier en cur&#233; et une ribambelle de seconds r&#244;les (G&#233;rard Jugnot, Sylvie Joly, Brigitte Fossey&#8230;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lundi 15 mars 20h30&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale pro-f&#233;ministe&lt;/strong&gt; toulousaine (soir&#233;e propos&#233;e par un collectif d'hommes pro-f&#233;ministes toulousain)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On va proposer une discussion structur&#233;e - avec des tours de parole, des petits groupes etc. L'objectif de l'AG prof&#233;ministe est de rassembler des hommes qui veulent agir contre leurs propres int&#233;r&#234;ts en tant que dominants dans les rapports sociaux patriarcaux. S'il y a des femmes ou des personnes transgenre int&#233;ress&#233;es par ces r&#233;unions, qu'elles soient les bienvenues ! Car nous ne proposons pas d'instaurer un espace non-mixte hommes, mais un espace d&#233;di&#233; &#224; la question &quot;comment des hommes peuvent-ils d&#233;velopper des pratiques
pro-f&#233;ministes ?&quot; et &#224; d'autres questions qui en d&#233;coulent. Nous ne s&#233;parons pas les questions de genre d'autres questions politiques et sociales - il s'agit ici d'une initiative antiraciste, anticapitaliste et antiautoritaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lundi 29 mars 20h30 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ecoute sonore sur l'urbanisme&lt;/strong&gt; :
La politique de la ville en folie (56 minutes, Faidos Sonore) suivie de
quelques br&#234;ves sur des ballades urbaines &#224; Marseille (&#233;mission Intempestive et
le magazine Z) :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Retour sur cinq ann&#233;es de lutte autour de l'urbanisme &#224; Toulouse. Nettoyage des march&#233;s de leurs vendeurs &#224; la sauvette, r&#233;novations des quartiers populaires sans tenir compte de leurs habitants en utilisant les pressions polici&#232;res, destruction d'habitats &#224; dimensions collectives au profit de r&#233;sidences aseptis&#233;es, magouilles des bailleurs HLM pour plus de sp&#233;culations immobili&#232;res. L'urbanisme &#224; Toulouse comme &#224; Marseille rend compte d'une politique de
la ville d&#233;di&#233;e aux b&#226;tis sans dimensions sociales, l'habitant-e est rel&#233;gu&#233;-e derri&#232;re une fonction passante ou r&#233;sidentielle et est donc d&#233;poss&#233;d&#233;-e des espaces publics.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lundi 12 avril 20h30 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;MONDOVINO&lt;/strong&gt;, Film documentaire de Jonathan NOSSITER (France/USA, 2003). 2h 15mn&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jonathan Nossiter nous r&#233;v&#232;le les dessous du march&#233; du vin, objet de toutes les convoitises. Symbole de la civilisation occidentale depuis des mill&#233;naires, il est aujourd'hui l'enjeu de luttes d'argent et de gloire. Le constat est alarmiste : &#224; force de &quot;cr&#233;ations&quot; standardis&#233;es, le vin de terroir est de plus en plus mis &#224; mal. On suit ici les sagas des successions des milliardaires de Napa Valley en Californie, les rivalit&#233;s de deux dynasties aristocrates florentines et les conflits de g&#233;n&#233;rations d'une famille bourguignonne se battant pour conserver ses quelques hectares de vigne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;WE FEED THE WORLD&lt;/strong&gt;, Film documentaire d'Erwin Wagenhofer (Autriche, 2005). 1h 39mn.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Chaque jour, cent mille personnes meurent de faim. L'agriculture mondiale peut nourrir sans probl&#232;me douze milliards d'individus. Autrement dit, chaque enfant qui meurt de faim est en fait assassin&#233;. &#187; Jean Ziegler, rapporteur sp&#233;cial des Nations unies sur le droit &#224; l'alimentation, ne prend pas de pincettes tout au long de ce documentaire passionnant dont il est le fil rouge. Pourquoi, sur le march&#233; de Dakar, les l&#233;gumes europ&#233;ens sont-ils trois fois moins chers que les produits locaux ? Pourquoi les paysans br&#233;siliens sont-ils mal nourris, quand leur pays est le premier exportateur de soja au monde ? Comment nos &#233;levages industriels de volailles causent-ils la d&#233;forestation amazonienne ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lundi 26 avril 20h 30&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Soir&#233;e psychiatrie&lt;/strong&gt;
Psychiatrie, le retour : soir&#233;e projection-d&#233;bat autour du film &#171; TARNATION &#187; de Jonathan Caouette&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un an apr&#232;s, la psychiatrie fait son retour au KIOSK, cette fois-ci autour du film : &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; TARNATION &#187; (&lt;/strong&gt;2003, 1H 30mn).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A partir d'images d'archives familiales et de son journal de bord vid&#233;o commenc&#233; &#224; l'adolescence, le r&#233;alisateur retrace l'itin&#233;raire psychiatrique de sa m&#232;re, des ann&#233;es 60 &#224; nos jours, r&#233;v&#233;lant les cons&#233;quences lourdes des prises en charge qu'elle a subies (m&#233;dicaments, s&#233;ances d'&#233;lectrochocs..), notamment la perte de sa place de sujet dans son histoire personnelle, la d&#233;sagr&#233;gation de son individu et de sa vie sociale. Le montage psych&#233; arty percute, sans redondance.
On ouvrira ensuite le d&#233;bat autour des risques encourus avec les traitements, et autour des derni&#232;res &#233;volutions r&#233;glementaires, politiques et m&#233;diatiques touchant &#224; la psychiatrie ; sans perdre de vue la question &#233;thique, trop vite &#233;clips&#233;e quand il s'agit de la folie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Vendredi 30 avril 20h 30 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;soir&#233;e projection-rencontre avec &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Patrick HERMAN, auteur du livre &#171; les nouveaux esclaves du capitalisme &#187;&lt;/strong&gt; (&#233;ditions Au diable Vauvert)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Paysan-journaliste pr&#232;s de Millau, Patrick HERMAN livre ici le fruit d'une enqu&#234;te de plusieurs ann&#233;es men&#233;e dans le sud de la France, en Espagne et au Maroc, sur la condition des travailleurs agricoles immigr&#233;s. Ces ouvriers se trouvent en bout de cha&#238;ne d'une production intensive que la mise en concurrence mondiale entra&#238;ne vers des conditions d'exploitation de plus en plus d&#233;mentes. Ils subissent &#224; la fois une soumission brutale, qui ram&#232;ne aux plus beaux temps de la domination coloniale, une exposition massive aux pesticides et un racisme des populations locales qui d&#233;g&#233;n&#232;re parfois en violences physiques, voire en &#233;meutes. L'intimidation et le meurtre sont bien souvent le lot de ceux qui s'insurgent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En d&#233;but de rencontre projection du film :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; R&#233;colte sanglante/Esclavage &#224; l'italienne&lt;/strong&gt; &#187;, r&#233;alis&#233; par R. Giefer, T. Giefer, K. Hoffmann (Allemagne, 52 min, 2007).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une enqu&#234;te choc sur les travailleurs &#233;trangers exploit&#233;s dans les plantations de tomates des Pouilles. Apr&#232;s une s&#233;rie de disparitions et de d&#233;c&#232;s suspects, une unit&#233; sp&#233;ciale d'investigation italo-polonaise a lanc&#233; des enqu&#234;tes sur place. Ce film choc d&#233;nonce une multitude de pratiques ill&#233;gales : d&#233;tournement des fonds agricoles, fraudes fiscales, mais aussi traitements inhumains et violations des droits de l'homme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un pav&#233; dans les rouages</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>anonymes</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (Partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes de travailleurs</dc:subject>

		<description>Le sabotage, le grain de sable dans les rouages de la machine, l'opposition directe, physique, mat&#233;rielle &#224; une partie d'un dispositif.

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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?rubrique26" rel="directory"&gt;U&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (Partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes de travailleurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;IMG/arton779.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;315&quot; onmouseover=&quot;this.src='IMG/artoff779.jpg'&quot; onmouseout=&quot;this.src='http://infokiosques.net/IMG/arton779.jpg'&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Le sabotage, le grain de sable dans les rouages de la machine, l'opposition directe, physique, mat&#233;rielle &#224; une partie d'un dispositif.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En R&#233;publique, on a toujours le droit de s'indigner d'une situation intol&#233;rable : les rafles de sans-papiers, les exactions polici&#232;res, les expulsions locatives, les gens qui dorment dehors, les conditions de d&#233;tention, tout cela peut faire l'objet d'autant de tribunes dans les journaux ou d'appels citoyens sur Internet. La d&#233;mocratie adore ceux qui se contentent de d&#233;noncer : c'est &#224; dire de parler et de ne rien faire. C'est m&#234;me la marque de la d&#233;mocratie, ce dont elle ne cesse de s'enorgueillir. On peut (presque) tout y dire. Mais que l'on commence &#224; s'organiser pour s'opposer concr&#232;tement aux actes du pouvoir, et tout change. De citoyen, on devient d&#233;linquant, ou terroriste, selon les cas : de toute fa&#231;on, la r&#233;pression est l&#224;. C'est que tout acte qui n'est pas &#233;troitement born&#233; par les pratiques d&#233;mocratiques et citoyennes est de fait ill&#233;gal.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'est-ce qui est effectivement permis, comme acte concret, par ce syst&#232;me qui fait pourtant de la &#171; libert&#233; &#187; un de ses principes ? Faire la gr&#232;ve, &#224; condition d'en avoir l'autorisation. Manifester, &#224; condition d'en avoir l'autorisation. Et voter, bien entendu, c'est &#224; dire faire semblant de faire un choix une fois de temps en temps ; et &#233;ventuellement, s'engager comme militant dans un de ces partis au service des ambitions de quelques politiciens, ou investir sa bonne volont&#233; dans une association humanitaire aux objectifs limit&#233;s. Tout le reste, ou presque, est interdit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La &#171; libert&#233; d'expression &#187; elle-m&#234;me n'est que th&#233;orique. On peut presque tout dire, certes : mais pas n'importe comment. Quand la parole devient presque un acte, quand elle commence &#224; viser l'engagement direct dans la lutte et la r&#233;bellion, elle est suspecte et donc interdite. Il n'est pas autoris&#233;, m&#234;me si c'est souvent tol&#233;r&#233;, de distribuer des tracts sur la voie publique et encore moins d'afficher ce qu'on a soi-m&#234;me &#233;crit : et plus ces &#233;crits pourront avoir des faits comme cons&#233;quences, et plus ils seront susceptibles d'&#234;tre r&#233;prim&#233;s. C'est le cas, par exemple, quand un appel &#224; la r&#233;volte devient une incitation &#224; commettre un acte d&#233;lictueux : quand une banderole &#171; feu aux centre de r&#233;tention &#187; d&#233;ploy&#233;e devant le centre de r&#233;tention du Mesnil-Amelot en ao&#251;t 2008 vaut &#224; ses auteurs suppos&#233;s d'&#234;tre poursuivis parce qu'un feu a effectivement pris dans le centre durant la manifestation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui est vraiment permis, c'est de publier l&#233;galement ses pens&#233;es, &#224; condition d'avoir le fric ou les relations pour le faire. La libert&#233;, dans le syst&#232;me capitaliste, est toujours con&#231;ue comme la libert&#233; du riche.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, on ne peut pas toujours se contenter de d&#233;noncer. Viennent les moments ou la volont&#233; d'intervenir concr&#232;tement pour entraver le fonctionnement du syst&#232;me s'impose, parce que se contenter de porter un jugement sans que jamais les paroles n'engagent &#224; aucune action est intenable. Quand on s'est mobilis&#233; pendant des mois, dans une &#233;cole, pour emp&#234;cher l'expulsion d'un parent sans-papier, il est difficile d'assister &#224; son arrestation sans tenter de l'emp&#234;cher. C'est l&#224; quelque chose de courant, d'ordinaire m&#234;me, que ce ne soit pas seulement par l'expression de son opinion, mais par un engagement plus tangible que l'on manifeste r&#233;ellement son opposition. Quand des gens se font arr&#234;ter et enfermer en centre de r&#233;tention, ces prisons qui ne disent pas leur nom, quand des gens meurent en garde &#224; vue, en taule, sur des chantiers, alors, pour s'opposer &#224; des d&#233;cisions que l'on n'accepte plus, ont lieu des manifestations, des &#233;meutes, des rassemblements, des gr&#232;ves, des concerts devant les prisons, des distributions de tract, des sabotages&#8230; Toutes ces pratiques, fort diverses, ont un point en commun : elles visent &#224; briser le fonctionnement de ces dispositifs d'exploitation, de r&#233;pression, d'enfermement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais agir ainsi, agir tout court, pourrait-on dire, en tout cas agir autrement que dans les r&#232;gles consensuelles de la d&#233;mocratie, m&#232;ne tr&#232;s vite &#224; l'ill&#233;galit&#233;. Ce ne sont pas seulement les destructions et les d&#233;gradations en tant que telles qui sont ill&#233;gales. Par exemple, apr&#232;s les diff&#233;rents mouvements qui ont eu recours &#224; l'arme du blocage (en 2003 contre la r&#233;forme des retraites, en 2005 contre la loi Fillon, en 2006 contre le CPE), une nouvelle disposition p&#233;nale est venue r&#233;primer l'entrave &#224; la circulation des trains.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est pas pour autant que la l&#233;galit&#233; doit devenir un crit&#232;re d&#233;terminant de l'action. L'ill&#233;galit&#233; n'est pas une id&#233;ologie pour ceux qui s'y livrent. L'action ill&#233;gale n'est pas une fi n en soi ou ce qui pourrait donner une valeur &#224; l'acte. Il ne s'agit pas, par la &#171; d&#233;sob&#233;issance civile &#187;, de pr&#233;tendre remplacer une norme par une autre, d'opposer, &#224; la l&#233;gitimit&#233; officielle, une l&#233;gitimit&#233; concurrente. En fait, c'est l'id&#233;e m&#234;me de norme l&#233;gale qu'il faudrait d&#233;passer. Par la loi, telle qu'elle existe dans le syst&#232;me actuel, c'est l'interdit et la domination qui s'affirment, et rien d'autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme le rapport &#224; la loi, il faut d&#233;mystifier le rapport &#224; la violence. La violence, dans le monde du capital, est partout : dans l'exploitation au travail, dans la vie quotidienne, dans la r&#233;pression, dans l'id&#233;e m&#234;me d'Etat. Elle est aussi dans la mani&#232;re de s'opposer &#224; lui, car &#224; une force on ne peut qu'opposer une autre force, ou &#234;tre r&#233;duits &#224; rien. Renoncer par avance &#224; toute violence, comme la position &#171; pacifiste &#187; l'affirme, c'est soit admettre d'embl&#233;e son impuissance, soit courir au massacre : et bien souvent les deux. Pas plus que l'ill&#233;galit&#233;, la violence n'est une fin en soi. La question est de savoir comment agir efficacement et comment se construit un rapport de force. Il n'y a pas une solution unique mais des exp&#233;riences multiples, des histoires de solidarit&#233;, de r&#233;sistance et d'attaque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parmi tous ces moyens, le sabotage, le grain de sable dans les rouages de la machine. C'est une opposition directe, physique, mat&#233;rielle &#224; une partie d'un dispositif. Il s'agit d'attaquer l'ensemble &#224; la fois mat&#233;riellement et pour ce qu'il repr&#233;sente politiquement. Il peut s'agir tout autant de mettre un sabot dans une cha&#238;ne de montage, de s'opposer physiquement &#224; l'expulsion d'un sans-papiers dans un avion, de mettre du sucre dans le r&#233;servoir d'un engin de chantier, et de couper des c&#226;bles de relais TV. Ces actions trouvent leur sens par rapport &#224; leur objectif et au contexte dans lequel elles prennent place.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le sabotage peut &#234;tre tr&#232;s diffus : au travail, &#224; l'&#233;cole, sur les chantiers, sur les voies de circulation. C'est la pi&#232;ce intentionnellement mal usin&#233;e, c'est la marchandise rendue invendable par une d&#233;gradation, c'est l'alarme incendie intempestive et le chewing-gum dans la serrure&#8230; On a not&#233; plus de 27 000 actes &#171; de malveillance &#187; sur les voies de chemin de fer au cours d'une seule ann&#233;e, s'il faut en croire le Figaro. Au-del&#224; de leurs intentions, ces actes t&#233;moignent de la tension sociale et d'un esprit de r&#233;sistance et de r&#233;volte face aux conditions qui nous sont faites.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans des moments d'opposition plus collective, qu'il s'agisse de mouvements sociaux ou de campagne contre tel ou tel aspect de la politique de l'Etat, le sabotage est un moyen d'action efficace pour arriver &#224; ses objectifs. Il prend place dans l'histoire de la lutte des classes depuis ses origines. Les gr&#232;ves, d'abord ill&#233;gales, avaient pour effet de saboter la production. Plus r&#233;cemment, dans nombre de mouvements sociaux le sabotage effectif ou la menace du sabotage ont &#233;t&#233; utilis&#233;s : pendant le mouvement des cheminots de novembre 2007, face &#224; des fermetures d'usines dans la m&#233;tallurgie, la chimie, etc&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ces moments collectifs, c'est souvent un enjeu important que l'acte de sabotage soit assum&#233; largement. C'est la politique du pouvoir que d'isoler les saboteurs et d'opposer leurs actes aux intentions des autres participants &#224; la lutte : et c'est une force du mouvement que de se rapproprier ce qui parfois n'a &#233;t&#233; fait que par quelques uns, mais poursuit l'objectif commun.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Paru sur Indymedia Nantes fin d&#233;cembre 2008.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Timult n&#176;2 sort le 8 mars 2010 !</title>
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		<dc:creator>Timult</dc:creator>



		<description>Si vous avez envie de le lire ou de le diffuser, faites-nous signe ! &lt;br /&gt;timult at riseup.net &lt;br /&gt;TIMULT, 15 rue Jacquet, 38100 Grenoble &lt;br /&gt;TIMULT &lt;br /&gt;Une revue qui parle de luttes sociales et d'aspirations &#224; changer le monde. Une revue qui explore de nouvelles fa&#231;ons de faire de la th&#233;orie politique, en imbriquant les r&#233;cits de vie, les &#233;motions et les analyses, en exp&#233;rimentant des mani&#232;res d'&#233;crire, d'inciter et d'aider &#224; l'&#233;criture (ateliers, invitations, &#233;critures collectives...). &lt;br /&gt;Une revue pour &#234;tre (...)


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&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/timult at riseup.net&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;timult at riseup.net&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;TIMULT&lt;/i&gt;, 15 rue Jacquet, 38100 Grenoble&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;TIMULT&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;Une revue qui parle de luttes sociales et d'aspirations &#224; changer le
monde. Une revue qui explore de nouvelles fa&#231;ons de faire de la th&#233;orie
politique, en imbriquant les r&#233;cits de vie, les &#233;motions et les analyses,
en exp&#233;rimentant des mani&#232;res d'&#233;crire, d'inciter et d'aider &#224; l'&#233;criture
(ateliers, invitations, &#233;critures collectives...).
&lt;br /&gt;Une revue pour &#234;tre plus fort.es et plus habiles faces aux oppressions,
mais que nous voulons aussi belle et pour nous faire plaisir !&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;SOMMAIRE &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;TIMULT&lt;/i&gt; N&#176;2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;INSTANTAN&#201; --- p.3
&lt;br /&gt;Transgression et ill&#233;galit&#233;
&lt;br /&gt;(4 textes r&#233;alis&#233;s en atelier d'&#233;criture)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;FRAGMENTS ET RACONTARS --- p.10
&lt;br /&gt;Il y a un cauchemar dans mon placard
&lt;br /&gt;(R&#233;cit d'une politisation dans le sillage de la r&#233;pression, au temps des
contre-sommets)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;STRAT&#201;GIES --- p.26
&lt;br /&gt;La Mentalit&#233; du mangeur de viande
&lt;br /&gt;(Exploration autour des id&#233;ologies dominantes et des r&#233;flexes identitaires
dans les postures militantes)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;MON CORPS EST UN CHAMP DE BATAILLE --- p.30
&lt;br /&gt;Vagins de famille
&lt;br /&gt;(autour du corps et de la sexualit&#233;, coup de projecteur sur des r&#233;alit&#233;s
soigneusement camoufl&#233;es)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;COURRIERS --- p.34
&lt;br /&gt;(de nombreuses r&#233;action &#224; la publication du N&#176;1 de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Timult&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;NOTES DE LECTURES ET AUTRES BREVES
&lt;br /&gt;Femmes kurdes dans la lutte arm&#233;e --- p.38
&lt;br /&gt;Des &#233;missions radio qui valent le coup --- p.42&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Revue diffus&#233;e &#224; prix libre partout et au prix de 3 &#8364; en librairie.
&lt;br /&gt;Ch&#232;que &#224; l'ordre de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;TIMULT&lt;/i&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;TIMULT&lt;/i&gt;, 15 rue Jacquet, 38100 Grenoble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Sur l'int&#233;r&#234;t des manifs sauvages</title>
		<link>http://infokiosques.net/spip.php?article778</link>
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		<dc:date>2010-02-25T12:03:28Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>anonymes</dc:creator>


		<dc:subject>Guides pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Antiracisme, immigrations</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (Partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A partir de quelques exemples de &quot;balades&quot; parisiennes contre la machine &#224; expulser (entre d&#233;cembre 2009 et f&#233;vrier 2010), une petite description de comment peuvent se passer des manifestations sauvages est donn&#233;e :
&lt;br /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le principe est de faire tourner de bouches &#224; oreilles (c'est-&#224;-dire en &#233;vitant les moyens de flicage moderne que sont internet et le t&#233;l&#233;phone portable) un lieu et une heure pour partir se balader. S'en suit pendant une heure ou deux une d&#233;ambulation de plusieurs dizaines de personnes dans les quartiers populaires : banderole, occupation de la chauss&#233;e, m&#233;gaphone, slogans, diffusion massive de tracts et discussions avec les voisins et les passants, collage massif d'affiches, nombreux tags venant red&#233;corer les murs...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Reprenons la rue !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Antiracisme, immigrations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (Partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;IMG/arton778.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;342&quot; onmouseover=&quot;this.src='IMG/artoff778.jpg'&quot; onmouseout=&quot;this.src='http://infokiosques.net/IMG/arton778.jpg'&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis quelques temps s'organisent des petites manifestations &#8220;sauvages&#8221; contre la machine &#224; expulser et en solidarit&#233; avec les inculp&#233;s de la r&#233;volte de Vincennes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le principe est de faire tourner de &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;bouches &#224; oreilles&lt;/strong&gt; (c'est-&#224;-dire en &#233;vitant les moyens de flicage moderne que sont internet et le t&#233;l&#233;phone portable) un lieu et une heure pour partir se balader. S'en suit pendant une heure ou deux une d&#233;ambulation de plusieurs dizaines de personnes dans les quartiers populaires : banderole, occupation de la chauss&#233;e, m&#233;gaphone, slogans, diffusion massive de tracts et discussions avec les voisins et les passants, collage massif d'affiches, nombreux tags venant red&#233;corer les murs...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut rapidement s'apercevoir que d'&#234;tre m&#234;me une petite vingtaine seulement donne une force non n&#233;gligeable. La flicaille, m&#234;me si elle comprend plus ou moins rapidement ce qui se passe, a de grandes difficult&#233;s &#224; intervenir du fait qu'elle ne peut souvent pas mettre en place le dispositif ad&#233;quat rapidement. La d&#233;termination des manifestants ne l'aide pas non plus. A l'oppos&#233;, quand on voit les dispositifs qu'elle est pr&#234;te &#224; d&#233;ployer lors de manifestations annonc&#233;es publiquement &#8212; autoris&#233;es ou non &#8212;, on peut se dire que le mode d'action &#8220;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;balade offensive&lt;/strong&gt;&#8221; est peut-&#234;tre int&#233;ressant &#224; reproduire et &#224; se r&#233;approprier en toutes occasions...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Reprenons la rue !&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* * * * * * * * * * * * * * * * *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Balade &#224; Belleville contre les expulsions et les enfermements&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Samedi 12 d&#233;cembre 2008, par un froid apr&#232;s-midi, nous nous sommes retrouv&#233;s autour de la banderole &#171; Libert&#233; pour tous avec ou sans papiers &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; une trentaine, nous avons coll&#233;, diffus&#233; et taggu&#233; dans les rues autour de Belleville, Couronnes et M&#233;nilmontant : des tracts et des affiches contre la machine &#224; expulser et en solidarit&#233; avec les inculp&#233;s de l'incendie de Vincennes (par exemple le texte &#171; Br&#251;lons les fronti&#232;res &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelques tags ont &#233;t&#233; laiss&#233;s sur les murs ou les vitrines des banques : &#171; Balance des sans-papiers &#187;. L'air s'est r&#233;chauff&#233; aux cris de &#171; Pierre par pierre, mur par mur, d&#233;truisons les fronti&#232;res et les prisons &#187;, &#171; Libert&#233; pour tous avec ou sans papiers &#187;, &#171; Feu, feu, feu aux centres de r&#233;tention &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au plaisir de se retrouver dans la rue&#8230;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* * * * * * * * * * * * * * * * *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Paris : Barb&#232;s-Goutte d'Or, balade contre la machine &#224; expulser et toutes les prisons&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous saluons l'initiative de la mairie du 18e qui &#224; l'occasion des f&#234;tes de No&#235;l a d&#233;laiss&#233; les d&#233;corations criardes pour des inscriptions au contenu chaleureux sur les banques (BNP boulevard Barb&#232;s et La Poste de la Goutte d'Or) et autres b&#226;timents comme &#171; Feu &#224; toutes les prisons &#187;, &#171; La Poste balance les sans-papiers &#187;, &#171; La BNP balance les sans-papiers aux keufs &#187;, &#171; Les flics sont des porcs &#187;, &#171; Guerre immobili&#232;re = guerre aux pauvres &#187; sur les murs d'un marchand de biens, &#171; Flics porcs assassins &#187; sur l'&#233;cole en face du commissariat de la Goutte d'Or et une vingtaine d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; l'occasion de cette ballade nous avons coll&#233; les affiches &#171; Pour des cendres de r&#233;tention &#187;, &#171; Solidarit&#233; avec les inculp&#233;s de Vincennes &#187;, &#171; Beau comme un centre de r&#233;tention qui flambe &#187;, etc. Nous avons cri&#233; les slogans &#171; Libert&#233; pour tous avec ou sans papier &#187;, &#171; Feu feu feu aux centres de r&#233;tention &#187;, &#171; Pierre par pierre nous d&#233;truirons toutes les prisons &#187;, &#171; Flics porcs assassins &#187;, slogans repris &#224; de nombreuses reprises par les passants. Des tracts comme &#171; Br&#251;lons les fronti&#232;res &#187;, &#171; Pourquoi nous sommes contre toutes les prisons &#187; et &#171; La grande loterie des camps &#187; ont &#233;t&#233; distribu&#233; par milliers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s Belleville et Barb&#232;s parions que l'initiative sera reprise dans d'autres quartiers et d'autres villes !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* * * * * * * * * * * * * * * * *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Montreuil 9 janvier : balade en solidarit&#233; avec les inculp&#233;s de Vincennes et contre toutes les prisons&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Malgr&#233; la d&#233;fection des masses montreuilloises (il faisait froid) une petite vingtaine de personnes ont red&#233;cor&#233; le m&#233;tro, les rues et les banques de Montreuil avec des centaines d'affiches et des dizaines de tags pendant deux heures samedi 9 janvier 2010. Cette balade s'inscrit comme les pr&#233;c&#233;dentes &#224; Barb&#232;s et Belleville dans le cadre des nombreuses actions de solidarit&#233; avec les inculp&#233;s de Vincennes et contre la machine &#224; expulser et l'enfermement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De fait &#224; une vingtaine nous pouvons reprendre la rue quelques heures et assumer collectivement diff&#233;rents modes d'action qu'il serait plus difficile d'avoir tout seul.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Prochaine balade le &#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelques tags : &#171; La BNP balance les sans-papiers &#187;, &#171; Feu au capital ! &#187;, &#171; Feu &#224; toutes les prisons ! &#187;, &#171; La CGT expulse les sans-papiers de la Bourse du travail - on n'oublie rien &#187;, &#171; 100 papiers 1000 feux ! &#187;, &#171; Non aux expulsions ! &#187;, &#171; Avec ou sans papier libert&#233; pour tous ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* * * * * * * * * * * * * * * * *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Paris, 22 janvier 2010 : Balade du vendredi, en solidarit&#233; avec les inculp&#233;s du centre de r&#233;tention de Vincennes&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224; vite fait :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'apr&#232;s-midi, pr&#232;s d'une quarantaine de personnes se sont retrouv&#233;es derri&#232;re une banderole &#171; Fermeture des centres de r&#233;tention &#187;, sans qu'aucun appel public n'ait &#233;t&#233; lanc&#233;, dans le 13e arrondissement de Paris, pour une petite balade offensive&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pendant environ une heure, la balade a travers&#233; plusieurs rues du 13e, criant joyeusement des slogans hostiles aux centres de r&#233;tention et &#224; l'enfermement en g&#233;n&#233;ral, affirmant la libert&#233; pour tous, avec ou sans papiers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des dizaines d'affiches appelant &#224; la solidarit&#233; avec les inculp&#233;s du centre de r&#233;tention de Vincennes ont &#233;t&#233; coll&#233;es, de nombreux tags ont &#233;t&#233; faits &#224; la bombe de peinture et au marqueur, sur les m&#234;mes th&#233;matiques (solidarit&#233; avec les sans-papiers, contre les centres de r&#233;tention et toutes les prisons, etc.).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au bout d'un moment, la flicaille a commenc&#233; &#224; rappliquer, une, puis deux, puis trois voitures, &#231;a commen&#231;ait &#224; devenir de moins en moins simple de continuer, la balade a donc travers&#233; l'universit&#233; de Tolbiac / Paris I pour ressortir de l'autre c&#244;t&#233; et finir par se disperser dans le m&#233;tro, apr&#232;s avoir travers&#233; une galerie commerciale en continuant de crier des slogans (effet garanti).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aucun contr&#244;le d'identit&#233;, aucune interpellation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout cela s'est d&#233;roul&#233; bien s&#251;r dans le cadre de la semaine de solidarit&#233; avec les sans-papiers qui passent en proc&#232;s les 25, 26 et 27 janvier 2010 au TGI de Paris (m&#233;tro Cit&#233;)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* * * * * * * * * * * * * * * * *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une balade &#224; Paris contre la machine &#224; expulser et ses acteurs&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce samedi 6 f&#233;vrier une trentaine de personnes se sont rassembl&#233;es derri&#232;re la belle banderole &#171; Sabotons la machine &#224; expulser ! Libert&#233; pour tous &#187; et ont anim&#233; les rues des quartiers La Chapelle, Gare de l'Est, Magenta et Ch&#226;teau d'Eau en criant &#171; Avec ou sans papier, libert&#233; pour tous &#187;, &#171; Dans les transports, dans les quartiers, arr&#234;ts des rafles et des expulsions &#187;, &#171; Pierre par pierre, mur par mur, d&#233;truisons les centres de r&#233;tention (et toutes les prisons !) &#187;, etc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De nombreux tags et pochoirs ont &#233;t&#233; pos&#233; sur les vitrines et les murs des nombreuses entreprises qui s'enrichissent en toute tranquillit&#233; de par leur participation &#224; la machine &#224; expulser : Bouygues, La Poste, la BNP, Carlson Wagonlit, Ibis, etc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une jolie affiche reprenant le verso du tract corrig&#233; a &#233;t&#233; coll&#233; tout le long du parcours et ce m&#234;me tract a &#233;t&#233; distribu&#233; par centaines aux passants et commer&#231;ants que nous croisions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le parcours de cette balade avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; en vue de rendre visite &#224; ces entreprises qui se distinguent par leur effort bien r&#233;mun&#233;r&#233; dans la r&#233;tention, l'enfermement et l'expulsion des sans-papiers. Toute une logistique dont l'&#201;tat ne peut se passer et qu'il sous-traite &#224; ces bo&#238;tes pour leur plus grand bien. C'&#233;tait sensiblement le m&#234;me parcours que celui pr&#233;vu pour la manifestation publique du 23 janvier dernier partant de R&#233;publique et qui avait &#233;t&#233; sabord&#233;e par une horde de civils press&#233;s de distribuer coups et insultes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui parce que le rendez-vous n'&#233;tait pas public il n'y avait pas de dispositif policier sur notre chemin et les quelques agents que nous avons crois&#233; n'ont pas pris la peine d'intervenir pour nous emp&#234;cher de continuer notre balade. L'ambiance &#233;tait somme toute bonne enfant. Nous avons donc fini par une rapide visite &#224; la boutique de la Croix Rouge de la rue Albert-Thomas proche de la place de la R&#233;publique dont les employ&#233;s avaient fait preuve d'un z&#232;le &#8212; r&#233;publicain ! &#8212; en distribuant des coups et en insistant aupr&#232;s de la police pour porter plainte et t&#233;moigner contre cet abominable collage d'affiche sur leur vitrine le 23 janvier dernier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce 6 f&#233;vrier nous les avons donc gratifi&#233; des tags : &#171; Collabos ! &#187;, &#171; Non aux rafles ! &#187; et &#171; La Croix Rouge g&#232;re les camps en Italie &#187; et de quelques affiches. Puis nous sommes repartis tranquillement ensemble discuter des suites &#224; donner &#224; cette balade.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette forme d'action a l'avantage de ne pas trop exposer ses participants &#224; la r&#233;pression, d'&#234;tre assez souple pour laisser place &#224; quelques improvisations et de porter bruyamment un discours clair sur la politique de &#171; gestion des flux migratoires &#187; en reprenant momentan&#233;ment la rue. Il y en aura donc d'autres !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rappelons que le proc&#232;s des inculp&#233;s de la r&#233;volte de Vincennes continue au TGI de Paris &#224; Cit&#233; les lundi mardi et mercredi des deux prochaines semaines.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; Relaxe des inculp&#233;s de la r&#233;volte de Vincennes !
&lt;br /&gt;Destruction des centres de r&#233;tention !
&lt;br /&gt;Libert&#233; de circulation et d'installation !
&lt;br /&gt;&#192; bas toutes les fronti&#232;res !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item>
		<title>Bruxelles : Agenda du local Acrata, mars 2010</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lokaal Acrata</dc:creator>



		<description>Voici l'agenda du local Acrata de mars 2010. Vous pouvez vous inscrire sur la mailing-list en envoyant votre adresse mail &#224; acrata at post.com. &lt;br /&gt;DISCUSSION &lt;br /&gt;Jeudi 4 mars &#224; 19h &lt;br /&gt;A propos des r&#233;centes agitations et de la tension sociale dans les quartiers bruxellois &lt;br /&gt;Ces derniers mois, la tension s'est bel et bien montr&#233;e dans plusieurs quartiers bruxellois. Avec en arri&#232;re-plan des conditions de vie de plus en plus dures, pleins d'affrontements ont eu lieu lors de contr&#244;les en (...)


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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;ailleurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voici l'agenda du local Acrata de mars 2010. Vous pouvez vous inscrire sur la mailing-list en envoyant votre adresse mail &#224; &lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/acrata at post.com&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;acrata at post.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;DISCUSSION
&lt;br /&gt;Jeudi 4 mars &#224; 19h
&lt;br /&gt;A propos des r&#233;centes agitations et de la tension sociale dans les quartiers bruxellois&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ces derniers mois, la tension s'est bel et bien montr&#233;e dans plusieurs quartiers bruxellois. Avec en arri&#232;re-plan des conditions de vie de plus en plus dures, pleins d'affrontements ont eu lieu lors de contr&#244;les en tout genre. Le commissariat de Cureghem (Anderlecht) a &#233;t&#233; cram&#233; en signe de protestation contre la torture de prisonniers &#224; Forest et pas mal de verre a &#233;t&#233; cass&#233; suite &#224; l'assassinat d'un braqueur fugitif par des policiers &#224; Molenbeek. Par ailleurs, le nombre d'attaques &#224; main arm&#233; augmente et ce, d'une mani&#232;re qui s'oppose sans compromis aux d&#233;fenseurs des richesses de quelques uns (il y a eu plusieurs fusillades entre braqueurs et policiers). M&#234;me si nous n'en avons repris que quelques signes apparents, ils n'en restent pas moins des signes d'une tension sociale qui cro&#238;t. Et la police, avec sa tol&#233;rance z&#233;ro et ses rafles, se pr&#233;cipite pour asphyxier la possibilit&#233; que cette tension sociale aboutisse en une r&#233;volte sociale. Sans trop de pr&#233;tentions, nous aimerions discuter &#224; propos de cette situation et partir &#224; la recherche d'&#233;ventuelles perspectives.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;APERO
&lt;br /&gt;En soutien &#224; la publication 'Hors Service'
&lt;br /&gt;Samedi 6 mars &#224; partir de 17h&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&#171; Hors Service &#187; est une feuille d'agitation dont le premier num&#233;ro vient tout juste de sortir. Elle devrait para&#238;tre environ toutes les deux semaines, histoire de rester dans le feu de l'action sans trop devoir se tenir aux r&#232;gles courantes du jeu. A travers les textes, nous abordons la tension sociale que nous exp&#233;rimentons chaque jour autour de nous et nous voulons lier les id&#233;es et les actes que cette soci&#233;t&#233; essaye d'isoler et de supprimer. Tout cela partant d'un go&#251;t pour la libert&#233;. Le premier num&#233;ro contient par exemple un article &#224; propos du nouveau centre ferm&#233; &#224; Steenokkerzeel, un autre &#224; propos de Varga - retrouv&#233; mort dans sa cellule apr&#232;s une tentative d'&#233;vasion &#233;chou&#233;e - ou encore un &#224; propos de la pollution et du faux discours qui l'entoure... Ajoutez &#224; cela quelques br&#232;ves et autres nouvelles et vous aurez une id&#233;e de ce qu'est &#171; hors service &#187;. Pour une meilleure prise de connaissance avec cette nouvelle publication, nous vous renvoyons avec plaisir vers les premiers num&#233;ros, ou vous attendons samedi 6 mars &#224; partir de 17h au local.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;PROJECTION
&lt;br /&gt;Dief !
&lt;br /&gt;Jeudi 11 mars &#224; 20h&lt;/strong&gt;
Ce film est bas&#233; sur l'autobiographie &#8220;De Helft van de Tijd&#8221; de Frans Van Reeth qui, dans les ann&#233;es 70, &#233;tait devenu tr&#232;s connu suite &#224; quelques ing&#233;nieux cambriolages et &#224; d'audacieuces &#233;vasions. Frans Van Reeth &#233;tait un de ces hommes qui, m&#234;me face &#224; la menace de la prison, savait garder la t&#234;te haute et pr&#233;server sa dignit&#233;. Le film raconte l'histoire de cet hors-la-loi qui avait fait le choix de vivre sur la lame du rasoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;SOUTIEN FINANCIER&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Le local Acrata a malheureusement quelques co&#251;ts mensuels ou annuels fixes &#224; payer. Des contributions qui peuvent apaiser les soucis financiers sont donc les bienvenues ! Merci de les verser au num&#233;ro de compte 001-5481078-72 ou directement dans la &#171; caisse &#187; du local.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;LOCAL ACRATA&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;32 rue de la Grande Ile
&lt;br /&gt;1000 Bruxelles&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Contre l'Unit&#233;</title>
		<link>http://infokiosques.net/spip.php?article774</link>
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		<dc:date>2010-02-22T19:46:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Th&#233;ories de l'auto-organisation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratisme, citoyennisme</dc:subject>
		<dc:subject>Ravage &#201;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>Dans ce modeste recueil, on pourra trouver quelques textes, presque toujours li&#233;s &#224; des situations et &#224; des contextes particuliers, cependant, si nous les avons r&#233;unis ici c'est qu'ils participent tous plus g&#233;n&#233;ralement d'une m&#234;me coh&#233;rence antipolitique. &quot;Antipoliquoi ?...&quot; s'exclameront certains. Une nouvelle th&#233;orie &#224; la mode chez les anarchistes de salon ? L'antipolitique, peu importe le nom qu'on lui donne (il n'aura de toute mani&#232;re aucune n&#233;cessit&#233;), est une tendance r&#233;elle au sein du mouvement anarchiste international parmi ceux qui luttent et qui font quotidiennement le choix de ne pas sombrer dans les m&#233;andres militaris&#233;s de la strat&#233;gie et de sa tactique au nom desquelles tant ont retourn&#233; leurs vestes, prouvant &#224; ceux qui ne voulaient pas y croire &#224; quel point &#233;thique, id&#233;es, d&#233;sirs, individu et r&#234;ves pouvaient &#234;tre brad&#233;s sur l'autel de la reconnaissance, de la repr&#233;sentation et de la m&#233;diation.

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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Th&#233;ories de l'auto-organisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;D&#233;mocratisme, citoyennisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Ravage &#201;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;IMG/arton774.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;424&quot; onmouseover=&quot;this.src='IMG/artoff774.jpg'&quot; onmouseout=&quot;this.src='http://infokiosques.net/IMG/arton774.jpg'&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;SOMMAIRE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;- La peur du conflit
&lt;br /&gt;- La Complicit&#233;, pas la dette
&lt;br /&gt;- En qu&#234;te d'alli&#233;-es ?
&lt;br /&gt;- Lettre ouverte aux camarades fran&#231;ais &#224; propos des arrestations de Tarnac et pas seulement
&lt;br /&gt;- Lettre ouverte &#224; quelques anarchistes italiens
&lt;br /&gt;- Face &#224; toi &lt;br /&gt;- Toucher au c&#339;ur
&lt;br /&gt;- A propos des manipulations et tergiversations autour de notre compagnon Mauri
&lt;br /&gt;- L'Anarchisme contre l'antifascisme&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Introduction&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ce modeste recueil, on pourra trouver quelques textes, presque toujours li&#233;s &#224; des situations et &#224; des contextes particuliers, cependant, si nous les avons r&#233;unis ici c'est qu'ils participent tous plus g&#233;n&#233;ralement d'une m&#234;me coh&#233;rence antipolitique. Antipoliquoi ?... S'exclameront certains. Une nouvelle th&#233;orie &#224; la mode chez les anarchistes de salon ? &lt;br /&gt;L'antipolitique, peu importe le nom qu'on lui donne (il n'aura de toute mani&#232;re aucune n&#233;cessit&#233;), est une tendance r&#233;elle au sein du mouvement anarchiste international parmi ceux qui luttent et qui font quotidiennement le choix de ne pas sombrer dans les m&#233;andres militaris&#233;s de la strat&#233;gie et de sa tactique au nom desquelles tant ont retourn&#233; leurs vestes, prouvant &#224; ceux qui ne voulaient pas y croire &#224; quel point &#233;thique, id&#233;es, d&#233;sirs, individu et r&#234;ves pouvaient &#234;tre brad&#233;s sur l'autel de la reconnaissance, de la repr&#233;sentation et de la m&#233;diation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment le calcul politicien et sa mythologie unitaire sont capables de transformer des camarades et des compagnon/es en v&#233;ritables chefs de guerres, avec leurs troupes &#224; placer sur un &#233;chiquier, avec leurs alliances naus&#233;euses. Comment ils r&#233;ussissent &#224; nous faire conclure des alliances avec ceux sur qui nous crachons en temps normal, qu'il s'agisse de la gauche r&#233;publicaine et citoyenniste comme de la gauche r&#233;volutionnaire et les divers avatars du l&#233;ninisme. De l'union sacr&#233;e de 1914 &#224; la guerre civile en Espagne et la participation au gouvernement anti-fasciste des chefs de la CNT jusqu'au 21 avril 2002 et son front r&#233;publicain contre Le Pen, de l'affaire Tarnac et ses &#233;tats d'exception aux collusions entre organisations formelles dites &#171; anarchistes &#187; et organisations et partis r&#233;formistes, des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales du CPE dans lesquelles &#233;taient convi&#233;s gr&#233;vistes, non-gr&#233;vistes, jaunes aux diverses tentatives de r&#233;cup&#233;rer les id&#233;es de compagnons frapp&#233;s par la r&#233;pression &#224; des fins id&#233;ologiques qui ne sont pas les leurs etc. la liste est longue et ne semble pas vouloir se refr&#233;ner.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien que selon nous, faire de la tactique am&#232;ne forcement son lot d'erreurs tactiques, dans cette brochure il ne s'agit pas de critiquer les erreurs tactiques de tel ou tel, mais la tactique en tant que telle lorsqu'elle est &#233;rig&#233;e en totem pour lequel chacun doit sacrifier les id&#233;es qu'il porte et qui le porte dans une juste harmonie qu'il devient si commode de violer.
&lt;br /&gt;&#171; La fin justifie les moyens &#187;, &#171; tout les moyens sont bons &#187;&#8230; pour sortir nos camarades de taule, pour faire barrage au fascisme, contre la guerre, pour &#233;largir le faisceau de sympathisants, pour conscientiser les masses, faire connaitre nos id&#233;es etc. La ritournelle est connue et reconnue. Mais de la belle &#233;poque &#224; nos jours, des anarchistes ont combattu le mythe de l'unit&#233;, quitte &#224; le payer cher. Il ne tient qu'&#224; nous de ne plus c&#233;der. &lt;br /&gt;Nous pr&#233;f&#233;rons perdre en gardant nos id&#233;es que de gagner en devenant autoritaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je ne veux pas troquer une part de maintenant pour une part fictive de demain, je ne veux rien c&#233;der du pr&#233;sent pour le vent de l'avenir. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;Albert Libertad.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La Peur du conflit&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vraiment, ce n'est pas un probl&#232;me lorsque vous vous raidissez contre moi et affirmez vos distinctions et particularit&#233;s : vous ne devez pas abandonner ou renoncer &#224; vous-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;
&lt;br /&gt;Max Stirner&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Chaque fois que plusieurs anarchistes se r&#233;unissent, il y a des d&#233;bats, des querelles. Ce n'est pas une surprise, puisque le mot &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;anarchiste&lt;/i&gt; &#187; est utilis&#233; pour d&#233;crire un large &#233;ventail d'id&#233;es et de pratiques souvent contradictoires. Le seul d&#233;nominateur commun est le d&#233;sir de se d&#233;barrasser de l'autorit&#233;, et les anarchistes ne sont m&#234;me pas toujours d'accord sur ce qu'est l'autorit&#233;, sans parler de la question des m&#233;thodes appropri&#233;es pour l'&#233;liminer. Ces questions en appellent encore beaucoup d'autres, les pol&#233;miques sont donc in&#233;vitables.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les pol&#233;miques ne me d&#233;rangent pas. Ce qui me d&#233;range est la focalisation &#224; toujours essayer de parvenir &#224; un accord. Il est assum&#233; que &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;parce que nous sommes tous des anarchistes&lt;/i&gt; &#187;, nous devons tous vraiment vouloir la m&#234;me chose ; nos conflits apparents doivent simplement &#234;tre des malentendus que nous pouvons dissiper, en trouvant un terrain commun. Quand quelqu'un refuse de parler des choses et insiste &#224; maintenir ses diff&#233;rences, on le taxe de dogmatisme. Cette insistance &#224; d&#233;couvrir un terrain d'entente est l'une des sources les plus significatives du dialogue infini qui prend si fr&#233;quemment lieu et place de la lutte pour cr&#233;er nos vies en nos propres termes. Cette tentative de trouver un terrain d'entente implique le d&#233;nigrement de conflits pourtant tr&#232;s r&#233;els.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une strat&#233;gie fr&#233;quemment utilis&#233;e pour d&#233;nigrer le conflit est de pr&#233;tendre qu'un d&#233;bat est simplement un d&#233;saccord sur des mots et leurs significations. Comme si les mots que l'on utilise et la fa&#231;on dont on les utilise n'ont aucun rapport avec nos id&#233;es, r&#234;ves et d&#233;sirs. Je suis convaincu qu'il y a tr&#232;s peu de d&#233;bats simplement bas&#233;s sur des mots et leurs significations. Ceux-ci peuvent &#234;tre facilement r&#233;solus si les individus impliqu&#233;s expliquaient clairement et pr&#233;cis&#233;ment ce qu'ils voulaient dire. Quand les individus ne peuvent pas en venir &#224; un accord sur les mots &#224; utiliser et comment les utiliser, cela indique que leurs r&#234;ves, d&#233;sirs et leurs fa&#231;ons de penser sont si diff&#233;rents que m&#234;me dans une langue simplifi&#233;e, ils ne peuvent pas trouver un langage commun. La tentative de r&#233;duire un ab&#238;me si immense &#224; la simple s&#233;mantique est une tentative de nier un conflit tr&#232;s r&#233;el et la singularit&#233; des individus impliqu&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le d&#233;nigrement du conflit et de la singularit&#233; des individus peut refl&#233;ter un f&#233;tichisme de l'unit&#233; qui provient du gauchisme r&#233;siduel ou du collectivisme. L'unit&#233; a toujours &#233;t&#233; fortement estim&#233;e par la gauche. Vu que la plupart des anarchistes, malgr&#233; les tentatives de se s&#233;parer de la gauche, sont simplement des gauchistes anti-&#233;tatiques, ils sont convaincus que seul un front uni peut d&#233;truire cette soci&#233;t&#233; qui nous force perp&#233;tuellement &#224; des unit&#233;s non choisies et que nous devons, donc, surmonter nos diff&#233;rences et nous rejoindre pour soutenir la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cause commune&lt;/i&gt; &#187;. Mais lorsque nous nous donnons &#224; cette &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cause commune&lt;/i&gt; &#187;, nous sommes forc&#233;s d'accepter le plus petit d&#233;nominateur commun de compr&#233;hension. L'unit&#233; cr&#233;&#233; de cette fa&#231;on est une fausse unit&#233; qui prosp&#232;re seulement par la suppression des d&#233;sirs et des passions uniques des individus impliqu&#233;s, les transformant en une masse. Une telle unit&#233; n'est en rien diff&#233;rente de la formation de la main-d'&#339;uvre qui permet le fonctionnement de l'usine, ou de l'unit&#233; du consensus social qui garde les autorit&#233;s au pouvoir et les gens en ligne. L'unit&#233; de masse, parce qu'elle est bas&#233;e sur la r&#233;duction de l'individu &#224; une unit&#233; dans une g&#233;n&#233;ralit&#233;, ne peut jamais &#234;tre une base pour la destruction de l'autorit&#233;, mais seulement pour son assistance, dans une forme ou dans une autre. Puisque nous voulons d&#233;truire l'autorit&#233;, nous devons commencer sur des bases diff&#233;rentes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour moi, cette base est ma vie - ma vie avec toutes ses passions et ses r&#234;ves, ses d&#233;sirs, ses projets et ses rencontres. De cette base, je ne fais &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cause commune&lt;/i&gt; &#187; avec personne, mais je peux fr&#233;quemment rencontrer des individus avec qui j'ai une affinit&#233;. Il se peut que vos d&#233;sirs et passions, vos r&#234;ves et projets co&#239;ncident avec les miens. Accompagn&#233; d'une insistance &#224; les r&#233;aliser en opposition avec toute forme d'autorit&#233;, une telle affinit&#233; peut &#234;tre une base pour une unit&#233; v&#233;ritable entre des individus singuliers et insurg&#233;s, qui ne durera que tant que ces d&#233;sirs individuels perdureront.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certainement, le d&#233;sir de destruction de l'autorit&#233; et de la soci&#233;t&#233; peut nous pousser &#224; lutter pour une unit&#233; insurrectionnelle &#224; grande &#233;chelle, mais jamais comme un mouvement de masse ; au lieu de cela elle devrait &#234;tre la co&#239;ncidence des affinit&#233;s entre des individus qui souhaitent cr&#233;er leurs propres vies en leurs propres termes. Ce type d'insurrection ne peut pas &#233;merger de la r&#233;duction de nos id&#233;es &#224; un plus petit d&#233;nominateur commun avec lequel chacun peut se mettre artificiellement d'accord, mais seulement par la reconnaissance de la singularit&#233; de chaque individu. Mais cela doit-&#234;tre une reconnaissance qui embrasse les conflits r&#233;els qui existent entre les individus, aussi f&#233;roces soient-ils, comme des particules de l'&#233;tonnante richesse des interactions que le monde peut nous offrir une fois d&#233;barrass&#233; du syst&#232;me social qui nous a vol&#233; nos vies.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;center&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La Complicit&#233;, pas la dette&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;base pour une solidarit&#233; anarchiste&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aucun de nous ne doit rien &#224; personne. Cela devrait &#234;tre un principe directeur derri&#232;re toute pratique anarchiste. Tous les syst&#232;mes de pouvoir, toutes les hi&#233;rarchies et toutes les relations &#233;conomiques sont justifi&#233;s par l'id&#233;e que chacun d'entre nous, en tant qu'individu, doit son existence &#224; la collectivit&#233; qu'est cet ordre social. C'est une dette sans fin, une obligation &#233;ternelle qui ne peut jamais &#234;tre remplie, qui nous garde encha&#238;n&#233;s &#224; un cycle d'activit&#233; qui maintient cette soci&#233;t&#233;. En tant qu'anarchistes et qu'insurrectionnalistes, notre but est pr&#233;cis&#233;ment le complet renversement de ce cycle d'activit&#233;, des relations sociales qui gouvernent nos vies. Quelle meilleure occasion pour commencer, que le refus absolu du plus basique des principes &#233;conomiques et politiques : la dette.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Malheureusement, une grande partie de la lutte sociale en cours se base elle-m&#234;me sur des suppositions &#233;conomiques et/ou politiques, et particuli&#232;rement sur celle de la dette. Les gens parlent de r&#233;parations, de d&#233;dommagements, d'obtenir ce que l'on nous doit, ce qui est de droit. Cela s'entend m&#234;me dans la fa&#231;on dont nous parlons de lutte des classes quand l'id&#233;e &quot;de reprendre ce qui nous appartient&quot; est utilis&#233;e pour signifier que nous avons un droit parce que nous l'avons &#171; gagn&#233; &#187; - c'est-&#224;-dire, l'id&#233;e que &#171; le produit doit appartenir &#224; celui qui le produit &#187;. Cette fa&#231;on de concevoir la lutte des classes reste fermement implant&#233;e dans l'&#233;conomie, qu'il est dans notre int&#233;r&#234;t de d&#233;truire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La m&#233;thodologie &#233;conomique et politique de la lutte oppose le privil&#232;ge au droit. De cette mani&#232;re, il suppose que l'individu est d&#233;pendant d'un pouvoir sup&#233;rieur, le pouvoir qui accorde les droits et les privil&#232;ges (c'est-&#224;-dire, l'ordre social existant). En fait, les droits et les privil&#232;ges sont vraiment la m&#234;me chose : des libert&#233;s limit&#233;es qu'un pouvoir sup&#233;rieur accorde &#224; un individu en raison d'une certaine valeur inh&#233;rente ou gagn&#233;e que ce pouvoir reconna&#238;t en lui. Ainsi, l'opposition du droit et du privil&#232;ge est une fausse opposition. Elle n'est rien de plus qu'un d&#233;saccord sur la fa&#231;on dont le pouvoir devrait nous valoriser et un appel &#224; lui pour une reconnaissance de notre valeur. Une lutte pour des droits n'est rien de plus qu'une lutte pour se vendre &#224; un meilleur prix. Au maximum de sa radicalit&#233;, cela devient la tentative de vendre tout le monde au m&#234;me prix. Mais certains d'entre nous ne veulent pas &#234;tre vendus du tout.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'esp&#232;ce de &#171; solidarit&#233; &#187; que cette m&#233;thode de lutte induit est une relation de service bas&#233;e sur le concept de dette. Quand vous exigez que je renonce &#224; &#171; mon privil&#232;ge &#187;, vous n'&#234;tes pas juste en train de me demander de sacrifier quelque chose &#224; votre conception de la lutte. Plus significativement, vous supposez que je reconnais ce privil&#232;ge, me d&#233;finissant en des termes n&#233;cessaires pour le gagner, par concession.
&lt;br /&gt;Pour utiliser un exemple, disons que vous exigez que je renonce &#224; mon privil&#232;ge masculin. Il y a quelques suppositions dans cela : 1) que je me vois essentiellement comme masculin ; 2) que je poss&#232;de ce privil&#232;ge et peut ainsi en disposer comme je le souhaite ; et 3) que je vous le dois, c'est-&#224;-dire, que j'ai une dette envers vous en raison de ma masculinit&#233;. Mais ce n'est pas le cas, en fait, je ne me vois pas uniquement comme un homme, mais comme un individu unique, comme moi-m&#234;me. &lt;br /&gt;Vous pouvez r&#233;pondre avec justesse que cette soci&#233;t&#233; sexiste, n&#233;anmoins, me per&#231;oit effectivement uniquement comme un homme et m'accorde des privil&#232;ges sp&#233;cifiques qui vont &#224; votre d&#233;triment. Mais concr&#232;tement nous voyons que je ne poss&#232;de pas ce privil&#232;ge, pas plus que je ne poss&#232;de la masculinit&#233; qui m'est accord&#233;e. Tout cela m'est impos&#233; par l'ordre social. Le fait qu'ils puissent fonctionner &#224; mon avantage par rapport &#224; vous n'en font pas moins une imposition &#224; moi, &#224; mon individualit&#233;. En fait, cet avantage agit comme un dessous de table par lequel les dirigeants de cette soci&#233;t&#233; essayent de me persuader de ne pas m'unir avec vous contre lui. Mais ce dessous de table fonctionnera uniquement si je per&#231;ois l'avantage du privil&#232;ge masculin qui m'est accord&#233; par cette soci&#233;t&#233; comme &#233;tant de plus grande valeur pour moi que ma capacit&#233; &#224; d&#233;finir ma propre sexualit&#233;, et cr&#233;er mes propres relations avec d'autres de n'importe quel genre, et en mes propres termes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand je reconnais cette soci&#233;t&#233; comme mon ennemi, je reconnais tous les privil&#232;ges et les droits qu'elle accorde &#224; ses ennemis comme des impositions et des limitations qu'elle impose &#224; mon individualit&#233;. Puisque le privil&#232;ge masculin est quelque chose d'accord&#233; et donc, d&#233;fini et appartenant &#224; l'ordre social, m&#234;me si nous restons dans la structure &#233;conomique et politique de la lutte, ce n'est pas moi, mais cet ordre social qui a une dette envers vous. Mais comme nous l'avons vu, les concepts de &#171; privil&#232;ge &#187; et de &#171; droit &#187; d&#233;pendent de l'id&#233;e d'un distributeur l&#233;gitime qui se tient au-dessus de nous et d&#233;cide de ce que nous m&#233;ritons. L'ordre social est ce distributeur. Ainsi, il ne peut &#234;tre dit qu'il vous doit quoi que ce soit. Il distribue ce qu'il poss&#232;de en ses termes, et si vous n'&#234;tes pas d'accord avec ces termes, cela ne fait pas de vous son cr&#233;ancier, mais son ennemi. Et seulement en tant qu'ennemi de cet ordre social, pouvez-vous &#234;tre v&#233;ritablement l'ennemi du privil&#232;ge, mais alors, vous devenez aussi l'ennemi du &#171; droit &#187;. Tant que vous ne d&#233;cidez pas de r&#233;tablir le &#171; droit &#187; en faisant appel &#224; une autorit&#233; sup&#233;rieure, comme par exemple une meilleure &#171; soci&#233;t&#233; future &#187;, vous serez en position de pouvoir enfin commencer la lutte pour faire de votre vie votre propre vie. &#192; ce niveau de conflictualit&#233; totale &#224; l'ordre social existant, nous pouvons nous rencontrer et nous unir dans la vraie solidarit&#233;, bas&#233;e sur la mutualit&#233;, la r&#233;ciprocit&#233; et la complicit&#233;, unissant nos efforts pour renverser cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En fin de compte, toute forme de solidarit&#233; qui repose sur des bases politiques et &#233;conomiques &#8211; la dette, les droits et les devoirs, le sacrifice et le service &#8211; ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme de la solidarit&#233;, au sens anarchiste. D'une perspective &#233;conomique et politique, la &#171; libert&#233; &#187; est un terme quantitatif se r&#233;f&#233;ren&#231;ant simplement &#224; la baisse des restrictions. Cette vision est r&#233;sum&#233;e dans la d&#233;claration : &#171; votre libert&#233; s'arr&#234;te l&#224; o&#249; commence la mienne &#187;. Cette &#171; libert&#233; &#187; est celle des fronti&#232;res et des limites, de la contraction et du soup&#231;on - la &#171; libert&#233; &#187; sacr&#233;e de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Elle fait de chacun d'entre nous le maton de l'autre &#8211; une triste base pour la solidarit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais la conception anarchiste de la libert&#233; est quelque chose de qualitativement diff&#233;rent de la restriction. C'est notre capacit&#233;, celle des individus, &#224; cr&#233;er nos vies en nos propres termes dans la libre-association avec d'autres de notre choix. Quand nous concevons la libert&#233; de cette fa&#231;on, il y a le potentiel de se rencontrer d'une telle fa&#231;on que la libert&#233; de chacun d'entre nous s'&#233;tend quand elle rencontre la libert&#233; de l'autre. C'est la base de la mutualit&#233; ; notre vivre ensemble am&#233;liore chacun de nous. Mais dans le monde tel qu'il existe actuellement, il y en a beaucoup avec qui une relation de mutualit&#233; n'est pas possible. Ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir social et politique, ceux qui conservent la richesse comme leur propri&#233;t&#233; sacr&#233;e, ceux dont la t&#226;che sociale est de maintenir l'ordre de la domination et tous ceux qui passivement supportent cet ordre limitent ma libert&#233;, sapent ma capacit&#233; &#224; cr&#233;er ma propre vie en mes propres termes et de librement m'associer avec d'autres pour r&#233;aliser ce but. Les ma&#238;tres de ce monde et leurs chiens de garde imposent leurs termes &#224; ma vie, me for&#231;ant &#224; des associations pr&#233;d&#233;termin&#233;es. La seule relation possible avec eux et avec l'ordre social qu'ils soutiennent est l'inimiti&#233;, l'hostilit&#233; totale et permanente. Je d&#233;couvre la base pour la mutualit&#233; pr&#233;cis&#233;ment dans ceux qui sont les ennemis des dirigeants de ce monde et de leurs laquais, ceux qui s'efforcent de reprendre leurs vies et de les vivre selon leurs propres termes. Et c'est l&#224; que la mutualit&#233; - le principe que la libert&#233; des autres &#233;tend la mienne - devient la complicit&#233;. La complicit&#233; est la r&#233;union d'efforts dans le but d'&#233;tendre la capacit&#233; &#224; l'autod&#233;termination individuelle contre ce monde de domination.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est la reconnaissance active que la r&#233;bellion sp&#233;cifique d'autres &#233;tend ma propre libert&#233;, qui me permet de trouver des fa&#231;ons d'agir ensemble avec ces autres contre les forces de domination et le contr&#244;le social. Il n'est pas n&#233;cessaire de conna&#238;tre personnellement ces autres, ils peuvent tr&#232;s bien porter leurs luttes une moiti&#233; de globe plus loin. Il est seulement n&#233;cessaire de reconna&#238;tre notre propre lutte dans la leur et d'avoir une action appropri&#233;e l&#224; ou nous sommes. Ni par charit&#233;, ni par sens du devoir, mais pour nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous ne nous devons rien, pour ce que je semble vous devoir, Je dois surtout &#224; moi-m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;En qu&#234;te d'alli&#233;-es ?&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que ce soit suite &#224; l'affaire autour du groupe marxiste-l&#233;niniste
&#8220;secours rouge&#8221; [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-1&quot; name=&quot;nh6-1&quot; id=&quot;nh6-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Fin juin 2008, une perquisition internationale a lieu aux domiciles de (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] ou dans le cas du comit&#233; de soutien aux &#8220;9 de
Tarnac&#8221;, nous avons vu des &#233;lans de solidarit&#233; se confondre avec
des collaborations pour le moins douteuses.
&lt;br /&gt;Que des gauchistes indign&#233;s - toujours pr&#234;ts &#224; r&#233;clamer un meilleur
fonctionnement de l'Etat, sans jamais remettre en cause ses
structures - sautent sur le nouvel os &#224; moelle qui pourra les aider
&#224; placer leurs pions sur l'&#233;chiquier politique ou qui occupera leurs
dimanche apr&#232;s-midi, c'est une chose. Mais que des camarades,
des compagnons ou des amis s'enlisent aussi dans des discours
vaseux au point de ne plus voir ce qu'ils pourraient faire d'autre et
d'oublier qu'ils ont aussi des id&#233;es &#224; avancer, &#231;a, &#231;a fait mal.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Au secours&#8230; des rouges&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#8220;Si les &#233;pigones des forces autoritaires qui ont
&#233;touff&#233; tant d'&#233;lans subversifs sont, en tant que
nombre et projet, mal en point, pourquoi les aider
&#224; sortir de leur d&#233;sastre ? Pourquoi s'attarder
parmi les momies alors que le vent souffle fort ?
Eux, font des calculs politiques, nous pas.&#8221;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;anonyme, dans &#8220;A l'air libre&#8221;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien que semblables dans leurs dynamiques, ces deux
mani&#232;res de rallier des gens autour d'une certaine
&#8220;solidarit&#233;&#8221; diff&#232;rent quelque peu dans leurs discours.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour le secours rouge, rien ne change : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons un
ennemi de classe commun &#224; affronter et nous r&#232;glerons nos diff&#233;rents
politiques plus tard&lt;/i&gt;&#8221;. Tant pis s'il faut faire le grand &#233;cart pour
accepter la d&#233;fense de certaines associations citoyennes
retirant les id&#233;es r&#233;volutionnaires des inculp&#233;s pour en
faire de simples victimes du d&#233;ni du droit &#224; l'expression.
Tant mieux si quelques anti-autoritaires se joignent &#224; eux.
Tant que &#231;a sert la Cause, tout est bon dans le cochon.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rien de bien neuf donc, on ne change pas une &#233;quipe
qui perd. C'est d&#233;j&#224; comme &#231;a que le parti communiste
r&#233;volutionnaire et son komintern avaient justifi&#233; le retour
&#224; un discours &#8220;classe contre classe&#8221; dans les ann&#233;es '30.
Discours qui trouve sa forme la plus claire dans le texte
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Appel aux fascistes&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-2&quot; name=&quot;nh6-2&quot; id=&quot;nh6-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Appel aux fascistes, P. Togliatti, &#233;d. Nautilus' &gt;2&lt;/a&gt;]. Ce texte, &#233;crit en 1936 par Togliatti,
tend explicitement la main aux &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;camarades fascistes&lt;/i&gt;&#8221; qui
ont eux aussi comme ennemi les &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;requins capitalistes&lt;/i&gt;&#8221;. Par
moment cela donne ce genre de chose : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les communistes
adoptent le programme fasciste de 1919 (ndlr : &#233;dict&#233; par
Mussolini) qui est un programme de libert&#233;. (&#8230;) Travailleur
fasciste, nous te donnons la main car nous voulons construire avec
toi l'Italie du travail et de la paix, nous te donnons la main car
nous sommes, comme toi, des fils du peuple, nous sommes tes fr&#232;res,
nous avons les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts et les m&#234;mes ennemis&lt;/i&gt;&#8221;.
&lt;br /&gt;Voil&#224;, ce que l'id&#233;e de &#8220;l'alliance objective&#8221; peut parvenir &#224;
faire quand on ne prend qu'un crit&#232;re pour lutter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour ce qui est de la postposition de la r&#233;solution des
conflits politiques, merci, mais les exemples de la guerre
d'Espagne de 1936, de Cronstadt ou de la Makhnovstchina
nous ont d&#233;j&#224; enseign&#233; &#224; refuser ce genre d'alliance. Et puis,
plus simplement, peut-on lutter ou apporter son soutien &#224;
des gens qui veulent instaurer un r&#233;gime qui ne peut &#234;tre
que totalitaire de par les structures qu'ils proposent (parti
r&#233;volutionnaire, politburo, pr&#233;pond&#233;rance du travail,&#8230;) ? Un r&#233;gime qui gardera des prisons ou des &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;camps de
r&#233;&#233;ducation&lt;/i&gt;&#8221; &#8211;selon le jargon- pour les d&#233;viants et autres
incontr&#244;l&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais alors, comment des camarades aux id&#233;es anti-autoritaires
ou luttant pour l'auto-organisation peuvent-ils
se joindre aux diff&#233;rentes manifestations de soutien
(rassemblements, soir&#233;es-concerts, &#233;missions radio,&#8230;) au
secours rouge ? La r&#233;ponse est probablement &#224; trouver
partiellement dans des vieux restes d'un &#224;-priori d'unit&#233;
ou de proximit&#233; entre &#8220;r&#233;volutionnaires&#8221;, dans une vieille
image du front populaire s'affrontant &#224; la droite fasciste et
r&#233;actionnaire. Et pourtant, tout a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit cent fois et
beaucoup mieux que par moi : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'unit&#233; anti-fasciste n'a &#233;t&#233; que
la soumission &#224; la bourgeoisie&#8230; Pour battre Franco, il fallait battre
Companys et Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait &#233;craser
la bourgeoisie et ses alli&#233;s staliniens et socialistes. Il fallait d&#233;truire
de fond en comble l'Etat capitaliste(&#8230;) L'apolitisme anarchiste a
&#233;chou&#233;&lt;/i&gt;&#8221; (los amigos de Durruti, 1937)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le comit&#233; tr&#232;s visible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Du c&#244;t&#233; des comit&#233;s de soutien [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-3&quot; name=&quot;nh6-3&quot; id=&quot;nh6-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Etant donn&#233; la multiplicit&#233; de ces comit&#233;s, nous n&amp;#39;oublions pas (...)' &gt;3&lt;/a&gt;], c'est une logique assez
similaire, mais, en apparence en tout cas, moins marqu&#233;e
id&#233;ologiquement. &#201;tant donn&#233; la largeur et les diff&#233;rences
flagrantes entre les personnes impliqu&#233;es dans ceux-ci, nous
parlerons ici uniquement de la schizophr&#233;nie des camarades
impliqu&#233;s dans ces comit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici, la logique de d&#233;part peut plus ou moins se r&#233;sumer en
ces quelques mots : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Des amis ou des camarades se retrouvent
en prison, merde, vite, vite il faut faire quelque chose pour les en
sortir&lt;/i&gt;&#8221;. La dynamique qui s'ensuit, elle, m&#233;rite bien quelques
paragraphes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Partant du constat qu'on n'est pas nombreux et d'une dr&#244;le
d'id&#233;e que &#231;a serait le nombre qui compterait ; il leur faut
trouver un point d'attaque pas trop f&#226;chant qui permettra
de rallier des gens. Et pour &#231;a, quoi de mieux que de
feindre l'indignation face aux dits &#8220;abus&#8221; de l'Etat (ici via
les lois anti-terroristes) ? C'est assez large comme crit&#232;re.
En temps voulu le bouchon sera pouss&#233; jusqu'&#224; d&#233;noncer
l'incessante &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;rive du droit&lt;/i&gt;&#8221; ; laissant supposer que le droit
en soi serait une chose neutre et que seule son application
serait probl&#233;matique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et puis, toujours dans cette course au nombre, et vu que les
moyens mis en place sont trop faibles face &#224; la hauteur de la
situation, on va aussi aller chercher quelques intellectuels de
gauche, &#231;a donne du cr&#233;dit &#231;a. Tant pis si cela ouvre grand
les portes au cr&#233;dit de leurs positions politiques social-d&#233;mocrates.
&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On ne fait pas d'omelettes sans casser des &#339;ufs&lt;/i&gt;&#8221;,
comme disait ma m&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En outre, par soucis de &#8220;r&#233;tablir la v&#233;rit&#233;&#8221; aupr&#232;s de cette
fameuse &#171; opinion publique &#187;, certains donneront des
interviews &#224; des journaux ayant directement particip&#233; au
grand spectacle m&#233;diatico-policier du 11 novembre en
reprenant all&#232;grement les th&#232;ses de la police et en &#233;talant
dans leurs pages la vie de certains des inculp&#233;s. L&#224; encore,
comme si le moyen de la presse officielle &#233;tait neutre.
Comme si on ne savait pas que pour que l'article soit
accept&#233; il allait falloir s'auto-censurer sur des propos trop
&#8220;vindicatifs&#8221; ou que le journaleux n'allait finalement garder
que ce qui irait dans sons sens (ou, s'il est sinc&#232;re, que ce qu'il
peut comprendre ou ce que lui d&#233;ciderait comme ayant de
l'importance) pour remplir le nombre de signes demand&#233;s
par son r&#233;dacteur en chef ; noyant alors ces propos dans le
flot d'informations insignifiantes quotidien. Parce que c'est
l&#224; aussi la magie de la d&#233;mocratie, la puissance &#224; pouvoir
tout pacifier ou &#224; laisser tout dire tant que les mots restent
des mots et n'appellent pas aux actes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Strat&#233;gie quand tu nous tiens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces deux dynamiques partent d'un constat ou d'une crainte
qui concerne chaque (groupe de) personne ne suivant pas le
cours tranquille de la vie &#8220;normale&#8221; : comment ne pas se
retrouver isol&#233;s et donc plus faible ? C'est sur les r&#233;ponses
donn&#233;es &#224; cette question que nous diff&#233;rons.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Selon les deux strat&#233;gies rapidement &#233;nonc&#233;es auparavant,
sortir de l'isolement signifierait s'adresser &#224; l'opinion
publique. Et souvent cette d&#233;marche est accompagn&#233;e
d'une r&#233;serve pour ne pas &#8220;brusquer les gens&#8221;. Dans un
premier temps, on va dire ce qu'on pense qu'ils peuvent
entendre (le secours rouge a au moins &#231;a pour lui qu'en tant
que tel il est toujours clair sur ses positions, mais par contre
il est moins rigoureux sur le choix de ses alli&#233;s). Position
particuli&#232;rement arrogante dans le sens o&#249; elle part du
pr&#233;suppos&#233; que ce qu'on vit est tellement diff&#233;rent que peu
de personnes peuvent s'y reconna&#238;tre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, la r&#233;pression et le sentiment d'insatisfaction face
&#224; ces vies perdues sont assez r&#233;pandus. C'est parler
de ce v&#233;cu commun et le replacer sur un terrain
de lutte qui pourrait &#233;veiller non pas l'indignation,
mais la rage aupr&#232;s de la dite &#8220;opinion publique&#8221;.
Mais, bien que l'on aime pas se l'avouer, c'est bien souvent
le spectre du &#8220;prisonnier politique&#8221; qui, m&#234;me sous une
forme ammoindrie, continue &#224; planer au-dessus de nos
t&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si cette position ne nous semble pas &#234;tre un point de d&#233;part
int&#233;ressant pour s'affronter &#224; la r&#233;pression, elle est d'autant
moins tenable qu'elle nous am&#232;ne tr&#232;s vite &#224; mentir [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-4&quot; name=&quot;nh6-4&quot; id=&quot;nh6-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] Pour les flics de la pens&#233;e : Nous n&amp;#39;attribuons pas de valeur (...)' &gt;4&lt;/a&gt;], &#224; cacher
des choses, &#224; &#233;luder des sujets ou &#224; affirmer des id&#233;es qu'on
ne pense pas. On va tant&#244;t nier sa position de r&#233;volt&#233;, renier
des connaissances, ou encore s'indigner face aux &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;abus
policiers&lt;/i&gt;&#8221;, aux &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lois liberticides&lt;/i&gt;&#8221; et au &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;non-respect des proc&#233;dures
judiciaires&lt;/i&gt; &#8221; &#8230;
Tout en sachant
tr&#232;s bien que ce
ne sont pas des
&#8220;d&#233;rapages&#8221; du
syst&#232;me, mais
des m&#233;thodes
inh&#233;rentes &#224;
celui-ci et que
dans le n&#233;gatif
de toutes ces
plaintes peut se
lire une demande
de remise &#224; flot de
l'&#233;pave de l'Etat
de droit alors que
nous pourrions
encore lui envoyer
quelques boulets
de canon.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Loin d'&#234;tre une d&#233;duction abstraite de notre part, ce d&#233;sir
d'un Etat qui respecterait ses propres r&#232;gles en tant que garant
du bon fonctionnement de la d&#233;mocratie est d'ailleurs tenu
ouvertement par des intervenants invit&#233;s lors de soir&#233;es de
soutien, des signataires de carte blanche ou des associations
ayant &#233;crits des communiqu&#233;s de soutien (auxquels on donne
du cr&#233;dit en les diffusant). Preuve flagrante du consensus
mou sur lequel se base cette alliance et de l'impossibilit&#233; de
tenir un discours proche de nos id&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De m&#234;me la carte de l'innocentisme jou&#233;e &#224; tout crin rel&#232;ve
de l'escroquerie intellectuelle. S'il ne s'agit pas de revendiquer
des actes rest&#233;s anonymes, pousser le bouchon jusqu'&#224;
essayer de faire croire que c'est parce qu'on est &#233;picier, parce
qu'on traduit un texte ou parce qu'on vit en communaut&#233;
que la r&#233;pression s'abat sur nous est une fausse analyse de
la r&#233;pression distill&#233;e de mani&#232;re consciente afin d'atteindre
ses objectifs. En effet, la r&#233;presion ne s'acharne pas sur
chaque petit commer&#231;ant, ni sur les traducteurs de l'Union
Europ&#233;enne et pas m&#234;me sur un quelconque hippy ayant
rejoint la campagne. Ou, tout du moins, si elle le fait ce
n'est pas pour ces raisons. Ce qui est attaqu&#233; dans ces deux
affaires ce sont des liens, des id&#233;es et des pratiques relevant
d'un discours reconnu comme &#233;tant &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Faire passer l'outil r&#233;pressif pour un ramassis de flics et
de juges d&#233;bilo&#239;des en caricaturant certaines de leurs
incapacit&#233;s - mis &#224; part que &#231;a nous permette de bien rire
entre potes - ne permet pas de le consid&#233;rer pour ce qu'il est.
On ne montre que les traits grossiers d'une machine visant
&#224; mettre au pas la contestation sociale, alors que le caract&#232;re
totalitaire du contr&#244;le est bel et bien plus finaud. (carte
d'identit&#233;, registre national, biom&#233;trie, fichiers permettant
les bases de donn&#233;es, surveillance t&#233;l&#233;phonique,&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L&#224; o&#249; nous voyons l'impasse de ce genre de strat&#233;gies (au-del&#224;
du fait qu'elles ne soient justement que pures strat&#233;gies
et qu'elles n'&#233;manent pas de ce que nous sommes, de ce
que nous portons, de ce que nous ressentons) c'est que, si
elles permettent de rallier beaucoup de gens (ce qui reste
encore &#224; d&#233;montrer), les unions se font sur de fausses
bases ou sur un ensemble de positions qui restent les unes
&#224; c&#244;t&#233; des autres.
Et, soit, on reste
avec l'insatisfaction
d'un discours
&#233;dulcor&#233; pour cause
d'alliance foireuse,
soit les dissensions
pointent le bout
du nez au moment
o&#249; tombent les
masques. Cette
constitution d'une
&#8220;force collective&#8221;
apparaissant alors
pour ce qu'elle est :
une illusion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A moins que vous (et votre groupe de camarades) ne vous
consid&#233;riez comme un super strat&#232;ge qui aura, apr&#232;s une
premi&#232;re phase de pr&#233;paration, r&#233;ussi &#224; &#8220;radicaliser les
masses&#8221;. Mais il faut &#234;tre bien malin pour y parvenir sur
la longueur. Et, quand bien m&#234;me, nous n'envisageons pas
notre implication dans les mouvements ou dans les luttes
comme celle de personnes venant apporter la lumi&#232;re &#224;
la pl&#232;be ignare. Non, malgr&#233; nos diff&#233;rences, nous nous
pla&#231;ons d'&#233;gal &#224; &#233;gal avec les personnes rencontr&#233;es. Nous
recherchons des complices pas de la p&#226;te &#224; modeler. Des
complices avec qui partager des id&#233;es/pratiques et avec qui
nous pourrons peut-&#234;tre faire un bout de chemin ensemble
au-del&#224; de cette lutte sp&#233;cifique. Et s'il est vrai que la
question de la forme selon laquelle nous partageons nos
id&#233;es afin qu'elles puissent &#234;tre accessible est pertinente, le
fond, quant &#224; lui, ne change pas au gr&#233; du vent ou selon les
circonstances des forces en pr&#233;sence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans quoi, et nous ne l'avons que trop exp&#233;riment&#233;,
toute l'&#233;nergie d&#233;ploy&#233;e ne viendra qu'alimenter les luttes
partielles visant &#224; un am&#233;nagement du syst&#232;me, vu que
nous-m&#234;mes nous n'aurons pas porter une critique plus
globale en partant d'une situation sp&#233;cifique (prison, sans-papiers,
lois liberticides,&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sortir de l'isolement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Agir entre convaincus alors ? Certainement pas ! Mais
agir sur des bases claires qui permettent de rencontrer des
compagnons de lutte (et plus si affinit&#233;s) et &#224; faire exister
nos r&#233;elles id&#233;es. Parce que nous ne nous sentons pas plus
forts quand nous sommes nombreux sous une banderole
faible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pensons-nous &#234;tre si exceptionnels -que nos id&#233;es soient
tellement farfelues - au point que personne ne pourrait nous
comprendre ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En ces temps de grogne de plus en plus g&#233;n&#233;ralis&#233;e, rien n'est
moins vrai. Les oreilles et les esprits sont probablement plus
ouverts aux remises en question. Encore nous faut-il savoir
saisir les occasions et mettre en avant nos id&#233;es de mani&#232;re
d&#233;complex&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne s'agit pas de se doter d'une parure radicale, ce n'est
pas non plus un appel au repli identitaire. Nous disons juste
que tout n'est pas que strat&#233;gie. Que les moyens ne sont
pas neutres et que, m&#234;me s'ils peuvent aider &#224; sortir des
camarades de prison, certains d'entre eux nous affectent et
laissent des traces.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certains diront que ce texte rel&#232;ve de la discussion interne,
que nous hurlons avec les loups de la meute polici&#232;re. Nous
affirmons que quand tout est &#233;tal&#233; dans la presse officielle
(tant par les journaflics que via la collaboration active
de certains inculp&#233;s, membres de comit&#233;s, parents,&#8230;)
cete consid&#233;ration devient une chim&#232;re. Par ailleurs un
&#8220;mouvement&#8221; qui ne laisse pas de place &#224; des tentatives
d'auto-critiques et reste camp&#233; sur ses certitudes est scl&#233;ros&#233;
et ne nous int&#233;resse pas.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Lettre ouverte aux camarades fran&#231;ais &#224; propos des arrestations de Tarnac et pas seulement&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous savons combien il est douloureux d'&#234;tre s&#233;par&#233;s de ses propres camarades, et nous n'avons ni recettes ni le&#231;ons &#224; donner sur la mani&#232;re de les faire sortir le plus rapidement de prison (les faire sortir tous, en laissant tomber toute distinction entre &#171; innocents &#187; et &#171; coupables &#187;). Les notes rapides qui suivent sont le fruit de quelques r&#233;flexions n&#233;es &#224; partir de diff&#233;rentes exp&#233;riences r&#233;pressives v&#233;cues en Italie, en esp&#233;rant qu'elles puissent &#234;tre utiles aux camarades fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les arrestations de Tarnac repr&#233;sentent un fait grave non seulement en tant qu'attaque contre tous ceux qui se battent d&#233;j&#224;, en critique et en pratique, contre l'Etat et le capital, mais aussi en tant que tentative d'intimidation contre tous les complices potentiels d'une guerre sociale plus diffuse.
&lt;br /&gt;En fait, la r&#233;pression vise &#224; frapper, au-del&#224; d'actes particuliers, les &#171; mauvaises intentions &#187;, jouant ainsi un r&#244;le p&#233;dagogique fondamental destin&#233; &#224; vider de sa potentialit&#233; la disposition &#224; la r&#233;volte de tout un chacun. L'invention de &#171; cellules terroristes &#187; ou de &#171; mouvances &#187; &#224; l'identit&#233; quelconque sert &#224; isoler toute hypoth&#232;se insurrectionnelle de l'ensemble des pratiques de conflictualit&#233; existantes, s&#233;parant en m&#234;me temps tout r&#233;volt&#233; de soi-m&#234;me et de ses propres potentialit&#233;s. La p&#233;dagogie de la r&#233;pression est toujours une p&#233;dagogie de la peur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La tentative de transformer des affrontements dans la rue, des actions anonymes de sabotage, des textes th&#233;oriques, des rapports de solidarit&#233;s en une &#171; association terroriste &#187; avec autant de cellules, de chefs et de suiveurs est malheureusement un film qu'on a d&#233;j&#224; vu de nombreuses fois en Italie. Le probl&#232;me de l'Etat est &#233;vident : pour tenter de liquider certaines pratiques subversives et les &#171; mouvements &#187; qui les d&#233;fendent ouvertement, des accusations bas&#233;es sur des d&#233;lits sp&#233;cifiques ne suffisent pas. Il s'agit alors d'inventer des &#171; d&#233;lits associatifs &#187; pour pouvoir distribuer des ann&#233;es et des ann&#233;es de prison sans avoir recours &#224; cette formalit&#233; archa&#239;que qui s'appelait preuve. Nombre d'entre nous ont ainsi subi des proc&#232;s, des ann&#233;es de d&#233;tention pr&#233;ventive et parfois aussi de lourdes condamnations. M&#234;me s'il ne r&#233;ussit pas souvent &#224; soutenir jusqu'au bout ses propres enqu&#234;tes, l'Etat se donne en m&#234;me temps des objectifs parall&#232;les : briser des rapports, interrompre le fil de l'activit&#233; subversive, tester la capacit&#233; de riposte des camarades etc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En France, les actions de sabotage et les affrontements avec la police ne datent certes pas d'hier. Ce qui a effray&#233; l'Etat ces derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233;, &#224; notre avis, l'&#233;mergence d'une complicit&#233; possible - dans les mots et les actes - entre diff&#233;rentes formes de r&#233;volte sociale, ainsi que l'affinement et la diffusion de discours qui revendiquent publiquement les pratiques d'une insurrection possible. Bien entendu, l'Etat ne craint ni le discours r&#233;volutionnaire tant qu'il se limite &#224; jouir d'une libert&#233; de parole abstraite, ni en fin de compte une attaque particuli&#232;re : ce qu'il craint est l'impr&#233;visibilit&#233; de l'attaque diffuse et le renforcement r&#233;ciproque des paroles et des gestes. Ce qui a &#233;t&#233; pendant longtemps une position d&#233;fendue par bien peu d'individus commence &#224; ressembler &#224; un &#171; mar&#233;cage &#187; (pour reprendre l'expression efficace utilis&#233;e par l'unit&#233; &#171; anti-terroriste &#187; des carabiniers italiens il y a une douzaine d'ann&#233;es), difficilement identifiable et gouvernable. L'Etat veut ass&#233;cher ce mar&#233;cage pour en sortir des chefs, des &#171; organisations &#187;, des pr&#233;tendues &#171; mouvances &#187; avec autant de sigles, de porte-paroles, etc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si le conseil que Victor Serge donnait aux r&#233;volutionnaires pris en otage par l'ennemi est toujours valable (&#171; tout nier m&#234;me l'&#233;vidence &#187;), il est n&#233;cessaire de savoir lire la r&#233;pression afin de relancer et de renforcer notre perspective. Nous savons tous que la gauche (et sa gauche) a toujours &#233;t&#233; l'ennemi historique de toute lutte insurrectionnelle : partis et syndicats, r&#233;cup&#233;rateurs, m&#233;diateurs, intellectuels conseillers des Princes modernes, alli&#233;s rus&#233;s de la r&#233;pression, habiles &#224; diviser en &#171; bons &#187; et &#171; mauvais &#187;. Dans des circonstances particuli&#232;res et face &#224; une &#171; Justice injuste &#187;, ils peuvent m&#234;me aller jusqu'&#224; d&#233;fendre les camarades qui les ont toujours attaqu&#233;s. Permettre que ces charognes r&#233;acqui&#232;rent la moindre force &#224; partir de nos incarc&#233;r&#233;s est une erreur qui n'est pas sans cons&#233;quences.
&lt;br /&gt;Qu'il n'y ait pas que des camarades qui s'opposent aux crapuleries de l'&#171; antiterrorisme &#187; mais un milieu plus large comporte des aspects positifs (c'est le reflet du constat effray&#233; que la terreur d'Etat nous &#233;crase chaque jour davantage). Mais notre perspective n'avance que dans la clart&#233; avec les autres exploit&#233;s et rebelles, c'est-&#224;-dire dans une ferme inimiti&#233; envers la gauche et ses medias. Pour le dire autrement, la mani&#232;re de r&#233;agir &#224; la r&#233;pression fait aussi partie de cette guerre sociale qui n'admet pas de tr&#234;ve. En n'assumant pas et en ne d&#233;fendant pas certaines positions, on c&#232;de du terrain &#224; l'ennemi. La solidarit&#233; d&#233;mocrate et l'espace dans les journaux ne s'offrent jamais gratuitement : aujourd'hui, ils servent non seulement &#224; la gauche pour se r&#233;habiliter aux yeux de tous ceux qui sont &#224; couteaux tir&#233;s avec l'existant (&#171; Vous voyez ? au bout du compte nous sommes d'accord... &#187;), mais aussi &#224; neutraliser toute position de rupture radicale avec le pr&#233;sent (certains exc&#232;s de jeunesse peuvent aussi &#234;tre pardonn&#233;s...).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Face &#224; des enqu&#234;tes similaires (ou encore plus lourdes), la r&#233;ponse que de nombreux camarades ont donn&#233; en Italie a &#233;t&#233; tr&#232;s simple : &#171; Nous ne savons pas qui a fait les choses dont vous nous accusez, messieurs ; ce que nous savons, c'est que nous les d&#233;fendons ouvertement, et que vos enqu&#234;tes n'&#233;teindront pas les feux de cette r&#233;volte sociale qui n'a pas attendu nos textes pour se propager &#187;. Une telle r&#233;ponse - li&#233;e aux pratiques qui en d&#233;coulent - nous a permis de sortir de prison en reprenant le fil de notre activit&#233;. Une telle r&#233;ponse ne trouvera certainement pas des alli&#233;s chez les m&#233;dias et les intellectuels d&#233;mocrates ; et surtout, elle ne leur permettra pas de parler en notre nom.
&lt;br /&gt;Certaines paroles claires trouvent toujours des oreilles dispos&#233;es &#224; les &#233;couter. Emprisonn&#233;es, les paroles forcent parfois les cha&#238;nes, &#233;mergeant des parties les plus myst&#233;rieuses et communes de l'exp&#233;rience et du c&#339;ur. La force qui d&#233;coule du fait de s'ins&#233;rer dans leur jeu et dans leur discours, avec la pr&#233;tention de l'exploiter ou de le d&#233;tourner &#224; ses propres fins, est illusoire. Nous n'avons m&#234;me pas le sens des mots en commun avec notre ennemi - ni celui de bonheur, ni de temps, ni de possibilit&#233;, ni d'&#233;chec ou de r&#233;ussite.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a des positions de rupture qui se sont r&#233;v&#233;l&#233;es utiles, y compris au plan judiciaire, tout comme il y a des camarades qui ont pass&#233; un an en prison pour quelques tags sur les murs : il n'existe pas de science exacte en la mati&#232;re. La tension vers la coh&#233;rence entre les moyens et les fins pose le probl&#232;me de l'efficacit&#233; en d'autres termes, c'est-&#224;-dire par rapport &#224; la vie pour laquelle nous nous battons. &#171; S'il y a des innocents qui m&#233;ritent notre solidarit&#233;, il y a des coupables qui la m&#233;ritent encore plus &#187;, disait Renzo Novatore. Les camarades solidaires ont souvent trouv&#233; dans ces paroles un terrain plus favorable pour agir, pour continuer l&#224; o&#249; certains ont &#233;t&#233; provisoirement arr&#234;t&#233;s, et pour d&#233;couvrir de nouveaux complices...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons bien une certitude : l'insurrection qui vient ne lit pas Lib&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelques anarchistes italiens
&lt;br /&gt;F&#233;vrier 2009&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Lettre ouverte &#224; quelques anarchistes italiens&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Suite &#224; la &#171; Lettre ouverte aux camarades fran&#231;ais. A propos des arrestations de Tarnac et pas seulement &#187; parue sur diff&#233;rents sites (dont les Indymedia) le 27 f&#233;vrier 2009 et sign&#233;e par &#171; Quelques anarchistes italiens &#187;, nous avons souhait&#233; poursuivre le d&#233;bat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous venons de finir de lire la lettre que vous nous avez adress&#233;e, ainsi qu'&#224; tous les camarades fran&#231;ais. Nous l'avons lue avec plaisir, y retrouvant de nombreux points dans lesquels nous nous reconnaissons. Nous l'avons lue avec attention, parce qu'elle provient de ceux qui ont malheureusement d&#251; affronter avant nous et plus que nous la r&#233;pression. Mais disons-le tout net, elle nous a aussi laiss&#233; un go&#251;t amer et provoqu&#233; une certaine g&#234;ne. On a envie de vous demander : &#224; qui est-ce que vous parlez ? De quoi est-ce que vous &#234;tes en train de parler ? Comme votre lettre s'adresse aux camarades fran&#231;ais et formule des critiques pr&#233;cises contre la d&#233;rive &#8220; innocentiste &#8221; qu'a pris la mobilisation en faveur des arr&#234;t&#233;s de Tarnac, nous ne voudrions pas qu'on pense en Italie que &#8220; les camarades fran&#231;ais &#8221; sont tous occup&#233;s &#224; recueillir des signatures en compagnie d'intellectuels de gauche poussifs, en vue de remettre aux autorit&#233;s comp&#233;tentes autant de certificats de bonne conduite.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'il est exact que certains camarades ont d&#233;cid&#233; de transformer ce qui, &#224; notre et &#224; votre avis, devrait &#234;tre une lutte contre la r&#233;pression en une lutte de d&#233;fense de certains r&#233;prim&#233;s, il est aussi vrai qu'il s'agit de leur choix, et qu'il n'est pas partag&#233; par l'ensemble du mouvement fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En France, la r&#233;pression avait malheureusement auparavant d&#233;j&#224; frapp&#233; d'autres camarades, et n'a donc pas d&#233;but&#233; le 11 novembre dernier. Heureusement, les sabotages ont continu&#233; apr&#232;s cette date ; ils n'ont pas &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Tarnac n'est pas le centre de la France, pas pour l'Etat, et encore moins pour l'insurrection. Ce n'est qu'un &#233;pisode, et il risque de prendre des accents toujours plus path&#233;tiques. Comme vous le faites &#224; juste titre observer, les &#8220; mauvaises intentions &#8221; sont le v&#233;ritable objectif de la r&#233;pression. Ne r&#233;ussissant pas &#224; pr&#233;venir les attaques, elle cherche &#224; arr&#234;ter la diffusion de discours qui revendiquent publiquement la n&#233;cessit&#233; et la possibilit&#233; d'une insurrection (des discours qui alimentent et sont aliment&#233;s par l'action, en un jeu continu de vases communiquants).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui est grave avec les arrestations de Tarnac, ce n'est pas tant le comportement de l'Etat qui, pour les raisons que vous avez clairement expos&#233;es, vient frapper parmi nous. Au fond, les juges et les flics ne font que leur sale boulot. Ce qui est grave, c'est que face &#224; cela, on renie publiquement ces &#8220; mauvaises intentions &#8221; et ces discours, qu'ils soient banalis&#233;s en passant pour de la simple &#8220; passion pour l'histoire &#8221; d'un &#8220; &#233;picier &#8221;. Ou encore qu'on accepte jusqu'au bout d'endosser le r&#244;le de &#8220; braves gar&#231;ons &#8221; (au blason dor&#233; et aux r&#233;f&#233;rences ad&#233;quates, mais aussi dispos&#233;s &#224; dialoguer avec les journalistes et les politiciens, en somme leur place n'est pas en cellule), &#224; ne pas confondre avec de &#8220; m&#233;chants voyous &#8221; (qui n'ont pas de saint patron, qui restent muets face &#224; leur ennemi, en somme m&#233;ritant de pourrir en prison). Cela, vous pouvez en &#234;tre s&#251;rs, nous fait beaucoup plus mal que la s&#233;paration physique momentan&#233;e de certains camarades.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Beaucoup d'anarchistes italiens &#233;tant connus pour leur intransigeance, nous avons &#233;t&#233; &#233;tonn&#233;s et aussi un peu frapp&#233;s par l'empressement et la prudence avec lesquels vous nous formulez vos remarques (les Alpes sont-elles vraiment si hautes pour que vous vous cantonniez &#224; adresser un bl&#226;me en France &#224; ce que vous m&#233;priseriez en Italie ?). Vous en arrivez m&#234;me &#224; nous mettre b&#233;n&#233;volement en garde contre des &#8220; erreurs &#8221;. Quelles erreurs ? D&#233;sol&#233;, nous avons bien peur que vous vous m&#233;preniez : il n'y a eu aucune erreur dans la mobilisation en faveur des arr&#234;t&#233;s de Tarnac. Elle a pr&#233;cis&#233;ment choisi son camp.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De ce point de vue, votre invitation &#224; &#8220; savoir lire &#8221; la r&#233;pression, li&#233;e &#224; la citation de Victor Serge, est un authentique lapsus. C'est justement parce qu'ils ont bien lu Victor Serge (lui qui, inculp&#233; dans le proc&#232;s des ill&#233;galistes connus sous le nom de bande &#224; Bonnot se d&#233;fendait en se d&#233;finissant comme un intellectuel qui n'avait rien &#224; voir avec de vulgaires criminels) que certains camarades fran&#231;ais ont suivi le chemin de la d&#233;fense ad personam. Ils n'ont fait que mettre en pratique l'id&#233;e r&#233;pandue selon laquelle il faut s'organiser &#224; partir de situations, que dans chaque situation on peut faire des alliances, que dans la guerre contre l'Etat il ne faut pas avoir de scrupules moraux ou s'encombrer d'une &#233;thique, et qu'il y a uniquement des strat&#233;gies &#224; appliquer. Est bon ce qui fait sortir les camarades de prison, est mauvais ce qui les fait y rester. Point barre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L&#224; o&#249; l'&#233;thique implique la totalit&#233; de l'existence humaine, la politique agit sur certains de ses fragments singuliers. L'opportunisme est une de ses constantes parce qu'elle intervient en fonction des circonstances. Lorsque ces derni&#232;res sont favorables, on peut bien &#234;tre coh&#233;rent. Mais lorsqu'elles sont d&#233;favorables&#8230; C'est pourquoi l'opportunisme se manifeste surtout en situation de crises ou d'urgence. Le camarade qui rencontre un fonctionnaire d'Etat (par exemple une ex-ministre), pouss&#233; par l'urgence d'une proc&#233;dure judiciaire (il faut sortir de prison), n'est pas si diff&#233;rent du camarade qui rencontre un fonctionnaire d'Etat (par exemple un maire), pouss&#233; par l'urgence d'une lutte sociale (il faut arr&#234;ter une nuisance), et tous deux sont fils du camarade qui est devenu fonctionnaire d'Etat (par exemple ministre de la Justice), pouss&#233; par l'urgence de la guerre (il faut faire la r&#233;volution). Dans ces trois cas, on fait le contraire de ce qu'on dit en se pr&#233;valant de bonnes raisons (&#244; combien pratiques ! &#244; combien concr&#232;tes !) et des meilleures intentions du monde. L'urgence brise le d&#233;roulement normal des &#233;v&#233;nements, bouleverse tout point de r&#233;f&#233;rence, suspend l'&#233;thique et ouvre grand la porte aux contortionismes de la politique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout cela est &#233;vident, c'est quasi banal, mais uniquement pour ceux qui pensent que les id&#233;es et les valeurs ne font pas partie int&#233;grantes de l'&#234;tre humain, et lui sont ext&#233;rieures, comme de purs instruments &#224; utiliser en fonction des occasions. En revanche, si on pense que les circonstances auxquelles la r&#233;alit&#233; nous confronte peuvent aussi s'av&#233;rer diff&#233;rentes et contradictoires, mais que nos pens&#233;es, nos r&#234;ves et nos d&#233;sirs sont uniques, il devient difficile de nier que c'est justement dans les moments de crise ou d'urgence qu'il faut tenter de rester soi-m&#234;me. Une partie toujours ouverte, pleine d'impr&#233;vus et d'obstacles, dans laquelle il est malheureusement facile de tr&#233;bucher et de tomber. Et dans ce cas-l&#224;, que fait-on ? On se rel&#232;ve en essayant d'apprendre de ses faux pas, ou on commence &#224; ramper en se vantant de son habilet&#233; tactique ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En fin de compte, l'insurrection en tant que telle n'est qu'une situation exceptionnelle. Cela n'a aucun sens de se comporter en chevalier de l'Id&#233;e hors des moments de rupture si, d&#232;s qu'ils ont lieu, on se rend compte &#224; l'improviste n'&#234;tre que des placiers de la Convenance. Ce serait comme proclamer &#234;tre &#224; couteaux tir&#233;s avec l'existant pour arborer ensuite un crochet avec lequel broder des rapports avec ses d&#233;fenseurs et ses faux critiques. En somme, ou bien on pense que les fins et les moyens forment un tout (c'est l'interpr&#233;tation &#233;thique de la lutte) ou bien on pense que les fins et les moyens sont s&#233;par&#233;s (c'est l'interpr&#233;tation politique de la lutte). Laissons les voies du milieu, comme celles qui proposent des moyens sans fin, aux fumisteries philosophiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Chacun est clairement libre de choisir la mani&#232;re qu'il pr&#233;f&#232;re pour s'en sortir (sans pr&#233;tendre pour autant qu'on lui doive le respect, ni que l'amiti&#233; demeure inchang&#233;e). Malgr&#233; tout, nous pensons qu'il est plus que jamais n&#233;cessaire d'endiguer cet opportunisme politique assum&#233; &#8211; qui est pr&#233;sent en France, mais certainement aussi en Italie et dans le reste du monde. Il sera peut-&#234;tre en mesure d'ouvrir plus rapidement les portes des prisons ou de capter l'attention de beaucoup de braves gens, mais il ne nous rendra que l'ombre des camarades que nous avons pu appr&#233;cier. Contre cet opportunisme, mieux vaut la furie iconoclaste d'un Renzo Novatore que les conseils astucieux de l'anarchiste individualiste repenti Victor Serge.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des cr&#233;atures du mar&#233;cage.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;center&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Toucher au c&#339;ur&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#224; propos des rackets sur les immigr&#233;s&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les luttes autour de la question de l'immigration, qu'il s'agisse de celles de sans-papiers pour leur r&#233;gularisation, de celles autour du logement dans les quartiers pauvres, contre les rafles dans les rues et les transports ou contre les centres de r&#233;tention ont vu ces dix derni&#232;res ann&#233;es la participation de nombreux compagnons dans diff&#233;rents pays. Elles conduisent souvent &#224; une r&#233;p&#233;tition d'impasses ou &#224; une impuissance en terme d'interventions possibles.
&lt;br /&gt;S'il n'existe pas de recette, il nous semble pourtant indispensable de briser certains m&#233;canismes militants qui nous ont trop souvent amen&#233;s &#224; lutter sur des bases activistes sans perspectives ou bien au contraire &#224; bouger &#224; la remorque de groupes autoritaires, avec ou sans papiers.
&lt;br /&gt;Ces quelques r&#233;flexions se veulent simplement un bilan d'exp&#233;riences de luttes et quelques pistes pour d&#233;velopper une projectualit&#233; subversive qui nous soit propre, autour des migrations et
contre leur gestion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Au-del&#224; des illusions sur &#171; l'immigr&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une fa&#231;on classique de tenter de comprendre le contexte d'un conflit social afin d'y intervenir est de scruter &#224; la loupe ses protagonistes et de les soumettre &#224; des analyses sociologiques plus ou moins militantes. Outre qu'elles reviennent d'avantage &#224; creuser ce myst&#233;rieux &#171; qui sont-ils ? &#187; qu'&#224; nous interroger sur ce que nous voulons, ces analyses sont souvent biais&#233;es par quelques dogmes qui troublent toute r&#233;flexion critique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si les habituels racketteurs gauchistes recherchent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment n'importe quel sujet politique &#224; m&#234;me de les porter &#224; la t&#234;te d'une contestation, beaucoup d'autres s'engagent sinc&#232;rement aux c&#244;t&#233;s des sans-papiers. Mais parce qu'ils consid&#232;rent leur situation particuli&#232;re comme ext&#233;rieure, ils sont souvent plus port&#233;s par une indignation que par le d&#233;sir de lutter avec ceux qui partagent une condition qui, si elle n'est pas totalement similaire, reste commune : l'exploitation, le contr&#244;le policier dans la rue ou les transports, les conditions de logement dans les m&#234;mes quartiers en voie de restructuration ou en p&#233;riph&#233;rie, ou encore des ill&#233;galismes propres aux techniques de survie. Les uns comme les autres finissent alors bien souvent par reproduire toutes les s&#233;parations fonctionnelles &#224; la domination. En recr&#233;ant une figure g&#233;n&#233;rique de l'immigr&#233;-victime-en-lutte qui aurait ses qualit&#233;s particuli&#232;res, ils introduisent en effet une mystification sociologique qui non seulement finit par emp&#234;cher toute lutte commune, mais renforce encore l'emprise de l'Etat sur chacun d'entre nous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien souvent, les activistes libertaires ou radicaux, pourtant mus par quelque intuition de ce qui pourrait devenir un parcours commun, ne sont pas les derniers &#224; avaler &#224; leur tour cette pilule au nom de leur envie de collectif ou de l'autonomie des luttes, comme si cette derni&#232;re &#233;tait men&#233;e par un bloc homog&#232;ne et non plus par des individus, complices potentiels, au moins face &#224; une oppression particuli&#232;re. Des m&#233;thodes de lutte (l'auto-organisation, le refus des m&#233;diations institutionnelles, l'action directe) deviennent alors soudain beaucoup plus relatives lorsqu'il s'agit de sans-papiers. Reprenant quelques classiques de la diatribe militante, il y a toujours un bon samaritain pour expliquer que fracasser la vitrine d'une compagnie a&#233;rienne d'expulseurs dans une manif de sans-papiers les mettrait &#171; en danger &#187;, eux qui pourtant bravent quotidiennement la flicaille ; que le combat contre les fascistes (comme des membres des Loups Gris turcs), les nationalistes (comme certains r&#233;fugi&#233;s qui arrivaient lors du d&#233;chirement de l'ex-Yougoslavie) ou les curetons (de celui qui &#171; accueille &#187; les sans-papiers dans &#171; son &#187; &#233;glise avant de les en expulser, aux associations chr&#233;tiennes charg&#233;es des basses &#339;uvres de l'Etat comme la Cimade, Caritas International ou la Croix Rouge) s'arr&#234;terait &#224; la porte des collectifs de sans-papiers ; qu'on peut cracher &#224; la gueule d'un ambassadeur fran&#231;ais ou belge mais pas &#224; celle d'un ambassadeur malien lorsqu'il vient m&#233;dier une lutte qui menace de se radicaliser (idem pour tous les politiciens de gauche, g&#233;n&#233;ralement non grata, mais tol&#233;r&#233;s cette fois au nom de la fausse unit&#233; demand&#233;e par quelque leader de collectif de sans-papiers).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si chacun sait qu'une lutte part toujours de l'existant et que les diff&#233;rences initiales y sont souvent importantes (prenons simplement le rapport aux syndicats dans la plupart des luttes li&#233;es &#224; l'exploitation), la question pour nous est justement celle de leur d&#233;passement dans une dynamique subversive, et ce n'est certainement pas en acceptant les divers carcans autoritaires qu'on pourra le faire, la fin &#233;tant d&#233;j&#224; contenue dans les moyens qu'on se donne. D'autant que ce relativisme ne conduit pas &#224; une confrontation &#224; l'int&#233;rieur de la lutte, mais &#224; une sorte de colonialisme &#224; rebours, &#224; r&#233;ifier une fois encore les immigr&#233;s dans une alt&#233;rit&#233; suppos&#233;e (&#171; ils &#187; seraient comme &#231;a). La mis&#232;re servant cette fois non pas de repoussoir mais d'excuse &#224; tous les renoncements.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'une des figures les plus marquantes de ce r&#233;ductionnisme id&#233;ologique est ainsi celle de l' &#171; immigr&#233; innocent &#187;, l'&#233;ternelle victime passive, exploit&#233;e, rafl&#233;e, enferm&#233;e puis d&#233;port&#233;e. En r&#233;action &#224; une propagande raciste quotidienne qui vise &#224; faire endosser aux immigr&#233;s le r&#244;le d'un ennemi social coupable de tous les maux (du ch&#244;mage &#224; l'ins&#233;curit&#233; en passant par le terrorisme), beaucoup finissent de fait par leur nier toute capacit&#233; criminelle. On les voudrait tous dociles, en train de mendier leur int&#233;gration en vue d'une place un peu moins abjecte dans la communaut&#233; du capital. Ainsi, les milliers de r&#233;fugi&#233;s sont transform&#233;s en victimes bienveillantes, et donc int&#233;grables : victimes de guerre, de catastrophes &#171; naturelles &#187; et de la mis&#232;re, de trafiquants d'&#234;tres humains et de marchands de sommeil. C'est pourtant oublier que ces parcours transforment aussi les individus, cr&#233;ant des solidarit&#233;s, des r&#233;sistances et des luttes qui permettent &#224; certains de rompre la passivit&#233; &#224; laquelle ils sont assign&#233;s.
&lt;br /&gt;Quand il arrive ainsi que ces &#171; innocents &#187; se d&#233;fendent bec et ongles contre le destin qui leur est impos&#233; ici (r&#233;voltes dans les centres ferm&#233;s, affrontements lors de rafles, gr&#232;ves sauvages&#8230;), c'est alors la stup&#233;faction et le silence g&#234;n&#233; qui r&#232;gne dans le camp de la gauche et de son antiracisme d&#233;mocratique. Quand cette r&#233;volte s'exprime de mani&#232;re collective, il y en aura peut-&#234;tre encore pour &#171; comprendre ces gestes de d&#233;sespoir &#187;, mais quand un prisonnier boutera tout seul le feu &#224; sa cellule, on parlera alors d'un &#171; fou &#187; et &#231;a ne fera surtout pas partie de la &#171; lutte &#187;. On veut bien des gr&#233;vistes de la faim dans une &#233;glise, pas des incendiaires ou des &#233;vad&#233;s de centres ferm&#233;s, on comprend des d&#233;fenestr&#233;s ou des noy&#233;s, pas des rafl&#233;s qui r&#233;sistent &#224; la police, on aide volontiers des parents d'enfants scolaris&#233;s, pas des voleurs c&#233;libataires. Car la r&#233;volte et les individus qui se rebellent n'entrent plus dans ce cadre sociologique de l'immigr&#233;-victime construit par la bonne conscience militante avec l'appui des parasites d'Etat universitaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette mystification emp&#234;che une compr&#233;hension plus pr&#233;cise de la migration et des flux migratoires. Il est clair que ces migrations sont d'abord une cons&#233;quence de la terreur &#233;conomique ordinaire qu'exerce le capital et de la terreur politique des r&#233;gimes en place et leur bourgeoisie locale, au plus grand b&#233;n&#233;fice des pays riches. Cependant, il serait faux de pr&#233;tendre que des prol&#233;taires pauvres se d&#233;placeraient vers les pays les plus riches, comme le serinent &#224; leur tour les ch&#339;urs tiers-mondistes pour construire leur sujet de l'immigr&#233;-victime. Les migrants qui parviennent &#224; franchir clandestinement les portes de l'Europe ne sont en effet pas forc&#233;ment les plus pauvres (contraints, eux, &#224; des migrations internes vers les villes ou vers des pays voisins au gr&#233; des fluctuations du march&#233; et de ses d&#233;sastres), rien que par le co&#251;t (p&#233;cuniaire et humain) d'un tel voyage ou la s&#233;lection culturelle et sociale au sein d'une famille de ceux/celles qui peuvent entreprendre la d&#233;marche.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, si on cherche &#224; comprendre tout ce qui constitue et traverse chaque individu plut&#244;t que de figer la diff&#233;rence et l'alt&#233;rit&#233; afin de justifier une position ext&#233;rieure de &#171; soutien &#187;, on peut d&#233;couvrir toute une complexit&#233; et des rapports de classe, constatant que les collectifs de sans-papiers sont aussi compos&#233;s de surdipl&#244;m&#233;s universitaires, de politiciens rat&#233;s, d'exploiteurs locaux qui ont r&#233;colt&#233; l'argent sur le dos des autres&#8230; et migrent vers cette partie du monde pour prendre la place dont ils peuvent b&#233;n&#233;ficier dans le capitalisme d&#233;mocratique. Beaucoup de groupes de sans-papiers sont ainsi domin&#233;s par ceux qui d&#233;tenaient d&#233;j&#224; du pouvoir (social, politique, symbolique) ou y aspiraient. Cette diff&#233;rence de classe est rarement prise en compte par les compagnons qui s'engagent dans une lutte avec des sans-papiers, la langue constituant une barri&#232;re aussi infranchissable qu'elle est invisible, propulsant automatiquement les immigr&#233;s issus des classes les plus ais&#233;es dans leurs pays d'origine dans le r&#244;le de porte-parole/interpr&#232;te. Aiguiser ces contradictions de classe, &#224; l'int&#233;rieur des regroupements de sans-papiers comme partout, est non seulement une contribution que peuvent apporter des compagnons, mais aussi l'une des conditions indispensable pour d&#233;velopper une solidarit&#233; r&#233;elle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour comprendre ces dynamiques de lutte, il est &#233;galement n&#233;cessaire de jeter &#224; la poubelle quelques confortables illusions. Seul un d&#233;terminisme acharn&#233; pourrait en effet pr&#233;tendre qu'une certaine condition sociale implique n&#233;cessairement la r&#233;volte contre celle-ci. Ce type de raisonnement offrait certes la certitude d'une r&#233;volution, certitude qui a longtemps tenu au c&#339;ur de beaucoup, tout en &#233;cartant comme aventuriste la perspective de r&#233;bellions individuelles se g&#233;n&#233;ralisant vers l'insurrection. La critique d'un d&#233;terminisme qui a montr&#233; sa faillite dans le vieux mouvement ouvrier vaut cependant aussi pour les prol&#233;taires qui migrent de ce c&#244;t&#233; l&#224; du monde. Pour beaucoup d'entre eux, l'Occident est per&#231;u comme un oasis o&#249; on peut bien vivre, tant qu'on est pr&#234;t &#224; fournir de gros efforts. Subir des conditions d'exploitation qui ressemblent &#224; celles qu'on a fuies, avec des patrons qui savent aussi parfois user de la fibre paternaliste de l'appartenance &#224; une m&#234;me communaut&#233; suppos&#233;e, &#234;tre traqu&#233;, n'avoir pas ou peu de perspectives de monter dans l'&#233;chelle sociale et vivre un racisme latent qui tente de canaliser le m&#233;contentement des autres exploit&#233;s, est une confrontation avec la r&#233;alit&#233; qui n'en est que plus rude. Face &#224; la r&#233;signation qui peut na&#238;tre de cette confrontation douloureuse, ou face &#224; l'enfermement dans des communaut&#233;s autoritaires bas&#233;es par exemple sur la religion ou le nationalisme, la perspective reste alors de se lier non pas avec tous les sans-papiers de fa&#231;on g&#233;n&#233;rique, mais avec celles et ceux qui, refusant de se conformer &#224; leur destin d'exploit&#233;, ouvrent aussi le chemin vers l'identification de l'ennemi. Afin qu'au jeu de dupes entre l'universalisme capitaliste et les particularismes s'oppose une guerre sociale o&#249; on pourrait se reconna&#238;tre entre soi, au-del&#224; de la question des papiers et des diff&#233;rents degr&#233;s d'exploitation, dans une lutte continue vers une soci&#233;t&#233; sans ma&#238;tres ni esclaves. Comme dans n'importe quelle autre lutte, en somme, si celle-ci n'&#233;tait pas plus souvent qu'&#224; son tour biais&#233;e par le poids de l'affectif culpabilisant, par l'urgence d'&#233;viter une expulsion et ses cons&#233;quences possibles et, surtout, par un rapport qui se construit souvent sur la base de l'ext&#233;riorit&#233; et non pas de la r&#233;volte partag&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;L'impasse des luttes pour la r&#233;gularisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On se souvient que le tournant du nouveau si&#232;cle a &#233;t&#233; marqu&#233; par des vagues de r&#233;gularisations &#171; massives &#187; provisoires dans plusieurs pays europ&#233;ens [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-5&quot; name=&quot;nh6-5&quot; id=&quot;nh6-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] Espagne : 405 000 en 2002, 578 000 sur 691 000 en 2005. Italie : 227 (...)' &gt;5&lt;/a&gt;]. Si l'Etat suit toujours ses propres logiques, les sans papiers ont pu, par leur lutte, se frayer un passage et influencer les crit&#232;res de r&#233;gularisation ou acc&#233;l&#233;rer leur rythme. On avait assist&#233; au m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne pour des &#171; grandes lois sociales &#187;, certaines ayant &#233;t&#233; acquises au prix du sang, d'autres pour acheter la paix sociale ou tout bonnement octroy&#233;es en fonction des besoins du capital, pour fixer la main d'&#339;uvre et augmenter la consommation int&#233;rieure. Le d&#233;bat avait alors aussi fait rage au sein de la classe ouvri&#232;re entre des revendications qui accompagnaient ou devan&#231;aient le mouvement du capital d'un c&#244;t&#233;, et les tentatives insurrectionnelles d'un autre. Nombre de r&#233;volutionnaires n'acceptaient alors ces revendications que dans un but d'agitation permanente tout en posant que la question sociale ne pourrait pas &#234;tre r&#233;solue dans le cadre capitaliste.
&lt;br /&gt;Avant ces vagues de r&#233;gularisation, les &#201;tats &#233;taient en fait partag&#233;s entre deux logiques contradictoires : d'une part l'afflux plus important d'immigr&#233;s en situation irr&#233;guli&#232;re r&#233;pondait &#224; un besoin r&#233;el de main d'&#339;uvre flexible (b&#226;timent, restauration, nettoyage, agriculture, h&#244;tellerie, domesticit&#233;) dans des &#233;conomies &#224; la population vieillissante, d'autre part cette population en partie m&#233;connue (dans les pays d'immigration r&#233;cente comme l'Espagne et l'Italie), mais surtout par nature beaucoup moins g&#233;rable, entravait la volont&#233; drastique de gestion de l'ordre public. Si ce point a &#233;t&#233; rapidement trait&#233;, notamment par une collaboration plus &#233;troite entre les diverses autorit&#233;s (aussi bien &#224; travers des &#233;changes de bons services entre imams et pr&#233;fets que par une r&#233;partition des t&#226;ches entre les diff&#233;rentes mafias immigr&#233;es et autochtones, malgr&#233; quelques premiers jeux sanglants li&#233;s &#224; une concurrence in&#233;vitable), la question des besoins de main d'&#339;uvre a &#233;t&#233; r&#233;solue par une corr&#233;lation plus &#233;troite entre flux migratoires et march&#233; du travail. Une des tendances lourdes au niveau europ&#233;en semble en effet viser &#224; une gestion au plus pr&#232;s, align&#233;e en temps r&#233;el sur les besoins de l'exploitation. Cette forme qui lie strictement carte de s&#233;jour et contrat de travail pour les nouveaux arriv&#233;s vient s'ajouter &#224; la forme classique de travail des migrants, le travail au noir, et viserait &#224; terme &#224; s'y substituer, dans le cadre d'une r&#233;organisation des pr&#233;carit&#233;s salari&#233;es qui s'&#233;tend &#224; tout le monde.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'Etat a ainsi quasi tari la reconnaissance de l'asile politique, durci le regroupement familial ou l'acquisition de la citoyennet&#233; par le mariage, supprim&#233; les cartes de long s&#233;jour (celle de 10 ans en France), tandis qu'il &#233;tendait d'un autre c&#244;t&#233; sa main de fer sur les fich&#233;s volontaires d&#233;bout&#233;s des r&#233;gularisations et s'orientait vers ce qu'un Pr&#233;sident a d&#233;fini comme une &#171; immigration choisie &#187;. On en revient donc au temps o&#249; les sergents-recruteurs des patrons chargeaient directement par camions entiers des immigr&#233;s dans les villages en fonction de leurs besoins. La formule moderne veut simplement une rationalisation de ce recrutement aux fronti&#232;res en cogestion entre les &#201;tats et les employeurs [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-6&quot; name=&quot;nh6-6&quot; id=&quot;nh6-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] Les quotas nationaux liant strictement immigration et travail existent (...)' &gt;6&lt;/a&gt;], la main d'&#339;uvre n'&#233;tant en rien destin&#233;e &#224; rester et &#224; s'installer. En m&#234;me temps, les diff&#233;rents &#201;tats construisent donc des camps aux fronti&#232;res ext&#233;rieures de l'Europe, pour ceux qui n'auront pas eu la bonne gr&#226;ce d'&#234;tre s&#233;lectionn&#233;s par les nouveaux n&#233;griers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car il y a tous les autres. Tous ceux qui se sont vu refuser le pr&#233;cieux s&#233;same et ceux qui continuent d'arriver. L&#224; se situe tout l'enjeu du changement d'&#233;chelle dans la rationalisation polici&#232;re du syst&#232;me d'expulsion qui, pour ceux qui auront franchi le sas des zones d'attentes et le racket des passeurs et autres mafias, part des rafles, continue avec la multiplication des camps, et se termine par des d&#233;portations qui se veulent plus massives, quotas nationaux ou charters europ&#233;ens &#224; la cl&#233;. Personne ne se fait pourtant d'illusions : tant que les causes &#233;conomiques persisteront, et malgr&#233; tous les dispositifs du monde (comme on le voit &#224; la fronti&#232;re entre le Mexique et les Etats-Unis o&#249; un mur de 1200 km est en construction) qui ne font que rench&#233;rir le passage et augmenter le nombre de morts, le nombre d'immigr&#233;s sans-papiers continuera d'augmenter. Ce ne serait qu'au prix d'une multiplication des d&#233;portations que l'Etat pourrait r&#233;ellement appliquer ses lois en mati&#232;re d'&#233;loignement forc&#233; du territoire. Mais l&#224; n'est pas la question, car ces dispositifs ont pour principal objectif non pas d'expulser tous les sans-papiers, mais de terroriser l'ensemble de la main d'&#339;uvre immigr&#233;e (celle qui est r&#233;gularis&#233;e et celle qui est s&#233;lectionn&#233;e pour des dur&#233;es de s&#233;jour toujours plus courtes), afin de la maintenir dans des conditions d'exploitation proches de celles qu'elle a fuies (des d&#233;localisations internes en quelque sorte) tout en faisant pression &#224; la baisse sur l'ensemble des conditions d'exploitation. Le pr&#233;texte raciste servant quant &#224; lui &#233;galement &#224; d&#233;ployer un arsenal de contr&#244;le social qui touche tout le monde.
&lt;br /&gt;N'oublions pas non plus que quelque chose est en train de changer dans la nature m&#234;me des migrations. Le capitalisme industriel d&#233;pla&#231;ait des forces de travail comme des pions sur un jeu. La logique &#233;tait simple : ici on a trop de force de travail et l&#224; ils en ont besoin. S'il n'y avait pas trop de besoins, d'autres aspects de cette politique de gestion de population entraient en ligne de compte. Mais cette forme sp&#233;cifique de migration s'est transform&#233;e avec les restructurations du syst&#232;me &#233;conomique et les cons&#233;quences de la croissance industrielle. Ainsi, on commence &#224; se rendre compte qu'il n'y a souvent plus de point de d&#233;part ni de destination. Les premiers sont d&#233;vast&#233;s par la famine, les guerres, les d&#233;sastres tandis que les secondes changent continuellement. Les migrations deviennent alors plus un parcours interminable entre diff&#233;rents &#233;tapes ; et ne se limitent pas au passage d'un point A &#224; un point B. Ces nouvelles formes de migration ne sont pas seulement d&#233;termin&#233;es par les besoins d'un capital toujours plus flexible et adaptable.Des millions de gens, d&#233;racin&#233;s par la d&#233;vastation des endroits o&#249; ils sont n&#233;s, errent sur cette plan&#232;te, corv&#233;ables &#224; merci. Et les dispositifs de gestion sont bien visibles : les camps humanitaires de r&#233;fugi&#233;s, les camps aux fronti&#232;res, les bidonvilles et les favelas. Face &#224; cette nouvelle donne, les luttes autour des r&#233;gularisations semblent poser peu de questions&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'exemple belge nous fournit une bonne illustration des impasses actuelles de la lutte pour des r&#233;gularisations. Lorsque la tension montait en 1998 autour des centres ferm&#233;s, l'Etat s'est fait &#224; la fois lion et renard. En lion, il a d&#233;cha&#238;n&#233; sa r&#233;pression contre les secteurs les plus rebelles du mouvement (assassinat de Semira Adamu [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-7&quot; name=&quot;nh6-7&quot; id=&quot;nh6-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] Depuis des mois, des compagnons d&#233;veloppaient depuis l&amp;#39;ext&#233;rieur (...)' &gt;7&lt;/a&gt;] qui se battait f&#233;rocement &#224; l'int&#233;rieur des centres, perquisitions et arrestations de camarades actifs dans cette lutte). En renard, il s'est engag&#233; &#224; n&#233;gocier des r&#233;gularisations avec l'autre partie du mouvement. Il est &#233;vident que r&#233;clamer des r&#233;gularisations, &#224; part que &#231;a revient &#224; r&#233;clamer l'int&#233;gration, requiert une certaine cr&#233;dibilit&#233;, celle d'un interlocuteur reconnu. En peu de temps, c'est ainsi que ce mouvement a &#233;t&#233; torpill&#233;. Les r&#233;gularisations, qui &#233;taient au d&#233;part une r&#233;ponse de l'Etat &#224; une tension et une agitation qui contestaient l'ensemble de sa politique en mati&#232;re d'immigration (avec des slogans pour la fermeture de tous les camps ou la libre circulation), sont vite devenues le but &#224; atteindre pour la plupart des groupes d'immigr&#233;s. Au lieu d'obliger l'Etat &#224; conc&#233;der des r&#233;gularisations par la lutte, les collectifs se sont engouffr&#233;s dans la br&#232;che et ont entam&#233; un dialogue suivi de n&#233;gociations, attirant une armada de n&#233;gociateurs professionnels et de charlatans juridiques cens&#233;s r&#233;soudre les probl&#232;mes. Avec la r&#233;pression d'un c&#244;t&#233; et le d&#233;but d'un dialogue bureaucratique de l'autre, la dynamique &#233;tait bris&#233;e, et ni les automutilations successives (comme les gr&#232;ves de la faim hors des camps) ou les plus basses humiliations ne seront par la suite suffisantes pour arracher ce qui avait &#233;t&#233; &#224; l'&#233;poque dans une certaine mesure une r&#233;ponse de l'Etat &#224; l'agitation, r&#233;ponse suivie d'une rationalisation des centres ferm&#233;s et d'une adaptation plus forte de l'octroi des permis de s&#233;jour aux besoins de l'&#233;conomie (l'Etat leur a m&#234;me attribu&#233; des couleurs diff&#233;rentes).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La situation actuelle, avec le cycle occupations/gr&#232;ves de la faim/expulsions, nous a emp&#234;tr&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es dans des exp&#233;riences de luttes qui offrent peu de possibilit&#233;s de d&#233;passement dans une perspective que nous pouvons partager : des exp&#233;riences d'auto-organisation qui ne tol&#232;rent ni politiciens ni leaders syndicaux ou religieux, d'actions directes qui permettent de cr&#233;er un rapport de force r&#233;el et d'identifier l'ennemi de classe sous tous ses aspects. Ce constat nous met face au besoin et au d&#233;sir de d&#233;velopper une projectualit&#233; subversive qui part sur nos bases plut&#244;t que de rechercher le d&#233;passement, qui semble toujours plus lointain, de luttes bas&#233;es sur la revendication de r&#233;gularisations. Cette projectualit&#233; pourrait trouver ses premiers points d'ancrage dans la r&#233;volte de fait partag&#233;e entre ceux qui luttent pour la destruction des centres et ceux qui, comme les rebelles de Vincennes et Steenokkerzeel, ont mis en acte la critique de l'enfermement et ont bout&#233; le feu &#224; leur prison.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Contre la machine &#224; expulser&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Face &#224; ces difficult&#233;s surgit alors un d&#233;bat qui court jusqu'&#224; aujourd'hui, celui de la solidarit&#233;. Nombre de camarades d&#233;fendent en effet la n&#233;cessit&#233; de notre pr&#233;sence &#224; tout prix au sein des groupes d'immigr&#233;s, jusqu'&#224; ce que couleuvre apr&#232;s couleuvre, ils finissent souvent par se retirer d&#233;go&#251;t&#233;s de toute lutte de ce type. Les justifications sont vari&#233;es et sont souvent plus marqu&#233;es par le confort des recettes sans imagination ou par l'activisme mouvementiste que par un r&#233;el d&#233;sir de subversion. L&#224; encore, si le caract&#232;re collectif d'une action n'est pas pour nous un crit&#232;re, nous comprenons le besoin que peuvent ressentir certains compagnons de &#171; rompre l'isolement &#187;. Cependant, nous doutons que ceci passe par le fait de se retrouver dans des r&#233;unions interminables &#224; une trentaine enferm&#233;s dans un squat ou un foyer avec des sans-papiers et des gauchistes. Nous serions plut&#244;t enclins &#224; d&#233;velopper un projet propre et nous retrouver alors sur nos bases.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tant que la solidarit&#233; ne peut &#234;tre comprise que comme rapport de soutien avec certaines cat&#233;gories sociales, elle restera une illusion. M&#234;me si elle se dote de m&#233;thodes plus radicales, elle restera &#224; la remorque d'un conflit dont ni les bases, ni les m&#233;thodes, ni les perspectives ne nous conviennent. La seule justification consiste alors &#224; pr&#233;tendre qu'en participant &#224; ces conflits, on pourrait &#171; radicaliser &#187; les gens parce que leur condition sociale les am&#232;nerait &#224; partager nos id&#233;es. Tant que ce concept de &#171; radicalisation &#187; sera interpr&#233;t&#233; comme un travail de missionnaires qui essayent de faire avaler leurs id&#233;es aux autres, elle restera dans l'impasse qu'on voit partout gagner du terrain. La &#171; radicalisation &#187; peut cependant &#224; l'inverse &#234;tre comprise comme une ouverture envers d'autres, autour de notre propre dynamique, et donc en gardant l'autonomie de notre projectualit&#233;. Mais ceci exige que pour &#234;tre &#171; ensemble &#187; dans une lutte et avancer tant au niveau des perspectives qu'au niveau des m&#233;thodes, il y ait d&#233;j&#224; une affinit&#233; de base, une premi&#232;re rupture, un premier d&#233;sir qui va au-del&#224; des revendications habituelles. C'est ainsi que notre exigence de r&#233;ciprocit&#233; peut prendre sens. Plut&#244;t que de continuer un lien qui n'a d'autre raison d'&#234;tre que de maintenir la fiction d'un sujet politique qui aurait, au nom de son statut de principale victime, le monopole de la raison et de donc de la lutte, il nous reste bien d'autres pistes &#224; explorer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour &#234;tre plus clairs, on pourrait dire que la solidarit&#233; n&#233;cessite une reconnaissance r&#233;ciproque dans les actes et/ou dans les id&#233;es. Il est en effet difficile d'&#234;tre solidaire avec un sans-papier &#171; en lutte &#187; qui revendique sa r&#233;gularisation et celle de sa famille sans &#234;tre aucunement int&#233;ress&#233; par une perspective de destruction des centres de r&#233;tention. Peut-&#234;tre pourrait-on encore se retrouver de fait, mais &#231;a serait alors sur une seule base pratique : nous n'avons pas besoin d'analyser les motifs et les perspectives qui poussent quelqu'un &#224; se r&#233;volter pour nous reconna&#238;tre au moins en partie dans des gestes d'attaque qui s'en prennent directement aux responsables de cette mis&#232;re. Il en va de m&#234;me pour la plupart des luttes interm&#233;diaires : l'int&#233;r&#234;t de participer &#224; un conflit dans une usine qui part sur des revendications salariales et ne d&#233;borde pas l'encadrement syndical ni ne d&#233;veloppe le moindre germe d'action directe est tr&#232;s limit&#233;. Limit&#233; parce qu'il n'y a simplement pas de base sur laquelle se retrouver. Quand par contre ces m&#234;mes ouvriers passent au sabotage (m&#234;me s'ils le consid&#232;rent simplement comme un outil pour faire pression sur le patronat) ou mettent &#224; la porte leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s (m&#234;me si c'est simplement parce qu'ils se sentent trahis), de nouvelles possibilit&#233;s communes s'ouvrent&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc, au lieu d'en rester &#224; des slogans de plus en plus vagues de &#171; solidarit&#233; avec les immigr&#233;s / en lutte &#187; (mais quelle lutte ?), nous pourrions d&#233;velopper une projectualit&#233; contre les centres de r&#233;tention avec les m&#233;thodes et les id&#233;es qui nous sont propres et qui est subversive dans le sens o&#249; elle remet en question les fondements de ce monde (l'exploitation et la domination). Cette projectualit&#233; serait alors autonome, et elle serait renforc&#233;e par et renforcerait &#224; leur tour tous les gestes de r&#233;volte qui se d&#233;marquent vivement de la r&#233;signation g&#233;n&#233;ralis&#233;. Encore une fois, s'il n'existe pas de recettes, il importe aujourd'hui de sortir des impasses d'un activisme plus ou moins humaniste qui voudrait mettre en sourdine toute autonomie radicale au profit d'une agitation qui ne ferait que suivre les &#233;ch&#233;ances du pouvoir ou les logiques des seuls acteurs suppos&#233;s l&#233;gitimes des luttes, alors que c'est la libert&#233; de tous qui est par exemple en jeu avec les rafles. Tout comme il importe aussi de proposer des perspectives qui, au-del&#224; des objectifs partiels d&#233;velopp&#233;s dans ces luttes interm&#233;diaires, soient capables d'&#233;largir la question en proposant un horizon qui remette enfin en question l'ensemble de ce monde et de ses horreurs, c'est-&#224;-dire capables de poser &#224; chaque fois la question de la domination et de l'exploitation. Les attaques diffuses seraient au c&#339;ur de cette projectualit&#233;, offrant non seulement l'avantage de d&#233;passer l'impuissance ressentie face aux murs et aux barbel&#233;s des camps ou face &#224; un dispositif policier qui sait s'adapter en mati&#232;re de rafles et compter sur la passivit&#233; et la peur des passants, mais aussi et surtout l'int&#233;r&#234;t de pouvoir &#224; la fois d&#233;velopper notre propre temporalit&#233;, rendre vuln&#233;rables aux yeux de tous les dispositifs de la machine &#224; expulser qui se trouvent &#224; tous les coins de rue, et offrir des possibilit&#233;s d'action r&#233;elles &#224; tout un chacun, quel que soit le nombre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Des internationalistes enthousiastes&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;A propos des manipulations et tergiversations autour de notre compagnon Mauri&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;sirant faire bonne figure et/ou se d&#233;marquer, de nombreux groupes ont &#233;crit des communiqu&#233;s sur &lt;a href=&quot;http://www.non-fides.fr/spip.php?breve42&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Mauricio Morales&lt;/a&gt;, disant n'importe quoi sur lui, des communiqu&#233;s que nous n'avons bien s&#251;r pas publi&#233;s. Dans le texte suivant, il est question de la manipulation et des envies de se p&#226;mer par rapport &#224; la mort de notre fr&#232;re Mauri. L'affinit&#233; avec ce communiqu&#233; est une simple co&#239;ncidence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au-del&#224; de l'image grossi&#232;re qu'ont voulu donner les moyens de communication de la bourgeoisie, et qui ne nous int&#233;resse gu&#232;re, ce texte a pour but de marquer les diff&#233;rences avec des groupes qui ont exprim&#233; dans des communiqu&#233;s [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-8&quot; name=&quot;nh6-8&quot; id=&quot;nh6-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[8] Nous en citerons certains, mais ces lignes s&amp;#39;adressent &#233;galement (...)' &gt;8&lt;/a&gt;] certaines supercheries quant aux id&#233;es de Mauri, et au moteur qui l'a pouss&#233; &#224; l'offensive directe contre le capital.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premi&#232;rement, il est pour nous r&#233;ellement choquant de voir comment, &#224; peine parti, un compagnon, un fr&#232;re, peut se transformer en slogan. Nous savons que les circonstances de sa mort rendent ce processus in&#233;vitable, et qu'il nous faut prendre le temps de dig&#233;rer cette situation. Le probl&#232;me, ce n'est pas qu'on en parle &#8211;c'est m&#234;me n&#233;cessaire dans ces moments-l&#224;&#8211;, mais c'est plut&#244;t les magouilles d&#233;go&#251;tantes auquelles se livrent certains groupes avides de faire bonne figure. Ils se posent d'abord comme compagnons, puis se lancent dans des discours qui nous sont insupportables, et face auxquels Mauri n'aurait gu&#232;re tard&#233; &#224; affirmer : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;NOUS NE SOMMES PAS CAMARADES !&lt;/i&gt; &#187;.
&lt;br /&gt;On a dit de lui qu'il &#233;tait un combattant social, qu'il aimait son peuple, qu'il voulait changer le monde. Eh bien, nous leur r&#233;pondons qu'en r&#233;alit&#233; il ha&#239;ssait cette soci&#233;t&#233;, et que son but &#233;tait de la d&#233;truire. Nous ne pr&#233;tendons pas parler pour lui, mais les raisons qui nous ont amen&#233;es &#224; construire une affinit&#233; dans la vie et au quotidien avec lui ont pr&#233;cis&#233;ment &#233;t&#233; des aspirations de libert&#233; imm&#233;diate, loin de ceux qui pr&#234;chent l'attente de quelque changement dans cette soci&#233;t&#233; d&#233;j&#224; pourrie par l'autoritarisme. C'est pour cela que nous d&#233;clarons avec fermet&#233; que nous ne sommes pas &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;du m&#234;me c&#244;t&#233; de la barricade&lt;/i&gt; &#187; [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-9&quot; name=&quot;nh6-9&quot; id=&quot;nh6-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[9] Communiqu&#233; du Frente de Estudiantes Libertarios (FEL), 28 mai (...)' &gt;9&lt;/a&gt;] : nous pensons que ceux qui tentent de contr&#244;ler les aspirations insurrectionnelles en les calmant avec les r&#233;formismes et en les canalisant vers l'&#233;ternel travail de conscientisation des masses travaillent directement pour le projet de la bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Deuxi&#232;mement, nous croyons fermement dans l'affinit&#233; comme m&#233;thode d'action contre le Capital, et de relation r&#233;elle entre nous. Il ne nous int&#233;resse ni de former des f&#233;d&#233;rations, ni des groupes avant-gardistes qui pr&#233;tendent devenir des r&#233;f&#233;rents, d&#233;passant le localisme pour se transformer en soutien d'un mouvement prol&#233;taire mondial [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-10&quot; name=&quot;nh6-10&quot; id=&quot;nh6-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[10] Id&#233;e d&#233;fendue par le C&#237;rculo Internacional de Comunistas (...)' &gt;10&lt;/a&gt;]. D'autre part, et parall&#232;lement &#224; cela, oui nous pensons que la r&#233;volte g&#233;n&#233;ralis&#233;e aura lieu comme cons&#233;quence imminente de l'&#233;vidente agressivit&#233; du capitalisme qui d&#233;vaste nos vies jusqu'&#224; les r&#233;duire &#224; n&#233;ant. Nous savons que les instincts les plus animaux qui r&#233;clament la libert&#233; vont se multiplier comme la peste noire, &#233;tendant la r&#233;volte partout, et que nous sentirons alors l'affinit&#233; avec toutes celles et ceux avec lesquels nous partageons le m&#233;pris de cette soci&#233;t&#233;. Et, complices, nous danserons ensemble sur son cadavre quand nous l'aurons d&#233;truite, sans avoir au pr&#233;alable &#224; diriger quoi que ce soit, ni &#224; construire des relations fictives qui ne font que sublimer le pouvoir que chacun d'entre nous entretient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Troisi&#232;mement, nous assumons la r&#233;pression polici&#232;re comme cons&#233;quence de l'affrontement direct et frontal que nous livrons au pouvoir bourgeois, de la m&#234;me mani&#232;re que nous assumons la mort de Mauri. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ni lui ni nous ne sommes des victimes&lt;/i&gt;. Il n'y a rien &#224; attendre de l'Etat, et la posture de ceux qui rejettent la r&#233;pression et la criminalisation du mouvement anarchiste nous semble illusoire. Qu'esp&#232;rent-ils ? Des fleurs ? Et bien, nous devons les informer qu'il ne s'agit pas ici du jeu romantique de la r&#233;volution, et que c'est une guerre qu'il nous faut livrer enti&#232;rement. Quiconque choisit le capitalisme comme ennemi doit avancer avec d&#233;termination, le pas assur&#233;, pour ne pas tr&#233;bucher sur la mort. Rappelons aussi que leur premi&#232;re ligne de bataille est form&#233;e par une police qui poss&#232;de des armes, inutile ici d'&#233;num&#233;rer tous les cas o&#249; ils les ont utilis&#233;es. Quiconque attaque le pouvoir doit en conna&#238;tre les cons&#233;quences.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;pression a pour finalit&#233; la peur. Quand un &#234;tre humain a peur, il peut &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;potentiellement&lt;/i&gt; faire des choses qu'il n'imagine pas. C'est son instinct de survie qui prime. Affrontons la peur et transformons-la en action, ce n'est qu'ainsi que nous pourrons parvenir &#224; une r&#233;volte g&#233;n&#233;rale qui d&#233;passe leurs moyens r&#233;pressifs. Face &#224; eux, nous ne devons pas rester paralys&#233;s, ce serait la pire des d&#233;routes. C'est pourquoi nous disons &#224; ceux qui consid&#232;rent que les actions violentes contre les institutions sont contre-r&#233;volutionnaires (puisqu'elles ne feraient qu'accentuer la r&#233;pression), que tout est r&#233;pression, et qu'elle est aigu&#235; depuis bien longtemps ; mais aussi que toute action, du fait de penser &#224; la libert&#233; jusqu'&#224; s'arr&#234;ter de travailler, de squatter une maison jusqu'&#224; poser une bombe, am&#232;ne de la r&#233;pression. Si vous la craignez, continuez &#224; penser et &#224; r&#234;ver l'utopie du grand soir, &#224; &#233;laborer une fausse critique et &#224; rester de simples spectateurs de votre vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, nous saluons toutes &lt;a href=&quot;http://www.non-fides.fr/spip.php?article500&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;les actions r&#233;alis&#233;es en diff&#233;rents endroits du monde par ceux qui ont aussi cette flamme au c&#339;ur&lt;/a&gt;, une flamme qui parcourt nos veines et qui nous dit chaque jour que nous sommes vivants. Que Mauri l'est aussi avec nous, puisque les morts sont ceux qui ont d&#233;j&#224; perdu leur vie en en faisant l'offrande &#224; cette machine appel&#233;e civilisation.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Groupe r&#233;duit d'individus sauvages&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#234;me si tu bois la tasse, il faut continuer &#224; nager si tu ne veux pas que le courant t'emporte&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;le 3 juin 2009&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'Anarchisme contre l'antifascisme&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis 1945 r&#232;gne dans les pays anciennement fascistes un mythe structurant. D&#233;livr&#233;s du joug de l'&#233;pisode fasciste de l'Etat, et aussit&#244;t pass&#233;s &#224; l'&#233;pisode d&#233;mocratique, la condition des habitants de ces pays aurait &#233;t&#233; radicalement boulevers&#233;e. Beaucoup s'en r&#233;jouissent encore aujourd'hui, une cinquantaine d'ann&#233;es de pacification sociale plus tard, en t&#233;moigne les nombreuses manifestations et comm&#233;morations annuelles inscrites au calendrier de tout bon Etat qui se respecte. Les exploit&#233;s, les ind&#233;sirables auraient alors miraculeusement chang&#233; de condition. &lt;br /&gt;Ce mythe est le mythe de la lib&#233;ration de 45, c'est le mythe antifasciste, nous allons tenter d'en d&#233;gager quelques traits.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a dans cette mythologie, comme dans toute mythologie, une illusion qui pourchasse la raison. Les ind&#233;sirables extermin&#233;s, massacr&#233;s, tortur&#233;s &#224; mort sous le r&#233;gime fasciste et ceux enferm&#233;s, exploit&#233;s, expuls&#233;s, contamin&#233;s, g&#233;n&#233;tiquement fich&#233;s sous le r&#233;gime d&#233;mocratique n'ont en fait jamais chang&#233; de condition, ils n'ont chang&#233; que de conditions de vie. &lt;br /&gt;Chaque r&#233;gime a eu ses cat&#233;gories d'ind&#233;sirables, parfois les m&#234;mes. Chaque groupement humain autoritaire a poss&#233;d&#233; ses esclaves, ses ennemis, son langage sp&#233;cifique, ses tendances &#224; la domestication, sa part de servitude volontaire et son arsenal punitif. De la tribu primitive au fascisme, de la d&#233;mocratie &#224; la tyrannie. Il suffit que le principe d'autorit&#233; surgisse pour qu'un contrat plus ou moins forc&#233;, qu'il soit &#171; laxiste &#187; ou enti&#232;rement coercitif, soit scell&#233; par ceux qui d&#233;tiennent le moindre pouvoir et ceux que la faiblesse mat&#233;rielle et sociale encage aux confins de la domination.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les cons&#233;quences de ce mythe sont multiples et nombreuses, elles sont tellement ancr&#233;e depuis les bagnes scolaires jusqu'aux bagnes fun&#232;bres que s'en d&#233;faire rel&#232;ve d'une d&#233;construction profonde, et pour beaucoup, douloureuse. Mais essayons tout de m&#234;me de poser quelques notes sur ce sujet.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1.	Attaquer dans le but de causer des d&#233;g&#226;ts au pouvoir et jeter le d&#233;sordre en son sein pour l'affaiblir tant id&#233;ologiquement que mat&#233;riellement.
&lt;br /&gt;2.	Accentuer les conflictualit&#233;s pour tracer des lignes de d&#233;marcation nettes et belliqueuses entre les partisans de la libert&#233; sans concession et les partisans de la domination et du pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces deux moyens ont toujours &#233;t&#233; de fa&#231;on compl&#233;mentaire et pour beaucoup d'anarchistes, des cartes &#224; jouer pour assouvir notre faim effr&#233;n&#233;e de libert&#233;. C'est ce qu'ont fait de nombreux anarchistes des temps pr&#233;-d&#233;mocratiques sous les divers fascismes, de l'Europe (Gr&#232;ce, Italie, Espagne, Portugal, France&#8230;) &#224; L'Am&#233;rique Latine (Chili, Argentine, Guatemala&#8230;). Avec des moyens plus ou moins radicaux : du sabotage &#224; la diffusion de tracts et de placards muraux, de l'utilisation d'engins explosifs ou incendiaires &#224; l'&#233;dition de journaux. Beaucoup se sont &#233;lanc&#233;s &#224; corps perdu dans cette lutte, beaucoup l'ont pay&#233; au prix de leur vie ou de leur libert&#233;, ce qui revient au m&#234;me, et beaucoup d'entre eux sans ne jamais rien attendre d'autre en retour que le triomphe de l'id&#233;e anti-autoritaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Seulement, ils sont moins nombreux, ceux qui identifi&#232;rent leur ennemi irr&#233;conciliable avec justesse, ceux pour qui la b&#234;te immonde &#224; abattre &#233;tait le pouvoir, et non le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mode de gestion&lt;/i&gt; du pouvoir, aussi fasciste soit-il. Peu nombreux aussi ceux qui n'ont pas baiss&#233; les armes lorsqu'en face la d&#233;mocratie venait d'h&#233;riter de l'arsenal scientifique, mat&#233;riel et id&#233;ologique du fascisme dans une m&#234;me continuit&#233; de la domination &#233;tatique et &#233;conomique.
&lt;br /&gt;Il y en eut qui n'abaiss&#232;rent pas les armes apr&#232;s la passation de pouvoir, les r&#233;cits sont discrets mais nombreux. Belgrado Pedrini [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-11&quot; name=&quot;nh6-11&quot; id=&quot;nh6-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[11] Condamn&#233; &#224; mort par le fascisme, Pedrini se voit lib&#233;r&#233; en 1944 de la (...)' &gt;11&lt;/a&gt;] est de ceux qui furent &#171; bandits &#187; sous Mussolini, parce qu'ils s'insurg&#232;rent contre l'ordre fasciste, et &#171; criminels &#187; au sortir de la guerre, parce qu'ils refus&#232;rent de s'en remettre aux autorit&#233;s d&#233;mocratiques issues de la R&#233;sistance. il y en avait qui, malgr&#233; le fait qu'ils n'aient pas surv&#233;cu au fascisme, essayaient d&#233;j&#224; d'attirer l'attention sur le fait que l'ennemi v&#233;ritable &#233;tait le pouvoir et non le fascisme, comme Severino Di Giovanni, insistant lui, sur le fait que les puissants, fascistes ou non, sont toujours les m&#234;mes : &#171; Avec eux, il ne pourra jamais y avoir de r&#233;conciliation. Au m&#234;me titre que les phalanges &#224; t&#234;te de mort d'aujourd'hui, ils ont hier (oui, eux, les antifascistes d'aujourd'hui, les opposants et r&#233;fugi&#233;s politiques, ceux qui ont v&#233;g&#233;t&#233; dans les marais m&#233;phitiques de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente) &#233;t&#233; des maquereaux, ils ont v&#233;cu dans les coulisses du Viminal [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-12&quot; name=&quot;nh6-12&quot; id=&quot;nh6-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[12] Le palais pr&#233;sidentiel italien.' &gt;12&lt;/a&gt;] ou dans les chambres du parlement, appuyant ou soutenant le r&#233;gime et ses infamies. &#187; [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-13&quot; name=&quot;nh6-13&quot; id=&quot;nh6-13&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[13] Dans Il nostro antifascismo, extrait de Culmine N&#176;16, 23 d&#233;cembre (...)' &gt;13&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il leur aura fallu dissiper l'&#233;cran de fum&#233;e fasciste pour leur permettre d'identifier les jeux de pouvoirs qui derri&#232;re le rideau, tiraient les ficelles. Le fascisme est au pouvoir ce que le dialecte est au langage, un simple mode d'expression parmi d'autres, et ces autres sont la dictature, la th&#233;ocratie, le communisme et la d&#233;mocratie. C'est la d&#233;mocratie qui de nos jours, a su se rendre le meilleur mode de gestion politique et social du capitalisme occidental. C'est aussi pour cette raison que le fascisme a fait son temps. Il ne reste de lui qu'une brumeuse nostalgie dans les esprits de quelques imb&#233;ciles bien trop isol&#233;s et inconstants pour menacer la d&#233;mocratie ; qu'ils d&#233;ambulent en costard de politicien ou munis d'une batte de base-ball ne semble rien changer &#224; l'affaire. La d&#233;mocratie a ent&#233;rin&#233; la d&#233;faite des modes de gouvernement omni-coercitifs en occident. Si nous nous foutons de la vie des quelques fascistes d'aujourd'hui, et cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas les combattre eux aussi, nous nous sentons bien plus concern&#233;s par la d&#233;g&#233;n&#233;rescence et la r&#233;cup&#233;ration d'un antifascisme de lutte contre le pouvoir des ann&#233;es pr&#233;-d&#233;mocratiques par un antifascisme nouveau cru et vid&#233; de tout sens.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cet antifascisme l&#224;, n'est en fait rien d'autre qu'une sc&#232;ne culturelle, un milieu avec une identit&#233; communautaire tel que les ann&#233;es 80/90s ont tant su en produire : Skaters, gothiques, fans de jeux-vid&#233;os, traders, satanistes, technophiles, new-borns, ravers, baby-boomers, v&#233;liplanchistes et je ne sais quoi d'autre encore. L'autoproclam&#233; antifascisme est aujourd'hui devenu, comme tous ceux cit&#233;s avant, un vulgaire mode de consommation collectif et &#233;ph&#233;m&#232;re. L'on est antifasciste quelques ann&#233;es avant de devenir trader ou m&#233;canicien. Parfois on le reste &#233;ternellement comme d'autres d&#233;dient leurs vies &#224; Michael Jackson, &#224; leur collection de boite d'allumettes ou &#224; leur travail.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout d'abord le code vestimentaire, du lacet au cale&#231;on, il y a les marques conseill&#233;es et les marques bannies &#8211; le plus souvent parce qu'elles sont d&#233;j&#224; r&#233;serv&#233;es par la communaut&#233; oppos&#233;e : les n&#233;o-fascistes - le gang adverse de celui des n&#233;o-antifascistes, vous suivez ? Ensuite il y a le lien social : les f&#234;tes, les bars, squats et salles de concert attitr&#233;s, tout autant d'occasions d'&#233;prouver son style et son charisme au devant de l'alt&#233;rit&#233; intra-communautaire. Aussi la musique officielle et les all&#233;geances collectives aux divers outils de la domestication tels que les syndicats ; l'antifasciste va choisir tel ou tel syndicat -celui que son identit&#233; communautaire lui sugg&#232;re- de la m&#234;me mani&#232;re qu'un nationaliste corse au supermarch&#233; va choisir un fromage corse parmi une centaine d'autres. Puis une bonne dose de mythomanie, de mythologie et de peopolisation &#224; propos des affrontements de rue avec l'ennemi fantasm&#233; tentaculaire afin de justifier l'antifascisme au-del&#224; de son obsolescence manifeste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y en a d'autres encore, de ces &#233;l&#233;ments qui font que l'antifascisme aujourd'hui n'est plus qu'un simple loisir. Avec la mort du fascisme, on a du maintenir l'anti-fascisme sous respiration artificielle, et avec un acharnement th&#233;rapeutique sans barri&#232;res, jusqu'&#224; ce que l'on aboutisse &#224; cet avatar d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#224; la fois de la soci&#233;t&#233; de consommation et de la nostalgie d'une lutte offensive contre le pouvoir. Alfredo Bonanno nous raconte, apr&#233;s avoir soulign&#233; l'importance de la m&#233;moire et de la transmission des anciens qui ont combattu le fascisme les armes &#224; la main : &#171; Je comprends moins ceux qui un demi-si&#232;cle plus tard et n'ayant pas v&#233;cu ces exp&#233;riences (ne se trouvant donc pas prisonniers de ces &#233;motions) empruntent des explications qui n'ont plus aucune raison d'exister et qui ne sont souvent rien de plus qu'un simple &#233;cran de fum&#233;e derri&#232;re lequel se cacher confortablement. Je suis anti-fasciste !, vous jettent-ils &#224; la figure comme une d&#233;claration de guerre, et vous ? &#187; [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-14&quot; name=&quot;nh6-14&quot; id=&quot;nh6-14&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[14] Dans le texte Che ne facciamo dell&amp;#39;antifascismo ?, publi&#233; dans (...)' &gt;14&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si de nombreux r&#233;volutionnaires se tournent vers un futur trop lointain, donc impalpable, les antifascistes eux, sont tourn&#233;s vers un pass&#233; tout aussi impalpable. Vers des &#233;motions qui ont &#233;t&#233; v&#233;cues par nos anciens, les rares survivants de ces temps r&#233;volus. Si ils ont tant de choses &#224; raconter, il n'y a pour autant plus aucun antifasciste pour les &#233;couter. C'est que nos anciens sont des ennemis de l'&#201;tat, anarchistes, qu'ils ne sont donc pas c&#233;l&#233;br&#233;s chaque ann&#233;e par l'&#201;tat, et sont donc inconnus de tous ceux qui ne s'y sont pas int&#233;ress&#233;s de fa&#231;on autonome et individuelle. C'est ainsi que nos antifascistes se tournent vers la m&#233;moire de r&#233;sistants communistes autoritaires, parfois nationalistes et parfois gaullistes. Ces m&#234;mes r&#233;sistants qui au lendemain de la guerre ont pris le pouvoir, qui ont pers&#233;cut&#233; nos compagnons. L'histoire ayant toujours &#233;t&#233; &#233;crite par les dominants, et la curiosit&#233; et l'&#233;rudition manquant &#224; l'appel, c'est de cette r&#233;sistance mythifi&#233;e dont se p&#226;ment les antifascistes d'aujourd'hui, et nous ne parlons l&#224; que de ceux qui se r&#233;clament de l'anarchisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ils sont nombreux et tr&#232;s peu &#224; la fois, ceux qui se r&#233;clament de l'anarchisme dans le mouvement culturel antifasciste ; je m'explique. La sc&#232;ne artistique antifasciste d'aujourd'hui se plait &#224; m&#233;langer les symboles et les ic&#244;nes. Souvent se trouvent c&#244;te &#224; c&#244;te des symboles du folklore anarchiste (drapeaux noirs, A cercl&#233;s, marins r&#233;volt&#233;s de Kronstadt et autres figures historiques mis en avant pour leur h&#233;ro&#239;sme...) et des symboles dont le folklore nous rappelle les massacres et les peines d'emprisonnement anti-anarchistes : Les trois fl&#232;ches de la S.F.I.O. de Jaur&#232;s et de Blum devenue logo officiel des antifascistes, les drapeaux rouges et les visages de L&#233;nine, Mao, parfois Staline et autres bouchers comp&#233;titeurs des pires fascistes. Tant de symboles m&#233;lang&#233;s entre eux, donc vid&#233;s de tout sens. La sc&#232;ne culturelle antifasciste joue aujourd'hui le r&#244;le d'un agent de confusion efficace au service de l'affaiblissement de toute clart&#233; r&#233;volutionnaire, au service du pillage de la m&#233;moire des anarchistes qui ont combattu le fascisme et qui n'ont pas d&#233;pos&#233; les armes lorsque la sale gueule de la d&#233;mocratie pointait son nez.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voila pourquoi nous ne sommes pas antifascistes. Notre anarchisme est de fait antifasciste puisque le fascisme n'est qu'un &#233;ni&#232;me mode de gestion, certes plus violent, plus spectaculaire et plus identifiable de la domination. Mais l'anarchisme est un courant qui a toujours su identifier ses ennemis : l'Etat et la domination, qu'ils soient fascistes, antifascistes, d&#233;mocrates ou communistes, ou pr&#233;tendument anarchistes [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb6-15&quot; name=&quot;nh6-15&quot; id=&quot;nh6-15&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[15] Comme en Espagne o&#249; les Cenetistes Juan Garc&#237;a Oliver et Federica (...)' &gt;15&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous opposons l'anarchisme &#224; l'antifascisme.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-1&quot; name=&quot;nb6-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Fin juin 2008, une perquisition internationale a lieu aux domiciles de diff&#233;rents membres du groupe &#171; secours rouge &#187;. On leur reproche la participation
&#224; une &#171; organisation &#224; vis&#233;e terroriste &#187;, accusation bas&#233;e sur leurs liens avec le &#171; Parti Communiste Politico-Militaire &#187; italien, parti ayant revendiqu&#233;
plusieurs attaques. L'enqu&#234;te est toujours en cours sous juridiction &#171; terroriste &#187; et la date du jugement, n'est toujours pas connue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-2&quot; name=&quot;nb6-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Appel aux fascistes&lt;/i&gt;, P. Togliatti, &#233;d. Nautilus&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-3&quot; name=&quot;nb6-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Etant donn&#233; la multiplicit&#233; de ces comit&#233;s, nous n'oublions pas les particularit&#233;s de chacun d'entre eux. Nous parlons ici d'une tendance g&#233;n&#233;rale lanc&#233;e
par le comit&#233; bas&#233; &#224; Tarnac ainsi que des exp&#233;riences que nous avons pu voir &#224; l'oeuvre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-4&quot; name=&quot;nb6-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Pour les flics de la pens&#233;e : Nous n'attribuons pas de valeur morale au mensonge. Nous mentons sans aucun probl&#232;me aux contr&#244;leurs, aux juges, aux
flics,&#8230; et en bien d'autres situations relevant de la d&#233;brouille. Mais nous ne voulons pas mentir sur nos intentions aux personnes avec lesquelles nous
nous organisons&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-5&quot; name=&quot;nb6-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Espagne : 405 000 en 2002, 578 000 sur 691 000 en 2005. Italie : 227 000 sur 250 000 en 1998 puis 634 000 sur 705 500 en 2002. Environ 500 000 en 2006 en Angleterre. France : 81 000 sur 143 000 en 1998 puis 23 000 en 2004 et 6 000 sur 21 000 en 2006.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-6&quot; name=&quot;nb6-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Les quotas nationaux liant strictement immigration et travail existent en Italie depuis 1998 et en Espagne depuis 2002, sachant que ces deux pays, grands demandeurs de main d'&#339;uvre, ont aussi proc&#233;d&#233; &#224; deux larges r&#233;gularisations collectives ces derni&#232;res ann&#233;es. A titre d'exemple, l'Italie a fix&#233; par d&#233;cret la venue de 252 000 travailleurs &#233;trangers pour 2007 : 4500 Albanais, Tunisiens, Marocains, 8000 Egyptiens, 6500 Moldaves, 3500 Sri Lankais, 5000 Philippins, 3000 Bangladais, 1500 Nig&#233;rians, 1000 Ghan&#233;ens, Alg&#233;riens, S&#233;n&#233;galais, 500 sud-am&#233;ricains d'origine italienne plus 80 000 ressortissants de pays ayant des accords sur l'immigration et la coop&#233;ration (pays de l'ex-Yougoslavie, Inde, Pakistan, Ukraine,&#8230;) ou tout immigr&#233; ayant eu un contrat de travail lors des trois ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Quant &#224; l'Espagne, elle a fix&#233; pour 2008 la venue de 40 000 travailleurs &#233;trangers pour des contrats de 4 &#224; 9 mois : 16 200 Marocains, 12 000 Roumains, 4000 Bulgares, 3500 Polonais, 3000 Ukrainiens, 750 S&#233;n&#233;galais, 270 Philippins. Arguant de p&#233;nuries ponctuelles, d'autres pays europ&#233;ens ont d&#233;j&#224; utilis&#233; de tels dispositifs, comme l'Angleterre et l'Allemagne (20 000 &#171; cartes vertes &#187; de 5 ans maximum en 2001 pour des sp&#233;cialistes des technologies de l'information). Les autres pays comme la France proc&#232;dent &#224; des autorisations de travail bas&#233;es en flux tendu sur la demande des entreprises, comme l'a encore confirm&#233; la derni&#232;re r&#233;forme du Ceseda (code de l'entr&#233;e, s&#233;jour des &#233;trangers et demandeurs d'asile) de 2007 et ses circulaires. Cela n'emp&#234;che bien s&#251;r pas en plus l'introduction de quotas selon les accords bilat&#233;raux, comme 1000 titres de s&#233;jour dans 108 m&#233;tiers pour des S&#233;n&#233;galais en 2008. Voir aussi le cas des bureaux de travail belges au Congo ou des agences d'int&#233;rim espagnoles en Am&#233;rique du Sud.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-7&quot; name=&quot;nb6-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Depuis des mois, des compagnons d&#233;veloppaient depuis l'ext&#233;rieur une solidarit&#233; avec S&#233;mira qui n'a jamais cess&#233; de se battre et d'encourager les autres &#224; le faire. A la quatri&#232;me tentative de d&#233;portation, les policiers qui l'escortaient l'ont assassin&#233;e avec un coussin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-8&quot; name=&quot;nb6-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Nous en citerons certains, mais ces lignes s'adressent &#233;galement &#224; qui se sentira concern&#233; sans &#234;tre nomm&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-9&quot; name=&quot;nb6-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Communiqu&#233; du Frente de Estudiantes Libertarios&lt;/i&gt; (FEL), 28 mai 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-10&quot; name=&quot;nb6-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-10&quot;&gt;10&lt;/a&gt;] Id&#233;e d&#233;fendue par le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C&#237;rculo Internacional de Comunistas Antibolcheviques&lt;/i&gt; - &lt;a href=&quot;http://www.geocities.com/cica_alt/cica/mensa_es.htm&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;http://www.geocities.com/cica_alt/c...&lt;/a&gt;, auteur le 31 mai 2009 d'un texte intitul&#233; &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Communiqu&#233; par rapport &#224; la mort de Mauricio Morales et &#224; la campagne r&#233;pressive contre le mouvement social radical &#224; Santiago du Chili&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-11&quot; name=&quot;nb6-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-11&quot;&gt;11&lt;/a&gt;] Condamn&#233; &#224; mort par le fascisme, Pedrini se voit lib&#233;r&#233; en 1944 de la prison de Massa par un groupe de partisans. Condamn&#233; de nouveau en 1949, &#224; trente ans de prison cette fois pour avoir abattu, &#224; l'heure o&#249; c'&#233;tait devenu interdit, un policier aux sympathies fascistes av&#233;r&#233;es et expropri&#233; quelques industriels de Carrare, Milan et La Spezia, anciennement acquis au Duce, il n'en sortira qu'en toute fin de peine, au milieu des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-12&quot; name=&quot;nb6-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-12&quot;&gt;12&lt;/a&gt;] Le palais pr&#233;sidentiel italien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-13&quot; name=&quot;nb6-13&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-13&quot;&gt;13&lt;/a&gt;] Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il nostro antifascismo&lt;/i&gt;, extrait de Culmine N&#176;16, 23 d&#233;cembre 1926.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-14&quot; name=&quot;nb6-14&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-14&quot;&gt;14&lt;/a&gt;] Dans le texte &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Che ne facciamo dell'antifascismo ?&lt;/i&gt;, publi&#233; dans la revue italienne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Anarchismo&lt;/i&gt; N&#176;74.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh6-15&quot; name=&quot;nb6-15&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-15&quot;&gt;15&lt;/a&gt;] Comme en Espagne o&#249; les Cenetistes Juan Garc&#237;a Oliver et Federica Montseny devinrent ministres de la Justice et de la Sant&#233;. Pour eux, la r&#233;volution sociale devait &#234;tre d&#233;fendue tout en maintenant l'&#201;tat anti-franquiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Sources&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La peur du conflit&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Fear of Conflict, Extrait de &lt;a href=&quot;http://www.omnipresence.mahost.org/vbp.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Willful Disobedience&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; Vol. 1., traduction trouv&#233;e dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Guerre au Paradis&lt;/i&gt; N&#176;1, 2010.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La Complicit&#233;, pas la dette&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Complicity not dept, Extrait de &lt;a href=&quot;http://www.omnipresence.mahost.org/vbp.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Willful Disobedience&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; Vol. 4, No. 2, USA. Traduction trouv&#233;e dans &lt;a href=&quot;http://www.non-fides.fr/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Non Fides&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; N&#176;4, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;En qu&#234;te d'alli&#233;-es ?&lt;/strong&gt;
Texte Extrait de &lt;a href=&quot;http://www.non-fides.fr/?La-Fanzinotheque-anarchiste-et-ou#Tout%20Doit%20Partir&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tout Doit Partir&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; N&#176;4, fevrier 2009&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lettre ouverte aux camarades fran&#231;ais &#224; propos des arrestations de Tarnac et pas seulement&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Publi&#233; le 27 f&#233;vrier 2009 sur &lt;a href=&quot;http://informa-azione.info/lettera_aperta_ai_compagni_francesi_a_proposito_degli_arresti_di_tarnac_e_dintorni&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;informa-azione.info&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lettre ouverte &#224; quelques anarchistes italiens&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;R&#233;ponse publi&#233;e peu apr&#232;s sur Indymedia Nantes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Face &#224; toi&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Texte qui a circul&#233; en Italie d&#233;but mai 2005, Traduction trouv&#233;e dans &lt;a href=&quot;http://cettesemaine.free.fr&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cette Semaine&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; N&#176;91, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Toucher au c&#339;ur&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Texte extrait d'&lt;a href=&quot;http://www.acorpsperdu.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A Corps Perdu&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; N&#176;1, d&#233;cembre 2008.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;A propos des manipulations et tergiversations autour de notre compagnon Mauri&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Texte trouv&#233; sur &lt;a href=&quot;http://liberaciontotal.entodaspartes.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Liberaci&#243;n Total&lt;/a&gt;, le 3 juin 2009, Traduction trouv&#233;e dans le recueil &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Peste Noire, Autour de la mort d'un compagnon au Chili, mais pas seulement&lt;/i&gt;, que l'on peut lire et t&#233;l&#233;charger sur &lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/spip.php?article723&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Infokiosques.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;L'Anarchisme contre l'antifascisme&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Introduction de la brochure &lt;a href=&quot;http://www.non-fides.fr/spip.php?article385&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Anarchisme contre l'antifascisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, edit&#233;e par
&lt;a href=&quot;http://www.non-fides.fr/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Non Fides&lt;/a&gt;, 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>



	<item>
		<title>Carnaval, la f&#234;te qui retourne tout</title>
		<link>http://infokiosques.net/spip.php?article776</link>
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		<dc:date>2010-02-08T18:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nadarlana</dc:creator>


		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>

		<description>Cette brochure contient plusieurs textes dans deux grandes parties, l'une raconte les origines pa&#239;ennes du Carnaval et son histoire du Moyen-&#226;ge &#224; nos jours, l'autre parle du Carnaval &#224; Montpellier.

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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;Art, Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;IMG/arton776.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;251&quot; onmouseover=&quot;this.src='IMG/artoff776.jpg'&quot; onmouseout=&quot;this.src='http://infokiosques.net/IMG/arton776.jpg'&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;1e partie : Histoire du Carnaval&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aussi loin que l'on se projette, il semble que les hommes aient eu besoin de se d&#233;fouler, de briser l'ordre quotidien r&#233;guli&#232;rement. Le Carnaval n'est qu'une expression r&#233;cente, li&#233;e au christianisme, de pratiques beaucoup plus anciennes. Les arch&#233;ologues ont ainsi retrouv&#233; des masques datant du pal&#233;olithique (- 15 000 / - 10 000 av. J.C.). Si on ne sait pas avec certitude quels usages les hommes en avaient &#224; cette &#233;poque-l&#224;, on sait par contre que toutes les civilisations antiques avaient des f&#234;tes orgiaques ritualisant le rythme des saisons et renversant les hi&#233;rarchies sociales. Les masques y &#233;taient pr&#233;sents, repr&#233;sentant des esprits pa&#239;ens que l'&#201;glise combattra avant de les convertir en saints ou en anges. Ainsi, l'&#201;glise a d&#233;tourn&#233; les anciennes f&#234;tes rituelles pour leur donner des significations chr&#233;tiennes. Elle n'a par contre jamais r&#233;ussi, malgr&#233; plusieurs tentatives, &#224; emp&#234;cher les d&#233;bordements blasph&#233;matoires du Carnaval. La Renaissance, l'av&#232;nement du capitalisme et de la soci&#233;t&#233; moderne li&#233;e &#224; la civilisation des m&#339;urs tentera elle aussi d'interdire et d'encadrer des pratiques carnavalesques o&#249; les personnes masqu&#233;es, en plus de blasph&#233;mer, font fi de la sacro-sainte propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Mais derri&#232;re les grandes parades publicitaires subventionn&#233;es, il reste partout dans le monde une r&#233;alit&#233; sociale et populaire d'un Carnaval contestataire toujours combattu et toujours renaissant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;I - Les origines pa&#239;ennes des f&#234;tes chr&#233;tiennes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les &#234;tres humains ont depuis toujours ritualis&#233; les changements de saison. Les solstices d'&#233;t&#233; (21 juin) et d'hiver (21 d&#233;cembre) marquent l'inversion du raccourcissement et de l'augmentation des jours. Les passages de l'&#233;t&#233; &#224; l'hiver et inversement sont &#233;galement pr&#233;textes &#224; grandes f&#234;tes rituelles. La dichotomie hiver/&#233;t&#233; est sublim&#233;e par celle entre la mort et la vie. De la th&#233;matique du passage de l'un &#224; l'autre on tire celle du renversement de toute chose. Ainsi, l'ordre quotidien est suspendu, tout ce qui n'est pas permis le reste du temps le devient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avant le Carnaval tel qu'on le conna&#238;t, il y avait donc des f&#234;tes du m&#234;me type un peu partout. Les Sac&#233;es &#224; Babylone et les Saturnales &#224; Rome inversaient les r&#244;les entre les esclaves et leurs ma&#238;tres et un condamn&#233; &#224; mort devenait quelques jour roi (avec tous les avantages li&#233;s &#224; cette position), avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; le dernier soir. A Rome, le culte de Janus avait fait du jour de l'an (qui se situait en mars) un jour de travestissement. Puis lors de la premi&#232;re pleine lune du printemps on vidait des coupes en proportion des ann&#233;es que l'on souhaitait encore vivre... La f&#234;te juive de Pourrim est c&#233;l&#233;br&#233;e pendant le mois d'Adar (qui tombe, selon la lune, en f&#233;vrier ou mars) permet elle aussi le d&#233;guisement, l'inversion des r&#244;les et la transgression des r&#232;gles. N'oublions pas le culte d'Isis en &#201;gypte, celui de Bacchus chez les Grecs, celui d'Odin en Scandinavie ou la tradition celte de la Samain, le 1er novembre, qui est &#224; l'origine de la Toussaint et d'Halloween.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le calendrier chr&#233;tien va s'inspirer de toutes ces f&#234;tes. La &#171; feste Toz Sainz &#187;, la f&#234;te de tous les Saints en ancien fran&#231;ais, correspond d'une part aux c&#233;r&#233;monies romaines instaur&#233;es par l'empereur Auguste en l'honneur de tous les dieux. D'autre part, le choix de la date vient donc de la Samain, f&#234;te celtique du nouvel an. Les coutumes pa&#239;ennes n'&#233;tant pas &#233;radiqu&#233;es, on institua au XIe si&#232;cle la f&#234;te des morts le 2 novembre. Le tout finit par fusionner dans la Toussaint qu'on conna&#238;t.
F&#234;ter les morts permettait d'entrer en contact avec eux. Ainsi, dans certaines r&#233;gions, on ouvrait le lit des d&#233;funts pour qu'ils s'y reposent quelques instants ou on leur pr&#233;parait un repas. La Samain (Samhuin) marquait le 1er jour de l'ann&#233;e celtique qui &#233;tait divis&#233;e en 2 cycles de 6 mois. La Samain se c&#233;l&#233;brait le 1er novembre mais les Celtes comptaient en nuits et non en jours, de sorte que la c&#233;l&#233;bration devait commencer le 31 octobre au soir. Elle marquait le d&#233;but du cycle hivernal, celui de la lutte entre les t&#233;n&#232;bres et la lumi&#232;re. En effet, l'hiver avait pour les soci&#233;t&#233;s paysannes traditionnelles un caract&#232;re ambigu et inqui&#233;tant (si le soleil ne revient pas), et &#233;tait une p&#233;riode d'inactivit&#233;. Bien s&#251;r des c&#233;l&#233;brations assez similaires existaient en &#201;gypte et au Mexique, au cours desquelles on c&#233;l&#233;brait la mort du soleil.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au cours de la nuit de la Samain, les Celtes suivaient un c&#233;r&#233;monial rigoureux afin de s'assurer de la bonne ann&#233;e &#224; venir. Les druides allumaient un feu sacr&#233; sur l'autel afin d'honorer Been, le dieu du soleil, pour l'inciter &#224; revenir. Ce feu servait aussi &#224; chasser les mauvais esprits. Ensuite, chaque famille recevait une braise de ce feu avec laquelle elle allumait un nouveau feu protecteur dans son &#226;tre, qui devrait br&#251;ler jusqu'&#224; l'automne suivant. La f&#234;te s'&#233;tendait sur plusieurs jours et des festins &#233;taient pr&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette f&#234;te a une fonction d'interm&#233;diaire entre les mondes humains et divins, ainsi que entre les vivants et les morts. Pendant cette nuit, les esprits des tr&#233;pass&#233;s pouvaient revenir dans leur demeure terrestre et les vivants essayaient de les accueillir au mieux. Par exemple, on leur laissait une place autour de la table ou pr&#232;s du feu&#8230; Les masques et les d&#233;guisements avaient pour fonction de faire peur aux esprits ou de les apaiser en leur ressemblant, voire de s'identifier &#224; eux afin de s'en prot&#233;ger. On voit donc bien d'o&#249; vient Halloween. De m&#234;me, la coutume des navets, raves ou citrouilles &#233;vid&#233;es avait pour but d'effrayer les esprits. Mais elle est aussi li&#233;e &#224; la l&#233;gende de Jack O'Lantern, un ivrogne et joueur de cartes qui aurait bern&#233; le diable, mais comme le Paradis ne voulu pas de lui, il fut condamn&#233; &#224; errer sur terre apr&#232;s sa mort. Jack obtint cependant une braise du diable, qu'il introduisit dans une citrouille &#233;vid&#233;e, afin de guider sa marche dans les t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;No&#235;l est une autre entreprise de r&#233;cup&#233;ration. F&#234;t&#233;e le 6 janvier, le 25 mars, le 10 avril ou le 29 mai, la naissance du Christ a &#233;t&#233; variable avant que ne s'impose le 25 d&#233;cembre. Cette date correspond &#224; peu de choses pr&#232;s au solstice d'hiver qui &#233;tait d&#233;j&#224; f&#234;t&#233; par des r&#233;jouissances accompagn&#233;es de sacrifices, au pied d'arbres consacr&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La date de l'&#233;piphanie, le 6 janvier, fut pour sa part choisie car on f&#234;tait &#224; cette date l'apparition de Dionysos, dieu des esclaves, des pauvres et des riches (il s'int&#233;resse &#224; la destin&#233;e de chacun). Lui aussi li&#233; aux saisons, il meurt avec le d&#233;clin de la v&#233;g&#233;tation, pour ressusciter avec la lumi&#232;re croissante. Dieu de la v&#233;g&#233;tation il est par extension dieu du vin et de la f&#233;condit&#233;. La tradition de la galette des rois n'est pas, &#224; l'origine, li&#233;e aux fameux rois mages. Il y avait d&#233;j&#224; cette coutume &#224; Rome : le prisonnier roi quelques jours avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; &#233;tait s&#233;lectionn&#233;e par les gardes &#224; l'aide d'une f&#232;ve cach&#233;e &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La Saint-Valentin quant &#224; elle est une reprise des rituels li&#233;s &#224; la f&#233;condit&#233; avant le printemps, saison des amours. Les Romains c&#233;l&#233;braient Lupercus (nom romain du dieu Pan), le dieu des troupeaux et des bergers, destructeur des loups, pr&#233;sidant aux bois et aux p&#226;turages. Les jeunes filles &#233;crivaient alors des mots doux qu'elles d&#233;posaient dans une grande urne. Chaque jeune homme prenait au hasard une de ces d&#233;clarations et courtisait celle qui en &#233;tait l'auteur. Les Luperques, v&#234;tus seulement des peaux des boucs sacrifi&#233;s, couraient &#224; travers la ville en frappant avec des lani&#232;res de peaux de boucs tous ceux qu'ils rencontraient notamment les femmes. Celles-ci ne cherchaient pas &#224; se soustraire aux coups, parce qu'elles croyaient que cela favorisait la grossesse. Ces Lupercales, assurant le d&#233;part d'une nouvelle ann&#233;e, symbolisaient l'intrusion du monde sauvage dans le monde civilis&#233;, celle du d&#233;sordre dans la vie r&#233;gl&#233;e, celle du monde des morts dans celui des vivants, th&#233;matique qu'on retrouve dans le Carnaval.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une autre pratique pa&#239;enne li&#233;e &#224; la fertilit&#233;, reprise par les chr&#233;tiens, est celle de la d&#233;coration des &#339;ufs. Des &#339;ufs d&#233;cor&#233;s datant de la pr&#233;histoire ont &#233;t&#233; retrouv&#233; en Ukraine et cela se faisait en &#201;gypte. P&#226;ques, symbole de la r&#233;surrection du Christ, est donc dans la continuit&#233; du symbole de (re)naissance. De plus, pendant le Car&#234;me, l'&#201;glise interdit, entre autres, la consommation des &#339;ufs. D&#232;s lors, on conservait les &#339;ufs jusqu'&#224; P&#226;ques, o&#249; on les offrait aux enfants.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si P&#226;ques est la fin du Car&#234;me, Mardi-gras en est le d&#233;but, 40 jours avant. &#171; Carne Levare &#187;, Carnaval, et son apoth&#233;ose le Mardi Gras, &#233;taient, en f&#233;vrier, la p&#233;riode o&#249; l'on mangeait pour la derni&#232;re fois de la cuisine grasse, avant d'entrer en quarantaine, la &#171; quadragesima &#187;, mot qui a donn&#233; &#171; quaresimo &#187; puis &#171; car&#234;me &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Carnaval ne se limite pas, au d&#233;part, &#224; Mardi-gras. Il commence avec l'&#233;piphanie, d&#232;s le 6 janvier. Toutes les traditions pa&#239;ennes s'y retrouvent, li&#233;es au renouveau printanier. Carnaval repr&#233;sente le chaos primordial avant toute nouvelle cr&#233;ation. Le prisonnier, &#171; roi &#187; pendant quelques jours avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; (dans les Sac&#233;es et Saturnales), est devenu un &#171; Caramentrant &#187; de paille et de bois, responsable de tous les maux, qui finit br&#251;l&#233;. Parfois c'&#233;tait un &#226;ne et pour ridiculiser l'&#201;glise on le rev&#234;tait des v&#234;tements &#233;piscopaux et on le faisait officier &#224; l'autel. Or, l'&#226;ne symbolise notamment &#171; satan &#187;, c'est-&#224;-dire l'inverse de l'ordre assur&#233; par l'&#201;glise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Carnaval a une filiation directe avec les saturnales romaines o&#249; les travaux cessaient, les tribunaux et les &#233;coles se fermaient, o&#249; il n'&#233;tait permis d'entreprendre aucune guerre, d'ex&#233;cuter aucun criminel, ni d'exercer d'autre art que celui de la cuisine. Chacun s'envoyait des pr&#233;sents et s'invitait mutuellement &#224; de somptueux repas. On donnait des spectacles, des combats de gladiateurs et on accordait la libert&#233; &#224; quelques prisonniers. Les esclaves rev&#234;tus de toges blanches orn&#233;es de pourpre prenaient la place de leurs ma&#238;tres ; ils pouvaient les plaisanter, leur dire tout ce qu'ils voulaient et m&#234;me se faire servir &#224; table par eux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En tant que n&#233;gation du quotidien Carnaval permet d'outrepasser les r&#232;gles morales et sociales. Gr&#226;ce aux d&#233;guisements, aux masques, chacun peut oublier pour un temps la mis&#232;re, la maladie, la souffrance. Chacun peut changer de condition : les hommes se d&#233;guisent en femmes, les enfants s'octroient des droits d'adultes. La r&#233;serve qui r&#233;git habituellement les rapports sociaux dispara&#238;t.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;II - Carnaval au Moyen &#226;ge : Rapports conflictuels avec l'&#201;glise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; cette &#233;poque, seuls les hommes pouvaient investir l'espace public ; ils &#233;taient les d&#233;positaires de la morale et des valeurs alors que les femmes &#233;taient seulement charg&#233;es de l'accueil dans les foyers. Cela change peu pendant le Carnaval. Certaines se risquent &#224; se masquer mais ne doivent pas &#234;tre rep&#233;r&#233;es. Mais cette discrimination n'est pas cat&#233;gorique puisque certains carnavals ont toujours poss&#233;d&#233; des soci&#233;t&#233;s mixtes, comme par exemple les Haguettes ou les Longs-nez de Malmedy, ou ont compens&#233; en offrant un jour de libert&#233; compl&#232;te r&#233;serv&#233;e aux femmes, comme le Jeudi des Femmes &#224; Eupen. On remarque aussi que certains carnavaliers miment la gestation, la mise au monde puis l'allaitement d'un b&#233;b&#233;. Il existe m&#234;me des r&#233;gions o&#249; le Carnaval est plac&#233; sous autorit&#233; f&#233;minine, celle des m&#232;res en l'occurrence. Dans ces r&#233;gions, elles s'habillent en homme et attaquent les m&#226;les en leur faisant sauter le chapeau, les arrosent, les maltraitent. A La Ch&#226;tre (Indre), les femmes du peuple s'assemblaient le Mardi Gras sur la grande place et y dansaient des rondes en chantant les couplets les plus obsc&#232;nes. Ailleurs, elles s'occupent d'un immense festin qui se termine par une bataille o&#249; l'on se jette les restes dessus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'origine du mot &#171; masque &#187; reste aussi myst&#233;rieuse que les visages qu'il cache. Il appara&#238;t en 643 et pourrait venir du latin (sorci&#232;re) ou de l'indoeurop&#233;en (filet dont on enveloppe les morts). Dans le sud de la Provence, les sorciers seront, jusqu'au XIX&#232;me si&#232;cle appel&#233;s des &#171; masques &#187;. Pour se d&#233;guiser, on se contente souvent au Moyen &#226;ge de se noircir le visage avec de la suie, de le dissimuler sous une &#233;toffe ou de porter ses v&#234;tements &#224; l'envers, coutures apparentes. Les premiers masques sont taill&#233;s dans la t&#234;te des porcs tu&#233;s &#224; No&#235;l (on se cache derri&#232;re la peau &#233;paisse et soyeuse ou le groin) ou dans une cagoule de peau de lapin. Les jeunes gens ainsi masqu&#233;s parcourent bruyamment les rues &#224; la nuit tomb&#233;e, chahutent les femmes, les filles et les avares. Ils &#233;voquent l&#224; encore d'une part les revenants et l'au-del&#224;, d'autre part la nature et le printemps qui va revenir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les nuits de pleine lune ces bandes r&#244;dent, s'approchent doucement des maisons pour soudainement crier, lancer des cailloux sur les volets, la porte et le toit, jouer parfois du tambour, entrer dans les maisons et poursuivre les filles en qu&#234;te de baisers, puis se calmer et se taire, manger des cr&#234;pes et des beignets et boire sans jamais r&#233;v&#233;ler leurs visages. Parfois, ces exp&#233;ditions se font plus furtives afin de d&#233;rober un coq ou un cochon qu'on se partage au clair de lune.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette ambiance perdure alors jusqu'au soir de Mardi Gras, o&#249; l'autorit&#233; est ouvertement entre les mains des masques. Les avares et les moralistes sont les premi&#232;res cibles, oblig&#233;s d'offrir ripaille aux assaillants. Ceux qui travaillent ce jour-l&#224; sont attrap&#233;s, juch&#233;s sur un &#226;ne, promen&#233;s et oblig&#233;s de payer &#224; boire. On pouvait se masquer en plein jour, et le peuple usait largement d'un privil&#232;ge r&#233;serv&#233; longtemps aux seuls gentilshommes. Repas solide o&#249; figurent comme pi&#232;ce de r&#233;sistance une oie ou un dindon, comme accessoires oblig&#233;s les traditionnelles cr&#234;pes, larges beuveries, mascarades sillonnant les villes &#224; grands fracas, bals &#233;chevel&#233;s, cavalcades...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les vieilles femmes osaient &#224; peine quitter leurs maisons de peur des attrapes du mardi gras. On plaquait sur leurs manteaux noirs des empreintes de craie figurant des rats et des souris, on attachait &#224; leurs robes des torchons sales. Les th&#233;&#226;tres ont conserv&#233; longtemps la tradition de jouer les pi&#232;ces les plus licencieuses dans les derniers jours du carnaval, et la Com&#233;die-Fran&#231;aise elle-m&#234;me repr&#233;sentait le Don Japhet d'Arm&#233;nie, de Scarron.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Arr&#234;ts d'Amour (1540, plaidoyer XII) racontent que des troupes de personnes masqu&#233;es, &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en robes retourn&#233;es, barbouillez de farine ou charbon, faux visages de papier, portant argent &#224; la mode ancienne &lt;/i&gt; &#187;, accompagn&#233;es de musiciens et de valets tenant des flambeaux, se pr&#233;sentaient dans toutes les maisons o&#249; l'on donnait soir&#233;e, y entraient sans autorisation, faisaient danser les demoiselles, offraient des drag&#233;es aux dames et proposaient des d&#233;fis aux d&#233;s. De telles libert&#233;s choquaient fort les particuliers qui, n'osant pas r&#233;sister ouvertement, &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#233;teignent leurs lumi&#232;res, r&#233;pondent qu'il n'y a personne, qu'on est couch&#233;, ou font sortir leurs femmes et leurs filles par l'huis de derri&#232;re&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces pr&#233;cautions n'&#233;vitaient pas toujours les injures, les querelles et les rixes. Les valets des masques profitaient du tumulte pour voler, d&#233;vorer toutes les provisions de l'office et d&#233;baucher les chambri&#232;res. Si bien que le parlement, assailli de plaintes, dut &#224; plusieurs reprises interdire la fabrication et la vente des masques. On se masquait encore pour jouer aux jeux de hasard. Le jeu &#233;tait d'ailleurs une des licences caract&#233;ristiques du Carnaval. Le jour de mardi gras, apr&#232;s l'audience du grand conseil, la cour elle-m&#234;me jouait aux d&#233;s sur le bureau du greffier en pr&#233;sence du public.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le lendemain du Mardi Gras, le mercredi des cendres, donnait lui aussi lieu &#224; de jolies sc&#232;nes, comme la &#171; descente de la Courtille &#187;, des masques revenant de Belleville le matin avec leurs d&#233;guisements ignoblement salis et d&#233;chir&#233;s, hurlant des obsc&#233;nit&#233;s. Jules Janin raconte que cela dure toute la matin&#233;e, &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ceux qui passent insultent ceux qui regardent passer, les uns et les autres se disent mille injures.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'&#201;glise int&#232;gre le Carnaval &#224; sa liturgie, c'est parce qu'elle n'a pas pu l'interdire. Elle essaya r&#233;guli&#232;rement de r&#233;duire sa port&#233;e contestataire et ouvertement blasph&#233;matoire. Jusqu'au XVII&#232;me si&#232;cle, la p&#233;riode de Carnaval couvrait les quatre mois d'hiver. De nombreuse r&#233;glementations, tant eccl&#233;siastiques que la&#239;ques, tent&#232;rent d'endiguer les exc&#232;s caus&#233;s par ces bacchanales et finalement Carnaval fut r&#233;duit &#224; trois jours : dimanche, lundi, pour atteindre son apoth&#233;ose le mardi gras.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parfois ce sont les circonstances qui rapprochent de l'&#201;glise. Par exemple au Moyen &#226;ge &#224; Stavelot, les moines &#171; guindaillaient &#187; le jour de la Laetare en se m&#234;lant &#224; la population locale dans des r&#233;jouissances mi-sacr&#233;es mi-pa&#239;ennes. L'&#201;glise est ensuite intervenue pour interdire aux moines de quitter l'abbaye &#224; cette occasion. Il arrivait que l'on danse dans l'&#233;glise, que l'on chante la messe &#224; l'envers. Un pr&#234;tre d'Amiens d&#233;nonce, en 1182 : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans certaines &#233;glises la coutume veut que les &#233;v&#234;ques et archev&#234;ques se d&#233;mettent par jeu de leurs attributs. Cette libert&#233; de d&#233;cembre &#8211; libertas decembricas &#8211; est analogue &#224; celle qui avait cours autrefois chez les pa&#239;ens, lorsque les bergers, devenus libres, se pla&#231;aient sur le m&#234;me plan que leurs ma&#238;tres et faisaient, apr&#232;s les moissons, la f&#234;te avec eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y eut de tout temps une r&#233;pression envers Carnaval. Charlemagne tenta de bannir les mascarades de son empire. Il n'y r&#233;ussit pas et, pendant tout le Moyen &#226;ge, le Carnaval, adopt&#233; et prot&#233;g&#233; par l'&#201;glise, &#233;tala en plein jour ses fantaisies les plus grossi&#232;res et les plus monstrueuses. Le 9 mars 1399, Charles VI, rappelant d'autres ordonnances qui ont &#233;t&#233; perdues, d&#233;fendit &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;que nul ne portast faux visages, [...] aucun ne batist ou injuriant, ne feist batre ne injurier autres personnes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A partir du XVe si&#232;cle, les parlements commenc&#232;rent &#224; s&#233;vir ; mais la fr&#233;quence m&#234;me de leurs arr&#234;ts peut inspirer quelques doutes sur leur efficacit&#233;. Nous citerons les principaux. Le 14 d&#233;cembre 1509, le parlement de Paris d&#233;fend de faire et de vendre des masques, de porter des masques, de jouer au jeu de momon en masques ou avec d'autres d&#233;guisements, sous peine de prison et d'amende. Le 26 avril 1514, arr&#234;t&#233; portant que les masques et faux visages seront br&#251;l&#233;s en public, avec d&#233;fense d'en porter sous peine de confiscation. Les 26-27 novembre 1535, 9 mars 1539, 2-14 janvier 1562, 8 janvier 1575, 4 f&#233;vrier 1592, d&#233;fense d'aller en masques dans les rues de Paris avec des joueurs d'instruments, sous peine d'&#234;tre punis comme perturbateurs du repos public. Une ordonnance royale du 9 novembre 1720, et une ordonnance de police du 5 f&#233;vrier 1746, interdirent aux masques de porter des b&#226;tons et des &#233;p&#233;es ou d'en faire porter par les laquais. Des ordonnances de police du 6 d&#233;cembre 1737 et du 11 d&#233;cembre 1742, d&#233;fendirent aux jeunes gens et tapageurs de nuit d'entrer de force dans tous les lieux o&#249; il y a des bals et de la musique, de violenter les traiteurs, leurs femmes et enfants et d'obliger les violons &#224; jouer toute la nuit. Malgr&#233; tout Carnaval perdure.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A Florence, le moine fondamentaliste Savonarole limite le Carnaval au seul jour du Mardi Gras, et instaure un grand b&#251;cher purifiant les &#171; vanit&#233;s &#187; : jeux de cartes, livres de musique profane ou de po&#233;sie, parfums, masques, costumes, peintures et sculptures qui ont &#233;t&#233; confisqu&#233;es chez les habitants... C'&#233;tait en 1497 et l'ann&#233;e suivante, c'est ce Savonarole qui finira sur le b&#251;cher...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A noter aussi que le Carnaval peut appuyer des r&#233;voltes politiques, par exemple &#224; l'&#233;poque de l'apparition du protestantisme. A B&#226;le, en 1529, Mardi Gras voit d&#233;ferler 300 personnes masqu&#233;es, conduites par le bourreau, qui envahissent la cath&#233;drale, brisent les statues et le grand crucifix en lan&#231;ant : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si tu es un dieu, d&#233;fends-toi, mais si tu es un homme, saigne !&lt;/i&gt; &#187;. Ils attaquent &#233;galement l'H&#244;tel de ville o&#249; le Conseil d&#233;cide d'autoriser le culte protestant. Ces m&#234;mes protestants d&#233;cideront quelques ann&#233;es plus tard la suppression du Car&#234;me, en esp&#233;rant &#233;liminer avec lui les d&#233;bordements carnavalesques...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;III - Carnaval face &#224; la soci&#233;t&#233; marchande&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vient l'&#233;poque de la Renaissance, le th&#233;&#226;tre prend son essor moderne et s'approprie les masques. En Italie, Carnaval atteint une splendeur et un d&#233;veloppement exceptionnels. L'affluence d'&#233;trangers riches, &#224; Rome notamment, peut expliquer la tol&#233;rance s&#233;culaire de l'&#201;glise pour des divertissements profanes que d'aucuns, &#224; vrai dire, jugeaient assez d&#233;plac&#233;s dans une ville directement soumise &#224; l'autorit&#233; des papes. Ceux-ci d'ailleurs protest&#232;rent parfois contre des licences un peu trop vives, mais il ne para&#238;t pas qu'ils aient insist&#233; beaucoup en ce sens et plusieurs d'entre eux ont collabor&#233; aux magnificences de ces f&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Carnaval de Venise fut encore plus c&#233;l&#232;bre et plus fr&#233;quent&#233; que celui de Rome, car il le d&#233;passait en licence et durait une partie de l'hiver. Des illuminations f&#233;eriques, des feux d'artifice, des gondoles illumin&#233;es circulant sur les canaux avec leur &#233;quipage de masques et de musiciens, le luxe des d&#233;guisements, l'affluence des belles courtisanes et surtout l'autorisation des jeux de hasard, tels &#233;taient les attraits puissants de ces f&#234;tes qui ont beaucoup p&#226;li quand Venise perdit son ind&#233;pendance politique. Plus encore que le d&#233;guisement, le masque est l'attribut essentiel du carnaval v&#233;nitien. Le port du masque &#233;tait si g&#233;n&#233;ralis&#233; qu'il fut interdit - en vain - dans les &#233;glises. Gr&#226;ce &#224; lui, et au d&#233;guisement, les barri&#232;res sociales &#233;taient abolies. L'humble devenait seigneur, le puissant bouffon. Hommes et femmes, jeunes et vieux, chacun pouvait s'abandonner &#224; ses pulsions, vivre ses fantasmes en toute impunit&#233;. La ville fusionnait, et ses autorit&#233;s laissaient faire, sachant fort bien que ce d&#233;sordre contribuait au maintien d'un ordre plus subtil. Plus qu'une simple f&#234;te, il devient un pr&#233;texte aux abus et &#224; la rencontre des diff&#233;rentes classes sociales. Les masques prennent toute leur importance, car ils permettent aux f&#234;tards de conserver leur anonymat. Cela est essentiel, surtout pour les nobles, qui malgr&#233; leur d&#233;bauche sont sujets aux r&#232;gles d'honneur et d'&#233;tiquette. Ils peuvent ainsi s'adonner aux plaisirs du jeu, de la boisson, et de l'amour sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise, interdira elle aussi le Carnaval &#224; partir de 1790. La Gazette Nationale &#233;crit, en 1792, que la municipalit&#233; a arr&#234;t&#233; : &#171; 1&#176; qu'il est d&#233;fendu de para&#238;tre travesti dans les rues ; 2&#176; que personne ne pourra donner de bal masqu&#233; public ; 3&#176; qu'on ne peut &#233;taler ou vendre des masques et habits de d&#233;guisement pass&#233; onze heures du soir ; 4&#176; que personne ne peut donner de bal public, sans en avoir obtenu l'autorisation de la police ; 5&#176; que ces bals ne peuvent se prolonger au-del&#224; de onze heures de nuit. &#187; (Gazette Nationale, ou Le Moniteur Universel, n&#176; 32, mercredi 1er f&#233;vrier 1792, Troisi&#232;me ann&#233;e de la Libert&#233;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A partir de cette &#233;poque, la police a publi&#233; tous les ans au moment du carnaval une ordonnance con&#231;ue toujours &#224; peu pr&#232;s dans les m&#234;mes termes. On interdit &#224; tous les masques de se montrer sur la voie publique avec des armes ou b&#226;tons, de se masquer avant 10 heures du matin et apr&#232;s 6 heures du soir, de prendre des d&#233;guisements de nature &#224; troubler l'ordre public ou &#224; blesser la d&#233;cence et les m&#339;urs, de porter aucun insigne, aucun costume eccl&#233;siastique ou religieux, d'apostropher qui que ce soit par des invectives, des mots grossiers ou provocations injurieuses, de s'arr&#234;ter pour tenir des discours ind&#233;cents et provoquer les passants par gestes ou paroles contraires &#224; la morale, de jeter dans les maisons, dans les voitures et sur les personnes des objets ou substances pouvant causer des blessures, endommager ou salir les v&#234;tements, de promener ou br&#251;ler des mannequins dans les rues et places publiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a quelques variantes int&#233;ressantes. Entre 1801 et 1820, l'ordonnance de police d&#233;fend le port du masque dans les rues et lieux publics. De 1815 &#224; 1820, parmi les mascarades interdites figurent &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;celles qui rappelleraient les &#233;poques malheureuses de la R&#233;volution fran&#231;aise &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On comprend alors qu'en 1948, &#224; Paris, Carnaval se m&#234;le aux journ&#233;es r&#233;volutionnaires. Lorsque le d&#233;fil&#233; se pr&#233;sente devant le Minist&#232;re, la troupe tire et tue 16 personnes. Celles-ci sont alors dispos&#233;es sur une charrette pour une &#171; promenade des cadavres &#187; dans le sillage de laquelle s'&#233;l&#232;vent les barricades qui m&#232;neront les r&#233;volutionnaires vers la IIe R&#233;publique. Le pr&#233;sident &#233;lu, devenu trois ans plus tard l'empereur Napol&#233;on III, ne tol&#232;rera ensuite que le d&#233;fil&#233; de la corporation des bouchers, accompagn&#233; de quelques chars publicitaires. M&#234;me lorsque la IIIe R&#233;publique arrive, le Carnaval renaissant est tr&#232;s vite encadr&#233; par les festivit&#233;s offertes par de grands patrons. Carnaval prend alors le masque de la bienfaisance afin de faire des collectes qui autorisent des d&#233;fil&#233;s de plus en plus fastueux, les b&#233;n&#233;fices restant &#233;tant solennellement revers&#233;s &#224; des &#339;uvres de charit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au 20e si&#232;cle, Carnaval est de plus en plus spectaculaire, avec un roi qui varie au gr&#233; des modes et de l'actualit&#233;. En 1967, &#224; Nice, un tyrolien &#171; Roi des loisirs &#187; sera br&#251;l&#233; avant son heure par des &#171; anarchistes &#187; m&#233;contents. Carnaval devient une entreprise &#224; part enti&#232;re, employant des gens toute l'ann&#233;e. Le maquillage narcissique, beau, visant &#224; attirer les regards, tend &#224; remplacer le masque repoussant. De m&#234;me, la parade o&#249; l'on se montre se substitue au drame jou&#233; ensemble. Mais si la programmation officielle voudrait l'oublier, la tradition des hommes sauvages, des revenants, des gar&#231;ons enceints, des libert&#233;s amoureuses, de la verve critique et d&#233;nonciatrice demeure en souterrain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'est pas question, ici, de se lamenter sur le degr&#233; de r&#233;cup&#233;ration que peuvent avoir les carnavals d'aujourd'hui. Je sais que la r&#233;pression n'emp&#234;chera jamais totalement les besoins de d&#233;foulement qu'ont les humains. Le Carnaval n'est qu'un rituel qui sert d'exutoire aux frustrations que l'on connait le reste de l'ann&#233;e. Plus le Carnaval est encadr&#233; et plus ce besoin d&#233;borde &#224; d'autres moments. Plus on canalisera &#233;troitement ce type de rituel, plus la chance est grande de voir ces pratiques se politiser. Car au-del&#224; du simple besoin de se d&#233;fouler une fois par an, la question est plus largement celle de la ma&#238;trise qu'on a de nos rituels. L'id&#233;e de f&#234;ter le renouveau du jour sur la nuit est plaisante. Ridiculiser publiquement le pouvoir le jour du Carnaval doit aussi nous amener &#224; le saper petit &#224; petit le reste du temps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon id&#233;e du Carnaval n'est pas focalis&#233;e sur les &#171; incidents &#187;, les &#171; affrontements &#187; ou la &#171; casse &#187;. Pour moi, ces d&#233;g&#226;ts mat&#233;riels et les provocations contre la morale font partie de fa&#231;on normale de cet &#233;v&#232;nement qui pr&#244;ne un &#171; renversement &#187;, fut-il limit&#233; &#224; quelques heures par an.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N'oublions pas que Carnaval c'est avant tout :
&lt;br /&gt;- les d&#233;guisements, les masques, l'anonymat g&#233;n&#233;ralis&#233;
&lt;br /&gt;- les maquillages repr&#233;sentant des personnages et des symboles &#171; renvers&#233;s &#187;
&lt;br /&gt;- les chars, symboles contre le pouvoir br&#251;l&#233;s &#224; la fin
&lt;br /&gt;- le don d'alcool, de bouffe voire d'autres drogues, sans argent
&lt;br /&gt;- les p&#233;tards, fumig&#232;nes et fus&#233;es
&lt;br /&gt;- la farine, les &#339;ufs, et autres projectiles salissants dans des batailles endiabl&#233;es o&#249; n'importe quel passant encravat&#233; peut se retrouver ridiculis&#233;
&lt;br /&gt;- la musique, battucadas et autres&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si Carnaval est un renversement, alors Carnaval doit &#234;tre un moment de libert&#233;, un moment o&#249; ceux qui n'ont pas de pouvoir prennent le pouvoir, l'espace, la rue. L'id&#233;al &#233;tant qu'il ne se limite pas &#224; ce qu'il a beaucoup &#233;t&#233; : une soupape, un moment de libert&#233; pour une ann&#233;e de surveillance, de r&#233;signation. Carnaval doit plut&#244;t faire prendre go&#251;t &#224; la libert&#233;. Il a ce potentiel et c'est pourquoi le pouvoir a toujours cherch&#233; &#224; le limiter, le canaliser voire l'interdire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour terminer, voici ce que disait Harvey Cox, en 1971 :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Comme pr&#233;vu, &#233;v&#234;ques et patrons n'en sont gu&#232;re heureux, mais en tout cas cela a lieu. Cette renaissance de la fantaisie et de la f&#234;te, qui commence, est un bon signe. Elle montre que notre &#233;poque red&#233;couvre peut-&#234;tre la valeur de deux composantes de la culture qui, toutes deux, &#233;taient jadis visibles dans la F&#234;te des Fous. La premi&#232;re est la f&#234;te en elle-m&#234;me, importante parce qu'elle remet le travail &#224; sa place. Elle sugg&#232;re que le travail, bien que r&#233;mun&#233;rateur, n'est pas la plus haute fin de la vie, mais doit contribuer &#224; l'accomplissement de la personne humaine. Nous avons besoin d'interrompre le travail &#224; date fixe pour nous souvenir que ce ne sont m&#234;me pas un produit national brut d'un montant astronomique et le plein emploi de tous qui peuvent apporter le salut. Les jours de f&#234;te, nous cessons de travailler et nous go&#251;tons ces gestes traditionnels et ces heures de franche gaiet&#233; sans lesquels une vie ne serait plus humaine. La f&#234;te, comme le jeu, la contemplation et l'amour, est une fin en soi. Ce n'est pas un moyen.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'autre importante composante culturelle de la F&#234;te des Fous est la fantaisie en tant que critique de la soci&#233;t&#233;. D&#233;masquer la vanit&#233; des puissants fait toujours para&#238;tre leur pouvoir moins irr&#233;sistible. C'est pourquoi les tyrans tremblent devant les bouffons, et les dictateurs interdisent les chansonniers. Bien qu'une occasion fix&#233;e pour le persiflage politique puisse &#234;tre exploit&#233;e par les puissants pour rendre la critique insignifiante, m&#234;me une telle occasion ne doit pas exister. Du point de vue de l'oppresseur, la satire risque toujours de lui &#233;chapper ou de donner des id&#233;es aux gens, aussi est-il pr&#233;f&#233;rable de ne pas du tout la tol&#233;rer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sources :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;- Daniel Favre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Carnaval ou la f&#234;te &#224; l'envers&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- Harvey Cox, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La F&#234;te des fous&lt;/i&gt;, Seuil, 1971
&lt;br /&gt;- &lt;a href=&quot;http://www.carnaval-pantruche.org/&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;http://www.carnaval-pantruche.org/&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;- et autres sources internet.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pour le plaisir :&lt;/strong&gt; Une protestation contre le Carnaval, en 1844 :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i&gt;Le Carnaval&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis le commencement de notre publication, nous n'avons pas manqu&#233; chaque ann&#233;e de protester, au nom de la morale, contre ce qui se passe &#224; Paris dans ces jours de d&#233;vergondage et de profonde immoralit&#233; que l'on appelle le Carnaval. [...]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut des hommes &#224; la France pour qu'elle soit toujours digne de son nom, pour qu'elle pr&#233;side encore aux destin&#233;es du monde, et que tous la qualifient, avec l'un de ses puissants chefs, de belle, d'h&#233;ro&#239;que, de grande nation. Ses enfants laborieux le savent, et ils n'iront pas s'amollir et se corrompre dans des f&#234;tes scandaleuses pour devenir semblables &#224; ces Romains d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s qui n'avaient plus la force de soulever une lance lorsque la barbarie est venue les envahir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au milieu du laisser-aller incroyable qui pr&#233;side &#224; ces jours &#224; la fois si abominables et si funestes ; encore jeunes et plein d'avenir, mais d&#233;j&#224;, pour la plupart, us&#233;s par la d&#233;bauche et glac&#233;s par l'&#233;go&#239;sme, il est, parmi les classes dites sup&#233;rieures, des hommes qui abjurent toute dignit&#233;, tout sentiment honn&#234;te, et font de l'orgie monstrueuse o&#249; ils se vautrent quelque chose de si ignoble et de si vil, de si bas et de si sale, qu'on ne trouve rien &#224; comparer, m&#234;me dans les derniers rangs des animaux. Oui, c'est &#224; cette jeunesse soi-disant d'&#233;lite, c'est &#224; ces fils de famille qu'il est donn&#233; de faire rena&#238;tre parmi nous tout un monde d'antiques turpitudes, et d'offrir en spectacle &#224; nos enfants l'effronterie des cyniques unie &#224; la lubricit&#233; des satyres. [...]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est un grand crime du Pouvoir que sa tol&#233;rance pour des exc&#232;s si pernicieux et si funestes ; si un mauvais g&#233;nie avait pour mission de d&#233;truire l'esp&#232;ce humaine, il nous semble qu'il ne choisirait pas d'autre voie. [...]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ailleurs on est hautain, pr&#233;tentieux, poli avec ses &#233;gaux, d&#233;daigneux envers ses inf&#233;rieurs, l&#224; tout le monde se serre la main, s'embrasse, se tutoie : c'est l'&#233;galit&#233; dans toute sa latitude, mais c'est l'&#233;galit&#233; du vice. C'est l&#224; que l'homme abjure toute retenue, et la femme toute pudeur. Puis quand la bande est bien repue, quand les liqueurs spiritueuses fermentent dans ces cerveaux vides, alors le d&#233;sordre est &#224; son comble ; c'&#233;tait affreux, cela devient horrible : ce sont des hurlements prolong&#233;s, d&#233;lirants, fr&#233;n&#233;tiques, qui font que la piti&#233; vous serre le c&#339;ur quand on les entend de loin, et qui, de pr&#232;s, feraient croire &#224; une saturnale des d&#233;mons. [...]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toute femme qui quitte son m&#233;nage et qui insinue &#224; son &#233;poux de la conduire &#224; ces r&#233;unions avilissantes aura bient&#244;t besoin de lui fermer les yeux sur sa conduite. Quels attraits ces lieux peuvent-ils lui offrir ? Quelle &#226;me honn&#234;te et chaste n'&#233;prouve pas de r&#233;pulsion pour de telles horreurs ? Celle donc qui m&#233;conna&#238;t ainsi son devoir n'a plus droit &#224; aucune sorte de respect ni d'&#233;gard, car elle se fait, par induction, l'&#233;gale des prostitu&#233;es, dont elle envie les plaisirs obsc&#232;nes et la licence affreuse. [...].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Texte paru dans la revue &quot;L'Atelier, Organe des int&#233;r&#234;ts moraux et mat&#233;riels des ouvriers&quot;. &#171; Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger. &#187; Libert&#233;, Egalit&#233;, Fraternit&#233;, Unit&#233;. Mars 1844.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;2e partie : Quand Carnaval retourne Montpellier...&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Petite histoire du Carnaval &#224; Montpellier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'histoire qui va suivre est extr&#234;mement incompl&#232;te. Elle se concentre surtout sur les trois derni&#232;res d&#233;cennies. Comment cela se passait-il au Moyen Age ? On ne peut qu'imaginer que le Carnaval ressemblait aux autres. Pr&#232;s de Montpellier, &#224; Cournonterral, la f&#234;te des Pailhasses reste encore aujourd'hui une tradition o&#249; la lie de vin se r&#233;pand partout dans le village, jusque dans les maisons ou les v&#233;hicules qui ne sont pas suffisamment ferm&#233;s. A part &#231;a on trouve de vieilles cartes postales du d&#233;but du XXe si&#232;cle repr&#233;sentant des chars du Carnaval &#224; Montpellier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Entre 1978 et 1989, il y avait &#233;galement un Carnaval organis&#233; par le Comit&#233; des f&#234;tes de la ville, avec des chars repr&#233;sentant les diff&#233;rentes corporations. Il y avait notamment un Bacchus vigneron promenant une fontaine &#224; vin. Yves Naquet raconte (Midi-Libre, 11-04-1987) que le comit&#233; des f&#234;tes avait d&#233;j&#224; tent&#233; de relancer un Carnaval en 1949. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;comme aucune subvention n'est allou&#233;e, nous organisons un loto monstre qui nous rapporte cinq millions de centimes de l'&#233;poque.&lt;/i&gt; &#187; Tous les bistrots de la ville avaient particip&#233; &#224; l'op&#233;ration et une cavalcade g&#233;ante comptant une vingtaine de chars avait eu lieu cette ann&#233;e-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais l'exp&#233;rience reste isol&#233;e et ce n'est qu'en 1978, gr&#226;ce &#224; une subvention de la municipalit&#233; que ce d&#233;fil&#233; reprendra. Les archives de l'&#233;poque nous apprennent en outre qu'un &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;char collectif&lt;/i&gt; &#187; et des &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;festivit&#233;s parall&#232;les&lt;/i&gt; &#187; ont eu lieu. Initiatives impr&#233;vues qui &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'ont gu&#232;re fait l'unanimit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Le journaliste raconte : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons nous-m&#234;mes re&#231;u, en notre si&#232;ge, des coups de t&#233;l&#233;phone de Montpelli&#233;rains n'ayant gu&#232;re appr&#233;ci&#233; d'&#234;tre pris pour cible (sacs de farine, &#339;ufs pourris) alors qu'ils se rendaient fort gentiment au rendez-vous autoris&#233;.&lt;/i&gt; &#187; On trouve &#233;galement dans ce Midi-Libre du 25-02-1979, ce commentaire : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;surrection d'un Carnaval &#224; Montpellier est, &#224; coup s&#251;r, un &#233;l&#233;ment appr&#233;ciable pour l'animation et la vie de notre ville. Toutefois &quot;Midi-Libre&quot; tient &#224; pr&#233;ciser qu'il n'est pour rien dans l'affichage sauvage qui &quot;fleurit&quot; dans tous les coins de Montpellier. Ces affiches reprennent le graphisme de notre titre et le transformant en Midi Ivre constituent malheureusement une contrefa&#231;on flagrante.&lt;/i&gt; &#187; Le Carnaval souterrain en avait des id&#233;es !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la Cavalcade organis&#233;e se d&#233;roulait le week-end, il y avait aussi Mardi-Gras, qui rendait &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la place de l'&#339;uf toute blanche&lt;/i&gt; &#187;. Mais en cette ann&#233;e 1982, le journal relate que ce fut l'occasion d'&#233;chauffour&#233;es au Polygone. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'estime que c'est grave, commente M. Michel Badie, le directeur du centre commercial. On a vraiment fr&#244;l&#233; l'&#233;meute type mai 68. Les quatre portes d'entr&#233;e ont &#233;t&#233; bris&#233;es, trois membres du personnel l&#233;g&#232;rement bless&#233;s par des jets de bouteilles et de silex, des lances &#224; incendies coup&#233;es... Ce qui me surprend, ce sont les motivations : pourquoi, chaque ann&#233;e, le Polygone est-il vis&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; (24-02-82) On lui r&#233;pondra que si Carnaval est un renversement, il est normal que le temple de la consommation soit une cible...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On remarque d'ailleurs que Midi-Libre oscille selon les ann&#233;es entre l'indignation contre les d&#233;bordements et la d&#233;ception quand le Carnaval est trop sage. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pauvre Carnaval ! Pour lui, ce Mardi que l'on dit Gras, aura &#233;t&#233; bien maigre.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s les d&#233;bordements de l'an dernier qui firent souffler la temp&#234;te du c&#244;t&#233; du Polygone, on l'a b&#226;illonn&#233;. Hier, il avait des allures de fant&#244;me d&#233;guis&#233; en otage.&lt;/i&gt; &#187; (16-02-83) En 1984 la cavalcade officielle se d&#233;roule sur deux dimanches, plus d'un mois apr&#232;s Mardi-Gras o&#249; &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;quelques hordes de jeunes macul&#233;s de farine ont envahi les art&#232;res principales de la cit&#233;.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la plus grande pagaille, faisant pour certains l'&#233;cole buissonni&#232;re, les jeunes Montpelli&#233;rains ont tout de m&#234;me tenu &#224; demeurer fid&#232;les aux traditions citadines de leurs anc&#234;tres.&lt;/i&gt; &#187; (7-03-84) L'ann&#233;e suivante, le journal trouve Mardi-Gras &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de plus en plus pacifique. On se souvient en effet que ces derni&#232;res ann&#233;es les bagarres de farine avaient parfois d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en v&#233;ritable pugilat et que quelques casseurs s'&#233;taient gliss&#233; dans la sarabande pour accomplir leurs basses &#339;uvres, casser des vitrines de magasins notamment.&lt;/i&gt; &#187; (20-02-85)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une pacification qui finit encore par d&#233;cevoir : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quelques centaines d'irr&#233;ductibles, charg&#233;s de l'in&#233;vitable petit sachet de farine ont donc &quot;d&#233;boul&#233;s&quot; hier apr&#232;s-midi sur la vaste place de l'Oeuf pour faire une dr&#244;le de bombe... glac&#233;e ! &#199;a p&#233;taradait dans tous les sens et en quelques instants l'endroit a rev&#234;tu un blanc manteau qui n'avait rien de tr&#232;s hivernal...&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Montpellier &quot;la surcoinc&#233;e&quot;, faute de v&#233;ritables noceurs a tr&#232;s sagement pr&#233;f&#233;r&#233; reculer la c&#233;l&#233;bration officielle de Carnaval au 11 et 12 avril prochain... En attendant, peut-&#234;tre de f&#234;ter le r&#233;veillon du Nouvel An un 31 juillet... Il y a comme des traditions qui se perdent. Les jeunes excit&#233;s d'hier entendaient un peu le rappeler &#224; leur mani&#232;re. Allez les p'tits gars, encore un effort et on risque de red&#233;couvrir les vertus populaires de la f&#234;te. R&#233;volutionnaire, non ?&lt;/i&gt; &#187; (4-03-87) Or, le mois suivant, ces espoirs sont d&#233;&#231;us : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'y a rien &#224; dire, le carnaval de Montpellier a tout pour plaire, mais il lui manque ce petit plus qui fait qu'une f&#234;te est r&#233;ellement une f&#234;te.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le soleil &#233;tait l&#224; et le public aussi. Que voulez-vous de plus ? Peut-&#234;tre tout simplement que ce ne soit pas un spectacle passif, dans lequel seuls les m&#244;mes ont encore un brin de spontan&#233;it&#233;.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cela &#233;tant, encore une fois, le carnaval de Montpellier est comme une poup&#233;e neuve qu'on sort de sa boite... Il est joli et bien propret. Mais allez y comprendre quelque chose les enfants lui pr&#233;f&#232;rent souvent le vieux nounours tout frip&#233;.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Carnaval, a-t-on dit, chaque ann&#233;e renait de ses cendres. Peut-&#234;tre faudrait-il souffler un peu sur les braises pour qu'elles nous enflamment.&lt;/i&gt; &#187; (12-04-87)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faudra deux ans, car en 1988, &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le carnaval se meurt, de sa belle mort, et le pav&#233; montpelli&#233;rain n'en a eu que des miettes hier. &#338;ufs et farine &#233;taient au menu du jour, d&#233;gust&#233;s presque exclusivement au pied des Trois Gr&#226;ces. Une petite poign&#233;e de lyc&#233;ens ont perp&#233;tu&#233; la tradition dans la franche rigolade.&lt;/i&gt; &#187; (17-02-88) Puis l'ann&#233;e suivante &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;certaines m&#232;res de famille ont d&#251; s'arracher les cheveux mardi soir au moment du retour &#224; la maison de leur prog&#233;niture. Imaginez des v&#234;tements, des cartables, et m&#234;me des chevelures, gluants d'une ind&#233;finissable mixture faite de farine, d'omelette et de cr&#232;me d'a&#233;rosol.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au moins ce Carnaval avait-il le m&#233;rite d'&#234;tre parfaitement spontan&#233; et inorganis&#233;, comme le veut son vrai pur esprit. Mais il eut l'inconv&#233;nient d'emporter dans la tourmente quelques simples passants, parfois &#226;g&#233;s, qui n'appr&#233;ciaient qu'&#224; moiti&#233;. Un instant, les arroseuses municipales pr&#233;tendirent remettre les lieux en &#233;tat. Elles contribu&#232;rent plut&#244;t &#224; transformer la dalle en patinoire, rajoutant ainsi &#224; la dr&#244;lerie.&lt;/i&gt; &#187; (9-02-89).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1990 marque un tournant. D'une part, les subventions allou&#233;es au Carnaval du Comit&#233; des F&#234;tes sont supprim&#233;es et lui avec. Deux jours apr&#232;s cette annonce, c'est Mardi-Gras et l&#224;, c'est &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le d&#233;rapage&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Place de la Com&#233;die, les bus ont &#233;t&#233; pris d'assaut par des jeunes gens arm&#233;s de sacs de farine, d'oeufs et de bombes &#224; eau. Ca n'a pas fait plaisir &#224; tout le monde... Des voyageurs exc&#233;d&#233;s, des chauffeurs ulc&#233;r&#233;s, des vitres bris&#233;es, des bus souill&#233;s, le carnaval des lyc&#233;ens a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;.&lt;/i&gt; (...) &quot;La municipalit&#233; n'a donn&#233; aucune autorisation pour que se d&#233;roule une telle manifestation&quot;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;a expliqu&#233;, Fran&#231;ois Delacroix, le directeur de cabinet de Georges Fr&#234;che. Si la mairie de Montpellier&lt;/i&gt; &quot;condamne ces violences&quot;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;elle tient d'ailleurs &#224; pr&#233;ciser qu'elle a aussit&#244;t fait&lt;/i&gt; &quot;intervenir la police municipale sur les lieux de l'incident&quot;. &#187; (28-02-90) Rien d'extraordinaire, au vu des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes ne s'&#233;tait pass&#233; et pourtant, cette ann&#233;e-l&#224;, c'est l'emballement. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bernard Toulemonde, recteur de l'acad&#233;mie de Montpellier, a tenu, hier, &#224; pr&#233;senter ses excuses aux Montpelli&#233;rains.&lt;/i&gt; &quot;Mardi-Gras a de nouveau, cette ann&#233;e, donn&#233; lieu aux manifestations habituelles. Celles-ci sont acceptables tant que les chansons, les chahuts et les jets de farine demeurent dans les limites raisonnables. En revanche, il ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233; que des &#233;l&#232;ves, parfois d&#233;bord&#233;s par des personnes beaucoup plus &#226;g&#233;es, se livrent &#224; des d&#233;pr&#233;dations &#8211; vitres bris&#233;es, portes enfonc&#233;es &#8211; ou menacent physiquement de jeunes &#233;l&#232;ves, des professeurs ou des passants.&quot; &#187; (1-03-90)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et l'ann&#233;e suivante, les &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;limites raisonnables &lt;/i&gt; &#187; des &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;manifestations habituelles&lt;/i&gt; &#187; sont fix&#233;es. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cette ann&#233;e, avant son d&#233;part pour Toulouse, le recteur avait mis les points sur les i. Les exc&#232;s de l'ann&#233;e pass&#233;e, il n'en veut plus, M. Toulemonde. Et pas davantage la mairie. Le premier a promis des sanctions aux &#233;l&#232;ves absents sans motif valable, ou porteurs de produits interdits ou dangereux.&lt;/i&gt; &quot;La f&#234;te ne peut porter atteinte aux biens ou aux personnes&quot;. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Georges Fr&#234;che a pris, lui, un arr&#234;t&#233; municipal, interdisant&lt;/i&gt; &quot;compte tenu des circonstances particuli&#232;res&quot; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les jets de p&#233;tard, d'&#339;ufs et de farine.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mettre la f&#234;te sous surveillance, voil&#224; qui pouvait choquer certains puristes de la liesse populaire.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, il faut bien le dire, &#224; part quelques drilles pas vraiment joyeux, quelques irr&#233;ductibles qui n'avaient pas peur du ridicule, le mardi gras montpelli&#233;rain n'a m&#234;me pas eu hier le go&#251;t du fruit d&#233;fendu. &lt;/i&gt; &#187; (13-02-91) L'ann&#233;e suivante, rebelote. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Carnaval ou pas, silence dans les rangs ! Les chefs d'&#233;tablissements scolaires de Montpellier, d'un m&#234;me trait de plume, serrent la vis du Mardi Gras. Histoire de mettre un terme aux exc&#232;s d'&#339;ufs, p&#233;tards, farine et autres confettis que ces derni&#232;res ann&#233;es, les lyc&#233;ens en goguette faisaient pleuvoir sur les Montpelli&#233;rains qui n'en pouvaient plus.&lt;/i&gt; (...) &quot;Les &#233;l&#232;ves qui seront absents sans motif valable, qui seront porteurs de produits dangereux ou interdits ou qui auront un comportement de nature &#224; troubler les cours seront passibles de sanctions&quot;. &#187; (2-03-92)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils croyaient l'avoir tu&#233;, Carnaval est r&#233;apparu quelques ann&#233;es plus tard. En 1995, m&#234;me Midi-Libre s'enthousiasme pour &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le d&#233;lirant cirque ambulant du Carnaval des anarchistes. Une cohorte d'hurluberlus grim&#233;s et d&#233;guis&#233;s, qui parcourent les rues de la ville au son des tam-tam et de la fanfare, voil&#224; enfin un Mardi-Gras digne d'int&#233;r&#234;t &#224; Montpellier. Le rendez-vous de 16h au Peyrou, fix&#233; par les anarchistes, s'est donc poursuivi jusque tr&#232;s tard dans la nuit. En milieu de soir&#233;e, la place Candolle (devenue territoire anarchiste depuis quelques mois) s'est retrouv&#233;e noire de monde, entre cracheurs de feu et &#233;chassiers. Puis le d&#233;fil&#233; a fait &#233;tape devant la cath&#233;drale &#224; 23h avant de rejoindre le Peyrou, point de d&#233;part de ce Carnaval d&#233;brid&#233;. L&#224;, la grosse t&#234;te de Charles Pasqua a &#233;t&#233; enflamm&#233;e en un habile d&#233;tournement de la tradition. Une ronde autour des braises, quelques sauts au travers des flammes pour les plus t&#233;m&#233;raires... Jusque tard dans la nuit, le happening alternatif de 300 f&#234;tards s'est r&#233;v&#233;l&#233; totalement vivifiant. Vivement l'ann&#233;e prochaine.&lt;/i&gt; &#187; (2-03-1995)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et c'est ce Carnaval qui perdure encore aujourd'hui le jour de Mardi Gras. On peut donc laisser tomber la presse bourgeoise pour laisser la parole &#224; des t&#233;moins directs :&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Petite anthologie partisane du Carnaval de Montpellier&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(texte trouv&#233; en 2004 dans une brochure distribu&#233;e par le Comit&#233; de soutien aux inculp&#233;s du carnaval)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il serait hasardeux et dangereux d'attribuer la paternit&#233; du Carnaval de Montpellier &#224; un groupe, une personne, une id&#233;e politicienne. Les pouvoirs publics et les m&#233;dias locaux s'en chargent r&#233;guli&#232;rement en se r&#233;pandant en inepties, pr&#233;jug&#233;s et m&#233;pris.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce Karnaval fut, pour eux, tour &#224; tour celui des &#171; Zanarchistes &#187;, des &#171; Z&#233;tudiants &#187;, des &#171; Zartistes &#187;, des &#171; Zapatistes &#187; (et m&#234;me qu'une fois on y aurait vu Zorro !) mais aussi celui des squatters ou du populo. Et tout derni&#232;rement le &#171; Carnaval Alternatif &#187; s'affiche dans Midi Libre comme une sorte de reconnaissance d&#233;finitive d'un mouvement toujours indompt&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et pour finir cette liste extravagante, le tribunal usera d'un incongru &#171; Carnaval des Gueux &#187; (D&#233;geu !).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aux derni&#232;res appellations il est facile de r&#233;pondre que pour &#234;tre alternatif et des gueux il eu fallut qu'il exist&#226;t un autre carnaval et qu'il fut celui des Riches.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ce Karnaval est le Carnaval, point !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Laissons les poseurs d'&#233;tiquettes s'interroger encore longtemps sur un mouvement incontr&#244;l&#233;, &#231;a leur fera du papier &#224; remplir et des mensonges &#224; diffuser. Ils auront beau chercher des organisateurs, ils n'en trouveront pas, le Carnaval est &#224; celles et ceux qui le font, il n'a rien &#224; dire au Pouvoir et &#224; ses chiens de garde, il n'a qu'&#224; montrer sa pr&#233;sence, sa foule, sa capacit&#233; &#224; retourner l'espace public et &#224; renverser les valeurs. Pour une nuit, seulement h&#233;las ! Mais quelle nuit !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une nuit par an et ce depuis 1995, un rendez-vous est donn&#233; &#224; 19h au Peyrou le jour de Mardi Gras. Bien s&#251;r au d&#233;but existait un Kollectif Karnaval qui pendant 2 ou 3 ans se chargea de rassembler les bonnes et les mauvaises volont&#233;s pour r&#233;aliser et distribuer tracts et affiches, pour construire des chars, jouer de la samba, d&#233;clarer et d&#233;finir le parcours. Ce collectif avait comme objectif premier sa dissolution rapide et d&#233;finitive. En effet, quel sens aurait une f&#234;te qui se d&#233;clare libre, gratuite, inorganis&#233;e, incontr&#244;l&#233;e, subversive et populaire, si elle conservait &#224; sa t&#234;te quelques personnes, seraient-elles de la meilleure composition possible ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Carnaval peut-il avoir une t&#234;te ? NON, il faut la couper ! Mais comme l'Hydre, chaque ann&#233;e apparaissent de nouvelles t&#234;tes et tombent la suivante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le Carnaval de Montpellier est une id&#233;e, et comme toute id&#233;e, voire toute chose, elle appartient &#224; celles et ceux qui s'en servent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors voyant que d'ann&#233;es en ann&#233;es la foule se rassemblait sans cesse plus nombreuse, d&#233;guis&#233;e, festive, accompagn&#233;e de chars massifs et ing&#233;nieux, le Kollectif Karnaval s'est dissous pour ne plus jamais se reformer et laisser Carnaval vivre ou mourir. Comme bon lui semble !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il semblerait justement que cette libert&#233; lui semble bonne et depuis 9 ans [aujourd'hui 15 ans], il n'a pas manqu&#233; un seul rendez-vous. Seules les traditions peuvent se targuer d'une telle long&#233;vit&#233;. Mais la tradition n'a rien de bon, c'est une image floue, consommatrice d'un pass&#233;, rien qu'un cadavre de souvenir. La tradition ne vit pas, elle ressuscite les morts. Karnaval c'est le contraire, c'est le jour o&#249; les valeurs sont invers&#233;es, o&#249; la f&#234;te est grat&#244;s, sans obligation d'achat, sans subvention et sans patron. C'est un mouvement joyeux fait de cris, de danses, de rires, de sons et de cr&#233;ativit&#233;. Rien &#224; voir avec la f&#234;te de la musique, les f&#233;rias et autres grandes messes populistes o&#249; l'argent, Ricard, Kronenbourg et Merguez Frites sont rois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Au Carnaval, le roi c'est toi, le roi c'est moi ! C'est Nous !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les chars ont &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s en bande, les costumes subtilement &#233;tudi&#233;s, toujours avec les moyens du bord, et ils sont multiples &#224; qui se sert plus de son imagination que de son porte-monnaie. Seul le rendez-vous est toujours le m&#234;me et c'est parti !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;FA&#207; TIRAR MARIUS !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Tout doit circuler, sans papiers !&lt;/strong&gt; L'alcool, les chars, les gens, les enfants, les vieux. L'argent lui n'a rien &#224; faire l&#224;. Les seuls &#233;changes sont les paroles, les sourires, les bouteilles, les baisers, les bras pour porter les f&#234;tards ext&#233;nu&#233;s, pour pousser les chars des autres, les corps et les cris pour soutenir les Batucadas... &#199;a ce sont des &#233;changes. Le reste de l'ann&#233;e est l&#224; pour nous rappeler que tout se vend, que tout s'ach&#232;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cependant, ces derni&#232;res ann&#233;es, m&#234;me si la foule occupait toujours plus nombreuse la place publique, il y a de moins en moins de chars, de d&#233;guisements, de bars gratuits. Carnaval oublie peu &#224; peu de se lib&#233;rer et se prend pour une tradition. Comme s'il pouvait d&#233;sormais se pointer avec pour seul apanage son nom, port&#233; comme un titre de noblesse. Carnaval vient aujourd'hui, majoritairement, d&#233;guis&#233; en &#233;tudiant, en marchand, en d'jeun's, en flic, en flic d&#233;guis&#233; en &#233;tudiant (et vice-versa) pour voir ceux qui, en nombre restreint, comme des b&#234;tes curieuses, distribuent sambas, verres gratuits et &#233;nergies subversives. Karnaval se regarde passer comme &#224; Nice (&#224; quand les barri&#232;res de s&#233;curit&#233; ?), se consomme comme un litre de 51, et ne sait m&#234;me plus pourquoi il est bourr&#233;. La tradition gagne du terrain, Carnaval ferait-il la f&#234;te par habitude comme on joue au Loto et regarde la t&#233;l&#233; ? N'a-t-il plus rien &#224; d&#233;fendre qu'une exception culturelle, une particularit&#233; minoritaire ? C'est triste de voir Karnaval encadr&#233; par la police, surveill&#233; de si pr&#232;s. Pourtant si inoffensif !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Carnaval devient un jour comme les autres, un soir tranquille, p&#233;p&#232;re, o&#249; le badeau profite du spectacle en toute s&#233;curit&#233; au lieu de s'inscrire dans cette r&#233;appropriation de la rue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et cette ann&#233;e 2004 fut l'apoth&#233;ose de cette apathie g&#233;n&#233;ralis&#233;e o&#249; la confusion des id&#233;es et l'absence de pens&#233;e et d'investissement de Karnaval se r&#233;v&#233;la symptomatique d'une soci&#233;t&#233; malade parce qu'incapable de se prendre en main hors du contr&#244;le policier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet, cette ann&#233;e arriva ce que beaucoup attendaient. Depuis trop longtemps peut-&#234;tre ! Le &#171; d&#233;rapage &#187; de Carnaval, comme se plaisent &#224; dire les observateurs &#171; objectifs &#187; ! Une vitrine a c&#233;d&#233;e sous des coups de pieds enrag&#233;s et s'en est suivie une intervention muscl&#233;e de la police et un d&#233;but d'affrontement entre carnavaliers et forces de l'ordre. Affrontement fait de jets de canettes et d'insultes d'une part, de coups de tonfa, de lacrymos et de terreur automobile de l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-il n&#233;cessaire de savoir : C&#233;kikakomenc&#233; ? Et C&#233;kikakac&#233;lavitrine ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceux qui voyaient en Karnaval une force subversive et s&#233;ditieuse appr&#233;cieront le geste, m&#234;me symbolique, mais auront manqu&#233; de discernement quand &#224; la port&#233;e de celui-ci dans un tel contexte : une rue commer&#231;ante ultra-fliqu&#233;e, vid&#233;o-surveill&#233;e, envahie par une foule plus pr&#233;occup&#233;e d'entretenir son taux d'alcool&#233;mie que le feu de la r&#233;volte.
Ceux qui voyaient en Carnaval un &#233;l&#233;ment de trouble &#224; l'ordre public, une manifestation hors-la-loi, appr&#233;cieront aussi le geste, occasion r&#234;v&#233;e de porter atteinte au Carnaval. Et eux aussi manqueront de discernement. Il est vrai que dans les nuages de lacrymos il est difficile de discerner qui est un &#171; m&#233;chant &#187; ou un &#171; gentil &#187;. Alors pas de d&#233;tail, on arr&#234;te qui se trouve sur place et on triera plus tard !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les 6 arrestations et les jugements qui s'en suivront montreront combien tout &#231;a ne fut qu'une tentative de r&#233;pression avort&#233;e d'une occupation de rue libre et sans autorisation. En punir un pour en effrayer ou dissuader cent. Et au milieu de tout &#231;a, quelques &#171; bons citoyens &#187; qui tout en se faisant gazer et frapper par les flics leur d&#233;noncent quelques &#171; troubles-f&#234;te &#187; parce que &#171; quand m&#234;me on est venu pour faire la f&#234;te &#187; et que &#171; casser des vitrines, c'est pas festif &#187; et que, c'est bien connu, &#171; la police est l&#224; pour qu'on s'amuse dans le calme &#187;. On croit r&#234;ver !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qui aurait cru que cette f&#234;te populaire mais surtout libre et gratuite permettrait aux flics de s'y promener tranquillement et d'y agir impun&#233;ment avec la complicit&#233; de d&#233;lateurs ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme partout, le &#171; bon sens &#187; reprend ses droits m&#234;me au sein du Carnaval qui ne sera bient&#244;t plus qu'un spectacle, un bal &#224; papa pour jeunes qui croient manifester pour la libert&#233;. Rien que le d&#233;sir de libert&#233; les effraye, alors ils suivent et plut&#244;t que d'assumer enti&#232;rement cette f&#234;te, ils laissent (aident m&#234;me) l'argent, l'ordre &#224; remettre les choses &#224; l'endroit, dans le &#171; bon sens &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Si Karnaval n'est plus &#224; Montpellier ce qu'une trace de pneu est &#224; un slip blanc alors Karnaval doit mourir.&lt;/strong&gt; Il ne manquerait plus que Bov&#233; s'en m&#234;le pour que Karnaval devienne un SarKoval : on ach&#232;terait nos costumes chez Auchan avec maman, on boirait en accord avec les associations de commer&#231;ants (c'est pas tous des voleurs ! Y'en a des &#171; &#233;quitables &#187; !) et les chars seraient marqu&#233;s d'un M cher &#224; notre ville.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Syst&#233;matiquement Karnaval doit refuser ces intrusions du monde marchand et policier.&lt;/strong&gt; Ce n'est pas parce que ce mouvement vieillit qu'il doit oublier d'&#234;tre un enfant : libre, gratuit, inorganis&#233;, subversif et populaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; tous les sales m&#244;mes de se le dire !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que les autres aillent faire le Beaujolais Nouveau et continuent &#224; voter &#171; Rutile &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Guru khan (2004)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Carnaval 2004-2009...&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis cette ann&#233;e l&#224;, pas une fois le carnaval ne se d&#233;roula sans arrestation ni intervention polici&#232;re pour y mettre fin. Cependant, cela n'emp&#234;che pas les gens de revenir ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e. Il y a eu des arrestations pour tags, pour outrages, rebellions, violences sur agent, d&#233;gradations de biens publics ou priv&#233;s, mises en d&#233;grisement... Mais cela, souvent, en faisant porter le chapeau &#224; d'autres...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lorsque la Mairie a d&#233;cid&#233; de mettre fin &#224; toute vie nocturne en dehors des lieux et des moments pr&#233;vus &#224; cet effet, cela s'est sold&#233; par des charges polici&#232;res &#224; 1h du matin p&#233;tante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lors du Carnaval, les effectifs policiers se placent d&#233;sormais sur la place Candolle qui &#233;tait auparavant le lieu d'arriv&#233;e du Carnaval o&#249; les chars &#233;taient br&#251;l&#233;s et qui f&#251;t en 2006-2007 le lieu d'une opposition quasi-quotidienne entre policiers et f&#234;tards (opposition qui s'est sold&#233;e par l'installation de cam&#233;ras et par un r&#233;am&#233;nagement de la place au profit des bars, avec la suppression de la moiti&#233; des bancs ; ainsi que par des arr&#234;t&#233;s municipaux interdisant les rassemblement, la consommation et la vente d'alcool en dehors des bars d&#232;s 22h... d&#232;s 15h le jour du Carnaval !).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La place Candolle n'&#233;tant pas fr&#233;quentable, le Carnaval tend &#224; se disperser dans tout le centre-ville, avec pour terminus de pr&#233;dilection pour br&#251;ler les chars les places St Anne et St Roch. La r&#233;pression est aveugle : en 2009, un flic en civil aurait &#233;t&#233; parmi les victimes de la charge polici&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais le danger qui guette vraiment Carnaval est celui qui l'a menac&#233; tout au long de son existence multi-mill&#233;naire : celui de son encadrement, de sa normalisation. C'est ainsi que la Mairie ne se contente plus de la r&#233;pression pure. Elle accorde une autorisation &#224; une association culturelle, laquelle termine au plus t&#244;t le d&#233;fil&#233; sur la place de la Com&#233;die et invite ensuite les participants &#224; une &#171; after &#187; dans un bar musical.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A chaque fois, ce moment sur la place de la Com&#233;die est inqui&#233;tant, car outre les arrestations qui y surviennent parfois, plane le danger que tout s'arr&#234;te l&#224;. Mais cela n'est encore jamais arriv&#233;. On peut seulement regretter que le cort&#232;ge, lorsqu'il repart, d&#233;daigne les petites ruelles pour remonter sous l'&#339;il des cam&#233;ras dans la grande avenue centrale, qui fut pr&#233;cis&#233;ment trac&#233;e au 19e si&#232;cle pour aider la police dans sa gestion des troubles...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, Carnaval n'est pas mort, mais Carnaval semble toujours en danger. Est-ce que le besoin ancestral de renverser les valeurs ne se fait plus sentir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Alors... que sera Carnaval 2010 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce qu'on va y aller pour regarder ou pour participer ?
Est-ce qu'on va se pr&#233;parer un peu plus que seulement acheter d'avance de l'alcool &#224; cause des interdictions faites aux &#233;piceries ?
Est-ce qu'on va r&#233;fl&#233;chir au d&#233;guisement qui surprendra tout le monde ?
Sommes-nous toujours capables de faire un char et/ou une batucada avec sa bande de potes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rendez-vous le 16 f&#233;vrier !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item>
		<title>Plaidoyer pour que les mineurs du monde entier se reconnaissent dans les souffrances des caissi&#232;res de grand magasin</title>
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		<dc:date>2010-01-26T07:10:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif 1984</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Zanzara ath&#233;e (Grenoble)</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce plaidoyer, publi&#233; initialement en 1996, veut s'attaquer aux mille et un m&#233;canismes qui sont le plus souvent mis en avant pour nous emp&#234;cher de nous reconna&#238;tre comme faisant partie d'une seule et m&#234;me classe sociale, nous qui travaillons pour (sur)vivre et qui sommes soumis-es &#224; ce titre, &#224; un m&#234;me d&#233;nominateur commun : l'exploitation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette v&#233;rit&#233; toute simple est aujourd'hui tout bonnement &#171; impronon&#231;able &#187; : on ne peut plus dire l'exploitation. L'&#233;voquer, c'est la plupart du temps voir son interlocuteur balayer la question d'un revers de main fatigu&#233;, en arguant de la &#171; complexe r&#233;alit&#233; &#187; pour finalement noyer le poisson de l'exploitation dans les eaux confusionnantes des &#171; diff&#233;rences culturelles &#187;, des &#171; conditions particuli&#232;res dans le tiers-monde &#187;, des soi-disant progr&#232;s dans les pays dits socialistes, de la charge plus ou moins lourde du labeur, ... toutes choses qui aboutissent &#224; d&#233;manteler la communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts qui nous relie.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Critiques du travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Zanzara ath&#233;e (Grenoble)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;IMG/arton769.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;443&quot; onmouseover=&quot;this.src='IMG/artoff769.png'&quot; onmouseout=&quot;this.src='http://infokiosques.net/IMG/arton769.png'&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Introduction&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; la premi&#232;re fois en 1996 par le Collectif 1984 de Bruxelles. Il constitue le prolongement d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre qui fut mont&#233;e, par cette compagnie, &#224; l'occasion de la comm&#233;moration par l'Etat belge du cinquanti&#232;me anniversaire des accords belgo-italiens scellant l'importation massive, par la Belgique, d'une main-d'&#339;uvre italienne destin&#233;e &#224; assurer la production de charbon belge. C'est le fils d'un de ces mineurs qui est &#224; l'origine du d&#233;sir de r&#233;agir du Collectif 1984. En effet, voyant se profiler &#224; l'horizon ces comm&#233;morations o&#249; l'on allait construire du h&#233;ros, en f&#234;tant la beaut&#233; de l'effort et du sacrifice, le tout dans un halo de nostalgie hypocrite, il eut le sentiment que son p&#232;re allait mourir une deuxi&#232;me fois. Cette brochure marque donc, d'abord, le refus du mensonge qui veut habiller des habits clinquants du devoir accompli la pire des saloperies : l'exploitation de l'homme [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-1&quot; name=&quot;nh8-1&quot; id=&quot;nh8-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Note de Zanzara ath&#233;e (NdZA) : dans le texte du Collectif 1984, il est (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] par l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Exploit&#233;, voil&#224; un mot que l'on n'entend plus gu&#232;re. On y pr&#233;f&#232;re celui de privil&#233;gi&#233; pour parler de celui qui a un travail. Le passage &#224; la soci&#233;t&#233; post-industrielle a permis de faire ce petit nettoyage langagier. L'exploitation n'est encore &#233;voqu&#233;e, rarement, que lorsqu'il s'agit de d&#233;crire les conditions de travail particuli&#232;rement atroces qui ont cours dans certains pays du tiers-monde (le travail des enfants, par exemple). En fait, on ne serait en pr&#233;sence de l'exploitation que lorsqu'on ne sait quelle mesure aurait &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e sur une myst&#233;rieuse &#233;chelle de la souffrance. On nous signifie clairement que si subsistent, de part le monde, des zones d'exploitation, cette r&#233;alit&#233;, dans nos contr&#233;es, appartient &#224; notre pass&#233;. Ce qui nous incite &#224; accepter, d'autant plus volontiers, l'existence de ces centaines de millions d'&#171; exploit&#233;s labellis&#233;s &#187; comme une survivance archa&#239;que appel&#233;e &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mensonge ! La tertiarisation du travail, la d&#233;mat&#233;rialisation de la production, ne changent rien au fait que nous devons consacrer une part cons&#233;quente de nos existences &#224; cette &#171; activit&#233; aux ordres &#187; qu'est le travail, et que cette m&#234;me existence s'articule totalement autour du fait d'exercer ou de ne pas exercer une telle activit&#233;. Certes, on parle, dans nos pays riches, de la fin du travail, mais ce que nous constatons, surtout, c'est la crise du salariat et du mod&#232;le classique de l'entreprise. Les exploiteurs s'aper&#231;oivent que l'exploitation peut se passer des murs de l'usine, de la hi&#233;rarchie (la personne physique du patron est, depuis longtemps, &#224; peine un souvenir), des horaires fixes [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-2&quot; name=&quot;nh8-2&quot; id=&quot;nh8-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] &#171; Pour prendre le cas qui para&#238;t fort charmant &#224; certains analystes du (...)' &gt;2&lt;/a&gt;]. Toutes choses qui semblaient d&#233;finir l'exploitation mais qui ne sont en fait que les moyens anciens qui permettaient sa mise en &#339;uvre. Ils inventent le &#171; travailleur-entrepreneur &#187;, chacun devient pourvoyeur autonome de services. Libre, donc, de se soumettre, encore et toujours, aux conditions &#233;conomiques et sociales existantes, qui le contraignent, finalement, &#224; &#234;tre son propre contrema&#238;tre. Qui plus est, ce nouveau travailleur, &#171; affranchi &#187;, se voit dans l'obligation de veiller au maintien de sa propre valeur sur le march&#233; du travail (formation permanente, auto-&#233;valuation, etc.), et &#224; s'assurer qu'il sera employ&#233; (prospection, relations publiques, etc.). Finalement, la fronti&#232;re entre le temps travaill&#233; et le temps non-travaill&#233; abolie, c'est la totalit&#233; de son temps qui est colonis&#233;e par le travail.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En fait, pr&#233;sent&#233; comme ayant disparu, le prol&#233;tariat est partout [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-3&quot; name=&quot;nh8-3&quot; id=&quot;nh8-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] &#171; Certains le d&#233;couvriront avec terreur, mais le prol&#233;tariat repr&#233;sente (...)' &gt;3&lt;/a&gt;], mais il a pris mille virages. C'est ce qu'ignore trop, dans sa volont&#233; d&#233;nonciatrice, le &#171; Plaidoyer pour que&#8230; &#187;. Il n'est pas si &#233;vident, comme cela y est &#233;crit, qu'il y ait &#171; moins de diff&#233;rences de situation et d'int&#233;r&#234;ts entre des exploit&#233;s du tiers-monde et des pays d&#233;velopp&#233;s qu'entre l'exploiteur et l'exploit&#233; de n'importe laquelle des r&#233;gions du monde &#187;. En effet, cette affirmation ignore le fait que, par exemple, de plus en plus de travailleurs soient int&#233;ress&#233;s aux b&#233;n&#233;fices de leurs entreprises, et que, dans le cadre de l'&#171; autonomisation &#187; du travailleur, &#233;voqu&#233;e plus haut, le prol&#233;taire soit appel&#233; &#224; en exploiter un autre, du nord ou du sud pour maintenir sa propre position. En outre, mettre par trop l'accent sur le fait que ce soient les int&#233;r&#234;ts partag&#233;s qui pousseraient les individus &#224; lutter, c'est croire que les individus sont agis par les circonstances (l'appartenance &#224; une classe sociale), et non pas qu'ils d&#233;cident d'entreprendre de les modifier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En fait, le refus de l'exploitation ne peut se faire sur la seule mise en avant d'int&#233;r&#234;ts communs &#224; tous les prol&#233;taires, le monde actuel multipliant et opposant les situations particuli&#232;res, mais plut&#244;t sur la volont&#233; partag&#233;e par les individus de s'opposer &#224; l'exploitation, au nom du refus de l'organisation sociale et &#233;conomique existante et de la n&#233;cessit&#233; de construire une soci&#233;t&#233; juste. Ainsi, moi, ici et maintenant, dans ma situation particuli&#232;re de travailleur, je ne peux pas dire que j'ai, obligatoirement, les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts concrets que tel ou tel travailleur du nord ou du sud, mais cela ne m'emp&#234;che en rien d'agir pour que mes int&#233;r&#234;ts ne priment pas sur les siens, et pour que nous nous retrouvions dans le m&#234;me d&#233;sir d'en finir avec l'exploitation et le syst&#232;me &#233;conomique, social et politique qui l'organise.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Gen&#232;ve-Lausanne, le 2 juin 1998 (&#233;ditions EDAM)&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Plaidoyer pour que les mineurs du monde entier se reconnaissent dans les souffrances des caissi&#232;res de grand magasin&lt;/h3&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En fait, tu vois, si je me coupe des bouts de doigts, c'est pour ne pas perdre la t&#234;te !... Tu vois, le danger, c'est la r&#233;signation. Le danger, c'est quand tu laisses le sort te tomber dessus comme les saisons d'une ann&#233;e. Tu vois, tu supportes et puis tu t'habitues et tu finis par trouver normal que la vie soit comme &#231;a. Ton cerveau se vide et dans la t&#234;te, t'as plus que de la polenta. Et moi, la polenta, je l'aime dans l'estomac, pas dans le cr&#226;ne !...&lt;/i&gt; &#187; (extrait de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rue des Italiens&lt;/i&gt; &#187; &#8211; G. Santocono).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme bon nombre de mineurs, celui qui t&#233;moigne ici de sa mutilation pr&#233;f&#233;rait perdre un doigt plut&#244;t que d'aller souffrir au fond. Ce cas pr&#233;cis se situe en 1948, dans la r&#233;gion du Centre en Belgique. Mais c'est le propre de tous ceux qui souffrent sous le joug du travail que de chercher par tous les moyens &#224; r&#233;sister &#224; l'abrutissement, et cette r&#233;sistance prend toutes sortes de formes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, rien de chang&#233; sous le soleil : voil&#224; comment Rita, une h&#244;tesse de l'air am&#233;ricaine, t&#233;moigne de sa lutte pour ne pas devenir folle face aux conditions de travail de plus en plus &#233;prouvantes de ce m&#233;tier, li&#233;es aux pressions exerc&#233;es par la direction pour que les h&#244;tesses assument de plus en plus de t&#226;ches au cours d'un m&#234;me vol. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quand je commence &#224; &#234;tre crev&#233;e pendant un vol, j'&#233;vite les passagers. Je n'entends pas, je regarde ailleurs, je m'&#233;loigne. J'appelle &#231;a &quot;se d&#233;filer sur le tas&quot;. Tout dans une compagnie a&#233;rienne est fond&#233; sur le travail sentimental : &#234;tre gentille quand on n'a pas envie de l'&#234;tre. Je fais tout ce que je peux pour pas devenir cingl&#233;e. Il ne suffit pas de rentrer chez soi et de ne plus parler boulot. J'ai besoin de faire quelque chose contre le r&#232;glement pour rester saine d'esprit.&lt;/i&gt; &#187; (Extrait de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;In the American workplace&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Martin Sprouse, 1995).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand on lutte pour &#233;chapper aux pressions de l'exploitation, l'&#233;poque ou le type de travail assum&#233; importe peu, on se sent partie prenante d'une communaut&#233;. Qu'on soit homme ou femme, blanc ou noir, belge ou italien, que le boulot soit plus ou moins dur, ces diff&#233;rences disparaissent car on r&#233;siste aux m&#234;mes peines, au m&#234;me ennui. Evidemment, si l'on part des conditions imm&#233;diates dans lesquelles se produit l'activit&#233;, chaque cas para&#238;t sp&#233;cifique, chaque situation particuli&#232;re. Le mineur est un homme, l'h&#244;tesse est une femme. L'un travaille au fond, l'autre en l'air. Les risques d'accident ne sont pas identiques. L'effort n'est pas le m&#234;me. Bref, tout les distingue. Et c'est ce qui est syst&#233;matiquement mis en exergue aujourd'hui : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les particularit&#233;s, les &#233;l&#233;ments qui diff&#233;rencient les situations&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce plaidoyer veut s'attaquer aux mille et un m&#233;canismes qui sont le plus souvent mis en avant pour nous emp&#234;cher de nous reconna&#238;tre comme faisant partie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d'une seule et m&#234;me classe sociale&lt;/i&gt;, nous qui travaillons pour (sur)vivre et qui sommes soumis &#224; ce titre, &#224; un m&#234;me d&#233;nominateur commun : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'exploitation&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette v&#233;rit&#233; toute simple est aujourd'hui tout bonnement &#171; impronon&#231;able &#187; : on ne peut plus &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dire&lt;/i&gt; l'exploitation. L'&#233;voquer, c'est la plupart du temps voir son interlocuteur balayer la question d'un revers de main fatigu&#233; : en arguant de la &#171; complexe r&#233;alit&#233; &#187; pour finalement noyer le poisson de l'exploitation dans les eaux confusionnantes des &#171; diff&#233;rences culturelles &#187;, des &#171; conditions particuli&#232;res dans le tiers-monde &#187;, des soi-disant progr&#232;s dans les pays dits socialistes, de la charge plus ou moins lourde du labeur, &#8230; toutes choses qui aboutissent &#224; d&#233;manteler la communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts qui nous relie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Relier les anneaux de la cha&#238;ne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Partir de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ce qu'il y a de commun&lt;/i&gt;, c'est reconstituer la cha&#238;ne bris&#233;e par les particularit&#233;s. Suivre cette d&#233;marche conduit &#224; refuser d'exister comme un tas de maillons s&#233;par&#233;s, atomis&#233;s, charriant chacun un int&#233;r&#234;t sp&#233;cifique. Peut-&#234;tre alors pourrons-nous rattacher chaque maillon circonstanciel &#224; la grande cha&#238;ne organique que forme l'ensemble des exploit&#233;s de ce monde. Une cha&#238;ne de force pour briser les fils invisibles qui, partout dans le monde, lient le &#171; travailleur libre &#187; au salariat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi par exemple, il y a moins de diff&#233;rences de situation et d'int&#233;r&#234;ts entre des exploit&#233;s du tiers-monde et de pays d&#233;velopp&#233;s qu'entre l'exploiteur et l'exploit&#233; de n'importe laquelle de ces r&#233;gions du monde. Et il en va de m&#234;me pour les &#171; pays socialistes &#187;. Apr&#232;s plus de 75 ann&#233;es de mystification stalinienne, il appara&#238;t de plus en plus clairement aux yeux de tous que des pays tels la Russie ou la Chine n'ont jamais quitt&#233; le monde capitaliste, et que les mesures protectionnistes ou les nationalisations op&#233;r&#233;es dans ces r&#233;gions n'ont en rien rompu avec le capitalisme traditionnel. L&#224;-bas comme partout r&#233;gnait et r&#232;gne encore le travail salari&#233;, l'exploitation de l'homme par l'homme, l'argent, l'arm&#233;e, l'Etat, ...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cavanna &#233;voque avec ironie la mystification de la nationalisation des mines d&#233;cid&#233;e par les staliniens du Parti Communiste Fran&#231;ais dans le gouvernement d'apr&#232;s-guerre. En 1945 en effet, comme les capitalistes du monde entier, le PCF appelle &#224; arr&#234;ter les gr&#232;ves et &#224; travailler plus pour augmenter la production (et donc les profits) : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Donc, plus question de gr&#232;ves, fallait produire &#224; tout va pour relever la France et l'industrie. Alors on a crach&#233; dans nos mains (&#8230;). Un sacr&#233; coup, oui ! En deux ans, &#224; force de sueur et d'ampoules, on avait d&#233;pass&#233; le niveau d'avant-guerre. Faut dire aussi que les mines avaient &#233;t&#233; enlev&#233;es aux compagnies pourries qui avaient collabor&#233; avec l'ennemi, et nationalis&#233;es. C'est &#231;a qui nous remontait le moral ! On &#233;tait les patrons, vous comprenez ? Qu'on croyait&#8230; Parce qu'en fait on nous avait couillonn&#233;s. Mais &#231;a on l'a su plus tard.&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les enfants de Germinal&lt;/i&gt; &#8211; Cavanna)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici aussi, comme en Russie, &#224; Cuba ou en Chine [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-4&quot; name=&quot;nh8-4&quot; id=&quot;nh8-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] NdZA : ou, aujourd&amp;#39;hui, dans certains pays sud-am&#233;ricains.' &gt;4&lt;/a&gt;], on a fait croire &#224; l'ouvrier que substituer un patron &#171; public &#187; &#224; un patron &#171; priv&#233; &#187; transformerait la nature de l'exploitation qu'il subissait, tout comme on faisait croire qu'il suffisait de peindre le capitalisme en rouge pour le supprimer. Voil&#224; une autre mani&#232;re de couper une partie des exploit&#233;s de la lutte g&#233;n&#233;rale de leurs fr&#232;res de mis&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il existe des milliers de semblables m&#233;canismes dont la fonction est d'occulter l'existence d'une m&#234;me communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts entre les &#171; prol&#233;taires du monde entier &#187;. Les uns disent qu'ici on est mieux, les autres affirment qu'ailleurs c'est pire. Du nord au sud et de l'est &#224; l'ouest, d'innombrables bonnes ou mauvaises intentions participent &#224; l'atomisation des maillons de la servitude. Et quand ces s&#233;parations ne prennent pas la g&#233;ographie pour base, c'est la sociologie ou le culturel qui s'en m&#234;lent : dans ces domaines, on dissocie le rural de l'urbain, l'ouvrier de l'employ&#233;, l'&#233;tudiant du travailleur, le Wallon du Flamand, etc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette petite balade dans le monde de la s&#233;paration s'affirme d&#233;finitivement comme une bataille tenace pour tenter de relier les fils &#233;pars et d&#233;faits d'une classe sociale qui a vu son unit&#233; bris&#233;e par autant de mystifications subies. Elle nous conduit tout naturellement chez les mineurs. Elle nous conduit au fond.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sous terre, seulement des prol&#233;taires &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici, au fond de la mine, dans la peur d'un coup de grisou ou d'un &#233;boulement, toutes les s&#233;parations chant&#233;es par l'id&#233;ologie dominante s'effondrent. Ici, il n'y a plus de dieu, plus de patrie, plus de Belges ou d'immigr&#233;s, plus de &#171; Bataille du charbon &#187; ou de &#171; Plan quinquennal &#187;. Que cela soit en Chine, en Belgique, aux USA ou en Afrique du Sud, il n'y a plus qu'un tas d'hommes suant du charbon sous le joug des cadences impos&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici au fond de la mine, il n'y a plus qu'une et une seule classe sociale : le prol&#233;tariat [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-5&quot; name=&quot;nh8-5&quot; id=&quot;nh8-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] Oui, on a bien lu, on parle des &#171; prol&#233;taires &#187;, ceux-l&#224; m&#234;me que le (...)' &gt;5&lt;/a&gt;]. La nationalit&#233; n'a pas d'importance pour les exploiteurs. Mais ce qui est clair aussi, c'est qu'il n'y a pas un seul bourgeois qui tient le marteau piqueur. Pas de confusion possible. Seul le prol&#233;tariat travaille et seule la bourgeoisie en tire profit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La guerre r&#233;v&#232;le de fa&#231;on plus marquante encore cette distribution des r&#244;les. Quel que soit le capitaliste qui s'empare des mines, il n'y envoie que des ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1940, l'Etat allemand y enverra trimer les prisonniers russes. Lisez les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;prol&#233;taires&lt;/i&gt; russes, pas les officiers de l'Arm&#233;e Rouge, pas les bureaucrates, pas les gestionnaires de l'Etat. En 1945, l'Etat belge y envoie creuser les prisonniers allemands. Pas les dignitaires nazis, les hauts officiers SS, les ministres fascistes, les banquiers, non, les simples soldats. Prolo dans leur pays, prolo au front, prolo au fond de la mine. Et quand il faudra rel&#226;cher les prisonniers allemands et qu'une majorit&#233; de mineurs belges refuseront de retourner mourir pour du charbon, l'Etat belge d&#233;cr&#233;tera une &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mobilisation civile de toutes les personnes occup&#233;es dans les charbonnages depuis le 10 septembre 1944&lt;/i&gt; &#187; en pr&#233;cisant que &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les ex-mineurs qui se soustrairaient &#224; cette mobilisation civile seraient exclus du b&#233;n&#233;fice du ch&#244;mage mais aussi passibles d'une peine de prison de 8 jours &#224; un an et d'une amende de 26 000 &#224; 100 000 francs&#8230;&lt;/i&gt; &#187; (extrait de l'Arr&#234;t&#233;-loi paru dans le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moniteur belge&lt;/i&gt; d'avril 1945 et cit&#233; dans &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'appel &#224; la main-d'&#339;uvre italienne...&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Anne Morelli). Lib&#233;r&#233; de la guerre, l'ouvrier reste prisonnier du capitalisme. Enfin, quand il fut clair que malgr&#233; ces mesures, il n'y aurait jamais assez de Belges pour retourner au charbon, les Etats belge et italien sign&#232;rent les accords de juin 1946, qui pr&#233;cipitaient des dizaines de milliers de jeunes italiens dans le noir des profondeurs mini&#232;res. Des jeunes italiens sans travail, sans terre, sans argent, sans autre propri&#233;t&#233; que leurs bras. Des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;prol&#233;taires&lt;/i&gt;. Pas des hauts fonctionnaires du Minist&#232;re du Travail, pas des rentiers ou des gros commer&#231;ants.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme on le voit, la recherche inalt&#233;rable du profit an&#233;antit toutes les consid&#233;rations id&#233;ologiques, politiques, nationalistes, ... Seule une certaine &#171; reconnaissance &#187; sociale subsiste qui voit les bourgeois, quelles que soient les guerres qu'ils se livrent, refuser d'envoyer leurs semblables souffrir sous les coups du labeur. Une confirmation du vieil adage qui veut que les loups se battent, mais ne se mangent pas entre eux. Les loups en surface, les rats sous la terre. Au fond. Au fond de l'exploitation...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car quel m&#233;tier impos&#233; &#224; l'homme a-t-il plus concentr&#233; l'inhumanit&#233; d'une soci&#233;t&#233; dont le seul souci est le profit ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quel autre m&#233;tier que celui de mineur de fond a-t-il &#224; ce point ni&#233; l'&#234;tre humain pour le soumettre aux exigences d&#233;lirantes de la rentabilit&#233; &#233;conomique ? Quel autre m&#233;tier a-t-il conduit l'homme &#224; ramper comme un rat plusieurs heures par jour dans des galeries noires, bruyantes et puantes, parfois &#233;troites de 30 centim&#232;tres ? Quel autre m&#233;tier a-t-il plac&#233; l'homme face &#224; une telle destruction de son propre corps ? Quel autre m&#233;tier a-t-il permis qu'un jour on justifie la transformation des organes de respiration de l'homme en v&#233;ritable chair &#224; charbon ? Quel m&#233;tier a-t-il autant humili&#233; l'homme, jusqu'&#224; le contraindre &#224; manger aux c&#244;t&#233;s de ses propres excr&#233;ments ? &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au fond de la mine, pas de r&#233;fectoire ni de toilettes, pas de robinet d'eau pour enlever la poussi&#232;re de vos mains, ni de votre bouche, pas possible de rincer celle-ci&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et ce n'est que quand les circonstances le permettent que l'on peut rapidement satisfaire ou apaiser ses besoins, sur les lieux m&#234;mes de votre travail au milieu des dangers et des salet&#233;s, devant bien souvent manger aussi &#224; cette m&#234;me place tout comme du b&#233;tail humain.&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La bataille du charbon&lt;/i&gt; &#8211; Alexandre Lambrix)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans oublier les morts. Ceux des grandes catastrophes, bien s&#251;r, une liste interminable. Mais ceux du quotidien aussi, morts un par un, et pour lesquels il n'y a pas le bruit des photographes de journaux &#224; sensation... On n'insistera pas ici sur l'horreur v&#233;cue par ces millions d'hommes de par le monde qui furent condamn&#233;s aux mines - comme on condamnait aux gal&#232;res - parce qu'il leur fallait survivre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Comment &#171; donner un sens &#187; &#224; ces souffrances et &#224; ces morts ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le capitalisme assurait aux mineurs qu'ils mouraient pour la patrie, qu'ils souffraient pour chauffer les familles sans charbon, qu'ils travaillaient pour eux-m&#234;mes ou pour le pays ou pour le &#171; socialisme &#187; puisque les mines &#233;taient nationalis&#233;es... La r&#233;alit&#233; une fois d&#233;maquill&#233;e de toutes ces mystifications, on constate que les mineurs sont morts pour le taux de profit, pour la comp&#233;titivit&#233; de l'entreprise, pour la hausse des actions de la F&#233;d&#233;char... et pour un salaire qui leur permettait &#224; peine de payer un loyer et nourrir une famille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le capitalisme ne &#171; donne &#187; pas de sens, il le &#171; chiffre &#187;. Il rel&#232;ve des taux de profit. Il quantifie des marchandises import&#233;es [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-6&quot; name=&quot;nh8-6&quot; id=&quot;nh8-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] Sur un registre de la F&#233;d&#233;ration des Charbonnages, nous avons pu lire, (...)' &gt;6&lt;/a&gt;]. Il sp&#233;cule sur le futur de l'exploitation, mais pas sur le sort des mineurs. &#171; Chez ces gens-l&#224;, Monsieur, on ne vit pas, on compte ! &#187; [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-7&quot; name=&quot;nh8-7&quot; id=&quot;nh8-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] Extrait de &#171; Ces gens-l&#224; &#187; de Jacques Brel.' &gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au lendemain m&#234;me de la catastrophe de Marcinelle, qui avait laiss&#233; plus de 250 morts sur le carreau, un journaliste ne d&#233;clarait-il pas d&#233;j&#224; : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il manque trois mille ouvriers mineurs pour assurer une exploitation normale des entreprises houill&#232;res du bassin de Charleroi. O&#249; les trouver ? Il est douteux que ce soit d&#233;sormais en Italie. On parle de main-d'oeuvre portugaise et espagnole qui s'ajouterait aux travailleurs italiens et grecs install&#233;s chez nous.&lt;/i&gt; &#187; (Ajax &#8211; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Soir &lt;/i&gt;du 11 ao&#251;t 1956)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est m&#234;me pas du cynisme, c'est la tragique r&#233;alit&#233; d'une soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re ax&#233;e sur le bien-&#234;tre des capitaux accumul&#233;s et non des hommes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mourir pour cela n'a d&#233;finitivement pas de sens : il faut chercher celui-ci ailleurs. Si le &#171; sens &#187; que propose l'exploitation ne convient pas, il faudra bien en d&#233;finir un par nous-m&#234;mes. Pour cela, il faut d'abord sortir de la mine, prendre de la perspective et oublier un instant tout ce qui caract&#233;rise &#171; imm&#233;diatement &#187; le mineur. Il faut qualifier les eaux communes dans lesquelles nagent le mineur italien ou le ch&#244;meur am&#233;ricain, la paysanne chinoise ou l'employ&#233; de banque za&#239;rois et d&#233;noncer l'existence universelle d'un monde qui suspend les vies &#224; un salaire. En retournant &#224; la mine apr&#232;s ce large d&#233;tour, on verra alors que ce n'est que dans la lutte pour qu'il n'y ait plus jamais de &#171; vies suspendues aux salaires &#187; que se trouve le sens &#224; donner aux souffrances des mineurs ou de toute autre cat&#233;gorie d'exploit&#233;s particuli&#232;rement attaqu&#233;e. Ouvrons donc cette large parenth&#232;se, quittons momentan&#233;ment les mineurs et changeons de niveau d'abstraction.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Changer de niveau d'abstraction [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-8&quot; name=&quot;nh8-8&quot; id=&quot;nh8-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[8] Un &#171; niveau d&amp;#39;abstraction &#187; peut se d&#233;finir comme un cadre (...)' &gt;8&lt;/a&gt;] &#187; pour expliquer la r&#233;alit&#233; est extr&#234;mement p&#233;nible aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un exemple. Les restructurations battent leur plein, la crise est plus profonde que jamais, les entreprises licencient &#224; tour de bras sur la plan&#232;te enti&#232;re... et l'on continue &#224; se tourner vers le ch&#244;meur pour lui demander les raisons de son refus de chercher du travail !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a quelques semaines encore, lors d'un d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233;, un pauvre bougre qui, depuis son licenciement, avait centr&#233; toute son existence sur la recherche d'emploi, clamait sa fiert&#233; d'avoir retrouv&#233; un travail. Il s'acharnait, d&#232;s lors, &#224; d&#233;montrer aux ch&#244;meurs du monde entier qu'ils &#233;taient seuls responsables de leur sort et qu'il constituait, lui, la preuve vivante des infinies possibilit&#233;s de r&#233;int&#233;gration existant dans le circuit du travail. Des tas de gens avaient beau lui d&#233;montrer qu'il &#233;tait impossible, en Belgique, de faire rentrer &#171; physiquement &#187; plus de 600 000 personnes sur un march&#233; domin&#233; par des entreprises qui licencient &#224; n'en plus finir, il s'obstinait &#224; reprendre son exp&#233;rience personnelle particuli&#232;re pour nier la r&#233;alit&#233; d'ensemble. Apr&#232;s tout, s'il faisait partie des quelques gouttes d'eau qui s'&#233;taient retrouv&#233;es dans la pipette, qu'est-ce qui pourrait bien emp&#234;cher le reste de la bouteille d'y entrer ?&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand le sage montre la Lune, l'idiot regarde le doigt. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, pour expliquer le ch&#244;mage, le sage a beau d&#233;noncer l'&#233;conomie capitaliste, le gouvernement continue &#224; montrer du doigt le ch&#244;meur et &#224; le sanctionner.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A ce niveau, la question cesse bien &#233;videmment d'&#234;tre th&#233;orique, le probl&#232;me de l'Etat n'&#233;tant pas de &#171; comprendre &#187; rationnellement que la bonne ou mauvaise volont&#233; des individus est soumise &#224; la dictature globale de l'&#233;conomie et du march&#233;, mais bien de &#171; d&#233;fendre pratiquement &#187; le cadre g&#233;n&#233;ral dont il est produit et dans lequel s'exerce l'exploitation de l'homme par l'homme. Pour l'Etat, ce n'est donc plus un probl&#232;me de &#171; raisonnement &#187;, mais bien une question d'&#171; int&#233;r&#234;t &#187;. Ce qui dicte la r&#233;pression du ch&#244;meur, c'est le souci du d&#233;veloppement des entreprises repr&#233;sent&#233;es et d&#233;fendues par l'Etat, et non la bonne ou la mauvaise compr&#233;hension des lois du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour le salari&#233; par contre, saisir le bon niveau d'explication est litt&#233;ralement une question de vie ou de mort. S'il se persuade que la mis&#232;re &#224; laquelle il est soudain confront&#233; en &#233;tant licenci&#233; est le r&#233;sultat de sa propre incapacit&#233; &#224; trouver sa place dans le monde, il risque fort bien de se tromper d'ennemi. Ainsi, aux Etats-Unis, ces trois derni&#232;res ann&#233;es, 13 travailleurs de Caterpillar se sont suicid&#233;s du fait des menaces de licenciement que cette entreprise a fait peser sur eux. Ils n'avaient pourtant rien &#224; se reprocher. Leur seul tort &#233;tait d'avoir accumul&#233; des ann&#233;es d'anciennet&#233; et donc de b&#233;n&#233;ficier d'un salaire &#233;lev&#233;, ce qui nuisait aux int&#233;r&#234;ts de l'entreprise, soucieuse de les remplacer par de plus jeunes ouvriers pay&#233;s 30% moins cher.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans cet exemple, si ces prol&#233;taires avaient pu recadrer leur situation ne fut-ce qu'au niveau de l'humanit&#233; et de la v&#233;nalit&#233; de ceux qui les exploitent, ils auraient certainement surv&#233;cu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Changer de niveau d'abstraction, c'est permettre au jeune docker de Lagos, au vieil ouvrier de Caterpillar, &#224; l'h&#244;tesse de l'air am&#233;ricaine ou au mineur fran&#231;ais &#171; nationalis&#233; &#187; d'&#233;lever leurs souffrances respectives sp&#233;cifiques au d&#233;sir commun d'exister comme des &#234;tres humains et non comme des marchandises.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En prenant un peu de hauteur, en refusant l'application imm&#233;diate donn&#233;e par les journaux et qu'on nous &#233;crase sur le nez : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;tu es ch&#244;meur, tu es mineur, tu es immigr&#233;, tu es femme, tu es manuel, tu es flamand, tu es intellectuel&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, nous nous rendons &#224; nouveau capables d'affirmer : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;nous ne sommes ni ch&#244;meur, ni mineur, ni immigr&#233;, ni femme, ni manuel, ni flamand, ni intellectuel... nous sommes le prol&#233;tariat !&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-9&quot; name=&quot;nh8-9&quot; id=&quot;nh8-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[9] C&amp;#39;est ce qu&amp;#39;avaient r&#233;pondu, au cours de la Premi&#232;re guerre (...)' &gt;9&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour saisir l'universalit&#233; de nos conditions d'exploitation, il faut refuser de s'arr&#234;ter &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ce qui semble formellement&lt;/i&gt; et imm&#233;diatement diff&#233;rencier ces conditions, et crier bien fort &#224; tous ceux qui nient l'existence des classes sociales, que ce qui constitue le c&#339;ur commun de la r&#233;alit&#233; de tous les exploit&#233;s de la terre, c'est la d&#233;possession de toute propri&#233;t&#233; et l'obligation pour survivre de vendre sa force de travail.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vues sous cet angle, les diff&#233;rences de condition existant entre un mineur du si&#232;cle dernier [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-10&quot; name=&quot;nh8-10&quot; id=&quot;nh8-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[10] NdZA : comprendre &#171; au 19&#232;me si&#232;cle &#187;.' &gt;10&lt;/a&gt;] et nos actuelles caissi&#232;res de grand magasin dispara&#238;tront rapidement. Et ce sera une bonne chose. Parce que toutes ces particularit&#233;s sont mises si souvent en avant, qu'elles finissent par briser l'unit&#233; naturelle entre les prol&#233;taires du monde entier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Se vendre ou mourir : une r&#232;gle commune impos&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A l'occasion de la journ&#233;e des Droits de l'Enfant, un journaliste avait &#233;t&#233; invit&#233; &#224; BlaBla, l'&#233;mission pour enfants de la t&#233;l&#233;vision belge, et dialoguait avec la c&#233;l&#232;bre marionnette &#224; propos de l'&#233;cole :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; - Tu sais, Blabla, il y a des pays pauvres o&#249; les enfants n'ont m&#234;me pas d'&#233;cole !
&lt;br /&gt;- C'est vrai que nous on est riches, on vit dans un pays riche !
&lt;br /&gt;- Exactement. Et nos &#233;tudiants qui manifestent si r&#233;guli&#232;rement leur m&#233;contentement dans les rues feraient bien de s'en souvenir quand ils revendiquent de meilleures conditions pour leur enseignement !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mieux que de longs discours, cette conversation approximativement retransmise ici, donne toute la mesure de la fonction qu'assume, dans notre soci&#233;t&#233;, le discours sur les conditions diff&#233;rentes dans lesquelles se retrouvent les exploit&#233;s. Reproduisant jusqu'&#224; la caricature l'id&#233;ologie dominante concernant les diff&#233;rences particuli&#232;res entre le monde dit &#171; riche &#187; et le monde dit &#171; sous-d&#233;velopp&#233; &#187;, les protagonistes encouragent ici les &#233;tudiants &#224; se dire qu'ils sont riches et &#224; ne pas se plaindre de leur sort. Le tour est jou&#233;. L'&#233;tudiant va sortir de l'&#233;cole, sans travail parce qu'il n'y en a plus, sans droit imm&#233;diat aux allocations de ch&#244;mage, sans toit s'il part de chez ses parents... bref sans rien, et il s'entend dire qu'en tant que riche dans un pays riche, il ferait mieux de ne pas pleurer sur son sort, qu'il y a des endroits du monde o&#249; c'est pire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La fonction essentielle de tout cela est d'emp&#234;cher le prol&#233;taire en Belgique de se reconna&#238;tre dans le prol&#233;taire du dit tiers-monde. Et vice versa. Parce qu'&#224; Lagos ou &#224; Bogota, d'autres journalistes ou d'autres militants tiers-mondistes bien intentionn&#233;s compl&#233;teront l'histoire en pr&#233;tendant qu'il n'y a pas &#224; se solidariser avec ces masses de prolos embourgeois&#233;s d'Europe, poss&#233;dant caravane et t&#233;l&#233; [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-11&quot; name=&quot;nh8-11&quot; id=&quot;nh8-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[11] Quel luxe pour tous ceux qui, de plus en plus nombreux en Europe, (...)' &gt;11&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui se met en place dans un tel m&#233;canisme d'explication de la r&#233;alit&#233; est d&#233;terminant dans la n&#233;gation de toute possibilit&#233; de se solidariser et de lutter ensemble contre ce qui nous d&#233;truit, ici et l&#224;-bas : l'exploitation capitaliste. Il ne s'agit pas de nier le fait qu'&#224; certains endroits de la plan&#232;te le capitalisme place des masses de prol&#233;taires dans une situation de mis&#232;re absolue qui ne leur laisse m&#234;me pas de quoi refaire leur force de travail, et qu'ils en meurent. Il s'agit de montrer que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cette r&#233;alit&#233; r&#233;sulte directement des m&#234;mes lois&lt;/i&gt; d'un m&#234;me march&#233; mondial qui soumet, dans tous les pays du monde, la m&#234;me classe sociale &#224; la m&#234;me exigence pour survivre : vendre sa force de travail ou mourir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que les r&#233;gions o&#249; se sont concentr&#233;es la production et la richesse aient produit quelques m&#233;canismes qui permettent momentan&#233;ment d'&#233;viter que ne meurent directement ceux qui n'ont pas de propri&#233;t&#233; et pas de travail, ne remet en rien en question cette r&#233;alit&#233; fondamentale : le capitalisme est bas&#233; partout sur l'existence de masses d'hommes d&#233;poss&#233;d&#233;s de toute propri&#233;t&#233; (si ce n'est leur force de travail) et dont la survie d&#233;pend globalement du travail qu'ils ont ou non.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout comme pour les treize &#171; suicid&#233;s &#187; de Caterpillar, les conclusions d'une telle affirmation sont vitales parce que prendre conscience du fait que la m&#234;me cause capitaliste universelle produit partout la m&#234;me cons&#233;quence en terme d'exploitation permet non seulement de ne pas se tromper d'ennemi (ce n'est pas le &#171; blanc &#187; qui exploite le &#171; noir &#187; mais bien les patrons &#171; blancs &#187; et &#171; noirs &#187; qui exploitent les prol&#233;taires &#171; blancs &#187; et &#171; noirs &#187;) mais aussi et surtout d'envisager que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;seule une dimension internationale de remise en question du monde pourra changer cet &#233;tat de fait&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A contrario, si l'on part de certaines conditions d'exploitation locale, si l'on s'attarde sur l'ici et maintenant, non seulement on ne r&#233;sout ni l'ici ni le maintenant, mais en plus on participe, qu'on le veuille ou non, &#224; la mise en place d'une id&#233;ologie qui tire du &#171; particulier &#187; (nos fr&#232;res qui meurent de faim en Afrique) la justification pour ne pas agir sur le &#171; g&#233;n&#233;ral &#187; (entamer, ici, une action pour remettre en cause les conditions mondiales d'exploitation de l'homme par l'homme).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On est conscient qu'en situant l'urgence d'une explication des contradictions de ce monde &#224; partir du point de vue le plus g&#233;n&#233;ral, on renvoie &#224; des perspectives tellement globales qu'elles semblent a priori quelque peu utopiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Utopie pour utopie...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, elles ne sont pas plus illusoires que l'utopie lib&#233;rale qui se borne &#224; attendre une reprise qui ne viendra pas ou un monde meilleur d&#233;coulant du respect des conditions des Accords de Maastricht. Utopie pour utopie, autant partir de ce qui nous semble seul porteur d'humanit&#233; et de d&#233;passement : l'appel &#224; l'unit&#233; de toutes celles et de tous ceux qui, par del&#224; les fronti&#232;res, n'ont pour futur que l'angoisse du lendemain et pour pr&#233;sent le r&#233;veil matin, cette premi&#232;re humiliation de la journ&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Renverser la cha&#238;ne des oppressions &#187;, ouvrir l'espace &#224; l'unit&#233;, c'est &#233;galement le combat que mena Augusto Boal, le cr&#233;ateur des techniques du &#171; Th&#233;&#226;tre de l'Opprim&#233; &#187;, lorsqu'il appelait l'ouvrier adulte, l'enfant immigr&#233;, la femme au foyer, et chaque maillon de la cha&#238;ne &#224; retourner sa r&#233;volte vers le haut, vers l'oppresseur &#171; sup&#233;rieur &#187;, vers l'exploiteur, disait-il, plut&#244;t que de se venger de ses malheurs sur plus faible que lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En plagiant Boal, on pourrait appeler &#224; renverser la cha&#238;ne des divisions particuli&#232;res op&#233;r&#233;es par la soci&#233;t&#233; pour cacher le fondamental. Car en partant de ce qu'il y a de sp&#233;cifique dans une partie du monde, puis dans une couleur de peau, puis dans un pays, puis dans une r&#233;gion, puis dans une ville, puis dans un quartier, puis dans une maison ou un couple, ... on se retrouve vite &#224; limiter sa lutte pour un monde meilleur &#224; son seul individu [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb8-12&quot; name=&quot;nh8-12&quot; id=&quot;nh8-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[12] Et m&#234;me au niveau de l&amp;#39;&#171; individu &#187;, ce qui subsiste comme &#171; (...)' &gt;12&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;De l'ennui g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; l'aventure universelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le court d&#233;tour que nous avons effectu&#233; par le &#171; tiers-monde &#187; cherchait &#224; mettre en lumi&#232;re l'importance du refus de transformer en cloisons s&#233;paratrices les mille et une situations particuli&#232;res dans lesquelles s'exerce notre exploitation. Revenons maintenant aux mineurs. Nous cherchions &#224; donner un sens &#224; ce qu'ils ont endur&#233;, et nous avons vu que le capitalisme n'en est pas capable, que l'exploitation n'a pas de sens, si l'on part du point de vue de l'&#234;tre humain et non des besoins du Capital.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Changeons donc de cadre. Passons &#224; un autre niveau pour re-situer maintenant la souffrance des mineurs dans le cadre d'une m&#234;me classe sociale qui, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aujourd'hui comme hier, au Nord comme au Sud ou &#224; l'Est et &#224; l'Ouest&lt;/i&gt;, cherche toujours d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; r&#233;sister &#224; cette m&#234;me pression capitaliste qui la contraint &#224; accepter n'importe quoi pour &#233;chapper &#224; la mis&#232;re. C'est &#224; ce niveau-ci, et &#224; ce niveau-ci seulement, que la m&#233;moire des innombrables prolos morts &#224; la mine trouve tout son sens. Elle trouve son sens dans la m&#233;moire vivante d'une classe qui revendique le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;caract&#232;re universel et commun&lt;/i&gt; de ses souffrances parce qu'elle cherche &#224; abolir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;universellement&lt;/i&gt; l'exploitation. Elle trouve son sens dans le fait de rattacher les &#233;preuves du mineur &#224; celles de tous ceux qui, quels que soient leur sexe, la couleur de leur peau, leur nationalit&#233;, leur degr&#233; de souffrance, leur lieu de travail, sont &#224; la base de tout ce que cette soci&#233;t&#233; produit et en sont pourtant compl&#232;tement d&#233;poss&#233;d&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est dans la seule &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n&#233;gation&lt;/i&gt; de ces conditions g&#233;n&#233;rales d'exploitation que r&#233;side la signification &#224; donner &#224; la m&#233;moire des mineurs. Un sens qui n'est pas de l'ordre des justifications, car rien ne justifiera jamais le ravalement de l'homme &#224; l'&#233;tat d'animal et moins encore &#224; celui d'une marchandise. Un sens qui est de l'ordre d'une direction, d'un combat, d'une attitude vivante et actuelle : relier le fil des souffrances pass&#233;es de la classe ouvri&#232;re &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;celles&lt;/i&gt; qu'elle endure actuellement, pour revendiquer dans l'unit&#233; l'abolition de tout esclavage.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette d&#233;marche commence par affirmer que le mineur n'a pas endur&#233; la mine pour extraire du charbon, mais pour que des capitalistes puissent extraire une plus-value. Elle se poursuit par le rejet de toutes les id&#233;ologies, de droite comme de gauche, qui ont l&#233;gitim&#233; la soumission d'&#234;tres humains &#224; de telles conditions d'existence. Elle &#233;tend sa critique &#224; la critique de toute forme de situation qui permet &#224; des hommes de s'enrichir en exploitant d'autres &#234;tres humains. Elle se concr&#233;tise ici et aujourd'hui de fa&#231;on vivante, en re-situant la m&#233;moire des combats et des d&#233;faites des mineurs de l'apr&#232;s-guerre en Belgique dans le cadre de la lutte &#224; mener partout dans le monde, pour refuser la mis&#232;re et l'absence de perspective.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;* * *&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Camarade mineur, quand on nous explique aujourd'hui que c'est tellement mieux de travailler chez Caterpillar ou chez Delhaize, et que c'est incomparable &#224; ce que tu as souffert dans la mine, prends la parole, hausse le ton, et t&#233;moigne de ton refus de voir la gigantesque statue qu'ils t'&#233;rigent servir d'ombre &#224; tous ceux qui, comme toi hier, souffrent aujourd'hui d'&#234;tre contraints d'accepter n'importe quel boulot pour survivre ! Et quand pour s'excuser de t'y avoir envoy&#233;, les grands de ce monde vantent le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;courage&lt;/i&gt; que vous avez eu, toi et tes fr&#232;res, de descendre &#224; la mine, rappelle-leur donc avec v&#233;h&#233;mence que ce n'est pas le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;courage&lt;/i&gt;, mais la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mis&#232;re&lt;/i&gt; qui t'a jet&#233; dans ce trou profond et que c'est cette m&#234;me mis&#232;re qui contraint aujourd'hui ton fr&#232;re de classe, partout dans le monde, &#224; accepter de &#171; perdre sa vie &#224; la gagner &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceux qui t'ont fait souffrir sont ceux qui glorifient aujourd'hui les souffrances que tu as endur&#233;es. Il faut d&#233;noncer ces id&#233;ologies qui magnifient les tourments des prol&#233;taires les plus d&#233;favoris&#233;s d'hier pour emp&#234;cher ceux d'aujourd'hui de se r&#233;volter contre leurs conditions d'exploitation. A l'encontre de tous ceux qui veulent t'enterrer en faisant de toi une relique d'un autre &#226;ge, alerte les hommes de notre temps et &#233;claire de toute l'actualit&#233; de ton exp&#233;rience le jusqu'au-boutisme dont le capitalisme est capable quand il s'agit d'exploiter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Camarade mineur, participe &#224; ce plaidoyer pour l'affirmation d'une seule et m&#234;me r&#233;ponse humaine &#224; l'inhumanit&#233; du capitalisme, en appelant les mineurs du monde entier &#224; &#171; se reconna&#238;tre dans les souffrances des caissi&#232;res de grand magasin &#187;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8230; et puis aussi dans l'ennui mortel des employ&#233;s de bureau, dans les col&#232;res des jeunes ch&#244;meurs, dans la rage contenue d'un &#233;tudiant se pr&#233;sentant pour un boulot, dans les regards d'un gosse qui cr&#232;ve de faim, dans les d&#233;sirs tu&#233;s des enseignants, dans la d&#233;tresse d'un demandeur d'asile africain, dans la r&#233;volte des banlieusards de tous pays...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Se reconna&#238;tre &#187;. C'est sans doute l&#224; un premier pas pour prendre conscience qu'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une soci&#233;t&#233; qui abolit toute aventure, fait de l'abolition de cette soci&#233;t&#233; la seule aventure possible&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Collectif 1984 (Bruxelles, 1996)&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Postface&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lutte des classes ou compromis historique introuvable ?
&lt;br /&gt;L'exemple suisse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nos soci&#233;t&#233;s occidentales reposent sur le mensonge et la s&#233;duction. La juste r&#233;tribution de l'effort, de l'intelligence, de l'audace... ce serait la libert&#233; au volant, la satisfaction imm&#233;diate du fast food ou du sexe virtuel en r&#233;seau&#8230; Chacun pour soi, et que le meilleur gagne. Tel est le discours officiel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;galit&#233; des chances est garantie, ici du moins, nous dit-on. Ailleurs on meurt de faim ? Peut-&#234;tre, mais c'est parce que les dirigeants du tiers-monde sont corrompus. Ils n'ont qu'&#224; faire comme nous. Avant on nous disait d'aller voir &#224; Moscou. Maintenant ce serait plut&#244;t chez Saddam ou au Pakistan. Les nouveaux ennemis voilent leurs femmes et leurs filles, ils ont des coutumes barbares. Ici c'est la civilisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plaider pour la solidarit&#233; internationale du prol&#233;tariat, c'est refuser le compromis historique conclu par les bureaucraties politiques et syndicales de nos pays au d&#233;pend des exploit&#233;s d'ici et d'ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si les salari&#233;s suisses ne se reconnaissent pas dans les souffrances des damn&#233;s de la terre, c'est parce que, bien longtemps, ils en ont &#233;t&#233; relativement pr&#233;serv&#233;s. Domin&#233;s, mais dans le camp des dominants. Notre bourgeoisie nationale a invit&#233; son prol&#233;tariat &#224; sa table. En bout de table certes&#8230; Un ananas ou une tablette de choc' &#224; un prix d&#233;fiant toute concurrence, une paire de baskets fabriqu&#233;e par un enfant du tiers-monde, un voyage en charter, une petite pute tha&#239;landaise... Elle lui a fait go&#251;ter &#224; sa grande pr&#233;dation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'or nazi... on ne savait pas, vous voulez rire ! Notre paix sociale s'est impos&#233;e, dans l'apr&#232;s-guerre, par un accord entre les &#171; repr&#233;sentants &#187; des classes ouvri&#232;res, le patronat et l'Etat. On &#233;tait tous dans le m&#234;me bateau et la guerre continuait. Une guerre &#233;conomique et financi&#232;re, dans laquelle notre petite patrie avait tout avantage &#224; se blottir sous l'aile du grand fr&#232;re am&#233;ricain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La mayonnaise a pris parce que bien des travailleurs suisses ont &#233;t&#233; pouss&#233;s vers le haut par les immigr&#233;s venus, comme dans les mines belges, occuper les mauvaises places. Ce sont eux qui ont construit les autoroutes, les cit&#233;s nouvelles, rempli les usines, fait les basses besognes. Les Suisses devenaient contrema&#238;tres, flics ou fonctionnaires... leurs enfants prenaient le chemin des bureaux et des banques o&#249; certains dictateurs barbares et corrompus avaient l'habitude de passer discr&#232;tement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les oubli&#233;s de la croissance, le quart-monde, les ouvriers suisses ? Des rat&#233;s, des nuls, des cr&#233;tins, des alcooliques... r&#233;duits &#224; avoir honte de leur &#233;chec, car chacun &#233;tait cens&#233; avoir eu sa chance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis quelques ann&#233;es, il y a une nouvelle donne. Il devient de plus en plus difficile de croire que le succ&#232;s ou l'&#233;chec professionnel ont un lien avec le m&#233;rite individuel. Les bonnes places sont prises, l'ascenseur est en panne. Si j'ai tel ou tel boulot, tel ou tel salaire, si je suis ch&#244;meur... c'est parce que je me suis trouv&#233; au bon ou au mauvais moment au bon ou au mauvais endroit. Les domin&#233;s jouent encore le jeu, mais ils savent maintenant que les d&#233;s sont pip&#233;s, que l'arbitraire domine et qu'une petite minorit&#233; sort gagnante &#224; tout coup.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Soumise aux lois aveugles du march&#233;, &#224; la logique de la haute finance, une soci&#233;t&#233; inhumaine se d&#233;veloppe sous nos yeux. Elle exploite les uns, jette les autres &#224; la rue, projette quelques &#171; chanceux &#187; sous les feux de la rampe, pour le temps d'un &#233;t&#233;. Tout cela dans le d&#233;cor bruyant des destructions de notre environnement et de nos liens sociaux. Ce que nous pouvons observer aujourd'hui &#224; notre petit niveau, dans notre petit pays, s'est d&#233;velopp&#233; avec une ampleur d&#233;cupl&#233;e, tout au long de ce si&#232;cle, au niveau de la plan&#232;te. Ce ne sont pas seulement des individus &#171; inaptes &#187; que le capitalisme jette &#224; la casse, mais des populations enti&#232;res, des r&#233;gions, des nations.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;sister &#224; la barbarie, oui mais comment ? Il est possible de rechercher un nouveau compromis dans le cadre de l'&#233;conomie nationale (ou europ&#233;enne) en pr&#233;conisant une politique fiscale, ou une autre recette, qui favoriserait la relance de la consommation int&#233;rieure. L'exploitation se maintiendrait, mais de fa&#231;on quelque peu adoucie peut-&#234;tre, dans le cadre de la m&#232;re patrie... ou alors on choisirait l'Europe, avec une clause sociale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Essayer de discipliner, de canaliser la logique capitaliste, au moins dans nos pays, est une option possible, mais ce n'est pas la n&#244;tre. D'abord parce que nous sommes des niveleurs qui luttons pour l'&#233;galit&#233; &#233;conomique et pour une rotation des t&#226;ches socialement utiles. Or actuellement, non seulement il y a des riches et des pauvres, mais ce sont les gens qui r&#233;alisent les travaux les plus ingrats qui sont les moins pay&#233;s. En plus, les travailleurs n'ont pas leur mot &#224; dire quant au choix de ce qui est produit. Pr&#233;tendre retourner &#224; l'&#233;poque des &#171; trente glorieuses &#187;, cela signifie d'abord accepter les hi&#233;rarchies traditionnelles et l'exploitation des faibles. Mais c'est aussi un programme utopique, parce que la majorit&#233; du camp bourgeois (banques et industries d'exportation) a fait le choix de la mondialisation et n'a plus gu&#232;re la fibre patriotique. Il y a fort peu d'espoirs d'obtenir de sa part des cadeaux substantiels. Le nouveau compromis nordiste, qu'esp&#232;rent certains, semble bien introuvable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Renouer avec l'internationalisme et avec la lutte des classes est &#224; nos yeux juste et n&#233;cessaire, mais pas &#233;vident. Il faut une dose de volontarisme et d'id&#233;al pour reconna&#238;tre notre appartenance au prol&#233;tariat mondial et &#224; ses souffrances. Pour accepter l'id&#233;e qu'il n'y a pas de salut individuel et que c'est solidairement, en son sein, que nous voulons construire une autre soci&#233;t&#233; v&#233;ritablement humaine et consciente de son destin collectif.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Lausanne-Gen&#232;ve, le 1er juin 1998 (&#233;ditions EDAM)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-1&quot; name=&quot;nb8-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Note de Zanzara ath&#233;e (NdZA) : dans le texte du Collectif 1984, il est souvent question de &#171; l'homme &#187; ou &#171; des hommes &#187; quand il s'agit en r&#233;alit&#233; des humain-e-s, indistinctement de leur identit&#233; de genre ou de sexe&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-2&quot; name=&quot;nb8-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pour prendre le cas qui para&#238;t fort charmant &#224; certains analystes du t&#233;l&#233;-travail, entre la jeune femme riv&#233;e chez elle &#224; son &#233;cran d'ordinateur, &quot;annualis&#233;e&quot; dans la dur&#233;e et la productivit&#233; de son travail par une direction qui la contr&#244;lera dans tous ses mouvements quotidiens, quelle diff&#233;rence de classe avec l'ouvri&#232;re d'usine ?&lt;/i&gt; &#187;, Michel Cahen, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde : dossiers et documents&lt;/i&gt;, n&#176;266, juin 1998.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-3&quot; name=&quot;nb8-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Certains le d&#233;couvriront avec terreur, mais le prol&#233;tariat repr&#233;sente d&#233;sormais probablement plus de 75% de la population fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;, ibid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-4&quot; name=&quot;nb8-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;NdZA : ou, aujourd'hui, dans certains pays sud-am&#233;ricains.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-5&quot; name=&quot;nb8-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Oui, on a bien lu, on parle des &#171; prol&#233;taires &#187;, ceux-l&#224; m&#234;me que le lib&#233;ralisme a enseveli jusque dans la terminologie et dont on disait pourtant qu'ils parviendraient un jour, en s'unissant, &#224; briser les cha&#238;nes de l'oppression et &#224; enterrer le capitalisme. On sait qu'il n'est pas de bon ton aujourd'hui d'appeler un chat un chat. Des mots comme exploitation, prol&#233;taires, plus-value, capitalisme, &#8230; ne trouvent pas leur place dans une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par l'euph&#233;misme et la dictature du &#171; politically correct &#187; [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;NdZA : le terme est plut&#244;t mal choisi, quand on sait qu'il est largement utilis&#233; par diverses tendances de la Droite, ouvertement racistes, sexistes et homophobes, en France comme aux USA, pour se plaindre notamment de ceux et celles qui les combattent&#8230;&lt;/i&gt;]. Pour notre part, on pr&#233;f&#232;re continuer &#224; parler du &#171; chef de personnel &#187; et du &#171; balayeur de rue &#187;, plut&#244;t que du &#171; directeur en ressources humaines &#187; et du &#171; technicien de surface &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-6&quot; name=&quot;nb8-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Sur un registre de la F&#233;d&#233;ration des Charbonnages, nous avons pu lire, pour qualifier l'arriv&#233;e d'un contingent de mineurs venus de l'Est avant 1939 : &#171; import&#233; de Pologne &#187;. La violence de la terminologie a l'avantage de la clart&#233;. L'homme, r&#233;duit &#224; sa force de travail sous le r&#232;gne du capitalisme, n'est rien d'autre qu'une marchandise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-7&quot; name=&quot;nb8-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Extrait de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ces gens-l&#224;&lt;/i&gt; &#187; de Jacques Brel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-8&quot; name=&quot;nb8-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Un &#171; niveau d'abstraction &#187; peut se d&#233;finir comme un cadre d'explication renvoyant &#224; un aspect plus ou moins particulier ou plus ou moins g&#233;n&#233;ral de la r&#233;alit&#233;. Passer d'un niveau &#171; particulier &#187; de l'explication du monde &#224; un niveau &#171; g&#233;n&#233;ral &#187; provoque actuellement toutes les r&#233;sistances propres &#224; une soci&#233;t&#233; qui pr&#233;f&#232;re globalement &#171; g&#233;rer l'impuissance &#187; face &#224; la crise plut&#244;t que de chercher &#224; d&#233;passer le syst&#232;me qui en est la cause.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-9&quot; name=&quot;nb8-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] C'est ce qu'avaient r&#233;pondu, au cours de la Premi&#232;re guerre mondiale, des gr&#233;vistes anglais accus&#233;s par leurs patrons d'&#234;tre des alli&#233;s des allemands parce qu'ils brisaient l'Union nationale : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne sommes ni anglais, ni allemands, nous sommes le prol&#233;tariat !&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-10&quot; name=&quot;nb8-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-10&quot;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;NdZA : comprendre &#171; au 19&#232;me si&#232;cle &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-11&quot; name=&quot;nb8-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-11&quot;&gt;11&lt;/a&gt;] Quel luxe pour tous ceux qui, de plus en plus nombreux en Europe, habitent toute l'ann&#233;e dans leur caravane faute de pouvoir se payer un logement en dur !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh8-12&quot; name=&quot;nb8-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-12&quot;&gt;12&lt;/a&gt;] Et m&#234;me au niveau de l'&#171; individu &#187;, ce qui subsiste comme &#171; unit&#233; &#187; est tr&#232;s relatif, car il int&#232;gre &#224; ce point les d&#233;chirements de la soci&#233;t&#233; que c'est &#224; une v&#233;ritable implosion sociale de son &#234;tre qu'il est confront&#233;. L'unit&#233; n'existe plus et, s'il part de lui-m&#234;me pour &#171; lutter &#187;, c'est sans espoir qu'il tentera de recoller les &#233;clats de son &#234;tre, car ils ne font que rejeter l'unit&#233; bris&#233;e d'une soci&#233;t&#233; immerg&#233;e dans des antagonismes produits de la division en classes sociales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;Les &#233;ditions EDAM-Europe (Editions et Diffusion de l'Aide Mutuelle, &#224; Gen&#232;ve) avaient &#233;galement publi&#233; :
&lt;br /&gt;- John Clark &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Introduction &#224; la philosophie &#233;cologique et politique de l'anarchisme&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- Nicolas Walter &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pour l'anarchisme&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- Noam Chomsky &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un monde compl&#232;tement surr&#233;el&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- Andr&#233; Devriendt &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le mouvement mutualiste&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- Ronald Creagh &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La d&#233;f&#233;rence, l'insolence anarchiste et la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>



	<item>
		<title>Dissonances</title>
		<link>http://infokiosques.net/spip.php?article770</link>
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		<dc:date>2010-01-21T13:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alfredo M. Bonanno</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Antipsychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes contre les discriminations raciales</dc:subject>
		<dc:subject>Ravage &#201;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la dissonance est partie int&#233;grante de l'harmonie et constitue l'autre r&#233;sultat, celui qui est toujours pr&#233;visible et m&#234;me d&#233;sirable, sa coagulation libre dans les processus de r&#233;alisation al&#233;atoire produit quelque chose d'autre, une rupture qui n'est pas facilement amendable. Que chacun respecte le cycle complet dans le lit rassurant de la rivi&#232;re des significations, avec laquelle les transporteurs d'eau &#233;touffent nos craintes, mais ailleurs. &lt;br /&gt;Ici on propose une lecture risqu&#233;e : une chance, un voyage ouvert &#224; d'autres possibilit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;SOMMAIRE :&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Mettre sa vie en jeu
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Maladie et Capital
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Que faire de l'anti-fascisme ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; La Maladie Communautaire
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; La perte du langage
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Inactualit&#233;s sur les drogues&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Antipsychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Luttes contre les discriminations raciales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Ravage &#201;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;IMG/arton770.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;424&quot; onmouseover=&quot;this.src='IMG/artoff770.jpg'&quot; onmouseout=&quot;this.src='http://infokiosques.net/IMG/arton770.jpg'&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;SOMMAIRE :&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Mettre sa vie en jeu
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Maladie et Capital
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Que faire de l'anti-fascisme ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; La Maladie Communautaire
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; La perte du langage
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; Inactualit&#233;s sur les drogues&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les dissonances se trouvent dans le contenu de ces arguments. Mais en restant dans le contenu, se cristallisant &#224; la place du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;parler&lt;/i&gt; (et m&#234;me du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;faire&lt;/i&gt;), elles pourraient aussi devenir des &#233;l&#233;ments de r&#233;cup&#233;ration, d'alimentation de futures pens&#233;es conservatrices, de nouveaux uniformes (de couleur diff&#233;rente), de nouvelles &#171; idoles &#187; (dans un format plus agr&#233;able). Il n'y a aucune recette d&#233;finitive capable de casser le rythme qui nous enveloppe constamment, pas m&#234;me des dissonances.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et pourtant, la dissonance a autre chose &#224; offrir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelque chose de significatif appara&#238;t au carrefour des rythmes entre des faits r&#233;&#233;voqu&#233;s, le temps de l'&#233;criture et le temps de la r&#233;alisation, c'est-&#224;-dire dans la t&#226;che librement appropri&#233;e par le lecteur, on per&#231;oit un contenu qui est quelque chose d'autre que les arguments autoritaires, les voies d'observation et l'&#233;nonciation de voies. Dans la permission de se laisser frapper par la dissonance, on n'en devient pas illumin&#233;, on ne chute pas prostr&#233; sur la route de Damas, nous cr&#233;ons simplement de l'air autour de nos pens&#233;es, c'est-&#224;-dire qu'on laisse l'inattention entrer dans le domaine de la codification. La gamme d'arguments elle-m&#234;me ouvre la voie aux unions impr&#233;visibles qui n'ont pas toujours &#233;t&#233; pr&#233;vues pendant la phase d'&#233;criture, et n'&#233;taient probablement pas des probl&#232;mes en tant que tel, m&#234;me dans la phase factuelle. La dissonance agit comme un catalyseur pour les ouvertures informelles qui ne peuvent pas &#234;tre contr&#244;l&#233;es. Juste un avertissement : ne c&#233;dez pas &#224; la tentation alarmiste sur la question de la signification.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la dissonance est partie int&#233;grante de l'harmonie et constitue l'autre r&#233;sultat, celui qui est toujours pr&#233;visible et m&#234;me d&#233;sirable, sa coagulation libre dans les processus de r&#233;alisation al&#233;atoire produit quelque chose d'autre, une rupture qui n'est pas facilement amendable. Que chacun respecte le cycle complet dans le lit rassurant de la rivi&#232;re des significations, avec laquelle les transporteurs d'eau &#233;touffent nos craintes, mais ailleurs. &lt;br /&gt;Ici on propose une lecture risqu&#233;e : une chance, un voyage ouvert &#224; d'autres possibilit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La chance est encore &#224; d&#233;couvrir, surtout dans son rapport au chaos. Mais m&#234;me cela doit encore &#234;tre d&#233;couvert, au moins dans le rapport avec l'ordre spontan&#233;.
&lt;br /&gt;On se revoit ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;AMB.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Mettre sa vie en jeu&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis la nuit des temps, les humains ont toujours eut un go&#251;t prononc&#233; pour le risque et l'aventure, pour des formes de jeu p&#233;rilleuses comme les duels ou la chasse. Les jeux qui mettent la vie du joueur en danger datent autant des temps pass&#233;s qu'ils perdurent aujourd'hui. Mais pour &#233;viter d'aller trop loin en arri&#232;re dans l'histoire, il suffit de penser &#224; la roulette russe, dont chacun se rappelle des pages d'un grand roman russe, ou de sc&#232;nes dans un film am&#233;ricain assez r&#233;cent. Dans les Ann&#233;es cinquante, un film sur la violence dans l'Am&#233;rique rurale a d&#233;peint un jeu appel&#233; &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le saut de lapin&lt;/i&gt; &#187;, une course entre jeunes, chacun au volant d'une voiture et fon&#231;ant vers le bord d'une falaise. Celui qui sautait de la voiture en dernier &#233;tait le gagnant. Ces derniers mois, des m&#233;dias rapportaient la tenue de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;roulettes d'autoroute&lt;/i&gt; &#187;, qui consistent &#224; conduire le long d'une d'autoroute en sens inverse ; celui qui ira le plus loin sera le gagnant. Un autre jeu &#224; la mode chez les jeunes gar&#231;ons isra&#233;liens, et ce d&#233;s dix ans, consiste &#224; placer un sac d'&#233;colier au milieu de la route et de s'en saisir d&#233;s qu'une voiture approche. Celui qui r&#233;cup&#232;re son sac en dernier gagne. Selon les m&#233;dias, un certain nombre d'enfants sont morts en jouant &#224; ce jeu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, pourquoi mettre sa vie en jeu ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;ponse pourrait simplement &#234;tre que ces comportements trouvent leurs raisons dans &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la crise des valeurs&lt;/i&gt; &#187; d'une soci&#233;t&#233; post-industrielle avanc&#233;e qui n'a aucun avenir &#224; offrir aux jeunes. Un autre film am&#233;ricain montrant la guerre des gangs &#224; Los Angeles se terminait sur une sc&#232;ne ou le jeune protagoniste, plut&#244;t que de se laisser arr&#234;ter, tuait un flic en criant &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'y a aucun avenir !&lt;/i&gt; &#187; Cela pourrait bien &#234;tre une remarque pertinente. Les exp&#233;riences quotidiennes qui forment la personnalit&#233; ont &#233;t&#233; s&#233;rieusement affect&#233;es par les changements profonds qui ont eu lieu ces derni&#232;res ann&#233;es dans les structures &#233;conomiques et sociales des pays &#224; industrialisation avanc&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les pens&#233;es, les &#233;motions et les actions des individus sont immerg&#233;es dans une situation sans aucune cat&#233;gorie pr&#233;-existante dans laquelle les ranger. C'est ce d&#233;sordre qui emp&#234;che tout sens de la s&#233;curit&#233;.
&lt;br /&gt;Cela m&#232;ne les strates les plus jeunes, celles non encore capables de faire face &#224; une telle situation ou qui ne sont pas encore en possession d'int&#233;r&#234;ts et d'id&#233;es bien enracin&#233;s, &#224; se sentir &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;priv&#233;es de valeurs&lt;/i&gt; &#187; et incapables de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;donner un sens &#224; la vie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi est-ce une r&#233;ponse trop simple ? D'abord, parce qu'il ne me semble pas juste de toujours tout rel&#233;guer &#224; un m&#233;canisme social sous-jacent qui expliquerait tout. Derri&#232;re cette attitude se cache une sorte de n&#233;o-d&#233;terminisme qui nous emp&#234;cherait de saisir les motivations r&#233;elles &#224; la racine des choses qui, si r&#233;v&#233;l&#233;es au grand jour, pourraient nous donner une meilleure indication de ce qu'il faut faire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La d&#233;sint&#233;gration sociale r&#233;sultant de la restructuration &#233;conomique des ann&#233;es quatre-vingt est certainement l'une des raisons de l'&#233;br&#232;chement des valeurs qui est apparu dans la p&#233;riode de l'apr&#232;s-guerre et qui resta plus ou moins intacte jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix. Une institution comme la famille, qui s'av&#232;re &#234;tre de moins en moins solide ou capable de r&#233;soudre la t&#226;che importante qui lui est assign&#233;e par la soci&#233;t&#233; capitaliste du si&#232;cle dernier, est frapp&#233;e non seulement par les conditions changeantes du monde du travail et de la production, mais aussi par la circulation d'id&#233;es diff&#233;rentes, de la culture, des concepts de temps et d'espace, et ainsi de suite. Chacun de ces &#233;l&#233;ments, qu'il serait trop simpliste de regrouper ensembles sous le terme &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#233;conomie&lt;/i&gt; &#187;, a produit des conditions qui doivent &#234;tre examin&#233;es s&#233;par&#233;ment. Elles sont tr&#232;s importantes et composent le tissu connectif sur lequel les &#233;motions sont greff&#233;es aux pens&#233;es et aux actions de tant de ces jeunes qui se trouvent face-&#224;-face dans les stades de football d'aujourd'hui et qui jouent avec leurs vies de mille fa&#231;ons diff&#233;rentes, se retrouvant notamment sur la base d'un non-avenir et d'un manque commun de perspectives.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici nous ne regardons pas simplement le ph&#233;nom&#232;ne marginal de l'int&#233;gration tardive des jeunes dans les conditions impos&#233;es par la vie sociale. Cela a toujours exist&#233;. Ce que nous pouvons voir &#224; pr&#233;sent est un ph&#233;nom&#232;ne d'une consistance et d'une extension inconnue de par le pass&#233;. Et si nous voulons le comprendre nous devons aussi regarder nos propres mod&#232;les de pens&#233;e. Nous avons pens&#233;, et correctement, que les conditions de travail importaient dans la compr&#233;hension des raisons pour lesquelles le prol&#233;tariat s'&#233;tait engag&#233; dans la lutte des classes, y compris de perspective r&#233;volutionnaire. Mais des conditions objectives changent. Nous avions l'habitude de penser que les luttes de la classe ouvri&#232;re pouvaient &#224; tout moment se transformer en conscience r&#233;volutionnaire, pr&#233;cis&#233;ment en raison des d&#233;fauts du syst&#232;me de production dans son enti&#232;ret&#233;. Aujourd'hui, nous ne pouvons plus penser de fa&#231;on si automatique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous disions souvent qu'une des choses qui mettrait un frein &#224; la lutte des classes &#233;tait l'int&#233;gration &#233;ducative des jeunes par la famille, la premi&#232;re pierre de l'uniformit&#233; de jugement qui &#233;tait compl&#233;t&#233;e &#224; l'&#233;cole, dans l'arm&#233;e et au travail. Beaucoup de ces choses ont maintenant chang&#233;es. Divers concepts ont int&#233;gr&#233; la famille depuis sa d&#233;sint&#233;gration, la menant &#224; respirer un air nouveau de paternalisme. Les m&#233;nages sont directement p&#233;n&#233;tr&#233;s par le biais de la t&#233;l&#233;vision et le filtre parental de censure ne fonctionne plus. Ces derniers ont aussi perdu un peu de l'autorit&#233; qui autrefois ne venait que de la simple force physique, au fil d'un contr&#244;le &#233;tatique plus strict concernant les violences faites aux mineurs dans le cadre familial. La vieille affection, ce truc de peintures &#224; l'huile du XVIIe si&#232;cle, sur laquelle on a suppos&#233; que r&#233;sidait l'essence de la famille - une fantaisie d'&#233;crivains et de po&#232;tes - n'est plus capable de dissimuler le manque r&#233;el de sentiments qui existe dans cette institution. Et nous, les anarchistes, &#233;tions parmi les premiers &#224; avancer une critique s&#233;rieuse de la famille comme &#233;tant l'origine de beaucoup des horreurs de la soci&#233;t&#233; de classes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il en va de m&#234;me pour l'&#233;cole, o&#249;, avec une clart&#233; de longue vue, nous avions vu ses limitations et ses d&#233;fauts d&#233;s le XIXe si&#232;cle, proposant des formes libertaires d'&#233;ducation qui sont d&#233;sormais reprises et r&#233;cup&#233;r&#233;es par les intellectuels du r&#233;gime. Je ne sais pas si nous sommes capables de comprendre ce qui se passe vraiment &#224; l'&#233;cole aujourd'hui, mais il ne me semble pas qu'il s'agisse l&#224; d'un secteur dans lequel nous serions en retard vis-&#224;-vis des autres. Cependant, le niveau de l'analyse anarchiste aujourd'hui, ne semble pas capable de comprendre les changements rapides qui ont lieu dans la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie. Cela est d&#233;montr&#233; par ce qui est dit du probl&#232;me de la production, et, avec une constance digne des plus grandes choses, l'insistance sur la validit&#233; du syndicalisme plus ou moins r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; mon avis, de nouveaux probl&#232;mes se pr&#233;sentent sur la sc&#232;ne sociale auxquels nous ne pouvons pas nous confronter en utilisant de vieilles analyses, bien qu'elles puissent avoir &#233;t&#233; correctes en d'autres temps. En un sens, nous n'avons pas &#233;t&#233; capables d'amener nos propres formulations &#224; leurs conclusions logiques. L'exemple de la famille est significatif. Nous &#233;tions parmi les premiers &#224; d&#233;noncer les fonctions r&#233;pressives de cette institution, mais ne sommes nulle part parmi les premiers aujourd'hui, &#224; en avoir tir&#233; les conclusions appropri&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La perte g&#233;n&#233;rale des valeurs traditionnelles ne nous voit pas capable de proposer autre chose (je ne dis pas de remplacer), pas m&#234;me de critiquer les propositions des autres. Face aux nombreux jeunes qui demandent une bonne raison de ne pas mettre leurs vies en jeu, nous ne savons que dire. D'autres ont donn&#233; ce que nous savons ne pas &#234;tre de r&#233;elles r&#233;ponses, mais cela n'emp&#234;che pas des jeunes de les accepter de fa&#231;on acritique, les r&#233;duisant &#224; des instruments passifs entre les mains du pouvoir en &#233;teignant leur agressivit&#233; lib&#233;ratrice. D'autres leur disent que la vie a une valeur en soi, parce que Dieu nous l'a donn&#233; ou bien parce qu'elle sert la r&#233;volution, la survie de l'esp&#232;ce, et ainsi de suite. Nous savons que, prises individuellement, ces propositions ne sont pas justes, mais nous devrions savoir que proposer comme alternative valable aux jeux de risque pour le risque.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Maladie et Capital&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La maladie, c'est-&#224;-dire le mauvais fonctionnement de l'organisme, n'est pas le propre de l'homme. Les animaux aussi sont malades, et m&#234;me les choses peuvent &#224; leur mani&#232;re pr&#233;senter des d&#233;fauts de fonctionnement. L'id&#233;e de la maladie comme anormalit&#233; est un grand classique, d&#233;velopp&#233; par la science m&#233;dicale. La r&#233;ponse &#224; la maladie, principalement &#224; cause de l'id&#233;ologie positiviste qui domine encore la m&#233;decine contemporaine, est celle de la gu&#233;rison, c'est-&#224;-dire, d'une intervention ext&#233;rieure choisie sur la base de pratiques sp&#233;cifiques, visant &#224; r&#233;tablir les conditions d'une id&#233;e donn&#233;e de la normalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, ce serait une erreur de penser que la recherche des causes de la maladie a toujours &#233;t&#233; mise en parall&#232;le avec cette n&#233;cessit&#233; scientifique de r&#233;tablir la normalit&#233;. Des si&#232;cles durant, les rem&#232;des ne sont pas all&#233;s de pair avec l'&#233;tude des causes, qui ont parfois &#233;t&#233; absolument fantastiques. Les rem&#232;des avaient leurs propres logiques, surtout lorsqu'ils se basaient sur des connaissances empiriques des forces de la nature.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus r&#233;cemment, une critique du sectarisme scientifique, incluant la m&#233;decine, s'est bas&#233;e sur l'id&#233;e de la totalit&#233; humaine : une entit&#233; compos&#233;e de divers &#233;l&#233;ments naturels - intellectuels, &#233;conomiques, sociaux, culturels, politiques et ainsi de suite. C'est dans cette nouvelle perspective que les hypoth&#232;ses dialectiques et mat&#233;rialistes du marxisme se sont introduites. Cette totalit&#233; variablement d&#233;crite de l'homme nouveau, le vrai, qui n'est plus divis&#233; en secteurs comme l'ancien positivisme nous y avait habitu&#233;, a de nouveau &#233;t&#233; enferm&#233;e par les marxistes dans un d&#233;terminisme unilat&#233;ral. La cause de la maladie a donc &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme exclusivement reli&#233;e au capitalisme qui, en ali&#233;nant l'humain par le travail, l'a expos&#233; &#224; une relation distordue avec la nature et la &#171; normalit&#233; &#187;, l'autre face de la maladie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A notre avis, ni la th&#232;se positiviste qui voit la maladie comme un mauvais fonctionnement de l'organisme, ni la th&#232;se marxiste qui la voit comme un r&#233;sultat d&#233;termin&#233; par les m&#233;faits du capitalisme, ne sont suffisantes.
&lt;br /&gt;Les choses sont un petit peu plus compliqu&#233;es que cela.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout simplement, nous ne pouvons pas dire qu'il n'y aurait plus de choses telles que la maladie dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e. Nous ne pouvons pas dire non plus que dans cet heureux &#233;v&#233;nement, la maladie elle-m&#234;me se r&#233;duirait &#224; un simple affaiblissement de certaines forces hypoth&#233;tiques qu'il nous reste &#224; d&#233;couvrir. Nous pensons que la maladie fait partie de la nature de l'&#233;tat de vie de l'humain dans la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire qu'elle correspond &#224; un certain prix &#224; payer pour corriger les conditions optimales de la nature en vue d'obtenir la superficialit&#233; n&#233;cessaire &#224; la construction des soci&#233;t&#233;s les plus libres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certainement que la croissance exponentielle de la maladie dans une soci&#233;t&#233; libre o&#249; la superficialit&#233; entre les individus serait r&#233;duite au strict minimum ne serait pas comparable &#224; celle d'une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur l'exploitation, telle que celle dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Il en r&#233;sulte que la lutte contre la maladie fait partie int&#233;grante du conflit de classe. Pas tellement parce que la maladie est caus&#233;e par le capital - ce qui serait une d&#233;claration d&#233;terministe, donc inacceptable, mais parce qu'une soci&#233;t&#233; plus libre serait diff&#233;rente. M&#234;me dans sa n&#233;gativit&#233;, elle serait plus proche de la vie, de l'&#234;tre humain. Ainsi, la maladie serait une expression de notre humanit&#233;, tout comme elle est l'expression de notre terrifiante inhumanit&#233; aujourd'hui. C'est pourquoi nous n'avons jamais accept&#233; la th&#232;se simpliste que l'on peut r&#233;sumer par le slogan entendu : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;faisons de la maladie une arme&lt;/i&gt; &#187;, m&#234;me si elle m&#233;rite notre respect, notamment en ce qui concerne la maladie mentale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'est pas vraiment possible de proposer au patient un traitement qui serait exclusivement bas&#233; sur la lutte contre l'ennemi. Ici, la simplification serait absurde. La maladie, c'est aussi la souffrance, la douleur, la confusion, l'incertitude, le doute, la solitude, et ces &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs ne se limitent pas exclusivement &#224; l'organisme, puisqu'ils attaquent aussi la conscience et la volont&#233;. &#201;laborer de tels programmes de lutte sur ces bases serait tout &#224; fait irr&#233;aliste et terriblement inhumain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais la maladie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;peut&lt;/i&gt; devenir une arme si on la comprend &#224; la fois dans ses causes et dans ses effets. Il peut &#234;tre important pour moi de comprendre ce que sont les causes ext&#233;rieures de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ma maladie&lt;/i&gt; : les capitalistes et les exploiteurs, l'&#201;tat et le Capital. Mais cela ne me suffit pas. Je dois aussi clarifier ma relation avec ma maladie, qui pourrait ne pas seulement &#234;tre la souffrance, la douleur et la mort. Elle pourrait aussi &#234;tre un moyen de mieux me comprendre, moi-m&#234;me et les autres, ainsi que la r&#233;alit&#233; qui m'entoure et ce qui doit &#234;tre fait pour la transformer ; aussi, avoir une meilleure compr&#233;hension de la question r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les erreurs qui ont &#233;t&#233; faites par le pass&#233; sur ce sujet proviennent d'un manque de clart&#233; en raison de l'interpr&#233;tation marxiste, bas&#233;e sur la pr&#233;tention du pouvoir &#224; &#233;tablir une relation &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;directe&lt;/i&gt; entre la maladie et le capital. Nous pensons aujourd'hui que cette relation est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;indirecte&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, en prenant conscience de la maladie, pas de la maladie en g&#233;n&#233;ral comme condition d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;anormalit&#233;&lt;/i&gt;, mais de ma maladie comme un &#233;l&#233;ment de ma vie, un &#233;l&#233;ment de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ma normalit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ensuite, place &#224; la lutte contre cette maladie. M&#234;me si les combats ne sont pas toujours victorieux.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Que faire de l'anti-fascisme ?&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le renard sait beaucoup de choses. &lt;br /&gt;Le porc-&#233;pic n'en sais qu'une, mais une grande. &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;Archiloque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le fascisme est un mot &#224; sept lettres qui commence par F. &lt;br /&gt;Les gens aiment jouer avec les mots, qui en dissimulant en partie la r&#233;alit&#233;, les d&#233;chargent de toute r&#233;flexion personnelle ou de toute prise de d&#233;cision. Le symbole agit &#224; notre place en nous fournissant un drapeau et un alibi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et placer &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;anti-&lt;/i&gt; &#187; devant le symbole n'&#233;quivaut pas &#224; &#234;tre absolument contre tout ce qui nous d&#233;go&#251;te. Nous nous sentons &#224; l'aise de ce c&#244;t&#233;-ci, avec le sentiment du devoir accompli. Avoir recours &#224; ce &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;anti-&lt;/i&gt; &#187; nous donne une conscience claire, nous enfermant dans un domaine bien gard&#233;, et tr&#232;s fr&#233;quent&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pendant ce temps, les choses &#233;voluent. Les ann&#233;es passent, tout comme les relations de pouvoir. De nouveaux patrons prennent la place des vieux et le cercueil tragique du pouvoir passe d'une main &#224; l'autre. Les fascistes d'antan ont observ&#233; le jeu d&#233;mocratique et ont laiss&#233; leurs drapeaux et leurs croix gamm&#233;es &#224; quelques t&#234;tes brul&#233;es. Et pourquoi pas ? Apr&#232;s tout, nous parlons l&#224; d'hommes de pouvoir. Les bavardages vont et viennent, le r&#233;alisme politique est &#233;ternel. Mais nous, qui ne voulons savoir que peu ou rien de la politique, nous demandons &#224; nous-m&#234;mes, embarrass&#233;s, qu'&#224;-t-il bien pu se passer pour que les chemises noires, les fascistes &#224; barres de fer que nous avons combattus avec r&#233;solution, disparaissent de la sc&#232;ne ?
&lt;br /&gt;Ainsi, comme des poules sans t&#234;tes nous cherchons un nouveau bouc &#233;missaire contre lequel nous pouvons l&#226;cher notre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pr&#234;t-&#224;-ha&#239;r&lt;/i&gt;, alors que tout autour de nous, tout tend &#224; devenir plus subtil et plus m&#251;r et que le pouvoir nous invite &#224; entrer en dialogue avec lui : Mais marchez vers l'avant je vous prie, en avant, dites ce que vous devez dire, ce n'est pas un probl&#232;me ! N'oubliez pas, nous vivons en d&#233;mocratie, chacun a le droit de dire ce qu'il veut. D'autres &#233;coutent, sont d'accord ou ne sont pas d'accord, mais les purs d&#233;cident du jeu. La majorit&#233; gagne et il ne reste plus &#224; la minorit&#233; que le droit de continuer &#224; n'&#234;tre pas d'accord. Tout cela, aussi longtemps que la totalit&#233; se r&#233;duit &#224; la dialectique du &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;choisir son camp&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si nous devions r&#233;duire la question du fascisme &#224; de simples mots, nous serions forc&#233;s d'admettre que tout cela n'ait &#233;t&#233; qu'un jeu, ou peut-&#234;tre un r&#234;ve. &lt;br /&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mussolini, un honn&#234;te homme, un grand politicien. Il a fait des erreurs. Mais qui n'en fait pas ? puis il est devenu hors de contr&#244;le. Il a &#233;t&#233; trahi. Nous avons tous &#233;t&#233; trahis. De la mythologie fasciste ? Laisse tomber ! Il n'y a aucun int&#233;r&#234;t &#224; penser &#224; de telles reliques du pass&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hitler&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Klausmann, en faisant le portrait sarcastique de la mentalit&#233; de Gerhart Hauptmann, le vieux th&#233;oricien du r&#233;alisme politique, &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mes chers amis ! ... sans rancune ! Essayons d'&#234;tre... Non, si vous me permettez, ... permettez moi ... objectif ... Voulez vous que je vous serve un autre verre ? Ce champagne... vraiment exquis - Ce Hitler l&#224;, je veux dire ... le champagne aussi, d'ailleurs, quelle grande &#233;volution ... la jeunesse allemande... environ 7 millions de votes ... comme je le dis souvent &#224; mes amis juifs... ces allemands... incroyable nation... vraiment myst&#233;rieuse ...des impulsions cosmiques... Goethe ... la saga de la dynamique ... des tendances &#233;l&#233;mentaires et irr&#233;sistibles...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non, que cesse le papotage. Les diff&#233;rences s'att&#233;nuent autour d'un verre de bon vin, et tout devient une question d'opinion. Parce que, et c'est l&#224; la chose importante, il y a des diff&#233;rences, pas entre le fascisme et l'anti-fascisme, mais entre ceux qui veulent le pouvoir et ceux qui se battent contre le pouvoir et le refusent. Mais quelles sont les bases de ces diff&#233;rences &#224; d&#233;chiffrer ?
&lt;br /&gt;Peut &#234;tre en ayant recours &#224; analyse ? Non, je ne pense pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les historiens sont la cat&#233;gorie la plus utile d'idiots au service du pouvoir. Ils pensent connaitre &#233;norm&#233;ment, mais plus ils &#233;tudient furieusement des documents, plus ils ne connaissent rien d'autre. Les documents qui certifient ind&#233;niablement ce qui est arriv&#233; proc&#232;dent de la volont&#233; de l'individu emprisonn&#233; dans la rationalit&#233; de l'&#233;v&#233;nement. L'&#233;quivalent de la v&#233;rit&#233; et du fait. Consid&#233;rer qu'autre chose est possible devient un vague passe-temps litt&#233;raire. Si l'historien a la moindre lueur vacillante d'intelligence, il se dirige imm&#233;diatement vers la philosophie, s'immergeant dans l'angoisse commune, dans les contes de f&#233;es et de ch&#226;teaux enchant&#233;s. En attendant le monde autour de nous se voit emprisonn&#233; entre les mains des puissants, et leur culture du livre de r&#233;vision d'examens est incapable de souligner la diff&#233;rence entre un document et une pomme de terre cuite. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si la volont&#233; de l'homme &#233;tait libre&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Tolsto&#239; dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Guerre et Paix&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;toute l'histoire serait une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements fortuits... Si au lieu de cela il y a une loi dirigeant seule les actions de l'homme, alors le libre arbitre ne peut exister, parce que la volont&#233; de l'homme doit &#234;tre soumise &#224; ces lois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le fait est que les historiens sont utiles, particuli&#232;rement pour nous fournir des &#233;l&#233;ments confortables, des alibis et des b&#233;quilles psychologiques. Quel courage ces Communards de 1871 ! Ils sont morts comme de braves hommes, dos au mur du P&#232;re Lachaise ! Et le lecteur est excit&#233; et se pr&#233;pare &#224; mourir aussi si n&#233;cessaire, dos au prochain mur des communards. Attendre des forces sociales qu'elles nous mettent dans la condition du mort h&#233;ro&#239;que nous traverse alors quotidiennement, souvent au seuil de la mort sans m&#234;me que cette occasion ne se pr&#233;sente. Mais les tendances historiques ne sont pas si exactes. Donnez ou prenez une d&#233;cennie, nous pourrions manquer cette occasion et nous retrouver les mains vides.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si vous voulez mesurer l'imb&#233;cillit&#233; d'un historien, faites lui raisonner sur les choses qui arrivent aujourd'hui plut&#244;t que dans le pass&#233;. Cela vous ouvrira l'esprit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non, pas d'analyse historique non plus : la discussion peut-&#234;tre politique ou politico-philosophique, du genre que nous nous sommes habitu&#233;s &#224; lire ces derni&#232;res ann&#233;es. Le fascisme est quelque chose une minute et quelque chose d'autre la minute suivante. La technique n&#233;cessaire pour en arriver &#224; cette analyse est vite vue. Prenez le m&#233;canisme h&#233;g&#233;lien d'affirmation et d'infirmation simultan&#233;es, extrayez-en une affirmation pure &#224; propos de ce qui vous vient &#224; l'esprit. Cela ressemble &#224; ce sentiment de d&#233;ception que l'on a lorsqu'apr&#232;s avoir couru pour attraper un bus, on r&#233;alise que le chauffeur, m&#234;me s'il nous a vu, a acc&#233;l&#233;r&#233; au lieu de s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien, dans ce cas on peut d&#233;montrer, et je pense qu'Adorno l'a fait, que c'est pr&#233;cis&#233;ment une vague de frustration inconsciente - caus&#233;e par la vie qui nous &#233;chappe et devient insaisissable - qui d&#233;ferle en nous, nous donnant envie de tuer le conducteur. Tels sont les myst&#232;res de la logique H&#233;g&#233;lienne ! Ainsi, le fascisme devient progressivement moins m&#233;prisable. Parce qu'&#224; l'int&#233;rieur de nous, se cachant dans un coin sombre de notre instinct animal, le rythme du c&#339;ur s'excite. Pourtant inconnu de nous-m&#234;mes, un fasciste se cache en nous. Et c'est au nom de ce potentiel fasciste que nous venons &#224; justifier tous les autres. Pas d'extr&#233;mistes, bien entendu ! Tant de gens sont-ils morts ? &lt;br /&gt;Plus s&#233;rieusement, au nom d'un sens bancal de la justice, des personnes qui &#233;taient pourtant dignes de respect mettent les non-sens de Faurisson en circulation. Mais non, mieux vaut ne pas s'aventurer le long de cette route.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand les connaissances sont rares et que le peu de notions que nous avons semblent sautiller sur place dans une mer orageuse, il est facile de devenir la proie d'histoires invent&#233;es par ceux qui sont plus intelligents avec les mots que nous le sommes. Dans le but d'&#233;viter une telle &#233;ventualit&#233;, les Marxistes, gracieux programmeurs d'esprits qu'ils sont, ont entretenu l'id&#233;e que le fascisme &#233;tait l'&#233;quivalent de la matraque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A l'oppos&#233;, m&#234;me des philosophes comme Gentile [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb9-1&quot; name=&quot;nh9-1&quot; id=&quot;nh9-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Giovanni Gentile (Castelvetrano, le 30 mai 1875 - Florence, le 15 avril (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] ont sugg&#233;r&#233; que la matraque, en agissant sur la volont&#233;, est aussi un moyen moral en ce qu'elle construit la symbiose future entre &#201;tat et individu dans cette unit&#233; sup&#233;rieure o&#249; l'acte individuel devient collectif. L&#224; nous voyons &#224; quel point les Marxistes et les fascistes sont originaires d'un m&#234;me stock id&#233;ologique, avec toutes les cons&#233;quences pratiques qui s'ensuivent, camps de concentration inclus. Mais continuons. Non, le fascisme n'est pas juste la matraque, il n'est pas non plus juste C&#233;line, Mishima, Pound [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb9-2&quot; name=&quot;nh9-2&quot; id=&quot;nh9-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Ezra Weston Loomis Pound (Hailey, Idaho, &#201;tats-Unis, 30 octobre 1885 - (...)' &gt;2&lt;/a&gt;] ou Cioran. Il n'est pas un seul de ces &#233;l&#233;ments, ni aucun autre pris individuellement, mais tous, lorsqu'ils sont r&#233;unis. Ce n'est pas non plus la r&#233;bellion d'un individu isol&#233; qui choisit sa propre lutte personnelle contre toutes les autres, en incluant de temps en temps l'&#201;tat, et qui pourrait m&#234;me attirer cette sympathie humaine que nous ressentons pour tous les rebelles, m&#234;me les plus inconfortables. Non, cela n'est pas le fascisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour le pouvoir, le fascisme brut comme celui qui a pu exister sous des dictatures &#224; des p&#233;riodes diverses de l'histoire n'est plus un projet politique praticable. De nouveaux instruments apparaissent aux cot&#233;s des nouvelles formes de gestion du pouvoir. Alors laissons cela aux historiens pour qu'ils puissent m&#226;cher autant qu'ils le veulent. Le fascisme est d&#233;mod&#233; m&#234;me en tant qu'insulte politique ou accusation. Quand un mot en vient &#224; &#234;tre instrumentalis&#233; de fa&#231;on d&#233;sobligeante par ceux qui sont au pouvoir, nous ne pouvons pas l'ignorer. Et parce que ce mot et le concept li&#233; &#224; ce mot nous d&#233;go&#251;tent, il serait bien de mettre l'un et l'autre loin dans le grenier avec toutes les autres horreurs de l'histoire et l'oublier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oublier le mot et le concept, oui, mais surtout pas ce qui s'y dissimule. Nous devons garder cel&#224; &#224; l'esprit pour nous pr&#233;parer &#224; agir. La chasse aux fascistes pourrait en effet &#234;tre un sport plaisant de nos jours, mais il pourrait aussi repr&#233;senter ce d&#233;sir inconscient d'&#233;viter toute analyse plus profonde de l'existant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je peux comprendre l'anti-fascisme. Je suis un antifasciste aussi, mais mes raisons ne sont pas semblables &#224; celle des anti-fascistes ! J'en ai entendu par le pass&#233; et j'en entend toujours aujourd'hui qui se d&#233;finissent comme tel. &lt;br /&gt;Pour beaucoup, il fallait combattre le fascisme il y a vingt ans lorsqu'il &#233;tait au pouvoir en Espagne, au Portugal, en Gr&#232;ce, au Chili, etc. Mais pourtant, lorsque les nouveaux r&#233;gimes d&#233;mocratiques ont pris leurs marques dans ces pays, l'anti-fascisme qui poss&#233;dait tant de f&#233;roces adversaires s'est &#233;teint. C'est l&#224; que je me suis rendu compte que l'anti-fascisme de mes vieux camarades de lutte &#233;tait diff&#233;rent du mien. Pour moi rien n'avait chang&#233;. Ce que nous avons fait en Gr&#232;ce, en Espagne, dans les colonies portugaises et en d'autres endroits pourrait avoir continu&#233; m&#234;me apr&#232;s que les nouveaux &#201;tats d&#233;mocratiques aient h&#233;rit&#233; des succ&#232;s pass&#233;s du vieux fascisme. &lt;br /&gt;Mais beaucoup n'&#233;taient pas d'accord.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est n&#233;cessaire de savoir &#233;couter les vieux camarades qui nous racontent leurs aventures et les trag&#233;dies qu'ils ont connu, lorsqu'ils nous parlent de tous ceux qui furent assassin&#233;s par les fascistes, de la violence et de tout le reste. Mais, comme disait Tolsto&#239;, encore lui, &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'individu qui joue un r&#244;le dans des &#233;v&#233;nements historiques n'en comprend jamais vraiment la signification. S'il essaye de la comprendre, il devient un composant st&#233;rile&lt;/i&gt; &#187;.
&lt;br /&gt;Je comprends moins ceux qui un demi-si&#232;cle plus tard et n'ayant pas v&#233;cu ces exp&#233;riences (ne se trouvant donc pas prisonniers de ces &#233;motions) empruntent des explications qui n'ont plus aucune raison d'exister et qui ne sont souvent rien de plus qu'un simple &#233;cran de fum&#233;e derri&#232;re lequel se cacher confortablement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis anti-fasciste !&lt;/i&gt; &#187;, vous jettent-ils &#224; la figure comme une d&#233;claration de guerre, &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et vous ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un tel cas, ma r&#233;ponse quasi-spontan&#233;e est - Non, je ne suis pas un antifasciste. Je ne suis pas un antifasciste de la fa&#231;on dont vous l'&#234;tes. Je ne suis pas un antifasciste parce que je suis all&#233; combattre les fascistes dans leurs pays pendent que vous restiez au chaud dans votre d&#233;mocratie. Je ne suis pas un antifasciste parce que j'ai continu&#233; &#224; me battre contre la d&#233;mocratie qui a remplac&#233; ces innombrables versions du fascisme dans ce v&#233;ritable feuilleton m&#233;lodramatique. La d&#233;mocratie utilise des moyens de r&#233;pression bien plus modernes, elle est, si cela vous fait plaisir, plus fasciste que les fascistes eux-m&#234;mes. Je ne suis pas un antifasciste parce que j'essaye encore d'identifier ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir aujourd'hui et je ne me laisse pas aveugler par des &#233;tiquettes et des symboles ; tandis que vous, vous continuez &#224; vous appeler anti-fascistes uniquement dans le but d'avoir une justification pour parader dans les rues &#224; vous cacher derri&#232;re votre banderole &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#224; bas le fascisme !&lt;/i&gt; &#187;. Bien s&#251;r, si j'avais eu plus de huit ans du temps de la &#171; r&#233;sistance &#187;, peut-&#234;tre aurais-je &#233;t&#233; moi aussi exalt&#233; par tant de jeunes m&#233;moires et d'antiques passions et surement que je n'aurais pas &#233;t&#233; si lucide. Mais je ne pense pas. Parce que si l'on examine soigneusement les faits, m&#234;me dans le conglom&#233;rat embarrass&#233; et anonyme de l'anti-fascisme des formations politiques, il y en eut qui ne se sont pas conform&#233;s, qui sont all&#233;s plus loin, ont continu&#233; et ont port&#233; leurs convictions bien au-del&#224; du &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cessez-le-feu !&lt;/i&gt; &#187;. Parce que la lutte vitale n'est pas seulement contre les fascistes en chemises noires [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb9-3&quot; name=&quot;nh9-3&quot; id=&quot;nh9-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Les chemises noires, ou Milice Volontaire pour la S&#233;curit&#233; Nationale (...)' &gt;3&lt;/a&gt;] du pass&#233; et ceux du pr&#233;sent, mais aussi et fondamentalement contre le pouvoir et tous ses &#233;l&#233;ments d'appui qui nous oppriment, m&#234;me lorsqu'il porte la figure laxiste et tol&#233;rante de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ce cas la, vous auriez du le dire plus t&#244;t&lt;/i&gt; &#187; pourrait-on me r&#233;pondre - &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vous &#234;tes un antifasciste aussi&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Et comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? Vous &#234;tes anarchiste... donc vous &#234;tes anti-fasciste ! Arr&#234;tez de vous couper les cheveux en quatre et de nous emmerder.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais je pense qu'il est utile de faire des distinctions claires, je suis anarchiste et je n'ai jamais aim&#233; les fascistes, ni leur projet. Pour d'autres raisons (mais qui apr&#232;s examen s'av&#232;rent &#234;tre les m&#234;mes), je n'ai jamais aim&#233; les d&#233;mocrates, les lib&#233;raux, les r&#233;publicains, les Gaullistes, les travaillistes, les Marxistes, les communistes, les socialistes ou n'importe lequel de ces projets. Contre eux, je n'ai jamais vraiment oppos&#233; mon anarchisme mais plut&#244;t ma diff&#233;rence : Tout d'abord mon individualit&#233;, ma propre compr&#233;hension de la vie, ressentir des &#233;motions, chercher, d&#233;couvrir, exp&#233;rimenter et aimer. Je permets seulement l'entr&#233;e &#224; ce monde qu'aux id&#233;es et aux gens qui m'attirent ; le reste je le garde g&#233;n&#233;ralement &#224; bonne distance de moi, poliment, ou autrement.
&lt;br /&gt;Je ne me d&#233;fends pas, j'attaque. Je ne suis pas un pacifiste et je n'attends pas que les choses aillent au-del&#224; du niveau de s&#233;curit&#233; limite. J'essaye de prendre l'initiative contre ceux qui pourraient -m&#234;me potentiellement- constituer un danger pour ma fa&#231;on de vivre la vie. Et une partie de cette fa&#231;on de vivre est aussi le besoin et le d&#233;sir des autres - pas comme des entit&#233;s m&#233;taphysiques, mais comme des autres clairement identifi&#233;s, ceux qui ont une affinit&#233; avec ma fa&#231;on d'&#234;tre et de vivre. Et cette affinit&#233; n'est pas quelque chose de statique et grav&#233;e &#224; jamais dans la pierre. Il s'agit d'une affinit&#233; dynamique qui change et continue &#224; se cultiver et &#224; s'&#233;largir, en r&#233;v&#233;lant encore d'autres personnes et d'autres id&#233;es et en tissant un r&#233;seau de relation immense et divers, mais o&#249; la constance de ma fa&#231;on d'&#234;tre et de vivre avec toutes ses variations et &#233;volutions, n'est pas menac&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai voyag&#233; aux quatre coins du royaume des hommes et je n'ai pas encore trouv&#233; d'endroit pr&#233;cis o&#249; satisfaire ma soif pour la connaissance, la diversit&#233;, la passion, les r&#234;ves : un amant amoureux de l'amour.
&lt;br /&gt;Partout j'ai vu d'&#233;normes potentialit&#233;s se laisser &#233;craser par l'inconvenance, et de maigres capacit&#233;s fleurir au soleil d'une constance de l'engagement. Mais tant que fleurit l'ouverture vers ce qui est diff&#233;rent [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb9-4&quot; name=&quot;nh9-4&quot; id=&quot;nh9-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] la r&#233;ceptivit&#233; &#224; se laisser p&#233;n&#233;trer et &#224; p&#233;n&#233;trer au point de ne plus (...)' &gt;4&lt;/a&gt;], l'affinit&#233; est possible ; c'est possible de r&#234;ver &#224; un engagement commun, perp&#233;tuel et au-del&#224; du contingent, telle est l'approche humaine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et plus nous nous &#233;loignons de tout cela, plus les affinit&#233;s commencent &#224; s'affaiblir et finalement, &#224; dispara&#238;tre. Et alors nous les retrouvons l&#224;, tous ceux qui portent leurs opinions comme des m&#233;dailles, qui montrent leurs muscles et qui font tout ce qu'ils peuvent pour appara&#238;tre fascinants. Et au-del&#224;, la domination du pouvoir, ses lieux et ses hommes, la vitalit&#233; obligatoire, la fausse idol&#226;trie, le feu sans chaleur, le monologue, le bavardage, le tumulte, toutes ces choses qui peuvent &#234;tre pes&#233;es et mesur&#233;es demeurent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est tout cela que je souhaite &#233;viter, voici mon anti-fascisme.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La Maladie Communautaire&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La pratique anarchiste est brusquement retomb&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es, avec peu d'actions, que ce soit &#224; un niveau &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de masse&lt;/i&gt; &#187;, ou au niveau de groupes sp&#233;cifiques. Par cons&#233;quent, nous voyons un &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;revival&lt;/i&gt; &#187; de la vieille question de la meilleure fa&#231;on de se rapprocher du &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communisme&lt;/i&gt; &#187; ou de la construction de situations qui expriment non seulement nos id&#233;es mais aussi des valeurs morales et culturelles, mais qui sont aussi capables de satisfaire notre fondamental besoin individuel et collectif de libert&#233;. Autrement dit, il y a une proposition de cr&#233;er des points de r&#233;f&#233;rence qui vont au-del&#224; de la division classique entre le personnel et le &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela correspond &#224; un besoin croissant dans l'int&#233;gralit&#233; du mouvement anti-capitaliste d'aujourd'hui, pas uniquement dans le mouvement anarchiste. Comme les espoirs de changements profonds de la structure sociale ont disparu avec la diffusion du d&#233;sistement de la lutte, la pr&#233;occupation de ne pas &#234;tre englouti par la restructuration progressive est devenue plus grande encore ; &#171; Nous devons continuer &#224; lutter pour nos besoins essentiels, parce que de toute fa&#231;on, ce n'est pas le moment de converser sur de grands changements macroscopiques &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le probl&#232;me est que ces impulsions finissent par prendre deux routes qui, si examin&#233;es de pr&#232;s, finissent toutes les deux dans la m&#234;me impasse, dans le m&#234;me ghetto. &lt;br /&gt;La premi&#232;re, plus directe, est celle du d&#233;sistement : rien ne peut &#234;tre fait, l'ennemi est trop puissant. Nous pourrions plut&#244;t compter sur la diffusion de nos id&#233;es (qui de toute fa&#231;on, sont sup&#233;rieures) et ne pas insister sur l'attaque, qui ne m&#232;ne qu'&#224; la r&#233;pression, cr&#233;ant plus de difficult&#233;s pour le mouvement dans son activit&#233; fondamentale de propagande et de diffusion de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la&lt;/i&gt; th&#233;orie anarchiste. &lt;br /&gt;La deuxi&#232;me route, plus tortueuse, est celle de la proposition organisationnelle, forcement en lien avec l'id&#233;e de communaut&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Beaucoup de compagnons parlent de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, bien que pas toujours comme quelque chose de limit&#233; &#224; un secteur g&#233;ographique ou pour satisfaire (ou essayer de satisfaire) certains besoins, m&#234;me les plus basiques. Cela devrait signifier une fa&#231;on diff&#233;rente de voir la vie, la culture, la nouveaut&#233;, la diversit&#233;. La &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; &#233;chappe ainsi aux dangers du conservatisme, ou au danger de devenir une simple r&#233;p&#233;tition de slogans vides.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais tr&#232;s peu de choses sont dites &#224; propos de cette &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, de sa structure ou des autres arrangements qui pourraient donner une certaine id&#233;e de son aspect &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;op&#233;rationnel&lt;/i&gt; &#187;. On le voit en termes de sens de la participation, d'une conscience des contradictions sp&#233;cifiques de l'anarchisme (qui en v&#233;rit&#233; n'est jamais claire), et du d&#233;sir de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, sans accepter l'un aux d&#233;pens de l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi croyons-nous que cette route est &#233;gale &#224; la premi&#232;re, celle du d&#233;sistement ouvert et d&#233;clar&#233; ? C'est facilement dit.
&lt;br /&gt;Parce que la lutte r&#233;volutionnaire est un fait organisationnel, ici et maintenant ; non simplement une &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;r&#233;volution culturelle&lt;/i&gt; &#187; [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb9-5&quot; name=&quot;nh9-5&quot; id=&quot;nh9-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] par l&amp;#39;utilisation de ce terme je ne me r&#233;f&#232;re pas &#224; la r&#233;volution (...)' &gt;5&lt;/a&gt;]. Parce que le heurt entre les classes ne laisse aucune place pour les &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;marges&lt;/i&gt; &#187; ou les espaces libres qui peuvent &#234;tre atteints par des op&#233;rations effectu&#233;es parmi les courants quelque peu pollu&#233;s de la pens&#233;e philosophique. Parce que le r&#233;volutionnaire paye toujours de sa personne, il est donc conscient qu'il devra aussi faire face au &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sacrifice&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; l'ajournement de ses projets, au retard de la satisfaction de ses besoins.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parce que quelqu'un qui d&#233;cide vraiment d'attaquer le pouvoir des oppresseurs ne peut pas raisonnablement penser que ces derniers le laisseront en paix avec ses tensions id&#233;elles vers la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;. Parce que s'ils veulent vraiment que ces espaces de vie &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communautaire&lt;/i&gt; &#187; soient tangibles en termes pratiques (et pas juste comme un exercice c&#233;r&#233;bral), ils doivent aussi montrer un peu de bonne volont&#233;, c'est-&#224;-dire, se prononcer contre la violence, contre l'expropriation, particuli&#232;rement au sens individuel, et contre la solidarit&#233; active avec ceux qui luttent vraiment et font face &#224; la mort chaque jour, sur leurs lieux de travail ou en d'autres endroits o&#249; se heurtent des int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; ce point, la provocation doit &#234;tre mise en ces termes, il me semble :
&lt;br /&gt;Nous pouvons &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;parler&lt;/i&gt; de l'id&#233;e de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; et nous y limiter. Tr&#232;s bien. Alors nous devrions &#234;tre clairs &#224; ce sujet.
&lt;br /&gt;Ou alors nous pouvons essayer de mettre l'id&#233;e de communaut&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en pratique&lt;/i&gt;. OK. Dans ce cas nous devrions &#234;tre plus sp&#233;cifiques sur les structures, les activit&#233;s, les limitations et les possibilit&#233;s communautaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aussi longtemps que cela concerne le deuxi&#232;me point, nous avons seulement une vague critique de tentatives auto-g&#233;r&#233;es dans des situations capitalistes aujourd'hui, qui ne prennent pas les nombreux autres probl&#232;mes en consid&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je dois dire que lorsque l'on se trouve face &#224; une myriade d'exemples historiques rarement &#233;difiants, c'est toujours mieux de prendre du recul sur une id&#233;e, peu importe l'importance, l'utilit&#233; ou le confort &#224; le faire. Et le probl&#232;me de la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; est sans aucun doute de cette sorte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jetons-y un coup d'&#339;il. L'id&#233;e de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; n'est pas sp&#233;cifique aux anarchistes. Au contraire, elle a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e partout dans la pens&#233;e philosophique (la codification universitaire des id&#233;es de la classe dominante), souvent en opposition au concept de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En laissant de c&#244;t&#233; l'utilisation sp&#233;cifique que Platon, Fichte et Hegel faisaient de l'id&#233;e de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, un exemple que l'on doit garder en m&#233;moire est l'analyse de Marx et Engels de la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233; primitive&lt;/i&gt; &#187; dans laquelle commen&#231;a l'histoire de l'humanit&#233;. Celle-ci devait devenir une communaut&#233; finale dans laquelle l'histoire du prol&#233;tariat et la lutte des classes devaient se r&#233;soudre. Un tel d&#233;terminisme philosophique atteint son expression tragi-comique achev&#233;e dans les th&#233;ories de la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; de Staline, qui se porte bien &#224; c&#244;t&#233; des th&#233;ories des Nationaux-Socialistes, qui n'&#233;taient pas juste des th&#233;oriciens, mais presque les architectes de la communaut&#233; d'un peuple et d'une culture sacr&#233;e (par la force, bien s&#251;r).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jusqu'ici, nous sommes clairement dans le secteur d'une interpr&#233;tation supranationale du concept de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais une autre &#233;laboration de ce concept a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e dans les ateliers du monde universitaire, une plus proche des id&#233;es qui sont discut&#233;es dans le mouvement anarchiste d'aujourd'hui. Celle-ci ne voit pas la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; comme une entit&#233; supranationale, mais comme une liaison particuli&#232;re entre les individus, autrement dit comme une &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;relation sociale&lt;/i&gt; &#187;. Selon cette fa&#231;on de voir les choses, des relations individuelles sont provoqu&#233;es par l'int&#233;r&#234;t commun, cr&#233;ant l'interaction qui sert &#224; int&#233;grer la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce concept a d'abord &#233;t&#233; formul&#233; par l'&#233;cole Romantique allemande, par le th&#233;ologien Schleiermacher [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb9-6&quot; name=&quot;nh9-6&quot; id=&quot;nh9-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] Friedrich Daniel Ernst Schleiermacher (Breslau, 21 novembre 1768 (...)' &gt;6&lt;/a&gt;], pour &#234;tre pr&#233;cis, en 1799, et ses id&#233;es sont sans aucun doute li&#233;es &#224; son concept de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;religion&lt;/i&gt; &#187; qui signifie &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lier ensemble&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;relier&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors en 1887, T&#246;nnies [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb9-7&quot; name=&quot;nh9-7&quot; id=&quot;nh9-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] Ferdinand T&#246;nnies, n&#233; le 26 juillet 1855 et mort le 9 avril 1936, &#233;tait (...)' &gt;7&lt;/a&gt;], dans une formulation plus d&#233;taill&#233;e, d&#233;crivit la communaut&#233; comme un organisme naturel dans une sorte de volont&#233; collective destin&#233;e &#224; la satisfaction d'int&#233;r&#234;ts collectifs. Dans cet organisme, les pulsions et les int&#233;r&#234;ts individuels s'atrophient &#224; un degr&#233; maximal, tandis que l'orientation culturelle tend &#224; atteindre une dimension presque sacr&#233;e. Il y a une solidarit&#233; globale entre tous les membres. La propri&#233;t&#233; est conserv&#233;e dans le commun. Le pouvoir (au moins comme il est compris aujourd'hui) est absent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le mod&#232;le pr&#233;sent&#233; par T&#246;nnies pour son analyse est celui de la soci&#233;t&#233; rurale europ&#233;enne, des villages de paysans. Kropotkine, pour sa part, s'est bas&#233; sur d'autres sujets d'&#233;tude, comme le &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mir&lt;/i&gt; &#187; russe [&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nb9-8&quot; name=&quot;nh9-8&quot; id=&quot;nh9-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[8] Commune paysanne sous le r&#233;gime tsariste.' &gt;8&lt;/a&gt;] et sur d'autres &#233;tudes anthropologiques de langue anglaise, mais tout deux avaient un mod&#232;le assez semblable en m&#233;moire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; mon avis, l'erreur se trouve dans la croyance qu'il est naturel d'agir dans une voie sp&#233;cifique &#224; certaines situations communautaires de l'histoire, dans un sentiment communautaire qui a exist&#233; parmi certaines populations avant la d&#233;sint&#233;gration de l'ordre social. Autrement dit, il a &#233;t&#233; pens&#233; que certaines institutions communautaires avaient &#233;chapp&#233; &#224; leurs destructions par l'&#201;tat moderne et continuaient &#224; exister sous des formes incompl&#232;tes qui sont toujours visibles aujourd'hui, comme la famille (ou la famille &#233;tendue), les groupes de voisinage, les coop&#233;ratives, etc. Tout cela est vraiment na&#239;f.
&lt;br /&gt;Moins na&#239;f, mais tout aussi trompeur (et dangereux), est le point de vue de ceux qui disent que la communaut&#233; est une union qui est ressentie &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;subjectivement&lt;/i&gt; &#187; par ses membres, tandis que la soci&#233;t&#233; est seulement comprise par un arrangement objectif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rien de cela n'amoindrit les sentiments de solidarit&#233;, l'&#233;galit&#233;, le refus du pouvoir et de la propri&#233;t&#233; que l'exploit&#233; a &#233;t&#233; capable de r&#233;aliser dans des formes bien d&#233;finies. Tout comme cela n'amoindrit pas le concept d'auto-organisation, de cr&#233;ativit&#233; spontan&#233;e et de projectualit&#233; de ceux qui luttent contre le pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce que je veux mettre en question ici, c'est la validit&#233; et l'utilisation possible du concept de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, au moins, pour les raisons suivantes :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 1. A la lumi&#232;re de l'histoire de ce concept, nous ne pouvons pas envisager la communaut&#233; comme indicateur d'une valeur qui est sup&#233;rieure &#224; celle de la soci&#233;t&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 2. Il s'ensuit que nous ne pouvons pas envisager la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; comme faisant partie d'un h&#233;ritage culturel du progr&#232;s contre la r&#233;action ;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 3. Le point 2 est d&#233;montr&#233; par le fait que les mouvements fascistes et r&#233;actionnaires aussi - &#224; leur propre fa&#231;on - firent r&#233;f&#233;rence au concept de communaut&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 4. Il n'est pas facile de lib&#233;rer la communaut&#233; de l'aura du sacr&#233; ou des porteurs-de-v&#233;rit&#233;. Cela a un effet de d&#233;formation sur la solidarit&#233; ind&#233;niable qui s'y &#233;tend, une solidarit&#233; qui s'&#233;tend souvent de fa&#231;on acritique sous des drapeaux ou des slogans ;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; 5. Il serait loin d'&#234;tre facile aussi de s&#233;parer le concept de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187; de ses origines paysannes et rurales avec toutes les implications qui sont maintenant lointaines et qui sont certainement contrast&#233;es par une situation g&#233;n&#233;rale de changement technologique profond.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il me semble que nous pouvons terminer en disant simplement qu'il n'y a aucun besoin d'avoir recours &#224; des concepts comme la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; &#187;, qui contiennent des pollutions qui ne sont pas faciles &#224; filtrer, afin d'indiquer la capacit&#233; effective de l'auto-organisation que poss&#232;de l'exploit&#233; .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand ce concept est utilis&#233; pour se r&#233;f&#233;rer &#224; une forme d'organisation possible, en pensant qu'il surmonterait les limites et les contradictions, les dangers et les traumatismes que l'activit&#233; anarchiste r&#233;volutionnaire porte in&#233;vitablement en elle &#224; une &#233;poque de lac&#233;ration sociale profonde comme la notre, je dois souligner mon d&#233;saccord.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La perte du langage&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un des projets que le capital tend &#224; r&#233;aliser est la r&#233;duction du langage. Par le mot langage, nous entendons ici toutes les formes d'expression, particuli&#232;rement celles qui nous permettent d'articuler des concepts complexes sur les choses et les sentiments.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pouvoir a besoin de cette r&#233;duction parce qu'elle supplante la r&#233;pression directe par le contr&#244;le, dans lequel le consensus joue un r&#244;le fondamental. Et le consensus uniforme est impossible en la pr&#233;sence d'une cr&#233;ativit&#233; prot&#233;iforme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le vieux probl&#232;me r&#233;volutionnaire de la propagande a aussi consid&#233;rablement chang&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, d&#233;masquant les limitations d'un r&#233;alisme qui a pr&#233;tendu montrer les alt&#233;rations du monde aux exploit&#233;s de fa&#231;on claire, les mettant dans la situation d'une prise de conscience de leur condition.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la sph&#232;re historique de l'anarchisme, nous avons l'exemple tout &#224; fait exceptionnel de la capacit&#233; litt&#233;raire d'un Malatesta, bas&#233;e sur une langue simplifi&#233;e &#224; un degr&#233; maximal, constituant un mod&#232;le unique pour son temps. Errico Malatesta n'a pas utilis&#233; de rh&#233;torique ou d'effets de choc. Il a utilis&#233; la logique d&#233;ductive &#233;l&#233;mentaire, commen&#231;ant par des points de d&#233;part simples bas&#233;s sur le bon sens et terminant avec de complexes conclusions, facilement comprises par le lecteur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Luigi Galleani, lui, travaillait &#224; un niveau linguistique totalement diff&#233;rent. Il utilisait de vastes constructions rh&#233;toriques, attachant beaucoup d'importance &#224; la musicalit&#233; de l'expression et &#224; l'utilisation de mots anciens, choisis pour cr&#233;er une atmosph&#232;re qui &#224; son avis am&#232;nerait les consciences vers l'action.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aucun des exemples sus-mentionn&#233;s ne peut &#234;tre propos&#233; comme des mod&#232;les d'un langage r&#233;volutionnaire qui conviendrait aux temps pr&#233;sent. Malatesta, parce qu'il y a bien moins de choses &#224; d&#233;montrer aujourd'hui et Galleani, parce qu'il y a de moins en moins de consciences &#224; amener vers l'action.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un &#233;ventail bien plus large de litt&#233;rature r&#233;volutionnaire peut &#234;tre trouv&#233; en France, en raison de la grande tradition de ce pays qui n'a aucune &#233;quivalence en Italie, en Espagne ou en Grande-Bretagne, et en raison de la relation particuli&#232;re en France avec la langue et la culture. &#192; peu pr&#233;s au m&#234;me moment que les exemples italiens mentionn&#233;s ci-dessus, nous avons S&#233;bastien Faure, Jean Grave et &#201;mile Armand pour la clart&#233; de l'exposition, tandis que pour la recherche et les aspects plus rh&#233;toriques, il y avait Albert Libertad et Zo d'Axa.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne devons pas oublier que la France avait d&#233;j&#224; l'exemple de Proudhon dont le style avait m&#234;me &#233;tonn&#233; l'Acad&#233;mie, Faure &#233;tait consid&#233;r&#233;, lui, comme la suite logique de cette grande &#233;cole, sans oublier Grave, son style m&#233;thodique, asphyxiant. Autodidacte, il &#233;tait un &#233;l&#232;ve enthousiaste de Kropotkine dont le fran&#231;ais &#233;tait d'ailleurs tr&#232;s bon, pr&#233;cis&#233;ment parce que, comme Bakounine, c'&#233;tait le fran&#231;ais d'un russe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pourrait continuer longtemps, des exp&#233;riences linguistiques, litt&#233;raires et journalistiques de Libertad, Zo d'Axa et d'autres, jusqu'&#224; leur pr&#233;d&#233;cesseur Ernest C&#339;urderoy. Mais bien qu'ils repr&#233;sentent certains des meilleurs exemples de &#171; journalisme &#187; r&#233;volutionnaire, aucun de ces mod&#232;les n'est valable aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le fait est que la r&#233;alit&#233; a chang&#233;, alors que les r&#233;volutionnaires, eux, continuent de produire du langage de la m&#234;me fa&#231;on, ou plut&#244;t d'une fa&#231;on plus mauvaise encore. Pour le voir il suffirait de comparer une feuille de chou comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'En-dehors&lt;/i&gt; de Zo d'Axa &#224; certains des journaux lapidaires que nous produisons aujourd'hui - en regardant notre propre situation - comme par exemple celui que nous avons fait &#224; l'occasion de la rencontre avec les compagnons d'Europe de l'Est &#224; Trieste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais le probl&#232;me est parti bien plus loin que &#231;a. Non seulement nos interlocuteurs privil&#233;gi&#233;s perdent leur langue, mais nous aussi nous perdons la n&#244;tre. Et parce que nous devons n&#233;cessairement nous r&#233;unir sur des terrains commun si nous voulons communiquer, cette perte s'av&#232;re &#234;tre grave, et irr&#233;versible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce processus d'aplatissement r&#233;pandu frappe toutes les langues, rabaissant l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des expressions &#224; l'uniformit&#233; des moyens. Le m&#233;canisme est plus ou moins le suivant, et pourrait &#234;tre compar&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision. L'augmentation quantitative de nouveaux signifi&#233;s, r&#233;duit le temps disponible pour la transmission de chacun d'entre eux. Cela m&#232;ne &#224; une s&#233;lection progressive et spontan&#233;e d'images et de mots, d'une part ces &#233;l&#233;ments sont essentialis&#233;s, tandis que de l'autre la quantit&#233; de donn&#233;es transmissibles augmente.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La si d&#233;sirable clart&#233; d&#233;plor&#233;e par tant de g&#233;n&#233;rations de r&#233;volutionnaires d&#233;sireux d'expliquer la r&#233;alit&#233; aux gens, a finalement &#233;t&#233; atteinte de la seule fa&#231;on possible : en ne rendant pas claire la r&#233;alit&#233; (chose de toute fa&#231;on impossible), mais en rendant r&#233;elle la clart&#233;, c'est-&#224;-dire l'exposition de la r&#233;alit&#233; construite par la technologie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela arrive &#224; toute l'expression linguistique, en incluant les tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es de sauver l'activit&#233; humaine par l'art, qui laisse aussi de moins en moins de possibilit&#233;s. De plus, cet effort se retrouve &#224; devoir lutter sur deux fronts : d'abord, pour ne pas &#234;tre aval&#233; par l'appauvrissement qui transforme la cr&#233;ativit&#233; en uniformit&#233; et ensuite, contre le probl&#232;me oppos&#233; mais de m&#234;mes racines, celui du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mes vieilles th&#232;ses &#224; propos de l'art pauvre et de l'art comme destruction sont toujours proches dans mon c&#339;ur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donnons un exemple : toute langue, en ce qu'elle est un instrument, peut &#234;tre utilis&#233;e de beaucoup de fa&#231;ons. Elle peut &#234;tre utilis&#233;e pour transmettre un code visant &#224; entretenir ou perfectionner le consensus, elle peut aussi &#234;tre utilis&#233;e pour stimuler la transgression. La musique n'est pas une exception ici, bien qu'&#224; cause de ses caract&#233;ristiques particuli&#232;res la route vers la transgression lui est encore plus difficile. Bien qu'elle semble plus directe, elle est en r&#233;alit&#233; plus difficilement accessible. Le Rock est une musique de r&#233;cup&#233;ration et a contribu&#233; &#224; l'extinction de beaucoup d'&#233;nergie r&#233;volutionnaire dans les ann&#233;es soixante-dix. Selon l'intuition de Nietzsche, la m&#234;me chose arriva &#224; son &#233;poque avec l'innovation de la musique Wagn&#233;rienne. Pensez aux grandes diff&#233;rences th&#233;matiques et culturelles qui existent entre ces deux sortes de production musicale. Wagner a d&#251; construire un &#233;difice culturel &#233;norme et d&#233;composer compl&#232;tement l'instrument linguistique pour captiver la jeunesse r&#233;volutionnaire de son temps. Aujourd'hui, le Rock a fait la m&#234;me chose &#224; une &#233;chelle beaucoup plus large mais avec un effort culturel ridicule qu'il vaudrait mieux ne pas comparer &#224; celui de Wagner. La massification de la musique a favoris&#233; le travail de r&#233;cup&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous pourrions dire que l'action r&#233;volutionnaire fonctionne de deux fa&#231;ons, d'abord selon l'instrument, qui subit un processus de simplification et de d&#233;shabillement, ensuite dans le sens de son utilisation, devenu peu &#224; peu standardis&#233;e, produisant des effets qui ne peuvent pas toujours &#234;tres r&#233;duits &#224; un d&#233;nominateur commun acceptable pour tous ou presque tous. Cela arrive dans la pr&#233;tendue litt&#233;rature (po&#233;sie, r&#233;cit, th&#233;&#226;tre, etc.) aussi bien que dans le microcosme restreint des r&#233;volutionnaires avec l'examination des probl&#232;mes sociaux. Si cela prend la forme d'articles dans des journaux anarchistes, ou des tracts, des brochures, des livres, etc, les risques sont assez semblables. Le r&#233;volutionnaire est un produit de son temps, il utilise donc les instruments et les occasions que son temps produit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les chances de pouvoir lire &#224; propos des conditions actuelles de la soci&#233;t&#233; et de la production ont &#233;t&#233; r&#233;duites, parce qu'il y a beaucoup moins de choses &#224; apporter &#224; la surface et parce que les instruments interpr&#233;tatifs ont subi une r&#233;cession. Dans une soci&#233;t&#233; qui a &#233;t&#233; polaris&#233;e en deux classes clairement oppos&#233;es, la t&#226;che de la contre-information &#233;tait d'apporter la r&#233;alit&#233; de l'exploitation que les structures du pouvoir avait int&#233;r&#234;t &#224; dissimuler, de les exhiber au grand air. Les m&#233;canismes d'extraction de la valeur en surplus, les stratag&#232;mes r&#233;pressifs, les r&#233;gressions autoritaires de l'&#201;tat. Maintenant, dans une soci&#233;t&#233; qui se d&#233;place de plus en plus vers une forme d&#233;mocratique de gestion de la production bas&#233;e sur les technologies de l'information, le capital devient de plus en plus compr&#233;hensible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui nous devons interpr&#233;ter la soci&#233;t&#233; avec des instruments culturels qui ne sont tout simplement pas capables d'interpr&#233;ter les faits qui sont inconnus ou trait&#233;s superficiellement. Nous devons aussi identifier une conflictualit&#233; inconsciente qui est loin du vieux conflit de classe extr&#234;mement visible, nous devons aussi &#233;viter d'&#234;tres entra&#238;n&#233;s dans un refus simpliste incapable d'&#233;valuer les m&#233;canismes de r&#233;cup&#233;ration, le consensus et la mondialisation.
&lt;br /&gt;Plus que la documentation, nous avons besoin de la participation active des compagnons, y compris par l'&#233;criture, dans ce qui doit &#234;tre un projet pr&#233;cis. Nous ne pouvons pas nous limiter &#224; la d&#233;nonciation de l'exploitation, nous devons apporter nos analyses dans un projet plus large qui devienne compr&#233;hensible au cours de l'analyse elle-m&#234;me. La contre-information document&#233;e et la d&#233;nonciation ne doivent plus suffire. Nous avons besoin de quelque chose en plus, tant que nous avons toujours des langues pour parler, tant qu'ils ne nous les couperont pas toutes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est cette nouvelle interaction entre la fa&#231;on de s'exprimer et le projet que l'on exprime qui est la force de cette utilisation des instruments linguistiques, mais c'est elle aussi qui m&#232;ne &#224; la d&#233;couverte de ses limitations. Si l'on permet &#224; la langue de s'appauvrir, si l'on s'adapte &#224; la tendance &#224; sa r&#233;duction permanente qui a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e et appliqu&#233;e par le pouvoir, alors c'est in&#233;vitable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me suis toujours battu contre cette sorte d'objectivit&#233; d&#233;tach&#233;e par &#233;crit, regardant les questions r&#233;volutionnaires. Pr&#233;cis&#233;ment parce que c'est un instrument, l'expression linguistique a toujours une dimension sociale qui se r&#233;sume &#224; son style. Ce n'est pas juste &#171; l'homme &#187; comme disait Buffon, mais &#171; l'homme dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e &#187;. Et c'est le style qui r&#233;sout le probl&#232;me, certainement difficile, de fournir les pr&#233;tendus actes de l'&#233;v&#233;nement avec le contenu indispensable, leur insertion dans un projet. Si ce projet est vivant et &#224; jour sur les conditions du conflit, le style pourrait &#234;tre &#233;gay&#233;, tandis que si ce dernier n'est pas appropri&#233; ou perdu dans l'illusion de l'objectivit&#233;, m&#234;me le meilleur projet courra le risque de se perdre lui-m&#234;me dans une for&#234;t fantomatique d'impressions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notre langage doit donc prendre une forme capable de soutenir notre contenu r&#233;volutionnaire et poss&#233;der des pouss&#233;es de provocation capables de violer et de renverser les moyens normaux de communication. Il doit &#234;tre capable de repr&#233;senter la r&#233;alit&#233; que nous ressentons dans nos c&#339;urs sans pour autant nous envelopper nous-m&#234;me dans un linceul de logique et n'&#234;tre compris que par nous-m&#234;mes. Le projet et la langue utilis&#233;es pour l'illustrer doivent se rencontrer et se reconna&#238;tre dans le style employ&#233;. Sans vouloir pousser les choses &#224; l'extr&#234;me logique de cette th&#232;se bien us&#233;e, nous savons aujourd'hui que l'instrument constitue une partie consid&#233;rable du message.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous devons rechercher ces processus, ne pas laisser une nouvelle id&#233;ologie du pragmatisme nous submerger dans des expressions jetables o&#249; il n'y a aucune relation entre le projet et la fa&#231;on d'en parler.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, l'appauvrissement linguistique en plein accroissement est aussi refl&#233;t&#233; dans les instruments de communication qu'utilisent les r&#233;volutionnaires. Tout d'abord parce que nous sommes des hommes et des femmes de notre temps, participants aux processus culturels r&#233;ducteurs qui les caract&#233;risent. Nous perdons peu &#224; peu les instruments comme n'importe qui d'autre. C'est normal. Mais nous devons faire plus qu'un effort pour obtenir de meilleurs r&#233;sultats et acqu&#233;rir la capacit&#233; &#224; r&#233;sister &#224; ce projet d'appauvrissement du langage.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette r&#233;duction de la capacit&#233; stylistique est une cons&#233;quence de la baisse de contenu. Elle est aussi capable de produire un nouvel appauvrissement, menant &#224; l'incapacit&#233; d'exprimer la partie essentielle de notre projectualit&#233;, qui n&#233;cessairement reste li&#233;e aux moyens d'expression. Ce n'est pas donc pas le genre qui sauve le contenu, mais par dessus tout la fa&#231;on qu'&#224; ce contenu de prendre forme. Quelques personnes font des sch&#233;mas et ne r&#233;ussissent jamais &#224; s'en lib&#233;rer. Ils filtrent tout ce qu'ils viennent &#224; savoir par ce sch&#233;ma, en le croyant &#234;tre &#171; leur fa&#231;on naturelle de s'exprimer &#187;. Mais ce n'est pas comme &#231;a que cela se passe. Il faut se lib&#233;rer de cette prison t&#244;t ou tard, si l'on veut faire de ce que l'on communique, la vivante r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a ceux qui choisissent l'ironie pour transmettre l'urgence qu'ils ressentent, par exemple. Tr&#232;s bien, mais l'ironie a ses propres particularit&#233;s, c'est agr&#233;able, l&#233;ger, une danse, une plaisanterie, une m&#233;taphore allusive. Cela ne peut pas devenir un syst&#232;me sans devenir r&#233;p&#233;titif ou path&#233;tique comme les encarts satiriques des quotidiens, ou les bandes dessin&#233;es o&#249; nous savons &#224; l'avance comment va se terminer l'histoire sans quoi nous ne serions pas capables de la comprendre, comme des plaisanteries de caserne. De la m&#234;me fa&#231;on, mais pour des raisons oppos&#233;es, la tentative de rendre la r&#233;alit&#233; visible et palpable par la communication, en partant de la supposition qu'il ne peut y avoir aucune r&#233;alisation imm&#233;diate de quoi que ce soit qui ne semble pas r&#233;el - finit par devenir ennuyeuse, et irr&#233;alisable. Nous nous perdons dans le besoin constant d'insister, perdant la conceptualit&#233; qui est &#224; la base de la vraie communication.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une des expressions rebattue dans le mus&#233;e de la stupidit&#233; quotidienne est que nous ne savons pas comment dire quelque chose, alors que le probl&#232;me est vraiment que nous ne savons pas que dire. Ce n'est pas n&#233;cessairement vrai. Le flux de communication n'est pas unidimensionnel, mais multidimensionnel : nous ne faisons pas que communiquer, nous recevons aussi des communications. Et nous avons les m&#234;mes probl&#232;mes avec la communication, qu'avec la r&#233;ception de la communication. Il y a aussi un probl&#232;me de style &#224; propos de la r&#233;ception. Difficult&#233;s identiques, illusions identiques. De nouveau, nous limitant au langage &#233;crit, nous constatons que quand nous lisons des articles de la presse, nous pouvons reconstruire la faon dont l'auteur de l'article re&#231;oit ses communications de l'ext&#233;rieur. Le style est le m&#234;me, nous pouvons le voir dans les m&#234;mes articles, les m&#234;mes erreurs, les m&#234;mes raccourcis. Et c'est parce que ces incidents et limites ne sont pas juste des questions de style, mais sont les composants essentiels du projet de l'auteur, de sa vie m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous pouvons voir que plus faible est la capacit&#233; du r&#233;volutionnaire &#224; saisir la signification d'une communication entrante, m&#234;me lorsqu'elle nous atteint directement par les &#233;v&#233;nements, plus pauvre et plus r&#233;p&#233;titive est son interpr&#233;tation, dans les mots et malheureusement dans les actes, l'approximation, l'incertitude, un bas niveau d'id&#233;es qui ne fait justice en rien aux complexit&#233;s des capacit&#233;s de l'ennemi ; ou &#224; nos propres intentions r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si les choses &#233;taient autrement, le r&#233;alisme socialiste par exemple, avec sa bonne classe ouvri&#232;re toujours pr&#234;te &#224; se mobiliser, aurait &#233;t&#233; la seule solution possible. La derni&#232;re aberration dict&#233;e par une telle ignorance et le refus de consid&#233;rer la r&#233;alit&#233; diff&#233;remment &#233;tait l'intervention des bons mineurs roumains pour r&#233;tablir le nouvel ordre d'Illiescu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les tentatives du Pouvoir de g&#233;n&#233;raliser l'appauvrissement de l'expression linguistique sont l'une des composantes essentielles du mur insurmontable qui se construit entre l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;inclus&lt;/i&gt; et l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;exclu&lt;/i&gt;. Si nous avons identifi&#233; l'attaque directe et imm&#233;diate comme un instrument dans la lutte, parall&#232;lement &#224; cela, nous devons aussi d&#233;velopper une utilisation optimale de l'instrument linguistique et prendre, peu importe le prix, ce que nous ne poss&#233;dons pas. Les deux sont ins&#233;parables.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Inactualit&#233;s sur les drogues&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a au moins deux fa&#231;ons de faire de la musique. La fa&#231;on n&#233;gative et la fa&#231;on positive. Nous pouvons faire hurler tant que nous le voulons les cordes d'un violon sans pour autant r&#233;ussir &#224; faire de la musique. Les carnets d'influences enti&#232;rement remplis de grands compositeurs ne font pas toujours les grands musiciens. Il s'ensuit qu'il ne faudrait pas pr&#234;ter autant d'attention &#224; la fa&#231;on dont les choses sont dites, qu'&#224; ce qui est dit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a autant de violons dans les drogues aujourd'hui qu'il y en a dans tout le reste. Chacun joue &#224; sa mani&#232;re, avec ses buts propres. Il y a ceux qui parlent avec un air d'autorit&#233;, bien que quand ils arrivent au fond du sujet, tout ce qu'ils connaissent consiste en de l'ou&#239;-dire. Cette conscience les atteint par l'exp&#233;rience des autres, c'est une affaire ext&#233;rieure. Ils ont observ&#233; de loin ces questions qui ne sont pas les leurs, rassemblant &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les t&#233;moignages oculaires&lt;/i&gt; &#187; qui sont de simples signaux, mais pas la r&#233;alit&#233;. Pour cela, il importe peu &#224; mon avis que l'on adopte une attitude laxiste ou que l'on fasse des pr&#233;visions apocalyptiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors il y a les canailles habituelles qui s'en remettent aux projets politiques opportunistes, grands ou petits ; mais ici encore, la diff&#233;rence est sans int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et il y a ceux qui en toute bonne foi (nous parlons de ceux qui font de la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bonne foi&lt;/i&gt; &#187; une profession) et de fa&#231;on d&#233;sarmante, font presque de leur &#233;tat de gr&#226;ce un bouclier derri&#232;re lequel se cacher, insistant timidement sur le fait que &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;quelque chose doit &#234;tre fait&lt;/i&gt; &#187; (qui n'aboutit g&#233;n&#233;ralement pas plus qu'&#224; une r&#233;novation digne de certaines des formes les plus d&#233;su&#232;tes de services sociaux).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et finalement il y a les &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187; les plus avanc&#233;s qui peuvent &#234;tre grossi&#232;rement divis&#233;s en deux positions, toutes comiques, mais pour des raisons diff&#233;rentes. La premi&#232;re est laxiste, mais seulement &#224; un certain point. Ils sont pour l'utilisation de drogues &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;douces&lt;/i&gt; &#187;, et pas de drogues &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dures&lt;/i&gt; &#187;. Ils sont ouverts d'esprit au point de devenir eux-m&#234;mes des consommateurs. Avec l'asc&#233;tisme r&#233;volutionnaire bien s&#251;r, ne consommant que de petites quantit&#233;s en faisant attention de n'en avoir que tr&#232;s peu sur eux afin de ne pas avoir de probl&#232;mes avec la loi. &lt;br /&gt;La deuxi&#232;me position est la condamnation absolue de toutes les drogues, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dures&lt;/i&gt; comme &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;douces&lt;/i&gt; &#187;, ils ne font aucune diff&#233;rence ; toutes &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;r&#233;duisent nos facult&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces deux positions &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187; manquent clairement de quelque chose. La diff&#233;rence entre drogues &#171; douces &#187; et &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dures&lt;/i&gt; &#187; m'a toujours sembl&#233;e fausse, en partie parce que cette diff&#233;rence est d&#233;finie par des laboratoires l&#233;gaux du syst&#232;me. Et il me semble &#234;tre trop h&#226;tif d'&#233;tablir une fois pour toutes que les drogu&#233;s sont des idiots sans cervelle, incapables d'auto-organiser leurs vies. Des rondins de bois &#224; la merci de la rivi&#232;re tourbillonnante des relations de pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le stupide et le superficiel, le faible et l'incertain, ceux d&#233;sireux de l'uniformit&#233; &#224; n'importe quel prix, se rallieront sous n'importe quel drapeau, y compris le drapeau r&#233;volutionnaire. &#192; mes c&#244;t&#233;s, sous le m&#234;me drapeau, je les ai entendus haleter dans des situations trop fortes pour leur go&#251;t de l'humanitaire, et ind&#233;pendamment du d&#233;guisement mensonger de lion. J'en ai m&#234;me vu qui cachaient leurs faiblesses derri&#232;re des attitudes dignes de juges &#233;craseurs de montagne. Nous avons presque tous besoin d'un appui, je ne dis pas que je ne m'y inclus pas. Je prends un somnif&#232;re quand je ne peux pas dormir, je mange trop quand je suis nerveux, et d'autres choses du m&#234;me genre. Nous ne parlons pas de nos faiblesses, mais de nos attitudes envers ce que nous envisageons &#234;tre les faiblesses des autres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pourquoi, si je consid&#232;re ma position soigneusement je trouve que la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;question des drogues&lt;/i&gt; &#187; rel&#232;ve de l'inactualit&#233;. Je n'ai pas envie de souscrire aux positions cit&#233;es plus t&#244;t. Ni aux positions de sup&#233;riorit&#233; que prennent d'autres pour parler des &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;drogu&#233;s&lt;/i&gt; &#187; (mais c'est plus &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;in&lt;/i&gt; &#187; de les appeler les &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;junkies&lt;/i&gt; &#187;). Je vois les choses diff&#233;remment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De nouveau nous devons partir d'une &#233;vidence : la libert&#233;. Bien s&#251;r, quelqu'un pourrait r&#233;pondre qu'une jeune personne avec tr&#232;s peu de perspectives d'acquisition de la connaissance et de points de r&#233;f&#233;rence, n'a pas la possibilit&#233; de partir de cette &#233;vidence. Ainsi que devrais-je faire ? Cela &#233;quivaudrait &#224; dire que je suis d&#233;sol&#233; que les exploit&#233;s ont peu de chance de se rebeller parce que la structure du pouvoir a &#233;t&#233; assez intelligente pour tout recoudre. En fait je ne suis pas d&#233;sol&#233; d'une telle chose. Ils l'ont demand&#233;, avec leurs suggestions malheureuses et petites sur la fa&#231;on de forcer l'&#201;tat &#224; satisfaire leurs besoins. Et alors les besoins continuent &#224; &#234;tre satisfaits ou report&#233;s, permettant une r&#233;organisation du contr&#244;le et une restructuration de l'&#233;conomie. &#192; un tel point qu'un jour ou l'autre, si ce n'est aujourd'hui, l'espace pour la r&#233;bellion sera r&#233;duit au point de devenir presque inexistant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'individu veut &#233;tablir une relation avec des drogues, il est libre de le faire, mais ne me dites pas qu'une seule sorte de relation est possible. Pendant une longue p&#233;riode de ma vie, j'ai consid&#233;r&#233; les situations que nous avons v&#233;cues pendant les ann&#233;es 50 comme diff&#233;rentes. En ces temps nous &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;jouions avec le feu&lt;/i&gt; &#187;. Aujourd'hui nous pouvons l'examiner de long en large, tout ce que nous avons, c'est des zombis pleurant pour un &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fix&lt;/i&gt; &#187;. Mais je ne suis pas pris par cette sorte de g&#233;missement, qui est le m&#234;me que celui que l'on peut entendre en &#233;coutant &#224; la porte de n'importe quel prol&#233;taire ou de n'importe quel taudis de la pauvret&#233; la plus honteuse et r&#233;pugnante, sans que personne ne soul&#232;ve un doigt lorsqu'il passe devant les vitres blind&#233;es d'une banque o&#249; le coffre-fort n'attend que d'&#234;tre vid&#233;. Bien s&#251;r que les probl&#232;mes de la pauvret&#233; et de l'exploitation existent. Mais il y a aussi le probl&#232;me social de la soumission, de la respectabilit&#233;, de la pi&#233;t&#233;, de l'acceptation, du sacrifice. Si l'exploit&#233; est vraiment un rebelle il ne commencera certainement pas par r&#233;soudre le probl&#232;me social de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;tous&lt;/i&gt; &#187; les exploit&#233;s, mais essayera au moins de r&#233;soudre le sien sans s'arr&#234;ter &#224; la &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;m&#233;chancet&#233;&lt;/i&gt; &#187; du capitalisme. Dans le cas d'un &#233;tat physique incapacitant, il faut toujours &#233;valuer que faire de sa vie avant d'atteindre l'abjection de la simple d&#233;nonciation de sa pauvret&#233;. Dans l'&#233;nonciation de cela, je ne dis pas que je suis contre les exploit&#233;s ou les pauvres bougres qui prennent des drogues et sont les proies de leurs propres fant&#244;mes. Je les plains, oui. Apr&#232;s tout je suis aussi un &#234;tre humain. Mais je ne suis pas pr&#233;par&#233; &#224; faire quoi que ce soit pour eux. Que devrais-je faire ? Les r&#233;orienter vers les vieilles luttes pour le logement, l'eau, l'&#233;lectricit&#233; ou pour une pension, juste pour qu'ils puissent se d&#233;placer vers de nouveaux niveaux de pauvret&#233; et de d&#233;couragement ? Et que doit-on faire avec ces larves en transe ? Leur donner de la m&#233;thadone ? Ou leur construire un hospice libertaire et humanitaire ? Ne me le mentionnez m&#234;me pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je sais &#224; coup s&#251;r que le prol&#233;taire exploit&#233; peut se rebeller, et que s'il ne le fait pas, il est aussi responsable, au moins autant, que ceux qui l'exploitent. Je sais &#224; coup s&#251;r que les drogu&#233;s peuvent se rebeller et que s'ils ne le font pas ils sont aussi responsables, autant que ceux qui s'enrichissent de leur mis&#232;re. Il n'est pas vrai que la privation, le travail, la pauvret&#233; ou les drogues nous d&#233;poss&#232;dent totalement de notre volont&#233;. Au contraire, ils peuvent la rendre plus grande. Il n'est pas vrai, contrairement &#224; ce que beaucoup de personnes sans exp&#233;rience maintiennent, que l'h&#233;ro&#239;ne emp&#234;che toute volont&#233; et rend incapable d'agir avec un projet d&#233;termin&#233; et une conscience de la r&#233;alit&#233; des classes, c'est-&#224;-dire des m&#233;canismes qui produisent, parmi d'autres choses, le march&#233; des drogues. Quelqu'un qui dit le contraire manque de comp&#233;tence, ou alors, c'est un mystificateur. Il y a toujours une conscience de soi et de sa projectualit&#233; chez le drogu&#233;, m&#234;me chez ceux qui sont cens&#233;s &#234;tre dans une &#233;tape finale (mais quelle est cette &#233;tape ?). Si l'individu est faible, un pauvre roseau avec un caract&#232;re d&#233;j&#224; marqu&#233; par une vie de privation, il r&#233;agit faiblement. On pourrait r&#233;pondre que les drogues, comme appui, ont tendance &#224; &#234;tre plus recherch&#233;es par des personnes faibles. Je dois admettre que c'est vrai. Mais cela ne change pas le raisonnement (&#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;inactualit&#233;es&lt;/i&gt; &#187;) que j'ai fait au d&#233;but, celui de pointer la responsabilit&#233; du faible concernant ses propres faiblesses.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je consid&#232;re que le temps est venu de dire les choses sans m&#226;cher ses mots.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh9-1&quot; name=&quot;nb9-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Giovanni Gentile (Castelvetrano, le 30 mai 1875 - Florence, le 15 avril 1944) &#233;tait un philosophe italien, id&#233;aliste et n&#233;o-h&#233;g&#233;lien, proche de Benedetto Croce. Il se d&#233;crit lui-m&#234;me comme le &quot;philosophe du fascisme&quot;, et a en grande partie r&#233;dig&#233; pour Benito Mussolini la Doctrine du fascisme en 1932. Il est &#233;galement &#224; l'origine de l'id&#233;alisme actuel, un courant philosophique qui entendait se distinguer de l'id&#233;alisme transcendantal de Kant et de l'id&#233;alisme absolu de Hegel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh9-2&quot; name=&quot;nb9-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Ezra Weston Loomis Pound (Hailey, Idaho, &#201;tats-Unis, 30 octobre 1885 - 1er novembre 1972 &#224; Venise) est un po&#232;te, musicien et critique am&#233;ricain qui a fait partie du mouvement moderniste du d&#233;but des ann&#233;es 1920 et qui est souvent rattach&#233; &#224; la G&#233;n&#233;ration perdue. Pound &#233;tait le chef de file de plusieurs mouvements litt&#233;raires et artistiques comme l'imagisme et le vorticisme. Pound &#233;tait &#233;galement un fervent supporter de Benito Mussolini, il fut critiqu&#233; pour ses prises de position antis&#233;mites. Son engagement aux c&#244;t&#233;s de Mussolini lui vaut d'&#234;tre condamn&#233; en 1945. Il est reconnu malade et intern&#233; jusqu'en 1958.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh9-3&quot; name=&quot;nb9-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Les chemises noires, ou Milice Volontaire pour la S&#233;curit&#233; Nationale (MVSN) &#233;tait la principale milice des fascistes italiens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh9-4&quot; name=&quot;nb9-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] la r&#233;ceptivit&#233; &#224; se laisser p&#233;n&#233;trer et &#224; p&#233;n&#233;trer au point de ne plus craindre l'autre, mais plut&#244;t une conscience de ses propres limites et capacit&#233;s et donc aussi des limites et des capacit&#233;s de l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh9-5&quot; name=&quot;nb9-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] par l'utilisation de ce terme je ne me r&#233;f&#232;re pas &#224; la r&#233;volution culturelle de Mao, qui n'a aucun rapport avec nous et qui n'avait de culturelle que le nom&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh9-6&quot; name=&quot;nb9-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Friedrich Daniel Ernst Schleiermacher (Breslau, 21 novembre 1768 &#8211; Berlin, 12 f&#233;vrier 1834) est un th&#233;ologien protestant et un philosophe allemand.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh9-7&quot; name=&quot;nb9-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Ferdinand T&#246;nnies, n&#233; le 26 juillet 1855 et mort le 9 avril 1936, &#233;tait un sociologue et philosophe allemand. Il est l'auteur de l'ouvrage &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Communaut&#233; et Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://infokiosques.net/#nh9-8&quot; name=&quot;nb9-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Commune paysanne sous le r&#233;gime tsariste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Recueil paru chez Elephant Editions, Londres, 2000, coll. Work in Progress N&#176;4.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Titres originaux des textes
pr&#233;sents dans ce recueil
dont la source est connue :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Che ne facciamo
dell' antifascismo ?&lt;/i&gt;,
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Anarchismo&lt;/i&gt; N&#176;74.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Inattualita sulla
droga&lt;/i&gt;, Septembre 1994,
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ProvocAzione&lt;/i&gt; N&#176;17.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Come giocarsi la vite
e perche&lt;/i&gt;, Juin 1990,
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ProvocAzione&lt;/i&gt; N&#176;21.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mal di &quot;Comunita&quot;&lt;/i&gt;,
Mai 1987, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ProvocAzione&lt;/i&gt;
N&#176;5.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; L'introduction est celle de l'&#233;dition anglaise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://infokiosques.net/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Che ne facciamo dell' antifascismo ?&lt;/i&gt; traduit en fran&#231;ais par Non
Fides et repris de la brochure &lt;a href=&quot;http://www.non-fides.fr/?L-Anarchisme-contre-l-antifascisme,385&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Anarchisme contre l'antifascisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Non Fides, octobre 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les autres textes sont traduits de l'anglais par &lt;a href=&quot;http://ravage-editions.blogspot.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Ravage &#201;ditions&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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